G8 : Vers une police globale de l’internet ?

Article de Wesson paru sur AgoraVox le 14 juillet 2008

Le G8, c’est l’occasion pour les grands de ce monde d’aborder des discussions consensuelles : l’explosion du prix des denrées alimentaires, la maitrise du réchauffement planétaire, autant de beaux sujets qui feront les délices de la presse quotidienne.

Mais il y des sujets en discussion au G8 qui devraient se faire nettement plus discrets : l’Anti-Counterfeiting Trade Agreement (ACTA) en est un dont on ne risque pas d’entendre parler. Il s’agit ni plus ni moins que d’une mise en coupe réglée de l’internet et du droit sur la propriété intellectuelle.
 

ACTA, qu’est-ce que c’est ?

L’ACTA est un accord global visant à instaurer un véritable état policier au niveau mondial concernant la propriété intellectuelle. Il a été établi à la demande de la RIAA et MPAA, deux associations américaines bien connues pour leur défense des intérêts de l’industrie du disque et du cinéma par un lobbyisme intensif.

L’accord OMC-TRIPS vieillissant, les Etats-Unis, la commission européenne, le Japon, la Suisse, puis rejoints par le Canada, l’Australie, la Corée, le Mexique et la Nouvelle-Zélande, ont discuté d’un nouveau droit sur la propriété intellectuelle. Dans un parfait langage marketing, ils ont appelé ça ACTA - Anti-Counterfeiting Trade Agreement.

Un document secret de travail a été établi, très court mais passionnant.

Il contient la proposition d’un accord commercial multilatéral renforçant strictement les droits de propriétés relatifs à l’activité d’Internet.

On y déniche page 3, paragraphe 1 une clause "tueuse de pirate bay", qui criminalise toute aide d’un site à vocation non commerciale à l’échange d’information non autorisée sur Internet.

Une définition tellement vague que l’on pourrait y inclure des sites tels que Agoravox.

Un peu plus loin, il est question d’une interdiction pure et simple de mesures de contournement quelle qu’elle soit, qui rendrait illicite par exemple les lecteurs DVD dézonnés ou le retrait de MTP (DRM).

Il y a aussi l’imposition d’une forte coopération de la part des Fournisseurs d’accès à Internet, qui devront révéler les informations personnelles de leurs abonnés sur demande.

Le contrôle à la frontière n’est pas oublié non plus. Il y est question d’une "autorité compétente" qui serait à même de saisir tout ordinateur/ipod/téléphone sans avoir été mandaté par les ayant droit.

Bref, un catalogue de mesures techniques, de répression et de flicage divers. Par contre, rien n’est prévu pour la délinquance financière internationale.

La discussion sur ce texte a été menée dans le plus grand secret. Ni l’OMC, ni l’OMPI n’ont été invités à la table des négociations. On ne connaitra le texte que lorsqu’il sera prêt à être signé, et il ne sera pas possible d’en modifier les termes.

Et il semblerait que ce soit pour bientôt. Vu les dernières déclarations faites au G8, l’accord serait sur le point d’aboutir :

"Nous encourageons l’accélération des négociations pour établir un nouveau cadre légal international, ACTA, et nous pensons terminer la négociation à la fin de cette année".

Un accord international pour une législation délirante

C’est un moyen très pratique d’imposer une législation très impopulaire par un accord international qui s’appliquera sans qu’un parlement puisse en minimiser les termes ou la portée. Bien entendu, on prétend que l’adhésion à cet accord sera sur la base du volontariat ; en pratique, il y a peu de pays qui pourront refuser cette "invitation".

Et pourtant, il ne s’agit de rien d’autre que de la généralisation au niveau mondial de ce qui se fait de pire en matière d’intrusion et de contrôle de la vie privée et de sanctions démesurées. Que peut-il sortir d’autre d’un accord dont on ne sait rien, sauf qu’il se négocie sous la dictées des entreprises multimilliardaires d’Hollywood ?

Que peut-on faire pour empêcher cela ?

L’administration Bush souhaite sa finalisation pour avant la fin de son mandat, c’est une course de vitesse. Heureusement, cet accord pose de nombreux problèmes qui seront complexes et long à résoudre.

Par exemple, le parlement européen n’est pas d’accord sur les conditions de suspension / résiliation de l’abonnement internet pour les utilisateurs de P2P. Il est possible qu’un désaccord persiste longtemps sur ces questions entre l’Europe et les Etats-Unis.

Également, la commission européenne n’a pas de mandat pour imposer des sanctions en matière de copyright. Ce volet sanction devra passer par tous les parlements des pays européens, avec les conséquences électorales qui pourraient en découler. Ça prend du temps et laisse des traces longues à faire oublier.

Et pour finir, le secret qui entoure cet accord est aussi une de ses faiblesses. La Commission aurait dû obtenir un mandat pour mener des négociations, et si c’est le cas, personne n’est au courant. De plus, la Commission n’a pas de légitimité pour négocier le volet des sanctions légales, un accord clé en main prêt à signer aura du mal à en contenir.

Mais hélas, nous n’en sommes pas à la première couleuvre avalée dans ce domaine. C’est pourquoi il est important de demander, auprès de son député, du gouvernement ou de la présidence de l’Europe, la publication du contenu de cet accord, et la définition précise du mandat dont dispose la commission concernant les termes de l’ACTA.

Plus que jamais, il est important d’agir contre cette ACTA, une DADVSI 3 en édition internationale, pour que de tels accord ne puissent plus être négociés et passés en secret.


Sources :

* wikileaks.org : Le site ayant publié le premier document de travail sur l’ACTA

* torrentfreaks : ils en ont parlé

* The Pirate Bay : Une cible identifiée de l’ACTA

* ACTA sur wikipédia (en Anglais)

“Une arme de persuasion massive” par Sheldon Rampton et John Stauber

Article de Paul CAUCHON paru sur LeDevoir.com, à propos de l’ouvrage de Sheldon Rampton et John Stauber : "Une arme de persuasion massive - De la propagande dans la guerre de Bush en Irak"

Médias: La guerre vendue en shampooing

La guerre contre l’Irak a représenté une formidable bataille idéologique, dans laquelle la Maison-Blanche a utilisé des techniques de marketing sophistiquées, souvent avec l’aide de prestigieuses entreprises de relations publiques.
On s’en doutait, bien sûr. Mais rarement la chose a été aussi bien documentée que dans cet ouvrage qui vient de paraître en français, Une arme de persuasion massive/De la propagande dans la guerre de Bush en Irak, publié l’automne dernier aux États-Unis, et en français récemment chez Le Pré au Clercs. Les deux auteurs, Sheldon Rampton et John Stauber, travaillent pour le Center for Media and Democracy, un organisme créé en 1993 pour enquêter sur les propagandes gouvernementales et le discours médiatique. Ce centre se spécialise particulièrement dans l’analyse des stratégies des grandes entreprises de relations publiques.

On a beaucoup écrit sur l’expérience des journalistes intégrés dans les unités militaires lors de la guerre en Irak, ou encore sur l’hyper-patriotisme de certains médias américains. Rampton et Stauber en parlent, sans que leurs propos ne soient nécessairement très marquants. L’intérêt de leur livre est ailleurs, dans le décryptage des stratégies gouvernementales pour conditionner l’opinion publique avant le déclenchement de la guerre.

Ainsi, dès 1997 (trois ans avant l’élection de Bush), un groupe de néo-conservateurs dirigé par William Bennet, rédacteur en chef du Weekly Standard (propriété de Rupert Murdoch), avait créé le Project for the New American Century, qui avait pour but de «durcir» la politique américaine envers l’Irak, et qui a fait pression sur le Congrès pour octroyer 100 millions de dollars aux opposants irakiens. Le groupe comprenait des gens comme Dick Cheney, l’éditeur Steve Forbes, Donald Rumsfeld, l’auteur Francis Fukuyama.

Il faut rappeler que, quelques mois après la guerre du Golfe de 1991, Bush le père avait demandé à la CIA de chasser Saddam Hussein du pouvoir, et l’organisme avait engagé John Rendon, un conseiller en relations publiques, pour travailler à ce dossier. Le même Rendon obtenait à l’automne 2001 un contrat de 400 000 $ pour orchestrer la propagande afin de préparer l’intervention en Afghanistan.

Le cas le plus connu du marketing de guerre est celui de Charlotte Beers, grande prêtresse du marketing aux États-Unis, qui avait dirigé deux grandes agences et qui comptait, parmi ses titres de gloire, le lancement du riz Uncle Ben’s et des shampooings Head & Shoulders! Nommée à un poste de sous-secrétaire d’État par l’administration Bush, elle a créé des campagnes de publicité, des sites internet, des shows télévisés, a organisé des rencontres avec des leaders arabes, pour tenter d’influencer l’opinion et de vendre les États-Unis au Moyen-Orient comme une «marque» représentant la liberté. Colin Powell avait lui-même déclaré lors de son embauche qu’il fallait «faire de notre politique étrangère une véritable marque».

Remarquez que ce n’est pas seulement la Maison- Blanche qui pensait en termes de marketing. Trois jours après le 11 septembre 2001, c’est le royaume d’Arabie saoudite qui signait un contrat avec le géant de la communication Burson-Marsteller pour recevoir des conseils en gestion de crise (la presque totalité des terroristes du 11 septembre étaient saoudiens, ce qui présentait mal…). Et une autre agence, Quorvis Communications, recevait 20 millions du même royaume pour faire interviewer des représentants saoudiens par des journalistes-vedettes des médias américains.

Et ça continue comme ça pendant des pages. Pour préparer l’intervention contre l’Irak plusieurs organismes soutenus par le pouvoir politique faisaient affaire avec Benador Associates, une puissante société de relations publiques qui se spécialisait dans le placement d’experts du Moyen Orient et du terrorisme dans tous les médias, des experts évidemment en faveur de la guerre. Les auteurs font remarquer qu’on les voyait partout alors que les médias semblaient ignorer les 1400 spécialistes indépendants du Moyen-Orient dans les universités américaines, qu’on imagine plus nuancés. Des organisations pacifistes découragées ont même tenté d’acheter de la publicité commerciale dans les grands réseaux de télévision pour se faire entendre, ce qui leur fut refusé par les réseaux.

Cet ouvrage porte aussi une leçon forte. Si le conditionnement à la guerre a semblé fonctionner aux États-Unis, toutes les campagnes de relations publiques pour améliorer l’image des États-Unis au Moyen-Orient ont échoué. Pourquoi? Le message véhiculé par cette armée de consultants n’était pas forcément faux, écrivent les auteurs. Mais il n’abordait jamais le coeur du ressentiment musulman envers les États-Unis, soit le conflit israélo-palestinien et le passé des interventions américaines dans la région. Comme le dit un professionnel de la publicité cité dans l’ouvrage, et qui semble plus lucide que les autres, «l’opinion islamique est davantage influencée par ce que les États-Unis font que par tout ce qu’ils peuvent dire».
 

=> Notes de ReOpenNews: A titre de complément d’information, nous présentons aussi  les notes de l’éditeur

Notes de l’éditeur (Pré-aux-Clercs) disponible sur Amazon.fr
La guerre de Bush en Irak était-elle juste ? Un an après la seconde guerre du Golfe, et à quelques mois de l’élection présidentielle américaine, des voix s’élèvent enfin outre-Atlantique pour dénoncer ouvertement une manipulation flagrante de l’opinion. Ce livre-brûlot, qui fait scandale aux Etats-Unis, est l’œuvre de deux spécialistes des médias américains, qui ont étudié en détail la propagande " bushienne ". Ils décortiquent ici ses mécanismes. Pourquoi 70 % des Américains en sont-ils venus à croire que Saddam était responsable des attentats du 11 septembre ? Pourquoi des documents falsifiés et de faux rapports des services secrets on-ils été utilisés pour accréditer la thèse des armes de destruction massive ? Pourquoi la presse internationale a-t-elle été enrôlée dans les unités combattantes, à l’inverse de l’embargo imposé lors de la première guerre du Golfe ? Comment une agence de relations publiques travaillant pour le Pentagone a-t-elle créé de toutes pièces le Congrès national irakien censé représenter les opposants à Saddam ? Comment ces mêmes agents ont-ils organisé à coups de dollars des mouvements de foule " spontanés " pour accueillir les libérateurs dans Bagdad

“Le mirage de la démocratie américaine” par Mathilde Fonvillars

Etats-Unis / jeudi 3 juillet par Mathilde Fonvillars

Article paru sur Backchich.info le juillet 2008

Dans « Une caste américaine, les élections aux Etats-Unis expliquées aux Français » (Les Arènes), John R. MacArthur, directeur du « Harper’s magazine », dépèce méthodiquement le cadavre de la démocratie américaine. L’auteur du livre explique en quoi la démocratie états-unienne est une illusion, soigneusement entretenue par les médias.

Pour ceux qui en douteraient encore, aux États-Unis, illustre patrie des libertés, la souveraineté populaire sombre doucement dans les eaux troubles du néolibéralisme et de la grande consommation. Tel est le message qu’adresse MacArthur au lecteur effaré par la longue revue de détails d’une démocratie en perdition. Tout passe sous le scalpel de l’écrivain-journaliste averti : l’impasse concertée du duel démocrate-républicain, les tricheries électorales, l’argent puissant des lobbyistes, les amours vénales entre politiques et grands industriels, l’hyperconsommation, et la mollesse servile des médias. Un peu plus, et l’on penserait que la Birmanie c’est presque mieux, puisque elle, au moins, ne fait pas semblant.

 

 
Une Caste américaine
© Editions Les Arènes
 
L’auteur montre, de l’intérieur, comment la démocratie américaine fonctionne, ou plutôt comment elle ne fonctionne pas. Dans le chapitre « Démocratie du consommateur » (p.173) est développé un point très inquiétant. L’auteur analyse la concentration et la docilité du secteur de la presse, laquelle, de mèche avec la publicité, participe au doux sommeil de la population.
 
Des médias complices d’une sous-démocratie
 
Comme les enseignes de grands magasins, les groupes médiatiques tendent à se concentrer. Un tiers des propriétaires de presse contrôlent quatre titres sur cinq. Pour MacArthur, « le journalisme américain est donc l’objet d’une uniformisation abrutissante qui porte préjudice à l’exercice de la citoyenneté » (p.184), et l’auteur de rappeler le formidable effort des médias : du New York Times, du Washington Post, ou encore de Fox News T.V, pour relayer les mensonges de la maison Bush sur la menace nucléaire irakienne, en mars 2003. Ou encore l’affaire du programme d’écoutes téléphoniques après les événements du 11 Septembre, où Bush, jouant les Big Brother, demanda de façon tout à fait illégale aux trois plus grandes compagnies téléphoniques américaines de fournir à la NSA (National Security Agency) les informations concernant les appels téléphoniques internationaux réalisés par chacun de leurs 200 millions de clients. Établi sans mandat de la Cour Suprême et sans supervision du Congrès, ce programme violait donc le code fédéral et surtout les garanties de libertés civiles de la Constitution. Bizarrerie, pendant plus d’un an, le New York Times refusa de publier les révélations du journaliste James Risen sur ce programme.
Ainsi, selon John R. MacArthur, à chaque nouvelle action politique, la grande majorité des médias américains soutient la Maison Blanche avec un entêtement et un aveuglement extraordinaires. Caractère quasi-systématique qui relève, à n’en pas douter, bien plus d’une attitude de renard avisé que d’une nature hybride de mule et mouton. Sur cette attitude, les propos du directeur du Chicago Tribune, James Warren en disent long : « Je ne suis pas le rédacteur en chef d’un journal ; je suis le patron d’une entreprise de contenu » [1]. Tout est dit.
Le reste de l’ouvrage conforte cette analyse ; débordant de preuves et de chiffres inquiétants, il révèle l’envers d’une démocratie mythifiée, les artères bouchées d’un pays qui a trop abusé de l’hydromel capitaliste.
 
[1] Propos cité dans l’article « Journalistes à tout faire de la presse américaine » de E.Klinenberg daté de l’édition Février 1999 du Monde Diplomatique

=> Notes de ReOpenNews : Pour ceux désirant aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez aussi visionner l’excellente vidéo "Orwell rolls in his grave", en français "Orwell se retourne dans sa tombe" dans la catégorie Vidéo du site www.ReOpen911.info

 

« Désormais, les Etats-Unis ne sont plus une république », affirme Gore Vidal

Téhéran (Press TV) : Une interview du légendaire essayiste, écrivain, critique politique et social Gore Vidal

Par Afshin Rattansi dans le Tehran Times, le 30 juin 2008
http://www.tehrantimes.com

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier pour Alterinfo.

Gore Vidal

Press TV : Nous entendons dire que Michael Mukasey est le dernier en date des Procureurs Généraux du Président (Bush) à être mis en examen… Cette fois-ci, il est question de ses conversations avec Bush et Cheney. Cela démontre-t-il que le Congrès parle sérieusement, lorsqu’il envisage de demander des comptes à l’exécutif ?

Gore Vidal : Non, le Congrès n’a jamais été aussi pleutre, ni aussi corrompu qu’à l’heure actuelle. Tout ce que Bush a à faire, c’est de s’assurer que certaines sommes d’argent vont bien dans les poches de certains membres importants du Congrès, et que cela mettra un terme définitif à toute enquête sérieuse. Certes, il y a bien un Congressistes extrêmement courageux (l’exception confirmant la règle), Denis Kucinich, qui a déposé un projet de loi d’ « impeachment » [une procédure permettant de déclarer le président des Etats-Unis inepte (oups : inapte) à poursuivre l’exercice de ses fonctions, ndt] devant la Chambre des Représentants. Mais ladite Chambre devrait en premier lieu exprimer sa défiance envers le président, et ce n’est qu’en second lieu que la procédure serait le cas échéant transmise au Sénat, en vue d’un procès. Toutefois, rien de tout cela n’adviendra, parce qu’il n’y a pas d’abonné au numéro que vous avez demandé, mis à part M. Kucinich, qui a le courage de s’attaquer à un président en exercice qui n’est rien d’autre qu’un mafioso.

Press TV : Comment peut-on concevoir qu’il n’y ait qu’une seule individualité, parmi des centaines de membres du Congrès, qui veuille que George W. Bush soit écarté de ses fonctions, dans les circonstances présentes ?

Gore Vidal : Eh bien, c’est parce que nous n’avons désormais plus de pays. Nous n’avons plus de République. Durant les sept ou huit dernières années du régime Bush, ils se sont débarrassés du Bill of Rights [la Charte des Droits Fondamentaux], ils ont jeté l’habeas corpus aux orties [il s’agit d’un principe juridique anglais très ancien, qui protège une personne accusée, qui reste innocente tant que sa culpabilité n’a pas été démontrée, ndt]. Ils ont mis à la décharge un des plus beaux cadeaux que l’Angleterre ne nous ait jamais faits, quand les Anglais sont partis et quand nous avons cessé d’être leur colonie : la Magna Carta, qui remonte au XIIème siècle. Toutes nos lois et toutes nos procédures judiciaires sont fondées sur ce document. Et la bande à Bush en a fait des confettis. Le président et le petit môssieur Gonzales, qui, durant quelques minutes, fut son Avocat Général. Ils se sont arrangés pour se débarrasser de tous les garde-fous constitutionnels qui avaient fait de nous les citoyens d’une authentique république…

Press TV : Vous avez souvent écrit au sujet du statut de superpuissance des Etats-Unis, en faisant la comparaison avec l’histoire d’autres superpuissances antérieures. Pensez-vous que nous sommes en train d’assister à la fin de la puissance américaine, comme d’aucuns le suggèrent ? Devrait-on voir, dans la Maison Blanche, une sorte de Persépolis ? (Ancienne capitale impériale des Achéménides ; une dynastie de l’antiquité iranienne, dont les ruines sont majestueuses, certes, mais sont bel et bien des ruines ‘de chez ruines’ ! ndt)

Gore Vidal : Oh non, trois fois hélas non : cela ne fera pas des ruines aussi magnifiques, non… Cela ressemblera plutôt au terne tombeau de Cyrus, pas très loin de Persépolis, d’ailleurs. Ils ont réussi le tour de force de détruire les Etats-Unis… Pourquoi ? Mais parce que ce sont des gens du pétrole et du gaz ; leur principale « qualité », c’est d’être des criminels ! Je répète que nous sommes confrontés à une bande de criminels qui s’est emparée du contrôle du pays, au moyen de ce qui avait les apparences (mais seulement les apparences) d’élections démocratiques normales. Mais il y a des documentaires, très intéressants, sur ce qui s’est passé, en 2000, quand Albert Gore avait remporté les élections présidentielles, après quoi ils ont décrété qu’il ne pourrait pas être le président. Ils ont obtenu que la Cour Suprême – qui est normalement le Saint des Saints, dans notre système politique – enquête, puis accuse les voleurs d’être blancs comme neige, et les vainqueurs – M. Gore et les Démocrates – d’être les tricheurs. C’est la première loi énoncée par Machiavel : quelles que soient les fautes de votre adversaire, concentrez-vous sur ses vertus, afin de les nier. C’est ce qu’ils ont fait, quand le Sénateur Kerry s’est présenté à l’élection présidentielle, voici quelques années. Il s’agit d’un héros célèbre de la guerre du Vietnam. Ils ont affirmé qu’il s’agissait d’un couard, et absolument pas d’un héros. C’est comme ça que cela marche. Quand vous avez une bande de menteurs au gouvernement, vous ne pouvez pas espérer en retirer de hauts-faits historiques… Mais plus tard, nous creuserons, nous creuserons… et nous exhumerons Persépolis !

Press TV : Le Sénateur Obama parle beaucoup de changement, mais, comme de juste, il vient de courtiser Wall Street et le lobby sioniste… : entrevoyez-vous une quelconque perspective de changement, s’il accède au pouvoir ?

Gore Vidal : Non, pas vraiment. Je ne doute pas de sa bonne foi, exactement de la même manière que je ne doute pas de la mauvaise foi de Cheney et de Bush. Ce sont des types tellement effrayants ; nous n’en avons jamais eu d’aussi pires au gouvernement, par le passé… Ils n’y auraient jamais accédé s’ils n’eussent acheté des voix comme ils le firent en Floride, en 2000, et comme ils l’ont fait dans l’Etat de l’Ohio, en 2004. Ce sont deux cas patents de vol de la Présidence. Quand j’ai découvert que cela n’intéressait absolument pas ni le New York Times ni le Washington Post, ni d’ailleurs aucun grand journal du pays, j’ai compris que nous étions cuits. Nous ne sommes plus un pays ; nous sommes un poulailler d’escrocs qui n’ont d’autre motivation dans la vie que de voler du fric. Tout en étant conscient qu’ils ne se feront jamais pincer et qu’ils seront même, au contraire, admirés pour leurs méfaits. Les Américains jugent en permanence quelqu’un selon l’évaluation qu’il se fait de lui-même… Vous dites : « Je suis un chef d’Etat », et les Américains de dire : « Oh, oui, oui, oui ; c’est un homme d’Etat ! Impressionnant, n’est-ce pas ? » Et vous accuser d’autres de vos crimes, avant même de les commettre. C’est un vieux truc, que Machiavel connaissait tellement bien qu’il en a fait un manuel, qu’il a intitulé Le Prince

Press TV : En définitive, c’est le problème qui obsède tellement de gens, au Moyen-Orient et ailleurs. Vous-mêmes, vous avez tellement écrit au sujet des guerres impériales des Etats-Unis… Pensez-vous que Bush et Cheney seraient prêts à prendre le risque d’une nouvelle guerre, provoquant ce que le directeur de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, Mohammad El-Baradei, a qualifié de « boule de feu » ?

Gore Vidal : C’est leur rêve le plus fou. Mais ils n’ont plus de fric : ils ont tout dépensé. Ils se sont payé leurs propres entreprises privées, comme le Vice-Président. De plus, c’est une entreprise, du nom d’Halliburton, qui ne cesse de voler du fric, et qui devrait se retrouver devant une commission d’enquête du Sénat, tôt ou tard. Mais peut-être que cela n’arrivera jamais, après tout : qui sait ? Mais tout le monde est au courant, à Washington : ces gens sont en train de placer en lieu sûr à l’étranger la richesse du pays. A un tel point que, bon : y’a plus d’fric ! Ils aspirent à une guerre contre l’Iran. L’Iran n’est pas plus une menace pour nous que ne l’étaient l’Irak ou l’Afghanistan. Nos « ennemis », ce sont eux, qui les inventent. Ils ne cessent de dire des mensonges, encore des mensonges, et toujours des mensonges…
Le New York Times les croit, bobard après bobard. Alors eux, bien entendu, ils ne s’arrêtent pas d’en pondre : pourquoi s’arrêteraient-ils ?
Quand on a une opinion publique à laquelle on ment trente fois par jour est encore capable de gober les bobards, on n’a aucune raison de se gêner, n’est-ce pas ?

Financial Times : La vérité est ailleurs (seconde partie)

NDLR : Avertissement.

Nous présentons ci-dessous la seconde partie du long article que le Financial Times a publié dans la foulée d’un premier article sur l’effondrement du WTC7. La première partie de ce second article se trouve ici.

Les liens et commentaires ont été ajoutés par ReOpen911 News. Il nous est en effet apparu nécessaire de commenter ce second article, car si à première vue, il peut sembler équilibré et juste, il n’est pas dénué d’attaques impartiales et infondées contre ce que l’auteur appelle le « mouvement pour la Vérité sur le 11/9 » (reprenant là du reste, une dénomination communément acceptée). De même, les demi-vérités ou les raccourcis auxquels se livrent l’auteur ne nous apparaissent pas factuels mais plutôt, par moment comme une tentative de décrédibiliser la communauté des sceptiques dans son ensemble aux yeux du grand public. Cependant, et malgré ces défauts, les deux articles du Financial Times nous ont semblé intéressants, car ils témoignent d’une (relative mais certaine) ouverture d’esprit que nous aimerions voir adoptée par nos médias.

Précisons encore que nous ne nions pas, ici à ReOpen911, que certaines théories circulant sur l’Internet relèvent de la plus pure invraisemblance, et rivalisent ainsi avec le mythe connu sous le nom de version officielle, et que nous appelons pour notre part, la version la plus irrationnelle, la moins plausible des 3 théories du complot. Notre but est d’aider les internautes francophones à faire le tri dans l’information (ou la désinformation) sur le sujet du 11 Septembre et du terrorisme sous faux pavillon en gardant un esprit critique, sans préjugé bien sûr, mais en prenant soin de ne pas tout avaler et relayer !

Précisons enfin que l’association ReOpen911 n’a pas peur d’un débat ni des discussions qu’elle appelle d’ailleurs de ses vœux…


La vérité est ailleurs (seconde partie)

[Ce titre, référence à la série télévisée X-files, ne nous semble pas le plus approprié pour traiter d’un sujet aussi sérieux que le 11/9. En fait c’est un moyen pour l’auteur de ridiculiser d’emblée les questionnements du mouvement pour la Vérité sur le 11/9 en les associant à des théories du complot qui tiennent de la fiction populaire.]

de Peter Barber pour le Financial Times
Publié : le 7 juin 2008
http://www.ft.com/cms/s/0/8d66e778-3128-11dd-ab22-000077b07658.html

Si le « mouvement pour la vérité sur le 11/9 » est en train de mener une sorte de guerre asymétrique contre les sources officielles d’information, il se livre aussi à une guerre contre lui-même. Alors que le mouvement évolue vers le statut de groupe activiste international, il reconnaît que s’il veut convaincre l’américain moyen, il doit se distancer de ses composantes extrêmes. À une époque, c’était les MIHOPS contre les LIHOPS. Ces factions, telles des espèces guerrières sorties tout droit d’un roman de H.G. Wells, sont respectivement ceux qui croient que le gouvernement « Made It Happen On Purpose » (thèse du Déclenchement délibéré) et ceux qui croient qu’il « Let It Happen On Purpose » (thèse du Laisser-faire délibéré). Les MIHOPS sont de plus en plus nombreux.

La genèse de tout ceci remonte à la rupture qui a suivi la première vraie tentative d’apporter de la crédibilité documentée aux sceptiques du 11/9. En 2005, Steven Jones fut invité par James Fetzer, un professeur à la faculté de Philosophie de l’université du Minnesota et l’auteur d’une vingtaine de livres sur la philosophie de la science et de l’intelligence artificielle, à fonder un groupe appelé « Erudits pour la Vérité sur le 11/9 » [Erudit est le terme exact pour « scholar » mais serait mieux compris/traduit en français par « universitaire » ; Scholars for 9/11 Truth]. Fetzer enseigne la pensée critique et incarne parfaitement l’exemple de son sujet. Cela fait plus d’une décennie qu’il fait campagne pour prouver que le film de Zapruder est une supercherie perpétrée par les mêmes services de renseignement gouvernementaux qui ont orchestré l’assassinat de JFK.

Mais en l’espace d’une année, Jones avait déjà écrit à tous les autres membres du groupe « Erudits pour la Vérité sur le 11/9 » disant que lui et d’autres ne voulaient plus être associés à Fetzer qui, d’après ces rebelles, les exposait au ridicule. Fetzer avait soutenu une théorie de Judy Wood, un ex-professeur adjoint en ingénierie mécanique à l’université de Clemson, qui pense que les Tours Jumelles ont été détruites grâce à une arme à « énergie dirigée » [directed energy weapon] développée par le gouvernement US dans le contexte du programme « Guerre des Étoiles » . Cette théorie a déclenché une ruée vers un nouveau groupe : « Erudits pour la Vérité et la Justice » [Scholars for 9/11 Truth & Justice] dirigé justement par Jones. Confondre les deux groupes serait comme prendre Le Front du Peuple de Judée des Monty Python pour un véritable mouvement juif : c’était une rupture doctrinale majeure.

Fetzer est de l’avis que toute enquête sérieuse sur les événements du 11/9 devrait examiner toutes les possibilités. Les supporters de la thèse de l’« énergie dirigée » se pointent régulièrement aux conférences « La Vérité sur le 11/9 » pour chahuter ce que les fans des Monty Pythons appelleraient sans doute les adeptes séparatistes de la « théorie de la Thermite ». Parmi les partisans de la « théorie Guerre des Étoiles », on trouve Morgan Reynolds, peut-être le premier membre important du gouvernement américain à déclarer que le 11/9 était un complot [un coup monté de l’intérieur]. Au moment des attentats, Reynolds était conseiller économique en chef au ministère américain du Travail.

À leur tour, certains des supporters de la thèse Guerre des Étoiles accusent les partisans de l’hypothèse Thermite d’être des complices du gouvernement. L’un d’entre eux, sur le site CheckTheEvidence.com affirme que la dénonciation des thèses Guerre des Étoiles par Jones est en réalité un cheval de Troie ; il précise qu’auparavant Jones travaillait à Los Alamos où sont menées des recherches sur les armes à « énergie dirigée ». Ce type de raisonnement éclabousse aussi Norman Mineta qui, le jour du 11 Septembre 2001, tenait le poste de ministre américain du Transport. Mineta fut l’homme qui immobilisa tous les avions civils et commerciaux ce matin-là. Mais il fut aussi à une époque vice-président de Lockheed Martin, un membre fondateur de la Directed Energy Professional Society [Société Professionnelle de l’Energie Dirigée] … Dans cette région la plus reculée de la blogosphère personne n’est jamais à plus de six degrés de séparation du coeur du complot. [Parlez de « région reculée » pour désigner les innombrables sites webs consacrés au 11 Septembre relèvent d’un parti pris… lui-même fort éloigné de la réalité ; il n’est quasiment pas un site important qui n’héberge pas au moins une discussion sur le sujet dans un de ses forums]

Jones a effectivement fait des recherches après son doctorat au Complexe de Physique de Los Alamos Meson pour l’université du Wyoming, mais affirme qu’elles étaient pacifiques et sans rapport avec des armes. Il dit que ces thèses tirées par les cheveux, y compris celles des « aucun avion » [sur le WTC] nuisent au mouvement. « D’abord, elles découragent ceux qui essayent d’effectuer des travaux sérieux, ensuite les membres du groupe ont tendance à être très revendicatifs et à crier leurs critiques sur tous les toits » dit-il. « Plus grave encore, c’est que nous essayons d’avoir une approche réellement basée sur des preuves concrètes et nous nous retrouvons mis dans le même panier que ces gens-là ; le résultat étant que nous sommes tous rejetés en masse. » [comme le fait cet article serait-on tenté d’ajouter]

Deux jours avant la conférence de Jones à Los Angeles, Fetzer, son collègue d’autrefois lançait sa propre campagne à l’autre bout du pays. Après avoir discouru devant les « Etudiants pour la Vérité du 11/9 » à New Hampshire, Fetzer s’est dirigé vers le siège de la respectabilité académique, l’université de Yale. En préparant notre rencontre j’ai regardé le DVD d’un symposium qu’il avait organisé l’année dernière dans sa ville natale de Madison, au Wisconsin. La star de ce show était Alfred Lambremont Webre, l’un des juges du tribunal alternatif des Crimes de Guerres à Kuala Lumpur de l’ex-premier ministre Malaisien Mahathir Mohamad et co-auteur du Traité de Préservation de l’Espace. Il lance ce qui pourrait être la phrase d’ouverture la plus monumentale dans l’histoire des séminaires municipaux. « Mes concitoyens … le 11/9 était une opération « sous fausse bannière » menée par une organisation spécialisée dans le racket des crimes de guerres en vue de fournir un prétexte pour le bombardement à l’uranium appauvri, à la fois génocide et écocide, de l’Asie centrale, de l’Afghanistan et de l’Irak pour pouvoir s’emparer des vastes réserves de pétrole et d’uranium ; pour instaurer à l’échelle mondiale un système d’état sécuritaire basé sur la terreur et … pour mettre en œuvre la phase finale d’une politique de dépeuplement planétaire. » Deux autres opérations « sous fausse bannière » sont en route, il explique. La première est la guerre contre les astéroïdes et la seconde est « la guerre contre les extraterrestres diaboliques ».

En entendant ces propos, on peut être envahi par le frisson de la révélation ou bien sombrer dans la conviction que la personne au micro est en proie à une espèce de dépression nerveuse. En l’espace de 30 minutes, Webre a su incorporer au complot du 11/9 la société secrète Skull & Bones société de l’université de Yale - (ou « la Fraternité de la Mort » comme il l’appelle), le Council on Foreign Relations –(think tank néo-conservateur), les Rothschilds, la Reine d’Angleterre et la ville de Londres. Je me demandais comment ces nombreuses conspirations pouvaient coexister sans que les fils de ce vaste tissu de mensonges se dénouent et se défassent.

La réponse, bien sûr, est qu’il n’y a qu’une seule et unique conspiration. Pearl Harbor, l’exploration lunaire, JFK, le 11/9, les Illuminati, les Black Helicopters, Skull & Bones, les chemtrails : des facettes du même démon. Le complot remonte tout en haut de l’échelle et jusqu’au tout début de l’humanité. On pourrait finir par s’imaginer que strictement tout le monde est dans le coup ; sauf toi - ce qui veut dire du coup que pour toi c’est fini. Et tandis que j’écoutais, je n’attendais qu’une seule chose ; qu’il prononce Le Mot. Et voilà qu’inévitablement Webre a tout ramené à « l’organisation internationale néo-Sioniste. »

J’ai sondé Fetzer à ce propos dans un café en face de Yale, QG de la Fraternité de la Mort : comment arrive-t-il à contrôler le contenu du discours de ses "érudits" ? « Il me paraît évident qu’il faut prendre en considération toute les possibilités », explique-t-il. « On n’a le droit d’en exclure aucune car en avançant dans l’enquête et en éliminant des hypothèses il se pourrait que l’on en élimine la bonne en en s’étant jamais autorisé à la prendre en considération ».

La conférence de Fetzer, ce soir-là, ne s’est pas bien passée. Un étudiant de Yale en avait fait la pub sur Facebook Events, mais apparemment ses collègues ont été peu enclins à ajouter leurs noms aux yeux de tout le monde, probablement par peur d’être ridiculisés. Seulement 6 d’entre eux se présentent. Quand il devient clair que Fetzer est en train d’incriminer une arme de type Guerre des Étoiles les deux jeunes gens assis à côté de moi commencent à faire défiler distraitement des messages sur leur portable. Dans les dix minutes qui suivirent, ils étaient partis.

"Les Américains sont très doués pour l’élaboration de tels scénarios."
Lewis Lapham, journaliste

La conclusion de la Commission d’enquête sur le 11/9 – c’est-à-dire la version officielle - est que les attentats de 2001 ont pu se produire parce que ceux qui étaient chargés de protéger l’Amérique se sont montrés incapables de concevoir pleinement la menace ; d’après la phrase évocatrice de son auteur [Il est notable de constater que M. Barber utilise le singulier, alors que le rapport est censé être un travail collectif, celui de la Commission dans son ensemble, rapport avec lequel certains commissaires eux-mêmes ont tenu à prendre leurs distances. Pense-t-il à M. Philip Zelikow, un proche de Condoleezza Rice et de la Maison Blanche qui fut le directeur exécutif du rapport ?], ils ont été frappé par "un échec de l’imagination". Après avoir épluché l’Internet à la recherche de la Vérité sur le 11/9, il me semble pourtant que l’imagination américaine se porte bien. « Les Américains sont très doués pour l’élaboration de tels scénarios » raconte Lewis Lapham l’ex-éditeur du magazine Harper’s et un éminent critique de l’administration Bush post-11 Septembre. « Nous sommes ouverts à toutes sortes de théories magiques », dit-il citant la fascination pérenne que suscite l’assassinat de JFK. « On est doué aussi pour la création de religions. » Lapham pense que la thèse qui soutient que le 11/9 était un coup monté de l’intérieur s’inscrit logiquement dans cette longue tradition mais reflète aussi le cynisme de certains Américains envers leur gouvernement. [Que dire du cynisme de l’administration Bush, dont les conséquences sur la vie de millions de personnes sont autrement plus prégnantes ?] Il n’accepte ni que l’administration Bush ait pu être l’auteur de ces événements ni qu’elle ait pu les laisser advenir. [Cela est pourtant une quasi certitude à ce stade ! Lire à ce sujet l’ouvrage de David Ray Griffin, 11 Septembre, La Faillite des médias] Cependant il pense qu’une nouvelle enquête serait de rigueur. En 2004, Harper’s a publié un article cinglant accusant la Commission du 11/9 de tentative de camouflage ainsi que de tromperie et de fraude pour avoir minimisé les preuves que des avertissements sur l’existence d’une menace d’al-Qaïda ont étés ignorés. De telles lacunes créent un terrain fertile pour le développement de théories alternatives, s’indigne Lapham.

Ceci rappelle les tonalités de la Commission Warren qui enquêtait sur l’assassinat du Président Kennedy et qui au final n’a servi qu’à amplifier la méfiance du peuple. Mais si on a déjà eu affaire à des mouvements tels « la Vérité sur le 11/9 », celui-ci représente aussi quelque chose de nouveau. « Avec l’assassinat de Kennedy, peu de temps après l’événement des gens de tous les milieux se posaient des questions relativement pertinentes par rapport à ce qui s’était réellement passé » raconte Mark Fenster, professeur de droit à l’université de Floride et auteur de Conspiracy theories: Secrecy and Power in American Culture [les Théories du complot : Les Secrets et le Pouvoir dans la culture américaine]. « Mais alors qu’à cette époque, c’était une réponse plutôt généralisée et amorphe, le degré d’organisation aujourd’hui - politiquement parlant et à travers les médias alternatifs – est beaucoup plus frappant que par le passé. »

Fenster pense que le mouvement pour « la Vérité sur le 11/9 » est en quelque sorte une réponse américaine classique à un événement à la fois surprenant et traumatisant. [Il est amusant de noter que ceci est en totale contradiction avec la première vague d’attaques contre le « mouvement » en France : en effet, on se souvient que les sceptiques de la théorie officielle du complot avaient été massivement critiqués pour leur « anti-américanisme » primaire. Voilà que maintenant, nous sommes présentés par la presse anglo-saxonne comme la quintessence d’une Amérique classique, apte à voir des complots partout ! ] Mais il représente aussi un changement d’étape dans son utilisation de la technologie des télécommunications. « L’une des choses les plus intéressantes, particulièrement quand le mouvement était encore à ses débuts, fut que malgré le fait que ces groupes locaux soient nombreux à organiser des manifs dans différentes villes… ils étaient en mesure de coopérer et de créer un mouvement national et international » raconte-t-il. « En revanche, savoir si de ce fait plus de gens croient vraiment dans ces théories du complot est une question totalement différente. »

Fenster pense que les quelques sondages publiés sur ce sujet, plutôt que de trahir la profondeur d’une quelconque suspicion à propos du 11/9, démontrent une diminution généralisée de confiance dans l’administration Bush. [C’est là non un fait, mais l’interprétation d’un sondage par cet homme présenté comme un adversaire déclaré du « mouvement pour la vérité » ; le fait est le sondage lui-même.] L’auteur de l’un des sites web des plus rigoureux qui vise le déboulonnage des théories de la conspiration, Debunking911.com, Fenster précise que le sondage Zogby le plus récent sur les attitudes envers le 11/9 a montré que seulement 4,6 % des Américains pensent que l’administration Bush a fait exploser les Tours Jumelles. « Si on compte le nombre de visites sur les sites web concernés, on constate que depuis l’existence de Debunking911 les sites des conspirationnistes ont moins la côte » explique-t-il par email. « Je crois qu’ils avaient juste besoin que quelqu’un comble les trous laissés par ces théoriciens du complot dans leurs histoires de conspiration pour que leur nombre diminue. » [Retour au mode de pensée qui tourne en rond : comme l’ont fait remarquer avec pertinence les professeurs Ganser et Griffin, la version officielle est elle-même une théorie du complot. Est-il vraiment nécessaire d’ajouter que les complots existent, tout simplement ? Les documents déclassifiés de l’Opération Northwoods traduits en français et prochainement mis en ligne par ReOpen911 sont la preuve historique de ce que l’armée US a déjà mis sur pied une conspiration contre ses propres ressortissants, et que cette conspiration est restée secrète pendant plus de 35 ans]

Le mouvement pour « la Vérité sur le 11/9 » n’est peut-être qu’une réaction prévisible dans les derniers jours sombres d’une administration impopulaire qui n’offre aucune issue visible à une guerre qui coûte chère. Saura-t-il garder son élan après le départ de ce gouvernement, l’avenir nous le dira. En attendant, certains critiques de gauche accusent les membres du mouvement d’aider ces mêmes dirigeants qu’ils ont si furieusement mis en cause. [Bien évidemment, la réalité est ici exactement à l’inverse de ce qui est écrit : les seules personnes qui ont demandé et initié des procédures d’impeachment –dont la plus récente en date provient du député Dennis Kucinich- sont également celles qui demandent une nouvelle enquête et ont exprimé les doutes les plus forts quant à la version officielle. Mais dans quels médias français a-t-il jamais été fait mention de telles procédures ?] « Ils ridiculisent les vrais mouvements de droits civiques en associant leurs absurdités avec des sujets critiques d’une réelle importance et en envoyant à une chasse à la licorne un grand nombre de personnes qui devraient avoir plus de jugeote » fulmine George Monbiot, écrivain et activiste britannique. [La précédente phrase atteignait pourtant le paroxysme de la mauvaise foi… seulement pour être surclassée par cette déclaration véritablement abjecte : il est invraisemblable de lire, dans un article qui s’efforce de ridiculiser un mouvement citoyen mondial et responsable, Monbiot accuser les « truthers » de ridiculiser un mouvement anti-guerre. Qu’on se souvienne de l’article écrit par Monbiot, dans lequel il considérait les gens qui partout dans le monde se posent de légitimes questions sur la véritable nature du terrorisme comme « atteints d’un virus… qui décervelle les gens et en fait des idiots bafouillants » « There is a virus sweeping the world. It infects opponents of the Bush government, sucks their brains out through their eyes and turns them into gibbering idiots ». Quelle classe et surtout quel respect et quelle ouverture d’esprit par rapport à des personnes qui après s’être informés, ce qu’il a manifestement oublié de faire, arrivent à des conclusions qui l’effraient… ] Monbiot se fait huer régulièrement lors d’événements publics par des « Truthers » depuis qu’ils les a accusés, dans le journal The Guardian d’avoir saboté les véritables mouvements d’opposition politique. Son premier article sur les « Truthers » a déclenché un nombre quasi-record de réponses -777- sur le site web du journal Comment is Free (répondre c’est gratuit) dont une bonne partie accuse Monbiot de faire partie du complot. [En seulement 2 jours… et l’immense majorité des commentaires provient de citoyens sensés qui avancent des arguments qui ne le sont pas moins, et ne portent pas ce type d’accusations contre Monbiot ; prenez le temps et jugez par vous-même]

« C’est très intéressant de constater » dit-il, « comment, particulièrement aux Etats-Unis, le mouvement anti-guerre a été largement remplacé un peu partout par le mouvement pour "la Vérité sur le 11/9". Pourtant on a désespérément besoin d’un mouvement anti-guerre actif car il y a beaucoup de comptes à rendre. » [Contresens historique et sémantique total, doublé de l’aveuglement de ce journaliste qui n’a pas compris que les « Truthers » SONT les militants pacifistes dont ils cherchent l’existence]

Peter Barber est le rédacteur en chef adjoint de la section « Commentaires » du Financial Times
Copyright The Financial Times Limited 2008


On peut légitimement se demander s’il vaut le temps et l’effort de répondre à de tels articles : nous pensons que sur le long terme, cela n’est pas totalement inutile… Toutefois, nous ne nous faisons guère d’illusions, et pouvons comprendre la réaction de personnes comme Mme E. Woodworth dont voici la réponse à ce même article : http://globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=9287

Un animateur radio appelle au meurtre d’un militant anti-guerre

Par Nick Langewis pour The Raw Story, le 15 juin 2008 

Michael ReaganMichael Reagan, animateur d’une émission de radio et fils de l’ancien président Ronald Reagan, pourrait faire l’objet d’une enquête du FBI après avoir appelé au meurtre de Mark Dice, militant anti- guerre et fondateur d’un office de surveillance des médias sur les ondes, The Resistance.
Dans le programme du 10 juin de son émission Radio America diffusée à l’échelle nationale, Reagan a traité Dice et d’autres membres du Mouvement pour la vérité sur le 11/9 de “traîtres”  après avoir appris qu’ils envoyaient aux troupes en Irak des lettres, des documents déclassifiés et des DVD qui, disent-ils, montrent l’implication du gouvernement dans les attaques du World Trade Center en 2001.

Cette action fait partie de l’opération "informer les soldats" menée par The Resistance.

“Je ne veux pas que les soldats qui risquent leur vie en Irak soient utilisés comme des pions dans la création du Nouvel Ordre Mondial » a dit Dice dans un récent communiqué de presse. “Je connais personnellement des Marines qui pensent que le 11/9 était un coup monté de l’intérieur, et ils me disent que beaucoup de Marines soupçonnent que c’est le cas mais ils n’osent pas en parler publiquement de peur d’être punis”
“Nous devons trouver les personnes qui font ça,” a dit Reagan, “les faire sortir et les abattre, vraiment. Trouver les personnes qui envoient ces lettres…pour démoraliser les troupes…ce sont des traîtres à ce pays…et les descendre. Vous avez un problème avec ça? Faites-vous une raison. Mais quiconque fait ça ne mérite pas de vivre. Vous les traitez de traîtres–c’est ce qu’ils sont–et vous les abattez. Je paierai pour les balles.”

“Pourquoi ne pas faire sortir Mark Dice,” a continué Reagan “et le placer au milieu d’un champ de tir ? Attachez-le à un poteau, ne bandez pas ses yeux, et allez-y à fond,  amusez-vous avec Mark Dice.”

"Maintenant nous savons où sont allés les sympathisants de Ron Paul,” a raillé un autre animateur.

Dimanche, Dice a annoncé sur son site web qu’il avait reçu des excuses personnelles de Reagan et qu’il serait invité dans l’émission de Reagan du lundi 16 juin à 15h30 heure locale pour recevoir des excuses publiques. 

"Bien que je comprenne que des divergences d’opinions politiques peuvent conduire à des mots vifs, les déclarations de Reagan sont totalement inacceptables, indignes d’un Américain, et extrêmement dangereuses,” a dit Dice. “Reagan a élevé la haine et la rhétorique dirigées contre ceux qui désapprouvent cette guerre à un niveau jamais atteint. Il doit être licencié immédiatement et aucune station de radio ou chaîne de télévision ne devrait faire entendre de nouveau sa voix ou montrer son visage.

"Malgré les excuses de Reagan,” a continué Dice, “la boîte de Pandore a été ouverte et ne pourra jamais être refermée. Les ramifications de ses menaces et suggestions sont énormes et effrayantes. A une époque où quelques clics sur un clavier suffisent à retrouver l’adresse de quelqu’un, les commentaires de Reagan ouvrent la porte au harcèlement, au vandalisme et pire encore. Toute menace sera immédiatement communiquée au FBI et les actions légales appropriées seront prises”

Ci-dessous un extrait de l’émission de Reagan du 10 juin, tel qu’il a été posté sur Youtube :

Les étranges propos d’un « spécialiste » du terrorisme de l’AFP…

par Arno Mansouri pour le réseau Voltaire, le 10 juin 2008

La qualité première d’un journaliste devrait être la curiosité, mais lorsque les médias se mettent au service d’une vérité officielle, le journaliste se barde de certitudes et devient aveugle et sourd. L’éditeur Arno Mansouri a rencontré un célèbre journaliste de l’AFP qui a couvert à New York les attentats du septembre 2001 : pour justifier la version bushienne des événements, il est prêt à des contorsions que l’administration Bush elle-même s’interdit.

À l’occasion de l’exposition temporaire [1] du Mémorial de Caen sur les attentats du 11 Septembre, fut projeté le « documentaire de fiction » ( !) Vol 93 de Paul Greengrass au Café des images d’Hérouville Saint Clair, en présence d’un journaliste de l’AFP, qui fit part à l’assistance de son expérience personnelle des attentats à New York et de sa stupéfiante façon de travailler sur un événement aussi extraordinaire… en toute ingénuité ! Voici quelques morceaux choisis de choses entendues lors de cette soirée…

Jeudi 5 juin, j’ai eu l’occasion de rencontrer M. Michel Moutot, qui s’était déplacé à Caen, à l’invitation du Mémorial de Caen, pour intervenir et expliquer par exemple dans quelles conditions il avait travaillé pour l’Agence France Presse sur la couverture d’un événement d’une importance aussi considérable que les attentats du 11 Septembre. Il était en effet en poste au bureau de l’AFP de New York, avec 5 autres confrères.

M. Michel Moutot n’est pas n’importe qui : journaliste à l’AFP depuis 1985, il appartient à la crème de la profession et fut lauréat du Prix Albert Londres en 1999 pour une série de reportages sur le Kosovo.

En me documentant sur le personnage via Internet, j’ai trouvé cette perle que je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager. Interviewant la chercheuse norvégienne Anne Stenersen, qui apparemment s’exprime en anglais, il cite ainsi les propos de cette dernière au sujet des apprentis terroristes qui cherchent sur Internet des informations pour fabriquer leurs bombes : « C’est au mieux très basique (…) [le site] explique aussi comment faire une bombe avec du radium et des termites… » Mamma mia ! Notre éminence journalistique n’a semble-t-il jamais entendu parlé de la thermite, cette substance extrêmement exothermique, mélange d’aluminium et d’oxyde de fer qui permet entre autres de faire fondre instantanément de l’acier. C’est vertigineux, car il ne se demande pas une seconde comment l’ajout d’insectes xylophages (sic, fruit de sa mauvaise compréhension d’un terme technique) pourrait rendre un engin explosif plus dangereux !

Je sais, on dirait un canular, mais jugez par vous-mêmes ; l’article au titre douteux « "La bombe atomique dans votre cuisine" : l’apocalypse sur le net » est en ligne ici. Il a été commis par M. Moutot et publié le mardi 11 septembre 2007, pour le 6e anniversaire des attentats.

Cette première anecdote comique (et celles bien moins réjouissantes qui suivent plus bas) illustrent parfaitement la situation impossible à laquelle je suis confronté et dois faire face en tant qu’éditeur de livres extraordinairement documentés sur le sujet du terrorisme en général et du 11 Septembre en particulier. Dans la collection Résistances, j’ai sélectionné ce que je considère être les 10 meilleurs ouvrages traitant du sujet ; il s’agit du travail de personnalités exemplaires pour leur courage, leur rigueur, le sérieux et la qualité de leurs recherches et réflexions à partir d’éléments factuels, authentifiés, documentés… Ces auteurs sont des journalistes (Meyssan, Wisnewski, Thorn) ou des universitaires, (David Ray Griffin, Webster G. Tarpley, Francis A. Boyle, Nafeez M. Ahmed et Daniele Ganser) pour la plupart de renommée internationale.

Leurs travaux sont préfacés par un ancien ministre (M. Meacher pour la seconde édition du Nouveau Pearl Harbor de D.R. Griffin) ou le chef de l’état-major des armées russes (M. Leonid Ivashov pour la réédition de L’Effroyable Imposture de M. Meyssan) ; parmi les gens qui les ont appuyés, on trouve pêle-mêle des intellectuels de la trempe d’Howard Zinn, Noam Chomsky, Peter Dale Scott, Richard Falk (Note à l’attention de M. Moutot et de ses confrères journalistes : il ne s’agit PAS de l’acteur qui joue Columbo), Michel Chossudovsky, mais encore bien d’autres professeurs et universitaires, des hommes politiques, des militaires à la retraite, des anciens des services de renseignement et même quelques journalistes.

Jeudi dernier, M. Moutot levait les yeux au ciel, soupirait, haussait les épaules et souriait narquoisement, fort de son évidente supériorité intellectuelle face à quelques personnes pourtant bien mieux informées que lui sur le sujet : pour paraphraser Fernand Reynaud, « ce n’est pas un imbécile, c’est un journaliste » ! Il n’a cependant fait qu’étaler sa plus totale méconnaissance du dossier. En cela, il est malheureusement pas une exception, mais plutôt un révélateur de cet état de fait dans la profession journalistique. Voici quelques exemples :

- Interrogé sur la structure des Tours Jumelles, il a commencé par affirmer qu’elles étaient construites comme des « tubes creux », dont seules les colonnes périphériques assuraient l’intégrité. Cela est faux : les 236 colonnes des façades ne se substituaient nullement aux 47 volumineuses colonnes supports du cœur du bâtiment mais venaient les renforcer, en permettant la mise en place de très vastes superficies de bureaux, plus lucratives. Confronté à cette contradiction, il s’est raccroché au fait que « le cœur du bâtiment ne contenait pas de béton » : c’est certain, mais tous les immeubles de grande hauteur ne sont pas construits de manière similaire à la tour Montparnasse, et il est important de savoir précisément comment étaient construits les trois bâtiments qui se sont effondrés le 11/9. À ce propos, voici le plan d’un étage et deux photos du chantier de construction.

Je lui avais au demeurant envoyé deux de ces éléments par courriel suite à une discussion que nous avions eue par téléphone lorsqu’il m’avait demandé un exemplaire du livre de M. Ahmed, La Guerre contre la vérité. Car déjà à l’époque, il avait soutenu que les tours étaient des « tubes creux ». J’y avais joint un exemplaire du Procès du 11 Septembre (de Thorn & Griffin) qu’il n’a sans doute pas pris le temps de lire…

- Interrogé sur les raisons de l’effondrement du bâtiment WTC7, dont il connaît par ailleurs l’existence (contrairement à une grande majorité de nos concitoyens), il affirme sans rire que « cela n’a rien de surprenant… Que ce qui est surprenant au contraire, c’est qu’aucun autre bâtiment environnant ne se soit effondré ». Que cet effondrement total, vertical et à la vitesse de la chute libre « tient au fait que la structure avait été dévastée par un incendie de près de 7 heures ». J’invite M. Moutot (ainsi que les autres journalistes qui m’ont tenu des propos similaires, car à sa décharge il est loin d’être le seul à penser ainsi) à se rapprocher au plus vite des 300 experts du NIST qui peinent à rendre le rapport définitif sur les causes de l’effondrement du WTC7. Je rappelle en effet pour mémoire que ce rapport n’a toujours pas été publié : le NIST en remet la parution d’année en année et il est maintenant prévu qu’il soit rendu public en août 2008. Voir ici, la traduction en français de l’article du 6 juin paru dans le Financial Times. Pour résumer : n’en déplaise à nos journalistes hexagonaux, à ce jour, AUCUNE explication officielle n’existe sur les raisons de l’effondrement structurel du WTC 7 ; je répète : a-u-c-u-n-e. Et celles mises officiellement en avant pour expliquer les effondrements des Tours Jumelles ne sont pas satisfaisantes au regard de la physique. Il est tout simplement extraordinaire de suffisance que certains journalistes présentent leurs allégations personnelles comme des faits avérés, lorsque les experts sèchent depuis plus de 6 ans sur ce problème !

- Au passage, je regrette qu’une personne membre de l’association ReOpen911 présent à la séance, (un expert travaillant pour une société de certification française mondialement connue), ne lui ait pas expliqué que les cuves de diesel servant aux générateurs électriques devaient être protégées par un système anti-incendie … et que le diesel ne brûle pas ! (Seules les émanations gazeuses du gasoil sont combustibles, sous pression, pas le liquide lui-même).

- M. Moutot pousse l’argumentaire jusqu’à dire que le WTC7, à l’instar d’autres gratte-ciel new-yorkais, n’était pas « construit pour durer ». Voilà un scoop : le bâtiment 7 ayant été inauguré en 1987, il n’avait que 14 années d’existence lorsqu’il s’effondra… et il avait été choisi par le cabinet du maire de New York pour abriter le poste de commandement des situations de crises : il est donc peu probable que le maire ait choisi un bâtiment insalubre pour y établir son bunker. L’immeuble était quasiment neuf !

- Sortant de New York, M. Moutot nous a fait la démonstration que sa méconnaissance des attentats du 11/9 s’étendaient à presque tous les domaines : sur les procédures en vigueur pour intercepter un avion détourné par exemple. Ou sur les images vidéos des pirates de l’air du vol AA11, dont il a affirmé à 3 reprises, et avec certitude, qu’elles provenaient des caméras de sécurité de l’aéroport de Boston. Non, M. Moutot, elles ne proviennent pas de Boston Logan, d’où a décollé le vol AA11, mais uniquement de la salle d’embarquement de Portland. Ceci n’est pas anecdotique : ces images ont effectivement été présentées de manière à ce que le grand public pense qu’elles montrent les pirates de l’air embarquant dans l’avion détourné, mais elles montrent les pirates montant dans l’avion qui les emmène à Boston. L’aéroport de Boston ne disposait PAS de caméras de sécurité.

On pourrait continuer longuement sans doute la liste des erreurs ou des contrevérités que ce journaliste (qui se pense bien informé) considère comme avérées et ne nécessitant donc pas d’être remises en cause.

Mais il me semble intéressant de vous faire part de la manière dont M. Moutot nous a dit avoir travaillé à la couverture des attentats. Je rappelle qu’il travaillait alors au desk de l’AFP à New York. Ce matin-là, il prend connaissance d’un incendie dans l’une des tours du WTC par l’intermédiaire de la chaîne d’information en continu new-yorkaise NY1. Très vite, CNN montre les images en direct et M. Moutot va tout simplement écrire ses premières dépêches en regardant la chaîne de télévision US. Voilà qui réjouira sans doute nos décideurs politiques que de savoir que l’AFP (première agence de presse francophone dans le monde et l’une des 3 grandes agences de presse avec Reuters et Associated Press) s’informe et se nourrit de programmes télés états-uniens… M. Moutot explique en effet qu’« Ils ont plus de moyens que nous et filment tout, il est donc plus efficace de regarder la télé que d’aller sur le terrain ». Décidément très en verve ce soir-là, il a poussé l’indiscrétion jusqu’à confier qu’« ensuite, pendant près de 6 semaines, j’ai quasiment écrit le même article », à savoir que les espoirs de retrouver des survivants étaient minces, s’amenuisaient, devenaient improbables, étaient nuls… Sa franchise l’honore, mais son travail (tel que décrit par lui) me semble d’un intérêt excessivement limité, face aux enjeux soulevés par les attentats du 11/9. On reste en effet dans l’émotionnel et on s’y complait, 6 semaines durant ; M. Moutot travaillait alors pour l’AFP, pas Gala ni Paris-Match : on était en droit de s’attendre à des articles de fond plus substantiels.

Je n’ai appris la présence de M. Moutot à Caen qu’une fois sur place, sans quoi j’aurai pris avec moi ce fil de l’AFP qui indique « URGENT : Un avion détourné se dirige vers le Pentagone. » (AFP, 10h51 – 10h54 – 11h02) et lui aurai demandé comment une telle brève pouvait avoir été écrite, et diffusée par 3 fois et ce qu’il fallait en penser. Mais le pauvre homme avait déjà fait preuve d’une telle méconnaissance des événements qu’ajouter à sa peine à ce moment précis eut été cruel. Ceci étant, 5 jours après cette rencontre, estimant que la question mérite d’être adressée, je la lui pose, ainsi que d’une manière générale à toute l’équipe du bureau de l’AFP à Washington : comment peut-on savoir qu’un avion détourné, qui a disparu des écrans radars « se dirige vers le Pentagone » ? Et une question supplémentaire : si l’AFP savait (grâce à un « responsable du FBI ») que le vol UA93 se dirigeait vers le Pentagone, est-il envisageable que les militaires du Pentagone eux-mêmes l’ignoraient ? Les lecteurs de L’Effroyable Imposture savent aussi que l’AFP avait relayé plusieurs fois l’information selon laquelle deux (2) explosions avaient été entendues au Pentagone : comme eux, j’aimerais savoir pourquoi la version officielle de l’attentat contre le ministère de la Défense US a évacué les témoignages sur ces 2 explosions distinctes et n’a retenu que l’invraisemblable crash d’un Boeing 757.

Enfin, même sur des faits qui ne sauraient plus offrir un sujet de polémique, comme le scandale sanitaire relaté dans le livre Les Héros Sacrifiés du World Trade Centre par sa consoeur Jacqueline Maurette, M. Moutot ne semble pas mieux informé. C’est un fait que les personnes ayant été exposées aux émanations toxiques de la « pile » (la montagne des décombres du WTC) payeront un lourd tribu pour leur héroïsme. C’est un fait que Mme Christine Todd Whitman, la directrice de l’EPA (l’agence pour la protection de l’environnement) a menti en affirmant que « l’eau et l’air de New York sont sains ». Ce mensonge aura pour conséquence un nombre de victimes plus important que celui des attentats ce jour si funeste du 11 septembre 2001. C’est un fait encore que les « Truthers » (que M. Moutot appelle de façon méprisante « les tenants de la théorie du complot » sans même être conscient qu’il est lui-même un adepte de la théorie officielle du complot islamiste d’al-Qaida véhiculée par tous les médias de masse !) furent les premiers en septembre 2004 à tirer la sonnette d’alarme sur ce scandaleux et criminel mensonge de l’administration Bush. (Voir le débat au début du DVD Confronting the Evidence).

Il est notable les spectateurs présents à cette soirée se sentaient mal à l’aise face à une telle incompétence. Et lorsque l’on voit sa méconnaissance de toutes ces questions, il semble tout à fait légitime de douter des analyses de M. Moutot, lorsqu’il nous dit, par exemple : « Étant un spécialiste du terrorisme islamiste, aussitôt que j’ai compris qu’il s’agissait d’un attentat, j’ai été sûr qu’il s’agissait d’Oussama ben Laden et d’al-Qaida ». Pour en savoir plus sur la « nébuleuse » terroriste, je pense qu’il devrait suivre l’exemple de M. Jean-Pierre Chevènement et lire Comment le Djihad est arrivé en Europe du journaliste allemand Jurgen Elsässer ; j’ai peine à croire qu’il ait réellement lu La Guerre contre la vérité, dont le grand écrivain Gore Vidal dit : « À ce jour, l’ouvrage le plus objectif sur les circonstances et les raisons de l’attaque lancée contre l’Amérique le 11 Septembre 2001 est sans conteste celui de Nafeez Mosaddeq Ahmed – et c’est le meilleur… »

J’invite les responsables du Mémorial de Caen à choisir à l’avenir des personnes mieux informées pour venir parler au public du sujet de leur longue exposition temporaire : il en va de la crédibilité de leur prestigieux lieu de mémoire et de paix.

Arno Mansouri
Directeur des Éditions Demi-Lune.


[1] « Le 11 septembre 2001, Un événement planétaire », qui se tient du 6 juin au 31 décembre 2008. Nous reviendrons sur cette exposition dans un prochain article.

10 guerres, 10 médiamensonges

par Michel Collon pour Mondialisation.ca, Le 17 mai 2008

Contre le Venzuela et l’Equateur, Bush nous refait le coup des "armes de destruction massive". Petit inventaire de la désinformation.

Chaque guerre est précédée d’un grand médiamensonge. Aujourd’hui, Bush menace le Venezuela et l’Equateur. Demain, l’Iran ? Et après, à qui le tour ?
Avec, dans le rôle de la marionnette, le président Uribe, narcotrafiquant et massacreur d’Indiens (quatre millions de déplacés). Lequel Uribe prétend avoir trouvé dans l’indestructible ordinateur de Raul Reyes (FARC) des preuves du soutien de Chavez au « terrorisme » et de militarisation de la région.

Des journaux comme Le Monde répercutent cette campagne de propagande pour la prochaine guerre de Bush. Rappelons simplement combien de fois les mêmes Etats-Unis et les mêmes médias nous ont déjà manipulés. Chaque grande guerre est « justifiée » par ce qui apparaîtra plus tard (trop tard) comme une désinformation. Inventaire rapide…

1. VIETNAM (1964-1975) :

  • MEDIAMENSONGE : Les 2 et 3 août, le Nord-Vietnam aurait attaqué deux navires US dans la baie du Tonkin.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : L’attaque n’a jamais eu lieu. C’est une invention de la Maison-Blanche.
  • VERITABLE OBJECTIF : Empêcher l’indépendance du Vietnam et maintenir la domination US sur la région.
  • CONSEQUENCES : Millions de victimes, malformations génétiques (Agent Orange), énormes problèmes sociaux.

2. GRENADE (1983) :

  • MEDIAMENSONGE : La petite île des Caraïbes est accusée de construire une base militaire soviétique et de mettre en danger la vie de médecins US.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Entièrement faux. Le président US Reagan a fabriqué ces prétextes de toutes pièces.
  • VERITABLE OBJECTIF : Empêcher les réformes sociales et démocratiques du premier ministre Bishop (qui sera assassiné).
  • CONSEQUENCES : Répression brutale et rétablissement de la mainmise de Washington.

3. PANAMA (1989) :

  • MEDIAMENSONGE : L’invasion vise à arrêter le président Noriega pour trafic de drogue.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Créature de la CIA, Noriega réclamait la souveraineté à la fin du bail du canal. Intolérable pour les USA.
  • VERITABLE OBJECTIF : Maintenir le contrôle US sur cette voie de communication stratégique.
  • CONSEQUENCES : Les bombardements US ont tué 2.000 à 4.000 civils, ignorés des médias.

4. IRAK (1991) :

  • MEDIAMENSONGE : Les Irakiens auraient volé les couveuses de la maternité de Koweït-City
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Invention totale par une agence publicitaire payée par l’émir du Koweït, Hill & Knowlton.
  • VERITABLE OBJECTIF : Empêcher que le Moyen-Orient résiste à Israël et acquière son indépendance envers les USA.
  • CONSEQUENCES : D’innombrables victimes par la guerre, puis un long embargo y compris sur les médicaments.

5. SOMALIE (1993) :

  • MEDIAMENSONGE : Monsieur Kouchner se « met en scène » comme héros d’une intervention humanitaire.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Quatre sociétés US avaient acheté un quart du sous-sol somalien riche en pétrole.
  • VERITABLE OBJECTIF : Contrôler une région militairement stratégique
  • CONSEQUENCES : Ne parvenant pas à la contrôler, les Etats-Unis maintiendront la région dans un chaos prolongé.

6. BOSNIE (1992 - 1995) :

  • MEDIAMENSONGE : La firme US Ruder Finn et Bernard Kouchner mettent en scène de prétendus camps serbes d’extermination.
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Ruder Finn et Kouchner mentaient. C’étaient des camps de prisonniers en vue d’échanges. Le président musulman Izetbegovic l’a avoué.
  • VERITABLE OBJECTIF : Briser la Yougoslavie trop à gauche, éliminer son système social, soumettre la zone aux multinationales, contrôler le Danube et les routes stratégiques des Balkans.
  • CONSEQUENCES : Quatre années d’une guerre atroce pour toutes les nationalités (musulmans, serbes, croates). Provoquée par Berlin, prolongée par Washington.

7. YOUGOSLAVIE (1999) :

  • MEDIAMENSONGE : Les Serbes commettent un génocide sur les Albanais du Kosovo
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Invention pure et simple de l’Otan comme le reconnut Jamie Shea, son porte-parole officiel.
  • VERITABLE OBJECTIF : Imposer la domination de l’Otan sur les Balkans, et sa transformation en gendarme du monde. Installer une base militaire US au Kosovo.
  • CONSEQUENCES : Deux mille victimes des bombardements OTAN. Nettoyage ethnique du Kosovo par l’UCK, protégée de l’Otan.

8. AFGHANISTAN (2001) :

  • MEDIAMENSONGE : Bush prétend venger le 11 Septembre et capturer Ben Laden
  • CE QU’ON APPRENDRA PLUS TARD : Aucune preuve que ce réseau existe. De toute façon, les talibans avaient proposé d’extrader Ben Laden.
  • VERITABLE OBJECTIF : Contrôler militairement le centre stratégique de l’Asie, construire un pipeline permettant de contrôler