BBC News: L’évolution d’une théorie du complot

Dans un article paru le 4 juillet 2008, BBC News fait le point sur l’état actuel du Mouvement pour la Vérité sur le 11 Septembre. Malgré l’usage du vocabulaire abusif des pro-VO, avec des termes comme conspirationistes ou théorie du complot, ce texte a néanmoins le mérite de témoigner de l’ampleur qu’a pris le Mouvement en Europe comme aux Etats-Unis, en revenant sur son histoire et sur les principaux éléments relevés par les "Truthers".

Article paru sur BBC News le 4 juillet 2008

Il n’y a pas que les Tours Jumelles qui se sont effondrées le 11 Septembre. Une 3ème tour du World Trade Center (WTC), qui n’avait pas été frappée par des avions, s’est également écroulée. Alors qu’un rapport exposant les résultats d’une enquête sur la Tour 7 est sur le point d’être publié, Mike Rudin examine comment cette théorie du complot a pris une telle ampleur.

Le 11/9 est la théorie du complot de l’ère de l’internet.

Tapez « 9/11 conspiracy » (conspiration du 11/9) dans Google et vous obtiendrez 7,9 millions de résultats… Tapez « 9/11 truth » (vérité sur le 11/9) et ce sera plus de 22 millions.

Aux Etats-Unis, des sondages ont traduit les doutes largement répandus au sein de la population américaine. En 2006, un sondage New York Times/CBS News a démontré que 53% des personnes interrogées pensaient que l’administration Bush…

Un grand nombre d’Americains se demandent ce qui s’est vraiment passé le 11 Septembre

Au Royaume-Uni, une enquête menée par GfkNOP en 2006 pour l’émission télévisée de la BBC The Conspiracy Files (Les Dossiers du Complot) a mis en évidence que 16% des personnes interrogées pensaient qu’il existait une « conspiration plus vaste dans laquelle serait impliqué le gouvernement américain. »

Cet été sera un moment clé pour les sceptiques de l’explication officielle des évènements qui se sont déroulés le 11 septembre 2001, pour ce soi-disant « 9/11 Truth Movement » (« Mouvement pour la Vérité sur le 11/09 »).

Quasiment 7 ans après les terribles événements de ce jour de septembre, les autorités américaines sont sur le point de publier le rapport final sur la 3ème tour qui s’est également écroulée le 11/9. Contrairement aux Tours Jumelles, ce gratte-ciel de 47 étages et d’une hauteur de 186 mètres n’avait pas été frappé par un avion.

Ainsi, la Tour 7 est devenue un élément clé pour des « Truthers » comme Dylan Avery, le réalisateur du film sur le 11/9 diffusé sur internet, Loose Change.

« Le Mouvement pour la Vérité se focalise énormément sur le bâtiment 7, et beaucoup de gens ont, à juste titre, de graves soupçons sur ce qui s’est réellement passé ce jour-là, » dit-il.

Avery précise que des locataires inhabituels étaient hébergés dans la Tour 7 : La CIA, les Services Secrets, le Pentagone et surtout le bureau de la Gestion des Situations d’Urgence (Office of Emergency Management), l’agence qui était justement chargée de gérer des désastres ou des attentats terroristes à New York. Et certains pensent que la Tour 7 est l’endroit où le complot du 11/9 a été fomenté.

L’explication officielle est que de simples incendies ont été à l’origine de l’effondrement de la Tour 7. Ceci en ferait le premier et unique gratte-ciel au monde à s’écrouler à la suite d’incendies.

Mais malgré cela, la totalité des milliers de tonnes d’acier du bâtiment a été embarquée et fondue.

La façon dont les organismes officiels ont enquêté sur la Tour 7 a conduit certaines personnes à penser qu’ils cachent quelque chose. Sa destruction n’est jamais mentionnée dans le Rapport Officiel de la Commission du 11/9.

Une enquête de l’Agence Fédérale de la Gestion des Situations d’Urgence (Federal Emergency Management Agency) a affirmé que le bâtiment s’était écroulé en raison de violents incendies qui auraient duré des heures entières, nourris par des milliers de litres de gazole stockés dans la tour pour l’alimentation des générateurs de secours. Mais le rapport a stipulé que « la probabilité d’une telle situation était faible » et qu’il fallait des études complémentaires. C’était en mai 2002.

La tâche est aujourd’hui confiée à l’Institut National des Standards et de la Technologie (NIST - National Institute of Standards and Technology) situé sur un vaste campus près de Washington DC. Cela fait plus de 2 ans et demi que les scientifiques y étudient la Tour 7.

Il est évident que les chercheurs ont été critiqués sous prétexte qu’ils seraient lents et même qu’ils auraient peur de publier (leurs travaux). Mais Shyam Sunder, chef des investigations au NIST et chargé de l’enquête sur le WTC, explique que 2 ans et demi est la durée habituelle d’une enquête sur un accident d’avion. Il ajoute que ce n’est que depuis ces dernières années qu’il a reçu des critiques de la part du Mouvement pour la Vérité.

Graphique montrant la position du WTC7

« Ce n’est qu’à la toute fin 2005 que ce groupe a commencé à se faire entendre et qu’on a commencé à les voir à quelques-unes de nos réunions. Mais pendant longtemps ils n’étaient même pas présents. Ce n’est pas vraiment le retard qui les a motivés, ils se sont tout simplement réveillés un beau jour avec l’idée qu’ici se trouvait un problème qu’ils devaient gérer.  »

Une grande remise en question.

En avril 2005, les 1000 premiers DVD de Loose Change de Dylan Avery ont été gravés. Sa production n’a coûté que 2000 dollars. Ce fut un moment critique pour le développement du mouvement. Les producteurs de Loose Change affirment que plus de cent millions de personnes l’ont visionné. Steven Jones, ancien professeur à l’Université de Brigham Young, qui est devenu la première voix académique du mouvement, avait regardé une vidéo de l’effondrement de la Tour 7 pour la première fois au printemps 2005. Mais quand il le fit, le physicien qu’il était fut déconcerté. La conversion de l’architecte américain, Richard Gage eut lieu en 2006 quand, au volant de sa voiture, il écoutait une station de radio indépendante en train d’interviewer le théologien David Ray Griffin. « Il fallait que je remette tout en question et que je fasse des recherches. Et plus je découvrais, plus j’étais perturbé et je me suis rendu compte que ce que je cherchais c’était… les architectes et les ingénieurs. »

Constatant que ces derniers n’étaient pas encore vraiment entrés dans la bataille, Gage décida qu’il lui fallait agir. [NdT - Voir la vidéo de l’interview de Richard Gage traduite et sous-titrée par ReOpen911]

« Ça m’est venu comme ça, il fallait que je fonde une organisation nommée « Architectes et Ingénieurs pour la Vérité sur le 11/9 » (Architects and Engineers for 9/11 Truth). »

 

Les polémiques se calmeront-elles un jour  ?

Le cinquième anniversaire du 11/9 fut un moment énorme pour les « truthers ». Sous le feu des projecteurs des médias, les manifestations se sont intensifiées, des sites web ont vu le jour et des films ont proliféré sur internet.

Avec la publicité, sont arrivés aussi les « déboulonneurs » (debunkers) qui mettaient les « truthers » à l’épreuve à chaque étape.

Après Loose Change il y a eu le site web Screw Loose Change (Que Loose Change aille se faire foutre). Et puis le film internet 9/11 Mysteries (Les Mystères du 11/9) a été suivi par Screw 9/11 Mysteries (Que les Mystères du 11/9 aillent se faire foutre).

Les scissions de la conspiration.

Et les « truthers » ont riposté. Quand le magazine américain de technologie Popular Mechanics a sorti un livre intitulé Debunking 9/11 Myths (La démysitification des Mythes du 11/9) il a été contredit par un livre de David Ray Griffin intitulé Debunking 9/11 Debunking (La Démystification de la Démystification du 11/9).

Avec le temps, la portée du complot présumé a pris de l’ampleur, mettant en cause non seulement des sections de l’administration Bush et les services secrets, mais aussi les pompiers, la police, les premiers secours, des enquêteurs officiels, des experts, le propriétaire des bâtiments (WTC) et les médias et puis, ah oui ! même la BBC.

Et, avec le temps, des scissions sont apparues au sein du Mouvement pour la Vérité sur le 11/9.

Des soi-disant « Pas-d’avionistes » croient que des avions de ligne ne se sont pas vraiment écrasés contre les Tours Jumelles, contre le Pentagone ou dans un champ en Pennsylvanie. Certains soutiennent que des lasers envoyés depuis l’espace ont été utilisés.

Les « Avionistes » croient que des avions ont effectivement été employés mais affirment que l’effondrement des tours du WTC ne peut véritablement être expliqué que par des démolitions contrôlées.

Selon le Mouvement pour la Vérité sur le 11.09, Georges Bush cache quelquechose

Et puis il y a les LIHOPs et les MIHOPs. La plupart des « Truthers » sont des MIHOPs- ils croient que le gouvernement a « fait en sorte que ça arrive » (Made It Happen On Purpose), en élaborant et orchestrant les attentats du 11/09.

Mais les LIHOPs soutiennent que le gouvernement n’a fait que « laisser sciemment les évènements se produire » (Let It Happen On Purpose) pour lui permettre de justifier les guerres en Afghanistan et en Irak et pour appliquer des mesures de répression des libertés civiles à l’intérieur de son propre pays.

C’est dans cette atmosphère fébrile que le rapport officiel final sur le 11/9 fait son apparition.

On saura cet été si le rapport du NIST est parvenu à répondre aux multiples questions soulevées ou s’il rencontrera le même destin que la Commission Warren chargée d’enquêter sur l’assassinat du Président américain John F. Kennedy et qui, en définitive, n’a fait qu’alimenter les théories du complot.

 

Traduit de l’anglais par Kate G. et Stéphane Barthe pour ReOpen911

“Une arme de persuasion massive” par Sheldon Rampton et John Stauber

Article de Paul CAUCHON paru sur LeDevoir.com, à propos de l’ouvrage de Sheldon Rampton et John Stauber : "Une arme de persuasion massive - De la propagande dans la guerre de Bush en Irak"

Médias: La guerre vendue en shampooing

La guerre contre l’Irak a représenté une formidable bataille idéologique, dans laquelle la Maison-Blanche a utilisé des techniques de marketing sophistiquées, souvent avec l’aide de prestigieuses entreprises de relations publiques.
On s’en doutait, bien sûr. Mais rarement la chose a été aussi bien documentée que dans cet ouvrage qui vient de paraître en français, Une arme de persuasion massive/De la propagande dans la guerre de Bush en Irak, publié l’automne dernier aux États-Unis, et en français récemment chez Le Pré au Clercs. Les deux auteurs, Sheldon Rampton et John Stauber, travaillent pour le Center for Media and Democracy, un organisme créé en 1993 pour enquêter sur les propagandes gouvernementales et le discours médiatique. Ce centre se spécialise particulièrement dans l’analyse des stratégies des grandes entreprises de relations publiques.

On a beaucoup écrit sur l’expérience des journalistes intégrés dans les unités militaires lors de la guerre en Irak, ou encore sur l’hyper-patriotisme de certains médias américains. Rampton et Stauber en parlent, sans que leurs propos ne soient nécessairement très marquants. L’intérêt de leur livre est ailleurs, dans le décryptage des stratégies gouvernementales pour conditionner l’opinion publique avant le déclenchement de la guerre.

Ainsi, dès 1997 (trois ans avant l’élection de Bush), un groupe de néo-conservateurs dirigé par William Bennet, rédacteur en chef du Weekly Standard (propriété de Rupert Murdoch), avait créé le Project for the New American Century, qui avait pour but de «durcir» la politique américaine envers l’Irak, et qui a fait pression sur le Congrès pour octroyer 100 millions de dollars aux opposants irakiens. Le groupe comprenait des gens comme Dick Cheney, l’éditeur Steve Forbes, Donald Rumsfeld, l’auteur Francis Fukuyama.

Il faut rappeler que, quelques mois après la guerre du Golfe de 1991, Bush le père avait demandé à la CIA de chasser Saddam Hussein du pouvoir, et l’organisme avait engagé John Rendon, un conseiller en relations publiques, pour travailler à ce dossier. Le même Rendon obtenait à l’automne 2001 un contrat de 400 000 $ pour orchestrer la propagande afin de préparer l’intervention en Afghanistan.

Le cas le plus connu du marketing de guerre est celui de Charlotte Beers, grande prêtresse du marketing aux États-Unis, qui avait dirigé deux grandes agences et qui comptait, parmi ses titres de gloire, le lancement du riz Uncle Ben’s et des shampooings Head & Shoulders! Nommée à un poste de sous-secrétaire d’État par l’administration Bush, elle a créé des campagnes de publicité, des sites internet, des shows télévisés, a organisé des rencontres avec des leaders arabes, pour tenter d’influencer l’opinion et de vendre les États-Unis au Moyen-Orient comme une «marque» représentant la liberté. Colin Powell avait lui-même déclaré lors de son embauche qu’il fallait «faire de notre politique étrangère une véritable marque».

Remarquez que ce n’est pas seulement la Maison- Blanche qui pensait en termes de marketing. Trois jours après le 11 septembre 2001, c’est le royaume d’Arabie saoudite qui signait un contrat avec le géant de la communication Burson-Marsteller pour recevoir des conseils en gestion de crise (la presque totalité des terroristes du 11 septembre étaient saoudiens, ce qui présentait mal…). Et une autre agence, Quorvis Communications, recevait 20 millions du même royaume pour faire interviewer des représentants saoudiens par des journalistes-vedettes des médias américains.

Et ça continue comme ça pendant des pages. Pour préparer l’intervention contre l’Irak plusieurs organismes soutenus par le pouvoir politique faisaient affaire avec Benador Associates, une puissante société de relations publiques qui se spécialisait dans le placement d’experts du Moyen Orient et du terrorisme dans tous les médias, des experts évidemment en faveur de la guerre. Les auteurs font remarquer qu’on les voyait partout alors que les médias semblaient ignorer les 1400 spécialistes indépendants du Moyen-Orient dans les universités américaines, qu’on imagine plus nuancés. Des organisations pacifistes découragées ont même tenté d’acheter de la publicité commerciale dans les grands réseaux de télévision pour se faire entendre, ce qui leur fut refusé par les réseaux.

Cet ouvrage porte aussi une leçon forte. Si le conditionnement à la guerre a semblé fonctionner aux États-Unis, toutes les campagnes de relations publiques pour améliorer l’image des États-Unis au Moyen-Orient ont échoué. Pourquoi? Le message véhiculé par cette armée de consultants n’était pas forcément faux, écrivent les auteurs. Mais il n’abordait jamais le coeur du ressentiment musulman envers les États-Unis, soit le conflit israélo-palestinien et le passé des interventions américaines dans la région. Comme le dit un professionnel de la publicité cité dans l’ouvrage, et qui semble plus lucide que les autres, «l’opinion islamique est davantage influencée par ce que les États-Unis font que par tout ce qu’ils peuvent dire».
 

=> Notes de ReOpenNews: A titre de complément d’information, nous présentons aussi  les notes de l’éditeur

Notes de l’éditeur (Pré-aux-Clercs) disponible sur Amazon.fr
La guerre de Bush en Irak était-elle juste ? Un an après la seconde guerre du Golfe, et à quelques mois de l’élection présidentielle américaine, des voix s’élèvent enfin outre-Atlantique pour dénoncer ouvertement une manipulation flagrante de l’opinion. Ce livre-brûlot, qui fait scandale aux Etats-Unis, est l’œuvre de deux spécialistes des médias américains, qui ont étudié en détail la propagande " bushienne ". Ils décortiquent ici ses mécanismes. Pourquoi 70 % des Américains en sont-ils venus à croire que Saddam était responsable des attentats du 11 septembre ? Pourquoi des documents falsifiés et de faux rapports des services secrets on-ils été utilisés pour accréditer la thèse des armes de destruction massive ? Pourquoi la presse internationale a-t-elle été enrôlée dans les unités combattantes, à l’inverse de l’embargo imposé lors de la première guerre du Golfe ? Comment une agence de relations publiques travaillant pour le Pentagone a-t-elle créé de toutes pièces le Congrès national irakien censé représenter les opposants à Saddam ? Comment ces mêmes agents ont-ils organisé à coups de dollars des mouvements de foule " spontanés " pour accueillir les libérateurs dans Bagdad

Le député démocrate Kucinich lance une procédure visant la destitution de Bush: 3 points de la résolution sont en lien direct avec le 11 Septembre

Sources : CNN, le 9 juin 2008

Le lundi 9 juin, le député démocrate de l’Ohio Dennis Kucinich, s’adressant à la Chambre des Représentants, a introduit une résolution comportant 35 points, afin de lancer une procédure de destitution (impeachment) du Président George W. Bush.

Kucinich, (ancien candidat à la primaire démocrate) a affirmé que Bush avait "frauduleusement" justifié la guerre en Irak et induit en erreur "le peuple américain et des membres du Congrès en leur faisant croire que l’Irak possédait des armes de destruction massive afin de fabriquer un faux casus belli". "En agissant ainsi, le Président George W. Bush est coupable d’une infraction justifiant sa destitution” a déclaré Kucinich.

Au total, Kucinich a présenté 35 raisons justifiant une destitution. Trois d’entre elles sont en lien direct avec le 11 Septembre.

  • Le point N°33 concerne la négligence criminelle de l’administration Bush en ce qui concerne le 11/9.
  • Le point N°34 l’accuse d’entrave à la justice concernant le 11/9.
  • Le point N°35 concerne la façon dont cette administration s’est occupée des premiers secours (First Responders).

Texte complet de la résolution : http://chun.afterdowningstreet.org/amomentoftruth.pdf

Vidéo du discours de Dennis Kucinich :


Cette nouvelle est très importante et fait l’objet de nombreux articles outre-atlantique (exemple dans le Chicago Tribune). En France, cette information n’est pour le moment que très peu reprise dans les grands médias. Pour lesquels, c’est bien connu, seuls des imbéciles et des “sottes insondables” (voir la diatribe de Redeker dans Le Monde et le lynchage de Marion Cotillard par Marianne) peuvent remettre en cause la version officielle du 11 Septembre.

Bush, Cheney et Cie accusés de crimes de guerre dans un dossier du FBI

Par Bill Van Auken pour WSWS, le 28 mai 2008

La révélation la plus étonnante d’un rapport de 370 pages [1] de l’inspecteur général du département de la Justice américain est que des agents du FBI avaient officiellement ouvert un dossier de « Crimes de guerre », documentant la torture dont ils avaient été témoins à la prison de Guantanamo Bay, avant de recevoir l’ordre de l’administration de cesser d’écrire leurs rapports.

Le World Socialist Web Site, ainsi que des groupes de défense des droits humains et d’autres opposants de la répression et du militarisme américains, ont longtemps insisté que les actes de l’administration Bush (le déclenchement de guerres d’agression, les assassinats, l’enlèvement et la séquestration sans procès de civils et, le plus répugnant de tous, la torture) constituaient des crimes de guerre selon toute interprétation légitime des décrets et traités internationaux de longue date.

De voir cependant cette évaluation confirmée par l’inspecteur général du département de la Justice, le seul responsable majeur n’étant pas directement subordonné à la Maison-Blanche, et par des agents du FBI, une agence qui n’est pas particulièrement reconnue pour être intéressée aux questions de droits démocratiques, est un signe du caractère endémique de ces crimes et de la crise qu’ils ont engendrée au sein du gouvernement des Etats-Unis et de l’élite dirigeante américaine en son ensemble.

Le rapport établit clairement que la torture fut ordonnée et planifiée en détail aux plus hauts niveaux du gouvernement, y compris la Maison-Blanche, le conseil national de sécurité, le Pentagone et le département de la Justice. Les tentatives de faire cesser ces pratiques, sur une base légale ou pragmatique, par des individus à l’intérieur du gouvernement furent systématiquement contrées et les preuves de ces activités criminelles dissimulées.

Il n’y a pas eu de réaction immédiate de la Maison-Blanche face à ces nouvelles révélations. Les réactions d’autres agences directement impliquées dans les crimes commis à Guantanamo ont donné une idée du sentiment général d’impunité dans lequel la torture décrite dans le rapport de l’inspecteur général se poursuit à ce jour.

« Il n’y a rien de nouveau là-dedans », a affirmé le porte-parole du Pentagone Bryan Whitman. Un porte-parole du département d’Etat à quant à lui décrit les accusations contenues dans le rapport comme étant « assez vagues ».

Assez vagues ? On peut se demander qu’est-ce que ce porte-parole qualifierait d’explicite. Le rapport contient des pages et des pages de témoignages d’agents du FBI sur les pratiques sadiques et répugnantes à Guantanamo.

À un endroit le rapport affirme : « [Un agent du FBI] se rappelait que, à un certain moment durant l’interrogatoire, l’officier militaire “versa de l’eau” dans la gorge d’un détenu qui était assis. Il affirma qu’il pensait que le but de cette pratique était de faire croire au détenu qu’il se noyait, et ainsi le forcer à fournir l’information souhaitée par l’interrogateur. [L’agent] a affirmé que le détenu avait des haut-le-coeur et crachait de l’eau. Il a dit que le détenu semblait incommodé, et il pensait qu’il avait de la difficulté à respirer. »

Et selon une description de l’interrogation de Mohamedou Ould Slahi, un Mauritanien arrêté par son propre gouvernement, remis aux forces américaines et déporté à Guantanamo en 2002 :

« Il fut laissé seul dans une chambre froide connue sous le nom du "congélateur", où des gardes l’empêchaient de dormir en appliquant de la glace ou de l’eau froide sur lui… »

« Il fut privé de sommeil pour une période de 70 jours à l’aide d’interrogatoires prolongés, de lumières stroboscopiques, de musiques menaçantes, de consommation forcée d’eau et d’obligation de demeurer en position debout. »

« Une interrogatrice féminine l’empêcha de mettre des vêtements;

« Deux interrogatrices féminines lui ont fait des attouchements sexuels et ont fait des commentaires à caractère sexuel sur lui ;

« Avant et pendant l’incident du bateau, il fut sévèrement battu. »

De plus, écrit le document, il fut « amené à penser qu’il serait exécuté et il s’est uriné dessus » et il s’est fait dire que sa mère et d’autres membres de sa famille seraient détenus et qu’il leur serait fait du mal.

Des centaines d’agents du FBI ont été témoins de torture

Des épisodes similaires ont été décrits, selon le rapport de l’inspecteur général, par littéralement des centaines d’agents du FBI, qui ont vu des interrogateurs de la CIA, de l’armée et de sous-traitants privés réaliser des actes illégaux de torture et d’abus contre des détenus.

De plus, le rapport cite : plusieurs agents du FBI qui ont rapporté des cas de raclées ; 30 agents qui ont rapporté avoir vu des détenus enchaînés dans des positions de stress sur de longues périodes ; 70 agents qui ont rapporté des cas de détenus privés de sommeil ; 29 agents qui avaient de l’information sur l’utilisation de températures extrêmes dans le but de « briser la détermination des détenus de résister à la coopération » ; et 50 agents qui ont rapporté l’utilisation d’un isolement prolongé pour « saper la résistance d’un détenu ».

De plus, quatre agents ont rapporté le cas de deux détenus en Afghanistan battus à mort après avoir été enchaînés debout pour une longue période.

Les histoires de tortures détaillées dans ce rapport ne sont que la pointe de l’iceberg.

Elles n’incluent pas le traitement de Murat Kurnaz, un citoyen turc né en Allemagne, qui fut arrêté pendant un voyage au Pakistan à l’automne 2001 et qui fut remis aux responsables américains pour une récompense de 3000 dollars. Tout d’abord amené à la base américaine à Kandahar en Afghanistan, il fut ensuite transféré à Guantanamo. Même si en 2002, les autorités américaines avaient conclu que Kurnaz n’avait rien à voir avec le terrorisme, il fut emprisonné jusqu’au milieu de 2006 et relâché seulement à cause de la pression du gouvernement allemand.

Empêché d’entrer aux Etats-Unis, il a témoigné par un lien vidéo devant une audience peu nombreuse du comité des Affaires étrangères du Sénat cette semaine.

« Je n’ai rien fait de mal et j’ai été traité comme un monstre », a-t-il dit. Il a dit comment il avait été assujetti à des chocs électriques, suspendu par les poignets pendant des heures et soumis à un « traitement par l’eau », dans lequel sa tête était enfoncée dans un sceau d’eau alors qu’on le frappait à l’abdomen pour le forcer à inhaler le liquide. (Il vaut la peine de mentionner que le rapport de l’Inspecteur général du département de la Justice a affirmé que cette dernière forme de torture ne constitue pas une « simulation de noyade », mais représente « une tentative d’intimider les détenus et d’augmenter leurs sentiments d’impuissance ».

« Je sais que d’autres sont morts de ce genre de traitement, a dit Kurnaz. J’ai souffert de privation de sommeil, du confinement, d’humiliations sexuelles et religieuses. J’ai été battu à de multiples reprises. »

« Il n’y avait pas de lois à Guantanamo, a conclu Kurnaz. Je ne pensais pas que ça pouvait arriver au 21e siècle… Je n’aurais jamais pu imaginer que cet endroit avait été créé par les Etats-Unis. »

Les détenus de Guantanamo ne représentent qu’un pour cent de ceux détenus dans des camps de détention américains et des prisons secrètes opérées par les militaires et la CIA en Irak, Afghanistan et d’autres points du globe. Il est estimé que près de 27.000 personnes sont détenues sans accusation, sans parler de procès, plusieurs d’entre eux ayant simplement disparu dans le goulag global de Washington. Certains sont détenus dans des navires de détention, d’autres dans des donjons secrets opérés conjointement par la CIA et des régimes vers lesquels elle « transfère » les détenus, comme l’Égypte, la Jordanie et le Maroc, où d’autres formes plus cruelles de torture (être enterré vivant, l’électrocution ou la lacération avec un scalpel) sont employées.

Le rapport confirme également que les scènes révoltantes saisies dans les photographies prises à la prison d’Abou Ghraib en Irak et rendues publiques il y a quatre ans montrant des hommes nus cagoulés, soumis à la torture et à l’humiliation sexuelle par des gardes américains, n’étaient pas des aberrations. Les méthodes décrites dans le rapport — la nudité forcée, l’utilisation des chiens d’attaque lors d’interrogatoires, l’enchaînement des détenus dans des positions de « stress », les promenades en laisse — étaient identiques à celles officiellement mises sur le compte de quelques « pommes pourries » à Abou Ghraib.

La torture sadique « orchestrée » à partir de la Maison-Blanche

L’uniformité des abus dans ces endroits si éloignés l’un de l’autre démontre que ce sadisme psychopathique et criminel infligé à ces détenus par les forces américaines était planifié et orchestré à partir du sommet.

En fait, comme le révélait ABC News le mois dernier, les représentants officiels du soi-disant comité de principe (le vice-président Dick Cheney, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, le secrétaire d’État Colin Powell, le directeur de la CIA George Tenet, le procureur général John Ashcroft et la conseillère à la sécurité nationale Condoleezza Rice) ont eu des discussions détaillées sur les « techniques renforcées d’interrogatoire » qui, selon ABC, « étaient quasiment chorégraphiées – allant jusqu’à préciser le nombre de fois où les agents de la CIA pouvaient utiliser une tactique particulière. »

Bush a affirmé par la suite sur ABC qu’il « savait que notre équipe sur la sécurité nationale avait des rencontres sur cette question. Et je les ai approuvées ».

Le rapport établit que les représentants du FBI et du département de la justice ont avisé le conseil national sur la sécurité de la Maison-Blanche de leurs préoccupations que les pratiques observées par les agents « minaient sérieusement… l’autorité de la loi » à Guantanamo.

À la fin, cependant, on leur a dit de reculer, et ils se sont soumis, devenant ainsi complices de ces crimes et de leur camouflage.

Les révélations du rapport du FBI n’ont pas suscité de réactions importantes ou de demandes d’agir sur cette question par les démocrates élus au Congrès ou encore par les prétendants à la candidature présidentielle du Parti démocrate, le sénateur Barack Obama et la sénatrice Hillary Clinton, qui n’ont pas fait de la torture une question essentielle de leur campagne.

Le New York Times a publié un éditorial mardi intitulé « Ce que les agents du FBI ont vu » qui détaillait le rapport et déclarait qu’il « montrait ce qui arrive lorsque qu’un président américain, son secrétaire à la Défense, son département de la Justice et d’autres hauts responsables corrompent la loi américaine pour justifier et autoriser l’abus, l’humiliation et la torture de prisonniers ».

Le quotidien concluait son éditorial en écrivant : « Les démocrates doivent faire toute la lumière » sur cette affaire au moyen d’audiences portant sur « l’ampleur du manquement à la loi et aux conventions de Genève par le président Bush ». Cela, écrivait le New York Times, « est l’unique façon d’amener le pays du côté des défenseurs, et non des violateurs, des droits de l’Homme ».

On voit bien là l’impuissance de ce qui fut l’élite du libéralisme américain. L’ampleur de la criminalité de l’administration Bush a été largement mise à nu au cours des dernières années.

La violation délibérée et en bloc des conventions de Genève et des traités contre la torture sont, en vertu du droit international, des crimes de guerre, exactement comme le FBI l’a reconnu. Ce qu’il faut, ce n’est pas une autre audience sans conséquence d’un comité du Congrès, mais plutôt la constitution d’un tribunal pour crimes de guerre. Ceux qui ont commis ces crimes doivent en être reconnus coupables.

Bush, Cheney, Rice, Rumsfeld, Powell, Tenet et Ashcroft doivent subir un procès. Les individus tels que l’ancien conseiller de la Maison-Blanche et procureur général, Alberto Gonzales, le chef du bureau de Cheney, David Addington, et le conseiller au département de Justice, John Yoo (qui ont élaboré les arguments pseudo-légaux pour légitimer la torture), doivent aussi être poursuivis ainsi que les responsables de l’armée et des services d’espionnage qui ont présidé aux pratiques criminelles ayant eu cours à Guantanamo, Abou Ghraib, Bagram et les autres camps et prisons de la CIA et de l’armée.

Les dirigeants du Parti démocrate n’ont ni le désir ni l’intention de lutter pour un tel règlement de comptes. La speaker de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi et d’autres dirigeants du parti ont insisté à plusieurs reprises que la destitution du président et du vice-président « n’était pas sur la table ». Ils n’ont aucun intérêt à poursuivre l’administration sur la question de la torture parce qu’ils en sont eux-mêmes les complices. Pelosi et d’autres démocrates en vue au Congrès ont été informés en détail sur les méthodes criminelles utilisées à Guantanamo, ils les ont approuvées et les ont cachées au peuple américain.

A un niveau plus essentiel, les démocrates ont été complices de la politique du militarisme et de l’agression partout dans le monde, politique menée au nom de la soi-disant guerre globale contre le terrorisme et impliquant la pleine utilisation de la force armée pour défendre les intérêts de l’oligarchie qui dirige les Etats-Unis. C’est cette stratégie criminelle (qui est responsable de la mort de plus d’un million d’Irakiens) qui a créé les conditions pour le crime même de la torture.

Néanmoins, l’approfondissement de la crise du capitalisme américain crée les conditions pour de profonds chocs et changements dans les rapports politiques et sociaux qui pourraient bien résulter en la comparution devant un tribunal de Bush, Cheney et compagnie et leur jugement pour crimes de guerre.


(Article original anglais paru le 23 mai 2008)

[1] Extrait du rapport du FBI : http://www.usdoj.gov/oig/special/s0805/final.pdf

Un brûlot contre Bush publié par son ancien porte-parole

AFP, le 28 mai 2008

Un ancien porte-parole de la Maison Blanche tire à boulets rouges contre son ex-patron, le président George W. Bush, et fustige l’attitude complaisante des médias américains lors de l’invasion de l’Irak, dans un ouvrage à paraître la semaine prochaine.

Dans ce livre de 341 pages intitulé "What happened: inside the Bush White House and Washington’s culture of deception" (Ce qui s’est passé: au coeur de la Maison Blanche de Bush et la culture de la désinformation à Washington), Scott McClellan accuse le président Bush d’avoir promu la guerre en Irak à coups de "propagande" que les journalistes ont largement relayée, selon lui.

Ce Texan de 40 ans s’en prend également à la réponse désastreuse de l’administration Bush face à l’ouragan Katrina qui avait dévasté La Nouvelle-Orléans en 2005.

"L’un des pires désastres de notre histoire est devenu l’un des pires désastres de la présidence Bush", écrit Scott McClellan dans cet ouvrage dont des extraits sont publiés mercredi dans la presse américaine, en particulier le magazine Politico.

Il stigmatise aussi "la décision d’envahir l’Irak" dont le public américain a déjà jugé selon lui qu’il s’agissait d’"une sérieuse bourde stratégique". Bush s’est "précipité dans une guerre" avec un "calendrier inadapté" et "sans avoir préparé l’après-conflit", relève l’auteur.

"J’aime et admire toujours le président Bush", écrit-il néanmoins dans son livre.

M. Bush, sans répondre directement, a insisté mercredi sur la nécessité de mener la guerre contre le terrorisme, devant les nouveaux officiers de l’Air Force à Colorado Springs (Colorado, ouest).

Il a rappelé qu’il n’avait fallu que quelques semaines pour renverser les régimes de Saddam Hussein et des talibans d’Afghanistan. Mais aujourd’hui, "nous aidons des démocraties émergentes à se reconstruire sous la menace des réseaux terroristes et de politiques terroristes d’Etat". "C’est une tâche difficile et sans précédent et nous apprenons au fil de l’eau", a-t-il reconnu.

Dans son livre, Scott McClellan tire aussi à boulets rouges contre l’ancien stratège et conseiller de M. Bush, Karl Rove, et le responsable de l’équipe du vice-président Cheney, Lewis "Scooter" Libby, accusés de l’avoir dupé à propos de leurs rôles dans le scandale de la divulgation de l’identité de l’ex-agent de la CIA Valerie Plame.

Cette dernière était l’épouse de l’ancien ambassadeur Joseph Wilson qui avait accusé l’administration américaine d’avoir menti sur les prétendues armes de destruction massive de Saddam Hussein.

Révéler au grand public l’identité d’un agent de la CIA est un crime fédéral.

M. McClellan avait démissionné de la Maison Blanche, ou y avait été incité, en avril 2006, éclaboussé par le scandale Plame, qui touchait au bien-fondé de la guerre en Irak et avait fortement entamé le crédit de la Maison Blanche.

MM. Rove et Libby ont rétorqué dans des interviews télévisées séparées mais tout aussi virulentes que Scott McClellan n’avait pas élevé d’objections à l’époque contre les méthodes qu’il dénonce aujourd’hui et n’assistait pas aux réunions-clés où était élaborée la politique américaine.

Principal porte-parole de George W. Bush depuis juillet 2003, Scott McClellan avait déjà travaillé pour le futur président quand il était gouverneur du Texas. Il avait ensuite été son porte-parole pendant la campagne présidentielle de 2000, puis responsable adjoint de la presse à la Maison Blanche.

La porte-parole de la Maison Blanche Dana Perino a déclaré mercredi dans un communiqué: "c’est triste, ce n’est pas le Scott que nous connaissons". M. McClellan n’a pas répondu pour sa part à une demande d’interview de l’AFP.

Un autre ancien porte-parole de la Maison Blanche Ari Fleischer s’est dit "navré" et déconcerté" par ce livre et a jugé, sur la radio NPR (National Public Radio), qu’il aurait dû refuser ce poste s’il n’adhérait pas à la politique menée.

L’administration Bush accusée d’une vaste manipulation médiatique

AFP, LIBERATION.FR : dimanche 20 avril 2008

Selon le «New York Times», la Maison Blanche aurait organisé une entreprise de manipulation des analystes militaires travaillant à la télévision pour obtenir une couverture favorable de la guerre en Irak.

Bush supermenteur

L’administration du président américain George W. Bush a organisé une vaste entreprise de manipulation des analystes militaires travaillant à la télévision pour obtenir une couverture favorable de la guerre en Irak, affirme le New York Times dimanche.

Dans cette entreprise, l’administration aurait exploité d’une part la loyauté idéologique et militaire de ces analystes, qui sont souvent des gradés de l’armée à la retraite, affirme le quotidien dans une longue enquête. Elle aurait d’autre part utilisé un puissant levier financier, à savoir les liens que ces analystes entretiennent avec les entreprises militaires impliquées dans les politiques militaires même qu’ils sont chargés d’évaluer à la télévision.

Ces commentateurs, qui apparaissent régulièrement sur les grandes chaînes américaines pour analyser les guerre en Irak et en Afghanistan, représentent aussi quelque 150 entreprises militaires, que ce soit en tant que lobbyistes, consultants ou membres du conseil d’administration, ce que les téléspectateurs ignorent totalement. Ces entreprises comprennent des poids-lourds du secteur, mais aussi une myriade de sous-traitants, qui cherchent tous à obtenir une part des centaines de milliards de dollars de contrats générés par la guerre contre le terrorisme, ajoute le quotidien. Dans cette course aux contrats, l’accès à l’information et aux décideurs gouvernementaux est hautement prisé, souligne le New York Times. Et l’administration Bush aurait utilisé cette situation pour transformer les analystes en instruments capables de façonner de l’intérieur la couverture du terrorisme par les grands réseaux de télévision et de radio.

Les analystes ont ainsi été invités à des centaines de briefings privés avec des dirigeants militaires, ont été emmenés en Irak, ont eu accès à des renseignements confidentiels et ont eu des briefings avec de hauts responsables de la Maison Blanche, du département d’Etat et du département de la Justice, selon le New York Times. En retour, ils se sont faits la caisse de résonance des points de vue de l’administration, même lorsqu’ils soupçonnaient parfois que l’information était fausse ou exagérée.

Le New York Times est arrivé à cette conclusion après avoir examiné quelque 8.000 pages de messages électroniques, de transcriptions et d’enregistrements décrivant plusieurs années de briefings et de voyages en Irak ou à Guantanamo obtenus par le quotidien après avoir remporté un procès contre le Pentagone, dont les responsables n’avaient pu être joints dimanche. Ces dossiers révèlent une relation symbiotique où la ligne de partage habituelle entre gouvernement et journaliste est brouillée, souligne le quotidien.

Des documents internes du Pentagone parlent régulièrement des analystes militaires comme des "multiplicateurs de force du message" ou de "substituts" sur qui compter pour transmettre "les thèmes et le message" du gouvernement à des millions d’Américains "sous la forme de leurs propres opinions".

Même si les analystes sont des consultants payés par les télévisions, qui gagnent entre 500 et 1.000 dollars par apparition à l’écran, certains ont donné au Pentagone des "trucs" pour contourner les télévisions et d’autres l’ont tenu alerté des reportages en préparation, selon le quotidien. "Bon travail", aurait affirmé Thomas McInerney, général à la retraite de l’armée de l’air et analyste pour Fox news, dans une note écrite au Pentagone après un briefing fin 2006.

 

Le Pentagone avoue qu’il n’y avait pas de lien entre Saddam Hussein et Al-Qaida

Cinq ans après le début de la guerre en Irak, une vaste étude du Pentagone, publiée dans la plus grande discrétion, confirme l’absence de lien direct entre l’ancien président irakien Saddam Hussein et le réseau Al-Qaida, que l’administration Bush avait mis en avant pour justifier l’invasion de l’Irak

 

Mercredi 12 mars, le Pentagone a annulé une conférence de presse sur la question et les militaires américains ont limité la distribution de cette étude. Impossible de se la procurer sur Internet : le document est uniquement disponible sur demande avant d’être envoyé par courrier. Cette étude, basée sur l’analyse de 600 000 documents officiels irakiens et sur des milliers d’heures d’interrogatoires d’anciens collaborateurs de l’ancien président irakien, "n’a trouvé aucune connexion directe entre l’Irak de Saddam [Hussein] et Al-Qaida".

D’autres rapports, rédigés par la commission d’enquête sur le 11-Septembre ou encore par les services de l’inspecteur général du Pentagone, en 2007, étaient déjà arrivés à la même conclusion, mais aucune étude avant celle-ci ne reposait sur autant d’informations.Selon le résumé de l’étude, disponible sur le site de la chaîne ABC, "Saddam Hussein soutenait des groupes terroristes et le terrorisme d’Etat était devenu un outil de routine du maintien du pouvoir", mais "les cibles privilégiées de cette terreur d’Etat étaient les citoyens irakiens".
Sur son site, ABC rappelle qu’en 2004, le président américain George W. Bush avait déclaré, cité par le Washington Post : "La raison pour laquelle je continue de dire qu’il y a un lien entre l’Irak, Saddam et Al-Qaida est parce qu’il y a un lien entre l’Irak et Al-Qaida." Un an plus tôt, c’était le vice-président de l’époque, Dick Cheney, qui déclarait sur NBC : "Nous savons qu’il (Saddam Hussein) a de nouveau essayé de fabriquer des armes nucléaires et nous savons qu’il entretient des relations de longue date avec des groupes terroristes, dont Al-Qaida."

 

Source: Le Monde

Que représentons-nous ?

 

 

Par Paul Craig Roberts, le 17 février 2008

 

Classiquement, les Étasuniens pensaient à leur pays comme à une « ville sur la colline, » à la « lumière du monde. » Aujourd’hui, seuls ceux qui se racontent des histoires pense ça. Les sondages montrent que le reste du monde considère les États-Unis et Israël comme les deux plus grands périls contre la paix.

​​​​Ce n’est pas surprenant. Pour reprendre les paroles d’Arthur Silber : « L’administration Bush a informé le monde, et tous les Étasuniens, de ce que signifient aujourd’hui leur pays : la volonté acharnée d’assujettir le monde, le crime, les guerres d’agression génocides, la torture, et une situation intérieure autoritaire de plus en plus bestiale et déplacée. C’est ce que nous représentons. »

​​​​S’adressant à ses compatriotes, Silber pose la question primordiale : « Pourquoi soutenez-vous » [ces horreurs] ?

​​​​Sa question est au cœur du problème. Nous, Étasuniens, avons-nous quelque honneur, quelque humanité, quelque intégrité, quelque conscience des crimes perpétrés en notre nom par le gouvernement ? Avons-nous une conscience morale ?

​​​​Comment concilier la conscience morale avec notre incessante tolérance envers notre gouvernement, qui a envahi deux pays en s’appuyant sur des mensonges et des falsifications, a détruit leurs infrastructures civiles et a massacré des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ?

​​​​La tuerie et l’occupation se poursuivent, même si nous savons à présent que les invasions étaient échafaudées sur des mensonges et des « preuves » fabriquées. Le monde entier le sait. Pourtant, les Étasuniens continuent à se comporter comme si les invasions sans raison, les tueries gratuites, et les destructions arbitraires étaient justifiées. Il n’y a pas d’issue en vue à cela.

​​​​Si les Étasuniens ont de l’honneur, comment peuvent-ils trahir les Pères Fondateurs qui leur ont donné la liberté, en tolérant un gouvernement qui se prétend affranchi des lois et de la Constitution et installe un État policier au milieu d’eux ?

​​​​Les réponses à ces questions varient. Quelques-uns répliquent que le public étasunien craintif et trompé recherche la sécurité contre les terroristes dans un gouvernement puissant.

​​​​D’autres répondent que la majorité des Étasuniens comprennent enfin le mal que Bush a déchaîné, et qu’ils ont tenté de l’empêcher en votant contre les Républicains en novembre 2006 pour mettre les Démocrates au contrôle du Congrès, tout cela sans effet, et ils sont maintenant démoralisé car aucun des deux partis ne prête attention à l’opinion publique et n’a de conscience morale.

​​​​Les gens demandent encore et encore, « Que pouvons-nous faire ? »

​​​​Très peu quand les institutions mises en place pour protéger le peuple de la tyrannie échouent. Aux États-Unis, les institutions se sont plantées sur toute la ligne.

​​​​La liberté et l’indépendance du chien de garde qu’est la presse ont été supprimées par la concentration des médias, autorisée par l’administration Clinton et le Congrès. Les Étasuniens, qui comptent sur les médias imprimés traditionnels et la télévision, n’ont tout simplement aucune idée de ce qui se trame.

​​​​La rivalité politique a fait défaut quand le parti de l’opposition est devenu un parti « suiveur. » Les Démocrates ont même confirmé Michael Mukasey comme garde des Sceaux, un juge fédéral autoritaire dont les décisions ont sapé l’habeas corpus et qui refuse de condamner la torture. Pareil individu est maintenant le plus grand dignitaire du maintient de l’ordre des États-Unis.

​​​​Le système judiciaire a capoté quand les juges fédéraux ont statué que les « secrets d’État » et la « sécurité nationale » sont plus importants que la responsabilité du gouvernement et l’autorité de la loi.

​​​​La séparation des pouvoirs a raté quand le Congrès à acquiescé à la prétention d’autorité primordiale et d’indépendance statutaire à la loi et à la Constitution de la branche exécutive.

​​​​Elle a failli de nouveau quand les Démocrates ont refusé de destituer Bush et Cheney, les deux plus grands criminels de l’histoire politique étasunienne.

​​​​Sans l’impeachment de Bush et Cheney, les États-Unis ne pourront jamais se redresser. Les précédents d’irresponsabilité gouvernementale instaurés par l’administration Bush sont trop importants, leurs dommages sont trop durables. Sans la révocation, les États-Unis continueront à sombrer dans une dictature, dans laquelle la critique du gouvernement et l’appel à la Constitution sont criminalisés. Nous nous sommes rapprochés de coutumes exécutives que beaucoup de peuples connaissent.

​​​​Silber nous rappelle que les États-Unis avaient autrefois des dirigeants, comme le président de la Chambre, Thomas B. Reed, et le sénateur Robert M. LaFollette Sr., qui appréciaient plus que leur carrière politique les principes sur lesquels sont fondés les États-Unis. Peut-être que Ron Paul et Dennis Kucinich sont de cet acabit, mais les États-Unis sont tombés si bas que les gens qui tiennent aux principes sont aujourd’hui marginalisés. Ils ne peuvent devenir président de la Chambre ou leader au Sénat.

​​​​Aujourd’hui, le Congrès est presque aussi superflu que le sénat romain sous les Césars. Le 13 février, le sénat adoptait un projet de loi interdisant la torture. La Maison Blanche a promptement annoncé que le Président Bush opposerait son veto.

​​​​La torture est désormais le style étasunien. Le sénat n’a pu rassembler que 51 voix contre la torture, un signe que la quasi-majorité des sénateurs lui sont favorables.

​​​​Bush a dit que son administration ne torture pas. Pourquoi s’opposer alors à un projet de loi interdisant la torture ? Bush semble fier de présenter au monde les États-Unis en tortionnaire.

​​​​Après des années de mensonges aux Étasuniens et au reste du monde, sur la prison de Guantanamo qui contiendrait 774 « des plus dangereux terroristes du monde, » le régime Bush fait passer en jugement six de ses victimes. La grande majorité des 774 détenus ont été discrètement libérés. Le gouvernement étasunien a volé des années de vie à de centaines de citoyens ordinaires qui eurent la malchance d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Ils ont été capturés par les seigneurs de guerre, et vendus sous la marque « terroristes » aux stupides Étasuniens. Ayant besoin de terroristes pour maintenir la comédie plausible, le gouvernement étasunien a largué en Afghanistan des tracts offrant 25.000 dollars par tête de « terroriste. » Les enlèvements ont suivi jusqu’à ce que l’administration en ait acheté assez pour crédibiliser sa « menace terroriste. »

​​​​Les six que les États-Unis ont fait passer en « jugement » comportent deux enfants soldats des Taliban et le conducteur d’une voiture commune qui aurait amené Ben Laden.

​​​​Les Talibans n’ont pas attaqué les États-Unis. Des enfants soldats se battaient dans une guerre civile afghane. Les États-Unis ont attaqué les Talibans. Qu’est-ce qui fait des soldats talibans des terroristes, qui devraient être enfermés et maltraités à Gitmo et traduits devant un tribunal irrégulier militaire ? Si un terroriste embauche un chauffeur ou un taxi, ça fait du conducteur un terroriste ? Qu’en est-il des pilotes des avions de ligne qui ont amené les présumé terroristes du 9-11 aux États-Unis ? Sont-ils aussi coupables ?

​​​​Les procès de Gitmo sont des procès spectacles. Leur seul but est de créer un précédent du fait que le pouvoir exécutif peut ignorer le système judiciaire étasunien et juger des gens innocents à la manière de la Russie stalinienne et de l’Allemagne gestapiste. Si le régime Bush avait quelque preuve réelle contre les détenus de Gitmo, il n’aurait pas besoin de son tribunal irrégulier militaire.

​​​​Si d’autres preuves sont nécessaire sur le fait que Bush n’a aucun dossier contre les détenus de Gitmo, le rapport d’Associated Press du 14 février 2008, devrait suffire : « Jeudi, l’administration Bush a demandé à la Cour Suprême de limiter aux juges les mandats d’examen des charges contre les détenus de Guantanamo Bay. »

​​​​La raison en est que Bush ne veut pas que les juges voient la preuve qu’il n’y a aucune pièce à conviction, sauf quelques aveux extorqués sous la torture. Dans le système judiciaire étasunien, les aveux obtenus par la torture sont de l’auto-incrimination, une preuve inacceptable en vertu de la Constitution.

​​​​Le livre de Andy Worthington, Les Dossiers de Guantanamo, et ses articles en ligne font parfaitement comprendre que les affirmations de « dangereux terroristes » de l’administration Bush sont juste une autre mystification perpétrée contre public étasunien évaporé.

​​​​Récemment, l’impartial Center for Public Integrity a publié un rapport qui documente le fait que les fonctionnaires de l’administration Bush ont fait 935 fausses déclarations aux Étasuniens sur l’Irak dans le but de les tromper pour qu’ils coopèrent aux invasions de Bush. Lors d’un récent témoignage devant le Congrès, la Ministre des Étranges Affaires et ancienne conseillère à la Sécurité National de Bush, Condi Rice, a été interrogée par le Républicain Robert Wexler à propos de ses 56 fausses déclarations.

​​​​Rice a répondu : « Je prends très au sérieux mon intégrité, et n’ai à aucun moment fait de déclaration que je savais fausse. » Rice a fait porter le chapeau aux « évaluations du renseignement » qui « étaient erronées. »

​​​​Un autre mensonge de Rice, comme les champignons de nuages qui allaient éclater au-dessus des villes étasuniennes, si nous n’avions pas envahi l’Irak. L’inspecteurs en armement de l’administration Bush a dit qu’il n’y avait pas d’arme de destruction massive en Irak, comme Scott Ritter nous l’a rappelé à plusieurs reprises. Toute personne bien informée du pays savait qu’il n’y avait pas d’arme. Comme la fuite du mémo de Downing Street le confirme, le chef du renseignement britannique a déclaré au gouvernement du Royaume-Uni que l’administration Bush avait déjà décidé d’envahir l’Irak, et que tout était inventé par le renseignement pour justifier l’invasion.

​​​​Mais, en supposant que Rice ait été bernée par des renseignements erronés, si elle était intègre elle aurait démissionné. À l’époque où le gouvernement étasunien avait des fonctionnaires intègres, ils auraient démissionné dans l’indignation d’une guerre aussi désastreuse et des terribles destructions à cause de leur erreur. Mais Condi Rice, à l’instar de chaque agent de Bush (et de Clinton), est trop pleine de vanité étasunienne et d’ambition pour avoir des remords du fait de son erreur. Condi peut encore se regarder dans la glace malgré un million d’Irakiens morts et plusieurs millions de réfugiés sans-abri dus à son erreur, tout comme la Ministre des Étranges Affaires de Clinton, Madeleine Albright, peut toujours se regarder dans la glace malgré la responsabilité partagée de 500.000 enfants irakiens morts.

​​​​Dans l’administration Bush, plus personne n’a assez d’intégrité pour démissionner. C’est un gouvernement dépourvu de droiture, de moralité, de décence et d’honneur. L’administration Bush est une tache sur les États-Unis et sur le monde.

​​​​Paul Craig Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor dans l’administration Reagan. Il est l’auteur de Supply-Side Revolution : An Insider’s Account of Policymaking in Washington, Alienation and the Soviet Economy et Meltdown: Inside the Soviet Economy, et est coauteur avec Lawrence M. Stratton de The Tyranny of Good Intentions : How Prosecutors and Bureaucrats Are Trampling the Constitution in the Name of Justice. Clic ici pour l’entrevue [en anglais] de Peter Brimelow de Forbes Magazine avec Roberts au sujet de la récente épidémie d’inconduite des procureurs.

 

Original : http://www.vdare.com/roberts/080217_stand.htm
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info

 

Mardi 19 Février 2008
Paul Craig Roberts

Le prince Bandar menace de réitérer les attentats de Londres

Réseau Voltaire


La Haute Cour de Justice de Londres a ouvert hier le procès Yamamah : la firme BAE Systems est accusée d’avoir mis en place dans les années 80 un vaste système de corruption dans l’establishment britannique et dans d’autres pays. Au cours du méga-contrat d’armement Yamamah conclu avec l’Arabie saoudite, elle aurait soustrait des sommes faramineuses dont le prince Bandar bin Sultan aurait été le principal bénéficiaire.

Le prince Bandar, fils du prince Sultan, fut longtemps ambassadeur d’Arabie saoudite à Washington. Il est souvent considéré comme un fils adoptif de l’ancien président George H. Bush au point d’être communément désigné sous le nom de Bandar Bush.

La tenue de ce procès est déjà une grande victoire de la Justice. Lord Moses a contraint les autorités exécutives à déclassifier de nombreux documents qui attestent de la conspiration. Parmi les pièces présentées hier, une montre que le prince Bandar a menacé les autorités judiciaires britanniques pour empêcher la poursuite de l’enquête. Il leur a fait savoir que toute investigation supplémentaire exposerait leur pays à un nouvel attentat comparable à celui du 7 juillet 2005 qui fit un carnage dans les rues de Londres.

Cette révélation confirme ce que nous avons expliqué depuis de nombreuses années dans ces colonnes : c’est la caisse noire du prince Bandar qui est utilisée par la CIA pour financer le terrorisme pseudo-islamique dans le monde, y compris les attentats du 7 juillet.

Toujours au cours de l’audience d’hier, Lord Moses a souligné que les pressions exercées en son temps par le Premier ministre Tony Blair sur le procureur général du Royaume pour le contraindre à étouffer l’affaire étaient « irrésistibles » et « comparables à un pistolet posé sur sa tempe ».

Washington et Bogota contre Hugo Chávez

Salim Lamrani

L’hostilité de l’administration Bush à l’égard du gouvernement vénézuelien a marqué un nouveau pas le 19 janvier 2008 avec les déclarations du « tsar antidrogue » étasunien John P. Walters. En effet, lors d’une visite en Colombie, ce dernier a accusé le président Hugo Chávez « d’être en train de se convertir en un grand facilitateur du trafic de cocaïne vers l’Europe et d’autres endroits de l’hémisphère ». Cette nouvelle attaque contre le plus populaire des leaders latino-américains, loin d’être gratuite, fait partie de la stratégie de diabolisation de l’administration bolivarienne orchestrée par la Maison-Blanche afin de justifier une action plus radicale contre le Venezuela. Désormais, Washington et Bogota tentent de lier le Venezuela au trafic international de drogue afin de ternir l’image du président Chávez1.

Attaques contre le Venezuela

Quelques jours plus tard, le 24 janvier 2008, le ministre colombien de la Défense Juan Manuel Santos a déclaré qu’au moins trois chefs des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) vivaient au Venezuela, sans fournir de plus amples détails. Au même moment, le vice-président colombien Francisco Santos a accusé le maire de Maracaibo Gian Carlo Di Martino de fournir des armes à la guérilla colombienne et plus précisément à l’Armée de libération nationale (ELN), en se basant sur une vidéo qui s’est révélée être fausse. Loin de faire marche arrière, ce dernier a même affirmé que l’élu vénézuelien serait capturé et emmené en Colombie2. Pour sa part, Di Martino a dénoncé « un montage qui dévoile le plan des Etats-Unis […] et du gouvernement colombien de provoquer un processus de déstabilisation a la frontière vénézuelienne3 ».

Les services de renseignement colombiens ont également accusé le Venezuela de fournir des munitions aux FARC et à l’ELN, suivant les déclarations du Département de la Défense des Etats-Unis4. L’opposition vénézuelienne a emboîté le pas à Washington et Bogota. Une ancienne responsable du Bureau national antidrogue (ONA), Mildred Camero, a déclaré que des supposés narcotrafiquants étaient « protégés par les autorités vénézueliennes et qu’ils agissaient avec une liberté absolue5 ».

Le point commun entre toutes ces accusations est l’absence absolue de preuves ou de faits concrets étayant les diverses déclarations. Le président Chávez a dénoncé les manœuvres colombiennes et étasuniennes. « J’alerte le monde à ce sujet : l’empire nord-américain est en train de créer les conditions pour générer un conflit armé entre la Colombie et le Venezuela », a-t-il souligné. « En moins d’une semaine le chef des forces armées de l’empire s’est rendu en Colombie [suivi par] le tsar antidrogue qui a dit que j’étais un ‘grand facilitateur’ du narcotrafic », a-t-il ajouté, fustigeant par la même occasion les déclarations du ministre colombien de la Défense6.

Le président du Nicaragua Daniel Ortega a également mis en garde la communauté internationale contre le danger représenté par l’actuelle campagne destinée à lier le Venezuela au trafic de drogue. « Les Etats-Unis sont en train d’utiliser le territoire colombien […]. Il s’agit d’un pays qui est militairement occupé par les Etats-Unis, pour essayer de détruire cet espace qui est en train de s’ouvrir en Amérique latine », a-t-il noté. « Nous espérons que le peuple colombien pourra freiner l’attitude de son gouvernement afin qu’il ne commette pas la folie de provoquer une confrontation7 ».

Alvaro Uribe et la Drug Enforcement Agency impliqués dans le trafic de drogue

En réalité, le seul haut dirigeant à être impliqué dans le trafic de drogue est le président colombien Alvaro Uribe, comme le souligne une source au-dessus de tout soupçon : un rapport d’intelligence du Département de la Défense des Etats-Unis de septembre 1991 détaille les relations de ce dernier avec le cartel de Medellín et les paramilitaires. Ce document confidentiel liste 104 « délinquants, assassins, trafiquants et avocats suspects » dont « Alvaro Uribe, homme politique et sénateur colombien consacré à collaborer avec le Cartel de Medellín ». Le rapport ajoute que « Uribe a été lié à […] des activités narcotiques aux Etats-Unis […], il a travaillé pour le Cartel de Medellín et est un ami proche de Pablo Escobar Gaviria8 ».

Un mémorandum élaboré par l’avocat du Département de la Justice des Etats-Unis Thomas M. Kent révèle également que l’Agence de lutte contre la drogue (Drug Enforcement Agency - DEA), qui fait partie du Département de la Justice, a régulièrement collaboré avec les narcotrafiquants colombiens et les paramilitaires et que ses fonctionnaires « sont des agents corrompus dans la guerre contre la drogue ». Ce document constitue un réquisitoire implacable contre la DEA et affirme, entre autres, que de nombreux fonctionnaires sont à la solde de criminels colombiens, qu’ils sont complices d’assassinats d’informateurs et directement impliqués dans le soutien des opérations de blanchiment d’argent des escadrons de la mort. Le mémorandum ajoute également que les agents corrompus jouissent de la protection des plus hautes instances gouvernementales9.

Le mémorandum de Kent, daté du 19 décembre 2004, s’est basé sur les déclarations d’agents de la DEA en Floride écartés du service pour avoir osé dénoncer les cas de corruption. Selon l’avocat étasunien, ces derniers ont fait face à « des risques terribles pour leurs carrières et leur sécurité, ainsi que la sécurité de leurs familles » pour avoir révélé « les noms de ceux qui sont directement impliqués dans l’activité criminelle à Bogota et aux Etats-Unis10 ».

D’après Kent, un agent de la DEA a été impliqué dans une activité criminelle en collaborant avec les escadrons de la mort de l’organisation paramilitaire Autodefensas Unidas de Colombia (AUC), responsable de plusieurs milliers d’assassinats. Le mémorandum expose « son implication dans le blanchiment d’argent pour les AUC ». Loin d’être traduit en justice, ce même agent a été promu et « s’occupe désormais de nombreuses enquêtes de stupéfiants et de blanchiment d’argent ». L’avocat affirme que les fonctionnaires du Département de la Justice ont classé l’affaire compromettante sans suite. « En juin 2004, la OPR [Office of Professional Responsability, qui est une branche de la DEA] et la DEA […] ont demandé à mon agent chargé du cas de leur fournir toutes les informations […]. Une semaine plus tard, l’enquête sur le blanchiment d’argent fut close11 ».

Le mémorandum de Kent détaille également trois cas impliquant des agents de la DEA en Colombie. Les fonctionnaires en question ont participé à une conspiration visant à assassiner des informateurs qui sont passés aux aveux. « Ils ont effectué d’étonnantes révélations au sujet des agents de la DEA à Bogota. Ils ont affirmé qu’ils avaient été assistés dans leurs activités narcotiques par les agents. Ils ont allégué de manière spécifique que les agents leur fournissaient des informations sur les enquêtes et d’autres activités en Colombie », a écrit l’avocat. Les agents de Bogota ont ensuite rencontré l’informateur auteur de la confession. « En sortant de la réunion, il fut assassiné », affirme le mémorandum. « D’autres informateurs […] qui ont travaillé avec le groupe de la DEA en Floride ont également été assassinés. Chaque assassinat a été précédé d’une demande d’identification de la part d’un agent de la DEA12 ».

Les agents de la DEA à Bogota ont également empêché plusieurs informateurs de se rendre aux Etats-Unis pour témoigner. Alors qu’ils étaient chargés de s’occuper de leur voyage, les fonctionnaires de Bogota ont procédé à leur arrestation. Le mémorandum souligne que « les informateurs ont été détenus neuf mois alors que fusaient les accusations. Une fois que l’on a pu démontrer que les agents à Bogota mentaient, les informateurs ont été libérés. L’un des informateurs a été enlevé et assassiné à Bogota, où il se cachait13 ».

Par ailleurs, les agents de la DEA en Colombie ont empêché un informateur de rencontrer des agents venus de Floride dans le cadre d’une enquête les concernant. Ils n’ont d’ailleurs pas lésiné sur les moyens. « Un agent de Bogota qui s’est rendu à Washington a affirmé cette fois que l’informateur était un pédophile. L’enquête fut mise de côté. L’agent fut sollicité pour étayer son affirmation mais il n’a plus apporté aucune preuve14 ».

La légitimité morale de Washington et de Bogota mise à mal

Les révélations de l’avocat Kent sont accablantes aussi bien pour la Colombie que pour les Etats-Unis et mettent à mal leur légitimité morale pour s’ériger en donneurs de leçons. Quant au président Uribe, le rapport du Département de la Défense est implacable à son égard et démontre son implication dans le crime organisé et le trafic international de drogue.

Uribe n’est pas le seul haut responsable colombien à être impliqué dans le trafic de stupéfiants. Un général de l’armée colombienne à la retraite, Pauselino Latorre, ancien commandant des services de renseignement, ainsi que son neveu Leobardo Latorre, lui-même ancien procureur de l’unité anti-narcotique du Parquet ont été arrêtés en janvier 2008 pour blanchiment d’argent à hauteur d’un million de dollars et association avec les mafias de la drogue. Ils avaient élaboré un système pour envoyer des quantités substantielles de cocaïne (dix tonnes par mois) non seulement aux Etats-Unis mais également en Europe et en Afrique15.

Une réalité différente

Il convient de rappeler certains éléments indispensables au sujet de la problématique du trafic de drogue et de faire la lumière sur la campagne de discrédit lancée par Washington et Bogota contre le Venezuela. En effet, le plus grand producteur de cocaïne et le plus important consommateur de cette substance au monde n’est pas le Venezuela mais la Colombie. Ensuite, les Etats-Unis restent le plus important consommateur de drogues de la planète et n’ont jamais agi contre les institutions financières impliquées dans le blanchiment d’argent en provenance du trafic de drogue16.

L’administration Bush essaye de faire croire au monde que le Venezuela serait devenue la plaque tournante du trafic de drogue dans le monde. Le Département d’Etat a d’ailleurs placé, pour la troisième année consécutive, le pays dans la liste des nations ayant échoué dans la lutte contre le trafic de drogue. Cependant, le rapport mondial sur les drogues des Nations unies de 2007 contredit ces affirmations :

« Les expéditions vers l’Espagne transitent fréquemment, semble-t-il, par le Venezuela, le Brésil et un certain nombre d’autres pays, dont l’Équateur, la République dominicaine, l’Argentine et - c’est là une tendance nouvelle - le Mexique. Depuis deux ou trois ans, toutefois, la principale nouvelle tendance est l’expédition de cocaïne en Afrique de l’Ouest, généralement le long des côtes du Cap-Vert, de la Guinée-Bissau et des îles Canaries, ainsi que dans d’autres pays situés le long du Golfe de Guinée, dont le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Nigeria et, plus à l’ouest, la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria, en vue d’une livraison ultérieure en Europe17 ».

Par ailleurs, le Venezuela est reconnu pour sa lutte active contre le trafic de drogue. Depuis la rupture de la collaboration avec la DEA en 2005, les autorités bolivariennes sont passées de 43,25 tonnes saisies en 2004 à 77,52 tonnes en 2005. Au Venezuela, la DEA s’était rendue coupable d’activités conspiratrices et d’espionnage en faveur de l’opposition putschiste. La DEA a également bafoué à maintes reprises la législation vénézuelienne en procédant à l’arrestation de plusieurs individus, alors qu’il s’agit d’une compétence exclusive des autorités du pays. Caracas avait dénoncé « une flagrante violation de la souveraineté nationale » et une mise « en danger de la sécurité et de la défense de la nation18 ».

Enfin, il est difficile d’accuser les autorités vénézueliennes d’attentisme ou d’immobilisme dans la lutte contre le trafic de drogue. En effet, selon le Bureau national contre les drogues (ONA), en 2007, 57 tonnes de drogues et 53 avions ont été saisis sur le territoire national. Treize laboratoires de production de cocaïne ont été détruits à la frontière colombienne ainsi que 60 pistes d