Accord de principe ONU-Pakistan pour une enquête sur l’assassinat de Bhutto

Les circonstances de l’assassinat de Benazir Bhutto à la veille des élections législatives au Pakistan seront-elles établies prochainement ? L’AFP publie (ci-dessous) un communiqué selon lequel une commission d’enquête indépendante va être formée, suite à un accord entre l’ONU et le Pakistan. Rappelons que Benazir Bhutto avait fait des déclarations stupéfiantes sur la mort d’Oussama ben Laden avant d’être assassinée le 27 décembre 2007.

AFP - Vendredi 11 juillet, 09h19
 
Article original paru sur Yahoo.fr
NEW YORK (Nations unies) (AFP) - Le Pakistan et l’ONU sont parvenus à un accord de principe pour former une commission d’enquête sur l’assassinat de l’ex-Premier ministre Benazir Bhutto, a annoncé l’ONU jeudi.
Dans un communiqué, l’Organisation internationale a indiqué qu’un accord de principe avait été trouvé entre son secrétaire général, Ban Ki-moon, et le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mehmood Qureshi, sur la nature, la composition et les modalités de financement de cette commission.
L’accord garantit aussi un accès sans réserve à toute source d’information pertinente, ainsi que des éléments devant assurer "l’objectivité, l’impartialité et l’indépendance" de la commission, ajoute le communiqué.
Il précise que M. Ban a dit à M. Qureshi, en visite à l’ONU jeudi, que "des consultations complémentaires avec le Pakistan et avec d’autres membres de l’Organisation seraient nécessaires pour examiner les modalités et la structure" de la commission.
Le nouveau gouvernement du Pakistan avait demandé début juin à l’ONU de nommer une commission d’enquête sur l’assassinat de Benazir Bhutto.
Celle-ci, chef du Parti du Peuple Pakistanais (PPP), alors le principal parti d’opposition au Pakistan, a été tuée le 27 décembre à Rawalpindi, près d’Islamabad, dans un attentat suicide alors qu’elle faisait campagne pour les élections législatives.
A l’issue d’un meeting électoral, un homme avait tiré en direction de Mme Bhutto qui venait d’émerger du toit ouvrant de sa voiture blindée, l’avait manquée, mais avait fait exploser immédiatement la bombe qu’il portait sur lui.
Selon une enquête de la police criminelle britannique Scotland Yard, sollicitée par le président Pervez Musharraf, le souffle de l’explosion avait projeté la tête de Mme Bhutto sur le bord du toit ouvrant, provoquant une blessure mortelle.
Le pouvoir de M. Musharraf avait aussitôt incriminé Baïtullah Mehsud, considéré comme le dirigeant d’Al-Qaïda au Pakistan, et dont le groupe de talibans pakistanais est accusé d’avoir commis la majorité des attentats –suicide pour la plupart– qui ensanglantent le pays et ont fait déjà près de 1.100 morts en un peu plus d’un an.
Mais le PPP avait mis en doute cette thèse, accusant des proches du pouvoir d’alors et des services de renseignement, d’avoir commandité l’assassinat.

Le mari de la défunte, Asif Ali Zardari, qui a pris de facto la tête de son parti après sa mort, avait promis dès la formation du gouvernement issu des législatives du 18 février et dirigé par le PPP, de faire de cette demande d’enquête de l’ONU une priorité.

Relations entre le Pakistan et les Etats-Unis fragilisées après la tentative américaine d’intimider le nouveau gouvernement pakistanais

Le secrétaire d’Etat adjoint des Etats-Unis, John Negroponte, et Richard Boucher, assistant du secrétaire d’Etat pour l’Asie centrale et l’Asie du Sud, se sont rendus à Islamabad tôt mardi, pratiquement sans avertir leurs hôtes pakistanais. Leur visite soudaine révèle les craintes de l’administration Bush concernant le changement de régime qui a présentement lieu au Pakistan.

Par Keith Jones

Le jour avant l’arrivée des envoyés spéciaux américains, l’Assemblée nationale du Pakistan nouvellement élue a choisi le chef du Parti du peuple pakistanais (PPP) par une marge écrasante de 312 contre 42 pour diriger le gouvernement de « consensus national » formé par les partis d’opposition au président pakistanais, Pervez Moucharraf, un allié de longue date des Etats-Unis.

Le premier ministre Yousuf Raza Gillani est lui-même une victime bien connue du régime dictatorial de Moucharraf, ayant passé cinq ans en prison pour des raisons politiques sur la base de fausses accusations de fraude.

Le premier geste de Gillani après son élection fut d’ordonner la fin des arrestations à demeure des juges de la Cour suprême et des hautes cours congédiés en novembre dernier par Moucharraf. Ce dernier craignait qu’ils déclarent inconstitutionnelle sa soi-disant réélection illégale et truquée à la présidence pour un autre mandat de cinq ans.

Le nouveau gouvernement dirigé par le PPP a promis de voter une résolution dans moins de trente jours pour redonner leur poste aux juges. Un tel geste ouvrira la porte à des contestations légales de la présidence de Moucharraf et provoquera probablement une crise constitutionnelle. Moucharraf a dit que les juges ne peuvent reprendre leur poste que si la constitution est amendée et a plusieurs fois décrit Mohammad Iftikhar Chaudhry, le juge de la Cour suprême congédié, comme étant « la lie de la société ».

Malgré de nombreux signes de l’ampleur de l’opposition populaire à Moucharraf, y compris des sondages et une vague d’émeutes de par le pays après l’assassinat de la dirigeante du PPP Benazir Bhutto en décembre dernier, l’administration Bush a été choquée par la raclée subie par ses alliés politiques lors des élections des législatures au niveau national et provincial du 18 février dernier.

Elle a fait pression sur le PPP et ses partenaires de coalition, la Ligue musulmane pakistanaise-Nawaz (LMP-N), le Parti national awami basé sur les Pachtounes et le parti fondamentaliste islamiste JUI-F, de laisser tomber la question des juges ou, à tout le moins, de s’entendre avec Moucharraf pour que ce dernier conserve la présidence. En conséquence de changements à la constitution que Moucharraf et l’armée ont imposés au Parlement en 2003, le président pakistanais a de grands pouvoirs, y compris le droit de congédier le premier ministre et de dissoudre l’Assemblée nationale.

Un représentant du département d’Etat américain a dit que le but de la visite au sommet de cette semaine était de demander au gouvernement « comment il entend aller de l’avant et quel est son plan de match ». En réalité, Negroponte et Boncher se sont rendus au Pakistan dans le but de forcer le nouveau gouvernement à garantir qu’il continuera à jouer un rôle de premier plan dans les plans qu’ont les Etats-Unis pour l’Asie de l’Ouest et l’Asie centrale.

Le Pakistan joue un rôle clé dans l’occupation américaine de l’Afghanistan. C’est par ce pays que passe la plupart du pétrole et de l’approvisionnement en matériel essentiel dont les forces américaines et les forces de l’OTAN ont besoin en Afghanistan. Le Pakistan sert aussi de plateforme dans les préparatifs américains pour attaquer militairement l’Iran.

Au cours des derniers mois, les agences du renseignement et les agences militaires américaines ont augmenté leur présence au Pakistan, avec l’objectif d’affaiblir le mouvement de soutien pour l’insurrection contre le gouvernement afghan imposé par les Etats-Unis dans les régions tribales du Pakistan où l’on trouve beaucoup de Pachtounes. Les forces américaines ont réalisé plusieurs raids aériens au Pakistan même pour aider aux opérations de contre-insurrection.

La mission de Negroponte semble n’avoir provoqué que la colère au sein des élites et de la population pakistanaise dans son entier à cause de la relation de subordination qui existe depuis longtemps entre le Pakistan et les Etats-Unis et de l’appui inconditionnel de Washington pour Moucharraf, qui a pris le pouvoir lors d’un coup d’Etat en 1999, malgré les attaques de ce dernier contre les droits démocratiques du peuple pakistanais.

Les représentants pakistanais se sont plaints de la façon dont Boucher et Negroponte se sont imposés. « La visite n’était pas planifiée et seuls les représentants pakistanais nécessaires en furent informés à la dernière minute », a écrit le Daily Times, un quotidien pakistanais. Lorsque les représentants pakistanais ont signalé que le temps choisi pour cette visite n’était pas le meilleur, ils ont obtenu comme réponse que Negroponte voyageait dans la région et que son agenda ne permettait pas un report de la visite.

La nervosité envers l’intrusion arrogante des Etats-Unis dans les affaires du Pakistan a été exprimée par l’éditeur du Dawn, Zaffar Abbas. « L’arrivée de la délégation américaine le jour même où le premier ministre était assermenté laisse entendre qu’ils cherchaient à imposer leur vision des choses », a dit Abbas. « Le problème avec l’Amérique, c’est qu’ils ne comprennent pas les pressions intérieures sur le nouveau gouvernement. »

Un autre important quotidien de langue anglaise, The News, a publié un éditorial mardi sous le titre « Bas les pattes, oncle Sam ». Selon ce quotidien, « les gens sont préoccupés par les signes montrant que Washington cherche à imposer sa volonté sur certaines parties du pays ou à dicter les décisions politiques ».

La première rencontre de Negroponte a eu lieu avec Nawaz Sharif et d’autres dirigeants de la ligue musulmane pakistanaise. Sharif aurait, selon le New York Times, « passé un savon » à l’envoyé américain.

S’adressant à la presse après la rencontre, Sharif a répété son appel à la démission de Moucharraf, il a affirmé avoir dit à l’émissaire américain que les jours ayant vu le gouvernement du pays être « l’affaire d’un seul homme » étaient révolus, et il a ajouté qu’il ne pouvait donner à Washington l’ « engagement » que voulait ce dernier sur la lutte au terrorisme.

« Le Pakistan », a dit Sharif, « veut la paix dans tous les pays, y compris aux États-Unis. Mais pour assurer la paix dans d’autres pays, nous ne pouvons pas transformer notre propre pays en champs de la mort ».

Faisant allusion aux récentes frappes aériennes des Etats-Unis au Pakistan – par des drones lancés à partir de la base secrète récemment rendue publique de la CIA au Pakistan ou par des missiles tirés de l’autre côté de la frontière par les forces américaines en Afghanistan –, Sharif a déclaré : « Si les Etats-Unis veulent se débarrasser du terrorisme, nous voulons également que nos villages et nos villes ne soient pas bombardées. »

Sharif est un riche industriel qui entretient des liens étroits avec le régime saoudien et qui n’a jamais remis en question, malgré ses critiques de l’administration Bush, le partenariat de longue date entre le Pentagone et l’armée pakistanaise. Mais il est furieux que les Etats-Unis aient soutenu et continuent de soutenir Moucharraf, qui l’a renversé lorsqu’il était premier ministre et l’a ensuite traduit en justice pour trahison. Et, comme beaucoup de gens au sein de l’élite pakistanaise, il voit d’un mauvais œil l’étendue de l’emprise qu’a pu établir le corps des officiers, avec la complicité de Washington, sur un vaste réseau d’entreprises capitalistes.

Sharif est aussi très conscient du fait que son parti a obtenu de résultats meilleurs que prévus dans les élections du mois dernier précisément parce qu’il s’était présenté comme le parti de l’opposition intransigeante à Moucharraf et avait condamné Washington pour avoir soutenu la dictature de ce dernier.

Negroponte a aussi rencontré des dirigeants du PPP dont Asif Ali Zardari. Le veuf de Bhutto, Zardari est le véritable chef du PPP et il l’a souligné en faisant clairement savoir que c’était lui, et lui seul, qui avait décidé en fin de compte que Gillani devrait être le choix du PPP pour le poste de premier ministre.

Zardari ne s’est pas adressé à la presse après la rencontre. Mais son conseiller Husain Haqqani a dit que Washington avait été averti du fait que Moucharraf avait perdu une bonne partie de son pouvoir. « Si je peux utiliser une expression américaine », a dit Haqqani, « il y a un nouveau shérif en ville. Les Américains ont compris qu’ils avaient peut-être parlé trop longtemps à un seul homme. »

Les dirigeants du PPP ont travaillé de concert avec l’administration Bush pendant presque toute l’année 2007 dans une tentative de reconfigurer le régime Moucharraf afin de lui donner un vernis de légitimité populaire. Si les négociations pour un partage du pouvoir ont échoué, c’est parce que Moucharraf et ses partisans ont refusé de véritablement céder une partie du pouvoir et parce que l’opposition de masse croissante à Moucharraf a conduit les dirigeants du PPP à faire une pause.

Jusqu’à ce jour Zardari et la direction du PPP n’ont pas écarté tout compromis avec Moucharraf. Ils ont également été beaucoup moins critiques envers Washington que Sharif et son parti.

Mardi, lorsque Bush a téléphoné à Gillani pour le féliciter de sa nomination en tant que premier ministre, le chef du PPP a dit, selon ses porte-paroles, que « le Pakistan continuerait la lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes », tout en ajoutant que cela devrait comprendre « une approche politique envers les programmes de développement ».

Même cette position, toutefois, risque de ne pas plaire à Washington. L’administration Bush a fait pression à maintes reprises sur Islamabad pour qu’il se montre plus ferme dans l’affirmation de son autorité sur les régions tribales historiquement autonomes du Pakistan, et ce, malgré le fait qu’Islamabad ait mobilisé 80.000 hommes, lancé des attaques aveugles sur les villages, imposé des punitions collectives contre les villages et les tribus accusés d’héberger des insurgés anti-gouvernementaux, et fait régulièrement « disparaître » des gens.

Le journal The Dawn a rapporté mercredi qu’un diplomate anonyme haut placé avait dit à son reporter que « les Américains, tout en disant prêts à envisager une proposition de dialogue avec les militants, ne voulaient pas que les opérations militaires [contre ces derniers] n’arrêtent même pour un bref instant ».

Negroponte a également rencontré Moucharraf mardi. Rien de substantiel n’a été dévoilé sur la teneur de leurs discussions, mais le porte-parole du Département d’Etat Sean McCormack faisait le même jour à Washington l’éloge de l’autocrate contesté.

A la question de savoir si Moucharraf était « indispensable », terme déjà utilisé par Negroponte pour décrire ce dernier, McCormack a répondu que le président pakistanais était « un bon ami et un allié ».

« Ce sont là des questions qui trouveront finalement une réponse à mon avis dans le système politique pakistanais », a ajouté McCormack. « Mais, vous savez, il reste quelqu’un avec qui nous avons travaillé et avec qui nous continuerons de travailler. »

Des dirigeants du Parti démocrate et le New York Times ont suggéré que Washington ne devrait plus consacrer son énergie et son influence au maintien de Moucharraf à son poste. Mais l’administration Bush est déterminée à ne pas froisser l’armée pakistanaise – qui constitue depuis des décennies la courroie de l’influence américaine au Pakistan.

Le général Ashfaq Parvez Kayani nommé par Moucharraf pour le succéder à la tête de l’armée Pakistanaise au moment de sa démission à la mi-décembre, a récemment dit dans une déclaration qu’il supportait fermement Moucharraf dans son rôle de commandant en chef des forces armées. Cela dit, il était noté par plusieurs observateurs que ce même lundi au cours duquel un premier ministre anti-Moucharraf était élu, Kayani réassigna deux des onze commandants du corps d’armée, tous deux ayant la réputation d’être proches de Moucharraf.

La coalition gouvernementale pakistanaise est très instable. Les principaux partenaires de la coalition, le PPP et le PML-N sont des rivaux de longue date.

Elle est une combinaison née des intérêts communs de l’élite dirigeante traditionnelle et des sections de la grande entreprise pour déloger Moucharraf parce qu’elles en veulent à la domination de l’armée sur la vie économique et politique. Elles craignent également la montée de l’opposition populaire au régime de Moucharraf – en raison du caractère dictatorial de son régime; de son appui inopportun à l’agression américaine et de la détérioration de la situation économique. Une telle opposition pourrait provoquer des turbulences populaires et menacer leurs intérêts.

Au cours des derniers mois, le Pakistan a été frappé par la montée des prix de la nourriture, par un manque de farine et par un rationnement de l’électricité. Hier, The Dawn rapportait que les projets de développement de la plus importante province, le Punjab, « étaient quasiment arrêtés puisque les entrepreneurs avaient cessé le travail sur des milliers de routes et d’infrastructures en raison de la montée soudaine du prix des matériaux de construction ».

Il est reconnu au sein des élites que le gouvernement entrant va devoir prendre des mesures impopulaires pour stabiliser le capitalisme pakistanais.

La dispute amère entre le PPP et le PML-N sur qui aura le portefeuille du ministère des Finances est une des raisons majeures ayant empêché le nouveau gouvernement de dévoiler son nouveau cabinet. Chacun insiste que l’autre accepte ce ministère et assume les conséquences directes de l’imposition de mesures encore plus dures pour les masses laborieuses du Pakistan.

Samedi 29 Mars 2008

http://www.wsws.org

Chomsky : la volonté des irakiens n’est toujours pas prise en compte

Chomsky examine de récents sondages en provenance des zones de conflit. On y trouve de bonnes nouvelles, note-t-il. Effectivement afghans et irakiens pensent possible de trouver le chemin de la réconciliation nationale. A une condition : que les forces étrangères cessent d’occuper ou de combattre sur leur sol. Mais qui prend la peine d’entendre ce que disent et veulent ces peuples au destin tragique ?

 

Par Noam Chomsky, Kaleej times, 1er février 2008

L’armée d’occupation américaine en Irak (nommée par euphémisme la Force Multi-Nationale) conduit des études d’opinion approfondies. En décembre 2007, son compte rendu d’une étude qualitative était particulièrement optimiste.

Ce document concluait que cette étude « fournit des présomptions très fortes » permettant de réfuter l’opinion usuelle selon laquelle « une réconciliation nationale n’est ni prévisible, ni possible. » Au contraire, l’étude révélait qu’une « atmosphère optimiste régnait dans tous les groupes interrogés…et que l’on observait bien plus de point communs que de différences parmi les groupes apparemment si divers d’irakiens. »

Cette découverte d’ « opinions partagées » chez les irakiens à travers le pays « est une bonne nouvelle, selon l’analyse des résultats effectuée par les militaires, » notait Karen deYoung, dans le Washington Post.

Ces « opinions partagées » étaient détaillées par ce rapport. Selon deYoung, « les irakiens de tous groupes ethniques et religieux pensent que l’invasion américaine est la première cause des violences parmi eux, et ils voient dans le départ des forces d’occupation le facteur clé en direction d’une réconciliation nationale. »

Ainsi, selon les irakiens, il existe un espoir de réconciliation, si les envahisseurs, responsables de la violence dans le pays, se retirent et laissent l’Irak aux irakiens.

Mais ce document ne mentionnait pas cette autre bonne nouvelle : les irakiens semblent adopter les valeurs américaines les plus élevées, telles qu’elles ont été définies par le Tribunal de Nuremberg. Tout particulièrement, l’agression, « l’invasion par la force armée, » d’un état « du territoire d’un autre état » est le « crime suprême au plan international, différent uniquement des autres crimes de guerre en ce sens qu’il implique en lui-même l’accumulation des méfaits de tous les autres. » Le Procureur en chef américain à Nuremberg, Robert Jackson, affirma que le Tribunal ne serait qu’une farce si nous ne nous appliquions pas ces principes.

A la différence des irakiens, les USA et de fait l’occident dans son ensemble, rejettent les nobles valeurs professées à Nuremberg, ce qui constitue une indication intéressante sur la substance de ce fameux « clash des civilisations. »

Le général David Petraeus et Ryan Crocker, l’ambassadeur US en Irak, ont annoncé d’autres bonnes nouvelles en grande pompe à l’occasion d’une mise en scène du 11 septembre 2007. Seul un esprit cynique, bien sûr, pourrait croire que cette date ait été choisie en un rappel discret des affirmations de Bush et Cheney sur l’existence de liens entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden. Leur permettant ainsi, en commettant ce « crime international suprême » de prétendre qu’ils défendaient le monde contre le terrorisme.

Petraeus et Crocker communiquèrent des chiffres montrant que le gouvernement irakien avait notablement accéléré les dépenses de reconstruction, atteignant un quart des sommes allouées à cet effet. De bonnes nouvelles, effectivement, jusqu’à ce que la Cour des Comptes (GAO, Government Accountability Office) mène son enquête à ce sujet, et découvre que les montants réels n’étaient que le sixième de ceux qu’avaient annoncé Petraeus et Crocker, en baisse de 50% depuis l’année précédente.

D’autres bonnes nouvelles concernent le déclin de la violence confessionnelle, due en partie à la réussite du nettoyage ethnique meurtrier, dont les irakiens rendent responsable l’invasion. Il y a désormais moins de cibles pour les meurtres confessionnels. Mais on peut également l’attribuer à la décision de Washington de soutenir les groupes tribaux qui se sont organisés pour chasser Al Qaïda en Irak, ainsi qu’à l’augmentation du nombre de soldats sur le terrain.

Il est possible que Petraeus parvienne au même genre de succès que les russes en Tchétchénie, où les combats sont maintenant « limité et sporadiques, » et où Grozny connaît un boom immobilier, après avoir été réduite en ruine par l’attaque russe, comme l’a écrit CJ Chivers en septembre dernier dans le New York Times.

Peut-être un jour prochain Bagdad et Falloujah bénéficieront de « l’électricité rétablie dans de nombreux quartiers, de nouvelles entreprises de rues principales de la ville reconstruites, » à l’image de Grozny, en plein développement. Possible, mais douteux, si l’on considère les conséquences vraisemblables de la créations d’armées dirigées par des seigneurs de la guerre qui pourraient bien donner le jour à une violence confessionnelle accrue, venant s’ajouter à tous les « méfaits accumulés » par l’agression. Les irakiens ne sont pas les seuls à penser qu’une réconciliation nationale est possible. Un sondage mené par les canadiens montre que les afghans sont pleins d’espoir pour leur futur et sont favorables à la présence des canadiens et des forces étrangères. Ces « bonnes nouvelles » ont fait la une des journaux.

La lecture du détail des articlent révèle cependant quelques précisions intéressantes. Seuls 20% « pensent que les talibans l’emporteront après le départ des troupes étrangères. » Les trois quarts des sondés sont favorables à des négociations entre les talibans et le gouvernement Karzai, soutenu par les USA, et plus de la moitié approuvent l’idée d’un gouvernement de coalition. La grande majorité sont en désaccord avec la position des USA et du Canada, et pensent qu’une paix est possible en mettant en œuvre une approche pacifique. Bien que la question n’ait pas été posée dans le sondage, il semble raisonnable de penser que si la présence étrangère est acceptée, c’est pour mener des missions d’aide et de reconstruction.

On peut évidemment se poser de nombreuses questions au sujet de sondages effectués dans des pays sous occupation militaire étrangère, tout particulièrement dans des régions comme le sud de l’Afghanistan. Mais les résultats des sondages en Irak et Afghanistan sont conformes à ceux des études précédentes et ne doivent pas être ignorés.

De récents sondages au Pakistan ont également apporté des « bonnes nouvelles » à Washington. Cinq pour cent des sondés sont d’accord pour autoriser les USA ou d’autres troupes étrangères à entrer au Pakistan, pour « poursuivre ou capturer les combattants d’Al Qaïda. » Ils sont 9% en faveur d’une autorisation pour les forces américaines de « poursuivre ou capturer les insurgés talibans qui ont franchi la frontière depuis l’Afghanistan. »

Près de la moitié souhaitent accorder aux troupes Pakistanaises une autorisation semblable. Et ils ne sont q’un petit 80% à considérer que la présence militaire américaine en Asie et en Afghanistan représente une menace pour le Pakistan, tandis qu’une large majorité pensent que les USA veulent s’en prendre au monde musulman. La bonne nouvelle, c’est que ces résultats sont nettement meilleurs par rapport à ceux d’octobre 2001, où un sondage Newsweek avait révélé que « 83% des pakistanais interrogés déclaraient se ranger dans le camp des talibans, et un tout petit 3% exprimaient un soutien aux USA. » Plus de 80% décrivaient alors Oussama Ben Laden comme un guérillero et 3% comme un terroriste.

Au milieu de ce flot de bonnes nouvelles en provenance de la région, le débat gagne en intensité parmi les candidats à la présidentielle, les membres du gouvernement et les commentateurs, sur les options dont disposent les USA en Irak. Cependant une voix est toujours absente de ce débat : celle des irakiens. Leurs « opinions partagées » sont connues de tous, comme elles l’étaient déjà par le passé. Mais ils ne peuvent être autorisés à choisir leur propre destin, pas plus que des enfants ne le seraient. Seuls les conquérants ont ce droit.

Peut-être y a-t-il la aussi quelque leçon à tirer au sujet du « clash de civilisation. »


Publication originale Kaleej Times, traduction Contre Info

L’assassinat de Bhutto : le faux coupable rêvé confirmé !

Par morice pour AgoraVox

L’équipe de Bush, décidément ne nous épargnera rien. Après l’affaire de la fausse attaque des bateaux iraniens et l’aveu tardif des "singes philippins", voilà que l’on annonce maintenant la résolution de l’attentat contre Bhutto. Sans surprise, le directeur de la CIA clame déjà haut et clair que c’est bien… Al-Quaida l’auteur du forfait. Sans preuve aucune. On l’aurait parié à 150 %, celle-là. De même qu’on ressort l’effigie de Ben Laden au bon moment, l’annonce de l’implication "certaine" d’Al-Quaida dans l’assassinat doit bien avoir un but.

Et il est simple, ce but : celui d’apprendre aux Américains qu’une intervention armée sur les "bases" d’Al-Quaida au Pakistan, en faisant fi de l’autorité de son président Musharraf, fait son chemin dans la tête des dirigeants américains. On risque fort dans les jours à venir, de voir une paire de F-18 Hornets décoller pour ratiboiser un coin perdu où il n’y aurait rien, façon Tora-Bora, pour pouvoir dire à la populace que "oui, nous traquons toujours Ben Laden"… avec la même conclusion attendue "oui, mais il s’est encore "échappé". W. Bush s’étant mué depuis bien longtemps en Garcimore de la chasse au Laden. "Ouch, encore raté". Ce qui compte, ça n’a jamais été de l’attraper : c’est de faire croire qu’on courait après.

En fait, Bush a tout intérêt à charger la mule Al-Quaida. Pour une raison simple : affirmer que l’assassinat est bien de la main d’Al-Quaida, c’est s’assurer de l’existence physique de son commanditaire, Ben Laden : pour pouvoir donner des ordres, il faut effectivement mieux être vivant. Comme il devient difficile d’en montrer une vidéo présentable, de notre Ben à ressorts, les stocks de teinture de barbe ne suffisant plus, les manipulations de la bande son n’étant pas extensibles à l’infini (dixit l’Iran), il convient donc d’affirmer son existence d’une autre manière. En lui imputant la responsabilité directe d’un attentat sur lequel même Scotland n’a aucune idée, puisque toutes les traces on été rapidement effacées. Et ce, sans offrir la moindre preuve. Selon le principe dit du WTC, qui veut que plus gros est le mensonge, plus longtemps il sera cru.

Logique donc aujourd’hui de faire sonner les trompettes de la traque ininterrompue par Michael V. Hayden, le nouveau patron de la CIA. Un homme qui n’est pas vraiment le bon choix selon l’ensemble des observateurs. On pourrait même ajouter le personnage à contre-emploi sélectionné par W. Bush selon des critères dont on cherche encore l’origine ou la raison. C’est un militaire, qui pose sur les clichés officiels en uniforme de l’Air Force raide comme un piquet, certainement pas non plus une lumière, et surtout quelqu’un qui n’a aucune expérience dans le domaine. Avant sa nomination, il s’occupait de sécurité… intérieure. Dans le pays, jusqu’en 2005, à la NSA, nommé là pour appliquer la décision de Bush de surveiller tous les mails…des Américains sous prétexte de terrorisme, bien entendu. Ce que notre fidèle s’est empressé de faire à la lettre. Au point de surveiller aussi ceux de la Maison-Blanche, et d’en retirer soigneusement et consciencieusement ceux qui pourraient prêter à discussion plus tard. On en dénombre 473 au total, de disparus, dont ceux de Cheney et de W. Bush à des moments cruciaux de la guerre en Irak et des accusations sur l’usage de la torture dans les prisons militaires. Pas vu, pas pris. En 2006, Haynes a quitté l’administration pour un métier plus lucratif, en tant qu’appointé de l’Armor Group International, une société privée… possédant ses propres troupes, à la Blackwater disons, présente à Dubai, Baghdad et Kaboul. Pas vraiment l’homme qu’il aurait fallu, donc, comme le dit sans ambage le responsable du Bureau de l’Intelligence, Peter Hoekstra, l’organisme officiel qui conseille Bush sur la politique extérieure du pays, qui voit en Hayden "the wrong man at the wrong place at the wrong time." "Le mauvais candidat qui arrive au mauvais moment". Le problème, c’est que les principales critiques le concernant ne proviennent pas en effet des rangs démocrates, mais bel et bien des rangs républicains, qui ne souhaitent pas la mainmise de l’armée sur le renseignement américain. Les vieilles ficelles du clan Bush s’effilochent jusque dans son camp.

Entendre donc Hayden parler de terrorisme, c’est entendre parler Bush directement. Car l’homme est un homme-lige du pouvoir neo-con. Hayden, comme seul fait d’armes, s’était illustré récemment en défendant bec et ongles le programme "extraordinary rendition " consistant à faire questionner les prisonniers de Guantanamo ailleurs que sur le territoire américain, ce qui permettait aussi d’autoriser les tortures sans en rendre compte aux Américains ou à la justice américaine. Avec lui, par exemple, un Allemand d’origine, appelé Khaled Masri a été détenu cinq mois sans aucune preuve, en raison semble-t-il d’une simple homonymie. "They picked up the wrong people, who had no information. In many, many cases there was only some vague association with terrorism", affirmera dans le dos d’Hayden un peu après l’affaire un haut responsable de la CIA. Masri lui sera interrogé en Afghanistan… où il n’avait jamais mis les pieds de sa vie. Et il n’a pas été le seul : "1 245 flights operated by the CIA flew into European airspace or stopped over at European airports between the end of 2001 and the end of 2005". Plus de mille prisonniers ont fait connaissance avec le tourisme en uniforme orange attaché sur un siège de Gulfstream. La plupart n’ayant rien à voir avec le terrorisme. Sans que personne dans le monde ne s’en offusque, ou presque. On a vu le sujet apparaître dans la presse grâce à des spotters, ces drôles de loustics qui tiennent les comptes des départs et des arrivées sur le tarmac des aéroports, et qui prennent même des photos, au cas où. Des fêlés, mais qui ont servi ici à sauver un pan de démocratie qui s’effritait.

L’homme qui a couvert de telles exactions est donc bien mal placé aujourd’hui pour nous dire qui a tué Bhutto. Détenir des prisonniers qui ne sont pas plus terroristes que vous et moi sans même l’avoir vérifié, les torturer et annoncer qu’on en tient un bon aujourd’hui sans montrer davantage de preuves, il faut oser le faire. Ils l’ont fait : chez les neo-cons de l’entourage proche du président, on ne s’embarrasse plus avec une quelconque éthique.

Ni on ne s’inquiète outre mesure s’il faut annoncer des nouvelles vieilles de sept ans parfois en croyant tenir le scoop de l’année devant les journalistes. Le 9 février, les Américains, dans une indifférence générale d’élections américaines, annoncent qu’ils SAVENT enfin où se cache Ben Laden !! Nouvelle extraordinaire !!! On se dit, dans trois jours on l’arrête et dans deux mois on le pend !!! Le monde enfin débarrassé du Frankenstein au turban !!! Que nenni : le communiqué dit ceci :

"Le mollah Omar et d’autres responsables des taliban pilotent les actions des insurgés en Afghanistan de la ville pakistanaise de Quetta et le chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, vit dans les zones tribales du Pakistan"...

Quetta, Quetta… mais bien sûr !! Voilà qui nous ramène en 2001 !!! et à une interview de Ben Laden, par la CIA, dans un hôpital de Dubaï !!
Le texte, à l’époque annonçait :

"A few days later, shortly after Ben Laden left for Quetta with a new kidney dialysis machine, the CIA agent bragged to friends about visiting the billionaire saudi and was subsequently recalled to the USA on July 15th." Quetta, avec son aéroport international, ses dépliants touristiques, aurait été depuis 2001 la base arrière de l’homme le plus recherché du monde, et on vient seulement de le découvrir, sept ans après ??? On se moque de qui, là ???

Selon le directeur de la CIA, en tout cas, c’est bien Baitullah Mehsud l’auteur du crime. Evidemment Hayden n’a aucune preuve à nous montrer, seulement ses certitudes. Exactement comme Bush avec l’Iran : on a beau lui remettre des rapports qui disent le contraire depuis juillet 2007, il n’en démord pas en janvier 2008.

L’info, en réalité, n’est pas nouvelle, elle provient en fait de la réaction des services secrets pakistanais, qui le jour même de l’attentat auraient intercepté une conversation téléphonique de l’individu avec le responsable de l’attentat : « Félicitations à vous, étaient-ce nos hommes ? » - « Oui, c’étaient les nôtres » - « Qui étaient-ils ? » - « Il y avait Saeed, il y avait Bilal de Badar et Ikramaullah » (…). Une conversation qui ferait écrouler de rire n’importe quel attablé de comptoir se prenant pour Bruce Willis ou Sylvester Stallone, mais qui a été prise fort au sérieux par Hayden. Mettez-vous un peu à la place de l’assassin de Bhutto : vous le voyez, vous, empoigner son téléphone portable et appeler dans un pays de montagnes son supérieur hiérarchique en citant les noms précis de ses collègues assassins ? Encore un peu et il aurait donné leur adresse et leur numéro d’immatriculation sociale ! Même dans les pires films d’espionnage on n’oserait faire ainsi ! Pour Hayden, c’est pourtant ça la preuve. Et la seule. Le hic, c’est qu’on ne peut pas entendre la bande. Elle n’existe pas ou les services secrets n’ont pas encore eu le temps de la fabriquer, tous occupés à ajouter des voix à des enregistrements d’appels de bateaux iraniens… On n’entend déjà plus la voix de l’adolescent de 15 ans arrêté fin janvier qui aurait déclaré avoir fait parti de l’attentat… et avoir été envoyé par… Al-Quaida !!!

A quoi peut donc servir cette farce, une de plus ? A une seule chose : à faire croire que derrière tout ça Ben Laden est bien vivant et tire toujours les ficelles. A l’autre bout de l’échiquier, l’homme concerné par les foudres d’Hayden a bien fini par prendre son téléphone, pour dire à l’Associated Press qu ’il n’était pour rien dans ces attaques. Sans confirmer pour autant ce que Musharraf, Karzai et Bhutto ont dit aux télévisions américaines : que Ben Laden était probablement mort depuis longtemps. Mais ça, il ne faut surtout pas le répéter et, ce, des deux côtés. Aucun des partis n’a d’intérêt à le faire. Les islamistes, car ils bénéficient d’une aura inattendue dans ce prétendu chef fédérateur et charismatique, les Etats-Unis qui ont tout basé sur la haine contre un seul individu, et qui ne peuvent s’en passer aujourd’hui, en ayant fabriqué avec lui l’épouvantail parfait à repousser les colombes de la paix.

La politique au Proche et Moyen-Orient de W. Bush repose depuis le début sur le mensonge, on ne verrait pas pour l’instant pourquoi ça changerait. On gardera donc l’idée d’un faux coupable pratique pour tout le monde. Un assassin déjà mort, c’est quand même un beau cas de figure en criminologie. En relations diplomatiques, c’est diantrement efficace. W. Bush avait promis de ramener Ben Laden "mort ou vif" à ces concitoyens : autant le laisser pour mort en faisant croire à ses compatriotes qu’il est toujours vivant. Ça marche comme ça depuis 2002 au moins, la première année où sont apparues des rumeurs sur la disparition de Ben Laden. Il n’empêche, à entendre un président de la plus grande puissance mondiale nous faire prendre des vessies pour des lanternes avec un aplomb incroyable, on en arrive à douter des facultés d’analyse sinon de nos concitoyens, du moins de ceux qui les informent. Quand va-t-on se décider à décortiquer chaque annonce, au lieu de recopier la dépêche sortant tout droit du Pentagone, quand donc ?

Comment la DGSE a déjoué une nouvelle vague d’attentats d’Al-CIA en Europe

Une vaste campagne d’attentats islamistes aurait dû terroriser l’Europe entre le 20 et le 28 janvier. Elle a été déjouée in extremis par la DGSE française et son homologue espagnole, le CNI, sous la supervision de José Luis Rodríguez Zapatero. Mais ces attentats étaient attendus par l’OTAN pour pouvoir intervenir militairement au Pakistan. Thierry Meyssan révèle les dessous de cette machination avortée.

Comment la DGSE a déjoué une nouvelle vague d'attentats d'Al-CIA en Europe

 

Menaces sur l’Europe

La presse européenne a largement rendu compte du démantèlement d’un réseau terroriste islamiste, le 18 janvier 2008. Sur les instructions de l’émir pakistanais Baitullah Mehsud, six kamikazes et cinq complices s’apprêtaient à commettre trois attentats en 48 h à Barcelone, dans deux wagons de la ligne 3 du métro, dans un centre commercial non-identifié et à la mosquée de Ciutat Vella. Cette opération aurait marqué le début d’une nouvelle vague d’attentats au Portugal, en France, en Allemagne et au Royaume-Uni. La nouvelle a été annoncée par le ministre de l’Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, qui a placé toutes les forces de sécurité de son pays en état d’alerte [1]. L’Espagne a déjà été marquée, le 11 mars 2004, par une série d’attentats dans des trains de banlieue à Madrid, faisant 191 morts et plus de 1 800 blessés.

Le coup de filet [2] a été rendu possible grâce aux informations données par un jeune homme, destiné à se sacrifier au cours d’un attentat, qui a échappé à ses camarades et s’est spontanément présenté à la police. Trois complices se sont enfuis vers la France où ils sont activement recherchés [3]. Des moyens exceptionnels ont été déployés pour trouver une seconde équipe, qui aurait été chargée de fabriquer les explosifs [4].

Le chef de la cellule catalane, Maroof Ahmed Mirza, avait été formé durant quatre années dans une madrasa (école coranique) extrémiste au Pakistan. Il était suivi par plusieurs services de renseignement occidentaux. Les « services » français avaient observé son arrivée sur leur territoire et prévenu leurs homologues espagnols du Centro Nacional de Inteligencia (CNI) de son installation en Catalogne. Ceux-ci avaient retrouvé sa trace dans une banlieue déshéritée, Raval, où il était devenu imam de la mosquée de la rue de l’hôpital. Pour donner le change, il évoluait avec ses hommes au sein d’une petite communauté musulmane non-violente à Barcelone [5]. Ils se réclamaient du Jamaat Al-Tabligh Wal-Dawa (Congrégation pour la propagation et la prédication), une organisation apparue en 1927, en Inde britannique, rattachée au courant théologique deobandi.

Selon le témoignage du jeune repenti (désigné dans les procés-verbaux d’enquête sous le pseudonyme de « F-1 »), il aurait été choisi pour mourir avec deux autres compagnons dans un attentat à Francfort, mais au dernier moment, les plans auraient été modifiés. Il aurait dû participer à l’opération de Barcelone et aurait été remplacé à Francfort par un certain Akeel Abassi. Le juge Ismael Moreno, chargé de l’affaire, a également entendu les autres interpellés. Au total, il s’agit de neuf Pakistanais et d’un Indien (ou peut être huit Pakistanais, un Bengali et un Indien [6]), présentant des profils similaires à ceux des jeunes gens accusés d’être responsables des attentats de Londres, qui firent 52 morts, le 7 juillet 2005 [7].

La presse a abondamment reproduit l’extrait suivant des procès-verbaux.
— Un des jihadistes s’adressant à F-1 : « Pourquoi n’as tu pas achevé ta formation au Pakistan ? »
— F-1 (témoin protégé) : « Parce que j’étais malade et j’ai du revenir ».
— Le jihadiste : « Tu plais beaucoup à l’émir Baitullah Mehsud. Tu lui plais tant que si tu avais terminé ta préparation, il aurait fait de toi un expert en explosifs plutôt qu’un kamikaze ».
— F-1 : « Quelle différence y a-t-il entre un kamikaze et un expert en explosifs ? »
— Le jihadiste : « Il y a trois groupes différents : les planificateurs, ceux qui fabriquent les bombes et les kamikazes » [8].

En réalité, F-1 serait un agent des services de renseignement extérieur français (DGSE), infiltré dans les réseaux jihadistes. Les militaires français auraient tenu une réunion d’urgence avec leurs homologues espagnols, à Noël à Madrid. Le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, aurait été personnellement informé du danger, mais l’Élysée n’aurait été tenu au courant qu’en termes vagues pour éviter les interférences [9]. Le coup de filet aurait été décidé au vu de la prière collective des membres du commando et de leur purification rituelle, indicateurs d’un passage à l’acte imminent [10].

Six autres individus, pistés par le Centro Nacional de Coordinación Antiterrorista espagnol, ont été arrêtés le 24 janvier à l’aéroport britannique de Gatwick, tandis que le Centre for the Protection of National Infrastructure du service de contre-espionnage (MI5) lançait un avis d’alerte : cette équipe de planificateurs devait déclencher une autre cellule kamikaze qui aurait commis un attentat dans le tunnel sous la Manche [11].

Tous les services de renseignement européens ont été placés en état d’alerte, d’autant que ces événements coïncidaient avec le périple européen du président pakistanais, Pervez Musharraf (Bruxelles, Paris, Londres, Davos) [12]. Un voyage à hauts risques au cours duquel l’ancien chef d’état-major, entouré d’une nuée de spin doctors états-uniens, devait se construire une image de leader polissé et fréquentable. Malheureusement ses réflexes autoritaires ressurgissaient chaque fois qu’on l’interrogeait sur l’indépendance des juges de son pays ou la possible implication de son parti politique —la PML-Q— dans l’assassinat de Benazir Bhutto.

En outre, les événements de Barcelone prenaient place dans un contexte de nombreuses menaces :
- Le 3 janvier, un certain Murabit Muwaded (c’est-à-dire « le combattant pour l’unité ») a posté en arabe sur le forum du site islamiste al-ekhlaas.net un message promettant de « mettre un terme à la poursuite des ambitions du président Sarkozy dans les pays du Maghreb » et de provoquer « un effondrement de l’économie française au niveau international ».
- Le 5 janvier, un centre états-unien chargé de surveiller les communications du réseau d’Oussama Ben Laden a repéré sur Internet des menaces « contre Paris et contre son maire Bertrand Delanoë » afin d’entraîner « la chute de Nicolas Sarkozy ».
- Le 10 janvier des contrôleurs aériens portugais ont intercepté un message sur les ondes courtes faisant état de menaces terroristes sur Paris [13].
- Le 21 janvier, Le Parisien a oublié en « une » un entretien avec « la veuve noire », une ancienne dirigeante d’Al Qaïda, annonçant que La France serait punie pour son allégeance à l’Amérique [14].
- Le 24 janvier, un message posté sur le forum du site internet al-ekhlaas.net, cette fois signé « Al Qaïda en Grande-Bretagne », exigeait un retrait des troupes britanniques d’Afghanistan et d’Irak, ainsi que la libération des « musulmans captifs » de la prison de haute sécurité de Belmarsh. Il désignait Gordon Brown et Tony Blair comme cibles.

Baitullah Mehsud

Le 5 février, Nigel Inkster, l’ancien directeur adjoint des services secrets extérieurs britanniques (MI6) présentait à Londres le très attendu rapport annuel de l’International Institute for Strategic Studies (IISS). À cette occasion, il a « confirmé » que Baitullah Meshud avait organisé l’assassinat de l’ancien Premier ministre pakistanais Benazir Bhutto, en décembre 2007. M. Inskter a désigné le chef néo-taliban comme le nouvel ennemi public n°1 de l’Occident en remplacement d’Oussama Ben Laden et d’Abou Moussab Al-Zarkaoui [15].

Retenez bien ce nom : Baitullah Mehsud. Il animera vos cauchemars médiatiques durant les prochaines années.

Baitullah Mehsud est connu de longue date comme un chef de guerre pashtoun opérant au Waziristan (zone tribale pakistanaise, frontalière de l’Afghanistan). Il y a deux ans, il avait négocié le cessez-le-feu local et était alors présenté par ses amis états-uniens comme un « artisan de paix » [16]. Changeant d’image, il a fait irruption sur la scène mondiale, le 28 décembre 2007, lorsque le porte-parole du ministre de l’Intérieur pakistanais a déclaré : « Nous avons des rapports de renseignement indiquant que le leader d’Al Qaïda, Baitullah Meshud, est derrière l’assassinat [de Benazir Bhutto]. Nous venons juste de recevoir une interception de renseignement qui a été enregistrée ce matin et dans laquelle Baitullah Meshud félicite ses gens pour avoir réaliser cet acte lâche » [17]. Consécration suprême, le général Michael V. Hayden, directeur de la CIA, déclarait à son tour : « [l’assassinat de Mme Bhutto] a été perpétré par un réseau autour de Baitullah Meshud. Nous n’avons aucune raison d’en douter » [18].

On ne sait pas grand chose de Meshud, sauf la brève biographie que la lui a consacrée le mois dernier la Jamestown Foundation [19]. Si sa période pro-US y est passée sous silence, on y apprend qu’il aurait juré allégeance au mollah Omar, chef historique des talibans, et qu’il serait à la tête d’une armée de 20 000 hommes, pour la plupart issus de son clan, dont on n’avait jusque là jamais soupçonné l’ampleur. Il prohiberait les images, ce qui expliquerait que l’on ne dispose d’aucune photographie de lui. Il a cependant eu la bonne idée d’accorder en janvier une interview à Shahid Nadeem d’Al-Jazeera. D’où l’on sait qu’il aurait commencé ses classes dans l’armée soviétique avant de se rallier aux talibans [20].

L’agence texane Statfor a établi quant à elle un lien entre la secte des suspects de Barcelone et de précédentes affaires de terrorisme [21]. La Jamaat Al-Tabligh Wal-Dawa compterait aujourd’hui 70 à 80 millions de membres ce qui en ferait la plus importante confrérie musulmane dans le monde. Deux dizaines de ses membres seraient impliqués dans les attentats de Londres de juillet 2005 [22], les projets d’attentats à l’explosif liquide d’août 2006 [23], et dans les attentats manqués de Glasgow de juillet 2007.

L’envers du décor

L’affaire de Barcelone est exceptionnelle et l’on imagine que les gouvernements espagnol et britannique ont chaleureusement remercié la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) française —et particulièrement leur audacieux agent F-1— pour avoir déjoué ces complots et sauvé tant de vies innocentes.

Il n’en est rien. Car il y avait un deuxième niveau de manipulation.

Le lecteur attentif est peut-être déjà devenu soupçonneux devant la campagne médiatique alarmiste qui précédait ces projets d’attentat. Il aura remarqué la confusion entre courant wahhabite et déobandi. Il aura peut-être souri devant les menaces de « la veuve noire », prétendûment ancienne dirigeante d’Al-Qaïda, alors que cette mouvance —affirment les mêmes médias— refuse tout rôle politique aux femmes. Il se sera interrogé sur ce Mashud qui passe du jour au lendemain de statut d’« artisan de paix » à celui d’« ennemi public n°1 ». Et s’il a vu son interview sur Al-Jazeera, il se souviendra de ces commentaires du journaliste : « C’est un homme très simple. Il a une garde lourdement armée, mais il ne se comporte pas comme un chef inaccessible. Dans son village, il est chez lui. Contrairement à certains combattants étrangers d’Al-Qaida, il ne se cache pas ». Bref, il semble ignorer son nouveau rôle de méchant planétaire et ne craint pas de faire l’objet d’une attaque des forces spéciales états-uniennes.

Vient le moment où le masque tombe.

Les six terroristes de la cellule de planification arrêtés par Scotland Yard à l’aéroport de Gatwick, le 24 janvier, ont été longuement interrogés par le contre-espionnage britannique (MI5) au centre de haute sécurité de Paddington Green. Surprise : l’un était le frère cadet, trois autres les neveux, et les deux derniers des collaborateurs directs de Chaudhry Shujaat Hussain, président de la Pakistan Muslim League Quaid-i-Azam (PML-Q), le parti politique du président Pervez Musharraf. Tout ce petit monde rejoignait la suite de Pervez Musharraf, attendu à Londres. Ils n’avaient aucun éclaircissement à apporter sur leur passage à Barcelone. Après les vérifications d’usage, la raison d’État a prévalu. Ils ont été discrétement expulsés vers Islamabad (Pakistan) par le premier vol disponible tandis que Scotland Yard évoquait une méprise (mais alors, pourquoi les expulser ?) [24].

S’il n’avait pas été déjoué le 19 janvier, le scénario de la terreur aurait été le suivant : les deux premiers jours du voyage de Pervez Musharraf en Europe (les 20-21 janvier à Bruxelles et Paris), la première cellule faisait 48 heures de carnage à Barcelone. Le 22 janvier, le président pakistanais étant toujous à Paris, une seconde cellule y opérait. Entre le 23 et le 25, alors que M. Musharraf pérorait au Forum économique de Davos, des bombes explosaient à Francfort. Et lors de son séjour à Londres (du 26 au 28), un attentat dévastait le tunnel sous la Manche.

Du Pakistan, Baitullah Mehsud revendiquait cette campagne de terreur. Accordant des interviews à la presse européenne, Pervez Musharraf dénonçait le tueur de Benazir Bhutto et appelait les forces armées US à l’aide. Déjà secrètement rendu sur place, l’amiral Mike McConell, directeur général du renseignement US, et le général Michael Heyden, directeur de la CIA, dirigeaient une opération contre Meshud. Malheureusement, ils le manquaient de peu, mais tuaient son adjoint, le Libyen Abu Laith al-Libi, le 31 janvier (ce dernier point a été quand même mené à bien à la date prévue, question de rentabiliser le déplacement). Le même jour, George W. Bush battait le tambour en prononçant un discours à Las Vegas sur la guerre globale au terrorisme. Le 1er février, à Paris, Nicolas Sarkozy appelait à un sursaut de l’Occident en recevant le secrétaire général de l’OTAN. Le lendemain à Londres, Gordon Brown et Dick Cheney répondaient à cet appel depuis la résidence des Chequers.

Le 5 février l’International Institute for Strategic Studies publiait un rapport qui venait à point pour évaluer l’ampleur de la menace Meshud. Les ministres de l’OTAN, réunis les 7 et 8 février à Vilnius (Lituanie), décidaient d’étendre les opérations de l’Alliance de l’Afghanistan au Pakistan.

Politique fiction ? Non. Outre que l’agenda des personnalités ci-dessus est exact, souvenez-vous comment, en 1978, le conseiller national de sécurité des États-Unis, Zbignew Brzezinski [25] vint enrôler à Beyrouth un jeune golden boy, Oussama Ben Laden, pour en faire le chef de l’insurrection anti-communiste en Afghanistan [26] ; comment ce dernier recruta des mercenaires dans les milieux sunnites extrémistes pour mener la guerre contre les Soviètiques ; comment il constitua une véritable mouvance autour de lui avec l’aide conjointe des États-uniens, des Britanniques, des Saoudiens, puis des Pakistanais. Souvenez-vous aussi du rôle des services secrets pakistanais (ISI) dans la formation des moujahiddines, puis des talibans, et du personnel d’Al Qaïda [27]. Souvenez-vous du rôle du général Mahmoud Ahmad (directeur de l’ISI) dans l’organisation des attentats du 11 septembre 2001, alors même qu’il était présent à Washington ce jour-là [28].

Notez que l’International Institute for Strategic Studies de Londres avait été le seul organisme non-gouvernemental à rédiger un rapport accréditant la fable des armes de destruction massive en Irak et qu’il est passé maître dans l’art de l’intoxication [29].
Notez que la Fondation Jamestown qui diffuse l’essentiel des informations sur Baitullah Mehsud est dirigée par l’inoxidable Zbignew Brzezinski, par ailleurs conseiller spécial de Barack Obama, le seul candidat à la présidence des États-Unis qui appelle à une intervention militaire au Pakistan.

Ainsi, les services secrets militaires français et espagnols, et José Luis Rodríguez Zapatero, n’ont pas seulement empêché des attentats en Europe, ils ont empêché (ou au moins différé) une opération militaire de l’OTAN au Pakistan à laquelle ils sont viscéralement opposés.

 
Thierry Meyssan
Journaliste et écrivain, président du Réseau Voltaire
 
[1] « L’Espagne en état d’alerte après un coup de filet antiterroriste », par Harold Hecke, Associated Press, 19 janvier 2008.

 

 

[2] Les dix personnes interpellées sont : Hafeez Ahmed, Maroof Ahmed Mirza , Mohammad Ayud Elahi Bibi, Imran Cheema, Shaib Iqbal, Mehmooh Khalib , Roshan Jamal Khan, Qadeer Malik, Mohammed Shoaib et Mohamed Tarik.

[3] Tres de los islamistas dispuestos a atentar en Barcelona han huído y su objetivo no era España, ABC, 25 janvier 2008.

[4] « Sospecha de la presencia en España de un comando proveedor », par Enrique Figuerdo et Eduardo Martin de Pozuello, La Vanguardia, 29 janvier 2008.

[5] « El jefe del grupo se formó cuatro años en una ’madrasa’ paquistaní », El Pais, 3 février 2007.

[6] « Spain terror plot : MEA in dark over arrest of Indians », Times of India, 26 janvier 2008.

[7] « Los detenidos tienen idéntico perfil que los autores del 7-J », El Pais, 27 janvier 2008.

[8] "¿Por qué vamos a atacar en el metro de Barcelona y no en otro lado ?", preguntó…, El Pais, 26 janvier 2008.

[9] « Islamistas.- El servicio secreto francés convocó de urgencia al CNI en Navidad para informarle del plan terrorista », Europa Press, 2 février 2008.

[10] « Terrorisme : le kamikaze infiltré changera d’identité en France », par Joana Viusà, L’Indépendant de Perpignan, 1er février 2008.

[11] « Suicide bomb suspects held at Gatwick after tip-off », par David Leppard, The Sunday Times, 3 février 2007.

[12] « Les services européens redoutent des attentats », par Arnaud De La Grange, Le Figaro, 21 janvier 2008.

[13] « Un appel terroriste visant la tour Eiffel a été intercepté au Portugal », par Yves Bordenave, Le Monde, 12 janvier 2008.

[14] « La « veuve noire » d’Al-Qaïda : « La France sera bientôt punie », propos recueillis par Jean-Marc Ducos, Le Parisien, 21 janvier 2008.

[15] « Abou Moussab al-Zarkaoui, super-héros du Mal », par Vladimir Alexe, Réseau Voltaire, 19 juillet 2005.

[16] « Le chef taliban Mehsud, principal ennemi d’Islamabad », par Nadia Blétry et Pir Zubair Shah, Le Temps, 7 février 2008.

[17] Déclaration en ourdou de Javed Iqbal Cheema sur PTV News, le 28 décembre 2007.

[18] « CIA Places Blame for Bhutto Assassination ; Hayden Cites Al-Qaeda, Pakistani Fighters », par Joby Warrick, The Washington Post, 18 janvier 2008.

[19] « Baitullah Mehsud – The Taliban’s New Leader in Pakistan », par Imtiaz Ali, Terrorism Focus, Volume 5, Issue 1 (January 8, 2008), Jamestown Foundation éd.

[20] « Baitullah Mehsud, nouveau chef taliban, défie l’armée pakistanaise », par Françoise Chipaux, Le Monde du 1er février 2008.

[21] « Tablighi Jamaat : An Indirect Line to Terrorism », Statfor, 23 février 2008.

[22] « Londres renoue avec la stratégie de la tension », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 juillet 2005.

[23] « Complot terroriste au Royaume-Uni : que se passe-t-il vraiment ? », par Craig Murray ; « Londres : terrorisme fictif, guerre réelle », par Jürgen Elsässer ; « Fabriquez vous-mêmes votre bombe au TATP », par Thomas C. Greene ; « L’alerte terroriste inquiète les Britanniques, sauf Tony Blair » ; « Les certitudes de Nicolas Sarkozy : “Un faisceau d’éléments permet de penser que la nébuleuse Al Qaïda n’est pas très éloignée de ce qui aurait pu se passer” » ; « Le mensonge des attentats à l’explosif liquide », par James Petras, Réseau Voltaire, 29 août 2006.

[24] « España tomó por terroristas a cargos del partido de Musharraf », El Pais, « El CNI confundió a familiares de un colaborador de Musharraf con islamistas », par Nando Garcia, El Mundo, 6 février 2008.

[25] « La stratégie anti-russe de Zbigniew Brzezinski », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 22 octobre 2004.

[26] « La Ligue anti-communiste mondiale, une internationale du crime », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 mai 2004.

[27] On trouvera un exposé détaillé de cette affaire dans l’ouvrage que lui a consacré le sous-directeur du renseignement indien qui fut chargé, pendant des années, de l’observer : Fulcrum of Evil : ISI-CIA-Al Qaeda Nexus par Maloy Krihna Dhar, Manas Publication, Delhi, 2006

[28] Lire L’Effroyable imposture 1, par Thierry Meyssan, mars 2002, réédition Demi-lune 2007.

[29] « Les experts qui ont donné raison à la CIA », Réseau Voltaire, 4 février 2004.

Vol de secrets nucléaires : Le london Times confirme les déclarations de Sibel Edmonds

[Gregoire Seither - IES News Service - 20/01/2008]

La bombe médiatique publiée par Sibel Edmonds dans le Sunday Times d’il y a 15 jours a été soigneusement ignorée par la presse occidentale et surtout U.S. Cette auto-censure de la presse semble lentement s’effriter. Plusieurs stations de radio aux Etats-unis ont repris les informations données par Mme Edmonds et l’ont interviewée par téléphone. En Grande-Bretagne, c’est le très sérieux London Times, dans son édition du jour qui titre sur “Le vol des secrets nucléaires”

Et dans la foulée, il nous révèle une information nouvelle (voir en fin d’article) :

“Le FBI a été accusé d’avoir étouffé un dossier clé apportant des preuves détaillées d’un cas de corruption à un très haut niveau du gouvernement des Etats-unis en relation avec un réseau d’espionage de secrets nucléaires à destination du Pakistan et de l’Iran.

Ces accusations ont été faites à la suite de la publication, le 6 janvier dernier, dans le journal “The Sunday Times” d’un article sur Sibel Edmonds, une dénonciatrice du FBI qui a travaillé pour l’agence lors de l’enquête sur ce réseau.

Edmonds, qui a aujourd’hui 37 ans, est une ancienne traductrice de Turc qui a écouté et traduit des centaines de conversations sensibles interceptées par le services secrets U.S., lors de son travail au centre d’enquêtes du FBI, à Washington. (…)

L’un des documents cités par Mme Edmonds, porte la côte 203A-WF-210023. Mais la semaine dernière, dans une réponse à une demande de communication de ce document au titre du “Freedom of information act”, le FBI a répondu qu’il n’existait aucun document portant cette côte. Cette affirmation s’est avérée fausse quand la rédaction du “Sunday Times” a pu obtenir un document signé d’un directeur du FBI et qui confirme l’existence de ce document. (…)

La demande de communication de ce document, dans le cadre de la loi sur l’accès des citoyens aux documents administratifs (FOIA) n’a pas été déposée par Mme Edmonds mais par un groupe étatsunien de défense des droits de l’homme, la “Liberty Coalition”, sur la base d’une information reçue d’un correspondant anonyme.

La lettre du FBI donne un certain nombre d’indications sur le contenu de ce dossier, indications qui confirment les révélations faites par Mme Edmonds. Selon elle des membres de la communauté diplomate turque aux Etats-unis ont mis en place un réseau de collecte d’informations sensibles sur l’industrie nucléaire. L’implication de la Turquie n’était d’ailleurs qu’un paravent, les vrais commanditaires étaient les militaires pakistanais et les services secrets de ce pays, l’ISI, Inter-Services Intelligence. Mme Edmonds affirme que des haut fonctionnaires corrompus ont apporté leur assistance au résau, utilisant des organisations culturelles et économiques, comme le American-Turkish Council (ATC) comme points de relais.” (…)

Parmi les accusations proférées par Mme Edmonds, il y a notamment le fait qu’un haut fonctionnaire de la Maison Blanche aurait fourni au réseau d’espionnage des informations sur l’enquête de la CIA, l’avisant de ne pas approcher la société Brewster Jennings étant donné que celle-ci était une société écran pour la CIA dans son enquête sur le trafic de matières nucléaires.

Cette trahison de la part du haut fonctionnaire en question est survenue deux ans avant que la société Brewster Jennings soit révélée au grand jour, quand, suite à une fuite orchestrée, l’une de ses employés, Valerie Plame, fut “grillée” par la presse comme étant une agente de la CIA.

Mme Plame est l’épouse d’un diplomate, Joseph Wilson qui avait mis dans l’embarras l’Administration Bush lors de la préparation de l’invasion de l’Irak en démontrant que certains éléments présentés par la Maison Blanche pour prouver que Saddam Hussein cherchait à se doter de l’arme nucléaire étaient faux et avaient été fabriqués par les conseillers du Président Bush. Il fut donc soupçonné qu’elle avait été grillée par vengeance contre son mari. L’affaire devint une cause célèbre aux U.S. avant d’aboutir à la condamnation, en 2007, de Lewis Libby, “spin doctor” et proche conseiller du Président Bush.”

Tout comme le “Sunday Times”, le “London Times” ne nomme pas le haut fonctionnaire, alors que de très nombreux analystes de l’affaire ont présenté des preuves, depuis 2004, qu’il s’agit en fait de Marc Grossman.

Si les affirmations de Sibel Edmonds sont vraies, alors non seulement la couverture de Mme Wilson a été “grillée” par l’Administration Bush mais , deux ans auparavant, l’intégralité de l’opération d’infiltration du marché noir nucléaire par la CIA a été “grillée” par un haut fonctionnaire de l’Administration U.S.

Il n’est pas anodin de mentionner que Marc Grossman, travaillant pour l’Administration Clinton, savait pertinement que les informations qu’il vendait aux Turcs étaient en fait destinés au Docteur Folamour pakistanais, le Professeur A.Q. KhanAbdul-Qadeer-Khan-Profile Dec-07 , qui a exporté la technologie nucléaire militaire vers l’Iran et la Corée du Nord.

Mais, à l’époque, à la Maison Blanche des Clinton, on était très ami avec le Pakistan… il n’est donc pas impossible qu’il y ait eu des consignes de tout faire pour empécher la CIA d’aller mettre son nez dans les petits traffics du Docteur Khan et de son parrain politique, le Général Pervez Musharraf.

A noter également que, en 2005, l’ancien conseiller pour la sécurité nationale du Président Bill Clinton, a été condamné pour avoir fait disparaître un certain nombre de documents classifiés des Archives Nationales, afin de les soustraire à la commission d’enquête sur le 11 septembre. Parmi les documents “emportés par mégarde”, il y aurait notamment un dossier (jamais retrouvé) sur les amitiés particulières des Clinton au Pakistan…

L’affaire Sibel-Edmonds est loin d’avoir encore révélé tous ses secrets.

Lundi 21 Janvier 2008

http://libertesinternets.wordpress.com/

Le président pakistanais s’emporte contre ses critiques

K. Ratnayake, Mardi 08 Janvier 2008

Le président pakistanais Pervez Moucharraf est de plus en plus assiégé depuis l’assassinat de la dirigeante de l’opposition Benazir Bhutto. La version officielle de la mort de Bhutto est en miettes, soulevant encore plus la question de l’implication de sections du régime dans le meurtre et menaçant de faire exploser les manifestations de l’opposition avant les élections nationales qui ont été reportées au 18 février.

Des images vidéo montrent un tireur près de la voiture de Bhutto, qui tire visiblement sur elle alors qu’elle salue la foule par le toit ouvrant de la voiture. Bhutto s’effondre dans la voiture et l’instant d’après l’explosion de l’attentat suicide pulvérise la scène. Des témoins oculaires et des représentants officiels de son parti, le Parti du peuple du Pakistan (PPP), insistent sur le fait qu’elle a été abattue. Cependant, l’enquête officielle prétend que la mort de Bhutto ne peut être attribuée à des blessures dues à des projectiles d’armes à feu, mais à des blessures qu’elle aurait subies en se frappant la tête sur une poignée du toit ouvrant de la voiture.

Ce scénario sert un objectif politique défini. Même avant que l’enquête ne débute, le régime mettait l’assassinat sur le compte de al-Qaïda, affirmant que ce n’était qu’un autre attentat suicide dans la myriade des attentats suicides menés par les groupes pro-talibans dirigés par Baitullah Mehsud. La présence d’un tireur ne correspond pas à ce scénario, et soulève des questions embarrassantes à propos de son identité. L’assassinat s’est produit dans la ville garnison de Rawalpindi, là où les quartiers généraux de l’armée sont basés.

L’assassinat a été suivi par des jours de manifestations et d’émeutes animées de la conviction largement répandue que le gouvernement ou les militaires, sur qui s’appuie Moucharraf, sont responsables et que l’enquête officielle est une couverture. Mehsud a nié toute implication. Le mari de Bhutto, Asif Ali Zadari a refusé de donner l’autorisation pour une autopsie, disant à la presse qu’il avait vécu « assez longtemps » au Pakistan pour savoir comment cette procédure allait être menée.

Alors que la version officielle des faits commençait à tomber en morceaux, Moucharraf a été forcé d’accepter une offre d’assistance de Scotland Yard d’Angleterre pour donner un semblant de crédibilité à l’enquête policière. Il a continué de rejeter les demandes du PPP pour la tenue d’une enquête internationale complète comme celle menée par l’ONU pour le meurtre du premier ministre libanais, Rafik al-Harari, en 2005.

Lors d’une conférence de presse télévisée avec des journalistes de l’étranger jeudi dernier, Moucharraf a reconnu pour la première fois qu’il y avait des « problèmes » avec l’enquête et de « l’incertitude… sur la cause exacte de la mort ». Mais il s’est opposé à toute suggestion que les forces de sécurité sont responsables de l’assassinat, que ce soit directement ou indirectement à cause de mesures de sécurité déficientes.

Le président a déclaré qu’il n’est pas entièrement satisfait de l’enquête, mais a insisté sur le fait que le gouvernement n’avait pas « de plans pour masquer la preuve ». Lorsqu’on lui a demandé pourquoi la police avait nettoyé les lieux de l’assassinat, détruisant ainsi les preuves qui auraient pu s’y trouver, Moucharraf a répondu absurdement : « Pourquoi ne l’auraient-ils pas fait ? Si vous voulez dire qu’ils l’ont fait intentionnellement, je dirais que non. Ce n’est que de l’inefficacité, que des personnes qui ont pensé qu’il fallait nettoyer la place; les automobiles devaient circuler. »

Après avoir accusé les groupes islamistes, Moucharraf a dit que c’était une « farce » que de laisser entendre que l’armée et les agences du renseignement pouvaient utiliser, pour leurs propres fins, les mêmes personnes qui les attaquent. « Aucune organisation du renseignement au Pakistan ne peut endoctriner un homme pour qu’il se fasse exploser », a-t-il ajouté.

Le fait même que Moucharraf soit obligé de faire de telles déclarations est une indication que très peu de personnes le croient. L’armée pakistanaise et sa puissante agence du renseignement, l’ISI (Inter-Services Intelligence), ont une longue association avec les organisations islamistes, qui remontent à l’époque de la dictature du général Zia-ul Haq. L’ISI a joué un rôle central dans le djihad anti-soviétique parrainé par la CIA en Afghanistan dans les années 1980, duquel sont nées des organisations comme al-Qaïda et d’autres milices islamistes. Il est très probable que des éléments du gouvernement et/ou de l’armée ont collaboré avec des groupes liés à al-Qaïda pour éliminer un ennemi commun.

Après la première tentative d’assassinat dirigée contre elle en octobre dernier, Bhutto avait envoyé une lettre au président qui identifiait quatre personnalités de son régime, y compris Chaudhry Pervez Elahi, un ancien ministre important de la province du Punjab, comme des ennemis voulant la tuer. On a officiellement interdit à l’équipe de Scotland Yard sur les lieux d’interroger ces quatre individus. Au moins à la conférence de presse de jeudi, Moucharraf a défendu sa décision, disant que « Je ne laisserai personne monter une chasse aux sorcières et commencer à faire du grabuge. »

Avant son retour au Pakistan en octobre, l’administration Bush avait fait pression pendant des mois pour que Bhutto et Moucharraf arrivent à s’entendre sur un partage du pouvoir, ce qui aurait contribué à renforcer le régime militaire impopulaire. La possibilité que le PPP puisse gagner l’élection et que Bhutto devienne première ministre suscitait la ferme opposition du parti dirigeant, la Ligue arabe-Q du Pakistan, qui risquait de perdre ses privilèges et le pouvoir, ce qui donnerait une raison aux dirigeants de cette organisation de vouloir la mort de Bhutto.

Moucharraf a accusé Bhutto elle-même parce qu’elle aurait ignoré les avertissements sur sa sécurité. « Qui faut-il blâmer pour son geste consistant à sortir du véhicule et à se tenir debout à cet endroit ? Qui faut-il blâmer ? Les agences qui font respecter l’ordre ? » a-t-il demandé. La porte-parole du PPP, Sherry Rehman a dit que les commentaires étaient « absurdes » et une insulte contre Bhutto et les autres qui sont morts pour avoir exercé leur droit garanti par la constitution d’assister à un rassemblement public. Rehman a accusé le régime de n’avoir pas répondu aux requêtes de Bhutto pour une meilleure sécurité. Elle a dit qu’un seul véhicule de la police se trouvait sur les lieux et « toute la journée, je n’ai pratiquement pas vu de policiers ».

L’appui américain

Le fait que Moucharraf ait été mis sur la défensive lors de la conférence de presse de la semaine dernière souligne la crise politique de son régime. Ce dernier dépend fortement de l’appui politique et financier de l’administration Bush, qui exige du Pakistan qu’il intensifie la guerre contre les milices islamiques dans les régions tribales le long des frontières afghanes. Le soutien de Moucharraf à la soi-disant « guerre au terrorisme » de Washington a alimenté un large sentiment antiaméricain et a aliéné certaines sections de l’armée.

Le président Bush a de nouveau offert son plein appui à l’homme fort pakistanais, s’adressant à Reuters jeudi : « J’ai toujours été un partisan du président Moucharraf. Je crois qu’il est solide dans la guerre contre le terrorisme. Il connaît très bien les risques liés aux extrémistes et aux terroristes. Après tout, ils ont essayé de le tuer. » Samedi, lors de son discours radiophonique hebdomadaire, Bush a insisté que les Etats-Unis et le Pakistan devaient utiliser « chaque outil nécessaire dans les domaines du renseignement, de la police, de la diplomatie, de la finance et du p