Lorsque les spécialistes de la guerre ont « développé l’expertise» , Obama a retourné sa veste

Si les escadrons de la mort formés par la SOA (voir  le récent article de ReOpenNews) étaient destinés à l’action sur le continent sud américain, les mêmes commanditaires, c’est à dire le gouvernement américain, lancent leur Force Spéciale ailleurs dans le monde, là où la soumission des population se fait urgente. Visé cette fois, l’Afghanistan. Le Président B. Obama, vient de cautionner la création d’une nouvelle équipe aux pouvoirs exceptionnels afin de remplacer les incapables qui n’ont su imposer l’hégémonie U.S. dans la région.

"Les Afghans sont au centre de notre mission, ils sont même l’essence de notre mission en réalité, nous devons les protéger de toute violence, quelle qu’en soit la nature." Et : "2009 sera une année cruciale pour la coalition (internationale) et, même si nous agirons avec précaution, nous le ferons sans peur." (Citations  du Général Mcchrystal lors de la cérémonie de passation de pouvoir au QG de la Force Internationale d’assitance à la sécurité (ISAF) de l’OTAN à Kaboul, reprises par levif.be).

Quant à M. Gates, le secrétaire à la Défense du gouvernement Obama,  il n’annonce rien de moins qu’ un bain de sang. Si l’on est loin d’en avoir terminé avec la politique de la terreur instiguée par Bush et Cheney, l’image pacifiste du Président Obama est définitivement balayée.
 


L’empreinte américaine en Afghanistan

Source : LE DEVOIR.com

Marie-Christine Bonzom, Édition du samedi 16 et du dimanche 17 mai 2009 

Le nouveau commandement militaire mis en place par Barack Obama devra appliquer la même tactique que celle utilisée en Irak depuis un an

Barack Obama marque la guerre en Afghanistan de son empreinte. Après avoir annoncé des renforts, il vient de remplacer le général qui commande les troupes américaines et celles des autres pays de l’OTAN. Mais le général qui va désormais diriger la guerre est controversé et la stratégie qu’il va employer inquiète les sympathisants de M. Obama aux États-Unis.

Washington — Le limogeage d’un général qui commande les troupes américaines en temps de guerre est une mesure exceptionnelle. Le départ d’Afghanistan du général David McKiernan (1) est ainsi la première démission forcée d’un commandant depuis celle de Douglas McArthur (2), qui fut «démissionné» par le président Harry Truman en 1951, en pleine guerre de Corée.

«L’exécution de notre nouvelle stratégie en Afghanistan exige un nouveau commandement militaire», explique le porte-parole de la Maison-Blanche. Cette nouvelle stratégie avait pourtant été réclamée dès l’an dernier par M. McKiernan, un général qui s’est illustré en dirigeant l’armée de terre durant l’invasion de l’Irak. Elle se traduira, notamment, par l’arrivée en Afghanistan d’ici l’été de 21 000 soldats qui porteront le contingent américain à 68 000 hommes.

Le nouveau commandant, qui, comme M. McKiernan, supervisera aussi bien les troupes américaines que les 33 000 hommes des autres pays de l’OTAN, y compris les Canadiens, est le général Stanley McChrystal (3), un Béret vert qui a emmené les forces spéciales (4) contre al-Qaïda en Irak entre 2003 et 2008.

À Washington, M. McChrystal est jugé moins «traditionnel» que son prédécesseur. Proche de David Petraeus, ancien commandant en chef en Irak et désormais commandant de toutes les forces américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale, il est considéré comme l’un des membres d’une nouvelle vague militaire, celle d’un Pentagone focalisé, non plus sur les conflits entre États, mais sur les conflits «asymétriques» (5) dans lesquels un État est confronté à un mouvement rebelle ou une insurrection populaire.

«Les guerriers non traditionnels comme McChrystal sont ceux qui s’élèvent désormais aux postes de responsabilité, mais il y a un risque énorme à s’appuyer sur eux parce qu’ils incarnent l’acceptation de cette idée selon laquelle la guerre asymétrique est la voie de l’avenir ainsi que le refus d’examiner les implications de cette approche», indique au Devoir le colonel Andrew Bacevich, professeur de relations internationales à l’Université de Boston, auteur d’ouvrages sur le militarisme et l’impérialisme américains et l’un des principaux détracteurs des guerres d’Irak et d’Afghanistan aux États-Unis.

La méthode irakienne

La mission du général McChrystal sera d’appliquer les tactiques américaines utilisées depuis un an en Irak pour contrer la résurgence des talibans et d’al-Qaïda en Afghanistan. En particulier, l’intégration d’anciens rebelles dans des milices financées par les États-Unis et les opérations-commandos visant à assassiner des responsables des talibans ou du réseau d’Oussama ben Laden.

M. McChrystal a commandé une unité secrète en Irak à laquelle a été attribué l’assassinat d’Abou Moussab Al-Zarqaoui (6), chef du réseau Ben Laden en Irak. Mais les techniques employées par ses hommes sont controversées. Son unité d’élite, composée de 1000 hommes des forces spéciales, s’est distinguée par sa brutalité lors d’interrogatoires de prisonniers,(7) si bien que cinq officiers du général furent inculpés de sévices et que le Sénat prit la mesure inhabituelle de retarder la nomination de M. McChrystal auprès de l’état-major interarmes en mai 2008.

Entre le nouveau commandant et la nouvelle stratégie, les sympathisants de Barack Obama sont mal à l’aise. Le magazine de gauche The Nation voit ainsi dans la nouvelle stratégie une «escalade» et dans la guerre en Afghanistan «un bourbier de plus en plus profond». Le site Internet Slate écrit que «le limogeage de McKiernan signale un changement radical dans la stratégie des États-Unis et signifie que la guerre en Afghanistan devient, sans équivoque, la guerre d’Obama».

Pour sa part, George McGovern, opposant de la guerre du Vietnam et candidat démocrate malheureux à la présidence en 1972, met en garde Barack Obama contre les «pièges de la guerre» et l’exhorte à ne pas oublier les réformes urgentes qui s’imposent aux États-Unis mêmes. Quant au député démocrate du Massachusetts, Jim McGovern (pas de parenté avec le précédent), il se dit «fatigué de ces guerres sans fin, sans stratégie claire et sans plan de sortie».

La déclaration la plus importante de Barack Obama (8) pendant la campagne présidentielle fut sans doute celle dans laquelle il promit de «mettre fin, non seulement à la guerre en Irak, mais aussi à la mentalité qui nous a donné la guerre en Irak». Mais Andrew Bacevich (9), qui a voté pour lui en novembre, déplore le fait qu’«Obama n’a rien fait jusqu’à présent pour mettre un terme à cette mentalité».

«Obama ne fait pas partie du complexe militaro-industriel stigmatisé par Eisenhower (10), mais il ne le défie en rien», poursuit cet ancien du Vietnam qui prône le retrait des États-Unis et de l’OTAN d’Afghanistan, l’abandon de toute velléité de doter ce pays d’un gouvernement centralisé et la «sous-traitance» de la lutte contre les talibans et al-Qaïda à des «seigneurs de guerre afghans que les pays occidentaux paieraient pour cela».
 


 Renvois (par ReOpenNews)

(1) Le Général David Mckiernan
(2) Le Général Douglas McArthur
(3) Le Général Stanley McChrystal
(4) Special Forces ou les Forces Spéciales et Bérets Verts
(5)
Guerre asymétrique et droit international
(6) Moussab Al Zarkaoui
(7) McChrystal et la torture
(8) Obama réafirme son intention de mettre fin à la guerre
(9) Andrew Bacevich : professeur de relations internationales à l’Université de Boston
(10) Video du discour de D. Eisenhower contre le complexe militaro industriel
 


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Le Pentagone se prépare à la guerre contre l’ennemi : la Russie

L’aggravation des rapports entre les USA et la Russie semble être rendue inévitable par la politique « impérialiste » de l’Amérique qui s’est accélérée après les attentats du 11 Septembre. Sous prétexte de se protéger des états « voyous » ou des terroristes, les Etats-Unis ont relancé le projet de bouclier anti-missile en Europe orientale. Cet outil de domination mondiale est perçu par la Russie comme une quasi déclaration de guerre. C’est dans cette logique de tension que s’était inscrite le conflit en Ossétie du Sud qui a opposé la Russie et la Géorgie, un des nombreux pays de l’ex-URSS devenus têtes de ponts pour l’OTAN. Mais si l’on en croit l’article ci-dessous, le pire reste à venir.


 

« Aujourd’hui la situation est beaucoup plus sérieuse qu’avant août 2008. […] Si la guerre éclate à nouveau, elle ne se limitera pas au Caucase.

[…] Le nouveau président des États-Unis n’a pas apporté de changement crucial en ce qui a trait à la Géorgie, mais en raison de son rôle dominant au sein de l’OTAN, il insiste toujours sur l’adhésion rapide de ce pays à l’alliance. Si celle-ci se concrétise, le monde fera face à une menace bien plus grave que les crises de la guerre froide.

[…] Dans ce nouveau contexte, la guerre de la Géorgie contre l’Ossétie du Sud pourrait facilement devenir la guerre de l’OTAN contre la Russie. Il s’agirait d’une troisième guerre mondiale. » (Irina Kadzhaev, politologue sud-ossète, South Ossetia Information Agency, avril 2009)

Le 12 mai, James Mattis, Commandant suprême allié Transformation (SACT) et commandant du U.S. Joint Forces Command (Commandement de la force interarmées) a prononcé un discours à un symposium de trois jours appelé Joint Warfighting 09 à Norfolk en Virginie, où se trouve la « Commandement allié Transformation » (ACT) de l’OTAN. « Je viens avec un sentiment d’urgence. L’ennemi aussi tient des réunions dans le même esprit », a-t-il affirmé. [1]

Un journal local a résumé son discours :

« Le Commandant Mattis a décrit un avenir où les guerres n’auront pas de débuts ni de fins précises. Une grande stratégie et un cadre politique pouvant guider la planification militaire sont nécessaires », a-t-il ajouté. [2]

Pour des raisons qui se veulent sans aucun doute diplomatiques, il a omis d’identifier qui est l’« ennemi ». Une suite d’événements récents, ou plutôt l’intensification d’événements en cours, indiquent toutefois de quelle nation il s’agit.

Le 7 mai dernier, durant un déjeuner du Defense Writers Group, le chef du US Strategic Command, le général Kevin Chilton, a déclaré aux reporters que « la Maison-Blanche maintient l’option de répondre par la force – peut-être même avec des armes nucléaires – si une entité étrangère dirige une cyberattaque neutralisant les réseaux informatiques étatsuniens […] ».

Un compte-rendu de son discours ajoute que « le général a insisté pour que toutes les options de frappe, y compris les frappes nucléaires, demeurent à la disposition du commandant en chef pour défendre la nation des cyberattaques. »

M. Chilton «  a dit qu’il ne pouvait pas exclure la possibilité d’une salve militaire contre des pays comme la Chine, même si Pékin possède des armes nucléaires » [3], bien que la première cible probable de présumées représailles à des cyberattaques, elles aussi présumées, serait un autre pays déjà identifié comme tel par des officiels militaires : la Russie.

À la fin avril et au début mai 2007, le gouvernement d’Estonie, membre de l’OTAN depuis 2004 et dont le président était et demeure Toomas Hendrik Ilves, né en Suède et élevé aux États-Unis (où il a travaillé pour Radio Free Europe), rapportait des attaques sur des sites web de son pays, pour lesquelles la Russie fut blâmée.

Cela fait plus de deux ans et aucune preuve n’a été présentée pour prouver le bien-fondé de l’allégation voulant que des pirates informatiques russes, encore moins le gouvernement russe lui-même, étaient derrière ces attaques. Cette allégation demeure malgré tout un article de foi dans les médias et parmi des officiels étatsuniens et occidentaux.

La réponse des autorités étatsuniennes a d’abord été si soudaine et sévère, même avant que des enquêtes ne soient menées, pour fortement donner à penser que si les attaques n’avaient pas été organisées, elles auraient dû être inventées.

Tout de suite après, le secrétaire de la force aérienne, Michael W. Wynne, affirmait : « La Russie, notre puissant rival de la guerre froide, semble avoir été la première à s’engager dans la conduite de la guerre informatique. »

La source d’information des Forces aériennes des États-Unis d’où est tirée cette citation ajoutait que les événements s’étant produits quelques jours plus tôt en Estonie « avaient déclenché une succession de débats au sein de l’OTAN et de l’Union européenne concernant la définition d’une opération militaire autorisée et ce pourrait bien être le premier test de l’application de l’article V de la Charte de l’OTAN concernant la défense collective dans le champ non cinétique. [4]

L’article 5 de la Charte de l’OTAN est une clause de défense militaire collective, en fait une clause de guerre, utilisée pour la première et seule fois pour soutenir la guerre prolongée et progressive en Afghanistan. 

La référence que l’on y a faite à l’époque n’est pas à prendre à la légère.

En visite en Estonie en novembre dernier, le chef du Pentagone Robert Gates a rencontré le premier ministre du pays, Andrus Ansip et a « discuté du comportement russe et de la nouvelle coopération sur la cybersécurité ».

On a rapporté que « M. Ansip a affirmé que l’OTAN opérera selon le principe de l’article 5 du traité de l’alliance, lequel stipule qu’une attaque visant un allié constitue une attaque visant tous les membres ». « Nous sommes convaincus que l’Estonie, en tant que membre de l’OTAN, sera très bien défendue » a-t-il ajouté. [5]

Il est révélateur que l’on continue à mentionner l’article 5 de l’OTAN à répétition un an et demi après les attaques présumées alors qu’aucune autre n’est survenue entre-temps.

Au début de ce mois-ci, le Pentagone a annoncé qu’il lançait ce qu’il appelle la « force guerrière numérique du futur » à Fort Meade au Maryland, sous le contrôle du U.S. Strategic Command, dont le chef cité plus tôt, Kevin Chilton, menace d’utiliser la force, y compris les armes nucléaires.

L’initiative a été décrite comme suit dans un reportage :

« Le lieutenant-général Keith Alexander, également commandant à la tête de la cyberguerre, a déclaré que les États-Unis sont déterminés à mener l’action mondiale d’utilisation de la technologie informatique afin de dissuader ou de vaincre des ennemis […] » [6]

Le Pentagone est une synecdoque pour le département de la Défense et tout ce qui est relié à ses activités est enveloppé dans le même euphémisme, donc lorsqu’ils seront questionnés, les États-Unis maintiendront que leur nouveau projet de guerre numérique ne servira qu’à des fins défensives. Toute nation et toute personne ayant fait les frais des actions du département étatsunien de la Défense sont plus avisées. La raison d’être de ce nouveau commandement de cyberguerre étatsunien repose sur une supposée menace russe émanant d’un incident non militaire survenu dans un pays balte il y a plus de deux ans. Ce commandement sera utilisé pour paralyser les systèmes informatiques de toute nation ciblée par un assaut militaire direct, la rendant ainsi sans défense, et sera particulièrement efficace dans le cadre de la planification des premières frappes provenant de l’espace et des guerres spatiales (boucliers antimissile, missiles intercepteurs).

Le jour même où est paru le reportage sur le général Alexander, promettant de « vaincre les ennemis », une autre nouvelle mentionnait qu’« un satellite quasi-classifié a été lancé mardi [12 mai]. Il servira d’ingénierie pionnière pour la technologie de poursuite des missiles balistiques. » [7]

Il s’agissait d’un satellite de Surveillance System Advanced Technology Risk Reduction (STSS-ATRR) (système spatial de poursuite et de surveillance de technologie avancée et de réduction des risques), faisant partie d’un système spatial pour la Missile Defense Agency.

« Les capteurs à bord du satellite STSS-ATRR et au sol communiqueront avec d’autres systèmes pour former une défense contre des missiles balistiques en approche. » [8]

Quelques jours plus tôt, dans un reportage intitulé « Ducommun Incorporé annonce la livraison de nanosatellites à l’Army Space and Missile Defense Command », le fabricant Ducommun, situé en Californie, annonçait que « sa filiale Miltec Corporation avait livré des nanosatellites prêts à être utilisés à la U.S. Army pace and Missile Defense Command/Army Forces Strategic Command (USASMDC/ARSTRAT) à Huntsville en Alabama le 28 avril 2009. »

La livraison constituait « l’aboutissement du premier programme de développement de satellite de l’armée étatsunienne depuis les satellites de télécommunications Courier 1B dans les années 1960 ». [9]

Les satellites militaires utilisés pour neutraliser le potentiel d’une nation rivale, pas vraiment pour lancer une première frappe, mais plutôt pour y répliquer, brouillent la distinction entre les soi-disant projets de bouclier de missiles nés de la Guerre des étoiles et la militarisation complète de l’espace.

Récemment, un commentateur russe le voyait exactement de cette façon :

« Le retrait du Traité sur les missiles antimissile balistique de 1972 a marqué un virage vers les tests et le déploiement d’un système de défense antimissile, dans le but de supprimer le potentiel dissuasif de la Chine et, partiellement, celui de la Russie.

Washington tente toujours d’éliminer les restrictions légales internationales sur la formation d’un système qui pourrait théoriquement le rendre invulnérable face à des représailles, même face à une frappe de riposte en cours d’attaque. » [10]

À cela s’ajoute un autre subterfuge « quasi-classifié » lié à la reprise potentielle des pourparlers entre les États-Unis et la Russie sur le Traité de réduction des armes stratégiques (START).

L’adjointe au secrétaire d’État étatsunienne Rose Gottemoeller a affirmé cette semaine que « les États-Unis ne sont pas prêts à réduire le nombre d’ogives qui ont été retirées des vecteurs de frappe et sont entreposées ». [11]

Donc, en plus des plans visant à déployer des systèmes antimissile au sol, dans les airs et dans l’espace, principalement autour et contre la Russie (en Pologne, en République tchèque, en Norvège, en Grande-Bretagne, au Japon et en Alaska jusqu’à maintenant), le Pentagone gardera des ogives nucléaires en réserve pour l’activation sans fournir de mécanisme de surveillance aux inspecteurs russes et aux négociateurs travaillant à la réduction des armes.

Le 6 mai, Euronews a interviewé le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov, qui a fait une mise en garde : « La façon dont il [le bouclier antimissile balistique étatsunien] est conçu n’a rien à voir avec le programme nucléaire iranien. Il cible les forces stratégiques russes et est déployé dans la partie européenne de la Fédération de Russie. »

La création par les États-Unis du Navy Air and Missile Defense Command (NAMDC) au Naval Support Facility à Dahlgren en Virginie le 30 avril ajoute aux inquiétudes de la Russie et d’autres nations.

« NAMDC est l’organisme à la tête de la Marine, combinée à l’Integrated Air and Missile Defense (IAMD). NAMDC est le seul centre d’excellence pour la guerre à synchroniser et intégrer les efforts de la Marine à travers le champ complet de la défense aérienne et antimissile, comprenant les défenses aériennes, antimissile de croisière et antimissile balistique. » [13]

Les deux dernières semaines regorgent d’histoires dans la même veine, et pour attirer l’attention plus près de la Terre, Strategy Page, un site étatsunien, rapportait que selon une source russe « les États-Unis ont acheté deux chasseurs à réaction Su-27 de l’Ukraine [qui] serviront à entraîner les pilotes militaires étatsuniens, lesquels pourraient faire face à des ennemis à bord de ces avions. L’armée étatsunienne les utilisera pour tester ses radars et son équipement de guerre électronique. » [14]

À ce moment même, le client des États-Unis en Ukraine, le président Viktor Iouchtchenko, dont la cote de popularité à dégringolé à près de 1 %, a signé une directive pour la préparation à l’adhésion complète à l’OTAN. Quelques jours plus tard, une délégation militaire étatsunienne a visité le pays pour inspecter un réservoir de stockage et planifier « une réforme du système d’entraînement au combat ». [15]

En matière d’entraînement à la guerre contre la force aérienne russe, ce qui s‘est passé en Ukraine n’est que la dernière d’un bon nombre d’actions de ce genre.

Immédiatement après la pleine adhésion du pays à l’OTAN, le 81e escadron de chasse étatsunien s’est rendu à Constanta en Roumanie (pays où le Pentagone a depuis acquis quatre nouvelles bases) afin de s’entraîner au combat contre les MiG-21 russes.

Selon un des pilotes étatsuniens présents, « c’était plutôt chouette : on est assis dans un MiG-21 qui décollera dans quelques jours avec un pilote expérimenté aux commandes. C’était un bras de l’Union soviétique et ces pilotes volaient avant qu’elle n’éclate. Ils ont une bonne idée de ce que c’est. » [16]

En juillet de l’année suivante, le 492e escadron de chasse étatsunien était déployé à la base aérienne de Graf Ignatievo en Bulgarie voisine afin que « les forces aériennes de divers pays [aient l’opportunité] de connaître les tactiques et les capacités des aéronefs de l’un et de l’autre. » 

« Au moment où la première semaine d’entraînement prend fin, les pilotes des F-15E Strike Eagles, des MIG-29 et des MIG-21 partagent leurs connaissances sur les aéronefs et les tactiques. »

On cite un colonel des forces aériennes étatsuniennes : « Seulement 2 des 38 membres de l’équipage d’aéronefs ont eu la chance de voler aux côtés des MIG. D’ici à ce que l’exercice soit terminé, tout le monde aura eu le temps de voler dans un MIG ou à leurs côtés. [17]

Un mois plus tard, le 22e escadron de chasse expéditionnaire des États-Unis est arrivé en Roumanie pour effectuer les exercices Viper Lance, lesquels « marquaient le premier entraînement de pilotes de F-16 étatsuniens en Roumanie [et] la première fois que des pilotes de MIG-21 et de F-16 volaient en formations pour mener des manœuvres de combat élémentaires, un entraînement au combat aérien avec différents types d’aéronefs, ainsi que des missions d’attaques air-sol ». [18]

La prochaine citation est d’un pilote de F-16 Fighting Falcon :

« Mon vol dans le siège arrière d’un Lancer [MiG-21] constitue une bonne opportunité de voir un aéronef différent et c’est un honneur et un véritable privilège. Je veux voir ce qu’ils voient de leur cockpit et avoir un autre angle de compréhension face à nos adversaires. » [19]

Il y a deux semaines, un escadron de combat de l’US Air Force s’est rendu à la base aérienne de Bezmer en Bulgarie. « C’est la première fois qu’un escadron de combat de l’USAFE [United States Air Forces in Europe] se déploie à cet endroit […] Ce qu’il y a de plus gratifiant dans cette expérience est de savoir que j’aide ces pilotes à s’entraîner pour la guerre », a souligné un des militaires de l’USAFE sur les lieux. [20]

Dans le but de préparer les États-Unis pour le combat aérien contre toute la gamme d’aéronefs militaires russes, l’Inde était invitée aux exercices de combat aérien annuels Red Flag en Alaska en 2007, des jeux de guerres « dont l’objectif est de former les pilotes des États-Unis, de l’OTAN et d’autres pays alliés pour de vraies situations de combat.

 Cela comprend l’utilisation d’équipement "ennemi" et de vraies munitions pour des exercices de bombardements. » [21]

L’Inde a fourni six chasseurs Sukhoi SU-30MKI, « particulièrement pertinents pour cet exercice puisqu’[ils sont] fabriqués en Russie, donc traditionnellement considérés comme "hostiles" ». [22] 

Le 1er mai, la patrouille aérienne tchèque de l’OTAN entamait sa rotation de six mois dans le ciel balte, au-dessus de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie – à cinq minutes de la deuxième plus grande ville russe, Saint-Pétersbourg. À cette occasion, un officiel tchèque se vantait : « La zone que nous protégeons est presque trois fois plus grande que la République tchèque. C’est un avant-poste de l’OTAN. »

Le commandant de la force aérienne lithuanienne, Arturas Leita, a pour sa part annoncé que « les pays baltes demanderaient probablement la prolongation de la mission des forces aériennes au sein de l’OTAN jusqu’en 2018. » [23]

Du 8 au 16 juin, la Suède accueillera une simulation de l’OTAN appelée Loyal Arrow, décrite comme « la plus grande simulation de forces aériennes jamais vue dans la baie de Botnie, située entre la Suède et la Finlande », [24] également à proximité de Saint-Pétersbourg. Un porte-avions britannique et plus de 50 chasseurs y participeront. 

Cet exercice débutera exactement une semaine après la fin des jeux de guerre Cooperative Lancer 09 de l’OTAN menés par les États-Unis en Géorgie, sur le flan sud de la Russie.

En parlant des dangers s’appliquant uniformément à tout ce qui précède, le site web du ministère de la Presse et des Médias de masse de l’Ossétie du Sud citait récemment la mise en garde de la politologue Irina Kadzhaev :

« Aujourd’hui la situation est beaucoup plus sérieuse qu’avant août 2008. La menace antérieure ne mettait que l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie en danger, mais comme la Russie a reconnu l’indépendance de ces deux États et a conclu des ententes envisageant la présence de ses forces armées sur leurs territoires, si la guerre éclate à nouveau, elle ne se limitera pas au Caucase.

Le nouveau président des États-Unis n’a pas apporté de changement crucial en ce qui a trait à la Géorgie, mais en raison de son rôle dominant au sein de l’OTAN, il insiste toujours sur l’adhésion rapide de ce pays à l’alliance. Si celle-ci se concrétise, le monde fera face à une menace bien plus grave que les crises de la guerre froide.

Dans ce nouveau contexte, la guerre de la Géorgie contre l’Ossétie du Sud pourrait facilement devenir la guerre de l’OTAN contre la Russie. Il s’agirait d’une troisième guerre mondiale. » [25]
 

Par Rick Rozoff
Article original "Pentagon Preparing For War With The Enemy: Russia", le 14 mai 2009.
Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.
 


Notes :

  1. Virginian-Pilot, 13 mai 2009
  2. Ibid
  3. Global Security, 12 mai 2009
  4. Air Force Link, 1er juin 2007
  5. U.S. Department of Defense, 12 novembre 2008
  6. Associated Press, 5 mai 2009
  7. Space Flight Now, 5 mai 2009
  8. Pratt & Whitney, 5 mai 2009
  9. Ducommun Incorporated, 29 avril 2009
  10. Russian Information Agency Novosti, 7 mai 2009
  11. Russia Today, 5 mai 2009
  12. Euronews, 6 mai 2009
  13. Navy News, 30 avril 2009
  14. Moscow News, 11 mai 2009
  15. National Radio Company of Ukraine, 29 avril 2009
  16. Air Force Link, 2 août 2005
  17. U.S. Air Forces in Europe, 24 juillet 2006
  18. Stars and Stripes 26 août 2006
  19. Air Force Link, 17 août 2006
  20. Air Force Link, 28 avril 2009
  21. Indo-Asian News Service, 26 novembre 2007
  22. Avionews (Italy) 28 novembre 2007
  23. Czech News Agency, 1er mai 2009
  24. Barents Observer, 7 mai 2009
  25. Ministry for Press and Mass Media of the Republic of South Ossetia, 27 avril 2009

 


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Le Commandeur de l’OTAN qui voulait une nouvelle mission pour ses troupes en Afghanistan.

Le Commandeur de l’OTAN, ordonne le massacre des milliers de civils afghans : les paysans qui cultivent le pavot et les trafiquants, dès lors qu’ils rivalisent avec le monopole de la famille Karzaï, doivent être éliminés par les troupes de l’OTAN.

 
Brantz J. Craddock.

Le général Bantz Craddock, Suprême commandeur de l’OTAN, a ordonné aux troupes alliées présentes en Afghanistan de tuer, dans les zones insurgées, toutes les personnes impliquées dans la culture et le commerce des drogues, sans attendre de savoir si elles sont ou non liées à l’insurrection.

Selon le site internet de Der Spiegel, qui a révélé les faits, l’ordre a été confirmé par écrit, le 5 janvier 2009, au général allemand Egon Ramms qui s’y opposait en qualifiant l’exécution de cette instruction de crime de guerre.

Ces révélations provoquent un vif émoi en Allemagne, mais pas dans les autres États impliqués militairement en Afghanistan.

Ces instructions s’appliquent à toute la zone insurgée, mais pas à la zone « pacifiée », c’est-à-dire placée sous l’autorité du président Karzaï, où son demi-frère exploite le pavot.

En clair, le général Bantz Craddock a ordonné de massacrer tous les paysans qui cultivent le pavot et tous les trafiquants dès lors qu’ils rivalisent avec le monopole de la famille Karzaï.

Le général Bantz Craddock est l’ancien chef du cabinet militaire de Donald Rumsfeld. En qualité de commandant du South Command, il installa le centre de torture de Guantanamo. Il participa activement à la planification de la guerre israélienne de 2006 contre le Liban et fut nommé à cette époque à la tête de l’OTAN en vue d’une possible mission de l’Alliance atlantique au pays du Cèdre (projet qui fut contrecarré par Jacques Chirac lors de la Conférence de Rome).

Rappelons que la drogue produite par les Karzaï est principalement acheminée par les avions US à Camp Bondstell (1) (Kosovo) où elle est prise en charge par le Premier ministre Haçim Thaçi. Elle est alors distribuée par la mafia kosovare principalement en Europe occidentale. Les bénéfices servent à financer les opérations spéciales de la CIA hors contrôle budgétaire du Congrès.

Source : Voltaire.net

(1) Camp Bondsteel
 


Faut-il tuer les trafiquants de drogue ?

Le site lalibre.be précise :

Le commandant suprême de l’OTAN a exigé l’élimination des trafiquants d’opium en Afghanistan. Sa décision provoque un débat et une fuite.

Le commandant suprême de l’OTAN, le général américain John Craddock, a provoqué un vif débat au sein de la hiérarchie militaire alliée en autorisant à éliminer les trafiquants d’opium en Afghanistan, selon une lettre publiée jeudi par le "SpiegelOnline". Dans cette missive, le général Craddock ordonne à l’Isaf (2), la force placée sous commandement OTAN, de faire désormais la chasse "à tous les trafiquants de drogue et à leurs installations" et l’autorise à recourir contre eux aux moyens les plus extrêmes, c’est-à-dire jusqu’à les tuer, selon le site Internet du magazine hebdomadaire "Der Spiegel".

Il "n’est plus nécessaire [ ] de prouver que chaque trafiquant ou installation de drogue en Afghanistan remplit les critères d’un objectif militaire", autrement dit qu’ils ont des liens avec les talibans insurgés contre le gouvernement de Kaboul, écrit le général Craddock.

Désaccord des généraux

La lettre est adressée aux deux généraux chargés de diriger l’Isaf, l’Allemand Egon Ramms, basé au QG régional de l’OTAN à Brunssum, aux Pays-Bas, et l’Américain David McKiernan, qui commande en Afghanistan, selon "SpiegelOnline". Ces deux généraux refusent de suivre la consigne, qu’ils estiment contraire au droit international et au règlement de l’Isaf, force agissant sur mandat de l’ONU, selon le magazine.

Le général Craddock justifie sa position en rappelant que les pays de l’OTAN se sont mis d’accord en octobre pour s’attaquer en Afghanistan au trafic d’héroïne qui finance les talibans. L’OTAN a "reconnu un rapport clair entre le trafic de drogue et l’insurrection", souligne-t-il.

Interrogé sur ce point, le porte-parole de l’OTAN, James Appathurai, a souligné que le quartier général des puissances alliées en Europe (Shape, basé à Mons) "n’a pas donné d’ordre, mais a diffusé une "orientation" qui a été accueillie par des commentaires de responsables militaires". Selon lui, "il est parfaitement normal qu’il y ait une discussion au sein de la chaîne de commandement militaire sur la mise en œuvre" de la décision de donner à l’Isaf la permission d’agir contre les installations et trafiquants de drogue qui soutiennent les talibans.

"Personne n’a demandé ou ordonné de faire quelque chose d’illégal", a également réagi le porte-parole du général Craddock, le colonel Derek Crotts, précisant qu’à ce stade, le plan et les règles d’engagement de l’Isaf contre la drogue en Afghanistan "étaient toujours à l’étude".

Enquête sur la fuite

Illustration du malaise provoqué par ces "recommandations", le secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a ordonné jeudi une enquête sur la fuite "inacceptable" de documents internes à l’Alliance, dont a bénéficié "Der Spiegel". "Le secrétaire général a demandé l’ouverture immédiate d’une enquête qui devra être conduite avec diligence", a indiqué le porte-parole James Appathurai.

Le bureau du général McKiernan à Kaboul, cité par SpiegelOnline, estime que le général Craddock essaie de créer une "nouvelle catégorie de forces militaires ennemies" et mine l’engagement de l’Isaf à "éviter au maximum les pertes de vies civiles". Pour répondre aux préoccupations sur ce point de pays comme l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie, les pays de l’OTAN avaient convenu en octobre que l’Isaf n’interviendrait contre les trafiquants qu’avec des troupes "qui y auront été dûment autorisées par leurs gouvernements respectifs".

L’Afghanistan est à l’origine de 90% de la production mondiale d’opium, servant à la fabrication de l’héroïne écoulée en Europe et en Asie centrale. Selon des experts, les talibans tirent quelque 365 millions d’euros du trafic d’héroïne. (AFP)

Source : lalibre.be
Article source : Spiegel On Line International

(2) ISAF  : International Security Assistance Force
 


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L’OTAN fin prête pour repartir en guerre en Afghanistan

Avec son nouveau Secrétaire Général, Anders Fogh Rasmussen, et après le « succès » du sommet de Strasbourg, l’OTAN est fin prête pour repartir en guerre en Afghanistan.

En liesse étroitement contrôlée et en état de siège, Strasbourg a soufflé ce week-end les 60 bougies de l’OTAN sur fond de gaz lacrymogène. Un bonheur ne venant jamais seul, l’organisation a aussi célébré le retour de la France au sein de son commandement militaire intégré. Une décision qui, à n’en point douter, donnera rapidement à notre président bien aimé, l’occasion de parader sur la scène internationale, abandonnant la gestion de la chienlit domestique, des statistiques déprimantes, des fessées aux banquiers et des plans sociaux à répétition, à ses petites mains du gouvernement.

La guerre froide n’étant plus qu’un vague sujet de baccalauréat sur lequel il est de bon goût de faire l’impasse, OTAN rime désormais avec Afghanistan ; là où, si l’on en croit les médias, se joue notre liberté chèrement acquise. L’avenir de nos retraites par répartition, de nos comptes sur livrets et la sauvegarde des recettes du fromage au lait cru que le monde entier nous envie.

Qu’on ne s’y trompe pas, si le G20 a enfin accouché de sa liste multicolore des paradis fiscaux, c’est un peu, certes, pour tempérer l’appétit des financiers cupides, mais surtout pour assécher une fois pour toutes, la production afghane de pavot, l’arme de destruction massive par excellence. Mais si…

OTAN que faire se peut

OTAN et Afghanistan : une rime riche. Tellement riche qu’elle avait, il y a quelques mois déjà, justifié l’édition très discrète d’un bréviaire à usage des communicants de l’Organisation, pour leur permettre de marteler avec conviction la version officielle de la Nouvelle Histoire du Monde Illustrée. (« Ce document est destiné à aider tous ceux qui prennent part à l’explication de la situation en Afghanistan et de la mission de Force Internationale de Sécurité et d’Assistance, et tout particulièrement ceux qui sont en contact avec les médias ».) La nouvelle bible est intitulée L’OTAN en Afghanistan – la version officielle au 6 octobre 2008. En d’autres termes, comment enfumer les peuples abrutis par la télé-réalité, via leurs nigauds de journalistes. Bakchich se l’est bien sûr procurée et l’a dévorée. Avec gourmandise.

Les mecs commencent très fort : « L’Afghanistan demeure la priorité n°1 de l’OTAN. Ce n’est pas un choix (sic) mais une nécessité. Nous sommes en Afghanistan pour longtemps, sous mandat de l’ONU et nous y resterons aussi longtemps que nécessaire et que le peuple afghan nous le demandera… » . L’ouvrage passe en revue sur un ton résolument martial mais optimiste, tous les aspects de la question et les mots qui servent le mieux les thèses qu’il soutient. Le ton est donné dès la première page : « Les forces de sécurité afghanes et la Force Internationale de Sécurité et d’Assistance (ISAF) gagnent du terrain. Chaque fois que les militants affrontent les forces afghanes et de la coalition internationale, ils battent en retraite… »

Le renvoi de bas de page après le mot « militants » vaut sa boule d’opium : « Les "forces d’oppositions militantes" serait le terme approprié. Mais il ne doit pas être utilisé avec les médias. En fonction de l’audience et du groupe auquel on se réfère, les phrases militants-insurgés/extrémistes-talibans/extrémistes-ennemis de l’Afghanistan pourront être utilisés… »

Le message a été reçu 5 sur 5 par nos médias hexagonaux qui ne se réfèrent plus qu’aux « insurgés » dans les nouvelles du front qu’ils nous distillent. Chacun peut en être témoin s’il y prête une attention suffisante. C’est à ce genre de détail qu’on peut juger de la fiabilité du tableau qu’on nous peint.

Bien entendu, la Voix de l’OTAN précise également la manière dont il convient d’évoquer l’action des protagonistes locaux : le Pakistan, le rôle de l’Iran, le rôle de la fédération de Russie, tout est précisé, à la virgule près. Pour cette dernière par exemple, le costard est vite cousu : « des discussions sur un éventuel déploiement de moyens militaires russes en Afghanistan sont exclues (out of question)… rien n’entrera sur le territoire afghan qui n’aura été préalablement discuté et accepté par la République Islamique d’Afghanistan… »… Non mais !

« Un échec du renseignement qui confine à l’absurde »

Un peu plus loin (page 12) est évoqué dans un style très « politburo » une question centrale et très sensible sur la présence des « libérateurs » au beau milieu du terrain de jeu d’Hamid Karzaï : « Nous, OTAN/Force Internationale de Sécurité et d’Assistance, avons pris acte de la nomination du général Mc Kiernan comme commandant en chef des forces américaines en Afghanistan. Nous nous félicitons de cette initiative qui renforce la coordination entre la force militaire internationale….. ». Puis l’affaire prend un tour inattendu ; l’auteur prend soin de rappeler aux porte-voix de l’OTAN que « …cette décision ne modifie en rien le mandat de la Force Internationale de Sécurité et d’Assistance et n’agrège pas sa mission avec la mission américaine ‘Liberté Durable’. Comme l’ont affirmé les autorités américaines, ‘Liberté Durable’ continuera à mener des actions de contre-terrorisme et des opérations de détention sous un mandat séparé… ». Ouf, on nous a épargné les corvées de gégène…

Prudent en dépit des accolades et des surenchères d’amabilité strasbourgeoise, notre grand stratège Sarko 1er ne s’est pas laissé forcer la main par l’ambiance festive. Il a déclaré à son nouvel ami Barack Obama que nous n’augmenterions pas notre contingent d’arracheurs volontaires de pavot. En tout cas pas dans l’immédiat.

Peut-être a-t-il eu connaissance du rapport de 275 pages rendu là encore dans la plus grande discrétion en novembre 2008 par le National Defense Research Institute de la Rand Corporation, l’une des têtes pensantes du complexe militaro industriel yankee (« Intelligence Operations and metrics in Iraq and Afghanistan – Fourth in a series of Joint Urban Operations and Counterinsurgency studies). Les auteurs, Russel Glenn et Jamie Gayton ne sont pas tendres et leur plume, nettement moins plombée que dans l’opus précédent. A partir de nombreuses auditions de militaires, de spécialistes du renseignement, de diplomates, de plusieurs nationalités, ils dressent un tableau nettement moins optimiste de la situation afghane. Un enlisement qui ne dit pas son nom, qu’ils attribuent « à un échec du renseignement qui, dans certains cas, confine à l’absurde »…

Comme quoi, deux lectures valent mieux qu’une, en particulier lorsque ni l’une ni l’autre ne sont destinées aux pauvres citoyens que nous sommes.

Article paru su Backchich.info le 6 avril 2009

Question de Jean-Luc Mélenchon au gouvernement, au Sénat le 2 avril 2009

Monsieur Mélenchon. Votre courroux est justifié. La ville de Strasbourg a subi un "blocus" sous prétexte que les grands de ce monde viennent justement ici siéger au Sommet de l’OTAN et entériner l’intégration de la France. Une île déserte aurait tout aussi bien fait l’affaire. Ce blocus flirterait presque avec la promulgation d’une loi martiale made in… Alors que les faits corroborent vos arguments, votre colère arrive un peu tard. Tandis que vous vous insurgez, le G20 offre 1000 milliards de dollars au monde pour le remettre d’une mauvaise passe provoquée par on ne sait qui. Cette transaction ne date pas d’hier.

Le coup de semonce symbolisé par l’effondrement du World Trade Center (Centre du Commerce Mondiale) annonçait sans doute la fin d’un système. Deuxième coup de semonce, ce G20, ayant statué sur les orientations futures de la planète entière, vient clairement de consacrer l’expression "Nouvel Ordre Mondial" désormais utilisable à merci par les médias qui pourront la décliner à loisir, sans craindre la censure car les Césars de ce monde leur ont donné l’aval, mais dans le sens qui leur convient.

Tandis que s’orchestrait cette grande partie quelques années plus tôt, tandis que les cartes se redistribuaient discrètement, vous auriez pu demander en cours de jeu, comme au Poker, "je paie pour voir." Evidemment, personne n’aurait abattu ses cartes ; évidemment, vous n’étiez pas invité à la table de jeux. Vous êtes maintenant devant le fait accompli.  Vous avez le droit d’être désagréablement surpris, comme bien d’autres se sentent trompés.

Maintenant, l’Europe s’incline, le monde s’incline, la France s’incline. Quant à Strasbourg, la claque est arrivée sans prévenir. Strasbourg est gentiment occupée à la stupéfaction générale, mais pas de libérateurs en vue et pour cause. En tout cas, vous avez le mérite de dénoncer la mise en place d’un système inédit en France par temps de paix. Quelle anti-chienlit !


 

Monsieur le premier ministre, il est temps de rappeler aux militaires américains et aux responsables de la sécurité du président des Etats-Unis que Strasbourg n’est pas Bagdad. Les mesures inouïes de contrôle de la population qu’ils ont imposées, selon leurs détestables habitudes en la matière, sont insupportables !

Vous avez eu la faiblesse de les accepter.

Comment  le gouvernement  peut-il justifier le blocus de la ville de Strasbourg qui s’organise ? Comment justifiez-vous la démesure des atteintes à la liberté de circuler imposées à la ville de Strasbourg et à ses habitants ?

  • La totalité des écoles primaires fermées vendredi
  • 12 lycées et 11 collèges fermés vendredi et samedi.
  •  l’université   fermée  depuis  une  semaine  pour  empêcher   les   rassemblements d’étudiants
  • Une quinzaine d’avenues, boulevards, places et rues vidées de leurs véhicules et de toute circulation.
  • Des déviations sur 6 autoroutes de  transit   régional  et   international,  avec un impact sur la circulation jusqu’à Nancy, Besançon et Bale.
  • Des dizaines de milliers d’habitants de Strasbourg soumis à laissez-passer pour circuler à pied dans les zones orange et rouge.
  • Des fouilles à la gare de l’Est

Et pire encore, depuis la semaine dernière, on assiste désormais à des atteintes inadmissibles à la liberté d’expression qui couvrent de ridicule leurs auteurs :

  • approuvez-vous l’irruption illégale de  policiers  aux  domiciles de personnes qui avaient pavoisé leur fenêtre de drapeaux pour la paix. Et la demande non moins illégale que les gens enlèvent ces drapeaux?
  • cautionnez-vous la systématisation de contrôles d’identité harcelant contre toutes les personnes arborant des signes pacifistes ou d’opposition à l’OTAN ?! Eh bien, sachez que pour notre part nous encourageons à porter ces insignes et nous appelons nos concitoyens à pavoiser pour la paix !

A Strasbourg, la liberté de manifester est mise en cause avec le refus répété de la préfecture d’autoriser un parcours décent pour la manifestation anti-OTAN. Est-ce croyable ? La préfecture voulait carrément diriger cette manifestation vers l’Allemagne !

Monsieur le premier ministre, comptez-vous résister un peu aux injonctions américaines ? Que comptez-vous faire pour rétablir les conditions élémentaires d’exercice des libertés constitutionnelles d’un peuple républicain lors de ce sommet ?

Notre groupe a exprimé à maintes reprises son opposition à l’OTAN. Oui nous sommes opposés au retour de la France dans le commandement   intégré qui entraîne notre pays dans une dérive belliciste atlantiste contraire à l’intérêt national et européen. L’envoi de 150 gendarmes en Afghanistan, dont  nous devrions plutôt retirer toutes nos forces, illustre la réalité de cette spirale du suivisme dans les aventures des Etats-Unis.

Monsieur le 1er ministre, après cet alignement, allez-vous rééquilibrer la position de votre gouvernement lors du sommet Union européenne / Etats-Unis qui se tiendra dimanche 5 avril à Prague ?

Ou bien allez-vous soutenir le projet de « grand marché transatlantique de la concurrence libre et non faussée sans entraves » que l’Union européenne prépare dans le dos des citoyens avec les Etats-Unis ? Quand comptez vous demander   aux   Français   leur   avis   sur   ce   nouveau   projet   de déréglementation mondiale   qui   contredit   les   gesticulations   prétendument régulatrices au G20.

Avec

  • l’alignement de la France sur l’OTAN,
  • l’enterrement de toute défense européenne indépendante par le Traité de Lisbonne,
  • la dilution de l’Europe dans un grand marché transatlantique ;

comment définissez-vous désormais l’« indépendance nationale » des Français, dont le président est le garant d’après la constitution ? Que   restera-t-il de la souveraineté du peuple qui fonde la République et commande sans partage à ses armes ?

 


A lire sur le web :

A voir sur le web :

Daniele Ganser : « Le président Sarkozy a accepté la domination des États-Unis »

Alors que l’Albanie et la Croatie ont adhéré à l’OTAN le 1er avril 2009 et que l’Alliance célèbrera son soixantenaire à Kehl, les 3 et 4 avril, le Réseau Voltaire a demandé au professeur Daniele Ganser son appréciation de cette organisation. Pour ce spécialiste mondialement reconnu de l’histoire de l’OTAN, l’Alliance n’a plus de vocation défensive depuis la fin de l’URSS et se résume désormais à la suzeraineté états-unienne sur l’Europe.
 


 

Présentation du Professeur Ganser :

Historien suisse spécialisé dans l’histoire contemporaine et les relations internationales depuis 1945, Daniele Ganser enseigne à l’université de Bâle. Il est l’auteur de l’ouvrage de référence sur les réseaux Stay-Behind, Les Armées secrètes de l’OTAN, disponible en de nombreuses langues dont le français. Ses travaux actuels portent sur la prétendue « guerre contre la terreur » et le pic pétrolier. Il a été nvité à maintes reprises par le Parlement et la télévision nationale suisses pour partager son expertise en matière de politiques étrangère et de sécurité.

Question : Professeur Ganser, la France vient de réintégrer officiellement le commandement militaire de l’OTAN après plus de 40 ans d’absence. Charles de Gaulle avait pris la décision de retirer son pays de l’organisation en mars 1966 au début de la Guerre froide. Le général avait du reste protesté non pas contre l’OTAN, mais contre la domination des États-Unis en son sein, c’est à dire qu’il ne voulait pas mettre les forces armées françaises sous la direction d’un général US.
Comment analysez-vous ce retour de la France dans l’OTAN et que se cache-t-il derrière, car l’OTAN est toujours un instrument de la domination militaire états-unienne ?

Daniel Ganser : Pour moi, c’est un signe que la France, ou au moins le président Sarkozy et la majorité du parlement français, ont accepté la domination des États-Unis dans les affaires du monde et de l’OTAN en particulier. Je ne saurais me prononcer à propos de la population française, si elle apprécie cette position dominante des États-Unis, ou si elle est prête à accepter une telle position de subordination, mais je sais que la population Suisse n’accepterait pas cela [1].

Cela me fait penser à la bande dessinée d’Astérix et Obélix. Pour suivre cette métaphore, M. Sarkozy a maintenant décidé d’abandonner ce petit village et de le placer sous commandement romain. Les États-Unis tentent beaucoup d’imiter les puissances romaine et grecque : regardez les bâtiments de Washington, la Maison-Blanche ou le Congrès au Capitole. Et les États-Unis veulent que les Européens acceptent leur rôle de subordonnés, et non pas d’être traités comme des égaux.

En Afghanistan, les soldats français, allemands ou néerlandais doivent combattre sous commandement américain. Bien sûr, il est clair que l’OTAN a toujours été dominé par les États-Unis, même lorsque les Français ne faisaient plus partie du commandement militaire intégré. Si vous regardez l’histoire de l’OTAN, vous verrez clairement que le commandant suprême des forces alliées en Europe, le SACEUR, qui est le plus haut officier de l’OTAN en Europe a toujours été un général américain.
L’OTAN est dirigée et commandée par le Pentagone. Si un pays ne veut pas accepter cet état de fait, il doit quitter l’OTAN, c’est aussi simple que cela.

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Vous pouvez commander ce livre à la librairie du Réseau Voltaire
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Question : Il y a pas longtemps, sous le prétexte des opérations de maintien de la paix dans le monde, le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon a signé un protocole avec l’OTAN l’autorisant à intervenir un peu partout dans le monde [2]. Pourquoi l’Alliance atlantique veut-elle devenir un gendarme mondial à votre avis ?

Daniel Ganser : Pendant la Guerre froide, l’OTAN a servi à protéger l’Europe de l’Ouest dans l’éventualité d’une invasion soviétique. La plupart des gens peuvent comprendre cette stratégie, parfaitement sensée. L’invasion ne s’est jamais produite, et par conséquent l’OTAN n’a jamais eu à lutter contre l’Union soviétique, fort heureusement d’ailleurs. Suite à l’effondrement de l’URSS en 1991, l’OTAN restait sans mission clairement définie. Beaucoup ont dit alors qu’elle devrait être dissoute et, en fait, je suis d’accord que cela aurait été la meilleure chose à faire. Au lieu de cela, l’OTAN a été élargie : la Pologne, la Roumanie et de nombreux autres pays sont devenus membres. Malgré le fait que l’OTAN avait promis à Gorbatchev et Eltsine qu’elle n’accepterait jamais de prendre des pays de l’ex-Pacte de Varsovie comme nouveaux membres.

Ainsi, l’OTAN a-t-elle manqué à sa parole, et les Russes se sentent encerclés par l’Alliance ; cela ne contribue pas à promouvoir la paix et la compréhension en Europe, parce que l’Europe est dépendante de la Russie pour son pétrole et son gaz, et provoquer l’ours russe en élargissant l’OTAN a été un jeu très dangereux pour utiliser un euphémisme ; un jeu qui, s’il a profité aux États-Unis, a porté préjudice aux relations entre l’Union européenne et la Russie. En outre, en 1999, l’OTAN a bombardé le Kosovo sans mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, ce qui constituait une guerre d’agression illégale. Et après le 11-Septembre, l’OTAN a activé l’article 5, (la clause de défense collective) et déclaré que ce n’était pas seulement les États-Unis, mais tous les pays de l’OTAN qui étaient en guerre, et elle a attaqué l’Afghanistan en octobre 2001 [3].

Donc vous le voyez, l’OTAN a connu une transformation très radicale après la fin de la Guerre froide, et en très peu d’années. Mais indépendamment de ce que M. Ban Ki Moon a déclaré, les gens se demandent quelle est la fonction de l’OTAN aujourd’hui. De plus en plus de gens réalisent que l’OTAN est devenue un instrument dans la lutte globale pour l’énergie. En Afghanistan, les contrats ont été signés pour la construction d’un oléoduc depuis la Caspienne jusqu’à l’océan Indien en passant par le Turkménistan, l’Afghanistan et le Pakistan. Donc vraiment je pense que la guerre en Afghanistan est une guerre pétrolière. Les talibans s’étaient rendus aux États-Unis dans les années 1990 pour parler de la construction de pipelines (gazéoléoducs) avec la firme Unocal, mais ils ne purent pas parvenir à un accord. Puis est survenu le 11-Septembre et tout à coup, la chose la plus importante au monde était la capture d’Oussama ben Laden.

Aujourd’hui, il ne semble plus être aussi important. Mais la sécurité énergétique, les pipelines et le contrôle des itinéraires d’acheminement dans le golfe d’Aden, sont, elles, des questions essentielles.

Question : Vous avez démontré dans votre livre que l’OTAN a été impliqué dans le passé dans des opérations de terrorisme d’État, dans des luttes souterraines et d’autres actions secrètes contre certains pays ou idéologies de manière géopolitique [4]. Pensez-vous que l’OTAN continue dans cette ligne ou y exerce encore aujourd’hui ce type d’action ?

Daniel Ganser : Pendant la Guerre froide, l’OTAN avait créé, et dirigeait, organisait, en secret des armées, dites « Stay-Behind » (qui devaient « rester derrière » les lignes ennemies après l’invasion soviétique pour la harceler et la combattre sur le terrain, de l’intérieur), dans tous les pays de l’Europe occidentale [5].

C’est ce qu’on appelle l’affaire ou le réseau Gladio [6], du nom de l’armée secrète en Italie qui est celle sur laquelle nous disposons de plus de documents [7]. L’OTAN n’a jamais voulu faire de commentaires sur cette stratégie du secret. Nous savons maintenant comment la CIA et le MI6 ont aidé l’OTAN à mettre en place ses armées secrètes, et que certaines d’entre elles liées aux extrémistes de droite, les anciens nazis et néo-fascistes, ont mené des attaques terroristes sous faux pavillon dans certains pays européens. C’est donc une affaire extrêmement sensible.

Le Parlement européen a écrit une lettre à l’OTAN et a protesté à la fin de l’année 1990, lorsque l’affaire Gladio fut révélée ; il a demandé une enquête détaillée. Mais l’OTAN a refusé tout commentaire. Ainsi, vous voyez, l’OTAN n’est pas une structure transparente, ni pendant la guerre froide et pas même aujourd’hui. Alors oui, bien sûr, il est tout-à-fait possible que des opérations secrètes continuent encore à ce jour, sans que le public en soit informé.

Question : Enfin, selon vous l’OTAN est-elle un instrument de souveraineté ou de domination pour l’Europe ?

Daniel Ganser : L’OTAN est un instrument pour dominer l’Europe, car les États-Unis, en tant qu’unique super-puissance la contrôle entièrement. Si vous regardez toutes les tentatives de ces 15 dernières années de la part des pays de l’Union Européenne pour établir une politique de défense de l’UE qui soit indépendante à la fois de l’OTAN et des États-Unis, vous verrez que Washington a protesté à chaque fois et s’y est opposé : une structure européenne de défense n’est pas quelque chose que souhaite le Pentagone.
 

Par Sandro Cruz le 2 avril 2009 pour le réseau Voltaire

Sandro Cruz est vice-président du Réseau Voltaire et directeur de l’Agencia informe de prensa internacional (IPI)
 


Références :

[1] « Pourquoi la majorité des citoyens suisses ne veulent pas adhérer à l’UE ? », par Nicolas G. Hayek, Réseau Voltaire, 31 mars 2009.

[2] « Ban Ki Moon aurait placé les forces de l’ONU au service de l’OTAN », Réseau Voltaire, 10 octobre 2008 ; Texte intégral de la « Déclaration commune sur la collaboration des Secrétariats des Nations Unies et de l’OTAN » du 23 septembre 2008, Réseau Voltaire ; « L’accord secret entre l’ONU et l’OTAN ne répond pas aux objectifs de la communauté internationale », par Karl Müller, RéseauVoltaire/Horizons et débats, 1er décembre 2008.

[3] Cf. Traité de Washington, dit « Traité de l’Atlanique Nord » du 4 avril 1949, Réseau Voltaire.

[4] « Le terrorisme non revendiqué de l’OTAN », entretien de Silvia Cattori avec Daniele Ganser à propos de son livre Nato’s secret Armies : Terrorism in Western Europe.

[5] « Stay-behind : les réseaux d’ingérence américains », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 août 2001.

[6] « Rapport Andreotti sur l’Opération Gladio » du 26 février 1991, texte intégral sur Réseau Voltaire.

[7] « 1980 : carnage à Bologne, 85 morts », Réseau Voltaire, 12 mars 2004.
 


ReOpenNews sur Daniele Ganser :

Les méthodes spéciales antiterroristes sont inefficaces et illégales

Dans son rapport au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Martin Scheinin examine la coordination antiterroriste mise en place aussi bien par l’OTAN que par l’Organisation de coopération de Shanghai. Il observe les multiples violations des droits de l’homme commises par les agences de renseignement et relève que les États-Unis, le Royaume-Uni, la Russie et la Chine ne peuvent feindre de les ignorer alors qu’elles sont perpétrées à leur demande par des États sous-traitants. Il s’ensuit que ces grandes puissances et leurs responsables antiterroristes sont susceptibles de poursuites devant la Justice internationale. Il note également qu’en collectant des informations obtenues par des collègues en pratiquant la torture, ces agences ont en réalité accumulé des données souvent erronées et toujours sans valeur juridique, donc inopérantes.

Le présent article [publié par le réseau voltaire] est extrait du rapport présenté par le Rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste lors de la Xe session du Conseil des Droits de l’homme de l’Organisation des Nations Unies (cote : A/HRC/10/3, 4 février 2009). Document original intégral téléchargeable au bas de cette page.
 



Les pouvoirs renforcés donnés aux agences de renseignement et la nécessité de mécanismes de responsabilisation ex ante

En termes généraux, la principale fonction des agences de renseignement est de détecter les menaces potentielles pour la sécurité nationale, y compris les menaces terroristes, en réunissant des données [1] et des informations sans alerter ceux qui sont surveillés et en utilisant diverses techniques d’investigation spéciales telles que surveillance secrète, interception et contrôle des communications (électroniques), perquisitions secrètes de locaux ou de biens et recours à des agents infiltrés. Ces techniques d’investigation sont des mesures que les États peuvent utiliser efficacement pour lutter contre le terrorisme international [2]. Leur justification peut être vue dans l’obligation positive qui est faite aux États, dans le droit international des droits de l’homme, de prendre des mesures préventives pour protéger des individus dont on sait ou dont on soupçonne que la vie ou la sécurité peuvent être menacées par les agissements criminels d’autres individus, y compris des terroristes [3].

1. Un cadre législatif pour les techniques d’investigation spéciales

Un premier élément indispensable pour faire en sorte que les États et leurs agences de renseignement soient tenus de rendre compte de leurs actions consiste à mettre en place un cadre législatif à la fois spécifique [4] et complet qui définisse le mandat des agences de renseignement et précise leurs pouvoirs spéciaux. Sans ce cadre, les États ne pourront pas respecter leur obligation, en vertu des traités internationaux relatifs aux droits de l’homme, d’assurer la jouissance effective des droits fondamentaux [5]. On trouve un exemple de meilleure pratique dans les dispositions très détaillées régissant chacune des techniques d’investigation que les services de renseignement néerlandais peuvent utiliser [6].

Les approches suivies par les États pour définir les mesures et les techniques requérant une décision de justice varient quelque peu selon la portée et la force des droits constitutionnels reconnus dans l’État concerné, et en particulier selon la portée du droit à la vie privée [7]. On peut considérer que le simple fait de créer une fiche de renseignement personnelle, thématique ou se rapportant à une organisation ne soulève pas de problème de droits de l’homme si l’on soupçonne que quelqu’un prépare un acte terroriste [8].

À cet égard, le Rapporteur spécial souligne toutefois que les informations recueillies pour le « renseignement stratégique » (c’est-à-dire les informations obtenues par les agences de renseignement à des fins stratégiques) ne doivent pas être utilisées dans les procédures devant les tribunaux s’il n’y a pas un contrôle judiciaire des mesures visant des individus identifiés nommément. Le Rapporteur spécial jugeait préoccupant que dans différents tribunaux, la ligne de démarcation entre ces renseignements stratégiques et les éléments de preuve se soit estompée au profit de diverses formes d’« impératifs de sécurité nationale ». Il faut que les autorités judiciaires approuvent une technique d’investigation spéciale pour que les résultats obtenus au moyen de cette technique puissent être admis comme éléments de preuve par les tribunaux.

Les États peuvent avoir recours à certaines mesures préventives, comme surveillance secrète ou interception et contrôle des communications, à condition que ces mesures soient ponctuelles et exécutées sur mandat décerné par un juge si des motifs raisonnables et suffisants ont été produits, et si certains faits en relation avec le comportement d’un individu justifient de le soupçonner d’être en train de préparer un attentat terroriste. Cette démarche préventive fondée sur le renseignement cherche à anticiper plutôt qu’à contourner les procédures judiciaires et elle peut offrir un moyen approprié, raisonnable et proportionné afin d’identifier des risques ou de préciser les soupçons qui pèsent sur une personne suspectée de préparer un acte terroriste. Les États doivent savoir, toutefois, que la première phrase du paragraphe 1 de l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques est applicable dans toute matière juridictionnelle et qu’elle exige que le principe fondamental du droit à un procès équitable soit respecté [9].

Bien qu’il n’existe pas de norme générale dans le droit international qui interdise ou limite expressément la recherche des renseignements, il est indispensable que les États clarifient les « critères de seuil » qui peuvent amener une agence de renseignement à s’engager dans toutes sortes d’actions pouvant porter atteinte aux droits de l’homme, qui vont de l’extraction de connaissances à partir de données jusqu’à des actions clandestines [10]. En précisant clairement les pouvoirs conférés par la loi aux agences de renseignement, on peut aussi mieux faire la distinction entre les tâches des agences de renseignement et celles des organes chargés de faire respecter les lois. Faute de ces distinctions claires, le cadre de responsabilisation sera mal défini et il y aura un risque que des pouvoirs spéciaux soient utilisés dans des situations ordinaires où la population n’est pas exposée à une menace grave [11].

2. Les critères pour recueillir les renseignements : le problème de l’extraction de connaissances à partir de données et du partage des données

Les agences de renseignement utilisent de plus en plus l’extraction de connaissances à partir de données (en anglais « data mining ») en croisant plusieurs bases de données en fonction de certaines variables, ce qui estompe la ligne de démarcation entre une surveillance ciblée acceptable et une surveillance de masse problématique et assimilable à une ingérence arbitraire ou illégale dans la vie privée. L’extraction de connaissances à partir de données comporte en effet un risque intrinsèque d’« inclusivité excessive » (les informations sont recherchées parce qu’elles peuvent être utiles, plutôt que dans un objectif défini), dans la mesure où les capacités techniques offertes par cette méthode peuvent inciter celui qui l’utilise à élargir la définition de ce qui est considéré comme suspect.

À cet égard, le Rapporteur spécial réitère ses recommandations sur la question de l’établissement de profils raciaux ou ethniques [12]. Si l’extraction de connaissances à partir de données n’est pas prohibée en tant que telle, elle ne doit pas inclure des variables ayant pour effet de porter atteinte au droit à la non-discrimination. Le logiciel d’extraction de connaissances à partir de données pour l’« analyse des sentiments », qui extrait de documents non structurés générés par des personnes sur l’Internet des opinions et qui en fait la synthèse afin d’établir un profil terroriste, méthode apparemment utilisée par les agences de renseignement en Allemagne, au Canada, en Chine, aux États-Unis, en Israël, à Singapour et à Taïwan [13], ne doit pas aboutir à priver des personnes de liberté ou à les inscrire sur des « listes de surveillance » qui peuvent leur poser des problèmes pour voyager en avion, faire des opérations bancaires ou travailler dans des aéroports ou encore dans des lieux où des substances radioactives sont utilisées, comme les hôpitaux.

Outre les problèmes fréquents liés à la mauvaise qualité des données, qui peuvent être mal enregistrées, mal interprétées ou périmées quant elles sont croisées avec d’autres bases de données [14], il est très inquiétant que des personnes innocentes soient identifiées comme des terroristes potentiels [15]. Pour le Rapporteur spécial, ces défauts potentiels dans la collecte des données sont d’autant plus préoccupants que l’on facilite toujours plus le partage des données personnelles entre les agences de renseignement et les organes chargés d’assurer le respect des lois, au niveau national et aussi dans le cadre bilatéral ou multilatéral comme celui de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ou de l’Organisation de coopération de Shanghai.

À titre de meilleure pratique en général, le Rapporteur spécial invite les États Membres à adopter des législations qui reprennent les principes fondamentaux en matière de protection des données établis dans des documents comme les Principes directeurs pour la réglementation des fichiers personnels informatisés, adoptés par l’Assemblée générale dans sa résolution 45/95 [16]. Le premier de ces principes dit ceci : « Les données concernant les personnes ne devraient pas être obtenues ou traitées à l’aide de procédés illicites ou déloyaux, ni utilisées à des fins contraires aux but et aux principes de la Charte des Nations Unies » [17]. Ceci implique l’obligation pour tous les États Membres de promouvoir et de respecter les droits de l’homme. Le Rapporteur spécial souligne que les possibilités de dérogation aux principes d’exactitude (art. 2), de finalité (art. 3) ou d’accès (art. 4) devraient être interprétées dans un sens étroit. Il appelle en particulier l’attention des États sur le principe 5 (non-discrimination, art. 5) où il est dit que les données « pouvant engendrer une discrimination illégitime ou arbitraire, notamment les informations sur l’origine raciale ou ethnique, la couleur, la vie sexuelle, les opinions politiques, les convictions religieuses, philosophiques ou autres, ainsi que l’appartenance à une association ou un syndicat, ne devraient pas être collectées » et par conséquent ne devraient pas être partagées non plus. Les dérogations au principe 5 ne peuvent être autorisées que dans les limites prévues par la Charte internationale des droits de l’homme et les autres instruments pertinents dans le domaine de la protection des droits de l’homme et de la lutte contre la discrimination. Dans ce contexte, le Rapporteur spécial est très préoccupé par le partage des données et des informations entre les agences de renseignement en Chine, dans la Fédération de Russie, au Kazakhstan, en Ouzbékistan, dans la République kirghize et au Tadjikistan dans le cadre de la Convention de Shanghai pour la lutte contre le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme. Cet échange de données et d’informations n’est soumis à aucun contrôle véritable et il n’est pas assorti de clauses de sauvegarde pour protéger les droits de l’homme.

Le Rapporteur spécial se réfère aux meilleures pratiques, où la communication et la réception des données entre agences de renseignement et leur utilisation ultérieure sont réglementées par des accords écrits entre les autorités compétentes [18]. Selon ces bonnes pratiques, ces accords peuvent être soumis à des organes de contrôle [19] qui entreprennent, idéalement, une procédure de vérification en bonne et due forme de l’agence de renseignement étrangère concernée avant que les autorités puissent conclure un accord de ce type. Ce processus de vérification peut comporter des visites sur place et des consultations avec des organisations non gouvernementales locales pour mieux connaître le bilan de l’agence en question dans le domaine des droits de l’homme.

3. Pouvoirs exceptionnels pour les arrestations, les détentions et les interrogatoires

Après les événements du 11 septembre 2001, certains gouvernements ont soutenu qu’il n’était plus possible de délimiter clairement les pouvoirs des agences de renseignement et ceux des organes chargés de faire respecter les lois, faisant valoir que vu le caractère extraordinaire des menaces terroristes actuelles les agences de renseignement devaient être dotées de pouvoirs nouveaux pour interroger des individus, les arrêter et les placer en détention. Le fait de doter les agences de renseignement de pouvoirs pour interroger, arrêter et mettre en détention des personnes n’est pas en tant que tel une violation du droit international, à condition que ces agences respectent toutes les normes relatives aux droits de l’homme pertinentes concernant l’arrestation et la détention, ainsi que les dispositions constitutionnelles et autres qui s’appliquent dans le pays aux organes ordinaires chargés de faire respecter les lois [20]. Toutefois, le Rapporteur spécial juge préoccupant que dans plusieurs pays ce transfert de pouvoirs des organes chargés de faire respecter les lois aux agences de renseignement pour contrer et prévenir les menaces terroristes vise à contourner les garde-fous nécessaires dans une société démocratique, avec ainsi un abus du secret usuellement légitime des activités de renseignement [21]. Ce transfert de pouvoirs risque, à terme, de mettre en danger l’état de droit, dans la mesure où la délimitation entre la recherche de renseignements et la réunion d’éléments de preuve sur des actes délictueux s’estompe de plus en plus [22]. On voit donc que les États commencent à préférer utiliser des éléments d’information confidentiels obtenus par des agents de renseignement dans des procédures administratives, plutôt que d’essayer de démontrer la culpabilité au-delà du doute raisonnable dans un procès pénal. Vu les limitations intrinsèques du renseignement de sécurité, il ne doit pas être pris de mesures préventives qui privent une personne de liberté en se fondant uniquement sur le renseignement. Il faut, dans ces cas-là, que les renseignements soient transformés en éléments de preuve concrets dans un certain délai afin que l’intéressé puisse contester les éléments de preuve qui l’incriminent. Si les renseignements ne peuvent pas être transformés progressivement en éléments de preuve, ou si l’État n’obtient pas de nouveaux éléments de preuve, les mesures préventives doivent être levées.

Dans certains pays, les agences de renseignement ont acquis le pouvoir légal d’arrêter et de détenir des personnes soupçonnées d’avoir des informations sur des activités terroristes [23]. La détention préventive pour des raisons de sécurité publique, y compris pour interroger des personnes à des fins de renseignement, peut dans des circonstances exceptionnelles être considérée comme une restriction du droit à la liberté qui est proportionnée, à condition qu’elle ait un fondement clair et accessible dans la loi, que l’intéressé ait été informé des raisons de sa détention et qu’un tribunal puisse statuer sur la légalité de celle-ci [24]. La détention ne doit pas être arbitraire [25], et une réparation doit être prévue en cas de détention injustifiée [26]. Le Rapporteur spécial s’inquiète que des personnes soient détenues pendant une longue période dans le seul objectif d’obtenir des renseignements ou pour des motifs vagues au nom de la prévention. Ces situations constituent une privation arbitraire de liberté [27]. L’existence de motifs justifiant une détention prolongée devrait être déterminée par un tribunal indépendant et impartial. La détention prolongée de personnes déclenche pour les autorités l’obligation d’établir sans délai si des soupçons de nature criminelle peuvent être confirmés et, dans l’affirmative, d’inculper le suspect et de le traduire en justice. L’internement « administratif » pur et simple d’une personne dans le seul but d’obtenir des renseignements serait illégal [28].

Le Rapporteur spécial est très préoccupé par les situations dans lesquelles les agences de renseignement disposent de pouvoirs d’arrestation et de détention, mais en toute impunité dès lors que leurs actes ne sont pas assujettis à un contrôle juridictionnel effectif. En Algérie, par exemple, la Direction du renseignement et de la sécurité (DRS) détient et interroge des personnes soupçonnées de posséder des informations sur les activités terroristes de groupes armés actifs en Algérie ou de réseaux terroristes internationaux actifs à l’étranger. Les articles 12 et 16 du Code de procédure pénale stipulent que, dans l’exercice de ses fonctions, la DRS opère sous l’autorité d’un procureur. Toutefois, il est rapporté qu’en réalité la DRS opère sans aucun contrôle civil [29]. À la différence des cas où les policiers ou les gendarmes procèdent à des arrestations, les procureurs ne semblent pas informés des arrestations auxquelles la DRS a procédé. Apparemment, les procureurs n’utilisent pas leurs prérogatives pour ordonner des examens médicaux, pour inspecter les casernes utilisées pour les gardes à vue, ou pour vérifier les informations rendant compte de l’arrestation, des interrogatoires et de la remise en liberté de personnes aux mains de la DRS. Le Rapporteur spécial craint que ces circonstances aggravent beaucoup le risque que ces personnes soient détenues de façon arbitraire, ou risquent d’être victimes d’actes de torture ou autres traitements inhumains.

Le Rapporteur spécial est très préoccupé par la situation au Maroc [30], en Jordanie [31] et au Pakistan, par exemple, où les pouvoirs conférés en matière de détention et d’interrogatoire aux services de renseignement dans le cadre des opérations et enquêtes antiterroristes n’ont pas de base statutaire claire [32]. Le fait d’arrêter et de détenir des personnes pour des motifs qui ne sont pas clairement établis dans le droit interne est une violation du paragraphe 1 de l’article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Sans un cadre juridique, il y a un danger que les services de renseignement arrêtent des personnes sur la base de simples suppositions, ne reposant éventuellement que sur un schéma de « culpabilité par association ».

Le Rapporteur spécial relève que depuis septembre 2001 la recherche de renseignements est de plus en plus souvent externalisée et confiée à des entreprises privées [33]. Si l’implication d’acteurs privés peut être nécessaire sur un plan technique pour avoir accès aux informations (par exemple pour la surveillance électronique), il y a de bonnes raisons d’éviter si possible de recourir à cette forme de sous-traitance pour interroger des personnes privées de liberté [34]. En effet, la formation inadéquate, l’introduction de la notion de profit dans des situations qui prêtent à des violations des droits de l’homme et la faible probabilité, le plus souvent, que ces sous-traitants doivent rendre des comptes à des instances juridictionnelles et parlementaires amènent à conclure que les activités de renseignement qui peuvent affecter la vie, l’intégrité physique ou la liberté des individus devraient rester de la compétence exclusive de l’État. Si les États décident toutefois de sous-traiter à des entreprises militaires et de sécurité privées, ils devraient au moins se conformer aux dispositions du Document de Montreux sur les obligations juridiques pertinentes et les bonnes pratiques pour les États en ce qui concerne les opérations des entreprises militaires et de sécurité privées opérant pendant les conflits armés [35], conçues pour être appliquées même dans les situations difficiles de conflit armé.

4. Mécanismes de contrôle et d’examen des agences de renseignement

En tant que principal bénéficiaire des informations obtenues grâce au renseignement, l’exécutif doit superviser et diriger effectivement les activités des services de renseignement. Ces directives devraient être mises par écrit [36], et indiquer de manière détaillée les activités que ces services peuvent, ou ne doivent pas, entreprendre et les personnes visées. Il s’agit en effet non seulement d’assurer le contrôle et la surveillance des services de renseignement, mais aussi de prévenir toute prétendue « possibilité plausible de nier » [37] pour l’exécutif et d’engager la responsabilité de ce dernier en cas d’abus. Le Rapporteur spécial souligne, dans ce contexte, qu’il ne faut autoriser les actions clandestines que dans la mesure où elles cadrent avec les obligations des États dans le domaine des droits de l’homme, pour des raisons non seulement légales et morales, mais aussi liées au renseignement lui-même [38].

L’autorisation donnée à des services d’assassiner, d’enlever ou de détenir de manière arbitraire des personnes soupçonnées de terrorisme ne peut jamais être justifiée comme une démarche antiterroriste préventive, légitime et axée sur le renseignement. Il est tout aussi manifeste que le fait d’autoriser à arrêter et à incarcérer dans des lieux secrets des détenus de grande importance ou à infliger à des suspects des traitements inhumains et dégradants, en les qualifiant de « techniques d’interrogatoire renforcées », pour obtenir des renseignements [39] est une violation du droit international. Le Rapporteur spécial souligne à cet égard que l’« argument de nécessité » comme il est connu dans le droit pénal de certains pays ne doit jamais servir de politique ou de justification ex ante pour utiliser des techniques d’interrogatoire prohibées − même dans les situations dites de « bombe à retardement » [40].

Plusieurs États ont établi des instances permanentes indépendantes, par exemple inspecteurs généraux, commissaires judiciaires ou vérificateurs, pour contrôler, dans le cadre de règles écrites ou d’arrangements administratifs, si les services de renseignement respectent leurs devoirs. Ces instances peuvent jouer un rôle de mécanismes d’alerte précoce en signalant à l’exécutif les problèmes potentiels, ce qui renforce la responsabilisation. Il peut être demandé par exemple à ces instances de faire rapport tous les six mois au minimum aux organes exécutifs pertinents sur les activités des agences en question et sur les faits nouveaux qui les concernent. Pour s’acquitter correctement de cette fonction, ces organes doivent avoir accès sans restriction à tous les dossiers, locaux et personnels de l’agence ; c’est le cas par exemple au Canada [41], en Afrique du Sud [42] et dans divers pays d’Europe. Une supervision spécifique et suivie est clairement préférable à des investigations ponctuelles effectuées par une autorité de supervision générale [43]. Une tâche spécifique incombe au parlement national, qui dans le domaine du contrôle du renseignement doit jouer son rôle traditionnel consistant à faire en sorte que l’exécutif et ses services rendent des comptes aux citoyens. Dans la pratique, il existe de multiples formes d’instances de contrôle parlementaire, qui ont toutes des caractéristiques différentes en fonction des constitutions et des traditions juridiques nationales.

Même si le Rapporteur spécial sait qu’il est difficile d’arriver à trouver une meilleure pratique universelle dans ce domaine, il fait remarquer que la Norvège a un système de contrôle parlementaire qui contient au moins des éléments de meilleure pratique puisqu’il comporte un objectif explicite en relation avec les droits de l’homme, à savoir « contrôler et prévenir tout acte d’injustice à l’égard de quiconque » et « veiller à ce que les activités ne sortent pas du cadre du droit écrit, des directives administratives ou militaires et du droit jurisprudentiel. » [44]. En outre, il existe une commission de contrôle parlementaire composée de sept membres, qui sont nommés par le Parlement mais qui ne sont pas nécessairement affiliés à des partis politiques. Ceci permet d’éviter que la Commission soit instrumentalisée à des fins politiciennes, et de garantir le niveau de compétence élevé et la crédibilité des experts qui en sont membres. La Commission comprend un secrétariat constitué de trois juristes et d’une secrétaire, tous au bénéfice d’une autorisation de sécurité. Les membres de la Commission peuvent exiger la présentation d’informations sur toutes les questions relevant de leur mandat. Dans l’exercice de son mandat, la Commission a accès aux archives et dossiers, aux locaux et aux installations de toutes les branches de l’exécutif et de l’agence de renseignement.

Si le contrôle est organisé de manière fractionnée, c’est-à-dire si des organes de contrôle ne sont chargés de surveiller qu’une partie de la communauté du renseignement, certains problèmes de nature transversale échapperont à leur vigilance. Les organes de contrôle avec un mandat thématique sont par conséquent mieux équipés en général face au chevauchement croissant des fonctions et au renforcement de la coopération et du partage des informations entre diverses agences gouvernementales. L’organe de contrôle norvégien a ainsi pour mission de suivre l’ensemble des « activités de renseignement, de surveillance et de sécurité menées par l’administration publique, ou sous le contrôle ou à la demande de celle-ci » [45].

Coopération en matière de renseignement

Quand il est apparu clairement, après les événements du 11 septembre 2001, que les attentats avaient été préparés en partie en Europe occidentale et que certains des terroristes apparemment impliqués dans les attentats étaient surveillés par les services de renseignement de l’Allemagne et de la France, entre autres, la nécessité d’une coopération plus efficace et plus étroite entre les agences de renseignement a été largement reconnue [46]. La mise en commun des renseignements présente des avantages évidents : aucun État n’a un « oeil omniscient » qui voit tout et qui lui permet de connaître toutes les informations potentiellement pertinentes pour sa sécurité nationale.

Mais cette coopération légitime pose souvent des problèmes de responsabilité, pour deux raisons essentiellement. D’une part, les mécanismes nationaux de contrôle ne couvrent en général que les agissements des agences de renseignement nationales et leur mandat ne couvre pas la coopération de ces agences avec des tierces parties ; et même lorsque leur mandat leur permet de contrôler les activités de coopération leurs pouvoirs sont souvent limités. D’autre part, la plupart des accords secrets pour le partage de renseignements reposent sur deux notions essentielles, l’organisation de l’accès au renseignement en fonction du « besoin de savoir » [47] et le « contrôle de la source, » [48] qui accroissent le risque que de nombreux pays, y compris des démocraties libérales opposées à la torture, deviennent complices de crimes internationaux. Comme les services de renseignement souhaitent continuer à coopérer avec les agences étrangères (en particulier les plus importantes), ils se soucient peu de savoir comment certaines informations ont été obtenues, ou de veiller à ce que les informations qu’ils échangent ne soient pas utilisées d’une manière qui risque de conduire à des violations des droits de l’homme. Dans le même temps, il arrive souvent que les organes de contrôle nationaux n’aient pas les moyens de contrôler si une agence de renseignement étrangère respecte bien les conditions sous réserve desquelles les renseignements ont été transmis.

La coopération en matière de renseignement s’inscrit souvent dans le cadre d’organisations multilatérales telles que l’OTAN ou l’Organisation de coopération de Shanghai. Le Rapporteur spécial craint que les politiques de secret et de sécurité du renseignement appliquées par les États dans ces cadres multilatéraux constituent un obstacle insurmontable qui empêche d’enquêter de manière indépendante sur les cas de violations des droits de l’homme. Par exemple, le rapport de la Commission des questions juridiques et des droits de l’homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (dont le rapporteur est Dick Marty) indique, de source crédible, que des accords (secrets) bilatéraux accordant un droit général de survol et autorisant l’accès aux ports et aux bases militaires pour des opérations clandestines de la CIA, y compris aux fins de la détention et de la « restitution » secrètes de personnes, auraient été conclus sur la base d’autorisations « discrétionnaires » accordées par l’OTAN le 4 octobre 2001 [49]. Dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghai, les services secrets peuvent coopérer sans aucun contrôle. Il suffit qu’un service demande l’« assistance » [50] d’un autre service, sur quoi l’État requis « prend toutes les mesures nécessaires pour accéder à la demande sans retard et de la manière la plus complète possible » [51]. Aux termes du paragraphe 4 de l’article 11 de la Convention de Shanghai pour la lutte contre le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme, « [i]l n’y a pas lieu de divulguer » les informations concernant les méthodes utilisées par les agences lorsqu’elles accordent une assistance à une autre agence.

Pour lutter contre l’absence de responsabilisation dans la coopération en matière de renseignement, il faudrait promouvoir la collaboration entre les organes de contrôle nationaux. Les initiatives existantes en la matière, telles que la Conférence internationale des agences de renseignement de sécurité, qui se tient sur une base bisannuelle, ou les réunions ad hoc des commissions parlementaires de contrôle du renseignement des pays membres de l’UE et candidats à l’adhésion sont un premier pas dans la bonne direction, mais elles sont trop rares et limitées actuellement à un groupe d’États trop restreint. Le Rapporteur spécial souscrit à l’idée, élaborée dans le cadre de la Commission permanente I de la Belgique, d’un mécanisme permanent d’échange d’information à l’intention des organes de contrôle (parlementaire) des services de renseignement, où les meilleures pratiques en matière de législation, la jurisprudence et les tendances générales dans le domaine pourraient être mises en commun pour mieux professionnaliser les organes de contrôle des États Membres [52]. Ce mécanisme pourrait même être étendu aux questions opérationnelles, où la collaboration pour les enquêtes et l’échange d’information pourraient conduire à une forme de « contrôle conjoint » [53].

1. Opérations conjointes

Il reste très préoccupant pour le Rapporteur spécial que les États-Unis aient mis en place tout un système de restitutions extraordinaires, de détention au secret prolongée et de pratiques qui violent l’interdiction de la torture et autres formes de mauvais traitements. Ce système, impliquant un réseau international d’échange de renseignements, a créé une base d’information corrompue qui était partagée systématiquement avec les partenaires dans la guerre contre la terreur par le biais de la coopération en matière de renseignement, corrompant ainsi la culture institutionnelle des systèmes juridiques et institutionnels des États destinataires.

Si ce système a été conçu et mis en place par les États-Unis, il n’était possible qu’avec la collaboration de beaucoup d’autres pays. Selon des informations crédibles et convergentes, jusqu’en mai 2007 au moins certains États ont facilité de plusieurs manières les restitutions extraordinaires. La Bosnie-Herzégovine, le Canada, la Croatie, l’ex-République yougoslave de Macédoine, la Géorgie, l’Indonésie, le Kenya, le Pakistan et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, notamment, ont fourni des renseignements pour l’arrestation initiale d’individus, avant que ceux-ci soient transférés dans des centres de détention (pour la plupart non reconnus) en Afghanistan, en Arabie saoudite, en Égypte, en Éthiopie, en Jordanie, au Maroc, en Ouzbékistan, au Pakistan, en Syrie, en Thaïlande ou au Yémen, ou dans l’un des centres de détention secrets de la CIA, souvent dits « sites secrets ». Il a été rapporté que souvent, les détenus en question étaient victimes de torture et autres formes de mauvais traitements dans les pays de destination.

Le Rapporteur spécial rappelle aux États que leur responsabilité est engagée lorsqu’ils agissent en connaissance des circonstances du fait internationalement illicite, ou qu’ils prêtent aide et assistance dans la commission de tels faits, y compris les violations des droits de l’homme [54]. Par voie de conséquence, les violations graves des droits de l’homme commises par les États, telles que torture, disparitions forcées ou détentions arbitraires, devraient inciter les autres États, y compris leurs agences de renseignement, à limiter fortement leurs activités de coopération avec les pays dont on sait qu’ils violent les droits de l’homme. L’interdiction de la torture est une norme de droit international absolue et péremptoire [55]. Les États ne doivent prêter ni aide ni assistance dans la commission d’actes de torture, ni reconnaître comme licites ces pratiques, y compris en utilisant des renseignements obtenus par la torture [56]. Les États doivent introduire des garde-fous pour empêcher les agences de renseignement d’utiliser les renseignements ainsi obtenus [57].

2. Participation aux interrogatoires

Le Rapporteur spécial juge préoccupant que des agents étrangers participent à l’interrogatoire de personnes détenues dans des situations qui constituent des violations des normes internationales relatives aux droits de l’homme. La différence que font certains gouvernements entre personnel des agences de renseignement et membres des forces de l’ordre est d’une pertinence limitée, puisqu’une participation active par l’envoi d’interrogateurs [58] ou de questions [59] voire la simple présence d’agents de renseignement lors de l’interrogatoire d’une personne détenue dans des conditions où ses droits sont violés [60] peuvent être raisonnablement interprétées comme une approbation implicite des pratiques en cause [61]. La présence et la participation de manière suivie d’agents de pays étrangers constituaient dans certains cas une forme d’encouragement ou même de soutien [62]. Selon le Rapporteur spécial, la responsabilité de l’État destinataire peut être engagée aussi sous des formes même plus passives et distantes géographiquement, à travers une demande de renseignements obtenus par des moyens internationalement illicites. Le Rapporteur spécial considère donc que la participation active ou passive d’États à l’interrogatoire de personnes détenues par un autre État constitue un fait internationalement illicite si l’État savait ou devait savoir que l’intéressé était exposé à un risque réel de torture [63] ou autre traitement prohibé, y compris une détention arbitraire [64].

3. Transmission et réception de renseignements à des fins opérationnelles

Le Rapporteur spécial souligne qu’il y a violation du droit des droits de l’homme non seulement si un État participe activement à des interrogatoires où des personnes sont torturées, mais aussi s’il tire parti de la situation de contrainte. Au minimum, les États qui savent ou qui devraient savoir qu’ils reçoivent des renseignements obtenus par la torture ou autre traitement inhumain, ou dans le cadre d’une détention arbitraire, et qui sont à l’origine d’une demande pour de tels renseignements ou qui érigent leur utilisation opérationnelle en politique se rendent complices des violations des droits de l’homme en question [65]. Le Rapporteur spécial considère que l’utilisation d’informations obtenues par la torture dans un autre pays, même si elles sont obtenues uniquement à des fins opérationnelles, implique inévitablement de « reconnaître comme licites » ces pratiques et déclenche par conséquent l’application des principes de la responsabilité de l’État [66]. Par conséquent, les États qui reçoivent des renseignements obtenus par la torture ou par des traitements inhumains ou dégradants se rendent complices de la commission de faits internationalement illicites. Cette implication est inconciliable aussi avec l’obligation erga omnes des États de coopérer en vue d’éliminer la torture.

Les États allèguent aussi que dans la pratique il est difficile de déterminer dans quelles conditions les informations ont été obtenues : en règle générale, les renseignements sont communiqués non pas sous forme brute, mais sous une forme plus élaborée. Si le Rapporteur spécial comprend bien qu’il est procédé ainsi par commodité, il juge préoccupant que cette pratique permette aussi aux services de renseignement de nier toute responsabilité pour l’utilisation d’informations qui ont été obtenues en violation du droit international.

Le Rapporteur spécial juge préoccupant aussi que des informations soient fournies à des services de renseignement étrangers sans garde-fous adéquats pour limiter la communication de ces informations à d’autres agences gouvernementales dans l’État destinataire, par exemple les autorités chargées de faire respecter les lois et les services de l’immigration, qui peuvent arrêter et emprisonner des personnes. Dans le cas Arar, par exemple, le partage de l’information entre les États-Unis et le Canada s’était fait sur la base d’un accord de « libre circulation » purement verbal : les renseignements devaient être échangés en temps réel par communication directe entre les divers services concernés » [67]. Par cet accord, la Gendarmerie royale du Canada a renoncé à la politique de confidentialité qu’elle appliquait normalement dans les enquêtes relatives à la sécurité nationale, ce qui a abouti au partage d’informations inexactes et fallacieuses et à un partage de l’information plus large que de coutume. C’était cette information qui avait conduit les Services de l’immigration et de la naturalisation des États-Unis à conclure qu’Arar était membre d’Al-Qaida, à la suite de quoi l’intéressé avait été déporté en Syrie où il avait été torturé.

Responsabilité ex post facto et droit à un recours utile

Il est important qu’il existe des mécanismes de contrôle et de supervision ex post facto pour prévenir et mettre au jour les violations des droits de l’homme commises par les agences de renseignement dans la lutte antiterroriste. Tout aussi important, l’État est tenu de mettre en place un cadre qui permette une enquête indépendante sur les violations des droits de l’homme commises par les agences de renseignement quand une plainte est reçue, afin premièrement d’établir les faits et deuxièmement de demander des comptes aux agences de renseignement et à l’exécutif. Le Rapporteur spécial juge préoccupante, dans ce contexte, l’adoption de clauses d’immunité/impunité assurant l’impunité des agents des services de renseignement [68]. Ces clauses d’impunité peuvent faire obstacle à un accès effectif aux tribunaux et elles violent le droit fondamental à un recours utile.

Recours abusif aux dispositions en matière de secret d’État

Si le Rapporteur spécial reconnaît que les États peuvent limiter la diffusion dans le grand public d’informations spécifiques qui sont importantes pour la protection de la sécurité nationale, par exemple sur les sources, l’identité et les méthodes des agents de renseignement, il juge néanmoins inquiétant le recours de plus en plus systématique aux dispositions en matière de secret d’État et d’immunité dans l’intérêt général, notamment par l’Allemagne, les États-Unis, l’ex-République yougoslave de Macédoine, l’Italie, la Pologne, la Roumanie ou le Royaume-Uni, pour dissimuler des actes illégaux aux organes de contrôle ou aux autorités judiciaires, ou pour éviter d’être critiqué, embarrassé et − surtout − d’avoir à rendre des comptes.

Les obligations des États concernant les droits de l’homme, en particulier l’obligation d’assurer un recours utile, exigent que les dispositions juridiques en question ne conduisent pas à écarter a priori toute enquête, ou à éviter que des faits illicites soient mis au jour, en particulier quand des crimes internationaux ou des violations flagrantes des droits de l’homme sont rapportés [69]. L’invocation à titre général du privilège des secrets d’État pour justifier de véritables politiques, comme le programme des États-Unis pour la détention au secret, les interrogatoires et les restitutions [70] ou la règle touchant les tiers en matière de renseignement (conformément à la politique de « contrôle de la source » (voir plus haut)) empêche toute enquête effective et rend le droit à un recours illusoire. Cela est incompatible avec l’article 2 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et cela pourrait aussi représenter une violation de l’obligation des États d’apporter une assistance judiciaire dans les enquêtes sur les violations flagrantes des droits de l’homme et les violations graves du droit international humanitaire [71].

Selon le Rapporteur spécial, pour qu’il puisse être procédé à des enquêtes effectives il est indispensable qu’il y ait des mécanismes de protection efficaces pour les agents de renseignement et autres informateurs qui signalent des pratiques irrégulières, afin de rompre la chaîne de secret illicite. C’est dans la plupart des cas de membres des agences de renseignement elles-mêmes que viennent les informations factuelles sérieuses sur les graves violations des droits de l’homme commises par les agences. L’intérêt général qu’il y a à faire connaître ces informations prime alors sur l’intérêt général qu’il y aurait à ne pas les divulguer. Les dénonciateurs en question devraient premièrement être protégés contre les représailles légales et les mesures disciplinaires lorsqu’ils révèlent des informations non autorisées. Deuxièmement, des mécanismes de contrôle indépendants doivent pouvoir assurer aux dénonciateurs et aux informateurs la protection nécessaire, par exemple sur le modèle des programmes de protection des témoins du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, du Tribunal pénal international pour le Rwanda, du Tribunal spécial pour la Sierra Leone et de la Cour pénale internationale.

Le Rapporteur spécial souligne l’important travail d’un grand nombre de journalistes d’investigation et d’organisations non gouvernementales dans le monde entier pour mettre au jour les violations des droits de l’homme commises par les agences de renseignement. Souvent, l’obligation de rendre des comptes n’est pas déclenchée grâce aux mécanismes formels en place, mais grâce aux révélations que font ces acteurs. Pour que la presse puisse s’acquitter de sa fonction vitale de mécanisme de contrôle non officiel et extérieur, il doit y avoir de robustes lois sur la liberté de l’information et sur la protection des sources confidentielles des journalistes [72]. Les États doivent limiter à leurs agents publics les possibilités de poursuites pour violation des dispositions relatives au secret d’État [73], introduire un critère impératif d’intérêt général et obliger les tribunaux à prendre en considération le principe de l’intérêt général quand la publication de secrets d’État officiels est en cause.

Dans tous les cas, les juges doivent être les arbitres ultimes qui évaluent les mérites de l’argument du secret d’État quand de graves violations des droits de l’homme sont en cause. Ils peuvent autoriser la divulgation des informations en cause dans le public, ou à la personne soupçonnée de terrorisme et à son défenseur dans les procédures judiciaires. Pour établir dans ce dernier cas si l’argument du secret est justifié, il faut qu’un organe judiciaire ait accès aux éléments d’information concrets que l’État cherche à protéger, plutôt qu’aux simples résumés ou déclarations qu’il présente. S’il y a des raisons d’exclure des éléments qui peuvent légitimement être considérés comme des secrets d’État, les tribunaux doivent agir pour compenser le fait que les informations en question ne peuvent pas être divulguées en audience publique, par exemple en réservant l’accès à l’information aux défenseurs (éventuellement après vérifications de sécurité) du suspect. Si cela était absolument nécessaire et dans ce cas seulement, le juge pouvait décider de faire une distinction entre la divulgation de la provenance des informations (la source et la méthode utilisée) et la teneur de l’information, qui devrait toujours pouvoir être contestée.

Par Martin Scheinin

Professeur de droit international public à l’université européenne de Florence (Italie) et à l’Åbo Akademi (Finlande). Rapporteur spécial du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.


Documents joints

Rapport Scheinin (PDF – 134.2 ko)
 

Notes :

[1] Aux fins du présent document, le terme « données » désigne ici les éléments factuels objectifs, spécifiques et précis qui peuvent servir à identifier une personne en vie (nom, date de naissance, adresse, numéro de téléphone, numéro de télécopieur, adresse électronique, immatriculation du véhicule, empreintes digitales, profil ADN).

[2] Voir, par exemple, Klass et autres c. Allemagne, Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), 6 septembre 1978, par. 48 à 50 ; Murray c. Royaume-Uni, CEDH, 28 octobre 1994, par. 58.

[3] Le Comité des droits de l’homme a souligné à plusieurs reprises que le Pacte international relatif aux droits civils et politiques protégeait aussi le droit à la sécurité de chacun en dehors du contexte d’une privation effective de liberté. Voir en particulier Delgado Paez c. Colombie, communication no 195/1985, constatations adoptées le 12 juillet 1990, par. 5.5.

[4] Voir, par exemple, Kruslin c. France, CEDH, 24 avril 1990, par. 33.

[5] Voir de même Rotaru c. Roumanie, décision de la Cour européenne des droits de l’homme, 4 mai 2000.

[6] Loi de 2002 sur les services de renseignement et de sécurité, art. 17 à 34.

[7] Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission de Venise), rapport sur le contrôle démocratique des services de sécurité, CDL-AD(2007)016, par. 199.

[8] Voir pour information Leander c. Suède, CEDH, 26 mars 1987, par. 52 à 57.

[9] Voir Comité des droits de l’homme, Observation générale no 32 (2007) sur le droit à l’égalité devant les tribunaux et les cours de justice et le droit à un procès équitable, par. 7 et 8.

[10] On entend par actions clandestines les interventions ou les ingérences non reconnues d’une agence de renseignement sur le territoire ou dans les affaires d’un autre pays.

[11] H. Born et I. Leigh, Making Intelligence Accountable : Legal Standards and Best Practice for Oversight of Intelligence Activities (Oslo, Maison d’édition du Parlement norvégien, 2005), p. 29.

[12] Voir aussi, en général, les remarques du Rapporteur spécial sur l’utilisation de méthodes antiterroristes reposant sur l’usage de profils terroristes comportant des critères tels que la « race », l’appartenance ethnique, l’origine nationale ou la religion présumées d’une personne (A/HRC/4/26, par. 59).

[13] The Economist, 25 septembre 2008.

[14] Voir F. Bignami, « Towards a right to privacy in transnational intelligence networks », Michigan Journal of International Law, vol. 28, no 3 (2007), p. 668.

[15] Voir par exemple le cas de Bisher Al-Rawi, rapporté dans la publication d’Amnesty International State of Denial : Europe’s Role in Rendition and Secret Detention (Londres, Amnesty International Publications, 2008), p. 11.

[16] Voir aussi, au niveau régional, Groupe de protection des personnes à l’égard du traitement des données à caractère personnel de la Commission européenne, document de travail : « Transferts de données personnelles vers des pays tiers : application des articles 25 et 26 de la directive relative à la protection des données », 24 juillet 1998.

[17] E/CN.4/1990/72.

[18] Voir par exemple au Pays-Bas la loi de 2002 sur les services de renseignement et de sécurité, art. 36, par. 1 d), 40, par. 1, et 42.

[19] Voir par exemple la loi sur le Service canadien du renseignement de sécurité, art. 17 2).

[20] Voir par exemple Ocalan c. Turquie, CEDH, 12 mars 2003, par. 106.

[21] Voir par exemple la loi du 6 mars 2006 sur la lutte antiterroriste de la Fédération de Russie, qui transfère des pouvoirs de police ordinaires aux agences de renseignement tout en restreignant les sauvegardes prévues dans la loi contre l’abus de ces pouvoirs, par exemple dans le contexte de la surveillance des communications ou d’opérations pour arrêter et fouiller des personnes sans motif précis.

[22] Dans les années 70, le Comité Church du Sénat des États-Unis avait déjà fait remarquer que ce brouillage de la distinction entre les enquêtes de sécurité nationale des organes chargés de faire respecter les lois et celles des agences de renseignement extérieur avait conduit aux divers abus décrits dans le rapport pertinent, Final Report of the Select Committee to Study Governmental Operations with Respect to Intelligence Activities, Sénat des États-Unis, quatre-vingt-quatorzième session du Congrès, 1976.

[23] Voir aussi les observations antérieures du Rapporteur spécial sur les auditions obligatoires en Australie (A/HRC/4/26/Add.3, par. 31, 32, 46 et 47).

[24] Comité des droits de l’homme, Observation générale no 8 (1982) se rapportant à l’article 9 (Droit à la liberté et à la sécurité de la personne), par. 4.

[25] Voir aussi CEDH, Fox, Campbell et Hartley c. Royaume-Uni, 30 août 1990, par. 32.

[26] Voir, par exemple, Cour interaméricaine des droits de l’homme, rapport no 2/97, OEA/Ser.L/V/II.95 Doc. 7 Rev. (1997), par. 12.

[27] Voir aussi les observations du Rapporteur spécial sur la situation à Guantanamo Bay (A/HRC/6/17/Add.3, par. 13 et 14).

[28] Voir par exemple Brogan et autres c. Royaume-Uni, CEDH, 19 novembre 1988, par. 53 ; Murray c. Royaume-Uni, CEDH, 28 octobre 1994, par. 67.

[29] Comité d’éminents juristes sur le terrorisme, la lutte contre le terrorisme et les droits de l’homme, rapport à paraître, chap. IV, sect. 2.2.2.

[30] Voir Alkarama pour les droits de l’homme, contribution dans le cadre de l’Examen périodique universel concernant le Maroc, 2007, p. 2 à 4 ; Amnesty International, Maroc, contribution dans le cadre de l’Examen périodique universel, 2007, p. 5.

[31] Human Rights Watch, Suspicious Sweeps − The General Intelligence Department and Jordan’s Rule of Law Problem, (2006), vol. 18, no 6(E), p. 11 à 17.

[32] Comité d’éminents juristes sur le terrorisme, la lutte contre le terrorisme et les droits de l’homme, rapport à paraître, chap. IV, sect. 2.2.2.

[33] En général, 70 % des activités de renseignement des États-Unis sont désormais externalisées et confiées à des acteurs privés. Voir S. Chesterman, « “We can’t spy … if we can’t buy !” : the privatization of intelligence and the limits of outsourcing “inherently governmental functions” », New York University Public Law and Legal Theory Working Papers, no 82, 2008, p. 2.

[34] Voir par exemple United States v. Passaro, (No 5:04-CR-211-1, United States District Court for the Eastern District of North Carolina, 17 juin 2004). Voir aussi les déclarations du Directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), Michael Hayden, qui a confirmé que des sous-traitants « sous supervision et contrôle du Gouvernement » avaient fait subir des simulations de noyade à des détenus dans des sites de détention secrets de la CIA : Hearing of the United States Senate Select Committee on Intelligence, Annual Worldwide Threat Assessment, 5 février 2008, p. 26.

[35] A/63/467-S/2008/636.

[36] Voir par exemple la loi CXXV de 1995 de la Hongrie sur la sécurité nationale, art. 11 ; la loi de 2002 des Pays-Bas sur les services de renseignement et de sécurité, art. 19 ; et la loi de 1984 sur le Service canadien du renseignement de sécurité, art. 7, par. 1 et 2.

[37] On entend par « possibilité plausible de nier » la création délibérée de structures de pouvoir et de chaînes de commandement suffisamment lâches et informelles pour permettre de nier l’implication de l’exécutif quand une violation des droits de l’homme est mise au jour.

[38] Voir par exemple l’enquête de la Commission des forces armées du Sénat des États-Unis sur le traitement des détenus placés sous la responsabilité des États-Unis, 12 décembre 2008, p. xii : « Le fait est que de hauts responsables du Gouvernement des États-Unis se sont renseignés sur l’utilisation de techniques agressives, ont redéfini la loi pour donner à celles-ci une apparence de légalité et ont autorisé leur utilisation sur des détenus. Ces agissements amoindrissaient notre capacité d’obtenir des renseignements exacts permettant de sauver des vies, renforçaient la position de nos ennemis et sapaient notre autorité morale. ».

[39] J. Warrick, « CIA tactics endorsed in secret memos », Washington Post, 15 octobre 2008.

[40] Voir A/HRC/6/17/Add.4, par. 17 à 21.

[41] Loi de 1984 sur le Service canadien du renseignement de sécurité, art. 31, par. 1 et 2.

[42] Loi no 40 de 1994 sur le contrôle des services de renseignement sud-africains, art. 7, par. 8 a).

[43] Voir aussi Commission européenne pour la démocratie par le droit (Commission de Venise), rapport sur le contrôle démocratique des services de sécurité, CDL-AD(2007)016, par. 142.

[44] Loi sur le contrôle des services de renseignement, de surveillance et de sécurité, février 1995, art. 2.

[45] Ibid, art. premier.

[46] Résolutions 1373 (2001), par. 3 a) et b), et 1465 (2003), par. 3, du Conseil de sécurité ; Déclaration de l’UE sur la lutte contre le terrorisme, 2004, par. 9 ; Convention de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) sur la lutte contre le terrorisme, 2007, art. VI h).

[47] Selon le principe du « besoin de savoir », « seules devraient avoir accès aux informations classifiées les personnes qui ont besoin de ces informations pour leur travail, et l’accès ne devrait jamais être autorisé “simplement parce qu’une personne occupe une fonction particulière, quel que soit son niveau hiérarchique” », Comité de sécurité de l’OTAN, A Short Guide to the Handling of Classified Information (Bruxelles, Archives de l’OTAN, 22 août 1958, AC/35-WP/14), cité dans A. S. Roberts, « Entangling alliances : Nato’s security policy and the entrenchment of State secrecy », Cornell International Law Journal, vol. 36, no 2 (2003), p. 337.

[48] Selon le principe du « contrôle de la source » − souvent dit aussi « règle touchant les tiers » − les agences transmettent les renseignements uniquement à la condition que ni le renseignement ni sa source ne soient divulgués sans le consentement préalable de l’entité ayant fourni le renseignement.

[49] Détentions secrètes et transferts illégaux de détenus impliquant des États membres du Conseil de l’Europe : deuxième rapport, Exposé des motifs, Commission des questions juridiques et des droits de l’homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, juin 2007, par. 11, 39 et 105.

[50] L’État est simplement tenu de décrire « la teneur » de l’assistance demandée (Convention de Shanghai pour la lutte contre le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme, art. 8, par. 3. Il peut notamment s’agir d’interroger, de détenir ou d’extrader des personnes.

[51] Ibid, art. 9.

[52] On peut trouver un autre modèle pour cette coopération dans les réunions périodiques des organes de contrôle des services de police dans les pays européens.

[53] H. Born, « International intelligence cooperation : the need for networking accountability », Centre de Genève pour le contrôle démocratique des forces armées, 2007.

[54] Résolution 56/83 de l’Assemblée générale, annexe, projet d’articles de la Commission du droit international sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement illicite, art. 4 et 16. Voir aussi Annuaire de la Commission du droit international, 2001, vol. II, deuxième partie, p. 69, « [l’État prêtant assistance] ne sera responsable que dans la mesure où son propre comportement a provoqué le fait internationalement illicite ou y a contribué ». L’article 16 reflète une règle de droit international coutumier. Voir Cour internationale de Justice (CIJ), Application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (Bosnie-Herzégovine c. Serbie-et-Monténégro), arrêt du 26 février 2007, par. 420.

[55] L’obligation d’empêcher et de réprimer les actes de torture est une obligation erga omnes, qui s’applique à tous les États. Voir Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), Le Procureur c. Furundzija (affaire IT-95-17/1-T, 1988) ; Barcelona Traction, Light and Power Company, Limited (Belgique c. Espagne), rapport de la CIJ, 1970.

[56] Résolution 56/83 de l’Assemblée générale, annexe, projet d’articles de la Commission du droit international sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement illicite, art. 40 et 41.

[57] Comme l’a fait valoir le juge Neuberger : « (…) en utilisant les résultats obtenus par la torture, un État démocratique affaiblit sa cause contre les terroristes en adoptant leurs méthodes et en perdant ainsi la légitimité morale élevée dont jouit une société démocratique ouverte. ». Opinion dissidente du juge Neuberger dans l’affaire A and Ors v. Secretary of State for the Home Department, [2004] EWCA Civ 1123 (11 août 2004), par. 497.

[58] Il apparaît que des agents de renseignement américains, australiens et britanniques ont eux-mêmes interrogé des personnes détenues au secret par l’ISI, l’agence de renseignement pakistanaise, dans de prétendus centres de sécurité, où elles étaient torturées. De nombreux pays (Allemagne, Arabie saoudite, Bahreïn, Canada, Chine, Espagne, France, Italie, Jordanie, Lybie, Maroc, Ouzbékistan, Pakistan, Royaume-Uni, Tadjikistan, Tunisie, Turquie) ont envoyé des interrogateurs à Guantanamo Bay également (voir Center for Constitutional Rights, « Foreign interrogators in Guantanamo Bay »).

[59] Les agences de renseignement allemande et canadienne ont transmis des questions aux Services de renseignement militaires syriens dans les cas de Muhammad Zammar et d’Abdullah Almalki. Ces deux détenus ont été torturés par la suite alors qu’ils étaient aux mains des services syriens. Voir Amnesty International « États-Unis − Hors de portée des radars : vols secrets, torture et “disparitions” », 5 avril 2006, p. 15 et 16 ; Enquête interne sur les actions des responsables canadiens relativement à Abdullah Almalki, Ahmed Abou-Elmaati and Muayyed Nureddin, 2008, p. 415.

[60] Des agents de renseignement du Royaume-Uni ont ainsi procédé ou assisté à plus de 2 000 interrogatoires en Afghanistan, à Guantanamo Bay et en Iraq. Voir Intelligence and Security Committee, The Handling of Detainees by UK Intelligence Personnel in Afghanistan, Guantanamo Bay and Iraq, 2005, par. 110.

[61] Voir plus haut, note de bas de page 61.

[62] Particulièrement si − comme allégué dans le cas du Pakistan − des personnes sont détenues à la demande et avec l’assentiment d’agents étrangers. La commission d’enquête sur le cas Arar a considéré elle-même que l’envoi d’une équipe d’enquêteurs pour s’entretenir avec les Services de renseignement syriens (SMI) était très problématique

[63] Voir également l’arrêt rendu en appel par le TPIY dans l’affaire Furundzija (21 juillet 2000), par. 115 à 120, et la résolution 56/83 de l’Assemblée générale, annexe, projet d’articles de la Commission du droit international sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement illicite, art. 40 et 41.

[64] Voir aussi Ensemble de principes pour la protection de toutes les personnes contre une forme quelconque de détention ou d’emprisonnement, principe 21, par. 1.

[65] Voir aussi les constatations du Comité d’éminents juristes sur le terrorisme, la lutte contre le terrorisme et les droits de l’homme, rapport à paraître, chap. IV, sect. 3.2.

[66] Résolution 56/83 de l’Assemblée générale, annexe, projet d’articles de la Commission du droit international sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement illicite, art. 40 et 41.

[67] Voir Commission d’enquête sur les actions des responsables canadiens relativement à Maher Arar, rapport sur les événements concernant Maher Arar, enquête sur les faits, vol. 1, p. 42 ; F. Bignami, « Towards a right to privacy in transnational intelligence networks », Michigan Journal of International Law, vol. 28, no 3 (2007), p. 675 et 676.

[68] Voir par exemple dans le cas de l’Algérie les articles 45 et 46 de l’ordonnance no 06-01 du 27 février 2006 (portant mise en oeuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale), qui accordent l’impunité aux membres des forces de sécurité et punissent même de plusieurs années d’emprisonnement les critiques dirigées contre les agents de l’État.

[69] Voir par exemple Cour interaméricaine des droits de l’homme, Myrna Mack-Chang v. Guatemala, arrêt du 25 novembre 2003, par. 180 ; CEDH, Imakayeva c. Russie, arrêt du 9 novembre 2006.

[70] Dans l’affaire El-Masri v. Tenet, le Gouvernement a présenté une déclaration du Directeur de la CIA, Porter J. Goss, dans laquelle celui-ci faisait valoir que les allégations de la victime de la procédure de restitution, El-Masri, forceraient la CIA à admettre ou à nier l’existence d’activités clandestines, et que par conséquent la seule issue appropriée était de classer l’affaire sur la base du privilège des secrets d’État (Assertion of a Formal Claim of State Secrets Privilege and Request for Expedited Consideration, 8 March 2006, United States District Court − Eastern District of Virginia, Case No.1:05-cv-1417-TSE-TRJ). Voir aussi les déclarations de James B. Comey, Attorney général par intérim, et de Tom Ridge, Secrétaire du Department of Homeland Security des États-Unis, 18 janvier 2005, dans l’affaire Arar v. Ashcroft C. A. No. 04-CV-249-DGT-VVP.

[71] Voir le principe 12 des Principes fondamentaux et directives concernant le droit à un recours et à réparation des victimes de violations flagrantes du droit international des droits de l’homme et de violations graves du droit international humanitaire, adoptés par l’Assemblée générale dans sa résolution 60/147.

[72] En Belgique, par exemple, la loi du 7 avril 2005 relative à la protection des sources journalistes (Moniteur Belge, 27 avril 2005) autorise explicitement les journalistes et les employés des médias à « taire leurs sources d’information » (art. 3).

[73] Voir dans ce contexte la décision « Cicero » de la Cour constitutionnelle allemande en 2007, déclarant que les journalistes ne peuvent pas être légitimement accusés de trahir des secrets d’État lorsqu’ils publient des informations classifiées que leur ont procurées des informateurs. Voir BverfG, 1 BvR 538/06 du 27 février 2007, Absatz-Nr. (1 à 82).

 

APPEL : Non à la guerre – Non à l’OTAN

ReOpen911, association pacifiste et citoyenne, est fière de relayer l’appel à aller manifester à Strasbourg début avril, contre les politiques guerrières de l’OTAN, et contre la décision unilatérale prise par notre gouvernement, du retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN. Nous appelons nos adhérents et sympathisants à se rendre au contre-sommet de l’OTAN du 1er au 5 avril 2009 afin de représenter l’association ReOpen911 et de dénoncer l’absurdité de cet alignement avec la politique atlantiste, à l’heure où la France devrait, bien au contraire, aider à construire une Europe forte, pacifiste et indépendante. 

******** A P P E L ********

A l’occasion du soixantième anniversaire de l’OTAN, nous vous appelons à venir manifester à Strasbourg le 4 avril 2009 contre les politiques militaires et nucléaires agressives de l’OTAN et à participer au contre-sommet pour affirmer qu’un monde de justice et de paix est possible.

  • Nous l’affirmons avec force: la France doit renoncer à son intégration dans le commandement militaire de l’OTAN. Elle doit rompre avec une politique aux visées dominatrices méprisant les droits des peuples.
  • Nous refusons la vision dangereuse et manichéenne de la "guerre des civilisations" et toutes réponses militaires aux crises mondiales et régionales.
  • Nous rejetons la course aux armements et refusons de vivre dans la crainte du recours à l’arme nucléaire. Il est inacceptable que les dépenses militaires engloutissent l’argent nécessaire à la satisfaction des besoins vitaux de l’humanité; d’autant plus que les gouvernements voudraient faire payer aux peuples les dégâts du libéralisme financier.
  • Nous exigeons la fermeture des bases militaires étrangères dans tous les pays.
  • Pour construire un monde plus sûr et plus juste, nous voulons démilitariser et démocratiser les relations entre les peuples et établir de nouvelles formes de solidarité et de coopération.

En Afghanistan, le bilan de l’occupation militaire est dramatique. Les populations afghanes doivent retrouver les moyens de décider de leur avenir. Il est temps de mettre en oeuvre une solution politique internationale fondée sur l’aide d’urgence et la reconstruction dans le respect des droits du peuple afghan, en particulier des droits des femmes. Nous demandons le retrait du dispositif militaire français des troupes de l’Otan.

Premières organisations signataires

Action des citoyens pour le désarmement nucléaire (ACDN) – Afghanes, Afghans Après Athènes 2004 (AAAA) – Agir contre la guerre (ACG) – Américains contre la guerre (AAW) – Appel des Cent pour la Paix – Association des Combattants de la Cause Anticoloniale (ACCA) – Association des communistes unitaires (ACU) – Association Nationale des Elus Communistes et Républicains (ANECR) – Association pour la Défense des Prisonniers Politiques et d’Opinion en Iran – Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC) – Association pour la Taxation des Transactions pour l’Aide aux Citoyens (ATTAC) – Centre d’Etudes et d’Initiatives de Solidarité International (CEDETIM) – Centre quaker international de Paris (CQI) – Collectif Faty Koumba Libertés, Droits de l’Homme et non-violence – Collectif "La guerre tue" (Toulouse) – Collectif Non au missile M51 – Collectif de Pratiques et de Réflexions Féministes « Ruptures » – Comité des iraniens contre la guerre – Comité Saintonge Palestine – Confédération Générale du Travail (CGT) – Congrès National d’Afghanistan – Convergence des causes – Coordination nationale des collectifs unitaires pour une alternative au libéralisme (CNCU) – Droit Solidarité – Enseignants pour la Paix (EPP) – Europe solidaire sans frontières (ESSF) – Fédération des Associations des Travailleurs et des jeunes (DIDF) – Fédération Syndicale Unitaire (FSU) – Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTC2R) – Femmes en noir de Paris – Forum social d’Iran – Génération Palestine – La Gauche Cactus – Les Alternatifs – Les Verts – Le Mouvement de la Paix – Ligue communiste révolutionnaire (LCR) – Ligue des Femmes pour la Paix et la Liberté / Section française – Marche Mondiale des Femmes – Mémoire des luttes – Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) – Mouvement de la jeunesse communiste de France (MJCF) – Mouvement International de la Réconciliation (MIR) – Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP) – Parti communiste français (PCF) – Parti communiste des ouvriers de France (PCOF) – Parti de Gauche – Parti Pour La Décroissance (PPLD) – Réseau Féministe « Ruptures » – Sud Etudiant – Une autre gauche – Union des étudiants communistes (UEC) – Union Générale des Etudiants de Palestine (GUPS) – Union Juive Française pour la Paix (UJFP) – Union pacifiste de France (UPF) – Union Syndicale Solidaires.

Transports organisés pour s’y rendre

Liste complète et détails disponible ici : http://www.otan-non.org/index.html?transports
Depuis Paris
Depuis Bobigny / Blanc Mesnil (93)
Depuis Saint-Denis (93)
Depuis Albertville (73)
Depuis Chambéry (73)
Depuis Amiens (80)
Depuis Besançon (25)
Depuis Caen (14)
Depuis Vire (14)
Depuis Dijon (21)
Depuis la Franche-Comté
Depuis Gap (05)
Depuis Grenoble (38)
Depuis Lyon (69)
Depuis Marseille (13)
Depuis Mulhouse (68)
Depuis Nancy (54)
Depuis Nice (06)
Depuis Orléans (45)
Depuis Saint-Étienne (42)
Depuis Toulouse (31)


Note : Sur le plan local, à Strasbourg le Collectif qui prépare le Contre-sommet vous informe sur http://www.non-otan-strasbourg.eu

 

Giulietto Chiesa écrit à la Commissaire européenne pour les relations extérieures

Après l’article de l’euro-député Giulietto Chiesa publié l’été dernier dans nos pages, et la confirmation de la pertinence de son analyse dans le Canard Enchainé (!), nous tenons à saluer la constance de Mr Chiesa sur l’affaire du conflit Russo-Georgien. En effet, il n’a eu de cesse d’alerter l’opinion publique italienne, mais aussi européenne, à travers ses démarches au Parlement européen, et aussi sur son site www.megachip.info, où il s’efforce de réunir les ressources et les énergies pour créer un véritable site d’information alternative.

Dans la lettre ci-dessous, publiée sur son site, et adressée à la responsable de la Commission européenne pour les relations extérieures, Giulietto Chiesa dénonce l’ambivalence de la position européenne, qui d’un coté crie victoire après la "résolution du conflit" entre Russie et Georgie, mais de l’autre, favorise par ses financements, la partie géorgienne dont même certains dirigeants européens ont reconnu qu’elle avait agressé l’Ossétie du Sud, et par son entremise, la Russie.

Combien de temps encore l’Europe suivra-t-elle la politique étrangère américaine concernant des conflits qui, du point de vue géo-stratégique, la concernent au premier chef ?


 

Giulietto Chiesa

Bruxelles, 29 octobre 2008

À Madame Benita Ferrero-Waldner,

Je note, d’après des informations de presse, que la Commission Européenne a attribué 300 millions d’euros pour la "reconstruction de la Géorgie ».

Je note aussi qu’une conférence des donateurs, avec participation et promotion de l’Union européenne, a recueilli des engagements pour plus de 4,5 milliards d’euros afin de « reconstruire des parties de la Géorgie qui ont subi des dommages ». (to rebulid parts of Georgia that were damaged in its war with Russia).

Ma question est la suivante : à qui vont aller ces sommes énormes ?

À ce qu’on semble comprendre, elles seront consignées au Gouvernement de Tbilissi. Je le déduis du fait que l’Union européenne (et les autres donateurs) considèrent le gouvernement de Tbilissi comme l’unique gouvernement légitime de la Géorgie, entendant par Géorgie le territoire de la République Socialiste Soviétique de Géorgie, c’est-à-dire aussi les territoires de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie.

Cela signifie que cet argent ne sera pas utilisé pour reconstruire les « parties de la Géorgie » qui ont le plus subi de destructions. Ayant visité Tzkhinvali, je peux témoigner que le niveau de destructions matérielles dans cette zone est énorme, et requerra de grands efforts économiques ne serait-ce que pour un rétablissement élémentaire de la vie civile.

Je fais remarquer que, si c’était là l’objectif de l’initiative européenne, non seulement l’Europe récompenserait l’agression géorgienne contre le petit peuple de l’Ossétie du Sud, mais – chose très paradoxale – l’Union Européenne, tandis qu’elle déclare reconnaître l’intégrité territoriale de la Géorgie, reconnaîttrait de fait au contraire que la région d’Ossétie du Sud n’en fait plus partie, puisqu’en l’espèce, elle ne serait pas habilitée à recevoir des fonds pour sa reconstruction.

À ce qu’il semble, l’erreur d’évaluation qui a empêché l’Union européenne de condamner clairement l’agression géorgienne continue de produire des fruits vénéneux et des paradoxes à n’en plus finir.

Pour éviter cette situation, il serait indispensable que l’Union européenne décide d’affecter directement à l’Ossétie du Sud, sans passer par Tbilissi, une partie des fonds européens et internationaux.

Des mécanismes de ce genre ont déjà été expérimentés ailleurs et de façon répétée. Dans ce cas, ne serait-ce que pour défendre les conditions de vie de dizaines de milliers de victimes de la guerre, il est indispensable de prendre acte du fait que le gouvernement géorgien n’est pas en mesure de – et ne voudra pas – garantir la reconstruction de ces parties du territoire qu’il considère comme les siennes.

C’est la seule façon de satisfaire à ce que le Président Barroso a défini comme « l’impératif moral d’aider un voisin qui en a besoin » (a moral imperative to help a neighbour in need). Dans le cas contraire, nous devrions en conclure que l’Ossétie du Sud n’est pas un de nos « voisins ».

Cordiales salutations

Giulietto Chiesa, député européen

 

Traduction de Marie-Ange Patrizio pour mondialisation.ca

Giulietto Chiesa : Refaire les comptes avec la Russie

Est-ce un hasard ? Depuis l’élection de Barack Obama, le gouvernement italien se démarque de Bush et semble reprendre à son compte les positions défendues par l’euro-député Giulietto Chiesa sur la Géorgie, l’indépendance du Kosovo, l’OTAN et plus généralement l’alignement systèmatique de l’Europe sur la stratégie de l’OTAN. En effet, Sylvio Berlusconi en personne a vilipandé l’OTAN pour avoir injustement "provoqué la Russie" au travers de sa volonté d’extension à l’Ukraine et à la Georgie, et avec le projet d’implantation du bouclier anti-missile en Pologne et en République Tchèque. Voir à ce propos l’article de AlterInfo paru vendredi 14 novembre 2008.

Nous reproduisons ici le compte-rendu que fait Giulietto Chiesa sur son site officiel de son débat avec D. Medevdev et V. Poutine en septembre dernier.


 Article paru le 29/09/2008 sur le Site de Giulietto Chiesa

"L’eurodéputé Giulietto Chiesa, spécialiste reconnu de la Russie, a participé aux discussions du très fermé Club Valdai. Des débats avec le président Dmitry Medvedev et le Premier ministre Vladimir Poutine, il a retenu quelques idées fortes sur la nouvelle politique étrangère du Kremlin. Il présente aux lecteurs du Réseau Voltaire et d’Il Manifesto ses impressions synthétiques". Réseau Voltaire , http://www.voltairenet.org/article158143.html il manifesto : http://www.ilmanifesto.it/oggi/art52.html

Impressions synthétiques de cinq heures, au total, de contact direct avec les deux « numéros un » de la politique russe. Trois heures avec le chef du gouvernement Vladimir Poutine ; deux grosses heures, le jour suivant (12 septembre) avec le président Dmitrij Medvedev, à Moscou. Le tout dans le cadre d’une confrontation rapprochée avec une trentaine d’experts occidentaux (Forum «Valdai»).

Giulietto Chiesa

Première impression : qui commande à Moscou ? Un grand nombre des personnes présentes ont essayé de trouver une réponse à cette question. Il m’a semblé, pour ce qui me concerne, que la réponse est dans le fait que les deux protagonistes n’ont eu aucune crainte à s’exposer devant les mêmes interlocuteurs à très peu de temps d’intervalle. Aucun des deux n’a jamais éludé une seule question. Et, même s’il s’agissait explicitement d’une discussion à « huis clos », dont les citations directes étaient exclues, les transcriptions fidèles des questions et réponses ont été rendues publiques quasiment immédiatement. Il n’en a pas émergé de contradictions, ni de différenciations entre les deux personnes. C’est une dyarchie très solide, fondée sur une entente de longue haleine, avec une division des tâches plutôt nette.

Les styles et l’expérience sont différents, mais pas le ton. Tout au plus peut-on dire que le chef du gouvernement, celui qu’on décrit comme l’homme de glace, a été même plus passionné que le président, auquel on pourrait attribuer maintenant la qualification de "sourire d’acier" étant donnée la sécheresse de ses déclarations.

Qui a pris la décision de répondre à l’agression de Saakashvili ? Poutine a dit qu’« aucun char d’assaut n’aurait bougé d’un mètre, aucun soldat d’un pas, si la décision n’avait pas été prise par le commandement suprême ». Et Medvedev a confirmé, le lendemain, en racontant par le menu, heure par heure, les développements de la nuit du 7 au 8 août. « Si la Géorgie à ce moment-là, avait déjà été admise, dans l’OTAN, ma décision n’aurait pas différé d’un iota de celle que j’ai prise. Seul l’ordre du danger aurait été supérieur de quelques degrés ». Et c’est Medvedev, de fait, qui a prononcé l’épitaphe définitive qui scelle un tournant radical dans les rapports entre Russie et Occident : « le 8 août a représenté la fin de nos illusions sur le fait que le monde fut bâti sur des bases justes ». Avec l’autre épitaphe, qui a suivi l’annonce par Poutine de la fin de la collaboration avec les USA, dans la lutte contre le terrorisme international : « Le 8 août équivaut pour nous au 11 septembre pour les américains ». Ce qui, après avoir identifié certains secteurs de l’Administration Usa comme les promoteurs de Saakashvili, revient à les accuser implicitement de terrorisme.

L’actuelle architecture du monde « ne nous satisfait pas. Le système unipolaire est mort, le bipolaire n’a pas de perspectives parce que le monde est multipolaire ». Mais malheur à qui essaie de démolir le droit international « parce que sans lui il sera impossible de bâtir une nouvelle architecture ».

Donc, ceux qui veulent le dialogue avec Moscou l’auront. Ceux qui veulent nous rejeter de nouveau derrière un rideau de fer, qu’ils sachent (réponse des deux hommes) que la Russie d’aujourd’hui et de demain est assez forte pour ne craindre personne. Ce sera mieux pour tout le monde, cependant, qu’on sorte de l’équivoque dont certains secteurs de l’Occident n’arrivent pas à se libérer : « La Russie n’est pas l’Union Soviétique ». Mais « la crise avec la Géorgie a modifié tout le cadre des relations internationales externes de la Russie ». « Nous ne pouvons plus supporter… ». Sur cela, il est bon de ne pas nourrir d’autres doutes.

Donc, fin des retraits tactiques et stratégiques de la Russie. Si l’Occident veut élargir encore les frontières de l’OTAN qu’il sache qu’à chaque action correspondra, éventuellement pas au même endroit, une réaction d’intensité égale. Et ne venez pas nous dire que nous n’avons pas le droit (Poutine) de faire tout ce qui est possible pour éviter que l’Ukraine n’entre dans l’OTAN. Parce que nous ne pourrions pas, nous, dire et faire cela, tandis que les Etats-Unis, avec l’appui de certains Européens, font tout ce qu’ils peuvent pour pousser l’Ukraine dans l’OTAN ? Y a-t-il quelqu’un qui sache relever la différence de distances entre Moscou et Kiev et entre Moscou et Washington ? Et puis, en Ukraine vivent 17 millions de Russes. Comment réagiront-ils ? A ce qu’il semble, la majorité des Ukrainiens n’apprécient pas ce développement. Et c’est eux qui doivent décider.

Des sanctions ? Poutine a un sourire sarcastique : « même vos hommes d’affaires ne les soutiendront pas ». Et là-dessus, les réponses de la Russie peuvent être plutôt douloureuses pour ceux qui s’y essaieraient. Du reste (Poutine) expliquez-nous pourquoi, 34 ans après, le Congrès des Etats-Unis n’a pas encore effacé l’amendement Jakson-Vanik (qui excluait l’URSS de la catégorie de « nation très favorisée », NDR). Est-ce une façon de traiter ses partenaires ? Si on nous bouscule encore, qu’on sache que nous nous tournerons de l’autre côté (Poutine a annoncé l’inauguration d’un terminal du nouveau gazoduc vers le Pacifique).

Et, de façon surprenante, c’est encore Poutine qui sort des tiroirs la vieille idée de Gorbatchev : se défaire des armes atomiques. Et il déclare : « je trouve cette perspective très réaliste. Ce n’est pas un espoir générique. Je me fonde sur les technologies réalisées dans le développement des armes non nucléaires, qui permettent à des pays non nucléaires d’atteindre des puissances de destruction inouïes. D’autant plus que le danger de diffusion des armes nucléaires s’étend ».

Donc dialogue pour ceux qui sont d’accord, mais à des conditions de parité et sans rabais pour quiconque. « Si la Roumanie concède des passeports aux Moldaves pourquoi ne pourrions-nous pas, nous, les donner aux citoyens d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie » ? La Russie n’a pas de prétentions territoriales, en aucune direction. « Pendant les années de ma présidence (Poutine) je n’ai jamais rencontré les leaders d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie et, même, nous les avons toujours poussés vers la Géorgie. La reconnaissance de leur souveraineté (Medvedev) est maintenant « une condition nécessaire et suffisante pour leur protection » d’autres attaques.

Nous apprécions la ligne suivie par Sarkozy au nom de l’Europe, dont « la présence dans les zones de friction » est maintenant saluée favorablement « pour éviter de nouvelles agressions ».Mais attention aux missiles en Pologne et au radar en République Tchèque. « Ils nous avaient dit qu’ils étaient contre l’Iran, mais après la Géorgie, ils ont changé le tir et ont dit qu’ils étaient adaptés à la nouvelle situation. Donc ils sont contre nous, comme nous l’avions dit depuis le début ».

Un cadre très clair qui marque un tournant radical et non improvisé, qui mûrissait depuis longtemps. A présent il revient à l’Europe de refaire ses comptes, étant donné que l’Amérique ne semble pas en mesure de comprendre.

Voir aussi sur le site de Giulietto Chiesa:

http://www.giuliettochiesa.it/modules.php?name=News&file=article&sid=331:

« Je retire nombre de ces impressions de la position privilégiée de participant au Forum Valdai : un groupe de discussion qui existe depuis quelques années et qui permet à un certain nombre d’experts internationaux, de « soviétologues » d’ancienne et de nouvelle date, de politologues et de journalistes, de rencontrer de façon très directe les plus grands leaders de Russie ; ceci dans un échange d’idées très franc (garanti par les conditions « off record ») et sur tous les sujets.

Trois heures avec V. Poutine à Sochi, sur les rives de la Mer Noire, le 10 septembre, et presque trois heures aussi avec D. Medvedev le 11, à Moscou, dans le grand salon du GUM, face au Kremlin. Et un intermède très dense, entre les deux séances, avec le ministre des Affaires Etrangères Lavrov ».

 

La peur à des fins politiques

Le journal suisse l’hebdo a publié une chronique sur livre-enquête Les armées secrètes de l’OTAN écrit par le brillant historien suisse Daniele Ganser. Il s’agit d’un ouvrage de référence, d’une importance considérable pour comprendre ce qu’est le terrorisme sous faux pavillon et la manipulation (ou guerre) psychologique. Pourtant, alors qu’il est disponible en France aux Editions Demi-Lune depuis plus d’un an, on attend toujours sa première recension dans la presse française.

 

La peur à des fins politiques

Par Jacques pilet pour l’Hebdo

D’ordinaire, les professeurs d’université n’aiment pas trop s’aventurer sur les terrains chauds de la politique internationale. L’un d’eux fait exception: Daniele Ganser, 36 ans, aujourd’hui professeur d’histoire à Bâle. Après avoir étudié à Londres et à Amsterdam, travaillé au Center for Securities Studies de l’ETH à Zurich, il se taille une stature de spécialiste des questions de sécurité de 1945 à nos jours.

Sa grande préoccupation: «Le terrorisme manipulé.» Autrement dit: l’implication de certains services secrets dans des opérations qui avaient pour but de créer la peur et le trouble à des fins politiques.

Ce jeune homme au parler calme, mi-Tessinois mi-Bâlois, n’est pas un gauchiste: il a même été Senior Researcher de 2001 à 2003 au sein du think tank libéral Avenir suisse, mais son travail académique est plutôt ébouriffant. Son dernier livre, Les armées secrètes de l’OTAN (1), traduit en sept langues, jette une lumière crue sur le cynisme de la guerre froide.

Plus délicat encore: il tient un séminaire sur le 11 septembre où il analyse avec ses étudiants les versions officielles de l’événement ainsi que les innombrables mises en doute qui ne cessent de se propager. [NDLR : Nous vous invitons à lire à ce sujet l'article Toutes les théories sur le 11 Septembre sont des théories du complot]

On savait que des organisations parallèles, telles Gladio en Italie ou la fameuse P26 en Suisse, étroitement liée au MI6 britannique, avaient été mises sur pied, à l’insu des contrôles démocratiques dans plusieurs pays. Mais Ganser va plus loin.

Après cinq ans de recherches et de recoupements, il décrit ces réseaux par le menu dans quatorze pays. Et surtout, il fait apparaître que ces manœuvres étaient coordonnées en lien avec la CIA par l’état-major de l’OTAN à Bruxelles, notamment à travers deux organes secrets, le ACC (Allied Clandestine Committee) et le CPC (Clandestine Planning Committee).

Ces structures avaient pour but d’organiser préventivement la résistance en Europe de l’Ouest en cas d’envahissement par les Soviétiques. Mais elles furent aussi utilisées pour barrer la route du pouvoir aux communistes. Par tous les moyens. Y compris des actes terroristes imputés aux «rouges» pour galvaniser la société. Cette face noire de la défense occidentale aurait pu rester méconnue.

Si elle a fini par apparaître, c’est grâce à l’acharnement d’un magistrat italien. Le 31 mai 1972 dans le village de Peteano, trois carabiniers trouvent la mort dans l’explosion de leur voiture. Un communiqué des Brigades rouges revendique l’attentat. L’affaire est entendue. Mais en 1984, le jeune juge Felice Casson, alerté par diverses bizarreries du dossier, réouvre l’enquête. Et en en tirant les fils, il fait éclater la vérité. L’explosif utilisé provenait d’un des nombreux dépôts d’armes clandestins de Gladio, l’armée dite stay-behind de l’OTAN, liée à des organisations d’extrême droite. L’auteur du crime est arrêté, il avoue, il dénonce les surprenantes connexions de l’opération.

«Lorsque j’ai étudié cette affaire, raconte Ganser, je me suis rendu compte que ces réseaux avaient des ramifications vers divers points d’Europe. J’ai alors planté des épingles sur la carte au fur et à mesure qu’apparaissaient des noms. Et je me suis dit qu’il fallait voir plus large, établir un panorama complet.» Le chercheur parle cinq langues, mais pour éplucher les documents disponibles en Turquie, en Norvège, au Danemark et ailleurs, il a requis l’aide de confrères et de journalistes spécialisés de ces pays. Et c’est ainsi qu’il aboutit à ce volume impressionnant, basé sur des faits vérifiables. Ganser est historien, ni polémiste ni idéologue.

La version allemande (l’original a paru en anglais, à Londres), récemment publiée en Suisse (2), comporte une préface du professeur Georg Kreis, de Bâle, et une postface du professeur Albert A. Stahel, de l’Institut d’études stratégiques de Wädenswil. Ces deux sommités académiques soulignent le sérieux et la nécessité de cette recherche.

Ces révélations rappellent que l’histoire n’est pas faite d’un face-à-face entre bons et méchants comme on veut souvent nous le faire croire. L’Italie n’a pas le monopole de ces coups tordus. Ganser en raconte bien d’autres, en Allemagne, en Belgique, en Turquie, en France et ailleurs.

Il va jusqu’à se demander si Aldo Moro n’a pas été assassiné par des Brigades rouges qui auraient été infiltrées par l’extrême droite liée à Gladio: la CIA, à l’époque, faisait tout pour empêcher le leader démocrate-chrétien d’ouvrir la porte du gouvernement aux communistes. Il suggère aussi que les attentats contre de Gaulle et le putsch des militaires rebelles d’Algérie française ont pu être inspirés par les taupes américaines, Washington ne faisant pas mystère de son hostilité au général.

Paranoïa? Obsession de la théorie du complot? Le danger est réel dans ce type d’investigations. Le spécialiste suisse des services secrets, Jacques Baud, qui a lui aussi révélé l’ampleur de ces structures de l’ombre (3), estime que Ganser, aussi utiles que soient ses recherches, n’échappe pas totalement à ce piège.

La question se pose, de façon encore plus aiguë, à propos du 11 Septembre. Faut-il entrer dans la polémique rampante autour de la version officielle? Daniele Ganser s’y risque. «Je me suis rendu compte que mes étudiants, qui vivent avec l’internet, sont souvent persuadés qu’il y a eu là une manipulation des services secrets alors que leurs parents, qui ne lisent que la NZZ, ne mettent pas en doute un instant ce qu’en dit le gouvernement. Comme prof d’histoire, je devais faire quelque chose.

J’ai donc proposé d’étudier sérieusement le rapport officiel publié en 2004. On a constaté qu’il ne tient pas sur de nombreux points. Notamment parce qu’il ne traite pas des causes de l’effondrement de la troisième tour de New York, le WTC7. Nous avons aussi examiné les théories sur une manipulation des services secrets. Au bout du compte, nous n’avons pas trouvé La vérité. Mais nous continuons de nous interroger.»

Un nouveau rapport officiel vient cependant de sortir: 200 pages pour conclure que le troisième immeuble dont on a si peu parlé jusqu’alors – qui abritait des documents confidentiels – a été simplement victime du feu. Ganser reste dubitatif: l’auteur de cette étude est lié au gouvernement et il ne pouvait pas révéler une éventuelle «démolition contrôlée» sans déclencher une polémique. Pour lui, seule une investigation indépendante des pouvoirs politiques peut être crédible.

Le jeune professeur n’a aucune envie de se laisser enfermer dans ce débat. Par prudence sans doute: ce terrain-là est miné. Par honnêteté intellectuelle aussi: «Il me manque une preuve irréfutable, ne serait-ce qu’une seule, pour que je puisse aboutir à une conclusion. Je pose donc les faits. Mais je ne donne pas mon opinion. Parce que je ne sais pas vraiment ce qui s’est passé.»

Daniele Ganser préfère parler, en historien, de l’usage de la peur en politique. «Un peuple pris de peur est au dixième de ses possibilités, de sa capacité critique… N’oublions pas l’Irak. C’est en affirmant que ce pays était lié à al-Qaida et possédait des armes de destruction massive que la guerre a pu être déclenchée… C’était faux, mais cela a servi.»

Est-il choqué par la force du mensonge et de la peur dans l’histoire? Pas du tout: «J’ai lu trop de choses pour m’en étonner. Cela fait partie de la stratégie. Le président de la commission d’enquête parlementaire suisse sur la P26 a déclaré, bouleversé par ses découvertes: “Je n’aurais jamais cru des choses pareilles possibles!” Il en avait été éprouvé psychologiquement, il a même perdu six ou sept kilos! Moi pas.C’est peut-être une question de génération.»

Ganser travaille aujourd’hui sur un autre sujet, peut-être tout aussi chaud: le rôle du pétrole dans l’histoire récente. Avec les conséquences politiques de sa raréfaction. Que se passe-t-il à l’approche du «pic pétrolier», du moment où la production mondiale diminuera inéluctablement? Quelles guerres a produit et peut produire encore ce tournant de l’histoire de l’humanité?

«Evidemment, lâche le professeur avec un sourire, cette histoire peut faire resurgir la question du 11 Septembre et des événements qui en ont découlé…» Il lui faudra, là aussi, du courage. On ne peut étudier les mécanismes de la peur collective sans en faire la preuve. Devant des faits dérangeants, la dérobade est tentante. Il est frappant de constater que les révélations de Ganser ont certes été répercutées dans de nombreux journaux (notamment la sage NZZ) mais elles n’ont pas débouché sur de vastes débats publics.

Comme si l’opinion populaire s’effrayait des conséquences de certaines mises en doute impertinentes. Signe des temps: c’est surtout sur l’internet que l’on s’agite le plus autour des sujets brûlants comme la face cachée de la «guerre contre le terrorisme»: au milieu d’un fatras de contributions souvent fantaisistes, on y trouve aussi une foule d’informations à contre-courant et surtout le flot des questions que se posent tant de citoyens décidés à ne pas tomber dans les panneaux que peuvent leur tendre les pouvoirs.

Retrouvez cette chronique dans «L’air du large», le blog de Jacques Pilet, enrichie de références et d’informations complémentaires.

(1) Les armées secrètes de l’OTAN, de Daniele Ganser, Ed. Demi Lune, 416 pages.

(2) Nato Geheimarmeen in Europa, Inszenierter Terror und verdeckte Kriegsführung, préface de Georg Kreis et postface d’Albert A. Stahel, Orell Füssli Verlag, 446 pages.

(3) Encyclopédie du renseignement et des services secrets, de Jacques Baud, Ed. Lavauzelle (2002), 736 pages.

 

Apporter la paix ici à Kaboul ? C’est possible, il faudra juste 30 ans.

Les mauvaises recettes de l’Occident au pays de la guerre

Article de Giulietto Chiesa (député européen), paru dans La Stampa le 15 juin 2008

 

De Kaboul

L’histoire ne se répète jamais. Cela vaut aussi pour l’Afghanistan, et pourtant, avant même de rejoindre le fascinant bunker-hôtel 5 étoiles de l’Aga Khan Hôtel Serana à Kaboul, ce sont les choses elles-mêmes qui évoquent le passé. Les patrouilles d’hélicoptères de combat qui voltigent au-dessus de Kaboul sont quasiment identiques à leurs homologues soviétiques, même si le drapeau est différent. Et je me souviens de l’assurance tranquille de ce général soviétique qui me disait en 1985 que l’Afghanistan serait pacifié « dans 2 ou 3 ans » . Quatre ans plus tard, les chars soviétiques franchissaient à Termez le majestueux Amu Diarà pour rentrer à la maison. Battus. Evidemment, le parallèle ne tient pas. Les Moudjahidine s’appuyaient sur la puissance militaire des Etats-Unis, et le sort de cette guerre, qui fit 12 000 morts parmi les troupes russes, fut scellé lorsque les missiles Stinger mirent fin à la supériorité aérienne russe. Et il y avait en plus les milliards de pétrodollars que l’Arabie Saoudite wahhabite versait aux chefs de Peshawar. Et aussi l’appui actif des services de renseignement pakistanais, l’ISI.

Aujourd’hui, derrière les factions armées que, par paresse, nous appelons toujours « talibans », il n’y a apparemment plus que quelques factions fondamentalistes pakistanaises. Et à l’inverse, de l’autre côté, on trouve toute la puissance de feu de l’OTAN, la supériorité aérienne américaine, les photos satellites, la reconnaissance à l’aide de drones (aéronefs sans pilote), les attaques « automatiques », le renseignement, l’organisation guerrière, technologique, moderne. Un déséquilibre des forces qui, à première vue, devrait assurer la victoire. Mais alors, pourquoi cette victoire n’arrive-t-elle pas ? Que signifient ces forteresses assiégées en lesquelles les ambassades étrangères ont été transformées, les mesures drastiques de sécurité, les voitures blindées, les gilets pare-balles devenus la tenue presque obligatoire même à l’intérieur de la capitale ? Est-il possible que peu – ou même de nombreux – talibans arrivent à créer une situation apparemment aussi incontrôlable ? Il y a évidemment une autre explication : c’est que les recettes que nous avons appliquées ne sont probablement pas les bonnes ; que le peuple, dans les campagnes et les vallées reculées, ne nous perçoivent pas comme des alliés. Par exemple, de cet énorme flux de financement, quelle proportion arrive véritablement à destination, c’est-à-dire à la population ? Différentes études, forcément approximatives vu le contexte, indiquent que pour chaque dollar envoyé en Afghanistan, seulement 15 centimes arrivent vraiment sur le terrain. Le reste se perd dans les mille replis de la corruption, ou bien finit dans les poches des seigneurs de guerre, ceux-là mêmes qui ont martyrisé le pays et ont maintenant récupéré leurs lucratives positions dans les gouvernements locaux et dans ceux des provinces, d’où ils maîtrisent les trafics – y compris ceux de la drogue – et l’administration publique, en plus de leurs affaires privées. Tout ceci est l’œuvre non pas des talibans, mais de ceux qui ont été installés au pouvoir par l’Occident depuis le 11 Septembre. Et les gens le savent.

Un ancien journaliste afghan venu nous voir à l’hôtel Serena l’expliquait avec précision : « Ce pays est encore en grande partie analphabète mais ce n’est plus comme il y a 10 ans. Pas tant à cause des journaux indépendants qui existent mais que seule une petite partie de la population lit. Pas tant non plus à cause de l’existence d’une vingtaine de chaînes de TV privées, car ceux qui ont la télévision sont une infime partie de la population de Kaboul, et encore moins dans les provinces. C’est principalement la radio occidentale, que l’on peut recevoir dans tout l’Afghanistan, et qui transmet dans les deux langues, le Farsi et le Dari. Des millions de personnes l’écoutent, souvent avec parcimonie, car là où il n’y a pas d’électricité (80% du pays), les gens doivent acheter des piles qui coûtent très cher. Mais le résultat c’est que les gens savent beaucoup de choses qu’avant ils ignoraient. Ils peuvent se faire une opinion. Et le mécontentement est grand, et s’accroît toujours plus. » Dans ce contexte, les élections truquées et quasi incompréhensibles pour les gens valent ce qu’elles valent, c’est-à-dire presque rien, pour établir un consensus adapté. La Constitution, un arrangement institutionnel très similaire, extérieurement, à l’Etat de Droit de nos démocraties occidentales, pourrait laisser croire à un développement démocratique. Mais elle ne suffit pas à créer une inversion de tendance vers la stabilité.
Ce qui apparaît avec évidence, c’est le caractère « imposé par l’étranger », en plus de l’aspect « dirigé par l’étranger », d’un programme complexe de démocratisation à l’occidentale, dans lequel les Occidentaux s’évertuent depuis 6 ans à expliquer aux élites afghanes (et non à la population qui est inatteignable pour eux) qu’ils doivent se soumettre à des règles qu’ils ne reconnaissent pas, et que selon toute probabilité, la majorité d’entre eux n’aiment pas. Le président de la Cour Suprême, Azizi, résume de façon symbolique : « Nous pensions aller du mal vers le mieux et maintenant nous nous retrouvons après 6 ans à aller du mal vers le pire. » Ce qui est sûr, c’est que la chute a été longue : plus de 30 ans ne se remontent pas facilement. Mais comment faire pour réformer la justice si un juge perçoit seulement 50 dollars de salaire mensuel ? Pire encore, cela représente la moitié de ce que touche un jeune policier à peine enrôlé dans une formation qui l’amènera inexorablement à risquer sa vie dans un village perdu d’une vallée reculée, et où de surcroît il ne pourra rien faire pour se défendre et défendre sa famille quand déboulera la première bande de talibans ou de quelque seigneur de guerre. C’est pour ça que construire une vraie police afghane ne se fera pas dans un délai bref. « Il faudra au moins une génération » explique un officiel allemand, désabusé. Cela signifie rester là pour 25 ou 30 ans.

Traduit de l’italien par Christophe Terrasson pour ReOpenNews

L’Iran riposte à L’OTAN

http://socio13.wordpress.com/2008/03/27 … e-a-lotan/
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Par la bouche de son Ministre des Affaires étrangères, en visite au Tadjikistan, l’IRAN vient de créer l’évènement en demandant officiellement à adhérer à l’ORGANISATION DE COOPERATION DE SHANGHAI (OCS).

Cette demande est une riposte claire à la nouvelle campagne de menaces guerrières et de mesures de rétorsion économique  contre le régime iranien lancée depuis Washington et Tel-Aviv.

Du point de vue militaire la démission de l’Amiral FALLON, commandant en chef du CENTCOM – qui couvre l’Europe et le Moyen-Orient Iran et Afghanistan compris – a mis fin à l’insubordination manifeste de la hiérarchie militaire US et a redonné de la voix aux traîneurs de sabre, CHENEY en tête.

Il s’en suit qu’à nouveau les médias débordent de détails sur les futures attaques de l’Iran. S’y côtoient des nouvelles brutes telles que le transit par le Canal de Suez d’un sous-marin nucléaire US faisant route vers le Golfe Persique (mais il y en a sûrement d’autres qui sont arrivés sous l’eau par l’Est sans se faire remarquer, faire transiter un sous-marin par Suez c’est l’exposer au monde entier pendant des heures) ou des fantasmes de terreur atomique en annonçant le bombardement de la nouvelle centrale nucléaire iranienne de construction russe de BUSHER  et susceptible de créer un TCHERNOBYL décidé de sang froid par les descendants d’Hiroshima.

Du point de vue économique, les USA ont décidé de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran. En application des dispositions financières du PATRIOT ACT ils vont interdire à toutes les banques du monde ayant des relations avec deux banques iraniennes d’Etat de commercer sur le territoire des Etats-Unis ou avec des banques étasuniennes.

En demandant à adhérer à l’OCS dans cette conjoncture,  l’Iran met la Chine et la Russie au pied du mur. En effet, si l’OCS a ,dés sa création, bien accordé à l’Iran le statut d’observateur , comme d’ailleurs à l’Inde au Pakistan et à la Mongolie, elle avait fait savoir l’an dernier qu’elle n’envisageait pas d’accueillir de nouveaux membres.

Accepter l’Iran dans l’OCS, c’est accepter de se porter à ses côtés en cas d’agression extérieure,  ce qui revient à dire aux Etats-Unis que s’ils attaquent l’Iran ils déclenchent la guerre mondiale. Tout simplement !

Or l’Iran abat cette carte à quelques jours du sommet de l’OTAN de Bucarest auquel la Russie participera en qualité de membre du « Partenariat pour la Paix » qu’elle a signé avec l’OTAN  et au cours duquel la Russie va, au nom de l’OCS, demander officiellement à l’OTAN de « cogérer » le dossier afghan.

Les raisons de cette demande sont  connues :

  • l’OTAN est embourbée en Afghanistan et s’y voit installée pour des décennies au risque d’y éclater car, la République monarchoïde DE NAGY BOCSA  mise  à part, les réticences à un engagement militaire supplémentaire et prolongé sont de plus en plus en nettes chez les autres partenaires des USA,
  • l’OTAN a des difficultés d’approvisionnement de toutes sortes – armes, carburant  – via le Pakistan jusqu’à présent seul couloir d’accès fiable.

Consciente de cette impasse stratégique des Etats-Unis et de leurs alliés, l’OCS qui contrôle tous les pays au Nord de l‘Afghanistan propose d’assurer à l’OTAN la sécurité d’accès au théâtre afghan en échange d’un partage de la responsabilité dans la gestion du problème afghan.

La leçon stratégique est immense : l’OTAN s’est aventurée trop loin de ses bases et en violation de ses propres statuts,   elle s’épuise et se divise dans une aventure sans issue (ou plutôt sans autre issue que la misère  du peuple afghan) et son adversaire principal lui propose, sans tirer un coup de canon, de prendre en main politiquement le dossier afghan pour la simple et bonne raison que l’Afghanistan est son voisin et que, suprême habileté dialectique, ce pays est un foyer du terrorisme contre lequel l’OCS entend lutter.

L’adhésion de l’IRAN, qui tient la frontière occidentale de l’Afghanistan, à l’OCS constituerait un appui majeur à cette démarche.

Les montagnes afghanes sont  et restent de véritables sables mouvants stratégiques. S’y agiter est mortel ! Vieille leçon toujours valable !

Entretien : La politique afghane de l’Occident est un échec

 

17 février 2008 « Sous Rumsfeld et Bush, on ne voulait pas reconstruire mais contrôler l’Afghanistan. Et ce que nous voyons aujourd’hui est le résultat de cette politique : on voulait contrôler le pays à moindre coût et pour un profit maximum, mais cela ne fonctionne pas. »

Le Dr Michael Pohly, de l’Université libre de Berlin, répond aux questions de Horizons et débats, 11 février 2008

Aux dernières nouvelles, la situation en Afghanistan s’est encore détériorée. Le pays tout entier est sur le pied de guerre et il n’est plus question de reconstruction. Comment voyez-vous les choses ?

M. Pohly : La situation est très critique car les défauts de la politique sont devenus évidents. On observe une augmentation de la volonté de résistance qui vient des zones rurales. Il existe des régions entières dont le gouvernement a perdu le contrôle ou dans lesquelles il n’a jamais tenté de procéder à une sérieuse reconstruction.

Quelle est la situation des habitants ?

Cela dépend. Kaboul est maintenant une grande agglomération de trois millions et demi à quatre millions de personnes bien que la ville soit faite pour un million et demi d’habitants. Il n’existe pas de programme de retour pour ceux qui sont venus en ville. Il n’y a pas non plus de programme pour ceux qui reviennent à Kaboul ou s’y sont installés et l’emploi de même que l’approvisionnement sont un énorme problème.

D’un autre côté, on a vu apparaître des quantités de spéculateurs à Kaboul et il y a un énorme clivage entre les riches et les pauvres. Il n’existe pas de programme d’intégration sociale.

Ces défauts doivent être attribués à la politique du gouvernement afghan et également à l’Occident. Si l’on demande actuellement à l’Allemagne d’envoyer davantage de troupes, c’est dans le but d’une militarisation censée réagir contre les déficits politiques.

L’ONU a donné mission à la FIAS (Force internationale d’assistance à la sécurité) de reconstruire le pays. Qu’en est-il de cette reconstruction qui devrait profiter à la population ?

A mon avis, on constate des manques importants. On a réussi à améliorer les infrastructures des grandes villes, à créer des liaisons entre les villes. Mais c’était la tâche la plus facile. Les gouvernants n’ont pas réussi à emporter l’adhésion de la population. On ne lui a pas proposé de programme de développement pour les vingt prochaines années. Au lieu de cela, on a observé au cours des sept ­dernières années une politique de magouilles entre Karzai, entre les membres du gouvernement et les Américains. D’autre part, relativement peu de personnes participent aux décisions. Elles se négocient souvent en coulisses. Les zones rurales ont été négligées de manière impardonnable et sont maintenant perdues.

Depuis la fin de l’automne 2001, les membres du gouvernement ont été en majorité imposés de l’extérieur, ce qui constitue un gros problème. Quelles autres fautes ont été commises dans la formation du gouvernement ?

Une grave erreur a été d’intégrer les seigneurs de la guerre dans le gouvernement. Les Afghans ont ressenti cela comme une récompense pour les méfaits qu’ils ont commis au cours des 20 à 25 dernières années. La communauté internationale a ainsi perdu de sa crédibilité, perte accentuée par le fait que la FIAS a conclu des accords de trêve et de coopération avec les seigneurs de la guerre et a rendu certains d’entre eux très puissants. Or ces gens sont finalement les seuls à profiter des avantages de la « paix ».

Le renforcement des troupes demandé avec tant d’insistance par le gouvernement américain et le commandement de l’OTAN est-il à votre avis une solution aux problèmes de l’Afghanistan ?

Non, je ne crois pas. Cela augmente la militarisation de la politique qui présente déjà suffisamment de défauts et l’armée n’est pas en mesure d’y remédier.

On a négligé d’accorder une place centrale à la question de la justice. Ce que voulaient les Afghans, c’est la justice sociale. Ils voulaient que l’on demande des comptes aux seigneurs de la guerre pour les crimes ­contre l’humanité qu’ils avaient commis et qu’ils n’occupent plus de postes à responsabilité. C’est la moindre des choses que la population attendait du processus de « démocratisation » engagé par l’Occident. Mais au lieu de cela, ils ont vu que, sous la pression des Nations Unies, du concept du représentant spécial de l’ONU pour l’Afghanistan Brahimi, ces auteurs non seulement de crimes capitaux mais de crimes contre l’humanité obtenaient en récompense des postes et des dignités.

C’est une chose dont l’Occident n’est absolument pas conscient. On pensait que les Afghans n’avaient pas ce sens de la justice, or il est très fort chez eux, quelle que soit leur origine ethnique.

Ainsi, on n’a pas créé la sécurité à l’intérieur du pays. Or sans sécurité, aucun développement n’est possible et sans développement la sécurité n’est pas possible. Ces deux éléments sont intimement liés et on les a négligés tous les deux. Il n’y a pas de sécurité parce que les forces de police que nous avons mises sur pied sont constituées d’anciens miliciens qui ont simplement changé d’uniforme et sont mal payés. Pour la population, ils représentent une menace plus importante que les bandits. Le concept de rétablissement d’une police, également celui de l’Allemagne, très beau en théorie, a échoué en pratique. Et ce que les Américains ont fait en l’espace de six semaines, c’est-à-dire nommer 30 000 policiers, n’a pas garanti la sécurité. On s’est servi de ces malheureux en en faisant des troupes paramilitaires et ce sont elles qui subissent le plus de pertes dans les combats contre les talibans.

Il n’y a pas non plus de reconstruction du système judiciaire. Il n’y a pas de règlements. L’Etat n’a toujours pas réussi à monopoliser l’usage de la force et à s’imposer vis-à-vis des seigneurs de la guerre.

Les Etats-Unis viennent de demander de manière quasi impérative des troupes euro­péennes, avant tout allemandes, pour combattre dans le Sud. Qu’en pensez-vous ?

Dès le départ, les Américains avaient un autre concept pour l’Afghanistan. Sous Rumsfeld et Bush, on ne voulait pas reconstruire mais contrôler l’Afghanistan. Et ce que nous voyons aujourd’hui est le résultat de cette politique : on voulait contrôler le pays à moindre coût et pour un profit maximum, mais cela ne fonctionne pas.

Le gouvernement allemand devrait par conséquent opposer un refus clair et net ?

Effectivement, c’est ce qu’il devrait faire car cela ne marchera pas. Ce sera un échec, comme en Irak, car on n’obtient rien par les armes.

Si nous n’obtenons pas l’adhésion de la population, nous échouerons. Prenons la question des talibans. Ils trouvent un écho certain dans la population. Voici comment cela se passe. Par exemple, deux ou trois tribus ont des différends entre elles en ce qui concerne les droits de pâture, le droit des eaux, le droit foncier, etc. Que font les talibans ? Ils vont là-bas et deviennent le parti d’une des tribus, d’un des clans parce que l’Etat est inexistant. On monte les tribus les unes contre les autres, certaines deviennent subitement fortes parce qu’elles sont soutenues par les talibans, qu’elles peuvent dominer les autres ou du moins imposer leur prétendu droit sous une forme ou une autre. Ce qui fait la force des talibans, c’est qu’ils tirent profit des différends à cause de la carence de l’Etat.

Si nous sommes conscients de cela, notre politique doit consister en autre chose qu’une « pacification militaire », c’est-à-dire une guerre contre des gens qui peuvent toujours se rabattre sur le Pakistan. Les talibans pénètrent en Afghanistan, mènent une opération puis repartent. Il est donc très difficile de les arrêter en Afghanistan à part dans quelques régions qui ont été pratiquement abandonnées par l’Etat.

Mais si l’objectif est de contrôler un pays, on n’a donc aucun véritable intérêt à le pacifier.

Exactement, c’est pourquoi on met la charrue avant les bœufs. Malheureusement, nous cédons très facilement aux désirs des Américains, y compris en ce qui concerne l’engagement dans le Sud. D’autre part, nous n’avons pas vraiment voulu adopter une position indépendante en disant par exemple : nous voulons le développement, nous nous y prenons autrement. Nous nous sommes contentés de symboles et avons suivi la politique des Etats-Unis.

Que pensent les Afghans que vous connaissez de la présence depuis des années de troupes étrangères dans leur pays ?

Maintenant, c’est différent de la fin de 2001. Leur attitude a nettement changé. Au début, jusqu’à 95% des habitants saluaient la présence des troupes qu’ils ne considéraient pas comme des troupes d’invasion. Ils espéraient qu’elles mettraient fin aux malheurs causés par les talibans, par les forces basées au Pakistan qui constituaient – et constituent toujours – la colonne vertébrale logistique et idéologique des talibans. C’est pourquoi les troupes étrangères furent considérées comme des libérateurs. C’est la différence essentielle avec l’Irak. Les gens espéraient qu’elles instaureraient la justice et la justice sociale et qu’elles mettraient à l’écart ceux qui les avaient fait souffrir au cours des trente dernières années.

Or ce ne fut pas le cas. Les Américains ont pratiqué une politique consistant en deux choses : d’une part, nous avons eu la FIAS qui a eu l’idée insensée d’instaurer un couloir de sécurité autour de Kaboul, de développer la capitale et de régir la pays à partir de là. Ce projet était totalement absurde et les Afghans n’ont pas tardé à le critiquer. D’autre part, les USA n’ont rien imaginé de mieux que de repartir à la chasse d’Al-Qaïda avec les milices qui étaient détestées.

Ce faisant, les Américains ont renforcé les forces afghanes qui étaient opposées à Kaboul si bien qu’on a eu, dans la capitale et en province, des forces qui étaient censées collaborer avec les Américains mais qui luttaient les unes contre les autres. Mais on a laissé complètement de côté les nombreux chefs de tribus désireux de reconstruire l’Afghanistan, à vrai dire uniquement pour participer au pouvoir et empocher l’argent qui allait être distribué. On a prétendu qu’ils ne comptaient pas. C’est une des raisons pour lesquelles on a perdu les régions situées au-delà de Kaboul.

Que pensent les Afghans de la poursuite de la guerre ?

Nous avons mis en garde assez tôt contre la poursuite des bombardements sur zone. Dès le début de la guerre, à l’automne 2001, et plus tard dans leur poursuite d’Al-Qaïda et des talibans, les Américains, pour protéger leurs troupes, ont bombardé massivement des fermes et d’autres objectifs civils et ces « dommages collatéraux » (pour employer un euphémisme du jargon militaire) qui dévastent les régions pachtounes nuisent considérablement aux processus sociaux.

On connaît ainsi de nombreux cas où l’occupant a bombardé des noces ou des enterrements parce qu’il pensait qu’un membre d’Al-Qaïda ou un taliban y participait et il a sacrifié 30, 120, 150 personnes pour en atteindre une seule. La nouvelle de ce genre d’opérations se répand dans la population.

Ces rassemblements ne servent pas seulement à fêter un couple ou à prendre congé d’un mort, ce sont des événements sociaux où l’on prépare l’avenir. On s’y met d’accord sur des noces, on conclut des contrats, on y règle de vieux comptes ou on se réconcilie. Ce sont des moments essentiels de la vie sociale auxquels les Américains s’attaquent par leurs bombardements. Ils interviennent dans le cycle de vie de cette société et on ne leur pardonne pas.

Il y a eu de véritables massacres, par ­exemple à Helmand.

C’est à pleurer. Ce crime a été étouffé. Je pense également au général Abdul Rashid Dostum, ce grand criminel de guerre qui a 30 000 à 40 000 morts sur la conscience. Il est maintenant ministre de la Défense. Après 1945, l’Allemagne a au moins tenté d’assumer ses crimes, elle a condamné certains des principaux responsables. En Afghanistan, cela n’a absolument pas été fait.

J’ai moi-même enquêté sur plusieurs cas et envoyé ma documentation aux Nations Unies et au gouvernement Karzai. Il s’agissait d’hommes qui voulaient se porter candidats à la Jirga ou l’avaient déjà fait qui ont ensuite été menacés par des membres du gouvernement qui ont donné l’ordre de les tuer parce qu’ils étaient devenus trop dangereux pour le pouvoir. L’Occident n’a jamais voulu s’occuper de ces affaires.

Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui se sont rendu compte qu’ils pouvaient continuer d’agir comme jusqu’ici – et maintenant même avec l’aide de l’Occident – qu’ils pouvaient enfin s’installer. Et c’est ça qui a provoqué cette profonde déception chez les Afghans. C’est pourquoi ils laissent faire les talibans sans pourtant leur être favorables.

Avez-vous une idée de ce que pourrait être un concept de paix pour l’Afghanistan ?

Oui, je crois. Nous avions soumis plusieurs propositions au gouvernement fédéral que nous avions développées en collaboration avec les Afghans. En 2002, j’ai passé ­presque une année en Afghanistan. J’ai fait du travail de reconstruction pour la Fondation ­Friedrich-Ebert, fondation du SPD, m’occupant essentiellement du processus de démocratisation et des partis. Nous avons participé à la préparation de la Loya Jirga d’urgence, nous avons poursuivi des projets antérieurs. Nous avions réussi à établir un réseau de jirgas tribales. Elles avaient fait de nombreuses propositions sensées.

La première demande fut celle-ci : « Rendez-vous dans les territoires extérieurs aux centres urbains et formez des gens qui n’ont pas de passé criminel. » Il y avait 46 jirgas indépendantes et nous avons travaillé avec 42 d’entre elles. On nous a dit : « Allez dans les grandes villes et formez-y des policiers et des soldats et abandonnez-nous la lutte. Nous savons qui a fait quoi. Nous savons où sont les gens, s’ils sont animés d’un esprit positif ou négatif. Donnez-nous la possibilité de nous défendre. »

J’ai fait des estimations et en ai discuté avec des gens de la FIAS. Il aurait fallu un contingent de 550 hommes pour chaque grande ville (Kandahar, Herat, Mazar-e ­Charif, Jalalabad, Bamina, Khost et éventuellement Pul-e Khumri) plus des instructeurs. Pourtant nous avons complètement perdu notre temps. L’expérience a été un échec. Nous aurions dû tout de suite prendre contact avec les tribus, avec des gens sans passé criminel, mettre sur pied une nouvelle armée, une nouvelle police. Nous aurions dû travailler simultanément à partir des régions et à partir du centre et ensuite avec les projets de développement. Ç’aurait été une solution raisonnable.

L’Occident n’aurait pas vécu la situation actuelle où des troupes étrangères se battent contre les talibans à la frontière. Ce sont les Afghans qui aurait fait ce travail. Ils le feraient encore aujourd’hui.

Au lieu de cela, on a nommé ministre de la Défense un des pires seigneurs de la guerre, Mohammed Fahim. Mais aussi bien les Pachtounes que les Hazara ont refusé d’envoyer des jeunes hommes servir sous ses ordres. Ils ont dit : « Nous ne mettrons aucun d’entre nous à la disposition d’un homme au passé aussi chargé. »

C’est également un problème du processus de Petersberg. Si ç’avait été une région sous mandat des Nations Unies, les choses auraient été plus faciles. Nous aurions été plus crédibles. Mais au lieu de cela, les Américains ont placé Karzai et chacun sait qu’il pratique une politique par procuration.

En intégrant des Afghans au passé vierge, qui avaient exercé des responsabilités auparavant, donc des gens vraiment formés et pas seulement des seigneurs de la guerre, on aurait pu construire une base solide, mais cela a été balayé d’un revers de main : Nous nous concentrons sur Kaboul. Nous n’allons pas dans les provinces. On constate aujourd’hui le résultat de cette politique.

Mais ce n’était pas ce que voulaient les politiques.

Non, parce qu’on voulait tout contrôler. On ne voulait pas reconstruire le pays, on ne voulait pas qu’il soit indépendant. On ne voulait ni la reconstruction ni l’autonomie. On parlait certes d’autonomie mais toutes les décisions ont été prises pas les Nations Unies, les Américains et Karzai. La population a été tenue à l’écart. On s’en est rendu compte dans les faits, par exemple à propos de la Constitution. Les gens voulaient en débattre. A ­l’époque, j’étais dans le pays, dans les provinces, dans le Sud. J’ai parlé avec les gens. Ils ne savaient pas de quoi discuter. Ç’aurait été un des moyens de susciter une envie de renouveau selon le principe « nous élaborons ensemble une Constitution ».

Or la Constitution leur a été imposée. C’est un mélange de droit occidental, de droit traditionnel et de dispositions dirigées contre certaines personnes. C’est un conglomérat désastreux.

 

Le Dr Michael Pohly est médecin et ethnologue. Il travaille à l’Institut d’études iraniennes de l’Université libre de Berlin. Différents partis et institutions publiques le consultent comme expert et il est conseiller des ministères des Affaires étrangères et de la Coopération économique. Il a signé de nom­breuses publications sur l’Afghanistan.


 

Publication originale Horizon et Débats

Illustration : Artilleurs américains en Afghanistan – ( Ndlr : cette image présente une similitude frappante avec la scène d’« Au coeur des ténèbres » de Joseph Conrad, où une canonnière longeant les côtes d’Afrique pilonne absurdement une jungle impénétrable. )

 

L’OTAN, veut-elle la guerre totale? D’anciens généraux de l’OTAN exigent de pouvoir recourir à la guerre atomique préventive

Un missile nucléaire britanniqueCinq anciens militaires de haut grade des pays de l’OTAN ont, selon un article du quotidien britannique «The Guardian» du 22 janvier, («

Preemptive nuclear strike a key option, Nato told

»), rédigé un manifeste de 150 pages envoyé, pour consultation, tant au Pentagone à Washington, qu’au secrétaire général de l’OTAN. Il s’agit des cinq militaires suivants:

 

  • John Shalikashvili (USA), ancien commandant de l’OTAN en Europe et de 1993 à 1997 à la tête de l’état-major interarmées;
  • Klaus Naumann (Allemagne), commandant de l’armée allemande de 1991 à 1996 et ancien président du Comité militaire de l’OTAN;
  • Peter Inge (Grande-Bretagne), maréchal britannique, ancien chef d’état-major de 1992 à 1994 et chef de l’état-major de la défense entre 1994 et 1997;
  • Henk van den Breemen (Pays-Bas), ancien chef d’état-major néerlandais;
  • Jacques Lanxade (France) ancien chef des forces navales françaises et ancien chef de l’état-major de la défense française.

Ces anciens militaires dressent un sombre tableau des menaces qui pèsent sur les «valeurs occidentales» et le «style de vie occidental» et présentent l’Occident comme victime de "forces ténébreuses". En réponse à cette menace, ils exigent donc dans leur manifeste le droit pour l’OTAN de porter un coup préventif avec des armes nucléaires, même contre des pays ne possédant pas cette arme.

Ils préconisent par ailleurs une réorientation de l’OTAN. Cette dernière doit être dirigée par un nouveau «directoire» de chefs américains, européens et de l’OTAN elle-même, afin d’être capable de réagir rapidement en cas de crise. A l’avenir il s’agira d’empêcher une «obstruction» de la part de l’Union Européenne. Il ne devra plus être nécessaire d’arriver à un accord unanime pour autoriser une intervention de l’OTAN, une décision à la majorité devra suffire. Des restrictions nationales comme dans le cas de l’intervention de l’OTAN en Afghanistan ne seraient plus acceptables et les Etats membres de l’OTAN qui ne participeraient pas à de futures guerres de l’alliance ne devraient plus avoir de droit de co-décision. L’OTAN devra pouvoir engager des guerres sans l’aval des Nations Unies et pas seulement en matière défensive.

Les propositions du manifeste devront être discutées en avril prochain lors de la réunion de l’OTAN à Bucarest.

Poutine : « Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de la course aux armements» 

Par Shaun Walker à Moscou
The Independent samedi 9 février 2008

Article original: "A new phase in the arms race is unfolding’ says Putin" (EPA)

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Le président russe, Vladimir Poutine, lors de la session du Conseil d'Etat

Vladimir Poutine a utilisé l’un des derniers discours majeurs de sa présidence pour délivrer un message de défi à l’Ouest, accusant celui-ci de lancer une nouvelle course aux armements qui ne laisse à Moscou d’autre choix que de réagir pareillement. Moins d’un mois avant les élections présidentielles, que le successeur qu’il s’est choisi est quasiment certain de remporter, ce discours a ôté tous les doutes qui pouvaient subsister selon lesquels la politique étrangère russe pourrait devenir moins agressive après le retrait de M. Poutine.

"Il est clair qu’une nouvelle course aux armements se déroule dans le monde", a déclaré M. Poutine. Une course que la Russie n’a pas lancée. Et il a fait serment que la Russie répliquerait à ces menaces en développant de nouvelles armes plus modernes qui seraient aussi bonnes voire meilleures que celles possédées par les pays occidentaux. "Nous sommes obligés de réagir … La Russie a eu et aura toujours les réponses à ces défis", a-t-il déclaré.

Ce discours, dans lequel il a aussi condamné l’expansion de Otan, est arrivé alors que les chefs de la défense de cette alliance de 26 nations, de plus en plus inquiets par la Russie qui cherche à en imposer sur le plan militaire, se sont rencontrés à Vilnius, la capitale lithuanienne, et ont vivement conseillé à Moscou de baisser sa rhétorique d’un cran.

Independent Graphics/QuestionsCritiques

Des patrouilles de bombardiers russes sont récemment parties en chasse au-dessus des océans Atlantique, Pacifique et Arctique et se sont approchées des frontières de l’espace aérien de l’Otan. En septembre dernier, deux Tupolev-95 russes se sont écartés de leur plan de patrouille de routine au large des côtes norvégiennes en direction du Sud pour se diriger vers l’Ecosse.

Lors du tout dernier incident, deux bombardiers "Blackjack" à grand rayon d’action ont volé vers le Golfe de Gascogne, au large de la France et de l’Espagne pour tester le lancement de missiles. Les Russes ont aussi indiqué qu’ils veulent rétablir une présence navale dans la Méditerranée, probablement en utilisant des ports syriens. Cette stratégie est destinée à améliorer la visibilité de la puissance militaire de la Russie mais cette rodomontade a alarmé les pays occidentaux et alimenté des discours de nouvelle Guerre Froide.

Hier, M. Poutine est passé à la vitesse supérieure en décrivant la Russie comme la victime de l’agression et de l’expansion occidentale et il a promis une riposte russe. Il a déclaré que les pays occidentaux ont dépensé beaucoup plus que la Russie pour la défense et il a aussi repris un thème qu’il a soulevé à de nombreuses reprises par le passé – celui de l’élargissement de l’Otan vers les frontières russes. "Nous avons retiré nos bases à Cuba et au Vietnam", a-t-il dit. "Et qu’avons-nous obtenu en retour ? De nouvelles bases américaines en Bulgarie et en Roumanie".

Il s’est aussi plaint des projets étasuniens de construire des éléments d’un bouclier antimissile en Pologne et en République Tchèque. "Ils essayent de nous persuader que toutes ces actions ne sont pas dirigées contre la Russie", a-t-il déclaré, "mais ils n’apportent pas de réponses constructives à nos inquiétudes parfaitement fondées".

La Russie avait déjà auparavant menacé de déployer des missiles nucléaires dans son enclave balte de Kaliningrad si les Etats-Unis poursuivaient leurs plans. La dépense militaire annuelle de la Russie a quadruplé depuis que M. Poutine est arrivé au pouvoir et le Kremlin a annoncé un programme de 150 Mds d’€ pour moderniser ses équipements militaires vieillissants.

Des changements inquiétants sur le plan symbolique sont aussi en cours : la Russie a récemment annoncé que de vastes parades sur la Place Rouge seront ravivées cette année, pour la première fois depuis l’effondrement de l’Union Soviétique, afin de servir de vitrine à la puissance militaire de la nation. M. Poutine a aussi accusé des pays étrangers, sans les citer, d’essayer cyniquement d’accéder de façon déloyale aux ressources naturelles de la Russie. "De nombreux conflits, actes de politique étrangère et démarches diplomatiques sentent le pétrole et le gaz", a-t-il déclaré. "C’est le contexte dans lequel nous comprenons l’intérêt croissant pour la Russie". Il a déclaré que la souveraineté de certains pays avait été complètement détruite sous des slogans de liberté et de démocratie.

Ce discours a été diffusé en direct sur la télévision russe. M. Poutine s’adressait au Conseil d’Etat, un rassemblement influant de l’élite du pays, comprenant Dimitri Medvedev, l’homme quasiment assuré d’être le prochain président de la Russie. Etait aussi présent, le propriétaire du club de football de Chelsea, Roman Abramovitch, l’homme le plus riche de la Russie, en sa qualité de gouverneur de la région russe de Chukotka.

M. Poutine a constamment dépeint les tentatives occidentales d’encourager la démocratie en Russie comme des intentions abominables. Le mois dernier, il a dit aux services de sécurité de se méfier de l’ingérence étrangère dans les élections présidentielles à venir et, au début de la semaine, l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe a annoncé qu’elle ne surveillerait pas cette élection à cause de l’attitude non coopérative des officiels russes.

Les remarques belliqueuses d’hier sont arrivées à la fin d’un discours consacré à exposer les accomplissements durant ses huit années au pouvoir et à présenter les plans pour le développement de la Russie jusqu’en 2020. Il a débité à toute vitesse les accomplissements économiques et sociaux des huit dernières années, vantant le fait que les Russes étaient à présent incommensurablement mieux qu’il y a huit ans, et il a exposé une stratégie de développement pour améliorer les revenus, la durée et la qualité de la vie des Russes d’ici à 2020.

Bizarrement, M. Poutine n’a fait aucune référence dans son discours au fait que la présidence allait bientôt changer de mains et il a parlé à plusieurs reprises de ce que "nous" devons faire.

M. Medvedev, qui est pratiquement certain de remporter les élections du 2 mars a demandé à M. Poutine de rester en tant que Premier ministre.

 

Traduit de l’anglais par [JFG-QuestionsCritiques]