Apporter la paix ici à Kaboul ? C’est possible, il faudra juste 30 ans.

Les mauvaises recettes de l’Occident au pays de la guerre

Article de Giulietto Chiesa (député européen), paru dans La Stampa le 15 juin 2008

 

De Kaboul

L’histoire ne se répète jamais. Cela vaut aussi pour l’Afghanistan, et pourtant, avant même de rejoindre le fascinant bunker-hôtel 5 étoiles de l’Aga Khan Hôtel Serana à Kaboul, ce sont les choses elles-mêmes qui évoquent le passé. Les patrouilles d’hélicoptères de combat qui voltigent au-dessus de Kaboul sont quasiment identiques à leurs homologues soviétiques, même si le drapeau est différent. Et je me souviens de l’assurance tranquille de ce général soviétique qui me disait en 1985 que l’Afghanistan serait pacifié « dans 2 ou 3 ans » . Quatre ans plus tard, les chars soviétiques franchissaient à Termez le majestueux Amu Diarà pour rentrer à la maison. Battus. Evidemment, le parallèle ne tient pas. Les Moudjahidine s’appuyaient sur la puissance militaire des Etats-Unis, et le sort de cette guerre, qui fit 12 000 morts parmi les troupes russes, fut scellé lorsque les missiles Stinger mirent fin à la supériorité aérienne russe. Et il y avait en plus les milliards de pétrodollars que l’Arabie Saoudite wahhabite versait aux chefs de Peshawar. Et aussi l’appui actif des services de renseignement pakistanais, l’ISI.

Aujourd’hui, derrière les factions armées que, par paresse, nous appelons toujours « talibans », il n’y a apparemment plus que quelques factions fondamentalistes pakistanaises. Et à l’inverse, de l’autre côté, on trouve toute la puissance de feu de l’OTAN, la supériorité aérienne américaine, les photos satellites, la reconnaissance à l’aide de drones (aéronefs sans pilote), les attaques « automatiques », le renseignement, l’organisation guerrière, technologique, moderne. Un déséquilibre des forces qui, à première vue, devrait assurer la victoire. Mais alors, pourquoi cette victoire n’arrive-t-elle pas ? Que signifient ces forteresses assiégées en lesquelles les ambassades étrangères ont été transformées, les mesures drastiques de sécurité, les voitures blindées, les gilets pare-balles devenus la tenue presque obligatoire même à l’intérieur de la capitale ? Est-il possible que peu – ou même de nombreux – talibans arrivent à créer une situation apparemment aussi incontrôlable ? Il y a évidemment une autre explication : c’est que les recettes que nous avons appliquées ne sont probablement pas les bonnes ; que le peuple, dans les campagnes et les vallées reculées, ne nous perçoivent pas comme des alliés. Par exemple, de cet énorme flux de financement, quelle proportion arrive véritablement à destination, c’est-à-dire à la population ? Différentes études, forcément approximatives vu le contexte, indiquent que pour chaque dollar envoyé en Afghanistan, seulement 15 centimes arrivent vraiment sur le terrain. Le reste se perd dans les mille replis de la corruption, ou bien finit dans les poches des seigneurs de guerre, ceux-là mêmes qui ont martyrisé le pays et ont maintenant récupéré leurs lucratives positions dans les gouvernements locaux et dans ceux des provinces, d’où ils maîtrisent les trafics - y compris ceux de la drogue – et l’administration publique, en plus de leurs affaires privées. Tout ceci est l’œuvre non pas des talibans, mais de ceux qui ont été installés au pouvoir par l’Occident depuis le 11 Septembre. Et les gens le savent.

Un ancien journaliste afghan venu nous voir à l’hôtel Serena l’expliquait avec précision : « Ce pays est encore en grande partie analphabète mais ce n’est plus comme il y a 10 ans. Pas tant à cause des journaux indépendants qui existent mais que seule une petite partie de la population lit. Pas tant non plus à cause de l’existence d’une vingtaine de chaînes de TV privées, car ceux qui ont la télévision sont une infime partie de la population de Kaboul, et encore moins dans les provinces. C’est principalement la radio occidentale, que l’on peut recevoir dans tout l’Afghanistan, et qui transmet dans les deux langues, le Farsi et le Dari. Des millions de personnes l’écoutent, souvent avec parcimonie, car là où il n’y a pas d’électricité (80% du pays), les gens doivent acheter des piles qui coûtent très cher. Mais le résultat c’est que les gens savent beaucoup de choses qu’avant ils ignoraient. Ils peuvent se faire une opinion. Et le mécontentement est grand, et s’accroît toujours plus. » Dans ce contexte, les élections truquées et quasi incompréhensibles pour les gens valent ce qu’elles valent, c’est-à-dire presque rien, pour établir un consensus adapté. La Constitution, un arrangement institutionnel très similaire, extérieurement, à l’Etat de Droit de nos démocraties occidentales, pourrait laisser croire à un développement démocratique. Mais elle ne suffit pas à créer une inversion de tendance vers la stabilité.
Ce qui apparaît avec évidence, c’est le caractère « imposé par l’étranger », en plus de l’aspect « dirigé par l’étranger », d’un programme complexe de démocratisation à l’occidentale, dans lequel les Occidentaux s’évertuent depuis 6 ans à expliquer aux élites afghanes (et non à la population qui est inatteignable pour eux) qu’ils doivent se soumettre à des règles qu’ils ne reconnaissent pas, et que selon toute probabilité, la majorité d’entre eux n’aiment pas. Le président de la Cour Suprême, Azizi, résume de façon symbolique : « Nous pensions aller du mal vers le mieux et maintenant nous nous retrouvons après 6 ans à aller du mal vers le pire. » Ce qui est sûr, c’est que la chute a été longue : plus de 30 ans ne se remontent pas facilement. Mais comment faire pour réformer la justice si un juge perçoit seulement 50 dollars de salaire mensuel ? Pire encore, cela représente la moitié de ce que touche un jeune policier à peine enrôlé dans une formation qui l’amènera inexorablement à risquer sa vie dans un village perdu d’une vallée reculée, et où de surcroît il ne pourra rien faire pour se défendre et défendre sa famille quand déboulera la première bande de talibans ou de quelque seigneur de guerre. C’est pour ça que construire une vraie police afghane ne se fera pas dans un délai bref. « Il faudra au moins une génération » explique un officiel allemand, désabusé. Cela signifie rester là pour 25 ou 30 ans.

Traduit de l’italien par Christophe Terrasson pour ReOpenNews

Les escadrons de la mort de la CIA tuent en toute « impunité » en Afghanistan

Par Joe Kay

Mondialisation.ca, WSWS, le 20 mai 2008
Commandos paramilitaires de la CIA

La semaine passée, un enquêteur des Nations unies a rendu public un rapport préliminaire soulignant le grand nombre de décès parmi les civils en Afghanistan, souvent aux mains d’unités hors-la-loi dirigées par la CIA ou d’autres agences du renseignement étrangères.

Cet enquêteur est Philip Alston, un professeur de l’Université de New York agissant à titre de Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires pour le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Son rapport lève un coin du voile sur les gestes illégaux des agences du renseignement, des forces d’occupation et de la police afghane dans leur tentative de réprimer l’opposition à l’occupation menée par les Etats-Unis et au gouvernement que ces derniers soutiennent.

Un rapport plus complet sera publié plus tard cette année.

Alston s’est concentré sur les meurtres de civils par les Etats-Unis et les autres forces militaires internationales, citant 200 morts rapportées lors des quatre premiers mois de 2008. Ce chiffre, toutefois, est basé sur les données colligées par les Nations unies et d’autres organisations internationales et est sans l’ombre d’un doute une grossière sous-estimation.

En plus des civils tués dans les raids aériens — visant souvent sans discrimination des habitations civiles — Alston a fait état de « plusieurs raids pour lesquels aucun État ou commandement militaire ne reconnaît sa responsabilité ».

Dans une conférence de presse qu’il a donnée jeudi, Alston a apporté plus de précision sur ce point : « J’ai parlé à plusieurs personnes en lien avec l’activité d’unités de renseignement étrangères. Je ne veux pas les nommer, mais elles occupent les plus hauts niveaux dans les régions où j’ai mené mes enquêtes. Ces forces opèrent avec ce qui semble être une entière impunité. » Les lieux où des incidents ont été cités dans le rapport indiquent que les agences du renseignement en question comprennent la CIA ou des Forces spéciales américaines.

Le rapport signale quelques incidents comme exemple de meurtres extrajudiciaires. En janvier 2008, deux frères furent tués dans un raid sur la province de Kandahar réalisé par des « membres internationaux ». Alston a trouvé que les victimes « étaient largement réputées, même par des représentants gouvernementaux bien informés, n’avoir aucun lien avec les talibans et les circonstances entourant leur mort sont suspectes. Toutefois, non seulement n’ai-je pas pu obtenir la version des faits d’un commandant militaire international, mais je n’ai même pas pu obtenir confirmation d’un commandant militaire international qu’un de ses hommes avait été impliqué. »

D’autres incidents ont impliqué des raids par des Afghans sous la direction de « services de renseignement internationaux » non identifiés menés à partir de bases dans les provinces de Kandahar et Nangarhar.

« Il est absolument inacceptable que des membres lourdement armés d’une force internationale accompagnés de membres lourdement armés des forces afghanes puissent aller là où ils veulent pour réaliser des raids dangereux qui finissent souvent par des morts sans que personne n’en prenne la responsabilité » peut-on lire dans le rapport.

Le quotidien britannique The Independent a donné des informations supplémentaires. Il a noté : « Un responsable occidental bien informé de l’enquête a dit que les unités secrètes sont aujourd’hui encore connues comme des forces de campagne qui furent déployées alors que les Forces spéciales américaines et les espions de la CIA recrutaient des soldats afghans pour les aider à renverser les talibans lors de l’invasion de 2001 sous direction américaine. "Nous avons gardé les plus brillants et plus intelligents parmi les hommes de cette milice, a dit le responsable. Nous les avons entraînés et réarmés et ils sont toujours en action. »

Le quotidien Independent a continué en citant un incident dans lequel les forces britanniques furent impliquées. « Dans la province d’Helmand, là où se trouve la majorité des 7800 soldats britanniques, les Forces spéciales ont été accusées d’avoir tranché la gorge d’un homme dans un raid de nuit qui a mal tourné. Les sources des agences de sécurité déclarent maintenant que l’opération a été organisée par une unité spéciale d’espions. »

Alston a aussi écrit sur les actions de la police afghane. « Elles n’agissent pas en tant que forces faisant respecter la loi et l’ordre, mais en tant que défenseurs des intérêts d’une tribu ou d’un commandant », a-t-il rapporté. Il a cité un incident dans lequel la police afghane a massacré un groupe d’une tribu rivale. Il n’y a pas eu d’enquête par le gouvernement ou les forces d’occupation. Dans un autre incident, la police a tué neuf manifestants et en a blessé 42 autres à Sheberghan en mai 2007.

En général, il a trouvé qu’il y avait très peu d’intérêt parmi les responsables américains ou afghans à suivre les morts civiles. « La complaisance en réponse à ces morts est étonnamment élevée » a-t-il dit.

Lors de la conférence de presse, il a noté « Lorsque je demandais le nombre des morts civiles enregistrées au cours de l’année, je me faisais répondre que ces chiffres ne sont disponibles en Afghanistan — c’est ce que m’ont répondu plusieurs représentants seniors de l’armée — ou encore qu’ils étaient secrets et que l’on ne pouvait me les transmettre. Lorsque je demandais plus d’informations sur certains incidents, dans le but de vérifier si les personnes impliquées avaient bien été punies, on me répondait qu’une telle information n’était pas disponible en Afghanistan et que je devrais plutôt lire les journaux des pays concernés. »

Le fait que la CIA a été impliquée dans des opérations secrètes en Afghanistan n’est ni nouveau ni surprenant. Déjà dans les années 1970, la CIA a développé des liens avec des sections de la population afghane, en particulier des éléments fondamentalistes islamiques, dans sa tentative de miner le gouvernement qui était alors soutenu par l’Union soviétique. Plus tard, la CIA a été très impliquée dans le développement de liens avec les seigneurs de guerre anti-talibans avant l’invasion et l’occupation américaines en 2001.

Après l’invasion, l’Afghanistan, en particulier la base aérienne de Bagram près de Kaboul, est devenu un point de transit pour les prisonniers capturés par les Etats-Unis et que l’on voulait expédier à la prison de Guantanamo, vers des prisons secrètes de la CIA ou vers des pays alliés des Américains pratiquant la torture. Les agences de renseignement américaines auraient également été impliquées dans l’interrogation de prisonniers dans la prison d’Abou Ghraib en Irak.

En 2005, les médias américains ont écrit des reportages sur les opérations des escadrons de la mort soutenus par les Américains en Irak et qui étaient déployés pour tuer des personnes suspectées d’être des opposants à l’occupation américaine. Yasser Salihee, un correspondant spécial de l’agence de presse Knight Ridder qui enquêtait sur les escadrons de la mort, a été tué d’une balle dans la tête en juin de cette année. D’autres reportages montrent comment l’armée américaine a modelé les unités irakiennes sur les escadrons de la mort déployées en Amérique centrale durant les années 1980 pour éliminer l’opposition de gauche aux intérêts américains.

Alors que la plupart des actions de la CIA sont cachées dans une aura de secret, un contractant de la CIA a été poursuivi pour avoir torturé un prisonnier afghan à mort en 2003. Ce contractant, David Passaro, a interrogé et battu le prisonnier, Abdul Wali, pendant deux jours, le blessant si sérieusement qu’il en est mort deux jours plus tard.

Dans une autre affaire, le New York Times a écrit samedi que le Pentagone allait de l’avant avec son projet de construction d’un complexe pénitentiaire de 160.000 mètres carrés à la base militaire de Bagram. La prison actuelle, ainsi que d’autres prisons afghanes et américaines, sont apparemment insuffisantes pour détenir le grand nombre de prisonniers faits par les forces d’occupation.

La nouvelle prison pourra aussi être utilisée pour des prisonniers actuellement détenus à Guantanamo. Elle sera conçue pour détenir jusqu’à 1100 personnes.

Article original en anglais, WSWS, paru le 19 mai 2008.
Copyright WSWS.

10 guerres, 10 médiamensonges

par Michel Collon pour Mondialisation.ca, Le 17 mai 2008

Contre le Venzuela et l’Equateur, Bush nous refait le coup des "armes de destruction massive". Petit inventaire de la désinformation.

Chaque guerre est précédée d’un grand médiamensonge. Aujourd’hui, Bush menace le Venezuela et l’Equateur. Demain, l’Iran ? Et après, à qui le tour ?
Avec, dans le rôle de la marionnette, le président Uribe, narcotrafiquant et massacreur d’Indiens (quatre millions de déplacés). Lequel Uribe prétend avoir trouvé dans l’indestructible ordinateur de Raul Reyes (FARC) des preuves du soutien de Chavez au « terrorisme » et de militarisation de la région.

Des journaux comme Le Monde répercutent cette campagne de propagande pour la prochaine guerre de Bush. Rappelons simplement combien de fois les mêmes Etats-Unis et les mêmes médias nous ont déjà manipulés. Chaque grande guerre est « justifiée » par ce qui apparaîtra plus tard (trop tard) comme une désinformation. Inventaire rapide…

1. VIETNAM (1964-1975) :

  • MEDIAMENSONGE : Les 2 et 3 août, le Nord-Vietnam aurait attaqué deux navires US dans la baie du Tonkin.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : L’attaque n’a jamais eu lieu. C’est une invention de la Maison-Blanche.
  • VERITABLE OBJECTIF : Empêcher l’indépendance du Vietnam et maintenir la domination US sur la région.
  • CONSEQUENCES : Millions de victimes, malformations génétiques (Agent Orange), énormes problèmes sociaux.

2. GRENADE (1983) :

  • MEDIAMENSONGE : La petite île des Caraïbes est accusée de construire une base militaire soviétique et de mettre en danger la vie de médecins US.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Entièrement faux. Le président US Reagan a fabriqué ces prétextes de toutes pièces.
  • VERITABLE OBJECTIF : Empêcher les réformes sociales et démocratiques du premier ministre Bishop (qui sera assassiné).
  • CONSEQUENCES : Répression brutale et rétablissement de la mainmise de Washington.

3. PANAMA (1989) :

  • MEDIAMENSONGE : L’invasion vise à arrêter le président Noriega pour trafic de drogue.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Créature de la CIA, Noriega réclamait la souveraineté à la fin du bail du canal. Intolérable pour les USA.
  • VERITABLE OBJECTIF : Maintenir le contrôle US sur cette voie de communication stratégique.
  • CONSEQUENCES : Les bombardements US ont tué 2.000 à 4.000 civils, ignorés des médias.

4. IRAK (1991) :

  • MEDIAMENSONGE : Les Irakiens auraient volé les couveuses de la maternité de Koweït-City
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Invention totale par une agence publicitaire payée par l’émir du Koweït, Hill & Knowlton.
  • VERITABLE OBJECTIF : Empêcher que le Moyen-Orient résiste à Israël et acquière son indépendance envers les USA.
  • CONSEQUENCES : D’innombrables victimes par la guerre, puis un long embargo y compris sur les médicaments.

5. SOMALIE (1993) :

  • MEDIAMENSONGE : Monsieur Kouchner se « met en scène » comme héros d’une intervention humanitaire.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Quatre sociétés US avaient acheté un quart du sous-sol somalien riche en pétrole.
  • VERITABLE OBJECTIF : Contrôler une région militairement stratégique
  • CONSEQUENCES : Ne parvenant pas à la contrôler, les Etats-Unis maintiendront la région dans un chaos prolongé.

6. BOSNIE (1992 - 1995) :

  • MEDIAMENSONGE : La firme US Ruder Finn et Bernard Kouchner mettent en scène de prétendus camps serbes d’extermination.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Ruder Finn et Kouchner mentaient. C’étaient des camps de prisonniers en vue d’échanges. Le président musulman Izetbegovic l’a avoué.
  • VERITABLE OBJECTIF : Briser la Yougoslavie trop à gauche, éliminer son système social, soumettre la zone aux multinationales, contrôler le Danube et les routes stratégiques des Balkans.
  • CONSEQUENCES : Quatre années d’une guerre atroce pour toutes les nationalités (musulmans, serbes, croates). Provoquée par Berlin, prolongée par Washington.

7. YOUGOSLAVIE (1999) :

  • MEDIAMENSONGE : Les Serbes commettent un génocide sur les Albanais du Kosovo
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Invention pure et simple de l’Otan comme le reconnut Jamie Shea, son porte-parole officiel.
  • VERITABLE OBJECTIF : Imposer la domination de l’Otan sur les Balkans, et sa transformation en gendarme du monde. Installer une base militaire US au Kosovo.
  • CONSEQUENCES : Deux mille victimes des bombardements OTAN. Nettoyage ethnique du Kosovo par l’UCK, protégée de l’Otan.

8. AFGHANISTAN (2001) :

  • MEDIAMENSONGE : Bush prétend venger le 11 Septembre et capturer Ben Laden
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Aucune preuve que ce réseau existe. De toute façon, les talibans avaient proposé d’extrader Ben Laden.
  • VERITABLE OBJECTIF : Contrôler militairement le centre stratégique de l’Asie, construire un pipeline permettant de contrôler l’approvisionnement énergétique de l’Asie du Sud.
  • CONSEQUENCES : Occupation de très longue durée, et forte hausse de la production et du trafic d’opium.

9. IRAK (2003) :

  • MEDIAMENSONGE : Saddam posséderait de dangereuses armes de destruction, affirme Colin Powell à l’ONU, éprouvette en main.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : La Maison-Blanche a ordonné à ses services de falsifier des rapports (affaire Libby) ou d’en fabriquer.
  • VERITABLE OBJECTIF : Contrôler tout le pétrole et pouvoir faire chanter ses rivaux : Europe, Japon, Chine…
  • CONSEQUENCES : L’Irak plongé dans la barbarie, les femmes ramenées à la soumission et l’obscurantisme.

10 VENEZUELA - EQUATEUR - (2008 ?) :

  • MEDIAMENSONGE : Chavez soutiendrait le terrorisme, importerait des armes, serait un dictateur (le prétexte définitif ne semble pas encore choisi).
  • CE QU’ON SAIT DEJA: Plusieurs médiamensonges précédents se sont déjà dégonflés : Chavez tirant sur son peuple, Chavez antisémite, Chavez militariste… Mais la diabolisation continue.
  • VERITABLE OBJECTIF : Les multinationales US veulent garder le contrôle du pétrole et des autres richesses de toute l’Amérique latine, ils craignent la libération sociale et démocratique du continent.
  • CONSEQUENCES : Washington mène une guerre globale contre le continent : coups d’Etat, sabotages économiques, chantages, développement de bases militaires près des richesses naturelles..

Bref, chaque guerre est précédée et ‘justifiée’ par un grand médiamensonge. Et notre inventaire est loin d’être complet !

Empêcher les guerres, c’est démasquer ces médiamensonges le plus tôt possible et le plus largement possible. Merci de diffuser ce texte, de le traduire si possible (la version espagnole arrive bientôt), et de nous communiquer ces traductions. Dans la guerre de l’info, la véritable force, c’est vous !

La représentation nationale et l’état-major doivent exiger de Sarkozy que soit mis un terme à notre participation à une guerre coloniale en Afghanistan

Par Michel Schneider pour Agoravox, le vendredi 4 avril 2008.

Sarkozy

Plus de deux Français sur trois « désapprouvent » la décision du “gouverneur” (celui qui dirige la France au nom de puissances et d’intérêts étrangers n’est pas un “président”, mais un gouverneur, un collaborateur, un “gauleiter”, un fondé de pouvoirs) Nicolas Sarkozy d’envoyer de nouvelles troupes en Afghanistan. Selon les résultats d’un sondage publié lundi 31 mars, 68 % des Français sont contre l’envoi des renforts en Afghanistan. Seuls 15 % sont pour cette décision de Nicolas Sarkozy et 17 % se sont abstenus de se prononcer. Toujours selon ce sondage, 65 % des Français sont d’avis que les Etats-Unis et leurs alliés se sont trompés en déclenchant la guerre en Afghanistan.

Or, Sarkozy a annoncé la semaine dernière, depuis Londres (rien à voir avec l’appel à la résistance du 18 juin, là il s’agit d’un appel à la soumission) que si la stratégie proposée par la France, intitulée « Le soutien à la paix » était approuvée au Sommet de l’Otan à Bucarest (2-4 avril), Paris enverrait des renforts en Afghanistan : environ 1 300 hommes (1 000 “troupiers” chair à canon et 300 “spécialistes” des forces dites spéciales).

Il est clair que sa décision, prise en contradiction avec ses engagements de campagne, d’envoyer en Afghanistan de nouvelles troupes françaises, bafoue une fois de plus notre Constitution. Et, dans les autres pays dits démocratiques, aucune opération de ce type ne pourrait être envisagée sans un vote préalable du Parlement. Il est vrai que Chirac et le “socialiste” Jospin n’avaient rien demandé à personne en 2001. Il s’agit pourtant bien d’une guerre d’agression contre l’Afghanistan, d’une guerre coloniale, pas d’une “opération de police”… Alors que les talibans avaient pratiquement éradiqué la culture du pavot, l’arrivée des Américains et de leur homme de paille Hamin Karzaï a permis de relancer comme jamais la culture de l’opium. La famille Karzaï se maintient à la tête d’un narco-Etat grâce à la protection de l’Otan qui couvre par ailleurs la dilapidation de l’aide internationale. Sur les 15 milliards versés à ce jour pour la reconstruction d’un pays préalablement ruiné par l’agression américaine, 5 milliards se sont volatilisés dans les circuits de la corruption et 40 % du solde retourne aux donateurs par le biais des rémunérations allouées aux “consultants”, sous-traitants et expatriés. Le but des Américains, et des compagnies pétrolières, est de verrouiller le plus longtemps possible l’Afghanistan au nez des Russes et des Chinois. C’est ce “système”, indéfendable et contraire aux intérêts d’une “Europe européenne”, que défendent les malheureux soldats français envoyés comme chair à canon par Sarkozy !

Pour seule raison à l’intervention des troupes françaises, Sarkozy n’évoque, en écho à son mentor George Bush, que la nécessité pour la France de ne pas rester à l’écart de la croisade contre “le terrorisme et Al-Quaïda”. Il ment, bien sûr, encore et toujours. Comme tous les Français de bon sens aujourd’hui, il sait que Ben Laden et Al-Qaïda sont des “marques déposées” de la CIA. Et que le terrorisme, lorsqu’il n’est pas le fait, précisément, d’agents américains ou israéliens, n’est que le résultat normal et juste des politiques coloniales des Etats-Unis et d’Israël. En se faisant le complice et le supplétif de l’empire Usraélien, Sarkozy fait de la France et des Français des cibles d’un terrorisme sciemment provoqué.

Même au prix du sang, comme Bush le 11-Septembre, Sarkozy entend manipuler l’opinion publique pour lui faire accepter un changement radical de la stratégie et de la politique étrangère de notre pays.

Nicolas Sarkozy veut créer une sorte de nouvel Atlantisme, un “triumvirat de l’Occident”, bras armé de la mondialisation, sans l’Allemagne et naturellement sans la Russie qui devraient pourtant être nos alliés naturels dans le cadre d’une “Europe européenne” (tout le contraire de “l’Europe bruxelloise”)…

C’est pourquoi il entend que la France réintègre rapidement le commandement militaire de l’Otan - l’année prochaine sans doute au moment du 60e anniversaire de l’organisation atlantique.

Pour atteindre ce sinistre objectif à marche forcée, Sarkozy doit accroître la participation des forces françaises en Afghanistan, en nombre et dans les zones de combats effectifs, et soutenir fermement l’élargissement de l’Otan à l’Ukraine et à la Géorgie. Ce sont là les buts de guerre des Américains pour museler fermement l’Europe.

Tout sera vu et décidé sous cet angle. Si les Français le laissent faire…

En effet, le général Jean-Louis Georgelin, chef d’état-major des armées françaises, n’a pas mâché ses mots sur le danger que représenterait l’envoi de troupes françaises supplémentaires en Afghanistan.

« Comme je le répète depuis un moment », a-t-il déclaré, « l’Afghanistan devient un merdier ingérable. Et nous n’avons aucun intérêt à nous y impliquer davantage ».

Consciemment, pour les plus intelligents, ou inconsciemment, les chefs d’état-major des armées ont compris quelles étaient les véritables motivations du gouverneur Sarkozy.

En voulant envoyer 1 300 “morts-vivants” de plus aux Américains en Afghanistan, Sarkozy confirme qu’il entend privatiser et miniaturiser une armée au service exclusif de l’empire Usraélien.

Les militaires savent désormais qu’avec un budget qui n’atteint plus 2 % du PIB et les incroyables pertes d’équipements, d’effectifs et de bases métropolitaines que cela implique, notre défense entre avec Sarkozy dans une récession mortelle.

En matière de défense, rare domaine où il pense pouvoir agir impunément, le gouverneur Sarkozy signe là pratiquement l’arrêt de mort de nos armées, après celui de notre politique étrangère. A partir du moment où celle-ci est devenue, dès son arrivée, un simple appendice, plus ou moins bruyant, du département d’Etat américain, la nécessité antérieure de conserver une politique de défense en rapport avec une puissance encore maîtresse de son destin ne s’impose plus et le handicap budgétaire qu’elle constituait peut être levé.

Les militaires français accepteront-ils sans broncher la mise à la casse, et au pas, de notre outil de défense ? Le proche avenir le dira. Car dans ce secteur aussi la résistance s’organise.

Michel Schneider

L’Iran riposte à L’OTAN

http://socio13.wordpress.com/2008/03/27 … e-a-lotan/
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Par la bouche de son Ministre des Affaires étrangères, en visite au Tadjikistan, l’IRAN vient de créer l’évènement en demandant officiellement à adhérer à l’ORGANISATION DE COOPERATION DE SHANGHAI (OCS).

Cette demande est une riposte claire à la nouvelle campagne de menaces guerrières et de mesures de rétorsion économique  contre le régime iranien lancée depuis Washington et Tel-Aviv.

Du point de vue militaire la démission de l’Amiral FALLON, commandant en chef du CENTCOM – qui couvre l’Europe et le Moyen-Orient Iran et Afghanistan compris – a mis fin à l’insubordination manifeste de la hiérarchie militaire US et a redonné de la voix aux traîneurs de sabre, CHENEY en tête.

Il s’en suit qu’à nouveau les médias débordent de détails sur les futures attaques de l’Iran. S’y côtoient des nouvelles brutes telles que le transit par le Canal de Suez d’un sous-marin nucléaire US faisant route vers le Golfe Persique (mais il y en a sûrement d’autres qui sont arrivés sous l’eau par l’Est sans se faire remarquer, faire transiter un sous-marin par Suez c’est l’exposer au monde entier pendant des heures) ou des fantasmes de terreur atomique en annonçant le bombardement de la nouvelle centrale nucléaire iranienne de construction russe de BUSHER  et susceptible de créer un TCHERNOBYL décidé de sang froid par les descendants d’Hiroshima.

Du point de vue économique, les USA ont décidé de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran. En application des dispositions financières du PATRIOT ACT ils vont interdire à toutes les banques du monde ayant des relations avec deux banques iraniennes d’Etat de commercer sur le territoire des Etats-Unis ou avec des banques étasuniennes.

En demandant à adhérer à l’OCS dans cette conjoncture,  l’Iran met la Chine et la Russie au pied du mur. En effet, si l’OCS a ,dés sa création, bien accordé à l’Iran le statut d’observateur , comme d’ailleurs à l’Inde au Pakistan et à la Mongolie, elle avait fait savoir l’an dernier qu’elle n’envisageait pas d’accueillir de nouveaux membres.

Accepter l’Iran dans l’OCS, c’est accepter de se porter à ses côtés en cas d’agression extérieure,  ce qui revient à dire aux Etats-Unis que s’ils attaquent l’Iran ils déclenchent la guerre mondiale. Tout simplement !

Or l’Iran abat cette carte à quelques jours du sommet de l’OTAN de Bucarest auquel la Russie participera en qualité de membre du « Partenariat pour la Paix » qu’elle a signé avec l’OTAN  et au cours duquel la Russie va, au nom de l’OCS, demander officiellement à l’OTAN de « cogérer » le dossier afghan.

Les raisons de cette demande sont  connues :

  • l’OTAN est embourbée en Afghanistan et s’y voit installée pour des décennies au risque d’y éclater car, la République monarchoïde DE NAGY BOCSA  mise  à part, les réticences à un engagement militaire supplémentaire et prolongé sont de plus en plus en nettes chez les autres partenaires des USA,
  • l’OTAN a des difficultés d’approvisionnement de toutes sortes – armes, carburant  - via le Pakistan jusqu’à présent seul couloir d’accès fiable.

Consciente de cette impasse stratégique des Etats-Unis et de leurs alliés, l’OCS qui contrôle tous les pays au Nord de l‘Afghanistan propose d’assurer à l’OTAN la sécurité d’accès au théâtre afghan en échange d’un partage de la responsabilité dans la gestion du problème afghan.

La leçon stratégique est immense : l’OTAN s’est aventurée trop loin de ses bases et en violation de ses propres statuts,   elle s’épuise et se divise dans une aventure sans issue (ou plutôt sans autre issue que la misère  du peuple afghan) et son adversaire principal lui propose, sans tirer un coup de canon, de prendre en main politiquement le dossier afghan pour la simple et bonne raison que l’Afghanistan est son voisin et que, suprême habileté dialectique, ce pays est un foyer du terrorisme contre lequel l’OCS entend lutter.

L’adhésion de l’IRAN, qui tient la frontière occidentale de l’Afghanistan, à l’OCS constituerait un appui majeur à cette démarche.

Les montagnes afghanes sont  et restent de véritables sables mouvants stratégiques. S’y agiter est mortel ! Vieille leçon toujours valable !

“L’effondrement de la puissance étasunienne”

Par Paul Craig Roberts, le 18 mars 2008

 

​​​​Dans son célèbre ouvrage, The Collapse of British Power (1972) (L’effondrement de la puissance britannique), Correlli Barnett rapporte que, dans les premiers jours de la Seconde Guerre Mondiale, la Grande-Bretagne avait seulement assez d’or et de devises pour financer les dépenses de quelques mois de guerre. Les Britanniques se sont tournés vers les Étasuniens pour financer leur capacité à faire la guerre. Barnett écrit que cette dépendance marquait la fin de la puissance britannique.

​​​​Depuis leur commencement, les guerres des États-Unis au 21ème siècle contre l’Afghanistan et l’Iraq étaient des guerres non budgétisées, financées par les étrangers, principalement les Chinois et les Japonais, qui achètent les obligations du Trésor étasunien que le gouvernement émet pour financer son budget à découvert.

​​​​L’administration Bush prévoit un déficit budgétaire fédéral de 410 milliards de dollars pour l’année en cours. Cela indique que, comme leur taux d’épargne tourne autour de zéro, les États-Unis ne sont pas seulement tributaires du financement étranger pour leurs guerres et pour une partie des dépenses intérieures du gouvernement. L’emprunt à l’étranger paye les salaires du gouvernement, peut-être celui du Président lui-même, ou le financement des dépenses des différents ministères. Financièrement, les États-Unis ne sont pas un pays indépendant.

​​​​Les 410 milliards de dollars de déficit prévus par l’administration Bush sont basés sur l’hypothèse irréaliste d’une croissance de 2,7% du PIB en 2008, alors qu’en réalité l’économie est tombé dans une récession qui pourrait être grave. S’il n’y a pas 2,7%de croissance, le déficit réel dépassera considérablement les 410 milliards.

​​​​Tout comme le budget du gouvernement en pleine déroute, il en est de même du dollar, dont la valeur continue à baisser par rapport aux autres devises. Le dollar est sous pression non seulement des déficits budgétaires, mais aussi du très important déficit commercial et de la probabilité d’inflation due aux efforts de la Réserve Fédérale pour stabiliser le système financier très troublé avec de grandes injections de liquidités.

​​​​Une monnaie et un système financier en perdition avec un grand déficit budgétaire et commercial ne présentent pas un aspect attractif pour les créanciers. Pourtant, dans son orgueil démesuré Washington semble croire pouvoir toujours compter sur les Chinois, les Japonais et les Saoudiens pour financer le train de vie au-delà de leurs moyens des États-Unis. Imaginez le choc quand arrivera le jour où la mise aux enchères de titres de nouvelles dettes du Trésor étasunien ne seront pas entièrement souscrits.

​​​​Les États-Unis ont dilapidé 500 milliards de dollars dans une guerre qui ne sert pas leurs objectifs. De plus, ces 500 milliards de dollars ne sont que les coûts des frais. Ils n’incluent pas le remplacement du matériel détruit, les soins futurs pour les anciens combattants, l’intérêt des emprunts qui ont financé la guerre, ou la perte de PIB due au détournement des maigres ressources dans la guerre. Des experts, ne faisant pas partie de la machine que fait tourner le gouvernement, évaluent à 3 billions de dollars le coût de la guerre en Irak.

​​​​Le candidat républicain à la présidence a déclaré qu’il serait content de continuer la guerre pendant 100 ans. Avec quelles ressources ? Quand les créanciers des États-Unis considèrent notre comportement ils voient l’irresponsabilité budgétaire totale. Ils voient un pays se faisant des illusions, qui agit comme si c’était un privilège pour les étrangers de lui prêter de l’argent, un pays illusionné qui croit que les étrangers continueront à accumuler ses dettes jusqu’à la fin des temps.

​​​​Le fait est que les États-Unis sont en faillite. Dans son rapport au Congrès du 17 décembre 2007 sur l’états financier du gouvernement, David M. Walker, Contrôleur Général des États-Unis et patron du Government Accountability Office (GAO, textuellement, bureau de la responsabilité gouvernementale), a noté que « le gouvernement fédéral n’a pas gardé effectif le contrôle interne sur les comptes-rendus financiers (notamment sur la sauvegarde des avoirs) et sur la conformité avec les lois et les règlements importants à compter du 30 septembre 2007. » En langage courant, le gouvernement ne peut pas passer d’audit [les comptes ne peuvent plus être vérifiés à cause du désordre dû à l’irrespect des règlements, NDT].

​​​​De plus, le rapport du GAO a fait remarquer que les dettes accumulées du gouvernement fédéral « ont totalisé environ 53 billions de dollars au 30 septembre 2007. » Aucun fond n’a été mis de côté pour ces dettes qui laissent rêveur.

​​​​Juste pour que le lecteur comprenne, 53 billions représentent 53 mille milliards [soit 176.666 dollars pour chacun des 300 millions d’Étasuniens, NDT].

​​​​Déçu de parler à un sourd, Walker a récemment démissionné de son poste de patron du Government Accountability Office.

​​​​À compter du 17 mars 2008, un franc suisse vaut plus de 1 dollar. En 1970, le taux de change était de 4,2 francs suisses pour un dollar. En 1970, 1 dollar achetait 360 yens japonais. Aujourd’hui 1 dollar achète moins de 100 yens.

​​​​Si vous étiez créancier, voudriez-vous détenir une dette dans une monnaie qui a d’aussi piètres performances par rapport à la monnaie d’un petit pays insulaire qui a été vaincu et atomisé durant la Seconde Guerre Mondiale, ou par rapport à celle d’un petit pays enclavé européen qui s’accroche à son indépendance et n’est pas membre de l’UE ?

​​​​Voudriez-vous détenir la dette d’un pays dont les importations dépassent la production industrielle ? Selon les dernières statistiques sur les États-Unis, comme l’a signalé le numéro du 28 février de Manufacturing and Technology News, en 2007 les importations atteignaient 14 pour cent du PIB et la fabrication en constituait 12 pour cent. Un pays dont les importations dépassent la production industrielle ne peut pas clôturer le déficit de sa balance commerciale en exportant davantage.

​​​​La valeur du dollar s’est même effondrée face à l’euro, la monnaie d’un pays imaginaire, qui n’existe pas : l’Union Européenne. La France, l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre et les autres membres de l’UE continuent à exister en tant que nations souveraines. L’Angleterre conserve même sa propre monnaie. Pourtant, l’euro atteint chaque jour de nouveaux sommets par rapport au dollar.

​​​​Récemment, Noam Chomsky écrivait que les États-Unis pensaient posséder le monde. C’est à coup sûr le point de vue de l’administration Bush néo-conservatrice. Mais le fait est qu’en la matière les États-Unis sont redevables envers le monde. La « superpuissance » étasunienne ne peut même pas financer son propre fonctionnement, et encore moins ses guerres gratuites, sauf grâce à la gentillesse des étrangers qui prêtent de l’argent qui ne pourra pas être remboursé.

​​​​Les États-Unis ne pourront jamais rembourser leurs emprunts. Leur économie est dévastée par la délocalisation, par la concurrence étrangère, et par l’importation d’étrangers avec des visas de travail, alors qu’ils tiennent une idéologie libre-échangiste qui bénéficie aux gros bonnets corporatifs et aux actionnaires au détriment des travailleurs. Le dollar fait fiasco dans son rôle de monnaie de réserve et il sera bientôt abandonné.

​​​​Quand le dollar ne sera plus la monnaie de réserve, les États-Unis seront incapables de payer leurs factures en empruntant encore aux étrangers.

​​​​Je me demande parfois si la « superpuissance » en banqueroute sera capable de réunir les ressources pour rapatrier ses troupes stationnées dans des centaines de bases à l’étranger, ou si elle va tout bonnement les abandonner.

Chomsky : la volonté des irakiens n’est toujours pas prise en compte

Chomsky examine de récents sondages en provenance des zones de conflit. On y trouve de bonnes nouvelles, note-t-il. Effectivement afghans et irakiens pensent possible de trouver le chemin de la réconciliation nationale. A une condition : que les forces étrangères cessent d’occuper ou de combattre sur leur sol. Mais qui prend la peine d’entendre ce que disent et veulent ces peuples au destin tragique ?

 

Par Noam Chomsky, Kaleej times, 1er février 2008

L’armée d’occupation américaine en Irak (nommée par euphémisme la Force Multi-Nationale) conduit des études d’opinion approfondies. En décembre 2007, son compte rendu d’une étude qualitative était particulièrement optimiste.

Ce document concluait que cette étude « fournit des présomptions très fortes » permettant de réfuter l’opinion usuelle selon laquelle « une réconciliation nationale n’est ni prévisible, ni possible. » Au contraire, l’étude révélait qu’une « atmosphère optimiste régnait dans tous les groupes interrogés…et que l’on observait bien plus de point communs que de différences parmi les groupes apparemment si divers d’irakiens. »

Cette découverte d’ « opinions partagées » chez les irakiens à travers le pays « est une bonne nouvelle, selon l’analyse des résultats effectuée par les militaires, » notait Karen deYoung, dans le Washington Post.

Ces « opinions partagées » étaient détaillées par ce rapport. Selon deYoung, « les irakiens de tous groupes ethniques et religieux pensent que l’invasion américaine est la première cause des violences parmi eux, et ils voient dans le départ des forces d’occupation le facteur clé en direction d’une réconciliation nationale. »

Ainsi, selon les irakiens, il existe un espoir de réconciliation, si les envahisseurs, responsables de la violence dans le pays, se retirent et laissent l’Irak aux irakiens.

Mais ce document ne mentionnait pas cette autre bonne nouvelle : les irakiens semblent adopter les valeurs américaines les plus élevées, telles qu’elles ont été définies par le Tribunal de Nuremberg. Tout particulièrement, l’agression, « l’invasion par la force armée, » d’un état « du territoire d’un autre état » est le « crime suprême au plan international, différent uniquement des autres crimes de guerre en ce sens qu’il implique en lui-même l’accumulation des méfaits de tous les autres. » Le Procureur en chef américain à Nuremberg, Robert Jackson, affirma que le Tribunal ne serait qu’une farce si nous ne nous appliquions pas ces principes.

A la différence des irakiens, les USA et de fait l’occident dans son ensemble, rejettent les nobles valeurs professées à Nuremberg, ce qui constitue une indication intéressante sur la substance de ce fameux « clash des civilisations. »

Le général David Petraeus et Ryan Crocker, l’ambassadeur US en Irak, ont annoncé d’autres bonnes nouvelles en grande pompe à l’occasion d’une mise en scène du 11 septembre 2007. Seul un esprit cynique, bien sûr, pourrait croire que cette date ait été choisie en un rappel discret des affirmations de Bush et Cheney sur l’existence de liens entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden. Leur permettant ainsi, en commettant ce « crime international suprême » de prétendre qu’ils défendaient le monde contre le terrorisme.

Petraeus et Crocker communiquèrent des chiffres montrant que le gouvernement irakien avait notablement accéléré les dépenses de reconstruction, atteignant un quart des sommes allouées à cet effet. De bonnes nouvelles, effectivement, jusqu’à ce que la Cour des Comptes (GAO, Government Accountability Office) mène son enquête à ce sujet, et découvre que les montants réels n’étaient que le sixième de ceux qu’avaient annoncé Petraeus et Crocker, en baisse de 50% depuis l’année précédente.

D’autres bonnes nouvelles concernent le déclin de la violence confessionnelle, due en partie à la réussite du nettoyage ethnique meurtrier, dont les irakiens rendent responsable l’invasion. Il y a désormais moins de cibles pour les meurtres confessionnels. Mais on peut également l’attribuer à la décision de Washington de soutenir les groupes tribaux qui se sont organisés pour chasser Al Qaïda en Irak, ainsi qu’à l’augmentation du nombre de soldats sur le terrain.

Il est possible que Petraeus parvienne au même genre de succès que les russes en Tchétchénie, où les combats sont maintenant « limité et sporadiques, » et où Grozny connaît un boom immobilier, après avoir été réduite en ruine par l’attaque russe, comme l’a écrit CJ Chivers en septembre dernier dans le New York Times.

Peut-être un jour prochain Bagdad et Falloujah bénéficieront de « l’électricité rétablie dans de nombreux quartiers, de nouvelles entreprises de rues principales de la ville reconstruites, » à l’image de Grozny, en plein développement. Possible, mais douteux, si l’on considère les conséquences vraisemblables de la créations d’armées dirigées par des seigneurs de la guerre qui pourraient bien donner le jour à une violence confessionnelle accrue, venant s’ajouter à tous les « méfaits accumulés » par l’agression. Les irakiens ne sont pas les seuls à penser qu’une réconciliation nationale est possible. Un sondage mené par les canadiens montre que les afghans sont pleins d’espoir pour leur futur et sont favorables à la présence des canadiens et des forces étrangères. Ces « bonnes nouvelles » ont fait la une des journaux.

La lecture du détail des articlent révèle cependant quelques précisions intéressantes. Seuls 20% « pensent que les talibans l’emporteront après le départ des troupes étrangères. » Les trois quarts des sondés sont favorables à des négociations entre les talibans et le gouvernement Karzai, soutenu par les USA, et plus de la moitié approuvent l’idée d’un gouvernement de coalition. La grande majorité sont en désaccord avec la position des USA et du Canada, et pensent qu’une paix est possible en mettant en œuvre une approche pacifique. Bien que la question n’ait pas été posée dans le sondage, il semble raisonnable de penser que si la présence étrangère est acceptée, c’est pour mener des missions d’aide et de reconstruction.

On peut évidemment se poser de nombreuses questions au sujet de sondages effectués dans des pays sous occupation militaire étrangère, tout particulièrement dans des régions comme le sud de l’Afghanistan. Mais les résultats des sondages en Irak et Afghanistan sont conformes à ceux des études précédentes et ne doivent pas être ignorés.

De récents sondages au Pakistan ont également apporté des « bonnes nouvelles » à Washington. Cinq pour cent des sondés sont d’accord pour autoriser les USA ou d’autres troupes étrangères à entrer au Pakistan, pour « poursuivre ou capturer les combattants d’Al Qaïda. » Ils sont 9% en faveur d’une autorisation pour les forces américaines de « poursuivre ou capturer les insurgés talibans qui ont franchi la frontière depuis l’Afghanistan. »

Près de la moitié souhaitent accorder aux troupes Pakistanaises une autorisation semblable. Et ils ne sont q’un petit 80% à considérer que la présence militaire américaine en Asie et en Afghanistan représente une menace pour le Pakistan, tandis qu’une large majorité pensent que les USA veulent s’en prendre au monde musulman. La bonne nouvelle, c’est que ces résultats sont nettement meilleurs par rapport à ceux d’octobre 2001, où un sondage Newsweek avait révélé que « 83% des pakistanais interrogés déclaraient se ranger dans le camp des talibans, et un tout petit 3% exprimaient un soutien aux USA. » Plus de 80% décrivaient alors Oussama Ben Laden comme un guérillero et 3% comme un terroriste.

Au milieu de ce flot de bonnes nouvelles en provenance de la région, le débat gagne en intensité parmi les candidats à la présidentielle, les membres du gouvernement et les commentateurs, sur les options dont disposent les USA en Irak. Cependant une voix est toujours absente de ce débat : celle des irakiens. Leurs « opinions partagées » sont connues de tous, comme elles l’étaient déjà par le passé. Mais ils ne peuvent être autorisés à choisir leur propre destin, pas plus que des enfants ne le seraient. Seuls les conquérants ont ce droit.

Peut-être y a-t-il la aussi quelque leçon à tirer au sujet du « clash de civilisation. »


Publication originale Kaleej Times, traduction Contre Info

Dissimulation consciente par la politique et le militaire: Meurtre systématique de la population civile

Les photos, publiées maintenant, d’un massacre d’enfants afghans dans la province de Helmand de l’année passée et d’un ­massacre dans le district de Garmsee bouleversent l’opinion publique. D’un hélicoptère armé, on chasse et tue des enfants d’un village afghan. On ne peut rester sourd aux cris des mères désespérées devant l’événement incompréhensible. (cf. le DVD «Le ­massacre des enfants à Helmand», M.D. Miraki, et le rapport juxtaposé de Matiullah Minapal et d’Aziz ­Ahmad Tassal).

Personne ne peut dire que les responsables de l’armée n’aient pas eu connaissance d’un tel massacre d’enfants innocents (et ils ­doivent en prendre connaissance!). Tous les indices (rapports et témoignages oculaires) montrent que ce massacre n’est pas un cas isolé et qu’un tel procédé est toléré par la direction militaire, voire même approuvé.

Aujourd’hui, c’est encore par hasard que des nouvelles des événements réels par­viennent des territoires de l’Afghanistan du Sud et de l’Est, qui sont isolés de façon hermétique du public par les forces belligérantes. Les nouvelles, qui sont répandues «normalement» aux Etats-Unis et en Europe, sont censurées et arrangées par les officines de presse militaires américaines responsables (par exemple Fort Bragg). Le peu de rapports qui passent quand même la censure sont bouleversants. Massacres de civils, viols, abus sexuels de mineurs et meurtres insensés. Les belles paroles venant des autorités officielles comme «hôpitaux, démocratie et reconstruction» donnent l’impression de la pire moquerie.

Les parallèles avec la guerre du Vietnam sont de plus en plus fatals. Cette guerre-là s’était également dirigée de facto contre la population civile. Aux yeux du soldat, les habitants du Vietnam étaient tous des alliés du Vietcong ennemi. Ainsi le militaire justifiait les atrocités exercées contre la population du pays. Les crimes de guerre ­furent ignorés et tolérés – ou même exigés – par la direction de l’armée. Les ressemblances entre le Vietnam et l’Afghanistan sont alarmantes. (cf. Bernd Greiner, «Krieg ohne Fronten. Die USA in Vietnam», ISBN 978-3-936096-80-4).

L’escalade militaire en progression en Afghanistan est décrite par l’expert allemand sur l’Afghanistan Christoph R. Hörstel («Sprengsatz Afghanistan. Die Bundeswehr in tödlicher Mission», ISBN 978-3-426-78116-6). Au lieu de la reconstruction promise, les combats s’intensifient partout et l’emploi d’armes est plus massif.

L’alliance de guerre sous la direction des Etats-Unis mène une guerre dépourvue d’un minimum de respect devant tout être humain. L’emploi gigantesque de différentes armes dépasse toute imagination. Déjà en 2002 (!), Helen Caldicott a décrit l’arsenal de terreur utilisé en Afghanistan («Atomgefahr USA. Die nukleare Aufrüstung der Supermacht.», ISBN 3-7205-2385-3). A part les armes à sous-munitions, les bombes à l’essence, les armes à l’uranium et les bunker buster, qui frappent tout d’abord la population civile, on «teste» aussi d’autres systèmes d’armes. Ce sont des armes dont les effets nous sont encore inconnus. Il faut tout de suite arrêter ces crimes de guerre meurtriers.

 


 

Chers lecteurs, chères lectrices,

Vous trouverez ci-dessous le lien vers une documentation vidéo sur le massacre de 27 enfants afghans dans la région de Helmand en Afghanistan qui a été perpétré en été 2007. Ce document nous a été transmis par le Pr Daud Miraki.

Regardez ce document vidéo et écoutez les cris des mères – ce sont aussi nos enfants …
Et rendez-vous bien compte qu‘il ne s‘agit pas d‘homicides involontaires – quasi­ment par mégarde, lors d‘une attaque contre une cible militaire: Non, chacun de ces enfants a été pris pour cible individuellement et assassiné à l‘aide de moyens technologiques militaires d‘une précision extrême lors d‘un raid aérien.

http://video.google.com/videoplay?docid=-1332529811306781463

Vous pouvez obtenir la documentation et son exposé contenant des informations sur la situation actuelle en Afghanistan sur ­disque DVD auprès de la rédaction d’Horizons et débats.

 

Mardi 19 Février 2008

 

http://www.horizons-et-debats.ch

Entretien : La politique afghane de l’Occident est un échec

 

17 février 2008 « Sous Rumsfeld et Bush, on ne voulait pas reconstruire mais contrôler l’Afghanistan. Et ce que nous voyons aujourd’hui est le résultat de cette politique : on voulait contrôler le pays à moindre coût et pour un profit maximum, mais cela ne fonctionne pas. »

Le Dr Michael Pohly, de l’Université libre de Berlin, répond aux questions de Horizons et débats, 11 février 2008

Aux dernières nouvelles, la situation en Afghanistan s’est encore détériorée. Le pays tout entier est sur le pied de guerre et il n’est plus question de reconstruction. Comment voyez-vous les choses ?

M. Pohly : La situation est très critique car les défauts de la politique sont devenus évidents. On observe une augmentation de la volonté de résistance qui vient des zones rurales. Il existe des régions entières dont le gouvernement a perdu le contrôle ou dans lesquelles il n’a jamais tenté de procéder à une sérieuse reconstruction.

Quelle est la situation des habitants ?

Cela dépend. Kaboul est maintenant une grande agglomération de trois millions et demi à quatre millions de personnes bien que la ville soit faite pour un million et demi d’habitants. Il n’existe pas de programme de retour pour ceux qui sont venus en ville. Il n’y a pas non plus de programme pour ceux qui reviennent à Kaboul ou s’y sont installés et l’emploi de même que l’approvisionnement sont un énorme problème.

D’un autre côté, on a vu apparaître des quantités de spéculateurs à Kaboul et il y a un énorme clivage entre les riches et les pauvres. Il n’existe pas de programme d’intégration sociale.

Ces défauts doivent être attribués à la politique du gouvernement afghan et également à l’Occident. Si l’on demande actuellement à l’Allemagne d’envoyer davantage de troupes, c’est dans le but d’une militarisation censée réagir contre les déficits politiques.

L’ONU a donné mission à la FIAS (Force internationale d’assistance à la sécurité) de reconstruire le pays. Qu’en est-il de cette reconstruction qui devrait profiter à la population ?

A mon avis, on constate des manques importants. On a réussi à améliorer les infrastructures des grandes villes, à créer des liaisons entre les villes. Mais c’était la tâche la plus facile. Les gouvernants n’ont pas réussi à emporter l’adhésion de la population. On ne lui a pas proposé de programme de développement pour les vingt prochaines années. Au lieu de cela, on a observé au cours des sept ­dernières années une politique de magouilles entre Karzai, entre les membres du gouvernement et les Américains. D’autre part, relativement peu de personnes participent aux décisions. Elles se négocient souvent en coulisses. Les zones rurales ont été négligées de manière impardonnable et sont maintenant perdues.

Depuis la fin de l’automne 2001, les membres du gouvernement ont été en majorité imposés de l’extérieur, ce qui constitue un gros problème. Quelles autres fautes ont été commises dans la formation du gouvernement ?

Une grave erreur a été d’intégrer les seigneurs de la guerre dans le gouvernement. Les Afghans ont ressenti cela comme une récompense pour les méfaits qu’ils ont commis au cours des 20 à 25 dernières années. La communauté internationale a ainsi perdu de sa crédibilité, perte accentuée par le fait que la FIAS a conclu des accords de trêve et de coopération avec les seigneurs de la guerre et a rendu certains d’entre eux très puissants. Or ces gens sont finalement les seuls à profiter des avantages de la « paix ».

Le renforcement des troupes demandé avec tant d’insistance par le gouvernement américain et le commandement de l’OTAN est-il à votre avis une solution aux problèmes de l’Afghanistan ?

Non, je ne crois pas. Cela augmente la militarisation de la politique qui présente déjà suffisamment de défauts et l’armée n’est pas en mesure d’y remédier.

On a négligé d’accorder une place centrale à la question de la justice. Ce que voulaient les Afghans, c’est la justice sociale. Ils voulaient que l’on demande des comptes aux seigneurs de la guerre pour les crimes ­contre l’humanité qu’ils avaient commis et qu’ils n’occupent plus de postes à responsabilité. C’est la moindre des choses que la population attendait du processus de « démocratisation » engagé par l’Occident. Mais au lieu de cela, ils ont vu que, sous la pression des Nations Unies, du concept du représentant spécial de l’ONU pour l’Afghanistan Brahimi, ces auteurs non seulement de crimes capitaux mais de crimes contre l’humanité obtenaient en récompense des postes et des dignités.

C’est une chose dont l’Occident n’est absolument pas conscient. On pensait que les Afghans n’avaient pas ce sens de la justice, or il est très fort chez eux, quelle que soit leur origine ethnique.

Ainsi, on n’a pas créé la sécurité à l’intérieur du pays. Or sans sécurité, aucun développement n’est possible et sans développement la sécurité n’est pas possible. Ces deux éléments sont intimement liés et on les a négligés tous les deux. Il n’y a pas de sécurité parce que les forces de police que nous avons mises sur pied sont constituées d’anciens miliciens qui ont simplement changé d’uniforme et sont mal payés. Pour la population, ils représentent une menace plus importante que les bandits. Le concept de rétablissement d’une police, également celui de l’Allemagne, très beau en théorie, a échoué en pratique. Et ce que les Américains ont fait en l’espace de six semaines, c’est-à-dire nommer 30 000 policiers, n’a pas garanti la sécurité. On s’est servi de ces malheureux en en faisant des troupes paramilitaires et ce sont elles qui subissent le plus de pertes dans les combats contre les talibans.

Il n’y a pas non plus de reconstruction du système judiciaire. Il n’y a pas de règlements. L’Etat n’a toujours pas réussi à monopoliser l’usage de la force et à s’imposer vis-à-vis des seigneurs de la guerre.

Les Etats-Unis viennent de demander de manière quasi impérative des troupes euro­péennes, avant tout allemandes, pour combattre dans le Sud. Qu’en pensez-vous ?

Dès le départ, les Américains avaient un autre concept pour l’Afghanistan. Sous Rumsfeld et Bush, on ne voulait pas reconstruire mais contrôler l’Afghanistan. Et ce que nous voyons aujourd’hui est le résultat de cette politique : on voulait contrôler le pays à moindre coût et pour un profit maximum, mais cela ne fonctionne pas.

Le gouvernement allemand devrait par conséquent opposer un refus clair et net ?

Effectivement, c’est ce qu’il devrait faire car cela ne marchera pas. Ce sera un échec, comme en Irak, car on n’obtient rien par les armes.

Si nous n’obtenons pas l’adhésion de la population, nous échouerons. Prenons la question des talibans. Ils trouvent un écho certain dans la population. Voici comment cela se passe. Par exemple, deux ou trois tribus ont des différends entre elles en ce qui concerne les droits de pâture, le droit des eaux, le droit foncier, etc. Que font les talibans ? Ils vont là-bas et deviennent le parti d’une des tribus, d’un des clans parce que l’Etat est inexistant. On monte les tribus les unes contre les autres, certaines deviennent subitement fortes parce qu’elles sont soutenues par les talibans, qu’elles peuvent dominer les autres ou du moins imposer leur prétendu droit sous une forme ou une autre. Ce qui fait la force des talibans, c’est qu’ils tirent profit des différends à cause de la carence de l’Etat.

Si nous sommes conscients de cela, notre politique doit consister en autre chose qu’une « pacification militaire », c’est-à-dire une guerre contre des gens qui peuvent toujours se rabattre sur le Pakistan. Les talibans pénètrent en Afghanistan, mènent une opération puis repartent. Il est donc très difficile de les arrêter en Afghanistan à part dans quelques régions qui ont été pratiquement abandonnées par l’Etat.

Mais si l’objectif est de contrôler un pays, on n’a donc aucun véritable intérêt à le pacifier.

Exactement, c’est pourquoi on met la charrue avant les bœufs. Malheureusement, nous cédons très facilement aux désirs des Américains, y compris en ce qui concerne l’engagement dans le Sud. D’autre part, nous n’avons pas vraiment voulu adopter une position indépendante en disant par exemple : nous voulons le développement, nous nous y prenons autrement. Nous nous sommes contentés de symboles et avons suivi la politique des Etats-Unis.

Que pensent les Afghans que vous connaissez de la présence depuis des années de troupes étrangères dans leur pays ?

Maintenant, c’est différent de la fin de 2001. Leur attitude a nettement changé. Au début, jusqu’à 95% des habitants saluaient la présence des troupes qu’ils ne considéraient pas comme des troupes d’invasion. Ils espéraient qu’elles mettraient fin aux malheurs causés par les talibans, par les forces basées au Pakistan qui constituaient - et constituent toujours - la colonne vertébrale logistique et idéologique des talibans. C’est pourquoi les troupes étrangères furent considérées comme des libérateurs. C’est la différence essentielle avec l’Irak. Les gens espéraient qu’elles instaureraient la justice et la justice sociale et qu’elles mettraient à l’écart ceux qui les avaient fait souffrir au cours des trente dernières années.

Or ce ne fut pas le cas. Les Américains ont pratiqué une politique consistant en deux choses : d’une part, nous avons eu la FIAS qui a eu l’idée insensée d’instaurer un couloir de sécurité autour de Kaboul, de développer la capitale et de régir la pays à partir de là. Ce projet était totalement absurde et les Afghans n’ont pas tardé à le critiquer. D’autre part, les USA n’ont rien imaginé de mieux que de repartir à la chasse d’Al-Qaïda avec les milices qui étaient détestées.

Ce faisant, les Américains ont renforcé les forces afghanes qui étaient opposées à Kaboul si bien qu’on a eu, dans la capitale et en province, des forces qui étaient censées collaborer avec les Américains mais qui luttaient les unes contre les autres. Mais on a laissé complètement de côté les nombreux chefs de tribus désireux de reconstruire l’Afghanistan, à vrai dire uniquement pour participer au pouvoir et empocher l’argent qui allait être distribué. On a prétendu qu’ils ne comptaient pas. C’est une des raisons pour lesquelles on a perdu les régions situées au-delà de Kaboul.

Que pensent les Afghans de la poursuite de la guerre ?

Nous avons mis en garde assez tôt contre la poursuite des bombardements sur zone. Dès le début de la guerre, à l’automne 2001, et plus tard dans leur poursuite d’Al-Qaïda et des talibans, les Américains, pour protéger leurs troupes, ont bombardé massivement des fermes et d’autres objectifs civils et ces « dommages collatéraux » (pour employer un euphémisme du jargon militaire) qui dévastent les régions pachtounes nuisent considérablement aux processus sociaux.

On connaît ainsi de nombreux cas où l’occupant a bombardé des noces ou des enterrements parce qu’il pensait qu’un membre d’Al-Qaïda ou un taliban y participait et il a sacrifié 30, 120, 150 personnes pour en atteindre une seule. La nouvelle de ce genre d’opérations se répand dans la population.

Ces rassemblements ne servent pas seulement à fêter un couple ou à prendre congé d’un mort, ce sont des événements sociaux où l’on prépare l’avenir. On s’y met d’accord sur des noces, on conclut des contrats, on y règle de vieux comptes ou on se réconcilie. Ce sont des moments essentiels de la vie sociale auxquels les Américains s’attaquent par leurs bombardements. Ils interviennent dans le cycle de vie de cette société et on ne leur pardonne pas.

Il y a eu de véritables massacres, par ­exemple à Helmand.

C’est à pleurer. Ce crime a été étouffé. Je pense également au général Abdul Rashid Dostum, ce grand criminel de guerre qui a 30 000 à 40 000 morts sur la conscience. Il est maintenant ministre de la Défense. Après 1945, l’Allemagne a au moins tenté d’assumer ses crimes, elle a condamné certains des principaux responsables. En Afghanistan, cela n’a absolument pas été fait.

J’ai moi-même enquêté sur plusieurs cas et envoyé ma documentation aux Nations Unies et au gouvernement Karzai. Il s’agissait d’hommes qui voulaient se porter candidats à la Jirga ou l’avaient déjà fait qui ont ensuite été menacés par des membres du gouvernement qui ont donné l’ordre de les tuer parce qu’ils étaient devenus trop dangereux pour le pouvoir. L’Occident n’a jamais voulu s’occuper de ces affaires.

Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui se sont rendu compte qu’ils pouvaient continuer d’agir comme jusqu’ici - et maintenant même avec l’aide de l’Occident - qu’ils pouvaient enfin s’installer. Et c’est ça qui a provoqué cette profonde déception chez les Afghans. C’est pourquoi ils laissent faire les talibans sans pourtant leur être favorables.

Avez-vous une idée de ce que pourrait être un concept de paix pour l’Afghanistan ?

Oui, je crois. Nous avions soumis plusieurs propositions au gouvernement fédéral que nous avions développées en collaboration avec les Afghans. En 2002, j’ai passé ­presque une année en Afghanistan. J’ai fait du travail de reconstruction pour la Fondation ­Friedrich-Ebert, fondation du SPD, m’occupant essentiellement du processus de démocratisation et des partis. Nous avons participé à la préparation de la Loya Jirga d’urgence, nous avons poursuivi des projets antérieurs. Nous avions réussi à établir un réseau de jirgas tribales. Elles avaient fait de nombreuses propositions sensées.

La première demande fut celle-ci : « Rendez-vous dans les territoires extérieurs aux centres urbains et formez des gens qui n’ont pas de passé criminel. » Il y avait 46 jirgas indépendantes et nous avons travaillé avec 42 d’entre elles. On nous a dit : « Allez dans les grandes villes et formez-y des policiers et des soldats et abandonnez-nous la lutte. Nous savons qui a fait quoi. Nous savons où sont les gens, s’ils sont animés d’un esprit positif ou négatif. Donnez-nous la possibilité de nous défendre. »

J’ai fait des estimations et en ai discuté avec des gens de la FIAS. Il aurait fallu un contingent de 550 hommes pour chaque grande ville (Kandahar, Herat, Mazar-e ­Charif, Jalalabad, Bamina, Khost et éventuellement Pul-e Khumri) plus des instructeurs. Pourtant nous avons complètement perdu notre temps. L’expérience a été un échec. Nous aurions dû tout de suite prendre contact avec les tribus, avec des gens sans passé criminel, mettre sur pied une nouvelle armée, une nouvelle police. Nous aurions dû travailler simultanément à partir des régions et à partir du centre et ensuite avec les projets de développement. Ç’aurait été une solution raisonnable.

L’Occident n’aurait pas vécu la situation actuelle où des troupes étrangères se battent contre les talibans à la frontière. Ce sont les Afghans qui aurait fait ce travail. Ils le feraient encore aujourd’hui.

Au lieu de cela, on a nommé ministre de la Défense un des pires seigneurs de la guerre, Mohammed Fahim. Mais aussi bien les Pachtounes que les Hazara ont refusé d’envoyer des jeunes hommes servir sous ses ordres. Ils ont dit : « Nous ne mettrons aucun d’entre nous à la disposition d’un homme au passé aussi chargé. »

C’est également un problème du processus de Petersberg. Si ç’avait été une région sous mandat des Nations Unies, les choses auraient été plus faciles. Nous aurions été plus crédibles. Mais au lieu de cela, les Américains ont placé Karzai et chacun sait qu’il pratique une politique par procuration.

En intégrant des Afghans au passé vierge, qui avaient exercé des responsabilités auparavant, donc des gens vraiment formés et pas seulement des seigneurs de la guerre, on aurait pu construire une base solide, mais cela a été balayé d’un revers de main : Nous nous concentrons sur Kaboul. Nous n’allons pas dans les provinces. On constate aujourd’hui le résultat de cette politique.

Mais ce n’était pas ce que voulaient les politiques.

Non, parce qu’on voulait tout contrôler. On ne voulait pas reconstruire le pays, on ne voulait pas qu’il soit indépendant. On ne voulait ni la reconstruction ni l’autonomie. On parlait certes d’autonomie mais toutes les décisions ont été prises pas les Nations Unies, les Américains et Karzai. La population a été tenue à l’écart. On s’en est rendu compte dans les faits, par exemple à propos de la Constitution. Les gens voulaient en débattre. A ­l’époque, j’étais dans le pays, dans les provinces, dans le Sud. J’ai parlé avec les gens. Ils ne savaient pas de quoi discuter. Ç’aurait été un des moyens de susciter une envie de renouveau selon le principe « nous élaborons ensemble une Constitution ».

Or la Constitution leur a été imposée. C’est un mélange de droit occidental, de droit traditionnel et de dispositions dirigées contre certaines personnes. C’est un conglomérat désastreux.

 

Le Dr Michael Pohly est médecin et ethnologue. Il travaille à l’Institut d’études iraniennes de l’Université libre de Berlin. Différents partis et institutions publiques le consultent comme expert et il est conseiller des ministères des Affaires étrangères et de la Coopération économique. Il a signé de nom­breuses publications sur l’Afghanistan.


 

Publication originale Horizon et Débats

Illustration : Artilleurs américains en Afghanistan - ( Ndlr : cette image présente une similitude frappante avec la scène d’« Au coeur des ténèbres » de Joseph Conrad, où une canonnière longeant les côtes d’Afrique pilonne absurdement une jungle impénétrable. )

 

Bush demande instamment de l’aide à la France

Par Paul Craig Roberts, le 11 février 2008

​​​​« Nous soutenons les troupes ! » C’est l’excuse donnée par les Démocrates pour la poursuite du financement de l’agression de Bush en Iraq et en Afghanistan. Mais, bien entendu, le financement de la guerre ne soutient pas les troupes. Le financement de la guerre soutient une machine malfaisante qui mâche et recrache la vie et le bien-être des soldats, ainsi que celle de centaines de milliers d’irakiens et d’afghans, hommes, femmes et enfants. Le financement de la guerre soutient l’agression de Bush en Irak et en Afghanistan et les efforts qu’il continue à déployer pour s’emparer de ces deux pays afin de les transformer en États fantoches.

​​​​Les sondages montrent que la majorité des militaires et leurs familles ne soutiennent pas l’agression de Bush. Le fait que la campagne à l’investiture présidentielle républicaine de Ron Paul ait reçu la part du lion des contributions provenant des familles de militaires, souligne aussi le grand fossé entre les troupes et ceux qui voudraient les « soutenir » en les maintenant en Irak et en Afghanistan. Ce que signifient vraiment tous ces autocollants à l’arrière des quatre-quatre, qui proclament « soutenir les troupes, » est le soutien aux guerres d’agression de Bush contre les Musulmans.

​​​​Selon le Washington Post (9 février 2008), les 3,1 billions de dollars (*) du budget fédéral de Bush ne financent pas sa proposition, faite lors de son discours sur l’État de l’Union, d’autoriser les militaires à virer leurs allocations d’études inutilisées aux membres de leur famille. Bush a reçu des applaudissements pour son speech télédiffusé dans tout le pays, mais son budget ne prévoit pas d’argent pour les militaires et leurs familles.


Bush hilare lors du discours sur l’État de l’Union


​ ​​Les analystes du gouvernement calculent que le coût des prestations d’éducation serait de l’ordre de un à deux milliards de dollars par an, le coût du financement de deux jours de guerre.

​​​​Le seul argent que Bush et le Congrès veulent donner aux troupes est le nécessaire à leur maintien en état de guerre. Tout le monde a lu les histoires d’horreur du manque de soin aux soldats revenus d’Iraq blessés physiquement et sur le plan émotionnel.

​​​​En revanche, pour financer sa guerre, Bush et le Congrès ont déjà dépensé en frais et coûts futurs au moins 1.000 milliards de dollars. Tout Étasunien peut dresser une liste d’usages préférables pour cette immense fortune, qui fait sauter l’infrastructure d’un pays et tue ses citoyens par centaines de milliers.

​​​​Rien de bon n’a été accompli dans les invasions de Bush en Irak et en l’Afghanistan. En 2002, six mois avant l’invasion de l’Irak le 18 mars 2003, il était évident pour tous ceux qui ont un brin de raison, que ce serait une grossière bévue stratégique. William S. Lind, moi-même et d’autres, avons fait cette prévision en octobre 2002. Trois ans plus tard, le lieutenant gén&