Attentat de Karachi en 2002: nouvel exemple de terrorisme d’état

Le 9 septembre 2002 au Pakistan, un autocar transportant des collaborateurs français de la DCN (Direction des Constructions Navales) qui se rendaient depuis leur hôtel de Karachi à leur travail explosait, percuté par un véhicule bourré d’explosifs.

Cet attentat suicide a fait au total 14 morts dont onze français et 12 blessés. L’enquête ouverte par la police pakistanaise, renforcée pour l’occasion par des agents du FBI et de la DST française s’orientait rapidement en direction des réseaux islamistes, notamment celui d’al-Qaïda à qui sont attribués également les attentats du 11 septembre 2001.

Près de sept ans plus tard, après un simulacre d’enquête et de justice (au bout de 6 ans d’emprisonnement, deux islamistes suspectés ont finalement été acquittés en mai dernier, faute de preuves), c’est une toute autre vérité qui est mise au jour concernant l’attentat de Karachi, comme le rapporte l’article qui suit.

A quand une note de type "Nautilus" pour les attentats du 11 Septembre? 


 

Attentat de Karachi en 2002: l’enquête s’oriente vers une "affaire d’Etats"

CHERBOURG (France) – L’enquête sur l’attentat de Karachi en 2002 contre des salariés des arsenaux français DCN s’oriente vers une "affaire d’Etats", et non plus vers Al-Qaïda, a affirmé jeudi l’avocat de sept familles de victimes, après avoir vu les juges antiterroristes.

"La piste Al-Qaïda est totalement abandonnée. Le mobile de l’attentat apparaît lié à un arrêt des versements de commissions" de la France au Pakistan dans le cadre de la vente de sous-marins Agosta, a expliqué à l’AFP Me Olivier Morice, à l’issue d’une rencontre des juges antiterroristes avec les familles des victimes à Cherbourg (ouest).

Selon l’avocat, ces commissions ont été arrêtées à l’arrivée de Jacques Chirac à la présidence de la République française en 1995.

Dans ce scénario, l’attentat aurait été une représaille au non-versement des commissions.

"Il s’agit d’une affaire d’Etats impliquant la France, le Pakistan et l’Arabie saoudite, bailleur de fonds du Pakistan", a déclaré Magali Drouet, fille d’un salarié de la DCN, défendue par Me Morice.

Cette piste avait brusquement surgi en 2008 dans le cadre d’une enquête sur des faits présumés de corruption et de ventes d’armes. Des policiers avaient mis la main lors d’une perquisition au siège de la DCNS (ex-DCN) sur des documents portant sur des sociétés par lesquelles ont transité des commissions versées en marge de contrats d’armements.

Un de ces documents, baptisé Nautilus et non signé, faisait état d’une "instrumentalisation" de militants islamistes par des membres des services secrets pakistanais et de l’armée. Il indiquait que "l’attentat de Karachi a été réalisé grâce à des complicités au sein de l’armée (pakistanaise) et au sein des bureaux de soutien aux guérillas islamistes" des services secrets pakistanais.

Selon cette note, versée au dossier de l’instruction, "les personnalités ayant instrumentalisé le groupe islamiste qui a mené à bien l’action, poursuivaient un but financier (…) Il s’agissait d’obtenir le versement de commissions non honorées" dans le cadre d’un achat de sous-marins français par le Pakistan en 1994.

Cette piste, un temps écartée par les juges chargés de l’enquête, serait de nouveau prise très au sérieux au vu "d’éléments nouveaux entrés récemment dans le dossier", selon un enquêteur qui n’a pas précisé la nature de ces nouveaux éléments.

"On s’oriente nécessairement vers des actes de grande importance. Des personnalités politiques de premier plan vont être entendues", a estimé Me Morice.

Le 8 mai 2002, un kamikaze a précipité une voiture bourrée d’explosifs contre un minibus transportant des employés de la Direction des constructions navales (DCN), tuant onze ingénieurs français et trois Pakistanais à Karachi, grand port du sud et capitale économique du Pakistan.

Les victimes françaises participaient à la construction d’un sous-marin.
 

©AFP / 18 juin 2009, publié sur Romandie.com
Parties en gras par ReOpenNews
 


A consulter :

 

Afghanistan – Pakistan: Le trou noir de l’Empire

 Pourquoi Bush est allé en Afghanistan. Pourquoi Obama y va aussi. Les routes du gaz et du pétrole. Les causes de la remontée des Talibans et de l’effondrement de Karzaï. Qui profite de l’opium ? Pourquoi le Pakistan voisin risque d’éclater.

Interview de Mohamed Hassan, spécialiste du Moyen-Orient par Grégoire Lalieu et Michel Collon

 

Est-il possible de gagner la guerre en Afghanistan? Non, répondent les experts. Pourtant, l’Otan poursuit ses efforts pour venir à bout des Talibans et c’est le Pakistan qui s’embrase. Quelles sont les véritables raisons de cette guerre ? Les visées hégémoniques des Etats-Unis plongeront-elles la région dans le chaos ? Dans ce nouveau chapitre de notre série « Comprendre le monde musulman », Mohamed Hassan répond à ces questions. Et il nous explique pourquoi c’est au peuple du Pakistan de sauver son pays d’une possible disparition…

En 2001, les Etats-Unis lançaient l’opération « Enduring Freedom » en Afghanistan car, selon eux, les Talibans refusaient de céder Oussama Ben Laden. Sept ans plus tard, plus personne ne parle de l’ennemi public numéro un. Quelles sont les raisons de cette guerre aujourd’hui?

Tout d’abord, vous devez considérer que les Talibans n’ont rien à voir avec Oussama Ben Laden. En 1996, Ben Laden, renvoyé d’Arabie Saoudite, trouvait refuge au Soudan. Les Saoudiens firent alors pression sur ce pays pour qu’il expulse le célèbre terroriste. C’est à ce moment que Ben Laden est venu en Afghanistan. Mais les attentats du 11 septembre n’avaient aucun rapport avec ce pays. Il y a juste cette réaction des Talibans lorsque Washington réclama Ben Laden : « Si vous voulez que Ben Laden soit jugé, donnez-nous les preuves et laissons-le juger par une cour islamique dans quelque pays musulman que ce soit ». En fait, les néoconservateurs de l’administration Bush ont surtout utilisé cet événement tragique comme un alibi.

Avec quelles intentions?

Trois ouvrages majeurs nous permettent de comprendre les racines de la vision des Etats-Unis. D’abord, La fin de l’Histoire de Francis Fukuyama. Il prétendait que l’Histoire de l’humanité était arrivée à son terme avec l’effondrement de l’Union soviétique et la domination de la démocratie libérale. Ensuite, Le choc des civilisations, de Samuel Huntington. Selon qui l’Histoire ne dépendrait pas de la lutte des classes mais plutôt d’un conflit entre civilisations. Huntington a donc divisé le monde entre ces différentes civilisations, décrétant que la plus agressive serait l’islamique. Le dernier ouvrage, Le grand échiquier de Zbigniew Brzezinski, considère que celui qui dominera l’Eurasie sera l’unique puissance du 21ème siècle. En effet, la majorité de l’humanité vit dans cette zone et l’activité économique y devient plus importante.
A présent, retournons à la fin de l’administration Clinton. L’année 1997 a été marquée par une sérieuse crise économique : avec l’éclatement de la bulle financière en Asie, le NASDAQ s’est effondré. Lorsque les néoconservateurs ont débarqué à la Maison Blanche avec Georges W. Bush en 2001, la situation économique n’était donc pas brillante. Malgré quoi, ils ont exposé leur objectif très clairement : personne ne doit être capable de rivaliser avec les Etats-Unis. Pour y arriver, la nouvelle administration cherchait à contrôler le monde en contrôlant les ressources les plus importantes, essentiellement le gaz et le pétrole.
Sous l’influence de Brzezinski, Clinton voulait d’abord dominer l’Europe en élargissant l’Otan, et ensuite gagner l’Asie Centrale. Mais les néoconservateurs ont dit : « Non, nous n’avons pas le temps pour cela. Vu cette crise, nous devons créer et contrôler le Grand Moyen-Orient pour disposer du pétrole ». On sent ce changement dans le discours de Bush après les attentats du 11 septembre lorsqu’il dit : « Vous êtes avec nous ou contre nous ». Avec sa conception de l’Axe du Mal, il voulait élargir la guerre.
La guerre d’Afghanistan – qui pour la première fois dans l’Histoire a été planifiée par la CIA sans la collaboration du Pentagone – n’était donc qu’un prétexte pour entraîner les troupes US et leur donner l’expérience nécessaire pour ensuite attaquer l’Irak. Vous devez savoir que le renversement de Saddam Hussein était planifié bien avant les attentats du 11 septembre. 

Obama veut incarner le changement. Pourquoi concentre-t-il les efforts militaires en Afghanistan au lieu de l’Irak ?

D’abord, la guerre en Irak a soulevé des difficultés non prévues. Le gouvernement US pensait que c’était la cible la plus facile, car Saddam Hussein ne disposait pas d’une grande armée et une large partie de la population irakienne détestait son régime. Il n’aura fallu que quelques jours, du 20 mars au 10 avril 2003, pour que les Etats-Unis prennent Bagdad. Ensuite, ils ont uniquement protégé l’industrie pétrolière et laissé tout le reste exploser. Paul Bremer, le gouverneur US d’Irak, a détruit les bases de l’ancien régime irakien, démobilisé la police et la structure de l’armée. A ce moment, la résistance a augmenté, et aussi le coût de l’occupation US : huit milliards de dollars chaque mois, (auxquels vous pouviez ajouter un milliard et demi pour l’Afghanistan) ! Durant huit ans, l’administration néoconservatrice a dépensé tout son argent dans cette guerre, sans aucun résultat : ils ne sont parvenus ni à pacifier le pays, ni à créer le gouvernement qu’ils voulaient, ni à obtenir une base populaire, ni à contrôler le pétrole.
Lorsque la résistance irakienne a révélé la faiblesse de l’impérialisme US et son incapacité à remporter le conflit, le peuple des Etats-Unis est devenu plus attentif sur le plan politique. Le manque de soutien de l’opinion publique pour cette guerre a donc aussi poussé Obama à ce changement. D’autant que sur la scène internationale, cette guerre ne faisait pas l’unanimité : la France, l’Allemagne et d’autres pays ont refusé de partir en Irak. Bref, la décision d’Obama est aussi un moyen de maintenir l’alliance de l’Otan. Mais une défaite en Afghanistan pourrait marquer la fin de celle-ci.

Les Talibans n’ont pas toujours été les ennemis des Etats-Unis. L’ancienne secrétaire d’Etat US Madeleine Albright avait salué leur arrivée au pouvoir en 1996 comme un « pas positif ». Il semble même que ce pas ait été encouragé. Ce que l’ancienne ministre pakistanaise Benazir Bhutto résumait ainsi : « L’idée était anglaise, le financement saoudien, la supervision pakistanaise et l’armement américain ».  

A la fin des années 70, les Soviétiques vinrent en Afghanistan pour soutenir le gouvernement révolutionnaire menacé par des combats internes. Brzezinski, conseiller du président Carter, entreprit de faire de l’Afghanistan le Vietnam des Soviétiques pour porter ainsi un coup fatal à l’influence du socialisme dans la région. Pour combattre l’Union Soviétique et le gouvernement révolutionnaire d’Afghanistan, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite soutinrent donc les moudjahidines par l’intermédiaire du Pakistan. Quand l’Armée rouge quitta l’Afghanistan en 1989, les Etats-Unis savaient que les Soviétiques traversaient une sérieuse crise. Ayant atteint leur but, ils se lavèrent les mains et quittèrent la région qui se trouva plongée dans le chaos. En fait, Washington a utilisé les moudjahidines comme un préservatif : quand ils n’étaient plus d’aucune utilité, ils les ont jetés. Qui en a souffert ? Les peuples d’Afghanistan et du Pakistan.
En effet, lorsque les services secrets pakistanais ont soutenu les moudjahidines pour combattre les communistes, ils n’ont pas unifié ce mouvement, mais ont soutenu chaque seigneur de guerre séparément. Une fois les Etats-Unis partis, une sévère compétition a opposé les seigneurs de guerre afghans. Le pays a été totalement détruit par cette guerre civile. Des millions de réfugiés ont fui vers le Pakistan, alors touché lui-même par une grave crise, son économie déclinant avec l’arrivée de nombreux Afghans et barons de la drogue.
Dans ce contexte, apparurent les Talibans, des étudiants issus de la plus jeune génération de ces réfugiés. Leur arrivée au pouvoir offrait une opportunité aux Etats-Unis et au Pakistan. Mais en fait, ces trois acteurs avaient chacun des intérêts très différents.

C’est-à-dire ?

Le Pakistan, lorsque les pays d’Asie centrale sont devenus indépendants, a réalisé que son principal ennemi, l’Inde, était fort, alors que lui-même se trouvait en position délicate. La bourgeoisie pakistanaise décida, pour se développer économiquement et concurrencer l’Inde, d’utiliser l’Afghanistan comme porte d’accès aux marchés d’Asie centrale. Elle favorisa donc l’accès au pouvoir des Talibans en Afghanistan.
L’intérêt des Etats-Unis était de contrôler et dominer les richesses d’Asie centrale. La compagnie pétrolière US Unocal voulait construire un pipeline dans la région. Mais pour cela, il fallait que l’Afghanistan soit pacifié.
Enfin, l’intérêt des Talibans était de pacifier le pays et d’instaurer une révolution islamique. Ce qui rencontrait les intérêts de l’Arabie Saoudite qui souhaitait exporter l’idéologie islamique en Asie centrale, afin d’affaiblir la Russie et de contrôler le gaz dans cette région.
Appuyés donc par des puissances étrangères, les Talibans ont combattu les seigneurs de guerre et pris le pouvoir. Fatigué, le peuple d’Afghanistan voulait la paix. Les Talibans furent bien accueillis.

Finalement, ce plan n’a pas marché : les Etats-Unis n’ont pas réussi à pacifier la région, le Pakistan n’a pu s’ouvrir un accès au marché de l’Asie centrale et les Talibans ont été renversés. Pourquoi ?

L’Afghanistan comporte différents groupes ethniques. Le plus représenté est celui des Pachtounes : presque 50% de la population. Ensuite, il y a les Tadjiks, les Hazaras et les Kazakhs autour desquels la rivalité entre les seigneurs de guerre s’articule. Enfin, il y a d’autres minorités. Les Talibans sont Pachtounes. Un trait caractéristique de ce groupe est qu’ils sont très indépendants ! Les Etats-Unis et le Pakistan voulaient les utiliser comme des mercenaires, mais les Talibans avaient leur propre vision des choses. De plus, les Pachtounes ne reconnaissent pas la frontière séparant Afghanistan et Pakistan.

Pourquoi ?

Retournons au 19ème siècle, quand l’Inde était la précieuse colonie de l’Empire britannique, qu’inquiétait l’expansion des Russes en Asie centrale. Pour protéger leur colonie, les Britanniques souhaitaient utiliser l’Afghanistan. Cela a débouché sur trois guerres anglo-afghanes. Ce qui nous intéresse particulièrement est un résultat de la seconde guerre : en 1893, le gouverneur d’Inde, Sir Durand, traça une ligne dans le territoire pachtoune, afin de protéger sa colonie en créant une zone tampon entre l’Afghanistan et l’Inde britannique. Cette ligne est la frontière actuelle entre l’Afghanistan et le Pakistan. C’est pourquoi beaucoup de Pachtounes ne reconnaissent pas l’existence du Pakistan. Quand ce pays est devenu indépendant, le seul membre à voter contre son entrée aux Nations Unies était l’Afghanistan !
Il était donc clair que les Talibans, lorsqu’ils auraient pris le pouvoir, ne se soumettraient pas à ces intérêts étrangers. En mai 2001, six mois avant l’attaque du World Trade Center, Washington allouait sans aucun résultat une subvention de 43 millions de dollars au régime taliban dans le cadre du projet de pipeline d’Unocal. Mais avec le 11 septembre, tout le programme tomba à l’eau.

Les forces de la coalition ont facilement renversé le régime taliban mais n’ont pas réussi à prendre le contrôle du pays. Pourquoi ?

Tout d’abord, l’actuel gouvernement d’Afghanistan n’est pas reconnu par les Pachtounes. Quand les Talibans ont été renversés, les Etats-Unis ont placé Hamid Karzai comme président. Karzai, qui a travaillé pour Unocal, est un Pachtoune mais il n’a pas de base sociale en Afghanistan. En fait, les Pachtounes, premier groupe ethnique du pays, ne sont pas vraiment représentés dans ce gouvernement. Il y a juste quelques marionnettes de Washington sans aucune légitimité auprès de la population. Au départ, les Etats-Unis essayèrent bien d’acheter des Pachtounes représentatifs pour participer au gouvernement, mais ceux-ci ont pris l’argent et se sont tirés : comme je l’ai dit, les Pachtounes sont très indépendants !

Deuxièmement, les seigneurs de guerre présents au gouvernement travaillent chacun dans leur propre intérêt. Ils ne paient pas de taxes au gouvernement central, mais s’approprient les richesses. Chaque ministère est le ministère indépendant d’un seigneur de guerre. Une situation chaotique qui paralyse le gouvernement.
Troisièmement, les seigneurs de guerre ne font pas confiance aux Pachtounes. Ils pensent que si ces derniers prennent la majorité au gouvernement, ils imposeront leur vision. Bref, c’est un gouvernement où tout le monde est contre tout le monde. Tous les films que l’Occident s’est faits, ça ne marche absolument pas !
Enfin, nous pouvons dire également que les forces de l’Otan n’aident pas Hamid Karzai dans son travail en bombardant des paysans dans leurs fermes, dans les mosquées, à des mariages ou à des funérailles… L’actuel gouvernement est perçu par une grosse partie de la population comme un instrument de l’agresseur. Tous ces meurtres ont créé un soulèvement populaire et unifié la résistance des Talibans.

Conséquence de cette guerre, la production d’opium a augmenté : plus de 3.000% depuis la chute du régime taliban. Le département d’Etat US a accusé les Talibans d’utiliser la drogue pour financer la résistance…
L’opium est un produit chimique provenant du pavot. Quand la fleur de pavot éclot, vous la coupez, collectez le lait qui en coule et le vendez. C’est ce que font les paysans afghans. Ensuite, des personnes assèchent ce lait, le travaillent dans une machine en ajoutant des produits chimiques pour finalement obtenir de l’opium. Pour produire cette drogue, vous avez besoin d’un laboratoire et de connaissances en chimie. Je ne pense pas que les paysans afghans détiennent tous un diplôme de chimiste. Si c’était le cas, l’Afghanistan serait un pays très développé ! Pour tirer de l’argent du trafic d’opium, vous avez également besoin d’une certaine logistique pour pouvoir ramener le produit en Occident. Les Talibans n’ont rien de tout cela. En fait, l’opium provient des seigneurs de guerre, avec l’aide de la CIA. La plupart du temps, cette drogue vient des services secrets US qui l’utilisent comme un fonds rentable, portant la drogue dans les pays occidentaux, la vendant au prix du marché et utilisant ensuite cet argent sale pour financer leurs guerres.
En Afghanistan, la culture du pavot a commencé avec la guerre contre les Soviétiques et aujourd’hui, l’industrie de l’opium est aux mains de seigneurs de guerre. Or, pour un paysan, cultiver le pavot rapporte beaucoup plus que cultiver des tomates. Pour se constituer une base sociale, les seigneurs de guerre ont donc laissé les paysans cultiver ce qu’ils voulaient.

Par contre, lorsque les Talibans avaient pris le pouvoir dans les années 90, ils avaient brûlé les champs de pavots. Se faisant beaucoup d’ennemis au sein de la paysannerie. C’est pourquoi aujourd’hui, les Talibans n’empêchent plus les paysans de cultiver le pavot, mais interdisent la production d’opium. Ils retirent même des bénéfices grâce à la contribution financière des paysans. En fait, le gouvernement central n’a aucune possibilité de percevoir une taxe dans le Sud du pays, car tout est aux mains des Talibans. Or, un gouvernement incapable de percevoir une taxe n’est pas un gouvernement !

Beaucoup de spécialistes considèrent que la guerre en Afghanistan est impossible à gagner. Le général français Georgelin l’a même qualifiée de « merdier ingérable ». Quelles sont les difficultés rencontrées par les forces de la coalition ?  

L’OTAN tue des civils chaque jour. Dès lors, la population s’est rapprochée des Talibans. A présent, ceux-ci contrôlent le Sud du pays, avec un gouvernement de fait dans chaque village. Ils sont mélangés à la population et les forces de l’OTAN enregistrent des pertes. Du coup, dès que quelque chose de suspect bouge, les GI’s ouvrent le feu, tuant des civils par la même occasion. Donc, les Afghans font face, d’un côté, aux seigneurs de guerre impérialistes bombardant des civils et, de l’autre côté, aux seigneurs de guerre régionaux pillant le pays et vendant de la drogue. Voilà pourquoi les Talibans ont le soutien de la population. Non qu’ils aient des idées progressistes, mais elle attend d’eux qu’ils ramènent la paix dans le pays. Exactement comme ils l’ont fait en 1992.

Est-ce pour cela qu’Obama s’est dit prêt à négocier avec les Talibans modérés ?

Il essaie de protéger les Etats-Unis d’une crise qui s’est accumulée depuis les sept dernières décennies. Et c’est très difficile. Obama veut montrer qu’il n’y a pas de guerre contre les musulmans, qu’il rejette le prétendu choc des civilisations. Il s’est donc dit prêt à négocier avec les Talibans modérés. Telle est la nouvelle politique US pour de nombreux endroits du monde où il y a des mouvements musulmans : les diviser entre les bons et les méchants.
Je ne sais si ce genre de négociations pourra mettre fin au conflit. Si Washington essaie cette voie, elle devra probablement programmer une nouvelle propagande montrant les Talibans sous leur bon côté. Mais ils ont des mentalités arriérées : ils ont détruit des temples bouddhistes pour installer la révolution islamique, leurs positions contre les femmes sont primitives et leur vision du monde archaïque. D’un autre côté, pour obtenir le soutien de la population, ils ont quand même appris de leurs erreurs. J’ai évoqué la culture du pavot. Un autre exemple : contrairement à ce qu’ils avaient préconisé par le passé, les Talibans sont aujourd’hui d’accord avec le fait que les filles puissent aller à l’école. Ils ont évolué et sont plus forts pour résister. Mais ça ne veut pas forcément dire qu’ils seront ouverts pour négocier avec les Etats-Unis. Enfin, vous devez aussi tenir compte du fait que, désormais, le plus gros de la crise n’est plus en Afghanistan, mais au Pakistan.

Pourquoi la guerre afghane a-t-elle provoqué une telle crise au Pakistan ?

Comme je l’ai dit, la ligne de Durand tracée dans le territoire historique des Pachtounes est l’actuelle frontière séparant les deux pays. Ce qui veut dire que vous avez des Pachtounes des deux côtés de la frontière. Au Pakistan, ils sont le deuxième groupe ethnique après les Punjabis. C’est très important. Car l’élite pakistanaise, depuis l’indépendance du pays, a toujours soutenu l’impérialisme US. Vous pouvez travailler en tant qu’agent de votre patron quand vous accomplissez pour lui un boulot au loin, en Amérique du Sud ou en Afrique par exemple. Mais dans le cas de la guerre d’Afghanistan, c’est un suicide car les deux pays sont voisins et se partagent des groupes ethniques. 
Il y a des Talibans dans le Nord du Pakistan aussi. Chaque jour, ils attaquent et détruisent les ravitaillements des forces de la coalition supposés passer du Pakistan à l’Afghanistan par un endroit stratégique de la frontière. Pour résoudre ce problème, le gouvernement pakistanais, marionnette de Washington, autorise l’Otan à bombarder les Pachtounes sur son propre territoire. En conséquence, les Talibans pakistanais se sont développés et estiment maintenant que leur ennemi est au Pakistan. Ils ont déclaré vouloir marcher sur Islamabad.
C’est pourquoi la frontière entre les deux pays n’a plus de sens. Et le peuple pakistanais doit faire face à ce problème : où est la légitimité du gouvernement pakistanais s’il laisse l’OTAN bombarder ses propres civils ? Le peuple pakistanais a maintenant deux solutions : devenir nationaliste et refuser le diktat US ou continuer sur cette voie qui mène à la disparition de son pays.

Quelles pourraient être les conséquences de cette crise ?

La clé, c’est la stratégie des Etats-Unis pour bloquer la Chine. Quand le tsunami est survenu, Washington a envoyé une importante aide humanitaire en Indonésie. En profitant pour y construire une base militaire dans la province d’Aceh. Cette base fait face au détroit de Malacca et c’est par ce détroit que passe le pétrole provenant de l’Océan Indien et à destination de la Chine.

Aujourd’hui, les Etats-Unis sont installés à cet endroit stratégique. Au moindre problème avec la Chine, ils seront en mesure de fermer ce détroit et priver Pékin de son pétrole. Tenant compte de cette situation, le géant asiatique – qui a de plus en plus besoin de pétrole pour développer son pays – cherche d’autres voies d’acheminement. Une solution passe par la Birmanie, qui a des ressources et qui pourrait permettre un accès vers le Bangladesh.
Une autre possibilité, c’est le port de Gwandar, construit par la Chine au Baluchistan qui est la plus grande province du Pakistan : environ 48% de la superficie du pays. Mais c’est aussi la province la moins peuplée : 5% de la population totale. Cette province a d’importantes réserves de gaz et de pétrole. Pékin pourrait aussi construire un pipeline partant de l’Iran et passant par le Baluchistan avant de rejoindre la Chine occidentale. Mais les Etats-Unis veulent absolument empêcher cette province de passer dans la sphère d’influence chinoise. D’où leur soutien au mouvement séparatiste du Baluchistan, afin de prendre, eux, le contrôle du port de Gwandar.
Avec, d’un côté, le problème des Pachtounes, et, de l’autre côté, la possible sécession de sa plus grande province, le Pakistan risque une balkanisation : l’éclatement en une série de petits Etats. Aujourd’hui, le peuple pakistanais devient plus attentif. C’est à lui que revient le devoir de stopper ce désastre et de virer les Etats-Unis du Pakistan. Mais c’est aussi la responsabilité de tous les mouvements démocratiques révolutionnaires de la région. En effet, si le Pakistan connaît le même sort que la Yougoslavie, toute la région devra faire face à des très graves problèmes.

Mohamed Hassan recommande les lectures suivantes :

  • Ahmed Rashid, Taliban. Militant Islam, Oil and Fundamentalism in Central Asia, Yale University Press, 2001 (existe en français: Ahmed Rashid, L’ombre des Talibans, Autrement, 2001)
  • Antonio Giustozzi, War, Politics and Society in Afghanistan, 1978-1992, Georgetown University Press, 2000
  • Alfred W. McCoy, The Politics of Heroin in Southeast Asia. CIA complicity in the global drug trade, Harper & Row, 1972 (existe en français: Alfred W. McCoy, La politique de l’héroïne l’implication de la CIA dans le trafic de drogues, Ed. du Lézard, 1998)
  • Michel Collon, Media Lies and the Conquest of Kosovo, Unwritten History, 2007 (existe en français: Michel Collon, Monopoly, L’Otan à la conquête du monde, EPO, 2000)

Article de Michel Collon publié sur son site le 4 juin 2009

Hersh : c’est Cheney qui a fait assassiner Hariri et Bhutto (MIS A JOUR : Démenti de Hersh)

Dans un entretien à Al-Jazeera, le journaliste états-unien Seymour Hersh a révélé de nouvelles informations sur les activités secrètes du Joint Special Operation Command.

Cette unité, créée dans les années 80, a servi durant les deux mandats de George W. Bush à perpétrer plusieurs centaines d’assassinats politiques dans le monde sous l’autorité directe du vice-président Dick Cheney [voir la ReOpeNews à ce sujet].

Selon Hersh, elle aurait notamment exécuté deux alliés indociles des États-Unis : l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri (14 février 2005) —information déjà divulguée par notre confrère Wayne Madsen à Russia Today [et qui a fait l'objet d'une précédente ReOpenNews]—, et l’ancien Premier ministre pakistanais Benazir Bhutto (27 décembre 2007).

M. Hariri avait refusé de défendre les intérêts US dans son pays et Mme Bhutto avait révélé à la BBC [1] l’assassinat en 2001 d’Oussama Ben Laden par Omar Saeed Sheikh [2].

Par la suite, Dick Cheney a poursuivi sa politique en s’appuyant sur le propre fils de Rafic Hariri, Saad, et sur l’époux de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari, promu président du Pakistan.

Selon Hersh, ces assassinats ont été supervisés par le général Stanley A. McChrystal [3], que le président Barack Obama vient de nommer commandant en chef des troupes US et de l’OTAN (ISAF) en Afghanistan.

Seymour Hersh est un journaliste réputé. Récipiendaire du Prix Pulitzer, il écrit régulièrement dans le New Yorker. Son nom reste attaché aux révélations sur le massacre de My Lai (Vietnam, 1969), sur l’affaire Vanunu et la bombe atomique israélienne.
 

[1] Entretien accordé à David Frost, le 2 novembre 2007.
[2] Umar Saeed Sheikh est un agent double du MI6 britanniique et de l’ISI pakistanaise. Il est considéré comme l’assassin du journaliste Daniel Pearl.
[3] Officiellement, le général McChrystal était jusqu’ici chargé de la traque d’Oussama Ben Laden.

 
Publié sur le Réseau Voltaire le 20 mai 2009
 


UPDATE : Il semblerait que Hersh n’ait jamais déclaré que Cheney a donné l’ordre d’assassiner Bhutto. Il s’agit d’une fausse information que Hersh a lui même réfutée. Voici le rectificatif communiqué par le réseau Voltaire :

Le Réseau Voltaire a repris dans ses colonnes une information largement diffusée par les agences de presse en Asie et diffusée en Occident aussi bien par le Wall Street Journal que par The Economist.
Dans un message adressé à la direction de Gulf News, M. Hersh a déclaré ne jamais avoir tenu les propos qui lui ont été imputés selon lesquels l’assassinat de Benazir Bhutto aurait été commandité par le vice-président US Dick Cheney.
Nous retirons donc cette dépêche de notre site web et présentons nos excuses à nos lecteurs.

Non à la guerre en Afghanistan et au Pakistan

Le sommet américain avec l’Afghanistan et le Pakistan [du 6 mai 2009] à Washington marque le début d’une escalade des violences militaires dans les deux pays. Le but de la rencontre pour l’administration Obama est d’intimider ses laquais, le président afghan Hamid Karzaï et le président pakistanais Asif Ali Zardari, pour qu’ils obéissent davantage et d’élaborer une stratégie exhaustive de guerre dans le but de pacifier de larges régions de chaque côté de la frontière pakistano-afghane qui est présentement contrôlée par des rebelles islamistes.

L’importance de ce sommet trilatéral est soulignée par la présence de hauts représentants de l’armée américaine et de l’establishment du renseignement et de la politique étrangère, dont la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, le directeur de la CIA Leon Panetta, le chef du FBI Robert Mueller et le général américain du Commandement central David Petraeus, ainsi que leurs homologues de l’Afghanistan et du Pakistan. D’autres sommets trilatéraux sont prévus pour coordonner la guerre commune qui va inévitablement coûter la vie à de nombreuses autres personnes dans les deux pays.

Flanqué de Karzaï et Zardari, Obama a déclaré hier devant les médias que les Etats-Unis étaient du côté des peuples de l’Afghanistan et du Pakistan. De telles remarques doivent être rejetées avec le mépris qu’elles méritent. L’impérialisme américain intensifie ses guerres en Afghanistan et au Pakistan non pas pour « développer la sécurité, les opportunités et la justice » pour les populations locales, mais bien afin de servir l’objectif stratégique de Washington de dominer l’Asie centrale riche en énergie.

Sous les fortes pressions des Etats-Unis, l’armée pakistanaise mène actuellement une offensive dans le district de Buner impliquant 15 000 soldats qui sont appuyés par des hélicoptères et des avions de combat. L’opération, qui est applaudie à Washington, a déjà fait fuir de longues colonnes de réfugiés. Selon les officiels locaux, 40 000 personnes ont quitté la région et l’exode pourrait atteindre un demi-million de réfugiés. 

En Afghanistan, les frappes aériennes américaines plus tôt cette semaine qui ont tué jusqu’à 150 personnes dans le district de Bala Baluk ne sont que la dernière atrocité d’une guerre qui vise à terroriser le peuple afghan et réprimer toute opposition à l’occupation néocoloniale. Obama a à peine fait mention de l’incident, répétant comme à l’habitude que les Etats-Unis feraient « tout en leur possible » pour éviter les victimes civiles. Il a sinistrement mis en garde que les violences augmenteraient, mais que l’engagement des Etats-Unis « n’allait pas fléchir ».

Les présidents afghan et pakistanais ont tous deux juré fidélité à Washington et sa « guerre au terrorisme ». Bien qu’Obama parle d’eux en tant que « dirigeants élus démocratiquement », les Etats-Unis n’auraient pas de remords à les retirer du pouvoir, d’une manière ou d’une autre, s’ils ne suivaient pas les ordres. Dans les derniers mois, des officiels américains ont critiqué sévèrement Karzaï, qui fait face à une élection en août, pour son administration corrompue et inefficace ainsi que pour ses critiques de l’armée américaine et des victimes civiles tombées sous ses attaques.

De hauts représentants américains ont aussi averti Zardari quant à sa réticence à déclencher une guerre totale contre les guérillas talibanes. Le New York Times a cité anonymement un officiel de l’administration déclarant que la guerre au Pakistan allait dépendre de l’armée pakistanaise, « étant donné surtout le refus du pays, jusqu’à maintenant, de permettre l’entrée des troupes américaines ». Alors que l’armée américaine intensifie ses frappes de missiles en toute impunité, Washington fait clairement pression pour un rôle militaire beaucoup plus grand à l’intérieur du Pakistan.

Le même journal a publié une série d’articles sensationnalistes depuis quelques jours qui insistaient sur le danger que l’arsenal nucléaire pakistanais puisse tomber entre les mains d’extrémistes islamistes, le même prétexte utilisé par l’administration Bush pour réaliser son « changement de régime » en Irak. L’administration Obama considère évidemment plusieurs avenues pour remplacer Zardari si jamais ce dernier ne réalisait pas les promesses qu’il a faites à Washington.

Des éditoriaux parus hier dans le New York Times et le Wall Street Journal ont donné un soutien entier aux nouveaux plans de guerre d’Obama. Les deux journaux ont demandé au Congrès d’accéder rapidement à la requête d’Obama pour un financement supplémentaire de plusieurs milliards de dollars pour soutenir les armées et les gouvernements afghans et pakistanais. Le Wall Street Journal, en particulier, a demandé qu’aucune contrainte politique de la part du Congrès ne vienne « gommer les requêtes » ou restreindre la liberté d’action de l’armée américaine.

Ce consensus démontre que tout l’establishment politique américain, l’aile libérale représentée par les démocrates tout autant que sa contrepartie conservatrice représentée par les républicains, soutient la guerre d’Obama sur deux fronts. L’escalade des conflits en Afghanistan et au Pakistan montre que les critiques qu’ont faites Obama et des sections des médias au sujet de la guerre en Irak n’avaient qu’un caractère entièrement tactique. Obama a été choisi et amené à l’avant-scène dans les élections de l’an passé par des sections de l’élite dirigeante américaine qui considérait que l’Irak était une diversion désastreuse des objectifs et intérêts plus fondamentaux des Etats-Unis en Asie centrale.

Ayant gagné l’élection en faisant appel au sentiment largement répandu d’opposition à la guerre, Obama accomplit aujourd’hui la mission pour laquelle il a été choisi. Sous la supervision de membres clés de l’administration Bush (le secrétaire à la Défense Robert Gates et le général Petraeus), l’armée américaine prépare une importante offensive cet été en Afghanistan en doublant le nombre de ses soldats là-bas qui atteindra 68 000. Au même moment, le Pentagone a mis en place d’autres voies d’approvisionnement dans le cas où l’escalade de la guerre prévue dans le Pakistan voisin menacerait les voies d’approvisionnement actuellement utilisées et qui passent par les régions frontalières de ce pays.

Le Wall Street Journal conclut son éditorial en insistant auprès de l’administration Obama pour qu’elle clarifie que « l’implication des Etats-Unis à la sécurité dans cette région se prolongera longtemps », ajoutant : « Le plus grand danger est que les faibles institutions du Pakistan et ses dirigeants peu sûrs perdent leur désir de vaincre les islamistes. C’est ce qui a fait tomber le Shah d’Iran en 1979. Nous ne voulons pas que la même chose se reproduise à Islamabad. »

En fait, la dictature impitoyable d’Iran soutenue  par les Etats-Unis n’est pas tombée parce que le Shah a perdu son désir d’emprisonner et d’éliminer physiquement ses opposants, mais à cause d’un soulèvement populaire duquel les religieux islamiques ont réussi à prendre le contrôle. Il y a déjà des signes en Afghanistan et au Pakistan d’une vaste opposition politique et sociale aux Etats-Unis et à ses régimes marionnettes. L’avis que donne le Wall Street Journal à Obama est que les Etats-Unis doivent faire tout ce qui est nécessaire aussi longtemps qu’il le faut pour supprimer par la violence toute contestation à la domination économique et stratégique de la région par les Etats-Unis.

L’escalade de la guerre que prépare Obama ne pourra avoir qu’un effet profondément déstabilisateur sur toute la région et préparera des conflagrations militaires encore plus importantes et sanglantes [...].
 

Par Peter Symonds, le 9 mai 2009 pour WSWS.org
(Article original anglais paru le 7 mai 2009)

A propos de deux attaques

Avant même que ne disparaisse l’odeur de poudre brûlée de l’hôtel Taj Mahal à Mumbai (Bombay), les Etats-Unis donnaient déjà leurs instructions à l’Inde. Il ne fallait pas rater le coche et il fallait attaquer le Pakistan, pour la simple raison que la totalité des hommes armés des assauts terroristes survenus dans cette ville étaient apparemment venus par bateau du Pakistan voisin. Des responsables US, dont la ministre des Affaires Etrangères Condoleezza Rice, appellent l’Inde à s’engager à mener une enquête « transparente » et « approfondie » sur ces attaques afin de déterminer qui en étaient les responsables.

Quelle différence avec la réaction du gouvernement US américain aux attaques du 11-Septembre aux Etats-Unis !

Au lieu d’une enquête « transparente », nous avons eu droit à des séances secrètes des comités de renseignement au Congrès, des interviews de fonctionnaires aux postes clefs, du président Bush et du vice-président Cheney, réalisées à huis clos par la Commission sur le 11/9, et bien entendu, l’arrestation secrète de milliers de musulmans vivant aux Etats-Unis, dont beaucoup furent détenus des mois durant et tenus au secret sans chef d’accusation à leur encontre, parfois victimes de tortures et souvent déportés avec de fortes de chances d’être – à nouveau – arrêtés, torturés voire mis à mort.

Au lieu d’établir calmement ce qui s’était passé et qui étaient les responsables, l’administration Bush a regroupé des Saoudiens membres de la famille Ben Laden, et d’autres qui avaient des liens avec le régime d’Arabie Saoudite, pays d’où venaient la plupart de ceux qu’on a déclaré impliqués dans le détournement des quatre avions utilisés lors des attaques, et elle les a renvoyés chez eux par avion sans même essayer de les interroger.

Et puis, là aussi sur la base seulement d’un minimum de preuves, les Etats-Unis lancèrent dans les jours qui suivirent une guerre totale contre l’Afghanistan, dans le but de chasser et de détruire le gouvernement taliban. Peu après cette agression, l’administration Bush/Cheney déplaça son attention et lança une guerre totale encore plus grande contre l’Iraq, une nation qui n’avait pas le moindre rapport avec les attaques contre le Pentagone et le World Trade Center.

Voilà ce qui a tenu lieu de transparence et de réponse mesurée.

Nous avons là encore un exemple de la façon dont les Etats-Unis s’attendent à voir un certain type de comportement adopté chez les autres dans le reste du monde alors qu’ils en adoptent un autre pour eux-mêmes.

On dirait que nous, les US Américains, nous n’avons pas à agir de manière rationnelle, nous n’avons pas à prendre en ligne de compte les conséquences de nos actes, nous n’avons pas à obéir aux lois internationales, et nous n’avons pas à écouter les avis des autres. Si les Nations-Unies refusent de soutenir un de nos plans visant à attaquer et à renverser le gouvernement d’une nation souveraine, on aura qu’à le faire tous seuls. Mais les autres pays ne peuvent pas se permettre de se conduire de cette manière.

 

Il est une autre différence entre l’Inde et les Etats-Unis qui a émergé au travers de cette dernière atrocité. Après les attaques de Mumbai, le ministre indien de la sécurité a démissionné en reconnaissant que son ministère avait commis la faute de n’avoir pas détecté le risque d’une attaque qui était en préparation depuis six mois, et de n’avoir pas empêché des morts innombrables faute de préparation adéquate des forces de polices et des soldats en vue d’éventualités de ce type (la police et les soldats n’étaient pas munis des fusils pour snipers et à plan de visée optique qui leur auraient permis d’atteindre et de tuer certains des dix terroristes avec un minimum de risques pour leurs otages).

Personne n’a démissionné pour les multiples ratés qui ont conduit aux attaques du 11/9 et leur ont permis de se passer (certes, le directeur de la CIA George Tenet a reçu un poste moins important, mais seulement après avoir réçu les éloges du président Bush et avoir reçu une Médaille Présidentielle de la Liberté !). Personne n’a démissionné pour les ratés du renseignement, personne n’a démissionné pour les ratés de la défense aérienne, personne n’a démissionné pour les ratés de l’enquête, personne n’a démissionné pour les mensonges qui ont servi de base à l’attaque contre l’Afghanistan et à la guerre contre l’Irak. En fait, aucune responsabilité n’a été reconnue aux Etats-Unis pour la plus grande catastrophe qui a touché la sécurité du pays depuis Pearl Harbor. Alors qu’en Inde, il n’a fallu que quelques jours avant que le principal responsable de la sécurité au gouvernement ne démissionne de son poste après avoir été en disgrâce aux yeux du public.

Espérons que des esprits plus sensés l’emporteront quand il sera question de traiter avec le Pakistan, au fur et à mesure que l’histoire de cette dernière action terroriste sera dévoilée.

Et espérons que les US Américains demanderont à ce que l’on rende honnêtement des comptes sur ce qui s’est passé le 11 septembre 2001 et que ceux qui sont coupables d’avoir permis à ces événements de se produire et d’avoir envoyé leur pays à l’aventure dans un jihad au Moyen-Orient, à la fois inutile, sanglant et apparemment au bout du compte sans fin, seront dénoncés et forcés de payer pour leur incompétence et leurs crimes.

A cet égard, les medias privés établis nous aideraient bien en adoptant pour le 11-9 la même approche sceptique et curieuse de tout savoir qu’ils semblent avoir adoptée sur la tragédie indienne. Au lendemain des attaques de Mumbai, des journalistes célèbres mettent ouvertement en doute les sources gouvernementales et les experts en terrorisme quant à savoir qui était derrière les assaillants, jusqu’au point de laisser penser, comme l’a fait mardi Brian Jenkins de la Rand Corporation sur NPR (NdT : une radio publique), qu’il n’est pas inenvisageable d’imaginer que le gouvernement pakistanais les ait orchestrées (bien qu’il pensât que cela était l’explication la moins probable), ou que des « éléments voyous » des services secrets pakistanais aient pu être derrière celles-ci.

Quand on en arrive au 11-9, de telles hypothèses ne sont pas admises dans nos médias établis, malgré des faits avérés qu’il y ait eu, au moins, quelques connaissances préalables sur cette attaque, à la fois au sein de la communauté du renseignement US américaine et au sein du Mossad israélien (quelques jours avant les attaques, quelqu’un a misé de l’argent contre les actions des deux compagnies aériennes touchées par les détournements, et contre celles de deux grandes banques d’investissements dont les bureaux étaient dans les tours, et ce via la banque d’investissement Alex Brown dont le PDG est récemment devenu le n°3 de la CIA ; et des individus qui observaient les attaques en les filmant furent arrêtés par les policiers de New Jersey et plus tard libérés, sur intervention du ministère des Affaires Etrangères, après avoir été identifiés comme étant des agents du Mossad).  

 

Par Dave Lindorff, le 2 décembre 2008

Article original : http://www.thiscantbehappening.net/?q=node/239 (Les deux derniers paragraphes étant absent de : http://www.counterpunch.org/lindorff12022008.html)      

Traduction par Sacha Sher.

 

DAVE LINDORFF est un journaliste et chroniqueur basé à Philadelphie. Son dernier livre est Plaidoyer en faveur d’un impeachment (St. Martin’s Press, 2006, maintenant disponible en édition de poche). Son travail peut être lu sur www.thiscantbehappening.net. Il avait découvert que les boîtes noires des avions écrasés à New York avaient bien été retrouvées contrairement aux affirmations officielles. Journaliste d’investigation depuis 34 ans, c’est un chroniqueur régulier pour CounterPunch, et il écrit aussi fréquemment pour Extra! et Salon magazine, ainsi que pour Businessweek, The Nation et Treasury&Risk Magazine. Avant cela, il a écrit notamment pour Rolling Stone, Mother Jones, Village Voice, Forbes, The London Observer et le journal australien National Times. C’est également un artiste : http://www.myspace.com/davelindorff.

 

Le 11 Septembre indien : qui était derrière les attaques de Mumbai?

Washington encourage les divisions politiques entre l’Inde et le Pakistan

Les attaques terroristes de Mumbai faisaient partie d’une opération planifiée et coordonnée habilement, impliquant plusieurs équipes d’hommes armés entraînés et expérimentés.

L’empreinte de cette opération est celle du renseignement paramilitaire. Selon un expert russe du contre-terrorisme, les terroristes de Mumbai « ont utilisé les mêmes tactiques que les militants tchéchènes employaient dans les attaques au Nord-Caucase, où des villes entières étaient terrorisées, où des maisons et des hôpitaux étaient pris d’assaut. (Russia Today, 27 novembre 2008). 

On a décrit les attaques de Mumbai comme étant « le 11 Septembre indien ».

Celles-ci ont été perpétrées simultanément à plusieurs endroits, à quelques minutes d’intervalles.

La première cible était l’entrée principale de la gare de Mumbai, Chatrapati Shivaji Terminus, (CST), où les tireurs ont ouvert le feu sans distinction dans la foule de passagers. Les tireurs «sont ensuite sortis en courant de la station et sont entrés dans les édifices avoisinants, dont l’Hôpital Cama ».

Taj Mahal Hotel

Des groupes de tireurs distincts ont attaqué deux hôtels luxueux de Mumbai, le Oberoi-Trident et le Taj Mahal Palace, situés au coeur d’une aire touristique, à proximité de la Porte de l’Inde. 

Les tireurs ont également ouvert le feu au Café Leopold, un restaurant branché de la zone touristique. La troisième cible était la Maison Nariman , un centre d’affaires hébergeant Chabad Lubavitch, le Centre juif de Mumbai. Six otages ont été tués, dont le rabbin et sa femme.

L’aéroport des vols domestiques de Santa Cruz, le multiplexe Metro Adlabs et le port de Mazgaon ont aussi été ciblés.

« Les attentats se sont produits aux endroits les plus achalandés. En plus des hôtels et des hôpitaux, les terroristes ont frappé aux gares, au Marché Crawford, à Wadi Bunder et sur l’autoroute Western Express, près de l’aéroport. Sept endroits ont été attaqués avec des armes automatiques et des grenades. » (Times of India, 26 novembre 2008)

 

Les troupes indiennes ont encerclé les hôtels. Des commandos des Forces spéciales indiennes ont été envoyés dans les deux hôtels afin de confronter les terroristes. Des témoins affirment que les tireurs séparaient les personnes détenant un passeport américain ou britannique.

 
Vendredi, les membres des forces de sécurité indiennes se sont placés en position de tir
entre les camions de pompiers et les ambulances sur le terrain de l’hôtel Taj.
(Ruth Fremson, The New York Times)

Selon les comptes-rendus, il y aurait plus de 150 victimes. La plupart étaient des Indiens et beaucoup d’entre eux ont été tués dans l’attaque du terminus du chemin de fer Chhatrapati Shivaji.

Au moins 22 étrangers ont été tués dans les attentats, ainsi que quatorze policiers, incluant le chef de l’escouade anti-terroriste.

Qui était derrière ces attaques?

Un groupe pratiquement inconnu nommé « Moudjahidin du Deccan » a revendiqué les attentats. Le Deccan fait référence à un plateau de l’Inde centrale et méridionale situé principalement dans l’État d’Andhra Pradesh. Ce groupe inconnu est déjà catégorisé comme appartenant au réseau terroriste Al Quaeda, sans preuves à l’appui.

Les rapports de police confirment que neuf des « présumés agresseurs » ont été arrêtés et, selon des sources policières non confirmées, trois agresseurs ont avoué appartenir à Lashkar-e-Taiba [Lashkar-e-Tayyiba], une organisation séparatiste pakistano-cashemirie soutenue clandestinement par le Service de renseignement militaire pakistanais (ISI). Toujours selon les reportages, au moins une des personnes arrêtées est un citoyen britannique d’origine pakistanaise.

D’une même voix, les médias occidentaux et indiens pointent du doigt le Pakistan et son soutien présumé aux organisations terroristes islamiques :

« Les gourous de la stratégie et les analystes de la sécurité des États-Unis et d’ailleurs dans le monde examinent le rôle du Pakistan dans le terrorisme à la suite d’un autre épisode de terreur en Inde, et finissent par pointer du doigt son voisin, fortement vilipendé.

En raison du leurre des « Moudjahidin du Deccan » utilisé pour revendiquer les attentats, les reportages initiaux en provenance de l’Inde suggéraient que le carnage de Mumbai était une attaque localisée de militants mécontents. Mais les preuves citées par l’armée indienne et les experts en sécurité, basées sur des interceptions d’appels, sur la nature des armes, sur la manière d’entrer par la mer, etc., ont rapidement dirigé l’attention sur le Pakistan. » (Times of India, 27 novembre 2008)

Les médias américains se sont concentrés sur les liens entre les attaques de Mumbai et les « groupes terroristes renaissants [qui] jouissent de refuges dans les zones tribales du Pakistan, comme de la protection ou du soutien présumés de la part de membres du renseignement pakistanais. » (Washington Post, 28 novembre 2008) 

« Le choc des civilisations »

En Europe et en Amérique du Nord, les attaques de Mumbai par des fondamentalistes islamiques sont perçues comme un pan du « choc des civilisations ». « L’Islam militant est impliqué dans une guerre contre la civilisation. »

La perte dramatique de vies humaines résultant des attaques a contribué de façon immuable à renforcer le sentiment anti-musulman à travers le monde occidental.

Les grandes lignes des attaques terroristes de Mumbai en Inde deviennent évidentes. Les terroristes ont ciblé l’Inde, les États-Unis, la Grande-Bretagne et le peuple juif. (Market Watch, 28 novembre 2008)

D’après les médias, l’ennemi est al Qaïda, « l’ennemi extérieur » illusoire, dont les bases opérationnelles sont situées dans les zones tribales et dans la province frontalière du nord-ouest du Pakistan. Le mandat sacré autoproclamé de Washington dans la « guerre mondiale au terrorisme » est de débusquer ben Laden et d’extirper le fondamentalisme islamique.

Par conséquent, le droit des États-Unis d’intervenir militairement au Pakistan, en violation de la souveraineté pakistanaise, est soutenu. Le bombardement de villages dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan relève d’une « tentative humanitaire », en réaction aux pertes de vies dues aux attentats de Mumbai. :

« Avant ces horribles raids, les nouvelles d’Asie du Sud étaient encourageantes. Le problème central demeure la pacification de l’Afghanistan, où les États-Unis et d’autres forces de l’OTAN luttent pour réprimer les talibans et des membres d’al Qaïda » (Washington Post, 28 novembre 2008)

« Toutefois, Washington désire la coopération de l’armée pakistanaise dans la lutte au terrorisme. Ces dernières semaines, des officiers américains en Afghanistan signalaient de meilleurs résultats, attribuant aux Pakistanais le mérite d’avoir pris l’offensive contre les talibans sur le territoire pakistanais. »

Désinformation médiatique

Les réseaux de télévision américains ont abondamment couvert les événements dramatiques de Mumbai. Les attaques ont servi à déclencher une atmosphère de peur et d’intimidation à travers les États-Unis.

On dit de ces attentats qu’ils sont intimement liés au 11 septembre. Les communiqués officiels américains et les reportages des médias ont décrit les attaques de Mumbai comme le segment d’un processus plus large, incluant la possibilité d’une attaque terroriste en sol américain commanditée par al Qaïda.

Pendant la campagne électorale, le vice-président élu, Joe Biden, avait mis les États-Unis en garde en prévoyant que « ceux qui […] nous ont attaqués le 11 septembre, se sont regroupés dans les montagnes entre l’Afghanistan et le Pakistan et planifient de nouvelles attaques ». (Souligné par l’auteur.)

Ce sont les mêmes personnes qui étaient derrière les attaques de Mumbai.

Ce sont aussi les mêmes personnes qui planifient des attaques aux États-Unis. 

Immédiatement après les attentats de Mumbai, le maire de New York, Michael Bloomberg, a mis le métro de la ville en « alerte élevée », sur la base « d’un rapport non corroboré de terrorisme potentiel ici à New York. Ce rapport a amené le Service de police de la ville de New York à prendre des mesures préventives afin de protéger notre réseau de transport et nous ferons toujours le nécessaire pour que notre ville demeure en sécurité », affirmait M. Bloomberg dans un communiqué. (McClatchy-Tribune Business News, 28 novembre 2008, souligné par l’auteur.)

Étonnamment, un jour avant les attentats de Mumbai, « le FBI et le Département de la sécurité intérieure (Homeland Security, DHS) avaientt prévenu qu’il existait une menace, possible mais non corroborée, d’al Qaïda contre le réseau de transport de New York ». (Ibid)

« Au moment où les attentats de Mumbai étaient perpétrés, les autorités américaines signalaient qu’Al Quaeda avait possiblement discuté d’attaquer le métro de New York. Un avertissement vague, certes. " Nous n’avons pas de détails spécifiques confirmant que ce complot excède la simple planification, mais nous donnons cet avertissement puisque nous sommes inquiets qu’une telle attaque puisse être perpétrée pendant la prochaine période des fêtes ", affirmait le FBI et le . Département de la sécurité intérieure » (Chicago Tribune, 29 novembre 2008)

Le renseignement pakistanais est le cheval de Troie des États-Unis

En chœur, les médias pointent du doigt l’implication du Services de renseignement pakistanais, l’Inter Services Intelligence (ISI), sans mentionner que l’ISI opère invariablement en étroite collaboration avec la CIA. 

Les médias américains servent indéfectiblement les intérêts de l’appareil de renseignement des États-Unis. Voici ce que ces médias biaisés insinuent :

  1. Les terroristes sont liés à Al Qaeda. Les attentats de Mumbai sont une opération « financée par un État » impliquant l’ISI pakistanais.
  2. Les tireurs de Mumbai sont liés aux groupes terroristes situés dans les zones tribales et la province frontalière du nord-ouest du Pakistan.
  3. Le bombardement continu des zones tribales par les Forces aériennes américaines, violant la souveraineté pakistanaise, est par conséquent justifié comme partie intégrante de la « guerre mondiale au terrorisme ».

L’ISI constitue le cheval de Troie des États-Unis, un mandataire de facto de la CIA. Depuis le début des années 1980, le renseignement pakistanais travaille en étroite collaboration avec ses équivalents américains et britanniques.

Si l’ISI devait être impliqué dans une opération clandestine de grande envergure contre l’Inde, la CIA aurait été préalablement avisée de la nature et du moment précis de l’opération. L’ISI n’agit pas sans le consentement de son équivalent américain.

De plus, le renseignement américain est connu pour avoir soutenu Al Qaeda dès le début de la guerre soviéto-afghane et tout au long de l’ère post-guerre froide. (Pour plus de détails, voir Michel Chossudovsky,Al Qaeda and the War on Terrorism, Global Research, 20 janvier 2008.) 

Les camps d’entraînement de la guérilla financés par la CIA ont été établis au Pakistan pour entraîner les Moudjahidin. Le renseignement américain a historiquement soutenu al Qaïda en utilisant l’ISI du Pakistan comme intermédiaire.

« Avec le soutien de la CIA et l’acheminement massif de fonds par l’armée américaine, l’ISI pakistanais s’est développé en une structure parallèle exerçant un pouvoir énorme sur tous les aspects du gouvernement » (Dipankar Banerjee, "Possible Connection of ISI With Drug Industry", India Abroad, 2 décembre 1994.)

Dans la foulée des attentats du 11 septembre, l’ISI pakistanais a joué un rôle clé dans l’invasion de l’Afghanistan en octobre 2001, en étroite collaboration avec le haut commandement militaire de l’OTAN et des États-Unis. Ironiquement, en octobre 2001, les reportages, autant de la presse indienne qu’américaine, citant des sources du FBI et du renseignement ont suggéré que l’ISI fournissait du soutien aux présumés terroristes du 11 septembre. (Voir Michel Chossudovsky, Cover-up or Complicity of the Bush Administration, The Role of Pakistan’s Military Intelligence (ISI) in the September 11 Attacks, Global Research, 2 november 2001)

L’espion en chef du Pakistan nommé par la CIA

Historiquement, la CIA a joué un rôle officieux dans la nomination du directeur de l’ISI.

En septembre, Washington a fait pression sur Islamabad, en utilisant la « guerre au terrorisme » comme prétexte pour congédier le chef de l’ISI, le lieutenant général Nadeem Taj.

« On croit que Washington exerce une pression intense sur le Pakistan pour qu’il congédie le chef de l’ISI, Nadeem Taj, ainsi que deux de ses députés en raison du double jeu de l’agence clé avec les militants. (Daily Times, 30 septembre 30 2008)

Le président Asif Ali Zardari a assisté à des réunions à New York à la fin septembre avec le directeur de la CIA, Michael Hayden. (The Australian, 29 septembre 2008) À peine quelques jours plus tard, un nouveau lieutenant général approuvé par les États-Unis était nommé par le chef de l’armée au nom de Washington, le général Kayani. 


Lt. général Ahmed Shuja Pasha

À cet égard, la pression exercée par l’administration Bush a contribué à bloquer une initiative parlementaire menée par le gouvernement PPP visant à mettre les services de renseignement du pays (ISI) sous autorité civile, notamment sous la juridiction du ministre de l’Intérieur. 

En d’autres mots, Washington exerce plus de contrôle sur l’ISI que le gouvernement dûment élu du Pakistan.


Lt. gén. Ahmed Shuja Pasha (à droite) aux côtés du gén. Ashfaq Kayani
sur le USS Abraham Lincoln discutant avec Michael Mullen, chef d’État-major des armées.
 

Les États-Unis violent la souveraineté territoriale du Pakistan.

Les États-Unis violent actuellement la souveraineté territoriale du Pakistan en bombardant régulièrement des villages des zones tribales et de la province frontalière du Nord-Ouest. La « guerre au terrorisme » sert de  prétexte à ces opérations. Alors que le gouvernement pakistanais a « officiellement » accusé les États-Unis d’effectuer des bombardements aériens sur son territoire, l’armée pakistanaise (incluant l’ISI) a « officieusement » endossé ces attaques aériennes.

À cet égard, la nomination opportune du lieutenant général Ahmed Shuja Pasha à la tête de l’ISI était voulue pour assurer la continuité des opérations de « contre-terrorisme » américaines au Pakistan. Avant sa nomination, le lieutenant général Ahmed Shuja Pasha, en étroite collaboration avec les États-Unis et l’OTAN, était responsable des attaques ciblées de l’armée pakistanaise, apparemment contre les talibans et Al Quaeda dans les régions tribales (Federally Administered Tribal Areas, FATA) et la province frontalière du Nord-Ouest (PFNO). 

 

Dès sa nomination, le lieutenant général Ahmed Shuja Pasha a profondément remanié l’ISI, remplaçant plusieurs de ses commandants régionaux. (Daily Times, 30 septembre 2008). À la fin octobre, il était à Washington, aux quartiers généraux de la CIA à Langley et au Pentagone, afin de rencontrer ses homologues américains de l’armée et du renseignement :

« Le Pakistan se plaint publiquement des attaques aériennes américaines. Mais le nouveau directeur du renseignement, le lieutenant général Ahmed Shuja Pasha, était à Washington la semaine dernière en compagnie de militaires et d’espions de haut rang, et tout le monde semble être parti en souriant. » (David Ignatieff, A Quiet Deal With Pakistan, Washington Post, 4 novembre 2008, souligné par l’auteur)

Le moment choisi pour les attaques de Mumbai.

Les attaques aériennes sur les zones tribales, dont découlent d’innombrables morts de civils, ont créé une vague de sentiment anti-américain à travers le Pakistan. De la même manière, dans les mois précédent les attentats de Mumbai, ce sentiment anti-américain a aussi servi à promouvoir une nouvelle atmosphère de coopération entre l’Inde et le Pakistan.

Alors que les relations entre les États-Unis et le Pakistan sont à leur plus bas, les gouvernements d’Islamabad et de New Delhi ont fait des efforts significatifs dans les derniers mois pour promouvoir les relations bilatérales.

À peine une semaine avant les attaques, le président du Pakistan Asif Ali Zardari « a incité à ouvrir un débat publique sur la question du Cachemire en Inde et au Pakistan, et à laisser la population décider de l’avenir du Cachemire indien (IHK) ».

Il a également demandé « d’amener les relations bilatérales à un autre niveau », et de forger une union économique entre les deux pays.

Diviser et régner

Quels intérêts sont servis par ces attaques?

Washington est résolu à utiliser les attentats de Mumbai pour :

  1. Encourager les divisions entre le Pakistan et l’Inde et faire dérailler le processus de coopération bilatéral entre les deux pays;
  2. Promouvoir des divisions sociales, ethniques et sectaires à la fois en Inde et au Pakistan;
  3. Justifier l’action militaire américaine au Pakistan, incluant le meurtre de civils, en violant la souveraineté territoriale du pays;
  4. Fournir une justification à l’extension de la « guerre au terrorisme » américaine dans le sous-continent indien et en Asie du Sud-Est.

En 2006, le Pentagone avait prévenu qu’une « autre attaque terroriste considérable de type 11 Septembre pourrait provoquer à la fois la justification et l’opportunité qui manquent actuellement pour réagir contre certaines cibles connues » (Fuite d’un communiqué d’un officiel du Pentagone remis au Washington Post, 23 avril 2006). Dans le contexte actuel, les attaques de Mumbai sont considérées comme « une justification » pour traquer des « cibles connues » dans les zones tribales du nord-ouest du Pakistan.

Le premier ministre indien, Manmohan Singh a affirmé que des « forces externes » ont perpétré les attentats, faisant allusion au rôle possible du Pakistan. Les reportages médiatiques pointent aussi dans cette direction, en laissant entendre que le gouvernement pakistanais était derrière ces attaques :

Des officiels et législateurs américains se sont abstenus de nommer le Pakistan, mais leur condamnation du « terrorisme islamique » laissait peut de doute quant à leurs inquiétudes.

C’est la propre évaluation de l’administration Bush – coulée dans les médias – qui a donné de la force aux dernières accusations contre Islamabad. Selon cette évaluation, l’agence de renseignement pakistanaise ISI était liée aux attentats à la bombe de l’ambassade indienne à Kaboul quelques semaines auparavant, attentats qui ont fait près de 60 morts, dont un diplomate indien très admiré ainsi qu’un officiel senior respecté de la défense. (Times of India, 27 novembre 2008) 

Les attaques ont provoqué un sentiment anti-pakistanais en Inde

Les attaques ont servi à promouvoir un sentiment anti-pakistanais en Inde, ainsi que des divisions sectaires entre les musulmans et les hindous.

Le Time Magazine a visé, en des termes non équivoques, le rôle insidieux « de la puissante organisation ISI, souvent accusée d’orchestrer des attaques terroristes en Inde », sans reconnaître que le nouveau chef de l’ISI a été nommé sur ordre de Washington. (Time online)

Le reportage du Time suggère, sans preuves, que les architectes des attaques sont vraisemblablement des groupes islamiques financés par le Pakistan, dont Lashkar-e-Taiba (Armée des purs), qui fait partie du réseau al Qaïda, Jaish-e-Mohammed, une organisation séparatiste cachemirie appartenant à Al Qaeda, ayant revendiqué les attentats terroristes de décembre 2001 au Parlement de l’Union à Delhi, ainsi que le Mouvement des étudiants islamiques d’Inde. (Ibid)

Lashkar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammed sont reconnus comme étant soutenus par l’ISI.

Démarches diplomatiques entre Islamabad et Delhi

Le président pakistanais Asif Ali Zardari a signalé que son gouvernement collaborerait entièrement avec les autorités indiennes.

Le nouveau gouvernement du Pakistan a été contourné par ses propres services de renseignement, qui demeurent sous la juridiction du haut commandement militaire.

Le gouvernement du Parti du peuple pakistanais, mené par le premier ministre Yousaf Raza Gilani, n’a aucun contrôle sur l’appareil militaire, ni sur l’appareil de renseignement, qui continuent à entretenir des rapports étroits avec leurs équivalents américains. À plusieurs égards, le gouvernement civil du Pakistan ne contrôle pas sa politique étrangère. L’armée pakistanaise et sa puissante aile de renseignement mènent la barque.

Dans ce contexte, le président Asif Ali Zardari semble jouer des deux côtés : collusion avec l’appareil de l’armée et du renseignement, dialogue avec Washington et faux-semblant avec le premier ministre Gilani et l’Assemblée nationale.

Le 28 novembre, deux jours après les attentats de Mumbai, Islamabad annonçait que le nouveau chef de l’ISI, le lieutenant général Ahmed Shuja Pasha, serait envoyé à Delhi pour des consultations avec ses homologues indiens, dont le conseiller à la Sécurité nationale M K Narayanan, ainsi que les dirigeants de l’agence de renseignement extérieur, la Research and Analysis Wing (RAW), et du Intelligence Bureau, responsable du renseignement intérieur. La RAW et l’ISI pakistanais sont connus pour s’être fait la guerre clandestinement durant plus de 30 ans.

Le jour suivant (29 novembre) Islamabad a annulé la visite du lieutenant général Shuja Pasha en Inde à la suite « du ton très agressif du ministre des Affaires étrangères indien, Pranab Mukherjee, envers les officiels pakistanais [lors d’une] conversation téléphone après les attentats de Mumbai ». (Press Trust of India, 29 novembre 2008, citant Geo News Pakistan). 

Situation tendue : les relations indo-pakistanaises se détériorent

Les attaques de Mumbai ont déjà créé une situation extrêmement tendue, qui sert largement les intérêts géopolitiques américains dans cette région. 

Islamabad envisage de relocaliser quelque 100 000 militaires de la frontière afghane à la frontière indienne, « s’il y a escalade des tensions avec l’Inde, ce qui sous-entendait l’implication d’éléments pakistanais dans le carnage de Mumbai ». (Source d’information pakistanaise citée par PTI op. cit.)

« Ces sources ont affirmé qu’on a dit à l’OTAN et au commandement américain que le Pakistan ne pourrait pas se concentrer sur la guerre au terrorisme et s’attaquer aux militants autour de la frontière afghane, puisque la défense de ses frontières avec l’Inde s’avérait beaucoup plus importante. » (Ibid, Geo News citant le journaliste senior pakistanais Hamid Mir.) 

Ingérence américaine dans la conduite de l’enquête policière indienne

L’ingérence totale de Washington dans la conduite de l’enquête policière indienne est également significative. Le Times of India révèle « une coopération sans précédent du renseignement impliquant des agences d’enquête et des groupes d’espions de l’Inde, des États-Unis du Royaume-Uni et d’Israël. »

Le FBI et les Services secrets britanniques, MI6, ont des bureaux de liaison à Delhi. Le FBI a envoyé des policiers, des officiers du contre-terrorisme et des médecins légistes à Mumbai « afin d’enquêter sur les attaques qui ont fait des victimes américaines […]. Des experts de la Police métropolitaine de Londres ont aussi été dépêchés à Mumbai :

« "L’hypothèse" du gouvernement américain voulant que les groupes militants Lashkar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammed soient des suspects des attentats a retardé l’enquête qu’avaient entreprises les autorités pakistanaises, a affirmé l’officiel. Les deux groupes militants cachemiris ont des liens avec al Qaïda. » (Wall Street Journal, 28 novembre 2008)

Le rôle du contre-terrorisme américain, britannique et israélien et des officiels de la police consiste essentiellement à manipuler les résultats de l’enquête de la police indienne.  

Un fait mérite toutefois d’être mentionné, notamment que le gouvernement de Delhi a refusé la requête d’Israël d’envoyer une unité des forces spéciales de l’armée pour assister les commandos indiens dans la libération d’otages juifs à l’intérieur du Cha,bad Jewish Center de Mumbai. (PTI, 28 novembre 2008.) 

Bali 2002 comparé à Mumbai 2008

Les attaques terroristes de Mumbai ressemblent à certains égards aux attaques de Bali de 2002. Dans les deux cas, des touristes occidentaux étaient ciblés. Le centre de villégiature de Kuta, sur l’île de Bali en Indonésie, a fait l’objet de deux attaques distinctes, ciblant principalement des touristes australiens. (Ibid)

Il y a quelques semaines, le 9 novembre 2008, les présumés terroristes des attentats à la bombe de Bali en 2002 ont été exécutés à la suite d’un long procès. (Michel Chossudovsky, Miscarriage of Justice: Who was behind the October 2002 Bali bombings? Global Research, 13 novembre 2008). Les architectes politiques des attentats de Bali n’ont jamais été traduits en justice.

Un rapport de novembre 2002 émanant des hauts gradés indonésiens, révélait l’implication du chef du renseignement indonésien, le général General A. M. Hendropriyono et de la CIA. Les liens entre Jemaah Islamiyah (JI) et l’agence de renseignement indonésienne (BIN) n’ont jamais été soulevés dans l’enquête officielle du gouvernement indonésien, enquête menée dans les coulisses par le renseignement australien et la CIA. De plus, peu après les attentas, le premier ministre australien, John Howard, « a admis que les autorités australiennes avaient été avisées de possibles attaques à Bali, mais qu’elles avaient décidé de ne pas sonner l’alerte  ». (Christchurch Press, 22 novembre 2002).

En ce qui concerne les attentats de Bali de 2002, les témoignages de deux anciens présidents indonésiens, qui signalaient la complicité de l’armée et de la police indonésiennes, ont simplement été écartés dans les procédures judiciaires. En 2002 le président Megawati Sukarnoputri a accusé les États-Unis d’être impliqués dans les attaques. En 2005, dans une entrevue avec la chaîne australienne SBS TV, l’ancien président Wahid Abdurrahman affirmait que l’armée et la police indonésiennes avaient joué un rôle dans les attentats de Bali de 2002. (Cité dans Miscarriage of Justice: Who was behind the October 2002 Bali bombings?, op cit)

Note

1. Dans les derniers mois, le chef du renseignement extérieur (RAW), Ashok Chaturvedi, est devenu une cible politique. Le premier ministre Manmohan Singh est résolu à le congédier et à le remplacer par une personne plus acceptable. On ignore si Chaturvedi participera à l’enquête de la police et du renseignement.

Par Michel Chossudovsky, le 20 décembre 2008
Article original en anglais,
India’s 9/11. Who was Behind the Mumbai Attacks? publié le 30 novembre 2008.
Traduit par Julie Lévesque pour
Mondialisation.ca.

« L’homme le plus dangereux»  du monde, Bombay et le 11-Septembre

Hamid Gul a fait un passage remarqué sur la chaîne d’information américaine CNN dimanche dernier. Digne de Jean-Marie Bigard. Mais cette fois-ci, aucun écho dans les médias français. Il faut dire qu’Hamid Gul n’est pas humoriste ; il est seulement l’ancien chef des tout-puissants services secrets pakistanais, l’ISI.


Le général Hamid GUL

Interview exceptionnelle, dimanche 7 décembre, sur CNN. Fareed Zakaria reçoit l’ancien directeur de l’ISI Hamid Gul. L’homme a dirigé les services secrets militaires pakistanais entre 1987 et 1989. Il a collaboré avec la CIA dans la lutte contre les Soviétiques en Afghanistan. Depuis la fin des années 80, sa relation aux Etats-Unis a sensiblement évolué…

Interrogé sur les récents attentats de Bombay, mais aussi sur ceux du 11-Septembre, Hamid Gul affirme qu’il s’agit, dans les deux cas, de "complots intérieurs". Les "sionistes" et les "néoconservateurs" sont, d’après lui, les planificateurs des attentats de New York et Washington. Si les opinions du général Gul sur le 11-Septembre étaient connues depuis longtemps, il les a réaffirmées ce week-end publiquement, dans un contexte très particulier.

Contexte de l’interview. Dans l’enquête sur les attentats de Bombay du 26 novembre 2008, c’est la piste du Lashkar-e-Taiba qui est privilégiée par le renseignement indien. Ce groupe terroriste a entretenu, on le sait, des relations très étroites avec l’ISI, qui se trouve, par conséquent, également soupçonné.

Concernant Hamid Gul plus précisément : selon un membre important du gouvernement pakistanais, témoignant sous couvert d’anonymat, l’Inde chercherait à le faire arrêter en raison de ses liens avec le Lashkar. L’ancien chef de l’ISI ne serait certes pas impliqué dans les attentats de Bombay, mais aurait néanmoins joué un rôle de "proche conseiller" dans de nombreuses attaques récentes ; il est, par ailleurs, considéré comme le "parrain" d’une certaine politique pakistanaise consistant à utiliser des groupes comme le Lashkar pour combattre les Indiens au Cachemire.

Les Etats-Unis ont, de leur côté, transmis au conseil de sécurité des Nations Unies quatre noms d’anciens hauts officiers de l’ISI, qu’ils souhaiteraient voir placer sur une liste de terroristes internationaux : parmi eux, le général Hamid Gul. En cause, ses liens avec Al-Qaïda et les Taliban, et surtout l’aide qu’il leur aurait apportée. Les trois autres noms seraient : Javed Nasir, Zahirul Islam Abbasi et Aslam Beg. Par ailleurs, Khalid Khawaja a déclaré qu’il suspectait les Américains de vouloir le rajouter à leur liste ; Khawaja est, selon Roland Jacquard et Atmane Tazaghart, le membre de l’ISI qui avait manipulé Richard Reid, cet Anglais qui avait essayé de faire exploser l’avion du vol Paris-Miami le 22 décembre 2001 à l’aide d’explosifs cachés dans ses chaussures.

Mercredi 10 décembre, le Pakistan a bloqué la résolution américaine à l’ONU, et fait savoir que "si des sanctions doivent être prises à l’encontre de Gul, ce sera sous les lois pakistanaises". Gul, pour sa part, a demandé au gouvernement pakistanais de prendre sa défense.

Venons-en à l’interview.

Et si c’était… ? Hamid Gul nie d’emblée avoir jamais soutenu logistiquement Al-Qaïda et les Taliban, même s’il dit soutenir moralement toutes les résistances à l’invasion américaine de l’Afghanistan, qu’il qualifie d’"agression". Interrogé ensuite sur les attentats de Bombay et leur organisation apparemment militaire, qui suggère, selon Fareed Zakaria, l’appui de forces spéciales ou de services de renseignement, Gul affirme qu’il pourrait s’agir d’un "inside job", une opération menée à partir de l’Inde.

Pour justifier son idée, il se base sur un précédent : l’attentat contre le Samjhauta Express, le "train de l’amitié" reliant Delhi à Lahore, au Pakistan, et qui avait fait 68 morts le 18 février 2007. D’abord imputé à des militants islamistes et à l’ISI, il avait ensuite été suggéré, début novembre 2008, que ses véritables auteurs étaient des extrémistes hindous appuyés par un officier de l’armée indienne, le lieutenant-colonel Shrikant Purohit. C’est Hemant Karkare, le chef de l’ATS (Brigade antiterroriste de la police de Bombay), tué dans l’attaque du 26 novembre, qui avait soulevé cette piste. Karkare avait aussi mis en cause Purohit dans d’autres attentats anti-musulmans, notamment ceux de Malegaon en septembre 2006, qui avaient aussi dans un premier temps été imputés à des groupes comme le Lashkar.

Infiltré. L’arrestation, samedi 6 décembre, de Mukhtar Ahmed, ravive chez certains l’idée que l’opération de Bombay n’a pu réussir sans complicités au sein de l’appareil d’Etat indien. Mukhtar Ahmed, "l’un des deux Indiens arrêtés pour avoir illégalement acheté des cartes SIM (pour téléphones portables) utilisées par les assaillants dans les attentats de Mumbai (ex-Bombay)", est en effet "un policier du contre-espionnage qui pourrait avoir été en mission secrète, selon des responsables de la sécurité". Selon la BBC, "sa mission était de procurer des cartes SIM aux combattants du Lashkar-e-Taiba et de transmettre les numéros à la police de sorte que les appels en provenance de ces numéros puissent être surveillés par le renseignement". Time ne voit dans cette affaire qu’un signe supplémentaire de la défaillance du système de renseignement indien. Bakchich, sans supposer l’intervention de barbouzes indiens, note cependant que "si l’on admet que le Lashkar-e Taiba a organisé l’opération, il n’a pu le faire qu’avec des complicités locales à tous les niveaux – par exemple organiser ce type d’opération à Mumbai exige la collaboration de la mafia – et également avec l’aide d’un ou de plusieurs groupes indiens."

Le rôle exact du policier indien dans les attentats de Bombay reste à déterminer. Son infiltration au sein du Lashkar n’a, quant à elle, pas à nous étonner. Le procédé est classique. Al-Qaïda, avant le 11-Septembre, était également infiltrée, selon Mohamed Hassanein Heikal, ancien ministre des Affaires étrangères égyptien, par les services secrets américains, pakistanais, saoudiens et égyptiens. C’est un de ces agents infiltrés, le Marocain Hassan Dabou, qui avait d’ailleurs alerté les autorités marocaines et américaines qu’Oussama Ben Laden préparait "des opérations de grande envergure à New York dans l’été ou l’automne 2001" : "les deux tours du World Trade Center" devaient être attaquées, selon lui, "à l’aide d’une voiture bourrée de 6 tonnes d’explosifs".

Gul, bis repetita. Venons-en justement, à présent, aux déclarations de Gul au sujet du 11-Septembre. Exprimées une première fois dimanche 7 décembre sur CNN, elles l’ont été de nouveau le lendemain, et même approfondies, au micro du journaliste et activiste Alex Jones, connu pour ses convictions sur le 11-Septembre ; pour lui, il s’agit d’un "inside job".

Hamid Gul accuse les "sionistes" et les "néocons" d’être à l’origine des attentats. L’accusation est ancienne. La première fois que Gul l’a formulée, c’était dès le lendemain des attaques, alors que Ground Zero fumait encore. A l’époque, l’ancien chef de l’ISI était plus explicite : dans un entretien à United Press International, le 26 septembre 2001, il accusait sans détour le Mossad israélien d’être le principal instigateur des attentats.

Diversion ? Dans La Face cachée du 11-Septembre (éd. Plon, Pocket, 2004, p. 218), Eric Laurent note que Gul "fut le premier, dix jours après le 11 septembre, à évoquer publiquement la thèse d’un complot entre le Mossad et la CIA". Le grand reporter ne semble pas faire grande confiance à sa parole. Ainsi rajoute-t-il : "Le Pakistan et ses dirigeants sont des maîtres de l’ambiguïté. Les propos de Gul sur le 11 septembre visaient sans doute à détourner l’attention des révélations sur les liens entre Mohamed Atta et son protecteur, le général Mahmood". En effet, quelques jours seulement après les déclarations de Gul, était révélé dans la presse le transfert d’argent qu’aurait ordonné le chef de l’ISI Mahmood Ahmed en direction du chef des kamikazes Mohammed Atta. Au même moment, Ahmed quittait la tête de l’ISI sous la pression américaine, probablement suite à ces révélations.

Au terme du très long entretien qu’il a accordé à Alex Jones, Hamid Gul eut à répondre justement au sujet de cette supposée implication du chef de l’ISI. Gul répondit que ce n’était là que désinformation, précisant même qu’Ahmed était son ami, qu’il l’avait récemment rencontré à Lahore, et qu’il avait catégoriquement démenti cet acte qu’on lui prête. Toute autre réponse aurait indéniablement surpris.

Ripostes. Pure diversion ou non, les sorties d’Hamid Gul coïncident toujours, dans le cas du 11-Septembre comme dans celui des attentats de Bombay, avec des attaques dont lui-même ou l’ISI font l’objet. Ce sont des ripostes. Des contre-attaques. Cette guerre de l’information se fait étonnamment, notons-le, dans une grande discrétion : le grand public n’a jamais entendu parler des opinions d’Hamid Gul sur le 11-Septembre, pas plus que des résultats de l’enquête indienne, confirmés par le FBI, qui "mouillaient" le chef de l’ISI. Ces résultats ont été écartés du rapport de la Commission d’enquête.

Hamid Gul, s’il n’a pas été personnellement mis en cause au lendemain des attentats du 11-Septembre, comme ce fut le cas de Mahmood Ahmed, l’a néanmoins été quelques années plus tard, au travers d’un document saisissant reçu par la Commission d’enquête… la veille de la publication de son rapport le 22 juillet 2004… et qui, de ce fait, n’a pas pu être pris en compte. Ce document, qui émanait d’une source haut placée au Pakistan restée anonyme, indiquait que "l’ISI était pleinement impliquée dans la conception et le soutien de toute l’affaire" du 11-Septembre, et aussi que l’ancien chef de l’ISI Hamid Gul était un acteur central du complot. Un ancien leader politique pakistanais y déclarait : "J’ai des raisons de penser qu’Hamid Gul était le cerveau d’Oussama Ben Laden". Le document précisait que Gul était considéré par la CIA comme "l’homme le plus dangereux" du Pakistan. Lorsqu’on se souvient que Thomas Kean, le président de la Commission d’enquête sur le 11-Septembre, avait qualifié le Pakistan de "pays le plus dangereux du monde", on n’est pas loin de conclure, par syllogisme, que Gul est pour les Américains l’homme le plus dangereux du monde.

Preuves ? Mais quels sont donc ses arguments pour défendre la thèse du complot "américano-sioniste" ? Pas de scoop en la matière ; ce sont ceux qu’ont déjà fait connaître les membres du "Mouvement pour la vérité" : extrême et anormale lenteur de la réaction de l’US Air Force le jour des attaques, improbable manoeuvre d’exception réalisée par le piètre pilote présumé Hani Hanjour pour venir frapper le Pentagone, etc.

Les raisons qu’auraient eu les néoconservateurs pour mener ces attentats ? Profiter d’un moment très particulier dans l’histoire post guerre froide, où la Chine et la Russie ne sont pas encore devenues ou redevenues les grandes puissances qu’elles seront bientôt, pour s’implanter militairement dans des zones stratégiques, le Moyen-Orient et, de plus en plus, l’Asie centrale et le bassin de la Caspienne, et contrôler les robinets d’hydrocarbures de la planète… tout cela sous le prétexte de la "guerre au terrorisme".

Les arguments donnés par Gul ne prouvent évidemment rien. Ils soulèvent néanmoins de vraies questions. Quant aux motifs invoqués, ils ne prouvent rien non plus, si ce n’est que les Etats-Unis de George W. Bush et Dick Cheney ont profité de la tragédie du 11-Septembre pour mettre en oeuvre le plan de domination mondiale du PNAC (le groupe de réflexion néoconservateur Projet pour le Nouveau Siècle américain) ; cela, tout le monde peut l’admettre (c’est la "stratégie du choc" de Naomi Klein), mais ne prouve pas pour autant que les profiteurs (les plus visibles) sont les organisateurs.

Gul doute, KSM avoue. D’ailleurs, Gul rejette-t-il toute implication d’Al-Qaïda ? Selon lui, les preuves n’ont pas été apportées, et l’affaire du 11-Septembre demeure "enveloppée de mystère". Gul, incontestablement, met le doigt sur certaines failles de l’histoire officielle, les preuves de la culpabilité de Ben Laden n’ayant jamais été clairement montrées, bien que promises. Notons cependant que sur CNN, Gul reprend à son compte l’idée que le complot a été organisé en partie en Allemagne, faisant ainsi implictement référence à la cellule terroriste de Mohammed Atta à Hambourg… ce qui le ramène à la piste Al-Qaïda…

Coïncidence : tandis qu’Hamid Gul doute encore de la responsabilité d’Al-Qaïda, l’ancien numéro 3 de l’organisation terroriste et "cerveau" présumé du 11-Septembre, Khaled Sheikh Mohammed (KSM), s’apprête à passer aux aveux à Guantanamo. Lui et deux de ses co-accusés, ont en effet décidé, lundi dernier, de plaider coupable. Les deux autres accusés, qui souhaitent aussi plaider coupable pour, dit-on, mourir avec leurs "frères", devront au préalable subir un examen psychiatrique.

Certains s’interrogent sur la valeur de ces aveux, dont on se demande s’ils n’ont pas été extirpés sous la torture, le chef de la CIA, Michael Hayden, ayant reconnu que KSM avait été soumis à la pratique du waterboarding, une simulation de noyade. Remarquons tout de même que KSM, ainsi que Ramzi bin al-Shaibah, l’un des accusés de Guantanamo, avaient revendiqué l’organisation du 11-Septembre lors d’une interview accordée à Al-Jazeera en août 2002 (quelques mois avant leur arrestation), et reproduite dans El Mundo et le Guardian, le 9 septembre 2002. Apparemment ce n’était pas là sous la torture. Les deux hommes avaient présenté le 11-Septembre comme la réplique raffinée de l’opération Bojinka. L’authenticité de cette interview a-t-elle été mise en doute ?

Si Al-Qaïda n’était nullement impliqué, comme le suggère Hamid Gul, il serait également difficile de rendre compte des avertissements, très nombreux et d’origines fort variées, reçus par le renseignement américain dans les mois précédant le 11-Septembre, et qui concernaient tous un énorme attentat à venir d’Al-Qaïda sur le sol américain (impliquant des avions).

Un allié ? Si Hamid Gul peut séduire certains "chercheurs de vérité" (auxquels il fait d’ailleurs un petit clin d’oeil sur CNN… avant de se faire inviter chez Alex Jones), car il pointe assurément certaines zones d’ombre de l’enquête, il ne faut néanmoins pas se méprendre : la vision qu’il propose ne colle pas avec l’ensemble des éléments dont nous disposons à l’heure actuelle ; rien n’indique, par exemple, une implication du Mossad (seulement une possible anticipation de l’événement). La désinformation existe sans doute de tous les côtés dans cette affaire, et Hamid Gul n’y échappe pas. Son discours doit être soumis à un examen critique. Aucun discours politique n’est neutre, encore moins généreux envers le public ; il répond à des intérêts, à une stratégie qu’on n’expose pas au grand jour.

Le dessein politique d’Hamid Gul n’est pas le nôtre : au cours de son interview à UPI en septembre 2001, il se déclarait opposé à la démocratie, et appelait de ses voeux un "système étatique post-moderne", qui serait "un village global soumis à la loi divine". Son refus affiché du capitalisme inégalitaire pourrait l’apparenter, de loin, à notre Besancenot national… d’autant qu’il propose de le remplacer par un islam "égalitaire", "tolérant" et "progressiste". Seulement voilà, son modèle, ce sont les Taliban : "Ils représentent l’islam dans sa forme la plus pure", nous dit-il. "Jusqu’au 11-Septembre, ils avaient un ordre public parfait…" Destructeurs des bouddhas millénaires du Bamyian, misogynes et obscurantistes patentés… Ceux qui nous les proposent en modèles sont, au moins, à considérer avec prudence.

Accepter l’obscurité. Pour finir, j’aimerais citer Mariam Abou Zahab, qui écrivait dans Bakchich au sujet des attentats de Bombay : "Accuser le Pakistan et désigner le Lashkar-e Taiba comme unique responsable permet aux autorités indiennes d’occulter bien des aspects d’une réalité qui, comme tous les observateurs avertis de l’Asie du Sud le savent, est toujours beaucoup plus complexe qu’on ne l’imagine a priori." La même remarque vaut pour les attentats du 11-Septembre (en remplaçant "Pakistan" par "Afghanistan", "Lashkar-e-Taiba" par "Al-Qaïda", "autorités indiennes" par "autorités américaines", et "Asie du Sud" par "Moyen-Orient"). Fuir les visions simplistes. Toujours. La vérité ne se donne pas… et ne sort probablement pas, cristalline, de la bouche d’Hamid Gul.

Par Taïké Eilée pour Agoravox, le 12 décembre 2008

Le face-à-face tendu entre l’Inde et le Pakistan se poursuit

L’administration Bush est en train d’exercer de très fortes pressions sur le Pakistan lui demandant d’agir contre les groupes islamistes censés être responsables des récents attentats terroristes à Bombay. Le soutien apporté par Washington à New Delhi, au lieu d’apaiser les tensions entre l’Inde et le Pakistan, menace de déstabiliser plus encore ce dernier et de déclencher une confrontation entre deux puissances rivales dans cette région.

La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice qui s’est rendue à New delhi puis à Islamabad la semaine dernière, dit à ABC News hier que le Pakistan devait respecter les engagements qu’il avait pris d’« éradiquer le terrorisme et les terroristes ». Elle dit qu’elle avait rejeté les arguments selon lesquels des « acteurs non étatiques » avaient commis les attentats de Bombay et qu’elle ne les considérait « pas comme acceptables », disant à des responsables pakistanais que les attentats relevaient « quand même de leur responsbilité ».

Rice souligna que maintenant « était un moment où le Pakistan devait agir. Il doit agir de concert avec l’Inde, avec les Etats-Unis ». Quand on lui demanda si l’Inde avait le droit de recourir à l’action militaire, elle dit qu’elle comprenait la colère et la frustration de l’Inde, ajoutant : « Mais dans ce cas, il y a des actions que l’Inde pourrait prendre et qui rendrait la situation pire. Et nous n’avons pas besoin d’une crise en Asie méridionale ».

Un article paru dans le journal Pakistanais Dawn samedi déclarait que Rice avait menacé le Pakistan de représailles internationales au cas où celui-ci n’agirait pas. On dit que durant une réunion comprenant le premier ministre, le président et le chef d’état-major du Pakistan, la secrétaire d’Etat avait « poussé les dirigeants pakistanais à s’occuper de ceux qui avaient commis l’attentat, sinon les Etats-Unis allaient agir ». Elle souligna « l’urgence qu’il y avait à aller au fond des choses » et le besoin d’une réponse « efficace et concentrée ».

Dans un article qui fit plus tard l’objet d’un démenti de la part de responsables américains et pakistanais, le Washington Post citait un haut responsable pakistanais qui avait accepté une limite de 48 heures, exigée par l’Inde et les Etats-Unis, pour formuler un plan d’action contre le groupe séparatiste cachemirien Lashkar-e-Taiba accusé d’avoir commis les attentats de Bombay. Ce haut responsable dit que Rice avait elle aussi insisté pour que soient arrêtés au moins trois Pakistanais censés être impliqués dans les attentats.

Il est clair que Washington utilise la menace d’une intervention militaire indienne et d’actions punitives americaines non déterminées pour forcer le gouvernement pakistanais à se plier aux exigences indiennes et américaines. L’Inde exploite pour sa part les atrocités de Bombay afin de pousser le Pakistan à agir contre les groupes islamistes et séparatistes cachemiriens qui opèrent à partir de camps situés au Cachemire pakistanais. Durant les deux dernières décennies, l’armée indienne a mené une guerre de contre insurrection souvent brutale contre les activistes cachemiriens opposés à une présence indienne au Cachemire.  

Quant aux Etats-Unis, il est certain qu’ils veulent éviter une « crise » qui impliquerait deux puissances nucléaires et qui menacerait d’une manière ou d’une autre leurs intérêts économiques et stratégiques dans la région et qui minerait en particulier les efforts faits pour stabiliser leur occupation de l’Afghanistan. Il n’y a pas de doute que Rice a saisi cette occasion pour insister que l’armée pakistanaise renforce ses opérations contre l’insurrection anti-américaine active le long de la frontière avec l’Afghanistan. Les Etats-Unis veulent éviter que des troupes pakistanaises ne soient déplacées de la frontière afghane vers la frontière indienne en réponse à une menace militaire venant de l’Inde. 

Des articles parus le week-end dernier et disant que l’aviation pakistanaise avait été mise en alerte maximum 24 heures durant à la suite d’un coup de téléphone menaçant adressé au président pakistanais, Asif Ali Zardari, le 28 novembre montre à quel point les relations entre New-Delhi et Islamabad sont tendues. Le journal Dawn a rapporté samedi que l’appel téléphonique de quelqu’un disant représenter le ministre des Affaires étrangères indien, Pranab Mukherjee, a produit une série de réunions de crise à Islamabad et une menace de déployer des troupes sur la frontière indienne.

Cette conversation téléphonique, que les deux camps ont depuis reconnu être un leurre, a elle-même déclenché un barrage d’accusations et de contre-accusations. Mukherjee a nié avoir tenu cette conversation et il a écarté les affirmations pakistanaises selon lesquelles l’appel venait du ministère des Affaires étrangères indien. Les responsables indiens ont accusé les services du renseignement pakistanais (Inter-Service Intelligence Agency – ISI) d’être à l’origine de l’appel dans le but de détourner l’attention des attentats de Bombay. Qui est responsable de cet appel n’est pas clair, mais on ne peut exclure la participation d’éléments durs de l’appareil d’Etat – en Inde ou au Pakistan – dans l’intention de provoquer un conflit militaire. 

Le danger d’un conflit entre l’Inde et le Pakistan est loin d’être passé. Le gouvernment indien, qui fait face à des élections l’an prochain subit la pression de partis et de groupes extrémistes Hindous qui lui demandent de riposter. Les responsables indiens affirment avoir indentifié les activistes du groupe Lashkar-e-Taiba comme ceux qui ont préparé les attaques de Bombay et d’avoir la preuve que l’ISI y est impliqué. New Delhi a déjà suspendu les pourparlers avec Islamabad et n’a pas exclu des frappes militaires contre des « camps d’entrainement terroristes ».

Le journal pakistanais Daily Times rapporta hier les commentaires du sénateur americain John McCain qui fait partie d’une délégation du Sénat américain ayant rencontré les dirigeants pakistanais vendredi. McCain, qui était à New Delhi il y a quelques jours, dit au journal que si le Pakistan n’agissait pas et vite, l’Inde allait mener des attaques aériennes à l’intérieur du Pakistan. « Le gouvernement démocratique de l’Inde est sous pression et si le Pakistan manquait à agir contre les terroristes ce serait une question de jours avant qu’il fasse usage de la force après la fourniture des preuves au Pakistan », dit-il.

Un article sur le site internet d’Asia Times citait samedi un haut responsable du ministère de l’Intérieur indien disant qu’une décision avait été prise au plus haut niveau et que l’Inde se préoccuperait directement d’« annihiler » une partie de l’infrastructure et du personnel terroriste basé au Pakistan. Ce responsable fit allusion à des frappes couvertes utilisant des unités d’élite appuyées par les agences du renseignement pour essayer d’empêcher des représailles pakistanaises et une guerre ouverte. Les opérations seraient étendues, couvrant non seulement le Cachemire pakistanais, mais aussi la région frontalière de la province du Punjab et prévoiraient une surveillance de la côte pakistanaise.

Le cours ultérieur des événements n’est pas clair. Quand on lui demanda comment les Etats-Unis allaient réagir à des frappes indiennes au Pakistan, McCain dit au Daily Times que Washington ne serait pas en mesure de faire grand-chose. Faisant allusion à l’invasion américaine de l’Afghanistan à la suite des attentats du 11-Septembre, il dit : « Nous ne pouvons pas dire à l’Inde de ne pas agir alors que c’est ce que nous avons fait ». Tandis que McCain ne parle pas pour l’administration Bush, il se fait sans aucun doute l’écho des sentiments qui règnent à la Maison-Blanche, ce qui à son tour ne fait qu’encourager l’Inde à prendre une attitude plus belliqueuse.

Après une attaque de séparatistes cachemiriens contre le parlement indien en décembre 2001, l’Inde avait déployé jusqu’à un demi-million de soldats fortement armés sur la frontière pakistanaise. Cela avait mené le sous-continent indien au bord de ce qui aurait été la quatrième guerre indo-pakistanaise depuis 1947. Un article de l’édition d’hier du journal Hindu remarquait que les troupes indiennes n’avaient plus besoin de procéder à une mobilisation au grand jour et fort coûteuse. A la suite de la confrontation de 2001-2002, l’armée indienne a adopté la nouvelle doctrine du « départ à froid » pour réagir plus rapidement et sans avertissement.  

La pression américaine sur le Pakistan pourrait facilement s’avérer contre-productive. Il y a déjà une hostilité et une colère largement partagées dans la population pakistanaise sur les occupations de l’Irak et de l’Afghanistan et renforcées par les frappes américaines répétées dans les régions tribales frontalières du Pakistan. Après des décennies de tensions avec l’Inde, nombreux sont ceux qui sont très méfiants vis-à-vis du barrage d’affirmations produit par l’Inde à la suite des derniers attentats. Forcer le gouvernement pakistanais à se plier aux exigences indiennes et américaines ne fera que miner plus encore le soutien fragile au gouvernement et qu’ouvrir une crise politique.   

Pendant plus de soixante ans depuis l’indépendance, l’establishment politique de l’Inde et du Pakistan ont eu recours de façon répétée au communautarisme et au militarisme pour détourner l’attention de leur incapacité à résoudre les profonds problèmes sociaux et économiques auxquels est confrontée la grande majorité de la population dans les deux pays. Dans la présente crise économique mondiale, les deux gouvernements exploitent cette situation tendue dans le même but. Loin d’apaiser les tensions, l’intervention de Washington ne fait que renforcer le danger d’un nouveau conflit militaire. 

Par Peter Symonds pour WSWS.org, le 15 décembre 2008

Bombay : les services pakistanais sous le feu des projecteurs

Alors que la Secrétaire d’État américaine Condoleeza Rice, en visite aujourd’hui même à New Delhi après les attaques de Mumbai, affirme que "les attaques de Mumbai portent la marque d’Al-Qaïda", il nous parait essentiel de faire le point sur ces événements. Comme vous pourrez le lire dans ce papier de Taike Eilée paru hier (2 décembre 2008) sur le site d’AgoraVox, les similitudes avec les attentats du 11 septembre 2001 sont tout à fait troublantes. Après de tels événements, la première question à se poser est toujours : "À qui profite le crime ?".


par Taiké Eilée pour AgoraVox, le 2 décembre 2008

Les attentats de Bombay auraient été commis par un groupe islamiste en provenance du Pakistan. On soupçonne un appui des services secrets militaires pakistanais. Ce n’est pas le moindre des rapprochements que l’on peut faire avec les attentats du 11-Septembre.

Le 11-Septembre indien : c’est ainsi qu’ont été largement qualifiés dans la presse mondiale les attentats de Bombay du 26 novembre 2008. Selon Times Now, le seul des dix terroristes capturé vivant, un jeune homme de 21 ans nommé Azam Amir Kasav, a déclaré lui-même aux enquêteurs que le but de l’opération était de détruire les hôtels Taj Mahal et Trident-Oberoi, sur le modèle des destructions du 11-Septembre à New York. Il s’agissait de réduire en poussière les symboles de la puissance économique indienne, à la manière dont avaient été pulvérisées les tours du World Trade Center. Les terroristes avaient-ils apporté suffisamment d’explosifs pour parvenir à leurs fins ? Les avis divergent à ce sujet (oui pour le Washington Times, non pour The Hindu). Le ministre indien de l’Intérieur, Shivraj Patil, a déclaré samedi que les terroristes avaient planifié de tuer quelque 5.000 personnes. A ce jour, le bilan s’élève à 172 morts.

Symboles. Le parallèle entre les attentats de New York et ceux de Bombay est tentant : dans Le Figaro du 29 novembre, Pierre Rousselin écrit que "c’est parce qu’on l’appelle « la New York de l’Inde » que Bombay a été visée par les terribles attentats de mercredi soir." Dans les deux cas, ce sont en effet les symboles de la puissance financière des deux pays (les deux plus grandes démocraties du monde) qui ont été visés.

Attaques synchronisées. Une dizaine d’objectifs étaient ciblés à Bombay (hôtels, gare, etc.), quatre aux Etats-Unis en 2001 ; une douzaine étaient déjà envisagés dans l’opération Bojinka, ébauche du 11-Septembre, déjouée in extremis à Manille, aux Philippines, en 1995 (Le Figaro, Die Welt, CNN). En 2008 comme en 2001, nous avons affaire à des attaques multiples soigneusement coordonnées. Le mode opératoire fait spontanément penser à Al-Qaïda : "Les multiples attaques simultanées d’hôtels et d’autres lieux fréquentés par des étrangers, principalement des Américains, des Britanniques, des Français et des Israéliens, portent la marque d’al-Qaida, écrit Pierre Rousselin. On ignore qui a commandité le carnage, mais les cibles choisies et la façon d’opérer prouvent que l’organisation terroriste internationale a au moins inspiré les auteurs du massacre." Même si Al-Qaïda ne semble plus, à l’heure qu’il est, responsable de ces attentats, leurs auteurs se seraient inspirés de leur modus operandi, quitte à s’octroyer quelques libertés, à se permettre des innovations.

Spectaculaire. Comme en 2001, il s’agissait de mener l’action la plus spectaculaire possible : "La tactique des terroristes, de même que le choix des cibles, luxueuses et fréquentées par des étrangers, révèle (…) une volonté de donner un caractère spectaculaire à leurs attentats", écrit Isabelle Lasserre dans Le Figaro. "Les groupes de Bombay cherchaient avant tout à faire entendre leur cause, soutient Dominique Thomas, spécialiste d’Al-Qaïda à l’École des hautes études en sciences sociales. Le fait de cibler des Occidentaux leur donne une grande visibilité médiatique. S’ils avaient agi de manière plus classique, en ciblant uniquement des Indiens, on n’en aurait presque pas parlé." Signalons cependant que, selon Rattan Keswani, le président de l’hôtel Trident-Oberoi, les terroristes n’auraient pas, contrairement à ce qui a été dit, "sélectionné" et "retenu à part" les personnes possédant un passeport américain ou britannique.

Avertissements. Comme les autorités américaines avant le 11-Septembre, celles d’Inde avaient reçu des avertissements qui n’ont pas suffi à empêcher les attentats : "Selon certaines sources, rapporte France24, les services de renseignement indiens auraient fait circuler, la semaine dernière, un rapport confidentiel concernant un projet d’attentat qui devait être lancé par la mer." Une différence de taille tout de même : alors qu’aucun dirigeant américain n’a démissionné suite aux attaques sur New York et Washington, les démissions se succèdent en Inde dimanche 30 novembre, avec celles du ministre de l’Intérieur, Shivraj Patil, et du conseiller à la sécurité nationale, M. K. Narayanan (le Condoleezza Rice indien).

Missions de reconnaissance. Ouest-France rapporte que "huit des extrémistes islamistes s’étaient infiltrés dans la ville un mois plus tôt. Les militants islamistes, se faisant passer pour des étudiants, ont mené "des missions de reconnaissance en prélude aux attaques" (…). D’autres militants auraient également stocké des armes et des munitions, notamment dans un des hôtels de luxe ciblés par les attaques. Cette première équipe a été rejointe mercredi soir par un second groupe qui est arrivé à Bombay par la mer…" C’est, à une échelle plus réduite, ce qui s’est produit pour le 11-Septembre. Une première vague de terroristes s’était introduite aux Etats-Unis plus d’un an avant les attentats, avant d’être rejointe, bien plus tard, par la seconde. Des missions de reconnaissance avaient également eu lieu, notamment auprès de "bâtiments fédéraux à New York", comme le précisait le PDB du 6 août 2001, transmis par la CIA à George W. Bush. Il semble même que les terroristes soient venus repérer le World Trade Center : William Rodriguez, qui y était gardien, rapporte en effet avoir aperçu en juin 2001 Mohand Alshehri, futur kamikaze sur le vol 175, qui frappera la Tour Sud. Alsheri lui aurait demandé combien il y avait de toilettes au niveau du hall.

Héros. On peut aussi relever la disparition, dans les attentats de 2001 et 2008, de deux figures majeures de l’anti-terrorisme : côté américain, John O’Neill, chef du contre-terrorisme au FBI, et, côté indien, Hemant Karkare, chef de la police anti-terroriste de Bombay, tué lors des fusillades. Tandis que John O’Neill avait démissionné de son poste, le 22 août 2001, pour protester contre les obstructions répétées à ses enquêtes sur Ben Laden venant de la Maison Blanche (avant d’être nommé chef de la sécurité du World Trade Center, où il trouva la mort), Hemant Karkare "travaillait ces derniers temps sous la pression des partis conservateurs hindous, en raison des enquêtes qu’il menait contre une cellule terroriste hindoue, suspectée d’être impliquée dans des explosions ayant frappé, en 2006, une petite ville, Malegaon, située non loin de Bombay."

Plus ou moins anecdotiques, ces ressemblances sont frappantes.

Les terroristes. A la différence de 2001, ce n’est pas Al-Qaïda qui semble avoir exécuté l’opération, mais le groupe du Lashkar-e-Taiba, "l’Armée des Purs" (qui appartient néanmoins à sa "nébuleuse"), l’un des mouvements islamistes clandestins pakistanais qui luttent contre l’« occupation » indienne du Cachemire et les persécutions qu’y subirait la minorité musulmane. Le seul terroriste rescapé de Bombay, Ajmal Amir Kamal (ou Azam Amir Kasav), aurait lui-même indiqué aux enquêteurs que les assaillants étaient tous des Pakistanais entraînés par le Lashkar-e-Taiba. "Savez-vous combien de personnes ont été tuées au Cachemire ?", avait d’ailleurs demandé l’un des assaillants, peu avant de mourir, à une chaîne de télévision qui l’avait contacté par téléphone alors qu’il occupait un centre religieux juif.

Comme le rappelle La Croix, "l’Inde tenait déjà le Lashkar pour responsable de nombreux attentats perpétrés sur son sol. La liste est longue : attentats à la bombe à New Delhi en octobre 2005 (62 morts), à Varanasi (Bénarès) en mars 2006 (21 morts), ou encore à Bombay en juillet 2006 (186 morts) et en août 2003 (55 morts). À cela s’ajoute l’audacieuse attaque du Parlement à New Delhi, perpétrée en décembre 2001 par un groupe d’hommes armés. L’incident avait poussé l’Inde et le Pakistan vers les prémices d’une quatrième guerre fratricide, les deux pays massant alors près d’un million de soldats le long de leur frontière commune." Interdit au Pakistan en 2002 sous la pression des Etats-Unis, le Lashkar est réapparu sous le nom du Jamaat-ud-Dawa. Ce groupe a nié toute implication dans les attentats de Bombay.

Le soutien de l’ISI. Les islamistes du Jaish e-Mohammed sont également soupçonnés. Mais quel que soit le responsable exact, tous ces groupes terroristes ont la particularité d’être fortement appuyés par les services secrets militaires pakistanais, l’Inter Service Intelligence (ISI). Longtemps, c’est l’ISI qui a géré leurs camps d’entraînement en Afghanistan, qu’ils partageaient d’ailleurs avec Al-Qaïda. "Tout comme Al Qaïda, le L-e-T puise son inspiration chez les wahabbites, une secte radicale apparue dans la péninsule arabique, indique L’Express. Bien organisé et bien financé, le L-e-T est l’une des organisations qui ont été les plus manipulées par l’ISI par le passé, selon certains spécialistes des questions de sécurité". D’ailleurs, "si le LeT est impliqué, alors les services pakistanais le sont aussi", affirme sans hésiter Ajai Sahni, expert en terrorisme à l’Institut pour la gestion des conflits de New Delhi.

Quelle que soit aujourd’hui la volonté du nouveau président pakistanais, Ali Asif Zardari, qui semble vouloir rompre avec la duplicité de son prédécesseur Pervez Musharraf et qui oeuvre en faveur d’un rapprochement avec l’Inde, des soutiens aux groupes terroristes existent toujours au sein des services militaires, qui constituent au Pakistan un "Etat dans l’Etat". "Tels des mini-féodalités, il y a des acteurs qui défient l’Etat et menacent les décisions du gouvernement", écrivait vendredi, le chroniqueur Aneela Babar dans le quotidien pakistanais Dawn.

Cachemire : la clé. "Islamabad parviendra-t-il à purger ces "mini-féodalités" ?, se demande Frédéric Bobin dans Le Monde. C’est tout l’enjeu de la lutte contre le terrorisme régional, mais aussi international, qui prend sa source dans les eaux troubles du Pakistan". Et d’expliquer le noeud géopolitique du problème : "La grande difficulté pour les nouveaux dirigeants pakistanais est de redéfinir la doctrine stratégique qui a historiquement tissé la connexion entre l’ISI et les groupes islamistes. Au cœur de cette vision des intérêts supérieurs de l’Etat pakistanais, il y a l’idée que l’Afghanistan doit être "finlandisé" pour offrir une "profondeur stratégique" en cas de conflit avec l’Inde. La fabrication du mouvement des talibans – des Pachtounes chargés d’arrimer Kaboul dans l’orbite pakistanaise – a obéi à cet impératif".

La solution ne peut passer que par un apaisement des relations indo-pakistanaises, et la résolution du conflit au Cachemire : "Résolu à recentrer le combat antiterroriste sur l’Afghanistan, et non plus sur l’Irak, Barack Obama a compris qu’il n’y parviendrait pas sans désamorcer parallèlement l’inquiétude stratégique pakistanaise. En d’autres termes, il faut réconcilier l’Inde et le Pakistan, en réglant par exemple la question du Cachemire, pour en finir avec la politique afghane d’Islamabad et son cortège de groupes islamistes supplétifs, ceux-là mêmes qui cherchent ensuite à "sanctuariser" les zones tribales pachtounes. Ce basculement, voulu par M. Obama, est un défi lancé à ces groupes. Les inspirateurs de l’assaut de Bombay, en réveillant l’animosité entre l’Inde et le Pakistan, pourraient chercher à saboter ce nouveau cours".

Coïncidence. Dimanche 23 novembre, trois jours à peine avant les attentats, le gouvernement du premier ministre Yousuf Raza Gilani avait annoncé le démantèlement de la "branche politique" de l’ISI. En clair, les services secrets militaires pakistanais devenaient officiellement interdits d’ingérence dans la vie politique intérieure. Jusqu’ici habitués à faire et défaire les gouvernements, à pourchasser les opposants et truquer les élections, ils devront désormais cantonner leur action à la lutte anti-terroriste et aux périls extérieurs. La décision ne fait évidemment pas l’unanimité. "L’ISI, relève La Croix, serait actuellement divisé entre ceux qui estiment qu’il faut mettre un terme aux activités des militants islamistes et ceux qui veulent continuer à les financer." D’ailleurs, en juillet, le gouvernement avait déjà tenté, en vain, de détacher l’ISI du contrôle de l’armée pakistanaise pour le placer sous celui du ministère de l’Intérieur. Récemment interrogé par France 24, l’ancien directeur de l’ISI, le général Hamid Gul, soutien indéfectible de Ben Laden et des Taliban, a affiché son doute quant à l’effectivité de cette réforme.

La proximité temporelle entre la décision de dissoudre la branche politique de l’ISI et les attentats de Bombay fait se demander à Isabelle Lasserre si l’on ne peut pas "imaginer que l’aile radicale et islamiste de l’ISI ait soutenu les attentats pour protester contre la réforme des services de renseignements et la politique d’Islamabad". De même, Roland Jacquard, directeur de l’Observatoire international du terrorisme, remarque que "quelques jours avant ces attentats, le président Zardari annonçait une réforme de l’ISI. C’est cette coïncidence qui frappe. Il avait aussi fait plusieurs gestes d’apaisement comme s’il avait eu un mauvais pressentiment. Sachant qu’il ne contrôlait pas la situation, il a peut-être voulu envoyer un message à l’Inde. Je ne crois pas à une implication directe du gouvernement pakistanais, mais on ne peut exclure l’action d’une branche extrémiste de l’ISI."

Mahmood Ahmed. Jamais peut-être l’ISI n’a été aussi ouvertement montré du doigt pour sa probable implication, directe ou indirecte, dans des actes terroristes. Alors que nombre de journaux ont titré sur le "11-Septembre indien", on aurait pu s’attendre à ce que soit abordée la principale ressemblance entre les attentats américains et indiens, à savoir le rôle qu’y joua vraisemblablement l’ISI… Mais non, aucun média n’a rouvert ce dossier. Bombay 2008 nous ramenait à New York 2001, mais l’on freina pour aller au bout de la comparaison.Pour rappel, les services secrets indiens avaient transmis, début octobre 2001, des informations qui révélaient l’implication financière du directeur de l’ISI, Mahmood Ahmed (ou Mahmoud Ahmad), dans la préparation des attentats du 11-Septembre. Le directeur du FBI Robert Mueller avait effectué spécialement le voyage jusqu’à Dehli pour recueillir lui-même tous les éléments. Le 9 octobre, deux jours après le début de la guerre en Afghanistan et le renvoi d’Ahmed de son poste de directeur de l’ISI, le Times of India rapportait : "Des sources au plus haut niveau confirment que le général a perdu son poste en raison des évidences produites par l’Inde et montrant ses liens avec un des kamikazes qui ont détruit le World Trade Center. Les autorités américaines ont exigé son renvoi après la confirmation du fait que 100.000 dollars avaient été transférés du Pakistan au pirate de l’air, Mohamed Atta, par l’intermédiaire de Omar Sheikh, à la demande du général Mahmood Ahmed. Des sources gouvernementales importantes confirment que l’Inde a contribué de manière significative à établir le lien entre l’argent transféré et le rôle joué par le chef démissionnaire de l’ISI. Bien qu’ils ne fournissent pas de détails [ces sources] affirment que les données fournies par l’Inde, notamment le numéro de téléphone du mobile d’Omar Sheikh, ont aidé le FBI à remonter et à établir le lien" (voir aussi Wall Street Journal, Daily Excelsior, London Times, Guardian).

La vérité, le silence et l’oubli. Eric Laurent, dans La face cachée du 11-Septembre (éd. Plon, Pocket, 2004, p. 215-216), constate que "ces révélations suggérant que l’ISI ou même le régime pakistanais pouvaient être impliqués dans les attentats du 11 septembre ne firent l’objet d’aucun commentaire, pas plus à la Maison Blanche qu’au Pentagone ou au Département d’Etat. Comme s’il s’agissait pour l’administration Bush de murer toutes les pistes pouvant remonter jusqu’à la vérité".Et le grand reporter de ponctuer son enquête par une réflexion sur le silence et l’oubli : "Le silence est une arme redoutable pour étouffer ou tuer la vérité. Et il possède un allié aussi efficacement pervers que lui : l’oubli. Je ne sais pas si "derrière toute grande fortune, comme le disait Bossuet et non Balzac, il y a un grand crime", mais j’ai pu constater que derrière tout grand crime commis il y a le silence et l’oubli. Les crimes du 11 septembre et les mystères qui les entourent en sont l’illustration. C’est le silence justement qui entoure désormais l’ancien directeur déchu de l’ISI, le général Mahmood. Il a été nommé à la tête d’une grande entreprise publique, ce qui démontre que sa disgrâce est relative, mais il reste muet". Assigné à résidence suite à son renvoi de l’ISI en octobre 2001, Mahmood Ahmed n’est réapparu que le 30 avril 2003, à la tête de la Fauji Fertilizer Company.Pepe Escobar, dans un excellent article de l’Asia Times, daté du 8 avril 2004, suggérait qu’Ahmed était le "real smoking gun" du 11-Septembre, l’indice flagrant que cherchaient désespérément les enquêteurs, sans oser le voir… tant les conséquences de cette découverte pourraient s’avérer embarrassantes. Car il faudrait alors se demander si Musharraf, d’une part, et l’élite du renseignement américain, d’autre part, pouvaient raisonnablement ignorer le lien entre Ahmed et Atta.Suspicions. Assassinat de Massoud, financement, voire organisation du 11-Septembre, attentat manqué de Richard Reid (l’homme aux chaussures piégées), assassinat de Daniel Pearl (qui enquêtait notamment sur des militants pakistanais liés à l’ISI), multiples attentats en Inde, attentat-suicide du 7 juillet 2008 contre l’ambassade indienne à Kaboul, assassinat de Benazir Bhutto… L’ISI est suspecté, à tort ou à raison, dans de très nombreux crimes de grande envergure. Il fut donc immédiatement pointé du doigt par l’Inde suite aux attentats sanglants de Bombay.

L’envoi à New Dehli de son directeur, le général Shuja Pasha, pour assister les services de sécurité indienne, devait servir à prouver la bonne foi pakistanaise et à calmer les tensions. Le geste aurait été "sans précédent". Proposé, vendredi 28 novembre, par le premier ministre indien Manmohan Singh, accepté par son homologue pakistanais, Youssouf Reza Gilaniéci, il fut finalement annulé, suite à des protestations au Pakistan, notamment de la part de l’ancien chef de l’ISI Hamid Gul, selon lequel le projet de visite s’apparentait à une "convocation" de la part des Indiens. A défaut du chef, un "représentant" de l’ISI se déplacera néanmoins à New Delhi pour aider à l’enquête.

Lumières dans le miroir. Le "11-Septembre indien" constitue une occasion de revenir sur le "11-Septembre américain", et sur leur principal point commun : le possible rôle central de l’ISI. Ignoré au lendemain du 11 septembre 2001, passé inexplicablement sous silence, le jeu trouble de l’ISI est mis, ces derniers jours, sous la lumière crue des projecteurs médiatiques. Ces lumières oseront-elles aller jusque dans la cellule pakistanaise où croupit, depuis février 2002, Omar Saeed Sheikh, personnage charnière entre Al-Qaïda, l’ISI et le 11-Septembre, condamné à mort pour le meurtre de Daniel Pearl, mais toujours bien vivant depuis bientôt sept ans, et dont Musharraf avait dit, songeant à tous les secrets qu’il détient : "Je préférerais le pendre moi-même plutôt que de l’extrader" (E. Laurent, p. 225) ? Iront-elles chercher le regard et la voix de Mahmood Ahmed, qui auraient tant de choses à nous dire ? Le silence de ces deux hommes vaut de l’or.Certains ont préféré aller "harceler" Joe Biden, le futur vice-président américain, qui, en tant que chef du comité des relations extérieures du Sénat, avait discuté avec Ahmed le 13 septembre 2001, durant la longue visite du chef de l’ISI à Washington, du 4 au 13 septembre, et qui demeure, à bien des égards, mystérieuse. Réponse finale de Biden : "Confidentiel". Il se pourrait que ce soit là le fin mot de l’histoire, au moins pour les 20 ou 30 prochaines années.

Voir à ce sujet la vidéo http://www.dailymotion.com/video/k7skA5hQreHSaKRoGV

Le mal. Pour conclure, j’aimerais citer la réaction d’Ivan Rioufol, du Figaro, aux attentats de Bombay : "C’est naturellement le profil nouveau des assaillants, des adolescents selon de nombreux témoignages, qui frappe en premier lieu. Leur fanatisme meurtrier vient rappeler cette prophétie de Jérémie (je cite de mémoire) : "Ils détruiront tout. Ce qu’ils ne connaissent pas ils le briseront, ils le saliront. De notre temps, il ne restera que des ruines". Bien que le politiquement correct se refuse à parler de choc des cultures ou des civilisations, c’est bien son expression la plus nihiliste qui s’exprime à nouveau dans ces attentats perpétrés au nom du jihad contre l’Occident et contre la démocratie indienne. Mais il y aura encore de belles âmes qui tenteront de les justifier en plaidant l’humiliation des déshérités".

Cette vision des événements, qui en appelle aux prophéties bibliques, serait presque rassurante : les méchants seraient des fous, des illuminés sans pensée, presque des démons, hors humanité. Peut-être. Mais le plus effrayant dans le mal, ou ce que nous appelons tel, ce pourrait bien être plutôt qu’il soit parfaitement compréhensible et même, d’un certain point de vue, justifiable. Une telle compréhension – vertigineuse – n’empêcherait évidemment pas de combattre. Elle éviterait seulement les visions passionnément manichéennes qui attisent les haines de toutes parts.

On sait que l’un des terroristes avait déclaré à India TV : "Nous demandons la libération de tous les Moudjahidine détenus en Inde… et les musulmans vivant en Inde ne doivent pas être importunés". En Inde, les musulmans, "en général très pacifiques", sont en effet confrontés depuis quinze ans à la montée en puissance du nationalisme hindou, et à des attentats meurtriers, sans que l’Etat n’arrête les responsables. En 2002, des pogroms antimusulmans ont ainsi fait plus de 2.000 morts dans l’Etat du Gujarat, dont le gouvernement, dirigé par le Parti du peuple indien (BJP), est même accusé d’être à l’origine. Ces massacres avaient eu pour déclencheur l’incendie d’un train transportant des militants hindous qui revenaient de la ville d’Ayodhya, où ils étaient allés réclamer l’édification d’un temple sur le site d’une mosquée du XVIe siècle rasée par des extrémistes hindous dix ans plus tôt, le 6 décembre 1992. 58 Hindous avaient péri dans l’incendie. Cercle infernal de la violence, succession de causes et d’effets dont on ne trouvera jamais le premier moteur.

Et maintenant. Les tensions interconfessionnelles, déjà fortes, vont sans doute redoubler désormais, après le drame de Bombay, et nul doute que les nationalistes hindous du BJP en profiteront à l’occasion des élections générales qui auront lieu dans à peine six mois en Inde. Curiosité : "La principale revendication du BJP est une loi d’exception sur le modèle de celle qu’il avait fait voter quand il était au pouvoir entre 1998 et 2004. Cette loi était une sorte de "Patriot Act" à l’indienne, indique Christophe Jaffrelot, directeur du centre d’études et de recherche internationale de Sciences Po. Le Parti du Congrès l’avait abrogée avec raison quand il est arrivé au pouvoir, parce que des musulmans avaient été arrêtés de façon aveugle et s’étaient retrouvés privés de droit civique." Décidément, ce "11-Septembre indien" pourrait avoir encore plus de similitudes qu’on ne pense avec son modèle américain.


Note de ReOpenNews: Sur la mort du scientifique John O’Neill, lire aussi Mort d’un scientifique américain mis en cause dans l’enquête sur l’anthrax et John O’Neill, destin funeste

 

Accord de principe ONU-Pakistan pour une enquête sur l’assassinat de Bhutto

Les circonstances de l’assassinat de Benazir Bhutto à la veille des élections législatives au Pakistan seront-elles établies prochainement ? L’AFP publie (ci-dessous) un communiqué selon lequel une commission d’enquête indépendante va être formée, suite à un accord entre l’ONU et le Pakistan. Rappelons que Benazir Bhutto avait fait des déclarations stupéfiantes sur la mort d’Oussama ben Laden avant d’être assassinée le 27 décembre 2007.

AFP – Vendredi 11 juillet, 09h19
 
Article original paru sur Yahoo.fr
NEW YORK (Nations unies) (AFP) – Le Pakistan et l’ONU sont parvenus à un accord de principe pour former une commission d’enquête sur l’assassinat de l’ex-Premier ministre Benazir Bhutto, a annoncé l’ONU jeudi.
Dans un communiqué, l’Organisation internationale a indiqué qu’un accord de principe avait été trouvé entre son secrétaire général, Ban Ki-moon, et le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mehmood Qureshi, sur la nature, la composition et les modalités de financement de cette commission.
L’accord garantit aussi un accès sans réserve à toute source d’information pertinente, ainsi que des éléments devant assurer "l’objectivité, l’impartialité et l’indépendance" de la commission, ajoute le communiqué.
Il précise que M. Ban a dit à M. Qureshi, en visite à l’ONU jeudi, que "des consultations complémentaires avec le Pakistan et avec d’autres membres de l’Organisation seraient nécessaires pour examiner les modalités et la structure" de la commission.
Le nouveau gouvernement du Pakistan avait demandé début juin à l’ONU de nommer une commission d’enquête sur l’assassinat de Benazir Bhutto.
Celle-ci, chef du Parti du Peuple Pakistanais (PPP), alors le principal parti d’opposition au Pakistan, a été tuée le 27 décembre à Rawalpindi, près d’Islamabad, dans un attentat suicide alors qu’elle faisait campagne pour les élections législatives.
A l’issue d’un meeting électoral, un homme avait tiré en direction de Mme Bhutto qui venait d’émerger du toit ouvrant de sa voiture blindée, l’avait manquée, mais avait fait exploser immédiatement la bombe qu’il portait sur lui.
Selon une enquête de la police criminelle britannique Scotland Yard, sollicitée par le président Pervez Musharraf, le souffle de l’explosion avait projeté la tête de Mme Bhutto sur le bord du toit ouvrant, provoquant une blessure mortelle.
Le pouvoir de M. Musharraf avait aussitôt incriminé Baïtullah Mehsud, considéré comme le dirigeant d’Al-Qaïda au Pakistan, et dont le groupe de talibans pakistanais est accusé d’avoir commis la majorité des attentats –suicide pour la plupart– qui ensanglantent le pays et ont fait déjà près de 1.100 morts en un peu plus d’un an.
Mais le PPP avait mis en doute cette thèse, accusant des proches du pouvoir d’alors et des services de renseignement, d’avoir commandité l’assassinat.

Le mari de la défunte, Asif Ali Zardari, qui a pris de facto la tête de son parti après sa mort, avait promis dès la formation du gouvernement issu des législatives du 18 février et dirigé par le PPP, de faire de cette demande d’enquête de l’ONU une priorité.

Relations entre le Pakistan et les Etats-Unis fragilisées après la tentative américaine d’intimider le nouveau gouvernement pakistanais

Le secrétaire d’Etat adjoint des Etats-Unis, John Negroponte, et Richard Boucher, assistant du secrétaire d’Etat pour l’Asie centrale et l’Asie du Sud, se sont rendus à Islamabad tôt mardi, pratiquement sans avertir leurs hôtes pakistanais. Leur visite soudaine révèle les craintes de l’administration Bush concernant le changement de régime qui a présentement lieu au Pakistan.

Par Keith Jones

Le jour avant l’arrivée des envoyés spéciaux américains, l’Assemblée nationale du Pakistan nouvellement élue a choisi le chef du Parti du peuple pakistanais (PPP) par une marge écrasante de 312 contre 42 pour diriger le gouvernement de « consensus national » formé par les partis d’opposition au président pakistanais, Pervez Moucharraf, un allié de longue date des Etats-Unis.

Le premier ministre Yousuf Raza Gillani est lui-même une victime bien connue du régime dictatorial de Moucharraf, ayant passé cinq ans en prison pour des raisons politiques sur la base de fausses accusations de fraude.

Le premier geste de Gillani après son élection fut d’ordonner la fin des arrestations à demeure des juges de la Cour suprême et des hautes cours congédiés en novembre dernier par Moucharraf. Ce dernier craignait qu’ils déclarent inconstitutionnelle sa soi-disant réélection illégale et truquée à la présidence pour un autre mandat de cinq ans.

Le nouveau gouvernement dirigé par le PPP a promis de voter une résolution dans moins de trente jours pour redonner leur poste aux juges. Un tel geste ouvrira la porte à des contestations légales de la présidence de Moucharraf et provoquera probablement une crise constitutionnelle. Moucharraf a dit que les juges ne peuvent reprendre leur poste que si la constitution est amendée et a plusieurs fois décrit Mohammad Iftikhar Chaudhry, le juge de la Cour suprême congédié, comme étant « la lie de la société ».

Malgré de nombreux signes de l’ampleur de l’opposition populaire à Moucharraf, y compris des sondages et une vague d’émeutes de par le pays après l’assassinat de la dirigeante du PPP Benazir Bhutto en décembre dernier, l’administration Bush a été choquée par la raclée subie par ses alliés politiques lors des élections des législatures au niveau national et provincial du 18 février dernier.

Elle a fait pression sur le PPP et ses partenaires de coalition, la Ligue musulmane pakistanaise-Nawaz (LMP-N), le Parti national awami basé sur les Pachtounes et le parti fondamentaliste islamiste JUI-F, de laisser tomber la question des juges ou, à tout le moins, de s’entendre avec Moucharraf pour que ce dernier conserve la présidence. En conséquence de changements à la constitution que Moucharraf et l’armée ont imposés au Parlement en 2003, le président pakistanais a de grands pouvoirs, y compris le droit de congédier le premier ministre et de dissoudre l’Assemblée nationale.

Un représentant du département d’Etat américain a dit que le but de la visite au sommet de cette semaine était de demander au gouvernement « comment il entend aller de l’avant et quel est son plan de match ». En réalité, Negroponte et Boncher se sont rendus au Pakistan dans le but de forcer le nouveau gouvernement à garantir qu’il continuera à jouer un rôle de premier plan dans les plans qu’ont les Etats-Unis pour l’Asie de l’Ouest et l’Asie centrale.

Le Pakistan joue un rôle clé dans l’occupation américaine de l’Afghanistan. C’est par ce pays que passe la plupart du pétrole et de l’approvisionnement en matériel essentiel dont les forces américaines et les forces de l’OTAN ont besoin en Afghanistan. Le Pakistan sert aussi de plateforme dans les préparatifs américains pour attaquer militairement l’Iran.

Au cours des derniers mois, les agences du renseignement et les agences militaires américaines ont augmenté leur présence au Pakistan, avec l’objectif d’affaiblir le mouvement de soutien pour l’insurrection contre le gouvernement afghan imposé par les Etats-Unis dans les régions tribales du Pakistan où l’on trouve beaucoup de Pachtounes. Les forces américaines ont réalisé plusieurs raids aériens au Pakistan même pour aider aux opérations de contre-insurrection.

La mission de Negroponte semble n’avoir provoqué que la colère au sein des élites et de la population pakistanaise dans son entier à cause de la relation de subordination qui existe depuis longtemps entre le Pakistan et les Etats-Unis et de l’appui inconditionnel de Washington pour Moucharraf, qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’Etat en 1999, malgré les attaques de ce dernier contre les droits démocratiques du peuple pakistanais.

Les représentants pakistanais se sont plaints de la façon dont Boucher et Negroponte se sont imposés. « La visite n’était pas planifiée et seuls les représentants pakistanais nécessaires en furent informés à la dernière minute », a écrit le Daily Times, un quotidien pakistanais. Lorsque les représentants pakistanais ont signalé que le temps choisi pour cette visite n’était pas le meilleur, ils ont obtenu comme réponse que Negroponte voyageait dans la région et que son agenda ne permettait pas un report de la visite.

La nervosité envers l’intrusion arrogante des Etats-Unis dans les affaires du Pakistan a été exprimée par l’éditeur du Dawn, Zaffar Abbas. « L’arrivée de la délégation américaine le jour même où le premier ministre était assermenté laisse entendre qu’ils cherchaient à imposer leur vision des choses », a dit Abbas. « Le problème avec l’Amérique, c’est qu’ils ne comprennent pas les pressions intérieures sur le nouveau gouvernement. »

Un autre important quotidien de langue anglaise, The News, a publié un éditorial mardi sous le titre « Bas les pattes, oncle Sam ». Selon ce quotidien, « les gens sont préoccupés par les signes montrant que Washington cherche à imposer sa volonté sur certaines parties du pays ou à dicter les décisions politiques ».

La première rencontre de Negroponte a eu lieu avec Nawaz Sharif et d’autres dirigeants de la ligue musulmane pakistanaise. Sharif aurait, selon le New York Times, « passé un savon » à l’envoyé américain.

S’adressant à la presse après la rencontre, Sharif a répété son appel à la démission de Moucharraf, il a affirmé avoir dit à l’émissaire américain que les jours ayant vu le gouvernement du pays être « l’affaire d’un seul homme » étaient révolus, et il a ajouté qu’il ne pouvait donner à Washington l’ « engagement » que voulait ce dernier sur la lutte au terrorisme.

« Le Pakistan », a dit Sharif, « veut la paix dans tous les pays, y compris aux États-Unis. Mais pour assurer la paix dans d’autres pays, nous ne pouvons pas transformer notre propre pays en champs de la mort ».

Faisant allusion aux récentes frappes aériennes des Etats-Unis au Pakistan – par des drones lancés à partir de la base secrète récemment rendue publique de la CIA au Pakistan ou par des missiles tirés de l’autre côté de la frontière par les forces américaines en Afghanistan –, Sharif a déclaré : « Si les Etats-Unis veulent se débarrasser du terrorisme, nous voulons également que nos villages et nos villes ne soient pas bombardées. »

Sharif est un riche industriel qui entretient des liens étroits avec le régime saoudien et qui n’a jamais remis en question, malgré ses critiques de l’administration Bush, le partenariat de longue date entre le Pentagone et l’armée pakistanaise. Mais il est furieux que les Etats-Unis aient soutenu et continuent de soutenir Moucharraf, qui l’a renversé lorsqu’il était premier ministre et l’a ensuite traduit en justice pour trahison. Et, comme beaucoup de gens au sein de l’élite pakistanaise, il voit d’un mauvais œil l’étendue de l’emprise qu’a pu établir le corps des officiers, avec la complicité de Washington, sur un vaste réseau d’entreprises capitalistes.

Sharif est aussi très conscient du fait que son parti a obtenu de résultats meilleurs que prévus dans les élections du mois dernier précisément parce qu’il s’était présenté comme le parti de l’opposition intransigeante à Moucharraf et avait condamné Washington pour avoir soutenu la dictature de ce dernier.

Negroponte a aussi rencontré des dirigeants du PPP dont Asif Ali Zardari. Le veuf de Bhutto, Zardari est le véritable chef du PPP et il l’a souligné en faisant clairement savoir que c’était lui, et lui seul, qui avait décidé en fin de compte que Gillani devrait être le choix du PPP pour le poste de premier ministre.

Zardari ne s’est pas adressé à la presse après la rencontre. Mais son conseiller Husain Haqqani a dit que Washington avait été averti du fait que Moucharraf avait perdu une bonne partie de son pouvoir. « Si je peux utiliser une expression américaine », a dit Haqqani, « il y a un nouveau shérif en ville. Les Américains ont compris qu’ils avaient peut-être parlé trop longtemps à un seul homme. »

Les dirigeants du PPP ont travaillé de concert avec l’administration Bush pendant presque toute l’année 2007 dans une tentative de reconfigurer le régime Moucharraf afin de lui donner un vernis de légitimité populaire. Si les négociations pour un partage du pouvoir ont échoué, c’est parce que Moucharraf et ses partisans ont refusé de véritablement céder une partie du pouvoir et parce que l’opposition de masse croissante à Moucharraf a conduit les dirigeants du PPP à faire une pause.

Jusqu’à ce jour Zardari et la direction du PPP n’ont pas écarté tout compromis avec Moucharraf. Ils ont également été beaucoup moins critiques envers Washington que Sharif et son parti.

Mardi, lorsque Bush a téléphoné à Gillani pour le féliciter de sa nomination en tant que premier ministre, le chef du PPP a dit, selon ses porte-paroles, que « le Pakistan continuerait la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes », tout en ajoutant que cela devrait comprendre « une approche politique envers les programmes de développement ».

Même cette position, toutefois, risque de ne pas plaire à Washington. L’administration Bush a fait pression à maintes reprises sur Islamabad pour qu’il se montre plus ferme dans l’affirmation de son autorité sur les régions tribales historiquement autonomes du Pakistan, et ce, malgré le fait qu’Islamabad ait mobilisé 80.000 hommes, lancé des attaques aveugles sur les villages, imposé des punitions collectives contre les villages et les tribus accusés d’héberger des insurgés anti-gouvernementaux, et fait régulièrement « disparaître » des gens.

Le journal The Dawn a rapporté mercredi qu’un diplomate anonyme haut placé avait dit à son reporter que « les Américains, tout en disant prêts à envisager une proposition de dialogue avec les militants, ne voulaient pas que les opérations militaires [contre ces derniers] n’arrêtent même pour un bref instant ».

Negroponte a également rencontré Moucharraf mardi. Rien de substantiel n’a été dévoilé sur la teneur de leurs discussions, mais le porte-parole du Département d’Etat Sean McCormack faisait le même jour à Washington l’éloge de l’autocrate contesté.

A la question de savoir si Moucharraf était « indispensable », terme déjà utilisé par Negroponte pour décrire ce dernier, McCormack a répondu que le président pakistanais était « un bon ami et un allié ».

« Ce sont là des questions qui trouveront finalement une réponse à mon avis dans le système politique pakistanais », a ajouté McCormack. « Mais, vous savez, il reste quelqu’un avec qui nous avons travaillé et avec qui nous continuerons de travailler. »

Des dirigeants du Parti démocrate et le New York Times ont suggéré que Washington ne devrait plus consacrer son énergie et son influence au maintien de Moucharraf à son poste. Mais l’administration Bush est déterminée à ne pas froisser l’armée pakistanaise – qui constitue depuis des décennies la courroie de l’influence américaine au Pakistan.

Le général Ashfaq Parvez Kayani nommé par Moucharraf pour le succéder à la tête de l’armée Pakistanaise au moment de sa démission à la mi-décembre, a récemment dit dans une déclaration qu’il supportait fermement Moucharraf dans son rôle de commandant en chef des forces armées. Cela dit, il était noté par plusieurs observateurs que ce même lundi au cours duquel un premier ministre anti-Moucharraf était élu, Kayani réassigna deux des onze commandants du corps d’armée, tous deux ayant la réputation d’être proches de Moucharraf.

La coalition gouvernementale pakistanaise est très instable. Les principaux partenaires de la coalition, le PPP et le PML-N sont des rivaux de longue date.

Elle est une combinaison née des intérêts communs de l’élite dirigeante traditionnelle et des sections de la grande entreprise pour déloger Moucharraf parce qu’elles en veulent à la domination de l’armée sur la vie économique et politique. Elles craignent également la montée de l’opposition populaire au régime de Moucharraf – en raison du caractère dictatorial de son régime; de son appui inopportun à l’agression américaine et de la détérioration de la situation économique. Une telle opposition pourrait provoquer des turbulences populaires et menacer leurs intérêts.

Au cours des derniers mois, le Pakistan a été frappé par la montée des prix de la nourriture, par un manque de farine et par un rationnement de l’électricité. Hier, The Dawn rapportait que les projets de développement de la plus importante province, le Punjab, « étaient quasiment arrêtés puisque les entrepreneurs avaient cessé le travail sur des milliers de routes et d’infrastructures en raison de la montée soudaine du prix des matériaux de construction ».

Il est reconnu au sein des élites que le gouvernement entrant va devoir prendre des mesures impopulaires pour stabiliser le capitalisme pakistanais.

La dispute amère entre le PPP et le PML-N sur qui aura le portefeuille du ministère des Finances est une des raisons majeures ayant empêché le nouveau gouvernement de dévoiler son nouveau cabinet. Chacun insiste que l’autre accepte ce ministère et assume les conséquences directes de l’imposition de mesures encore plus dures pour les masses laborieuses du Pakistan.

Samedi 29 Mars 2008

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Chomsky : la volonté des irakiens n’est toujours pas prise en compte

Chomsky examine de récents sondages en provenance des zones de conflit. On y trouve de bonnes nouvelles, note-t-il. Effectivement afghans et irakiens pensent possible de trouver le chemin de la réconciliation nationale. A une condition : que les forces étrangères cessent d’occuper ou de combattre sur leur sol. Mais qui prend la peine d’entendre ce que disent et veulent ces peuples au destin tragique ?

 

Par Noam Chomsky, Kaleej times, 1er février 2008

L’armée d’occupation américaine en Irak (nommée par euphémisme la Force Multi-Nationale) conduit des études d’opinion approfondies. En décembre 2007, son compte rendu d’une étude qualitative était particulièrement optimiste.

Ce document concluait que cette étude « fournit des présomptions très fortes » permettant de réfuter l’opinion usuelle selon laquelle « une réconciliation nationale n’est ni prévisible, ni possible. » Au contraire, l’étude révélait qu’une « atmosphère optimiste régnait dans tous les groupes interrogés…et que l’on observait bien plus de point communs que de différences parmi les groupes apparemment si divers d’irakiens. »

Cette découverte d’ « opinions partagées » chez les irakiens à travers le pays « est une bonne nouvelle, selon l’analyse des résultats effectuée par les militaires, » notait Karen deYoung, dans le Washington Post.

Ces « opinions partagées » étaient détaillées par ce rapport. Selon deYoung, « les irakiens de tous groupes ethniques et religieux pensent que l’invasion américaine est la première cause des violences parmi eux, et ils voient dans le départ des forces d’occupation le facteur clé en direction d’une réconciliation nationale. »

Ainsi, selon les irakiens, il existe un espoir de réconciliation, si les envahisseurs, responsables de la violence dans le pays, se retirent et laissent l’Irak aux irakiens.

Mais ce document ne mentionnait pas cette autre bonne nouvelle : les irakiens semblent adopter les valeurs américaines les plus élevées, telles qu’elles ont été définies par le Tribunal de Nuremberg. Tout particulièrement, l’agression, « l’invasion par la force armée, » d’un état « du territoire d’un autre état » est le « crime suprême au plan international, différent uniquement des autres crimes de guerre en ce sens qu’il implique en lui-même l’accumulation des méfaits de tous les autres. » Le Procureur en chef américain à Nuremberg, Robert Jackson, affirma que le Tribunal ne serait qu’une farce si nous ne nous appliquions pas ces principes.

A la différence des irakiens, les USA et de fait l’occident dans son ensemble, rejettent les nobles valeurs professées à Nuremberg, ce qui constitue une indication intéressante sur la substance de ce fameux « clash des civilisations. »

Le général David Petraeus et Ryan Crocker, l’ambassadeur US en Irak, ont annoncé d’autres bonnes nouvelles en grande pompe à l’occasion d’une mise en scène du 11 septembre 2007. Seul un esprit cynique, bien sûr, pourrait croire que cette date ait été choisie en un rappel discret des affirmations de Bush et Cheney sur l’existence de liens entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden. Leur permettant ainsi, en commettant ce « crime international suprême » de prétendre qu’ils défendaient le monde contre le terrorisme.

Petraeus et Crocker communiquèrent des chiffres montrant que le gouvernement irakien avait notablement accéléré les dépenses de reconstruction, atteignant un quart des sommes allouées à cet effet. De bonnes nouvelles, effectivement, jusqu’à ce que la Cour des Comptes (GAO, Government Accountability Office) mène son enquête à ce sujet, et découvre que les montants réels n’étaient que le sixième de ceux qu’avaient annoncé Petraeus et Crocker, en baisse de 50% depuis l’année précédente.

D’autres bonnes nouvelles concernent le déclin de la violence confessionnelle, due en partie à la réussite du nettoyage ethnique meurtrier, dont les irakiens rendent responsable l’invasion. Il y a désormais moins de cibles pour les meurtres confessionnels. Mais on peut également l’attribuer à la décision de Washington de soutenir les groupes tribaux qui se sont organisés pour chasser Al Qaïda en Irak, ainsi qu’à l’augmentation du nombre de soldats sur le terrain.

Il est possible que Petraeus parvienne au même genre de succès que les russes en Tchétchénie, où les combats sont maintenant « limité et sporadiques, » et où Grozny connaît un boom immobilier, après avoir été réduite en ruine par l’attaque russe, comme l’a écrit CJ Chivers en septembre dernier dans le New York Times.

Peut-être un jour prochain Bagdad et Falloujah bénéficieront de « l’électricité rétablie dans de nombreux quartiers, de nouvelles entreprises de rues principales de la ville reconstruites, » à l’image de Grozny, en plein développement. Possible, mais douteux, si l’on considère les conséquences vraisemblables de la créations d’armées dirigées par des seigneurs de la guerre qui pourraient bien donner le jour à une violence confessionnelle accrue, venant s’ajouter à tous les « méfaits accumulés » par l’agression. Les irakiens ne sont pas les seuls à penser qu’une réconciliation nationale est possible. Un sondage mené par les canadiens montre que les afghans sont pleins d’espoir pour leur futur et sont favorables à la présence des canadiens et des forces étrangères. Ces « bonnes nouvelles » ont fait la une des journaux.

La lecture du détail des articlent révèle cependant quelques précisions intéressantes. Seuls 20% « pensent que les talibans l’emporteront après le départ des troupes étrangères. » Les trois quarts des sondés sont favorables à des négociations entre les talibans et le gouvernement Karzai, soutenu par les USA, et plus de la moitié approuvent l’idée d’un gouvernement de coalition. La grande majorité sont en désaccord avec la position des USA et du Canada, et pensent qu’une paix est possible en mettant en œuvre une approche pacifique. Bien que la question n’ait pas été posée dans le sondage, il semble raisonnable de penser que si la présence étrangère est acceptée, c’est pour mener des missions d’aide et de reconstruction.

On peut évidemment se poser de nombreuses questions au sujet de sondages effectués dans des pays sous occupation militaire étrangère, tout particulièrement dans des régions comme le sud de l’Afghanistan. Mais les résultats des sondages en Irak et Afghanistan sont conformes à ceux des études précédentes et ne doivent pas être ignorés.

De récents sondages au Pakistan ont également apporté des « bonnes nouvelles » à Washington. Cinq pour cent des sondés sont d’accord pour autoriser les USA ou d’autres troupes étrangères à entrer au Pakistan, pour « poursuivre ou capturer les combattants d’Al Qaïda. » Ils sont 9% en faveur d’une autorisation pour les forces américaines de « poursuivre ou capturer les insurgés talibans qui ont franchi la frontière depuis l’Afghanistan. »

Près de la moitié souhaitent accorder aux troupes Pakistanaises une autorisation semblable. Et ils ne sont q’un petit 80% à considérer que la présence militaire américaine en Asie et en Afghanistan représente une menace pour le Pakistan, tandis qu’une large majorité pensent que les USA veulent s’en prendre au monde musulman. La bonne nouvelle, c’est que ces résultats sont nettement meilleurs par rapport à ceux d’octobre 2001, où un sondage Newsweek avait révélé que « 83% des pakistanais interrogés déclaraient se ranger dans le camp des talibans, et un tout petit 3% exprimaient un soutien aux USA. » Plus de 80% décrivaient alors Oussama Ben Laden comme un guérillero et 3% comme un terroriste.

Au milieu de ce flot de bonnes nouvelles en provenance de la région, le débat gagne en intensité parmi les candidats à la présidentielle, les membres du gouvernement et les commentateurs, sur les options dont disposent les USA en Irak. Cependant une voix est toujours absente de ce débat : celle des irakiens. Leurs « opinions partagées » sont connues de tous, comme elles l’étaient déjà par le passé. Mais ils ne peuvent être autorisés à choisir leur propre destin, pas plus que des enfants ne le seraient. Seuls les conquérants ont ce droit.

Peut-être y a-t-il la aussi quelque leçon à tirer au sujet du « clash de civilisation. »


Publication originale Kaleej Times, traduction Contre Info

L’assassinat de Bhutto : le faux coupable rêvé confirmé !

Par morice pour AgoraVox

L’équipe de Bush, décidément ne nous épargnera rien. Après l’affaire de la fausse attaque des bateaux iraniens et l’aveu tardif des "singes philippins", voilà que l’on annonce maintenant la résolution de l’attentat contre Bhutto. Sans surprise, le directeur de la CIA clame déjà haut et clair que c’est bien… Al-Quaida l’auteur du forfait. Sans preuve aucune. On l’aurait parié à 150 %, celle-là. De même qu’on ressort l’effigie de Ben Laden au bon moment, l’annonce de l’implication "certaine" d’Al-Quaida dans l’assassinat doit bien avoir un but.

Et il est simple, ce but : celui d’apprendre aux Américains qu’une intervention armée sur les "bases" d’Al-Quaida au Pakistan, en faisant fi de l’autorité de son président Musharraf, fait son chemin dans la tête des dirigeants américains. On risque fort dans les jours à venir, de voir une paire de F-18 Hornets décoller pour ratiboiser un coin perdu où il n’y aurait rien, façon Tora-Bora, pour pouvoir dire à la populace que "oui, nous traquons toujours Ben Laden"… avec la même conclusion attendue "oui, mais il s’est encore "échappé". W. Bush s’étant mué depuis bien longtemps en Garcimore de la chasse au Laden. "Ouch, encore raté". Ce qui compte, ça n’a jamais été de l’attraper : c’est de faire croire qu’on courait après.

En fait, Bush a tout intérêt à charger la mule Al-Quaida. Pour une raison simple : affirmer que l’assassinat est bien de la main d’Al-Quaida, c’est s’assurer de l’existence physique de son commanditaire, Ben Laden : pour pouvoir donner des ordres, il faut effectivement mieux être vivant. Comme il devient difficile d’en montrer une vidéo présentable, de notre Ben à ressorts, les stocks de teinture de barbe ne suffisant plus, les manipulations de la bande son n’étant pas extensibles à l’infini (dixit l’Iran), il convient donc d’affirmer son existence d’une autre manière. En lui imputant la responsabilité directe d’un attentat sur lequel même Scotland n’a aucune idée, puisque toutes les traces on été rapidement effacées. Et ce, sans offrir la moindre preuve. Selon le principe dit du WTC, qui veut que plus gros est le mensonge, plus longtemps il sera cru.

Logique donc aujourd’hui de faire sonner les trompettes de la traque ininterrompue par Michael V. Hayden, le nouveau patron de la CIA. Un homme qui n’est pas vraiment le bon choix selon l’ensemble des observateurs. On pourrait même ajouter le personnage à contre-emploi sélectionné par W. Bush selon des critères dont on cherche encore l’origine ou la raison. C’est un militaire, qui pose sur les clichés officiels en uniforme de l’Air Force raide comme un piquet, certainement pas non plus une lumière, et surtout quelqu’un qui n’a aucune expérience dans le domaine. Avant sa nomination, il s’occupait de sécurité… intérieure. Dans le pays, jusqu’en 2005, à la NSA, nommé là pour appliquer la décision de Bush de surveiller tous les mails…des Américains sous prétexte de terrorisme, bien entendu. Ce que notre fidèle s’est empressé de faire à la lettre. Au point de surveiller aussi ceux de la Maison-Blanche, et d’en retirer soigneusement et consciencieusement ceux qui pourraient prêter à discussion plus tard. On en dénombre 473 au total, de disparus, dont ceux de Cheney et de W. Bush à des moments cruciaux de la guerre en Irak et des accusations sur l’usage de la torture dans les prisons militaires. Pas vu, pas pris. En 2006, Haynes a quitté l’administration pour un métier plus lucratif, en tant qu’appointé de l’Armor Group International, une société privée… possédant ses propres troupes, à la Blackwater disons, présente à Dubai, Baghdad et Kaboul. Pas vraiment l’homme qu’il aurait fallu, donc, comme le dit sans ambage le responsable du Bureau de l’Intelligence, Peter Hoekstra, l’organisme officiel qui conseille Bush sur la politique extérieure du pays, qui voit en Hayden "the wrong man at the wrong place at the wrong time." "Le mauvais candidat qui arrive au mauvais moment". Le problème, c’est que les principales critiques le concernant ne proviennent pas en effet des rangs démocrates, mais bel et bien des rangs républicains, qui ne souhaitent pas la mainmise de l’armée sur le renseignement américain. Les vieilles ficelles du clan Bush s’effilochent jusque dans son camp.

Entendre donc Hayden parler de terrorisme, c’est entendre parler Bush directement. Car l’homme est un homme-lige du pouvoir neo-con. Hayden, comme seul fait d’armes, s’était illustré récemment en défendant bec et ongles le programme "extraordinary rendition " consistant à faire questionner les prisonniers de Guantanamo ailleurs que sur le territoire américain, ce qui permettait aussi d’autoriser les tortures sans en rendre compte aux Américains ou à la justice américaine. Avec lui, par exemple, un Allemand d’origine, appelé Khaled Masri a été détenu cinq mois sans aucune preuve, en raison semble-t-il d’une simple homonymie. "They picked up the wrong people, who had no information. In many, many cases there was only some vague association with terrorism", affirmera dans le dos d’Hayden un peu après l’affaire un haut responsable de la CIA. Masri lui sera interrogé en Afghanistan… où il n’avait jamais mis les pieds de sa vie. Et il n’a pas été le seul : "1 245 flights operated by the CIA flew into European airspace or stopped over at European airports between the end of 2001 and the end of 2005". Plus de mille prisonniers ont fait connaissance avec le tourisme en uniforme orange attaché sur un siège de Gulfstream. La plupart n’ayant rien à voir avec le terrorisme. Sans que personne dans le monde ne s’en offusque, ou presque. On a vu le sujet apparaître dans la presse grâce à des spotters, ces drôles de loustics qui tiennent les comptes des départs et des arrivées sur le tarmac des aéroports, et qui prennent même des photos, au cas où. Des fêlés, mais qui ont servi ici à sauver un pan de démocratie qui s’effritait.

L’homme qui a couvert de telles exactions est donc bien mal placé aujourd’hui pour nous dire qui a tué Bhutto. Détenir des prisonniers qui ne sont pas plus terroristes que vous et moi sans même l’avoir vérifié, les torturer et annoncer qu’on en tient un bon aujourd’hui sans montrer davantage de preuves, il faut oser le faire. Ils l’ont fait : chez les neo-cons de l’entourage proche du président, on ne s’embarrasse plus avec une quelconque éthique.

Ni on ne s’inquiète outre mesure s’il faut annoncer des nouvelles vieilles de sept ans parfois en croyant tenir le scoop de l’année devant les journalistes. Le 9 février, les Américains, dans une indifférence générale d’élections américaines, annoncent qu’ils SAVENT enfin où se cache Ben Laden !! Nouvelle extraordinaire !!! On se dit, dans trois jours on l’arrête et dans deux mois on le pend !!! Le monde enfin débarrassé du Frankenstein au turban !!! Que nenni : le communiqué dit ceci :

"Le mollah Omar et d’autres responsables des taliban pilotent les actions des insurgés en Afghanistan de la ville pakistanaise de Quetta et le chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, vit dans les zones tribales du Pakistan"...

Quetta, Quetta… mais bien sûr !! Voilà qui nous ramène en 2001 !!! et à une interview de Ben Laden, par la CIA, dans un hôpital de Dubaï !!
Le texte, à l’époque annonçait :

"A few days later, shortly after Ben Laden left for Quetta with a new kidney dialysis machine, the CIA agent bragged to friends about visiting the billionaire saudi and was subsequently recalled to the USA on July 15th." Quetta, avec son aéroport international, ses dépliants touristiques, aurait été depuis 2001 la base arrière de l’homme le plus recherché du monde, et on vient seulement de le découvrir, sept ans après ??? On se moque de qui, là ???

Selon le directeur de la CIA, en tout cas, c’est bien Baitullah Mehsud l’auteur du crime. Evidemment Hayden n’a aucune preuve à nous montrer, seulement ses certitudes. Exactement comme Bush avec l’Iran : on a beau lui remettre des rapports qui disent le contraire depuis juillet 2007, il n’en démord pas en janvier 2008.

L’info, en réalité, n’est pas nouvelle, elle provient en fait de la réaction des services secrets pakistanais, qui le jour même de l’attentat auraient intercepté une conversation téléphonique de l’individu avec le responsable de l’attentat : « Félicitations à vous, étaient-ce nos hommes ? » – « Oui, c’étaient les nôtres » – « Qui étaient-ils ? » – « Il y avait Saeed, il y avait Bilal de Badar et Ikramaullah » (…). Une conversation qui ferait écrouler de rire n’importe quel attablé de comptoir se prenant pour Bruce Willis ou Sylvester Stallone, mais qui a été prise fort au sérieux par Hayden. Mettez-vous un peu à la place de l’assassin de Bhutto : vous le voyez, vous, empoigner son téléphone portable et appeler dans un pays de montagnes son supérieur hiérarchique en citant les noms précis de ses collègues assassins ? Encore un peu et il aurait donné leur adresse et leur numéro d’immatriculation sociale ! Même dans les pires films d’espionnage on n’oserait faire ainsi ! Pour Hayden, c’est pourtant ça la preuve. Et la seule. Le hic, c’est qu’on ne peut pas entendre la bande. Elle n’existe pas ou les services secrets n’ont pas encore eu le temps de la fabriquer, tous occupés à ajouter des voix à des enregistrements d’appels de bateaux iraniens… On n’entend déjà plus la voix de l’adolescent de 15 ans arrêté fin janvier qui aurait déclaré avoir fait parti de l’attentat… et avoir été envoyé par… Al-Quaida !!!

A quoi peut donc servir cette farce, une de plus ? A une seule chose : à faire croire que derrière tout ça Ben Laden est bien vivant et tire toujours les ficelles. A l’autre bout de l’échiquier, l’homme concerné par les foudres d’Hayden a bien fini par prendre son téléphone, pour dire à l’Associated Press qu ’il n’était pour rien dans ces attaques. Sans confirmer pour autant ce que Musharraf, Karzai et Bhutto ont dit aux télévisions américaines : que Ben Laden était probablement mort depuis longtemps. Mais ça, il ne faut surtout pas le répéter et, ce, des deux côtés. Aucun des partis n’a d’intérêt à le faire. Les islamistes, car ils bénéficient d’une aura inattendue dans ce prétendu chef fédérateur et charismatique, les Etats-Unis qui ont tout basé sur la haine contre un seul individu, et qui ne peuvent s’en passer aujourd’hui, en ayant fabriqué avec lui l’épouvantail parfait à repousser les colombes de la paix.

La politique au Proche et Moyen-Orient de W. Bush repose depuis le début sur le mensonge, on ne verrait pas pour l’instant pourquoi ça changerait. On gardera donc l’idée d’un faux coupable pratique pour tout le monde. Un assassin déjà mort, c’est quand même un beau cas de figure en criminologie. En relations diplomatiques, c’est diantrement efficace. W. Bush avait promis de ramener Ben Laden "mort ou vif" à ces concitoyens : autant le laisser pour mort en faisant croire à ses compatriotes qu’il est toujours vivant. Ça marche comme ça depuis 2002 au moins, la première année où sont apparues des rumeurs sur la disparition de Ben Laden. Il n’empêche, à entendre un président de la plus grande puissance mondiale nous faire prendre des vessies pour des lanternes avec un aplomb incroyable, on en arrive à douter des facultés d’analyse sinon de nos concitoyens, du moins de ceux qui les informent. Quand va-t-on se décider à décortiquer chaque annonce, au lieu de recopier la dépêche sortant tout droit du Pentagone, quand donc ?

Comment la DGSE a déjoué une nouvelle vague d’attentats d’Al-CIA en Europe

Une vaste campagne d’attentats islamistes aurait dû terroriser l’Europe entre le 20 et le 28 janvier. Elle a été déjouée in extremis par la DGSE française et son homologue espagnole, le CNI, sous la supervision de José Luis Rodríguez Zapatero. Mais ces attentats étaient attendus par l’OTAN pour pouvoir intervenir militairement au Pakistan. Thierry Meyssan révèle les dessous de cette machination avortée.

Comment la DGSE a déjoué une nouvelle vague d'attentats d'Al-CIA en Europe

 

Menaces sur l’Europe

La presse européenne a largement rendu compte du démantèlement d’un réseau terroriste islamiste, le 18 janvier 2008. Sur les instructions de l’émir pakistanais Baitullah Mehsud, six kamikazes et cinq complices s’apprêtaient à commettre trois attentats en 48 h à Barcelone, dans deux wagons de la ligne 3 du métro, dans un centre commercial non-identifié et à la mosquée de Ciutat Vella. Cette opération aurait marqué le début d’une nouvelle vague d’attentats au Portugal, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. La nouvelle a été annoncée par le ministre de l’Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, qui a placé toutes les forces de sécurité de son pays en état d’alerte [Le coup de filet [Le chef de la cellule catalane, Maroof Ahmed Mirza, avait été formé durant quatre années dans une madrasa (école coranique) extrémiste au Pakistan. Il était suivi par plusieurs services de renseignement occidentaux. Les « services » français avaient observé son arrivée sur leur territoire et prévenu leurs homologues espagnols du Centro Nacional de Inteligencia (CNI) de son installation en Catalogne. Ceux-ci avaient retrouvé sa trace dans une banlieue déshéritée, Raval, où il était devenu imam de la mosquée de la rue de l’hôpital. Pour donner le change, il évoluait avec ses hommes au sein d’une petite communauté musulmane non-violente à Barcelone [Selon le témoignage du jeune repenti (désigné dans les procés-verbaux d’enquête sous le pseudonyme de « F-1 »), il aurait été choisi pour mourir avec deux autres compagnons dans un attentat à Francfort, mais au dernier moment, les plans auraient été modifiés. Il aurait dû participer à l’opération de Barcelone et aurait été remplacé à Francfort par un certain Akeel Abassi. Le juge Ismael Moreno, chargé de l’affaire, a également entendu les autres interpellés. Au total, il s’agit de neuf Pakistanais et d’un Indien (ou peut être huit Pakistanais, un Bengali et un Indien [La presse a abondamment reproduit l’extrait suivant des procès-verbaux.
— Un des jihadistes s’adressant à F-1 : « Pourquoi n’as tu pas achevé ta formation au Pakistan ? »
— F-1 (témoin protégé) : « Parce que j’étais malade et j’ai du revenir ».
— Le jihadiste : « Tu plais beaucoup à l’émir Baitullah Mehsud. Tu lui plais tant que si tu avais terminé ta préparation, il aurait fait de toi un expert en explosifs plutôt qu’un kamikaze ».
— F-1 : « Quelle différence y a-t-il entre un kamikaze et un expert en explosifs ? »
— Le jihadiste : « Il y a trois groupes différents : les planificateurs, ceux qui fabriquent les bombes et les kamikazes » [
8].

En réalité, F-1 serait un agent des services de renseignement extérieur français (DGSE), infiltré dans les réseaux jihadistes. Les militaires français auraient tenu une réunion d’urgence avec leurs homologues espagnols, à Noël à Madrid. Le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, aurait été personnellement informé du danger, mais l’Élysée n’aurait été tenu au courant qu’en termes vagues pour éviter les interférences [Six autres individus, pistés par le Centro Nacional de Coordinación Antiterrorista espagnol, ont été arrêtés le 24 janvier à l’aéroport britannique de Gatwick, tandis que le Centre for the Protection of National Infrastructure du service de contre-espionnage (MI5) lançait un avis d’alerte : cette équipe de planificateurs devait déclencher une autre cellule kamikaze qui aurait commis un attentat dans le tunnel sous la Manche [Tous les services de renseignement européens ont été placés en état d’alerte, d’autant que ces événements coïncidaient avec le périple européen du président pakistanais, Pervez Musharraf (Bruxelles, Paris, Londres, Davos) [spin doctors états-uniens, devait se construire une image de leader polissé et fréquentable. Malheureusement ses réflexes autoritaires ressurgissaient chaque fois qu’on l’interrogeait sur l’indépendance des juges de son pays ou la possible implication de son parti politique —la PML-Q— dans l’assassinat de Benazir Bhutto.

En outre, les événements de Barcelone prenaient place dans un contexte de nombreuses menaces :
- Le 3 janvier, un certain Murabit Muwaded (c’est-à-dire « le combattant pour l’unité ») a posté en arabe sur le forum du site islamiste al-ekhlaas.net un message promettant de « mettre un terme à la poursuite des ambitions du président Sarkozy dans les pays du Maghreb » et de provoquer « un effondrement de l’économie française au niveau international ».
- Le 5 janvier, un centre états-unien chargé de surveiller les communications du réseau d’Oussama Ben Laden a repéré sur Internet des menaces « contre Paris et contre son maire Bertrand Delanoë » afin d’entraîner « la chute de Nicolas Sarkozy ».
- Le 10 janvier des contrôleurs aériens portugais ont intercepté un message sur les ondes courtes faisant état de menaces terroristes sur Paris [
Le 21 janvier, Le Parisien a oublié en « une » un entretien avec « la veuve noire », une ancienne dirigeante d’Al Qaïda, annonçant que La France serait punie pour son allégeance à l’Amérique [ Le 24 janvier, un message posté sur le forum du site internet al-ekhlaas.net, cette fois signé « Al Qaïda en Grande-Bretagne », exigeait un retrait des troupes britanniques d’Afghanistan et d’Irak, ainsi que la libération des « musulmans captifs » de la prison de haute sécurité de Belmarsh. Il désignait Gordon Brown et Tony Blair comme cibles.

Baitullah Mehsud

Le 5 février, Nigel Inkster, l’ancien directeur adjoint des services secrets extérieurs britanniques (MI6) présentait à Londres le très attendu rapport annuel de l’International Institute for Strategic Studies (IISS). À cette occasion, il a « confirmé » que Baitullah Meshud avait organisé l’assassinat de l’ancien Premier ministre pakistanais Benazir Bhutto, en décembre 2007. M. Inskter a désigné le chef néo-taliban comme le nouvel ennemi public n°1 de l’Occident en remplacement d’Oussama Ben Laden et d’Abou Moussab Al-Zarkaoui [Retenez bien ce nom : Baitullah Mehsud. Il animera vos cauchemars médiatiques durant les prochaines années.

Baitullah Mehsud est connu de longue date comme un chef de guerre pashtoun opérant au Waziristan (zone tribale pakistanaise, frontalière de l’Afghanistan). Il y a deux ans, il avait négocié le cessez-le-feu local et était alors présenté par ses amis états-uniens comme un « artisan de paix » [« Nous avons des rapports de renseignement indiquant que le leader d’Al Qaïda, Baitullah Meshud, est derrière l’assassinat [de Benazir Bhutto]. Nous venons juste de recevoir une interception de renseignement qui a été enregistrée ce matin et dans laquelle Baitullah Meshud félicite ses gens pour avoir réaliser cet acte lâche » [« [l’assassinat de Mme Bhutto] a été perpétré par un réseau autour de Baitullah Meshud. Nous n’avons aucune raison d’en douter » [On ne sait pas grand chose de Meshud, sauf la brève biographie que la lui a consacrée le mois dernier la Jamestown Foundation [L’agence texane Statfor a établi quant à elle un lien entre la secte des suspects de Barcelone et de précédentes affaires de terrorisme [L’envers du décor

L’affaire de Barcelone est exceptionnelle et l’on imagine que les gouvernements espagnol et britannique ont chaleureusement remercié la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) française —et particulièrement leur audacieux agent F-1— pour avoir déjoué ces complots et sauvé tant de vies innocentes.

Il n’en est rien. Car il y avait un deuxième niveau de manipulation.

Le lecteur attentif est peut-être déjà devenu soupçonneux devant la campagne médiatique alarmiste qui précédait ces projets d’attentat. Il aura remarqué la confusion entre courant wahhabite et déobandi. Il aura peut-être souri devant les menaces de « la veuve noire », prétendûment ancienne dirigeante d’Al-Qaïda, alors que cette mouvance —affirment les mêmes médias— refuse tout rôle politique aux femmes. Il se sera interrogé sur ce Mashud qui passe du jour au lendemain de statut d’« artisan de paix » à celui d’« ennemi public n°1 ». Et s’il a vu son interview sur Al-Jazeera, il se souviendra de ces commentaires du journaliste : « C’est un homme très simple. Il a une garde lourdement armée, mais il ne se comporte pas comme un chef inaccessible. Dans son village, il est chez lui. Contrairement à certains combattants étrangers d’Al-Qaida, il ne se cache pas ». Bref, il semble ignorer son nouveau rôle de méchant planétaire et ne craint pas de faire l’objet d’une attaque des forces spéciales états-uniennes.

Vient le moment où le masque tombe.

Les six terroristes de la cellule de planification arrêtés par Scotland Yard à l’aéroport de Gatwick, le 24 janvier, ont été longuement interrogés par le contre-espionnage britannique (MI5) au centre de haute sécurité de Paddington Green. Surprise : l’un était le frère cadet, trois autres les neveux, et les deux derniers des collaborateurs directs de Chaudhry Shujaat Hussain, président de la Pakistan Muslim League Quaid-i-Azam (PML-Q), le parti politique du président Pervez Musharraf. Tout ce petit monde rejoignait la suite de Pervez Musharraf, attendu à Londres. Ils n’avaient aucun éclaircissement à apporter sur leur passage à Barcelone. Après les vérifications d’usage, la raison d’État a prévalu. Ils ont été discrétement expulsés vers Islamabad (Pakistan) par le premier vol disponible tandis que Scotland Yard évoquait une méprise (mais alors, pourquoi les expulser ?) [S’il n’avait pas été déjoué le 19 janvier, le scénario de la terreur aurait été le suivant : les deux premiers jours du voyage de Pervez Musharraf en Europe (les 20-21 janvier à Bruxelles et Paris), la première cellule faisait 48 heures de carnage à Barcelone. Le 22 janvier, le président pakistanais étant toujous à Paris, une seconde cellule y opérait. Entre le 23 et le 25, alors que M. Musharraf pérorait au Forum économique de Davos, des bombes explosaient à Francfort. Et lors de son séjour à Londres (du 26 au 28), un attentat dévastait le tunnel sous la Manche.

Du Pakistan, Baitullah Mehsud revendiquait cette campagne de terreur. Accordant des interviews à la presse européenne, Pervez Musharraf dénonçait le tueur de Benazir Bhutto et appelait les forces armées US à l’aide. Déjà secrètement rendu sur place, l’amiral Mike McConell, directeur général du renseignement US, et le général Michael Heyden, directeur de la CIA, dirigeaient une opération contre Meshud. Malheureusement, ils le manquaient de peu, mais tuaient son adjoint, le Libyen Abu Laith al-Libi, le 31 janvier (ce dernier point a été quand même mené à bien à la date prévue, question de rentabiliser le déplacement). Le même jour, George W. Bush battait le tambour en prononçant un discours à Las Vegas sur la guerre globale au terrorisme. Le 1er février, à Paris, Nicolas Sarkozy appelait à un sursaut de l’Occident en recevant le secrétaire général de l’OTAN. Le lendemain à Londres, Gordon Brown et Dick Cheney répondaient à cet appel depuis la résidence des Chequers.

Le 5 février l’International Institute for Strategic Studies publiait un rapport qui venait à point pour évaluer l’ampleur de la menace Meshud. Les ministres de l’OTAN, réunis les 7 et 8 février à Vilnius (Lituanie), décidaient d’étendre les opérations de l’Alliance de l’Afghanistan au Pakistan.

Politique fiction ? Non. Outre que l’agenda des personnalités ci-dessus est exact, souvenez-vous comment, en 1978, le conseiller national de sécurité des États-Unis, Zbignew Brzezinski [Notez que l’International Institute for Strategic Studies de Londres avait été le seul organisme non-gouvernemental à rédiger un rapport accréditant la fable des armes de destruction massive en Irak et qu’il est passé maître dans l’art de l’intoxication [Ainsi, les services secrets militaires français et espagnols, et José Luis Rodríguez Zapatero, n’ont pas seulement empêché des attentats en Europe, ils ont empêché (ou au moins différé) une opération militaire de l’OTAN au Pakistan à laquelle ils sont viscéralement opposés.

 
 
[1] « L’Espagne en état d’alerte après un coup de filet antiterroriste », par Harold Hecke, Associated Press, 19 janvier 2008.

 

 

[2] Les dix personnes interpellées sont : Hafeez Ahmed, Maroof Ahmed Mirza , Mohammad Ayud Elahi Bibi, Imran Cheema, Shaib Iqbal, Mehmooh Khalib , Roshan Jamal Khan, Qadeer Malik, Mohammed Shoaib et Mohamed Tarik.

[3] Tres de los islamistas dispuestos a atentar en Barcelona han huído y su objetivo no era España, ABC, 25 janvier 2008.

[4] « Sospecha de la presencia en España de un comando proveedor », par Enrique Figuerdo et Eduardo Martin de Pozuello, La Vanguardia, 29 janvier 2008.

[5] « El jefe del grupo se formó cuatro años en una ’madrasa’ paquistaní », El Pais, 3 février 2007.

[6] « Spain terror plot : MEA in dark over arrest of Indians », Times of India, 26 janvier 2008.

[7] « Los detenidos tienen idéntico perfil que los autores del 7-J », El Pais, 27 janvier 2008.

[8] "¿Por qué vamos a atacar en el metro de Barcelona y no en otro lado ?", preguntó…, El Pais, 26 janvier 2008.

[9] « Islamistas.- El servicio secreto francés convocó de urgencia al CNI en Navidad para informarle del plan terrorista », Europa Press, 2 février 2008.

[10] « Terrorisme : le kamikaze infiltré changera d’identité en France », par Joana Viusà, L’Indépendant de Perpignan, 1er février 2008.

[11] « Suicide bomb suspects held at Gatwick after tip-off », par David Leppard, The Sunday Times, 3 février 2007.

[12] « Les services européens redoutent des attentats », par Arnaud De La Grange, Le Figaro, 21 janvier 2008.

[13] « Un appel terroriste visant la tour Eiffel a été intercepté au Portugal », par Yves Bordenave, Le Monde, 12 janvier 2008.

[14] « La « veuve noire » d’Al-Qaïda : « La France sera bientôt punie », propos recueillis par Jean-Marc Ducos, Le Parisien, 21 janvier 2008.

[15] « Abou Moussab al-Zarkaoui, super-héros du Mal », par Vladimir Alexe, Réseau Voltaire, 19 juillet 2005.

[16] « Le chef taliban Mehsud, principal ennemi d’Islamabad », par Nadia Blétry et Pir Zubair Shah, Le Temps, 7 février 2008.

[17] Déclaration en ourdou de Javed Iqbal Cheema sur PTV News, le 28 décembre 2007.

[18] « CIA Places Blame for Bhutto Assassination ; Hayden Cites Al-Qaeda, Pakistani Fighters », par Joby Warrick, The Washington Post, 18 janvier 2008.

[19] « Baitullah Mehsud – The Taliban’s New Leader in Pakistan », par Imtiaz Ali, Terrorism Focus, Volume 5, Issue 1 (January 8, 2008), Jamestown Foundation éd.

[20] « Baitullah Mehsud, nouveau chef taliban, défie l’armée pakistanaise », par Françoise Chipaux, Le Monde du 1er février 2008.

[21] « Tablighi Jamaat : An Indirect Line to Terrorism », Statfor, 23 février 2008.

[22] « Londres renoue avec la stratégie de la tension », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 juillet 2005.

[23] « Complot terroriste au Royaume-Uni : que se passe-t-il vraiment ? », par Craig Murray ; « Londres : terrorisme fictif, guerre réelle », par Jürgen Elsässer ; « Fabriquez vous-mêmes votre bombe au TATP », par Thomas C. Greene ; « L’alerte terroriste inquiète les Britanniques, sauf Tony Blair » ; « Les certitudes de Nicolas Sarkozy : “Un faisceau d’éléments permet de penser que la nébuleuse Al Qaïda n’est pas très éloignée de ce qui aurait pu se passer” » ; « Le mensonge des attentats à l’explosif liquide », par James Petras, Réseau Voltaire, 29 août 2006.

[24] « España tomó por terroristas a cargos del partido de Musharraf », El Pais, « El CNI confundió a familiares de un colaborador de Musharraf con islamistas », par Nando Garcia, El Mundo, 6 février 2008.

[25] « La stratégie anti-russe de Zbigniew Brzezinski », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 22 octobre 2004.

[26] « La Ligue anti-communiste mondiale, une internationale du crime », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 mai 2004.

[27] On trouvera un exposé détaillé de cette affaire dans l’ouvrage que lui a consacré le sous-directeur du renseignement indien qui fut chargé, pendant des années, de l’observer : Fulcrum of Evil : ISI-CIA-Al Qaeda Nexus par Maloy Krihna Dhar, Manas Publication, Delhi, 2006

[28] Lire L’Effroyable imposture 1, par Thierry Meyssan, mars 2002, réédition Demi-lune 2007.

[29] « Les experts qui ont donné raison à la CIA », Réseau Voltaire, 4 février 2004.

Vol de secrets nucléaires : Le london Times confirme les déclarations de Sibel Edmonds

[Gregoire Seither - IES News Service - 20/01/2008]

La bombe médiatique publiée par Sibel Edmonds dans le Sunday Times d’il y a 15 jours a été soigneusement ignorée par la presse occidentale et surtout U.S. Cette auto-censure de la presse semble lentement s’effriter. Plusieurs stations de radio aux Etats-unis ont repris les informations données par Mme Edmonds et l’ont interviewée par téléphone. En Grande-Bretagne, c’est le très sérieux London Times, dans son édition du jour qui titre sur “Le vol des secrets nucléaires”

Et dans la foulée, il nous révèle une information nouvelle (voir en fin d’article) :

“Le FBI a été accusé d’avoir étouffé un dossier clé apportant des preuves détaillées d’un cas de corruption à un très haut niveau du gouvernement des Etats-unis en relation avec un réseau d’espionage de secrets nucléaires à destination du Pakistan et de l’Iran.

Ces accusations ont été faites à la suite de la publication, le 6 janvier dernier, dans le journal “The Sunday Times” d’un article sur Sibel Edmonds, une dénonciatrice du FBI qui a travaillé pour l’agence lors de l’enquête sur ce réseau.

Edmonds, qui a aujourd’hui 37 ans, est une ancienne traductrice de Turc qui a écouté et traduit des centaines de conversations sensibles interceptées par le services secrets U.S., lors de son travail au centre d’enquêtes du FBI, à Washington. (…)

L’un des documents cités par Mme Edmonds, porte la côte 203A-WF-210023. Mais la semaine dernière, dans une réponse à une demande de communication de ce document au titre du “Freedom of information act”, le FBI a répondu qu’il n’existait aucun document portant cette côte. Cette affirmation s’est avérée fausse quand la rédaction du “Sunday Times” a pu obtenir un document signé d’un directeur du FBI et qui confirme l’existence de ce document. (…)

La demande de communication de ce document, dans le cadre de la loi sur l’accès des citoyens aux documents administratifs (FOIA) n’a pas été déposée par Mme Edmonds mais par un groupe étatsunien de défense des droits de l’homme, la “Liberty Coalition”, sur la base d’une information reçue d’un correspondant anonyme.

La lettre du FBI donne un certain nombre d’indications sur le contenu de ce dossier, indications qui confirment les révélations faites par Mme Edmonds. Selon elle des membres de la communauté diplomate turque aux Etats-unis ont mis en place un réseau de collecte d’informations sensibles sur l’industrie nucléaire. L’implication de la Turquie n’était d’ailleurs qu’un paravent, les vrais commanditaires étaient les militaires pakistanais et les services secrets de ce pays, l’ISI, Inter-Services Intelligence. Mme Edmonds affirme que des haut fonctionnaires corrompus ont apporté leur assistance au résau, utilisant des organisations culturelles et économiques, comme le American-Turkish Council (ATC) comme points de relais.” (…)

Parmi les accusations proférées par Mme Edmonds, il y a notamment le fait qu’un haut fonctionnaire de la Maison Blanche aurait fourni au réseau d’espionnage des informations sur l’enquête de la CIA, l’avisant de ne pas approcher la société Brewster Jennings étant donné que celle-ci était une société écran pour la CIA dans son enquête sur le trafic de matières nucléaires.

Cette trahison de la part du haut fonctionnaire en question est survenue deux ans avant que la société Brewster Jennings soit révélée au grand jour, quand, suite à une fuite orchestrée, l’une de ses employés, Valerie Plame, fut “grillée” par la presse comme étant une agente de la CIA.

Mme Plame est l’épouse d’un diplomate, Joseph Wilson qui avait mis dans l’embarras l’Administration Bush lors de la préparation de l’invasion de l’Irak en démontrant que certains éléments présentés par la Maison Blanche pour prouver que Saddam Hussein cherchait à se doter de l’arme nucléaire étaient faux et avaient été fabriqués par les conseillers du Président Bush. Il fut donc soupçonné qu’elle avait été grillée par vengeance contre son mari. L’affaire devint une cause célèbre aux U.S. avant d’aboutir à la condamnation, en 2007, de Lewis Libby, “spin doctor” et proche conseiller du Président Bush.”

Tout comme le “Sunday Times”, le “London Times” ne nomme pas le haut fonctionnaire, alors que de très nombreux analystes de l’affaire ont présenté des preuves, depuis 2004, qu’il s’agit en fait de Marc Grossman.

Si les affirmations de Sibel Edmonds sont vraies, alors non seulement la couverture de Mme Wilson a été “grillée” par l’Administration Bush mais , deux ans auparavant, l’intégralité de l’opération d’infiltration du marché noir nucléaire par la CIA a été “grillée” par un haut fonctionnaire de l’Administration U.S.

Il n’est pas anodin de mentionner que Marc Grossman, travaillant pour l’Administration Clinton, savait pertinement que les informations qu’il vendait aux Turcs étaient en fait destinés au Docteur Folamour pakistanais, le Professeur A.Q. KhanAbdul-Qadeer-Khan-Profile Dec-07 , qui a exporté la technologie nucléaire militaire vers l’Iran et la Corée du Nord.

Mais, à l’époque, à la Maison Blanche des Clinton, on était très ami avec le Pakistan… il n’est donc pas impossible qu’il y ait eu des consignes de tout faire pour empécher la CIA d’aller mettre son nez dans les petits traffics du Docteur Khan et de son parrain politique, le Général Pervez Musharraf.

A noter également que, en 2005, l’ancien conseiller pour la sécurité nationale du Président Bill Clinton, a été condamné pour avoir fait disparaître un certain nombre de documents classifiés des Archives Nationales, afin de les soustraire à la commission d’enquête sur le 11 septembre. Parmi les documents “emportés par mégarde”, il y aurait notamment un dossier (jamais retrouvé) sur les amitiés particulières des Clinton au Pakistan…

L’affaire Sibel-Edmonds est loin d’avoir encore révélé tous ses secrets.

Lundi 21 Janvier 2008

http://libertesinternets.wordpress.com/

Le président pakistanais s’emporte contre ses critiques

K. Ratnayake, Mardi 08 Janvier 2008

Le président pakistanais Pervez Moucharraf est de plus en plus assiégé depuis l’assassinat de la dirigeante de l’opposition Benazir Bhutto. La version officielle de la mort de Bhutto est en miettes, soulevant encore plus la question de l’implication de sections du régime dans le meurtre et menaçant de faire exploser les manifestations de l’opposition avant les élections nationales qui ont été reportées au 18 février.

Des images vidéo montrent un tireur près de la voiture de Bhutto, qui tire visiblement sur elle alors qu’elle salue la foule par le toit ouvrant de la voiture. Bhutto s’effondre dans la voiture et l’instant d’après l’explosion de l’attentat suicide pulvérise la scène. Des témoins oculaires et des représentants officiels de son parti, le Parti du peuple du Pakistan (PPP), insistent sur le fait qu’elle a été abattue. Cependant, l’enquête officielle prétend que la mort de Bhutto ne peut être attribuée à des blessures dues à des projectiles d’armes à feu, mais à des blessures qu’elle aurait subies en se frappant la tête sur une poignée du toit ouvrant de la voiture.

Ce scénario sert un objectif politique défini. Même avant que l’enquête ne débute, le régime mettait l’assassinat sur le compte de al-Qaïda, affirmant que ce n’était qu’un autre attentat suicide dans la myriade des attentats suicides menés par les groupes pro-talibans dirigés par Baitullah Mehsud. La présence d’un tireur ne correspond pas à ce scénario, et soulève des questions embarrassantes à propos de son identité. L’assassinat s’est produit dans la ville garnison de Rawalpindi, là où les quartiers généraux de l’armée sont basés.

L’assassinat a été suivi par des jours de manifestations et d’émeutes animées de la conviction largement répandue que le gouvernement ou les militaires, sur qui s’appuie Moucharraf, sont responsables et que l’enquête officielle est une couverture. Mehsud a nié toute implication. Le mari de Bhutto, Asif Ali Zadari a refusé de donner l’autorisation pour une autopsie, disant à la presse qu’il avait vécu « assez longtemps » au Pakistan pour savoir comment cette procédure allait être menée.

Alors que la version officielle des faits commençait à tomber en morceaux, Moucharraf a été forcé d’accepter une offre d’assistance de Scotland Yard d’Angleterre pour donner un semblant de crédibilité à l’enquête policière. Il a continué de rejeter les demandes du PPP pour la tenue d’une enquête internationale complète comme celle menée par l’ONU pour le meurtre du premier ministre libanais, Rafik al-Harari, en 2005.

Lors d’une conférence de presse télévisée avec des journalistes de l’étranger jeudi dernier, Moucharraf a reconnu pour la première fois qu’il y avait des « problèmes » avec l’enquête et de « l’incertitude… sur la cause exacte de la mort ». Mais il s’est opposé à toute suggestion que les forces de sécurité sont responsables de l’assassinat, que ce soit directement ou indirectement à cause de mesures de sécurité déficientes.

Le président a déclaré qu’il n’est pas entièrement satisfait de l’enquête, mais a insisté sur le fait que le gouvernement n’avait pas « de plans pour masquer la preuve ». Lorsqu’on lui a demandé pourquoi la police avait nettoyé les lieux de l’assassinat, détruisant ainsi les preuves qui auraient pu s’y trouver, Moucharraf a répondu absurdement : « Pourquoi ne l’auraient-ils pas fait ? Si vous voulez dire qu’ils l’ont fait intentionnellement, je dirais que non. Ce n’est que de l’inefficacité, que des personnes qui ont pensé qu’il fallait nettoyer la place; les automobiles devaient circuler. »

Après avoir accusé les groupes islamistes, Moucharraf a dit que c’était une « farce » que de laisser entendre que l’armée et les agences du renseignement pouvaient utiliser, pour leurs propres fins, les mêmes personnes qui les attaquent. « Aucune organisation du renseignement au Pakistan ne peut endoctriner un homme pour qu’il se fasse exploser », a-t-il ajouté.

Le fait même que Moucharraf soit obligé de faire de telles déclarations est une indication que très peu de personnes le croient. L’armée pakistanaise et sa puissante agence du renseignement, l’ISI (Inter-Services Intelligence), ont une longue association avec les organisations islamistes, qui remontent à l’époque de la dictature du général Zia-ul Haq. L’ISI a joué un rôle central dans le djihad anti-soviétique parrainé par la CIA en Afghanistan dans les années 1980, duquel sont nées des organisations comme al-Qaïda et d’autres milices islamistes. Il est très probable que des éléments du gouvernement et/ou de l’armée ont collaboré avec des groupes liés à al-Qaïda pour éliminer un ennemi commun.

Après la première tentative d’assassinat dirigée contre elle en octobre dernier, Bhutto avait envoyé une lettre au président qui identifiait quatre personnalités de son régime, y compris Chaudhry Pervez Elahi, un ancien ministre important de la province du Punjab, comme des ennemis voulant la tuer. On a officiellement interdit à l’équipe de Scotland Yard sur les lieux d’interroger ces quatre individus. Au moins à la conférence de presse de jeudi, Moucharraf a défendu sa décision, disant que « Je ne laisserai personne monter une chasse aux sorcières et commencer à faire du grabuge. »

Avant son retour au Pakistan en octobre, l’administration Bush avait fait pression pendant des mois pour que Bhutto et Moucharraf arrivent à s’entendre sur un partage du pouvoir, ce qui aurait contribué à renforcer le régime militaire impopulaire. La possibilité que le PPP puisse gagner l’élection et que Bhutto devienne première ministre suscitait la ferme opposition du parti dirigeant, la Ligue arabe-Q du Pakistan, qui risquait de perdre ses privilèges et le pouvoir, ce qui donnerait une raison aux dirigeants de cette organisation de vouloir la mort de Bhutto.

Moucharraf a accusé Bhutto elle-même parce qu’elle aurait ignoré les avertissements sur sa sécurité. « Qui faut-il blâmer pour son geste consistant à sortir du véhicule et à se tenir debout à cet endroit ? Qui faut-il blâmer ? Les agences qui font respecter l’ordre ? » a-t-il demandé. La porte-parole du PPP, Sherry Rehman a dit que les commentaires étaient « absurdes » et une insulte contre Bhutto et les autres qui sont morts pour avoir exercé leur droit garanti par la constitution d’assister à un rassemblement public. Rehman a accusé le régime de n’avoir pas répondu aux requêtes de Bhutto pour une meilleure sécurité. Elle a dit qu’un seul véhicule de la police se trouvait sur les lieux et « toute la journée, je n’ai pratiquement pas vu de policiers ».

L’appui américain

Le fait que Moucharraf ait été mis sur la défensive lors de la conférence de presse de la semaine dernière souligne la crise politique de son régime. Ce dernier dépend fortement de l’appui politique et financier de l’administration Bush, qui exige du Pakistan qu’il intensifie la guerre contre les milices islamiques dans les régions tribales le long des frontières afghanes. Le soutien de Moucharraf à la soi-disant « guerre au terrorisme » de Washington a alimenté un large sentiment antiaméricain et a aliéné certaines sections de l’armée.

Le président Bush a de nouveau offert son plein appui à l’homme fort pakistanais, s’adressant à Reuters jeudi : « J’ai toujours été un partisan du président Moucharraf. Je crois qu’il est solide dans la guerre contre le terrorisme. Il connaît très bien les risques liés aux extrémistes et aux terroristes. Après tout, ils ont essayé de le tuer. » Samedi, lors de son discours radiophonique hebdomadaire, Bush a insisté que les Etats-Unis et le Pakistan devaient utiliser « chaque outil nécessaire dans les domaines du renseignement, de la police, de la diplomatie, de la finance et du pouvoir militaire afin de traduire en justice nos ennemis communs ».

Le New York Times a révélé dimanche que de hauts représentants de la Maison-Blanche, dont le vice-président Dick Cheney, s’étaient rencontrés vendredi pour discuter d’opérations secrètes américaines beaucoup plus agressives à l’intérieur du Pakistan (voir en anglais : “Secret White House meeting plans US military escalation in Pakistan”). Toute action en ce sens ne servira qu’à déstabiliser davantage les régions tribales et alimenter encore plus l’opposition antiaméricaine, aggravant ainsi les difficultés politiques auxquelles fait face le régime pakistanais.

Reflétant les préoccupations des milieux dirigeants européens, l’International Crisis Group (ICG) basé à Bruxelles a émis le 2 janvier un communiqué demandant à Washington de cesser d’appuyer Moucharraf. Il est clair que l’on craint que les flagrantes méthodes antidémocratiques du président pakistanais, y compris l’imposition de l’état d’urgence et la création de tribunaux favorables au régime, créent les conditions pour une explosion sociale et politique au pays.

« Il est temps pour la communauté internationale, et particulièrement les Etats-Unis, de reconsidérer son soutien à la dictature au Pakistan et d’admettre que la démocratie, et non pas un général artificiellement maintenu au pouvoir, défroqué et largement détesté, est le meilleur moyen d’apporter la stabilité et d’annuler les gains des extrémistes islamiques », affirme le rapport. Le tout nouvel intérêt de l’ICG pour la démocratie pakistanaise pourrait indiquer un tournant de l’Union européenne vers une implication plus concertée dans le pays.

Le document de l’ICG a été accueilli par des réactions furieuses à Islamabad. Un porte-parole gouvernemental a dénoncé l’appel à mettre fin au règne de Moucharraf comme étant biaisé et frisant « l’encouragement à la sédition ». Il a dénoncé l’ICG pour n’avoir aucune crédibilité et pour ne « représenter personne, particulièrement dans les affaires intérieures du Pakistan ». Même si le régime pakistanais n’est pas dans une position pour réprimander l’ICG, le terme « sédition » a été choisi pour intimider les dirigeants de l’opposition et les médias.

Même s’il a formellement retiré l’état d’urgence imposé en novembre, Moucharraf a continué de réprimer l’opposition politique. Dimanche, le journal pakistanais News a cité un fonctionnaire de haut rang qui disait que le gouvernement avait pris des mesures répressives contre les activistes du PPP impliqués dans les émeutes qui suivirent l’assassinat de Bhutto. Il estimait que « les chiffres pourraient aller jusqu’à 10 000 » et a déclaré qu’il « n’y aurait pas de clémence pour ceux qui causent des dommages coûtant des milliards de roupies ».

Des plaintes formelles ont été portées contre des milliers de gens dans différentes villes et des « enquêtes préliminaires » sont déjà en train de débuter. Le responsable a affirmé que le gouvernement a donné des directions strictes aux autorités de la province de Sindh – le château fort de Bhutto – afin de mettre au pas de « hauts fonctionnaires et sous-fonctionnaires de l’État qui ont montré de la négligence ou qui ont simplement abandonné leurs fonctions durant la manifestation ».

Un article dans le New York Times de samedi détaillait les efforts du régime pour museler et intimider les avocats qui avaient mené le mouvement d’opposition contre les purges de Moucharraf envers la Cour. Aitzaz Ahsan demeure en résidence surveillée à Lahore et il lui est interdit de parler à des étrangers, incluant les ambassadeurs américains et britanniques au Pakistan qui ont récemment tenté de le visiter à son domicile. Son ami et collaborateur, Muneer Malik, était en mesure de parler à la presse, mais était physiquement faible après trois semaines en prison où il est presque mort en raison de la déshydratation, de la malnutrition et de la présence de toxines inconnues, selon les docteurs de Malik.

Hier, plus de 250 personnes, incluant des avocats et d’autres activistes, ont protesté près de la maison de Ahsan, demandant le retour des juges chassés dans les purges du mois dernier. Mais, les grandes manifestations semblent s’être temporairement dissipées, en grande partie en raison de l’appui du PPP et des autres partis de l’opposition pour la décision de retarder les élections et d’éviter toute confrontation politique avec le régime.

Cependant, le fait que Moucharraf ait été mis sur la défensive face aux critiques, particulièrement concernant l’enquête sur l’assassinat de Bhutto, démontre que la crise de son régime ébranlé est loin d’être terminée.

(Article original paru le 7 janvier 2008)
http://www.wsws.org

Affaire Sibel Edmonds: le retour!

De nouvelles révélations faites au Sunday Times par Sibel Edmonds

A Vendre : Secrets Nucléaires Mortels de l’Occident

«… Les Turcs et les Israéliens avaient planté des « taupes » dans des institutions militaires et universitaires qui s’occupaient de technologie nucléaire…Il y avait plusieurs transactions de matériel nucléaire chaque mois, et les Pakistanais étaient parmi les acheteurs éventuels. « Le Réseau semblait obtenir des informations de chaque agence nucléaire aux US…»

A Vendre : Secrets Nucléaires Mortels de l'Occident

A Vendre : Secrets Nucléaires Mortels de l’Occident

Une dénonciatrice a fait toute une série d’affirmations extraordinaires concernant le fait que des responsables gouvernementaux corrompus ont autorisé le Pakistan et d’autres pays à voler des secrets sur des armes nucléaires.

Sibel Edmonds, l’ancienne traductrice de 37 ans en langue turque ayant travaillé pour le FBI, a écouté des centaines de conversations sensibles interceptées alors qu’elle travaillait au bureau des opérations de l’agence à Washington.

Elle a pris contact le mois dernier avec le Sunday Times après avoir lu un article sur un terroriste d’Al Qaeda qui avait révélé son rôle dans la formation de certains de ceux ayant détournés les avions lors du 11 septembre tandis qu’il était en Turquie.

Edmonds a décrit comment des agents étrangers avaient obtenu le soutien de fonctionnaires US pour placer un réseau de taupes dans des institutions sensibles militaires et nucléaires.

Parmi les heures d’enregistrements audio, elle dit qu’elle a entendu des preuves qu’un haut fonctionnaire bien connu au sein du Département d’Etat US était payé par des agents Turcs pour vendre des informations à des acheteurs sur le marché noir, inclus le Pakistan.

Le nom de ce fonctionnaire – qui a occupé toute une série de postes de haut niveau au sein du gouvernement – est connu du Sunday Times. Il nie avec force les affirmations.

Cependant, Edmonds a dit : « Il aidait des agents étrangers contre les intérêts des US en leur faisant passer des informations classées top secret, non seulement du Département d’Etat, mais aussi du Pentagone, en échange d’argent, position et objectifs politiques. »

Elle affirme que le FBI collectait aussi des preuves contre des fonctionnaires de haut rang du Pentagone – incluant des personnalités connues de tous- qui aidaient les agents étrangers.

« Si vous rendez public toute l’information que le FBI a sur cette affaire, vous verrez des personnes haut placées poursuivies dans des affaires criminelles, » a-t-elle dit.

Son histoire montre à quel point l’Occident a été infiltré par des états étrangers cherchant des secrets nucléaires. Cela illustre comment des fonctionnaires gouvernementaux occidentaux ferment les yeux, ou ont même aidé, des pays comme le Pakistan à acquérir la technologie sur la bombe.

Le réseau nucléaire élargi a été sous surveillance pendant des années par un travail conjoint des services de renseignement américano anglais. Mais, au lieu d’y mettre fin, des enquêtes menées par des services juridiques chargés de l’application des lois tel que le FBI et le Revenue & Customs britannique ont été sabotées pour préserver les relations diplomatiques.

Edmonds, qui parle couramment le Turc et le Farsi a été recrutée par le FBI après les attaques du 11 septembre. Ses affirmations précédentes sur l’incompétence au sein du FBI sont bien documentées en Amérique.

Elle a apporté des preuves devant des réunions à huit clos du Congrès et de la Commission du 11 septembre, mais une grande partie des points clés de ses témoignages sont restés secrets. Elle a maintenant décidé de divulguer certaines de ces informations après avoir été déçue par l’échec des autorités US à agir.

L’un des principal rôle d’Edmonds au sein du FBI était de traduire des milliers d’heures de conversations tenues par des cibles diplomatiques et politiques Turques qui avaient été enregistrées clandestinement par l’agence.

Un grand nombre d’enregistrements avaient été accumulés, certains remontant à 1997, dont le FBI avait besoin pour son enquête sur les liens entre des cibles Turques et Pakistanaises, Israéliennes et Américaines. Avant de quitter le FBI en 2002, elle a entendu des preuves qui faisaient ressortir des actions de blanchiment d’argent, d’importation de drogues et de tentatives d’acquisition de la technologie pour des armes conventionnelles et nucléaires.

« Ce que j’ai trouvé était accablant » a –t-elle dit. « Tandis que le FBI enquêtait, plusieurs branches du gouvernement couvraient ce qui se passait. »

Les Turcs et les Israéliens avaient planté des « taupes » dans des institutions militaires et universitaires qui s’occupaient de technologie nucléaire. Edmonds a dit qu’il y avait plusieurs transactions de matériel nucléaire chaque mois, et les Pakistanais étaient parmi les acheteurs éventuels. « Le Réseau semblait obtenir des informations de chaque agence nucléaire aux US, » a-t-elle dit.

Ils ont été aidé, a-t-elle dit, par le haut fonctionnaire du Département d’Etat qui fournissait à certaines de leurs taupes – principalement des Etudiants en PhD – un passe sécurisé pour travailler dans des installations de recherche nucléaire sensible. Cela incluait le laboratoire nucléaire de Los Alamos au Nouveau Mexique, qui est responsable pour la sécurité de la force de dissuasion nucléaire US.

Lors d’une conversation qu’a entendue Edmonds le fonctionnaire faisait les arrangements pour récupérer 15 000 § en espèces de pot de vin. Le paquet devait être jeté à un endroit convenu par quelqu’un de la communauté diplomatique Turque qui travaillait pour le réseau.

Les Turcs, dit –elle, agissaient souvent comme intermédiaire pour l’ISI (Inter Services Intelligence) l’agence d’espionnage du Pakistan, parce qu’ils étaient moins sujets à attirer les soupçons. Des lieus tels que celui du American Turkish Council (Conseil Américain Turc) à Washington étaient utilisés pour déposer l’argent liquide, qui était récupéré par le fonctionnaire.

Edmonds a dit : « j’ai entendu au moins 3 transactions comme celle là sur une période de 2 ans ½. Probablement qu’il y en a certainement plus. »

L’opération du Pakistan était dirigée par le Général Mahmoud Ahmad, alors chef du ISI.

Des communications interceptées montrent qu’Ahmad et ses collègues stationnés à Washington étaient en contact permanent avec des attachés de l’ambassade Turque.

Des analystes du renseignement ont dit que des membres d’ISI étaient proches d’Al Qaeda avant et après le 11 septembre. Effectivement, Ahmad a été accusé d’avoir endossé le virement du paiement de 100 000 $ à Mohammed Atta, l’un de ceux ayant détourné les avions du 11 septembre, juste avant les attaques.

Les résultats de l’espionnage ont presque certainement été passés à Abdul Qadeer Khan, le scientifique spécialiste du nucléaire Pakistanais.

Khan était un proche d’Ahmad et du ISI. Tandis qu’il dirigeait le programme nucléaire du Pakistan, il est devenu millionnaire en vendant des secrets atomiques à la Libye, l’Iran, la Corée du Nord. Il a aussi utilisé un réseau de sociétés en Amérique et en Grande Bretagne pour obtenir des composants pour le programme nucléaire.

Khan a provoqué une alerte parmi les agences de renseignements occidentaux quand ses aides ont rencontré Ben Laden. « Nous avions connaissance de contact entre des gens de A Q Khan et Al Qaeda » a dit un ancien officier de la CIA la semaine dernière. « Il y a eu une panique totale au début quand nous avons découvert cela, mais finalement à la fin cela s’est arrangé. »

C’est probable que les secrets nucléaires volés des US ont été vendus à un certain nombre d’états voyous par Khan.

Edmonds allait voir plus tard l’étendue des connections Pakistanaises quand on a découvert que l’une des collègues traductrices au FBI était la fille d’un fonctionnaire de l’ambassade Pakistanaise qui travaillait pour Ahmad. La traductrice a reçu un passe sécuritaire pour des informations classées top secret malgré les protestations d’enquêteurs du FBI.

Edmonds dit que des paquets contenant des secrets nucléaires étaient délivrés par des agents Turcs à des contacts à l’ambassade Pakistanaise à Washington, utilisant leur statut de membres de la communauté diplomatique et militaire comme couverture.

Suite au 11 septembre, un certain nombre d’agents étrangers* ont été appréhendés pour être interrogés parle FBI qui les soupçonnait d’avoir connaissance ou d’avoir aidé d’une certaine façon aux attaques.

Edmonds a dit que le fonctionnaire du Département d’Etat s’est montré de nouveau utile.
«Une cible principale appelait le fonctionnaire pointant certains noms sur la liste et disait, « nous avons besoin de les faire sortir des US parce que nous ne pouvons pas nous permettre qu’ils vendent la mèche » a-t-elle dit. « Le fonctionnaire a dit qu’il « s’en occuperait. ».

Les quatre suspects sur la liste ont été relâchés de l’interrogatoire et extradés.

Edmonds affirme également qu’un certain nombre de fonctionnaires de haut rang au Pentagone ont aidé les agents Israéliens et Turcs.

« Les gens ont fourni des listes de taupes potentielles au sein d’institutions liées au Pentagone qui avaient accès aux bases de données concernant cette information, » a –t-elle dit.

« Les responsables des agents, qui faisaient partie de la communauté diplomatique, essayaient alors de recruter ces personnes pour qu’elles deviennent des taupes pour le réseau. Les listes contenaient tous leurs « points faibles », qui pouvaient être financiers ou sexuels et sur lesquels faire pression, leur travail exact au Pentagone et à quel type de document ils avaient accès. »

L’une des personnalités du Pentagone sous enquête c’était Lawrence Franklin, un ancien analyste du Pentagone qui a été emprisonné en 2006 pour avoir passé des informations sur la Défense US à des lobbyistes (du Lobby pro sioniste AIPAC actuellement poursuivis ndlt) et d’avoir partagé des informations classées secret défense avec un diplomate israélien.

« C’était l’une des personnes au sommet fournissant des informations et des paquets pendant les années 2002 2001 » a –t-elle dit.

Une fois récupérés, les secrets nucléaires ont pu aller n’importe où. Le FBI a surveillé des diplomates Turcs qui vendaient des copies de l’information au plus offrant.

Edmonds a dit : «Certains agents Turcs avides d’argent faisaient des copies du matériel et cherchaient des acheteurs. Ils avaient des agents chargés de trouver des acheteurs potentiels. »

Au cours de l’été 2000, Edmonds dit que le FBI a surveillé l’un des agents alors qu’il rencontrait deux hommes d’affaires Saoudien à Détroit pour vendre des informations nucléaires volées d’une base de l’armée de l’air en Alabama. Elle a surpris l’agent entrain de dire : « nous avons un paquet et nous allons le vendre pour 250 000 $. »

L’emploi d’Edmonds au FBI n’a duré que six mois. En mars 2002, elle a été congédiée après avoir accusé un collègue de couvrir des activités illégales de nationaux Turcs.

Elle a toujours affirmé qu’elle a été victime pour avoir parler ouvertement et a été innocentée par une enquête du bureau de l’Inspection Générale qui a étudié son cas trois ans plus tard. Ils ont trouvé que l’une des raisons qui avait contribué à son licenciement c’était qu’elle avait émis des reproches justifiés.

Le procureur général US a imposé un ordre étatique arguant du privilège du secret sur elle, ce qui l’empêche de révéler plus de détails des méthodes du FBI et des enquêtes en cours.

Ses accusations ont été entendues lors d’une réunion à huit clos du Congrès, mais aucune action n’a été entreprise et elle continue de faire campagne pour une audition publique.

Elle a pu discuter du cas avec le Sunday Times parce qu’à la fin de janvier 2002, le Ministère de la Justice avait mis fin au programme.

Le fonctionnaire haut gradé du Département d’Etat n’y travaille plus. La semaine dernière il a nié toutes les accusations d’Edmonds : « si vous m’appelez pour me dire que quelqu’un a dit que j’ai pris de l’argent, c’est outrageant… je n’ai rien à dire sur de telles choses si stupides et ridicules. »

Dans ses recherches faites pour écrire cet article, le Sunday Times a parlé avec deux officiers du FBI (l’un en poste l’autre un ex) et deux ex sources de la CIA qui ont travaillé sur la prolifération nucléaire. Bien qu’aucun n’avait connaissance des accusations spécifiques contre les fonctionnaires qu’elle a nommés, ils ont effectivement fourni une corroboration coïncidant avec l’histoire d’Edmonds.

L’une des sources de la CIA a confirmé que les Turcs ont acquis des secrets nucléaires des US et ont partagé les informations avec le Pakistan et Israël. « Nous n’avons aucune indication que la Turquie a ses propres ambitions nucléaires. Mais les Turcs sont des commerçants. A ma connaissance ils sont devenus de grands acteurs à la fin des années 90, » selon la source.

06/01/08 Copyright The Sunday Times. Cet article n’est pas signé il est suivi d’un résumé intitulé "Comment le Pakistan a obtenu la bombe, puis l’a vendue à ceux faisant les offres les plus élevées".

Lire la totalité du document

Traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org

 

Remarques :

Il faut replacer cette information dans son contexte géopolitique actuel :

1) Les relations entre le Pakistan et les US sont tendus, on parle même dans les médias anglo-saxons d’une possible intervention d’unités spéciales US pour « sécuriser » les sites nucléaires Pakistanais, entendez mettre la main sur l’arme de dissuasion du Pakistan et ce qui reste d’indépendance de ce pays vis-à-vis des US. Tout cela doit être aussi vu dans le cadre d’un probable renforcement de l’action militaire US/OTAN en Afghanistan. Le scénario Al Qaeda et sa possible main mise sur une « bombe sale » ne sont qu’un écran de fumée entretenu par des médias complaisants.

2) Les relations entre la Turquie et les US sont également tendues notamment en ce qui concerne le Nord de l’Irak, où la Turquie voit d’un très mauvais oeil une éventuelle indépendance Kurde.

3)Tout ceci fait partie de la déstabilisation amorcée par les US (« Destruction Positive ») dans cette région avec la complicité de leurs alliés occidentaux dont la France de Sarkozy qui prévoit un renforcement de la participation française militaire en Afghanistan.

Il faut aussi replacer cette information dans son contexte médiatique :

The Sunday Times appartient au magnia des medias Rupper Murdoch, (Fox News la TV pro guerre US c’est lui), un pro néo con américano sioniste notoire qui a affirmé il y a peu (information reprise dans le journal le Monde) qu’il influençait sciemment le contenu de ses médias. En révélant maintenant ces informations détenues depuis un mois (comme écrit dans l’article plus haut), il se fait donc l’écho du mécontentement et de la pression exercée par Washington sur ses « alliés » Turcs et Pakistanais, qui semblent ne pas être suffisamment dociles au goût de Washington. De plus, il minimise l’implication israélienne dans ces affaires. * On peut rappeler par exemple que plus d’une centaine de faux étudiants (agents du Mossad) en art israéliens ont été arrêtés et interrogés en lien avec les attaques du 11 septembre, juste après, dont certains (déguisés en déménageurs) ont été vus et filmés entrain de se réjouir en contemplant les tours attaquées. Ils ont tous été expulsés vers Israël et les informations recueillies les concernant sont classées top secret, même la Commission du 11 septembre n’y a pas eu accès.

Tous ceux qui remettent, à juste titre – Deux responsables de la Commission ayant enquêté sur le 11 septembre viennent d’accuser la CIA de leur avoir cacher l’existence des enregistrements des tortures de certains détenus de Guantanamo dont les témoignages obtenus sous la torture ont été utilisés à charge pour déterminer qui était responsable – en question la version officielle des attaques du 11 septembre évoquent la complicité du Mossad qui aurait été au courant (voire plus) notamment en surveillant ceux qui ont détourné les avions (Certains de ces étudiants étaient voisins de ces hitjakkers).

Enfin dernier point indirectement lié : La « tournée » au Moyen Orient de G.W Bush n’a rien à voir avec le problème palestinien mais se concentre sur la volonté de Washington de contrer le développement régional de l’Iran notamment parce que l’Iran est entrain de développer des liens avec les pays arabes de la région (le dernier en date le rapprochement Iran/Egypte), ce qui déplaît fortement aux américano sionistes. Les médias sionistes rapportent que Bush doit s’entretenir avec le gouvernement de Tel Aviv de plans militaires sionistes d’attaques des installations nucléaires iraniennes. Faisant écho à cette information, G.W Bush a réitéré l’engagement des US à défendre son allié Israël si l’Iran l’attaquait. Une attaque contre l’Iran n’est pas du tout écartée, et le scénario probable est celui déjà mentionné par le Vice Président Américain Dick Cheney, un néo con :

Une attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes, des représailles iraniennes contre Israël justifiant une intervention militaire américaine contre l’Iran.

Une extrême vigilance pour 2008 reste donc de mise, surtout pendant les premiers mois de cette année, car les américano sionistes n’ont pas du tout abandonné leur projet d’attaque contre les installations nucléaires de l’Iran.

Pour mémoire : l’affaire Sibel Edmonds

http://www.reopen911.info/11-septembre/l%e2%80%99affaire-sibel-edmonds/

Sibel Edmonds

Bhutto: La CIA bientôt sur place

Par Marie DESNOS (leJDD.fr), le 06/01/08

Alors que l’assassinat de Benazir Bhutto a fait rejaillir la menace Al-Qaïda au Pakistan, les Etats-Unis envisageraient de lancer une opération dans le pays. Et ce au détriment de l’Afghanistan, qui a eu la "priorité" pendant "des années" en matière de lutte anti-terroriste. Des zones d’ombres persistent sur les circonstances de la mort de l’ancien Premier ministre.

Hommage à Bhutto

Les taliban et Al-Qaïda menacent le Pakistan. C’est ce que semblent penser les Etats-Unis, qui songeraient, selon le New York Times, à intervenir dans le pays. Une délégation de la CIA pourrait en effet être envoyée sur place, afin de mener des opérations clandestines dans des zones tribales où seraient retranchés des extrémistes, et ce en collaboration avec les forces spéciales pakistanaises. Citant des hauts responsables de l’administration, le quotidien américain explique que ce débat résulte d’un rapport faisant état de l’intensification de l’activité des taliban et d’Al-Qaïda pour déstabiliser le gouvernement pakistanais. Il fait suite à l’assassinat, il y a dix jours, de l’ancien leader de l’opposition, Benazir Bhutto.

"Après des années de priorité accordée à l’Afghanistan, nous pensons que les extrémistes entrevoient désormais la chance de décrocher le gros lot en créant le chaos au Pakistan", explique un haut responsable au journal. Le New York Times précise qu’une réunion s’est tenue vendredi à la Maison blanche à ce sujet, en présence du vice-président Dick Cheney, de la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice, et des principaux conseillers de George Bush en matière de sécurité.

Scotland Yard enquête

Si la piste Al-Qaïda est évoquée depuis la mort de l’ancien Premier ministre, elle ne fait pas l’unanimité. D’abord, la nébuleuse islamiste a elle-même démenti être liée à cet assassinat, survenu le 27 décembre à Rawalpindi, alors que la fondatrice du Parti du peuple pakistanais (PPP) quittait un meeting électoral. Ensuite, le parti de la victime ne croit pas non plus à cette thèse.

A la demande du président Pervez Musharraf, des enquêteurs de Scotland Yard sont arrivés vendredi au Pakistan pour participer à l’investigation. Ils devront en outre faire la lumière sur les circonstances exactes de la mort Benazir Bhutto, qui font polémique. Alors que les autorités assurent que l’emblème de l’opposition pakistanaise est décédé en heurtant un rebord du toit ouvrant de sa voiture, l’opposition soutient pour sa part qu’elle a été tuée par balle avant l’explosion. Une hypothèse également envisagée par Pervez Musharraf. Ce dernier a reconnu que l’ancien Premier ministre a peut-être été touché par des tirs. Il a en revanche estimé, lors de l’enregistrement de l’émission 60 Minutes, que "pour s’être dressée debout dans la voiture", Benazir Bhutto est la "seule responsable" de sa mort.

Eu égard à la complexité de l’affaire, le PPP souhaiterait qu’une enquête menée sous l’égide des Nations unies soit ouverte. Une requête également formulée par le mari de la défunte, Asif Ali Zardari, dans une lettre envoyée aux médias américains. Le parti cite pour exemple la procédure qui a été mise en place après l’assassinat du ministre libanais Rafic Hariri, en 2005. Mais pour l’heure, le président pakistanais y est opposé. D’autant que cela supposerait l’implication d’un pays tiers dans l’assassinat.

Ambitions anglo-américaines derrière l’assassinat de Benazir Bhutto et déstabilisation du Pakistan

Par Larry Chin, Global Research, le 29 décembre 2007

Pour semer le chaos, un prétexte

http://www.alterinfo.net/photo/810744-992874.jpg

« Apporter la démocratie au monde musulman » c’est la rhétorique Orwellienne utilisée pour masquer l’utilisation par Bush-Cheney de la pression et de la force, leur tentative dramatique de modifier le gouvernement pakistanais pour en faire une coalition Bhutto/Sharif – Musharraf, et les plans en coulisse pour une intervention militaire. Différents plans de déstabilisation américains, connus de responsables et d’analystes, proposaient de renverser le pouvoir militaire au Pakistan.

L’assassinat de Bhutto semble avoir été anticipé. On a même rapporté qu’il y avait eu des « bavardages » parmi les responsables US sur de possibles assassinats, soit de Pervez Musharraf soit de Benazir Bhutto, bien avant que les tentatives récentes n’aient eu lieu.

Comme Jeremy Page l’a succinctement résumé dans son article
« Qui a tué Benazir Bhutto ? Les principaux suspects« , les principaux suspects sont :

1) « des militants pakistanais et étrangers islamistes qui voyaient en elle une hérétique et un larbin des américains » et

2) L’ISI (Inter-Services Intelligence – services secrets pakistanais ndlt), en fait une branche de la CIA. Le mari de Bhutto Asif Ali Zardari a accusé l’ISI d’avoir été impliqué dans l’attaque d’octobre.

L’assassinat de Bhutto a été comme prévu imputé à « Al Qaeda » sans qu’on mentionne le fait qu’Al Qaeda elle- même est une opération des services de renseignements anglo américains.

L’article de Page a été l’un des premiers à nommer l’homme qui a maintenant été visé comme étant le principal suspect : Baitullah Mehsud, un prétendu militant Taliban combattant l’armée pakistanaise à partir du Waziristan. Des rapports conflictuels établissent un lien entre Mehsud « Al Qaeda », le Taliban Afghan, et le Mullah Omar. D’autres analystes établissent un lien entre lui et le terroriste A.Q. Khan.

Le profil de Mehsud et la façon dont on parle de lui font écho à la manière dont la propagande traite tous les « terroristes » post 11 septembre. Ceci renvoie à son tour aux questions habituelles sur l’implication de la propagande des services secrets anglo –américains. Est –ce que Mehsud est lié au ISI ou à la CIA ? Que connaissaient la CIA et l’ISI sur Mehsud ? Plus important, est ce que Mehsud, ou la manipulation de la propagande l’entourant, fournit à Bush-Cheney un prétexte pour une agression futur dans la région ?

Propagande classique de la guerre contre le terrorisme

Alors que des détails de l’assassinat de Bhutto continuent d’être révélés, ce qui est clair c’est que c’était un coup politique, du même type que celui de l’agent US Rafik Hariri au Liban. Comme le coup très suspect d’Hariri, l’assassinat de Bhutto a été décrit par les médias de masse comme étant le martyr d’une grande messagère de la « démocratie » à l’Occidentale. Pendant ce temps, les actions brutales dans les coulisses du gouvernement US ont reçu peu d’attention.

Le 28 décembre 2007, la manière dont le New York Times a couvert l’assassinat de Bhutto offre l’exemple parfait de la distorsion Orwellienne par les medias de masse dissimulant, derrière l’écran de fumée de la propagande, de manière flagrante, la vérité sur l’agenda de Bush-Cheney. Cet article fait écho à la rhétorique de la Maison Blanche proclamant que les principaux objectifs de Bush sont d’ »amener la démocratie au monde musulman » et « de chasser les militants islamistes ».

En fait, l’administration ouvertement criminelle de Bush – Cheney n’a seulement soutenu et promu que l’antithèse de la démocratie : chaos, fascisme, et l’installation de régimes fantoches amis des anglo américains.

En fait, la géostratégie centrale et constante de Bush-Cheney, et de leurs homologues – élites partout dans le monde, c’est d’imposer continuellement et d’étendre la « guerre contre le terrorisme » fabriquée ; continuer la guerre à travers le continent eurasien, avec des évènements déclenchés par des opérations sous faux pavillon, et des prétextes fa briqués.

En fait, les principaux outils utilisés dans la « guerre contre le terrorisme » reste les militants islamistes, travaillant pour le compte des agences de renseignements militaires anglo américains – parmi eux « Al Qaeda », et l’ISI au Pakistan. Mehsud rentre dans ce profil.

Sauver la Pakistan de Bush-Cheney

http://www.alterinfo.net/photo/810744-992876.jpg

Dans une citation du même article du NYT, Wendy Chamberlain, l’ancien ambassadeur US au Pakistan (et un personnage central derrière les efforts multinationaux pour construire un pipeline trans-afghan, en lien avec le 11 septembre) déclare fièrement : « Nous sommes acteurs dans le système politique pakistanais. »

Non seulement les US ont continué à être « acteur » mais l’un des dirigeants au sommet pendant des décennies.

Chaque dirigeant pakistanais depuis le début des années 90 – - – Bhutto, Sharif, et Musharraf – - – se sont soumis aux intérêts de l’Occident. L’ISI est en fait une branche de la CIA.

Tandis que Musharraf a été, et reste, un homme fort pour Bush-Cheney, des questions sur sa « fiabilité » et le contrôle – à la fois le contrôle du régime sur la populace et sur l’agitation populaire croissante, et le contrôle de l’élite sur son régime – - – sont à l’origine des tentatives de pression maladroites de Bush – Cheney pour la mise en place d’un gouvernement de partage de pouvoir (pro US du type irakien). Comme l’a noté Robert Sheer, Bush-Cheney ont joué à « la Roulette Russe » avec Musharraf, Bhutto et Nawaz Sharif – - – chacun d’entre eux ayant été l’avant-garde consentante et profondément corrompue des US.

Le retour à la fois de Bhutto et de l’autre ancien premier ministre, Nawaz Sharif, a simplement été une tentative des US pour couvrir ses paris sur les pouvoirs régionaux.

Qu’est ce que John Negroponte et Condoleeza Rice mettaient vraiment en place ces derniers mois ?

Qui profite de l’assassinat de Bhutto ? La « guerre contre le terrorisme » l’environnement géostratégique et de propagande, le projet d’imposer une guerre permanente mondiale utilisé par les intérêts de l’élite après le 11 septembre, tout ceci bénéficie clairement de l’assassinat de Bhutto. Bush-Cheney et leurs homologues également complices, pro guerre/pro occupation, au sein du parti Démocrate qui soutiennent avec enthousiasme l’utilisation routinière du mot « terreur », prétexte pour imposer une politique de guerre continuelle.

Sont de nouveau la cible de la rhétorique politique de Washington, l’énoncé : peur, « terrorisme », « sécurité » et force militaire, et cela fait également partie du barrage médiatique 24h sur 24.

Les candidats à la présidentielle US de 2008 et leurs élites de conseillers pour la campagne, tous sans exception soutenant avec enthousiasme la « guerre contre le terrorisme », ont, chacun à leur tour, présenté leur version respective de la rhétorique « nous devons stopper les terroristes »devant leurs supporters confus. Les candidats dont les sondages chutaient, avec à leur tête le participant au 11 septembre l’opportuniste Rudy Guiliani, et le faucon néo libéral Hillary Clinton, ont déjà bénéficié d’une nouvelle vague de frayeur de masse.

Musharraf profite de la disparition d’une rivale sérieuse, mais doit maintenant trouver une manière de rétablir l’ordre. Musharraf a maintenant une justification idéale pour réprimer les « terroristes » et imposer totalement la loi martiale, avec Bush-Cheney travaillant dans l’ombre derrière Musharraf – - – continuant de manipuler ou de remplacer son appareil, si Musharraf s’avère être trop peu fiable ou incapable de satisfaire les plans de Bush-Cheney.

On ne peut pas sous estimer la probable implication de l’ISI derrière le coup contre Bhutto. Le rôle de l’ISI derrière chaque acte majeur de « terrorisme » depuis le 11 septembre, reste la vérité centrale non dite derrière les réalités actuelles géopolitiques. Ni Sharif ni Musharraf, mais Bhutto, aurait menacé les agendas de l’ISI.

Bhutto, L’Islam militant et les Pipelines.

Maintenant qu’elle est devenir martyr, de nombreux faits historiques peu flatteurs sur Benazir Bhutto seront cachés et oubliés.

Bhutto elle –même a été intimement impliquée dans la création du milieu de la vraie « terreur« intentionnellement responsable de son assassinat. Tout au long de sa carrière politique, elle a soutenu les militants Islamistes, les Talibans, l’ISI, et les ambitions des gouvernements occidentaux.

Comme l’a noté Michel Chossudovsky dans « la guerre contre le terrorisme »
de l’Amérique, c’est pendant le second mandat de Bhutto que Jamiat-ul-Ulema-e-Islam (JUI) et les Talibans ont accédé au pouvoir, accueilli dans le gouvernement de coalition de Bhutto. C’est à ce moment là que les liens entre le JUI l’armée et l’ISI ont été établis.

Alors que la relation de Bhutto avec à la fois l’ISI et les Talibans ont été mouvementées, c’est clair que Bhutto, alors qu’elle était au pouvoir, a soutenu les deux – - – et a soutenu avec enthousiasme les interventions anglo américaines.

Dans ses deux livres de référence, «Taliban: Militant Islam, Oil « et « Fundamentalism in Central Asia and Jihad: The Rise of Militant Islam in Central Asia, » Ahmed Rashid détaille amplement les connections du régime de Bhutto avec l’ISI, les Talibans, « l’Islam militant », les intérêts des multinationales du pétrole, et les responsables anglo américains et les agents des services de renseignement.

Dans Jihad, Rashid a écrit :

« Ironiquement, ce n’est pas l’ISI, mais la premier ministre Benazir Bhutto, la dirigeante la plus libérale, la plus séculière dans l’histoire récente du Pakistan, qui a donné le coup de grâce à une nouvelle relation avec l’Asie Centrale. Plutôt que de soutenir une processus de paix plus étendu en Afghanistan, Bhutto a soutenu les Talibans, dans le cadre d’une politique irréfléchie et présomptueuse pour créer un nouveau commerce tourné vers l’Occident et une route pour le pipeline du Turkménistan à travers le sud Afghanistan jusqu’au Pakistan, pour lequel les Talibans assureraient la sécurité. Bientôt l’ISI a soutenu cette politique parce que son protégé Afghan Gulbuddin Hekmatyar n’avait fait aucun progrès pour capturer Kaboul, et les Talibans semblaient être assez forts pour le faire. »

Sur les Talibans, Rashid a même fourni un détail historique :

«Quand Bhutto a été élue premier ministre en 1993, elle a ouvert une route à l’Asie Centrale. Une nouvelle proposition a émergé fortement soutenue par le transport pakistanais frustré et la mafia dirigeant la contrebande, le JUI et l’armée Pashtoun et les responsables politiques ».

« Le gouvernement de Bhutto a complètement soutenu les Talibans, mais l’ISI restait sceptique sur leurs capacités, convaincu qu’ils resteraient utiles mais comme force périphérique dans le sud. »

« Le Congrès US a autorisé un budget clandestin de 20 millions de dollars pour la CIA pour déstabiliser l’Iran, et Téhéran a accusé Washington de faire passer ces fonds aux Talibans – - – une accusation toujours niée par Washington. Bhutto a envoyé plusieurs émissaires à Washington pour presser les US d’intervenir plus publiquement en prenant partie pour le Pakistan et les Talibans. »

Une erreur de Bhutto : elle a soutenu avec véhémence le pipeline proposé par la compagnie pétrolière d’Argentine Bridas, et s’est opposée au pipeline d’Unocal (ayant la faveur des US). Ceci a contribué à ce qu’elle soit chassée du pouvoir en 1996, et au retour au pouvoir de Nawaz Sharif. comme l’a noté Rashid :

« Après la chute du gouvernement de Bhutto en 1996, le nouveau premier ministre élu Nawaz Sharif, son ministre du pétrole, Chaudry Nisar Ali Khan, l’armée et l’ISI ont complètement soutenu Unocal. Le Pakistan voulait un soutien plus direct des US pour les Talibans et a pressé Unocal de commencer rapidement la construction pour légitimer les Talibans. A la base, les US et Unocal ont accepté l’analyse et objectifs de l’ISI – - – que la victoire des Talibans en Afghanistan rendrait plus facile le travail d’Unocal et rendrait plus rapide la reconnaissance US. »

Sans nier son image attirante et pro occidentale, le réel bilan de Bhutto c’est celui de la corruption et de l’accommodation.

Dans la « guerre contre le terrorisme », chaque crime majeur géostratégique anglo américain a été précédé d’un prétexte arrangeant, orchestré et mené par des proxies « terroristes » directement ou indirectement connectés aux services de renseignement militaire US, ou manipulés pour agir comme atouts pour les renseignements. L’assassinat de Benazir Bhutto est simplement un exemple brutal de plus.

Ce fut le 11 septembre du Pakistan ; l’assassinat de JFK du Pakistan, et son impact résonnera pendant des années.

Contrairement aux informations colportées par les médias traditionnels, le chaos profite à la « guerre contre le terrorisme » de Bush-Cheney. Des appels pour « augmenter la sécurité dans le monde » paveront la voie à une réaction US musclée, une force menée par les US et d’autres formes pour « sévir » dans la région de la part de Bush Cheney. En d’autres termes, l’assassinat aide à faire en sorte que non seulement les US ne partiront pas mais qu’ils accroîtront leur présence.

L’élection pakistanaise, si elle a lieu, est un double choix plus simple : pro US Musharraf ou pro US Sharif.

Alors qu’on a des résultats mitigés concernant le succès de l’agenda de Bush –Cheney, et qu’il a rencontré une large palette de résistance ( « terroristique » de même que politique) il n’y a aucun doute que les fondations de la « guerre contre le terrorisme » sont restées fermes, inébranlées et systématiquement réinforcées.

En ce qui concerne Nawaz Sharif qui émerge maintenant comme le seul rival de Musharraf, lui, comme Musharraf et Bhutto, est connu pour son accommodation aux intérêts anglo américains- – - pipelines, commerce, et la présence militaire continuelle US. Comme le note Jean Charles Brisard et Guillaume Dasquié dans le livre Forbitten Truth, le coup militaire d’octobre 1999, conduit par Musharraf, qui a renversé le régime de Sharif a été provoqué par l’animosité entre les deux camps, de même que la « corruption personnelle de Sharif et sa mégalomanie » et des « inquiétudes que Sharif se pliait avec trop d’empressement au son de la politique de Washington concernant le Cashmir et l’Afghanistan. »

En d’autres termes, Bush-Cheney gagnent, peu importe quel atout se retrouve sur le trône.

Traduction Mireille Delamarre pour www.planetenonviolence.org

Original: http://www.globalresearch.ca/index.php? … p;aid=7699

Dimanche 30 Décembre 2007
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