Enquête indépendante sur les conditions d’envoi des troupes britanniques en Irak

2009 marquera le retrait de la majorité des troupes britanniques d’Irak. Désormais, on se demande dans quelles conditions Tony Blair a envoyé les contingents et quelles sont les incidences d’une telle décision. Pour répondre à ces deux points, une enquête indépendante du gouvernement a été ouverte ce lundi 15 juin 2009. Initialement, par mesure de sécurité, les débats devaient se tenir à huis clos. Une polémique nationale éclate à ce sujet.


 

 


 

Brown promet une enquête indépendante sur la guerre en Irak

France 24, Lundi 15 juin 2009

Le Premier ministre Gordon Brown a annoncé l’ouverture prochaine d’une enquête "indépendante" d’un an sur la participation britannique à la guerre en Irak, qui couvrira une période allant de 2001 à nos jours.

AFP - Le Premier ministre Gordon Brown a annoncé lundi l’ouverture prochaine d’une enquête "indépendante" sur la participation britannique à la guerre en Irak, pour faire la lumière sur l’une des pages les plus controversées de l’histoire récente du Royaume-Uni.
  
Mais ses audiences se tiendront à huis clos et ses conclusions ne seront pas publiées avant un an, a-t-il immédiatement précisé, provoquant la colère de l’opposition et des militants pacifistes.
  
Cette enquête "sans précédent" portera sur une large période allant de 2001 à juillet 2009, date à laquelle la quasi-totalité des soldats britanniques auront quitté le sol irakien six ans après le début du conflit, a indiqué le Premier ministre. Elle débutera "aussi tôt que possible" après le 31 juillet.
  
L’objectif n’en sera pas de "désigner des responsables" mais de préciser les conditions dans lesquelles Tony Blair a engagé les troupes britanniques aux côtés de l’armée américaine de George Bush en Irak en 2003, et les conséquences de cette décision.
  
"Cette enquête est essentielle pour qu’en tirant les leçons (de cette guerre), nous renforcions la bonne santé de notre démocratie, de notre diplomatie et de notre armée", a déclaré le chef du gouvernement devant la chambre des Communes.
  
Contrairement à ce que réclamaient l’opposition et de nombreuses familles de soldats, l’enquête se tiendra à huis clos pour raisons de "sécurité nationale". Un rapport sera publié à l’issue -à l’exception des passages les plus sensibles pour la sécurité nationale- mais pas avant un an, a prévenu le Premier ministre.
  
Les conclusions de l’enquête ne seront donc publiées qu’après les prochaines élections législatives, prévues au plus tard en juin 2010.
  
Le responsable de l’opposition conservatrice David Cameron, donné largement favori par tous les sondages, y a immédiatement vu une manoeuvre délibérée visant à repousser au-delà du prochain scrutin d’éventuelles "conclusions inopportunes" pour le Premier ministre.
  
Ce dernier, affaibli par des démissions en cascade de ministres après le scandale des notes de frais et une déroute électorale début juin, s’emploie depuis plusieurs jours à rétablir son autorité par une série d’annonces.
  
"La Grande-Bretagne n’a pas besoin d’une enquête secrète conduite par une poignée de dignitaires triés sur le volet par le Premier ministre", s’est insurgé Nick Clegg, chef des Libéraux-démocrates, deuxième parti d’opposition.     Devant le Parlement, des manifestants se sont rassemblés pour exprimer leur colère.
  
"Nous sommes ici aujourd’hui parce qu’ils viennent d’annoncer que l’enquête sera menée en secret, ce qui est selon moi une insulte à la démocratie dans ce pays", a commenté Ben Beach, un étudiant de 19 ans.
  
Ce n’est pas la première fois que le gouvernement britannique est soupçonné de vouloir étouffer les éléments les plus controversés de son engagement en Irak.
  
En février dernier, il avait opposé son veto à une décision de justice l’obligeant à publier les minutes de réunions cruciales au cours desquelle Tony Blair et ses ministres avaient décidé d’entrer en guerre contre l’Irak en 2003, sans le feu vert des Nations Unies et malgré l’opposition farouche d’une majorité de Britanniques.
  
Tirant un nouveau bilan de la contribution britannique, M. Brown a relevé que quelque 120.000 soldats de Sa Majesté ont servi en Irak pendant le conflit.
  
Il s’est dit "extrêmement fier" de cette mission dont la partie militaire s’est achevée le mois dernier. Seuls une centaine d’entre eux resteront en Irak au-delà de fin juillet, dans le cadre d’un accord signé début juin entre Londres et Bagdad.
  
Depuis mars 2003, 179 soldats britanniques ont trouvé la mort en Irak.
 


A écouter : Londres, enquête indépendante sur la guerre d’Irak / RSR.ch

Sérieuse confrontation Etats-Unis – Israël en vue ?

La confrontation USA-Israël : jusqu’au nucléaire (israélien) ?

 

Les indications concernant une perspective d’affrontement très sérieux entre les USA et Israël continuent à apparaître dans divers commentaires. On a déjà vu l’un des commentaires de Wayne Madsen (1) concernant Dennis Ross (2). L’information de Madsen semble clairement se confirmer, non par d’autres appréciations, mais par des faits sur le fonctionnement du département d’Etat (absence de Ross à la dernière réunion “5+1” sur le nucléaire iranien). Cela donne du crédit aux informations de Madsen dans ce domaine.

Le même Madsen, sur OnLine Journal le 13 avril 2009, donne des précisions beaucoup plus générales, qui fixent la potentialité fondamentale de cet affrontement. Le crédit de Madsen semble concerner des sources extrêmement précises au département d’Etat, lequel s’avère très actif dans cette nouvelle orientation. Pour autant, et c’est un signe particulièrement significatif, les autres centres de pouvoir de l’administration Obama, le NSC (National  Sécurity  Counsil), le vice-président Biden, voire le Pentagone et même la CIA, semblent suivre cette même ligne. Ce qui se dessine est une sorte de “révolte silencieuse” générale de la bureaucratie de sécurité nationale contre l’omniprésence et l’omnipotence de l’influence d’Israël dans la politique US durant les années GW Bush.

Plusieurs éléments ponctuels, outre l’arrivée de l’administration Obama bien sûr, expliquent cette évolution éventuelle.

  • La transformation du Lobby (le lobby pro-israélien) (3) en une machinerie d’extrême-droite directement sous l’influence du ministre des Affaires étrangères Lieberman (4). Cela rejoint l’appréciation de l’ambassadeur Freeman, dont le départ a mis au jour d’une façon quasiment officielle l’influence du Lobby. Commentant sa déclaration de renonciation à son poste de président du National Intelligence Council, Freeman avait déclaré que sa seule faute dans cette déclaration avait été de parler de Lobby pro-Israël, et non de ce qu’il est, le Lobby pro-Lieberman.

«State Department sources are now convinced that what has been called the “Israel Lobby” in Washington will soon morph into an even more problematic “Likud/Lieberman Lobby” that will push a pro-war and pro-settler policy within the Congress and the Barack Obama administration. This new and more aggressive lobby will particularly use its control over Representatives Steve Israel (D-NY) and Mark Kirk (R-IL), as well as Senator Charles Schumer (D-NY), to ensure that Israel’s new policies are conveyed to and acted upon by White House Chief of Staff Rahm Emanuel and Obama senior policy adviser David Axelrod.»

(NDT – Les sources au Département d’Etat sont désormais convaincues que ce qu’on appelait à Washington le "Lobby israélien" se transformera sous peu en un "Lobby Likoud/Lieberman" bien plus problématique, ce qui provoquera une politique de pro-guerre et de pro-colon au sein du Congrès et de l’administration Obama. Ce nouveau lobby, plus agressif, exercera plus particulièrement son contrôle sur les députés Steve Israel (D-NY) et Mark Kirk (R-IL) tout comme sur le sénateur Charles Schumer (D-NY) afin de s’assurer que la nouvelle politique d’Israël soit transmise et appliquée à la Maison-Blanche par le Secrétaire général Rahm Emanuel et le Conseiller en chef David Axelrod. – Traduction : apetimedia)

  • Ce même Lieberman est vu par les sources de Wadsen au département d’Etat comme un homme extrêmement dangereux qui représente un potentiel de très grave danger pour la politique US : «The new Likud/Yisrael Beiteinu government of Israel is pushing an agenda that runs counter to longstanding U.S. policies in the Middle East. Yisrael Beiteinu party Chairman Avigdor Lieberman, the new Israeli foreign minister, is seen by one State Department source as an “Eastern European fascist who practices racism.”»

(NDT – " Le nouveau gouvernement israelien de Beiteinu Likoud/Israël incite à mettre les compteurs en marche pour une politique durable au Moyen-Orient.  Une source au Département d’Etat considère Avigdor Lieberman, président du parti Yisrael Beiteinu, nouveau ministre israélien des Affaires étrangères, comme un fasciste de l’Europe de l’Est raciste." – Traduction : apetimedia)

Les deux points que Madsen considère comme des points d’affrontements extrêmement explosifs sont la question du Hamas et la question nucléaire, – mais, surtout, la question du nucléaire israélien…

• Sur la question du Hamas, les sources de Madsen jugent que les USA vont être nécessairement conduits à établir un dialogue avec le Hamas comme seule force représentative sérieuse des Palestiniens. La politique d’Obama des deux Etats conduit à cette évolution. Cette même évolution conduirait même à modifier complètement l’appréciation US du Hezbollah :

«…The term of Palestinian President Mahmoud Abbas has elapsed and actual legitimate power in Palestine belongs to Hamas. This political fact means that the United States has no choice but to talk directly to Hamas.

»There is also the issue of Hamas being a party that favors the ballot box over traditional Middle East power grabs, whether they are by princes, generals, religious figures, or plain thugs. According to State Department sources, Hamas has even lectured Lebanon’s Hezbollah, which they claim in the past was generally opposed to achieving power through elections in Lebanon, to become more democratic. That change has occurred, according to the sources, with Hezbollah now fully engaged in the democratic process.»

 (NDT – "Le temps accordé au Président palestinien Mahmoud Abbas est écoulé; en Palestine, le pouvoir légitime  appartient désormais au Hamas. Ce fait politique signifie que les Etats-Unis n’ont d’autre choix que de traiter directement avec le Hamas. Le fait que les urnes favorisent le parti Hamas au-delà des traditionnelles luttes de pouvoir au Moyen-Orient, que ce soit par des princes, des généraux, des personnalités religieuses ou de simples brutes est problématique. Selon des sources au Département d’Etat, le Hamas a même sermonné Le Hezbollah libanais, dont on affirmait par le passé qu’il était opposé à la prise du pouvoir par (le biais) des élections au Liban, pour devenir plus démocratique. Selon les sources, ce changement s’est produit : le Hezbollah est totalement engagé dans le processus démocratique." – Traduction : apetimedia)

  • Le deuxième point d’affrontement est absolument explosif. Il concerne les questions, liées entre elles, du nucléaire iranien, de la solution recherchée pour résoudre ce problème, avec l’hypothèse que cette solution serait d’une façon ultime l’établissement d’une zone dénucléarisée au Moyen-Orient. Cela signifie une attaque directe contre l’arsenal nucléaire de 200 têtes d’Israël. Nous mettons en exergue une phrase d’une source de Madsen, qui met en évidence la simplicité explosive du problème telle que certains la voient au département d’Etat.

«Another confrontation that looms between the United States and Israel concerns Israel’s 200 nuclear weapons. With the United States engaged in direct nuclear talks with Iran and Saudi Arabia calling for an international regime to supply nuclear fuel for power plants along with safeguards that such technology cannot be converted to weapons development, there is also the likelihood that there will be a major push to create in the Middle East a nuclear-free zone. If the United States buys into such a plan, it will mean Israel will have to dismantle its nuclear arsenal. Given what State Department officials describe as Israel’s suicidal “Masada complex,” such a plan will be next to impossible to enact given the current drift of Israel to more theocratic and right-wing rule. As one State Department source put it, “We cannot address the Iranian nuclear program without addressing the Israeli nuclear weapons program.”»

(NDT – "Une autre confrontation imminente entre les Etats-Unis et Israël concerne les 200 armes nucléaires israeliennes. Les Etats-Unis négociant  à propos du nucléaire avec l’Iran et l’Arabie saoudite appellent à un régime international  qui fournirait du combustible nucléaire aux centrales avec des garanties qu’une telle technologie ne pourrait être convertie pour développer des armes; il est aussi fort probable que l’on veuille créer une zone dénucléarisée au Moyen-Orient. Si les Etats-Unis s’investissent dans un tel programme, cela signifie qu’Israël devra démanteler son arsenal nucléaire. Selon ce que décrit une source au Département d’Etat comme étant " le complexe Masada" suicidaire israélien, un tel programme sera presque impossible à mettre en place à cause du courant général en Israël qui appelle à plus de règlements théocratiques et de l’aile droite. Comme l’a avancé une source du Département d’Etat, "On ne peut parler du programme nucléaire iranien sans parler du programme d’armes nucléaires israélien.")

  • Enfin, un autre aspect des tensions américano-israéliennes en train de se développer concerne les rapports entre les services de renseignement. Jusqu’ici, l’aspect déséquilibré et polémique de ces relations, avec le comportement souvent manœuvrier et trompeur du Mossad vis-à-vis de la CIA, a toujours été occulté (bien qu’un certain nombre d’agents du Mossad, ou sympathisants, aient été poursuivis pour espionnage des matières de sécurité nationale US). Madsen semble avancer que cette situation pourrait bien ne plus durer.

«U.S. intelligence officials are also prepared to stop considering intelligence that comes to the CIA and other agencies from Mossad and other Israeli intelligence elements. The new team taking over at the Directorate of National Intelligence and the CIA are acutely aware that the Israelis have, as one insider put it, ”a long history of deceptive dissemination of disinformation” to U.S. intelligence officials, adding that while some foreign sources have “inadvertently provided bad intelligence, Israel has been deliberately dishonest.”»

(NDT – "Les officiels du Renseignement sont également préparés à interrompre (leurs services) en considération des renseignements qui parviennent du Mossad et d’autres éléments du renseignement israéliens, à la CIA et à d’autres agences. La nouvelle équipe qui prend place au sein du Directorat du Renseignement National et à la CIA est consciente que les Israéliens ont une longue histoire de diffusion d’infos mensongères aux officiels du Renseignement américain; tandis que des sources étrangères ont donné de mauvais renseignements par inadvertance, Israël a été délibérément malhonnête.")

Source : dedefensa.org Traduction : apetimedia pour ReOpenNews (1) Wayne Madsen : écrivain, chroniqueur et  journaliste d’investigation basé à Washington. (2) Dennis Ross : auteur américain, homme politique démocrate, ce qui ne l’a pas empêché de travailler avec George Herbert Walker Bush;  a participé à l’acccord intermédiaire sur la Cisjordanie et la Bande de Gaza en 1995 ainsi qu’ au Protocole d’Hebron  en 1997. A favorisé le Traité de paix israéélo-jordanien tout comme le dialogue entre Israël et la Syrie (3) Voir à ce propos l’article de ReopenNews (4) Joseph I. Lieberman : sénateur démocrate, un faucon, partisan de la guerre en Afghanistan et en Irak, refuse le retrait des troupes en Irak. Surnommé le "chien-chien du Présdent G. W. Bush. En 2006, crée son propre parti, siège au Congrès en tant qu’indépendant. Fervant soutien du Républicain J. McCain, critique ouvertement Obama.


Articles connexes : 

 

  • Israël-USA. Un ami mais aussi un voyeur / geostratégie.com 
  • Israël, BHO et le biais nucléaire  / dedefensa.org
  • BMDE : retour à la logique des arrangements de la Guerre froide ? / dedefensa.org
  • L’équipe d’Obama réalise une grande opération contre les forces du Mossad aux Etats Unis / Mecanopolis.org

A voir :

John Bolton considère que la politique menée par Obama met le pays en danger

Républicain de droite, nationaliste, ultra-radical, John Bolton est un "dur", dans la lignée de ceux qui luttent pour la souveraineté totale des États-Unis. Nommé en 2001 par G. W. Bush au Département d’Etat, il sera chargé des questions de désarmement : il s’occupera de traiter les programmes nucléaires de la Corée du Nord et de l’Iran contre lesquels il demandera des sanctions devant le Conseil de sécurité des Nations Unies.

En 2002, il est le signataire de la lettre indiquant à Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, que les États-Unis n’adhèrent pas à la Cour pénale internationale. Selon lui, le droit international n’a aucun sens car il n’y pas de sanctions contre les fauteurs de troubles. Il prône et encourage la guerre en Irak, mise sur la guerre préventive. Sachant que J. Bolton méprise l’ONU (il est contre les interventions humanitaires), le Président Bush le choisit pourtant, en 2005, comme Ambassadeur américain aux Nations Unies. Cette nomination fera grincer bien des dents au Sénat, mais G.W. Bush saura imposer son poulain.

L’enfant terrible du gouvernement inspire des critiques de la part de ses collègues : "c’est le genre de type qui fait de la lèche aux supérieurs et qui envoie des coups de pieds aux subordonnés."  Il est perçu comme quelqu’un de colérique, arrogant, brutal. Il finira par démissionner de son poste en 2006. Bien que le gouvernement Obama s’installe sans lui, un John Bolton ne saurait se faire oublier. Il lutte bec et ongles pour jeter son discrédit au gré de ses convictions avec en ligne de mire, Barack Obama. 

L’ancien ambassadeur des Nations Unies, John Bolton croit que la sécurité des Etats-Unis encourt un risque majeur sous l’administration Obama. Avant la réunion des conservateurs à Washington jeudi matin, il a suggéré, sur le ton de la plaisanterie, que le Président Barack Obama pourrait tirer une leçon indispensable si Chicago était détruite par une bombe nucléaire.

Paraissant à la Conférence de l’Action Politique des Conservateurs (CPAC), la conférence annuelle (1) la plus importante des conservateurs activistes, Bolton, un jusqu’au-boutiste des plus durs au sein de l’administration Bush, a longuement parlé de la naïveté d’Obama et de la façon dont diverses Nations -la Russie, la Corée du Nord, l’Iran – exploiteront le nouveau Président. L’effet le plus spectaculaire de son discours fut le moment où il lança une plaisanterie à propos d’une bombe atomique lâchée sur la ville d’Obama.

"Je ne crois pas qu’Obama pense que la politique étrangère soit une priorité." dit Bolton. "Durant sa campagne, il pensait que l’Iran ne représentait qu’une menace infime. Infime, tout dépend du nombre d’armes nucléaires qu’ils sont capables d’envoyer sur les cibles. C’est, heu, c’est infime comparé à l’Union soviétique, mais ça équivaut à la perte d’une ville américaine." – ici, Bolton change subtilement de ton pour amener sa plaisanterie : "Au hasard, sur Chicago. Est-ce là une infime menace ?"

Bolton ne fut pas le seul à trouver cela drôle. La salle éclata de rire et applaudit. Etait-ce la catharsis des conservateurs, l’aile droite imaginant avec délectation la destruction d’une ville représentant Obama ? Peut-être se vengeaient-ils par leurs rires. (Bolton est familier des remarques incendiaires. Une fois, il lança d’un ton sarcastique : " Le bâtiment des Nations unies à New York a 38 étages. Si on en perdait 10, ça ne ferait aucune différence.") ‘

A la CPAC, les croyances les plus fiévreuses de la Droite perdurent à propos d’Obama, des orateurs le décrivant comme un libéral radical qui veut compromettre les valeurs américaines, détourner l’argent durement gagné par les gens imposables vers des pauvres douteux, et comme l’a répété Bolton, affaiblir la Défense américaine.

Bolton a été présenté par Thomas Kilagannon, à la tête de "Freedom Alliance", une organisation fondée par Oliver North (2). Kilgannon a décrit les Nations unies, une organisation que Bolton méprise, comme étant un lieu où "l’anti- américanisme ne se fait doubler que par l’antisémitisme, où se perdent les impôts américains et où les dictateurs sont valorisés."

Bolton a été ovationné et a démarré en déclarant que le Président Obama est "le Président le plus radical jamais élu dans ce pays." Pour Bolton, le radicalisme d’Obama n’a d’équivalent que son manque de détermination. Le nouveau Président, a -t-il prévenu, n’a pas ce qu’il faut pour faire face aux plus méchants des acteurs mondiaux. Et l’attitude pusillanime d’Obama, a prédit Bolton, sera la cause de "l’affaiblissement et de l’insécurité de la Nation".

Un homme que Bolton considère courageux est le premier ministre russe, Vladimir Poutine, qui selon Bolton, peut sentir la faiblesse d’Obama et qui cherche déjà à la tester. Du point de vue de Bolton, le problème n’est pas simplement qu’Obama ne soit pas assez fort pour avoir l’avantage sur Poutine, c’est qu’Obama désire que les Etats-Unis deviennent une nation de second rang. "L‘administration veut revenir à une relation de contrôle des armements avec la Russie, ce qui nous affaiblira grandement, " a maintenu Bolton.

La Russie n’est pas la seule menace qu’Obama ne pourra affronter, dit Bolton. La Corée du Nord, a-til déclaré, est entrain de tester un missile qui peut frapper l’Alaska, et probablement Hawaï. Avec un "développement prolongé" a t-il ajouté, ce missile pourrait un jour être utilisé pour attaquer l’Amérique continentale. Et la Corée du Nord ne représente pas grand-chose comparée à l’Iran. "Nous avons perdu la course au nucléaire avec l’Iran", dit Bolton. "Maintenant, ils contrôlent complètement le cycle de l’énergie nucléaire. A plus ou moins long terme, il vaudrait mieux changer le régime de Téhéran et se débarrasser de la révolution de 1979, on n’a pas le temps de le faire avant qu’ils aient des armes nucléaires." Bolton a exprimé sa déception quant au fait que l’administration Bush n’ait pas utilisé la force contre l’Iran. À en juger par la réaction enthousiaste de la foule, de nombreux conservateurs pensent que l’échec de la politique étrangère de Bush tient à ce qu’il n’a pas suffisamment attaqué préventivement les pays du Moyen-Orient.

Bolton conclut en disant : "Je pense qu’il est clair que notre sécurité nationale court un risque sous ce gouvernement." Il reçut une standing ovation. Durant une brève cession de questions réponses, on lui demanda si les Américains se révolteraient à cause de la politique d’Obama. Cette question sur une révolution était curieuse, sachant que la cote de popularité d’Obama dépasse les 60 %. ‘

L’orateur qui prit la suite de Bolton, le républicain, membre du Congrès Paul Ryan, mit en lumière le conflit au sein de la CPAC. Les propositions de Ryan sur la politique intérieure furent exactement ce à quoi l’on pouvait s’attendre. Stimuler le marché, bien ! Les dépenses du gouvernement, mal ! Réductions d’impôts, bien ! Modèle économique et social européen, mauvais ! Il termina en disant: "Avec le CPAC en tête, nous pouvons revitaliser ce mouvement." C’est bien le problème : cette année, le CPAC se consacre au retour du conservatisme. Mais la renaissance peut-elle se faire si les idées de Bolton, Ryan et les autres sont les mêmes que celles mises en avant ces huit dernières années ? Au moins, on pourra dire de Bolton : même s’il disparait de la scène, il n’y va pas de main morte.

Source : Motherjones.com

Traduit par apetimedia pour ReopenNews
 


Note :

(1) Les intervenants en 2008 étaient : le Président George W. Bush, le Vice Président Dick Cheney, le Senateur John McCain, le représentant Ron Paul, le Gouverneur Mitt Romney, David Horowitz, John Bolton… En 2009, la CPAC s’est tenue les 26-28 février à Washington D.C.

(2) Source wikipedia : "L’administration Reagan connut un scandale important et fit l’objet d’enquêtes portant sur son soutien secret aux conflits iranien et nicaraguayen : l’affaire Iran-Contra. Deux membres de l’administration, le conseiller à la Sécurité nationale John Poindexter et le colonel Olivier North, avaient élaboré un plan pour vendre des armes au gouvernement iranien et distribuer le bénéfice aux guérillas Contras anticommunistes au Nicaragua, pays qui souffrait d’une guerre civile sanglante."


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A voir :

Interview de Bolton sur Fox News Gaza / Israel / en anglais

 

George W. Bush devrait-il être arrêté à Calgary, en Alberta, et jugé pour crimes internationaux ?

Pendant de trop longues années, quelques sociologues ont battu le haut du pavé en participant à une campagne de propagande visant à dénigrer toute critique de la politique des États-Unis en l’assimilant à une fascination pathologique des masses pour le complotisme. Les temps changent. Lors de la prestigieuse conférence annuelle de sociologie de l’université de Winnipeg, le 6 mars 2009, le professeur Anthony J. Hall s’est interrogé sur l’impunité de l’administration Bush que lui procure le tabou du 11-Septembre. Nous reproduisons la version développée de son intervention.

De graves allégations criminelles planent autour de l’ex-président des États-Unis, George W. Bush, et de l’actuel président du Soudan, Omar al-Bashir. À la fin du mois de février 2009, il a été rapporté que la Cour pénale internationale basée à La Haye se prépare à émettre un mandat à l’encontre d’al-Bashir au sujet de sa culpabilité présumée à des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. Alors que ces documents étaient en cours de préparation contre le chef de l’État du Soudan, l’ex-président Bush se préparait à lancer une série de conférences rémunérées débutant à Calgary, en Alberta (Canada) le 17 mars. La visite de Bush dans la capitale pétrolière de l’Alberta fait figure de test de la cohérence et de l’authenticité de la positon « sans équivoque » du gouvernement canadien, selon laquelle « le Canada n’est pas et ne deviendra pas un refuge sûr pour les personnes impliquées dans des crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou autres actes répréhensible. »

Le contraste entre les traitements accordés à Bush et à al-Bashir ont été mis en évidence quasiment par inadvertance, par Geoffrey York, un collègue avec qui je m’entretenais souvent quand nous étions tous les deux correspondants réguliers du quotidien Globe and Mail il y a presque 20 ans, sur les péripéties d’affaires autochtones du Manitoba qui, à maintes reprises, devinrent des sujets captant l’attention nationale. Dans son reportage sur les charges retenues contre al-Bashir, York écrivait : « Pour la première fois dans l’histoire, un tribunal pénal international s’apprête à émettre un mandat d’arrêt contre le chef d’un État, l’accusant d’orchestrer une campagne de meurtres, de tortures et de viols. » Le journaliste estimait que l’initiative de la CPI « serait saluée par beaucoup comme un signe que personne n’est au-dessus de la loi. »

Ce contraste frappant entre le traitement d’al-Bashir et celui de Bush sert à clarifier la division qui existe dans le monde entre des criminels (ou présumés tels) en deux grandes catégories, l’une constituée par une petite élite essentiellement au-dessus des lois et l’autre par des gens pas suffisamment riches ni assez influents pour s’affranchir de la force coercitive de la loi. Ce n’est pas sans ironie que je suis arrivé à cette conclusion. D’une part, la décision de la CPI d’engager des poursuites contre al-Bashir, ainsi que d’ouvrir un véritable procès contre le chef de guerre congolais Thomas Lubanga Dyilo en janvier 2009, sont les signes d’une transformation majeure de la CPI. Le tribunal n’est plus un simple porte-voix pour l’expression vide de nobles idéaux, mais plutôt un lieu de véritable engagement visant à assujettir la règle du meurtre, de la mutilation et de l’intimidation à l’autorité supérieure du droit.

D’autre part, en désignant par sa première action juridique la responsabilité de potentats locaux dans ces régions de l’Afrique qui souffrent, là même où souvent dominent les cartels des matières premières et leurs régimes clientélistes, la CPI a surtout souligné l’hypocrisie de l’Occident qui protège ses propres seigneurs et profiteurs de guerre au sein du complexe militaro-industriel de toute responsabilité juridique pour les actes de violence de ses agents : beaucoup de ceux qui régulièrement planifient, instiguent, financent, arment, facilitent et s’engagent dans cette exploitation appartiennent à ce que l’on appelle le secteur privé. En effet, le double standard promu par la CPI dans le choix de ses objectifs en matière de poursuites n’est que la répétition sur la scène internationale de la grande duplicité du système de justice pénale aux États-Unis.

Comme l’illustre crûment la proportion inéquitable et scandaleusement élevée de Noirs parqués dans les prisons privatisées de la superpuissance déclinante [1], les forces de l’ordre et la justice, de toute évidence, font montre d’efforts disproportionnés pour criminaliser les Afro-américains pauvres, en prenant soin d’exclure de leur attention les habitants des banlieues pavillonnaires à la peau claire et les enclaves plus rares encore de l’extrême richesse. Les autorités en charge de l’application du nouveau droit international se limiteront-elles à poursuivre les responsables de gangs dans le ghetto continental de l’Afrique tout en regardant ailleurs quand il s’agit de réseaux criminels plus globaux dont les sièges sont situés en Amérique du Nord, en Europe, en Israël, et, de plus en plus, en Chine, en Inde et en Russie.

Si la renommée d’Omar al-Bashir est loin d’être internationale, George Bush est l’un des hommes les plus connus dans le monde. En effet, tout au long des huit années de sa présidence désastreuse, Bush a réussi à se rendre odieux à l’ensemble de la planète. Il est largement détesté pour ses décisions politiques ainsi que pour l’assortiment de faucons bellicistes, de corsaires du capital, de propagandistes du mensonge, d’évangéliques fanatiques, d’usuriers, de dérangés défenseurs de la torture, et de généraux psychotiques qui formaient son proche entourage [2]. Une proportion importante de l’opinion publique mondiale voit cet homme discrédité comme l’incarnation de quelque chose de bien pire qu’un exécrable dirigeant. Ils considèrent le 43e président des États-Unis comme un individu grossier, irrespectueux des lois. En effet, beaucoup voient à juste titre Bush comme un déviant pathologique qui nourrissait le fantasme délirant que la puissance de sa fonction lui donnait tout pouvoir pour autoriser les forces armées de son pays et de compagnies de mercenaires privées à commettre massacres, disparitions et tortures les plus graves et d’une amplitude génocidaire.

Cette vision très populaire s’appuie sur un nombre croissant d’études juridiques d’universitaires qui utilisent des éléments de preuve déjà disponibles dans la sphère publique pour établir que George Bush et ses subalternes ont violé de nombreuses lois nationales et internationales, y compris les Conventions de Genève et les instances de l’ONU interdisant la torture. Philippe Sands, Francis Boyle [3]et le professeur Michael Mandel de l’Osgood Hall Law School, trois des juristes internationaux les plus actifs, ont démontré que George Bush et son cabinet de guerre avaient transgressé le droit international, à de très, très nombreuses reprises. De fait, la liste est longue des juristes qui cherchent à amener l’ex-président américain devant la justice. Avec son nouveau livre, The Prosecution of George W. Bush for Murder, Vincent Bugliosi, ancien procureur dans l’affaire Charles Manson, ajoute sa voix à la foule [4].

Compte tenu de la substance et de l’étendue de la documentation déjà assemblée pour inculper Bush et nombre de ses principaux lieutenants pour des crimes nationaux et internationaux, la capacité de l’ex-président à franchir les frontières internationales pour donner des discours dans des lieux comme Calgary est un indicateur du malaise juridique des organismes d’application de la loi. Le rôle de ces organismes est-il de protéger la propriété et le prestige des riches de l’incursion des marginalisés et des démunis ? La loi n’est-elle pas une simple vue de l’esprit si elle ne peut pas restreindre l’utilisation abusive de la violence aux fins d’enraciner les privilèges et d’intimider la dissension ? Les autorités de la Couronne au Canada ou le ministère public dans d’autres pays se lèveront-ils afin de démontrer leur respect pour la puissance de la loi et son application uniforme au président comme à l’indigent, aux colons comme aux autochtones, aux Blancs comme aux Noirs ? Comment pouvons-nous transcender les codes, souvent racistes, contenus dans la rhétorique de la loi et de l’ordre, et les élever aux normes requises par le respect de la primauté du droit ?

Donnera-t-on jamais sa chance à l’épanouissement de la vérité dans un procès qui verrait, non seulement Bush, mais aussi Richard Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Condoleezza Rice et d’autres rendre des comptes pour leurs décisions et leurs actions dans la conduite de guerres d’agression. En tant que principaux stratèges, les industriels de l’armement et du pétrole, les propriétaires de sociétés de mercenaires, et leurs lobbyistes et propagandistes, la plupart de ces individus ont contribué à édifier les plans de ce projet pour un nouveau siècle américain, c’est-à-dire la privatisation de notre économie basée sur la terreur et les fausses justifications pour les soi-disant « guerres préventives ». Un an avant le 11 Septembre, le PNAC annonçait le besoin « d’un nouveau Pearl Harbor », afin de produire le climat d’hystérie nécessaire à la réalisation des objectifs de ses sponsors. Le plus ambitieux d’entre tous était la création d’un prétexte pour prendre le contrôle des ressources pétrolières en Irak et dans tout le Moyen-Orient.

Imaginer le monde régi par le droit international

Depuis plusieurs générations, le principe a été établi que tous les peuples du monde et leur gouvernement doivent reconnaître l’intérêt commun de la compétence universelle lorsqu’il s’agit de traiter de la plus haute forme de criminalité. À son retour d’Afrique en 1890, George Washington Williams, un missionnaire noir des États-Unis, a contribué à établir la pensée légale dans cette direction. Comme Williams cherchait des mots assez évocateurs pour décrire les effroyables violations des droits de l’homme dont il avait été témoin dans l’État dit libre du Congo du roi Léopold, il trouva l’expression « crimes contre l’humanité ». En 1944, un juif polonais qui avait échappé à l’horreur nazie en Europe, s’appuya sur son expérience pour renforcer le vocabulaire de la criminalité internationale. Raphael Lemkin a inventé la notion de « génocide », afin de faire avancer le projet d’essayer de traiter des crimes si graves qu’ils compromettent la survie d’une partie de la famille humaine. Dans le monde entier, Lemkin a cherché à ce qu’il ne puisse y avoir d’immunité, ni de refuge, pour ceux qui sont impliqués dans l’élimination de groupes nationaux, ethniques, raciaux ou religieux ; mécanismes auxquels il ajoute aussi le génocide culturel. Lemkin a contribué à aider les délégations à l’Organisation des Nations Unies à établir, en 1948, la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide. Ce pilier fondamental du droit international n’a été adopté par les États-Unis qu’en 1989.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement états-unien a brièvement été perçu comme le principal champion du principe que ceux qui commettent les cas les plus élevés de criminalité internationale doivent être tenus responsables individuellement en tant que personnes. Cette brève convergence du pragmatisme et de l’idéalisme a été mise en œuvre dans les processus juridiques de Nuremberg et de Tokyo, où certains des dirigeants de l’Axe défait ont été jugés devant des tribunaux militaires internationaux. En décrivant ses objectifs au président états-unien Harry Truman, le procureur général du gouvernement des États-Unis à Nuremberg Robert Jackson, a expliqué que le moment était venu d’établir clairement « que la guerre d’agression est illégale et criminelle ». A son avis, une telle activité, y compris les campagnes « d’extermination, d’asservissement et de déportation de civils », constituaient des « crimes internationaux » pour laquelle « les individus sont responsables ». En présentant son argumentation devant les juges, Jackson a souligné l’importance d’aller au-delà de toutes les anciennes lignes de défense qui avaient fourni une « immunité pour pratiquement toutes les personnes impliquées dans les plus grands crimes contre l’humanité et la paix ». « Un aussi vaste domaine d’irresponsabilité » ne pourrait plus être « toléré » parce que « la civilisation moderne met des armes de destruction illimitées dans les mains des hommes. »

Le vocabulaire utilisé par les juges de Nuremberg dans la détermination de la peine des condamnés nazis souligne que « le fait de déclencher une guerre d’agression n’est pas seulement un crime international ; il est le crime international suprême qui se distingue des autres crimes de guerre seulement en ce sens qu’il renferme tout le mal accumulé de l’ensemble. » Les attendus de Nuremberg ont été affinés et adoptés en 1950 par l’Organisation des Nations Unies comme principes qui incluent, précisément, la nature même des actes illégaux connus pour avoir eu lieu, par exemple, à Abou Ghraïb et à Guantanamo sous la présidence de George W. Bush. Les principes de Nuremberg divisent la criminalité internationale en trois catégories : les crimes contre la paix, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Un de ces principes stipule que : « le fait que l’auteur d’un crime international a agi en qualité de chef d’État ou de fonctionnaire ne dégage pas sa responsabilité en droit international. » [5].

Bien que la Cour pénale internationale soit un nouvel ajout récent à l’infrastructure juridique du droit pénal international, elle s’appuie sur des espoirs, des idéaux et des traditions qui ont de profondes racines dans beaucoup de sociétés en quête de justice. En dépit de tous ses problèmes et lacunes, la CPI est la meilleure expression d’une tentative visant à implémenter un grand nombre des proclamations les plus émouvantes de l’humanité annonçant l’égale dignité de chaque vie humaine telle que définie dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. La CPI a été créée à la suite d’une étude des Nations Unies pour devenir une véritable entité lors du Statut de Rome en 1998. Le tribunal a acquis une forme institutionnelle en 2002. Il compte actuellement 108 États membres, dont le Canada, avec 40 États supplémentaires en passe de ratifier le Statut de Rome.

Les gouvernements de la Russie, de l’Inde et de la Chine s’opposent à la cour. Le président Bill Clinton a signé le traité de Rome au nom de son gouvernement mais le président Bush a annulé la signature de son prédécesseur en 2002 dans le cadre de ses vastes et multiples efforts visant à exclure les États-Unis de plusieurs accords multilatéraux. La CPI demeure-t-elle le meilleur espoir pour l’avenir, ou le lamentable échec des États à ce jour pour défendre et faire respecter la primauté du droit international nous conduit-il à un stade où l’humanité doit essayer autre chose ? Sommes-nous arrivés à un point dans l’évolution de la communauté mondiale, où il devient envisageable, voire nécessaire, de commencer à mettre en place les structures d’une véritable juridiction dont les fonctionnaires appliqueraient leur compétence pour arbitrer et faire appliquer le droit pénal international par l’expression d’une certaine forme de citoyenneté partagée de l’humanité ?

Calgary et le Congo

Il y a beaucoup plus en jeu que ce que l’on discerne immédiatement de la décision de George Bush d’accepter une invitation à s’adresser à un parterre de chefs d’entreprise réunis à Calgary par la Chambre de Commerce locale. Selon David Taras, un professeur de sciences politiques à l’université de Calgary, il faut y voir une stratégie de l’ancien président des États-Unis pour entamer le processus de réhabilitation de son image auprès du public dans ce centre urbain « très conservateur et pro-américain ». Certains ont surnommé Calgary la « Houston du nord », un surnom qui ne rend pas compte du caractère réel de la ville. Calgary est en effet quasiment une colonie de Houston et de Dallas, économiquement et, dans une certaine mesure, politiquement et culturellement. Une forte proportion de ses habitants ont émigré du Texas ou ont des parents qui ont fait le voyage vers le nord depuis l’État de l’ancien gouverneur Bush. Calgary est la base politique et la circonscription du gouvernement minoritaire de l’actuel dirigeant du Canada, le Premier ministre Stephen Harper. En 2001, Harper et certains de ses proches conseillers de la province ont clairement affiché leurs positions pleines de préjugés quand ils ont préconisé la construction d’un « pare-feu » autour de l’Alberta afin de protéger ses ressources pétrolières et ses agences de l’autorité constitutionnelle du gouvernement national du Canada.

Au cours des huit dernières années, Harper a agi plus ou moins comme le principal détenteur de la marque de fabrique Bush dans sa gouvernance du Canada. En tant que leader de l’opposition, Harper a réprimandé le Premier ministre Jean Chrétien de ne pas engager les troupes canadiennes dans l’invasion anglo-US et l’occupation de l’Irak. Harper a travaillé en étroite collaboration avec l’ancien Premier ministre de l’Alberta, Ralph Klein, en s’opposant au protocole de Kyoto sur le changement climatique mondial. Les deux ont repris à leur compte le discours politique développée par la société de conseil et relations publiques, Burson-Marsteller. La branche de cette société à Calgary est la National Public Relations, dont les « chargés de communication verts » ont créé des organisations de façade, telles que la Canadian Coalition for Responsible Environmental Solutions.

David Frum a été l’un des zélateurs les plus frappants de l’axe idéologique qui relie l’Alberta aux idées et au staff de la Maison Blanche de Bush. Avant que Frum ne devienne l’un des principaux propagandistes de la « guerre contre la terreur » de George Bush [6] cette icône des néoconservateurs avait gagné ses galons en travaillant au magazine libertaire Alberta Report de l’évangéliste Ted Byfield. Frum est largement crédité à droite pour avoir contribué à renouveler la condamnation de « l’Empire du Mal » de Ronald Reagan, par l’élaboration de la formule « l’Axe du Mal ». George Bush la rendit célèbre en l’incluant à sa propagande de guerre d’agression dans son discours présidentiel sur l’État de l’Union en janvier 2002.

Par conséquent, de nombreuses forces de l’histoire convergent dans la manière dont Bush sera reçu par les fonctionnaires de l’immigration et du ministère de la Justice quand il atterrira à l’aéroport international de Calgary. Le 23 février 2009, une organisation portant le nom d’avocats contre la guerre a averti des fonctionnaires, y compris le Premier ministre Harper et le chef de l’opposition de Sa Gracieuse Majesté, que « George W. Bush, ancien président des États-Unis et commandant en chef des forces armées états-uniennes, est une personne soupçonnée de torture et autres violations flagrantes des droits humains, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, de manière crédible. » Se référant à des dispositions très précises de la loi sur l’immigration et de ses sections particulières relatives aux crimes contre l’humanité et crimes de guerre, les juristes ont précisé pourquoi Bush ne devrait pas être autorisé à entrer dans le pays. Ils continuent en expliquant que, si Bush est autorisé à pénétrer sur le territoire canadien, alors il devrait être arrêté par des agents de police canadiens. À l’appui de ces assertions, les juristes citent de nombreuses sources, y compris des éléments de preuve tiré d’un rapport interne de l’armée US terminé en juin 2008 par le général Antonio Taguba. Ils ont également cité certaines des conclusions rendues en février 2009 par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Manfred Nowak. Ce responsable de l’ONU écrit : « Nous possédons tous les éléments de preuve qui établissent que les méthodes de torture utilisées dans les interrogatoires par le gouvernement des États-Unis ont été spécialement ordonnés par l’ancien ministre de la Défense américain Donald Rumsfeld …. Il est évident que ces ordres ont été donnés en pleine connaissance par les plus hautes autorités des États-Unis. »

Il existe de nombreux aspects canadiens à la prolifération mondiale de la torture, aux restitutions extraordinaires, aux incarcérations injustifiées, aux refus d’une procédure régulière et à d’autres violations flagrantes des droits humains qui dans la plupart des cas impliquent, d’une manière ou d’une autre, la Maison-Blanche de George Bush. La gendarmerie royale du Canada, le ministère canadien des Affaires étrangères et le Service canadien du renseignement de sécurité sont impliqués avec l’ensemble des branches du gouvernement états-unien dans les événements qui ont conduit à l’emprisonnement et à la torture en Syrie des citoyens canadiens Maher Arar, Abdullah Almalki, Ahmed El-Maati et Muayyed Nureddin. La terreur d’État qui s’abattit sur ces personnes constitue une petite partie du régime de non droit transnational résultant de l’affirmation illégale du président des États-Unis de sa compétence juridictionnelle sur toute personne, partout dans le monde, qui serait désignée par le pouvoir exécutif des États-Unis comme combattant ennemi illégal. Ce terme de « combattant ennemi illégal » est une expression inventée par les conseillers de George Bush comme un dispositif linguistique permettant au gouvernement voyou des États-Unis de se soustraire à la juridiction de droit international ou même à sa propre législation.

Michael Keefer, de l’université de Guelph, a soigneusement étudié le zèle du gouvernement de Stephen Harper à reproduire la stratégie de George W. Bush pour amplifier le rôle de la sécurité nationale étatique en jouant jusqu’à l’hystérie la carte de la menace de l’existence supposée d’une cellule terroriste islamiste locale dans la région du Grand Toronto. Keefer a montré la façon dont la GRC a utilisé des « taupes » rétribuées qui reçurent plusieurs millions de dollars pour la fabrication d’un fiasco lorsque les « accusations se sont évaporées ». L’affaire a littéralement « implosé » après que la GRC eût créé les conditions politiques pour que le Premier ministre Harper puisse diffuser en 2006 la version canadienne des théories hallucinatoires de George Bush au sujet de la « haine » imaginaire que l’islam vouerait aux libertés occidentales. La débâcle fut sévère, mais probablement pas assez pour ne pas détruire les vies de jeunes gens traumatisés et ce bien qu’ils soient sortis libres du tribunal. Selon Keefer, cet épisode consistait essentiellement dans son ensemble en « une opération de propagande concoctée pour renforcer la frauduleuse opération de manipulation psychologique que constitue la guerre contre le terrorisme ayant suivi le 11-Septembre ».

Le rôle des gouvernements canadien et états-unien en tant que partenaires dans des violations flagrantes des droits de l’homme et du droit international est illustré de façon transparente dans le cas du citoyen canadien Omar Khadr [7]. Khadr était un enfant soldat de quinze ans en Afghanistan lorsque les forces américaines l’arrêtèrent après un incident violent au cours duquel le jeune garçon fut blessé deux fois. Peu de temps après cet épisode litigieux, Khadr fut transféré dans le tristement célèbre camp X-Ray de Guantanamo à Cuba. Le Premier ministre Stephen Harper a utilisé l’affaire pour affirmer publiquement sa volonté de subordonner la souveraineté du Canada à la culture de domination militaire de l’Amérique de George Bush. À la différence des dirigeants des autres pays occidentaux qui sont intervenus avec succès pour faire libérer leurs citoyens de Guantanamo, Harper s’est fait un point d’honneur de ne pas demander aux autorités américaines, le retour d’Omar Khadr dans son pays de naissance.

Le général canadien Roméo Dallaire, qui prit part à des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, a fait des observations sur l’importance de l’affaire Omar Khadr comme une expérimentation par les gouvernements canadien et états-unien de décisions de ne pas respecter les lois internationales interdisant la poursuite des enfants soldats. Dallaire a écrit : « Nous permettons aux États-Unis de juger un enfant soldat canadien devant un tribunal militaire dont les procédures violent les principes fondamentaux de la justice. » Le général a fait état de « preuves irréfutables de malfaisances des États-Unis », d’« altérations » de preuves par des fonctionnaires, et de diverses formes d’abus à l’encontre d’Omar Khadr, y compris des menaces de « viol et de mort ». Dans l’affaire Omar Khadr, Dallaire accuse le gouvernement du Canada de se rendre complice d’« un affront aux droits de l’homme et au droit international. »

Le mépris de tous les principes reconnus du droit états-unien et international à Guantanamo Bay et à Abou Ghraïb seront presque certainement vus par les générations futures comme définissant des marqueurs de l’infamie des deux mandats de la présidence de George W. Bush. Un certain nombre de juristes militaires ont démissionné de leur poste à Guantanamo, dégoûtés, y compris le colonel Morris Davis, le procureur en chef. Un whistler blower (dénonciateur, NdT) plus récent est le lieutenant-colonel Darrel Vandeveld, ex-procureur. Comme rapporté dans le Globe and Mail, le 2 mars 2009, Vandeveld a condamné les « traitements sadiques », les « abus » et le « simulacre » de justice appliqué à Khadr et aux autres détenus dans le « désordre sans nom » de Guantanamo. C’est le « goulag de notre époque », a déclaré Amnesty International. « Je ne pouvais pas croire que les Américains pouvaient faire cela » a déclaré Vandeveld, en prévision de témoignage, qu’il pourrait très bien être appelé à donner devant un tribunal de droit national ou international.

La poursuite de la persécution dans un goulag états-unien d’un jeune homme appréhendé alors qu’il était un enfant soldat jette une ombre étrange et révélatrice sur la poursuite concomitante de l’inculpation de Thomas Lubanga Dyilo par la CPI à La Haye. Lubanga a été accusé de recruter et de déployer des enfants soldats dans l’Est du Congo. De nombreuses sociétés minières canadiennes et états-uniennes font parties, en bonne place, des sociétés occidentales (Amérique du Nord, Europe et Afrique du Sud) qui contribuent à alimenter les conflits où des enfants soldats sont régulièrement déployés. Les enfants soldats continuent d’être incorporés par ceux qui aux deux bouts de la chaine profitent des meurtres de masse et du chaos dans une zone qui a connu, de loin, le plus grand génocide depuis la Seconde Guerre mondiale.

Grâce à leur position commune sur l’affaire Omar Khadr, George Bush et Stephen Harper n’ont-ils pas transgressé le même droit international que Lubanga est maintenant accusé d’avoir violé ? Alors que nous approchons de la fin de la première décennie du XXIe siècle, pourrait-il y avoir une preuve plus flagrante de l’anarchie cultivée au plus haut niveau de nos gouvernements ? Que reste-t-il à dire quand un ex-président états-unien, l’actuel Premier ministre canadien et un chef de guerre congolais peuvent tous les trois être accusés du même mépris pour les lois internationales interdisant le recrutement et la poursuite pénale des enfants soldats ?

Confronter les mensonges du 11 Septembre

Il n’est pas difficile d’imaginer les principaux arguments de la défense, si George W. Bush, Richard Cheney, Donald Rumsfeld et d’autres de leur sorte faisaient face à leurs accusateurs dans une cour de justice. La base de leur défense serait presque certainement à trouver dans leur affirmation que leur pays avait été attaqué en 2001 par un ennemi extérieur utilisant des tactiques tellement audacieuse et inattendue que les terroristes islamiques ont réussi à prendre par surprise l’ensemble du complexe militaro-industriel, ainsi que l’énorme machinerie de la sécurité nationale. A partir de là, les avocats de la défense soutiendraient que les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak, ainsi que toutes les autres actions, y compris celles qui ont eu lieu dans la baie de Guantanamo et à Abou Ghraïb, ne peuvent être interprétées comme les éléments d’une guerre d’agression. Elles ne devraient pas être considérées comme faisant partie d’un plan coordonné d’agression militaire dont les juges de Nuremberg ont statué il y a longtemps qu’il constitue « le crime international suprême qui se distingue des autres crimes de guerre seulement en ce sens qu’il renferme tout le mal accumulé de l’ensemble. »

Suite à cette argumentation, les avocats de la défense affirmeraient que tout ce qui s’est produit lors de la guerre (juste et civilisée) contre le terrorisme ne doit pas être interprété comme une guerre d’agression. Au contraire, ces actions devraient être considérées comme une forme d’auto-défense nécessaire, ou, peut-être comme des actions préventives entreprises par précaution avec l’espoir de sauver les civils innocents de la menace violente des extrémistes islamistes. Que nous en soyons conscients ou pas, nous sommes tous continuellement bombardés du message que nous avons de bonnes raisons de craindre la sauvagerie des terroristes, un message soigneusement élaboré par les praticiens de ce qu’on appelle « la gestion des perceptions » pour jeter une suspicion constante sur l’ensemble du monde arabe et musulman. En effet, la mythologie populaire de la guerre contre le terrorisme forme l’élément essentiel sur lequel se fonde l’économie de la terreur qui a alimenté la croissance de l’énorme complexe militaro-industriel tout au long de la présidence des Etats-Unis de George W. Bush. Le vieil ennemi du temps de la Guerre froide n’existant plus, un nouvel ennemi était nécessaire. Des entreprises telles que Blackwater, la société de mercenaires d’Eric Prince, ont été en mesure de prospérer dans le même moule privatisé comme ce fut le cas pendant la guerre sainte (ou djihad) capitaliste contre « l’Empire du Mal » soviétique.

En contre-interrogatoire des témoignages citant le 11-Septembre comme la principale justification des mesures qui ont été prises au nom de la guerre contre la terreur, un procureur pourrait affronter Bush et les autres de la manière suivante. Il ou elle pourrait citer à comparaître certains responsables US, dont la négligence et/ou l’incompétence supposées ont conduit à l’échec qui a permis aux terroristes d’atteindre leurs objectifs pourtant bien protégés. Le procureur pourrait demander des éclaircissements sur ce qui s’est passé à ces fonctionnaires dont les malversations et les erreurs ont causé des défaillances sans précédent, par exemple, ceux en charge du renseignement, du contre-espionnage, de la sécurité dans les aéroports, de la défense aérienne et de l’application des lois sur l’immigration. Savoir si tous les fonctionnaires incompétents furent virés ? Si certains ont été réprimandés ? Si quelqu’un avait démissionné ? L’accusé répondrait « Non ». Le procureur demanderait alors : « Pourquoi donc ? »

Si les meurtres de masse et la destruction occasionnés le 11/9 sont imputables à un échec massif de la sécurité nationale, pourquoi personne n’a-t-il assumé la responsabilité ou été tenu pour responsable d’éléments précis de ce prétendu échec ? Et quid de la propre responsabilité de George W. Bush dans la débâcle ? Pourquoi le Président lui-même n’a-t-il pas immédiatement pris en charge la crise en allant à Washington au lieu de fuir au fin fond de l’Amérique dans son avion Air Force One, laissant Richard Cheney, l’ancien PDG de Halliburton, en charge des opérations dans le bunker sous la Maison-Blanche au cours de la fatidique journée du 11 septembre 2001 ?

Les manquements les plus graves concernant les événements du 11/9 ne sont pas le fait des agences de renseignement des États-Unis, des services de sécurité des aéroports, du NORAD, etc. Au contraire, l’incapacité la plus profonde et la plus sombre à nous protéger de ces ennemis qui nous menace le plus est à chercher du côté des journalistes, des grands médias, des professeurs et des universités qui les (nous) emploient. C’est nous qui avons, dans la très grande majorité des cas, choisi de renoncer à notre scepticisme et, avec lui, à notre éthique professionnelle ainsi qu’à nos responsabilités. Dans l’ensemble, notre classe et notre caste continuent à répondre aux événements du 11-Septembre d’une manière expéditive plutôt que rationnelle. Comme je le vois, par conséquent, il s’agit d’une trahison en masse des intellectuels, qui constitue le plus important résultat sous-jacent de la poursuite de la fraude connue sous le nom de « guerre contre le terrorisme ». La guerre contre la terreur continue à être produite, promue et vendue au public dans la plus agressive campagne de guerre psychologique jamais entreprise. Combien d’entre nous se font complices de cette noire machination par leur silence, le facteur principal qui permet la continuation de guerres d’agression justifiées au nom de la théorie officielle du complot du 11-Septembre, aussi infondée que dépourvue de preuves ?

Ce n’est pas mon intention, ici et maintenant, de déconstruire les mensonges et les crimes de la Maison Blanche de Bush ou, plus récemment, de la dissimulation par le Président Obama des éléments clés sur la vérité de ce qui s’est passé le matin du 11 septembre 2001. Je me suis d’ailleurs essayé à une telle déconstruction, mais pas de manière aussi exhaustive, experte et professionnelle que d’autres ont pu le faire. Je pourrais citer des dizaines, voire des centaines, de solides contributions scientifiques visant à rassembler des preuves spécifiques examinant par le menu et en grand détail ce qui s’est probablement et certainement passé, ainsi que ce qui n’a absolument pas eu lieu, ce matin lumineux de la fin de l’été 2001. Ces nombreuses contributions sont en grande partie dans le domaine public et sont facilement accessibles à l’ère de Google et de You Tube.

Alors que nombreux sont ceux qui ont déplacé les repères dans la compréhension de ceux qui sont engagés dans la quête de vérité, la contribution d’un universitaire en particulier, se distingue par la remarquable combinaison de sa portée, de sa précision et de son attention aux détails. Je crois que je parle pour beaucoup de collègues qui dans un large consensus s’accordent sur le fait que le professeur de théologie David Ray Griffin a plus que gagné le titre de doyen de ce que l’on appelle le « 9/11 Truth mouvement » [8]. Je mets au défi quiconque de lire une partie de la petite bibliothèque de livres et d’articles qu’il a écrits sur les divers aspects du 11 Septembre et de ne pas développer un mépris total pour la version officielle du complot. Compte tenu de ce que Griffin et d’autres ont déjà publié, il ne subsiste pas la moindre crédibilité à l’idée que la frappe sur le Pentagone et la pulvérisation des trois tours à structure d’acier du World Trade Center ont été causés par une poignée de Saoudiens seulement armés de cutters, disposant d’une formation sommaire au pilotage et d’un intense zèle djihadiste.

Récemment, est née la branche la plus professionnelle des sceptiques du 11-Septembre qui est le fait de l’infatigable Richard Gage, fondateur de l’association « Architects and Engineers for 9/11 Truth » forte de 600 membres (architectes et ingénieurs). Gage en réunissant une grande masse d’études techniques et en la vulgarisant, a établi au-delà du doute raisonnable que les tours aux puissantes structures en acier ne se sont pas écroulées du fait des crashes des avions de ligne, des incendies de kérosène et de la gravité, mais à cause de démolitions contrôlées. Toutes les trois se sont effondrées sur leur empreinte, peu ou prou à la vitesse de la chute libre.

Tout aussi récemment, j’ai étudié attentivement la profonde et abondante érudition affichée dans le livre du Canadien Peter Dale Scott, The Road to 9/11 : Wealth Empire and the Future of America [9]. Cet ouvrage, évalué par ses pairs, est publié par University of California Press située à Berkeley. Scott s’appuie sur des décennies d’enquête sur le fonctionnement interconnecté des compagnies pétrolières, des cartels de la drogue, des opérations de contre-espionnage, des banques et de la politique, et son volume met en évidence une collaboration aussi étroite que longue entre Dick Cheney et Donald Rumsfeld, laquelle culmine avec leurs apparitions et disparitions étranges dans les jours qui ont précédé et suivi le 11/9. Comme les travaux de Nafeez Mosaddeq Ahmed [10], le livre de Scott présente beaucoup d’éléments de preuve qui démontrent que le croquemitaine d’al-Qaïda a été impliqué de l’intérieur dans le fonctionnement de la sécurité nationale US, et ce dès son incorporation dans les moudjahidine parrainés par le duo CIA-ISI. Commençant comme des acteurs clés dans les opérations financières de la défunte Banque de crédit et de commerce international (BCCI) fondée à Lahore, les personnages destinés à assumer leurs rôles au sein d’al-Qaïda ont contribué à faire avancer le processus de transformation du terrorisme en une entreprise et en une opportunité politique pour les nombreux marchands de peur. Je recommande en particulier le chapitre 10 du livre de Scott, intitulé « Al-Qaïda et les élites états-uniennes ». Les sous-parties de ce chapitre comprennent des expressions comme « Les agents des États-Unis, les compagnies pétrolières et al-Qaïda », « Les États-Unis et al-Qaïda en Azerbaïdjan », « Unocal, les Taliban et ben Laden en Afghanistan », « Al-Qaïda, l’Armée de libération du Kosovo et le pipeline transbalkanique »,« Al-Qaïda et le complexe pétrolier, militaire et financier ».

Je pourrais terminer par un plaidoyer en faveur d’une enquête parlementaire au Canada sur la véracité de l’interprétation du 11-Septembre, qui continue de mettre en danger la vie de nos soldats en Afghanistan. Je pourrais terminer en soulignant l’échec journalistique de la CBC (Canadian Broadcasting Corporation, la radio nationale, NdT) ou la propagande pour les guerres d’agression qui a proliféré en particulier dans les médias commerciaux. Comme l’a révélé l’enquête sur la CIA de l’après-Watergate, des « agents » recrutés dans les grands médias ont longtemps été utilisés par des organismes de la sécurité nationale (de l’État) afin de propager des campagnes de désinformation dont le but véritable est de booster les affaires de gens comme la famille Bush, une dynastie de profiteurs de guerre. Je pourrais illustrer certains de mes arguments en pointant vers les sites ridicules de Can West Global, et surtout celui du Nation Post. Je citerai seulement le titre d’un article où des bloggeurs anonymes se voient attribué beaucoup d’espace dans ce journal pour attaquer mon travail. Que font les rédacteurs de ce journal quand ils titrent « S’attaquer aux théoriciens du complot du 11-Septembre » sinon défendre le mythe de la guerre contre le terrorisme en occultant tout débat ?

Nombreuses sont les façons dont je pourrais conclure, mais je choisis en fait de terminer ce texte avec quelques réflexions sur George Bush, le droit international et le livre remarquablement bien accueilli de Naomi Klein intitulé La Stratégie du choc : la montée du capitalisme du désastre [11]. À travers le prisme de son interprétation keynésienne, Klein observe de nombreux pays au cours des dernières décennies. Pour ce faire, elle présente par exemple l’argument très convaincant que les modestes programmes de redistribution qui avaient été incorporées aux économies nationales et à l’économie mondiale en général n’ont pas survécu aux incursions du « capitalisme du désastre ». Nos relations matérielles ont été soumises aux chocs répétés de l’hyper privatisation pendant les périodes où nous avons été les plus vulnérables aux effets désorientant de traumatismes manufacturés ou induits naturellement.

Comme l’auteur le reconnaît dans son livre, les événements du 11 Septembre constituent l’exemple type de sa thèse centrale. Le choc des images de l’effondrement des tours a créé le prétexte pour l’invasion de l’Irak et la hâte du régime de Bush pour exploiter ce que Klein appelle le « marché du terrorisme ». L’Irak devait être un prototype pour démontrer que « le boulot de l’État n’est pas de fournir la sécurité, mais de l’acheter au prix du marché ». En outre, la violence en Irak a aidé à stimuler la culture de la peur et de la haine en Amérique du Nord qui renforce la montée de ce que Klein nomme « l’industrie de la sécurité de la patrie ».

Comme la plupart des auteurs qui écrivent sur la guerre contre le terrorisme, Klein aborde les attentats du 11 Septembre du bout de l’orteil pour arriver indemnes sur un terrain professionnel plus sûr. Pour elle, cette zone plus sûre consiste à documenter la façon dont Bush, Cheney, Rumsfeld, Paul Bremer, et les autres architectes et ingénieurs de la privatisation de l’économie de la terreur ont exploité le 11 Septembre pour faire progresser leur ordre du jour politique. Mais éludant quasiment le sujet de ce qui s’est réellement passé le jour du Grand Choc, Klein s’incline devant le mantra « des échecs de la sécurité le 11-Septembre ». Klein emmène alors ses lecteurs dans sa très originale et importante analyse économique de l’Irak, le « Ground Zero » de la guerre contre le terrorisme.

Je crois comprendre la décision journalistique de Naomi. Je considère cela comme un compromis nécessaire, si elle voulait conserver un espoir de faire connaître son très utile travail sur les médias au Canada et aux États-Unis ainsi qu’auprès de jeunes militants dans le monde entier. Mais je pense que Klein est trop bien informée pour ne pas être méfiante de l’alibi de « l’échec de la sécurité » avancé par le régime Bush. Si mon intuition est vraie, que faut-il dire au sujet de la gravité du climat de paranoïa si même Naomi Klein s’autocensure, plutôt que de prendre le risque de rejoindre les groupes marginalisés « des théoriciens du complot » ? L’adhésion de Klein à des tabous sur le 11 Septembre est-elle similaire à celle de Noam Chomsky et des producteurs de médias sinon progressistes, comme par exemple, ZMag, The Nation, et Democracy Now ? Ou Barrie Zwicker a-t-il raison quand il affirme que des forces malveillantes sont à l’œuvre pour répéter dans le contexte de la soi-disant guerre contre le terrorisme, les techniques de désinformation et de guerre psychologique qui avaient cours pendant la Guerre froide ?

La rhétorique du discours d’espoir et de changement du Président Obama ne transcendera pas les discours de haine et les crimes de haine qui continueront à se multiplier aussi longtemps que le public détournera son regard de la vérité sur l’événement dont le contenu a été déformé pour justifier les crimes internationaux qui continuent à être perpétrées au nom de la guerre contre le terrorisme. Tant que cette fraude n’est pas exposée (reconnue), l’obscénité continuera probablement et George Bush franchira les frontières internationales pour donner des discours grassement rémunérés. Néanmoins, nous nous efforcerons de faire ce que nous pouvons le 17 mars en faisant de la visite de l’ancien président américain à Calgary un test pour savoir si nous sommes gouvernés par la règle du droit ou par la règle de la désinformation, du copinage et de la puissance militaire.
 

Par Anthony J. Hall, professeur d’études sur la mondialisation à l’université de Lethbridge (Canada)

Article original publié sous le titre « Should George W. Bush Be Arrested in Calgary, Alberta, To Be Tried For International Crimes ? », par Mondialisation.Ca, le 7 mars 2009.
Version française : Arno Mansouri pour Réseau Voltaire.

 


Références :

[1] « Les USA d’Obama : actuellement 1 noir sur 11, incarcéré ou en probation », Réseau Voltaire, 7 mars 2009.

[2] « Les 52 plus dangereux dignitaires américains. Le jeu de cartes du régime Bush », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 1er mai 2003.

[3] Lire Guerre biologique et terrorisme, par Francis A. Boyle, éditions Demi-lune, disponible sur la librairie du Réseau Voltaire.

[4] The Prosecution of George W. Bush for Murder, par Vincent Bugliosi, Vanguard Press, 2008, 352 pp.

[5] Les jugements des tribunaux militaires internationaux de Nuremberg et de Tokyo exclurent eux aussi l’impunité des dirigeants : dans son arrêt du 1er octobre 1946, le tribunal de Nuremberg, a souligné que "la protection que le droit international assure aux représentants de l’État ne saurait s’appliquer à des actes criminels. Les auteurs de ces actes ne peuvent invoquer leur qualité officielle pour se soustraire à la procédure normale et se mettre à l’abri du châtiment".

[6] « Le programme des faucons pour 2004 », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire.

[7] « Omar Khadr sera jugé, mais pas libéré », Réseau Voltaire, 27 septembre 2007.

[8] Voir les articles et les livres de David Ray Griffin sur Réseau Voltaire.

[9] The Road to 9/11 : Wealth, Empire, and the Future of America, par Peter Dale Scott, University of California Press, 2007, 432 pp.

[10] La Guerre contre la vérité, par Nafeez Mosaddeq Ahmed, éditions Demi-lune, 512 pp. Disponible sur la librairie du Réseau Voltaire.

[11] La stratégie du choc : La montée d’un capitalisme du désastre, par Naomi Klein, version française Actes Sud, 2008, 669 pp.

Le Pentagone officialise l’importance de la « guerre irrégulière» 

Cette semaine, le Pentagone a approuvé une directive majeure qui place la mission des militaires pour la guerre irrégulière – ces campagnes de lutte anti-insurrectionnelles et anti-terroristes toujours plus fréquentes, bien souvent conduites avec l’aide de partenaires étrangers, parfois clandestinement, et dont l’emploi tend à se généraliser – au même niveau que la guerre conventionnelle.

La directive, signée lundi par le Secrétaire délégué à la Défense Gordon England, est une composante d’une restructuration plus générale du rôle des militaires, alors que la menace de combats de grande envergure contre les armées d’autres nations s’est atténuée et que d’obscurs acteurs non gouvernementaux, tels que les terroristes qui s’en prennent aux populations civiles, ont créé de nouveaux dangers.

« Les États-Unis ont une supériorité considérable en termes d’armement conventionnel… et de plus en plus d’adversaires ont compris qu’il vaut mieux nous affronter de manière asymétrique », a déclaré Michale G. Vickers, le Secrétaire assistant à la Défense pour les Opérations spéciales et conflits de faible intensité et les Forces interdépendantes, qui est l’un des principaux auteurs de cette directive.

Conçue pour institutionnaliser les leçons apprises par l’armée -souvent douloureusement- en Afghanistan et en Irak depuis 2001, cette directive a pour but de préparer les militaires aux conflits futurs les plus probables, et d’éviter le genre d’erreurs commises lors de la période qui a suivi la guerre du Vietnam, lorsque des compétences anti-insurrectionnelles chèrement acquises ont été totalement perdues.

Le Secrétaire à la Défense Robert M. Gates a opéré un lobbying sans relâche pour arriver à ses fins.

« Voyez où nos forces ont été envoyées pour prendre part à des engagements durant les 40 et quelques dernières années: au Vietnam, au Liban, à Grenade, à Panama, en Somalie, à Haïti, en Bosnie, au Kosovo, en Afghanistan, en Irak, dans la Corne de l’Afrique et ailleurs, » a déclaré R.Gates dans un discours récent à l’université de la Défense nationale. « En fait, la première guerre du Golfe est un cas isolé de conflit plus ou moins conventionnel, au milieu de plus de deux générations d’engagement militaire constant ».

R.Gates a prévenu que dans un futur proche, les plus grandes menaces pour les États-Unis ne seraient pas les agressions par d’autres pays, mais viendraient plutôt de groupes d’insurrections ou terroristes dans des États faibles ou défaillants. « Nous ne pouvons pas nous permettre de nous défiler du fait qu’ils ne se conforment pas à notre notion de "l’American way of war" » a-t-il déclaré.

La nouvelle directive de 12 pages stipule que la guerre irrégulière est « stratégiquement aussi importante que la guerre conventionnelle. »

Définie comme « une lutte violente entre des acteurs étatiques et non étatiques pour la légitimité et l’influence sur la(les) population(s) concernée(s), » la guerre irrégulière « privilégie les approches indirectes et asymétriques…afin d’éroder la puissance de l’adversaire, son influence et sa volonté, » explique la directive.

Une des idées maitresses en est que les troupes étatsuniennes seront moins souvent amenées à combattre directement, et davantage à aider des forces étrangères de sécurité ou militaires à augmenter leurs capacités.

En effet, Vickers explique que selon lui, le principal moyen pour que le Pentagone conduise ses opérations de guerre irrégulière sera un réseau mondial -déjà en cours d’implémentation- constitué de militaires étatsuniens ou étrangers et d’autres personnes du gouvernement, dans une multitude de pays avec lesquels les États-Unis ne sont pas en guerre. Le réseau est conçu pour conduire des opérations de contre-terrorisme "en continu". La directive nécessite aussi que le Pentagone développe des capacités pour entreprendre des campagnes irrégulières de grande envergure, telles que celles en Irak ou en Afghanistan.

L’objectif de ce réseau est ambitieux, a déclaré Vickers dans un discours récent: « il s’agit de créer une présence permanente contre nos adversaires…et de les étouffer avec le temps. »

La directive « devrait avoir un gros impact sur les ressources aussi bien que sur la planification militaire », a déclaré Vickers.

« En particulier, la guerre irrégulière nécessitant plus de main-d’œuvre, elle va certainement drainer davantage de ressources dédiées aux compétences telles que l’apprentissage des langues ou le conseil aux militaires étrangers dans l’entraînement des corps de l’armée de Terre et de la Marine » dit-il.

La directive soutient aussi une croissance continue dans les forces d’Opérations spéciales — des troupes d’élite telles que les Bérets verts de l’armée, capables de travailler en partenariat avec des forces étrangères, et des agents spécialisés en « affaires civiles » qui participent à la construction de la Nation. [Nation-building – NdT]

Du fait que la guerre irrégulière sera vraisemblablement menée par les forces des Opérations spéciales, la directive demande au Commandement des Opérations spéciales étatsuniennes basé à Tampa, de « développer les capacités d’étendre l’accès des USA aux régions qui leur sont interdites et aux zones troubles en opérant avec ou au travers de forces indigènes étrangères, ou bien en menant des opérations de faible visibilité. »

En termes d’équipement, la directive soutient « l’accroissement du renseignement, des capacités d’espionnage et de surveillance, ainsi que celui des moyens aériens permettant de mener cette guerre irrégulière, » dit Vickers.

Par Ann Scott Tyson, rédactrice au Washington Post, le 4 décembre 2008
Traduction de Perry pour ReOpenNews


Note de ReOpenNews : Lire aussi l’article paru sur la RTBF le 4 décembre 2008, ainsi que celui du Times of India du 5 décembre 2008

Groupe de Bilderberg : Une élite qui se cache pour diriger le monde ?

On entend parfois parler d’un certain "Groupe de Bilderberg", qui se réunirait en secret tous les ans, pour établir les stratégies entre "grands" de ce monde, mais qu’en est-il vraiment ? Pour essayer d’y voir plus clair, voici deux articles parus en juin 2008, et qui nous expliquent ce qu’est ce groupe et quelle influence il aurait sur les politiques internationales en Occident.

Le premier article est l’oeuvre d’une association "Initiative Citoyenneté Défense" dont le but est d’informer les citoyens sur la politique française de Défense.

Le deuxième est paru sur le site de Rue89, à l’occasion de la réunion annuelle de ce mystérieux groupe, où apparaissent les noms de personnalités de tous les pays, y compris la France. Aux cotés de noms comme Henri Kissinger ou Paul Wolfowitz, la réunion de juin 2008 a vu la participation – selon plusieurs sources comme PrisonPlanet, Infowars, AmericanFreePress – de Christine Ockrent, Hubert Vedrine, Manuel Valls, François Pérol, et d’autres noms moins connus mais tous haut placés dans les grands groupes et multinationales.

Connaissiez-vous l’existence et l’activité de ce groupe ? L’avez-vous découvert dans les grands médias ? Rue89 semble penser que la couverture médiatique est largement suffisante, alors faites-vous votre propre opinion !


Première réunion du Groupe de Bilderberg en 1954


B. Obama, H. Clinton et le groupe de Bilderberg

Article paru sur le site Initiative Citoyenneté Défense, juillet 2008

La presse en ligne s’est récemment (en juin 2008 – NdlR) faite l’écho d’une possible visite des candidats démocrates Hillary Clinton et Barack Obama auprès du « Groupe de Bilderberg », réuni secrètement à l’hôtel Westfields Marriott à Chantilly (USA).

Qu’est-ce que cette organisation « secrète » ?

Un puissant réseau d’influence
Le Groupe de Bilderberg a été fondé en 1954 à l’hôtel Bilderberg à Osterbeek (Pays-Bas) – d’où son nom – à l’initiative du Prince hollandais Bernhard, ancien officier SS, et du richissime David Rockefeller. Le Groupe de Bilderberg, conçu à l’origine comme une « alliance anti-communiste occulte », constitue toujours l’un des plus puissants réseaux secrets d’influence. Il rassemblerait des personnalités de tous les pays, leaders de la politique, de l’économie, de la finance, des média, mais aussi des responsables de l’armée et des services secrets.

Une organisation secrète en trois cercles
Très structuré, le Groupe de Bilderberg est – selon certaines sources – organisé en 3 cercles successifs.

Le “cercle extérieur” est assez large et comprend 80% des participants aux réunions. Les membres de ce cercle ne connaissent qu’une partie des stratégies et des buts fondamentaux de l’organisation.

Le deuxième cercle, beaucoup plus fermé, est le Steering Committee (Comité de Direction).Il est constitué d’environ 35 membres, exclusivement européens et nord-américains. Ils connaissent à 90% les objectifs et stratégies du Groupe.

Le cercle le plus central est le Bilderberg Advisory Committee (Comité consultatif). Il comprend une dizaine de membres, seuls à connaître intégralement les stratégies et les buts précis de l’organisation. Pour ceux qui enquêtent sur les réseaux de pouvoir, le Groupe de Bilderberg est un véritable « gouvernement mondial occulte ». Au cours de ses réunions, des décisions stratégiques essentielles y sont prises, hors des institutions démocratiques où ces débats devraient normalement avoir lieu.


 
Westfields Marriott in Chantilly, Va.,
site of the Bilderberg conference this weekend

Bilderberg: silence médias sur les réunions de l’élite mondiale

Article paru sur Rue89, 11 juin 2008

C’est à cette époque de l’année que le groupe Bilderberg, rassemblant environ 120 milliardaires, banquiers, hommes politiques, industriels, universitaires, haut fonctionnaires, personnalités d’influence dans le monde du travail et de l’éducation et journalistes, se réunit pendant un week-end dans un hôtel. ou un centre de villégiature quelque part en Amérique du Nord ou en Europe, afin de discuter en privé des affaires du monde.

Cette année, la 56e conférence de Bilderberg s’est déroulée [le 8 juin 2008 - NdlR] à l’hotel Westfields Marriott de Chantilly en Virginie, à une quinzaine de kilomètres de l’aéroport international de Washington Dulles. Comme lors des éditions précédentes, les détracteurs de Bilderberg accusent la presse grand public de passer sous silence un club qui selon eux dirige un gouvernement secret.

Le lieu où seraient choisis les futurs présidents américains

Les critiques affirment que Bilderberg est le lieu où sont choisis les futurs présidents américains et Premiers ministres britanniques, ce que confirmerait la participation à la conférence de Bill Clinton en 1991 et celle de Tony Blair en 1993. En 2004, le magazine Time a révélé que John Kerry a choisi John Edwards pour être son colistier juste après que ce dernier avait fait une forte impression sur les participants de la session Bilderberg en Italie.

D’après l’ouvrage de 1980 intitulé "Trilateralism : The Trilateral Commission and Elite Planning for World Management" (Le Trilatéralisme : la commission trilatérale et l’organisation du management mondial par les puissants), le Président Dwight D. Eisenhower souhaitait vivement que son personnel assiste à Bilderberg, le Président John F. Kennedy a largement recruté les membres de son administration parmi d’ancien participants de Bilderberg, comme Dean Rusk, George W. Ball, George McGhee, Walter Rostow, Arthur Dean et Paul Nitze, et les membres de l’administration Carter prenaient largement part aux réunions annuelles du groupe.

Un critique a publié une liste établissant que le club Bilderberg 2008 comprend Henry Kissinger, Ben S. Bernanke, David Rockefeller, Vin Weber, Robert B. Zoelick, Donald Graham, Verdon Jordan, Charlie Rose et leurs homologues européens. Des manifestants ont surveillé cette élite à l’entrée de l’hôtel et enregistré des vidéos de "surveillance" à l’extérieur et à l’intérieur des parties du bâtiment faiblement gardées, avant que la conférence commence.

Jusqu’ici les détracteurs de Bilderberg ont raison : la presse grand public a ignoré Bilderberg en 2008. Selon la base de données Nexis, les sites Wonkette et Raw Story ont relaté l’événement et les objections des critiques. Avec une simple recherche Web, on tombe sur des articles de critiques de Bilderberg comme Alex Jones et Jim Tucker, qui sonnent l’alarme sur le problème.

Les critiques ont raison sur un autre point : la réunion de 120 importantes personnalités mondiales est une nouvelle à ne pas taire. Mais à la décharge de la presse grand public, il faut dire qu’il est difficile de rendre compte d’un rassemblement privé, placé sous haute surveillance.

Permettre aux participants d’exprimer librement et ouvertement leur opinion

Les organisateurs de Bilderberg ont donné le mot d’ordre aux participants de ne pas divulguer les débats du weekend, affirmant dans un communiqué de presse cette année que "le caractère privé des réunions n’a pas d’autre motif que celui de permettre aux participants d’exprimer librement et ouvertement leur opinion". En 1927 la Chatham House, "think tank" britannique, a consacré une règle du même type, et des obligations de cet ordre s’appliquent lors de certaines réunions du Conseil de relations étrangères ("think tank" américain) et du Groupe de stratégie de l’Institut Aspen. Dans presque toutes les villes du monde, des groupes privés se réunissent pour discuter de manière confidentielle. C’est comme ça que le monde fonctionne. Il y a bien de temps à autre des fuites de la part des membres de Bilderberg, comme dans le cas de John Edwards en 2004, mais les chics et puissants gardent généralement le silence.

Quelles auraient été les conséquences si le Washington Post avait envoyé un reporter au très exclusif rassemblement de Chantilly ? Un journaliste d’Associated Press était parti couvrir la session Bilderberger de 1978 à Princeton dans le New Jersey, mais ce qu’il a raconté se résume à une scène où des "hommes en costumes gris et aux lunettes de soleil" le chassent du périmètre du centre de conférence Henry Chauncey. Extraits de la dépèche (Steve Hindy) :

"Kissinger s’est nonchalamment promené autour d’un petit étang artificiel samedi, jusqu’à s’approcher à quelques mètres de la route menant au bâtiment.

Il a tourné autour de l’étang deux fois, une première fois avec un homme grisonnant qui fumait la pipe et une seconde avec un homme plus jeune. Kissinger avait l’air grave et attentif pendant que les hommes parlaient de choses comme de "limitations de portées".

Kissinger avait l’air agacé et a refusé de s’exprimer lorsqu’un reporter s’est approché de lui.

L’un des deux agents des services secrets protégeant l’ancien secrétaire d’Etat fit un signe de tête plein de sympathie au reporter et lui dit : ‘Vous avez fait de votre mieux.’

Et pourtant la presse grand public ne peut guère être accusée de passer Bilderberg sous silence. Selon Nexis, le New York Times a mentionné Bilderberg une vingtaine de fois depuis 1981, dont un article de 2004 intitulé "une conférence secrète pour dominer le monde". D’autres articles dans le Washington Post, le Chicago Tribune et le Boston Globe mentionnent le groupe.

Le mois dernier encore, dans le Washington Post, Anne-Marie Slaughter a fait référence aux membres de Bilderberg dans sa critique d’un nouvel ouvrage : "Superclass : The Global Power Elite and the World They Are Making" (la Superclasse, l’élite de la puissance mondiale et le monde qu’elle est en train de construire). [en France, Michael Gama a consacré un livre, "Rencontres au sommet" (ed. Altiplano), à ces réunions des riches et des puissants, dont Bilderberg].

Article traduit par Marie Peterson pour Rue89


Notes de ReOpenNews: Lire aussi Daniel Estulin dans The True Story of the Bilderberg Group (véritable histoire du groupe Bilderberg)

Les conseillers d’Obama discutent des préparatifs de guerre contre l’Iran

A la veille de l’élection américaine, le New York Times faisait prudemment remarquer l’émergence d’un consensus entre le Parti démocrate et le Parti républicain pour une nouvelle stratégie agressive envers l’Iran. Alors que presque rien n’a été dit à ce sujet pendant la campagne électorale, de hauts conseillers des camps Obama et McCain ont discuté de l’escalade rapide de la pression diplomatique et de sanctions punitives contre l’Iran, soutenues par des préparatifs en vue de frappes militaires.

L’article intitulé « New Beltway debate: what to do about Iran » notait avec une certaine inquiétude : « c’est une idée effrayante, mais ce n’est pas seulement l’administration Bush à la gâchette facile qui discute – ne serait-ce que théoriquement – de la possibilité d’une action militaire pour arrêter le programme d’armes nucléaires de l’Iran…Des gens raisonnables des deux partis sont en train d’étudier la prétendue option militaire, ainsi que de nouvelles initiatives diplomatiques ». 

Dans le dos des électeurs américains, des conseillers du Président élu, Barack Obama, ont préparé la scène pour une escalade importante de la confrontation avec l’Iran dès que la nouvelle administration prendra ses fonctions. Un rapport publié en septembre par le Bipartisan Policy Center, une « fabrique d’idées » bipartite basée à Washington, a fait valoir qu’un Iran disposant de l’arme nucléaire était « stratégiquement intenable » et détaillait une approche robuste « incorporant de nouveaux instruments diplomatiques, économiques et militaires d’une manière intégrée ».

L’un des principaux membres du groupe de travail de ce centre a été le haut conseiller d’Obama pour le Moyen-Orient, Dennis Ross, qui est connu pour ses points de vue belliqueux. Il a soutenu l’invasion américaine de l’Irak et il est étroitement lié à des néo-conservateurs comme Paul Wolfowitz. Ross a travaillé sous Wolfowitz dans les administrations Carter et Reagan avant de devenir l’envoyé en chef au Moyen-Orient sous les présidents Bush père et Clinton. Après avoir quitté le Département d’État en 2000, il a rejoint un groupe de réflexion de droite pro-Israël (le Washington Institute for Near East Policy / Institut de Washington pour la politique du Proche-Orient) ) et il a été engagé comme analyste en matière de politique étrangère par la chaîne de télévision Fox News.

Le rapport du Bipartisan Policy Centre insistait sur le fait qu’il y n’y avait pas de temps à perdre, déclarant : « Les progrès réalisés par Téhéran signifient que la prochaine administration pourrait bien avoir peu de temps et moins d’options pour faire face à cette menace. » Il rejetait sans autre forme de procès à la fois les affirmations de Téhéran selon lesquelles son programme nucléaire était destiné à des fins pacifiques et l’Estimation nationale des services de renseignement américains de 2007 qui révélait que l’Iran avait mis fin à tout programme nucléaire militaire en 2003. 

Ce rapport critiquait l’échec de l’administration Bush à arrêter les programmes nucléaires iraniens, mais sa stratégie est essentiellement la même – des incitations limitées par des sanctions économiques plus sévères et par la menace d’une guerre. Son plan pour consolider le soutien international est également fondé sur l’action militaire préventive contre l’Iran. La Russie, la Chine et les puissances européennes doivent toutes être averties que leur échec à mettre en œuvre des sanctions sévères, y compris un blocus provocateur sur les exportations de pétrole de l’Iran ne feront qu’accroître la probabilité de la guerre. 

Pour souligner ces avertissements, le rapport proposait que les États-Unis renforcent immédiatement leur présence militaire dans le golfe Persique. « Cela devrait commencer le premier jour où le nouveau président entrera en fonction, d’autant que la République islamique et ses acolytes pourraient vouloir tester le nouveau gouvernement. Cela impliquerait un pré-positionnement de forces américaines et alliées, le déploiement de groupes de combat supplémentaires de porte-avions et de dragueurs de mines [et] la mise en place d’autre matériel de guerre dans cette région » déclarait-il.

Dans un langage qui rappelle fortement celui de Bush lorsqu’il insiste sur le fait que « toutes les options restent sur la table », le rapport déclarait encore : « Nous croyons qu’une attaque militaire est une option réalisable et doit rester un dernier recours pour retarder le programme nucléaire iranien ». Une telle frappe militaire « aurait pour objectif non seulement l’infrastructure nucléaire de l’Iran, mais également son infrastructure militaire conventionnelle dans le but de supprimer une riposte iranienne. »

De manière significative, le rapport a été rédigé par Michael Rubin, du néo-conservateur American Entreprise Institute, qui a été fortement impliqué dans la promotion de l’invasion de l’Irak en 2003. Un certain nombre de hauts conseillers démocrates ont « approuvé à l’unanimité » ce document, y compris Dennis Ross, l’ancien sénateur Charles Robb qui a coprésidé le groupe de travail, et Ashton Carter qui a servi en tant que secrétaire adjoint à la Défense sous Clinton.

Carter et Ross ont aussi participé à la rédaction d’un rapport publié en septembre pour le Center for a New American Security (Centre bipartite pour une nouvelle sécurité de l’Amérique). Ce rapport concluait que l’action militaire contre l’Iran devait constituer « un élément dans toute véritable option ». Tandis que Ross y examinait les options diplomatiques en détail, Carter y définissait les « éléments militaires » qui devaient les sous-tendre, y compris une analyse des coûts et bénéfices d’un bombardement aérien de l’Iran.

D’autres hauts conseillers d’Obama dans le domaine de la politique étrangère et de la défense ont été étroitement associés à ces discussions. Une déclaration intitulée « renforcer le partenariat : comment approfondir la coopération entre les États-Unis et Israël concernant le défi nucléaire iranien », rédigée en juin par un groupe de travail de l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, recommandait que la prochaine administration mène des discussions avec Israël sur « l’ensemble des options politiques », y compris « l’action militaire préventive ». Ross était un co-animateur du groupe de travail et les hauts conseillers d’Obama Antony Lake, Susan Rice et Richard Clarke ont tous mis leur nom sur le document.

Ainsi que le New York Times le notait lundi, le conseiller d’Obama pour la défense, Richard Dantzig, un ancien secrétaire à la Marine sous Clinton, assistait à une conférence sur le Moyen-Orient tenue en septembre par le même groupe de réflexion "pro-Israëlien". Il dit à l’assistance que son candidat croyait qu’une attaque militaire de l’Iran était un choix « terrible », mais qu’il « se pourrait que dans un monde terrible nous allions devoir nous faire à ce genre de choix terrible ». Richard Clarke, qui était lui aussi présent, déclara qu’Obama estimait qu’il fallait « enrayer l’influence grandissante de Téhéran et que l’acquisition d’armes nucléaires par Téhéran était inacceptable ». Tandis que « sa tendance première était de ne pas appuyer sur la gâchette » dit Clarke, « si les circonstances demandaient l’usage des armes, Obama n’hésiterait pas. »

Si l’article du New York Times était formulé avec discrétion et n’examinait pas les rapports de façon trop en détail, la journaliste, Carol Giacomo, était de toute évidence inquiète des parallèles avec l’invasion américaine de l’Irak. Après avoir fait remarquer que « le public américain était dans une large mesure inconscient de ce débat », elle déclarait : « Ce qui me rend nerveuse, c’est ce qui s’est passé dans la période qui a précédé la guerre en Irak. »

Giacomo poursuivit : « Les responsables de l’administration Bush ont mené la discussion, mais les initiés étaient complices. La question fut posée et on y a répondu dans les cercles politiques avant que la majorité des Américains ne sachent ce qui arrivait…En tant que correspondant diplomatique pour Reuters à l’époque, j’éprouve une certaine responsabilité pour ne pas avoir fait plus pour assurer que la décision désastreuse d’envahir l’Irak ait été contrôlée avec davantage de scepticisme ».

L’émergence d’un consensus sur l’Iran dans les cercles de la politique étrangère américaine souligne, une fois de plus, le fait que les différences entre Obama et McCain étaient de nature purement tactique. Tandis que des millions d’Américains ont voté pour le candidat démocrate, croyant qu’il allait mettre fin à la guerre en Irak et répondrait à leurs besoins économiques urgents, des sections puissantes de l’élite américaine se sont mises derrière lui, le considérant comme un meilleur véhicule pour poursuivre les intérêts économiques et stratégiques au Moyen-Orient et en Asie centrale — y compris avec l’usage de la force militaire contre l’Iran.

Peter Symonds pour WSWS, le 10 novembre 2008. Article original, publié le 6 novembre 2008.


 

Note ReOpen911 : Pendant sa campagne électorale, Obama affirmait qu’il souhait privilégier le dialogue avec l’Iran. Dès son élection, sa position s’est durcie comme vous pouvez le voir dans cet extrait de la conférence de presse post électorale du 7 novembre. Comme le font remarquer certains observateurs comme La Republica, le discours du futur président est maintenant très semblable à celui de Bush.

 

Israël demande aux Etats-Unis l’autorisation d’attaquer l’Iran

La semaine dernière, le Guardian a confirmé qu’Israël envisageait sérieusement une attaque militaire contre les installations nucléaires iraniennes au printemps dernier. Le journal a rapporté que lorsque le premier ministre israélien d’alors, Ehoud Olmert, avait soulevé la question en mai dernier  lors de la visite du président américain, George W Bush, en Israël, Bush avait opposé son veto.

Le spécialiste du Guardian pour le Moyen-Orient, Jonathan Steele, cite du personnel diplomatique de haut rang travaillant pour un chef de gouvernement européen et qui a rencontré Olmert quelque temps après la visite de Bush.

Selon les sources du Guardian, les discussions étaient  tellement sensibles qu’elles avaient dû être menées en privé et en l’absence de secrétaires. Ces sources disent qu’Olmert « a reçu (le refus du feu vert américain) comme étant la situation du moment et que la position américaine ne changerait vraisemblablement pas tant que Bush serait aux affaires ».

Il semble que le refus de Bush de cautionner une attaque contre l’Iran se fonde sur plusieurs facteurs. Tout d’abord les Etats-Unis craignaient qu’une telle attaque ne provoque une réplique de l’Iran, ce qui signifierait certainement une vague d’attaques contre le personnel militaire et civil en Irak, en Afghanistan et contre la flotte américaine basée dans le Golfe persique. Le gouvernement irakien à dominante chiite mis en place par les Etats-Unis, entretient des liens étroits avec Téhéran dont il dépend largement.

Deuxièmement, il est peu probable qu’une attaque aérienne israélienne, même avec des dizaines d’avions, réussisse à anéantir les installations nucléaires iraniennes, qui sont largement dispersées dans plusieurs lieux souterrains fortifiés qui sont dispersés de par le pays.

En plus, le chemin le plus court pour se rendre à Natanz, l’usine iranienne d’enrichissement d’uranium, est à plus de 1000 kilomètres d’Israël et impliquerait le survol de l’espace aérien irakien, contrôlé par les Américains. Il ne serait pas possible pour Israël de déclencher une telle attaque sans l’accord explicite des Américains.

Ceci mettrait les Américains dans l’impossibilité de démentir officiellement avoir eu connaissance de l’attaque. L’Iran aurait toutes les raisons de déduire la participation de Bush à un tel acte de guerre et cela conduirait l’Iran à riposter.

L’Iran a plusieurs fois déclaré que le pays se défendrait contre toute attaque sur ses installations nucléaires (dont elle continue à maintenir le caractère civil). Une attaque aérienne accélérerait le déclenchement d’une guerre à grande échelle, sortant largement du cadre de l’Iran et soulignant l’isolement croissant des Etats-Unis dans la région. Cela entraînerait des attaques du Hezbollah contre Israël et même des attaques terroristes sur le sol américain.

Un responsable a déclaré « Plus de dix années se sont écoulées depuis la dernière attaque terroriste du Hezbollah en dehors d’Israël, provoquant la mort de 85 personnes lors de l’attaque d’un bâtiment de l’association Argentine-Israël ». Il a ajouté : « Il y a une diaspora libanaise importante au Canada, au sein de laquelle il doit y avoir des sympathisants du Hezbollah. Il pourrait s’introduire aux Etats-Unis et y mener des actions. »

En niant que Bush ait refusé de donner son feu vert à Israël pour attaquer l’Iran lors de toutes leurs rencontres, l’attaché de presse d’Olmert n’a fait que confirmer ce que le Guardian avait avancé.

Le porte-parole du Conseil national de sécurité américain, Gordon Johndroe, a refusé de faire le moindre commentaire sur la teneur d’une conversation privée entre Bush et Olmert et il a précisé : « La position du président est qu’aucune option n’est à exclure, mais la diplomatie demeure notre priorité. »

Même s’il apparaît que Bush a mis son veto en privé aux intentions d’Israël d’attaquer l’Iran, il continue publiquement d’afficher une attitude belliqueuse envers l’Iran et rien n’indique qu’au moins pour le moment il ait exclu l’option militaire.

Le lendemain, dans son discours à la Knesset, Bush a dit aux députés : « L’Amérique se tient à vos côtés pour s’opposer fermement aux ambitions iraniennes d’acquérir l’arme nucléaire. Autoriser les principaux promoteurs du terrorisme mondial à posséder les armes les plus meurtrières au monde serait une trahison impardonnable envers les futures générations. Dans l’intérêt de la paix, le monde ne doit pas permettre à l’Iran d’avoir l’arme nucléaire. »

Les intentions israéliennes d’attaquer les installations nucléaires iraniennes n’ont pas du tout cessé, et ceci malgré le fait que 16 agences américaines de renseignement aient publié en décembre dernier un NIE (Estimation nationale de renseignement) longtemps ajourné qui concluait que Téhéran a mis fin depuis décembre 2003 à son programme d’armement atomique.

Les dirigeants politiques et militaires israéliens, qui considèrent l’Iran comme le principal rival d’Israël dans la région, ont rejeté le rapport du NIE et ont à plusieurs reprises voulu s’assurer que l’administration Bush « s’occuperait » de l’Iran avant de quitter le pouvoir.

Ces dirigeants veulent absolument garder leur suprématie militaire au Moyen-Orient et empêcher que l’Iran ou tout autre voisin n’ait la possibilité de maîtriser la technologie nucléaire leur permettant de produire des armes nucléaires. Ce n’est un secret pour personne qu’Israël possède un arsenal de plus de 200 missiles nucléaires. Afin de garder son monopole nucléaire, la classe dirigeante israélienne est tout à fait disposée à plonger toute la région dans la guerre par l’intermédiaire d’une attaque sans provocation préalable et criminelle contre l’Iran.

Des ministres chevronnés, dont Olmert en personne, en novembre dernier ont averti qu’Israël engagerait seul des actions militaires pour supprimer la « menace » posée par les installations nucléaires iraniennes. En septembre dernier, Israël avait détruit une cible syrienne désertée que Washington et Tel-Aviv prétendaient être une installation nucléaire construite par la Corée du Nord. Cette attaque n’avait pas suscité de condamnation internationale sérieuse et est considérée comme précurseur d’une attaque à venir contre l’Iran.

En avril dernier, le ministre de l’Aménagement du territoire, Benjamin Ben-Eliezer a menacé l’Iran de destruction complète si ce pays s’attaquait à Israël. Cette menace a été formulée lors d’un exercice militaire de 5 jours et d’indications continuelles d’une attaque israélienne préventive contre les installations nucléaires iraniennes.

Même après l’apparent veto de Bush, les menaces verbales et les spéculations quant à une attaque aérienne imminente contre l’Iran n’ont pas cessé. En juin, Israël a effectué des manœuvres à grande échelle au dessus de la Méditerranée occidentale avec 100 avions de combat F-15 et F-16, avec des avions de ravitaillement et des hélicoptères de sauvetage. S’appuyant sur des sources anonymes, le New York Times a annoncé que l’opération était une répétition d’une attaque contre l’Iran.

Quelques semaines plus tard, Shaul Mofaz, vice premier ministre et ancien ministre de la Défense, a prévenu que, comme les sanctions internationales avaient été inefficaces, une attaque unilatérale contre l’Iran était inévitable.  

La position officielle de Washington et Tel-Aviv consiste à dire que la diplomatie est la voie qu’ils préfèrent pour les relations avec l’Iran.  Et beaucoup considèrent ces menaces et ces jeux guerriers comme participant d’une campagne de pression orchestrée contre l’Iran pour que ce dernier obéisse aux exigences américaines d’arrêt de son programme d’enrichissement nucléaire. Mais, comme Israël n’est pas en mesure de mener seul une attaque réussie contre les installations nucléaires iraniennes, le but final de telles menaces, en ce qui concerne des personnalités influentes de Tel-Aviv et de Washington, est d’attirer les Etats-Unis dans une telle attaque.

Il ne fait pas de doute qu’il y a des individus au sein de la classe dirigeante israélienne et américaine qui font pression pour une escalade du militarisme dans cette région, tandis que la question iranienne est l’un des sujets les plus polémiques des élections présidentielles américaines.

Récemment Israël a conclu un marché avec Washington en vue de l’achat de bombardiers furtifs F-22 qui conviennent parfaitement pour le type de bombardement ciblé planifié le commandement militaire aérien israélien. La flotte existante d’avions de combat F-15 pourrait également être utilisée pour lancer une attaque sur l’Iran.

L’armée israélienne a acheté 90 chasseurs bombardiers F-161 qui peuvent atteindre l’Iran et en recevra 11 de plus d’ici la fin de l’année prochaine. Elle a également acheté à l’Allemagne deux nouveaux sous-marins de type Dolphin qui s’ajoutent aux trois sous-marins déjà en sa possession. Ces sous-marins sont déclarés capables de lancer des missiles nucléaires.

Début septembre, le ministère américain de la Défense  a déclaré au Congrès qu’ils avaient l’intention de vendre  à Israël 1000 bombes intelligentes assez  puissantes pour pénétrer 90cm de béton armé.

Dimanche, il a été annoncé que les Etats-Unis avaient fourni à Israël un système de radar supérieur qui pourra fournir  une alerte précoce dans le cas d’une attaque de missiles iraniens. Du nom de FBX-T, il sera relié à la Station terrestre tactique principale américaine et sera géré par 120 militaires américains. Actuellement, le bouclier antimissiles israélien Arrow II fonctionne avec un système de radar moins perfectionné.

Alors qu’en mai dernier, Bush a refusé à Israël son accord pour attaquer l’Iran car il pensait que c’était là un pas trop abrupt, l’intensification militaire dans la région montre clairement qu’une telle attaque est loin d’être définitivement écartée.  En effet, certains éléments au sein de l’Administration Bush n’ont pas encore exclu une attaque non provoquée contre l’Iran avant les élections présidentielles de novembre prochain.

Par Jean Shaoul pour WSWS.org, le 20 octobre 2008

Article original anglais paru le 25 septembre 2008:

Israel asked US for green light to bomb nuclear sites in Iran
US president told Israeli prime minister he would not back attack on Iran, senior European diplomatic sources tell Guardian

Les journalistes étatsuniens et les crimes de guerre

Par Peter DYER, pour Consortium News.

Traduit et publié par Le Grand Soir, le 16 octobre 2008

Commentaire : Cette année aux USA, les médias ont salué l’ouverture d’un “Newseum” (musée du journalisme – NdT) de 450 millions de dollars à Washington dans une autocélébration du journalisme étatsunien. Pourtant, au lieu des claques dans le dos, ces grands médias auraient pu exprimer quelques remords pour leur complicité dans la propagande de guerre de l’Administration Bush qui a servi de justification à l’invasion de l’Irak.

Un journaliste indépendant, Peter Dyer, fait remarquer que le Tribunal de Nuremberg a considéré qu’un tel soutien médiatique à des crimes de guerre constituait lui-même un « crime ». Le 16 Octobre est un anniversaire qui devrait intéresser de près les journalistes qui ont soutenu l’invasion et l’occupation de l’Irak.


photo : Julius Streicher, pendu à Nuremberg.
Profession : journaliste.
Crime : propagande de guerre

"il serait difficile de nier qu’ils ont du sang sur les mains"
Les journalistes étatsuniens et les crimes de guerre

Il y a soixante-deux ans, le 16 octobre 1946, Julius Streicher fut pendu.

Streicher faisait partie d’un groupe de 10 Allemands exécutés au lendemain du premier procès du Tribunal de Nuremberg – un procès qui dura 40 semaines avec, au banc des accusés, 22 des nazis les plus importants. Chacun de ces accusés était jugé pour au moins deux des quatre crimes définis par la Charte de Nuremberg : crime contre la paix (agression), crime de guerre, crime contre l’humanité et conspiration.

Tous les condamnés à mort étaient d’importants officiels du gouvernement allemand ou des chefs militaires. Tous, sauf Streicher. Julius Streicher était journaliste.

Rédacteur en chef du journal violemment antisémite, Der Stürmer, Streicher fut jugé coupable et, selon les termes du jugement, « l’incitation au meurtre et à l’extermination, au moment même où les Juifs en Europe de l’Est se faisaient tuer dans les plus horribles conditions, constitue à l’évidence un crime contre l’humanité. »

Dans son plaidoyer contre Streicher, le procureur britannique Lieutenant Colonel M.C. Griffith-Jones déclara : « Monsieur de juge, il se peut que l’accusé n’ai pas été directement impliqué dans les crimes contre les Juifs… Nous soutenons néanmoins que son crime n’en est pas moins grave parce qu’il a rendu ces actes possibles, rendu ces crimes possibles, crimes qui n’auraient jamais été commis sans son soutien et celui de ses semblables. Il a mené la propagande et l’éducation du peuple allemand à cette fin. »

A Nuremberg, le rôle primordial joué par la propagande fut confirmé, non seulement par l’accusation et le jugement rendu, mais aussi par le témoignage du plus célèbre des accusés nazis, le Reichsmarshall Hermann Goering :

« Les guerres modernes et totales se déroulent, à mon avis, selon trois axes : la guerre des armes sur terre, dans l’air et sur mer ; la guerre économique, qui est devenue une partie intégrante à toute guerre moderne ; et, troisièmement, la guerre de propagande, qui est aussi un élément essentiel de la guerre. »

Deux mois après l’exécution des condamnés à Nuremberg, l’Assemblée Générale des Nations Unies vota la résolution 59(I) qui déclare :

« La liberté de l’information requiert un élément indispensable qui est la volonté et la capacité d’en user sans en abuser. Elle nécessite comme principe de base l’obligation morale de rechercher les faits sans préjugés et de diffuser l’information sans intention malveillante. »

L’année suivante, une nouvelle résolution de l’Assemblée Générale fut adoptée : résolution 110 qui « condamne toute forme de propagande, dans tous les pays, qui tente de provoquer ou d’encourager toute menace contre la paix, toute violation de la paix ou tout acte d’agression. »

Les résolutions de l’Assemblée Générale des Nations Unies n’ont pas force de loi, mais les résolutions 59 et 110 pèsent d’un poids moral considérable. Ceci parce que, comme l’ONU elle-même, ces résolutions constituent l’expression même d’une réaction à la brutalité et aux souffrances engendrées par deux guerres mondiales et le désir universel d’éviter de nouveaux massacres.

Crimes de propagande

La plupart des juridictions n’assimilent pas la propagande de guerre à un crime. Cependant, plusieurs journalistes ont récemment été condamnés pour incitation au génocide par le Tribunal Pénal International pour le Rwanda.

Les efforts déployés pour criminaliser la propagande de guerre se heurtent à une résistance déterminée, particulièrement celle des États-Unis, et le combat est loin d’être gagné. Pourtant, sur le terrain purement légal, les choses sont claires : si l’incitation au génocide est un crime, l’incitation à l’agression, autre crime défini par Nuremberg, pourrait et devrait l’être aussi. Après tout, l’agression – le déclenchement d’une guerre sans provocation – est « le crime international par excellence qui ne se distingue des autres crimes de guerre qu’en ce qu’il englobe à lui tout seul l’ensemble des autres crimes, » selon les termes du jugement rendu à Nuremberg. Criminelle ou pas, une bonne partie du monde considère l’incitation à la guerre comme un acte moralement indéfendable.

À la lumière de ce qui précède et de la recette de Goering (une guerre, c’est des armes, une guerre économique et de la propagande) il est instructif d’examiner le rôle joué par les journalistes et les propagandistes de guerre étatsuniens dans le déclenchement et le soutien à la guerre.

L’Administration Bush a commencé à vendre l’invasion de l’Irak au peuple étatsunien peu après le 11 septembre 2001. Afin de coordonner les efforts, le chef de cabinet de George Bush, Andrew Cars, créa au cours de l’été 2002 un Groupe Irak de la Maison Blanche (White House Iraq Group – WHIG) dont l’objectif était expressément le « marketing » de l’invasion de l’Irak.

Parmi les membres de ce groupe, on trouvait les personnalités médiatiques/propagandistes Karen Hughes et Mary Matalin [toute ressemblance avec la France n’étant que… - NdT]. Le groupe WHIG était remarquable non seulement pour son mépris à l’égard de la vérité, mais aussi par la candeur avec laquelle il reconnaissait mener une campagne de publicité. Un article du New York Times du 7 septembre 2002, intitulé « la Terreur tracée : la stratégie ; les assistants de Bush définissent une stratégie pour vendre leur politique », révéla :

« Selon des officiels de la Maison Blanche, l’Administration suivait un plan méticuleusement préparé pour convaincre l’opinion publique, le Congrés et ses alliés de la nécessité d’affronter la menace posée par Saddam Hussein… »

« Selon les lois du marketing, » a dit Andrew H. Cars Jr, chef de Cabinet à la Maison Blanche et coordinateur du projet, « on ne peut pas introduire de nouveaux produits en plein mois d’aout. » Comme si le « produit » – l’invasion injustifiée d’un état souverain – n’était qu’un bien de consommation, une voiture ou une émission de télé. L’argument de vente inventé fut « le danger imminent » posé par les armes de destruction massive irakiennes. En d’autres termes, le travail du groupe WHIG était avant tout l’incitation à une guerre d’agression par le biais d’une propagande de la peur.

Dans cet esprit, le membre le plus éminent du WHIG, la Conseillère en Sécurité nationale Condoleezza Rice, lors d’une interview accordée à Wolf Blitzer de CNN, brandit le spectre d’un holocauste nucléaire déclenché par l’Irak,

« Nous savons qu’il y a eu des livraisons à l’Irak, par exemple, de tubes d’aluminium d’aluminium de haute qualité qui ne peuvent servir qu’à la création d’armes nucléaires, à l’enrichissement de l’uranium… Le problème est que nous ne saurons jamais exactement à quel moment (Saddam Hussein) pourra disposer d’armes nucléaires. Mais nous ne voulons pas voir ces soupçons se transformer en champignon atomique ».

Cette image de champignon atomique fut une des plus marquantes de toute la guerre de propagande de la Maison Blanche. Elle fut inventée par Michael Gerson quelques jours plus tôt lors d’une réunion du groupe WHIG. La présence d’armes de destruction massive en Irak constituait la clé de voute de la campagne de l’Administration Bush. D’autres éléments importants étaient les liens entre Saddam Hussein et Al Qaeda et par conséquent l’implication de l’Irak dans la tragédie du 11 Septembre.

Tout était faux. Mais en termes de propagande, il y a vérité lorsqu’on réussit à vendre le produit.

SOUMISSION DES MÉDIAS

Le rôle joué par les grands médias étatsuniens au cours des préparatifs de l’invasion contre l’Irak fut marqué par leur soumission généralisée à l’Administration Bush et leur abandon des devoirs les plus fondamentaux quant à l’opinion publique. Cette responsabilité est affirmée non seulement par la résolution 59 mais aussi par le Code d’Éthique de l’Ordre des Journalistes Professionnels, qui précise : « les journalistes doivent vérifier la véracité de l’information de toute source et doivent veiller à ne pas commettre une erreur involontaire. »

Judith Miller, journaliste influente au New York Times,  en s’abstenant de vérifier l’information, a joué un rôle dans la campagne de l’Administration Bush visant à convaincre l’opinion publique d’attaquer un pays qui ne représentait aucune menace. Bien qu’elle n’ait pas été la seule, et loin de là, Miller a probablement eu une responsabilité plus grande que tout autre journaliste pour avoir distillé la peur devant des armes de destruction massive imaginaires. [ndt : le New York Times a finalement licencié Judith Miller pour non-respect de la déontologie – pour l’affaire Valery Plame notamment. L’auteur de cet article semble sous-estimer le travail conscient et volontaire entrepris par Judith Miller dans la guerre contre l’Irak.] A cet égard, elle, comme d’autres journalistes influents qui faillirent, porte sa part de responsabilité morale, sinon pénale, pour les centaines de milliers de morts, les millions de réfugiés et tout le carnage, destruction et souffrances humaines de l’opération « Liberté pour l’Irak ».

Cela dit, certaines personnalités éminentes des médias étatsuniens ont fait beaucoup plus que d’omettre la vérification des sources. Certains ont activement et passionnément encouragé les étatsuniens à commettre et/ou approuver des crimes de guerre, avant et pendant l’agression contre l’Irak.

Parmi les plus connus, on trouve Bill O’Reilly de Fox News qui – à la fois pour l’Afghanistan et l’Irak – a soutenu des crimes interdits par la convention de Genève tels que les punitions collectives contre les civils (Gen. Con. IV, Art. 33) ; l’attaque de cibles civiles (Protocol I, Art. 51) ; la destruction des réserves d’eau (Protocol I Art. 54 Sec. 2) et même la famine (Protocol I, Art. 54 Sec. 1).

Le 17 septembre 2001 : « les États-Unis devraient bombarder les infrastructures de l’Afghanistan et les réduire en miettes : l’aéroport, les centrales électriques ; les réserves d’eau, les routes » s’ils refusent de livrer Ben Laden aux États-Unis. Plus tard, il ajouta : « Ce pays est très primitif. Et leur retirer la capacité d’exister au quotidien ne sera pas compliqué… Il ne faut pas viser les civils. Mais s’ils ne se soulèvement pas contre leur gouvernement criminel, ils crèveront de faim, point final ».

Le 26 mars 2003, quelques jours après le déclenchement de l’invasion de l’Irak, O’Reilly a déclaré : « Certains pensent que nous aurions du accorder aux habitants de Bagdad 48 heures pour évacuer la ville, les avertir en larguant des tracts et en diffusant des messages à la radio et tout ça. Vous avez 48 heures pour dégager, après nous rasons la ville. » [voir Peter Hart “O’Reilly’s War : Any rationale—or none—will do” chez Fairness & Accuracy in Reporting, Mai/Juin 2003]

Punition collective

Un autre journaliste très influent, lauréat du prix Pulitzer et ancien rédacteur en chef au New York Times, le feu A.M. Rosenthal, a aussi défendu les attaques contre des cibles civiles et les punitions collectives dans le cadre de la guerre contre les nations musulmanes du Moyen-Orient. Le 14 septembre 2001, dans un article intitulé « Comment les États-Unis peuvent gagner la guerre », Rosenthal écrivit que les États-Unis devraient laisser à l’Afghanistan, l’Irak, la Lybie, la Syrie et le Soudan trois jours pour réfléchir à un ultimatum leur enjoignant de livrer tous les documents et informations relatifs aux armes de destruction massive et les organisations terroristes. Pendant ces trois jours, « les habitants de ces pays seraient encouragés 24/24h par les États-Unis d’évacuer la capitale et les grandes villes, parce qu’à l’aube du quatrième jour, tout serait rasé. »

Figure médiatique de la droite, Anne Coulter, à l’émission Sean Hannity Show le 21 juillet 2006, appela à une autre guerre et à plus de représailles contre les civils, cette fois contre l’Iran. « Eh bien, je n’arrête pas d’entendre dire que nous ne trouvons pas le matériel nucléaire, et qu’il pourrait être enterré dans des grottes. Et si nous les bombardions de fond en comble jusqu’à qu’ils ne puissent même plus construire un poste de radio ? Alors, ça n’aurait plus d’importance s’ils possèdent le matériel nucléaire. »

Cette pratique des personnalités des grands médias étatsuniens qui consiste à promouvoir des guerres d’agression date d’avant le 11 Septembre. Thomas Friedman, trois fois lauréat du prix Pulitzer, a publié un appel virulent en faveur de crimes de guerre, dont la punition collective des Serbes et la destruction de leurs réserves d’eau, au moment de la crise du Kosovo :

« Mais si la seule force de l’OTAN est celle de pouvoir bombarder sans fin, alors il faut en tirer le maximum. Passons à une vraie guerre aérienne. Que l’on puisse encore organiser des concerts de rock à Belgrade, ou faire des promenades du dimanche, tandis que d’autres Serbes « nettoient » le Kosovo, est scandaleux. Belgrade devrait être une ville plongée dans le noir : chaque centrale électrique, chaque aqueduc, chaque pont, chaque route et chaque usine en rapport avec la guerre doit être visée.

Que ça vous plaise ou non, nous sommes en guerre contre la nation Serbe (et les Serbes sont d’accord là-dessus), et les enjeux doivent être très clairs pour eux : pour chaque semaine que vous passez à ravager le Kosovo, nous vous pulvériserons dix ans en arrière. Vous voulez retourner à 1950 ? Nous pouvons vous faire retourner à 1950. Vous préférez 1389 ? Va pour 1389. » [New York Times, avril 1999]

Ces commentaires à l’emporte-pièce, parfois même sur le ton de la plaisanterie, sur l’imposition d’une guerre contre des pays relativement faibles, sont formulés par des journalistes et personnalités étatsuniens au sommet de la profession. Chacun touche un public de plusieurs millions. Il est difficile d’exagérer leur influence.

Pour ne parler que de ces dix dernières années, les destructions et les massacres engendrés par le « crime international par excellence » de l’agression étatsunienne ont été facilités par cette influence insouciante, irresponsable et/ou malveillante. Malheureusement, les paroles du Procureur de Nuremberg Griffith-Jones sur la propagande du journaliste allemand Julius Streicher s’appliquent aujourd’hui pour certains des journalistes les plus influents d’un pays qui, il y a 60 ans, représentait un espoir à Nuremberg :

Streicher « a rendu ces actes possibles, rendu ces crimes possibles, crimes qui n’auraient jamais été commis sans son soutien et celui de ses semblables. »

En 1947, l’Assemblée Générale des Nations Unies adopta la résolution 127 dans laquelle « l’Assemblée Générale … invite les gouvernements des états membres … à étudier les mesures à prendre au niveau national, dans le cadre de la légalité constitutionnelle, contre la diffusion d’informations fausses ou déformées qui seraient en mesure de porter atteinte aux relations d’amitié entre deux états. »

Malheureusement, 60 ans plus tard, peu de progrès ont été accomplis. La propagande de guerre est toujours légale et très vivante – florissante même, comme on peut le constater dans les appels réitérés à envahir un autre pays qui n’a jamais menacé les États-Unis : l’Iran.

Dans l’état actuel des choses, avec les États-Unis qui sont toujours la plus grande puissance militaire au monde, les propagandistes étatsuniens qui ont permis l’invasion de l’Irak et d’autres guerres d’agression n’ont pas de souci à se faire quant à leur responsabilité devant les principes de Nuremberg. Et pourtant, il serait difficile de nier qu’ils ont du sang sur les mains.

Peter Dyer

USA : le budget militaire coûte plus cher que le plan de sauvetage de Paulson

par Manlio Dinucci pour Il Manifesto

« Trois jours après son approbation, le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars, qui aurait dû calmer le système financier mondial, apparaît comme un caillou jeté dans une mer en pleine tempête ». Cette conclusion inconfortable, tirée du New York Times d’hier (6 octobre 2008, NDT) n’est pas étonnante. Pour comprendre quelles sont les dimensions et implications de la bulle spéculative qui a explosé dans le système financier mondial, il suffit de penser que dans les Bourses de New York et Paris, gérées par le groupe financier Nyse Euronext, opèrent 4000 sociétés dont les actions ont gonflé (souvent à travers des mécanismes spéculatifs) jusqu’à une valeur totale de plus de 50.000 milliards de dollars, équivalente à la valeur de tous les biens et services produits annuellement sur tout le globe.

Source ArmsUnderControl.org

Le « plan de sauvetage » lancé aux États-Unis avec un décaissement massif d’argent public démontre que, contrairement à ce que certains soutiennent, la mondialisation ne comporte pas la disparition des états, lesquels continuent à jouer un rôle important de soutien de leurs élites respectives économiques et financières et de leurs groupes multinationaux. Bien que détenant encore la plus grande économie du monde, les États-Unis sont en train de perdre du terrain par rapport à l’Union européenne, au Japon et à la Chine. D’où la nécessité de soutenir leurs propres intérêts par la force militaire, pour maintenir leur suprématie.

Ceci implique une dépense militaire croissante.Tandis que l’attention mondiale était concentrée sur le « plan de sauvetage », un fait est passé quasiment inaperçu : le Congrès des États-Unis a approuvé à une écrasante majorité bipartisane, pour l’année fiscale 2009 (qui commence le 1er octobre 2008), une dépense militaire de 612 milliards de dollars. Celle-ci comprend le budget du Pentagone, en augmentation de 74% depuis que l’Administration Bush est entrée en fonction en 2001, et 70 milliards de dollars pour les guerres en Irak et Afghanistan. Mais ça n’est pas tout. Le budget du Pentagone atteindra à coup sûr ou dépassera, au cours de l’année fiscale, le chiffre de 515 milliards de dollars requis par l’Administration Bush, et les 70 milliards pour les guerres ne sont qu’un acompte. Il faut ajouter à cela 10 milliards pour les armes nucléaires (portés au budget du Département de l’Énergie), et au moins 50 milliards pour le « programme national d’Intelligence » (intelligence est le nom qu’on donne aux services secrets, cela n’implique pas forcément que les autres services en soient dépourvus, NdT) et d’autres autres postes qui portent le total de la dépense militaire annuelle des États-Unis bien au-delà du « plan de sauvetage ».

Cette colossale dépense militaire, équivalente à environ la moitié de la dépense mondiale, est payée avec l’argent public. Elle contribue ainsi de façon non négligeable à accroître le déficit du budget fédéral, estimé à 407 milliards de dollars pour l’année fiscale 2009. Le déficit, à son tour, accroît la dette publique. Une autre nouvelle passée inaperçue, tout comme l’approbation du budget militaire, du fait de l’attention portée au « plan de sauvetage », est le fait que la dette publique étasunienne a dépassé les 10.000 milliards de dollars, équivalents à plus de 70% du PIB. Depuis que l’Administration Bush est entrée en fonction en 2001, cette dette a augmenté de plus de 70%. Un véritable record.

Qui paie tout ça ? Dans les médias on ne parle que des investisseurs qui sont en train de perdre de l’argent suite à la crise financière. En revanche on ne parle pas des conséquences dans les couches les plus défavorisées de la population étasunienne, aggravées par les coupes croissantes dans les dépenses sociales. C’est ainsi qu’est aussi passée inaperçue, tout comme les dépenses militaires et le super-déficit, la nouvelle que les citoyens étasuniens obligés d’avoir donc recours aux "food stamps" (bons pour la fourniture de nourriture) ont augmenté en trois mois de 28 à 29 millions de personnes. Ils peuvent se consoler en pensant que les USA dépensent chaque mois 16 milliards de dollars pour les guerres en Irak et en Afghanistan. Ce qui, souligne le Pentagone, permet de « capturer ou tuer les terroristes qui menacent les États-Unis, leur peuple et leurs intérêts dans le monde ».

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio pour Mondialisation.ca

« De troublantes connexions»  un article de L’Humanité Dimanche

Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, la France s’est mise au diapason de ses nouveaux alliés néoconservateurs. Mais si la nouvelle doctrine antiterroriste défendue par Hervé Morin et Bernard Kouchner était suivie à la lettre, où mènerait-elle ?

Article paru dans l’Humanité Dimanche le 11/09/2008

Dans une Tribune publiée à la fin du mois d’août, voici comment Bernard Kouchner et Herve Morin défendaient l’engagement français en Afghanistan : « souvenons-nous que nous sommes entrés en Afghanistan, avec nos alliés, après le 11 septembre 2001, il s’agissait de chasser du pouvoir un régime qui avait accueilli sur son territoire des forces terroristes entrainées et équipées pour frapper l’un des nôtres. Nous avons, ensemble, adressé un message clair aux régimes complaisants avec le terrorisme : il n’y a plus d’impunité pour ceux qui frappent au cœur l’un d’entre nous » (1).

Si l’on suit la logique des deux ministres, pourquoi les États-Unis et leurs alliés n’ont-ils pas envahi l’Arabie Saoudite et le Pakistan, soupçonnés d’être les principaux « bailleurs de fonds » du terrorisme international ? Deux épisodes ont ainsi été totalement ignorés par la commission d’enquête sur le 11 Septembre.

La « confession » d’Abu Zubaydah : arrêté au mois de mars 2002 au Pakistan, le chef des opérations d’al Qaida aurait confié aux forces américaines comment il « travaillait » en collaboration avec de hauts dignitaires du régime saoudien chargés d’établir la liaison entre l’organisation terroriste d’Oussama Ben Laden et le régime de Riyad, et comment ce dernier avait une connaissance préalable des attaques du 11 Septembre. Détail macabre, les trois princes dont il a révélé le nom lors de son interrogatoire ont tous trouvé la mort au mois de juillet suivant, à quelques jours d’intervalle (2). Le premier (le prince Ahmed) aurait succombé à une crise cardiaque pendant son sommeil, le deuxième (le prince Sultan) dans un accident de voiture et le troisième (le prince Fahd) serait mort de soif dans le désert.

Concernant le Pakistan, les connexions sont encore plus gênantes. Selon des informations initialement rendues publiques par la presse indienne, et confirmées ensuite par le chef de la division des enquêtes financières du FBI, le patron des services de renseignement pakistanais (ISI) aurait lui-même ordonné un virement de 100.000$ (66.000€) sur le compte de Mohammed Atta, le chef présumé des pirates de l’air du 11 Septembre. Des détails dont ne s’est guère embarrassée la commission d’enquête : « jusqu’à ce jour, peut-on lire dans le rapport final (3), le gouvernement américain n’a pu déterminer l’origine des fonds utilisés pour les attentats du 11 Septembre. » « Au fond, ajoute-t-elle de manière incompréhensible, cette question n’a que peu d’importance pratique. »

Difficile, dans cette « guerre mondiale contre le terrorisme », de savoir qui soutient qui, et en vertu de quelles alliances. Si les États-Unis ont récemment feint de découvrir la lune en accusant les services secrets pakistanais de jouer « double jeu » avec le « terrorisme » (4), leurs homologues d’Islamabad n’ont pas hésité à leur renvoyer le compliment. Selon le principal quotidien pakistanais « The News » (5), « pour des raisons qui sont connues au quartier général de la CIA ainsi qu’au Pentagone, des officiels pakistanais accusent les Américains de ne pas s’intéresser à la « fontaine de terrorisme » afghan située au Baloukistan (province située à la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan). »

Plus explicite encore, citant les mêmes « sources officielles fiables », « The News » indique l’existence de « preuves solides et circonstanciées étayant le soutien américain » au terrorisme à l’intérieur des frontières pakistanaises, présentées entre autres par le général Pervez Mousharraf à ses homologues états-uniens lors d’une rencontre à Islamabad le 12 juillet.

Marc de.Myramon pour l’Humanité Dimanche, le 11/09/2008

(1)« Afghanistan, le sens de notre engagement » par Bernard Kouchner et Hervé Morin, 29 août 2008.
(2)« Pourquoi l’Amérique s’est endormie », par Gérard Posner, Random House, 2003.
(3)« 11 septembre 2001, rapport final de la commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis ». Alban Éditions. Page 267.
(4)« Le Monde », 5 août 2008.
(5)« Les États-Unis accusés de soutenir le terrorisme au Pakistan », « Hindustan Times », le 5 août 2008.


Note de ReOpenNews : Cet article fait partie du Dossier sur le 11/9 publié par l’Humanité Dimanche, avec un autre article déjà publié sur notre site, qui était consacré au Mouvement pour la Vérité sur le 11 Septembre.

La guerre contre l’Afghanistan: un acte illicite et criminel

 Un examen des faits, des normes et des responsabilités

par Elias Davidsson, spécialiste du droit international
Septembre 2008

Le 7 octobre 2001, les États-Unis et la Grande-Bretagne entamaient une campagne de bombardements contre un pays membre de l’ONU, l’Afghanistan. Le même jour, le représentant permanent des États-Unis auprès des Nations Unies envoya une lettre adressée au Président du Conseil de sécurité dans laquelle les États-Unis présentaient les raisons et les normes juridiques qui, selon eux, justifiaient leur action militaire. [Document ONU No. S/2001/946]

Dans cette lettre, les États-Unis justifiaient leur action militaire par l’Article 51 de la Charte de l’ONU, « dans l’exercice de leur droit naturel à la légitime défense individuelle et collective à la suite des attaques armées perpétrées contre eux le 11 septembre 2001. »

Cette phrase résume les deux fondements sur lesquels les États-Unis ont bâti leur justification pour leur action militaire : d’une part, des faits (les attaques terroristes subies) et des présomptions sur la culpabilité de leurs auteurs (ben Laden et la fameuse « nébuleuse » al-Qaïda) et d’autre part, une norme juridique du droit international (le droit de légitime défense).

La première partie de cet exposé consiste à démontrer le non-fondé de la justification présentée par les États-Unis au Conseil de sécurité de l’ONU : d’abord, parce que les États-Unis n’ont fourni aucune preuve que les événements du 11 septembre 2001 avaient un quelconque lien avec l’Afghanistan. Ensuite, même si ce lien avait réellement existé, le droit de légitime défense ne serait pas applicable à une réponse militaire exercée un mois après la présumée attaque subie. Nous montrons que le recours à la force contre l’Afghanistan et l’occupation de ce pays constituaient et continuent à constituer un acte d’agression, tel que ce terme est défini par la communauté internationale.

La deuxième partie de cet exposé examinera les responsabilités juridiques découlant du fait de l’agression contre l’Afghanistan.

Enfin, des recommandations seront faites pour restaurer le respect du droit international par les pays membres de l’OTAN, en ce qui concerne l’Afghanistan.

A. Les éléments probatoires

Dans leur lettre au Conseil de sécurité, les États-Unis affirment que « [l]es attaques perpétrées le 11 septembre 2001 et la menace que l’organisation al-Qaïda fait actuellement peser sur les États-Unis et ses ressortissants découlent de la décision du régime des Taliban de permettre que des parties de l’Afghanistan placées sous son contrôle servent de base d’opérations. »

Or, à ce jour le gouvernement américain n’a présenté aucune preuve fiable d’une quelconque relation entre l’Afghanistan et les crimes du 11 septembre 2001. Tout ce que la lettre présente comme élément probatoire sur la responsabilité de l’Afghanistan pour ce crime est une seule phrase: « Depuis le 11-Septembre, mon gouvernement a obtenu des informations claires et irréfutables selon lesquelles l’organisation al-Qaïda, qui reçoit l’appui du régime des Taliban en Afghanistan, avait joué un rôle central dans les attaques » contre les États-Unis. Ces informations n’ont pas été communiquées au Conseil de sécurité. La lettre continue : « De nombreux éléments restent pour l’heure inconnus. Notre enquête n’en est qu’à ses débuts. Nous pouvons être amenés à engager de nouvelles actions [militaires] contre d’autres organisations et d’autres États dans le cadre de notre droit de légitime défense. »

Auparavant, les États-Unis avaient promis de présenter à la communauté internationale les preuves selon lesquelles les attaques du 11 septembre 2001 auraient été orchestrées ou dirigées par Oussama ben Laden, ou par d’autres personnalités du groupe appelé al-Qaïda, en Afghanistan. Selon une interview menée par téléphone satellitaire par la chaîne al-Jazira le 12 septembre 2001, avec un proche de ben Laden, celui-ci indiquait qu’apprenant la nouvelle des attaques, le leader d’al-Qaïda « avait loué le Dieu tout-puissant et s’était prosterné devant Lui », mais « qu’il n’avait aucune information, ni connaissance préalable des attaques ». L’agence Afghan Islamic Press (proche du pouvoir taliban) diffusa, le 17 septembre, un communiqué d’Oussama ben Laden lui-même. Il y déclarait : « J’ai prêté un serment d’allégeance [au mollah Omar] qui ne me permet pas de faire de telles choses depuis l’Afghanistan. On nous a attribué des responsabilités par le passé, mais nous ne sommes pas impliqués aujourd’hui ».

L’ambassadeur du gouvernement Taliban au Pakistan, Mullah Abdul Salam Zaeef, a condamné le 12 septembre 2001 les attaques perpétrées aux États-Unis la veille. Il a déclaré : « Nous voulons dire aux enfants américains que l’Afghanistan ressent votre douleur. Nous espérons que les tribunaux trouvent la justice. » (Source : « Taliban Diplomat Condemns Attacks » CNN website, http://www.cnn.com/2001/WORLD/asiapcf/central/09/11/afghan.taliban/index.html posté le 11 septembre 2001) Le gouvernement Taliban d’Afghanistan annonça le 18 septembre 2001 qu’il était prêt à livrer Oussama ben Laden, mais seulement après avoir reçu des preuves de sa responsabilité dans le 11-Septembre. Le gouvernement américain rejeta cette offre et demanda inconditionnellement que ben Laden lui soit livré sans quoi l’Afghanistan en subirait les conséquences.

La plupart des alliés pressèrent les USA d’étayer leurs accusations. Le Président français, Jacques Chirac, et le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, donnèrent une conférence de presse commune, au Palais de verre, le 19 septembre, pour rappeler qu’il ne pouvait y avoir d’action militaire tant que les auteurs ne seraient pas identifiés et que des preuves de l’implication de pays ou de groupes ne seraient pas apportées.

Le 23 septembre, le général Colin Powell, secrétaire d’État, invité de Meet the Press (NBC), déclara : « Nous travaillons dur pour synthétiser toutes les informations judiciaires et les renseignements. Et je pense que, dans un futur proche, nous pourrons publier un document qui décrira clairement les preuves dont nous disposons de ses liens avec cette attaque ». Le lendemain, le porte-parole de la Maison Blanche annonça que M. Colin Powell n’avait rien promis du tout. La promesse de M. Colin Powell resta lettre morte. Plus tard, Powell quitta son poste.

L’auteur de ces lignes a demandé au gouvernement de son pays, l’Islande, qui est membre de l’OTAN, de lui fournir les éléments probatoires sur la base desquels son gouvernement avait décidé de soutenir la décision de l’OTAN prise le 2 octobre 2001, de considérer les événements du 11 septembre 2001 comme une « attaque contre les États-Unis » et donc une attaque contre tous les pays de l’OTAN. La réponse du ministère des Affaires étrangères islandais – qui se fit tarder – fût que ces informations relevaient des secrets de l’OTAN. Les électeurs islandais n’avaient donc pas le droit de connaître les raisons pour lesquelles leur gouvernement a agi en leur nom contre l’Afghanistan. Ce dédain envers les droits démocratiques se manifesta de la même manière dans tous les pays de l’OTAN, et même au Japon.

Le FBI offrit sur son site Internet une récompense de 25 millions de dollars pour quiconque contribuerait à l’arrestation ou à la condamnation d’Oussama ben Laden (voir http://www.fbi.gov/wanted/topten/fugitives/laden.htm). Or, il a été remarqué que le FBI ne mentionne pas la responsabilité de M. ben Laden dans les événements du 11-Septembre. Un journaliste du site américain Muckraker Report demanda des précisions au FBI à la suite de cette découverte étrange. M. Rex Tomb, le porte-parole du FBI, a répondu en juin 2006 que le FBI ne possède aucune preuve qui lierait M. ben Laden aux événements du 11 septembre 2001 (voir http://www.teamliberty.net/id267.html). Les médias ne mentionnèrent pas cette déclaration extraordinaire de la part d’une agence du gouvernement américain.

Puisque le FBI ne possède aucune preuve sur la responsabilité de ben Laden et que les preuves annoncées par le Département d’État n’ont jamais été présentées, il est donc plausible que le présumé secret de l’OTAN mentionné ci-dessus se porte non sur de présumés secrets militaires mais sur le fait qu’il n’existe aucune preuve reliant l’Afghanistan aux événements du 11-Septembre. Exposer la nudité « du roi » résulterait à prouver que les États-Unis ont menti au Conseil de sécurité et à l’OTAN, comme ils l’ont fait à propos des présumées armes de destruction massive de l’Irak. Exposer ce secret embarrasserait également les pays membres de l´OTAN qui ont cru sur parole les déclarations du gouvernement américain reliant l’Afghanistan aux événements du 11-Septembre. L’absence de preuves rend l’action militaire menée contre l’Afghanistan et l’occupation de ce pays qui en résulte, illégitimes.

B. La base juridique pour l’action militaire contre l’Afghanistan

L’usage de la force contre des États est réglé par le droit international. Il n’est permis que dans deux cas : Lorsqu’un État est agressé, il a droit à se défendre. Et lorsque le Conseil de sécurité détermine qu’une menace pèse sur la paix et sécurité mondiale ou qu’une rupture de la paix a eu lieu, il a le droit d’autoriser un ou plusieurs États membres à user de la force pour restaurer la paix.

Dans le cas qui nous intéresse ici, les États-Unis invoquèrent le droit à la légitime défense, inscris à l’Article 51 de la Charte de l’ONU. Selon cet article « [a]ucune disposition de la (…) Charte ne porte atteinte au droit naturel de légitime défense, individuelle ou collective, dans le cas où un (pays) Membre des Nations Unies est l’objet d’une agression armée, jusqu’à ce que le Conseil de sécurité ait pris les mesures nécessaires pour maintenir la paix et la sécurité internationales. » Les États ne peuvent pas – il va de soi – falsifier, inventer ou exagérer à leur guise des attaques par des États tiers ou des menaces, pour justifier leurs propres agressions. L’évaluation de la licité d’un acte international ne dépend pas de la position d’autres États envers cet acte, mais des normes du droit international y compris le principe de la bonne foi.

1. Les conditions nécessaires pour le recours à la légitime défense

Bien que les conditions permettant l’usage de la force sur la base de la légitime défense n’aient pas été normalisées par une convention internationale ou une déclaration de l’ONU (voir par exemple l’article « The Right of Self-Defence under International Law – The Response to the Terrorist Attacks of September 11 » par Angus Martyn, Law and Bills Digest Group, Parlement australien, 12 février 2002), le concept d’agression a été défini par une déclaration de l’Assemblée générale de l’ONU adoptée à l’unanimité qui permet donc l’examen de cas précis où l’usage interétatique de la force entre en jeu, comme les attaques contre l’Afghanistan et son occupation.

Certaines conditions préalables à l’usage de la force sur la base de la légitime défense sont reconnues dans le droit coutumier international depuis la lettre envoyée au XIXe siècle par le secrétaire d’État américain Daniel Webster au ministre britannique Lord Ashburton. Dans cette lettre, il affirma que la nécessité d’utiliser la force devait être « instantanée, écrasante, ne connaissant aucun autre moyen et aucun moment de délibération. » Cette formulation est aujourd’hui acceptée malgré les tentatives des États-Unis à étendre ces conditions à des conjectures hypothétiques (voir le Traité de droit international Oppenheim’s International Law, 9th edition, p.412).

Même si les attentats du 11-Septembre avaient été planifiés en Afghanistan, une réponse militaire contre l’Afghanistan ne remplissait pas les conditions nécessaires pour invoquer la légitime défense. Le recours de la force n’était certainement pas une nécessité immédiate vu que les attaques se sont terminées 2 heures après avoir débuté ; aucun danger écrasant n’existait concernant l’intégrité du territoire américain, sa souveraineté ou son indépendance politique ; d’autres moyens étaient directement envisageables pour répliquer au crime commis, y compris l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant l’arrestation de certains suspects du crime. Dans leur lettre au Conseil de sécurité, les États-Unis reconnaissent eux-mêmes que leur « enquête n’en est qu’à ses débuts ». Les États-Unis se sont donc donné eux-mêmes un délai indéfini de délibération qui, selon le droit coutumier international, leur interdira l’usage unilatéral de la force.

Le terme « agression armée » utilisé par l’article 51 de la Charte ne correspond nullement à des actions ponctuelles de terroristes individuels. Selon les principes d’interprétation des traités, dont la Charte de l’ONU, un terme doit être interprété tout d’abord selon l’acceptation ordinaire de ce terme. L’expression « agression armée » renvoie à des actions qui menacent la souveraineté nationale, l’indépendance politique ou l’intégrité territoriale d’un pays. Le terrorisme est une forme de crime politique qui appelle en premier lieu des réponses policières et politiques.

Le délai que se sont donné les États-Unis pour attaquer l’Afghanistan avait amplement suffi pour que les États-Unis saisissent le Conseil de sécurité des Nations Unies afin qu’il étudie le dossier comprenant la prétendue menace contre la paix qui proviendrait de l’Afghanistan et prenne les mesures nécessaires. Or les États-Unis ne présentèrent aucune preuve d’une telle menace.

Le recours à la force par les États-Unis contre l’Afghanistan ne remplit donc pas les conditions positives établies par le droit coutumier international pour permettre leur action. Cette action était donc doublement illégitime : par manque de preuves sur la responsabilité de l’Afghanistan et par le caractère illicite et frauduleux du recours à la légitime défense.

2. Les attaques contre l’Afghanistan : un cas d’agression

Un examen – même superficiel – de l’usage de la force par les États-Unis et la Grande Bretagne contre l’Afghanistan à partir du mois d’octobre 2001, montre qu’il s’agissait d’une « agression », tel que ce terme a été défini par l’Assemblée générale de l’ONU dans l’Annexe attaché à la résolution 3314 (XXIX) adoptée le 14 décembre 1974. Cette Annexe précise que « l’emploi de la force armée en violation de la Charte par un État agissant le premier constitue la preuve suffisante à première vue d’un acte d’agression ». Les attaques injustifiées des États-Unis et de la Grande-Bretagne contre l’Afghanistan constituaient donc « l’emploi de la force armée » et une « preuve suffisante à première vue d’un acte d’agression ». 

L’agression elle-même est définie dans l’Annexe comme « […] l’emploi de la force armée par un État contre la souveraineté, l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un autre État ou de toute autre manière incompatible avec la Charte des Nations Unies ». Les bombardements contre l’Afghanistan et l’occupation de ce pays par des troupes étrangères, un pays qui n’avait ni attaqué ni menacé les États-Unis ou la Grande-Bretagne constituaient donc un acte d’agression contre ce pays, violant aussi bien la souveraineté que l’indépendance politique de ce pays, causant en outre la mort de milliers de personnes innocentes. Cette agression n’est terminée que lorsque l’Etat agresseur retire ses forces du pays agressé.

L’article 3 de l’Annexe cite un nombre d’actes constitutifs d’une agression, dont certains s’appliquent directement aux actes perpétrés contre l’Afghanistan :

  • L’invasion ou l’attaque d’un territoire d’un État par les forces armées d’un autre État, ou toute autre occupation militaire, même temporaire, résultant d’une telle invasion ou d’une telle attaque… ;
  • Le bombardement, par les forces armées d’un État, du territoire d’un autre État, ou l’emploi de toute arme par un État contre le territoire d’un autre État.

Cet article étend aussi la définition de l’agression à un État qui admet « que son territoire, qu’il a mis à la disposition d’un autre État, soit utilisé par ce dernier pour perpétrer un acte d’agression contre un État tiers. » La définition d’agression s’applique donc aux États qui ont mis leur territoire à la disposition des forces armées américaines et britanniques afin de commettre une agression contre l’Afghanistan, par exemple les États qui ont permis aux États-Unis et à la Grande-Bretagne d’acheminer leurs forces armées par leur territoire pour attaquer l’Afghanistan.

C. Les responsabilités juridiques découlant de l’acte d’agression contre l’Afghanistan

1. Responsabilité des États

Selon le droit international, un acte d’agression – qui est un acte illicite – entraîne la responsabilité de l’État agresseur envers l’État agressé. La responsabilité des États pour des actes illicites est un des principes reconnus du droit général international.

La responsabilité d’un État entraîne une obligation de sa part à réparer le tort commis, par exemple en rétablissant le statut antérieur, en offrant des réparations, en s’engageant à ne pas répéter l’acte illicite. Dans le cas de l’Afghanistan, les États agresseurs sont donc tenus à retirer leurs forces militaires de l’Afghanistan pour rétablir le statut antérieur à l’invasion, payant des réparations à l’Afghanistan pour le dommage infligé au pays, reconnaissant que l’agression était basée sur des mensonges et châtiant les responsables de ces actes illicites.

Nous avons déjà mentionné plus haut que l’occupation militaire, même temporaire, résultant d’un acte d’agression est en elle-même un acte d’agression. Tant que l’occupation continue, l’État est sujet à une agression contre laquelle ses ressortissants ont un droit de légitime défense de résister, y inclus par la force. La responsabilité de réparation incombe aussi aux États qui maintiennent par leur propre contribution l’occupation militaire illicite de l’Afghanistan. Le Conseil de sécurité n’est pas habilité par les membres de l’ONU à légitimer une violation de la Charte ou un crime international. Ses décisions adoptées après l’invasion de l’Afghanistan et qui visent des buts humanitaires dans ce pays ne légitiment donc pas l’occupation militaire et n’affectent pas la responsabilité des États agresseurs envers cette nation.

2. Responsabilité des individus

L’acte d’agression équivaut aussi à un crime international dont l’appellation initiale – lors du procès de Nuremberg – fût « crime contre la paix ». L’appellation de ce crime aujourd’hui est simplement « agression » (voir les statuts de la Cour Pénale Internationale). La question des crimes commis pendant un conflit armé (crimes de guerre), que ce soit par les forces armées étrangères en Afghanistan ou par des forces afghanes, n’est pas examiné dans le dossier présent.

Un crime international engage uniquement les individus. Dans le cas d’une agression (au sens du droit international), il s’agit d’individus ayant conspiré, préparé et décidé d’envoyer leurs forces armées à commettre le crime international suprême, le crime d’agression. Le cas échéant, il s’agit des hauts responsables de la politique américaine et britannique qui ont décidé, sans aucune justification, de lancer leurs forces armées à bombarder un des pays les plus pauvres du monde, et d’instaurer dans ce pays un gouvernement fantoche, entraînant la mort de milliers de personnes innocentes, une destruction massive et l’abolition de la souveraineté et de l’indépendance de ce pays.

Une difficulté existe néanmoins à traduire les responsables de la guerre d’agression contre l’Afghanistan devant la justice pour leur participation à ce crime. Les statuts de la Cour Pénale Internationale ne permettent pas encore de traduire devant la cour des individus pour le crime d’agression. Les États-Unis ne reconnaissent pas, de toute façon, la juridiction de cette cour. Il est donc irréaliste de voir les promoteurs de cette guerre traduits devant la justice. Par contre, des procédures existent à l’intérieur des États-Unis, et dans certains autres pays, qui permettraient de traduire devant la justice les responsables de cette guerre d’agression sur la base de la législation nationale. Mais même s’il n’est pas encore possible de traduire les responsables d’une guerre d’agression devant la justice, il est souhaitable d’informer les auteurs – et le public en général – de la nature criminelle de ces actes.

D. Recommandations

Vu le caractère illicite des attaques menées contre l’Afghanistan par les États-Unis et la Grande-Bretagne et la complicité politique et juridique d’États tiers dans l’agression et l’occupation de l’Afghanistan, il incombe aux citoyens des pays agresseurs :

(a) De demander le retrait immédiat des forces militaires de leurs pays de l’Afghanistan.

(b) De demander l’établissement d’une commission d’enquête à l’intérieur de chaque pays agresseur afin de déterminer les conditions dans lesquelles une décision a été prise par le gouvernement de soutenir cet acte d’agression contraire au droit international et de déterminer les responsabilités des individus concernés.

(c) De demander l’établissement par les Nations Unies d’un Fond de réparation pour l’Afghanistan auquel les pays agresseurs devraient contribuer.

(d) De demander l’adoption d’un statut juridique dans le droit interne déclarant le crime d’agression comme une infraction pénale engageant ses auteurs.

(e) De soutenir la proposition d’une commission indépendante internationale sous la tutelle des Nations Unies pour établir la vérité sur les événements du 11-Septembre qui ont été utilisés pour justifier l’agression contre l’Afghanistan.


Notes de ReOpenNews : M. Elias Davidsson, membre de ReOpen911, est un spécialiste du droit international et un défenseur de la Paix et des Droits de l’Homme. Homme de multiples talents et intérêts (informaticien, compositeur de musique…) M. Davidsson est né en Palestine, en 1941, avant la création de l’État d’Israël. Voici sa présentation :

« Mes parents étaient des réfugiés juifs d’Allemagne. Mon histoire personnelle, comme celle de mes parents, m’a convaincu de m’opposer de toutes mes forces contre le racisme. Or, aujourd’hui le racisme le plus virulent pratiqué en Occident vise les musulmans. Ce sont donc eux qui devraient avoir droit à notre protection et à notre sympathie. La diabolisation des musulmans est un instrument de propagande utilisé pour justifier les attaques de pays musulmans et s’accaparer leurs richesses énergétiques, comme le régime nazi a diabolisé les juifs pour leur dérober leur patrimoine. L’odieux journal Der Stürmer qui diffusait un antisémitisme grossier et ordurier est remplacé aujourd’hui, non par un seul, mais par des centaines de médias qui diffusent sournoisement des mythes non moins odieux sur un soi-disant complot terroriste mondial inspiré par l’Islam. C’est donc en tant que juif – comme les autorités rabbiniques me définissent – que je m’oppose à la diabolisation des musulmans, particulièrement par le biais d’accusations sans fondement contre 19 prétendus kamikazes musulmans. » (Note de la rédaction : il s’agit pour M. Davidsson de la version officielle des événements du 11-Septembre, celle du complot islamiste des 19 kamikazes, que personne n’a vu embarquer dans les avions). « C’est aussi en tant que chercheur – dont les écrits ont été publiés par des revues spécialisées de droit – que je me révolte contre le manque de rigueur intellectuelle de ceux qui propagent à tout vent des mythes sur le danger du terrorisme islamique. Les faits, et en particulier, les statistiques sur le terrorisme démentent ce discours. Comme toujours, le talon d’Achille des puissants se situe dans leurs mensonges et leur peur panique de la vérité. »

 

Les attentats du 11 Septembre : un alibi pour sortir du traité ABM ?

par RAG pour ReOpen911.info, le 04 août 2008

En 2000, les futurs conseillers de l’administration Bush II, réunis au sein du groupe de réflexion « Project for the New American Century » (PNAC) rendent un rapport intitulé « Reconstruire les Défenses de l’Amérique ». Ce projet décrit la stratégie des forces armées américaines nécessaires pour la « Pax Americana ». Leur ambition est de créer une armée spatiale et de poursuivre le développement du bouclier anti-missiles afin d’établir l’hégémonie des Etats-Unis.

 

Albert Wohlstetter (1913-1997) était professeur à l’université de Chicago et conseiller de la Rand Corporation. Il fut l’inspirateur du néo-conservatisme et dans The Delicate Balance of Terror il préconisait dès 1958 l’utilisation d’armes nucléaires tactiques en liaison avec d’autres armes téléguidées suffisamment précises pour éviter les dommages collatéraux, c’est-à-dire la mort de populations civiles.
Ce faisant, c’était un adversaire du traité de désarmement nucléaire signé entre l’Union Soviétique et le gouvernement américain qui selon lui, limitait la créativité technologique des États-Unis tout en ne maintenant qu’un équilibre artificiel avec l’URSS.

Le traité ABM (anti-missiles Balistiques) conclu en 1972 entre Nixon et Brejnev obligea les Américains à stopper officiellement la militarisation de l’espace. Le 8 mars 1983, en pleine Guerre Froide, Reagan qualifia l’Union Soviétique d’« Empire du mal ». La politique du Président américain en matière de défense s’articulait autour de la doctrine « Paix dans la force ». Ainsi naquit « Star Wars », qui désignait le programme américain de défense anti-missiles, aussi appelé « Initiative de Défense Stratégique » (IDS). Son lancement intervint le 23 mars 1983. Il s’agissait d’un projet de réseau de satellites capable de détecter et détruire les missiles balistiques lancés contre les États-Unis.

17 ans plus tard, en 2000, les néoconservateurs du PNAC réclament la maîtrise de l’espace et constatent que leur programme, qui nécessite une forte augmentation du budget militaire du Pentagone, ne pourra se réaliser qu’à la faveur d’un événement d’une exceptionnelle gravité, tel qu’un nouveau Pearl Harbor.
Alors qu’il était administrateur de la Rand Corporation et juste avant qu’il ne devienne secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld a théorisé l’arme spatiale. Son ambition était de créer un nouveau type d’armée et de mettre en œuvre le fameux bouclier anti-missiles. Rumsfeld s’est demandé si le seul événement capable de galvaniser les énergies de la  nation et de forcer le gouvernement à agir, ne serait pas une attaque destructrice contre les USA, un « Pearl Harbor spatial. »

Delmart Vreeland, agent des services secrets de l’US Navy, avait décrit ce programme lors d’un entretien avec Mike Ruppert où il expliquait en ces termes les raisons de sa présence à Moscou fin 2000 : « J’avais été envoyé là-bas par le gouvernement des États-Unis et par l’ONI [Office of Naval Intelligence]. J’ai reçu mes ordres entre le 4 et le 7 septembre 2000. C’était pour travailler à l’ambassade canadienne sur des diagrammes et des projets concernant un système d’armes défensives [weapons defense system]. Le nom de ce système de défense est SSST [Stealth Satellite System Terminator - Système de satellite furtif Terminator]. La seule partie dont j’ai parlé publiquement est un élément relatif à des satellites réellement en orbite actuellement, qui ne sont pas à ce jour la propriété du gouvernement des Etats-Unis. Sur conseil de mon avocat, je ne peux pas parler des autres composants. ». Vreeland donnait une description du système ABM américain et précisait que les satellites utilisés étaient de type civil.

En juin 2001 eut lieu un exercice de simulation militaire appelé Amalgam Virgo. Le visage de ben Laden apparaissait dans le document d’Etat-major. Le scénario envisagé, une frappe d’un missile de croisière, ressemblait en tous points à l’attaque du Pentagone. Cet exercice sera cité en 2004 lors de la Commission d’Enquête sur les attentats mais aucune investigation ne sera menée. Autre coïncidence, le jour des attentats du 11 Septembre se déroulait aussi un exercice de simulation de guerre nucléaire appelé Global Guardian.  La marine américaine (US Navy) faisait partie de cette opération et était en mesure d’envoyer un missile sur le Pentagone grâce au système AEGIS.
Au lendemain d’une agression terroriste inédite sur leur propre sol, et se considérant en guerre, les États-Unis se voient reconnaître par le Conseil de sécurité de l’ONU le droit à la légitime défense.

L’annonce du retrait du traité ABM fut rendue publique dès le 13 décembre 2001. Le mardi 12 juin 2002, à Madrid, George W. Bush affirmait que c’était désormais « un vestige du passé ». Le lendemain, les Etats-Unis étaient officiellement désengagés de ce traité.
Ce retrait unilatéral fit sauter le verrou qui empêchait le développement du bouclier spatial. Non seulement ce programme retrouvait ainsi une actualité, mais c’était désormais l’US Navy qui était en position centrale dans ce qui succédait au programme IDS : la National Missile Defense mise en œuvre par la Missile Defense Agency (MDA).

Les attaques du 11 Septembre, venues du ciel, ont vraiment constitué une aubaine pour les « va-t-en guerre » néoconservateurs. En faisant voter au Congrès américain le plus gros budget de défense militaire, de l’histoire, la guerre au terrorisme a pu être lancée en Afghanistan, fief des Talibans, de ben Laden et d’Al-Qaida.  La traque de ben Laden, commencée il y a sept ans, s’est avérée infructueuse et étrangement, il n’est toujours pas inculpé par le FBI pour les attentats du 11/09.

Conclusion

Les attentats du 11 Septembre ont clairement constitué pour les USA, le bon de sortie du traité ABM de 1972.

Au mois de mai 2008, le PNAC a arrêté la diffusion de son site internet, cependant la doctrine des néoconservateurs a été reprise par l’American Committee for a Strong Europe qui prévoit de reconstruire les forces armées européennes par l’intermédiaire de l’OTAN et par l’adoption de la politique de défense commune du mini-traité de Nicolas Sarkozy. Le projet de bouclier anti-missiles qui était une arme défensive devient maintenant offensive et nous rappelle les tristes heures de la crise des missiles de Cuba.

Comme le dit Noam Chomsky:

« En isolant le pays (USA) des représailles, la défense anti-missiles garantira la capacité et la disponibilité des Etats-Unis à modeler l’environnement dans d’autres régions du monde. »

« La défense anti-missiles ne sert pas à protéger l’Amérique. C’est un outil visant à la domination mondiale. »

« L’installation d’un système de défense anti-missiles en Europe orientale est pratiquement une déclaration de guerre. »  

Obama et l’Iran : à droite toute !

Par Doug Ireland pour bakchich.info, le mercredi 11 juin 2008

Alors que le président Bush entame une virée d’adieux en Europe et en profite pour dégoiser sur l’Iran, la rumeur enfle aux États-Unis comme en Israël : les Américains pourraient attaquer l’Iran de façon ciblée avant la fin de l’année. Et qu’on se le dise : ce n’est pas le candidat démocrate, Barack Obama, qui s’y opposera !

« Plus ça change, plus c’est la même chose ». Telle pourrait être la nouvelle devise de campagne de Barack Obama après son discours musclé sur l’Iran et le Moyen Orient prononcé le 4 juin devant le puissant lobby pro-israélien, l’AIPAC (American Israel Politic Affair Committee).

La veille, le sénateur de l’Illinois avait remporté la majorité absolue des délégués nécessaires à son investiture par le Parti Démocrate. Et n’a pas choisi la tribune de l’AIPAC par hasard, pariant de faire d’une pierre deux coups : couper court aux accusations répétées du Républicain John McCain qui clame qu’Obama est « mou » sur la question iranienne ; prononcer un discours retransmis en direct sur toutes les chaînes d’information pour se rapprocher des faucons de la communauté juive représentés par l’AIPAC.

Ce discours constitue un extraordinaire virage à droite de Barack Obama. Le Démocrate a martelé à plusieurs reprises sa volonté d’utiliser la force militaire contre l’Iran, allant jusqu’à affirmer qu’il fera « tout ce qui est en son pouvoir « pour empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Tout ! » Il a même « brandi si fort la menace d’une action militaire que cela ressemblait aux menaces prononcées par George W. Bush » comme l’a souligné la chaîne de télévision NBC.

Obama, dans la peau d’un républicain

Pendant les primaires de son parti, Obama s’est toujours positionné à la gauche d’Hillary Clinton sur l’Iran et promettait de rencontrer sans conditions préalables le Président Mahmoud Ahmadinejad lors de sa première année à la Maison Blanche. Mais devant l’AIPAC, sa volonté de négocier avec Téhéran s’est retrouvée assortie de conditions : des discussions avec l’Iran ne seront « appropriées » que si elles font « avancer les intérêts américains. » Toujours pendant les primaires, Obama a tapé à volonté sur Hillary en raison du vote de celle-ci au Sénat en faveur d’une résolution qualifiant les Gardiens de la révolution iranienne de « terroristes ». Ce qui, pour Obama, revenait à donner « un chèque en blanc » à Bush pour une action militaire. Or, devant l’AIPAC, le même Obama a annoncé que les Gardiens de la révolution ont été « correctement étiquetés comme organisation terroriste » ! Cherchez l’erreur…

Au sujet d’Israël, Obama s’est engagé à « maintenir la supériorité militaire de l’État hébreu » afin de combattre « toute menace provenant de Gaza ou de Téhéran ». Il a également promis d’accorder 30 milliards de dollars d’aides militaires supplémentaires à Israël. De plus, alors que ce même jour, Bush annonçait qu’il allait stopper le déménagement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, Obama en a rajouté une couche déclarant que Jérusalem « restera la capitale d’Israël et restera indivisible ». Le reste du monde pense, lui, à raison que la moitié de Jérusalem a été annexée par Israël lors de la guerre de 1967.

Obama en a aussi profité pour indiquer que le bombardement de la Syrie par l’armée israélienne l’an passé était « bien justifié » pour éliminer « des armes de destruction massive ». Il a même précisé que « la menace de l’Iran sur Israël est grande, est réelle » et que son objectif sera « d’éliminer cette menace ». Cerise sur le gâteau, le sénateur qui, d’habitude évite de porter un petit drapeau américain à la boutonnière, affichait devant l’AIPAC un pin’s avec les drapeaux israélien et américain. « On aurait dit que c’était Bibi Netanyahu qui parlait » a écrit Dana Milbank du Washington Post dans un article rapportant ses propos. Autant de raisons qui expliquent que les faucons de l’AIPAC ont bassement flatté le sénateur de l’Illinois en le gratifiant de treize standing ovations !

L’Iran dans la ligne de mire

Le discours musclé et guerrier de Barack Obama est d’autant plus inquiétant que les signes et les rumeurs d’une prochaine attaque américaine ou israélienne contre l’Iran se multiplient depuis des mois. Prenons d’abord le remarquable revirement du chef d’État-major interarmées américain, l’Amiral Mike Mullen. Interviewé par la télévision israélienne lors d’un entretien sur le sujet diffusé le 5 mai, Mullen s’est montré fort pessimiste. Il a déclaré que « le défi sera très grand si nous entrons dans un troisième conflit dans cette zone du monde », faisant allusion à l’Irak et à l’Afghanistan. Puis a exprimé l’espoir « que nous n’aurons pas besoin d’y aller ». Deux semaines plus tard, le 20 mai, devant une commission du Sénat, Mullen s’est montré autrement plus combatif. Il a affirmé que les Gardiens de la révolution iranienne mettaient « directement en danger la paix en Irak » et que « notre sobriété ne signifie pas un manque de volonté ou de capacité à nous défendre contre une telle menace. » Comment interpréter ce virage à 360 degrés ? Mullen a-t-il radicalement changé d’avis en quinze jours à peine sur la capacité des Américains à faire face à un nouveau conflit ? Ou a-t-il été contraint par l’administration Bush qui compte activer l’option militaire de rectifier le tir ? La presse américaine n’a pas cherché à en savoir plus. Le Washington Post n’a même pas mentionné le témoignage de Mullen et le New York Times n’y a fait qu’une petite référence, en passant. Pourtant, le jour même où Mullen témoignait devant le Sénat, le Jérusalem Post a publié un article affirmant que les États-Unis attaqueront l’Iran avant la fin du mandat de Bush, en citant sous couvert de l’anonymat l’un des proches conseillers du président américain.

Le 23 avril dernier, dans Le Canard Enchaîné, Claude Angeli citait des sources militaires françaises pour lesquelles Washington envisage de bientôt mener une « attaque limitée » contre des bases des Gardiens de la révolution où, prétend le Pentagone, des miliciens chiites qui sévissent en Irak s’y entraînent. Le 4 mai, c’était au tour du Times de Londres d’embrayer en faisant référence à des sources dans « les agences de renseignements occidentales » tenant les mêmes propos : la préparation d’une « frappe chirurgicale » par les Américains contre des bases des Gardiens de la révolution. Et pendant ce temps, la chaîne américaine CBS qui citait un haut officier américain parlait elle aussi d’une attaque avant la fin de l’année. À Washington, la rumeur court aussi parmi les journalistes que quatre sénateurs ont été briefés par l’administration Bush sur une attaque contre l’Iran qui aura lieu en septembre ou octobre. Quant à Paris, plusieurs journalistes ont comme par hasard eu écho d’informations allant dans ce sens et provenant de services de renseignement arabes.

Au New York Times, le journaliste qui suit les affaires militaires, Michael Gordon et a écrit dans le passé moult articles sur les prétendues « armes de destruction massive » de Saddam Hussein avant l’invasion de l’Irak, que beaucoup considèrent comme une espèce de porte-parole loyal du Pentagone, multiplie depuis le début du mois de mai les papelards. Ceux-ci sont certes basés sur des sources anonymes mais mettent en avant des affirmations de membres de l’administration Bush indiquant que les Iraniens entraînent des milices chiites pour tuer des Américains en Irak. De son côté, l’ancien porte-parole de la Maison Blanche sous Bush, Scott McClellan, qui vient de publier un livre-confession où il révèle qu’il a été obligé de mentir pour justifier l’invasion de l’Irak, se répand dans les médias au sujet des articles de Gordon dans le Times : ils seraient le résultat d’un programme d’intox destiné à préparer le public américain à accepter la nécessité impérative de bombarder l’Iran. Exactement comme c’était le cas en 2003 avec l’Irak !

Israël sera de la partie

Le 30 mai, l’ancien ministre des Affaires étrangères allemand, Joschka Fischer, en visite en Israël pour le 60ème anniversaire de l’État hébreu, où il a pu discuter avec de nombreux membres de gouvernements ayant fait le déplacement, a publié dans plusieurs quotidiens à travers le monde (comme le Daily Star au Liban) une tribune pronostiquant une attaque militaire contre l’Iran par Israël ou les États-Unis avant la fin de l’année. Il est allé jusqu’à écrire qu’Israël avait reçu le « feu vert » de Bush pour une telle action lors de la visite du président américain pour les festivités du 60ème anniversaire d’Israël.

Le 7 juin, le ministre israélien des Transports, Shaul Mofaz, déclarait au quotidien Yediot Aharonot que l’attaque de centres nucléaires iraniens par Israël était « inéluctable. ». Mofaz n’est pas n’importe qui : c’est un ancien chef de l’État-major israélien et un membre du « cabinet de sécurité » de l’État hébreu. Ses propos sont intervenus après une semaine de consultations intensives et d’entretiens entre Israël et les États-Unis au sujet de l’Iran auxquels il a participé. Pour Mofaz, l’attaque sera « coordonnée » avec Washington. Ses propos ont d’ailleurs été jugés crédibles par Wall Street où le cours du baril de pétrole a bondi de + 11 dollars en une seule journée pour atteindre un prix record.

Les stratèges politiques de Bush pensent que si la campagne pour la présidentielle américaine de novembre tourne autour de la crise économique, John McCain perdra l’élection. Mais s’ils parviennent à mettre la sécurité des États-Unis au centre du débat politique, McCain — un ancien prisonnier de guerre au Vietnam perçu par les Américains comme un vrai héros — pourrait alors vaincre un Obama peu expérimenté dans le commandement militaire. Une raison de plus pour que ce qu’on appelle à Washington « une surprise d’octobre » finisse par se réaliser ! En même temps un néo-conservateur de taille, Daniel Pipes, très écouté a la Maison Blanche, disait le 6 juin dans l’hebdomadaire conservateur National Review que si Obama était élu, Bush attaquerait l’Iran avant de quitter définitivement ses fonctions présidentielles, le 20 janvier 2009. En Israël, des commentateurs estiment de leur côté que si Obama l’emporte, Israël attaquera alors l’Iran avant la fin du mandat de Bush.

Mais ceux en Europe qui comptent sur Barack Obama pour être le leader d’une opposition à une aventure militaire américaine ou israélienne par procuration en Irak se mettent le doigt dans l’œil. Son discours devant l’AIPAC l’a définitivement montré. En période électorale, l’opportunisme est une maladie on ne peut plus contagieuse…

Selon la presse israélienne les Etats-Unis promettent une guerre contre l’Iran : Bush prépare-t-il une « surprise d’octobre » ?

Par Bill Van Auken, le 24 mai 2008 pour WSWS

Un article de la presse israélienne mentionnant que le président américain George W. Bush prévoit de déclencher une attaque militaire contre l’Iran avant de se retirer en début d’année prochaine a été vivement contesté par la Maison-Blanche mardi.

L’article, paru mardi dans le Jerusalem Post, fait référence à un reportage diffusé sur la radio militaire israélienne citant des responsables israéliens qui avaient rencontré Bush et sa délégation lors de leur visite en Israël la semaine dernière.

« Un membre important de l’entourage du président aurait affirmé lors d’une rencontre privée que Bush et le vice-président Dick Cheney sont d’avis qu’une intervention militaire est nécessaire », selon les dires d’un responsable israélien cité par l’article.

L’article a une nouvelle fois cité le responsable américain selon qui « l’hésitation du secrétaire à la Défense Robert Gates et de la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice » avait retardé la décision d’une intervention militaire contre l’Iran.

La crise récente au Liban et l’évidente facilité avec laquelle le mouvement Hezbollah, qui est soutenu par l’Iran, a pris le contrôle de Beyrouth ont, selon l’article, ramené à l’avant-plan la question d’une attaque des Etats-Unis contre la république islamique.

Selon des officiels israéliens, Bush aurait dit que « la maladie doit être traitée, et non les symptômes ».

Le démenti de la Maison Blanche, émis quelques heures seulement après la parution de l’article sur le site internet du Jerusalem Post, a pris un ton particulièrement acerbe. « Un article paru aujourd’hui dans le Jerusalem Post sur la position du président vis-à-vis de l’Iran, et qui cite diverses sources anonymes, ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit », a-t-on déclaré.

Cependant, plus tard dans la journée de mardi, la porte-parole de Bush, Dana Perino, fut questionnée par plusieurs journalistes qui doutaient de la validité de ce démenti. « Est-ce que le président et le vice-président croient qu’une attaque est nécessaire, qu’une personnalité israélienne l’ait affirmé ou non ? » a demandé un journaliste.

Dana Perino a refusé de répondre, répétant la position officielle selon laquelle Washington tente de résoudre son conflit avec l’Iran « diplomatiquement », mais que toutes les options demeurent « sur la table ».

En fait, l’article du Jerusalem Post est loin d’être le seul indice montrant que l’administration Bush se prépare à une attaque militaire contre l’Iran.

Les déploiements militaires américains accrus dans la région constituent une preuve physique suffisante, alors que la Marine possède à nouveau deux groupes de combat de porte-avions à distance de frappe de l’Iran, soit le USS Lincoln et le USS Harry S. Truman.

Pendant ce temps, le vaisseau amiral de la 6e flotte, le USS Mount Whitney, a été déployé le long de la côte du Liban, dans ce que la Marine a décrit comme étant une « mission non prévue ». Le navire est le vaisseau le plus avancé de la Marine pour commander, contrôler et recueillir du renseignement. Il peut coordonner une attaque majeure sur une vaste région. Il s’est joint au USS Cole, un contre-torpilleur, qui était déjà sur place.

A Washington, l’amiral Michael Mullen, le secrétaire des chefs d’état-major, a paru devant le comité du Sénat mardi pour réitérer l’accusation non fondée du Pentagone selon laquelle l’Iran serait responsable des violences en Irak. L’absence de réponse de la part de l’armée américaine jusqu’ici, a-t-il insisté, « ne signifie pas une absence de fermeté ou de capacité à nous défendre contre des menaces ».

Dans son discours devant la Knesset d’Israël la semaine dernière, Bush a placé l’Iran au centre de son engagement de soutien inconditionnel envers Israël. « L’Amérique se tient avec vous dans une opposition ferme aux ambitions d’armes nucléaires de l’Iran », a-t-il dit. « Permettre au plus grand supporteur mondial de la terreur de posséder l’arme la plus mortelle du monde serait une trahison impardonnable des générations futures. Pour l’amour de la paix, le monde ne doit pas laisser l’Iran obtenir une arme nucléaire. »

Après la visite de Bush, un porte-parole du premier ministre israélien Ehoud Olmert a dit à la presse qu’Olmert et Bush s’étaient entendus sur la nécessité d’une « action tangible » dans le but de contrecarrer la supposée tentative de l’Iran de développer une arme nucléaire.

« Nous sommes sur la même longueur d’ondes. Nous voyons tous les deux la menace… et nous comprenons tous les deux qu’une action tangible est requise pour empêcher les Iraniens d’aller de l’avant avec leur arme nucléaire », a dit le porte-parole d’Olmert, Mark Regev, au quotidien israélien Ha’aretz.

Faisant référence aux efforts diplomatiques destinés à mettre la pression sur l’Iran, Regev ajouta : « C’est clairement insuffisant et c’est évident que de nouvelles mesures devront être prises. »

Alors que les Etats-Unis et Israël accentuaient le roulement de tambour concernant la menace nucléaire iranienne, Mohamed ElBaradei, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), s’adressait à une session du Forum économique mondial en Égypte lundi, déclarant que l’agence d’inspection nucléaire de l’ONU n’a aucune preuve que l’Iran est en train de construire une bombe.

Bien avant que l’histoire ne paraisse dans le Jerusalem Post, Ha’aretz a rapporté que « le programme nucléaire iranien avait été au centre » des pourparlers entre Bush et Olmert. Des responsables israéliens, a rapporté le journal, ont présenté à Bush des renseignements qui contredisaient supposément l’Estimation nationale de renseignements (NIE) produite par des agences américaines d’espionnage l’année dernière et qui aboutissaient à la conclusion que l’Iran avait mis un terme à son programme d’armes nucléaires en 2003.

« Cela sera-t-il suffisant pour modifier la position de l’administration sur la possibilité d’une attaque américaine sur les installations nucléaires de l’Iran ? Ce n’est pas clair », peut-on lire dans le quotidien. Toutefois, il a ajouté que le gouvernement israélien insiste sur le fait que l’Iran approche du « point de non-retour » et qu’il faut agir immédiatement.

Quant à Bush, dit l’article, alors qu’« il approche de la fin de son mandat, il pense certainement à l’héritage de sa présidence, en plus de la guerre en Irak qui a été très critiquée ».

Il est suggéré ici qu’une façon de faire oublier l’héritage catastrophique incarné dans les guerres continues contre l’Irak et l’Afghanistan est de lancer une autre agression militaire qui va jeter sans l’ombre d’un doute toute la région dans le chaos.

Un enregistrement sonore nous a donné une indication de la façon dont la politique est conçue au sein des plus hauts échelons de l’administration Bush. Cet enregistrement fait partie du matériel que le Pentagone a fait parvenir récemment au New York Times en réponse à une requête faite en vertu de la Loi d’accès à l’information. Cette requête avait été faite pour l’écriture d’un article exposant les rapports étroits entre le département de la Défense américain et des officiers à la retraite qui étaient régulièrement invités aux émissions d’information télévisées et qui étaient en fait des porte-parole de l’administration Bush sur la question de l’Irak.

L’enregistrement a été fait en décembre 2006 lors d’une réunion dînatoire du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et d’un groupe de ses « analystes militaires », que le Pentagone lui-même nomme « multiplicateurs de la force du message ».

L’atmosphère de cette réunion était empreinte de désarroi et même de colère envers les résultats des élections de mi-mandat en 2006 au cours desquelles une vague de sentiment anti-guerre dans la population avait donné les deux chambres du Congrès aux Démocrates.

On entend le lieutenant-général Michael Delong, un marine à la retraite, signaler à Rumsfeld qu’avec le nouvel arrangement politique au gouvernement, « vous n’allez pas y trouver beaucoup d’oreilles sympathiques tant qu’il n’y en aura pas une [une attaque terroriste] ».

Rumsfeld acquiesce, répondant « Nous n’avons pas eu d’attaques au cours des cinq dernières années. La perception de la menace est si faible dans cette société qu’il n’est pas surprenant que les comportements reflètent cette conception d’une faible menace… A mon avis, la solution de ce problème est une attaque. Et lorsque cela arrivera, alors tout le monde sera enthousiasmé pour une autre [inaudible] et c’est une honte que nous n’ayons pas la maturité de reconnaître combien sérieuses sont les menaces… le nombre de morts, le carnage qui peut être imposé à notre société est si réel et si présent et si sérieux qu’on pourrait croire que nous pourrions le comprendre… »

La « solution » au fait que le peuple américain ne soutient pas la guerre en Irak ni l’éruption mondiale du militarisme américain au nom de la « guerre au terrorisme » est, selon Rumsfeld, une autre « attaque » semblable aux événements du 11 septembre 2001. Clairement, la conception est qu’une autre ronde de « morts » et de « carnage » pourrait abasourdir la population et créer les conditions pour que l’administration puisse imposer sa volonté par des moyens extraordinaires.

Assurément, une façon d’augmenter la probabilité d’une telle attaque est de lancer une attaque militaire contre l’Iran.

Les reportages israéliens et la mobilisation militaire dans la région soulèvent immédiatement la question : alors que les élections de 2008 approchent, est-ce que des éléments de l’administration Bush préparent une « surprise d’octobre » sous la forme d’une attaque sans provocation contre l’Iran ? »

(Article original anglais paru le 21 mai 2008)

 

Bush avait décidé l’invasion de l’Irak avant le 11 septembre 2001

Contreinfo, le 19 mars 2008

Dès la première réunion du Conseil National de Sécurité, en février 2001, le gouvernement Bush élaborait des plans pour renverser Saddam et préparait l’occupation de l’Irak. « Trouvez moi un moyen de le faire », demandait Bush à ses conseillers. (Document CBS et transcription VF d’un extrait).

Paul O’Neil, Secrétaire au Trésor dans le premier gouvernement Bush, s’est entretenu en 2004 avec une journaliste de la chaine CBS, à l’occasion de la publication du livre « The Price of Loyalty » décrivant les rouages du pouvoir à Washington.

Ron Suskind, l’auteur de l’ouvrage et également invité, avait recueilli les témoignages de plusieurs fonctionnaires et membres du gouvernement, dont celui de Paul O’Neil, qui a accepté d’être cité nommément. A l’époque, Donald Rumsfeld avait téléphoné à Suskind pour tenter de le dissuader de publier.

Extrait de 60 minutes – CBS

Transcritption d’un extrait (début : 1mn50)

Paul O’Neil : Depuis le tout début, [les responsables] avaient la conviction que Saddam Hussein était une personne détestable, et qu’il devait partir.

Voix off : Paul O’Neil déclare que le fait de s’en prendre à Saddam Hussein était le sujet n°1 sur l’agenda, 10 jours après la prise de fonction de Bush, soit 8 mois avant le 11 septembre.

Paul O’Neil : Depuis la tout première [réunion du Conseil National de Securité], il s’agissait l’Irak, de ce que nous pouvions faire pour changer ce régime.

Journaliste : Tout le monde pense que cela est venu après le 11 septembre.

Suskind : Non. C’était là dès le 1er jour de ce gouvernement.

Voix off : Paul O’Neil, en tant que Secrétaire au Trésor, était membre permanent du Conseil National de Sécurité. Il déclare qu’il a été surpris par le fait que les questions "pourquoi Saddam," et "pourquoi maintenant?" n’aient jamais été posées.

Paul O’Neil : Il s’agissait uniquement de trouver un moyen de le faire. C’était la tonalité de ces discussions. Le président disait : "trouvez-moi un moyen de le faire".

Paul O’Neil : Pour moi, la notion de préemption, le fait que les USA se donnent le droit unilatéralement de faire ce que nous déciderions, était réellement un énorme changement.

Journaliste : Cela a été évoqué lors de cette première réunion ?

Paul O’Neil : Oui.

Voix off : Paul O’Neil nous a déclaré que la discussion sur l’Irak s’est poursuivie lors de la réunion suivante du Conseil National de Sécurité, deux jours plus tard.

Suskind : Il existe des mémos. L’un d’entre eux porte l’indication « secret », et mentionne un « Plan militaire pour la crise irakienne après Saddam. »

Journaliste : Reconstruction de nation ? Ils discutaient de l’occupation de l’Irak ?

Suskind : Oui, en janvier et février 2001.

Journaliste : Suskind révèle que ces plans prévoyaient des troupes de maintien de la paix, des tribunaux pour juger des crimes de guerre et même la répartition des champs de pétrole irakien. Il a obtenu ce document du Pentagone, daté du 5 mars 2001, intitulé soumissions internationales sur des contrats pétroliers irakiens, qui inclut une carte décrivant les zones d’exploration potentielles.

(…)

La démission de l’amiral Fallon relance les hostilités en Irak

par Thierry Meyssan, pour le réseau Voltaire

Contrairement à ce qui a été écrit dans la presse dominante, l’amiral William Fallon n’a pas été limogé par ce qu’il s’opposait au président Bush à propos d’une attaque contre l’Iran. Il a démissionné de sa propre initiative après que l’accord qu’il avait négocié et conclu avec Téhéran, Moscou et Pékin ait été saboté par la Maison-Blanche. Le choix de l’administration Bush relance la guerre en Irak et expose gravement les GI’s face à une Résistance désormais soutenue de l’extérieur sans retenue.

Il était presque 22h GMT, mardi 11 mars 2008, lorsque le commandant en chef du Central Command, l’amiral William Fallon, annonça depuis l’Irak qu’il présentait sa démission. Immédiatement à Washington, le secrétaire à la Défense, son ami Robert Gates, dans une conférence de presse improvisée indiquait qu’il acceptait cette décision à regret. Dans les minutes qui suivirent, la rumeur d’une possible attaque états-unienne contre l’Iran se répandit partout dans le monde. En effet, la démission de l’amiral aurait été exigée par la Maison-Blanche à la suite de la publication d’un reportage par le mensuel Esquire [1] rapportant des propos « francs » de l’officier à propos du président Bush. Or, dans le même article, on pouvait lire qu’un renvoi de l’amiral marquerait le signal ultime de la guerre.

Pourtant, cette interprétation est erronée. Elle ignore l’évolution du rapport de forces à Washington. Pour comprendre ce qui est en jeu, revenons un instant en arrière. Nos lecteurs, qui ont été régulièrement informés dans nos colonnes des débats en cours à Washington, se souviendront des menaces de démission de Fallon [2], de la mutinerie des officiers supérieurs [3], des dessous d’Annapolis [4], et de l’infiltration de l’OTAN au Liban [5] que nous avons rapportés dans ces colonnes avant tout le monde ; des révélations qui ont été contestées lors de leur publication et qui sont aujourd’hui largement attestées. Nous ajouterons ici des informations inédites sur les négociations conduites par Fallon.

Le Plan Fallon

Alors que l’establishment états-unien avait approuvé l’entrée en guerre contre l’Irak dans l’espoir d’en tirer de substantiels profits économiques, il a progressivement déchanté. Cette opération génère des coûts directs et indirects démesurés, mais ne rapporte qu’à quelques uns. Dès 2006, la classe dirigeante s’est inquiétée de mettre fin à cette aventure. Elle contestait à la fois le surdéploiement des troupes, l’isolement diplomatique grandissant, et l’hémoragie financière. Elle trouva son expression à travers le rapport Baker-Hamilton qui condamnait le projet de remodelage du Grand Moyen-Orient, et préconisait un retrait militaire d’Irak coordonné avec un rapprochement diplomatique avec Téhéran et Damas.

Sous cette amicale pression, le président Bush fut contraint de limoger Donald Rumsfeld et de le remplacer par Robert Gates (lui-même membre de Commission Baker-Hamilton). Un groupe de travail bipartisan —la Commission Armitage-Nye— fut mis en place pour définir de manière consensuelle une nouvelle politique. Mais il s’avéra que le tandem Bush-Cheney n’avait pas renoncé à ses projets et utilisait ce groupe de travail pour endormir ses rivaux tout en continuant à fourbir ses armes contre l’Iran. Coupant court à ces manœuvres, Gates donna carte blanche à un groupe d’officiers supérieurs qu’il avait fréquenté à l’époque de Bush père. Ceux-ci publièrent, le 3 décembre 2007, un rapport des agences de renseignement discréditant le discours mensonger de la Maison-Blanche sur le prétendue menace iranienne. En outre, ils tentèrent d’imposer au président Bush un rééquilibrage de sa politique proche-orientale au détriment d’Israël.

L’amiral William Fallon exerce une autorité morale sur ce groupe —incluant l’amiral Mike McConnell (directeur national du renseignement), le général Michael Hyden (directeur de la CIA), le général George Casey (chef d’état-major de l’armée de terre), et plus tard l’amiral Mike Mullen (chef-d’état-major inter-armes)—. Homme de sang froid, doué d’une brillante intelligence, il est l’un des derniers grands patrons des forces armées à avoir servi au Vietnam. Préoccupé par la multiplication des théâtres d’opération, par la dispersion des forces et l’épuisement des troupes, il a ouvertement contesté un leadership civil dont la politique ne peut conduire les États-Unis qu’à la défaite.

Dans le prolongement de cette mutinerie, ce groupe d’officiers supérieurs fut autorisé à négocier une sortie de crise honorable avec l’Iran et à préparer un retrait d’Irak. Selon nos sources, ils imaginèrent un accord en trois volets :
- 1. Les États-Unis feraient adopter par le Conseil de sécurité une dernière résolution contre l’Iran pour ne pas perdre la face. Mais cette résolution serait vide et Téhéran s’en accommoderait.
- 2. Mahmoud Ahmadinejad se rendrait en Irak où il affirmerait les intérêts régionaux de l’Iran. Mais ce voyage serait purement symbolique et Washington s’en accommoderait.
- 3. Téhéran pèserait de toute son influence pour normaliser la situation en Irak, et faire passer les groupes qu’il soutient de la résistance armée à l’intégration politique. Cette stabilisation permettrait au Pentagone de retirer ses troupes sans défaite. En contrepartie, Washington cesserait son soutien aux groupes armés de l’opposition iranienne, notamment aux Moujahidines du peuple.

Toujours selon nos sources, Robert Gates et ce groupe d’officiers, encadrés par le général Brent Scowcroft (ancien conseiller national de sécurité), sollicitèrent l’aide de la Russie et de la Chine pour appuyer ce processus. D’abord perplexes, Moscou et Pékin s’assurèrent de l’assentiment forcé de la Maison-Blanche avant de répondre positivement, soulagés d’éviter un conflit incontrôlable.

Vladimir Poutine prit l’engagement de ne pas profiter militairement du retrait US, mais exigea qu’on en tire les conséquences politiques. Il fut donc convenu que la conférence d’Annapolis accoucherait d’une souris, tandis qu’une conférence globale sur le Proche-Orient serait organisée à Moscou pour débloquer les dossiers que l’administration Bush n’avait cessé d’envenimer.
De même Poutine accepta de faciliter le compromis irano-US, mais s’inquiéta d’un Iran trop fort à la frontière méridionale de la Russie. À titre de garantie, il fut convenu que l’Iran accepterait ce qu’il avait toujours refusé : de ne pas fabriquer seul son combustible nucléaire.

Les négociations avec Hu Jintao furent plus complexes, car les dirigeants chinois étaient choqués de découvrir à quel point l’administration Bush leur avait menti à propos de la prétendue menace iranienne. Il fallait donc d’abord rétablir la confiance bilatérale. Heureusement, l’amiral Fallon, qui il y a peu encore commandait le PacCom (zone Pacifique), entretenait des relations de courtoisie avec les Chinois.
Il fut convenu que Pékin laisserait passer une résolution anti-iranienne formelle au Conseil de sécurité, mais que la formulation de ce texte n’entraverait aucunement le commerce sino-iranien.

Le sabotage

Au premier abord, tout sembla fonctionner. Moscou et Pékin acceptèrent de jouer les figurants à Annapolis et de voter la résolution 1803 contre l’Iran. Tandis que le président Ahmadinejad savoura sa visite officielle à Bagadad où il rencontra en secret le chef d’état-major interarmes US, Mike Mullen, pour planifier la baisse de la tension en Irak. Mais le tandem Bush-Cheney ne s’avouait pas vaincu. Il sabota dès qu’il le put cette mécanique bien huilée.

Premièrement, la conférence de Moscou disparut dans les sables mouvants des mirages orientaux avant même d’avoir existé. Deuxièmement, Israël se lança à l’assaut de Gaza et l’OTAN déploya sa flotte au large du Liban de manière à relancer l’embrasement général du Grand Moyen-Orient, alors que Fallon s’efforçait d’éteindre les foyers d’incendie un à un. Troisièmement, la Maison-Blanche, habituellement si prompte à sacrifier ses employés, refusa de lâcher les Moujahidines du peuple.
Exaspérés les Russes massaient leur flotte au sud de Chypre pour surveiller les bâtiments de l’OTAN et envoyaient Sergeï Lavrov en tournée au Proche-Orient avec mission d’armer la Syrie, le Hamas et le Hezbollah pour rééquilibrer le Levant. Tandis que les Iraniens, furieux d’avoir été abusés, encourageaient la Résistance irakienne à casser du GI’s.

Voyant ses efforts réduits à néant, l’amiral Fallon démissionnait, seul moyen pour lui de conserver à terme son honneur et sa crédibilité face à ses interlocuteurs. L’interview d’Esquire, publié deux semaines plus tôt, n’est ici qu’un prétexte.

L’heure de vérité

Dans les trois prochaines semaines, le tandem Bush-Cheney va jouer son va-tout en Irak en faisant parler les armes. Le général David Petraeus, poussera à l’extrême son programme de contre-insurrection de manière à se présenter victorieux devant le Congrès, début avril. Simultanément, la Résistance irakienne, désormais soutenue à la fois par Téhéran, Moscou et Pékin, va multiplier les embuscades et chercher à tuer le maximum d’occupants.

Il appartiendra alors à l’establishment états-unien de tirer les conclusions du champ de bataille. Soit il jugera les résultats de Petraeus sur le terrain acceptables et le tandem Bush-Cheney terminera son mandat sans encombres. Soit, pour éviter le spectre de la défaite, il lui faudra sanctionner la Maison-Blanche et reprendre d’une manière ou d’une autre les négociations que l’amiral Fallon avait conduites.

Simultanément, Ehud Olmert interrompra les négociations initiées avec le Hamas via l’Égypte. Il chauffera la région jusqu’à la visite du président Bush en mai. Et les frères Janah et Hani Hammoud (respectivement coordinateur média de la Force multinationale en Irak et conseiller média de Saad Hariri), qui assurent la liaison des loyalistes libanais avec le général Petraeus et l’amiral Fitzgerald (OTAN), feront monter la tension au Liban.

Cette fièvre régionale devrait redynamiser le dispositif Bush, qu’il s’agisse des investissements dans le domaine militaro-industriel du fonds Carlyle, au bord de la faillite, ou de la campagne électorale de John McCain.

Vu de Washington, faut-il continuer à sacrifier la vie des GI’s pour une guerre qui a déjà coûté 3 trilliards de dollars et faire haïr les États-Unis même par leurs plus fidèles partenaires alors qu’elle n’a rapporté qu’à quelques sociétés détenues par le clan Bush et ses amis ?

Thierry Meyssan
Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire.
Dernier ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2
(le remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).


[1] The Man Between War and Peace » par Thomas P.M. Barnett, Esquire, mars 2008.

[2] « La Maison-Blanche sacrifiera-t-elle la Ve flotte pour justifier la destruction nucléaire de l’Iran ? », par Michael Salla, Réseau Voltaire, 18 novembre 2007.

[3] « Washington décrète un an de trêve globale », par Thierry Meyssan, et « Pourquoi McConnell a-t-il publié le rapport sur l’Iran ? », Réseau Voltaire, 3 et 17 décembre 2007

[4] « La ‘solution à deux États’ sera bien celle de l’apartheid », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 janvier 2008.

[5] « La discrète arrivée de l’OTAN au Liban », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 mars 2008.

Les dangers de la crise du nucléaire iranien

Bill et Kathleen Christison, tous deux anciens analystes de la CIA, craignent que Bush ne mette à profit les derniers mois de son mandat pour attaquer l’Iran. Ils se livrent à une analyse détaillée des enjeux du dossier nucléaire iranien, et appellent de leurs voeux la création d’un instance sous l’égide de l’ONU chargée d’oeuvrer en faveur du désarmement et de coordonner l’action contre les crises. Mais dans l’immédiat, disent-ils, il faut manifester sans relâche contre la possibilité d’une intervention militaire.

 

Par Bill et Kathleen Christison, Counter Punch, 8 mars 2008

Jour après jour, nous avons entendu des responsables israéliens, de portes paroles du lobby israélien aux Etats-Unis et des soutiens d’Israël au Congrès affirmer que l’Iran ne « devra » jamais se procurer l’arme nucléaire. Le 3 mars 2008, les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies ainsi que neuf des dix membres non permanents ont approuvé une nouvelle série de sanctions contre l’Iran. Le résultat du vote final de 14 à 0 avec une abstention (L’Indonésie, une nation musulmane), est une autre victoire à l’ONU pour les partenaires que sont Israël et les Etats Unis.

Le spectacle des cinq membres « permanents, » selon la hiérarchie surannée du Conseil de Sécurité – qui tous refusent d’éliminer leurs armes nucléaires – exerçant le « deux poids deux mesures » à l’encontre de l’Iran ne soulève que bien peu d’intérêt de la part des médias américains.

L’Iran, qui est une nation fière, située au cœur d’une région ou la règne la fierté, ne voit là qu’absurdité et discrimination à son égard alors que les nations voisines de l’Inde, du Pakistan et d’Israël ont mis au point leurs propres armes nucléaires sans en être empêchées par les Etats-Unis.

L’arme nucléaire israélienne lui est particulièrement difficile à admettre dans la mesure ou les Iraniens savent qu’Israël, qui est un ennemi mais également un bien petit pays, l’a acquise voila 40 ans, beaucoup plus tôt que l’Inde ou le Pakistan. La plupart des Iraniens savent aussi qu’Israël n’y est parvenu que grâce à l’aide d’institutions publiques et / ou privées des USA. Tout ceci n’est perçu que comme un nouvel exemple du favoritisme des États-Unis pour Israël et de leur agressivité envers l’Iran.

La crise actuelle ne concerne même pas la production réelle d’armes nucléaires par l’Iran, mais l’ « enrichissement » d’uranium naturel, consistant à obtenir un pourcentage plus élevé d’un isotope particulier de l’uranium, l’U-235, que l’on trouve dans la nature lorsque le minerai appelé « Uranium » est extrait. C’est cet enrichissement qui fournit le composant le plus difficile à obtenir de tous ceux utilisés dans la fabrication des armes nucléaires. À l’état naturel, le minerai brut contient également d’autres isotopes d’uranium, et contient généralement moins de 1% d’U-235. Lorsqu’il est concentré à environ 3% d’U-235, l’uranium est largement utilisé dans les modèles courants de réacteurs nucléaire destinés à la production d’électricité. Concentré à des niveaux beaucoup plus élevés -90% est le chiffre le plus souvent cité – le matériau devient de « qualité militaire » et peut être utilisé dans les armes nucléaires.

Le matériel utilisé dans ce processus d’enrichissement est non seulement compliqué à construire, à gérer et à entretenir, mais il exige également de grandes quantités d’énergie électrique pour fonctionner. Mais tout cela reste à la portée de nombreuses nations et, sans doute de plus en plus fréquemment, à des entités non nationales.

L’Iran aujourd’hui possède, a testé, et utilise tout le matériel nécessaire, et il dispose de la puissance électrique requise pour produire de l’uranium enrichi. Il fait valoir qu’il a déjà atteint un niveau d’enrichissement de l’ordre de quatre pour cent d’U-235, au début des tests. Il affirme également qu’il ne veut pas d’armes nucléaires et va utiliser l’uranium enrichi pour produire seulement de plus grandes quantités d’énergie électrique pour le pays dans une série de centrales nucléaires.

Mais si on choisit de considérer que l’Iran veut vraiment des armes nucléaires, intervient alors un autre élément dans cette équation, qui est la facilité avec laquelle le processus d’enrichissement peut être converti pour produire de l’uranium militaire.

Divers experts occidentaux estiment communément que si une nation ou un groupe est capable de franchir les difficultés rencontrées dans le passage d’un enrichissement de moins de 1% à 3 ou 4%, dans ce cas les problèmes techniques supplémentaires lors du passage de 3-4% à 90% d’enrichissement ne sont pas insurmontables.

La conception et la fabrication de l’engin explosif, puis du vecteur emportant l’arme, ne seraient pas une tâche simple, mais ne serait pas non plus terriblement difficile. Tenter de produire une estimation précise de la durée nécessaire pour l’ensemble du processus est en général inutile. Trop de variables entrent en ligne de compte. Toutes ces estimations dépendent fortement des types de vecteurs disponibles, du degré de précision sur la cible exigé, et du nombre ou de l’absence de systèmes redondants et de sécurité nécessaires pour prévenir un emploi non autorisé ou accidentel.

En ce qui concerne l’Iran, une estimation de trois ou quatre ans serait probablement correcte.

Bien que les Etats-Unis, suivis par d’autres nations, exigent que l’Iran cesse toute production d’uranium enrichi, le Traité de Non Prolifération nucléaire (TNP), qui est entré en vigueur en 1970, n’interdit à quiconque d’enrichir l’uranium à des fins pacifiques. L’Iran, comme cela a déjà été indiqué, affirme que qu’il ne fait pas autre chose et que n’existent aucune preuves du contraire.

Toutefois, les États-Unis comme la plupart des autres signataires du traité qui possèdent déjà des armes nucléaires, n’ont fait aucun effort sérieux pour tendre vers un désarmement général à l’échelle mondiale comme cela est prévu par le TNP. Le traité, bien sûr, ne définit pas de calendrier ou de délais pour cet objectif. Mais le fait que les grandes puissances qui ont signé le traité n’ont même pas encore commencé les négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire depuis 38 ans fournit à l’Iran une bonne excuse, si il en a besoin d’une, pour abroger sa participation au traité. Et un beau jour, l’Iran pourrait le faire.

Le fait qu’Israël, l’Inde et le Pakistan, qui ont refusé de signer le traité dès le début, soient devenus des puissances nucléaires avérées, fournit aux dirigeants de Téhéran une excuse supplémentaire pour sortir du TNP s’ils le souhaitent.

Bien que certains partisans de l’établissement d’un empire américain s’expriment sur la nécessité de transformer le système mondial, le monde d’aujourd’hui est encore composé d’Etats juridiquement indépendants, où le nationalisme est la force dominante qui sous-tend les relations entre les États.

Dans un tel monde, il est logique de supposer que les dirigeants iraniens veuillent déjà obtenir en secret des armes nucléaires ou vont bientôt le faire. Ils n’accepteront pas indéfiniment que le petit état d’Israël bénéficie d’un droit à l’arme nucléaire supérieur à celui dont ils disposent. Pas plus qu’ils accepteront que les USA, bien plus forts, jouissent d’un droit supérieur en la matière. Sauf à être brutalement contraints de plier devant l’alliance entre Israël et les USA, aucun dirigeant iranien ne peut accepter de telles vues.

Il est fréquemment suggéré que la seule solution pour le problème du nucléaire au Moyen Orient réside dans la possibilité de négocier une zone dénucléarisée dans la région (incluant Israël), voire même éventuellement d’un monde dénucléarisé. Et ceux qui font de telles suggestions citent souvent des sondages ou des enquêtes montrant que la majorité des peuples dans le monde entier soutiennent ces idées.

Le drame, c’est que pour le moment la confiance ne règne tout simplement pas assez entre les gouvernements de la planète, ou même à l’échelle d’une région de celle-ci. Prenons l’exemple des seuls États-Unis, ou du partenariat américano-israélien. Il est inconcevable que le gouvernement actuel de l’un des partenaires soit en mesure ne serait-ce que de commencer les négociations sur l’élimination de ses armes nucléaires, quelles qu’en soient les avantages éventuels qui pourraient en découler. Il en est de même, à un degré variable, pour la Chine, la Russie, la Grande-Bretagne, la France, l’Inde et le Pakistan.

Cependant, même en ce temps de méfiance, les Nations Unies devraient mettre en place une conférence permanente d’experts au niveau des ambassadeurs, portant sur les « Crises Globales et le Désarmement ». Une fois mise en place et active, le porte-parole de cette conférence pourrait attirer l’attention de l’opinion publique, au fil des jours, sur la relation existant entre les dépenses d’armement et les trois grandes crises auxquelles le monde fera face qui sont l’énergie, le climat et l’eau. Ces trois crises rendront de plus en plus nécessaire pour les peuples du monde de travailler ensemble pour les surmonter et pour réduire de façon drastique le gaspillage scandaleux des dépenses militaires d’un trop grand nombre de nations.

La tâche immédiate de cette Conférence devrait être de définir les points d’accord et de désaccord en ce qui concerne le désarmement ainsi que sur les trois autres questions, et ceci dans les différentes régions du monde.

La présidence devrait être confiée à un très haut responsable de l’ONU, et l’originalité de cette institution, née de sa permanence, devrait être signalée avec force à chaque intervention publique.

Il est probable que d’ici peu, des événements nouveaux et imprévus se dérouleront dans le domaine de ces trois crises, qui auront pour effet d’intensifier la prise de conscience – tout au moins chez quelques-uns – au sujet du gaspillage actuel des dépenses militaires.

De nouvelles et coûteuses difficultés apparaissant dans l’un des trois domaines pourraient même conduire en fort peu de temps à l’apparition d’une opposition mondiale manifestant son aversion pour de nouvelles dépenses d’armement nucléaire.

Personne ne peut prévoir quels seront les grands changements dans la vie quotidienne, qui seront provoqués par les trois crises, mais nous devons, du mieux que nous le pouvons, travailler au changement plutôt que de porter atteinte à l’harmonie entre les peuples du monde.

Nous devrions tous tenter d’utiliser les circonstances de ces crises afin d’encourager chacun à penser d’abord en tant que citoyens du monde, ensuite seulement en tant que citoyens d’une nation ou d’une région.

Mais rien de tout ceci ne porte sur le présent – ni sur la période des tout derniers mois de la présidence Bush. Dans la mesure où les Républicains et leurs imitateurs Démocrates au Congrès refusent de destituer Bush et Cheney, le danger d’une guerre contre l’Iran fomentée par les Etats-Unis et Israël demeure réel.

L’état actuel de suremploi des forces terrestres américaines, et la volonté probable de Bush de ramener les armes nucléaires tactiques au rang d’armes ordinaires, implique que la guerre ne serait pas terrestre, mais commencerait par de grandes attaques aériennes et par un usage immédiat des armes nucléaires.

Le résultat à plus long terme de cet emploi des armes nucléaires serait tout à fait désastreux, à la fois pour le monde et pour les Etats-Unis même si les résultats immédiats pourraient être considérés comme une victoire rapide et peu coûteuse pour les Etats-Unis.

Si cette apparente victoire militaire survenait avant l’élection présidentielle américaine de novembre 2008, elle garantirait sans doute une victoire électorale Républicaine. Compte tenu de l’intérêt que porte Bush à la place qu’il occupera dans l’histoire, un tel scénario pourrait facilement convenir à son instinct de joueur.

Les protestations, qui doivent être bruyantes et nombreuses, semblent être la seule arme dont nous disposions pour réduire le risque qu’un tel scénario n’advienne réellement. Faisons nous entendre, faisons le au niveau mondial, et faisons le tous les jours.

Martelons ce message par le biais de tous les moyens auxquels nous pouvons accéder, y compris la musique et la littérature. Répétons partout que les gens ordinaires, à travers le monde, NE VEULENT PAS QUE LES USA ET ISRAEL TUENT UNE SEULE PERSONNE EN IRAN, indépendamment de l’état du programme nucléaire militaire de l’Iran.

Bill Christison était un haut fonctionnaire de la CIA. Il a servi comme officier de la National Intelligence et en tant que directeur du Bureau Régional et de l’Analyse Politique de l’Agence.

Kathleen Christison est une ancienne analyste politique de la CIA et a travaillé sur les questions du Moyen-Orient pendant 35 ans. Elle est l’auteur de « Perceptions de Palestine » et de « La Blessure de la dépossession. »


Publication originale Counter Punch Traduction Contre Info

 

Au Liban, l’attente fiévreuse de l’USS Cole

L’arrivée prochaine de l’USS Cole sur les côtes libanaises inquiète et exacerbe la tension. Les libanais gardent le souvenir des obus d’une tonne tirés par la flotte US en 1983 sur Beyrouth. Franklin Lamb, spectateur engagé des drames libanais, a rencontré les jihadistes du camp d’Ain El Helwe, au sud Liban, qui rêvent d’en découdre avec les forces américaines.

Par Franklin Lamb, Counter Punch, 1er mars 2008

Selon mes décomptes, il y a au moins huit – et peut-être bien quatre de plus – groupes d’orientation salafiste inspirés par Al-Qaïda, qui s’organisent et opèrent au Liban. La plupart sont représentés sous une forme ou une autre à Ain el Helwe, le plus grand des 12 camps de réfugiés palestiniens du pays. Les adolescents semblent être parmi leurs plus ardents défenseurs.

Ces groupes islamistes s’organisent et agissent dans ce camp comme dans d’autres, pour la même raison que celle que Bill Clinton avait invoqué concernant Mme Monica Lewinsky : « Parce que je le pouvais » comme il l’a finalement admis.

La situation est la même pour Al-Qaida au Liban. Les dirigeants palestiniens sont fermement opposés à ces groupes islamistes, mais, tout comme le « gouvernement » du Liban, ils sont impuissants à les empêcher de s’installer dans ces refuges relativement sûrs.

Ces derniers jours, ces groupes ont été mis en émoi par le déploiement du destroyer lance-missile USS Cole, qui aurait quitté Malte le 26 février, en route vers une position au large de Beyrouth. Son arrivée imminente au Liban est considérée comme un avertissement en direction de la Syrie, de l’Iran et de la résistance libanaise, dirigée par le Hezbollah. Cela signifie que, au moment où l’administration Bush a sans doute « perdu » en Iraq, en Afghanistan, et peut-être bientôt au Pakistan et dans certaines parties de la région du Golfe, elle est prête à se joindre dans la lutte avec Israël afin de ne pas « perdre » le Liban.

L’amiral Michael Mullen, le chef d’Etat Major des USA, a déclaré hier que le déploiement ne devrait pas être perçu comme une menace ou une réponse à des événements survenus dans un pays particulier de cette région instable.

« La Méditerranée Orientale est une région importante pour nous », a-t-il déclaré lorsqu’on l’interrogeait sur l’annonce du déploiement de ces navires. « C’est un groupe de vaisseaux qui va opérer dans les environs durant un certain temps », ajoutant qu ’ « il n’est pas destiné à envoyer de signaux plus forts que cela. Mais il signale que nous sommes engagés, nous allons être dans cette région, qui est une partie très, très importante du monde. »

L’amiral Mullen a également été interrogé pour savoir si le déploiement des navires est lié au calendrier de l’élection libanaise.

« Dire qu’il est directement lié serait incorrect, mais nous sommes certainement conscients du fait que ces élections sont importantes, et qu’elles surviendront à un certain moment, » a-t-il répondu.

Et lorsqu’on lui a demandé si la Syrie était la raison de ce déploiement, il a précisé « ce n’est pas spécifiquement adressé à un pays, mais plutôt à l’ensemble de la région. »

Le porte-parole du Conseil National de Sécurité américain, Gordon Johndroe, a ajouté que le déploiement de l’USS Cole était justifié par le fait que le président George Bush était préoccupé par la situation au Liban.

« Bush pourrait devoir détruire le Liban pour le sauver, comme il l’a fait avec l’Irak », plaisante un adolescent souriant en servant un thé sucré comme celui que l’on m’a offert à chaque rencontre à Ain el-Helwe lors de mes visites liées à un projet éducatifs en direction des étudiants palestiniens.

Le Liban n’a pas été très réceptif à l’administration Bush qui y a subi une série d’échecs durant trois années de projets avortés en direction du Liban.

Parmi ces échecs, on compte la guerre de Juillet 2006, l’essai d’installer une base aérienne avancée de l’OTAN à Kleiate, l’importation de salafistes pour lutter contre le Hezbollah, en tentant d’organiser une armée sunnite au nord, autour de Tripoli et Akkar pour lutter contre les chiites dans le Sud, la proposition de financer un troisième Parti politique chiite pour affronter le Hezbollah et le Amal, des efforts pour déclencher une guerre civile, et, plus récemment, des suspicions non prouvées de l’octroi d’un « feu vert » pour des assassinats politiques en une tentative d’impliquer et d’isoler la Syrie. Le Club [1] devient agressif, selon un membre de l’administration de la Commission du Renseignement du Sénat américain.

L’USS Cole , déployé en « manifestation de soutien à la stabilité régionale, » assure la même mission que celle qui était la sienne quand il a été attaqué dans le port d’Aden au Yémen, en octobre 2000 par une embarcation suicide d’Al-Qaeda tuant dix-sept marins américains, en blessant plus de 50, et endommageant gravement le bâtiment. L’ironie de la situation, n’échappe pas aux militants d’Al-Qaida installés au sud à Ain el Helwe, près de la ligne bleue et dans le nord à Tripoli et Hermel. Selon Ahmad, un combattant chevronné au visage d’enfant, arrivé en provenance de l’Irak il y a quelques mois, et qui ressemble en tous points à l’image que l’on pourrait se faire d’un moudjahidine salafiste d’Al-Qaida , « les navires de guerre US ne quitteront pas les eaux du Liban sans qu’ils soient attaqués et détruits. Ils viennent mener une guerre contre le Liban au nom des sionistes, » affirme-t-il.

Rena, une superbe femme blonde, qui semble plus européenne qu’arabe et paraît être une sorte d’expert militaire, s’exprime comme si elle était une porte-parole du Pentagone :

« Le Groupe de Combat du Nassau, basé à Naples en Italie, est arrivé dans la zone d’opération de la 6ème flotte, il y a trois jours. Ils pourrait rejoindre l’USS Cole et nous attendons finalement six navires. Le Cole a été remis à l’eau en avril 2002 et a eu son premier ordre de mission en novembre 2003. »

Mes yeux s’écarquillent. Rena poursuit :

« Nous surveillons attentivement leurs mouvements. Outre le Nassau, le groupe comprend un croiseur et deux destroyers lance-missiles et deux autres navires amphibies. Les navires amphibies peuvent emporter des milliers de Marines et débarquer sur les côtes du Liban presque tout le long de leurs 120 Kilomètres. »

« Comment savez-vous tout ça ? » Baffouillé-je.

Son compagnon, tout en servant à nouveau du thé sucré, se lance dans une explication :

« Nos moudjahiddines ont beaucoup appris depuis que nous avons attaqué le Cole à Aden en octobre 2000. L’administration Bush n’a rien appris de l’histoire. Est-ce que Bush a lu ? Sait-il ce qui s’est produit lorsque les États-Unis ont envoyé les Marines et l’USS New Jersey en 1983 ? Pense-t-il que le Liban a oublié qu’ils ont dévasté le sud de Beyrouth et le Mont-Liban en bombardant avec des obus de 1300 kilos ? Nous attendons que ces boîtes de de sardines pleines de croisés soient incinérées comme les chars israéliens Merkavas l’ont été durant la guerre de juillet. Qu’ils viennent – ils partiront — Comme lorsque Reagan les a envoyé la dernière fois ! »

En 1983, au plus fort de l’intervention américaine au Liban, environ 17 navires – deux groupes de porte-avions de combat et deux énormes cuirassés – patrouillaient le littoral libanais, tandis qu’un contingent de Marines était déployé à l’aéroport de Beyrouth.

L’amie d’Ahmad ajoute : « tôt ou tard, les navires de guerre américain vont bombarder le Liban. Ils ne viennent pas ici pour admirer nos paysages. Quand ils le feront, l’ambassade des Etats-Unis ainsi que d’autres cibles identifiées disparaîtront dans les heures qui suivent. Ils viennent probablement dans le but de faire la guerre contre la Syrie et l’Iran, ainsi que le Liban. Ce sera une grande guerre, et elle pourrait débuter très bientôt. »

L’ancien député Nasser Qandil a affirmé vendredi qu’en envoyant ses navires de guerre au Liban, les États-Unis veulent dire : « nous avons tué Imad Mughniyeh [2], et nous faisons un come-back, Imad. »

M. Qandil a également affirmé que le directeur du Conseil de sécurité national saoudien, le prince Bandar bin Sultan, veut que le Liban devienne « un refuge pour Al-Qaeda remplaçant l’Irak, ce qui signifie que l’arrivée de navires de guerre américains vise à attirer les jihadistes arabes d’Irak pour faire baisser la pression exercée sur l’armée américaine. »

Un haut responsable américain resté anonyme, (David Welch, selon une source informée) a déclaré à l’agence Reuters que cette nouvelle mission du Cole était « une manifestation de soutien pour la stabilité régionale. Nous sommes très préoccupés par la situation au Liban. Elle s’est dégradée depuis longtemps. »

La dernière chose que souhaite le Hezbollah c’est une guerre civile au Liban et c’est la première chose que veut Israël. La plupart des libanais admettent que le Hezbollah à pour objectif la résistance à l’agression israélienne et à l’occupation, l’application de la résolution 1701 et au retrait israélien des fermes de Chebaa et du village de Ghajar. Ses partisans affirment que le Hezbollah désarmera lorsque Israël cessera d’être une menace pour le Liban.

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah, cité par le quotidien As Safir de Beyrouth, a déclaré que « l’action des Etats-Unis » prouve que la « véritable confrontation se déroule avec les dirigeants de Washington. La démonstration de force des USA apporte la preuve de leur échec et indique qu’ils ont épuisé toutes leurs pressions politiques visant à imposer une tutelle américaine. »

Ultérieurement, M. Fadlallah a précisé : « L’administration américaine a déjà eu recours par le passé à la politique de l’envoi de navires de guerre en appui à ses alliés au Liban. Cette tentative a échoué et s’est retournée contre eux. »

« Nous ne céderons pas aux menaces et à l’intimidation armée pratiquée par les des États-Unis pour mettre en oeuvre son hégémonie sur le Liban ».

Les évènements à venir seront désormais déterminés par ce que fera cette armada en arrivant au large du Liban.


Publication originale Counter Punch, traduction Contre Info


 

[1] F. Lamb désigne sous le nom de « Club » les partisans et les alliés des USA au Liban

[2] Le responsable militaire du Hezbollah victime d’un attentat à Damas