« 17 Guantanamo flottantes »

par Fausto della Porta

Mondialisation.ca, Le 11 juin 2008

Pas une, 17 Guantanamo. Avec des prisonniers enfermés non pas sur une île mais sur 17 navires de guerre. La dénonciation provient de l’ONG « Reprieve », d’après laquelle des navires de guerre étasuniens seraient utilisés comme prisons pour détenir, interroger –avec des méthodes proches de la torture- et déplacer de par le monde une partie des prisonniers capturés pendant la « guerre à la terreur ». Washington a immédiatement démenti le rapport.

carte
Carte des prisons secrètes:
Robicheaux’s Nightmare: US Rendition, Guantanamo, Torture in February 2008
,
Le blog de Sarah Meyer, 28 février 2008.

L’utilisation de navires prisons aurait commencé fin 2001 (au début donc de la campagne contre l’Afghanistan des talibans). Le rapport de Reprieve (www.repreive.org.uk) sera publié dans les prochains jours mais a été anticipé hier par le quotidien britannique Guardian.

Il avait déjà été question dans ces dernières semaines de la possibilité que les USA exploitassent des navires de guerre en déplacement pour cacher des détenus illégaux. Selon les éléments recueillis par l’ONG, au moins 200 cas de rendition –transferts illégaux dans des prisons secrètes délocalisées dans des pays où il est possible de pratiquer la torture - auraient été vérifiés depuis 2006. Et pourtant, il y a deux ans, le président Georges Bush avait assuré que de telles pratiques étaient finies. Clive Stafford Smith, le responsable juridique de Reprieve, a déclaré au Guardian que les Etats-Unis « ont choisi les bateaux afin de garder leurs méfaits loin des yeux des médias et des avocats des associations humanitaires ; mais à la fin nous arriverons à réunir tous ces détenus fantômes et à faire valoir leurs droits ». « Les Etats-Unis – poursuit Smith- détiennent en ce moment, de leur propre aveu, 26.000 personnes dans leurs prisons secrètes, mais nos estimations sont qu’au moins 80.000, à partir de 2001, sont passées dans l’engrenage du système. Il est temps que l’administration Us montre un engagement concret à respecter les droit humains ». Parmi les nombreux témoignages recueillis dans les documents de l’ONG britannique on peut lire celui d’un prisonnier de Guantanamo (où environ 300 musulmans restent prisonniers en régime de détention administrative, sans accusation formelle à leur charge) qui rapporte l’expérience d’un de ses voisins de cage : « Il me raconta qu’ils étaient une cinquantaine sur ce navire, enfermés au fond de la cale, et qu’ils étaient plus tabassés qu’à Guantanamo ».

Le rapport suspecte en outre que certains prisonniers fantômes aient transité par des structures de la base militaire de « Diego Garcia », dans l’Océan Indien. Ce qui coïnciderait avec la reconnaissance partielle du ministre des Affaires Etrangères de Londres, David Miliband, qui avait dit en février dernier que deux avions étasuniens en mission de type « rendition » avaient fait escale dans cette base. « Pas à pas – a commenté Andrew Tyrie, président de la Commission parlementaire sur les missions torture- la vérité sur les « renditions » vient au jour : ce n’est qu’une question de temps. Le gouvernement ferait mieux d’éclaircir ça immédiatement ».

Un porte-parole de la marine militaire étasunienne a cependant démenti les conclusions de Reprieve. « Il n’y a pas de prisons américaines » a dit le commandant Jeffrey Gordon au Guardian. Mais c’est désormais un fait établi que les missions-torture étasuniennes aient été consolidées et soient de pratique commune : des bases secrètes de la Cia – dit le Guardian- opéraient en Roumanie, Pologne, Thaïlande et Afghanistan. « Toutes ces bases secrètes font partie d’un réseau global dans lequel les gens sot détenus indéfiniment, sans que des chefs d’accusation soient formalisés, et sont soumis à la torture – en violation totale de la Convention de Genève et de la Charte des droits de l’homme de l’ONU », avait dit Ben Griffin, ex-membre des forces spéciales britanniques. Griffin fut ensuite réduit au silence par le ministre de la Défense qui obtint, à ses dépens, une mise en demeure du Tribunal.

Édition de mardi 3 juin 2008 de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

GUANTANAMO - La Cour Suprême des Etats-Unis reconnaît des droits civils aux prisonniers : George Bush dans le piège d’une mascarade de procès

Moma DIENG pour Le Quotidien (Sénégal)

C’est un cinglant revers politique que les «Sages» de la plus haute juridiction américaine, ont infligé au Président américain. Les détenus de Guantanamo, emprisonnés au nom d’une guerre planétaire contre le terrorisme, peuvent, désormais, saisir la justice fédérale civile et échapper aux procureurs militaires de la Maison-Blanche. Pour Bush, la démocratie judiciaire dans les attentats du 11 Septembre est un danger, lui qui s’apprête à quitter ses fonctions.

La Cour Suprême des Etats-Unis d’Amérique a rendu ce jeudi, une décision retentissante de bon sens et de portée. Elle a rappelé au monde entier que la démocratie américaine reste exceptionnelle de densité et d’audace, en dépit des coups mortels que lui assènent des aventuriers politiques bellicistes, miraculeusement arrivés au pouvoir en 2000. Le bon sens de cette décision, c’est la reconnaissance de leurs droits civils, en tant qu’êtres humains, à quatorze prisonniers de la Maison-Blanche retenus sans jugement dans l’île cubaine de Guantanamo depuis plusieurs années (préciser la date) pour leur implication supposée dans les attentats du 11 Septembre. La portée, c’est la possibilité désormais ouverte d’une enquête indépendante et sérieuse sur les vraies responsabilités dans l’organisation des terribles événements de 2001, ainsi qu’une réelle probabilité de fermeture de ce bagne installé en territoire cubain. Les magistrats ont littéralement écrabouillé un pan de la «guerre antiterroriste» du Président George Bush, de son administration guerrière et du Congrès en soutenant que «les lois et la Constitution sont conçues pour survivre et rester en vigueur même en des circonstances extraordinaires». Selon cinq des neuf «Sages» de la Cour Suprême, «la Charte fondamentale de la nation ne peut pas être ainsi sous-traitée». La ruse juridique ayant consisté en l’externalisation du lieu de détention hors du territoire naturel des Etats-Unis, n’a prospéré que le temps des émotions.

Cet acte courageux des magistrats de la plus haute juridiction des Etats-Unis a été salué à travers le monde, par des organisations de droits de l’Homme et par des personnalités indépendantes car, estiment-elles à l’unanimité, il rétablit simplement «l’Etat de droit» dans la plus forte démocratie sur la planète. Barack Obama, candidat du Parti démocrate à l’élection présidentielle de novembre, a jugé heureuse la destruction d’un «trou noir juridique» dans la législation américaine. Il ne croit pas si bien dire, l’Africain-Américain engagé dans la conquête de la Maison-Blanche. Guantanamo, qui n’a rien à envier au Goulag soviétique, est en effet la caricature inqualifiable de ce que peut être la face macabre du droit international. Incapables de faire mener par la Justice l’enquête sur le 11 Septembre, George Bush, Paul Wolfowitz, Donald Rumsfeld et le lobby guerrier de l’administration centrale ont vite fait de cibler des coupables affublés du doux nom de «combattants illégaux», et dans la foulée de l’émotion suscitée par la dévastation des Twin Towers, envahi et mis sous occupation l’Afghanistan et l’Irak. Ainsi donc ce paradoxe qu’on ne trouve que dans ce pays des écarts : sept ans après le 11 Septembre, il n’existe aucune sorte d’enquête menée par les tribunaux. Depuis sept ans, c’est l’unilatéralité de la version servie au monde entier par Georges Bush qui fait office de baromètre de jugement. C’est, en effet, sur la base exclusiviste des «investigations» de la Maison-Blanche aux quatre coins de la terre, qu’un procès de la honte allait être organisé à Guantanamo. Un endroit décrit comme sinistre et où des enquêteurs du Federal Bureau of Investigation (FBI) sont repartis choqués par ce qu’ils y ont vu. Avec l’instrumentalisation de procureurs militaires conservateurs dans un tribunal d’exception d’où rien ne filtrerait, des sentences assises sur des centaines de milliers de pages de «preuves» préétablies et toutes extorquées lors de séances de torture contre les «combattants ennemis», George Bush aurait été en mesure de quitter ses fonctions, le devoir accompli. Les comploteurs présumés auraient été, en effet, tous condamnés à la peine capitale ou à la réclusion à perpétuité. Le Président le plus contesté et le plus dangereux de l’histoire des Etats-Unis serait ainsi déresponsabilisé à vie, après avoir assisté à la plus grosse catastrophe humanitaire et idéologique des Etats-Unis. Hélas ! La perspicacité et la lucidité des juges suprêmes en ont décidé autrement. Bush pourrait bien, un jour, lui et ses amis, répondre d’une manière ou d’une autre, de la gestion du 11 septembre. A moins que son successeur préfère clore tout débat à ce sujet.

En reconnaissant des droits civils imprescriptibles aux présumés coupables de Guantanamo, la Cour Suprême n’inflige pas seulement un gros camouflet politique au Président américain. Elle ouvre également et à juste titre, la voie à l’exercice plein et entier d’une justice démocratique dans les événements du 11 Septembre. Elle signifie à George Bush et ses amis néo-cons qu’ils ne peuvent être à la fois juge et partie dans un cataclysme qui a mis en émoi l’Amérique, par l’assassinat collectif d’environ 3 000 personnes. Les détenus de Guantanamo, qui seraient une centaine au total après le millier que l’administration y avait enfermé, pourraient donc saisir la justice fédérale civile en contestant leur détention. Ce qui constitue un danger permanent pour la tranquillité des faucons de l’Administration sortante.

Le faux procès de Guantanamo est un crime

Par Thierry Meyssan pour le Réseau Voltaire , le 8 juin 2008

L’habillage d’enlèvements, de séquestrations et de tortures en pseudo-procès ne change pas la nature de ces actes : au regard du droit international, ce qui ce passe à Guantanamo constitue des crimes. Thierry Meyssan observe l’assentiment que les grands médias apportent implicitement à ces atrocités et s’interroge sur les motifs de cette complicité intellectuelle, elle même condamnable en droit international selon la jurisprudence de Nuremberg.

J’ai souvent souligné que la polémique sur les attentats du 11 septembre 2001 ne se poursuit que parce que la Justice ne s’est jamais prononcée pour désigner les auteurs de ce crime. Il n’existe pas à ce jour de « version officielle », au sens où on l’entend en démocratie, c’est-à-dire de version établie par les tribunaux à la suite d’un débat contradictoire, mais uniquement une « version bushienne », étayée par une commission d’enquête présidentielle.

Cette incertitude rejaillit sur l’intervention anglo-états-unienne en Afghanistan, en 2002, laquelle est, selon la Maison-Blanche un « acte de légitime défense », mais selon le Kremlin, une « agression illégale ». Par voie de conséquence, l’appui militaire apporté par l’OTAN et les Alliés à la présence militaire anglo-saxonne en Afghanistan continue également à être considéré par les uns comme un soutien dans le guerre au terrorisme et par les autres comme la participation à une opération coloniale. Ainsi, c’est en raison de la polémique que j’ai ouverte sur les véritables commanditaires des attentats du 11 septembre que le Sénat du Japon a refusé d’envoyer de nouvelles troupes en Afghanistan [1]. Tandis que, par exemple, le gouvernement Sarkozy, qui adhère à la version bushienne des faits, a décidé de renforcer le contingent français en Afghanistan.

Pour évacuer cette critique, l’administration Bush a mis en place un tribunal et ouvert à Guantanamo le procès de 14 suspects (voire de 16, on ne sait exactement), dont 2 enfants-soldats, accusés d’avoir participé au complot du 11 septembre.

Or, chacun peut constater —et ce n’est guère contesté, hormis par les porte-parole officiels de l’administration Bush— que ce procès n’est qu’une parodie sans rapport avec les exigences de la justice démocratique : il ne s’agit pas ici d’une tribunal judiciaire où siègeraient des juges indépendants, mais d’un tribunal militaire d’exception dont les juges sont désignés par l’Exécutif (c’est-à-dire que l’administration Bush étant mise en cause, elle se jugera elle-même, elle se déclarera innocente et les prévenus coupables) ; selon le modèle classique de l’Inquisition, ce tribunal ne fonctionne pas sur des preuves, mais sur des aveux, lesquels sont extorqués sous la torture (mais l’Inquisition ne prétendait pas établir la Vérité, qu’elle « connaisait » déjà, elle visait seulement à sauver l’âme du pécheur en le contraignant à la confession) ; enfin les débats ne seront ni publics, ni contradictoires (le public ne voit du tribunal que les images que son président décide de transmettre, quant aux droits fondamentaux de la défense, aucun n’est respecté).

Le choix de l’administration Bush de mettre en scène des aveux obtenus sous la torture en leur donnant l’apparence visuelle d’un procés, de manière à se disculper de toute responsabilité dans l’organisation et la perpétration des attentats du 11 septembre 2001, prouve en soi sa volonté de cacher la vérité sur ces attentats.

Voici qu’au crime d’avoir tué ou laissé tuer 2 973 personnes le 11 septembre 2001, l’administration Bush a ajouté le crime d’avoir enlevé des individus et de les avoir torturés, probablement demain de les tuer, dans l’espoir d’échapper à sa responsabilité devant des tribunaux démocratiques. Avec un étonnant souci du détail, l’administration Bush a même pris soin de perpétrer ce nouveau crime à Guantanamo, c’est-à-dire sur un territoire cubain qu’elle occupe illégalement, de manière à être certaine de ne pas avoir à en rendre compte ultérieurement devant des tribunaux états-uniens.

Quelle que soit son opinion sur les attentats du 11 septembre, la presse, qui prétend au rôle de vigie dans les sociétés démocratiques, devrait aujourd’hui dénoncer sans ambigüité cette sordide mascarade. Or, comme je viens de l’expliquer, en dénonçant le crime que constitue le faux procès de Guantanamo, la presse devrait se demander pourquoi l’administration Bush le commet, et par là même prendre position sur la volonté de la Maison-Blanche de cacher la vérité sur les attentats du 11 septembre.

Incapables de reconnaître leurs erreurs ou dévoués à soutenir l’OTAN, les grands médias se trouvent piégés. Ils tentent donc de minimiser le crime de Guantanamo. Au regard des normes du Tribunal de Nuremberg, cette Collaboration intellectuelle est une forme de complicité.

À titre d’exemple, le Wall Street Journal du 4 juin 2008 a publié sans honte une tribune libre du vice-amiral Mark Buby, ancien commandant du centre de torture de Guantanamo, intitulée « Guantanamo est vraiment une prison modèle ».

Un autre exemple de banalisation du crime peut être trouvé dans Le Monde, un quotidien français qui a acquis ses lettres de noblesses et son prestige dans les années 50-60 en dénonçant à ses risques et périls la torture pratiquée par l’armée française en Algérie. Il titre son édition du 7 juin 2008 : « Le procès du 11-Septembre s’ouvre enfin à Guantanamo ». Conscient de l’abjection qu’il y a à qualifier de procès la mascarade de Guantanamo, Le Monde publie un dessin sensé dédramatiser la situation. Intitulé « Encore la torture à Guantanamo », il représente un suspect soumis à des chocs électriques. Mais la gégène est une télévision diffusant une image du président Bush. La victime hurle « Arrêtez moi ça, c’est insupportable », tandis qu’un technocrate lui répond « Oh, il n’y en a plus que pour quelques mois », faisant allusion à la fermeture annoncée du centre de torture.

Les agents du FBI qui avaient été transportés à Guantanamo pour assister aux interrogatoires ont tentés de s’opposer à ce qu’ils y ont vu et ont été expulsés [2]. Les journalistes qui couvrent le faux-procès de Guantanamo n’ont rien vu, ne verront rien, ne veulent rien voir. Loin de s’opposer à ce qui s’y est passé et à ce qui s’y passe, ils donnent une apparence de respectabilité à la barbarie.

Le faux procès doit être terminé et le centre de torture doit être fermé au plus tard le 4 novembre prochain. À cette date, les polémiques sur les attentats du 11 septembre, sur la guerre au terrorisme, sur les enlèvements, sur la torture et sur le faux procès de Guantanamo seront considérés comme closes par les grands médias. Le nouveau président des États-Unis prononcera d’une manière ou d’une autre l’amnistie de l’administration sortante. Il nous assurera que son pays a changé et que tout va désormais pour le mieux dans le meilleur des mondes. La plupart d’entre nous seront tellement heureux de pouvoir enfin dormir la conscience tranquille qu’ils passeront par pertes et profits les centaines de milliers de morts de cette politique et qu’ils oublieront les 21 000 détenus qui croupissent dans les 17 centres de torture secrets de la Navy [3].


[1] Lire la transcription des auditions du Sénat du Japon du 11 janvier 2008, Réseau Voltaire, 21 janvier 2008.

[2] A Review of the FBI’s Involvement in and Observations of Detainee Interrogations in Guantanamo Bay, Afghanistan, and Iraq , U.S. Department of Justice, Office of Inspector General, Washington D.C., mai 2008.

[3] « US accused of holding terror suspects on prison ships » et « Prison ships, torture claims, and missing detainees », par Duncan Campbell et Richard Norton-Taylor, The Guardian, 2 juin 2008.

Bush, Cheney et Cie accusés de crimes de guerre dans un dossier du FBI

Par Bill Van Auken pour WSWS, le 28 mai 2008

La révélation la plus étonnante d’un rapport de 370 pages [1] de l’inspecteur général du département de la Justice américain est que des agents du FBI avaient officiellement ouvert un dossier de « Crimes de guerre », documentant la torture dont ils avaient été témoins à la prison de Guantanamo Bay, avant de recevoir l’ordre de l’administration de cesser d’écrire leurs rapports.

Le World Socialist Web Site, ainsi que des groupes de défense des droits humains et d’autres opposants de la répression et du militarisme américains, ont longtemps insisté que les actes de l’administration Bush (le déclenchement de guerres d’agression, les assassinats, l’enlèvement et la séquestration sans procès de civils et, le plus répugnant de tous, la torture) constituaient des crimes de guerre selon toute interprétation légitime des décrets et traités internationaux de longue date.

De voir cependant cette évaluation confirmée par l’inspecteur général du département de la Justice, le seul responsable majeur n’étant pas directement subordonné à la Maison-Blanche, et par des agents du FBI, une agence qui n’est pas particulièrement reconnue pour être intéressée aux questions de droits démocratiques, est un signe du caractère endémique de ces crimes et de la crise qu’ils ont engendrée au sein du gouvernement des Etats-Unis et de l’élite dirigeante américaine en son ensemble.

Le rapport établit clairement que la torture fut ordonnée et planifiée en détail aux plus hauts niveaux du gouvernement, y compris la Maison-Blanche, le conseil national de sécurité, le Pentagone et le département de la Justice. Les tentatives de faire cesser ces pratiques, sur une base légale ou pragmatique, par des individus à l’intérieur du gouvernement furent systématiquement contrées et les preuves de ces activités criminelles dissimulées.

Il n’y a pas eu de réaction immédiate de la Maison-Blanche face à ces nouvelles révélations. Les réactions d’autres agences directement impliquées dans les crimes commis à Guantanamo ont donné une idée du sentiment général d’impunité dans lequel la torture décrite dans le rapport de l’inspecteur général se poursuit à ce jour.

« Il n’y a rien de nouveau là-dedans », a affirmé le porte-parole du Pentagone Bryan Whitman. Un porte-parole du département d’Etat à quant à lui décrit les accusations contenues dans le rapport comme étant « assez vagues ».

Assez vagues ? On peut se demander qu’est-ce que ce porte-parole qualifierait d’explicite. Le rapport contient des pages et des pages de témoignages d’agents du FBI sur les pratiques sadiques et répugnantes à Guantanamo.

À un endroit le rapport affirme : « [Un agent du FBI] se rappelait que, à un certain moment durant l’interrogatoire, l’officier militaire “versa de l’eau” dans la gorge d’un détenu qui était assis. Il affirma qu’il pensait que le but de cette pratique était de faire croire au détenu qu’il se noyait, et ainsi le forcer à fournir l’information souhaitée par l’interrogateur. [L’agent] a affirmé que le détenu avait des haut-le-coeur et crachait de l’eau. Il a dit que le détenu semblait incommodé, et il pensait qu’il avait de la difficulté à respirer. »

Et selon une description de l’interrogation de Mohamedou Ould Slahi, un Mauritanien arrêté par son propre gouvernement, remis aux forces américaines et déporté à Guantanamo en 2002 :

« Il fut laissé seul dans une chambre froide connue sous le nom du "congélateur", où des gardes l’empêchaient de dormir en appliquant de la glace ou de l’eau froide sur lui… »

« Il fut privé de sommeil pour une période de 70 jours à l’aide d’interrogatoires prolongés, de lumières stroboscopiques, de musiques menaçantes, de consommation forcée d’eau et d’obligation de demeurer en position debout. »

« Une interrogatrice féminine l’empêcha de mettre des vêtements;

« Deux interrogatrices féminines lui ont fait des attouchements sexuels et ont fait des commentaires à caractère sexuel sur lui ;

« Avant et pendant l’incident du bateau, il fut sévèrement battu. »

De plus, écrit le document, il fut « amené à penser qu’il serait exécuté et il s’est uriné dessus » et il s’est fait dire que sa mère et d’autres membres de sa famille seraient détenus et qu’il leur serait fait du mal.

Des centaines d’agents du FBI ont été témoins de torture

Des épisodes similaires ont été décrits, selon le rapport de l’inspecteur général, par littéralement des centaines d’agents du FBI, qui ont vu des interrogateurs de la CIA, de l’armée et de sous-traitants privés réaliser des actes illégaux de torture et d’abus contre des détenus.

De plus, le rapport cite : plusieurs agents du FBI qui ont rapporté des cas de raclées ; 30 agents qui ont rapporté avoir vu des détenus enchaînés dans des positions de stress sur de longues périodes ; 70 agents qui ont rapporté des cas de détenus privés de sommeil ; 29 agents qui avaient de l’information sur l’utilisation de températures extrêmes dans le but de « briser la détermination des détenus de résister à la coopération » ; et 50 agents qui ont rapporté l’utilisation d’un isolement prolongé pour « saper la résistance d’un détenu ».

De plus, quatre agents ont rapporté le cas de deux détenus en Afghanistan battus à mort après avoir été enchaînés debout pour une longue période.

Les histoires de tortures détaillées dans ce rapport ne sont que la pointe de l’iceberg.

Elles n’incluent pas le traitement de Murat Kurnaz, un citoyen turc né en Allemagne, qui fut arrêté pendant un voyage au Pakistan à l’automne 2001 et qui fut remis aux responsables américains pour une récompense de 3000 dollars. Tout d’abord amené à la base américaine à Kandahar en Afghanistan, il fut ensuite transféré à Guantanamo. Même si en 2002, les autorités américaines avaient conclu que Kurnaz n’avait rien à voir avec le terrorisme, il fut emprisonné jusqu’au milieu de 2006 et relâché seulement à cause de la pression du gouvernement allemand.

Empêché d’entrer aux Etats-Unis, il a témoigné par un lien vidéo devant une audience peu nombreuse du comité des Affaires étrangères du Sénat cette semaine.

« Je n’ai rien fait de mal et j’ai été traité comme un monstre », a-t-il dit. Il a dit comment il avait été assujetti à des chocs électriques, suspendu par les poignets pendant des heures et soumis à un « traitement par l’eau », dans lequel sa tête était enfoncée dans un sceau d’eau alors qu’on le frappait à l’abdomen pour le forcer à inhaler le liquide. (Il vaut la peine de mentionner que le rapport de l’Inspecteur général du département de la Justice a affirmé que cette dernière forme de torture ne constitue pas une « simulation de noyade », mais représente « une tentative d’intimider les détenus et d’augmenter leurs sentiments d’impuissance ».

« Je sais que d’autres sont morts de ce genre de traitement, a dit Kurnaz. J’ai souffert de privation de sommeil, du confinement, d’humiliations sexuelles et religieuses. J’ai été battu à de multiples reprises. »

« Il n’y avait pas de lois à Guantanamo, a conclu Kurnaz. Je ne pensais pas que ça pouvait arriver au 21e siècle… Je n’aurais jamais pu imaginer que cet endroit avait été créé par les Etats-Unis. »

Les détenus de Guantanamo ne représentent qu’un pour cent de ceux détenus dans des camps de détention américains et des prisons secrètes opérées par les militaires et la CIA en Irak, Afghanistan et d’autres points du globe. Il est estimé que près de 27.000 personnes sont détenues sans accusation, sans parler de procès, plusieurs d’entre eux ayant simplement disparu dans le goulag global de Washington. Certains sont détenus dans des navires de détention, d’autres dans des donjons secrets opérés conjointement par la CIA et des régimes vers lesquels elle « transfère » les détenus, comme l’Égypte, la Jordanie et le Maroc, où d’autres formes plus cruelles de torture (être enterré vivant, l’électrocution ou la lacération avec un scalpel) sont employées.

Le rapport confirme également que les scènes révoltantes saisies dans les photographies prises à la prison d’Abou Ghraib en Irak et rendues publiques il y a quatre ans montrant des hommes nus cagoulés, soumis à la torture et à l’humiliation sexuelle par des gardes américains, n’étaient pas des aberrations. Les méthodes décrites dans le rapport — la nudité forcée, l’utilisation des chiens d’attaque lors d’interrogatoires, l’enchaînement des détenus dans des positions de « stress », les promenades en laisse — étaient identiques à celles officiellement mises sur le compte de quelques « pommes pourries » à Abou Ghraib.

La torture sadique « orchestrée » à partir de la Maison-Blanche

L’uniformité des abus dans ces endroits si éloignés l’un de l’autre démontre que ce sadisme psychopathique et criminel infligé à ces détenus par les forces américaines était planifié et orchestré à partir du sommet.

En fait, comme le révélait ABC News le mois dernier, les représentants officiels du soi-disant comité de principe (le vice-président Dick Cheney, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, le secrétaire d’État Colin Powell, le directeur de la CIA George Tenet, le procureur général John Ashcroft et la conseillère à la sécurité nationale Condoleezza Rice) ont eu des discussions détaillées sur les « techniques renforcées d’interrogatoire » qui, selon ABC, « étaient quasiment chorégraphiées – allant jusqu’à préciser le nombre de fois où les agents de la CIA pouvaient utiliser une tactique particulière. »

Bush a affirmé par la suite sur ABC qu’il « savait que notre équipe sur la sécurité nationale avait des rencontres sur cette question. Et je les ai approuvées ».

Le rapport établit que les représentants du FBI et du département de la justice ont avisé le conseil national sur la sécurité de la Maison-Blanche de leurs préoccupations que les pratiques observées par les agents « minaient sérieusement… l’autorité de la loi » à Guantanamo.

À la fin, cependant, on leur a dit de reculer, et ils se sont soumis, devenant ainsi complices de ces crimes et de leur camouflage.

Les révélations du rapport du FBI n’ont pas suscité de réactions importantes ou de demandes d’agir sur cette question par les démocrates élus au Congrès ou encore par les prétendants à la candidature présidentielle du Parti démocrate, le sénateur Barack Obama et la sénatrice Hillary Clinton, qui n’ont pas fait de la torture une question essentielle de leur campagne.

Le New York Times a publié un éditorial mardi intitulé « Ce que les agents du FBI ont vu » qui détaillait le rapport et déclarait qu’il « montrait ce qui arrive lorsque qu’un président américain, son secrétaire à la Défense, son département de la Justice et d’autres hauts responsables corrompent la loi américaine pour justifier et autoriser l’abus, l’humiliation et la torture de prisonniers ».

Le quotidien concluait son éditorial en écrivant : « Les démocrates doivent faire toute la lumière » sur cette affaire au moyen d’audiences portant sur « l’ampleur du manquement à la loi et aux conventions de Genève par le président Bush ». Cela, écrivait le New York Times, « est l’unique façon d’amener le pays du côté des défenseurs, et non des violateurs, des droits de l’Homme ».

On voit bien là l’impuissance de ce qui fut l’élite du libéralisme américain. L’ampleur de la criminalité de l’administration Bush a été largement mise à nu au cours des dernières années.

La violation délibérée et en bloc des conventions de Genève et des traités contre la torture sont, en vertu du droit international, des crimes de guerre, exactement comme le FBI l’a reconnu. Ce qu’il faut, ce n’est pas une autre audience sans conséquence d’un comité du Congrès, mais plutôt la constitution d’un tribunal pour crimes de guerre. Ceux qui ont commis ces crimes doivent en être reconnus coupables.

Bush, Cheney, Rice, Rumsfeld, Powell, Tenet et Ashcroft doivent subir un procès. Les individus tels que l’ancien conseiller de la Maison-Blanche et procureur général, Alberto Gonzales, le chef du bureau de Cheney, David Addington, et le conseiller au département de Justice, John Yoo (qui ont élaboré les arguments pseudo-légaux pour légitimer la torture), doivent aussi être poursuivis ainsi que les responsables de l’armée et des services d’espionnage qui ont présidé aux pratiques criminelles ayant eu cours à Guantanamo, Abou Ghraib, Bagram et les autres camps et prisons de la CIA et de l’armée.

Les dirigeants du Parti démocrate n’ont ni le désir ni l’intention de lutter pour un tel règlement de comptes. La speaker de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi et d’autres dirigeants du parti ont insisté à plusieurs reprises que la destitution du président et du vice-président « n’était pas sur la table ». Ils n’ont aucun intérêt à poursuivre l’administration sur la question de la torture parce qu’ils en sont eux-mêmes les complices. Pelosi et d’autres démocrates en vue au Congrès ont été informés en détail sur les méthodes criminelles utilisées à Guantanamo, ils les ont approuvées et les ont cachées au peuple américain.

A un niveau plus essentiel, les démocrates ont été complices de la politique du militarisme et de l’agression partout dans le monde, politique menée au nom de la soi-disant guerre globale contre le terrorisme et impliquant la pleine utilisation de la force armée pour défendre les intérêts de l’oligarchie qui dirige les Etats-Unis. C’est cette stratégie criminelle (qui est responsable de la mort de plus d’un million d’Irakiens) qui a créé les conditions pour le crime même de la torture.

Néanmoins, l’approfondissement de la crise du capitalisme américain crée les conditions pour de profonds chocs et changements dans les rapports politiques et sociaux qui pourraient bien résulter en la comparution devant un tribunal de Bush, Cheney et compagnie et leur jugement pour crimes de guerre.


(Article original anglais paru le 23 mai 2008)

[1] Extrait du rapport du FBI : http://www.usdoj.gov/oig/special/s0805/final.pdf

Le caméraman soudanais Sami al-Hadj libéré sans explication après 6 ans de détention à Guantanamo, pour “avoir été formé à l’utilisation d’une caméra par Al-Jazira”.

Reporters sans frontières
Communiqué de presse, 23 mai 2008

ÉTATS-UNIS
REPORTERS SANS FRONTIÈRES INTERVIEWE L’AVOCAT CLIVE STAFFORD-SMITH APRÈS LA LIBÉRATION DE SON CLIENT SAMI AL-HAJ, EX-DÉTENU À GUANTANAMO

Sami Al-Haj

L’avocat Clive Stafford-Smith a accordé un entretien, le 19 mai 2008, à Lucie Morillon, la représentante de Reporters sans frontières aux États-Unis, concernant son client , cameraman soudanais d’Al-Jazira, détenu pendant six ans sur la base militaire américaine de Guantanamo, à Cuba. Clive Stafford-Smith, qui s’est rendu aux États-Unis pour témoigner devant le Congrès, à Washington, a profité de l’occasion pour parler de la santé et de l’avenir professionnel de son client.

Sami Al-Haj a été soupçonné d’animer un site Internet lié à l’islamisme radical, et d’être à la solde d’Al-Qaïda pour avoir essayé d’interviewer Oussama Ben Laden. Malgré ces accusations, aucune inculpation formelle n’a jamais été prononcée contre le journaliste.

"[L’armée américaine] accusait Sami Al-Haj d’être un présumé terroriste pour avoir reçu une formation d’Al-Jazira. Les termes exacts étaient : ‘Le détenu a avoué avoir été formé à l’utilisation d’une caméra par Al-Jazira’, ce que les militaires considéraient comme du terrorisme", a affirmé Clive Stafford-Smith. "Il n’existe pas de fondement légal. Ils inventaient de nouvelles accusations et nous prouvions chaque fois que c’étaient des conneries."

Clive Stafford-Smith assure qu’aucune explication n’a été donnée à la libération tardive de Sami Al-Haj. En fait, les autorités américaines le considèrent toujours comme un terroriste. Tout au long de son séjour à Guantanamo, les interrogateurs ont voulu obliger le cameraman soudanais à témoigner contre sa chaîne, Al-Jazira, accusée d’être financée par Al-Qaïda.

"Je crois qu’il s’agit d’une agression contre Al-Jazira. En tant que citoyen américain, je trouve ça très triste, parce que nous sommes censés soutenir la liberté d’expression. C’est précisément Al-Jazira qui mène le combat pour la liberté d’expression au Moyen-Orient", a expliqué Clive Stafford-Smith.

L’avocat a également commenté l’état de santé de Sami Al-Haj, qui a dû être hospitalisé à Karthoum en raison de son état d’extrême faiblesse, après un voyage difficile en avion. L’usage des toilettes lui a été interdit pendant 20 heures et Sami Al-Haj a continué sa grève de la faim au cours du trajet. Par ailleurs, il était menotté et cagoulé.

"Les médecins au Soudan étaient inquiets pour sa vie”, a affirmé Clive Stafford-Smith. "Néanmoins, il s’est assez bien remis dans les deux ou trois jours suivants".

En plus des séquelles des tortures subies durant sa captivité à Guantanamo, des médecins avaient informé Sami Al-Haj qu’il était atteint d’un cancer, mais qu’il ne pouvait pas consulter un spécialiste. Les médecins soudanais qui l’ont examiné n’ont pourtant trouvé aucune trace de cancer.

Au plan professionnel, l’avocat a confié que son client n’avait pour l’instant pas l’intention de se déplacer dans des zones de guerre ou de conflit. Il a également signalé que le gouvernement des États-Unis avait fait pression sur le gouvernement soudanais pour que celui-ci interdise à Sami Al-Haj de voyager ou de reprendre son travail à Al-Jazira.

"Il préférait rester encore dix ans à Guantanamo plutôt que de signer un document de ce genre”, a fait savoir Clive Stafford-Smith. “Au moment de la libération, un amiral est venu le voir et a essayé de lui faire signer un document, mais il a répondu que son avocat lui avait conseillé de ne rien signer."

Quant aux accusations de torture, réfutées par le gouvernement américain, Clive Stafford-Smith a affirmé que son client avait été interrogé 130 fois. A 120 reprises, les geôliers avaient essayé d’obliger Sami Al-Haj à reconnaître qu’Al-Jazira était une organisation terroriste. L’avocat a également décrit les méthodes d’alimentation forcée utilisées contre les détenus en grève de la faim - les gardes introduisaient un tube étroit dans le nez des prisonniers. "Ca me semble inhumain", a souligné Clive Stafford-Smith. Sami Al-Haj a passé un total de 478 jours en grève de la faim. "Rappelez-vous les grèves de la faim des militants de l’IRA dans les années 1980 - elles dépassaient rarement les 70 jours".

Clive Stafford-Smith a lui-même été accusé par le gouvernement américain d’avoir incité trois détenus au suicide. "Je crois qu’il est assez répugnant de suggérer que j’ai incité mes propres clients à se suicider.

Questionné sur le sort des autres prisonniers à Guantanamo, l’avocat a affirmé qu’actuellement, les risques planétaires sont plus importants qu’avant le 11 septembre 2001. "Personne de sensé ne peut te regarder dans les yeux et te dire que la prison de Guantanamo a contribué à faire du monde un endroit plus sûr."

D’après Clive Stafford-Smith, "la base de Guantanamo sera bientôt fermée". Mais pour lui, le vrai problème est que les États-Unis détiennent encore 27 000 prisonniers dans des prisons secrètes et dans des conditions encore pires qu’à Guantanamo.

Clive Stafford-Smith a tenu à remercier Al-Jazira, les gouvernements du Qatar et du Soudan, ainsi que des organisations comme Reporters sans frontières pour avoir plaidé inlassablement en faveur de la remise en liberté de Sami Al-Haj.


Benoît Hervieu
Despacho Américas / Americas desk
Reporters sans frontières
47, rue Vivienne
75002 Paris - France

tél. : +33 (0) 1 44 83 84 68
fax : +33 (0) 1 45 23 11 51
e-mail : ameriques@rsf.org / americas@rsf.org
http://www.rsf.org


Voir la vidéo :
Première partie: http://www.youtube.com/watch?v=v1I0NW9Bof0
Seconde partie : http://www.youtube.com/watch?v=6sXWMlfhMTY

11-Septembre: le Pentagone abandonne les charges contre un terroriste présumé

AFP, LIBERATION.FR : mardi 13 mai 2008

Mohammed al-Qahtani était soupçonné d’être le 20e terroriste du 11-Septembre. Le Pentagone vient d’annoncer qu’il retirait les charges contre lui, sans explication.

Le Pentagone a annoncé ce mardi qu’il abandonnait les charges contre Mohammed al-Qahtani, qui était soupçonné d’être le 20ème terroriste ayant participé au complot des attentats du 11-Septembre aux Etats-Unis.

Susan Crawford, la responsable du Pentagone chargée des procès pour crimes de guerre par les commissions militaires spéciales, n’a pas donné d’explication à l’abandon des charges qui pesaient contre Mohammed al-Qahtani, a déclaré un porte-parole du Pentagone, Jeffrey Gordon.

«Elles ont été rejetées «sans préjudice», ce qui signifie qu’elles peuvent être réintroduites à tout moment», a-t-il dit.

Le gouvernement américain soupçonnait al-Qahtani d’avoir fait partie du complot pour participer aux détournements des avions de ligne sur les tours du World Trade Center à New York et sur le Pentagone à Washington.

Mais il aurait été refoulé et interdit d’entrée sur le territoire américain en août 2001 à l’aéroport international d’Orlande (Floride, sud-est).

L’ancien secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld avait autorisé l’utilisation d’un régime particulier d’interrogatoires musclés contre al-Qhatani, qui avait été capturé en Afghanistan et détenu sur la base américaine de Guantanamo Bay à Cuba.

Il aurait été soumis à des privations de sommeil, une musique assourdissante et des températures extrêmes au cours d’interrogatoires pouvant durer 20 heures par jour.


Critique de ReOpen911 news :

L’article,d’une concision pour le moins surprenante, ne propose aucune mise en perspective historique, aucune information qui “humanise” cet homme apparemment innocent (ou au choix “coupable” d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment, comme bien des détenus à Guantanamo). Bien au contraire: il est présenté comme un “terroriste présumé”, “soupçonné”, “20e terroriste”. De même, on peut s’étonner de l’usage récurrent de litotes pour évoquer la privation de liberté et l’usage de la torture présentée comme “l’utilisation d’un régime particulier d’interrogatoires musclés”, c’est-à-dire la simple reprise de la dialectique mise en place par le Pentagone et l’Administration Bush pour minorer les atteintes aux droits de l’homme les plus élémentaires, mises en oeuvre dans le cadre de la supposée “guerre contre la terreur” (1)

Un cas de “copier-coller”

Nous saluons bien évidemment la divulgation d’une telle information dans les pages de Libération ou du NouvelObs, mais nous estimons que l’article est mince en regard de l’importance des questions que posent les faits relatés. Il ne serait pas sans intérêt dans un pays se targuant de la liberté d’informer que les journaux ne reprennent pas à la virgule près les dépêches d’agences, comme ici celle de l’AFP mais les développent et procèdent à des compléments d’enquêtes. Sinon, quelle différence avec les simples supports publicitaires que sont les titres de la presse gratuite tant décriés avec raison par la presse payante ?
Nous invitons les Internautes à comparer l’information sur ces 2 journaux dont les rédactions sont indépendantes, (seuls le titre et le chapeau sont différents) :
http://www.liberation.fr/actualite/monde/326111.FR.php
et http://tempsreel.nouvelobs.com/… poursuites_contre_un_presume.html

Nous notons enfin avec satisfaction que les attentats du 11 Septembre sont présentés pour ce qu’ils sont, à savoir un complot {islamiste} (2) : cette évidence factuelle est suffisamment rare pour être notée… et saluée !

(1) Nous vous conseillons cet article complet rédigé par la FDIH sur les tortures subies par Mohammed al-Qahtani : http://www.fidh.org/…_Al_QATANI.pdf (PDF, 140ko)

(2) Voir à ce sujet la présentation remarquable de limpidité de l’historien Daniele Ganser sur les 3 thèses du complot sur les attentats du 11/9
http://www.reopen911.info/News/2008/04/25/toutes-les-theories-sur-le-11-septembre-sont-des-theories-du-complot/

Un gardien de Guantánamo confesse l’horreur de la torture

27 février 2008

Un psychiatre ayant eu pour patients d’anciens gardes du camp de détention de Guantanamo, a recueilli les confessions de ces hommes hantés pas leurs actes et les scènes auxquelles il ont assisté. Aujourd’hui, il a décidé de rompre le silence en rendant publics ces récits de séances de torture et en décrivant l’angoisse qui habite aujourd’hui les anciens tortionnaires.

Guantanamo

Par Debbie Nathan, Counter Punch, 26 février 2008

Un psychiatre ayant eu pour patients des militaires, anciens gardes du camp de détention de Guantánamo, décrit les récits de tortures des prisonniers et de suicide de gardiens qui lui ont été faits par un Garde National affecté à cette prison à son ouverture.

Le Docteur John Smith, âgé de 75 ans, est un psychiatre originaire d’Oklahoma City qui a travaillé pour l’armée durant les dernières années. Il est également consultant auprès du département de Psychiatrie de l’Université d’Oklahoma et associé à l’Administration responsable des anciens combattants à l’Hopital d’Oklahoma City. Il a également eu a expertiser Timothy Mc Veigh, l’auteur de l’attentat visant un immeuble de l’administration en 1995. Il y a de cela quelques années, il a été recruté par l’armée pour exercer auprès des soldats d’active nécessitant une psychothérapie.

M. Smith s’est exprimé le 22 février 2008, à l’occasion du congrès annuel de l’ American Academy of Forensic Sciences, qui s’est tenu à Washington. Son intervention traitait des conséquences psychologiques subies par les gardes affectés à Guantanamo. Elle était centrée sur le cas terrible d’un patient qu’il nomme M. H.

M. Smith décrit M. H comme un ouvrier latino, c’est-à-dire d’origine hispanophone, d’une quarantaine d’année, qui avait normalement effectué ses périodes depuis plusieurs années avant d’être envoyé au Koweït. Puis, peu après le 11 septembre, il a été affecté à Guantanamo. Le camp venait d’ouvrir et M. H y occupait une fonction de gardien.

Sans entraînement pour sa mission, M. H s’est senti déstabilisé par les détenus. Ils jetaient sur lui des matières fécales et de l’urine, raconte M. Smith, et tentaient de lui faire sortir clandestinement des lettres, lui disant qu’en cas de refus, « Ils chercheraient à en faire subir les conséquences à sa famille. » Les prisonniers le raillaient également, disant qu’il était, en tant que militaire, un « traître » aux latinos et aux autres minorités. M. H. en était troublé et terrifié.

Ensuite, selon M. Smith, il a été demandé à « ce bon catholique, père de famille, qui avait pratiquement toujours respecté les règles » de participer à des tortures. L’une de ses tâches consistait à « emmener les détenus en certains lieux, et s’assurer qu’ils soient menottés dans des positions inconfortables, en général nus, en préparation des interrogatoires. M. H assistait souvent à ceux-ci. Il y a vu des prisonniers maltraités jusqu’à ce qu’ils s’affaissent. La torture provoquait des « défécations, vomissements, urinements » et déclenchait des « réactions psychotiques : hurlements étranges et pleurs. »

M. Smith indique que M. H lui a raconté qu’il « devait menotter et plaquer au sol des prisonniers dénudés. » Les prisonniers étaient également contraints à « s’agenouiller sur des cailloux acérés. » Les détenus, lui a dit M. H, tentaient d’échapper aux interrogatoires en écorchant leurs genoux jusqu’au sang, afin d’être conduits à l’hôpital de la prison. »

Le psychiatre décrit le témoignage de M. H comme « poignant et simple » : « c’était mal ce que nous faisions, » lui a-t-il confié. Pendant son séjour à Guantanamo, sa participation à ces séances de tortures provoquera chez lui des « larmes, des sanglots et un sentiment de culpabilité. » Mais il lui était interdit de parler à quiconque de ce qu’il vivait et ressentait. Il devint alors « de plus en plus dépressif, » à l’image d’autres de ses camarades. M. Smith rapporte que M. H lui a fait part de deux suicides de gardiens durant les premiers mois de sa présence à Guantanamo.

Lorsque M. Smith a rencontré M. H., celui-ci était devenu « gravement malade. Il était suicidaire, terriblement dépressif et anxieux » et affecté « d’insomnies et de rêves horribles et de réminiscences. » Il avait déjà consulté deux médecins militaires sans résultat. Mais ces praticiens « étaient des médecins militaires et il n’osait pas leur parler » de ce qui s’était passé à Guantanamo. M. Smith n’appartenant pas à l’armée, au bout de deux ou trois séances, M. H a accepté de s’ouvrir à lui. Avec l’aide de médicaments et de la psychothérapie, il devint moins suicidaire, mais cependant trop gravement malade pour assumer son service dans l’armée.

Trois ans après avoir traité M. H, M. Smith a eu trois nouveaux patients qui avaient servi à Guantanamo lors de leur dernier déploiement. Ils lui ont dit que les conditions s’y étaient nettement améliorées. « Ils aimaient Guantanamo, et appréciaient de se baigner dans les Caraïbes. » Malgré tout, l’un d’entre eux éprouvait des troubles en relation avec cette mission. Il a raconté comment il avait du « détacher un détenu » qui tentait de se pendre après s’être arraché avec les dents une artère du bras. Il y avait du sang partout. Lorsque ce garde a quitté Guantanamo, il était sujet à des « crises d’angoisse et de panique. »

Smith a déclaré n’avoir jamais fait état en public de ces patients de Guantanamo avant cette intervention au congrès de l’ American Academy of Forensic Sciences. Il a décidé de parler car les vétérans ne peuvent bénéficier d’une pension pour la Maladie du Stress Post Traumatique (PTSD) lorsqu’elle n’a pas été provoquée par les combats. Il estime que les gardes de Guantanamo forment un « groupe de victimes ignorées. » En choisissant de s’exprimer, M. Smith crée une situation sans précédent. Jusqu’à présent, la plupart des témoignages de torture à Guantanamo provenaient d’organisations de défenseurs des droits de l’homme, des détenus ou de leurs avocats, et ils étaient contredits par l’enquête effectuée par le FBI en 2004. M. Smith, un médecin réputé, conforte ces témoignages, de l’intérieur de l’institution militaire elle-même.


Publication originale Counter Punch traduction Contre Info.

Les procès truqués de Gitmo démontrent la tartufferie de l’histoire officielle du 911

Prison Planet, par Paul Joseph Watson, le 22 février 2008

Guantanamo

​​​Quatre procureurs de l’affaire de Guantanamo Bay affirment que les procès sont truqués et que les condamnations sont déjà certaines, en dépit du fait que les chefs d’inculpation sont insuffisants pour relier Khalid Sheik Mohammed et ses acolytes au 9-11. Cela prouve que l’histoire officielle est une fable et que les véritables auteurs sont protégés.

​​​​Comme nous l’avons souligné précédemment, après une demi-douzaine d’années de baignoire, de torture génitale, de privation de sommeil et de lavage de cerveau, le Pentagone a enfin trouvé six jobards qui vont de bonne grâce accueillir leurs 72 vierges et endosser la responsabilité du 9-11. Ce qui fournira suffisamment d’arguments de discrédit pour écarter le problème des trous béants dans l’histoire officielle des attentats terroristes, et permettra au gouvernement de clore l’affaire.

​​​​On trouve parmi eux Khalid Sheik Mohammed, le présumé cerveau du 9-11, qui a aussi reconnu une flopée d’autres attentats et de complots terroristes, dont certains ne peuvent pas le concerner puisqu’ils sont arrivés après sa capture ou touchent à des objectifs qui n’existaient même pas avant son incarcération.

Comme l’a signalé The Nation cette semaine, le colonel Morris Davis, ex-procureur général des commissions militaires de Guantánamo, a été directement informé, par William Haynes, conseiller général du Pentagone, que le verdict final du procès avait déjà été prononcé avant même de commencer. Haynes a dit à Davis :

Attendez une minute, il ne peut y avoir d’acquittement. Si nous avons détenu ces types pendant si longtemps, comment pourrions-nous expliquer que nous les laissons partir ? Il ne peut y avoir d’acquittement, nous obtiendrons des condamnations.

Par ailleurs, Harper’s Magazine rapporte que, « Trois des plus anciens procureurs de Guantánamo, le major Robert Preston, le capitaine John Carr et le capitaine Carrie Wolf, ont demandé à être relevé de leur fonction après avoir déclaré qu’ils s’inquiètent du fait que les procès sont truqués. Ils auraient été assurés qu’ils n’auraient pas à s’inquiéter de construire une vraie affaire, les condamnations étant assurées. »

​​​​Dans un courriel à ses supérieurs hiérarchiques, Preston a écrit, « Les preuves contre les accusés sont maigres. »

​​​​Un avocat de la défense des suspects, Clive Stafford Smith, a déclaré que le parquet l’a informé que, « le procureur général a dit que cette fois aucune preuve ne sera nécessaire pour obtenir les condamnations. »

S’il y a insuffisance de preuves contre le présumé cerveau du 9-11, comme l’affirment quatre hauts procureurs, et que pourtant le gouvernement a déjà décidé de truquer le procès de Mohammed pour obtenir sa condamnation, cela signifie que le gouvernement protège sciemment le vrai cerveaux du 9-11 et autorise des simplets à endosser la responsabilité des attentats.

​​​​En dépit du fait qu’il a fallu seulement trois mois pour l’accuser des attaques à la bombe contre les ambassades en 1998, il n’y a eu aucune accusation officielle contre Ben Laden plus de six ans après le 9-11 et l’affiche de recherche du FBI ne fait aucune mention de l’implication de Ben Laden dans le 9-11 .

Quand des reporters ont demandé pourquoi aucune mention n’était faite, Rex Tomb, l’agent du FBI, a été forcé d’admettre que « le FBI n’a pas de preuves concrète reliant Ben Laden au 9-11. »

​​​​L’affirmation des quatre hauts procureurs et d’un avocat, du trucage des procès de Guantánamo et des condamnations déjà certaines malgré le peu de preuves contre les accusés, prouve que les suspects ne sont que des naïfs, que les auteurs du 9-11 restent libre, et que l’unique motivation du gouvernement est de balayer les questions sous le tapis en procédant à un simulacre de procès, ce qui est une insulte à la notion même de justice.

Original : http://www.prisonplanet.com/articles/february2008/022208_rigged_trials.htm

Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info.

Samedi 23 Février 2008
Paul Joseph Watson

La peine de mort réclamée pour 6 détenus à Guantanamo

 

"Tout ces cas s’appuient sur des informations recueillies sous la torture!" Jen Nessel, du Center for Constitutional Rights, une association de défense des droits de l’homme, est consternée. Son association représente un des six détenus de Guantanamo que le Pentagone a inculpés lundi pour leur participation présumée aux attentats du 11 septembre 2001. Le département de la Défense demande que la peine de mort soit requise à leur encontre lorsqu’ils seront jugés par une commission militaire spéciale à Guantanamo.

Jointe par téléphone par Rue89, Jen Nessel explique:

"Pour notre client, Mohammed al-Qahtani, il existe un relevé de toutes les techniques d’interrogation, tortures inclues, qui ont été appliquées et approuvées…"

Le client du CCR, Mohammed al-Qahtani, a parfois été présenté comme le 20e pirate de l’air: le département de la justice estime qu’il devait faire partie des attaques contre le World Trade Center et le Pentagon: il avait tenté d’entrer aux Etats-Unis le 4 août 2001. Mais, déplore Jen Nessel, "les enregistrements des interrogations ont été détruits".

Autre détenu parmi les six contre lesquels le Pentagone réclame la peine de mort: Khaled Cheikh Mohammed, considéré comme le cerveau des attaques. Or, le gouvernement américain vient de reconnaître avoir soumis Khaled Cheikh Mohammed à des techniques d’interrogatoires assimilables à de la torture, comme le "waterboarding" (simulation de noyade).

Transferés à Guantanamo au dernier moment

Les six inculpés en lien avec les attentats du 11 Septembre n’ont pas fait partie des premières vagues de détenus conduits à Guantanamo à l’ouverture des prisons américaines à Cuba début 2002. Ils étaient à l’ombre dans des prisons secrètes. Ils n’ont été transférés à Guantanamo qu’en 2006, juste avant que le Congrès ne bascule dans le camp démocrate.

Les premiers détenus de la base américaine à Cuba avaient été inculpés en février 2004 devant les premiers tribunaux d’exception, des instances allégées des garanties procédurales prévues pour les tribunaux militaires réguliers. Alors que Bush avait annoncé que Guantanamo accueillerait les pires éléments de "la guerre contre le terrorisme", les premières procédures avaient concerné des "ennemis combattants" mineurs: un chauffeur de Ben Laden, un Australien accusé d’avoir porté une arme… Aucun procès n’a dépassé le stade des audiences préliminaires. Les tribunaux ont été invalidés par la Cour suprême en juin 2006.

Le Pentagone y avait alors conduit ses quatorze gros poissons des prisons secrètes pour justifier de l’urgence de voir les tribunaux rétablis par le Congrès, ce qu’il a rapidement fait.

La plupart des détenus ne seront pas jugés

Aujourd’hui, nous dit Mark Falkoff, un professeur de droit de la North Illinois University, qui représente 16 détenus yéménites:

"275 hommes sont encore en détention à Guantanamo. La majorité d’entre eux ne comparaîtront même pas devant ces tribunaux d’exception. La justice militaire américaine a déjà annoncé qu’elle n’en poursuivrait pas plus de 80 en justice. Quant aux 16 détenus yéménites que je représente, il n’y a aucune preuve contre eux dans leurs dossiers. Leur sortie de Guantanamo ne tient qu’à un accord entre les Etats-Unis et le Yémen."

"Perversions de justice"

Quant aux six inculpés, les chefs d’accusation seront transmis à Susan Crawford, magistrate représentant l’autorité habilitée à convoquer les commissions militaires et à décider si la peine capitale peut ou non être demandée.

En annonçant les inculpations lundi en conférence de presse, le conseiller militaire du Pentagone Thomas Hartmann a promis que leurs procès seraient "aussi ouverts que possible".

Pour le CCR, ce sera, compte tenu de la destruction des preuves et des tortures subies par les détenus, une "perversion de justice". Jointe par téléphone, une autre avocate qui représente plusieurs détenus de Guantanamo (mais pas parmi les inculpés) est dubitative: "Il faut que les détenus puissent passer en justice. Personne, pas même KSM, ne peut rester placé en détention sans avoir droit à un procès. Mais il faudrait être sûr que ces procès soient justes et équitables et je doute encore de la procédure."

"Que la peine capitale soit en jeu va générer encore plus d’attention internationale", nous assure Mark Falkoff:

"L’échec que représente ce nouveau système judiciaire va être encore plus évident. Il y a six ans, ces hommes auraient dû être conduits devant la justice militaire américaine telle qu’elle existait et ils n’auraient pas dû être torturés. En plus, six ans plus tard, des preuves ont disparu."

La destruction des vidéos de la CIA mène à Cheney

Par Solidarité et Progrès, Mercredi 09 Janvier 2008

La destruction des vidéos de la CIA mène à Cheney L’ambiance a dû être particulièrement morose dans le bureau du vice-président Cheney le 2 janvier, lorsque le nouveau ministre de la Justice, Michael Mukasey, annonça que son ministère avait ouvert une enquête au criminel sur la destruction par la CIA, en 2005, d’enregistrements vidéo d’interrogatoires « musclés ». La poursuite de cette affaire pourrait très bien exposer la guerre secrète qui oppose, depuis sept ans, l’agence de renseignement à la faction de Cheney à la Maison Blanche.

Il est bien connu à Washington que le vice-Président est le principal partisan du recours à la torture dans la « guerre au terrorisme » et autres pratiques qualifiées de crimes de guerre par toute nation civilisée. Ce que l’on sait moins, c’est que la plupart des responsables professionnels de la CIA, et dans les forces armées, étaient opposés au programme de torture et de techniques d’interrogatoire « accrues » que la Maison Blanche avait imposé à l’Agence.

On croit savoir que les vidéos en question montraient l’interrogatoire et la torture de deux agents présumés d’al-Qaida en 2002. L’un d’entre eux, Abe Zubaydah, aurait « craqué » moins de 60 secondes après l’application de la vieille technique du « supplice de la baignoire », poussant la victime à la limite de la mort pour obtenir des renseignements et des aveux. Dans le cas d’ Abe Zubaydah (et aussi, semble-t-il, de Khalid Sheikh Muhammad), il commença alors à débiter tout un flot d’information. Mais de nombreux experts mettent en doute la crédibilité de ces informations, et d’autres les rejettent entièrement.

Jose Rodriguez, le responsable de la CIA qui dit avoir autorisé la destruction des vidéos, veut que les faits soient connus et a demandé à être convoqué devant le Congrès pour témoigner. Un ancien officier de l’agence, Larry Johnson, pense que Rodriguez « est probablement la personne la moins coupable de tout le processus. Il ne s’est pas réveillé un jour en se disant : "Je vais détruire ces vidéos". Il a vérifié auprès de plusieurs personnes et en fin de compte, il va être entendu. »

Effectivement, avant la destruction des enregistrements, selon le New-York Times, des discussions ont eu lieu entre des responsables de la CIA et les avocats de la Maison Blanche. Un des participants était David Addington, le conseiller juridique de Dick Cheney, qui s’est montré plus insistant que tous les autres conseillers, y compris celui du président Bush.