Obama met fin au procès des familles de victimes du 11/9.

Le procès destiné à mettre au jour les liens de la famille royale saoudienne avec les attentats est annulé suite à la pression exercée par le gouvernement américain.

L’administration Obama a mis un terme aux efforts entrepris par les familles de victimes des attentats du 11 Septembre pour attaquer en justice des membres de la famille royale saoudienne pour liens financiers avec le complot.

La cour suprême a décidé aujourd’hui qu’elle n’autoriserait aucun procès à aller plus loin, à peine quelques semaines après que le gouvernement a déposé un dossier demandant à ce que les plaintes soient rejetées. La Cour, dans un arrêt lundi, a renoncé à examiner la décision de la cour d’appel fédérale qui accordait l’immunité « de souveraineté » au pays et aux princes, qui signifie en gros, comme le rapporte Associated Press, que des pays étrangers ne peuvent pas être poursuivis par une cour de justice américaine. A la fin du mois de mai, le Ministère de la Justice s’est rangé du côté de la monarchie saoudienne et a cherché à empêcher toute action légale supplémentaire pour la tenir responsable des attentats. La manœuvre s’est produite moins d’une semaine avant la rencontre programmée entre Obama et le roi saoudien King Abdullah dans le cadre de son voyage de « reconstruction » au Moyen-Orient. Plus de 6000 membres de famille ont dénoncé cette manœuvre comme « un effort évident d’apaiser un allié passé » dans une déclaration publique.

L’Arabie Saoudite et quatre de ces princes sont suspectés d’avoir activement aidé à financer le complot par le biais d’associations caritatives servant de couvertures. La semaine dernière, le New York Times a publié un rapport soulignant comment des documents découverts par les avocats des familles de victimes du 11/9 « fournissent de nouvelles preuves d’un important soutien financier de la part de membres de la famille royale saoudienne à al Qaïda et à d’autres groupes extrémistes. Les documents représentent, selon le rapport, « plusieurs centaines de milliers de pages d’enquête » rassemblées par les familles de victimes du 11/9.

Les familles ont également attiré l’attention sur les 28 pages d’une section classée secret, tirée du rapport d’enquête du congrès sur le 11/9 et qui traite du rôle des Saoudiens dans les attentats. Le sénateur Bob Graham, qui a siégé à la Commission du 11/9, a également soutenu que l’implication des saoudiens dans les attentats a fait l’objet d’une dissimulation.

Comme nous l’avons rapporté précédemment, les autorités américaines, FBI compris, ont autorisé la famille ben Laden à quitter les Etats-Unis pour retourner en Arabie Saoudite, les jours suivant le 11/9, sans interroger un seul de ses membres. En outre, des documents de l’agence ont plus tard révélé que le FBI était au courant que ben Laden lui-même aurait embarqué sur l’un des vols. Ils auraient retiré son nom de la liste de passage afin de “protéger des intérêts privés.”

Les documents fournissent des preuves évidentes que le FBI protégeait la famille ben Laden alors qu’on disait au reste du monde que c’était l’un de ses membres qui avait organisé le plus grand attentat terroriste de l’histoire. Le FBI a ensuite essayé de dissimuler ce fait. Les mêmes documents ont révélé que le Bureau a considéré qu’ aucun ressortissant saoudien ni membre de la famille ben Laden ne valait la peine qu’on s’y intéresse. Le FBI affirme en particulier que personne dans les avions ayant quitté les Etats-Unis, les jours qui ont suivi le 11/9, n’avait de liens avec le terrorisme ; pourtant des documents (et notamment le document du FBI 199I WF213589) découverts dès novembre 2001 prouvent qu’il s’agit d’une fausse information.

La protection des ben Laden par les autorités fédérales se poursuit depuis AVANT le 11/9 : des agents étaient chargés « de faire passer la famille ben Laden à l’arrière plan» de manière à protéger les intérêts d’affaires que la famille Bush entretenait avec elle et avec d’autres ressortissants saoudiens.

L’administration Obama perpétue aujourd’hui exactement la même politique à long terme que l’administration Bush en soutenant docilement la monarchie saoudienne et en gardant secret ces informations vitales sur le 11/9. Quelle écœurante ironie que cette “immunité de souveraineté” soit citée dans une affaire relative au 11/9, alors que cette même notion d’immunité de souveraineté est violée quotidiennement par les pluies de missiles qui s’abattent sur l’Afghanistan et le Pakistan.

Comme le souligne l’écrivain Barry Grey dans son excellent article sur les efforts déployés pour annuler les procès, toute exposition des connexions saoudienne ouvrirait la porte à d’autres preuves plus dissimulées encore. « Les révélations mettraient sans aucun doute à mal les explications officielles sur les attentats du 11 Septembre et indiqueraient une complicité du côté des services de renseignements et autres agences de sécurité américaines » affirme l’écrivain. « Etant donné ses liens intimes de longue date avec la famille royale saoudienne et les services de renseignements saoudiens, on ne peut pas croire que la CIA n’était pas au courant du support apporté par les Saoudiens à al Qaïda et au moins à quelques-uns des 19 pirates de l’air, 15 d’entre eux étant des ressortissants saoudiens, lorsqu’ils se préparaient à perpétrer les attentats à New York et Washington. »

Une nouvelle fois, les montagnes d’informations dissimulées concernant l’événement le plus important de ce début de siècle, de même que les efforts continus déployés par la nouvelle administration pour qu’elles le restent, fait ressortir le besoin d’une nouvelle enquête indépendante sur le 11 Septembre.

Steve Watson, Infowars.net, Lundi 29 juin 2009
Traduction libre par Spotless Mind

Revue Juridique: tournant critique concernant les poursuites du 11/9 contre les Saoudiens

Au moment où la Tour Nord du World Trade Center s’effondrait le 11 Septembre 2001 à 10h 28, dans une tentative désespérée pour s’enfuir, Sharon Premoli et des douzaines d’autres employés de bureaux gravissaient en hâte l’escalator d’un hall souterrain débouchant sur la rue.

Elle regarda en arrière et vit deux choses qui resteront à jamais gravées dans sa mémoire : une chaîne humaine évacuant les lieux par l’escalier roulant et un tourbillon de poussière et de débris fonçant sur eux.

La force de cette tempête tourbillonnante l’avait soulevée et l’avait projetée contre une devanture proche. Reprenant conscience, elle réalisa bientôt qu’elle était étendue sur le cadavre d’un homme et qu’elle était couverte de son sang, déclara-t-elle

« Je me rappelle avoir gratté ma langue avec mes ongles pour en enlever la poussière » déclara Premoli, alors Vice présidente des services financiers pour le développement d’une société de logiciels basée dans la Tour Nord. « En essayant de me lever, j’ai réalisé que j’étais étendue sur le corps; cela me hante profondément. »

Ôtez toutes les arcanes et les anges de la loi qui dansent sur des têtes d’épingles, et Premoli devient le visage humain du contentieux qui prétend que l’Arabie Saoudite a financé les pirates du 11/9.

C’est l’une des 6000 victimes et leurs familles du World Trade Center qui ont accusé par procès le gouvernement de l’Arabie Saoudite ou ses fonctionnaires d’avoir financé des oeuvres de charité islamiques ayant à leur tour aidé à financer les attentats du 11/9. Les Saoudiens l’ont fait en dépit d’avertissements de fonctionnaires gouvernementaux américains pour qui l’argent finissait dans de mauvaises mains, selon les accusations du procès.

Ce mois-ci, cette affaire connaitra certainement un tournant critique alors que la Cour Suprême doit décider si elle entendra les arguments de révélations légales de l’Arabie Saoudite.

La société qui dirige l’appel contre les décisions d’instances inférieures du tribunal qui refusaient de déférer l’Arabie Saoudite à la justice, est Cozen O’Connor de Center City. Elle représente des assureurs victimes de dommages à Ground Zero ainsi que des avocats d’appel du bureau de Sidley Austin à Washington. La société de Premoli, Motley Rice, est basée en Caroline du Sud; c’est une des sociétés les plus importantes qui représente les plaignants; elle a forgé sa réputation et s’est passablement enrichie lors des litiges contre le tabac dans les années 1990.

« Tout ce que nous voulons, c’est être entendus par la Cour." a déclaré Premoli, maintenant Consultante et qui a déménagé au Vermont.

Si cela semble une proposition simple, elle se fonde en fait exactement sur le système judiciaire civil américain.

Pourtant, de par la loi et la tradition, le gouvernement américain a toujours rendu extrêmement difficile de tels procès contre des gouvernements étrangers.

L’obstacle pour les plaignants, tant assureurs que victimes individuelles, ne tient pas qu’aux faits et à la loi mais aussi aux dimensions politiques.

Au Moyen Orient, l’Arabie Saoudite est l’un des plus importants alliés des Etats-Unis. Pour les militaires américains, c’est un contrepoids important aux ambitions régionales de l’Iran, une zone de transit pour la progression; elle représente un client à fort potentiel pour les biens et services américains, tout comme une énorme source d’énergie.

Elena Kagan, adjointe au procureur général américain, dans un dossier ‘amicus curiae’ remis le 29 mai, a déclaré que les lois régissant les procès contre les gouvernements étrangers sont axées sur des questions politiques.

Enjoignant avec ferveur la Cour Suprême à ne pas entendre l’affaire, Kagan a affirmé qu’il n’y avait pas de problèmes légaux notoires irrésolus, le standard de référence pour un nouvel examen par la Cour Suprême, qui contraindrait la cour supérieure à s’occuper de l’affaire.

Pourtant, si dans cette affaire les accusés avaient été citoyens américains, il est probable que le litige aurait été réglé depuis longtemps.

Le dossier contient des informations irréfutables selon lesquelles le gouvernement Saoudien soutenait des organismes caritatifs suspectés par les agences de renseignement américains de transmettre des fonds à al Qaïda. Ce dernier passait, ces dernières années, de la menace régionale au rôle pivot d’acteur central dans le conflit des Balkans, et une énorme source du terrorisme international.

Deux délégations de fonctionnaires américains se sont rendues à Riyadh, l’une en 1999 et l’autre un an plus tard, pour remettre aux saoudiens une liste d’organisations caritatives suspectes, de banques, de bureaux de change, ainsi que de terroristes financiers. Selon de hauts fonctionnaires du gouvernement américain, les saoudiens n’ont rien fait.

Le dossier du 29 mai de Mme. Kagan, qui représente l’opinion de l’administration Obama, fut d’une grande portée car dans la plupart des cas, la Cour Suprême suit l’avis du Conseiller auprès du Ministre de la Justice.

Mais ce n’est pas toujours le cas.

Une condition pour franchir le seuil d’un re-examen par la Cour Suprême se pose si une loi concernant un sujet donné n’est pas établie; dans ce cas, on peut concevoir que la cour fasse appel. Ceci par ce que deux décisions de cour tenant des gouvernements étrangers responsables de meurtres aux Etats-Unis semblent en conflit avec une autre décision de cour datant de l’an dernier qui ont rejeté les procès contre l’Arabie Saoudite.

Selon les plaignants, ces décisions montrent clairement que des gouvernements étrangers peuvent être poursuivis, même s’ils sont de grands alliés des Etats-Unis. Ils maintiennent que c’est la seule façon de rendre justice aux victimes du 11/9.

« Pourquoi l’administration Obama donnerait-elle moins de poids aux principes de justice, de transparence et de sécurité, et plus aux plaidoiries d’un gouvernement étranger ? » a demandé Tom Burnett senior, dont le fils, Tom junior, est décédé lors du crash du vol United Flight 93 près de Shanksville, Pennsylvanie, le 11 Septembre 2001.

Il ajouta au sujet du dossier de Kagan, « C’est un coup porté contre le droit du public de savoir qui a financé et soutenu les attentats du 11/9 ».


Par Chris Mondics, le 9 juin 2009 pour le
Philadelphia Inquirer

Traduction Perry pour ReOpenNews


A lire :

Plus de cinquante ans de « coups tordus » : L’équipe de choc de la CIA

Si l’on a retenu la présence massive de Cubains de l’exil dans la tentative d’invasion de la baie des Cochons en 1961, on connaît moins leur rôle dans les opérations ultérieures de la Central Intelligence Agency (CIA). Du Chili au Nicaragua en passant par le Vietnam, à travers coups d’Etat, assassinats de dirigeants, trafics d’armes et de drogue, ils ont été l’un des instruments les plus secrets et les plus meurtriers de la politique étrangère américaine.


John Negroponte, ex-ambassadeur et protecteur des escadrons de la mort au Honduras,
ex-ambassadeur en Irak, ex-directeur du renseignement national US…

« Notre seul délit a été de nous donner nos propres lois, notre crime a été de les appliquer à l’United Fruit. » Elu président du Guatemala en 1951, Jacobo Arbenz, entre autres mesures progressistes, promulgue une réforme agraire. Le 4 mars 1953, il exproprie partiellement la compagnie bananière américaine United Fruit, la privant de 84 000 hectares sur 234 000. Les 17 et 18 juin 1954, une armée mercenaire venue du Nicaragua et du Honduras pénètre au Guatemala et, le 27 juin, renverse Arbenz. Le secrétaire d’Etat américain John Foster Dulles et son frère Allen, directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), sont alors tous deux actionnaires de l’United Fruit ! L’opération — nom de code PB/Success — a bénéficié de la participation active d’une « équipe de choc » de la CIA qui va traverser les décennies.

Venant après le renversement en Iran du dirigeant nationaliste Mohammad Mossadegh, le 19 août 1953, PB/Success fait à la CIA une réputation d’invincibilité et devient un modèle pour ses opérations clandestines dans le monde entier. En mars 1960, le président Dwight Eisenhower donne son feu vert à une nouvelle action destinée, cette fois, à déstabiliser Cuba, où la révolution a triomphé le 1er janvier 1959. La plupart des agents qui ont participé au renversement d’Arbenz se retrouvent responsables du « projet Cuba ». Il s’agit notamment, et à leur tête, de Richard Bissell, numéro deux de la CIA ; de Tracy Barnes, qui assume la constitution de la Cuban Task Force ; de David Atlee Phillips, responsable de la guerre psychologique ; de Howard Hunt, chargé de former le « gouvernement cubain provisoire ». Deux jeunes gens se joignent au groupe : M. Porter Goss, officier du contre-espionnage de l’armée, et M. George Herbert Walker Bush (1). Ce dernier aide à « recruter des exilés cubains pour l’armée d’invasion de la CIA (2) ».

Le 17 avril 1961, les quelque mille cinq cents hommes de cette armée, la brigade 2506, débarquent dans la baie des Cochons. Après leur défaite, en moins de soixante-dix heures, les numéros un et deux de la CIA, Dulles et Bissell, doivent démissionner.

Ulcéré par cette déroute, le président John F. Kennedy octroie un pouvoir exorbitant à l’Agence, décision qui affectera les affaires du monde pendant longtemps (3). Ministre de la justice et frère du président, Robert Kennedy supervise une nouvelle agression contre Cuba. Miami devient l’épicentre de la plus grande opération paramilitaire — JM/WAVE — jamais montée sur le sol américain. A sa tête, Theodore « Ted » Shackley et M. Thomas « Tom » Clines. Le groupe reçoit notamment le renfort du général Edward Lansdale, arrivé d’Indochine, où il a travaillé avec les services secrets français impliqués dans la guerre coloniale ; de M. Richard Secord, officier de l’US Air Force ; et de David Sánchez Morales, officier du contre-espionnage de l’armée.

Formés à la contre-guérilla

Lorsque, le 14 octobre 1962, éclate la « crise des fusées », Washington exige que les missiles balistiques installés par l’Union soviétique à Cuba soient retirés. Moscou cède, à condition que les Etats-Unis s’engagent à ne pas envahir l’île (et à renoncer à leurs propres missiles en Turquie). Kennedy accepte et ordonne de démanteler JM/WAVE.

La révolution cubaine n’en amène pas moins Washington à modifier radicalement sa stratégie de sécurité régionale. La restructuration des armées latino-américaines commence, et un centre d’entraînement et d’endoctrinement — l’Ecole des Amériques — voit le jour dans la zone américaine du canal de Panamá. Lorsque Kennedy est assassiné, le 22 novembre 1963, à Dallas (Texas), sa doctrine de sécurité nationale est déjà en place. Le renversement du président brésilien João Goulart, le 31 mars 1964, donne le signal d’une série de coups d’Etat et marque le début des disparitions et tortures d’opposants politiques, de façon massive et sophistiquée.

Cette nouvelle stratégie ne peut négliger l’expérience des agents cubains de la JM/WAVE, ni celle de certains des mille cent quatre-vingt-neuf hommes capturés lors de la tentative d’invasion de la baie des Cochons et de retour aux Etats-Unis en décembre 1962 (4). Environ trois cents d’entre eux, quasiment tous cubains (puis, dans la plupart des cas, cubano-américains par l’obtention de la nationalité du pays d’accueil), reçoivent une formation d’officier dans les académies d’opérations spéciales de Fort Benning (Georgie), Fort Mayers (Floride), Fort Peary (Virginie), etc. D’autres sont envoyés à Fort Gulick (Ecole des Amériques), pour être formés à la contre-guérilla. Ils s’appellent José Basulto, Jorge Mas Canosa (5), Francisco « Pepe » Hernández (6), Luis Posada Carriles, Félix Rodríguez Mendigutía, etc. Censés ne jamais émerger de l’anonymat, leurs noms défraieront bientôt régulièrement la chronique. « L’Amérique du Sud sera le “Far West” où ils tiendront le rôle de pionniers (7) » ; et, par leurs actions clandestines, ils « brilleront » même bien au-delà.

Par exemple, dans l’ex-colonie belge du Congo. Ils y débarquent fin 1962 pour fournir, entre autres, un soutien aérien aux forces du futur dictateur Joseph-Désiré Mobutu. Les avions appartiennent à Air America, compagnie récemment constituée et propriété de la CIA. Au sol, les hommes constituent la compagnie 58, chargée de pister et de poursuivre, sans succès, Ernesto Che Guevara et un petit groupe de révolutionnaires cubains. A la demande de Laurent-Désiré Kabila, le Che est en effet arrivé fin avril pour conseiller en techniques de guérilla ceux qui combattaient Mobutu (8).

Cette équipe de choc se renforce définitivement au Vietnam. Elle reprend et développe les méthodes des forces spéciales françaises vaincues, en finançant des opérations sales avec l’argent du trafic d’opium laotien et birman (là encore avec les avions d’Air America). On retrouve les hommes de JM/WAVE : Shackley, Clines, Sánchez Morales, Secord, « Ed » Dearborn, Rodríguez Mendigutía, en compagnie de M. Donald Gregg, inspecteur des agents de la CIA ; de M. John Dimitri Negroponte, « conseiller politique » de toute l’opération ; du général John Singlaub, ancien chef de la CIA en Corée ; de Lansdale, chargé des opérations depuis le Pentagone ; et de M. Oliver North, du service de renseignement de l’US Navy. En 1968, William (« Bill ») Colby est envoyé sur place pour diriger l’Accelerated Pacification Campaign (nom de code : Phoenix). Objectif : terroriser la population civile afin de neutraliser la résistance vietnamienne. En presque quatre ans, environ quarante mille suspects seront tués.

C’est toutefois sur un autre continent que l’équipe va connaître son succès le plus spectaculaire. En mars 1967, parmi la vingtaine d’hommes des forces spéciales américaines qui débarquent en Bolivie pour poursuivre Che Guevara, figure le Cubain Rodríguez Mendigutía. Lorsque le Che, blessé, est capturé le 8 octobre 1967, c’est lui qui transmet l’ordre de le tuer.

Trois ans plus tard néanmoins, la CIA ne peut éviter l’élection du socialiste Salvador Allende à la présidence du Chili. Richard Nixon ordonne à l’Agence d’empêcher son entrée en fonctions. L’équipe envoyée sur place échoue, mais parvient à assassiner le commandant en chef des forces armées, le général René Schneider, loyal à Allende. Son successeur s’appellera Augusto Pinochet. De nouveau, Phillips et Sánchez Morales figurent parmi les responsables des opérations sur le terrain. Devenu chef de la direction de l’Hémisphère occidental de la CIA grâce à son travail sur Cuba et au Vietnam, Shackley est chargé de la déstabilisation du gouvernement. Il nomme Clines pour qu’il se concentre sur le « cas Allende (9) ». Sous-directeur des opérations spéciales, Colby chapeaute l’ensemble. L’organisation de la campagne internationale de diffamation contre le gouvernement Allende incombe à l’ambassadeur américain auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU) : M. Bush.

Allende éliminé en septembre 1973, Pinochet au pouvoir, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si… La CIA devient un objet de scandale et voit ses ailes rognées, une bonne partie de ses crimes étant révélée par la presse et par les commissions d’enquête parlementaires Church (10) et Rockefeller (11). Qu’à cela ne tienne. L’Agence « délègue » une bonne partie de ses actions aux services avec lesquels elle collabore dans le cadre de l’opération « Condor » (12) et à ses agents cubains du Commando d’organisations révolutionnaires unies (CORU). Celui-ci a été fondé en République dominicaine, en mai 1976, sur instructions de la CIA, dirigée du 30 janvier 1976 au 20 janvier 1977 par M. Bush.

A la tête du CORU, dont le financement provient surtout du trafic de drogue (13), se trouvent MM. Orlando Bosch et Posada Carriles. Depuis Caracas (Venezuela), ils organisent l’attentat qui, le 6 octobre 1976, détruit en vol un avion de la Cubana de Aviación (soixante-treize morts). Mais, peut-être parce qu’il a été commis en plein Washington, le crime du binôme Condor-CORU qui causera le plus d’émoi sera, le 21 septembre, l’assassinat de l’ex-ministre des affaires étrangères d’Allende, Orlando Letelier.

Parmi les cinq hommes ultérieurement détenus figurent trois vétérans du « projet Cuba ». La CIA de M. Bush fait son possible pour entraver l’enquête et occulter les preuves. Devenu président, le même Bush amnistiera les coupables, lesquels n’auront passé que quelques années en prison. L’un d’entre eux, M. Guillermo Novo Sampol, sera arrêté au Panamá, le 17 novembre 2000, en compagnie de M. Posada Carriles, alors qu’ils préparent un attentat à la bombe contre M. Fidel Castro, en visite dans ce pays. Condamnés à huit ans de prison le 20 avril 2004, ils seront amnistiés le 25 août suivant par la présidente panaméenne Mireya Moscoso, grande amie des Etats-Unis.

Drogue contre armes

Entre-temps, la guerre de basse intensité de Washington contre le Nicaragua a réuni la plupart de ces agents. Le vice-président Bush supervise les opérations, tandis que MM. Gregg et North, ancien du Vietnam, dirigent le complot. Ambassadeur des Etats-Unis au Honduras — on l’y appelle « le proconsul » —, M. Negroponte transforme ce pays en une plate-forme militaire d’agression, tandis que les escadrons de la mort de l’armée hondurienne — le bataillon 3-16 — répriment l’opposition. Passé de la Bolivie aux rizières asiatiques puis au Salvador, M. Rodríguez Mendigutía ravitaille les contre-révolutionnaires nicaraguayens (la contra) — assisté par M. Posada Carriles (et par M. Basulto en territoire nicaraguayen). Pour lui confier cette mission, la CIA et les milieux anticastristes de Miami ont organisé l’évasion (août 1985) de M. Posada Carriles de la prison vénézuélienne où il avait été incarcéré après l’attentat contre l’appareil de la Cubana de Aviación.

Tout soutien financier aux contras ayant été interdit par le Congrès américain, le vice-président Bush récolte des fonds tous azimuts et par tous les moyens. La vente illégale d’armes à l’Iran, par l’intermédiaire d’Israël, débouchera en 1986 sur le scandale de l’« Iran-contragate ». M. Bush devenu président, la commission du Sénat dirigée par M. John Kerry démontrera l’existence d’une alliance entre la CIA et la mafia colombienne (14). Au Costa Rica, en juillet 1989, MM. North et Secord, entre autres membres des cercles du pouvoir américain, seront formellement accusés d’être responsables du réseau « drogue contre armes » organisé dans ce pays pendant la guerre antisandiniste…

Epurée par le président James Carter à la mi-août 1978, régulièrement mise en cause par des commissions d’enquête officielles ou la déclassification de ses archives (en particulier sous l’administration de M. William Clinton), la CIA, depuis sa naissance en juillet 1947, a certes connu des hauts et des bas. Toutefois, tous ceux qui ont participé aux actions clandestines du groupe de choc constitué en 1954 et élargi au fil des années ont bénéficié d’une constante : l’impunité. Pour n’en citer que quelques-uns, MM. Posada Carriles et Bosch vivent en liberté à Miami. M. Rodríguez Mendigutía, qui fit exécuter le Che, réside dans cette même ville, où il dirige une entreprise de conseil en sécurité. Après avoir été le premier ambassadeur des Etats-Unis en « Irak libéré », puis avoir passé vingt mois comme super-patron des services de renseignement américains, M. Negroponte est devenu numéro deux du département d’Etat en janvier 2007. Quant à M. Porter Goss, présent dans le « projet Cuba » dès 1960, il fut directeur de la CIA de septembre 2004 à mai 2006.
 

Par HERNANDO CALVO OSPINA, publié sur Le Grand Soir, le 23 juin 2009

HERNANDO CALVO OSPINA est journaliste. Auteur de Sur un air de Cuba, Le Temps des cerises, Pantin, 2005, de Rhum Bacardi. CIA, Cuba et mondialisation, EPO, Bruxelles, 2000, et de Colombie. Derrière le rideau de fumée. Histoire du terrorisme d’Etat, Le Temps des cerises, Pantin, 2008.


Notes :

(1) Il ne sera question dans cet article que de M. George Bush père.

(2) Common Cause, Washington DC, 4 mars 1990.

(3) William Colby, Trente Ans de CIA, Presses de la Renaissance, Paris, 1978.

(4) Ils ont été échangés par Cuba contre 54 millions de dollars d’aliments et de médicaments.

(5) Futur président de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA), principale organisation anticastriste basée à Miami, qu’il dirigera jusqu’à sa mort en novembre 1997. La FNCA a été impliquée, entre autres, dans la vague d’attentats qui a affecté La Havane en 1997.

(6) Actuel président de la FNCA.

(7) Jean-Pierre Gillet, Les Bérets verts. Les commandos de la CIA, Albin Michel, Paris, 1981.

(8) Le Che et ses hommes se retireront en novembre 1965.

(9) David Corn, Blond Ghost : Ted Shackley and the CIA’s Crusades, Simon & Schuster, New York, 1994.

(10) Congrès américain, « Select committee to study governmental operations with respect to intelligence activities », 1976.

(11) Publié le 10 juin 1975, sous la présidence de Gerald Ford (1974-1977), le rapport Rockefeller accuse la CIA d’activités illégales « depuis vingt ans ». Les anciens présidents Lyndon Johnson (1963-1969) et Nixon (1969-1974) sont mis en cause.

(12) Coopération des services secrets des dictatures du sud du continent pour la répression et l’assassinat des opposants politiques.

(13) Peter Dale Scott et Jonathan Marshall, Cocaine Politics. Drugs, Armies, and the CIA in Central America, University of California Press, Los Angeles, 1991.

(14) Ibid.

Autoriser les auteurs allégués du 11/9 à plaider coupable, puis les condamner à mort sans procès, serait l’obstruction absolue à la justice

Le dictateur fantoche ne laissera pas les médias parler au prisonnier américain capturé lorsque son avion s’est écrasé.

Le dictateur affirme que le prisonnier a avoué un horrible meurtre et a plaidé coupable.

Ainsi, annonce le dictateur, il n’y aura pas de procès, juste une condamnation à mort. D’ailleurs, le prisonnier est chrétien, et le dictateur prétend que, conformément à ses croyances religieuses, le détenu aspire au martyre.

Est-ce que le reste du monde trouverait cela juste ?

Bien sûr que non. De plus, l’opinion mondiale pourrait même supposer que le prisonnier est innocent des accusations de meurtre, surtout s’il s’avère qu’il a avoué sous d’horribles tortures.

C’est exactement la situation dans laquelle on se trouve avec les prisonniers de Guantanamo en général.

Comme le rapporte le New York Times :

"L’administration Obama envisage une modification de la loi relative aux commissions militaires de la prison de Guantanamo Bay, à Cuba, qui pourrait défricher le terrain pour que les détenus exposés à la peine de mort plaident coupables sans réel procès.

Cette disposition permettrait aux procureurs militaires d’éviter d’exposer les détails des techniques brutales d’interrogatoire. Elle permettrait également aux cinq détenus accusés des attentats du 11-Septembre de réaliser leur objectif déclaré : plaider coupable pour atteindre ce qu’ils nomment le martyre."

Raw Story précise :

"Cette option concernerait essentiellement un groupe de détenus accusés d’avoir planifié les attentats terroristes du 11 septembre 2001."

Il ne s’agit pas simplement là d’un subterfuge pour dissimuler le fait que ces prisonniers ont été sauvagement torturés.

C’est aussi un moyen de les faire taire définitivement, de sorte qu’ils ne pourront jamais dire quel fut leur rôle dans les attentats, qui les a aidés, ni comment ils ont pu convaincre la plus grande puissance militaire que le monde ait jamais connu d’annuler les protocoles standards de la défense aérienne le 11/9.

L’innocence importe-t-elle ?

Souvenez vous, la plupart de ceux qui sont détenus et torturés à Guantanamo sont réellement innocents.

Selon NBC News :

  • Une grande partie du Rapport de la Commission sur le 11/9 a été établie d’après les témoignages de gens torturés.
  • Au moins quatre des personnes dont les interrogatoires figurent dans le Rapport de la Commission sur le 11/9 ont affirmé avoir donné des informations aux interrogateurs pour cesser d’être « torturés. »
  • L’un des principaux informateurs de la Commission a été torturé jusqu’à ce qu’il accepte de signer une confession qu’il n’a même pas été autorisé à lire.
  • La Commission sur le 11/9 doute elle-même de la véracité des aveux sous la torture, mais pourtant n’en dit rien.

De son propre aveu, le « cerveau » du 11/9 a également confessé des crimes qu’il n’a pu commettre. Il a dit plus tard avoir fourni nombre de fausses informations aux interrogateurs, leur racontant ce que, selon lui, ils voulaient entendre afin de faire cesser la torture. Nous savons aussi qu’il a été durement torturé dans le but express de lui extorquer de fausses informations sur le 11/9- plus précisément, que l’Irak avait quelque chose à voir dans tout cela.

Le Comité des Services Armés du Sénat a effectivement constaté que tout le programme de torture des États-Unis était axé sur des techniques visant spécifiquement l’extorsion de faux aveux (voir également ceci).

Ceci serait sans précédent.

Rappelez-vous, autoriser de plaider coupable ne saurait suivre le modèle standard des procédures criminelles ou même militaires. Normalement, les procureurs lors de procès militaires, sont généralement tenus de prouver la culpabilité, même contre les membres de l’armée qui veulent plaider coupable.

Habituellement, dans les procès criminels américains, le juge doit s’assurer que l’accusé comprend qu’il plaide coupable, qu’il a la capacité de comprendre ce que cela signifie, et qu’il en accepte les conséquences. Mais certains des prisonniers ont été torturés jusqu’à en devenir littéralement fous; ils ne peuvent comprendre pourquoi ils plaident coupable ou même ce que signifie la peine de mort.

Obstruction à la justice

De plus, le gouvernement a fait obstruction à la justice à chaque étape de l’enquête sur le 11/9. Des membres de la Commission sur le 11/9 eux-mêmes l’affirment :

  • Le coprésident de la Commission a déclaré que la CIA (et probablement la Maison-Blanche) « a fait obstruction à notre enquête. »

En fait, ils ont dit que les membres de la Commission du 11/9 savaient que les responsables militaires déformaient les faits devant la Commission, et celle-ci a envisagé de porter des accusations criminelles pour de telles fausses déclarations.

  • Le principal conseiller juridique de la Commission sur le 11/9 (John Farmer), qui a dirigé le personnel de l’enquête, a déclaré : « À un certain niveau du gouvernement, à un moment donné… il y a eu un accord pour ne pas dire la vérité sur ce qui est arrivé.  » Il a également déclaré " J’ai été choqué de voir à quel point la vérité diffère de la façon dont elle a été décrite… Les enregistrements parlent d’une histoire radicalement différente de ce qu’on nous raconte, ainsi qu’au public depuis deux ans… Ce n’est pas vrai. "

En fait, les séances de torture sur les présumés suspects du 11/9 ont été enregistrées sur bande vidéo, mais la CIA a illégalement détruit ces bandes, de sorte que l’ampleur de la torture et les véritables paroles des prisonniers ne seront jamais connues (voir également ceci).

A présent, permettre d’exécuter ces prisonniers sans procès serait l’ultime obstruction à la justice. Ce serait comme tuer le chrétien américain capturé et le mettre à mort sur la base supposée de ses « aveux » et de son prétendu désir de devenir un martyr chrétien.

L’analogie serait vraiment plus proche de la situation actuelle si le meurtre, dans le pays du dictateur fantoche, était suspect (si, par exemple, le dictateur avait reçu plusieurs avertissements disant que la vie de la victime était en danger, mais qu’on ne lui ait fourni aucune protection), et si le dictateur avait utilisé le meurtre comme principal prétexte pour supprimer toute liberté dans son pays et pour lancer plusieurs guerres contre d’autres nations qu’il voulait envahir depuis longtemps.

Evidemment, le monde insisterait pour que le détenu obtienne un procès équitable, à la fois pour établir son innocence ou sa culpabilité et pour voir si la rationalité du dictateur concernant les déclarations de guerre et l’anéantissement des droits de son peuple était honnête.

Le « sale problème » que la proposition de loi tente d’éliminer ne concerne pas simplement la torture des prisonniers. Il y a également le fait que le gouvernement n’a aucune véritable preuve de la version qu’il donne des événements du 11/9.
 

Publié sur le washingtonsblog.com, le 6 juin 2009
Traduction libre
Alterinfo.net, revue par apetimedia et Stéphane Barthe pour ReOpenNews

Attentat de Karachi en 2002: nouvel exemple de terrorisme d’état

Le 9 septembre 2002 au Pakistan, un autocar transportant des collaborateurs français de la DCN (Direction des Constructions Navales) qui se rendaient depuis leur hôtel de Karachi à leur travail explosait, percuté par un véhicule bourré d’explosifs.

Cet attentat suicide a fait au total 14 morts dont onze français et 12 blessés. L’enquête ouverte par la police pakistanaise, renforcée pour l’occasion par des agents du FBI et de la DST française s’orientait rapidement en direction des réseaux islamistes, notamment celui d’al-Qaïda à qui sont attribués également les attentats du 11 septembre 2001.

Près de sept ans plus tard, après un simulacre d’enquête et de justice (au bout de 6 ans d’emprisonnement, deux islamistes suspectés ont finalement été acquittés en mai dernier, faute de preuves), c’est une toute autre vérité qui est mise au jour concernant l’attentat de Karachi, comme le rapporte l’article qui suit.

A quand une note de type "Nautilus" pour les attentats du 11 Septembre? 


 

Attentat de Karachi en 2002: l’enquête s’oriente vers une "affaire d’Etats"

CHERBOURG (France) – L’enquête sur l’attentat de Karachi en 2002 contre des salariés des arsenaux français DCN s’oriente vers une "affaire d’Etats", et non plus vers Al-Qaïda, a affirmé jeudi l’avocat de sept familles de victimes, après avoir vu les juges antiterroristes.

"La piste Al-Qaïda est totalement abandonnée. Le mobile de l’attentat apparaît lié à un arrêt des versements de commissions" de la France au Pakistan dans le cadre de la vente de sous-marins Agosta, a expliqué à l’AFP Me Olivier Morice, à l’issue d’une rencontre des juges antiterroristes avec les familles des victimes à Cherbourg (ouest).

Selon l’avocat, ces commissions ont été arrêtées à l’arrivée de Jacques Chirac à la présidence de la République française en 1995.

Dans ce scénario, l’attentat aurait été une représaille au non-versement des commissions.

"Il s’agit d’une affaire d’Etats impliquant la France, le Pakistan et l’Arabie saoudite, bailleur de fonds du Pakistan", a déclaré Magali Drouet, fille d’un salarié de la DCN, défendue par Me Morice.

Cette piste avait brusquement surgi en 2008 dans le cadre d’une enquête sur des faits présumés de corruption et de ventes d’armes. Des policiers avaient mis la main lors d’une perquisition au siège de la DCNS (ex-DCN) sur des documents portant sur des sociétés par lesquelles ont transité des commissions versées en marge de contrats d’armements.

Un de ces documents, baptisé Nautilus et non signé, faisait état d’une "instrumentalisation" de militants islamistes par des membres des services secrets pakistanais et de l’armée. Il indiquait que "l’attentat de Karachi a été réalisé grâce à des complicités au sein de l’armée (pakistanaise) et au sein des bureaux de soutien aux guérillas islamistes" des services secrets pakistanais.

Selon cette note, versée au dossier de l’instruction, "les personnalités ayant instrumentalisé le groupe islamiste qui a mené à bien l’action, poursuivaient un but financier (…) Il s’agissait d’obtenir le versement de commissions non honorées" dans le cadre d’un achat de sous-marins français par le Pakistan en 1994.

Cette piste, un temps écartée par les juges chargés de l’enquête, serait de nouveau prise très au sérieux au vu "d’éléments nouveaux entrés récemment dans le dossier", selon un enquêteur qui n’a pas précisé la nature de ces nouveaux éléments.

"On s’oriente nécessairement vers des actes de grande importance. Des personnalités politiques de premier plan vont être entendues", a estimé Me Morice.

Le 8 mai 2002, un kamikaze a précipité une voiture bourrée d’explosifs contre un minibus transportant des employés de la Direction des constructions navales (DCN), tuant onze ingénieurs français et trois Pakistanais à Karachi, grand port du sud et capitale économique du Pakistan.

Les victimes françaises participaient à la construction d’un sous-marin.
 

©AFP / 18 juin 2009, publié sur Romandie.com
Parties en gras par ReOpenNews
 


A consulter :

 

Les experts russes soutiennent la thèse de Richard Gage

Est-ce un hasard si les officiels russes soutiennent la thèse de l’architecte Richad Gage comme nous le verrons dans cet article ?

La récente diffusion par la 1ère chaine de télévision russe ORT du film "Zéro enquête sur le 11 Septembre " est une première à plusieurs titres : d’abord parce que ce film a été diffusé sur une chaîne publique pour la première fois,  ensuite parce qu’il a fait un l’objet d’un débat contradictoire entre experts et intervenants de diverses nationalités, enfin parce que cette diffusion a eu lieu là où on s’y attendait le moins : en Russie. Tout ceci aurait du se produire bien avant, dans l’un de nos pays dit "démocratiques" où l’on vante la liberté d’expression. Mais la majorité de ces pays étant liée à l’OTAN, l’omerta y ferait désormais loi tant la presse mainstream répugne à parler du sujet… En fin de débat, les participants Thierry Meyssan et Giulietto Chiesa (euro-député), s’en remettent aux russes, affirmant qu’ils sont les seuls à pouvoir tirer l’Europe des griffes du prédateur américain : "Alors, nous attendons quelque chose de vous, de la Russie. Il n’y a que vous qui puissiez arrêter ça." dit Thierry Meyssan. Giulietto Chiesa approuve.

La Russie, vieille ennemie des Etats-Unis, sentant sa position menacée par les actuels enjeux géostratégiques, tire certainement partie de la situation. Elle  tente de rallier les floués de l’après 11 Septembre.  Pourtant, bien avant la diffusion de cette émission, des officiels russes, en 2007, corroboraient la thèse de Richard Gage sur la façon dont les tours du World Trade Center auraient été démolies mais aussi sur l’orchestration présumée des événéments du 11 Septembre.
 


Extrait de la revue de la presse russe du 11 septembre 2007 / Source : RIA Novosti

MOSCOU, RIA Novosti, le 11/09/2007

11 Septembre : l’Amérique sur le banc des accusés

Publié dans Komsomolskaïa Pravda

Mardi, 130 ingénieurs et architectes d’Auckland (1) (Californie) présenteront au Congrès américain (2) une version des événements tragiques du 11 septembre 2001 qui risque de faire sensation. Selon eux, les tours jumelles du World Trade Center, cibles de l’attaque de deux avions pilotés par des terroristes kamikazes, se sont effondrées à la suite d’une "démolition contrôlée" au moyen d’explosifs.

"Nous arrivons à une conclusion terrifiante: l’attentat aurait pu être organisé et orchestré par quelqu’un au sein du gouvernement américain", a déclaré Richard Gage, membre de l’Institut américain des architectes et principal auteur d’un appel à lancer une nouvelle enquête qui sera adressé au Congrès.

Les experts russes considèrent qu’il s’agit d’une version tout à fait vraisemblable.

Il ne faut pas exclure la version selon laquelle la tragédie du 11 Septembre aurait été orchestrée par les services secrets américains, estime Victor Baranets, ancien conseiller du chef d’État-major général des Forces armées russes. On peut supposer que les dirigeants américains en auraient eu besoin pour justifier leur nouvelle stratégie de lutte contre le terrorisme. Ils auraient pu également atteindre ainsi d’autres objectifs stratégiques: pénétrer en Afghanistan et en Irak et promouvoir les idées patriotiques aux États-Unis.

L’opération aurait pu se dérouler selon un scénario mixte: des avions pilotés par des kamikazes devaient attaquer les tours déjà minées. On essaie de nous persuader que les pilotes musulmans se sont préparés à l’attaque en six mois. N’importe quel pilote vous dira qu’il est impossible de former un équipage capable d’effectuer des manoeuvres aussi complexes sur une période aussi courte. Pour cela, la formation devait durer au moins un an et demi.

Deuxièmement, il est impossible de croire que les services secrets américains n’aient pas remarqué la concentration inquiétante de pilotes musulmans au sein des équipages de Boeing, d’autant plus que les autorités parlaient constamment de la menace islamiste. Certaines personnes ont sans doute fermé les yeux sur les faits ou ont dirigé ce processus.

Mais même un scénario parfaitement bien rodé ne pouvait pas garantir le succès à 100%. L’avion qui devait attaquer le Pentagone a effectivement raté sa cible. Qui plus est, il était impossible d’apporter des explosifs au Pentagone alors qu’il était très facile de le faire dans les tours jumelles du WTC où des travaux de réparation se déroulaient en permanence (3). Il suffisait d’apporter quelque 400 kg de TNT ou de plastic en les faisant passer pour des matériaux de construction et de les activer au moyen d’un portable. Les tours se sont effondrées verticalement. Or elles étaient si solides que les Boeing ne pouvaient qu’en couper une partie. Cela a attiré l’attention des architectes.

On a aidé les gratte-ciels à tomber, affirme Vladimir Boulatov, ancien officier du contre-espionnage russe.
 


(1) Association des Architectes et Ingénieurs pour la vérité sur le 11/9 – AE911Truth.org

(2) Lettre de Richard Gage à M. Wexler, membre du Congrès, 2008

(3) Rappel:

2001 : la sécurité des tours est assurée par la société Securicom-Stratesec gérée par Marvin Bush, le frère de l’ancien Président.

Janvier 2001 : des travaux sont effectués dans les cages d’ascenseurs : Richard Gage, membre de l’Institut des Architectes, et fondateur de l’association Architectes et Ingénieurs pour la vérité sur le 11/9, parle "d’un prétexte aux travaux comme la modernisation des ascenseurs. Il y en avait d’ailleurs eu une 9 mois avant le 11/9. Des ouvriers étaient donc présents dans tous le WTC. Ils avaient accès aux cages d’ascenseur contigues aux colonnes centrales et aux poutres du bâtiment."

Avril 2001 : le groupe immobilier Sylverstein achète les Tours pourtant déficitaires (elles nécessitent d’importants travaux de desamiantage) et les fait assurer contre des attaques terroristes.

Aout 2001 : des travaux sont effectués, nécessitant le déménagement de certains bureaux à d’autres étages. Des employés de bureau entendent des bruits étranges, forts et inhabituels provenant de locaux vides. De retour dans leurs bureaux, ils constatent qu’une couche de poussière recouvre les lieux après les travaux.

6 septembre : Securicom fait retirer les chiens renifleurs de bombe du service de sécurité des tours.

8 et 9 septembre : Scott Forbes, employé de Fiduciary Trust aux 90e, 91e et 94e étages de la Tour sud  rapporte qu’en fin de semaine, dans la nuit du 8 au 9 septembre, le courant a été coupé 30 heures durant dans la moitié supérieure de la Tour sud. Des travaux  pour le remaniement du  câblage réseau étaient invoqués. De nombreux techniciens circulaient dans l’édifice alors que tout le système de sécurité et les caméras de surveillance étaient débranchés.  S. Forbes est revenu le 9 septembre pour remettre en service le réseau informatique de sa société. Il a pu constater ce jour là une intense activité dans le bâtiment, le va et vient continuel de nombreux techniciens sans qu’ils ne fassent l’objet d’aucun contrôle de sécurité.

11 septembre : des explosions sont entendues par différents témoins. Du métal en fusion s’écoule des tours avant leur effondrement, des flashes lumineux sont aperçus  à divers étages juste avant les effondrements, une fumée gris-noir évoque une explosion pyroplsatique, les tours s’effondrent sur le modèle d’une démolition contrôlée. Tout comme la tour 7 (où se trouvaient les archives du FBI, et de la SEC enquêtant sur des fraudes à Wallstreet )  qui pourtant n’a été frappée par aucun avion.

Ce même jour,  les commentateurs de la BBC, rapportant l’événement, annoncent que la tour 7, (la troisième tour) s’est également effondrée.  La journaliste, face caméra, commente en direct. En arrière plan, on voit  la ville de New York, de la fumée et  sur la droite… la tour 7 toujours debout !  Elle s’effondrera, mais 20 mn plus tard.

Post 11 septembre : les fondations sont encore brûlantes plusieurs jours après les effondrements. R. Gage revient sur la poussière produite lors de l’effondrement des tours : " des traces chimiques, de la thermite, un produit incendiaire particulier, dans la poussière qui recouvrait le lower Manhattan, comporte des milliards de micro-sphères de fer fondu, plusieurs tonnes, répandus avec la poussière, des fragments de nanothermite qui ne peut être fabriquée que par des labos de pointe sous contrat avec la Défense. Il ya plusieurs tonnes de thermite, nano et ordinaire. Impossible à passer à l’insu de la sécurité. Il faudrait enquêter sérieusement sur la compagnie de sécurité de WTC, en l’occurence Securicom-Stratesec. Il faudrait vérifier qui siégeait au conseil d’administration. On y découvrirait des noms très intéressants."

Face à de telles affirmations (non exhaustives dans ce petit rappel), il est difficile de ne pas faire le lien : une déduction s’impose d’elle même.  Des explosifs, de la nanothermite, auraient été placés sous couvert de travaux avec l’aval de la société de sécurité, en vue de préparer l’effondrement des Tours en ce fatidique 11 septembre. Mais, sans preuves tangibles, légales, cette déduction ne vaut rien.

C’est comme si la vérité criait mais que les premiers concernés, les juristes, ne voulaient surtout pas l’entendre. C’est pourquoi, face à l’importance des éléments qui s’accumulent, face au nombre de témoignages  convergents, aux coïncidences  multiples, avec l’avis d’experts censés qui en arrivent à remettre en cause la version officielle parce qu’elle ne tient pas, l’ouverture d’une enquête impartiale est indispensable.

Par apetimedia pour ReOpenNews
 


A lire :

  •  Le point de vue de la Russie sur les événements du 11 septembre :  "Le 11 septembre 2001, une provocation mondiale" / ReOpenNews
  • Remarquable débat télévisé russe sur le 11 septembre / futurquantique

A voir :

  • Débat en Russie autour du film "ZERO – enquête sur le 11 Septembre " – 1ère  chaine TV russe – 12/09/2008 / ReOpen 911.info

Lorsque les spécialistes de la guerre ont « développé l’expertise» , Obama a retourné sa veste

Si les escadrons de la mort formés par la SOA (voir  le récent article de ReOpenNews) étaient destinés à l’action sur le continent sud américain, les mêmes commanditaires, c’est à dire le gouvernement américain, lancent leur Force Spéciale ailleurs dans le monde, là où la soumission des population se fait urgente. Visé cette fois, l’Afghanistan. Le Président B. Obama, vient de cautionner la création d’une nouvelle équipe aux pouvoirs exceptionnels afin de remplacer les incapables qui n’ont su imposer l’hégémonie U.S. dans la région.

"Les Afghans sont au centre de notre mission, ils sont même l’essence de notre mission en réalité, nous devons les protéger de toute violence, quelle qu’en soit la nature." Et : "2009 sera une année cruciale pour la coalition (internationale) et, même si nous agirons avec précaution, nous le ferons sans peur." (Citations  du Général Mcchrystal lors de la cérémonie de passation de pouvoir au QG de la Force Internationale d’assitance à la sécurité (ISAF) de l’OTAN à Kaboul, reprises par levif.be).

Quant à M. Gates, le secrétaire à la Défense du gouvernement Obama,  il n’annonce rien de moins qu’ un bain de sang. Si l’on est loin d’en avoir terminé avec la politique de la terreur instiguée par Bush et Cheney, l’image pacifiste du Président Obama est définitivement balayée.
 


L’empreinte américaine en Afghanistan

Source : LE DEVOIR.com

Marie-Christine Bonzom, Édition du samedi 16 et du dimanche 17 mai 2009 

Le nouveau commandement militaire mis en place par Barack Obama devra appliquer la même tactique que celle utilisée en Irak depuis un an

Barack Obama marque la guerre en Afghanistan de son empreinte. Après avoir annoncé des renforts, il vient de remplacer le général qui commande les troupes américaines et celles des autres pays de l’OTAN. Mais le général qui va désormais diriger la guerre est controversé et la stratégie qu’il va employer inquiète les sympathisants de M. Obama aux États-Unis.

Washington — Le limogeage d’un général qui commande les troupes américaines en temps de guerre est une mesure exceptionnelle. Le départ d’Afghanistan du général David McKiernan (1) est ainsi la première démission forcée d’un commandant depuis celle de Douglas McArthur (2), qui fut «démissionné» par le président Harry Truman en 1951, en pleine guerre de Corée.

«L’exécution de notre nouvelle stratégie en Afghanistan exige un nouveau commandement militaire», explique le porte-parole de la Maison-Blanche. Cette nouvelle stratégie avait pourtant été réclamée dès l’an dernier par M. McKiernan, un général qui s’est illustré en dirigeant l’armée de terre durant l’invasion de l’Irak. Elle se traduira, notamment, par l’arrivée en Afghanistan d’ici l’été de 21 000 soldats qui porteront le contingent américain à 68 000 hommes.

Le nouveau commandant, qui, comme M. McKiernan, supervisera aussi bien les troupes américaines que les 33 000 hommes des autres pays de l’OTAN, y compris les Canadiens, est le général Stanley McChrystal (3), un Béret vert qui a emmené les forces spéciales (4) contre al-Qaïda en Irak entre 2003 et 2008.

À Washington, M. McChrystal est jugé moins «traditionnel» que son prédécesseur. Proche de David Petraeus, ancien commandant en chef en Irak et désormais commandant de toutes les forces américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale, il est considéré comme l’un des membres d’une nouvelle vague militaire, celle d’un Pentagone focalisé, non plus sur les conflits entre États, mais sur les conflits «asymétriques» (5) dans lesquels un État est confronté à un mouvement rebelle ou une insurrection populaire.

«Les guerriers non traditionnels comme McChrystal sont ceux qui s’élèvent désormais aux postes de responsabilité, mais il y a un risque énorme à s’appuyer sur eux parce qu’ils incarnent l’acceptation de cette idée selon laquelle la guerre asymétrique est la voie de l’avenir ainsi que le refus d’examiner les implications de cette approche», indique au Devoir le colonel Andrew Bacevich, professeur de relations internationales à l’Université de Boston, auteur d’ouvrages sur le militarisme et l’impérialisme américains et l’un des principaux détracteurs des guerres d’Irak et d’Afghanistan aux États-Unis.

La méthode irakienne

La mission du général McChrystal sera d’appliquer les tactiques américaines utilisées depuis un an en Irak pour contrer la résurgence des talibans et d’al-Qaïda en Afghanistan. En particulier, l’intégration d’anciens rebelles dans des milices financées par les États-Unis et les opérations-commandos visant à assassiner des responsables des talibans ou du réseau d’Oussama ben Laden.

M. McChrystal a commandé une unité secrète en Irak à laquelle a été attribué l’assassinat d’Abou Moussab Al-Zarqaoui (6), chef du réseau Ben Laden en Irak. Mais les techniques employées par ses hommes sont controversées. Son unité d’élite, composée de 1000 hommes des forces spéciales, s’est distinguée par sa brutalité lors d’interrogatoires de prisonniers,(7) si bien que cinq officiers du général furent inculpés de sévices et que le Sénat prit la mesure inhabituelle de retarder la nomination de M. McChrystal auprès de l’état-major interarmes en mai 2008.

Entre le nouveau commandant et la nouvelle stratégie, les sympathisants de Barack Obama sont mal à l’aise. Le magazine de gauche The Nation voit ainsi dans la nouvelle stratégie une «escalade» et dans la guerre en Afghanistan «un bourbier de plus en plus profond». Le site Internet Slate écrit que «le limogeage de McKiernan signale un changement radical dans la stratégie des États-Unis et signifie que la guerre en Afghanistan devient, sans équivoque, la guerre d’Obama».

Pour sa part, George McGovern, opposant de la guerre du Vietnam et candidat démocrate malheureux à la présidence en 1972, met en garde Barack Obama contre les «pièges de la guerre» et l’exhorte à ne pas oublier les réformes urgentes qui s’imposent aux États-Unis mêmes. Quant au député démocrate du Massachusetts, Jim McGovern (pas de parenté avec le précédent), il se dit «fatigué de ces guerres sans fin, sans stratégie claire et sans plan de sortie».

La déclaration la plus importante de Barack Obama (8) pendant la campagne présidentielle fut sans doute celle dans laquelle il promit de «mettre fin, non seulement à la guerre en Irak, mais aussi à la mentalité qui nous a donné la guerre en Irak». Mais Andrew Bacevich (9), qui a voté pour lui en novembre, déplore le fait qu’«Obama n’a rien fait jusqu’à présent pour mettre un terme à cette mentalité».

«Obama ne fait pas partie du complexe militaro-industriel stigmatisé par Eisenhower (10), mais il ne le défie en rien», poursuit cet ancien du Vietnam qui prône le retrait des États-Unis et de l’OTAN d’Afghanistan, l’abandon de toute velléité de doter ce pays d’un gouvernement centralisé et la «sous-traitance» de la lutte contre les talibans et al-Qaïda à des «seigneurs de guerre afghans que les pays occidentaux paieraient pour cela».
 


 Renvois (par ReOpenNews)

(1) Le Général David Mckiernan
(2) Le Général Douglas McArthur
(3) Le Général Stanley McChrystal
(4) Special Forces ou les Forces Spéciales et Bérets Verts
(5)
Guerre asymétrique et droit international
(6) Moussab Al Zarkaoui
(7) McChrystal et la torture
(8) Obama réafirme son intention de mettre fin à la guerre
(9) Andrew Bacevich : professeur de relations internationales à l’Université de Boston
(10) Video du discour de D. Eisenhower contre le complexe militaro industriel
 


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Procès staliniens façon américaine ?

Réalité ou fiction ? Une vie ballotée par les jeux de pouvoir. Secouriste d’origine algérienne résidant en Bosnie, M. Boumediene fait un séjour  au centre de détention de Guatanamo, Cuba. Son tort : être musulman. Un récent article de ReOpenNews évoquait son histoire. 

Inculpé sans preuve  par le Gouvernement Bush pour acte de terrorisme présumé contre les ambassades US. et Britanique  à Sarajevo, il endurera plusieurs années d’incarcération, des plus dures et des plus humiliantes à "Gitmo".
Climax : séances de tortures.
Plus de sept ans après son incarcération, un juge tranche enfin : la détention de M. Boumediene est illégale.
Le Président Obama, succédant à Bush, embarrassé par la mauvaise notoriété de "Gitmo" laissée par son prédecesseur, définit avec  l’aide de son allié, la France, les conditions de libération du prisonnier.
Epilogue : le prisonnier, secouru par le Président Sarkozy, retrouve sa famille en France où il doit reconstruire sa vie, en Terra incognita.

Ce que rapporte ABC News n’a, hélas, rien d’une fiction.  M. Boumediene  raconte une part de sa vie mise entre parenthèse  par  la décision d’hommes politiques prêts à en découdre pour conquérir des zones gazières et pétrolifères quitte à broyer des civils innocents en pourfendeurs des droits qu’ils s’arrogent. Les  victimes sont bien réelles ; le cas de M. Boumediene n’est pas unique.

Source : ABC News


Exclusif : un détenu récemment libéré de Gitmo (Guantanamo) parle à ABC News.

Emprisonné durant sept ans, l’ancien secouriste rapporte à ABC News qu’il a été torturé.

Par Jake TAPPER, Karen TRAVERS et Stephanie Z. SMITH, le 8 Juin 2009

Durant sept ans et demi, Lakhdar Boumediene a été simplement connu sous le numéro "10005." C’est le numéro qu’on lui a attribué lorsqu’il est arrivé au centre de détention de Guantanamo Bay à Cuba, emporté par une rafle post 11 Septembre et accusé d’avoir fomenté des attentats contre les ambassades U.S. et britannique à Sarajevo.

Dans un entretien exclusif accordé à ABC News, Boumediene a déclaré que les interrogateurs de "Gitmo" ne l’avaient pas questionné une seule fois sur ces présumés complots, pour lesquels il nie toute implication.

"Je suis quelqu’un de normal" a dit Boumediene qui travaillait pour le Croissant-Rouge au moment de son arrestation, venant en aide aux orphelins et à d’autres personnes dans le besoin. "Je ne suis pas un terroriste."

Cet Algérien de 43 ans est maintenant de retour auprès de sa femme et de ses deux filles. C’est un homme libre en France après qu’un Juge Républicain eut constaté un manque de preuves contre Boumediene. Il est mieux connu depuis que, l’an dernier, dans l’affaire "Boumediene contre Bush", (1)  à partir de  la Cour Suprême a pris une décision qui a fait date, disant que les détenus ont le droit de contester leur détention devant la Cour.

Cette décision a constitué un stupéfiant revers pour la politique de l’administration Bush vis-à-vis de ceux qui sont suspectés de terrorisme. Elle a conduit à un arrêt du Juge du Tribunal d’instance, Richard Leon, ancien conseiller auprès des Républicains au Congrès, nommé à la magistrature par Bush, et qui a déclaré qu’il n’y avait pas de preuve crédible pour maintenir Boumediene en captivité.

Après ce que Boumediene a décrit comme un cauchemar de sept ans et demi, il est désormais un homme libre. "Je ne crois pas, j’en suis certain" a-t-il déclaré à propos de la torture.

En 2001, Boumediene, sa femme et ses deux fillettes vivaient à Sarajevo, en Bosnie. Il travaillait pour la Croix-Rouge, après avoir œuvré pour cette organisation au Pakistan et en Albanie.

Il a été arrêté par la police bosniaque en octobre 2001, accusé d’avoir conspiré pour faire exploser les ambassades U.S. et britannique. D’après lui, ces accusations étaient fausses et grotesques.

"Ils ont fouillé ma voiture, mon bureau, rien. Mon portable, rien. Rien. Rien." dit-il.

Les accusations ont été levées et la cour bosniaque a ordonné sa libération ainsi que celle de cinq autres personnes. Mais sous la pression de l’administration Bush, le gouvernement bosniaque l’a remis aux militaires U.S.

Le 17 janvier 2002, les mains et les pieds de Boumediene ont été enchaînés, puis on l’a mis dans un avion militaire à destination de Guantanamo Bay. C’était une période de forte angoisse et l’administration Bush ne prenait aucun risque.

Deux semaines plus tard, dans son allocution sur l’état de l’Union, le Président Bush a surenchéri sur les arrestations en Bosnie pour montrer que la guerre contre le terrorisme progressait.

"Nos soldats, qui travaillent avec le gouvernement bosniaque, ont capturé des terroristes qui complotaient en vue de faire exploser notre ambassade" a dit Bush dans son allocution. A ce jour, les officiels de l’administration Bush n’ont fourni aucune preuve tangible soutenant cette accusation.

Boumediene dit que les interrogatoires ont commencé dans la semaine qui a suivi son arrivée dans l’établissement de Cuba. Il pensait que sa coopération et que sa foi en les États-Unis l’aideraient et accéléreraient sa libération.

"Je pensais que l’Amérique, ce grand pays, ils ont la CIA, le FBI. Peut-être que dans une semaine ou deux ils sauront que je suis innocent. Je pourrai rentrer chez moi, chez moi." dit-il.

Mais, au lieu de cela, Boumediene rapporte qu’il a enduré de sévères traitements durant plus de sept ans. Il dit qu’on l’a laissé éveillé 16 jours d’affilée, et qu’il a été plusieurs fois physiquement abusé.

Lorsqu’on lui a demandé s’il pensait avoir été torturé, Boumediene a été sans équivoque.

"Je ne le pense pas, j’en suis certain." a-t-il dit.

Boumediene raconte qu’on la tiré par les aisselles alors qu’il était assis sur une chaise, les jambes enchaînées. Il dit qu’on l’a obligé à courir avec les gardes du camp, et s’il ne maintenait pas le rythme, il était traîné, ensanglanté et meurtri.

Il a décrit ce qu’il a appelé les "jeux" auxquels jouaient les gardes après qu’il eut débuté une grève de la faim, lui injectant les aliments par le nez et plantant l’aiguille hypodermique à un mauvais endroit de son bras.

"Vous pensez que ce n’est pas de la torture ? Qu’est-ce que c’est ? Comment appelez-vous cela ? De la torture ou quoi ?" dit-il en montrant les cicatrices dues aux chaînes serrées. "Je suis un animal? Je suis pas un humain ?"

Le vice-Président Dick Cheney a été inflexible en défendant le centre de détention de Guantanamo et le traitement réservé aux détenus.

La semaine dernière Cheney a dit : "Ce complexe est bien. Les gens y sont très bien traités."

Curieusement, Boumediene dit que personne à "Gitmo" ne l’a jamais interrogé sur les supposés attentats contre les ambassades à Sarajevo. Ils voulaient savoir ce qu’il savait d’al Qaida et d’Oussama ben Laden, rapporte-t-il, c’est-à-dire rien.

Boumediene dit qu’il était dans son intérêt de mentir aux interrogateurs, lesquels récompensaient les détenus s’ils admettaient leur culpabilité.

"Si je dis à mes interrogateurs : "Je suis d’al Qaida, j’ai vu Oussama ben Laden, c’était mon chef, je l’ai aidé", ils vont me dire : "Oh, tu es quelqu’un de bien", dit-il. "Mais si je refuse ? Je leur dis que je suis innocent, que je n’ai jamais été un terroriste, jamais, jamais, ils me disent : "tu ne… tu ne coopères pas, je dois te frapper."

Après presque quatre ans d’emprisonnement, Boumediene a débuté une grève de la faim pour protester contre ces traitements.

Il dit qu’il avait cru que les Etats-Unis honoraient la diversité religieuse, mais il pense que les gardes de Guantanamo ont bafoué ses croyances religieuses. "Ils m’ont rasé la barbe, car ils ne me respectent pas, parce que les gardes ne m’ont pas laissé dormir. Ils ne m’ont pas laissé lire le Coran, ils ne m’ont pas laissé prier normalement comme les autres musulmans hors de Guantanamo", disait-il.

Boumediene a rompu sa grève de la faim à deux reprises en deux ans et demi — d’abord lorsqu’il a appris que Barack Obama avait remporté les élections, puis quand le juge Leon a ordonné sa relaxe.

Malgré les durs traitements et l’incertitude sur son sort, Boumediene a dit qu’il ne voulait pas mourir car il avait autre chose à vivre une fois de retour chez lui.

"Tous les jours, je pensais à ma femme et à mes filles." dit-il.

Les effets personnels de Boumediene lui ont été ôtés à Guantanamo, y compris son alliance. Il a maintenant une pile de lettres que sa femme lui a écrites, qu’il n’a jamais reçues, les enveloppes portant l’estampille "retour à l’envoyeur".

Là-bas, on perd tout espoir, on perd tout espoir." dit-il. "Aucune bonne nouvelle, ils ne veulent pas que vous soyez heureux."

Il a fallu plus de six ans avant que Boumediene ne commence à recevoir de bonnes nouvelles.

Boumediene contre Bush

L’été dernier, dans une décision qui a fait date en temps de guerre, la Cour Suprême a pris un arrêt stipulant que les suspects détenus à Guantanmo disposaient du droit constitutionnel pour contester leur détention devant la Cour fédérale.

Cette décision fut une sévère réprimande pour le système de l’administration Bush consistant à détenir et éventuellement juger de présumés terroristes.

Par une cinglante protestation, le Juge Antonin Scalia a dit qu’autoriser les juges fédéraux (plutôt que les officiels militaires) à libérer les suspects de terrorisme pourrait avoir des conséquences désastreuses.

"Le jeu de dupe auquel se livre l’opinion actuelle envers le Commandant en chef de la nation renforcera la guerre contre nous. Cela causera certainement plus de morts d’Américains" a-t-il écrit.

Boumediene a remporté la décision par 5 voix contre 4 lors de sa première victoire contre le Président Bush. La seconde est survenue au mois de novembre dernier quand le Juge Leon promulgua l’arrêt concernant la faiblesse des preuves retenues contre Boumediene — ce qu’il nomma "une structure fragile"– et ordonna sa libération de Guantanamo.

L’administration Bush ne l’a jamais accusé de conspiration pour les attentats contre les ambassades. Ils ont dit que Boumediene et d’autres avaient projeté de voyager en Afghanistan pour combattre les Etats-Unis.

Pour marquer le coup, Boumediene s’est fabriqué un T-shirt sur lequel était marqué comme sur un panneau de terrain de football "Boumediene : 2, Bush : 0."

Le mois dernier, lors d’une cérémonie émouvante dans un aéroport proche de Paris, Boumediene retrouvait sa famille. Ses filles, qui étaient encore très jeunes lorsqu’il fut incarcéré, ont maintenant 13 et 9 ans.

"J’ai pleuré, simplement pleuré. Car je ne connais pas mes filles." dit-il. " La plus jeune, lorsque j’ai quitté la Bosnie pour "Gitmo", avait 18 mois. Maintenant, elle a 9 ans. Elle est grande. De 18 mois, bébé, à 9 ans, elle marche, parle, joue, elle plaisante. C’est une grande différence."

A cause de sa grève de la faim, Boumediene n’était pas en bonne santé lorsqu’il est arrivé en France. Il a été soigné dans un hôpital militaire et n’a pu d’abord s’alimenter normalement.

Lorsqu’il est sorti de l’hôpital, il a pris, après sept ans et demi, son premier repas familial avec sa femme et ses enfants. Au menu ? Pizza.

Le plan de négociation Sarkozy/Obama concernant les détenus.

A la demande de la Maison-Blanche, la France a accepté de recueillir Boumediene. Le 3 avril, à Strasbourg, Obama a discuté avec Nicolas Sarkozy de la possibilité de recueillir des prisonniers libérés de Guantanamo.

Sarkozy a dit ce jour-là : "Donc, si le Président des Etats-Unis dit : je vais fermer Guantanamo, mais il faut que mes alliés recueillent — dans ce cas particulier — cette personne-ci dans nos prisons, car cela m’aidera, (moi) le Président des États-Unis à fermer cette base — si nous sommes logiques, alors nous disons oui."

Mais aucun des gouvernements U.S. et français n’a pensé que Boumediene devait être emprisonné. C’est un homme libre qui tente de savoir ce qu’il va faire.

Trois autres personnes de son groupe sont de retour en Bosnie. Deux sont restées à Guantanamo.

En France, samedi, Obama a personnellement remercié Sarkozy.

"J’apprécie beaucoup le leadership de Sarkozy dans plusieurs domaines," a-t-il dit, ajoutant "et la volonté de la France d’accepter un détenu de Guantanamo."

Boumediene : "J’essaie d’oublier Guantanamo."

Boumediene dit qu’il comprend à un certain degré que les attaques du 11-Septembre aient suscité de fortes réactions de la part du gouvernement américain.

"Le premier mois, OK, pas de problème, le bâtiment, le 11-Septembre, les gens, ils ont peur, mais pas après 7 ans. Ils peuvent savoir qui est innocent, qui est terroriste, qui n’est pas terroriste." dit-il.

"je vous donne 2 ans, pas de problème, mais pas 7."

Boumediene insiste pour dire qu’il n’a pas de problèmes avec les Américains, mais il ne peut cacher sa colère contre Bush et d’autres hauts fonctionnaires de l’administration qu’il a qualifiés de "stupides."

"Moi-même, j’essaie d’oublier Guantanamo, je ne peux oublier les quatre ou cinq personnes, elles sont stupides, elles sont très, très stupides. je ne peux les oublier." a-t-il dit.

Boumediene et son avocat envisagent des poursuites à l’encontre du gouvernement U.S. mais avant tout, disent-ils, il a besoin d’argent pour survivre.

"Je pense qu’il devrait avoir un revenu pour le restant de ses jours." a dit son avocat, Robert Kirsch du Cabinet WilmerHale. "Sa famille a été précipitée dans la pauvreté à cause d’une erreur commise il y a sept ans et demi. Ce dont il a besoin est une chance de se retrouver là où il aurait dû être."

En ce qui concerne les allégations de Boumediene au sujet des abus, le Pentagone dit : "les abus sur les détenus sont inacceptables. Cela va à l’encontre de nos valeurs, cela met en danger notre sécurité et ce n’est pas tolérable. Toute allégation crédible concernant les abus font l’objet d’une enquête minutieuse, et lorsqu’elles s’avèrent effectives, les individus sont tenus responsables de leurs agissements."

 
Christophe Schpoliansky d’ABC News a contribué au récit.

Traduction apetimedia pour ReOpenNews
 


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A lire :

A voir :

Marchands d’Anthrax

Les attaques à l’anthrax dans les semaines qui suivirent le 11-Septembre avaient suscité une psychose à l’échelle mondiale. Près de huit ans plus tard, alors qu’elles tendent à disparaitre de la mémoire collective , la chaine de télévision canadienne CBC a diffusé en anglais, le 29 mars, l’excellent reportage de Bob Coen et Eric Nadler intitulé Anthrax War. Le 31 mai, la télé suisse TSR2 l’a diffusé à son tour sous le titre Marchands d’anthrax.

Ce documentaire est également coproduit par Arte : nous attendons donc sa diffusion en France avec impatience, car il est absolument explosif. Outre qu’il fait voler en éclats la thèse présentée par le FBI de Bruce Ivins « assassin solitaire », ou celle du suicide du docteur Kelly, il débute et se termine par un message d’alerte du professeur Francis Boyle, auteur du livre Guerre biologique et terrorisme, sur l’extrême dangerosité que représente la course aux armements dans laquelle s’est lancée l’administration Bush après le 11-Septembre… et qui continue aujourd’hui encore.

Un danger à méditer lorsque l’on pense aux risques sanitaires que fait peser la pandémie annoncée de grippe porcine…

Nous vous invitons à lire la note d’intention des réalisateurs de Marchands d’Anthrax:

Quand les attaques à l’Anthrax ont frappé les Etats-Unis dans les jours qui ont suivi le 11/9, c’était comme un gauche-droite asséné à la République. Les employés du Media Center de New York qui avaient vu les avions volé en piqué au-dessus de leur tête en direction des Tours Jumelles étaient maintenant terrifiés en ouvrant leur courrier. A Washington, le Congrès avait été évacué et les employés de la Maison Blanche suçaient des pastilles de CIPRO.

C’était notre plus grand cauchemar collectif devenu réalité – l’attaque de germes mortels invisibles. Cela ressemblait à la réalisation d’une auto-prophétie, tant les années qui ont précédé étaient remplies de films, de best-sellers, d’émissions télévisées et d’articles de journaux annonçant l’avènement du terrorisme biologique. C’est en effet la première fois dans l’Histoire que les dirigeants et les militaires ont réellement mise en pratique des simulations de guerre bactériologique « high-tech », dont l’un d’eux présentait un scénario terriblement proche des évènements réels.

Ainsi, après que le gouvernement eut promis de mener l’enquête de la manière la plus approfondie qui soit, nous espérions que les agents fédéraux (du FBI) iraient au fond des choses. Par conséquent, nous fûmes attristés mais pas vraiment surpris quand les attaques à l’Anthrax disparurent du discours public – elles n’ont même pas été mentionnées par un seul candidat à l’élection présidentielle de 2008. Et quand le FBI a soudainement annoncé l’été dernier que l’affaire rebondissait, qu’il avait identifié un coupable solitaire (le scientifique de l’armée Bruce Ivins, mort par suicide) et qu’il clôturait rapidement son enquête de 7 ans, il nous a semblé –de même qu’à la plupart des citoyens interrogés- que quelque-chose clochait.

Depuis 30 ans que nous couvrons la politique internationale pour les journaux, les magazines et la télévision, nous avons rarement -sinon jamais- vu une si grosse affaire être enterrée aussi profondément. Nous appuyant sur notre réseau de contacts au gouvernement, parmi les journalistes et dans les milieux des renseignements, il est très vite devenu clair que les pouvoirs pour n’étaient pas prêts, pour diverses raisons, à ouvrir la boite de Pandore dans laquelle se trouvent probablement les véritables réponses au mystère de l’Anthrax.

Sur les attaques bactériologiques de 2001 nous avons réalisé un film et nous avons écrit un livre pour étoffer une histoire que notre documentaire de 90 minutes ne pouvait exposer que dans les grandes lignes. Nous vous invitons à vous joindre à nous dans ce voyage et espérons que les esprits ouverts qui ont élu le nouveau président sont tout aussi ouverts à ce que nous avons appris concernant le tout nouveau « complexe industriel du terrorisme biologique ».

Bob Coen, Eric Nadler
http://www.anthraxwar.com/

Traduction Spotless Mind pour ReOpenNews

et le synopsis du film :

Marchands d’Anthrax est un nouveau film d’investigation explosif réalisé par Bob Coen and Eric Nadler. Il examine les attaques à l’Anthrax de 2001 et offre un aperçu terrifiant du monde secret et dangereux des armes bactériologiques aujourd’hui. Dead Silence (Silence de mort) est le livre qui étoffe l’histoire de cette enquête à l’échelle mondiale qu’un documentaire ne pouvait exposer que dans les grandes lignes.

L’histoire commence dans les jours qui ont suivi les attentats terroristes du 11/9 quand des lettres remplies de spores d’Anthrax et postées à des organes de presse new-yorkais et à des sénateurs à Washington, ont provoqué une peur panique aux Etats-Unis et dans le monde. Les réalisateurs ont cherché à éclaircir des troublantes zones d’ombre entourant l’enquête du FBI sur le premier acte de terrorisme biologique du XXIème siècle.

Leur quête de réponses les emmène des Etats-Unis au Royaume-Uni, de la Russie et en Afrique du Sud, et les conduit dans un monde souterrain dans lequel des scientifiques importants travaillant sur des germes meurent dans d’étranges circonstances. La liste grandissante inclut Bruce Ivins, que le FBI accuse d’être la seule personne derrière les meurtres à l’Anthrax aux Etats-Unis ; David Kelly, l’ancien chef de la « Défense Biologique » au Royaume-Uni ; et le docteur Vladimir Pasechnik, développeur du vaste et illégal complexe d’armes biologiques en Union Soviétique, et passé à l’Ouest.

Les réalisateurs pénètrent dans ce qu’ils en sont venus à appeler la « mafia internationale de la guerre biologique » et mettent au grand jour la mise au point de nouvelles armes terrifiantes – germes modifiés génétiquement, certains avec la capacité de cibler des groupes ethniques spécifiques. Dans une interview exclusive, l’homme connu sous le nom de « Docteur Lamort », qui a dirigé pendant l’Apartheid en Afrique du Sud un programme de guerre biologique sur le développement de germes destinés à la seule population noire, révèle qu’il a reçu l’aide des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Les réalisateurs apprennent également qu’il y des risques que ces germes soient en vente sur le marché noir aujourd’hui.

Marchands d’Anthrax révèle ensuite comment les attaques à l’Anthrax de 2001 ont engendré un boom de 57 milliards de dollars dans la « Défense Biologique », secteur dans lequel les recherches sur les armes bactériologiques sont aujourd’hui menées, avec peu de surveillance, par des laboratoires et sociétés privés – le nouveau « complexe Industriel du terrorisme biologique ». L’enquête souligne combien la peur du terrorisme, combinée avec l’attrait de profits faramineux, risque d’engendrer une course mondiale aux armes bactériologiques qui pourrait mener la planète à la catastrophe.

Traduction Spotless Mind pour ReOpenNews

Voici enfin le trailer du film :

 


Note de ReOpen911 :

Le sujet de ce documentaire est le même que celui du livre Guerre biologique et terrorisme du professeur de droit international Francis A. Boyle (qui témoigne dans le film, aux côtés de Jonathan King, professeur de biologie moléculaire au MIT), paru aux éditions Demi-Lune, que nous vous incitons vivement à lire… Il est également disponible en version PDF au prix de 5 euros !

Afghanistan – Pakistan: Le trou noir de l’Empire

 Pourquoi Bush est allé en Afghanistan. Pourquoi Obama y va aussi. Les routes du gaz et du pétrole. Les causes de la remontée des Talibans et de l’effondrement de Karzaï. Qui profite de l’opium ? Pourquoi le Pakistan voisin risque d’éclater.

Interview de Mohamed Hassan, spécialiste du Moyen-Orient par Grégoire Lalieu et Michel Collon

 

Est-il possible de gagner la guerre en Afghanistan? Non, répondent les experts. Pourtant, l’Otan poursuit ses efforts pour venir à bout des Talibans et c’est le Pakistan qui s’embrase. Quelles sont les véritables raisons de cette guerre ? Les visées hégémoniques des Etats-Unis plongeront-elles la région dans le chaos ? Dans ce nouveau chapitre de notre série « Comprendre le monde musulman », Mohamed Hassan répond à ces questions. Et il nous explique pourquoi c’est au peuple du Pakistan de sauver son pays d’une possible disparition…

En 2001, les Etats-Unis lançaient l’opération « Enduring Freedom » en Afghanistan car, selon eux, les Talibans refusaient de céder Oussama Ben Laden. Sept ans plus tard, plus personne ne parle de l’ennemi public numéro un. Quelles sont les raisons de cette guerre aujourd’hui?

Tout d’abord, vous devez considérer que les Talibans n’ont rien à voir avec Oussama Ben Laden. En 1996, Ben Laden, renvoyé d’Arabie Saoudite, trouvait refuge au Soudan. Les Saoudiens firent alors pression sur ce pays pour qu’il expulse le célèbre terroriste. C’est à ce moment que Ben Laden est venu en Afghanistan. Mais les attentats du 11 septembre n’avaient aucun rapport avec ce pays. Il y a juste cette réaction des Talibans lorsque Washington réclama Ben Laden : « Si vous voulez que Ben Laden soit jugé, donnez-nous les preuves et laissons-le juger par une cour islamique dans quelque pays musulman que ce soit ». En fait, les néoconservateurs de l’administration Bush ont surtout utilisé cet événement tragique comme un alibi.

Avec quelles intentions?

Trois ouvrages majeurs nous permettent de comprendre les racines de la vision des Etats-Unis. D’abord, La fin de l’Histoire de Francis Fukuyama. Il prétendait que l’Histoire de l’humanité était arrivée à son terme avec l’effondrement de l’Union soviétique et la domination de la démocratie libérale. Ensuite, Le choc des civilisations, de Samuel Huntington. Selon qui l’Histoire ne dépendrait pas de la lutte des classes mais plutôt d’un conflit entre civilisations. Huntington a donc divisé le monde entre ces différentes civilisations, décrétant que la plus agressive serait l’islamique. Le dernier ouvrage, Le grand échiquier de Zbigniew Brzezinski, considère que celui qui dominera l’Eurasie sera l’unique puissance du 21ème siècle. En effet, la majorité de l’humanité vit dans cette zone et l’activité économique y devient plus importante.
A présent, retournons à la fin de l’administration Clinton. L’année 1997 a été marquée par une sérieuse crise économique : avec l’éclatement de la bulle financière en Asie, le NASDAQ s’est effondré. Lorsque les néoconservateurs ont débarqué à la Maison Blanche avec Georges W. Bush en 2001, la situation économique n’était donc pas brillante. Malgré quoi, ils ont exposé leur objectif très clairement : personne ne doit être capable de rivaliser avec les Etats-Unis. Pour y arriver, la nouvelle administration cherchait à contrôler le monde en contrôlant les ressources les plus importantes, essentiellement le gaz et le pétrole.
Sous l’influence de Brzezinski, Clinton voulait d’abord dominer l’Europe en élargissant l’Otan, et ensuite gagner l’Asie Centrale. Mais les néoconservateurs ont dit : « Non, nous n’avons pas le temps pour cela. Vu cette crise, nous devons créer et contrôler le Grand Moyen-Orient pour disposer du pétrole ». On sent ce changement dans le discours de Bush après les attentats du 11 septembre lorsqu’il dit : « Vous êtes avec nous ou contre nous ». Avec sa conception de l’Axe du Mal, il voulait élargir la guerre.
La guerre d’Afghanistan – qui pour la première fois dans l’Histoire a été planifiée par la CIA sans la collaboration du Pentagone – n’était donc qu’un prétexte pour entraîner les troupes US et leur donner l’expérience nécessaire pour ensuite attaquer l’Irak. Vous devez savoir que le renversement de Saddam Hussein était planifié bien avant les attentats du 11 septembre. 

Obama veut incarner le changement. Pourquoi concentre-t-il les efforts militaires en Afghanistan au lieu de l’Irak ?

D’abord, la guerre en Irak a soulevé des difficultés non prévues. Le gouvernement US pensait que c’était la cible la plus facile, car Saddam Hussein ne disposait pas d’une grande armée et une large partie de la population irakienne détestait son régime. Il n’aura fallu que quelques jours, du 20 mars au 10 avril 2003, pour que les Etats-Unis prennent Bagdad. Ensuite, ils ont uniquement protégé l’industrie pétrolière et laissé tout le reste exploser. Paul Bremer, le gouverneur US d’Irak, a détruit les bases de l’ancien régime irakien, démobilisé la police et la structure de l’armée. A ce moment, la résistance a augmenté, et aussi le coût de l’occupation US : huit milliards de dollars chaque mois, (auxquels vous pouviez ajouter un milliard et demi pour l’Afghanistan) ! Durant huit ans, l’administration néoconservatrice a dépensé tout son argent dans cette guerre, sans aucun résultat : ils ne sont parvenus ni à pacifier le pays, ni à créer le gouvernement qu’ils voulaient, ni à obtenir une base populaire, ni à contrôler le pétrole.
Lorsque la résistance irakienne a révélé la faiblesse de l’impérialisme US et son incapacité à remporter le conflit, le peuple des Etats-Unis est devenu plus attentif sur le plan politique. Le manque de soutien de l’opinion publique pour cette guerre a donc aussi poussé Obama à ce changement. D’autant que sur la scène internationale, cette guerre ne faisait pas l’unanimité : la France, l’Allemagne et d’autres pays ont refusé de partir en Irak. Bref, la décision d’Obama est aussi un moyen de maintenir l’alliance de l’Otan. Mais une défaite en Afghanistan pourrait marquer la fin de celle-ci.

Les Talibans n’ont pas toujours été les ennemis des Etats-Unis. L’ancienne secrétaire d’Etat US Madeleine Albright avait salué leur arrivée au pouvoir en 1996 comme un « pas positif ». Il semble même que ce pas ait été encouragé. Ce que l’ancienne ministre pakistanaise Benazir Bhutto résumait ainsi : « L’idée était anglaise, le financement saoudien, la supervision pakistanaise et l’armement américain ».  

A la fin des années 70, les Soviétiques vinrent en Afghanistan pour soutenir le gouvernement révolutionnaire menacé par des combats internes. Brzezinski, conseiller du président Carter, entreprit de faire de l’Afghanistan le Vietnam des Soviétiques pour porter ainsi un coup fatal à l’influence du socialisme dans la région. Pour combattre l’Union Soviétique et le gouvernement révolutionnaire d’Afghanistan, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite soutinrent donc les moudjahidines par l’intermédiaire du Pakistan. Quand l’Armée rouge quitta l’Afghanistan en 1989, les Etats-Unis savaient que les Soviétiques traversaient une sérieuse crise. Ayant atteint leur but, ils se lavèrent les mains et quittèrent la région qui se trouva plongée dans le chaos. En fait, Washington a utilisé les moudjahidines comme un préservatif : quand ils n’étaient plus d’aucune utilité, ils les ont jetés. Qui en a souffert ? Les peuples d’Afghanistan et du Pakistan.
En effet, lorsque les services secrets pakistanais ont soutenu les moudjahidines pour combattre les communistes, ils n’ont pas unifié ce mouvement, mais ont soutenu chaque seigneur de guerre séparément. Une fois les Etats-Unis partis, une sévère compétition a opposé les seigneurs de guerre afghans. Le pays a été totalement détruit par cette guerre civile. Des millions de réfugiés ont fui vers le Pakistan, alors touché lui-même par une grave crise, son économie déclinant avec l’arrivée de nombreux Afghans et barons de la drogue.
Dans ce contexte, apparurent les Talibans, des étudiants issus de la plus jeune génération de ces réfugiés. Leur arrivée au pouvoir offrait une opportunité aux Etats-Unis et au Pakistan. Mais en fait, ces trois acteurs avaient chacun des intérêts très différents.

C’est-à-dire ?

Le Pakistan, lorsque les pays d’Asie centrale sont devenus indépendants, a réalisé que son principal ennemi, l’Inde, était fort, alors que lui-même se trouvait en position délicate. La bourgeoisie pakistanaise décida, pour se développer économiquement et concurrencer l’Inde, d’utiliser l’Afghanistan comme porte d’accès aux marchés d’Asie centrale. Elle favorisa donc l’accès au pouvoir des Talibans en Afghanistan.
L’intérêt des Etats-Unis était de contrôler et dominer les richesses d’Asie centrale. La compagnie pétrolière US Unocal voulait construire un pipeline dans la région. Mais pour cela, il fallait que l’Afghanistan soit pacifié.
Enfin, l’intérêt des Talibans était de pacifier le pays et d’instaurer une révolution islamique. Ce qui rencontrait les intérêts de l’Arabie Saoudite qui souhaitait exporter l’idéologie islamique en Asie centrale, afin d’affaiblir la Russie et de contrôler le gaz dans cette région.
Appuyés donc par des puissances étrangères, les Talibans ont combattu les seigneurs de guerre et pris le pouvoir. Fatigué, le peuple d’Afghanistan voulait la paix. Les Talibans furent bien accueillis.

Finalement, ce plan n’a pas marché : les Etats-Unis n’ont pas réussi à pacifier la région, le Pakistan n’a pu s’ouvrir un accès au marché de l’Asie centrale et les Talibans ont été renversés. Pourquoi ?

L’Afghanistan comporte différents groupes ethniques. Le plus représenté est celui des Pachtounes : presque 50% de la population. Ensuite, il y a les Tadjiks, les Hazaras et les Kazakhs autour desquels la rivalité entre les seigneurs de guerre s’articule. Enfin, il y a d’autres minorités. Les Talibans sont Pachtounes. Un trait caractéristique de ce groupe est qu’ils sont très indépendants ! Les Etats-Unis et le Pakistan voulaient les utiliser comme des mercenaires, mais les Talibans avaient leur propre vision des choses. De plus, les Pachtounes ne reconnaissent pas la frontière séparant Afghanistan et Pakistan.

Pourquoi ?

Retournons au 19ème siècle, quand l’Inde était la précieuse colonie de l’Empire britannique, qu’inquiétait l’expansion des Russes en Asie centrale. Pour protéger leur colonie, les Britanniques souhaitaient utiliser l’Afghanistan. Cela a débouché sur trois guerres anglo-afghanes. Ce qui nous intéresse particulièrement est un résultat de la seconde guerre : en 1893, le gouverneur d’Inde, Sir Durand, traça une ligne dans le territoire pachtoune, afin de protéger sa colonie en créant une zone tampon entre l’Afghanistan et l’Inde britannique. Cette ligne est la frontière actuelle entre l’Afghanistan et le Pakistan. C’est pourquoi beaucoup de Pachtounes ne reconnaissent pas l’existence du Pakistan. Quand ce pays est devenu indépendant, le seul membre à voter contre son entrée aux Nations Unies était l’Afghanistan !
Il était donc clair que les Talibans, lorsqu’ils auraient pris le pouvoir, ne se soumettraient pas à ces intérêts étrangers. En mai 2001, six mois avant l’attaque du World Trade Center, Washington allouait sans aucun résultat une subvention de 43 millions de dollars au régime taliban dans le cadre du projet de pipeline d’Unocal. Mais avec le 11 septembre, tout le programme tomba à l’eau.

Les forces de la coalition ont facilement renversé le régime taliban mais n’ont pas réussi à prendre le contrôle du pays. Pourquoi ?

Tout d’abord, l’actuel gouvernement d’Afghanistan n’est pas reconnu par les Pachtounes. Quand les Talibans ont été renversés, les Etats-Unis ont placé Hamid Karzai comme président. Karzai, qui a travaillé pour Unocal, est un Pachtoune mais il n’a pas de base sociale en Afghanistan. En fait, les Pachtounes, premier groupe ethnique du pays, ne sont pas vraiment représentés dans ce gouvernement. Il y a juste quelques marionnettes de Washington sans aucune légitimité auprès de la population. Au départ, les Etats-Unis essayèrent bien d’acheter des Pachtounes représentatifs pour participer au gouvernement, mais ceux-ci ont pris l’argent et se sont tirés : comme je l’ai dit, les Pachtounes sont très indépendants !

Deuxièmement, les seigneurs de guerre présents au gouvernement travaillent chacun dans leur propre intérêt. Ils ne paient pas de taxes au gouvernement central, mais s’approprient les richesses. Chaque ministère est le ministère indépendant d’un seigneur de guerre. Une situation chaotique qui paralyse le gouvernement.
Troisièmement, les seigneurs de guerre ne font pas confiance aux Pachtounes. Ils pensent que si ces derniers prennent la majorité au gouvernement, ils imposeront leur vision. Bref, c’est un gouvernement où tout le monde est contre tout le monde. Tous les films que l’Occident s’est faits, ça ne marche absolument pas !
Enfin, nous pouvons dire également que les forces de l’Otan n’aident pas Hamid Karzai dans son travail en bombardant des paysans dans leurs fermes, dans les mosquées, à des mariages ou à des funérailles… L’actuel gouvernement est perçu par une grosse partie de la population comme un instrument de l’agresseur. Tous ces meurtres ont créé un soulèvement populaire et unifié la résistance des Talibans.

Conséquence de cette guerre, la production d’opium a augmenté : plus de 3.000% depuis la chute du régime taliban. Le département d’Etat US a accusé les Talibans d’utiliser la drogue pour financer la résistance…
L’opium est un produit chimique provenant du pavot. Quand la fleur de pavot éclot, vous la coupez, collectez le lait qui en coule et le vendez. C’est ce que font les paysans afghans. Ensuite, des personnes assèchent ce lait, le travaillent dans une machine en ajoutant des produits chimiques pour finalement obtenir de l’opium. Pour produire cette drogue, vous avez besoin d’un laboratoire et de connaissances en chimie. Je ne pense pas que les paysans afghans détiennent tous un diplôme de chimiste. Si c’était le cas, l’Afghanistan serait un pays très développé ! Pour tirer de l’argent du trafic d’opium, vous avez également besoin d’une certaine logistique pour pouvoir ramener le produit en Occident. Les Talibans n’ont rien de tout cela. En fait, l’opium provient des seigneurs de guerre, avec l’aide de la CIA. La plupart du temps, cette drogue vient des services secrets US qui l’utilisent comme un fonds rentable, portant la drogue dans les pays occidentaux, la vendant au prix du marché et utilisant ensuite cet argent sale pour financer leurs guerres.
En Afghanistan, la culture du pavot a commencé avec la guerre contre les Soviétiques et aujourd’hui, l’industrie de l’opium est aux mains de seigneurs de guerre. Or, pour un paysan, cultiver le pavot rapporte beaucoup plus que cultiver des tomates. Pour se constituer une base sociale, les seigneurs de guerre ont donc laissé les paysans cultiver ce qu’ils voulaient.

Par contre, lorsque les Talibans avaient pris le pouvoir dans les années 90, ils avaient brûlé les champs de pavots. Se faisant beaucoup d’ennemis au sein de la paysannerie. C’est pourquoi aujourd’hui, les Talibans n’empêchent plus les paysans de cultiver le pavot, mais interdisent la production d’opium. Ils retirent même des bénéfices grâce à la contribution financière des paysans. En fait, le gouvernement central n’a aucune possibilité de percevoir une taxe dans le Sud du pays, car tout est aux mains des Talibans. Or, un gouvernement incapable de percevoir une taxe n’est pas un gouvernement !

Beaucoup de spécialistes considèrent que la guerre en Afghanistan est impossible à gagner. Le général français Georgelin l’a même qualifiée de « merdier ingérable ». Quelles sont les difficultés rencontrées par les forces de la coalition ?  

L’OTAN tue des civils chaque jour. Dès lors, la population s’est rapprochée des Talibans. A présent, ceux-ci contrôlent le Sud du pays, avec un gouvernement de fait dans chaque village. Ils sont mélangés à la population et les forces de l’OTAN enregistrent des pertes. Du coup, dès que quelque chose de suspect bouge, les GI’s ouvrent le feu, tuant des civils par la même occasion. Donc, les Afghans font face, d’un côté, aux seigneurs de guerre impérialistes bombardant des civils et, de l’autre côté, aux seigneurs de guerre régionaux pillant le pays et vendant de la drogue. Voilà pourquoi les Talibans ont le soutien de la population. Non qu’ils aient des idées progressistes, mais elle attend d’eux qu’ils ramènent la paix dans le pays. Exactement comme ils l’ont fait en 1992.

Est-ce pour cela qu’Obama s’est dit prêt à négocier avec les Talibans modérés ?

Il essaie de protéger les Etats-Unis d’une crise qui s’est accumulée depuis les sept dernières décennies. Et c’est très difficile. Obama veut montrer qu’il n’y a pas de guerre contre les musulmans, qu’il rejette le prétendu choc des civilisations. Il s’est donc dit prêt à négocier avec les Talibans modérés. Telle est la nouvelle politique US pour de nombreux endroits du monde où il y a des mouvements musulmans : les diviser entre les bons et les méchants.
Je ne sais si ce genre de négociations pourra mettre fin au conflit. Si Washington essaie cette voie, elle devra probablement programmer une nouvelle propagande montrant les Talibans sous leur bon côté. Mais ils ont des mentalités arriérées : ils ont détruit des temples bouddhistes pour installer la révolution islamique, leurs positions contre les femmes sont primitives et leur vision du monde archaïque. D’un autre côté, pour obtenir le soutien de la population, ils ont quand même appris de leurs erreurs. J’ai évoqué la culture du pavot. Un autre exemple : contrairement à ce qu’ils avaient préconisé par le passé, les Talibans sont aujourd’hui d’accord avec le fait que les filles puissent aller à l’école. Ils ont évolué et sont plus forts pour résister. Mais ça ne veut pas forcément dire qu’ils seront ouverts pour négocier avec les Etats-Unis. Enfin, vous devez aussi tenir compte du fait que, désormais, le plus gros de la crise n’est plus en Afghanistan, mais au Pakistan.

Pourquoi la guerre afghane a-t-elle provoqué une telle crise au Pakistan ?

Comme je l’ai dit, la ligne de Durand tracée dans le territoire historique des Pachtounes est l’actuelle frontière séparant les deux pays. Ce qui veut dire que vous avez des Pachtounes des deux côtés de la frontière. Au Pakistan, ils sont le deuxième groupe ethnique après les Punjabis. C’est très important. Car l’élite pakistanaise, depuis l’indépendance du pays, a toujours soutenu l’impérialisme US. Vous pouvez travailler en tant qu’agent de votre patron quand vous accomplissez pour lui un boulot au loin, en Amérique du Sud ou en Afrique par exemple. Mais dans le cas de la guerre d’Afghanistan, c’est un suicide car les deux pays sont voisins et se partagent des groupes ethniques. 
Il y a des Talibans dans le Nord du Pakistan aussi. Chaque jour, ils attaquent et détruisent les ravitaillements des forces de la coalition supposés passer du Pakistan à l’Afghanistan par un endroit stratégique de la frontière. Pour résoudre ce problème, le gouvernement pakistanais, marionnette de Washington, autorise l’Otan à bombarder les Pachtounes sur son propre territoire. En conséquence, les Talibans pakistanais se sont développés et estiment maintenant que leur ennemi est au Pakistan. Ils ont déclaré vouloir marcher sur Islamabad.
C’est pourquoi la frontière entre les deux pays n’a plus de sens. Et le peuple pakistanais doit faire face à ce problème : où est la légitimité du gouvernement pakistanais s’il laisse l’OTAN bombarder ses propres civils ? Le peuple pakistanais a maintenant deux solutions : devenir nationaliste et refuser le diktat US ou continuer sur cette voie qui mène à la disparition de son pays.

Quelles pourraient être les conséquences de cette crise ?

La clé, c’est la stratégie des Etats-Unis pour bloquer la Chine. Quand le tsunami est survenu, Washington a envoyé une importante aide humanitaire en Indonésie. En profitant pour y construire une base militaire dans la province d’Aceh. Cette base fait face au détroit de Malacca et c’est par ce détroit que passe le pétrole provenant de l’Océan Indien et à destination de la Chine.

Aujourd’hui, les Etats-Unis sont installés à cet endroit stratégique. Au moindre problème avec la Chine, ils seront en mesure de fermer ce détroit et priver Pékin de son pétrole. Tenant compte de cette situation, le géant asiatique – qui a de plus en plus besoin de pétrole pour développer son pays – cherche d’autres voies d’acheminement. Une solution passe par la Birmanie, qui a des ressources et qui pourrait permettre un accès vers le Bangladesh.
Une autre possibilité, c’est le port de Gwandar, construit par la Chine au Baluchistan qui est la plus grande province du Pakistan : environ 48% de la superficie du pays. Mais c’est aussi la province la moins peuplée : 5% de la population totale. Cette province a d’importantes réserves de gaz et de pétrole. Pékin pourrait aussi construire un pipeline partant de l’Iran et passant par le Baluchistan avant de rejoindre la Chine occidentale. Mais les Etats-Unis veulent absolument empêcher cette province de passer dans la sphère d’influence chinoise. D’où leur soutien au mouvement séparatiste du Baluchistan, afin de prendre, eux, le contrôle du port de Gwandar.
Avec, d’un côté, le problème des Pachtounes, et, de l’autre côté, la possible sécession de sa plus grande province, le Pakistan risque une balkanisation : l’éclatement en une série de petits Etats. Aujourd’hui, le peuple pakistanais devient plus attentif. C’est à lui que revient le devoir de stopper ce désastre et de virer les Etats-Unis du Pakistan. Mais c’est aussi la responsabilité de tous les mouvements démocratiques révolutionnaires de la région. En effet, si le Pakistan connaît le même sort que la Yougoslavie, toute la région devra faire face à des très graves problèmes.

Mohamed Hassan recommande les lectures suivantes :

  • Ahmed Rashid, Taliban. Militant Islam, Oil and Fundamentalism in Central Asia, Yale University Press, 2001 (existe en français: Ahmed Rashid, L’ombre des Talibans, Autrement, 2001)
  • Antonio Giustozzi, War, Politics and Society in Afghanistan, 1978-1992, Georgetown University Press, 2000
  • Alfred W. McCoy, The Politics of Heroin in Southeast Asia. CIA complicity in the global drug trade, Harper & Row, 1972 (existe en français: Alfred W. McCoy, La politique de l’héroïne l’implication de la CIA dans le trafic de drogues, Ed. du Lézard, 1998)
  • Michel Collon, Media Lies and the Conquest of Kosovo, Unwritten History, 2007 (existe en français: Michel Collon, Monopoly, L’Otan à la conquête du monde, EPO, 2000)

Article de Michel Collon publié sur son site le 4 juin 2009

Obama et les arrières-pensées de la main tendue aux musulmans

Le président des États-Unis a tendu la main aux musulmans lors d’un discours très médiatisé au Caire. Il entendait ainsi tourner la désastreuse page de la « croisade » bushienne au Grand Moyen-Orient. Toutefois, dans cet exercice de relations publiques, les envolées lyriques ont remplacé les clarifications nécessaires, tandis qu’apparaissaient les nouveaux appétits de Washington.

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Le Obama Show, à l’université Al-Azhar (le caire), 4 juin 2009.

Le discours que le président Obama a prononcé le 4 juin au Caire [1] a été présenté à l’avance par les services de communication de la Maison-Blanche comme « fondateur d’une nouvelle ère ». Il a fait l’objet d’une intense campagne promotionnelle qui s’est conclue par un mail adressé par David Axelrod aux dizaines de millions d’abonnés de la liste de la Maison-Blanche [2]. Le conseiller en image de Barack Obama y invite les États-uniens à visionner la vidéo du discours qui, selon lui, marque un nouveau départ dans les relations de l’Amérique avec le monde musulman [3]. On l’a bien compris, ce discours s’adresse tout autant, sinon plus, aux électeurs US qu’aux musulmans.

Son message principal peut être résumé ainsi : les États-Unis ne considèrent plus l’islam comme l’ennemi et souhaitent établir des relations d’intérêt mutuel avec les États musulmans. Ce message doit être pris pour ce qu’il est : un slogan de relations publiques.

Examinons point par point ce discours.

Préambule : aimez-nous !

Dans une longue introduction, l’orateur a développé son message principal de main tendue.

Barack Hussein Obama a justifié la rupture avec son prédécesseur par sa propre personnalité. Il a offert un moment d’émotion à son auditoire, comme on les aime dans les films hollywoodiens. Il a raconté son père musulman, son adolescence en Indonésie —pays musulman le plus peuplé du monde—, et son travail social à Chicago auprès de populations noires musulmanes.
Ainsi, après nous avoir fait croire que la politique extérieure des États-Unis était fondée sur la couleur de peau de son président, on veut nous convaincre qu’elle reflète son parcours individuel. Pourtant personne ne pense que M. Obama est un autocrate en mesure d’imposer ses états d’âme. Chacun est conscient que la politique de Washington est le fruit d’un difficile consensus entre ses élites. En l’occurrence, le changement de rhétorique est imposé par une succession d’échecs militaires en Palestine, au Liban, en Irak et en Afghanistan. Les États-Unis ne considèrent plus les peuples musulmans comme leur ennemi parce qu’ils ne sont pas parvenus à les écraser.
Ce réalisme avait conduit en 2006 à la révolte des généraux autour de Brent Scowcroft, déplorant la colonisation ratée de l’Irak et mettant en garde contre un désastre militaire face à l’Iran. Il s’était poursuivi avec la Commission Baker-Hamilton appelant à négocier avec la Syrie et l’Iran pour sortir la tête haute du fiasco irakien. Ce réalisme avait contraint le président Bush à limoger Donald Rumsfeld et à le remplacer par Robert Gates, le fils spirituel de Scowcroft et membre de la Commission Baker-Hamilton. Ce réalisme s’était incarné dans la publication du rapport des agences de renseignement attestant l’inexistence d’un programme nucléaire militaire iranien et détruisant ainsi toute justification possible d’une guerre contre l’Iran.

Toujours à propos du grand amour retrouvé, le président Obama s’est présenté comme féru d’histoire et a égrené les apports de la civilisation musulmane au monde. Dans les films hollywoodiens, il y a toujours une séquence sur la diversité culturelle qui nous enrichis. Cependant le scénario misait sur l’affligeante ignorance du public US. M. Obama et son équipe ont réduit l’apport des peuples aujourd’hui musulmans aux inventions postérieures à leur islamisation. N’ont-ils rien créé avant ?
En choisissant de réduire l’histoire des peuples musulmans à leur seule période islamique, Barack Obama a nié quelques millénaires de civilisation et a repris à son compte la rhétorique des islamistes les plus obscurantistes. Nous allons voir qu’il ne s’agit pas là d’une erreur, mais d’un choix stratégique.

Enfin, le président Obama a abattu sa carte principale en appelant ses auditeurs à repenser leur image des États-Unis. « Nous sommes façonnés par chaque culture, issus des quatre coins du monde et acquis à un concept simple : E pluribus unum : « De plusieurs peuples, un seul » », a-t-il déclaré. Cette devise, qui devait exprimer l’unité des colonies nouvellement indépendantes d’Amérique, devient aujourd’hui celle de l’Empire globalisé. Nous seulement les États-unis ne considèrent plus les peuples musulmans comme des ennemis, mais ils entendent les intégrer dans l’Empire global.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’establishment washingtonien a soutenu la candidature de Barack Hussein Obama. Le prénom musulman du président, comme sa couleur de peau, sont des arguments pour convaincre les peuples de l’Empire que le pouvoir qui les domine leur ressemble. Lorsqu’elle avait étendu son empire, la Rome antique avait fait de même en choisissant ses empereurs dans des contrées lointaines, tel Philippe l’Arabe [4]. La sauvagerie des légions n’en avait pas été changée.

1- La guerre globale au terrorisme

Après ce sirupeux morceau de violon, le président Obama s’est attaché à recoler son introduction avec la « guerre globale au terrorisme ». Il a donc établi une distinction entre l’islam, qui n’est pas mauvais comme le pensaient Bush et Cheney mais bon, et les extrémistes qui s’en réclament à tort, qui restent eux toujours mauvais. La pensée reste manichéenne, mais le curseur s’est déplacé.
Le problème, c’est que depuis huit ans, Washington s’efforce de construire un adversaire à sa taille. Après l’URSS, c’était l’islam. A contrario, si ni les communistes, ni les musulmans ne sont les ennemis, contre qui les États-Unis sont-ils en guerre ? Réponse : « Al-Qaïda a choisi de les tuer sans merci, de revendiquer les attentats et il réaffirme aujourd’hui encore sa détermination à commettre d’autres meurtres à une échelle massive. Ce réseau a des membres dans de nombreux pays et il essaie d’élargir son rayon d’action. Il ne s’agit pas là d’opinions à débattre – ce sont des faits à combattre ». Et bien non, Monsieur le président, ce ne sont pas là des faits avérés, mais des imputations qui doivent être débattues [5].
Barack Obama continue : « Nous ne demanderions pas mieux que de rapatrier tous nos soldats, jusqu’au dernier, si nous avions l’assurance que l’Afghanistan et maintenant le Pakistan n’abritaient pas d’éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains. Mais ce n’est pas encore le cas. »
À ce stade, le président apparaît enfermé dans un cercle vicieux. Il explique que les ennemis ne sont pas les musulmans en général, mais une poignée d’individus non représentatifs, puis il affirme que cette poignée d’individu doit être combattue en livrant des guerres contre des peuples musulmans. C’est tout le problème : Washington voudrait être l’ami des musulmans, mais a besoin d’un ennemi pour justifier ses actions miliaires, et pour le moment, il n’a pas trouvé de bouc-émissaire de remplacement.

2- Le conflit israélo-arabe

Barack Obama a abordé la question de la Palestine de manière beaucoup plus large que ses prédécesseurs en y reconnaissant non pas seulement un conflit israélo-palestinien, mais israélo-arabe. Mais il n’a pas précisé en quoi, à ses yeux, les États arabes sont concernés. Il a prêché avec autorité pour la « solution à deux États », mais en éludant la fâcheuse question de la nature de ces deux États. S’agit-il de deux États souverains et démocratiques au sens réel du terme, ou d’un État pour les juifs et d’un autre pour les Palestiniens comme le revendique la « gauche » israélienne, ce qui implique un nettoyage ethnique et l’institutionnalisation complète de l’apartheid ? [6]

Plutôt que de lever les incertitudes, le président Obama a préféré offrir à son auditoire une nouvelle « séquence émotion » avec lequel il a partagé sa compassion face aux souffrances des Palestiniens. Ce fut certainement le moment le plus abject de son discours : l’appel aux bons sentiments des victimes pour couvrir les crimes des bourreaux.
Il a déclaré : « Les Palestiniens doivent renoncer à la violence. La résistance sous forme de violence et de massacre n’aboutira pas. Les Noirs en Amérique ont souffert du fouet quand ils étaient esclaves et de l’humiliation de la ségrégation. Mais ce ne fut pas la violence qui leur a finalement permis d’obtenir l’égalité des droits dans son intégrité. Ce fut la persévérance ferme et pacifique pour les idéaux au cœur même de la création de l’Amérique. Cette même histoire peut être racontée par des peuples de l’Afrique du Sud à l’Asie du Sud ; de l’Europe de l’Est à l’Indonésie. C’est une histoire avec une simple vérité : la violence ne mène nulle part. Lancer des roquettes contre des enfants israéliens endormis ou tuer des vieilles femmes dans un autobus, n’est pas un signe de courage ni de force. »
Barack Obama caricature la Résistance palestinienne dans les termes de la propagande sioniste : des roquettes lancées contre des enfants endormis et des vieilles femmes tuées dans un autobus. Il reconnaît que leurs terres et leurs maisons sont occupées, mais il leur interdit de vouloir les reprendre par la force aux civils qui les occupent. Il reproche aux Palestiniens de ne pas utiliser des missiles guidés pour atteindre des cibles militaires et de se contenter de roquettes artisanales qui tombent à l’aveuglette.
Le pire est ailleurs. Le président Obama se mue en donneur de leçons. Il demande aux victimes de renoncer à la violence et leur conseille de prendre exemple sur le mouvement des noirs états-uniens pour les droits civiques. Au demeurant, ce n’est pas en convertissant les blancs que King a obtenu des résultats, mais en prenant l’opinion publique internationale à témoin. Le président Johnson s’est alors trouvé contraint de céder pour faire bonne figure face à l’URSS. Après avoir reçu le Prix Nobel de la paix, Martin Luther King a continué la lutte en affirmant que son but n’était pas de permettre aux noirs de servir à égalité avec les blancs dans l’armée pour tuer les Vietnamiens aspirant à la liberté. C’’est après son sermon de Ryverside que Johnson lui ferma la porte de la Maison-Blanche et que les chefs du FBI décidèrent de le faire assassiner. À n’en pas douter, s’il était encore vivant, il dirait aujourd’hui que son but n’est pas de permettre à un noir d’accéder au Bureau ovale pour tuer des Irakiens ou des Pakistanais aspirant à la liberté.

3- La dénucléarisation

Évoquant les relations difficiles avec l’Iran, le président Obama a choisi de sortir par le haut de la polémique sur l’arme nucléaire. Après avoir reconnu le droit de l’Iran à se doter d’une industrie nucléaire civile, et admis que ni les États-Unis ni aucune autre puissance n’ont l’autorité morale pour autoriser ou interdire un État à posséder la bombe, il s’est prononcé pour un désarmement nucléaire global, impliquant aussi implicitement Israël.

On sait que le Pentagone n’a plus les moyens financiers nécessaire pour entretenir la course aux armements nucléaires et négocie à ce sujet avec la Russie et la Chine. Ceci ne doit pas être interprété comme un élan pacifiste, le Pentagone menant simultanément des recherches sur les armes atomiques miniaturisées (exclues du Traité de non-prolifération) et renforçant ses alliances militaires, dont l’OTAN.

4- La démocratie

Le président Obama a déploré que son prédécesseur ait cru possible d’exporter la démocratie en Irak par la force, puis il s’est livré à un éloge du gouvernement du peuple par le peuple, et de l’état de droit. La chose était plaisante pour ceux qui se souviennent que la Constitution des États-unis ne reconnaît pas la souveraineté populaire, et qu’en 2000, la Cour suprême a pu proclamer George W. Bush élu avant que le scrutin de Floride ne soit dépouillé. Elle avait l’air d’une farce venant d’un politicien retors qui vient de confirmer la suspension des libertés fondamentales par le Patriot Act, notamment la suspension de l’habeas corpus qu’il décrivait il y a peu comme le socle de la Justice. Elle paraissait cruelle aux Égyptiens qui n’avaient pas eu le privilège de faire partie des 3 000 invités. Lorsque Obama déclara « Il faut conserver le pouvoir par le consentement du peuple et non la coercition », il pensaient au président Moubarak, inamovible depuis vingt-huit ans. Lorsque Obama poursuivit « Il faut respecter les droits des minorités et participer, dans un esprit de tolérance et de compromis », ils pensaient aux éleveurs coptes dont on vient d’abattre les bêtes.

Pour éviter que ce passage ne soit perturbé par des fous-rires nerveux, une voix anonyme cria dans la salle : « Barack Obama, on vous aime ! ». Il ne manquait qu’une petite fille avec un bouquet de fleurs à la main.

5- La liberté religieuse

Barack Hussein Obama fut particulièrement à l’aise sur le chapitre de la liberté religieuse. C’est qu’il s’agit-là d’un slogan bien rôdé. Depuis deux ans, Madeleine Albright prépare ce moment. Elle a observé que la résistance à l’impérialisme états-unien est souvent structurée par des groupes religieux, comme le Hezbollah au Liban ou le Hamas en Palestine. Elle en a donc conclu que les États-unis ne doivent plus laisser ce champ sans surveillance, et même qu’ils doivent l’investir en totalité. Dans un ouvrage consacré à ce sujet, elle préconise de faire de Washington le protecteur de toutes les religions [7]. C’est dans cette optique que le président Obama a évoqué les minorités chrétiennes, Coptes et Maronites, puis à appelé à la réconciliation au sein de l’islam des sunnites et des chiites. C’est aussi dans cette optique qu’il avait négligé l’histoire pré-islamique des peuples musulmans.

6- Les droits des femmes

Avec délectation, Barack Hussein Obama s’est offert le luxe de rappeler que son pays garanti aux femmes musulmanes le droit de porter le hijab, tandis que Nicolas Sarkozy l’a fait interdire dans les écoles françaises à l’époque où il se voulait plus néo-conservateur que Bush [8]. Et pendant qu’il parlait, le site internet de la Maison-Blanche affichait un article spécial attestant de la jurisprudence américaine.

Avec habileté, il a rappelé que les États musulmans étaient parfois en avance en matière de droits des femmes. « En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l’égalité des femmes continue dans beaucoup d’aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier. »

7- Le développement économique

Gardée pour la fin, la question du développement économique était la plus aboutie. Habituellement les grandes puissances échangent une aide immédiate contre des avantages disproportionnés à long terme. L’aide au développement est alors le cheval de Troie du pillage des ressources. Cependant, durant la campagne électorale, un accord bi-partisan a été conclu sur la réorientation de la politique extérieure US. L’idée principale, exprimée par la Commission Armitage-Nye, est de conquérir les cœurs et les esprits en offrant des services qui transforment la vie des gens sans coûter grand chose [9]. Hillary Clinton y a fait explicitement référence lors de l’audition sénatoriale pour sa confirmation au secrétariat d’État.

Arborant le sourire du Père Noël, Barack Obama récita un catalogue de promesses enchanteresses. Il continua : « Nous nommerons de nouveaux émissaires pour les sciences chargés de collaborer à des programmes qui mettront au point de nouvelles sources d’énergie, créeront des emplois verts, numériseront les registres et archives, purifieront l’eau et produiront de nouvelles cultures. Dans le domaine de la santé au niveau mondial, j’annonce aujourd’hui une nouvelle initiative avec l’Organisation de la conférence islamique pour éradiquer la polio et nous intensifierons nos partenariats avec des communautés musulmanes pour améliorer la santé maternelle et infantile. » Cela n’était pas sans rappeler les engagements du Sommet du Millénaire, lorsque le président Bill Clinton annonçait la fin imminente de la pauvreté et de la maladie.

Le président des États-unis conclu ce discours fleuve en citant le Coran, le Talmud et les Évangiles. Leur message se résumerait au fait que « Les habitants du monde peuvent cohabiter en paix. Nous savons que telle est la vision de Dieu. C’est maintenant notre tâche sur cette Terre ». Cette triple référence était peut-être imposée par le lieu, la plus prestigieuse des universités islamiques. Il se peut aussi qu’elle traduise un certain désarroi. En pleine récession économique, les États-unis n’ont plus les moyens de maintenir leur pression sur les champs pétroliers du Grand Moyen-Orient —à plus forte raison, ils n’ont pas les moyens de réaliser les promesses du jour—. Cependant, ils espèrent se reconstituer prochainement leur puissance. Dans la phase actuelle, ils doivent donc geler toute évolution régionale qui ne pourrait être qu’à leur désavantage. Ils craignent notamment l’extension de l’influence turque et iranienne et l’irruption de la Russie et de la Chine dans la région. Définir la paix en termes religieux et non politiques, c’est toujours gagner du temps.
 

Par Thierry Meyssan pour le Réseau Voltaire


Notes :

[1] « Discours de Barack Obama à l’université Al-Azhar du Caire », Réseau Voltaire, 4 juin 2009.

[2] « A New Beginning – Watch the President’s Speech », par David Axelrod, 4 juin 2009.

[3] Vidéo disponible sur le site de la Maison-Blanche.

[4] Philippe l’Arabe était Syrien. Il fut empereur de Rome de 244 à 249.

[5] Le secrétaire d’État Colin Powell s’était engagé à présenter un rapport sur les attentats du 11 septembre 2001 à l’Assemblée générale des Nations-unies établissant qu’ils avaient été victimes d’une agression extérieure. Ce document n’a jamais été produit. Les seules informations connues ont été délivrées par les autorités US lesquelles ont pourtant accusé l’Afghanistan, puis l’Irak et invoqué la légitime défense pour les attaquer. Voir L’Effroyable imposture par Thierry Meyssan, 2002, réédition Demi-lune 2007.

[6] « La "solution à deux États" sera bien celle de l’apartheid », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 janvier 2008. Le lecteur trouvera en bas de page la copie du document préparatoire de la conférence d’Annapolis surchargé à la main par Barack Obama. Il y définit « Israël comme patrie du peuple juif et la Palestine comme patrie du peuple palestinien ».

[7] The Mighty and the Almighty : Reflections on Faith, God and World Affairs, par Madeleine Albright, Pan Books, 2007, 324 pp. On appréciera le jeu de mots anglais : "Le puissant et le tout-puissant" désignent le président US et Dieu. Version française : Dieu, l’Amérique et le monde, Salvator, 2008, 369 pp.

[8] « Nicolas Sarkozy agite le voile islamique », Réseau Voltaire, 19 janvier 2004.

[9] « Washington décrète un an de trêve globale », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 décembre 2007.

SOA, ou l’école du terrorisme à l’américaine

George Monbiot, entre autres activités, est journaliste pour le quotidien The Guardian. Choqué comme beaucoup par l’invasion de l’Afghanistan, il n’a pu s’empêcher de sortir quelques fantômes des placards pour nous rappeler que les terroristes ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Son article revient sur la création et l’évolution de la SOA, School Of  Americas – l’Ecole des Amériques -  à la réputation sulfureuse. Au point de devoir changer de nom et relisser son image : la SOA est devenue WHISC, The Western Hemisphere Institute For Security Cooperation, mais sa vocation première reste inchangée et l’école recrute toujours.


 

Les coulisses du terrorisme.

Les États-Unis entraînent depuis des années des terroristes dans un camp en Georgie – ceci est toujours d’actualité

Par George Monbiot pour The Guardian, le 30 octobre 2001

" Si des gouvernements, quels qu’ils  soient, sponsorisent les hors-la-loi et les tueurs d’innocents," a déclaré George Bush le jour où il a commencé à bombarder l’Afghanistan, "ils deviennent eux-mêmes des hors-la-loi et des assassins. Ils prendront cette voie solitaire à leur propre péril." Je suis content qu’il ait dit " des gouvernements quels qu’ils soient", car il y en a un qui, bien qu’il ne soit pas encore identifié comme sponsor du terrorisme, requiert d’urgence son attention.

Depuis 55 ans, il existe un camp d’entraînement dont les victimes dépassent massivement le nombre de personnes tuées par les attentats de New York, les explosions à l’ambassade et autres atrocités attribuées, à tort ou à raison, à al Qaida. Le camp s’appelle The Western Hemisphere Institute for Security Cooperation, ou le WHISC. (NDT : Institut  de l’Hemisphère Occidental pour la Coopération Sécuritaire). Ce camp est basé à Fort Benning, en Georgie; il a été financé par le gouvernement Bush.

Jusqu’au mois de juin de cette année, le Whisc était surnommé  "The School of the Americas" ou SOA. (NDT : "l’Ecole des Amériques" ou SOA). Depuis 1946, la SOA a entraîné plus de 60 000 soldats et policiers latino-américains. Parmi ses gradés se trouvent les tortionnaires, les meurtriers de masse, les dictateurs et les terroristes d’État les plus célèbres du continent. Comme des centaines de pages de documentation compilées par le groupe de pression SOA Watch Now l’attestent, l’Amérique latine a été dépecée par ses anciens élèves.

Au mois de juin de cette année, le colonel Byron Lima Estrada, alors qu’il était étudiant à l’Ecole, a été condamné à Guatemala City pour le meurtre de l’évêque Juan Gerardi en 1998.  Gerardi fut assassiné car il avait apporté son aide à la rédaction d’un rapport sur les atrocités commises par le D-2, l’agence des services secrets militaires dirigée par Lima Estrada avec l’aide de deux gradés de la SOA, de Guatemala City. Le D-2 avait coordonné "la campagne anti-insurrectionnelle" qui avait anéanti 448 villages indiens Mayas, assassinant 10 000 personnes. 14% des ministres du cabinet qui ont travaillé au service des régimes génocidaires de Lucas Garcia, Rios Montt et Mejia Victores, ont fait leurs études à l’Ecole des Amériques.

En 1993, la Commission des Nations Unies pour la vérité sur le Salvador a désigné les officiers de l’armée ayant commis les pires atrocités durant la guerre civile. Les deux tiers d’entre eux avaient été entraînés à L’Ecole des Amériques. Parmi eux se trouvaient Roberto d’Aubuisson, le chef de l’escadron de la mort du Salvador, les hommes qui avaient tué l’archevêque Oscar Romero, ainsi que 19 des 26 soldats qui avaient assassiné les prêtres jésuites en 1989. Au Chili, les gradés de l’Ecole avaient fait partie  à la fois de la police secrète d’Augusto Pinochet et de ses trois principaux camps de concentration. L’un d’entre eux a participé à l’assassinat d’Orlando Letelier et de Ronni Moffit à Washington en 1976.

Les dictateurs de l’Argentine, Roberto Viola et Leopoldo Galtieri, ceux du Pananma, Manuel Noriega et Omar Torrijos, celui du Pérou, Juan Velasco Alvarado et celui de l’Equateur, Guillermo Rodriguez, ont tous bénéficié des enseignements de l’Ecole. De même pour le chef de l’escadron de la mort de "Grupo Colina" (Groupe de la Colline) à Fujimori au Pérou, pour quatre des cinq officiers qui dirigeaient l’infâme Battalion 3-16 au Honduras (qui y contrôlait l’escadron de la mort dans les années 80) et pour le commandant responsable du massacre de Ocosngo à Mexico en 1994.

Tout ceci est de l’histoire ancienne, insistent les défenseurs de l’Ecole. Mais les diplômés de la SOA sont également impliqués dans la sale guerre menée en Colombie avec l’aide des États-Unis. En 1999, le rapport du Département d’État américain concernant les droits de l’homme mentionnaient les noms de deux gradés de la SOA comme étant les assassins d’Alex Lopera, membre de la Commission pour la Paix. L’an dernier, Human Rights Watch révéla que 7 anciens élèves y dirigent des groupes paramilitaires et qu’ils ont commandité des enlèvements, des disparitions, des meurtres et des massacres. Au mois de février de cette année, un gradé de la SOA en Colombie a été déclaré coupable de complicité de torture et du meurtre de 30 paysans par des paramilitaires. L’Ecole attire actuellement la plupart de ses étudiant de Colombie – plus que d’autres pays.

Le FBI définit le terrorisme comme "des actes violents…dans l’intention d’intimider ou d’exercer des pressions sur une population civile, d’influencer la politique d’un gouvernement ou d’affecter la conduite d’un gouvernement", ce qui est la description précise des activités des diplômés de la SOA. Mais comment peut-on s’assurer que leur alma mater (l’école qui a dispensé l’enseignement suivi) a participé à cela ? Eh bien, en 1996, le gouvernement américain a été obligé d’éditer 7 des manuels d’entraînement de l’école. Entre autres conseils pour terroristes, on recommandait le chantage, la torture, l’exécution et l’arrestation des parents de témoins.

L’an dernier, en partie grâce à la campagne dirigée par SOA Watch, plusieurs députés ont tenté de fermer l’Ecole. Ils ont été battus par 10 voix. Au lieu de cela, la Chambre des Représentants a voté pour sa fermeture et l’a immédiatement rouverte sous un autre nom. Donc, tout comme Windscale est devenu Sellafield avec l’espoir de l’effacer de la mémoire du public, l’Ecole des Amériques s’est lavée du passé en se renommant elle-même WHISC.  Tandis que le colonnel Mark Morgan informait le Département de la Défense  juste avant le vote au Congrès : " Certains de vos chefs nous ont dit qu’ils ne peuvent supporter tout ce qui est estampillé "Ecole des Amériques". Nous proposons ceci : elle change de nom." Paul Coverdell, le Sénateur de Géorgie qui s’était battu pour sauver l’Ecole, a dit aux journaux que ce changement était  "purement cosmétique."

Mais visitez le site web WHISC et vous verrez que l’Ecole des Amériques est tout sauf effacée des annales. Même la page "Histoire" oublie de le mentionner. Les cours au WHISC, nous dit-on,  "couvrent un large spectre de domaines en rapport, tels que la planification pour les opérations de paix, les premiers secours, les opérations civiles et militaires, l’organisation tactique et les opérations anti-drogue."

Plusieurs pages décrivent ses initiatives concernant les droits de l’homme. Mais, bien qu’elles rendent compte de la plupart de ses programmes d’entraînement, des techniques de combat et de commando, la contre insurrection et les interrogatoires ne sont pas évoqués. Ni le fait que les options "paix" et "droits de l’homme" de Whisc étaient également présentées par la SOA dans l’espoir  d’apaiser le Congrès pour préserver son budget: mais il est peu probable que les étudiants les choisissent.

On ne peut attendre de ce camp d’entraînement terroriste qu’il change de lui-même : après tout, abandonné à son propre sort pour en tirer une leçon, il refuse de reconnaître qu’il a un passé. Donc, étant donné que la preuve liant l’école à des atrocités continues en Amérique latine est plus forte que la preuve liant  les camps d’entraînement d’al-Qaida  aux attentats de New York, que devrions-nous faire de ces "acteurs maléfiques" à Fort Benning en Georgie ?

Eh bien, nous pourrions pousser nos gouvernements à appliquer toute la pression  diplomatique possible, et demander l’extradition des commandants en vue d’un jugement pour complicité de crimes contre l’humanité.
Alternativement, nous pourrions demander que nos gouvernements attaquent les Etats-Unis, qu’ils bombardent ses installations militaires, ses villes et ses aéroports dans l’espoir de renverser son gouvernement non élu et de le remplacer par une administration supervisée par les Nations Unies. S’il s’avère que cette proposition est impopulaire auprès de la population américaine, nous pourrions gagner son cœur et son esprit en lui parachutant des naans (les pains au Moyen-Orient) et du curry lyophilisé dans des sacs en plastique marqués du drapeau afghan.

Vous pouvez objecter que cette prescription est ridicule, je suis d’accord. Mais même en essayant, je ne peux faire la différence morale entre ce moyen d’action et la guerre lancée maintenant contre l’Afghanistan.
 

Traduit par Apetimedia pour ReOpenNews


A lire :

Encore un faux complot « terroriste» 

A présent, cela tient d’une exaspérante banalité. Un complot terroriste effrayant est annoncé. On nous révèle ensuite que les suspects font partie d’un groupe de malheureux bons à rien, de vulgaires brutes n’ayant absolument pas le moindre lien avec un groupe terroriste quelconque; peu importe Al Qaida. Finalement, la dernière pièce du puzzle : le complot tout entier a été préparé par un voyou du gouvernement, un agent provocateur.

J’ai déjà vu ce film.

Dans ce cas, les présumés criminels — Onta Williams, James Cromitie, David Williams et Laguerre Payen — étaient des ratés, des délinquants, des drogués. Ils ne font pas partie d’Al Qaida. Sans l’aide de l’agent qui les a piégés, ils n’auraient même jamais rêvé de commettre des violences politiques, ils n’auraient même pas su où trouver des explosifs ou encore un missile Stinger. Cela n’a pas empêché les procureurs d’agir comme s’ils avaient capturé Oussama ben Laden lui-même. Comme l’a relevé le Los Angeles Times :

Les procureurs ont nommé ceci le dernier-né des complots terroristes locaux après le 11-Septembre.

Jeudi, Eric Snyder, adjoint du Procureur, a dit à la Cour : "Il est difficile d’envisager plus effrayant complot." Il a décrit les quatre suspects comme "empressés de tuer des Juifs."

En fait, il est difficile d’imaginer complot plus stupide, si peu efficace et si peu important. Les quatre ratés ont été piégés par un ignoble agent du FBI qui attendait de trouver ce qu’il cherchait aux abords de la mosquée, au nord de New York. Voici le compte-rendu du New York Times :

Salahuddin Mustafa Muhammad, l’imam de la mosquée, où les autorités affirment que l’informateur privé a d’abord rencontré les hommes, a dit qu’aucun d’eux n’était actif à la mosquée. …

Mr. Cromitie était là en juin dernier, il a rencontré un étranger.

Il ne pouvait savoir que le chemin de l’étranger vers la mosquée avait commencé en 2002, lorsqu’il fut arrêté suite à des accusations fédérales pour usurpation d’identité. Condamné à 5 ans de mise en liberté surveillée, il devint informateur privé pour le compte du F.B.I. Selon Mr. Muhammad, il a commencé à se montrer à la mosquée de Newburg vers 2007.

Le comportement de l’étranger a éveillé les soupçons de l’imam. Il avait invité d’autres fidèles à des repas et avait parlé de violence et du jihad, C’est pourquoi l’imam dit qu’il l’évitait.

"Il semblait louche" dit Mr Muhammed. Les membres "pensaient qu’il s’agissait d’un agent du gouvernement."

Mr Muhammad dit que les membres de sa congrégation lui avaient rapporté que l’homme qu’il pensait être l’informateur avait finalement offert à l’un d’entre eux une somme d’argent conséquente pour qu’il rejoigne son "équipe."

Donc une brute répugnante, l’écume aux lèvres, retient des gens à la mosquée, leur parlant de violence et du jihad ? C’est l’application de la loi ? Imaginez que quelqu’un se comporte ainsi dans une église locale ou dans une synagogue. L’imam dit que les gens "pensaient que c’était un agent du gouvernement."

En s’attaquant à ces ratés, dont aucun ne semblait être musulman, l’informateur privé a organisé l’acquisition d’un missile Stinger hors-service pour abattre des avions militaires et a échafaudé un vaste plan pour attaquer un centre juif dans le Bronx.

Cela devient encore plus pathétique :

Parmi les quatre suspects, le seul à avoir éveillé les soupçons est Payen, un natif haïtien qui fréquentait la mosquée de Newburgh. Son aspect négligé et son comportement étrange dérangeaient les autres membres, dit l’assistant de l’imam, Hamid Rashada.

Lorsque Payen apparut devant la Cour, l’avocat de la défense, Marilyn Reader, le décrivit comme étant intellectuellement perturbé et sous médicaments pour schizophrénie. L’Associated Press dit que lorsqu’on lui demanda s’il comprenait la procédure inquisitoire, Payen répliqua : "Plus ou moins."

Malgré les affirmations pompeuses du maire de New York Bloomberg et celles d’autres politiciens, dont l’élu Peter King, toute cette histoire est bidon. Les quatre ratés ont peut-être été enclins à la violence, ils ont peut-être entretenu une vive tension antisémite. Mais il semble que l’informateur ait attisé leurs tendances à la violence et leur haine contre les Juifs, qu’il ait fomenté un complot, qu’il les ait stimulés, qu’il ait facilité leur recherche d’armes, puis qu’il les ait fait tomber. Pour être certain de faire les gros titres, l’ignoble informateur a affirmé qu’il représentait un groupe d’extrémistes pakistanais, le Jaish-e Muhammad, une organisation terroriste de bonne foi. Evidemment, lui ne l’était pas.

Il est écoeurant et scandaleux que le F.B.I envoie des provocateurs dans les mosquées.

Les gros titres alimentent la grande peur que Dick Cheney tente d’attiser. Cette histoire nourrit le conte de la "patrie" attaquée. Elle ne l’est pas. Comme je l’ai déjà écrit depuis le 11/9- aucun Américain n’a reçu de coup de poing dans le nez par un musulman en colère. Complot après complot — la destruction du pont de Brooklyn ! les attentats dans le métro de New York ! l’effondrement de la Tour Sears ! l’attentat contre l’immeuble Prudential à Newark ! — ont prouvé qu’il s’agissait d’une totale absurdité.
 

Par Robert Dreyfus, le 22/05/09 pour The Nation
Traduction apetimedia pour ReOpenNews

Oussama ben Elvis

Toutes les preuves suggèrent qu’Elvis Presley est aujourd’hui plus vivant qu’Oussama Ben Laden. Mais allez raconter cela à la CIA et à tous les autres qui se fourvoient dans la guerre contre le terrorisme.

Sept ans après la dernière apparition avérée d’Oussama Ben Laden vivant, il y a plus de preuves qu’Elvis [Presley] est toujours parmi nous. Par conséquent, on peut se demander si le paradigme Oussama Ben Laden, deus ex machina du terrorisme, et al-Qaïda, prototype du terrorisme, ne sont pas les produits de notre imagination exacerbée, et si l’investissement dans ce paradigme n’a pas empêché les organismes de la sécurité nationale de réfléchir sérieusement aux causes de nos problèmes. Alors, portons un nouveau regard sur les fondamentaux.

Mort ou Vif ?

Les preuves, négatives par elles-mêmes, portent à conclure qu’Oussama est mort depuis longtemps. Depuis octobre 2001, lorsque Tayseer Alouni de la chaîne Al-Jazeera l’a interviewé, aucune personnalité crédible n’a affirmé l’avoir rencontré – pas même après de multiples périples, guidés par des intermédiaires. Les enregistrements audio et vidéo, soi-disant d’Oussama, n’ont jamais convaincu les observateurs impartiaux. Le type ne ressemble pas à Oussama. Des vidéos le montrent avec un nez aquilin sémite, tandis que d’autres le montrent avec un nez plus court et plus large. À côté de cela, les différences de coloration et le style de barbe sont une moindre affaire. 

Les enregistrements audio d’Oussama ne semblent pas non plus provenir d’Oussama. En 2007, l’Institut Suisse d’Intelligence Artificielle, Dalle Molle, qui pratique la reconnaissance vocale pour la sécurité bancaire, a comparé les voix de 15 enregistrements incontestables d’Oussama avec 15 autres voix postérieurement attribuées à Oussama, auxquelles ont été ajoutées 2 autres voix appartenant à des orateurs arabes natifs qui s’étaient entraînés à l’imiter et lisaient ses textes. Tous les enregistrements supposés d’Oussama (outre un cas ambigu) différaient clairement les uns des autres, tout comme des enregistrements authentiques. Par contraste, la CIA trouvait tous les enregistrements authentiques. Il est difficile de concevoir quelle méthodologie a pu soutenir cette conclusion.

De même en 2007, le professeur Bruce Lawrence qui dirigeait le programme d’étude religieuse à Duke University a affirmé dans un livre sur les messages d’Oussama que leur ton de plus en plus laïc était incompatible avec le wahhabisme d’Oussama. Lawrence a aussi noté que dans une vidéo de décembre 2001 (que beaucoup tiennent pour preuve de sa responsabilité dans le 11-Septembre) le personnage d’Oussama porte des bagues en or – attitude décidément non-wahhabite. Il y écrit aussi avec la mauvaise main. Lawrence en conclut que les messages sont des faux, et même grossiers. La CIA les a tous jugé bons.

Surtout, alors que ceux qui personnifient Elvis imitent au moins son style, " You ain’t nutin’ but a hound dawg " (Tu n’est qu’un chien de chasse), le vocable des cassettes d’Oussama diffère substantiellement de ce que le vrai Oussama avait l’habitude de dire, et surtout sur les sujets les plus importants. Le 16 septembre 2001, sur Al Jazeera, Oussama a dit du 11-Septembre : "Je précise que je n’ai pas accompli cet acte qui semble avoir été effectué par des individus ayant leur propre motivation." De nouveau en octobre, dans une interview avec Tayseer Alouni, il a limité sa connexion au 11-Septembre à l’idéologie: «S’ils veulent dire, ou si vous voulez dire, que ce lien est le résultat de notre propre incitation, alors c’est vrai. Nous avons incité… " Mais dans ce qu’on appelle « la confession vidéo" que la CIA a trouvée en décembre, le personnage d’Oussama agit comme le chef du complot. Le fait que la vidéo ait été réalisée sans véritable motif propre, sinon peut-être pour être découverte par les Américains, aurait dû soulever la suspicion. Sa substance, la célébration de l’affirmation de la responsabilité dans le 11-Septembre qu’Oussama avait dénigrée, aurait dû également peser contre l’authenticité de cette vidéo. Pourquoi aurait-il attendu, pour s’accuser lui-même, que les forces américaines et alliées aient sécurisé l’Afghanistan? Mais la CIA a agi comme si elle avait pris Oussama la main dans le sac.

La CIA aurait également dû prendre au sérieux les rumeurs de la mort d’Oussama. Le 26 décembre 2001, Fox News a interrogé une source  talibane qui a déclaré avoir assisté aux funérailles d’Oussama avec 30 autres collaborateurs. La cause de la mort, a-t-il dit, était une  infection pulmonaire. Le New York Times du 11 juillet 2002 a rapporté que selon un consensus largement répandu au Pakistan, Oussama aurait succombé l’année précédente à une néphrite (maladie du rein) de longue durée. Ensuite, Benazir Bhutto – plus que tout autre connectée aux  sources d’information venant de la frontière afghano-pakistanaise – a mentionné avec désinvolture, dans une interview à la BBC, qu’Oussama avait été assassiné par ses associés. Le meurtre est aussi probable que la mort naturelle. L’adjoint d’Oussama, Ayman al-Zawahiri, est lui-même connu pour avoir tué son propre prédécesseur, Abdullah Azzam, le premier mentor d’Oussama. En outre, et parce que la capture d’Oussama par les Américains aurait mis en danger tous ceux qui lui avaient été associés ainsi que tous les services de renseignement ayant travaillé avec lui, tous avaient un intérêt à sa mort.

Oussama nouveau, Oussama Réel

Nous ne savons pas ce qui est arrivé à Oussama. Mais quel que soit ce qui s’est passé, le gars authentique, celui qui paraissait et qui parlait comme un enfant saoudien gâté transformé en idéologue, n’est plus. Celui qui apparaît maintenant dans les enregistrements est différent : il est devenu le maître du monde de la terreur, doté d’inexplicables influences. En bref, les enregistrements d’Oussama réalisés après novembre 2001 lui font prétendre à beaucoup plus de puissance qu’il n’en a jamais revendiquée et encore moins exercée.

Le véritable Oussama ben Laden, comme le vrai réseau Al-Qaïda qu’il a présidé, n’a jamais été aussi important que les rapports des services secrets arabes (Arabie saoudite en particulier) ont pu conduire la CIA à le penser. Le rôle (tardif) d’Oussama fut d’apporter un peu d’argent à la résistance anti-soviétique en Afghanistan. Les combattants arabes en général et particulièrement ceux amenés par Oussama, combattaient peu et mal. En temps de guerre, un afghan vaut de nombreux Arabes. En 1990, Oussama a affirmé au régent saoudien Abdullah que ses moudjahidines pourraient arrêter l’invasion du royaume par Saddam [Hussein]. Quand Abdullah l’a écarté en faveur d’une armée d’un demi-million de soldats US, Oussama s’est transformé en dissident et a dû se réfugier au Soudan, où il est resté jusqu’en 1996, fomentant des complots anti-saoudiens stériles, jusqu’à être obligé de se déplacer avec sa triste bande jusqu’en Afghanistan.

Il y a une bonne raison pour que ni Oussama ni Al-Qaïda n’apparaissent sur les écrans des renseignements US avant 1998. Ils n’avaient rien fait de remarquable. Après les attentats à la bombe de 1998 contre les ambassades américaines en Afrique, et surtout après que le directeur de la CIA George Tenet eut imputé la responsabilité du 11-Septembre à Oussama par le célèbre "jeu, set et match", la CIA l’a décrit comme le moteur du terrorisme. Elle a refusé d’envisager la possibilité que les associés d’Oussama pourraient avoir eu recours à lui et à son organisation comme à un pavillon de complaisance. Quand les forces américaines pénétrèrent en Afghanistan en 2001, la CIA informa Time et Newsweek qu’elle s’attendait à y trouver le quartier général "high-tech" à partir duquel Oussama contrôlait ses activités terroristes dans 50 pays. Il n’existait pas. En novembre 2008, sans base factuelle et contrairement à la raison, la CIA a continué à le décrire, lui et son organisation, comme «le plus évident et le plus réel danger pour les États-Unis." La CIA n’a pas essayé d’expliquer comment cela pouvait être possible, elle a dit qu’Oussama s’était "largement isolé du fonctionnement quotidien de l’organisation qu’il dirige personnellement." Quelle organisation?

L’Axiome et sa négation

Pourquoi une telle focalisation sur une organisation qui n’a jamais été importante, dont la plupart des associés connus ont été depuis longtemps tués ou capturés, et dont la CIA n’essaye même pas de faire la liste des actifs? L’explication officielle de la CIA, qu’Al-Qaïda a produit des "métastases" par la diffusion de son expertise, est une métaphore vide de sens. Mais, conformément à celle-ci, le gouvernement américain a accepté l’auto-désignation d’"Al-Qaïda" par les personnes qui luttent pour les intérêts sunnites et baasiste en Irak, et a épinglé le label à titre gratuit sur divers hauts profils terroristes tout en reconnaissant que leurs liens avec Oussama & Co étaient tout au plus affectifs. Mais pourquoi une telle gymnastique face à l’incontestable manque de consistance d’Oussama? Parce qu’en se concentrant sur Al-Qaïda et Oussama, on confirme un axiome de la CIA datant de la guerre froide, un axiome validé pendant les années Reagan et qui porte la politique américaine depuis 1993, à savoir : le terrorisme est l’oeuvre de «voyous isolés et de groupes" qui fonctionnent en dépit de toute autorité étatique. Selon cet axiome, des gens comme Oussama forment des cercles autour des services de renseignement des États arabes, tout comme pendant la guerre froide, des terroristes venus d’Europe de l’Est pour poser des bombes en Allemagne et en Italie, et pour tirer sur le pape Jean-Paul II, agissaient soi-disant en dépit des renseignements bulgares, en dépit de la STASI d’Allemagne de l’Est, et en dépit du KGB. Cet axiome est cher à beaucoup au sein du gouvernement des États-Unis, car il conduit logiquement à travailler avec les pays d’où viennent les terroristes plutôt qu’à les traiter comme des ennemis.

Et si le terrorisme était (comme l’a dit Thomas Friedman) « ce que  les États laissent se produire ou aident à se produire » ? Et si, dans le monde réel, les services de renseignement infiltrés (les professionnels) utilisaient les terroristes amateurs plutôt que l’inverse ? Que peut-on conclure logiquement du fait que les groupes terroristes qui font parler d’eux sur la planète Terre, comme le Hamas, le Hezbollah, l’OLP ou les FARC de Colombie, sont des extensions de, respectivement, l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Égypte, et le Venezuela? C’est la négation de l’axiome favori de l’administration américaine. Cela signifie que lorsque George W. Bush ou Barack Obama parlent de l’Amérique comme étant "en guerre" contre "l’extrémisme" ou les "extrémistes", ils sont stupides ou bien agissent stupidement en évitant d’envisager le fait dérangeant que de nombreux gouvernements font la guerre indirectement.

Bref, l’insistance sur la supposée maîtrise d’Oussama sur Al-Qaïda, et l’assimilation d’Al-Qaïda au terrorisme, sont la politique officielle des États-Unis parce qu’elle évite les questions sur le rôle des États, et il est possible de traiter de bellicistes tous ceux qui posent de telles questions. La non-pertinence de facto d’Oussama après sept ans a toutefois nui à la légitimité intellectuelle de cette politique. Combien de temps encore des présidents ou des directeurs de la CIA pourront-ils agiter les spectres d’Oussama et d’Al-Qaïda avant que les populations n’en rient ?

Un château de carte intellectuel.

Remettre en cause la pertinence d’Oussama dans l’origine du terrorisme actuel conduit naturellement à se demander s’il l’a jamais été, et qui pourrait l’être plus que lui. Ce qui revient rapidement à constater combien sont fragiles les fondations sur lesquelles reposent les axiomes du gouvernement américain au sujet de la «guerre contre le terrorisme". Imaginez : nous savons que Khalid Sheikh Mohammed (KSM) a planifié et exécuté le 11-Septembre. Mais il n’existe aucun fait indépendant en faveur de cette affirmation que KSM a agi sous la direction d’Oussama et sous sa supervision. Au contraire, nous savons avec certitude que l’expertise pour le 11-Septembre  et son financement provenaient du propre groupe de KSM (le gouvernement américain a accepté, mais à ma connaissance pas vérifié, que le cœur du groupe est de la famille biologique des Baloutches). Ce groupe a mené les  attentats à la bombe de 1998 contre les ambassades américaines en Afrique et tout autre acte pour lequel Al-Qaïda s’est fait connaître. Le groupe de KSM comprenait les auteurs de l’attentat à la bombe contre le World Trade Center en 1993, dont Abdul Rahman Yasin, qui venait d’Iraq et y est retourné et y a disparu, ainsi que Ramzi Youssef, le cerveau de cet attentat, qui est venu aux États-Unis depuis l’Irak avec un passeport irakien et qui était surnommé par ses collègues à New-York "Rashid l’irakien." Ce groupe avait planifié l’explosion d’avions de ligne US au-dessus du Pacifique en 1995. Les principaux membres ne sont pas arabes. Ils n’ont pas de lien avec la religion (et celui qu’ils affichent désormais n’est pas convaincant). Ils ne sont pas des créatures d’Oussama. Ce n’est qu’en 1996 que ce groupe a rejoint le groupe d’Oussama, qui ne comptait pas, et lui a donné de l’importance.

Dans la vie comme en mathématiques, dans une équation vous devez juger de la fonction d’une variable en la factorisant et en regardant si l’équation fonctionne toujours. Factorisons Oussama : le constat est que le 11-Septembre arrive encore. Factorisons aussi Al-Qaïda : peut-être que le 11-Septembre arrive encore. Les autres attentats à la bombe se passent assurément sans lui. Mais si on factorise le groupe KSM : il n’y a plus de 11-Septembre, et Al-Qaïda n’est plus le groupe mondialement réputé qu’il est devenu.

Qui, précisément, sont KSM et ses neveux réputés ? C’est une question intéressante dont on ne connaît pas la réponse, et l’on n’est pas près de la découvrir. Ramzi Youssef a été condamné à la prison à vie pour l’attentat à la bombe contre le World Trade Center en 1993 après un procès qui s’est focalisé sur sa culpabilité et qui a fait abstraction de ses associations. Si nos tribunaux militaires adhèrent au "plaider-coupable" de KSM, on échappera à tout procès. Dans l’autre cas, le type de procès qui aura lieu devant le tribunal aura pour particularité de prouver sa culpabilité plutôt que de tenter de faire toute la vérité. Cela n’intègrera pas des contre-interrogatoires de témoins, la mise au jour de preuves et d’éléments de preuve, et l’exploration d’autres explications des événements. Normalement, les véritables procès instruisent tous les aspects des dossiers. Avons-nous besoin de ce genre de choses, étant donné que KSM a avoué ? Oui. Ne faisons pas la confusion entre les aveux et la vérité, notamment les aveux dans lesquels les prisonniers confirment les préjugés de nos agences.

L’excuse pour limiter le contrôle public des preuves procède de la prétendue nécessité de protéger les sources de renseignement. Mais d’après mon expérience, et celle d’autres personnes qui ont eu la charge de sonder cette assertion, c’est que, presque toujours, elle  masque l’incompétence de nos agences de renseignement et des intérêts bureaucratiques. Quoi qu’il en soit, l’intérêt du public dans la compréhension de ce qui est advenu devrait l’emporter sur tous les autres.

Comprendre le passé, prévoir l’avenir

Se focaliser sur Oussama ben Elvis est dangereux pour la sécurité de l’Amérique précisément parce qu’il continue de substituer dans notre subconscient collectif le mythe doux du terrorisme comme l’œuvre de voyous romantiques, à la dure réalité selon laquelle cela peut se produire uniquement parce que certains États veulent que cela se produise ou  le laissent se produire. KSM et compagnie peuvent ne pas avoir commencé leur carrière comme des agents de renseignement irakiens, ou ils ont pu quitter les Irakiens et travailler pour d’autres, ou peut-être ont-ils travaillé pour eux-mêmes. Mais ils sont sûrement un organisme à part entière. Comme tels, ils correspondent beaucoup mieux à la description qu’a faite Oussama des responsables du 11-Septembre : "des individus ayant leur propre motivation" qu’ils ne correspondent à celle de la CIA : des "instruments d’Oussama".

Plus important encore, se concentrer sur Al-Qaïda et Oussama déforme notre compréhension de ce qui se passe en Afghanistan. Ces derniers jours, les forces talibanes sur le terrain semblent les mieux payées et les mieux armées de toutes les forces de la région, à l’exception des forces américaines. Est-ce qu’on peut sérieusement suggérer qu’Oussama ou al-Zawahiri apportent l’équipement, l’argent, ou la motivation ? De telles sommes d’argent ne peuvent venir que de pays super-riches, d’Arabie saoudite ou du Golfe. Le matériel ne peut venir que par l’entremise de courtiers qui travaillent aux services d’ États, et il ne peut atteindre les zones de combat du Pakistan qu’avec l’aval des autorités pakistanaises. En outre, la motivation pour des combats à grande échelle dans les zones pashtounes ne peut naître que dans le cadre de l’identité pashtoune. De fait, envoyer des troupes en Afghanistan pour lutter contre des pashtouns financés par les Saoudiens, soutenus par les Pakistanais et pourvus  d’équipements achetés dans le monde entier, avec pour objectif de "construire une nation afghane" capable d’empêcher Oussama et Al-Qaïda de mettre le bazar dans le monde à partir de leurs grottes, est une construction intellectuelle auto-suffisante de garçon de course.

Autorité intellectuelle

La CIA avance sur les mêmes bases pour considérer Oussama comme la terreur du monde ("jeu, set et match") en 2001, ou pour vérifier la présence d’armes de destruction massive en Iraq en 2003, (façon "dunk" de  basket-ball), ou comme en 2007 pour déterminer que l’Iran a arrêté son programme d’armes nucléaires. Mutatis mutandis, c’est aussi sur ces bases que la CIA a établi en 1962 que les Soviétiques n’installeraient pas de missiles à Cuba, que la CIA était certaine de 1963 à 1978 que l’URSS n’allait pas construire de rampe de missiles avant que cette construction ne saute aux yeux, qu’elle a convaincu Bush père que l’Union soviétique n’allait pas s’écrouler et qu’il devait contribuer à la soutenir, qu’elle a assuré le gouvernement des États-Unis en 1990 que l’Irak n’allait pas envahir le Koweït et, en 1996, que ni l’Inde ni le Pakistan n’effectueraient des essais de leurs armes nucléaires. Dans tous ces cas, et d’innombrables autres, la CIA a fourni au gouvernement américain et aux médias des bases faisant foi, qui niaient les réalités dans lesquelles l’Amérique évoluait.

La force de jugement de la CIA, son autorité, ont toujours été à l’intersection de ses préjugés et de ceux de la classe dirigeante de l’Amérique. Lorsque vous dites aux gens ce qu’ils veulent entendre, vous n’avez pas à être trop prudent sur les lieux, les faits et les conclusions. Notre problème, en bref, n’est pas tant la mentalité de la CIA que la réticence des personnels du gouvernement et du "public attentif" à exercer la maîtrise intellectuelle voulue à propos des affaires internationales. Oussama ben Laden pourrait, faute de mieux, tenir le rôle de nouveau point de départ.
 

Par Angelo M. Codevilla pour l’édition de mars du magazine The American Spectator
Traduction par Pascal pour ReOpenNews



A propos de l’auteur : Angelo M. Codevilla est ancien officier du service Étranger au Département d’État, spécialisé dans les opérations de renseignement en l’Europe de l’Ouest. Il a été membre du groupe de transition du Département d’État lors de l’élection du Président Ronald Reagan et principal auteur du rapport du groupe sur le renseignement. Il est ancien membre du personnel du Comité du renseignement du Sénat américain s’occupant de la surveillance des services de renseignement de 1977 à 1985. Ancien officier de la Marine, il est actuellement vice-président de l’U.S. Army War College Board of Visitors.

Affaire Hariri : après la Syrie, le Hezbollah et l’Iran mis en accusation

Quatre ans après l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, l’enquête internationale n’a toujours pas abouti et donne lieu à de nouvelles manipulations politiques. Loin de la rigueur qui sied à une procédure judiciaire, un article du Spiegel ouvre un nouvel épisode du feuilleton : puisqu’il a fallu renoncer à accuser la Syrie, faute de preuves, les enquêteurs proches des États-Unis et d’Israël désignent maintenant l’Iran. Ce rebondissement intervient comme un contre-feu, après qu’un journaliste états-unien s’exprimant sur Russia Today, ait accusé Dick Cheney d’avoir commandité le crime.

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Le 14 février 2005, le convoi de Rafic Hariri est attaqué à Beyrouth.
A ce jour, les enquêteurs ne sont pas en mesure d’expliquer
les dégâts commis qu’une explosion classique ne saurait provoquer.

Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, les investigations du Tribunal spécial pour la Liban se dirigent désormais vers une mise en cause du Hezbollah dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. La nouvelle a immédiatement été reprise par les agences de presse occidentales tandis que le ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman, a demandé le lancement d’un mandat d’arrêt international ou l’interpellation par la force du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

Cette agitation intervient alors que, sur la chaîne de télévision publique Russia Today, le journaliste états-unien Wayne Madsen avait affirmé, deux semaines plutôt, que l’assassinat de Rafic Hariri avait été commandité par le vice-président des États-Unis de l’époque, Dick Cheney ; une nouvelle qui avait été ignorée par les agences de presse occidentales et le gouvernement israélien, mais qui avait semé le trouble au Proche-Orient dans son ensemble et au Liban en particulier [1].

Ces deux accusations ne sont pas seulement contradictoires entre elles, elles contredisent aussi les données de l’enquête officielle selon lesquelles treize terroristes islamistes sunnites, actuellement incarcérés au Liban, ont avoué leur participation à l’attentat.

Survenant en pleine campagne électorale, ces imputations n’auront pas le temps d’être sereinement débattues avant le scrutin du 7 juin.

Le positionnement du Spiegel

L’article qui a mis le feu aux poudres en Occident sera publié dans la prochaine livraison du Spiegel. Cependant, il est déjà disponible sur le site internet du magazine, mais en version anglaise [2]. Ce choix éditorial montre que, bien que publié à Hambourg, l’article est moins destiné aux lecteurs allemands qu’à l’opinion publique internationale, voire aux Libanais.

L’auteur de l’article, Erich Follath, est un journaliste réputé qui écrit depuis trente ans sur les sujets de politique internationale les plus divers. Il s’est fait connaître, en 1985, en publiant un livre documenté de l’intérieur sur les services secrets israéliens, L’Œil de David [3]. Il est ajourd’hui membre de l’Atlantische Initiative, un groupe de pression en faveur de l’OTAN. Il ne cache pas son antipathie pour le Hezbollah, qu’il ne considère pas comme un mouvement de résistance, mais comme un « État dans l’État » et qu’il rend responsable des attentats survenus en 2002 et 2004 en Amérique latine [4].

Le Spiegel est un hebdomadaire créé en 1947, après la chute du IIIe Reich, par l’autorité d’occupation anglaise. Celle-ci en confia la direction au journaliste Rudolf Augstein. À la mort de celui-ci, en 2002, le capital a été réorganisé. Le journal appartient désormais pour un quart à la famille Augstein, pour moitié aux rédacteurs, et pour le quart restant au groupe Bertelsmann. Ce dernier est étroitement lié à l’OTAN pour le compte de laquelle il organise à Munich la conférence annuelle sur la sécurité [5].

Tout au long de son histoire, le Spiegel s’est distingué par une série de scoops qui ont profondément influé sur la vie politique allemande en détruisant bien des carrières. Généralement très bien informés, ses articles servaient toujours les intérêts anglo-américains. À droite, Franz Josef Strauß l’appelait « la Gestapo d’aujourd’hui », tandis qu’à gauche, le chancelier Willy Brandt le qualifia de « feuille de merde ».

En 2002, c’est le Spiegel qui avait été chargé de démontrer la fausseté de mon enquête sur le 11-Septembre. L’hebdomadaire avait envoyé pendant six mois une équipe contre-enquêter aux États-Unis. Elle était rentrée bredouille, les autorités US persistant à interdire aux journalistes l’accès aux sites des attentats et tout contact avec les fonctionnaires concernés. Le magazine n’en avait pas moins publié un dossier spécial pour exprimer son opposition idéologique à mes conclusions, faute de pouvoir leur opposer des contre-arguments [6].

Plus récemment, en 2008, la direction du journal a censuré un reportage de l’un de ses plus célèbres photographes, Pavel Kassim. Il avait eu le tort de prendre des clichés des crimes et des destructions commises par l’armée géorgienne, encadrée par des officiers israéliens, en Ossétie du Sud. Le Spiegel entendait expliquer à ses lecteurs la vulgate atlantiste selon laquelle les Géorgiens étaient d’innocentes victimes de l’Ours russe.

Les révélations du Spiegel

Ceci étant posé, que nous apprend l’article d’Erich Follah ? Selon le journaliste, le Tribunal spécial pour le Liban dispose depuis un mois d’informations nouvelles mais se retient de les divulguer pour ne pas politiser l’affaire en interférant dans la campagne électorale législative libanaise. Toutefois, un ou des membres de ce tribunal lui ont donné accès à des documents internes couverts par le secret de l’instruction. Et le journaliste d’ajouter que, a contrario, la publication de son article sera dommageable pour le Hezbollah et lui fera peut-être perdre les élections.

Si le Spiegel a légitiment choisi son camp, il est déplorable que cela lui fasse rendre compte de l’enquête du Tribunal spécial sans le moindre esprit critique. La fuite organisée de l’intérieur du Tribunal pose, quant à elle, une grave question sur l’impartialité de cette juridiction.

On se souvient que, au moyen de logiciels sophistiqués, les enquêteurs libanais, assistés par la Commission d’enquête de l’ONU, avaient passé au peigne fin les 94 millions de communications téléphoniques ayant eu lieu dans la période de l’attentat à Beyrouth. Ils avaient constaté que plusieurs numéros prépayés avaient été activés ce jour-là, qu’ils avaient émis des appels les uns vers les autres sur le parcours du convoi du président Hariri, puis n’avaient plus été utilisés, sauf pour quelques appels « sortants » [7]. Juste après avoir commis leur crime, les conspirateurs avaient tenté de joindre directement ou indirectement quatre généraux libanais, qualifiés en langage médiatique occidental de « pro-Syriens ». Sur la base de cette présomption, le chef de la Commission de l’ONU, Detlev Mehlis, avait fait arrêter les quatre généraux le 30 août 2005 et mis en cause la Syrie. Mais ces appels sortants ne prouvant rien du tout, sinon que les conspirateurs souhaitaient désigner aux enquêteurs ces quatre généraux, les suspects ont été libérés par le Tribunal après trois ans et demi de détention préventive [8]. La Commission des Droits de l’homme de l’ONU avait qualifié cette incarcération demandée par les enquêteurs de l’ONU « d’arbitraire » [9].

Le Tribunal aurait découvert qu’un autre appel sortant a été donné depuis un des téléphones mobiles des conspirateurs. Il conduit vers une jeune femme qui s’avère être la compagne d’Abd al-Majid Ghamlush, un résistant du réseau du Hezbollah, ayant reçu une formation militaire en Iran. Au sein de la Résistance, cet individu serait placé sous les ordres d’Hajj Salim, lequel dirigerait une cellule obéissant aux seuls ordres d’Hassan Nasrallah. Salim serait donc le cerveau du complot et le secrétaire général du Hezbollah en serait le commanditaire.

Le problème est que, si cette méthode d’investigation a été jugée erronée dans le cas des quatre généraux, on ne voit pas pourquoi elle serait soudain devenue correcte pour mettre en cause le Hezbollah. Peu importe : puisque la piste syrienne est morte, voici venir la piste iranienne. Erich Follath précise en effet que si le Hezbollah n’avait pas de mobile clair pour tuer le président Hariri, ses soutiens en Iran pouvaient en avoir. Bref, veuillez cocher la case suivante dans la liste « Axe du Mal ».

Un Tribunal tout aussi spécial que la Commission

La Commission d’enquête de l’ONU avait sombré dans le ridicule avec la Justice-spectacle de son premier président, l’Allemand Detlev Mehlis, dont même le Spiegel pense le plus grand mal [10]. Elle s’était fourvoyée en recourant à de faux témoins bientôt démasqués. Elle avait progressivement retrouvé en crédibilité avec le Belge Serge Brammertz, puis avec le Canadien Daniel Bellemare. Ce dernier ayant été nommé président du Tribunal spécial, l’on pouvait espérer que cette juridiction ferait preuve du sérieux qui avait manqué à la Commission à ses débuts.

Seulement voilà, le Tribunal dispose de ses propres enquêteurs et ceux-ci ont été choisis sur recommandation de Detlev Mehlis. M. Mehlis est un ancien procureur qui a fait sa carrière en Allemagne de l’Ouest à l’ombre de la CIA avant de travailler à Washington pour le WINEP, un think tank satellite de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) [11]. M. Mehlis, de nationalité allemande, mais éligible à la nationalité israélienne, s’entoura à Beyrouth d’une équipe majoritairement composée d’Allemands et d’Israéliens. Le nouveau chef des enquêteurs est l’Australien Nick Khaldas. En réalité un Égyptien naturalisé australien, également éligible à la nationalité israélienne [12]. Ainsi, le même groupe de pression reste aux manettes, il emploie les mêmes méthodes, et poursuit les mêmes objectifs bien éloignés de la recherche de la vérité : mettre en accusation ceux qui s’opposent aux États-Unis et à Israël au Proche-Orient.

Au demeurant, le problème ne se limite pas aux élucubrations de M. Mehlis et de ses amis, il concerne le Tribunal spécial, ses fuites organisées dans la presse et son absence de volonté de poursuivre les pistes dont il dispose.

Durant les trois années où Detlev Mehlis et ses relais dans la presse atlantiste ont crié haro sur la Syrie et ont dénigré les juges Brammertz et Bellemare, ils ont produit un témoin miracle venu corroborer les soupçons, Mohammed Al-Siddiq. Ce personnage trouble s’est finalement rétracté après que l’on ait mis en évidence des invraisemblances dans ses propos. Il a trouvé refuge en France et devait être entendu par le Tribunal afin de comprendre qui avait voulu manipuler la Justice. Or, ce témoin avait disparu au nez et à la barbe des policiers français [13]. Ayant imprudemment noué contact avec sa famille, les services secrets syriens retrouvèrent sa trace aux Émirats arabes unis, où il fut arrêté en possession d’un faux passeport tchèque. Interrogé aux Émirats par l’équipe de Daniel Bellemare, il décrivit sur procès-verbal comment il avait été recruté, payé et protégé par quatre personnalités dont le ministre pro-US Marwan Hamade et l’oncle pro-US du président syrien, Rifaat el-Assad.

Affolé de cette découverte, le Tribunal a décidé de renoncer à citer à comparaître l’ex-témoin-clé. Son audition conduirait automatiquement à la mise en examen de ses commanditaires et tournerait les regards vers… Washington et Tel-Aviv.

Quoi qu’il en soit, les enquêteurs de l’ONU et le Tribunal spécial se grandiraient en examinant la piste Cheney avec l’acharnement dont ils ont fait preuve pour la piste syrienne et qu’ils retrouvent pour la piste iranienne.

Par Thierry Meyssan pour le Réseau Voltaire, le 24 mai 2009
 


Références :

[1] « Dick Cheney aurait commandité l’assassinat de Rafic Hariri », Réseau Voltaire, 7 mai 2009.

[2] « New Evidence Points to Hezbollah in Hariri Murder », par Erich Follath, Spiegel Online, 23 mai 2009.

[3] Das Auge Davids. Die geheimen Kommandounternehmen der Israelis, par Erich Follath, Goldmann Wilhelm éd, 1985. Ouvragé réédité, en 1989, par le groupe Bertelsmann.

[4] Sur cette intox, lire « Washington veut réécrire les attentats de Buenos-Aires », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 juillet 2006.

[5] « La Fondation Bertelsmann au service d’un marché transatlantique et d’une gouvernance mondiale », par Pierre Hillard, Réseau Voltaire, 20 mai 2009. Pour approfondir : La Fondation Bertelsmann et la « gouvernance » mondiale, par Pierre Hillard, François-Xavier Guibert éd., 2009, 160 pp.

[6] Reconnaissons au Spiegel l’honnêteté d’avoir au moins essayé de contre-enquêter, ce qu’aucun autre grand médias n’a tenté de faire. Observons au passage que certains auteurs m’ont reproché de ne pas avoir fait ce qu’ils n’ont pas fait et que le Spiegel a constaté qu’il était impossible de faire : investiguer sur les lieux des attentats dont l’accès est interdit aux médias au nom du Secret-Défense.

[7] « Utilisation de cartes téléphoniques prépayées » (§148 à 152 et §199 à 203) in Premier rapport de la Commission Detlev Mehlis sur l’assassinat de Rafic Hariri.

[8] « Affaire Hariri : l’ONU clôt la piste syrienne et libère les quatre généraux libanais », Réseau Voltaire, 29 avril 2009.

[9] « Rapport du Groupe de travail de la Commission des droits de l’homme de l’ONU sur les détentions arbitraires », 29 janvier 2008.

[10] « La commission Mehlis discréditée », par Talaat Ramih ; «  Attentat contre Rafic Hariri : Une enquête biaisée ? », entretien de Jürgen Cain Kulbel avec Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 9 décembre 2005 et 15 septembre 2006.

[11] L’AIPAC se définit comme le lobby ro-israélien aux USA. Voir Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, par John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, La Découverte éd. (2009), 500 pp.

[12] « Un étrange enquêteur nommé au Tribunal spécial de l’ONU pour le Liban », Réseau Voltaire, 22 décembre 2008.

[13] « Kouchner a « perdu » le témoin-clé de l’enquête Hariri », par Jürgen Cain Külbel, Réseau Voltaire, 21 avril 2008.

Le Sénat refuse à Barack Obama les fonds pour fermer Guantanamo

Après les revirements d’Obama concernant la politique de détention et de jugement des individus soupçonnés de terrorisme aux Etats-Unis (1), voici le dernier rebondissement en date sur Guantanamo. Ce nouveau désaveu, provenant du Sénat cette fois, sonne un peu plus le glas des espoirs placés dans l’Amérique de l’après Bush…


Le projet de fermeture de Guantanamo, que Barack Obama souhaite mener à bien d’ici janvier, se heurte aux résistances du Congrès. Le Sénat a infligé mercredi un sérieux revers au président américain en lui refusant le financement nécessaire, alors que le directeur du FBI s’inquiète du transfert de détenus sur le sol américain.

Barack Obama doit prononcer jeudi un important discours dans lequel il devrait préciser son plan de fermeture de Guantanamo, zone de non-droit devenue le symbole des abus de la guerre contre le terrorisme menée par son prédécesseur George W. Bush. Mais le chef de la Maison Blanche sait désormais qu’il va devoir affronter un Congrès loin d’être enthousiaste à l’idée que d’anciens détenus de Guantanamo soient accueillis sur le sol américain, qu’ils soient libres ou non.

Les sénateurs, par un vote massif de 90 voix contre six, ont ainsi rejeté mercredi la demande de financement de 80 millions de dollars (58,7 millions d’euros) réclamés par les départements de la Justice et de la Défense pour le transfert des 240 détenus de la base américaine à Cuba.

L’administration Obama avait placé ses alliés démocrates du Congrès dans une situation délicate en leur demandant d’approuver les fonds avant d’avoir présenté le plan détaillé de fermeture. Les sénateurs ont finalement refusé de lui donner un blanc-seing, réclamant d’en savoir plus avant de débloquer le financement.

La Chambre des représentants a pris des mesures similaires ces derniers jours, ce qui risque de compromettre le calendrier fixé par Barack Obama, qui a ordonné la fermeture du centre de détention d’ici janvier 2010.

Mais le vote révèle aussi les réticences de certains parlementaires à voir d’anciens détenus de Guantanamo jugés ou incarcérés sur le sol américain.

Ces dernières semaines, les républicains ont appelé au maintien de Guantanamo, expliquant que les sévices qui s’y sont déroulés font partie du passé, et décrivant le centre comme une prison moderne où les conditions de détention seraient meilleures que dans les établissements pénitentiaires américains. Et ils ont averti que des suspects de terrorisme qui ne pourraient être condamnés pourraient être relâchés sur le sol américain.

"Le peuple américain ne veut pas que ces hommes marchent dans les rues des quartiers de l’Amérique", a expliqué le sénateur John Thune mercredi. "Le peuple américain ne veut pas non plus que ces détenus soient incarcérés sur une base militaire ou dans une prison fédérale près de chez eux."

Des réticences partagées par certains parlementaires démocrates et confortées par le directeur du FBI. Entendu mercredi par la commission judiciaire de la Chambre des représentants, Robert Mueller a été interrogé sur ce que l’agence fédérale pensait de la libération de certains des 240 prisonniers encore détenus à Guantanamo sur le sol américain.

Il a reconnu que le fait que "des individus qui pourraient soutenir le terrorisme se trouvent aux Etats-Unis" préoccupait le FBI, qui s’inquiète notamment qu’ils "apportent un financement ou radicalisent d’autres personnes". Il a cité également le "risque que des individus mènent des attentats aux Etats-Unis". "Ce sont toutes des sources de préoccupation pertinentes", a-t-il ajouté.

Le patron du FBI s’est inquiété du transfert des ex-Guantanamo sur le sol américain, qu’ils soient libérés ou maintenus en détention. Même leur incarcération dans des prisons de sécurité maximale ne serait pas sans risques potentiels, a-t-il estimé.

Un juge fédéral américain a par ailleurs statué mardi soir que les Etats-Unis pouvaient maintenir indéfiniment certains prisonniers en détention militaires sans qu’ils soient inculpés. L’ordonnance du juge John Bates présente toutefois une définition plus restrictive que l’administration Obama des détenus concernés. Mais il estime que le Congrès, dans les jours qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001, a donné au président l’autorité de détenir toute personne soupçonnée d’avoir planifié, préparé ou perpétré les attaques terroristes.


Publié sur Google Actualité, le 20 mai 2009

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(1) Voir précédentes ReOpenNews :

 

Hersh : c’est Cheney qui a fait assassiner Hariri et Bhutto (MIS A JOUR : Démenti de Hersh)

Dans un entretien à Al-Jazeera, le journaliste états-unien Seymour Hersh a révélé de nouvelles informations sur les activités secrètes du Joint Special Operation Command.

Cette unité, créée dans les années 80, a servi durant les deux mandats de George W. Bush à perpétrer plusieurs centaines d’assassinats politiques dans le monde sous l’autorité directe du vice-président Dick Cheney [voir la ReOpeNews à ce sujet].

Selon Hersh, elle aurait notamment exécuté deux alliés indociles des États-Unis : l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri (14 février 2005) —information déjà divulguée par notre confrère Wayne Madsen à Russia Today [et qui a fait l'objet d'une précédente ReOpenNews]—, et l’ancien Premier ministre pakistanais Benazir Bhutto (27 décembre 2007).

M. Hariri avait refusé de défendre les intérêts US dans son pays et Mme Bhutto avait révélé à la BBC [1] l’assassinat en 2001 d’Oussama Ben Laden par Omar Saeed Sheikh [2].

Par la suite, Dick Cheney a poursuivi sa politique en s’appuyant sur le propre fils de Rafic Hariri, Saad, et sur l’époux de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari, promu président du Pakistan.

Selon Hersh, ces assassinats ont été supervisés par le général Stanley A. McChrystal [3], que le président Barack Obama vient de nommer commandant en chef des troupes US et de l’OTAN (ISAF) en Afghanistan.

Seymour Hersh est un journaliste réputé. Récipiendaire du Prix Pulitzer, il écrit régulièrement dans le New Yorker. Son nom reste attaché aux révélations sur le massacre de My Lai (Vietnam, 1969), sur l’affaire Vanunu et la bombe atomique israélienne.
 

[1] Entretien accordé à David Frost, le 2 novembre 2007.
[2] Umar Saeed Sheikh est un agent double du MI6 britanniique et de l’ISI pakistanaise. Il est considéré comme l’assassin du journaliste Daniel Pearl.
[3] Officiellement, le général McChrystal était jusqu’ici chargé de la traque d’Oussama Ben Laden.

 
Publié sur le Réseau Voltaire le 20 mai 2009
 


UPDATE : Il semblerait que Hersh n’ait jamais déclaré que Cheney a donné l’ordre d’assassiner Bhutto. Il s’agit d’une fausse information que Hersh a lui même réfutée. Voici le rectificatif communiqué par le réseau Voltaire :

Le Réseau Voltaire a repris dans ses colonnes une information largement diffusée par les agences de presse en Asie et diffusée en Occident aussi bien par le Wall Street Journal que par The Economist.
Dans un message adressé à la direction de Gulf News, M. Hersh a déclaré ne jamais avoir tenu les propos qui lui ont été imputés selon lesquels l’assassinat de Benazir Bhutto aurait été commandité par le vice-président US Dick Cheney.
Nous retirons donc cette dépêche de notre site web et présentons nos excuses à nos lecteurs.

Un ex-détenu de Guantanamo hospitalisé à Clamart tandis qu’Obama durcit le ton.

Le nouveau Président des Etats-Unis a décidé la fermeture définitive du Camp de Guantanomo pour 2010. Mais que faire des anciens détenus ? Selon Dick Marty (1), sénateur suisse, "si d’anciens prisonniers demandaient asile aux Etats-Unis, ils seraient susceptibles de prétendre à des compensations pour avoir été illégalement détenus. S’ils rentraient dans leurs pays, ils seraient menacés de mort ou empêchés d’entrer".  Des premières négociations entre l’Algérie et les Etats-Unis auraient échoué, l’Algérie refusant les conditions imposées par les Etats-Unis concernant le retour des prisonniers sur le sol algérien. (2) La solution viendra donc des pays "amis" des Etats-Unis.  Mais alors que l’Union Européenne vole au secours d’Obama pour fermer le camp, deux revirements inattendus du président américain alarment les associations de défense des droits de l’homme : il décide de rétablir les tribunaux d’exception mis en place sous l’ère Bush (lire à ce sujet le récent article repris sur ReOpenNews) et, par une astuce juridique, il s’octroie la possibilité de maintenir les détenus indéfiniment et sans jugement sur le sol américain (3). Que faut-il comprendre ? Le Président Obama s’alignerait-il sur la politique de l’administration Bush ?

En attendant, le sort d’un ex-prisonnier se règle sur le territoire français. Parmi les détenus se trouvaient Lakhadar Boumediène, et  Saber Lahmar, d’origine algérienne mais résidents bosniaques. Arrêtés en 2001,  incarcérés en janvier 2002, ils avaient été soupçonnés de préparer un attentat contre l’ambassade américaine à Sarajevo (4). La police bosniaque, n’ayant rien à retenir contre eux, les avait tout de même livrés aux Etats-Unis. Ils auraient dû être libérés le 20 novembre 2008 après avoir été innocentés par un juge fédéral (5).  Il a fallu attendre la fin des tractations entre le Département d’Etat américain et la France pour que Lakhdar Boumediène trouve refuge en France. Il est le deuxième (6) détenu non américain de Guantanamo à être remis à un pays tiers par l’administration Obama. 
 


Un ex-détenu de Guantanamo hospitalisé à Clamart

L’Algérien Lakhdar Boumediene, 42 ans, innocenté par la justice américaine, est arrivé vendredi en France. Il était emprisonné depuis plus de sept ans.

L’Algérien Lakhdar Boumediene, ex-détenu de Guantanamo arrivé vendredi en France, se trouvait samedi à l’hôpital militaire Percy à Clamart, à l’ouest de Paris, une admission entourée de la plus grande discrétion.

L’ex-détenu de 42 ans innocenté par la justice américaine, affaibli par plus de sept ans d’emprisonnement et plus de deux ans de grève de la faim, avait atterri vendredi sur la base militaire d’Evreux (Eure), selon les mêmes sources.

Le ministère des Affaires étrangères a précisé samedi que son épouse Abassia Bouadjimi, et leurs deux filles, Radjaa, 13 ans, et Rahma, 8 ans, arrivées d’Algérie, étaient vendredi à l’aéroport pour son arrivée.

Selon l’avocat américain de l’ex-détenu, Robert Kirsch, Lakhdar Boumediene devrait passer quelques jours à l’hôpital pour des examens. Il devrait ensuite rejoindre un appartement mis à sa disposition par le gouvernement français pour se réadapter à une vie normale.

Heureux et soulagés

"La France a fait un geste inimaginable. Un geste qu’on reconnaît, nous sa famille, ses parents en Algérie, l’Algérie", a déclaré à l’AFP sa belle-soeur, Louiza Baghdadi, qui vit à Nice avec ses cinq enfants.

"On est heureux, on est soulagés. Je suis très reconnaissante au gouvernement français. Si c’était moi qui attribuait le prix Nobel, j’attribuerais le prix Nobel à la France", a-t-elle ajouté, revenant sur des déclarations antérieures dans lesquelles elle avait souhaité davantage d’informations sur la situation de son beau-frère.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Eric Chevallier, a déclaré que "nous avons évidemment associé et informé la famille de Lakhdar Boumediene à son arrivée en France" et que "la venue en France de son épouse et de ses deux filles a été facilitée de manière à ce qu’elles puissent être présentes au moment de son arrivée, ce qui a été le cas".

Emprisonné pendant sept ans

La France est le premier pays de l’Union européenne à accueillir un détenu libéré de Guantanamo, qui ne soit ni un résident ni un citoyen français, sur la foi de la promesse du président américain Barack Obama de fermer la prison.

L’Algérien était emprisonné depuis plus de sept ans et observait une grève de la faim depuis décembre 2006, arrêtée très récemment. Pendant sa grève de la faim, il était nourri de force deux fois par jour, à l’aide d’un tuyau introduit dans une narine qui diffusait un liquide protéiné.

«Il a passé sept ans et demi avec quelqu’un qui vérifiait toutes les dix minutes ce qu’il était en train de faire, sous le contrôle de gardiens qui pensaient qu’il était dangereux», a rappelé son avocat. «Il va devoir se réhabituer à marcher, à décider quand il prend un repas, quand il prend une douche…»

Arrêté à l’automne 2001 avec cinq autres Algériens en Bosnie, où il résidait légalement, Lakhdar Boumediene avait été remis aux autorités américaines sous le soupçon qu’il fomentait un attentat contre l’ambassade américaine de Sarajevo. Il avait ensuite été transféré à Guantanamo dans les premiers jours d’existence de la prison, avec ses cinq compagnons d’infortune.

Les accusations sont très vite tombées mais tous étaient restés enfermés, en criant leur innocence. Après des années de bataille judiciaire et une décision de la Cour suprême qui porte son nom, ce n’est qu’en novembre 2008 que Lakhdar Boumediene et quatre autres Algériens ont été définitivement innocentés par un juge fédéral américain. En rendant sa décision, le juge américain avait tancé l’administration de George W. Bush pour l’insignifiance des éléments à charge.

Il reste aujourd’hui 240 détenus dans la prison de Guantanamo à Cuba, créée en janvier 2002 pour les «combattants ennemis» de la guerre contre le terrorisme après les attentats du 11 septembre 2001.
 

Source de l’article : Libération (Source AFP), le 16/05/09

 


Références :

(1) Dick Marty :  en 2005, chargé par le Conseil de l’Europe d’enquêter sur l’affaire des prisons secrètes de la CIA sur territoire européen; dans son rapport du 24/01/06 il précise  que « de nombreux indices convergents permettent de conclure à l’existence d’un système de ‘délocalisation’ ou de ’sous-traitance’ de la torture ».  Un autre rapport  concerne 14 pays européens. Il affirme que « Nous avons aussi un apartheid de type juridique et judiciaire : des personnes non américaines sont exclues de tout système judiciaire du simple fait d’être suspectées de terrorisme ».  En 2007, il reçoit le Prix Europe 2007 du Nouveau mouvement européen suisse (nomes) pour son rôle dans la dénonciation des prisons secrètes de la CIA et la « défense des valeurs européennes ». (Source : Wikipedia)

(2) Voir à ce propos l’article ci-dessous : Négociations autour des 26 détenus algériens de Guantanamo 

(3) Le ministre de la Justice américaine, Eric Holder a visité le camp de Guantanmo pour s’informer des conditions d’incacération des détenus en prévision de la fermeture du camp. Dans ce but, Matthew Olsen est chargé de rééxaminer les dossiers au cas par cas. Ce qui risque de légitimer la détention illégale : illimitée et sans charge. Les avocats du gouvernent Obama s’alignent sur les positions adoptées par G. W. Bush concernant les droits des prisonniers de Bagram en Afghanistan. (source)

(4) Les détenus auraient eu des liens avec al Qaida et soutenu Bensayah Belkacem

(5) Le 20 novembre 2008, le Juge Richard J. Leon ordonne la libération de L. Boumediène et de quatre autres Algériens détenus avec lui. Le sixième, Bensayah Belkacem est maintenu en détention.

(6) Le premier fut Binyam Mohamed accueilli en Grande Bretagne en février dernier.
 

 


Articles connexes : 

  • Informations sur la situation des droits humains en Algérie – Négociations autour des 26 détenus algériens de Guantanmo  / Algeria-Watch
  • L’UE veut aider Obama à fermer Guantanamo / Euractiv
  • La France pourrait accueilir Lakhdar Boumediène / El Watan
  • La Suisse tend la main à Obama / swissinfo.ch

Non à la guerre en Afghanistan et au Pakistan

Le sommet américain avec l’Afghanistan et le Pakistan [du 6 mai 2009] à Washington marque le début d’une escalade des violences militaires dans les deux pays. Le but de la rencontre pour l’administration Obama est d’intimider ses laquais, le président afghan Hamid Karzaï et le président pakistanais Asif Ali Zardari, pour qu’ils obéissent davantage et d’élaborer une stratégie exhaustive de guerre dans le but de pacifier de larges régions de chaque côté de la frontière pakistano-afghane qui est présentement contrôlée par des rebelles islamistes.

L’importance de ce sommet trilatéral est soulignée par la présence de hauts représentants de l’armée américaine et de l’establishment du renseignement et de la politique étrangère, dont la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, le directeur de la CIA Leon Panetta, le chef du FBI Robert Mueller et le général américain du Commandement central David Petraeus, ainsi que leurs homologues de l’Afghanistan et du Pakistan. D’autres sommets trilatéraux sont prévus pour coordonner la guerre commune qui va inévitablement coûter la vie à de nombreuses autres personnes dans les deux pays.

Flanqué de Karzaï et Zardari, Obama a déclaré hier devant les médias que les Etats-Unis étaient du côté des peuples de l’Afghanistan et du Pakistan. De telles remarques doivent être rejetées avec le mépris qu’elles méritent. L’impérialisme américain intensifie ses guerres en Afghanistan et au Pakistan non pas pour « développer la sécurité, les opportunités et la justice » pour les populations locales, mais bien afin de servir l’objectif stratégique de Washington de dominer l’Asie centrale riche en énergie.

Sous les fortes pressions des Etats-Unis, l’armée pakistanaise mène actuellement une offensive dans le district de Buner impliquant 15 000 soldats qui sont appuyés par des hélicoptères et des avions de combat. L’opération, qui est applaudie à Washington, a déjà fait fuir de longues colonnes de réfugiés. Selon les officiels locaux, 40 000 personnes ont quitté la région et l’exode pourrait atteindre un demi-million de réfugiés. 

En Afghanistan, les frappes aériennes américaines plus tôt cette semaine qui ont tué jusqu’à 150 personnes dans le district de Bala Baluk ne sont que la dernière atrocité d’une guerre qui vise à terroriser le peuple afghan et réprimer toute opposition à l’occupation néocoloniale. Obama a à peine fait mention de l’incident, répétant comme à l’habitude que les Etats-Unis feraient « tout en leur possible » pour éviter les victimes civiles. Il a sinistrement mis en garde que les violences augmenteraient, mais que l’engagement des Etats-Unis « n’allait pas fléchir ».

Les présidents afghan et pakistanais ont tous deux juré fidélité à Washington et sa « guerre au terrorisme ». Bien qu’Obama parle d’eux en tant que « dirigeants élus démocratiquement », les Etats-Unis n’auraient pas de remords à les retirer du pouvoir, d’une manière ou d’une autre, s’ils ne suivaient pas les ordres. Dans les derniers mois, des officiels américains ont critiqué sévèrement Karzaï, qui fait face à une élection en août, pour son administration corrompue et inefficace ainsi que pour ses critiques de l’armée américaine et des victimes civiles tombées sous ses attaques.

De hauts représentants américains ont aussi averti Zardari quant à sa réticence à déclencher une guerre totale contre les guérillas talibanes. Le New York Times a cité anonymement un officiel de l’administration déclarant que la guerre au Pakistan allait dépendre de l’armée pakistanaise, « étant donné surtout le refus du pays, jusqu’à maintenant, de permettre l’entrée des troupes américaines ». Alors que l’armée américaine intensifie ses frappes de missiles en toute impunité, Washington fait clairement pression pour un rôle militaire beaucoup plus grand à l’intérieur du Pakistan.

Le même journal a publié une série d’articles sensationnalistes depuis quelques jours qui insistaient sur le danger que l’arsenal nucléaire pakistanais puisse tomber entre les mains d’extrémistes islamistes, le même prétexte utilisé par l’administration Bush pour réaliser son « changement de régime » en Irak. L’administration Obama considère évidemment plusieurs avenues pour remplacer Zardari si jamais ce dernier ne réalisait pas les promesses qu’il a faites à Washington.

Des éditoriaux parus hier dans le New York Times et le Wall Street Journal ont donné un soutien entier aux nouveaux plans de guerre d’Obama. Les deux journaux ont demandé au Congrès d’accéder rapidement à la requête d’Obama pour un financement supplémentaire de plusieurs milliards de dollars pour soutenir les armées et les gouvernements afghans et pakistanais. Le Wall Street Journal, en particulier, a demandé qu’aucune contrainte politique de la part du Congrès ne vienne « gommer les requêtes » ou restreindre la liberté d’action de l’armée américaine.

Ce consensus démontre que tout l’establishment politique américain, l’aile libérale représentée par les démocrates tout autant que sa contrepartie conservatrice représentée par les républicains, soutient la guerre d’Obama sur deux fronts. L’escalade des conflits en Afghanistan et au Pakistan montre que les critiques qu’ont faites Obama et des sections des médias au sujet de la guerre en Irak n’avaient qu’un caractère entièrement tactique. Obama a été choisi et amené à l’avant-scène dans les élections de l’an passé par des sections de l’élite dirigeante américaine qui considérait que l’Irak était une diversion désastreuse des objectifs et intérêts plus fondamentaux des Etats-Unis en Asie centrale.

Ayant gagné l’élection en faisant appel au sentiment largement répandu d’opposition à la guerre, Obama accomplit aujourd’hui la mission pour laquelle il a été choisi. Sous la supervision de membres clés de l’administration Bush (le secrétaire à la Défense Robert Gates et le général Petraeus), l’armée américaine prépare une importante offensive cet été en Afghanistan en doublant le nombre de ses soldats là-bas qui atteindra 68 000. Au même moment, le Pentagone a mis en place d’autres voies d’approvisionnement dans le cas où l’escalade de la guerre prévue dans le Pakistan voisin menacerait les voies d’approvisionnement actuellement utilisées et qui passent par les régions frontalières de ce pays.

Le Wall Street Journal conclut son éditorial en insistant auprès de l’administration Obama pour qu’elle clarifie que « l’implication des Etats-Unis à la sécurité dans cette région se prolongera longtemps », ajoutant : « Le plus grand danger est que les faibles institutions du Pakistan et ses dirigeants peu sûrs perdent leur désir de vaincre les islamistes. C’est ce qui a fait tomber le Shah d’Iran en 1979. Nous ne voulons pas que la même chose se reproduise à Islamabad. »

En fait, la dictature impitoyable d’Iran soutenue  par les Etats-Unis n’est pas tombée parce que le Shah a perdu son désir d’emprisonner et d’éliminer physiquement ses opposants, mais à cause d’un soulèvement populaire duquel les religieux islamiques ont réussi à prendre le contrôle. Il y a déjà des signes en Afghanistan et au Pakistan d’une vaste opposition politique et sociale aux Etats-Unis et à ses régimes marionnettes. L’avis que donne le Wall Street Journal à Obama est que les Etats-Unis doivent faire tout ce qui est nécessaire aussi longtemps qu’il le faut pour supprimer par la violence toute contestation à la domination économique et stratégique de la région par les Etats-Unis.

L’escalade de la guerre que prépare Obama ne pourra avoir qu’un effet profondément déstabilisateur sur toute la région et préparera des conflagrations militaires encore plus importantes et sanglantes [...].
 

Par Peter Symonds, le 9 mai 2009 pour WSWS.org
(Article original anglais paru le 7 mai 2009)