Lorsque les spécialistes de la guerre ont « développé l’expertise» , Obama a retourné sa veste

Si les escadrons de la mort formés par la SOA (voir  le récent article de ReOpenNews) étaient destinés à l’action sur le continent sud américain, les mêmes commanditaires, c’est à dire le gouvernement américain, lancent leur Force Spéciale ailleurs dans le monde, là où la soumission des population se fait urgente. Visé cette fois, l’Afghanistan. Le Président B. Obama, vient de cautionner la création d’une nouvelle équipe aux pouvoirs exceptionnels afin de remplacer les incapables qui n’ont su imposer l’hégémonie U.S. dans la région.

"Les Afghans sont au centre de notre mission, ils sont même l’essence de notre mission en réalité, nous devons les protéger de toute violence, quelle qu’en soit la nature." Et : "2009 sera une année cruciale pour la coalition (internationale) et, même si nous agirons avec précaution, nous le ferons sans peur." (Citations  du Général Mcchrystal lors de la cérémonie de passation de pouvoir au QG de la Force Internationale d’assitance à la sécurité (ISAF) de l’OTAN à Kaboul, reprises par levif.be).

Quant à M. Gates, le secrétaire à la Défense du gouvernement Obama,  il n’annonce rien de moins qu’ un bain de sang. Si l’on est loin d’en avoir terminé avec la politique de la terreur instiguée par Bush et Cheney, l’image pacifiste du Président Obama est définitivement balayée.
 


L’empreinte américaine en Afghanistan

Source : LE DEVOIR.com

Marie-Christine Bonzom, Édition du samedi 16 et du dimanche 17 mai 2009 

Le nouveau commandement militaire mis en place par Barack Obama devra appliquer la même tactique que celle utilisée en Irak depuis un an

Barack Obama marque la guerre en Afghanistan de son empreinte. Après avoir annoncé des renforts, il vient de remplacer le général qui commande les troupes américaines et celles des autres pays de l’OTAN. Mais le général qui va désormais diriger la guerre est controversé et la stratégie qu’il va employer inquiète les sympathisants de M. Obama aux États-Unis.

Washington — Le limogeage d’un général qui commande les troupes américaines en temps de guerre est une mesure exceptionnelle. Le départ d’Afghanistan du général David McKiernan (1) est ainsi la première démission forcée d’un commandant depuis celle de Douglas McArthur (2), qui fut «démissionné» par le président Harry Truman en 1951, en pleine guerre de Corée.

«L’exécution de notre nouvelle stratégie en Afghanistan exige un nouveau commandement militaire», explique le porte-parole de la Maison-Blanche. Cette nouvelle stratégie avait pourtant été réclamée dès l’an dernier par M. McKiernan, un général qui s’est illustré en dirigeant l’armée de terre durant l’invasion de l’Irak. Elle se traduira, notamment, par l’arrivée en Afghanistan d’ici l’été de 21 000 soldats qui porteront le contingent américain à 68 000 hommes.

Le nouveau commandant, qui, comme M. McKiernan, supervisera aussi bien les troupes américaines que les 33 000 hommes des autres pays de l’OTAN, y compris les Canadiens, est le général Stanley McChrystal (3), un Béret vert qui a emmené les forces spéciales (4) contre al-Qaïda en Irak entre 2003 et 2008.

À Washington, M. McChrystal est jugé moins «traditionnel» que son prédécesseur. Proche de David Petraeus, ancien commandant en chef en Irak et désormais commandant de toutes les forces américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale, il est considéré comme l’un des membres d’une nouvelle vague militaire, celle d’un Pentagone focalisé, non plus sur les conflits entre États, mais sur les conflits «asymétriques» (5) dans lesquels un État est confronté à un mouvement rebelle ou une insurrection populaire.

«Les guerriers non traditionnels comme McChrystal sont ceux qui s’élèvent désormais aux postes de responsabilité, mais il y a un risque énorme à s’appuyer sur eux parce qu’ils incarnent l’acceptation de cette idée selon laquelle la guerre asymétrique est la voie de l’avenir ainsi que le refus d’examiner les implications de cette approche», indique au Devoir le colonel Andrew Bacevich, professeur de relations internationales à l’Université de Boston, auteur d’ouvrages sur le militarisme et l’impérialisme américains et l’un des principaux détracteurs des guerres d’Irak et d’Afghanistan aux États-Unis.

La méthode irakienne

La mission du général McChrystal sera d’appliquer les tactiques américaines utilisées depuis un an en Irak pour contrer la résurgence des talibans et d’al-Qaïda en Afghanistan. En particulier, l’intégration d’anciens rebelles dans des milices financées par les États-Unis et les opérations-commandos visant à assassiner des responsables des talibans ou du réseau d’Oussama ben Laden.

M. McChrystal a commandé une unité secrète en Irak à laquelle a été attribué l’assassinat d’Abou Moussab Al-Zarqaoui (6), chef du réseau Ben Laden en Irak. Mais les techniques employées par ses hommes sont controversées. Son unité d’élite, composée de 1000 hommes des forces spéciales, s’est distinguée par sa brutalité lors d’interrogatoires de prisonniers,(7) si bien que cinq officiers du général furent inculpés de sévices et que le Sénat prit la mesure inhabituelle de retarder la nomination de M. McChrystal auprès de l’état-major interarmes en mai 2008.

Entre le nouveau commandant et la nouvelle stratégie, les sympathisants de Barack Obama sont mal à l’aise. Le magazine de gauche The Nation voit ainsi dans la nouvelle stratégie une «escalade» et dans la guerre en Afghanistan «un bourbier de plus en plus profond». Le site Internet Slate écrit que «le limogeage de McKiernan signale un changement radical dans la stratégie des États-Unis et signifie que la guerre en Afghanistan devient, sans équivoque, la guerre d’Obama».

Pour sa part, George McGovern, opposant de la guerre du Vietnam et candidat démocrate malheureux à la présidence en 1972, met en garde Barack Obama contre les «pièges de la guerre» et l’exhorte à ne pas oublier les réformes urgentes qui s’imposent aux États-Unis mêmes. Quant au député démocrate du Massachusetts, Jim McGovern (pas de parenté avec le précédent), il se dit «fatigué de ces guerres sans fin, sans stratégie claire et sans plan de sortie».

La déclaration la plus importante de Barack Obama (8) pendant la campagne présidentielle fut sans doute celle dans laquelle il promit de «mettre fin, non seulement à la guerre en Irak, mais aussi à la mentalité qui nous a donné la guerre en Irak». Mais Andrew Bacevich (9), qui a voté pour lui en novembre, déplore le fait qu’«Obama n’a rien fait jusqu’à présent pour mettre un terme à cette mentalité».

«Obama ne fait pas partie du complexe militaro-industriel stigmatisé par Eisenhower (10), mais il ne le défie en rien», poursuit cet ancien du Vietnam qui prône le retrait des États-Unis et de l’OTAN d’Afghanistan, l’abandon de toute velléité de doter ce pays d’un gouvernement centralisé et la «sous-traitance» de la lutte contre les talibans et al-Qaïda à des «seigneurs de guerre afghans que les pays occidentaux paieraient pour cela».
 


 Renvois (par ReOpenNews)

(1) Le Général David Mckiernan
(2) Le Général Douglas McArthur
(3) Le Général Stanley McChrystal
(4) Special Forces ou les Forces Spéciales et Bérets Verts
(5)
Guerre asymétrique et droit international
(6) Moussab Al Zarkaoui
(7) McChrystal et la torture
(8) Obama réafirme son intention de mettre fin à la guerre
(9) Andrew Bacevich : professeur de relations internationales à l’Université de Boston
(10) Video du discour de D. Eisenhower contre le complexe militaro industriel
 


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Afghanistan – Pakistan: Le trou noir de l’Empire

 Pourquoi Bush est allé en Afghanistan. Pourquoi Obama y va aussi. Les routes du gaz et du pétrole. Les causes de la remontée des Talibans et de l’effondrement de Karzaï. Qui profite de l’opium ? Pourquoi le Pakistan voisin risque d’éclater.

Interview de Mohamed Hassan, spécialiste du Moyen-Orient par Grégoire Lalieu et Michel Collon

 

Est-il possible de gagner la guerre en Afghanistan? Non, répondent les experts. Pourtant, l’Otan poursuit ses efforts pour venir à bout des Talibans et c’est le Pakistan qui s’embrase. Quelles sont les véritables raisons de cette guerre ? Les visées hégémoniques des Etats-Unis plongeront-elles la région dans le chaos ? Dans ce nouveau chapitre de notre série « Comprendre le monde musulman », Mohamed Hassan répond à ces questions. Et il nous explique pourquoi c’est au peuple du Pakistan de sauver son pays d’une possible disparition…

En 2001, les Etats-Unis lançaient l’opération « Enduring Freedom » en Afghanistan car, selon eux, les Talibans refusaient de céder Oussama Ben Laden. Sept ans plus tard, plus personne ne parle de l’ennemi public numéro un. Quelles sont les raisons de cette guerre aujourd’hui?

Tout d’abord, vous devez considérer que les Talibans n’ont rien à voir avec Oussama Ben Laden. En 1996, Ben Laden, renvoyé d’Arabie Saoudite, trouvait refuge au Soudan. Les Saoudiens firent alors pression sur ce pays pour qu’il expulse le célèbre terroriste. C’est à ce moment que Ben Laden est venu en Afghanistan. Mais les attentats du 11 septembre n’avaient aucun rapport avec ce pays. Il y a juste cette réaction des Talibans lorsque Washington réclama Ben Laden : « Si vous voulez que Ben Laden soit jugé, donnez-nous les preuves et laissons-le juger par une cour islamique dans quelque pays musulman que ce soit ». En fait, les néoconservateurs de l’administration Bush ont surtout utilisé cet événement tragique comme un alibi.

Avec quelles intentions?

Trois ouvrages majeurs nous permettent de comprendre les racines de la vision des Etats-Unis. D’abord, La fin de l’Histoire de Francis Fukuyama. Il prétendait que l’Histoire de l’humanité était arrivée à son terme avec l’effondrement de l’Union soviétique et la domination de la démocratie libérale. Ensuite, Le choc des civilisations, de Samuel Huntington. Selon qui l’Histoire ne dépendrait pas de la lutte des classes mais plutôt d’un conflit entre civilisations. Huntington a donc divisé le monde entre ces différentes civilisations, décrétant que la plus agressive serait l’islamique. Le dernier ouvrage, Le grand échiquier de Zbigniew Brzezinski, considère que celui qui dominera l’Eurasie sera l’unique puissance du 21ème siècle. En effet, la majorité de l’humanité vit dans cette zone et l’activité économique y devient plus importante.
A présent, retournons à la fin de l’administration Clinton. L’année 1997 a été marquée par une sérieuse crise économique : avec l’éclatement de la bulle financière en Asie, le NASDAQ s’est effondré. Lorsque les néoconservateurs ont débarqué à la Maison Blanche avec Georges W. Bush en 2001, la situation économique n’était donc pas brillante. Malgré quoi, ils ont exposé leur objectif très clairement : personne ne doit être capable de rivaliser avec les Etats-Unis. Pour y arriver, la nouvelle administration cherchait à contrôler le monde en contrôlant les ressources les plus importantes, essentiellement le gaz et le pétrole.
Sous l’influence de Brzezinski, Clinton voulait d’abord dominer l’Europe en élargissant l’Otan, et ensuite gagner l’Asie Centrale. Mais les néoconservateurs ont dit : « Non, nous n’avons pas le temps pour cela. Vu cette crise, nous devons créer et contrôler le Grand Moyen-Orient pour disposer du pétrole ». On sent ce changement dans le discours de Bush après les attentats du 11 septembre lorsqu’il dit : « Vous êtes avec nous ou contre nous ». Avec sa conception de l’Axe du Mal, il voulait élargir la guerre.
La guerre d’Afghanistan – qui pour la première fois dans l’Histoire a été planifiée par la CIA sans la collaboration du Pentagone – n’était donc qu’un prétexte pour entraîner les troupes US et leur donner l’expérience nécessaire pour ensuite attaquer l’Irak. Vous devez savoir que le renversement de Saddam Hussein était planifié bien avant les attentats du 11 septembre. 

Obama veut incarner le changement. Pourquoi concentre-t-il les efforts militaires en Afghanistan au lieu de l’Irak ?

D’abord, la guerre en Irak a soulevé des difficultés non prévues. Le gouvernement US pensait que c’était la cible la plus facile, car Saddam Hussein ne disposait pas d’une grande armée et une large partie de la population irakienne détestait son régime. Il n’aura fallu que quelques jours, du 20 mars au 10 avril 2003, pour que les Etats-Unis prennent Bagdad. Ensuite, ils ont uniquement protégé l’industrie pétrolière et laissé tout le reste exploser. Paul Bremer, le gouverneur US d’Irak, a détruit les bases de l’ancien régime irakien, démobilisé la police et la structure de l’armée. A ce moment, la résistance a augmenté, et aussi le coût de l’occupation US : huit milliards de dollars chaque mois, (auxquels vous pouviez ajouter un milliard et demi pour l’Afghanistan) ! Durant huit ans, l’administration néoconservatrice a dépensé tout son argent dans cette guerre, sans aucun résultat : ils ne sont parvenus ni à pacifier le pays, ni à créer le gouvernement qu’ils voulaient, ni à obtenir une base populaire, ni à contrôler le pétrole.
Lorsque la résistance irakienne a révélé la faiblesse de l’impérialisme US et son incapacité à remporter le conflit, le peuple des Etats-Unis est devenu plus attentif sur le plan politique. Le manque de soutien de l’opinion publique pour cette guerre a donc aussi poussé Obama à ce changement. D’autant que sur la scène internationale, cette guerre ne faisait pas l’unanimité : la France, l’Allemagne et d’autres pays ont refusé de partir en Irak. Bref, la décision d’Obama est aussi un moyen de maintenir l’alliance de l’Otan. Mais une défaite en Afghanistan pourrait marquer la fin de celle-ci.

Les Talibans n’ont pas toujours été les ennemis des Etats-Unis. L’ancienne secrétaire d’Etat US Madeleine Albright avait salué leur arrivée au pouvoir en 1996 comme un « pas positif ». Il semble même que ce pas ait été encouragé. Ce que l’ancienne ministre pakistanaise Benazir Bhutto résumait ainsi : « L’idée était anglaise, le financement saoudien, la supervision pakistanaise et l’armement américain ».  

A la fin des années 70, les Soviétiques vinrent en Afghanistan pour soutenir le gouvernement révolutionnaire menacé par des combats internes. Brzezinski, conseiller du président Carter, entreprit de faire de l’Afghanistan le Vietnam des Soviétiques pour porter ainsi un coup fatal à l’influence du socialisme dans la région. Pour combattre l’Union Soviétique et le gouvernement révolutionnaire d’Afghanistan, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite soutinrent donc les moudjahidines par l’intermédiaire du Pakistan. Quand l’Armée rouge quitta l’Afghanistan en 1989, les Etats-Unis savaient que les Soviétiques traversaient une sérieuse crise. Ayant atteint leur but, ils se lavèrent les mains et quittèrent la région qui se trouva plongée dans le chaos. En fait, Washington a utilisé les moudjahidines comme un préservatif : quand ils n’étaient plus d’aucune utilité, ils les ont jetés. Qui en a souffert ? Les peuples d’Afghanistan et du Pakistan.
En effet, lorsque les services secrets pakistanais ont soutenu les moudjahidines pour combattre les communistes, ils n’ont pas unifié ce mouvement, mais ont soutenu chaque seigneur de guerre séparément. Une fois les Etats-Unis partis, une sévère compétition a opposé les seigneurs de guerre afghans. Le pays a été totalement détruit par cette guerre civile. Des millions de réfugiés ont fui vers le Pakistan, alors touché lui-même par une grave crise, son économie déclinant avec l’arrivée de nombreux Afghans et barons de la drogue.
Dans ce contexte, apparurent les Talibans, des étudiants issus de la plus jeune génération de ces réfugiés. Leur arrivée au pouvoir offrait une opportunité aux Etats-Unis et au Pakistan. Mais en fait, ces trois acteurs avaient chacun des intérêts très différents.

C’est-à-dire ?

Le Pakistan, lorsque les pays d’Asie centrale sont devenus indépendants, a réalisé que son principal ennemi, l’Inde, était fort, alors que lui-même se trouvait en position délicate. La bourgeoisie pakistanaise décida, pour se développer économiquement et concurrencer l’Inde, d’utiliser l’Afghanistan comme porte d’accès aux marchés d’Asie centrale. Elle favorisa donc l’accès au pouvoir des Talibans en Afghanistan.
L’intérêt des Etats-Unis était de contrôler et dominer les richesses d’Asie centrale. La compagnie pétrolière US Unocal voulait construire un pipeline dans la région. Mais pour cela, il fallait que l’Afghanistan soit pacifié.
Enfin, l’intérêt des Talibans était de pacifier le pays et d’instaurer une révolution islamique. Ce qui rencontrait les intérêts de l’Arabie Saoudite qui souhaitait exporter l’idéologie islamique en Asie centrale, afin d’affaiblir la Russie et de contrôler le gaz dans cette région.
Appuyés donc par des puissances étrangères, les Talibans ont combattu les seigneurs de guerre et pris le pouvoir. Fatigué, le peuple d’Afghanistan voulait la paix. Les Talibans furent bien accueillis.

Finalement, ce plan n’a pas marché : les Etats-Unis n’ont pas réussi à pacifier la région, le Pakistan n’a pu s’ouvrir un accès au marché de l’Asie centrale et les Talibans ont été renversés. Pourquoi ?

L’Afghanistan comporte différents groupes ethniques. Le plus représenté est celui des Pachtounes : presque 50% de la population. Ensuite, il y a les Tadjiks, les Hazaras et les Kazakhs autour desquels la rivalité entre les seigneurs de guerre s’articule. Enfin, il y a d’autres minorités. Les Talibans sont Pachtounes. Un trait caractéristique de ce groupe est qu’ils sont très indépendants ! Les Etats-Unis et le Pakistan voulaient les utiliser comme des mercenaires, mais les Talibans avaient leur propre vision des choses. De plus, les Pachtounes ne reconnaissent pas la frontière séparant Afghanistan et Pakistan.

Pourquoi ?

Retournons au 19ème siècle, quand l’Inde était la précieuse colonie de l’Empire britannique, qu’inquiétait l’expansion des Russes en Asie centrale. Pour protéger leur colonie, les Britanniques souhaitaient utiliser l’Afghanistan. Cela a débouché sur trois guerres anglo-afghanes. Ce qui nous intéresse particulièrement est un résultat de la seconde guerre : en 1893, le gouverneur d’Inde, Sir Durand, traça une ligne dans le territoire pachtoune, afin de protéger sa colonie en créant une zone tampon entre l’Afghanistan et l’Inde britannique. Cette ligne est la frontière actuelle entre l’Afghanistan et le Pakistan. C’est pourquoi beaucoup de Pachtounes ne reconnaissent pas l’existence du Pakistan. Quand ce pays est devenu indépendant, le seul membre à voter contre son entrée aux Nations Unies était l’Afghanistan !
Il était donc clair que les Talibans, lorsqu’ils auraient pris le pouvoir, ne se soumettraient pas à ces intérêts étrangers. En mai 2001, six mois avant l’attaque du World Trade Center, Washington allouait sans aucun résultat une subvention de 43 millions de dollars au régime taliban dans le cadre du projet de pipeline d’Unocal. Mais avec le 11 septembre, tout le programme tomba à l’eau.

Les forces de la coalition ont facilement renversé le régime taliban mais n’ont pas réussi à prendre le contrôle du pays. Pourquoi ?

Tout d’abord, l’actuel gouvernement d’Afghanistan n’est pas reconnu par les Pachtounes. Quand les Talibans ont été renversés, les Etats-Unis ont placé Hamid Karzai comme président. Karzai, qui a travaillé pour Unocal, est un Pachtoune mais il n’a pas de base sociale en Afghanistan. En fait, les Pachtounes, premier groupe ethnique du pays, ne sont pas vraiment représentés dans ce gouvernement. Il y a juste quelques marionnettes de Washington sans aucune légitimité auprès de la population. Au départ, les Etats-Unis essayèrent bien d’acheter des Pachtounes représentatifs pour participer au gouvernement, mais ceux-ci ont pris l’argent et se sont tirés : comme je l’ai dit, les Pachtounes sont très indépendants !

Deuxièmement, les seigneurs de guerre présents au gouvernement travaillent chacun dans leur propre intérêt. Ils ne paient pas de taxes au gouvernement central, mais s’approprient les richesses. Chaque ministère est le ministère indépendant d’un seigneur de guerre. Une situation chaotique qui paralyse le gouvernement.
Troisièmement, les seigneurs de guerre ne font pas confiance aux Pachtounes. Ils pensent que si ces derniers prennent la majorité au gouvernement, ils imposeront leur vision. Bref, c’est un gouvernement où tout le monde est contre tout le monde. Tous les films que l’Occident s’est faits, ça ne marche absolument pas !
Enfin, nous pouvons dire également que les forces de l’Otan n’aident pas Hamid Karzai dans son travail en bombardant des paysans dans leurs fermes, dans les mosquées, à des mariages ou à des funérailles… L’actuel gouvernement est perçu par une grosse partie de la population comme un instrument de l’agresseur. Tous ces meurtres ont créé un soulèvement populaire et unifié la résistance des Talibans.

Conséquence de cette guerre, la production d’opium a augmenté : plus de 3.000% depuis la chute du régime taliban. Le département d’Etat US a accusé les Talibans d’utiliser la drogue pour financer la résistance…
L’opium est un produit chimique provenant du pavot. Quand la fleur de pavot éclot, vous la coupez, collectez le lait qui en coule et le vendez. C’est ce que font les paysans afghans. Ensuite, des personnes assèchent ce lait, le travaillent dans une machine en ajoutant des produits chimiques pour finalement obtenir de l’opium. Pour produire cette drogue, vous avez besoin d’un laboratoire et de connaissances en chimie. Je ne pense pas que les paysans afghans détiennent tous un diplôme de chimiste. Si c’était le cas, l’Afghanistan serait un pays très développé ! Pour tirer de l’argent du trafic d’opium, vous avez également besoin d’une certaine logistique pour pouvoir ramener le produit en Occident. Les Talibans n’ont rien de tout cela. En fait, l’opium provient des seigneurs de guerre, avec l’aide de la CIA. La plupart du temps, cette drogue vient des services secrets US qui l’utilisent comme un fonds rentable, portant la drogue dans les pays occidentaux, la vendant au prix du marché et utilisant ensuite cet argent sale pour financer leurs guerres.
En Afghanistan, la culture du pavot a commencé avec la guerre contre les Soviétiques et aujourd’hui, l’industrie de l’opium est aux mains de seigneurs de guerre. Or, pour un paysan, cultiver le pavot rapporte beaucoup plus que cultiver des tomates. Pour se constituer une base sociale, les seigneurs de guerre ont donc laissé les paysans cultiver ce qu’ils voulaient.

Par contre, lorsque les Talibans avaient pris le pouvoir dans les années 90, ils avaient brûlé les champs de pavots. Se faisant beaucoup d’ennemis au sein de la paysannerie. C’est pourquoi aujourd’hui, les Talibans n’empêchent plus les paysans de cultiver le pavot, mais interdisent la production d’opium. Ils retirent même des bénéfices grâce à la contribution financière des paysans. En fait, le gouvernement central n’a aucune possibilité de percevoir une taxe dans le Sud du pays, car tout est aux mains des Talibans. Or, un gouvernement incapable de percevoir une taxe n’est pas un gouvernement !

Beaucoup de spécialistes considèrent que la guerre en Afghanistan est impossible à gagner. Le général français Georgelin l’a même qualifiée de « merdier ingérable ». Quelles sont les difficultés rencontrées par les forces de la coalition ?  

L’OTAN tue des civils chaque jour. Dès lors, la population s’est rapprochée des Talibans. A présent, ceux-ci contrôlent le Sud du pays, avec un gouvernement de fait dans chaque village. Ils sont mélangés à la population et les forces de l’OTAN enregistrent des pertes. Du coup, dès que quelque chose de suspect bouge, les GI’s ouvrent le feu, tuant des civils par la même occasion. Donc, les Afghans font face, d’un côté, aux seigneurs de guerre impérialistes bombardant des civils et, de l’autre côté, aux seigneurs de guerre régionaux pillant le pays et vendant de la drogue. Voilà pourquoi les Talibans ont le soutien de la population. Non qu’ils aient des idées progressistes, mais elle attend d’eux qu’ils ramènent la paix dans le pays. Exactement comme ils l’ont fait en 1992.

Est-ce pour cela qu’Obama s’est dit prêt à négocier avec les Talibans modérés ?

Il essaie de protéger les Etats-Unis d’une crise qui s’est accumulée depuis les sept dernières décennies. Et c’est très difficile. Obama veut montrer qu’il n’y a pas de guerre contre les musulmans, qu’il rejette le prétendu choc des civilisations. Il s’est donc dit prêt à négocier avec les Talibans modérés. Telle est la nouvelle politique US pour de nombreux endroits du monde où il y a des mouvements musulmans : les diviser entre les bons et les méchants.
Je ne sais si ce genre de négociations pourra mettre fin au conflit. Si Washington essaie cette voie, elle devra probablement programmer une nouvelle propagande montrant les Talibans sous leur bon côté. Mais ils ont des mentalités arriérées : ils ont détruit des temples bouddhistes pour installer la révolution islamique, leurs positions contre les femmes sont primitives et leur vision du monde archaïque. D’un autre côté, pour obtenir le soutien de la population, ils ont quand même appris de leurs erreurs. J’ai évoqué la culture du pavot. Un autre exemple : contrairement à ce qu’ils avaient préconisé par le passé, les Talibans sont aujourd’hui d’accord avec le fait que les filles puissent aller à l’école. Ils ont évolué et sont plus forts pour résister. Mais ça ne veut pas forcément dire qu’ils seront ouverts pour négocier avec les Etats-Unis. Enfin, vous devez aussi tenir compte du fait que, désormais, le plus gros de la crise n’est plus en Afghanistan, mais au Pakistan.

Pourquoi la guerre afghane a-t-elle provoqué une telle crise au Pakistan ?

Comme je l’ai dit, la ligne de Durand tracée dans le territoire historique des Pachtounes est l’actuelle frontière séparant les deux pays. Ce qui veut dire que vous avez des Pachtounes des deux côtés de la frontière. Au Pakistan, ils sont le deuxième groupe ethnique après les Punjabis. C’est très important. Car l’élite pakistanaise, depuis l’indépendance du pays, a toujours soutenu l’impérialisme US. Vous pouvez travailler en tant qu’agent de votre patron quand vous accomplissez pour lui un boulot au loin, en Amérique du Sud ou en Afrique par exemple. Mais dans le cas de la guerre d’Afghanistan, c’est un suicide car les deux pays sont voisins et se partagent des groupes ethniques. 
Il y a des Talibans dans le Nord du Pakistan aussi. Chaque jour, ils attaquent et détruisent les ravitaillements des forces de la coalition supposés passer du Pakistan à l’Afghanistan par un endroit stratégique de la frontière. Pour résoudre ce problème, le gouvernement pakistanais, marionnette de Washington, autorise l’Otan à bombarder les Pachtounes sur son propre territoire. En conséquence, les Talibans pakistanais se sont développés et estiment maintenant que leur ennemi est au Pakistan. Ils ont déclaré vouloir marcher sur Islamabad.
C’est pourquoi la frontière entre les deux pays n’a plus de sens. Et le peuple pakistanais doit faire face à ce problème : où est la légitimité du gouvernement pakistanais s’il laisse l’OTAN bombarder ses propres civils ? Le peuple pakistanais a maintenant deux solutions : devenir nationaliste et refuser le diktat US ou continuer sur cette voie qui mène à la disparition de son pays.

Quelles pourraient être les conséquences de cette crise ?

La clé, c’est la stratégie des Etats-Unis pour bloquer la Chine. Quand le tsunami est survenu, Washington a envoyé une importante aide humanitaire en Indonésie. En profitant pour y construire une base militaire dans la province d’Aceh. Cette base fait face au détroit de Malacca et c’est par ce détroit que passe le pétrole provenant de l’Océan Indien et à destination de la Chine.

Aujourd’hui, les Etats-Unis sont installés à cet endroit stratégique. Au moindre problème avec la Chine, ils seront en mesure de fermer ce détroit et priver Pékin de son pétrole. Tenant compte de cette situation, le géant asiatique – qui a de plus en plus besoin de pétrole pour développer son pays – cherche d’autres voies d’acheminement. Une solution passe par la Birmanie, qui a des ressources et qui pourrait permettre un accès vers le Bangladesh.
Une autre possibilité, c’est le port de Gwandar, construit par la Chine au Baluchistan qui est la plus grande province du Pakistan : environ 48% de la superficie du pays. Mais c’est aussi la province la moins peuplée : 5% de la population totale. Cette province a d’importantes réserves de gaz et de pétrole. Pékin pourrait aussi construire un pipeline partant de l’Iran et passant par le Baluchistan avant de rejoindre la Chine occidentale. Mais les Etats-Unis veulent absolument empêcher cette province de passer dans la sphère d’influence chinoise. D’où leur soutien au mouvement séparatiste du Baluchistan, afin de prendre, eux, le contrôle du port de Gwandar.
Avec, d’un côté, le problème des Pachtounes, et, de l’autre côté, la possible sécession de sa plus grande province, le Pakistan risque une balkanisation : l’éclatement en une série de petits Etats. Aujourd’hui, le peuple pakistanais devient plus attentif. C’est à lui que revient le devoir de stopper ce désastre et de virer les Etats-Unis du Pakistan. Mais c’est aussi la responsabilité de tous les mouvements démocratiques révolutionnaires de la région. En effet, si le Pakistan connaît le même sort que la Yougoslavie, toute la région devra faire face à des très graves problèmes.

Mohamed Hassan recommande les lectures suivantes :

  • Ahmed Rashid, Taliban. Militant Islam, Oil and Fundamentalism in Central Asia, Yale University Press, 2001 (existe en français: Ahmed Rashid, L’ombre des Talibans, Autrement, 2001)
  • Antonio Giustozzi, War, Politics and Society in Afghanistan, 1978-1992, Georgetown University Press, 2000
  • Alfred W. McCoy, The Politics of Heroin in Southeast Asia. CIA complicity in the global drug trade, Harper & Row, 1972 (existe en français: Alfred W. McCoy, La politique de l’héroïne l’implication de la CIA dans le trafic de drogues, Ed. du Lézard, 1998)
  • Michel Collon, Media Lies and the Conquest of Kosovo, Unwritten History, 2007 (existe en français: Michel Collon, Monopoly, L’Otan à la conquête du monde, EPO, 2000)

Article de Michel Collon publié sur son site le 4 juin 2009

SOA, ou l’école du terrorisme à l’américaine

George Monbiot, entre autres activités, est journaliste pour le quotidien The Guardian. Choqué comme beaucoup par l’invasion de l’Afghanistan, il n’a pu s’empêcher de sortir quelques fantômes des placards pour nous rappeler que les terroristes ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Son article revient sur la création et l’évolution de la SOA, School Of  Americas – l’Ecole des Amériques -  à la réputation sulfureuse. Au point de devoir changer de nom et relisser son image : la SOA est devenue WHISC, The Western Hemisphere Institute For Security Cooperation, mais sa vocation première reste inchangée et l’école recrute toujours.


 

Les coulisses du terrorisme.

Les États-Unis entraînent depuis des années des terroristes dans un camp en Georgie – ceci est toujours d’actualité

Par George Monbiot pour The Guardian, le 30 octobre 2001

" Si des gouvernements, quels qu’ils  soient, sponsorisent les hors-la-loi et les tueurs d’innocents," a déclaré George Bush le jour où il a commencé à bombarder l’Afghanistan, "ils deviennent eux-mêmes des hors-la-loi et des assassins. Ils prendront cette voie solitaire à leur propre péril." Je suis content qu’il ait dit " des gouvernements quels qu’ils soient", car il y en a un qui, bien qu’il ne soit pas encore identifié comme sponsor du terrorisme, requiert d’urgence son attention.

Depuis 55 ans, il existe un camp d’entraînement dont les victimes dépassent massivement le nombre de personnes tuées par les attentats de New York, les explosions à l’ambassade et autres atrocités attribuées, à tort ou à raison, à al Qaida. Le camp s’appelle The Western Hemisphere Institute for Security Cooperation, ou le WHISC. (NDT : Institut  de l’Hemisphère Occidental pour la Coopération Sécuritaire). Ce camp est basé à Fort Benning, en Georgie; il a été financé par le gouvernement Bush.

Jusqu’au mois de juin de cette année, le Whisc était surnommé  "The School of the Americas" ou SOA. (NDT : "l’Ecole des Amériques" ou SOA). Depuis 1946, la SOA a entraîné plus de 60 000 soldats et policiers latino-américains. Parmi ses gradés se trouvent les tortionnaires, les meurtriers de masse, les dictateurs et les terroristes d’État les plus célèbres du continent. Comme des centaines de pages de documentation compilées par le groupe de pression SOA Watch Now l’attestent, l’Amérique latine a été dépecée par ses anciens élèves.

Au mois de juin de cette année, le colonel Byron Lima Estrada, alors qu’il était étudiant à l’Ecole, a été condamné à Guatemala City pour le meurtre de l’évêque Juan Gerardi en 1998.  Gerardi fut assassiné car il avait apporté son aide à la rédaction d’un rapport sur les atrocités commises par le D-2, l’agence des services secrets militaires dirigée par Lima Estrada avec l’aide de deux gradés de la SOA, de Guatemala City. Le D-2 avait coordonné "la campagne anti-insurrectionnelle" qui avait anéanti 448 villages indiens Mayas, assassinant 10 000 personnes. 14% des ministres du cabinet qui ont travaillé au service des régimes génocidaires de Lucas Garcia, Rios Montt et Mejia Victores, ont fait leurs études à l’Ecole des Amériques.

En 1993, la Commission des Nations Unies pour la vérité sur le Salvador a désigné les officiers de l’armée ayant commis les pires atrocités durant la guerre civile. Les deux tiers d’entre eux avaient été entraînés à L’Ecole des Amériques. Parmi eux se trouvaient Roberto d’Aubuisson, le chef de l’escadron de la mort du Salvador, les hommes qui avaient tué l’archevêque Oscar Romero, ainsi que 19 des 26 soldats qui avaient assassiné les prêtres jésuites en 1989. Au Chili, les gradés de l’Ecole avaient fait partie  à la fois de la police secrète d’Augusto Pinochet et de ses trois principaux camps de concentration. L’un d’entre eux a participé à l’assassinat d’Orlando Letelier et de Ronni Moffit à Washington en 1976.

Les dictateurs de l’Argentine, Roberto Viola et Leopoldo Galtieri, ceux du Pananma, Manuel Noriega et Omar Torrijos, celui du Pérou, Juan Velasco Alvarado et celui de l’Equateur, Guillermo Rodriguez, ont tous bénéficié des enseignements de l’Ecole. De même pour le chef de l’escadron de la mort de "Grupo Colina" (Groupe de la Colline) à Fujimori au Pérou, pour quatre des cinq officiers qui dirigeaient l’infâme Battalion 3-16 au Honduras (qui y contrôlait l’escadron de la mort dans les années 80) et pour le commandant responsable du massacre de Ocosngo à Mexico en 1994.

Tout ceci est de l’histoire ancienne, insistent les défenseurs de l’Ecole. Mais les diplômés de la SOA sont également impliqués dans la sale guerre menée en Colombie avec l’aide des États-Unis. En 1999, le rapport du Département d’État américain concernant les droits de l’homme mentionnaient les noms de deux gradés de la SOA comme étant les assassins d’Alex Lopera, membre de la Commission pour la Paix. L’an dernier, Human Rights Watch révéla que 7 anciens élèves y dirigent des groupes paramilitaires et qu’ils ont commandité des enlèvements, des disparitions, des meurtres et des massacres. Au mois de février de cette année, un gradé de la SOA en Colombie a été déclaré coupable de complicité de torture et du meurtre de 30 paysans par des paramilitaires. L’Ecole attire actuellement la plupart de ses étudiant de Colombie – plus que d’autres pays.

Le FBI définit le terrorisme comme "des actes violents…dans l’intention d’intimider ou d’exercer des pressions sur une population civile, d’influencer la politique d’un gouvernement ou d’affecter la conduite d’un gouvernement", ce qui est la description précise des activités des diplômés de la SOA. Mais comment peut-on s’assurer que leur alma mater (l’école qui a dispensé l’enseignement suivi) a participé à cela ? Eh bien, en 1996, le gouvernement américain a été obligé d’éditer 7 des manuels d’entraînement de l’école. Entre autres conseils pour terroristes, on recommandait le chantage, la torture, l’exécution et l’arrestation des parents de témoins.

L’an dernier, en partie grâce à la campagne dirigée par SOA Watch, plusieurs députés ont tenté de fermer l’Ecole. Ils ont été battus par 10 voix. Au lieu de cela, la Chambre des Représentants a voté pour sa fermeture et l’a immédiatement rouverte sous un autre nom. Donc, tout comme Windscale est devenu Sellafield avec l’espoir de l’effacer de la mémoire du public, l’Ecole des Amériques s’est lavée du passé en se renommant elle-même WHISC.  Tandis que le colonnel Mark Morgan informait le Département de la Défense  juste avant le vote au Congrès : " Certains de vos chefs nous ont dit qu’ils ne peuvent supporter tout ce qui est estampillé "Ecole des Amériques". Nous proposons ceci : elle change de nom." Paul Coverdell, le Sénateur de Géorgie qui s’était battu pour sauver l’Ecole, a dit aux journaux que ce changement était  "purement cosmétique."

Mais visitez le site web WHISC et vous verrez que l’Ecole des Amériques est tout sauf effacée des annales. Même la page "Histoire" oublie de le mentionner. Les cours au WHISC, nous dit-on,  "couvrent un large spectre de domaines en rapport, tels que la planification pour les opérations de paix, les premiers secours, les opérations civiles et militaires, l’organisation tactique et les opérations anti-drogue."

Plusieurs pages décrivent ses initiatives concernant les droits de l’homme. Mais, bien qu’elles rendent compte de la plupart de ses programmes d’entraînement, des techniques de combat et de commando, la contre insurrection et les interrogatoires ne sont pas évoqués. Ni le fait que les options "paix" et "droits de l’homme" de Whisc étaient également présentées par la SOA dans l’espoir  d’apaiser le Congrès pour préserver son budget: mais il est peu probable que les étudiants les choisissent.

On ne peut attendre de ce camp d’entraînement terroriste qu’il change de lui-même : après tout, abandonné à son propre sort pour en tirer une leçon, il refuse de reconnaître qu’il a un passé. Donc, étant donné que la preuve liant l’école à des atrocités continues en Amérique latine est plus forte que la preuve liant  les camps d’entraînement d’al-Qaida  aux attentats de New York, que devrions-nous faire de ces "acteurs maléfiques" à Fort Benning en Georgie ?

Eh bien, nous pourrions pousser nos gouvernements à appliquer toute la pression  diplomatique possible, et demander l’extradition des commandants en vue d’un jugement pour complicité de crimes contre l’humanité.
Alternativement, nous pourrions demander que nos gouvernements attaquent les Etats-Unis, qu’ils bombardent ses installations militaires, ses villes et ses aéroports dans l’espoir de renverser son gouvernement non élu et de le remplacer par une administration supervisée par les Nations Unies. S’il s’avère que cette proposition est impopulaire auprès de la population américaine, nous pourrions gagner son cœur et son esprit en lui parachutant des naans (les pains au Moyen-Orient) et du curry lyophilisé dans des sacs en plastique marqués du drapeau afghan.

Vous pouvez objecter que cette prescription est ridicule, je suis d’accord. Mais même en essayant, je ne peux faire la différence morale entre ce moyen d’action et la guerre lancée maintenant contre l’Afghanistan.
 

Traduit par Apetimedia pour ReOpenNews


A lire :

L’OTAN fin prête pour repartir en guerre en Afghanistan

Avec son nouveau Secrétaire Général, Anders Fogh Rasmussen, et après le « succès » du sommet de Strasbourg, l’OTAN est fin prête pour repartir en guerre en Afghanistan.

En liesse étroitement contrôlée et en état de siège, Strasbourg a soufflé ce week-end les 60 bougies de l’OTAN sur fond de gaz lacrymogène. Un bonheur ne venant jamais seul, l’organisation a aussi célébré le retour de la France au sein de son commandement militaire intégré. Une décision qui, à n’en point douter, donnera rapidement à notre président bien aimé, l’occasion de parader sur la scène internationale, abandonnant la gestion de la chienlit domestique, des statistiques déprimantes, des fessées aux banquiers et des plans sociaux à répétition, à ses petites mains du gouvernement.

La guerre froide n’étant plus qu’un vague sujet de baccalauréat sur lequel il est de bon goût de faire l’impasse, OTAN rime désormais avec Afghanistan ; là où, si l’on en croit les médias, se joue notre liberté chèrement acquise. L’avenir de nos retraites par répartition, de nos comptes sur livrets et la sauvegarde des recettes du fromage au lait cru que le monde entier nous envie.

Qu’on ne s’y trompe pas, si le G20 a enfin accouché de sa liste multicolore des paradis fiscaux, c’est un peu, certes, pour tempérer l’appétit des financiers cupides, mais surtout pour assécher une fois pour toutes, la production afghane de pavot, l’arme de destruction massive par excellence. Mais si…

OTAN que faire se peut

OTAN et Afghanistan : une rime riche. Tellement riche qu’elle avait, il y a quelques mois déjà, justifié l’édition très discrète d’un bréviaire à usage des communicants de l’Organisation, pour leur permettre de marteler avec conviction la version officielle de la Nouvelle Histoire du Monde Illustrée. (« Ce document est destiné à aider tous ceux qui prennent part à l’explication de la situation en Afghanistan et de la mission de Force Internationale de Sécurité et d’Assistance, et tout particulièrement ceux qui sont en contact avec les médias ».) La nouvelle bible est intitulée L’OTAN en Afghanistan – la version officielle au 6 octobre 2008. En d’autres termes, comment enfumer les peuples abrutis par la télé-réalité, via leurs nigauds de journalistes. Bakchich se l’est bien sûr procurée et l’a dévorée. Avec gourmandise.

Les mecs commencent très fort : « L’Afghanistan demeure la priorité n°1 de l’OTAN. Ce n’est pas un choix (sic) mais une nécessité. Nous sommes en Afghanistan pour longtemps, sous mandat de l’ONU et nous y resterons aussi longtemps que nécessaire et que le peuple afghan nous le demandera… » . L’ouvrage passe en revue sur un ton résolument martial mais optimiste, tous les aspects de la question et les mots qui servent le mieux les thèses qu’il soutient. Le ton est donné dès la première page : « Les forces de sécurité afghanes et la Force Internationale de Sécurité et d’Assistance (ISAF) gagnent du terrain. Chaque fois que les militants affrontent les forces afghanes et de la coalition internationale, ils battent en retraite… »

Le renvoi de bas de page après le mot « militants » vaut sa boule d’opium : « Les "forces d’oppositions militantes" serait le terme approprié. Mais il ne doit pas être utilisé avec les médias. En fonction de l’audience et du groupe auquel on se réfère, les phrases militants-insurgés/extrémistes-talibans/extrémistes-ennemis de l’Afghanistan pourront être utilisés… »

Le message a été reçu 5 sur 5 par nos médias hexagonaux qui ne se réfèrent plus qu’aux « insurgés » dans les nouvelles du front qu’ils nous distillent. Chacun peut en être témoin s’il y prête une attention suffisante. C’est à ce genre de détail qu’on peut juger de la fiabilité du tableau qu’on nous peint.

Bien entendu, la Voix de l’OTAN précise également la manière dont il convient d’évoquer l’action des protagonistes locaux : le Pakistan, le rôle de l’Iran, le rôle de la fédération de Russie, tout est précisé, à la virgule près. Pour cette dernière par exemple, le costard est vite cousu : « des discussions sur un éventuel déploiement de moyens militaires russes en Afghanistan sont exclues (out of question)… rien n’entrera sur le territoire afghan qui n’aura été préalablement discuté et accepté par la République Islamique d’Afghanistan… »… Non mais !

« Un échec du renseignement qui confine à l’absurde »

Un peu plus loin (page 12) est évoqué dans un style très « politburo » une question centrale et très sensible sur la présence des « libérateurs » au beau milieu du terrain de jeu d’Hamid Karzaï : « Nous, OTAN/Force Internationale de Sécurité et d’Assistance, avons pris acte de la nomination du général Mc Kiernan comme commandant en chef des forces américaines en Afghanistan. Nous nous félicitons de cette initiative qui renforce la coordination entre la force militaire internationale….. ». Puis l’affaire prend un tour inattendu ; l’auteur prend soin de rappeler aux porte-voix de l’OTAN que « …cette décision ne modifie en rien le mandat de la Force Internationale de Sécurité et d’Assistance et n’agrège pas sa mission avec la mission américaine ‘Liberté Durable’. Comme l’ont affirmé les autorités américaines, ‘Liberté Durable’ continuera à mener des actions de contre-terrorisme et des opérations de détention sous un mandat séparé… ». Ouf, on nous a épargné les corvées de gégène…

Prudent en dépit des accolades et des surenchères d’amabilité strasbourgeoise, notre grand stratège Sarko 1er ne s’est pas laissé forcer la main par l’ambiance festive. Il a déclaré à son nouvel ami Barack Obama que nous n’augmenterions pas notre contingent d’arracheurs volontaires de pavot. En tout cas pas dans l’immédiat.

Peut-être a-t-il eu connaissance du rapport de 275 pages rendu là encore dans la plus grande discrétion en novembre 2008 par le National Defense Research Institute de la Rand Corporation, l’une des têtes pensantes du complexe militaro industriel yankee (« Intelligence Operations and metrics in Iraq and Afghanistan – Fourth in a series of Joint Urban Operations and Counterinsurgency studies). Les auteurs, Russel Glenn et Jamie Gayton ne sont pas tendres et leur plume, nettement moins plombée que dans l’opus précédent. A partir de nombreuses auditions de militaires, de spécialistes du renseignement, de diplomates, de plusieurs nationalités, ils dressent un tableau nettement moins optimiste de la situation afghane. Un enlisement qui ne dit pas son nom, qu’ils attribuent « à un échec du renseignement qui, dans certains cas, confine à l’absurde »…

Comme quoi, deux lectures valent mieux qu’une, en particulier lorsque ni l’une ni l’autre ne sont destinées aux pauvres citoyens que nous sommes.

Article paru su Backchich.info le 6 avril 2009

Marche sur le Pentagone Samedi 21 Mars 2009

Le 15 février 2003 eut lieu la plus grande manifestation mondiale jamais organisée : plusieurs millions de personnes se sont manifestées dans plus de 600 villes à travers le monde contre la guerre en Irak. En mars 2003, une nouvelle manifestation mondiale a lieu après le déclenchement de la guerre. Aux USA, 50 000 personnes se dirigent vers le Pentagone pour réclamer la fin de la guerre et le retrait des troupes en Irak. Septembre 2005, plusieurs milliers de manifestants protestent à Washington D.C. contre l’engagement américain. Mars 2007, quatre ans après le début de la guerre, 50 000 personne reviennent à Washington D.C. et se dirigent vers le Pentagone, porteurs du même message.

En mars 2009, l’occupation étrangère est toujours présente, malgré ces mobilisations générales à l’ internationale. Il semble nécessaire de rappeler aux autorités que l’opinion n’adhère pas à cette politique offensive, déclenchée sous le faux postulat du terrorisme, mais qui semble entériner un conflit perpétuel pour l’emprise sur des zones géographiques riches en matières premières. L’Irak et l’Afghanistan font les terribles frais de cette occupation. Alors que l’économie américaine s’effondre, que les finances mondiales sont mises à mal, il serait grand temps de rapatrier les troupes et de s’occuper des réels problèmes qui touchent les populations de plein fouet.

Cette nouvelle marche, qui rassemblera des mouvements divers et de nombreuses associations aux Etats Unis, scandera encore une fois ce message : Ni guerres, ni occupation – Des emplois et de l’instruction. Que les gouvernants entendent cette fois. 
 


Marche sur le Pentagone le 21 mars 2009

En Irak, en Afghanistan, en Palestine, l’occupation est un crime.
Des emplois et de l’instruction. Ni guerres ni occupation.

Rassemblement à 12h, à l’angle de la 23rd St.
et de Constitution Ave. NW Washington, D.C.!

Divers réseaux, alliances et organisations s’assemblent dans une coalition nationale le 21 mars pour inciter des gens de tous les milieux dans chaque ville des Etats-Unis à participer à la marche sur le Pentagone, le jour du sixième anniversaire de la guerre d’Irak: le samedi 21 mars.

Plus de 1000 organisations et personnes ont à ce jour soutenu la marche sur le Pentagone du 21 mars 2009 pour dire "Ramenez les troupes au pays MAINTENANT!" en ce sixième anniversaire de l’invasion criminelle de l’Irak.

Les milliers de personnes qui marcheront diront "En Irak, en Afghanistan, en Palestine, l’occupation est un crime." et "Nous avons besoin d’emplois et d’instruction, pas de guerres ni d’occupation." Ils insisteront pour mettre fin aux menaces de guerre et aux sanctions économiques contre l’Iran. Ils diront non au programme état-unien illégal de détention et de torture.

Parmi les membres de la coalition nationale du 21 mars et les sympathisants de la marche sur le Pentagone se trouvent:

  • ANSWER Coalition groupe REPONSE (http://www.answercoalition.org/)
  • Muslim American Society Freedom [soc. Américaine musulmans-liberté]
  • National Council of Arab Americans [concile national des arabes Américains]
  • National Assembly to End the Iraq and Afghanistan Wars and Occupations [assemblée nat. pour la fin des guerres et occupations en Irak et Afghanistan] (http://www.natassembly.org/)
  • Veterans For Peace-National [vétérans pour la paix - national]
  • United States Labor Against the War (USLAW) [travailleurs des Etats-Unis contre la guerre]
  • Ramsey Clark
  • Cindy Sheehan
  • The World Can’t Wait [le Monde ne peut pas attendre]
  • Code Pink
  • Middle East Children’s Alliance [alliance des enfants du Moyen-Orient]
  • Paul Haggis, Academy-Award winning director and screenwriter [directeur et scénariste primé de l'académie]
  • Edward Asner, Actor [acteur]
  • Mimi Kennedy, Actor and Activist [actrice et activiste]
  • Elaine Johnson, Gold Star Mother [qui a perdu un enfant à la guerre]
  • Colonel Ann Wright, US Army Reserves (Retired) [colonel à la retraite]
  • Lynne Stewart
  • Tina Richards, Executive Director, Grassroots America [directrice exécutive d'un mouvement populaire]
  • Angola 3 Defense Committee [comité de défense Angola 3 (pour la défense de 3 hommes qui auraient été emprisonnée à tort dans la prison "Angola" en Louisiane, USA)]
  • Herman Wallace, Political Prisoner, Angola Prison, Louisiana [prisonier politique à "Angola"]
  • Albert Woodfox, Political Prisoner, Angola Prison, Louisiana [prisonier politique à "Angola"]
  • Raul Pacheco, guitarist, Ozomatli [guitariste d'un groupe de musique multiéthnique américain]
  • David Swanson, After Downing Street [organisation pour dénoncer les mensonges ayant conduit aux guerres et occupations]
  • Heidi Boghosian, Executive Director, National Lawyers Guild* [directrice exécutive de l'association des avocats]
  • Michael Ratner, President, Center for Constitutional Rights* [président du centre pour les droits constitutionnels]
  • Michael Smith, Member of the Board, Center for Constitutional Rights* [membre du conseil du centre pour les droits constitutionnels]
  • Blase et Theresa Bonpane, Office of the Americas [organisation non lucrative pour l'avancement de la justice internationale et de la paix]
  • Progressive Democrats of America [groupe de démocrates Américains]

& des centaines d’autres!

*mentionné uniquement dans un but de représentation

Cliquez ici pour voir la liste des sympathisants.


Des dizaines de milliers de personnes ont marché sur le Pentagone en mars 2007

Alors que des millions de familles perdent leurs maisons, leurs emplois et leurs couvertures médicales), le vrai budget militaire l’an prochain surpassera le billion de dollars—c’est-à dire 1,000,000,000,000$. Si cette somme était employée pour subvenir aux besoins de la population elle permettrait de créer 10 millions de nouveaux emplois à 60 000$ par année, de fournir une couverture médicale pour tout ceux qui n’en disposent pas encore, de reconstruire la Nouvelle-Orléans et de réparer beaucoup des dégâts causés en Irak, en Afghanistan et en Palestine. A lui seul le prix de l’occupation de l’Irak est de 400 millions de dollars par jour, soit environ 12 milliards par mois.

La guerre en Irak a tué, blessé ou déplacé près d’un tiers de sa population de 26 millions. Des milliers de soldats états-uniens ont été tués et des milliers d’autres ont subi de graves blessures physiques et psychologiques. Les dirigeants états-uniens qui ont commencé et mené cette guerre criminelle doivent être jugés et emprisonnés pour crimes de guerre.

La guerre en Afghanistan est en train de s’étendre. Robert Gates, le secrétaire à la défense de Bush, qui a conservé son poste auprès du président Obama, a annoncé que le nombre de soldats en Afghanistan pourrait doubler durant les prochains mois. Le vice président Biden et M. Gates ont prédit plus de victimes–ou ce qu’ils appellent dédaigneusement "une augmentation" des pertes–pour la période à venir.

Nous devons aussi agir pour mettre fin à l’aide que les Etats-Unis apportent à la guerre menée par Israël contre le peuple Palestinien. L’administration Bush a aussi donné son feu vert et fourni les armes et l’argent pour la récente guerre d’Israël contre le peuple palestinien à Gaza. Plus de 5000 Palestiniens ont été tués ou blessés, la plupart des victimes de ce massacre sophistiqué étaient des civils, parmi lesquels des centaines d’enfants. Et "nous, le peuple" payons l’addition alors que les Etats-unis apportent chaque année 2,5 milliards de dollars à l’énorme machine militaire israélienne.

La marche sur le Pentagone du 21 mars 2009 sera une occasion cruciale pour faire entendre à la nouvelle administration à Washington la voix du peuple demandant la fin immédiate des guerres et de l’occupation ainsi que la justice économique. Des actions collectives auront lieu sur la côte ouest à San Francisco et à Los Angeles.

Soutenez la marche.
Inscrivez vous pour faire partie du centre de transports.
Visionnez et imprimez des prospectus et des affiches

S’il vous plaît, faites un don qui nous est nécessaire d’urgence.

Vous pouvez contribuer au succès de la marche à venir en faisant à l’instant un don vital et urgent. Nous devons réunir 100 000$ dans les semaines qui précèdent la mobilisation pour payer des tracts, des affiches, des autocollants, des pancartes et pour couvrir les importants frais de scène, de sono, et de transports par bus. lien: Cliquez ici pour faire un don en ligne déductible des impôts sur notre serveur sécurisé, où vous pouvez aussi trouver les informations pour faire un don par chèque. Merci de votre aide – nous ne pouvons pas le faire sans vous!

 

Marche sur le Pentagone le 21 mars 2009
Traduction par Perry pour ReopenNews

La guerre en questions ?

Lundi, le Parlement a donné lundi son feu vert au maintien des troupes françaises en Afghanistan. Mais les deux votes "droite contre gauche" à l’Assemblée, puis au Sénat ont mis fin du consensus national sur l’opération décidée en 2001 par Jacques Chirac et Lionel Jospin. Parmi les "non-istes", on trouve le sénateur socialiste de l’Essone Jean-Luc Mélenchon dont nous reproduisons ci-dessous un remarquable essai qui pose les bonnes questions sur cette guerre.


LA GUERRE EN QUESTIONS ?

Par Jean-Luc Mélenchon, le 21 Septembre

http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=623

Samedi je participais à la manifestation contre la guerre d’Afghanistan avec Marc Dolez député socialiste du nord. Mes amis de PRS ont formé une petite délégation groupée autour de leurs drapeaux. Au moment où je les rejoins, il fait beau et chaud si bien que la manifestation est aussi un moment où l’on peut lever le nez pour jauger les façades du Paris populaire. J’en ai besoin. L’ambiance stressante de la préparation du congrès socialiste m’a asphyxié. Chemin faisant, vers Barbés, je bavarde avec les représentants du Mouvement pour la paix. On convient de se revoir pour approfondir la conversation tout en prenant rendez vous pour les conférences de presse qui vont précéder le débat et le vote à l’assemblée et au Sénat cette semaine. L’actualité sera sur ce sujet. Les figures de la paix et de la guerre reviennent dans le débat public. Elles ne vont pas en sortir de si tôt. Dans ce registre plus que dans tout autre, l’examen soigneux des arguments, leur comparaison et leur vérification est un devoir de précaution constant pour qui veut agir en connaissance de cause. Car très traditionnellement, la guerre nécessite une consommation considérable de mensonges et de zone de silence pour son entretien. Leur mise à nu fournit souvent un éclairage précieux vers la vérité. De cette violence crue du mensonge asséné avec l’aplomb tranquille de l’évidence, nul meilleur exemple que la volte face du président de la République sans autre argumentation que la force de l’affirmation. Le 26 avril 2007, entre les deux tours de la présidentielle, sur France 2, il déclare : « La présence à long terme des troupes françaises à cet endroit du monde ne me semble pas décisive. Si je suis élu, les troupes françaises quitteront l’Afghanistan ». Puis en novembre 2007, au cours de sa visite à Washington, il affirme: « la France restera engagée en Afghanistan aussi longtemps qu’il le faudra, car ce qui est en cause dans ce pays, c’est l’avenir de nos valeurs et celui de l’Alliance Atlantique ». Du retrait au renfort, la France a pris un virage sur l’aile sans autre explication que la décision de son chef des armées. Tout est donc bien possible dès qu’il s’agit de propagande. Ma conviction contre cette guerre est connue. je n’y reviens pas ici. Je veux seulement poser les questions qui peuvent éclairer le moment, si elles trouvaient réponse.

D’un bobard à l’autre

Les Etats-Unis et la France sont allés « en Afghanistan pour défendre la liberté du monde » ? C’est ce que proclame Nicolas Sarkozy, le 20 août à Kaboul et le 21 août en Conseil des ministres. Personne n’a pourtant jamais démontré de lien positif entre les actes de guerre de la coalition en Afghanistan et la « liberté du monde ». Sans excès de mauvais esprit, on pourrait même aisément démontrer l’inverse, à savoir que c’est l’intensification des actes de guerre de la coalition qui nourrit le terrorisme et fait reculer la liberté. Sarkozy n’en est pas à sa première affirmation péremptoire. Dès son discours devant la conférence des ambassadeurs le 27 août 2007, il avait affirmé que pour « prévenir une confrontation entre l’Islam et l’Occident », « notre devoir est d’accentuer nos efforts en Afghanistan ». On ne voyait pourtant pas non plus très bien le lien logique entre les deux, ni d’ailleurs quelle pouvait bien être la réalité d’une confrontation globale entre des entités aussi floues que l’ « Islam » et l’ « Occident ». Le ronflement des phrases creuses de cet acabit n’a jamais cessé pour justifier une présence militaire française dont en réalité plus personne n’énonce clairement les objectifs. Du coup l’emphase éclate comme une bulle de savon a la première question même la plus banale. Ainsi quand le président de la Commission de la défense de l’Assemblée nationale proclame que « la présence militaire française en Afghanistan est l’opération extérieure la plus décisive pour la sécurité de la France » (le 26 août à l’assemblée nationale). Faudrait-il donc en conclure que si la France ne combattait pas en Afghanistan, sa sécurité aurait gravement été compromise ? Par qui ? Comment ? Pourquoi ? Un argument massue de Bernard Kouchner tente de balayer la question : «le terrorisme qui frappe aujourd’hui à Kaboul pourrait frapper demain plus prés de chez nous ». C’est le même argumentaire qui avait été utilisé par les Américains pour justifier leur invasion de l’Afghanistan en 2001 au nom de la légitime défense suite aux attentats du 11 septembre. Nous sommes en danger ? Pourquoi ?

Un passé obscur

Une bonne preuve de l’effet d’opportunité qui a été à l’origine de l’invasion militaire de l’Afghanistan est qu’elle a été préparée par les Américains et les Britanniques plusieurs mois avant le 11 septembre. Dès l’été 2001, les Américains avaient commencé à envoyer des commandos en Afghanistan et avaient pré positionné d’importantes forces en Egypte tout en déployant avec les Britanniques leurs flottes en mer d’Oman pour préparer l’invasion du pays. Les vrais motifs de l’invasion étaient donc ailleurs que dans la réplique à Oussama Ben Laden, qui n’avait d’ailleurs d’autres lien avec l’Afghanistan que de s’y être réfugié dans les montagnes. Mais qui se souviens que le régime taliban qui gouvernait à l’époque à Kaboul avait déclaré accepter au lendemain du 11 septembre de livrer Ben Laden pour qu’il soit jugé. Peu importait alors aux Américains. Colin Powell affirme alors au monde entier que les Etats-Unis détiennent des preuves de l’implication afghane dans les attentats du 11 septembre et qu’elles seront fournies au Conseil de sécurité. Personne ne les a pourtant jamais vues. Personne ne les réclame depuis. Ce tableau est donc couvert d’une ombre inquiétante depuis l’origine. En effet, les Américains sont très actifs en Afghanistan et au Pakistan depuis la fin des années 1970. Ils se sont fortement appuyés sur les islamistes pour contrer l’influence soviétique dans la région. C’est eux qui ont constitué « Al-Qaïda » à l’époque pour combattre les russes. A ce titre, ils avaient directement armé les Talibans. La prise de pouvoir de ceux-ci à Kaboul en 1996 avait été soutenue par deux alliés de poids des Etats-Unis : l’Arabie Saoudite et le Pakistan. Tout ce passé semble s’être évanoui des souvenirs officiels et des « argumentations » du  présent. Pourquoi ?

Le pétrole bien sûr

Dans cette région du monde, la succession des événements montrent que souvent les motifs d’action sentent très fortement le pétrole. Depuis la chute de l’URSS en 1991, les Etats-Unis font tout pour contrer l’influence russe et iranienne en Asie centrale. En particulier pour désenclaver sous leur contrôle les importantes réserves de pétrole et de gaz du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan et du Turkménistan. Les Etats-Unis conçoivent alors un projet de pipe line géant allant de la mer Caspienne jusqu’à la mer d’Oman via l’Afghanistan et le Pakistan. Pour cela ils négocient via la compagnie pétrolière californienne Unocal avec tous les pouvoirs locaux en place. A partir de janvier 2001, le vice-président Dick Cheney suit personnellement le déroulement de ces tractations qui butent sur le refus du régime taliban. On notera que le régime taliban à peine renversé, le 27 décembre 2001, le Turkménistan, l’Afghanistan et le Pakistan signaient un accord relançant le projet de pipeline. Bush a aussitôt comme émissaire spécial à Kaboul un ancien collaborateur du groupe Unocal, le diplomate Zalmay Khalizay et le président Hamid Karzaï a lui aussi été consultant du groupe pétrolier, tout comme le futur ministre afghan des Mines et de l’Industrie Mir Sediq. Cette caricature à peine croyable de main mise est une toile de fond avérée. Mais elle est toujours absente du débat sur les objectifs de guerre en Afghanistan et le bilan de la présence "occidentale". Pourquoi ?

Un bilan ?

Officiellement, la coalition internationale (37 pays aujourd’hui) qui est intervenue derrière les Etats-Unis, d’abord sous mandat de l’ONU en 2001, puis par délégation à l’OTAN depuis 2003, ne mène pas de guerre. Elle est censée assurer la « stabilisation » et la « pacification » du pays. Avec pour la France, une prédilection théorique pour la formation de l’armée afghane et la reconstruction. Une rhétorique qui continue d’être servie par Bernard Kouchner. « Ca n’est pas une guerre, c’est une mission de paix » tonne-t-il lors de son audition à l’assemblée nationale le 26 août 2008. Pourtant la réalité militaire en Afghanistan n’a plus rien à voir avec les objectifs de départ au nom desquels des troupes françaises ont été engagées en 2001. Le chef d’état major des armées lui-même a reconnu le 25 août que « la France conduit des actions de guerre en Afghanistan » Tout cela dans un immense gâchis technologique : les avions Mirage et Rafale stationnés à Kandahar tirent par exemple chaque mois une vingtaine de bombes à guidage laser dont le prix unitaire se situe autour de 130 000 euros, sur des cibles aussi dérisoires qu’une grotte ou une charrette supposées abrités quelques talibans. La dégradation rapide du bilan de la présence militaire de la coalition fournit une autre preuve du gouffre qui se creuse entre les objectifs affichés et la réalité. Alors que le nombre de soldats occidentaux a cru de 40 000 à plus de 60 000 le nombre de soldats tués a explosé passant de 58 en 2004 à 230 en 2007. La situation militaire ne cesse de se dégrader avec la recrudescence des attaques suicides à raison de 3 à 4 par semaine alors qu’elles étaient quasi inexistantes en 2004. Les affrontements qui ont coûté la vie à 10 soldats français le 18 août sont très révélateurs de cette dégradation : ils ont démontré une puissance tactique et opérationnelle inédite de ce que les généraux français appellent désormais les « forces insurgées » plutôt que les « Talibans ». Ces forces ont en effet soutenu les combats pendant plusieurs heures contre les soldats français, y compris une fois des renforts parvenus sur place. Le lieu est aussi révélateur : à moins de 50 kilomètres de Kaboul, c’est-à-dire dans une zone qui n’est pas du tout réputée comme "talibane". Tout cela indique que l’opposition armée à la coalition est manifestement en train de s’élargir dans une dynamique nationaliste que nourrit l’occupation. Est-ce étonnant ? Car afin de minimiser ces pertes au sol, la coalition intensifie les frappes aériennes dites « chirurgicales » et les vols incessants d’intimidation au dessus des villages afghans dont la population est plongée dans la terreur. La polémique enfle aussi sur les armes « sales » qu’utiliseraient les américains: munitions à uranium appauvri pour percer d’éventuels bunkers ou parois montagneuses et bombes incendiaires au phosphore qui transforment en fournaise les zones où elles sont lâchées. Ces exactions déclenchent des rejets de masse dans la population que les Occidentaux sont censés aider. Il est frappant de voir que le vocabulaire pour nommer l’ennemi suit cette évolution. D’abord il s’agissait de terroristes, à présent il s’agit tantôt de « rebelles » et d’autre fois « d’insurgés »…. Cela n’a pas empêché le ministre français de la défense de continuer à affirmer aux députés : « Allez dans les vallées afghanes, où vous verrez les populations qui sont heureuses que les troupes occidentales soient là » A coup sûr pas les familles des 8 000 afghans tués en 2007. Ni celles des civils tués par erreur par une frappe américaine le 22 août : un dommage collatéral que les portes parole de la coalition ont chiffré à « 5 civils tués » là où le représentant de l’ONU en a dénombré 90. Ce bilan des actions de la coalition et de la situation militaire nous ne pouvons l’établir qu’en recoupant les informations disponibles dans la presse spécialisée et sur les sites internet qui s’intéressent à la situation. Aucun gouvernement n’en produit devant ses assemblées. Pourquoi ?

La loi islamique est toujours là

Dans le registre des arguments de propagande, on trouve celui selon lequel « sous le régime des Talibans les droits de l’homme étaient bafoués » (Hervé Morin le 26 août 2008 à l’assemblée nationale). On pourrait lui objecter que c’est le cas de beaucoup de régimes, y compris auxquels la France vend des armes comme l’Arabie saoudite. Mais la situation depuis la chute des Talibans s’est elle améliorée ? Plus de la moitié de la population vit dans l’extrême pauvreté : 53 % des habitants ont moins de 1 dollar par jour. L’Afghanistan est classé depuis 2004 à la 174ème place mondiale sur 178 pays pour l’indice de développement humain. Une situation a rapprocher des sommes englouties par la guerre sur place…La coalition consomme 100 millions de dollars de dépenses militaires par jour et 10 fois moins pour les dépenses civiles de reconstruction. La condition des femmes ? Elle est officiellement meilleure en vertu d’une constitution qui garantit théoriquement l’égalité hommes-femmes. Pour autant, les femmes ne sont considérées par la même constitution que comme une minorité politique, au même titre que des groupes ethniques ou tribaux, auxquels sont réservés des quotas (25 % de femmes à l’assemblée nationale et 16 % au sénat). La même constitution écrite sous l’égide américaine confirme le pays comme république islamique, dans laquelle la base fondamentale du droit reste la charia. A tel point que la cour suprême est chargée de contrôler la conformité des lois à la loi musulmane. Ou encore que l’abandon de la religion musulmane ou la conversion à une autre religion sont toujours punis de la peine de mort. Autant de points qui avaient été salués par l’Iran au moment de l’adoption de cette constitution par la Loya Djirga, assemblée coutumière. Car telle avait été la « Constituante » afghane ! Cette domination du religieux sur les institutions, confortée et défendue les armes à la main par nos soldats en même temps que le régime qui les assume n’est jamais évoquée ni discutée d’aucune façon. Pourquoi ?

Le retour de l’Opium

Depuis 2001, à intervalles réguliers, des conférences internationales pour l’Afghanistan permettent aux occidentaux d’afficher de gigantesques promesses de dons pour la reconstruction. Mais sur les 25 milliards de dollars de promesses cumulées, 10 milliards n’ont jamais été versés, les Etats-Unis détenant le record de promesse non tenue (seule 45 % de l’aide américaine promise a été versée). Et encore, quand l’aide est versée, 40 % est engloutie dans sa gestion et revient donc aux pays donateurs, sous la forme de contrats de sécurité ou de services. Le déséquilibre entre l’effort militaire et l’aide civile est donc béant : depuis 2001 140 milliards de dollars ont déjà été dépensés sur le plan militaire et seulement 7 milliards versés pour l’aide civile ! Cela décrédibilise largement la présence « occidentale » aux yeux de la population. Ce n’est pas tout. 7 ans d’occupation ont progressivement polarisé l’économie afghane autour des besoins des occidentaux présents qui concentrent l’essentiel des investissements, au détriment du développement économique du pays. Celui-ci ne produit plus rien d’autre que de l’opium. Alors que la production de pavot avait commencé à décliner à l’époque des Talibans, l’Afghanistan est redevenu depuis 2004 le premier producteur mondial d’opium avec 95 % de la production mondiale représentant plus de la moitié du PIB du pays. Un record historique a été atteint en 2006 avec la plus grande production d’opium jamais réalisée, encore dépassée en 2007 où l’ONU parle de « nouveau record effrayant » avec une hausse de production de 34 %. Il faut dire que les Américains ont directement utilisé les chefs de guerre, barons de la drogue, pour reprendre les territoires contre les talibans. Ce sont ainsi dans les zones « sécurisées » par les occidentaux et les forces afghanes que la culture de drogue a explosé. Dans son rapport officiel d’étape à l’administration Bush, l’émissaire spécial américain James Dobbins affirmait ainsi en 2005 : « Les drogues sont la principale source d’argent pour financer la reconstruction, dépassant largement les aides internationales cumulées ». Alors même qu’il s’agit du principal motif d’ingérence des USA en Amérique latine, le bilan de la reprise incroyable de la culture du pavot sous les yeux des troupes américaines et de l’absence totale d’action pour l’en empêcher n’est jamais évoqué. Pourquoi ?

La vassalisation des coalisés

L’Europe fournit, à travers ses 25 états membres sur 27 qui sont engagés dans la coalition américaine, plus de la moitié des soldats étrangers présents en Afghanistan. Elle représente 30 % de l’aide publique mondiale versée à l’Afghanistan qui se retrouve 4ème bénéficiaire mondial de l’aide extérieure européenne derrière Turquie, l’ex Yougoslavie et le Maroc. Pourtant l’Europe n’a pris aucune initiative pour changer le cap de la présence occidentale en Afghanistan, alors même que les Etats-Unis sont entièrement dépendants des soldats européens dont le retrait rendrait le maintien américain intenable. Alors que les Talibans avaient quasiment disparu du territoire en 2004, c’est donc la décision américaine de maintenir durablement l’occupation militaire du pays en y installant d’immenses bases qui leur a donné progressivement l’occasion de reprendre pied dans la population à partir de 2005. Les alliés des Etats-Unis l’ont bien vu. Et la coalition elle-même a commencé à battre de l’aile fin 2007 : les Canadiens ont menacé de quitter le sud afghan, l’Italie et l’Allemagne ne maintiennent leur présence que provisoirement et au prix de débats nationaux houleux et enfin la Corée du sud se retire carrément. De la sorte on peut dire que ceux qui font du zèle aujourd’hui sont ceux qui acceptent une véritable vassalisation a l’égard des Etats-Unis d’Amérique dans la conduite de la guerre. Ils paient, combattent et se taisent devant les décisions de leurs chefs. La demande américaine de renforts français était donc vitale pour la coalition elle-même. La réponse positive de Sarkozy a ainsi été saluée par Bush comme une « initiative majeure » et par le très conservateur premier ministre canadien Harper comme « un virage, une rupture historiques ». Tout dans la décision française a d’ailleurs été fait pour envoyer un signal très fort d’alignement atlantiste. Dans la forme avec une première annonce par Sarkozy devant le parlement britannique. Et sur le fond puisque le nouveau bataillon français de 800 homme va soulager les Américains dans l’est afghan, qui pourront se redéployer sur le sud. Avec ce renfort, la France passe de la place de 7ème contributeur à la 4ème , quasi ex-aequo avec l’Allemagne en 3ème position. La décision de Sarkozy conforte aussi au passage la légitimité de l’extension des missions de l’OTAN voulue par les Etats-Unis au-delà de sa vocation purement défensive, comme son intervention hors de la zone européenne. Avec désormais plus de 3 000 soldats français mobilisés sur place ou dans les pays voisins, l’Afghanistan devient la plus importante intervention française à l’étranger, devant les contingents présents au Liban, en Côte d’Ivoire ou en Ex-Yougoslavie. Le tout pour une dépense supplémentaire d’environ 150 millions d’euros par an, alors que l’enlisement du conflit afghan a déjà contribué à l’envolée des surcoûts budgétaires liés aux opérations extérieures, qui sont passés de 100 millions d’euros en 2005 à 360 millions d’euros en 2007, avec un surcoût 2008 qui devrait dépasser les 400 millions. . Et dans ce contexte, de tout côtés va l’antienne : « cette guerre est perdue, cette guerre ne peut pas être gagnée ». A tout le moins, en réponse,  devrait-il être expliquée comment elle pourrait être gagnée, en effet. Cela n’est jamais dit. Pourquoi ?

Une impasse reconnue

Les perspectives actuelles de fin du conflit sont si incertaines que le chef d’état major des armées le général Georgelin le qualifiait encore à la mi-mars de « merdier ingérable où nous n’avons aucun intérêt à nous impliquer davantage » (cité par le canard enchaîné). Tous les états-majors ont en effet à l’esprit le précédent de l’occupation soviétique de l’Afghanistan qui s’était soldée par un désastre et plus de 10 000 russes tués en dépit d’une présence de 130 000 hommes pendant 10 ans. Interrogé le 26 août à l’assemblée nationale sur les échéances de l’engagement des forces françaises, Kouchner a carrément avoué : « pour combien de temps ? Personne ne le sait » Pour rassurer l’opinion, le gouvernement insiste aussi sur « l’afghanisation du conflit » qui serait à portée de main. Ainsi, d’après Kouchner, « l’armée afghane c’est l’avenir » ! La réalité est très éloignée. Un évènement récent a fourni la preuve de la déliquescence de l’ « armée nationale afghane » : en mars 2008, le gouvernement afghan a dû lancer un mandat d’arrêt contre le chef d’état major de l’armée afghane, le général Dostom, après que celui-ci a commis diverses exactions. Loin de se soumettre au gouvernement, celui-ci s’est enfui et a rejoint son armée privée, qui était d’ailleurs une des composantes de la fameuse « armée nationale afghane ». Ancien seigneur de la guerre, ce général avait d’ailleurs été imposé par les Américains en 2003 comme vice ministre de la défense puis comme chef d’état major afghan en 2005 ! Le bilan de l’afganisation de la guerre n’est donc jamais fait. Mais on comprend cette fois ci clairement pourquoi. Cette guerre ne se fait pas « avec » les afghans mais contre eux.

Présence française en Afghanistan : le début d’une guerre médiatique

Suite aux récents et tragiques événements d’Afghanistan, dans lesquels 10 soldats français ont trouvé la mort, et à la récente plainte contre l’association pacifiste CAPJPO-EuroPalestine qui est attaquée pour avoir osé appeler à une manifestation pour le retrait des troupes françaises de ce pays, il nous paraît utile de rappeler la genèse de cette guerre, qui trouva ses racines et ses justifications au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. Voici donc, de façon documentée, la façon dont se sont déroulées les choses :

Après les terribles attentats du 11 septembre 2001, la solidarité avec les États-Unis est totale. Le monde entier, choqué et bouleversé, veut éviter que de tels évènements se reproduisent. Le 12 septembre, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 1368 qui condamne les attaques de la veille et réaffirme le droit des pays membres à la légitime défense individuelle et collective. L’ONU appelle la communauté internationale à éradiquer le terrorisme et à tenir pour responsables tous ceux qui aident ou appuient les auteurs, organisateurs et commanditaires d’actes terroristes.

Le Président des États-Unis George W. Bush désigne rapidement al-Qaïda comme responsable de cette tragédie et l’Afghanistan est pointée du doigt pour héberger leur chef Oussama ben Laden. Le 13 Septembre, Bush demande au régime des Taliban l’extradition de ben Laden. Une semaine plus tard, le 21 septembre 2001, en direct sur CNN, le porte-parole du gouvernement afghan répond qu’il livrera ben Laden à la justice américaine sur présentation de preuves, dont le caractère "accablant" a été affirmée la veille par Colin Powell. Pourtant, Bush rejette l’offre des Taliban en déclarant : "Il n’y a pas besoin de discuter de son innocence ou de sa culpabilité. Nous savons qu’il est coupable". Les fameuses preuves ne seront jamais présentées. Oussama ben Laden n’est à ce jour même pas recherché par le FBI pour les attentats de 2001, comme le montre sa fiche d’identification au FBI

Pourtant, c’est sous cette justification de "Guerre contre le Terrorisme" que les Etats-Unis demandent à leurs alliés de les soutenir dans une intervention militaire en Afghanistan.

Ainsi, le 7 octobre 2001, les États-Unis, accompagnés de la Grande-Bretagne, lancent l’opération « Liberté immuable » (Enduring Freedom) qui vise à chasser les Taliban du pouvoir et capturer les terroristes. Cette campagne militaire est lancée sans l’autorisation du conseil de sécurité de l’ONU, mais en s’appuyant sur l’article 51 de la charte des Nations-Unies et en qualifiant l’invasion de l’Afghanistan d’acte d’auto-défense collective. Ce n’est qu’un mois plus tard que l’ONU, avec la résolution 1378 du 14 novembre 2001, commence à s’engager en Afghanistan. L’organisme international coordonne d’abord l’aide internationale et appuiera ensuite les efforts de mise en place et de maintien d’un gouvernement afghan "légitime" (voir l’article de Giulietto Chiesa sur les difficultés à maintenir Hamid Karzaï au pouvoir). En prenant acte de l’invasion américaine, la résolution 1378 permet à d’autres gouvernements (Allemagne, France, Canada, Australie…) de légitimer la participation de leur pays à cette guerre.

Mais bien que les Taliban soient rapidement chassés du pouvoir, ils sont loin d’être mis hors d’état de nuire et le conflit s’enlise dans une guerre d’occupation. Au début de l’année 2003, certains pays sont de plus en plus réticents à continuer de participer à l’occupation militaire américaine et demandent que l’OTAN, dont la France fait partie, prenne le relais. L’OTAN invoque l’article 5 du traité de Washington, en vertu duquel toute attaque contre un pays de l’OTAN est interprétée comme une attaque contre toutes les nations de l’OTAN. Les États-Unis, qui commencent une autre guerre en Irak, acceptent, et en août de la même année, la sécurité de Kaboul est transférée à l’OTAN. A ce jour, l’effort international est assumé par 37 pays qui ont envoyé un total de 35 000 militaires.

Après 7 ans de conflit sanglant où, une fois encore, la population civile est la principale victime, les Etats-Unis et leurs alliés ont-ils atteint leur principal objectif affiché, c’est-à-dire capturer ben Laden et éradiquer son réseau terroriste ? Non, mais cela n’est pas étonnant quand on sait que cette prétendue "Guerre contre le Terrorisme" dissimule d’autres objectifs inavoués. L’invasion de l’Afghanistan par les Etats-Unis figurait dans les dossiers de la Défense américaine déjà bien avant les attentats du 11 Septembre. Nos dirigeants doivent savoir que nous ne sommes pas dupes des véritables raisons de la présence de l’OTAN en Afghanistan :

- permettre aux Etats-Unis de prendre le contrôle militaire du centre stratégique de l’Asie : quelques jours avant le 11 sep­tembre 2001, l‘agence statistique du département américain de l’énergie (U.S. Energy Information Administration) a produit un rapport dans lequel était rappelé «la position géographique stratégique de l’Afghanistan comme couloir de transit pour l’exportation de pétrole et de gaz de l’Asie centrale à l’océan Indien».

- construire un oléoduc pour approvisionner l’Asie du Sud en énergie : la planification par les Etats-Unis de l’invasion de l’Afghanistan entrait dans sa phase décisive quelques semaines avant le 11 Septembre puisque les derniers pourparlers avec les Taliban sur la construction d’un oléoduc passant par l’Afghanistan venaient d’échouer. Cette construction, toujours d’actualité, est retardée en raison de l’opposition du peuple autonomiste Pachtoune sur lequel les puissances d’occupation mènent à présent une véritable guerre génocidaire.

Aujourd’hui, suite à la mort de dix de nos soldats et alors que les Français prennent peu à peu conscience que cette guerre est devenue un véritable bourbier, la question de notre présence en Afghanistan fait débat dans l’opinion publique. Notre gouvernement et les principaux organes de presse, partisans de la poursuite de cette guerre "impérialiste", redoublent d’efforts pour désinformer nos concitoyens et n’hésitent pas à se livrer à leur propre offensive… médiatique afin de faire taire leurs détracteurs.

Ainsi, il y a d’abord eu le licenciement du journaliste Richard Labévière qui avait dénoncé cette guerre sans fin inventée par les États-Unis qu’est la "guerre contre le terrorisme". Aujourd’hui, c’est l’association CAPJPO-EuroPalestine qui est attaquée. Elle fait l’objet d’une plainte suite à la publication d’un article appelant à manifester le 6 septembre pour le retrait des troupes françaises d’Afghanistan.

Voici la réaction de CAPJPO-EuroPalestine au dépôt de plainte :

Nous venons de prendre connaissance d’une plainte déposée contre CAPJPO-EuroPalestine par L’ADEFDROMIL (Association de défense des droits des militaires) à propos de nos positions sur l’Afghanistan et plus particulièrement d’expressions que nous avons utilisées dans l’un de nos articles. Parallèlement, le député UMP Damien Meslot a demandé rien moins que l’interdiction de notre site et la dissolution de l’association CAPJPO-EuroPalestine. Ceci est une manifestation de plus des restrictions de la liberté d’expression en France. Nos positions sont pourtant claires.

Nous avons écrit que les soldats français n’ont rien à faire en Afghanistan et qu’on leur fait faire un sale métier en allant tuer des gens, hommes femmes, enfants, qui ne nous ont rien fait. "Sale métier" serait une injure faite à l’armée.

Par ailleurs, il nous est reproché "d’appeler au meurtre des soldats français" !! parce que nous avons fait remarquer qu’il fallait que des soldats français soient tués pour qu’on s’aperçoive qu’il y avait une sale guerre en Afghanistan, avec de nombreux civils afghans tués.

Et nous continuons à penser qu’il est parfaitement hypocrite et cynique de s’étonner ou de se lamenter sur des "embuscades bien montées" par les habitants de pays envahis par des troupes étrangères, comme l’a fait le général Georgelin.

Il est en effet normal et parfaitement prévisible qu’ils se défendent en cas d’attaque. Les présenter comme des gens fourbes, embusqués, pendant que nos nobles troupes feraient "honnêtement" leur travail (en larguant notamment des bombes sur la population civile, à 5000 m d’altitude), est un comble.

Oui, nous pensons qu’il est regrettable qu’il faille ces "embuscades bien montées" et les morts qu’elles entraînent en France pour que l’on commence à s’interroger ici sur ce que l’armée française va faire en Afghanistan.

Morts de jeunes soldats français, face auxquelles nos dirigeants prennent des airs éplorés, tout en nous déclarant froidement comme l’a fait Bernard Kouchner, ministre des Affaires Etrangères, qu’"il faut s’attendre à d’autres pertes !"

Il est temps de prendre conscience que nous n’avons aucune raison valable d’aller tuer des gens en Afghanistan, et que la seule manière de ne pas s’y faire tuer est de quitter l’Afghanistan !

Et voir ceux qui envoient des jeunes se faire tuer, venir ensuite nous faire porter le chapeau de leur mort… c’est tout de même inédit, non ?

Tous à la manifestation pour le retrait des troupes françaises et de l’OTAN de l’Afghanistan, SAMEDI 6 SEPTEMBRE A 14 H30, PLACE DU CHATELET !

Pour finir, nous tenons à préciser que l’association ReOpen911 ne se prononce pas sur le retour ou le maintien des Taliban au pouvoir, qui est une question d’ordre politique dépassant de loin nos prérogatives. En revanche, nous dénonçons le fait que cette guerre en Afghanistan, dont le 11 Septembre a fourni le prétexte idéal, n’a pas été lancée puis poursuivie pour les raisons relayées par les grands médias et les gouvernements occidentaux, et qu’il est indispensable que ces questions puissent être évoquées sur la place publique, si l’on veut pouvoir continuer à penser et à dire que la France est une démocratie.

Les guerres d’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak: un bilan horrifiant de portée mondiale

par Jules Dufour pour Mondialisation.ca, Le 22 juillet 2008

Les guerres d’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak se poursuivent avec leurs cortèges de morts et leurs lots de destruction et de désolation. Elles continuent et sont livrées de plus en plus dans l’indifférence générale. Jour après jour, les dépêches en provenance de Kaboul, de Kandahar ou de Bagdad font état des attentats suicides, des attentats à la voiture piégée, d’affrontements sanglants et de bombardements de villes et de villages. Sept ans de guerre en Afghanistan. Cinq ans de guerre en Irak. Les bilans présentés font peu état des dommages aux infrastructures et dressent une comptabilité imprécise des victimes. Quel gâchis! Quel massacre! Combien d’appréhensions, de peurs et de souffrances endurées par des millions d’habitants? Aucune volonté réelle ne se manifeste pour y mettre fin. Et pourtant ce sont des guerres qui affectent le monde entier.

En ce 13 juillet 2008, encore une dépêche en provenance de Kaboul qui nous informe de la mort de plusieurs personnes que l’on prend soin de trier en cinq catégories: les soldats de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS ou ISAF) de l’OTAN, les soldats de l’armée afghane, les soldats de la coalition internationale sous commandement américain, les insurgés et la population civile. Les victimes des trois premières catégories semblent comptabilisées et pour les autres la formule habituelle est de mise: «Bien qu’aucun bilan final n’ait pu être établi, les insurgés ont probablement subi de lourdes pertes» (cyberpresse).

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le bilan des morts, des blessés, des victimes et des déplacés causés par ces guerres d’invasion depuis leur déclenchement ne soit pas connu et peu rapporté. Et il l’est de moins en moins pour en occulter, aux yeux du public, les conséquences tragiques pour les peuples qui en sont les victimes. Lors de la Guerre du Golfe on avait vite compris que le taux d’acceptation des guerres est proportionnel à celui de l’ignorance que l’on en a. Et c’est l’approche qui est privilégiée depuis.

Le palmarès de victimes anonymes

Jusqu’à maintenant, la nationalité des soldats tués ou blessés était rapportée dans la nouvelle. Maintenant, ils font partie d’une statistique plus globale qui les prive, après leur décès de leur identité. Ce ne seront désormais que des chiffres selon une décision rendue par l’Isaf et ce sera au pays d’origine du soldat de transmettre cette information: « L’Isaf, qui comprend des soldats de 40 nations, n’a révélé ni l’identité, ni la nationalité des victimes, elle en laisse systématiquement le soin aux autorités des pays d’origine» (cyberpresse); ainsi, l’on pourra en retarder la divulgation, ce qui permettra de minimiser l’importance de chaque épisode et le tout viendra se perdre dans les colonnes statistiques, ce qui aura pour effet de contribuer à la banalisation de la guerre et ainsi à sa plus grande acceptation par le public.

En bref, le bilan global des victimes de ces guerres ne fait pas l’objet d’une grande diffusion. Il semble, avec le temps, devenir en soi l’objet d’un rapport comme un autre. L’indignation n’est plus au rendez-vous ni même la consternation ou la tristesse. Il se présente plutôt un sentiment d’indifférence qui laisse la place aux questions de stratégies sur le terrain et à celles relatives aux conditions qui permettront de «gagner» la guerre avant d’effectuer un retrait dit progressif.

Quel bilan peut-on dresser en juillet 2008?

Un très grand nombre d’organismes veillent sur cet aspect des conflits armés et, notamment, les organisations internationales des droits humains telles que Human Rights Watch, Amnistie Internationale, Human Rights for Change, Afghanistan Justice Project, War Victims Monitor et International Center for Transitional Justice.. Quel est le décompte? Quel est le nombre de déplacés dans les pays théâtres de ces guerres et vers l’étranger? Quelle est l’ampleur des dégâts et des coûts financiers entraînés par ces deux «opérations»?

Nous présentons, ici, un bilan de ces guerres afin de pouvoir en prendre toute la mesure et de mieux comprendre le sens des décisions politiques et militaires qui sont prises par les forces d’occupation. Les données présentées doivent être considérées comme étant des approximations peu importe la source d’où elles proviennent. Nous ferons état des bilans officiels, mais nous considérerons avec beaucoup d’attention les rapports provenant d’organismes reconnus comme indépendants. Nous présentons un bilan succinct des victimes et les coûts globaux de ces guerres.

Des bilans indépendants

Selon Unknown News, en date du 16 juillet 2007, la situation globale se présentait ainsi: Au moins 832 962 personnes ont été tuées et 1 590 895 ont été blessés en Afghanistan et en Irak (Unknown news).

En Afghanistan

Selon le dossier concernant les victimes civiles de Marc W. Herold de l’Université du New Hampshire les bombardements américains ont tué, entre 3 485 et 4 034 civils entre octobre 2001 et juin 2004 (http://pubpages.unh.edu/~mwherold/ ).

Selon des données rapportées par Matrix Masters, un total estimé de 1 500 personnes ont été tuées en 2005 dans ce pays (matrixmasters.com). Quelques 600 policiers auraient été tués entre l’élection de Hamid Karzai en décembre 2004 et la mi-mai 2005 (Wikipedia).

Selon un rapport d’Human Rights Watch, en 2006, 4 400 Afghans ont été tués dont 1000 civils. De plus, un total de 2 077 insurgés ont péri dans les opérations conduites par les forces de la coalition entre le 1er septembre et le 13 décembre 2006. Pour la même période, les données rapportées par Associated Press basées sur les rapports du gouvernement afghan, de l’OTAN et des représentants de la coalition font état d’un total inférieur à 4 000 morts, la plupart d’entre eux étant des insurgés. Plus de 1 900 personnes avaient été tuées au cours des huit premiers mois de l’année (Wikipedia).

En 2007, on estime que 7 100 personnes ont été tuées y compris 926 policiers afghans, 4 478 insurgés, 1 500 civils et 232 soldats étrangers (Wikipedia).

En mars 2008, après plus de six ans de combat, selon les données de l’Aghanistan Conflict Monitor se référant à un article de M. Weaver du Guardian, le total de ceux qui ont péri dans cette guerre dépasse les 8 000 personnes en 2007 (M. Weaver, The Guardian, 11 mars 2008) lequel se base sur les données d’un rapport produit par les Nations Unies: «Les Nations Unies ont brossé une évaluation sombre du conflit en Afghanistan, en faisant état du fait que la violence s’est intensifiée considérablement au cours de la dernière année, ce qui a entraîné la mort de plus de 8 000 personnes y compris au moins 1 500 civils» (M. Weaver, 2008) (Afghan conflict monitor).

Au cours des six premiers mois de 2008, plus de 2 100 personnes ont été tuées y compris 698 civils, 502 insurgés (jusqu’au 14 mars). En juin seulement, 613 personnes sont mortes dans des actes de violence causés par les insurgés y compris 473 insurgés, 34 civils et 44 membres des forces de sécurité afghans. 72 policiers afghans ont été tués au cours du mois d’avril (Wikipedia).

Les Nations Unies ont rapporté en juin 2008 que près de 700 civils afghans avaient été tués depuis le début de l’année dont les deux tiers étaient dus à des attaques perpétrées par les insurgés et 255 dans des opérations militaires (Wikipedia).

Selon ces données approximatives il est permis d’avoir un aperçu de l’ampleur du nombre de personnes tuées dans cette guerre, mais elles ne peuvent traduire l’importance des effectifs de population affectés, car il ne s’agit pas d’une simple occupation militaire, mais d’une guerre totale. Nous aurions donc un total estimé entre 20 000 et 25 000 personnes qui ont perdu la vie en Afghanistan entre octobre 2001 et juin 2008. 

En Irak

 Selon Adlène Meddi du Quotidien indépendant El Watan, en date du 25 mars 2008, «si le bilan opérationnel officiel de l’armée américaine en Irak a atteint le seuil symbolique de 4000 morts avec les récentes attaques, l’on est incapable de préciser le nombre des civils irakiens tués dans cette guerre qui dure depuis cinq sanglantes années» (El Watan).

Selon cet auteur, «des chercheurs américains de l’Université John Hopkins (Baltimore) et iraquiens, de l’Université Al Mustansiriya (Bagdad), ont estimé la surmortalité depuis l’invasion de l’Irak, de mars 2003 jusqu’à juillet 2006».

«Ils estiment à 655.000 le nombre de morts supplémentaires d’Iraquiens (soit 2,5% de la population) par rapport à la période antérieure à l’invasion américaine. Le taux de mortalité était de 5,5 pour mille avant mars 2003 contre 13,3 pour mille désormais…».

«Ces travaux, publiés dans la revue médicale The Lancet, n’ont pas compté les corps à la morgue pour calculer la surmortalité. Ils ont enquêté auprès de 47 ensembles, répartis sur tout le territoire, contenant chacun 40 foyers. Ils ont recensé le nombre de naissances et de décès par foyer entre 2001 et 2006 et ont ensuite extrapolé les résultats à l’ensemble de la population iraquienne…».

«Ces chiffres sont très loin des chiffres officiels publiés sur iraqbodycount.org, site qui est censé recenser les civils tués au cours des interventions militaires en Irak (qui avaient été répertoriés jusqu’à ce moment-là) "que" 45 à 50.000 victimes…» En juillet 2008, selon les données fournies par ce projet le total des morts se situe entre 86 017 et 93 936 (http://www.iraqbodycount.org/ ).

Des coûts astronomiques

Combien ces guerres ont-elles coûté jusqu’à maintenant? Quelle est l’ampleur des dommages causés aux infrastructures? Quels seraient les coûts globaux de leur reconsctruction?

Selon un rapport du Service de recherche du Congrès des États-Unis mis à jour le 23 juin 2008, jusqu’au 26 décembre 2007 le Congrès a approuvé la somme totale de 700 milliards de dollars pour les opérations militaires, la sécurité, la reconstruction, l’aide internationale, les dépenses des ambassades et les frais d’assurances et les soins de santé pour les anciens combattants pour les trois opérations initiées depuis les attaques du 11 Septembre.

Selon la même source de renseignements, en date du 19 juin 2008, la Chambre a approuvé une nouvelle version du Rapport à la Chambre 2642, un supplément pour l’année fiscale 2008, qui devait être examiné par le Sénat la semaine suivante. Ce projet de loi comprend une somme de 163 milliards de dollars pour les deux années fiscales 2008 et 2009… Si le tout est approuvé, le Service de recherche du Congrès estime que le financement des guerres contre la terreur atteindra le total de 857 milliards de dollars, soit un total de 656 milliards de dollars pour la guerre en Irak, 173 milliards de dollars pour celle de l’Afghanistan et de 29 milliards de dollars pour le renforcement de la sécurité (Belasco, A., 2008).

Selon W. T. Wheeler, le Département de la Défense a témoigné devant le Congrès le 31 juillet 2007 que la guerre en Afghanistan avait coûté la somme de 78.1 milliards de dollars (Counterpunch).

Dans la première année de guerre en Afghanistan, selon les propos de EuropUSA.com, «sans parler des vies humaines perdues du fait de la guerre qu’on ne peut bien entendu pas chiffrer, le coût financier de la guerre en Afghanistan s’éleverait à $1 milliard par mois. Avec l’avancée spectaculaire de l’Alliance du Nord et la prise de Kaboul, on imagine que ce coût astronomique va bientôt se réduire… Les États-Unis ont déjà envoyé 6000 missiles et bombes sur le sol afghan. Le coût de certains missiles s’élève à $1 million pièce. Attention à ne pas se tromper de cible !. Les 50.000 militaires américains basés en Asie touchent en guise de motivation $150 par mois…et la gloire en plus bien sûr. Autre chiffre « étonnant » : le coût par heure des avions de combat. Par exemple, les F14 coûte $5000 par heure. Personne ne gagne à faire la guerre sauf peut-être l’industrie militaire…»(Europusa.com).

Selon les données du National Priorities Project, si toutes les demandes additionnelles sont approuvées par le Congrès le coût de la guerre en Iraq atteindrait, pour le budget étatsunien, à la fin de l’année fiscale 2008, la somme totale de 611 milliards de dollars (National Priorities.org).

Pour voir le budget autorisé pour la guerre en Irak (en milliards de dollars), cliquez ici.

Selon d’autres sources d’information, les coûts réels pourraient atteindre les 3 000 milliards de dollars pour le budget national des États-Unis. Selon Joseph Stiglitz and Linda Bilmes du Journal The Times, en tenant compte des opérations elles-mêmes et des impacts directs de ces guerres sur l’ensemble de l’économie, les coûts des conflits en Irak et en Afghanistan ont pris des proportions fulgurantes et ils les estiment à la somme totale de 3 000 milliards de dollars. Ils concluent ainsi: «Par un brassage malsain de fonds d’urgence, par une série de livres comptables et par des calculs sous-estimés constants des ressources nécessaires à la poursuite de la guerre, nous avons essayé d’identifier combien nous avons dépensé – et combien nous devrons probablement dépenser jusqu’à la fin. Le chiffre auquel nous arrivons correspond à la somme de 3 000 milliards de dollars. Nos calculs sont basés sur des hypothèses conservatrices. Ces calculs sont simples en eux-mêmes, même s’ils se veulent compliqués sur le plan technique. Le chiffre de 3 000 milliards de dollars comme coût total nous apparaît juste et probablement plus bas que la réalité. Inutile de dire que ce total ne représente que le coût assumé par les États-Unis. Il ne reflète pas le coût énorme assumé par le reste du monde et l’Iraq» (Times online ). 

Les coûts estimés de la reconstruction

En préparation de la réunion de pays donateurs de Madrid sur le projet de reconstruction de l’Irak en 2003 le total de 35.82 milliards de dollars a été estimé pour la période 2004-2007, le tout ayant été préparé par un comité conjoint formé par des représentants des Nations Unies et de la Banque mondiale.

Ce total de 36 milliards dollars en provenance des États-Unis seraient consacrés aux 14 secteurs d’intervention suivants: Institutions gouvernementales, éducation, santé, création d’emplois, transport et télécommunications, approvisionnement et assainissement des eaux et disposition des matières résiduelles, électricité, planification urbaine, logement et mise en valeur du territoire, agriculture et ressources en eau, entreprises de l’État, secteur financier, investissement dans la lutte contre les changements climatiques et action contre les mines. Les Autorités provisoires de la Coalition ont estimé qu’il fallait 20 milliards additionnels en incluant cinq milliards de dollars pour la sécurité et la police et 18 milliards pour les infrastructures de l’industrie pétrolière (Wikipedia).

Les déplacés et les réfugiés

Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNCHR) la guerre en Irak à elle seule est responsable de 4.4 millions de réfugiés et de populations déplacées à l’intérieur des frontières (Global Voices online).

«La situation en Irak continue à empirer, avec plus de deux millions d’Irakiens dont on estime qu’ils ont été déplacés à l’intérieur des frontières et 2.2 millions qui ont cherché refuge dans les pays voisins » affirme le rapport de L’UNCHR».

«Selon des chiffres gouvernementaux, quelques 1.4 million d’Irakiens se trouvent maintenant en Syrie, jusqu’à 750 000 en Jordanie, 80 000 en Égypte et quelques 200 000 dans la région du Golfe. La Syrie, à elle seule, accueille un minimum de 30 000 Irakiens par mois» (Global Voices online). 

Conclusion

Ces guerres, comme on peut le constater, exercent, depuis le début du siècle, un impact majeur sur l’économie mondiale, car elles mobilisent des ressources matérielles et humaines considérables pour tuer et détruire, des ressources en provenance de l’ensemble de la planète. Elles créent un climat d’insécurité globale et provoquent, par le fait même, un puissant effet d’entraînement sur le réarmement d’un très grand nombre de pays avec des sommes colossales qui sont désormais engagées dans le processus de militarisation de continents tout entiers comme c’est le cas en Europe orientale et au Moyen Orient.

On peut le constater en analysant le taux de croissance des dépenses militaires mondiales. Depuis 1998 il a été constant et s’est avéré le net reflet de l’impact de ces guerres et celui du processus de réarmement global de la planète. Le total de ces dépenses, selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), est passé de 735 milliards à 1339 milliards de dollars entre 1998 et 2007, soit une augmentation de 45% par rapport à 1998 (pour voir le tableau des dépenses militaires mondiales, cliquez ici)). Ce total correspond à 2.5% du produit mondial brut (PMB) et à la somme de $202.00 par personne (SIPRI, 2008).

Est-ce qu’une nouvelle administration à la Maison Blanche sera susceptible de stopper ce processus? Il est permis d’en douter, car les dividendes de ces guerres profitent grandement aux grandes industries d’armements et nous savons que celles-ci exercent une forte influence sur les orientations politiques et stratégiques des grandes puissances.

Un message clair a été prononcé par George Miller, membre du Congrès du District de Californie et président du comité de l’éducation et du travail. Ce message traduit bien les préoccupations d’un grand nombre d’Étatsuniens concernant la guerre en Irak: “Notre économie et notre pays ne peuvent continuer de supporter le coût de cette guerre, ni pour les soldats et leurs familles qui ont consenti d’énormes sacrifices pour notre pays». Miller ajouta: «Nous devrions reconstruire l’Amérique et non l’Irak, et nous devrions rétablir la force énorme pour le bien que l’Amérique peut accomplir pour la communauté internationale plutôt que de continuer de fragiliser la stabilité régionale et ternir notre réputation à l’étranger en poursuivant cette guerre tragique et inutile. Je presse le Président d’apporter son appui au programme de retrait de nos troupes de l’Irak» (Georgemiller.house).

Ces guerres sont loin d’être terminées selon Albert Legault, chercheur du Centre d’études des politiques étrangères et de sécurité (CEPES) de Montréal: « Les guerres d’Irak et d’Afghanistan sont un désastre militaire, politique, économique, humanitaire et financier. En Irak, la situation militaire n’est pas plus stable qu’autrefois même si le nombre d’incidents violents a diminué –ce qui n’inclut pas les violents combats de Bassorah en mars 2008 et de Sadr Cité en avril – et de l’avis même des militaires américains, l’Afghanistan ne sera pas en mesure de s’occuper seule de sa sécurité avant 2013» (Er.uqam.ca).


Références

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AYAD, C. et M. Semo. 2008. Irak: bilan accablant pour une guerre de cinq ans. Le Quotidien Libération. Le 20 mars 2008. Adresse Internet: http://www.liberation.fr/actualite/monde/316691.FR.php

BELASCO, A. 2008. The Cost of Iraq, Afghanistan, and Other Global War on Terror Operations since 9/11. CRS Report for Congress. Order Code RL33110. Updated June 23, 2008. Prepared for Members and Committes of Congress. 64 pages.

BORTOLASO, M.B. 2007. Usa, la facture de la guerre a doublé. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation. Le 16 novembre 2007. Adresse Internet: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=7342

CHOSSUDOSKY, M. 2002. Guerre et mondialisation. La vérité derrière le 11 septembre. Montréal, écosociété. 256 pages.

CHOSSUDOVSKY, M. 2005. America’s “War on Terrorism”. Montréal, Global Research. 365 pages.

DOYLE, L. 2007. Trillion-dollar war: Afghanistan and Iraq set to cost more than Vietnam and Korea. Le 24 octobre 2007. Adresse Inernet: http://www.casafree.com/modules/news/article.php?storyid=7637

LEGAULT, A. 2008. La gestion post-Bush du chaos irakien et afghan. Le 8 avril 2008. Adresse Internet: http://www.er.uqam.ca/nobel/ieim/article-cepes.php3?id_article=4232

LEITENBERG, M. 2006. Deaths in Wars and Conflicts in the 20th Century. Cornell University, Peace Studies Program. Occasional Paper #29. 3nd ed. August 2006. 83 pages.

MEDDI, A. 2008. Combien de victimes civiles irakiennes tuées depuis 2003 ? Journal El Watan. Le 25 mars 2008. Adresse Internet: http://www.elwatan.com/Combien-de-victimes-civiles

OXFORD RESEARCH GROUP. 2006. War on Terror’ Failing, and Distracting Politicians from the Genuine Threats to Global Security : http://www.commondreams.org/news2006/0613-07.htm

STIGLITZ, J. et L. Bilmes. 2008. The three trillion dollar war

The cost of the Iraq and Afghanistan conflicts have grown to staggering proportions. Le 23 février 2008. Adresse Internet: http://www.timesonline.co.uk/tol/comment/columnists/guest_contributors/article3419840.ece

WHEELER, W.T. 2007. Which Side is the Pentagon On? The Costs of the Afghanistan War. Counterpunch. Le 29 août 2007. Adresse Internet: http://www.counterpunch.org/wheeler08292007.html

Sites Internet

America’s War on Afghanistan / Matrix Masters: http://www.matrixmasters.com/world/america/afghanistan/warafghanistan%20home.html

Actualité Mondiale : L’impossible bilan de la guerre en Irak: http://www.casafree.com/modules/news/article.php?storyid=7637

Civilian casualties of the War in Afghanistan (2001–present): http://en.wikipedia.org/wiki/Civilian_casualties_of_the_War_in_Afghanistan_%282001%E2%80%93present%29

"A Dossier on Civilian Victims of United States’ Aerial Bombing of Afghanistan: A Comprehensive Accounting" and "A Day-to-Day Chronicle of Afghanistan’s Guerrilla and Civil War, June 2003 – Present": http://pubpages.unh.edu/~mwherold/

Guerre et Occupation en Irak / Résumé exécutif: http://www.google.ca/search?hl=fr&q=Amnistie+internatinale+%2B+guerre+%2B+Irak&start=20&sa=N

International Peace Bureau: http://ipb.org/i/index.html

Iraq Body Count: http://www.iraqbodycount.org/

Chronologie de la guerre en Irak (2002-2008). L’Express.fr : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/chronologie-2002-2007_498027.html

Reconstruction in Iraq: http://en.wikipedia.org/wiki/Reconstruction_of_Iraq

Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI): http://www.sipri.org/

The CNN Wire. New high for Afghanistan deaths. Le 26 juin 2008: http://cnnwire.blogs.cnn.com/2008/06/26/new-high-for-afghanistan-deaths/

List of wars and disasters by death toll: http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_wars_and_disasters_by_death_toll#Wars_and_armed_conflicts

War in Afghanistan (2001–present): http://en.wikipedia.org/wiki/War_in_Afghanistan_(2001%E2%80%93present)#Civilians

War Victims Monitor: http://warvictims.wordpress.com/category/country/afghanistan/


Jules Dufour, Ph.D., est Professeur émérite à l’Université du Québec à Chicoutimi, Président de l’Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean,  Membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, Membre chevalier de l’Ordre national du Québec. Président du comité de coordination du Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent et membre de la Commission des Aires protégées de l’Union mondiale de la nature (UICN).

Jules Dufour est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca. 

Apporter la paix ici à Kaboul ? C’est possible, il faudra juste 30 ans.

Les mauvaises recettes de l’Occident au pays de la guerre

Article de Giulietto Chiesa (député européen), paru dans La Stampa le 15 juin 2008

 

De Kaboul

L’histoire ne se répète jamais. Cela vaut aussi pour l’Afghanistan, et pourtant, avant même de rejoindre le fascinant bunker-hôtel 5 étoiles de l’Aga Khan Hôtel Serana à Kaboul, ce sont les choses elles-mêmes qui évoquent le passé. Les patrouilles d’hélicoptères de combat qui voltigent au-dessus de Kaboul sont quasiment identiques à leurs homologues soviétiques, même si le drapeau est différent. Et je me souviens de l’assurance tranquille de ce général soviétique qui me disait en 1985 que l’Afghanistan serait pacifié « dans 2 ou 3 ans » . Quatre ans plus tard, les chars soviétiques franchissaient à Termez le majestueux Amu Diarà pour rentrer à la maison. Battus. Evidemment, le parallèle ne tient pas. Les Moudjahidine s’appuyaient sur la puissance militaire des Etats-Unis, et le sort de cette guerre, qui fit 12 000 morts parmi les troupes russes, fut scellé lorsque les missiles Stinger mirent fin à la supériorité aérienne russe. Et il y avait en plus les milliards de pétrodollars que l’Arabie Saoudite wahhabite versait aux chefs de Peshawar. Et aussi l’appui actif des services de renseignement pakistanais, l’ISI.

Aujourd’hui, derrière les factions armées que, par paresse, nous appelons toujours « talibans », il n’y a apparemment plus que quelques factions fondamentalistes pakistanaises. Et à l’inverse, de l’autre côté, on trouve toute la puissance de feu de l’OTAN, la supériorité aérienne américaine, les photos satellites, la reconnaissance à l’aide de drones (aéronefs sans pilote), les attaques « automatiques », le renseignement, l’organisation guerrière, technologique, moderne. Un déséquilibre des forces qui, à première vue, devrait assurer la victoire. Mais alors, pourquoi cette victoire n’arrive-t-elle pas ? Que signifient ces forteresses assiégées en lesquelles les ambassades étrangères ont été transformées, les mesures drastiques de sécurité, les voitures blindées, les gilets pare-balles devenus la tenue presque obligatoire même à l’intérieur de la capitale ? Est-il possible que peu – ou même de nombreux – talibans arrivent à créer une situation apparemment aussi incontrôlable ? Il y a évidemment une autre explication : c’est que les recettes que nous avons appliquées ne sont probablement pas les bonnes ; que le peuple, dans les campagnes et les vallées reculées, ne nous perçoivent pas comme des alliés. Par exemple, de cet énorme flux de financement, quelle proportion arrive véritablement à destination, c’est-à-dire à la population ? Différentes études, forcément approximatives vu le contexte, indiquent que pour chaque dollar envoyé en Afghanistan, seulement 15 centimes arrivent vraiment sur le terrain. Le reste se perd dans les mille replis de la corruption, ou bien finit dans les poches des seigneurs de guerre, ceux-là mêmes qui ont martyrisé le pays et ont maintenant récupéré leurs lucratives positions dans les gouvernements locaux et dans ceux des provinces, d’où ils maîtrisent les trafics – y compris ceux de la drogue – et l’administration publique, en plus de leurs affaires privées. Tout ceci est l’œuvre non pas des talibans, mais de ceux qui ont été installés au pouvoir par l’Occident depuis le 11 Septembre. Et les gens le savent.

Un ancien journaliste afghan venu nous voir à l’hôtel Serena l’expliquait avec précision : « Ce pays est encore en grande partie analphabète mais ce n’est plus comme il y a 10 ans. Pas tant à cause des journaux indépendants qui existent mais que seule une petite partie de la population lit. Pas tant non plus à cause de l’existence d’une vingtaine de chaînes de TV privées, car ceux qui ont la télévision sont une infime partie de la population de Kaboul, et encore moins dans les provinces. C’est principalement la radio occidentale, que l’on peut recevoir dans tout l’Afghanistan, et qui transmet dans les deux langues, le Farsi et le Dari. Des millions de personnes l’écoutent, souvent avec parcimonie, car là où il n’y a pas d’électricité (80% du pays), les gens doivent acheter des piles qui coûtent très cher. Mais le résultat c’est que les gens savent beaucoup de choses qu’avant ils ignoraient. Ils peuvent se faire une opinion. Et le mécontentement est grand, et s’accroît toujours plus. » Dans ce contexte, les élections truquées et quasi incompréhensibles pour les gens valent ce qu’elles valent, c’est-à-dire presque rien, pour établir un consensus adapté. La Constitution, un arrangement institutionnel très similaire, extérieurement, à l’Etat de Droit de nos démocraties occidentales, pourrait laisser croire à un développement démocratique. Mais elle ne suffit pas à créer une inversion de tendance vers la stabilité.
Ce qui apparaît avec évidence, c’est le caractère « imposé par l’étranger », en plus de l’aspect « dirigé par l’étranger », d’un programme complexe de démocratisation à l’occidentale, dans lequel les Occidentaux s’évertuent depuis 6 ans à expliquer aux élites afghanes (et non à la population qui est inatteignable pour eux) qu’ils doivent se soumettre à des règles qu’ils ne reconnaissent pas, et que selon toute probabilité, la majorité d’entre eux n’aiment pas. Le président de la Cour Suprême, Azizi, résume de façon symbolique : « Nous pensions aller du mal vers le mieux et maintenant nous nous retrouvons après 6 ans à aller du mal vers le pire. » Ce qui est sûr, c’est que la chute a été longue : plus de 30 ans ne se remontent pas facilement. Mais comment faire pour réformer la justice si un juge perçoit seulement 50 dollars de salaire mensuel ? Pire encore, cela représente la moitié de ce que touche un jeune policier à peine enrôlé dans une formation qui l’amènera inexorablement à risquer sa vie dans un village perdu d’une vallée reculée, et où de surcroît il ne pourra rien faire pour se défendre et défendre sa famille quand déboulera la première bande de talibans ou de quelque seigneur de guerre. C’est pour ça que construire une vraie police afghane ne se fera pas dans un délai bref. « Il faudra au moins une génération » explique un officiel allemand, désabusé. Cela signifie rester là pour 25 ou 30 ans.

Traduit de l’italien par Christophe Terrasson pour ReOpenNews

Les escadrons de la mort de la CIA tuent en toute « impunité » en Afghanistan

Par Joe Kay

Mondialisation.ca, WSWS, le 20 mai 2008
Commandos paramilitaires de la CIA

La semaine passée, un enquêteur des Nations unies a rendu public un rapport préliminaire soulignant le grand nombre de décès parmi les civils en Afghanistan, souvent aux mains d’unités hors-la-loi dirigées par la CIA ou d’autres agences du renseignement étrangères.

Cet enquêteur est Philip Alston, un professeur de l’Université de New York agissant à titre de Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires pour le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Son rapport lève un coin du voile sur les gestes illégaux des agences du renseignement, des forces d’occupation et de la police afghane dans leur tentative de réprimer l’opposition à l’occupation menée par les Etats-Unis et au gouvernement que ces derniers soutiennent.

Un rapport plus complet sera publié plus tard cette année.

Alston s’est concentré sur les meurtres de civils par les Etats-Unis et les autres forces militaires internationales, citant 200 morts rapportées lors des quatre premiers mois de 2008. Ce chiffre, toutefois, est basé sur les données colligées par les Nations unies et d’autres organisations internationales et est sans l’ombre d’un doute une grossière sous-estimation.

En plus des civils tués dans les raids aériens — visant souvent sans discrimination des habitations civiles — Alston a fait état de « plusieurs raids pour lesquels aucun État ou commandement militaire ne reconnaît sa responsabilité ».

Dans une conférence de presse qu’il a donnée jeudi, Alston a apporté plus de précision sur ce point : « J’ai parlé à plusieurs personnes en lien avec l’activité d’unités de renseignement étrangères. Je ne veux pas les nommer, mais elles occupent les plus hauts niveaux dans les régions où j’ai mené mes enquêtes. Ces forces opèrent avec ce qui semble être une entière impunité. » Les lieux où des incidents ont été cités dans le rapport indiquent que les agences du renseignement en question comprennent la CIA ou des Forces spéciales américaines.

Le rapport signale quelques incidents comme exemple de meurtres extrajudiciaires. En janvier 2008, deux frères furent tués dans un raid sur la province de Kandahar réalisé par des « membres internationaux ». Alston a trouvé que les victimes « étaient largement réputées, même par des représentants gouvernementaux bien informés, n’avoir aucun lien avec les talibans et les circonstances entourant leur mort sont suspectes. Toutefois, non seulement n’ai-je pas pu obtenir la version des faits d’un commandant militaire international, mais je n’ai même pas pu obtenir confirmation d’un commandant militaire international qu’un de ses hommes avait été impliqué. »

D’autres incidents ont impliqué des raids par des Afghans sous la direction de « services de renseignement internationaux » non identifiés menés à partir de bases dans les provinces de Kandahar et Nangarhar.

« Il est absolument inacceptable que des membres lourdement armés d’une force internationale accompagnés de membres lourdement armés des forces afghanes puissent aller là où ils veulent pour réaliser des raids dangereux qui finissent souvent par des morts sans que personne n’en prenne la responsabilité » peut-on lire dans le rapport.

Le quotidien britannique The Independent a donné des informations supplémentaires. Il a noté : « Un responsable occidental bien informé de l’enquête a dit que les unités secrètes sont aujourd’hui encore connues comme des forces de campagne qui furent déployées alors que les Forces spéciales américaines et les espions de la CIA recrutaient des soldats afghans pour les aider à renverser les talibans lors de l’invasion de 2001 sous direction américaine. "Nous avons gardé les plus brillants et plus intelligents parmi les hommes de cette milice, a dit le responsable. Nous les avons entraînés et réarmés et ils sont toujours en action. »

Le quotidien Independent a continué en citant un incident dans lequel les forces britanniques furent impliquées. « Dans la province d’Helmand, là où se trouve la majorité des 7800 soldats britanniques, les Forces spéciales ont été accusées d’avoir tranché la gorge d’un homme dans un raid de nuit qui a mal tourné. Les sources des agences de sécurité déclarent maintenant que l’opération a été organisée par une unité spéciale d’espions. »

Alston a aussi écrit sur les actions de la police afghane. « Elles n’agissent pas en tant que forces faisant respecter la loi et l’ordre, mais en tant que défenseurs des intérêts d’une tribu ou d’un commandant », a-t-il rapporté. Il a cité un incident dans lequel la police afghane a massacré un groupe d’une tribu rivale. Il n’y a pas eu d’enquête par le gouvernement ou les forces d’occupation. Dans un autre incident, la police a tué neuf manifestants et en a blessé 42 autres à Sheberghan en mai 2007.

En général, il a trouvé qu’il y avait très peu d’intérêt parmi les responsables américains ou afghans à suivre les morts civiles. « La complaisance en réponse à ces morts est étonnamment élevée » a-t-il dit.

Lors de la conférence de presse, il a noté « Lorsque je demandais le nombre des morts civiles enregistrées au cours de l’année, je me faisais répondre que ces chiffres ne sont disponibles en Afghanistan — c’est ce que m’ont répondu plusieurs représentants seniors de l’armée — ou encore qu’ils étaient secrets et que l’on ne pouvait me les transmettre. Lorsque je demandais plus d’informations sur certains incidents, dans le but de vérifier si les personnes impliquées avaient bien été punies, on me répondait qu’une telle information n’était pas disponible en Afghanistan et que je devrais plutôt lire les journaux des pays concernés. »

Le fait que la CIA a été impliquée dans des opérations secrètes en Afghanistan n’est ni nouveau ni surprenant. Déjà dans les années 1970, la CIA a développé des liens avec des sections de la population afghane, en particulier des éléments fondamentalistes islamiques, dans sa tentative de miner le gouvernement qui était alors soutenu par l’Union soviétique. Plus tard, la CIA a été très impliquée dans le développement de liens avec les seigneurs de guerre anti-talibans avant l’invasion et l’occupation américaines en 2001.

Après l’invasion, l’Afghanistan, en particulier la base aérienne de Bagram près de Kaboul, est devenu un point de transit pour les prisonniers capturés par les Etats-Unis et que l’on voulait expédier à la prison de Guantanamo, vers des prisons secrètes de la CIA ou vers des pays alliés des Américains pratiquant la torture. Les agences de renseignement américaines auraient également été impliquées dans l’interrogation de prisonniers dans la prison d’Abou Ghraib en Irak.

En 2005, les médias américains ont écrit des reportages sur les opérations des escadrons de la mort soutenus par les Américains en Irak et qui étaient déployés pour tuer des personnes suspectées d’être des opposants à l’occupation américaine. Yasser Salihee, un correspondant spécial de l’agence de presse Knight Ridder qui enquêtait sur les escadrons de la mort, a été tué d’une balle dans la tête en juin de cette année. D’autres reportages montrent comment l’armée américaine a modelé les unités irakiennes sur les escadrons de la mort déployées en Amérique centrale durant les années 1980 pour éliminer l’opposition de gauche aux intérêts américains.

Alors que la plupart des actions de la CIA sont cachées dans une aura de secret, un contractant de la CIA a été poursuivi pour avoir torturé un prisonnier afghan à mort en 2003. Ce contractant, David Passaro, a interrogé et battu le prisonnier, Abdul Wali, pendant deux jours, le blessant si sérieusement qu’il en est mort deux jours plus tard.

Dans une autre affaire, le New York Times a écrit samedi que le Pentagone allait de l’avant avec son projet de construction d’un complexe pénitentiaire de 160.000 mètres carrés à la base militaire de Bagram. La prison actuelle, ainsi que d’autres prisons afghanes et américaines, sont apparemment insuffisantes pour détenir le grand nombre de prisonniers faits par les forces d’occupation.

La nouvelle prison pourra aussi être utilisée pour des prisonniers actuellement détenus à Guantanamo. Elle sera conçue pour détenir jusqu’à 1100 personnes.

Article original en anglais, WSWS, paru le 19 mai 2008.
Copyright WSWS.

10 guerres, 10 médiamensonges

par Michel Collon pour Mondialisation.ca, Le 17 mai 2008

Contre le Venzuela et l’Equateur, Bush nous refait le coup des "armes de destruction massive". Petit inventaire de la désinformation.

Chaque guerre est précédée d’un grand médiamensonge. Aujourd’hui, Bush menace le Venezuela et l’Equateur. Demain, l’Iran ? Et après, à qui le tour ?
Avec, dans le rôle de la marionnette, le président Uribe, narcotrafiquant et massacreur d’Indiens (quatre millions de déplacés). Lequel Uribe prétend avoir trouvé dans l’indestructible ordinateur de Raul Reyes (FARC) des preuves du soutien de Chavez au « terrorisme » et de militarisation de la région.

Des journaux comme Le Monde répercutent cette campagne de propagande pour la prochaine guerre de Bush. Rappelons simplement combien de fois les mêmes Etats-Unis et les mêmes médias nous ont déjà manipulés. Chaque grande guerre est « justifiée » par ce qui apparaîtra plus tard (trop tard) comme une désinformation. Inventaire rapide…

1. VIETNAM (1964-1975) :

  • MEDIAMENSONGE : Les 2 et 3 août, le Nord-Vietnam aurait attaqué deux navires US dans la baie du Tonkin.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : L’attaque n’a jamais eu lieu. C’est une invention de la Maison-Blanche.
  • VERITABLE OBJECTIF : Empêcher l’indépendance du Vietnam et maintenir la domination US sur la région.
  • CONSEQUENCES : Millions de victimes, malformations génétiques (Agent Orange), énormes problèmes sociaux.

2. GRENADE (1983) :

  • MEDIAMENSONGE : La petite île des Caraïbes est accusée de construire une base militaire soviétique et de mettre en danger la vie de médecins US.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Entièrement faux. Le président US Reagan a fabriqué ces prétextes de toutes pièces.
  • VERITABLE OBJECTIF : Empêcher les réformes sociales et démocratiques du premier ministre Bishop (qui sera assassiné).
  • CONSEQUENCES : Répression brutale et rétablissement de la mainmise de Washington.

3. PANAMA (1989) :

  • MEDIAMENSONGE : L’invasion vise à arrêter le président Noriega pour trafic de drogue.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Créature de la CIA, Noriega réclamait la souveraineté à la fin du bail du canal. Intolérable pour les USA.
  • VERITABLE OBJECTIF : Maintenir le contrôle US sur cette voie de communication stratégique.
  • CONSEQUENCES : Les bombardements US ont tué 2.000 à 4.000 civils, ignorés des médias.

4. IRAK (1991) :

  • MEDIAMENSONGE : Les Irakiens auraient volé les couveuses de la maternité de Koweït-City
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Invention totale par une agence publicitaire payée par l’émir du Koweït, Hill & Knowlton.
  • VERITABLE OBJECTIF : Empêcher que le Moyen-Orient résiste à Israël et acquière son indépendance envers les USA.
  • CONSEQUENCES : D’innombrables victimes par la guerre, puis un long embargo y compris sur les médicaments.

5. SOMALIE (1993) :

  • MEDIAMENSONGE : Monsieur Kouchner se « met en scène » comme héros d’une intervention humanitaire.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Quatre sociétés US avaient acheté un quart du sous-sol somalien riche en pétrole.
  • VERITABLE OBJECTIF : Contrôler une région militairement stratégique
  • CONSEQUENCES : Ne parvenant pas à la contrôler, les Etats-Unis maintiendront la région dans un chaos prolongé.

6. BOSNIE (1992 – 1995) :

  • MEDIAMENSONGE : La firme US Ruder Finn et Bernard Kouchner mettent en scène de prétendus camps serbes d’extermination.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Ruder Finn et Kouchner mentaient. C’étaient des camps de prisonniers en vue d’échanges. Le président musulman Izetbegovic l’a avoué.
  • VERITABLE OBJECTIF : Briser la Yougoslavie trop à gauche, éliminer son système social, soumettre la zone aux multinationales, contrôler le Danube et les routes stratégiques des Balkans.
  • CONSEQUENCES : Quatre années d’une guerre atroce pour toutes les nationalités (musulmans, serbes, croates). Provoquée par Berlin, prolongée par Washington.

7. YOUGOSLAVIE (1999) :

  • MEDIAMENSONGE : Les Serbes commettent un génocide sur les Albanais du Kosovo
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Invention pure et simple de l’Otan comme le reconnut Jamie Shea, son porte-parole officiel.
  • VERITABLE OBJECTIF : Imposer la domination de l’Otan sur les Balkans, et sa transformation en gendarme du monde. Installer une base militaire US au Kosovo.
  • CONSEQUENCES : Deux mille victimes des bombardements OTAN. Nettoyage ethnique du Kosovo par l’UCK, protégée de l’Otan.

8. AFGHANISTAN (2001) :

  • MEDIAMENSONGE : Bush prétend venger le 11 Septembre et capturer Ben Laden
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Aucune preuve que ce réseau existe. De toute façon, les talibans avaient proposé d’extrader Ben Laden.
  • VERITABLE OBJECTIF : Contrôler militairement le centre stratégique de l’Asie, construire un pipeline permettant de contrôler l’approvisionnement énergétique de l’Asie du Sud.
  • CONSEQUENCES : Occupation de très longue durée, et forte hausse de la production et du trafic d’opium.

9. IRAK (2003) :

  • MEDIAMENSONGE : Saddam posséderait de dangereuses armes de destruction, affirme Colin Powell à l’ONU, éprouvette en main.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : La Maison-Blanche a ordonné à ses services de falsifier des rapports (affaire Libby) ou d’en fabriquer.
  • VERITABLE OBJECTIF : Contrôler tout le pétrole et pouvoir faire chanter ses rivaux : Europe, Japon, Chine…
  • CONSEQUENCES : L’Irak plongé dans la barbarie, les femmes ramenées à la soumission et l’obscurantisme.

10 VENEZUELA – EQUATEUR – (2008 ?) :

  • MEDIAMENSONGE : Chavez soutiendrait le terrorisme, importerait des armes, serait un dictateur (le prétexte définitif ne semble pas encore choisi).
  • CE QU’ON SAIT DEJA: Plusieurs médiamensonges précédents se sont déjà dégonflés : Chavez tirant sur son peuple, Chavez antisémite, Chavez militariste… Mais la diabolisation continue.
  • VERITABLE OBJECTIF : Les multinationales US veulent garder le contrôle du pétrole et des autres richesses de toute l’Amérique latine, ils craignent la libération sociale et démocratique du continent.
  • CONSEQUENCES : Washington mène une guerre globale contre le continent : coups d’Etat, sabotages économiques, chantages, développement de bases militaires près des richesses naturelles..

Bref, chaque guerre est précédée et ‘justifiée’ par un grand médiamensonge. Et notre inventaire est loin d’être complet !

Empêcher les guerres, c’est démasquer ces médiamensonges le plus tôt possible et le plus largement possible. Merci de diffuser ce texte, de le traduire si possible (la version espagnole arrive bientôt), et de nous communiquer ces traductions. Dans la guerre de l’info, la véritable force, c’est vous !

La représentation nationale et l’état-major doivent exiger de Sarkozy que soit mis un terme à notre participation à une guerre coloniale en Afghanistan

Par Michel Schneider pour Agoravox, le vendredi 4 avril 2008.

Sarkozy

Plus de deux Français sur trois « désapprouvent » la décision du “gouverneur” (celui qui dirige la France au nom de puissances et d’intérêts étrangers n’est pas un “président”, mais un gouverneur, un collaborateur, un “gauleiter”, un fondé de pouvoirs) Nicolas Sarkozy d’envoyer de nouvelles troupes en Afghanistan. Selon les résultats d’un sondage publié lundi 31 mars, 68 % des Français sont contre l’envoi des renforts en Afghanistan. Seuls 15 % sont pour cette décision de Nicolas Sarkozy et 17 % se sont abstenus de se prononcer. Toujours selon ce sondage, 65 % des Français sont d’avis que les Etats-Unis et leurs alliés se sont trompés en déclenchant la guerre en Afghanistan.

Or, Sarkozy a annoncé la semaine dernière, depuis Londres (rien à voir avec l’appel à la résistance du 18 juin, là il s’agit d’un appel à la soumission) que si la stratégie proposée par la France, intitulée « Le soutien à la paix » était approuvée au Sommet de l’Otan à Bucarest (2-4 avril), Paris enverrait des renforts en Afghanistan : environ 1 300 hommes (1 000 “troupiers” chair à canon et 300 “spécialistes” des forces dites spéciales).

Il est clair que sa décision, prise en contradiction avec ses engagements de campagne, d’envoyer en Afghanistan de nouvelles troupes françaises, bafoue une fois de plus notre Constitution. Et, dans les autres pays dits démocratiques, aucune opération de ce type ne pourrait être envisagée sans un vote préalable du Parlement. Il est vrai que Chirac et le “socialiste” Jospin n’avaient rien demandé à personne en 2001. Il s’agit pourtant bien d’une guerre d’agression contre l’Afghanistan, d’une guerre coloniale, pas d’une “opération de police”… Alors que les talibans avaient pratiquement éradiqué la culture du pavot, l’arrivée des Américains et de leur homme de paille Hamin Karzaï a permis de relancer comme jamais la culture de l’opium. La famille Karzaï se maintient à la tête d’un narco-Etat grâce à la protection de l’Otan qui couvre par ailleurs la dilapidation de l’aide internationale. Sur les 15 milliards versés à ce jour pour la reconstruction d’un pays préalablement ruiné par l’agression américaine, 5 milliards se sont volatilisés dans les circuits de la corruption et 40 % du solde retourne aux donateurs par le biais des rémunérations allouées aux “consultants”, sous-traitants et expatriés. Le but des Américains, et des compagnies pétrolières, est de verrouiller le plus longtemps possible l’Afghanistan au nez des Russes et des Chinois. C’est ce “système”, indéfendable et contraire aux intérêts d’une “Europe européenne”, que défendent les malheureux soldats français envoyés comme chair à canon par Sarkozy !

Pour seule raison à l’intervention des troupes françaises, Sarkozy n’évoque, en écho à son mentor George Bush, que la nécessité pour la France de ne pas rester à l’écart de la croisade contre “le terrorisme et Al-Quaïda”. Il ment, bien sûr, encore et toujours. Comme tous les Français de bon sens aujourd’hui, il sait que Ben Laden et Al-Qaïda sont des “marques déposées” de la CIA. Et que le terrorisme, lorsqu’il n’est pas le fait, précisément, d’agents américains ou israéliens, n’est que le résultat normal et juste des politiques coloniales des Etats-Unis et d’Israël. En se faisant le complice et le supplétif de l’empire Usraélien, Sarkozy fait de la France et des Français des cibles d’un terrorisme sciemment provoqué.

Même au prix du sang, comme Bush le 11-Septembre, Sarkozy entend manipuler l’opinion publique pour lui faire accepter un changement radical de la stratégie et de la politique étrangère de notre pays.

Nicolas Sarkozy veut créer une sorte de nouvel Atlantisme, un “triumvirat de l’Occident”, bras armé de la mondialisation, sans l’Allemagne et naturellement sans la Russie qui devraient pourtant être nos alliés naturels dans le cadre d’une “Europe européenne” (tout le contraire de “l’Europe bruxelloise”)…

C’est pourquoi il entend que la France réintègre rapidement le commandement militaire de l’Otan – l’année prochaine sans doute au moment du 60e anniversaire de l’organisation atlantique.

Pour atteindre ce sinistre objectif à marche forcée, Sarkozy doit accroître la participation des forces françaises en Afghanistan, en nombre et dans les zones de combats effectifs, et soutenir fermement l’élargissement de l’Otan à l’Ukraine et à la Géorgie. Ce sont là les buts de guerre des Américains pour museler fermement l’Europe.

Tout sera vu et décidé sous cet angle. Si les Français le laissent faire…

En effet, le général Jean-Louis Georgelin, chef d’état-major des armées françaises, n’a pas mâché ses mots sur le danger que représenterait l’envoi de troupes françaises supplémentaires en Afghanistan.

« Comme je le répète depuis un moment », a-t-il déclaré, « l’Afghanistan devient un merdier ingérable. Et nous n’avons aucun intérêt à nous y impliquer davantage ».

Consciemment, pour les plus intelligents, ou inconsciemment, les chefs d’état-major des armées ont compris quelles étaient les véritables motivations du gouverneur Sarkozy.

En voulant envoyer 1 300 “morts-vivants” de plus aux Américains en Afghanistan, Sarkozy confirme qu’il entend privatiser et miniaturiser une armée au service exclusif de l’empire Usraélien.

Les militaires savent désormais qu’avec un budget qui n’atteint plus 2 % du PIB et les incroyables pertes d’équipements, d’effectifs et de bases métropolitaines que cela implique, notre défense entre avec Sarkozy dans une récession mortelle.

En matière de défense, rare domaine où il pense pouvoir agir impunément, le gouverneur Sarkozy signe là pratiquement l’arrêt de mort de nos armées, après celui de notre politique étrangère. A partir du moment où celle-ci est devenue, dès son arrivée, un simple appendice, plus ou moins bruyant, du département d’Etat américain, la nécessité antérieure de conserver une politique de défense en rapport avec une puissance encore maîtresse de son destin ne s’impose plus et le handicap budgétaire qu’elle constituait peut être levé.

Les militaires français accepteront-ils sans broncher la mise à la casse, et au pas, de notre outil de défense ? Le proche avenir le dira. Car dans ce secteur aussi la résistance s’organise.

Michel Schneider

L’Iran riposte à L’OTAN

http://socio13.wordpress.com/2008/03/27 … e-a-lotan/
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Par la bouche de son Ministre des Affaires étrangères, en visite au Tadjikistan, l’IRAN vient de créer l’évènement en demandant officiellement à adhérer à l’ORGANISATION DE COOPERATION DE SHANGHAI (OCS).

Cette demande est une riposte claire à la nouvelle campagne de menaces guerrières et de mesures de rétorsion économique  contre le régime iranien lancée depuis Washington et Tel-Aviv.

Du point de vue militaire la démission de l’Amiral FALLON, commandant en chef du CENTCOM – qui couvre l’Europe et le Moyen-Orient Iran et Afghanistan compris – a mis fin à l’insubordination manifeste de la hiérarchie militaire US et a redonné de la voix aux traîneurs de sabre, CHENEY en tête.

Il s’en suit qu’à nouveau les médias débordent de détails sur les futures attaques de l’Iran. S’y côtoient des nouvelles brutes telles que le transit par le Canal de Suez d’un sous-marin nucléaire US faisant route vers le Golfe Persique (mais il y en a sûrement d’autres qui sont arrivés sous l’eau par l’Est sans se faire remarquer, faire transiter un sous-marin par Suez c’est l’exposer au monde entier pendant des heures) ou des fantasmes de terreur atomique en annonçant le bombardement de la nouvelle centrale nucléaire iranienne de construction russe de BUSHER  et susceptible de créer un TCHERNOBYL décidé de sang froid par les descendants d’Hiroshima.

Du point de vue économique, les USA ont décidé de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran. En application des dispositions financières du PATRIOT ACT ils vont interdire à toutes les banques du monde ayant des relations avec deux banques iraniennes d’Etat de commercer sur le territoire des Etats-Unis ou avec des banques étasuniennes.

En demandant à adhérer à l’OCS dans cette conjoncture,  l’Iran met la Chine et la Russie au pied du mur. En effet, si l’OCS a ,dés sa création, bien accordé à l’Iran le statut d’observateur , comme d’ailleurs à l’Inde au Pakistan et à la Mongolie, elle avait fait savoir l’an dernier qu’elle n’envisageait pas d’accueillir de nouveaux membres.

Accepter l’Iran dans l’OCS, c’est accepter de se porter à ses côtés en cas d’agression extérieure,  ce qui revient à dire aux Etats-Unis que s’ils attaquent l’Iran ils déclenchent la guerre mondiale. Tout simplement !

Or l’Iran abat cette carte à quelques jours du sommet de l’OTAN de Bucarest auquel la Russie participera en qualité de membre du « Partenariat pour la Paix » qu’elle a signé avec l’OTAN  et au cours duquel la Russie va, au nom de l’OCS, demander officiellement à l’OTAN de « cogérer » le dossier afghan.

Les raisons de cette demande sont  connues :

  • l’OTAN est embourbée en Afghanistan et s’y voit installée pour des décennies au risque d’y éclater car, la République monarchoïde DE NAGY BOCSA  mise  à part, les réticences à un engagement militaire supplémentaire et prolongé sont de plus en plus en nettes chez les autres partenaires des USA,
  • l’OTAN a des difficultés d’approvisionnement de toutes sortes – armes, carburant  – via le Pakistan jusqu’à présent seul couloir d’accès fiable.

Consciente de cette impasse stratégique des Etats-Unis et de leurs alliés, l’OCS qui contrôle tous les pays au Nord de l‘Afghanistan propose d’assurer à l’OTAN la sécurité d’accès au théâtre afghan en échange d’un partage de la responsabilité dans la gestion du problème afghan.

La leçon stratégique est immense : l’OTAN s’est aventurée trop loin de ses bases et en violation de ses propres statuts,   elle s’épuise et se divise dans une aventure sans issue (ou plutôt sans autre issue que la misère  du peuple afghan) et son adversaire principal lui propose, sans tirer un coup de canon, de prendre en main politiquement le dossier afghan pour la simple et bonne raison que l’Afghanistan est son voisin et que, suprême habileté dialectique, ce pays est un foyer du terrorisme contre lequel l’OCS entend lutter.

L’adhésion de l’IRAN, qui tient la frontière occidentale de l’Afghanistan, à l’OCS constituerait un appui majeur à cette démarche.

Les montagnes afghanes sont  et restent de véritables sables mouvants stratégiques. S’y agiter est mortel ! Vieille leçon toujours valable !

« L’effondrement de la puissance étasunienne» 

Par Paul Craig Roberts, le 18 mars 2008

 

​​​​Dans son célèbre ouvrage, The Collapse of British Power (1972) (L’effondrement de la puissance britannique), Correlli Barnett rapporte que, dans les premiers jours de la Seconde Guerre Mondiale, la Grande-Bretagne avait seulement assez d’or et de devises pour financer les dépenses de quelques mois de guerre. Les Britanniques se sont tournés vers les Étasuniens pour financer leur capacité à faire la guerre. Barnett écrit que cette dépendance marquait la fin de la puissance britannique.

​​​​Depuis leur commencement, les guerres des États-Unis au 21ème siècle contre l’Afghanistan et l’Iraq étaient des guerres non budgétisées, financées par les étrangers, principalement les Chinois et les Japonais, qui achètent les obligations du Trésor étasunien que le gouvernement émet pour financer son budget à découvert.

​​​​L’administration Bush prévoit un déficit budgétaire fédéral de 410 milliards de dollars pour l’année en cours. Cela indique que, comme leur taux d’épargne tourne autour de zéro, les États-Unis ne sont pas seulement tributaires du financement étranger pour leurs guerres et pour une partie des dépenses intérieures du gouvernement. L’emprunt à l’étranger paye les salaires du gouvernement, peut-être celui du Président lui-même, ou le financement des dépenses des différents ministères. Financièrement, les États-Unis ne sont pas un pays indépendant.

​​​​Les 410 milliards de dollars de déficit prévus par l’administration Bush sont basés sur l’hypothèse irréaliste d’une croissance de 2,7% du PIB en 2008, alors qu’en réalité l’économie est tombé dans une récession qui pourrait être grave. S’il n’y a pas 2,7%de croissance, le déficit réel dépassera considérablement les 410 milliards.

​​​​Tout comme le budget du gouvernement en pleine déroute, il en est de même du dollar, dont la valeur continue à baisser par rapport aux autres devises. Le dollar est sous pression non seulement des déficits budgétaires, mais aussi du très important déficit commercial et de la probabilité d’inflation due aux efforts de la Réserve Fédérale pour stabiliser le système financier très troublé avec de grandes injections de liquidités.

​​​​Une monnaie et un système financier en perdition avec un grand déficit budgétaire et commercial ne présentent pas un aspect attractif pour les créanciers. Pourtant, dans son orgueil démesuré Washington semble croire pouvoir toujours compter sur les Chinois, les Japonais et les Saoudiens pour financer le train de vie au-delà de leurs moyens des États-Unis. Imaginez le choc quand arrivera le jour où la mise aux enchères de titres de nouvelles dettes du Trésor étasunien ne seront pas entièrement souscrits.

​​​​Les États-Unis ont dilapidé 500 milliards de dollars dans une guerre qui ne sert pas leurs objectifs. De plus, ces 500 milliards de dollars ne sont que les coûts des frais. Ils n’incluent pas le remplacement du matériel détruit, les soins futurs pour les anciens combattants, l’intérêt des emprunts qui ont financé la guerre, ou la perte de PIB due au détournement des maigres ressources dans la guerre. Des experts, ne faisant pas partie de la machine que fait tourner le gouvernement, évaluent à 3 billions de dollars le coût de la guerre en Irak.

​​​​Le candidat républicain à la présidence a déclaré qu’il serait content de continuer la guerre pendant 100 ans. Avec quelles ressources ? Quand les créanciers des États-Unis considèrent notre comportement ils voient l’irresponsabilité budgétaire totale. Ils voient un pays se faisant des illusions, qui agit comme si c’était un privilège pour les étrangers de lui prêter de l’argent, un pays illusionné qui croit que les étrangers continueront à accumuler ses dettes jusqu’à la fin des temps.

​​​​Le fait est que les États-Unis sont en faillite. Dans son rapport au Congrès du 17 décembre 2007 sur l’états financier du gouvernement, David M. Walker, Contrôleur Général des États-Unis et patron du Government Accountability Office (GAO, textuellement, bureau de la responsabilité gouvernementale), a noté que « le gouvernement fédéral n’a pas gardé effectif le contrôle interne sur les comptes-rendus financiers (notamment sur la sauvegarde des avoirs) et sur la conformité avec les lois et les règlements importants à compter du 30 septembre 2007. » En langage courant, le gouvernement ne peut pas passer d’audit [les comptes ne peuvent plus être vérifiés à cause du désordre dû à l'irrespect des règlements, NDT].

​​​​De plus, le rapport du GAO a fait remarquer que les dettes accumulées du gouvernement fédéral « ont totalisé environ 53 billions de dollars au 30 septembre 2007. » Aucun fond n’a été mis de côté pour ces dettes qui laissent rêveur.

​​​​Juste pour que le lecteur comprenne, 53 billions représentent 53 mille milliards [soit 176.666 dollars pour chacun des 300 millions d'Étasuniens, NDT].

​​​​Déçu de parler à un sourd, Walker a récemment démissionné de son poste de patron du Government Accountability Office.

​​​​À compter du 17 mars 2008, un franc suisse vaut plus de 1 dollar. En 1970, le taux de change était de 4,2 francs suisses pour un dollar. En 1970, 1 dollar achetait 360 yens japonais. Aujourd’hui 1 dollar achète moins de 100 yens.

​​​​Si vous étiez créancier, voudriez-vous détenir une dette dans une monnaie qui a d’aussi piètres performances par rapport à la monnaie d’un petit pays insulaire qui a été vaincu et atomisé durant la Seconde Guerre Mondiale, ou par rapport à celle d’un petit pays enclavé européen qui s’accroche à son indépendance et n’est pas membre de l’UE ?

​​​​Voudriez-vous détenir la dette d’un pays dont les importations dépassent la production industrielle ? Selon les dernières statistiques sur les États-Unis, comme l’a signalé le numéro du 28 février de Manufacturing and Technology News, en 2007 les importations atteignaient 14 pour cent du PIB et la fabrication en constituait 12 pour cent. Un pays dont les importations dépassent la production industrielle ne peut pas clôturer le déficit de sa balance commerciale en exportant davantage.

​​​​La valeur du dollar s’est même effondrée face à l’euro, la monnaie d’un pays imaginaire, qui n’existe pas : l’Union Européenne. La France, l’Allemagne, l’Italie, l’Angleterre et les autres membres de l’UE continuent à exister en tant que nations souveraines. L’Angleterre conserve même sa propre monnaie. Pourtant, l’euro atteint chaque jour de nouveaux sommets par rapport au dollar.

​​​​Récemment, Noam Chomsky écrivait que les États-Unis pensaient posséder le monde. C’est à coup sûr le point de vue de l’administration Bush néo-conservatrice. Mais le fait est qu’en la matière les États-Unis sont redevables envers le monde. La « superpuissance » étasunienne ne peut même pas financer son propre fonctionnement, et encore moins ses guerres gratuites, sauf grâce à la gentillesse des étrangers qui prêtent de l’argent qui ne pourra pas être remboursé.

​​​​Les États-Unis ne pourront jamais rembourser leurs emprunts. Leur économie est dévastée par la délocalisation, par la concurrence étrangère, et par l’importation d’étrangers avec des visas de travail, alors qu’ils tiennent une idéologie libre-échangiste qui bénéficie aux gros bonnets corporatifs et aux actionnaires au détriment des travailleurs. Le dollar fait fiasco dans son rôle de monnaie de réserve et il sera bientôt abandonné.

​​​​Quand le dollar ne sera plus la monnaie de réserve, les États-Unis seront incapables de payer leurs factures en empruntant encore aux étrangers.

​​​​Je me demande parfois si la « superpuissance » en banqueroute sera capable de réunir les ressources pour rapatrier ses troupes stationnées dans des centaines de bases à l’étranger, ou si elle va tout bonnement les abandonner.

Chomsky : la volonté des irakiens n’est toujours pas prise en compte

Chomsky examine de récents sondages en provenance des zones de conflit. On y trouve de bonnes nouvelles, note-t-il. Effectivement afghans et irakiens pensent possible de trouver le chemin de la réconciliation nationale. A une condition : que les forces étrangères cessent d’occuper ou de combattre sur leur sol. Mais qui prend la peine d’entendre ce que disent et veulent ces peuples au destin tragique ?

 

Par Noam Chomsky, Kaleej times, 1er février 2008

L’armée d’occupation américaine en Irak (nommée par euphémisme la Force Multi-Nationale) conduit des études d’opinion approfondies. En décembre 2007, son compte rendu d’une étude qualitative était particulièrement optimiste.

Ce document concluait que cette étude « fournit des présomptions très fortes » permettant de réfuter l’opinion usuelle selon laquelle « une réconciliation nationale n’est ni prévisible, ni possible. » Au contraire, l’étude révélait qu’une « atmosphère optimiste régnait dans tous les groupes interrogés…et que l’on observait bien plus de point communs que de différences parmi les groupes apparemment si divers d’irakiens. »

Cette découverte d’ « opinions partagées » chez les irakiens à travers le pays « est une bonne nouvelle, selon l’analyse des résultats effectuée par les militaires, » notait Karen deYoung, dans le Washington Post.

Ces « opinions partagées » étaient détaillées par ce rapport. Selon deYoung, « les irakiens de tous groupes ethniques et religieux pensent que l’invasion américaine est la première cause des violences parmi eux, et ils voient dans le départ des forces d’occupation le facteur clé en direction d’une réconciliation nationale. »

Ainsi, selon les irakiens, il existe un espoir de réconciliation, si les envahisseurs, responsables de la violence dans le pays, se retirent et laissent l’Irak aux irakiens.

Mais ce document ne mentionnait pas cette autre bonne nouvelle : les irakiens semblent adopter les valeurs américaines les plus élevées, telles qu’elles ont été définies par le Tribunal de Nuremberg. Tout particulièrement, l’agression, « l’invasion par la force armée, » d’un état « du territoire d’un autre état » est le « crime suprême au plan international, différent uniquement des autres crimes de guerre en ce sens qu’il implique en lui-même l’accumulation des méfaits de tous les autres. » Le Procureur en chef américain à Nuremberg, Robert Jackson, affirma que le Tribunal ne serait qu’une farce si nous ne nous appliquions pas ces principes.

A la différence des irakiens, les USA et de fait l’occident dans son ensemble, rejettent les nobles valeurs professées à Nuremberg, ce qui constitue une indication intéressante sur la substance de ce fameux « clash des civilisations. »

Le général David Petraeus et Ryan Crocker, l’ambassadeur US en Irak, ont annoncé d’autres bonnes nouvelles en grande pompe à l’occasion d’une mise en scène du 11 septembre 2007. Seul un esprit cynique, bien sûr, pourrait croire que cette date ait été choisie en un rappel discret des affirmations de Bush et Cheney sur l’existence de liens entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden. Leur permettant ainsi, en commettant ce « crime international suprême » de prétendre qu’ils défendaient le monde contre le terrorisme.

Petraeus et Crocker communiquèrent des chiffres montrant que le gouvernement irakien avait notablement accéléré les dépenses de reconstruction, atteignant un quart des sommes allouées à cet effet. De bonnes nouvelles, effectivement, jusqu’à ce que la Cour des Comptes (GAO, Government Accountability Office) mène son enquête à ce sujet, et découvre que les montants réels n’étaient que le sixième de ceux qu’avaient annoncé Petraeus et Crocker, en baisse de 50% depuis l’année précédente.

D’autres bonnes nouvelles concernent le déclin de la violence confessionnelle, due en partie à la réussite du nettoyage ethnique meurtrier, dont les irakiens rendent responsable l’invasion. Il y a désormais moins de cibles pour les meurtres confessionnels. Mais on peut également l’attribuer à la décision de Washington de soutenir les groupes tribaux qui se sont organisés pour chasser Al Qaïda en Irak, ainsi qu’à l’augmentation du nombre de soldats sur le terrain.

Il est possible que Petraeus parvienne au même genre de succès que les russes en Tchétchénie, où les combats sont maintenant « limité et sporadiques, » et où Grozny connaît un boom immobilier, après avoir été réduite en ruine par l’attaque russe, comme l’a écrit CJ Chivers en septembre dernier dans le New York Times.

Peut-être un jour prochain Bagdad et Falloujah bénéficieront de « l’électricité rétablie dans de nombreux quartiers, de nouvelles entreprises de rues principales de la ville reconstruites, » à l’image de Grozny, en plein développement. Possible, mais douteux, si l’on considère les conséquences vraisemblables de la créations d’armées dirigées par des seigneurs de la guerre qui pourraient bien donner le jour à une violence confessionnelle accrue, venant s’ajouter à tous les « méfaits accumulés » par l’agression. Les irakiens ne sont pas les seuls à penser qu’une réconciliation nationale est possible. Un sondage mené par les canadiens montre que les afghans sont pleins d’espoir pour leur futur et sont favorables à la présence des canadiens et des forces étrangères. Ces « bonnes nouvelles » ont fait la une des journaux.

La lecture du détail des articlent révèle cependant quelques précisions intéressantes. Seuls 20% « pensent que les talibans l’emporteront après le départ des troupes étrangères. » Les trois quarts des sondés sont favorables à des négociations entre les talibans et le gouvernement Karzai, soutenu par les USA, et plus de la moitié approuvent l’idée d’un gouvernement de coalition. La grande majorité sont en désaccord avec la position des USA et du Canada, et pensent qu’une paix est possible en mettant en œuvre une approche pacifique. Bien que la question n’ait pas été posée dans le sondage, il semble raisonnable de penser que si la présence étrangère est acceptée, c’est pour mener des missions d’aide et de reconstruction.

On peut évidemment se poser de nombreuses questions au sujet de sondages effectués dans des pays sous occupation militaire étrangère, tout particulièrement dans des régions comme le sud de l’Afghanistan. Mais les résultats des sondages en Irak et Afghanistan sont conformes à ceux des études précédentes et ne doivent pas être ignorés.

De récents sondages au Pakistan ont également apporté des « bonnes nouvelles » à Washington. Cinq pour cent des sondés sont d’accord pour autoriser les USA ou d’autres troupes étrangères à entrer au Pakistan, pour « poursuivre ou capturer les combattants d’Al Qaïda. » Ils sont 9% en faveur d’une autorisation pour les forces américaines de « poursuivre ou capturer les insurgés talibans qui ont franchi la frontière depuis l’Afghanistan. »

Près de la moitié souhaitent accorder aux troupes Pakistanaises une autorisation semblable. Et ils ne sont q’un petit 80% à considérer que la présence militaire américaine en Asie et en Afghanistan représente une menace pour le Pakistan, tandis qu’une large majorité pensent que les USA veulent s’en prendre au monde musulman. La bonne nouvelle, c’est que ces résultats sont nettement meilleurs par rapport à ceux d’octobre 2001, où un sondage Newsweek avait révélé que « 83% des pakistanais interrogés déclaraient se ranger dans le camp des talibans, et un tout petit 3% exprimaient un soutien aux USA. » Plus de 80% décrivaient alors Oussama Ben Laden comme un guérillero et 3% comme un terroriste.

Au milieu de ce flot de bonnes nouvelles en provenance de la région, le débat gagne en intensité parmi les candidats à la présidentielle, les membres du gouvernement et les commentateurs, sur les options dont disposent les USA en Irak. Cependant une voix est toujours absente de ce débat : celle des irakiens. Leurs « opinions partagées » sont connues de tous, comme elles l’étaient déjà par le passé. Mais ils ne peuvent être autorisés à choisir leur propre destin, pas plus que des enfants ne le seraient. Seuls les conquérants ont ce droit.

Peut-être y a-t-il la aussi quelque leçon à tirer au sujet du « clash de civilisation. »


Publication originale Kaleej Times, traduction Contre Info

Dissimulation consciente par la politique et le militaire: Meurtre systématique de la population civile

Les photos, publiées maintenant, d’un massacre d’enfants afghans dans la province de Helmand de l’année passée et d’un ­massacre dans le district de Garmsee bouleversent l’opinion publique. D’un hélicoptère armé, on chasse et tue des enfants d’un village afghan. On ne peut rester sourd aux cris des mères désespérées devant l’événement incompréhensible. (cf. le DVD «Le ­massacre des enfants à Helmand», M.D. Miraki, et le rapport juxtaposé de Matiullah Minapal et d’Aziz ­Ahmad Tassal).

Personne ne peut dire que les responsables de l’armée n’aient pas eu connaissance d’un tel massacre d’enfants innocents (et ils ­doivent en prendre connaissance!). Tous les indices (rapports et témoignages oculaires) montrent que ce massacre n’est pas un cas isolé et qu’un tel procédé est toléré par la direction militaire, voire même approuvé.

Aujourd’hui, c’est encore par hasard que des nouvelles des événements réels par­viennent des territoires de l’Afghanistan du Sud et de l’Est, qui sont isolés de façon hermétique du public par les forces belligérantes. Les nouvelles, qui sont répandues «normalement» aux Etats-Unis et en Europe, sont censurées et arrangées par les officines de presse militaires américaines responsables (par exemple Fort Bragg). Le peu de rapports qui passent quand même la censure sont bouleversants. Massacres de civils, viols, abus sexuels de mineurs et meurtres insensés. Les belles paroles venant des autorités officielles comme «hôpitaux, démocratie et reconstruction» donnent l’impression de la pire moquerie.

Les parallèles avec la guerre du Vietnam sont de plus en plus fatals. Cette guerre-là s’était également dirigée de facto contre la population civile. Aux yeux du soldat, les habitants du Vietnam étaient tous des alliés du Vietcong ennemi. Ainsi le militaire justifiait les atrocités exercées contre la population du pays. Les crimes de guerre ­furent ignorés et tolérés – ou même exigés – par la direction de l’armée. Les ressemblances entre le Vietnam et l’Afghanistan sont alarmantes. (cf. Bernd Greiner, «Krieg ohne Fronten. Die USA in Vietnam», ISBN 978-3-936096-80-4).

L’escalade militaire en progression en Afghanistan est décrite par l’expert allemand sur l’Afghanistan Christoph R. Hörstel («Sprengsatz Afghanistan. Die Bundeswehr in tödlicher Mission», ISBN 978-3-426-78116-6). Au lieu de la reconstruction promise, les combats s’intensifient partout et l’emploi d’armes est plus massif.

L’alliance de guerre sous la direction des Etats-Unis mène une guerre dépourvue d’un minimum de respect devant tout être humain. L’emploi gigantesque de différentes armes dépasse toute imagination. Déjà en 2002 (!), Helen Caldicott a décrit l’arsenal de terreur utilisé en Afghanistan («Atomgefahr USA. Die nukleare Aufrüstung der Supermacht.», ISBN 3-7205-2385-3). A part les armes à sous-munitions, les bombes à l’essence, les armes à l’uranium et les bunker buster, qui frappent tout d’abord la population civile, on «teste» aussi d’autres systèmes d’armes. Ce sont des armes dont les effets nous sont encore inconnus. Il faut tout de suite arrêter ces crimes de guerre meurtriers.

 


 

Chers lecteurs, chères lectrices,

Vous trouverez ci-dessous le lien vers une documentation vidéo sur le massacre de 27 enfants afghans dans la région de Helmand en Afghanistan qui a été perpétré en été 2007. Ce document nous a été transmis par le Pr Daud Miraki.

Regardez ce document vidéo et écoutez les cris des mères – ce sont aussi nos enfants …
Et rendez-vous bien compte qu‘il ne s‘agit pas d‘homicides involontaires – quasi­ment par mégarde, lors d‘une attaque contre une cible militaire: Non, chacun de ces enfants a été pris pour cible individuellement et assassiné à l‘aide de moyens technologiques militaires d‘une précision extrême lors d‘un raid aérien.

http://video.google.com/videoplay?docid=-1332529811306781463

Vous pouvez obtenir la documentation et son exposé contenant des informations sur la situation actuelle en Afghanistan sur ­disque DVD auprès de la rédaction d’Horizons et débats.

 

Mardi 19 Février 2008

 

http://www.horizons-et-debats.ch

Entretien : La politique afghane de l’Occident est un échec

 

17 février 2008 « Sous Rumsfeld et Bush, on ne voulait pas reconstruire mais contrôler l’Afghanistan. Et ce que nous voyons aujourd’hui est le résultat de cette politique : on voulait contrôler le pays à moindre coût et pour un profit maximum, mais cela ne fonctionne pas. »

Le Dr Michael Pohly, de l’Université libre de Berlin, répond aux questions de Horizons et débats, 11 février 2008

Aux dernières nouvelles, la situation en Afghanistan s’est encore détériorée. Le pays tout entier est sur le pied de guerre et il n’est plus question de reconstruction. Comment voyez-vous les choses ?

M. Pohly : La situation est très critique car les défauts de la politique sont devenus évidents. On observe une augmentation de la volonté de résistance qui vient des zones rurales. Il existe des régions entières dont le gouvernement a perdu le contrôle ou dans lesquelles il n’a jamais tenté de procéder à une sérieuse reconstruction.

Quelle est la situation des habitants ?

Cela dépend. Kaboul est maintenant une grande agglomération de trois millions et demi à quatre millions de personnes bien que la ville soit faite pour un million et demi d’habitants. Il n’existe pas de programme de retour pour ceux qui sont venus en ville. Il n’y a pas non plus de programme pour ceux qui reviennent à Kaboul ou s’y sont installés et l’emploi de même que l’approvisionnement sont un énorme problème.

D’un autre côté, on a vu apparaître des quantités de spéculateurs à Kaboul et il y a un énorme clivage entre les riches et les pauvres. Il n’existe pas de programme d’intégration sociale.

Ces défauts doivent être attribués à la politique du gouvernement afghan et également à l’Occident. Si l’on demande actuellement à l’Allemagne d’envoyer davantage de troupes, c’est dans le but d’une militarisation censée réagir contre les déficits politiques.

L’ONU a donné mission à la FIAS (Force internationale d’assistance à la sécurité) de reconstruire le pays. Qu’en est-il de cette reconstruction qui devrait profiter à la population ?

A mon avis, on constate des manques importants. On a réussi à améliorer les infrastructures des grandes villes, à créer des liaisons entre les villes. Mais c’était la tâche la plus facile. Les gouvernants n’ont pas réussi à emporter l’adhésion de la population. On ne lui a pas proposé de programme de développement pour les vingt prochaines années. Au lieu de cela, on a observé au cours des sept ­dernières années une politique de magouilles entre Karzai, entre les membres du gouvernement et les Américains. D’autre part, relativement peu de personnes participent aux décisions. Elles se négocient souvent en coulisses. Les zones rurales ont été négligées de manière impardonnable et sont maintenant perdues.

Depuis la fin de l’automne 2001, les membres du gouvernement ont été en majorité imposés de l’extérieur, ce qui constitue un gros problème. Quelles autres fautes ont été commises dans la formation du gouvernement ?

Une grave erreur a été d’intégrer les seigneurs de la guerre dans le gouvernement. Les Afghans ont ressenti cela comme une récompense pour les méfaits qu’ils ont commis au cours des 20 à 25 dernières années. La communauté internationale a ainsi perdu de sa crédibilité, perte accentuée par le fait que la FIAS a conclu des accords de trêve et de coopération avec les seigneurs de la guerre et a rendu certains d’entre eux très puissants. Or ces gens sont finalement les seuls à profiter des avantages de la « paix ».

Le renforcement des troupes demandé avec tant d’insistance par le gouvernement américain et le commandement de l’OTAN est-il à votre avis une solution aux problèmes de l’Afghanistan ?

Non, je ne crois pas. Cela augmente la militarisation de la politique qui présente déjà suffisamment de défauts et l’armée n’est pas en mesure d’y remédier.

On a négligé d’accorder une place centrale à la question de la justice. Ce que voulaient les Afghans, c’est la justice sociale. Ils voulaient que l’on demande des comptes aux seigneurs de la guerre pour les crimes ­contre l’humanité qu’ils avaient commis et qu’ils n’occupent plus de postes à responsabilité. C’est la moindre des choses que la population attendait du processus de « démocratisation » engagé par l’Occident. Mais au lieu de cela, ils ont vu que, sous la pression des Nations Unies, du concept du représentant spécial de l’ONU pour l’Afghanistan Brahimi, ces auteurs non seulement de crimes capitaux mais de crimes contre l’humanité obtenaient en récompense des postes et des dignités.

C’est une chose dont l’Occident n’est absolument pas conscient. On pensait que les Afghans n’avaient pas ce sens de la justice, or il est très fort chez eux, quelle que soit leur origine ethnique.

Ainsi, on n’a pas créé la sécurité à l’intérieur du pays. Or sans sécurité, aucun développement n’est possible et sans développement la sécurité n’est pas possible. Ces deux éléments sont intimement liés et on les a négligés tous les deux. Il n’y a pas de sécurité parce que les forces de police que nous avons mises sur pied sont constituées d’anciens miliciens qui ont simplement changé d’uniforme et sont mal payés. Pour la population, ils représentent une menace plus importante que les bandits. Le concept de rétablissement d’une police, également celui de l’Allemagne, très beau en théorie, a échoué en pratique. Et ce que les Américains ont fait en l’espace de six semaines, c’est-à-dire nommer 30 000 policiers, n’a pas garanti la sécurité. On s’est servi de ces malheureux en en faisant des troupes paramilitaires et ce sont elles qui subissent le plus de pertes dans les combats contre les talibans.

Il n’y a pas non plus de reconstruction du système judiciaire. Il n’y a pas de règlements. L’Etat n’a toujours pas réussi à monopoliser l’usage de la force et à s’imposer vis-à-vis des seigneurs de la guerre.

Les Etats-Unis viennent de demander de manière quasi impérative des troupes euro­péennes, avant tout allemandes, pour combattre dans le Sud. Qu’en pensez-vous ?

Dès le départ, les Américains avaient un autre concept pour l’Afghanistan. Sous Rumsfeld et Bush, on ne voulait pas reconstruire mais contrôler l’Afghanistan. Et ce que nous voyons aujourd’hui est le résultat de cette politique : on voulait contrôler le pays à moindre coût et pour un profit maximum, mais cela ne fonctionne pas.

Le gouvernement allemand devrait par conséquent opposer un refus clair et net ?

Effectivement, c’est ce qu’il devrait faire car cela ne marchera pas. Ce sera un échec, comme en Irak, car on n’obtient rien par les armes.

Si nous n’obtenons pas l’adhésion de la population, nous échouerons. Prenons la question des talibans. Ils trouvent un écho certain dans la population. Voici comment cela se passe. Par exemple, deux ou trois tribus ont des différends entre elles en ce qui concerne les droits de pâture, le droit des eaux, le droit foncier, etc. Que font les talibans ? Ils vont là-bas et deviennent le parti d’une des tribus, d’un des clans parce que l’Etat est inexistant. On monte les tribus les unes contre les autres, certaines deviennent subitement fortes parce qu’elles sont soutenues par les talibans, qu’elles peuvent dominer les autres ou du moins imposer leur prétendu droit sous une forme ou une autre. Ce qui fait la force des talibans, c’est qu’ils tirent profit des différends à cause de la carence de l’Etat.

Si nous sommes conscients de cela, notre politique doit consister en autre chose qu’une « pacification militaire », c’est-à-dire une guerre contre des gens qui peuvent toujours se rabattre sur le Pakistan. Les talibans pénètrent en Afghanistan, mènent une opération puis repartent. Il est donc très difficile de les arrêter en Afghanistan à part dans quelques régions qui ont été pratiquement abandonnées par l’Etat.

Mais si l’objectif est de contrôler un pays, on n’a donc aucun véritable intérêt à le pacifier.

Exactement, c’est pourquoi on met la charrue avant les bœufs. Malheureusement, nous cédons très facilement aux désirs des Américains, y compris en ce qui concerne l’engagement dans le Sud. D’autre part, nous n’avons pas vraiment voulu adopter une position indépendante en disant par exemple : nous voulons le développement, nous nous y prenons autrement. Nous nous sommes contentés de symboles et avons suivi la politique des Etats-Unis.

Que pensent les Afghans que vous connaissez de la présence depuis des années de troupes étrangères dans leur pays ?

Maintenant, c’est différent de la fin de 2001. Leur attitude a nettement changé. Au début, jusqu’à 95% des habitants saluaient la présence des troupes qu’ils ne considéraient pas comme des troupes d’invasion. Ils espéraient qu’elles mettraient fin aux malheurs causés par les talibans, par les forces basées au Pakistan qui constituaient – et constituent toujours – la colonne vertébrale logistique et idéologique des talibans. C’est pourquoi les troupes étrangères furent considérées comme des libérateurs. C’est la différence essentielle avec l’Irak. Les gens espéraient qu’elles instaureraient la justice et la justice sociale et qu’elles mettraient à l’écart ceux qui les avaient fait souffrir au cours des trente dernières années.

Or ce ne fut pas le cas. Les Américains ont pratiqué une politique consistant en deux choses : d’une part, nous avons eu la FIAS qui a eu l’idée insensée d’instaurer un couloir de sécurité autour de Kaboul, de développer la capitale et de régir la pays à partir de là. Ce projet était totalement absurde et les Afghans n’ont pas tardé à le critiquer. D’autre part, les USA n’ont rien imaginé de mieux que de repartir à la chasse d’Al-Qaïda avec les milices qui étaient détestées.

Ce faisant, les Américains ont renforcé les forces afghanes qui étaient opposées à Kaboul si bien qu’on a eu, dans la capitale et en province, des forces qui étaient censées collaborer avec les Américains mais qui luttaient les unes contre les autres. Mais on a laissé complètement de côté les nombreux chefs de tribus désireux de reconstruire l’Afghanistan, à vrai dire uniquement pour participer au pouvoir et empocher l’argent qui allait être distribué. On a prétendu qu’ils ne comptaient pas. C’est une des raisons pour lesquelles on a perdu les régions situées au-delà de Kaboul.

Que pensent les Afghans de la poursuite de la guerre ?

Nous avons mis en garde assez tôt contre la poursuite des bombardements sur zone. Dès le début de la guerre, à l’automne 2001, et plus tard dans leur poursuite d’Al-Qaïda et des talibans, les Américains, pour protéger leurs troupes, ont bombardé massivement des fermes et d’autres objectifs civils et ces « dommages collatéraux » (pour employer un euphémisme du jargon militaire) qui dévastent les régions pachtounes nuisent considérablement aux processus sociaux.

On connaît ainsi de nombreux cas où l’occupant a bombardé des noces ou des enterrements parce qu’il pensait qu’un membre d’Al-Qaïda ou un taliban y participait et il a sacrifié 30, 120, 150 personnes pour en atteindre une seule. La nouvelle de ce genre d’opérations se répand dans la population.

Ces rassemblements ne servent pas seulement à fêter un couple ou à prendre congé d’un mort, ce sont des événements sociaux où l’on prépare l’avenir. On s’y met d’accord sur des noces, on conclut des contrats, on y règle de vieux comptes ou on se réconcilie. Ce sont des moments essentiels de la vie sociale auxquels les Américains s’attaquent par leurs bombardements. Ils interviennent dans le cycle de vie de cette société et on ne leur pardonne pas.

Il y a eu de véritables massacres, par ­exemple à Helmand.

C’est à pleurer. Ce crime a été étouffé. Je pense également au général Abdul Rashid Dostum, ce grand criminel de guerre qui a 30 000 à 40 000 morts sur la conscience. Il est maintenant ministre de la Défense. Après 1945, l’Allemagne a au moins tenté d’assumer ses crimes, elle a condamné certains des principaux responsables. En Afghanistan, cela n’a absolument pas été fait.

J’ai moi-même enquêté sur plusieurs cas et envoyé ma documentation aux Nations Unies et au gouvernement Karzai. Il s’agissait d’hommes qui voulaient se porter candidats à la Jirga ou l’avaient déjà fait qui ont ensuite été menacés par des membres du gouvernement qui ont donné l’ordre de les tuer parce qu’ils étaient devenus trop dangereux pour le pouvoir. L’Occident n’a jamais voulu s’occuper de ces affaires.

Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui se sont rendu compte qu’ils pouvaient continuer d’agir comme jusqu’ici – et maintenant même avec l’aide de l’Occident – qu’ils pouvaient enfin s’installer. Et c’est ça qui a provoqué cette profonde déception chez les Afghans. C’est pourquoi ils laissent faire les talibans sans pourtant leur être favorables.

Avez-vous une idée de ce que pourrait être un concept de paix pour l’Afghanistan ?

Oui, je crois. Nous avions soumis plusieurs propositions au gouvernement fédéral que nous avions développées en collaboration avec les Afghans. En 2002, j’ai passé ­presque une année en Afghanistan. J’ai fait du travail de reconstruction pour la Fondation ­Friedrich-Ebert, fondation du SPD, m’occupant essentiellement du processus de démocratisation et des partis. Nous avons participé à la préparation de la Loya Jirga d’urgence, nous avons poursuivi des projets antérieurs. Nous avions réussi à établir un réseau de jirgas tribales. Elles avaient fait de nombreuses propositions sensées.

La première demande fut celle-ci : « Rendez-vous dans les territoires extérieurs aux centres urbains et formez des gens qui n’ont pas de passé criminel. » Il y avait 46 jirgas indépendantes et nous avons travaillé avec 42 d’entre elles. On nous a dit : « Allez dans les grandes villes et formez-y des policiers et des soldats et abandonnez-nous la lutte. Nous savons qui a fait quoi. Nous savons où sont les gens, s’ils sont animés d’un esprit positif ou négatif. Donnez-nous la possibilité de nous défendre. »

J’ai fait des estimations et en ai discuté avec des gens de la FIAS. Il aurait fallu un contingent de 550 hommes pour chaque grande ville (Kandahar, Herat, Mazar-e ­Charif, Jalalabad, Bamina, Khost et éventuellement Pul-e Khumri) plus des instructeurs. Pourtant nous avons complètement perdu notre temps. L’expérience a été un échec. Nous aurions dû tout de suite prendre contact avec les tribus, avec des gens sans passé criminel, mettre sur pied une nouvelle armée, une nouvelle police. Nous aurions dû travailler simultanément à partir des régions et à partir du centre et ensuite avec les projets de développement. Ç’aurait été une solution raisonnable.

L’Occident n’aurait pas vécu la situation actuelle où des troupes étrangères se battent contre les talibans à la frontière. Ce sont les Afghans qui aurait fait ce travail. Ils le feraient encore aujourd’hui.

Au lieu de cela, on a nommé ministre de la Défense un des pires seigneurs de la guerre, Mohammed Fahim. Mais aussi bien les Pachtounes que les Hazara ont refusé d’envoyer des jeunes hommes servir sous ses ordres. Ils ont dit : « Nous ne mettrons aucun d’entre nous à la disposition d’un homme au passé aussi chargé. »

C’est également un problème du processus de Petersberg. Si ç’avait été une région sous mandat des Nations Unies, les choses auraient été plus faciles. Nous aurions été plus crédibles. Mais au lieu de cela, les Américains ont placé Karzai et chacun sait qu’il pratique une politique par procuration.

En intégrant des Afghans au passé vierge, qui avaient exercé des responsabilités auparavant, donc des gens vraiment formés et pas seulement des seigneurs de la guerre, on aurait pu construire une base solide, mais cela a été balayé d’un revers de main : Nous nous concentrons sur Kaboul. Nous n’allons pas dans les provinces. On constate aujourd’hui le résultat de cette politique.

Mais ce n’était pas ce que voulaient les politiques.

Non, parce qu’on voulait tout contrôler. On ne voulait pas reconstruire le pays, on ne voulait pas qu’il soit indépendant. On ne voulait ni la reconstruction ni l’autonomie. On parlait certes d’autonomie mais toutes les décisions ont été prises pas les Nations Unies, les Américains et Karzai. La population a été tenue à l’écart. On s’en est rendu compte dans les faits, par exemple à propos de la Constitution. Les gens voulaient en débattre. A ­l’époque, j’étais dans le pays, dans les provinces, dans le Sud. J’ai parlé avec les gens. Ils ne savaient pas de quoi discuter. Ç’aurait été un des moyens de susciter une envie de renouveau selon le principe « nous élaborons ensemble une Constitution ».

Or la Constitution leur a été imposée. C’est un mélange de droit occidental, de droit traditionnel et de dispositions dirigées contre certaines personnes. C’est un conglomérat désastreux.

 

Le Dr Michael Pohly est médecin et ethnologue. Il travaille à l’Institut d’études iraniennes de l’Université libre de Berlin. Différents partis et institutions publiques le consultent comme expert et il est conseiller des ministères des Affaires étrangères et de la Coopération économique. Il a signé de nom­breuses publications sur l’Afghanistan.


 

Publication originale Horizon et Débats

Illustration : Artilleurs américains en Afghanistan – ( Ndlr : cette image présente une similitude frappante avec la scène d’« Au coeur des ténèbres » de Joseph Conrad, où une canonnière longeant les côtes d’Afrique pilonne absurdement une jungle impénétrable. )

 

Bush demande instamment de l’aide à la France

Par Paul Craig Roberts, le 11 février 2008

​​​​« Nous soutenons les troupes ! » C’est l’excuse donnée par les Démocrates pour la poursuite du financement de l’agression de Bush en Iraq et en Afghanistan. Mais, bien entendu, le financement de la guerre ne soutient pas les troupes. Le financement de la guerre soutient une machine malfaisante qui mâche et recrache la vie et le bien-être des soldats, ainsi que celle de centaines de milliers d’irakiens et d’afghans, hommes, femmes et enfants. Le financement de la guerre soutient l’agression de Bush en Irak et en Afghanistan et les efforts qu’il continue à déployer pour s’emparer de ces deux pays afin de les transformer en États fantoches.

​​​​Les sondages montrent que la majorité des militaires et leurs familles ne soutiennent pas l’agression de Bush. Le fait que la campagne à l’investiture présidentielle républicaine de Ron Paul ait reçu la part du lion des contributions provenant des familles de militaires, souligne aussi le grand fossé entre les troupes et ceux qui voudraient les « soutenir » en les maintenant en Irak et en Afghanistan. Ce que signifient vraiment tous ces autocollants à l’arrière des quatre-quatre, qui proclament « soutenir les troupes, » est le soutien aux guerres d’agression de Bush contre les Musulmans.

​​​​Selon le Washington Post (9 février 2008), les 3,1 billions de dollars (*) du budget fédéral de Bush ne financent pas sa proposition, faite lors de son discours sur l’État de l’Union, d’autoriser les militaires à virer leurs allocations d’études inutilisées aux membres de leur famille. Bush a reçu des applaudissements pour son speech télédiffusé dans tout le pays, mais son budget ne prévoit pas d’argent pour les militaires et leurs familles.


Bush hilare lors du discours sur l’État de l’Union


​ ​​Les analystes du gouvernement calculent que le coût des prestations d’éducation serait de l’ordre de un à deux milliards de dollars par an, le coût du financement de deux jours de guerre.

​​​​Le seul argent que Bush et le Congrès veulent donner aux troupes est le nécessaire à leur maintien en état de guerre. Tout le monde a lu les histoires d’horreur du manque de soin aux soldats revenus d’Iraq blessés physiquement et sur le plan émotionnel.

​​​​En revanche, pour financer sa guerre, Bush et le Congrès ont déjà dépensé en frais et coûts futurs au moins 1.000 milliards de dollars. Tout Étasunien peut dresser une liste d’usages préférables pour cette immense fortune, qui fait sauter l’infrastructure d’un pays et tue ses citoyens par centaines de milliers.

​​​​Rien de bon n’a été accompli dans les invasions de Bush en Irak et en l’Afghanistan. En 2002, six mois avant l’invasion de l’Irak le 18 mars 2003, il était évident pour tous ceux qui ont un brin de raison, que ce serait une grossière bévue stratégique. William S. Lind, moi-même et d’autres, avons fait cette prévision en octobre 2002. Trois ans plus tard, le lieutenant général William Odom, ancien directeur de l’Agence Nationale de Sécurité, nous donnait raison, déclarant que l’invasion de Bush en Irak est « le plus grand désastre stratégique de l’histoire étasunienne. » Si le patron de la NSA ne sait pas reconnaître un « désastre stratégique » quand il en voit un, qui en est capable ?


Le général William E. Odom

​​​​L’estimation du général Odom est certes correcte. Bush, Cheney, les Néo-conservateurs, et les médias, furent des flagorneurs totalement abusifs. Regardez la situation aujourd’hui. Incapable de vaincre l’insurrection sunnite, la « superpuissance » étasunienne a dû se résoudre à payer des millions de dollars à la sédition, pour soudoyer ses meneurs afin qu’ils n’attaquent pas les troupes étasuniennes. Par ailleurs, Bush fournit des armes aux insurgés « pour combattre Al-Qaïda. » Les meneurs sunnites acceptent volontiers de l’argent et des armes, mais combien de temps peuvent-ils survivre en collaborant avec l’ennemi étasunien, qui a détruit leur pays et la place au Soleil ?

​​​​C’était évident pour tout le monde, mais Bush et les Néo-conservateurs, qui ont renversé Saddam Hussein au nom de la démocratie, veulent mettre en place la majorité chiite, alliée de l’Iran, à la nouvelle direction de l’Iraq. Jusqu’à présent, les Chiites irakiens qui attendaient le bon moment, n’ont pas réellement rejoint l’insurrection contre l’occupant étasunien. À la place, ils ont, comme les Sunnites, consacré leur plus grand zèle au nettoyage mutuel des quartiers. La raisons de la baisse de la violence, bien que toujours trop élevée pour que les Étasuniens puissent vivre avec, est que la plupart des quartiers sont désormais séparés, Al Sadr a ordonné à sa milice de se retirer, et les Sunnites insurgés sont payés pour ne pas attaquer les troupes étasuniennes.

​​​​Bush a entamé une guerre, et maintenant, pour éviter de la perdre, il paie les Irakiens pour qu’ils n’attaquent pas les troupes étasuniennes !

​​​​Les Sunnites et les Chiites sont plus fortes que jamais, alors que les troupes étasuniennes sont usées et démoralisé par de multiples affectations au combat de longue durée, qui violent la politique militaire étasunienne traditionnelle.

​​​​Il était aussi évident que les invasions de Bush déstabiliseraient le Pakistan, un pays doté d’armes nucléaires. Le 8 février dernier, Warren Strobel, un correspondant étranger endurci, rapportait au journal McClatchy que, « Le Pakistan est devenu le front central de la guerre à la terreur étasunienne. » Le 9 février, le Washington Post signalait, dans l’article Les militants pakistanais s’associent, disent les fonctionnaires, qu’« Un haut fonctionnaire du renseignement étasunien, a déclaré hier que le Pakistan est confronté à la menace grandissante d’une nouvelle génération de radicalisés, des militants aguerris qui se rallient au djihad et qui sont devenus alliés des terroristes locaux et internationaux, résolus à renverser le gouvernement pro-occidental [euphémisme pour fantoche payé par les États-Unis]. »

​​​​Des responsables étasuniens ont fait pression sur le Pakistan, sans effet, pour permettre aux troupes étasuniennes de se joindre à la lutte de l’armée du pays contre les tribus autochtones alliées aux Talibans. Des responsables étasuniens, « parlant sous condition d’anonymat, » tentent de rassembler de l’aide pour élargir le rôle militaire des États-Unis au Pakistan, en prétendant qu’Oussama Ben Laden et le Mollah Mohammad Omar, le meneur Taliban, sont au Pakistan avec leurs plus hauts commandants. Bush veut bombarder le Pakistan pour gagner la guerre en Afghanistan.

​​​​Avec toutes leurs troupes immobilisées en Irak, les États-Unis utilisent les soldats de l’OTAN en mercenaires, pour tenter de contrer la renaissance talibane. Les Européens sont las de leur rôle de légion mandatée par les États-Unis, et le commandant de l’OTAN parle de sa défaite en Afghanistan.

​​​​L’OTAN est une alliance créée pour résister à l’invasion soviétique de l’Europe. Pendant 18 ans les États-Unis ont gardé en vie un OTAN inutile, comme un filon de troupes pour leurs aventures à l’étranger. Les Européens n’apprécient pas être les mercenaires de l’Empire Étasunien, surtout ceux qui massacrent les civils.

​​​​Désespéré pour ses troupes, Robert Gates, le Ministre de la Défense étasunienne, essaye d’effrayer les Européens avec la menace du « terrorisme international. » Mais les Européens savent que le meilleur moyen d’installer le terrorisme en Europe est d’envoyer des troupes combattre les Musulmans pour les Étasuniens. Gates obtiendra les soldats allemands et français dont il a désespérément besoin si les États-Unis peuvent donner aux dirigeants français et allemand, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, assez milliards de dollars à partager entre leurs partis, pour les enhardir à passer outre à l’opinion publique, et envoyer leurs soldats mourir pour l’hégémonie étasunienne et israélienne au Moyen-Orient.

​​​​Gates a déclaré à l’Europe que la survie de l’OTAN est en jeu : « Nous ne devons pas, nous ne pouvons pas, devenir une alliance à deux niveaux, les uns prêts à se battre et pas les autres. » Avec un rare brin d’honnêteté pour un fonctionnaire du gouvernement étasunien, Gates a admis, lors de la conférence de l’OTAN à Munich la semaine dernière, que la colère des Européens contre les États-Unis à propos de l’Irak est la raison pour laquelle l’Europe ne pourra pas envoyer assez de troupes pour lutter contre les Talibans en Afghanistan, présentant donc ce qu’il avait peu franchement déclaré, au risque de l’échec de « la mission internationale en Afghanistan. ».

​​​​La « mission » en Afghanistan, comme la « mission » en Irak, sont des objectifs pour l’hégémonie des États-Unis et d’Israël. La raison officielle de l’invasion de l’Afghanistan était le 9-11 et le prétendu refus des Talibans de livrer Oussama Ben Laden. Ça n’a absolument rien à voir avec l’Europe, l’OTAN, ou une quelconque « mission internationale. » La raison officielle de l’invasion de l’Irak était les prétendues, mais inexistantes, armes de destruction massive, qui menaçaient prétendument les Etats-Unis d’un autre 9-11 plus meurtrier, en cours d’élaboration, selon le régime Bush.

​​​​Si les États-Unis ont à présent besoin de troupes étrangères pour sauver leur peau dans ces deux guerres perdues, ils doivent les demander à Israël. Israël est la raison pour laquelle les États-Unis sont en guerre au Moyen-Orient. Laissez Israël fournir les troupes. Les néo-conservateurs qui ont dominé le régime Bush et ont piégé les États-Unis dans des guerres illégales sont des alliés de l’extrême droite d’Israël. Le but du néo-conservatisme est de supprimer tous les obstacles à l’expansion territoriale israélienne. L’objectif sioniste est de s’emparer de la totalité de la Cisjordanie et du Sud Liban, et d’autres régions à suivre plus tard.

​​​​Vous souvenez-vous du « mission accomplie » ? Vous rappelez-vous de tous ces Néo-conservateurs se pavanant avec leur promesse de « guerre facile » ? Revoyez-vous tous ces ignorants se vantant d’avoir « vaincu les Talibans » ? Tous ces mensonges étaient conçus pour assujettir les Étasuniens au service d’Israël dans les interminables guerres du Moyen-Orient. Les invasions de Bush n’ont pas d’autre motif. Nous savons avec certitude que Bush et toute son administration ont menti comme des arracheurs de dents au sujet des Talibans et des armes de destruction massive en Iraq.

​​​​Quelle somme de connerie, d’ignorance et de tromperie représente le régime Bush. Bush, vaincu en Irak, défait en Afghanistan, avec le Pakistan s’écroulant devant ses yeux, en est maintenant réduit à supplier les Français, qui furent l’objet d’un excellent sport de dénigrement de la part de ses fonctionnaires néo-conservateurs, d’envoyer des soldats pour sauver son cul en Afghanistan.

​​​​Quel objet de dérision Bush a fait des États-Unis. Quelle ruine cet idiot absolu et ses supporters ont amené aux États-Unis. Quels traîtres absolus sont les Néo-conservateurs. Chacun, jusqu’au dernier d’entre eux, doit être immédiatement arrêté pour haute trahison. Les Néo-conservateurs sont les plus grands ennemis des États-Unis, et ils contrôlent notre gouvernement ! Pour les Étasuniens, tout ce qu’il résulte des six ans de la « guerre au terrorisme » de Bush, c’est un État policier naissant.

​​​​À présent, en coulisses, le dingue John « cent ans de guerre » McCain assure la relève. L’électorat étasunien liquidera-t-il le Parti Républicain avant que ce mouvement d’aliénés n’anéantisse l’Amérique ?

 

​​​​Paul Craig Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor dans l’administration Reagan. Il est l’auteur de Supply-Side Revolution : An Insider’s Account of Policymaking in Washington, Alienation and the Soviet Economy et Meltdown: Inside the Soviet Economy, et est coauteur avec Lawrence M. Stratton de The Tyranny of Good Intentions : How Prosecutors and Bureaucrats Are Trampling the Constitution in the Name of Justice. Clic ici pour l’entrevue [en anglais] de Peter Brimelow de Forbes Magazine avec Roberts au sujet de la récente épidémie d’inconduite des procureurs.

 

Original : http://www.vdare.com/roberts/080211_bush.htm
Traduit au mieux par Pétrus Lombard pour Alter Info

* Rappel : Un billion vaut un million de millions.