Obama et l’Iran : à droite toute !

Par Doug Ireland pour bakchich.info, le mercredi 11 juin 2008

Alors que le président Bush entame une virée d’adieux en Europe et en profite pour dégoiser sur l’Iran, la rumeur enfle aux États-Unis comme en Israël : les Américains pourraient attaquer l’Iran de façon ciblée avant la fin de l’année. Et qu’on se le dise : ce n’est pas le candidat démocrate, Barack Obama, qui s’y opposera !

« Plus ça change, plus c’est la même chose ». Telle pourrait être la nouvelle devise de campagne de Barack Obama après son discours musclé sur l’Iran et le Moyen Orient prononcé le 4 juin devant le puissant lobby pro-israélien, l’AIPAC (American Israel Politic Affair Committee).

La veille, le sénateur de l’Illinois avait remporté la majorité absolue des délégués nécessaires à son investiture par le Parti Démocrate. Et n’a pas choisi la tribune de l’AIPAC par hasard, pariant de faire d’une pierre deux coups : couper court aux accusations répétées du Républicain John McCain qui clame qu’Obama est « mou » sur la question iranienne ; prononcer un discours retransmis en direct sur toutes les chaînes d’information pour se rapprocher des faucons de la communauté juive représentés par l’AIPAC.

Ce discours constitue un extraordinaire virage à droite de Barack Obama. Le Démocrate a martelé à plusieurs reprises sa volonté d’utiliser la force militaire contre l’Iran, allant jusqu’à affirmer qu’il fera « tout ce qui est en son pouvoir « pour empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Tout ! » Il a même « brandi si fort la menace d’une action militaire que cela ressemblait aux menaces prononcées par George W. Bush » comme l’a souligné la chaîne de télévision NBC.

Obama, dans la peau d’un républicain

Pendant les primaires de son parti, Obama s’est toujours positionné à la gauche d’Hillary Clinton sur l’Iran et promettait de rencontrer sans conditions préalables le Président Mahmoud Ahmadinejad lors de sa première année à la Maison Blanche. Mais devant l’AIPAC, sa volonté de négocier avec Téhéran s’est retrouvée assortie de conditions : des discussions avec l’Iran ne seront « appropriées » que si elles font « avancer les intérêts américains. » Toujours pendant les primaires, Obama a tapé à volonté sur Hillary en raison du vote de celle-ci au Sénat en faveur d’une résolution qualifiant les Gardiens de la révolution iranienne de « terroristes ». Ce qui, pour Obama, revenait à donner « un chèque en blanc » à Bush pour une action militaire. Or, devant l’AIPAC, le même Obama a annoncé que les Gardiens de la révolution ont été « correctement étiquetés comme organisation terroriste » ! Cherchez l’erreur…

Au sujet d’Israël, Obama s’est engagé à « maintenir la supériorité militaire de l’État hébreu » afin de combattre « toute menace provenant de Gaza ou de Téhéran ». Il a également promis d’accorder 30 milliards de dollars d’aides militaires supplémentaires à Israël. De plus, alors que ce même jour, Bush annonçait qu’il allait stopper le déménagement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, Obama en a rajouté une couche déclarant que Jérusalem « restera la capitale d’Israël et restera indivisible ». Le reste du monde pense, lui, à raison que la moitié de Jérusalem a été annexée par Israël lors de la guerre de 1967.

Obama en a aussi profité pour indiquer que le bombardement de la Syrie par l’armée israélienne l’an passé était « bien justifié » pour éliminer « des armes de destruction massive ». Il a même précisé que « la menace de l’Iran sur Israël est grande, est réelle » et que son objectif sera « d’éliminer cette menace ». Cerise sur le gâteau, le sénateur qui, d’habitude évite de porter un petit drapeau américain à la boutonnière, affichait devant l’AIPAC un pin’s avec les drapeaux israélien et américain. « On aurait dit que c’était Bibi Netanyahu qui parlait » a écrit Dana Milbank du Washington Post dans un article rapportant ses propos. Autant de raisons qui expliquent que les faucons de l’AIPAC ont bassement flatté le sénateur de l’Illinois en le gratifiant de treize standing ovations !

L’Iran dans la ligne de mire

Le discours musclé et guerrier de Barack Obama est d’autant plus inquiétant que les signes et les rumeurs d’une prochaine attaque américaine ou israélienne contre l’Iran se multiplient depuis des mois. Prenons d’abord le remarquable revirement du chef d’État-major interarmées américain, l’Amiral Mike Mullen. Interviewé par la télévision israélienne lors d’un entretien sur le sujet diffusé le 5 mai, Mullen s’est montré fort pessimiste. Il a déclaré que « le défi sera très grand si nous entrons dans un troisième conflit dans cette zone du monde », faisant allusion à l’Irak et à l’Afghanistan. Puis a exprimé l’espoir « que nous n’aurons pas besoin d’y aller ». Deux semaines plus tard, le 20 mai, devant une commission du Sénat, Mullen s’est montré autrement plus combatif. Il a affirmé que les Gardiens de la révolution iranienne mettaient « directement en danger la paix en Irak » et que « notre sobriété ne signifie pas un manque de volonté ou de capacité à nous défendre contre une telle menace. » Comment interpréter ce virage à 360 degrés ? Mullen a-t-il radicalement changé d’avis en quinze jours à peine sur la capacité des Américains à faire face à un nouveau conflit ? Ou a-t-il été contraint par l’administration Bush qui compte activer l’option militaire de rectifier le tir ? La presse américaine n’a pas cherché à en savoir plus. Le Washington Post n’a même pas mentionné le témoignage de Mullen et le New York Times n’y a fait qu’une petite référence, en passant. Pourtant, le jour même où Mullen témoignait devant le Sénat, le Jérusalem Post a publié un article affirmant que les États-Unis attaqueront l’Iran avant la fin du mandat de Bush, en citant sous couvert de l’anonymat l’un des proches conseillers du président américain.

Le 23 avril dernier, dans Le Canard Enchaîné, Claude Angeli citait des sources militaires françaises pour lesquelles Washington envisage de bientôt mener une « attaque limitée » contre des bases des Gardiens de la révolution où, prétend le Pentagone, des miliciens chiites qui sévissent en Irak s’y entraînent. Le 4 mai, c’était au tour du Times de Londres d’embrayer en faisant référence à des sources dans « les agences de renseignements occidentales » tenant les mêmes propos : la préparation d’une « frappe chirurgicale » par les Américains contre des bases des Gardiens de la révolution. Et pendant ce temps, la chaîne américaine CBS qui citait un haut officier américain parlait elle aussi d’une attaque avant la fin de l’année. À Washington, la rumeur court aussi parmi les journalistes que quatre sénateurs ont été briefés par l’administration Bush sur une attaque contre l’Iran qui aura lieu en septembre ou octobre. Quant à Paris, plusieurs journalistes ont comme par hasard eu écho d’informations allant dans ce sens et provenant de services de renseignement arabes.

Au New York Times, le journaliste qui suit les affaires militaires, Michael Gordon et a écrit dans le passé moult articles sur les prétendues « armes de destruction massive » de Saddam Hussein avant l’invasion de l’Irak, que beaucoup considèrent comme une espèce de porte-parole loyal du Pentagone, multiplie depuis le début du mois de mai les papelards. Ceux-ci sont certes basés sur des sources anonymes mais mettent en avant des affirmations de membres de l’administration Bush indiquant que les Iraniens entraînent des milices chiites pour tuer des Américains en Irak. De son côté, l’ancien porte-parole de la Maison Blanche sous Bush, Scott McClellan, qui vient de publier un livre-confession où il révèle qu’il a été obligé de mentir pour justifier l’invasion de l’Irak, se répand dans les médias au sujet des articles de Gordon dans le Times : ils seraient le résultat d’un programme d’intox destiné à préparer le public américain à accepter la nécessité impérative de bombarder l’Iran. Exactement comme c’était le cas en 2003 avec l’Irak !

Israël sera de la partie

Le 30 mai, l’ancien ministre des Affaires étrangères allemand, Joschka Fischer, en visite en Israël pour le 60ème anniversaire de l’État hébreu, où il a pu discuter avec de nombreux membres de gouvernements ayant fait le déplacement, a publié dans plusieurs quotidiens à travers le monde (comme le Daily Star au Liban) une tribune pronostiquant une attaque militaire contre l’Iran par Israël ou les États-Unis avant la fin de l’année. Il est allé jusqu’à écrire qu’Israël avait reçu le « feu vert » de Bush pour une telle action lors de la visite du président américain pour les festivités du 60ème anniversaire d’Israël.

Le 7 juin, le ministre israélien des Transports, Shaul Mofaz, déclarait au quotidien Yediot Aharonot que l’attaque de centres nucléaires iraniens par Israël était « inéluctable. ». Mofaz n’est pas n’importe qui : c’est un ancien chef de l’État-major israélien et un membre du « cabinet de sécurité » de l’État hébreu. Ses propos sont intervenus après une semaine de consultations intensives et d’entretiens entre Israël et les États-Unis au sujet de l’Iran auxquels il a participé. Pour Mofaz, l’attaque sera « coordonnée » avec Washington. Ses propos ont d’ailleurs été jugés crédibles par Wall Street où le cours du baril de pétrole a bondi de + 11 dollars en une seule journée pour atteindre un prix record.

Les stratèges politiques de Bush pensent que si la campagne pour la présidentielle américaine de novembre tourne autour de la crise économique, John McCain perdra l’élection. Mais s’ils parviennent à mettre la sécurité des États-Unis au centre du débat politique, McCain — un ancien prisonnier de guerre au Vietnam perçu par les Américains comme un vrai héros — pourrait alors vaincre un Obama peu expérimenté dans le commandement militaire. Une raison de plus pour que ce qu’on appelle à Washington « une surprise d’octobre » finisse par se réaliser ! En même temps un néo-conservateur de taille, Daniel Pipes, très écouté a la Maison Blanche, disait le 6 juin dans l’hebdomadaire conservateur National Review que si Obama était élu, Bush attaquerait l’Iran avant de quitter définitivement ses fonctions présidentielles, le 20 janvier 2009. En Israël, des commentateurs estiment de leur côté que si Obama l’emporte, Israël attaquera alors l’Iran avant la fin du mandat de Bush.

Mais ceux en Europe qui comptent sur Barack Obama pour être le leader d’une opposition à une aventure militaire américaine ou israélienne par procuration en Irak se mettent le doigt dans l’œil. Son discours devant l’AIPAC l’a définitivement montré. En période électorale, l’opportunisme est une maladie on ne peut plus contagieuse…

Selon la presse israélienne les Etats-Unis promettent une guerre contre l’Iran : Bush prépare-t-il une « surprise d’octobre » ?

Par Bill Van Auken, le 24 mai 2008 pour WSWS

Un article de la presse israélienne mentionnant que le président américain George W. Bush prévoit de déclencher une attaque militaire contre l’Iran avant de se retirer en début d’année prochaine a été vivement contesté par la Maison-Blanche mardi.

L’article, paru mardi dans le Jerusalem Post, fait référence à un reportage diffusé sur la radio militaire israélienne citant des responsables israéliens qui avaient rencontré Bush et sa délégation lors de leur visite en Israël la semaine dernière.

« Un membre important de l’entourage du président aurait affirmé lors d’une rencontre privée que Bush et le vice-président Dick Cheney sont d’avis qu’une intervention militaire est nécessaire », selon les dires d’un responsable israélien cité par l’article.

L’article a une nouvelle fois cité le responsable américain selon qui « l’hésitation du secrétaire à la Défense Robert Gates et de la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice » avait retardé la décision d’une intervention militaire contre l’Iran.

La crise récente au Liban et l’évidente facilité avec laquelle le mouvement Hezbollah, qui est soutenu par l’Iran, a pris le contrôle de Beyrouth ont, selon l’article, ramené à l’avant-plan la question d’une attaque des Etats-Unis contre la république islamique.

Selon des officiels israéliens, Bush aurait dit que « la maladie doit être traitée, et non les symptômes ».

Le démenti de la Maison Blanche, émis quelques heures seulement après la parution de l’article sur le site internet du Jerusalem Post, a pris un ton particulièrement acerbe. « Un article paru aujourd’hui dans le Jerusalem Post sur la position du président vis-à-vis de l’Iran, et qui cite diverses sources anonymes, ne vaut pas le papier sur lequel il est écrit », a-t-on déclaré.

Cependant, plus tard dans la journée de mardi, la porte-parole de Bush, Dana Perino, fut questionnée par plusieurs journalistes qui doutaient de la validité de ce démenti. « Est-ce que le président et le vice-président croient qu’une attaque est nécessaire, qu’une personnalité israélienne l’ait affirmé ou non ? » a demandé un journaliste.

Dana Perino a refusé de répondre, répétant la position officielle selon laquelle Washington tente de résoudre son conflit avec l’Iran « diplomatiquement », mais que toutes les options demeurent « sur la table ».

En fait, l’article du Jerusalem Post est loin d’être le seul indice montrant que l’administration Bush se prépare à une attaque militaire contre l’Iran.

Les déploiements militaires américains accrus dans la région constituent une preuve physique suffisante, alors que la Marine possède à nouveau deux groupes de combat de porte-avions à distance de frappe de l’Iran, soit le USS Lincoln et le USS Harry S. Truman.

Pendant ce temps, le vaisseau amiral de la 6e flotte, le USS Mount Whitney, a été déployé le long de la côte du Liban, dans ce que la Marine a décrit comme étant une « mission non prévue ». Le navire est le vaisseau le plus avancé de la Marine pour commander, contrôler et recueillir du renseignement. Il peut coordonner une attaque majeure sur une vaste région. Il s’est joint au USS Cole, un contre-torpilleur, qui était déjà sur place.

A Washington, l’amiral Michael Mullen, le secrétaire des chefs d’état-major, a paru devant le comité du Sénat mardi pour réitérer l’accusation non fondée du Pentagone selon laquelle l’Iran serait responsable des violences en Irak. L’absence de réponse de la part de l’armée américaine jusqu’ici, a-t-il insisté, « ne signifie pas une absence de fermeté ou de capacité à nous défendre contre des menaces ».

Dans son discours devant la Knesset d’Israël la semaine dernière, Bush a placé l’Iran au centre de son engagement de soutien inconditionnel envers Israël. « L’Amérique se tient avec vous dans une opposition ferme aux ambitions d’armes nucléaires de l’Iran », a-t-il dit. « Permettre au plus grand supporteur mondial de la terreur de posséder l’arme la plus mortelle du monde serait une trahison impardonnable des générations futures. Pour l’amour de la paix, le monde ne doit pas laisser l’Iran obtenir une arme nucléaire. »

Après la visite de Bush, un porte-parole du premier ministre israélien Ehoud Olmert a dit à la presse qu’Olmert et Bush s’étaient entendus sur la nécessité d’une « action tangible » dans le but de contrecarrer la supposée tentative de l’Iran de développer une arme nucléaire.

« Nous sommes sur la même longueur d’ondes. Nous voyons tous les deux la menace… et nous comprenons tous les deux qu’une action tangible est requise pour empêcher les Iraniens d’aller de l’avant avec leur arme nucléaire », a dit le porte-parole d’Olmert, Mark Regev, au quotidien israélien Ha’aretz.

Faisant référence aux efforts diplomatiques destinés à mettre la pression sur l’Iran, Regev ajouta : « C’est clairement insuffisant et c’est évident que de nouvelles mesures devront être prises. »

Alors que les Etats-Unis et Israël accentuaient le roulement de tambour concernant la menace nucléaire iranienne, Mohamed ElBaradei, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), s’adressait à une session du Forum économique mondial en Égypte lundi, déclarant que l’agence d’inspection nucléaire de l’ONU n’a aucune preuve que l’Iran est en train de construire une bombe.

Bien avant que l’histoire ne paraisse dans le Jerusalem Post, Ha’aretz a rapporté que « le programme nucléaire iranien avait été au centre » des pourparlers entre Bush et Olmert. Des responsables israéliens, a rapporté le journal, ont présenté à Bush des renseignements qui contredisaient supposément l’Estimation nationale de renseignements (NIE) produite par des agences américaines d’espionnage l’année dernière et qui aboutissaient à la conclusion que l’Iran avait mis un terme à son programme d’armes nucléaires en 2003.

« Cela sera-t-il suffisant pour modifier la position de l’administration sur la possibilité d’une attaque américaine sur les installations nucléaires de l’Iran ? Ce n’est pas clair », peut-on lire dans le quotidien. Toutefois, il a ajouté que le gouvernement israélien insiste sur le fait que l’Iran approche du « point de non-retour » et qu’il faut agir immédiatement.

Quant à Bush, dit l’article, alors qu’« il approche de la fin de son mandat, il pense certainement à l’héritage de sa présidence, en plus de la guerre en Irak qui a été très critiquée ».

Il est suggéré ici qu’une façon de faire oublier l’héritage catastrophique incarné dans les guerres continues contre l’Irak et l’Afghanistan est de lancer une autre agression militaire qui va jeter sans l’ombre d’un doute toute la région dans le chaos.

Un enregistrement sonore nous a donné une indication de la façon dont la politique est conçue au sein des plus hauts échelons de l’administration Bush. Cet enregistrement fait partie du matériel que le Pentagone a fait parvenir récemment au New York Times en réponse à une requête faite en vertu de la Loi d’accès à l’information. Cette requête avait été faite pour l’écriture d’un article exposant les rapports étroits entre le département de la Défense américain et des officiers à la retraite qui étaient régulièrement invités aux émissions d’information télévisées et qui étaient en fait des porte-parole de l’administration Bush sur la question de l’Irak.

L’enregistrement a été fait en décembre 2006 lors d’une réunion dînatoire du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et d’un groupe de ses « analystes militaires », que le Pentagone lui-même nomme « multiplicateurs de la force du message ».

L’atmosphère de cette réunion était empreinte de désarroi et même de colère envers les résultats des élections de mi-mandat en 2006 au cours desquelles une vague de sentiment anti-guerre dans la population avait donné les deux chambres du Congrès aux Démocrates.

On entend le lieutenant-général Michael Delong, un marine à la retraite, signaler à Rumsfeld qu’avec le nouvel arrangement politique au gouvernement, « vous n’allez pas y trouver beaucoup d’oreilles sympathiques tant qu’il n’y en aura pas une [une attaque terroriste] ».

Rumsfeld acquiesce, répondant « Nous n’avons pas eu d’attaques au cours des cinq dernières années. La perception de la menace est si faible dans cette société qu’il n’est pas surprenant que les comportements reflètent cette conception d’une faible menace… A mon avis, la solution de ce problème est une attaque. Et lorsque cela arrivera, alors tout le monde sera enthousiasmé pour une autre [inaudible] et c’est une honte que nous n’ayons pas la maturité de reconnaître combien sérieuses sont les menaces… le nombre de morts, le carnage qui peut être imposé à notre société est si réel et si présent et si sérieux qu’on pourrait croire que nous pourrions le comprendre… »

La « solution » au fait que le peuple américain ne soutient pas la guerre en Irak ni l’éruption mondiale du militarisme américain au nom de la « guerre au terrorisme » est, selon Rumsfeld, une autre « attaque » semblable aux événements du 11 septembre 2001. Clairement, la conception est qu’une autre ronde de « morts » et de « carnage » pourrait abasourdir la population et créer les conditions pour que l’administration puisse imposer sa volonté par des moyens extraordinaires.

Assurément, une façon d’augmenter la probabilité d’une telle attaque est de lancer une attaque militaire contre l’Iran.

Les reportages israéliens et la mobilisation militaire dans la région soulèvent immédiatement la question : alors que les élections de 2008 approchent, est-ce que des éléments de l’administration Bush préparent une « surprise d’octobre » sous la forme d’une attaque sans provocation contre l’Iran ? »

(Article original anglais paru le 21 mai 2008)

 

Bush avait décidé l’invasion de l’Irak avant le 11 septembre 2001

Contreinfo, le 19 mars 2008

Dès la première réunion du Conseil National de Sécurité, en février 2001, le gouvernement Bush élaborait des plans pour renverser Saddam et préparait l’occupation de l’Irak. « Trouvez moi un moyen de le faire », demandait Bush à ses conseillers. (Document CBS et transcription VF d’un extrait).

Paul O’Neil, Secrétaire au Trésor dans le premier gouvernement Bush, s’est entretenu en 2004 avec une journaliste de la chaine CBS, à l’occasion de la publication du livre « The Price of Loyalty » décrivant les rouages du pouvoir à Washington.

Ron Suskind, l’auteur de l’ouvrage et également invité, avait recueilli les témoignages de plusieurs fonctionnaires et membres du gouvernement, dont celui de Paul O’Neil, qui a accepté d’être cité nommément. A l’époque, Donald Rumsfeld avait téléphoné à Suskind pour tenter de le dissuader de publier.

Extrait de 60 minutes - CBS

Transcritption d’un extrait (début : 1mn50)

Paul O’Neil : Depuis le tout début, [les responsables] avaient la conviction que Saddam Hussein était une personne détestable, et qu’il devait partir.

Voix off : Paul O’Neil déclare que le fait de s’en prendre à Saddam Hussein était le sujet n°1 sur l’agenda, 10 jours après la prise de fonction de Bush, soit 8 mois avant le 11 septembre.

Paul O’Neil : Depuis la tout première [réunion du Conseil National de Securité], il s’agissait l’Irak, de ce que nous pouvions faire pour changer ce régime.

Journaliste : Tout le monde pense que cela est venu après le 11 septembre.

Suskind : Non. C’était là dès le 1er jour de ce gouvernement.

Voix off : Paul O’Neil, en tant que Secrétaire au Trésor, était membre permanent du Conseil National de Sécurité. Il déclare qu’il a été surpris par le fait que les questions "pourquoi Saddam," et "pourquoi maintenant?" n’aient jamais été posées.

Paul O’Neil : Il s’agissait uniquement de trouver un moyen de le faire. C’était la tonalité de ces discussions. Le président disait : "trouvez-moi un moyen de le faire".

Paul O’Neil : Pour moi, la notion de préemption, le fait que les USA se donnent le droit unilatéralement de faire ce que nous déciderions, était réellement un énorme changement.

Journaliste : Cela a été évoqué lors de cette première réunion ?

Paul O’Neil : Oui.

Voix off : Paul O’Neil nous a déclaré que la discussion sur l’Irak s’est poursuivie lors de la réunion suivante du Conseil National de Sécurité, deux jours plus tard.

Suskind : Il existe des mémos. L’un d’entre eux porte l’indication « secret », et mentionne un « Plan militaire pour la crise irakienne après Saddam. »

Journaliste : Reconstruction de nation ? Ils discutaient de l’occupation de l’Irak ?

Suskind : Oui, en janvier et février 2001.

Journaliste : Suskind révèle que ces plans prévoyaient des troupes de maintien de la paix, des tribunaux pour juger des crimes de guerre et même la répartition des champs de pétrole irakien. Il a obtenu ce document du Pentagone, daté du 5 mars 2001, intitulé soumissions internationales sur des contrats pétroliers irakiens, qui inclut une carte décrivant les zones d’exploration potentielles.

(…)

La démission de l’amiral Fallon relance les hostilités en Irak

par Thierry Meyssan, pour le réseau Voltaire

Contrairement à ce qui a été écrit dans la presse dominante, l’amiral William Fallon n’a pas été limogé par ce qu’il s’opposait au président Bush à propos d’une attaque contre l’Iran. Il a démissionné de sa propre initiative après que l’accord qu’il avait négocié et conclu avec Téhéran, Moscou et Pékin ait été saboté par la Maison-Blanche. Le choix de l’administration Bush relance la guerre en Irak et expose gravement les GI’s face à une Résistance désormais soutenue de l’extérieur sans retenue.

Il était presque 22h GMT, mardi 11 mars 2008, lorsque le commandant en chef du Central Command, l’amiral William Fallon, annonça depuis l’Irak qu’il présentait sa démission. Immédiatement à Washington, le secrétaire à la Défense, son ami Robert Gates, dans une conférence de presse improvisée indiquait qu’il acceptait cette décision à regret. Dans les minutes qui suivirent, la rumeur d’une possible attaque états-unienne contre l’Iran se répandit partout dans le monde. En effet, la démission de l’amiral aurait été exigée par la Maison-Blanche à la suite de la publication d’un reportage par le mensuel Esquire [1] rapportant des propos « francs » de l’officier à propos du président Bush. Or, dans le même article, on pouvait lire qu’un renvoi de l’amiral marquerait le signal ultime de la guerre.

Pourtant, cette interprétation est erronée. Elle ignore l’évolution du rapport de forces à Washington. Pour comprendre ce qui est en jeu, revenons un instant en arrière. Nos lecteurs, qui ont été régulièrement informés dans nos colonnes des débats en cours à Washington, se souviendront des menaces de démission de Fallon [2], de la mutinerie des officiers supérieurs [3], des dessous d’Annapolis [4], et de l’infiltration de l’OTAN au Liban [5] que nous avons rapportés dans ces colonnes avant tout le monde ; des révélations qui ont été contestées lors de leur publication et qui sont aujourd’hui largement attestées. Nous ajouterons ici des informations inédites sur les négociations conduites par Fallon.

Le Plan Fallon

Alors que l’establishment états-unien avait approuvé l’entrée en guerre contre l’Irak dans l’espoir d’en tirer de substantiels profits économiques, il a progressivement déchanté. Cette opération génère des coûts directs et indirects démesurés, mais ne rapporte qu’à quelques uns. Dès 2006, la classe dirigeante s’est inquiétée de mettre fin à cette aventure. Elle contestait à la fois le surdéploiement des troupes, l’isolement diplomatique grandissant, et l’hémoragie financière. Elle trouva son expression à travers le rapport Baker-Hamilton qui condamnait le projet de remodelage du Grand Moyen-Orient, et préconisait un retrait militaire d’Irak coordonné avec un rapprochement diplomatique avec Téhéran et Damas.

Sous cette amicale pression, le président Bush fut contraint de limoger Donald Rumsfeld et de le remplacer par Robert Gates (lui-même membre de Commission Baker-Hamilton). Un groupe de travail bipartisan —la Commission Armitage-Nye— fut mis en place pour définir de manière consensuelle une nouvelle politique. Mais il s’avéra que le tandem Bush-Cheney n’avait pas renoncé à ses projets et utilisait ce groupe de travail pour endormir ses rivaux tout en continuant à fourbir ses armes contre l’Iran. Coupant court à ces manœuvres, Gates donna carte blanche à un groupe d’officiers supérieurs qu’il avait fréquenté à l’époque de Bush père. Ceux-ci publièrent, le 3 décembre 2007, un rapport des agences de renseignement discréditant le discours mensonger de la Maison-Blanche sur le prétendue menace iranienne. En outre, ils tentèrent d’imposer au président Bush un rééquilibrage de sa politique proche-orientale au détriment d’Israël.

L’amiral William Fallon exerce une autorité morale sur ce groupe —incluant l’amiral Mike McConnell (directeur national du renseignement), le général Michael Hyden (directeur de la CIA), le général George Casey (chef d’état-major de l’armée de terre), et plus tard l’amiral Mike Mullen (chef-d’état-major inter-armes)—. Homme de sang froid, doué d’une brillante intelligence, il est l’un des derniers grands patrons des forces armées à avoir servi au Vietnam. Préoccupé par la multiplication des théâtres d’opération, par la dispersion des forces et l’épuisement des troupes, il a ouvertement contesté un leadership civil dont la politique ne peut conduire les États-Unis qu’à la défaite.

Dans le prolongement de cette mutinerie, ce groupe d’officiers supérieurs fut autorisé à négocier une sortie de crise honorable avec l’Iran et à préparer un retrait d’Irak. Selon nos sources, ils imaginèrent un accord en trois volets :
- 1. Les États-Unis feraient adopter par le Conseil de sécurité une dernière résolution contre l’Iran pour ne pas perdre la face. Mais cette résolution serait vide et Téhéran s’en accommoderait.
- 2. Mahmoud Ahmadinejad se rendrait en Irak où il affirmerait les intérêts régionaux de l’Iran. Mais ce voyage serait purement symbolique et Washington s’en accommoderait.
- 3. Téhéran pèserait de toute son influence pour normaliser la situation en Irak, et faire passer les groupes qu’il soutient de la résistance armée à l’intégration politique. Cette stabilisation permettrait au Pentagone de retirer ses troupes sans défaite. En contrepartie, Washington cesserait son soutien aux groupes armés de l’opposition iranienne, notamment aux Moujahidines du peuple.

Toujours selon nos sources, Robert Gates et ce groupe d’officiers, encadrés par le général Brent Scowcroft (ancien conseiller national de sécurité), sollicitèrent l’aide de la Russie et de la Chine pour appuyer ce processus. D’abord perplexes, Moscou et Pékin s’assurèrent de l’assentiment forcé de la Maison-Blanche avant de répondre positivement, soulagés d’éviter un conflit incontrôlable.

Vladimir Poutine prit l’engagement de ne pas profiter militairement du retrait US, mais exigea qu’on en tire les conséquences politiques. Il fut donc convenu que la conférence d’Annapolis accoucherait d’une souris, tandis qu’une conférence globale sur le Proche-Orient serait organisée à Moscou pour débloquer les dossiers que l’administration Bush n’avait cessé d’envenimer.
De même Poutine accepta de faciliter le compromis irano-US, mais s’inquiéta d’un Iran trop fort à la frontière méridionale de la Russie. À titre de garantie, il fut convenu que l’Iran accepterait ce qu’il avait toujours refusé : de ne pas fabriquer seul son combustible nucléaire.

Les négociations avec Hu Jintao furent plus complexes, car les dirigeants chinois étaient choqués de découvrir à quel point l’administration Bush leur avait menti à propos de la prétendue menace iranienne. Il fallait donc d’abord rétablir la confiance bilatérale. Heureusement, l’amiral Fallon, qui il y a peu encore commandait le PacCom (zone Pacifique), entretenait des relations de courtoisie avec les Chinois.
Il fut convenu que Pékin laisserait passer une résolution anti-iranienne formelle au Conseil de sécurité, mais que la formulation de ce texte n’entraverait aucunement le commerce sino-iranien.

Le sabotage

Au premier abord, tout sembla fonctionner. Moscou et Pékin acceptèrent de jouer les figurants à Annapolis et de voter la résolution 1803 contre l’Iran. Tandis que le président Ahmadinejad savoura sa visite officielle à Bagadad où il rencontra en secret le chef d’état-major interarmes US, Mike Mullen, pour planifier la baisse de la tension en Irak. Mais le tandem Bush-Cheney ne s’avouait pas vaincu. Il sabota dès qu’il le put cette mécanique bien huilée.

Premièrement, la conférence de Moscou disparut dans les sables mouvants des mirages orientaux avant même d’avoir existé. Deuxièmement, Israël se lança à l’assaut de Gaza et l’OTAN déploya sa flotte au large du Liban de manière à relancer l’embrasement général du Grand Moyen-Orient, alors que Fallon s’efforçait d’éteindre les foyers d’incendie un à un. Troisièmement, la Maison-Blanche, habituellement si prompte à sacrifier ses employés, refusa de lâcher les Moujahidines du peuple.
Exaspérés les Russes massaient leur flotte au sud de Chypre pour surveiller les bâtiments de l’OTAN et envoyaient Sergeï Lavrov en tournée au Proche-Orient avec mission d’armer la Syrie, le Hamas et le Hezbollah pour rééquilibrer le Levant. Tandis que les Iraniens, furieux d’avoir été abusés, encourageaient la Résistance irakienne à casser du GI’s.

Voyant ses efforts réduits à néant, l’amiral Fallon démissionnait, seul moyen pour lui de conserver à terme son honneur et sa crédibilité face à ses interlocuteurs. L’interview d’Esquire, publié deux semaines plus tôt, n’est ici qu’un prétexte.

L’heure de vérité

Dans les trois prochaines semaines, le tandem Bush-Cheney va jouer son va-tout en Irak en faisant parler les armes. Le général David Petraeus, poussera à l’extrême son programme de contre-insurrection de manière à se présenter victorieux devant le Congrès, début avril. Simultanément, la Résistance irakienne, désormais soutenue à la fois par Téhéran, Moscou et Pékin, va multiplier les embuscades et chercher à tuer le maximum d’occupants.

Il appartiendra alors à l’establishment états-unien de tirer les conclusions du champ de bataille. Soit il jugera les résultats de Petraeus sur le terrain acceptables et le tandem Bush-Cheney terminera son mandat sans encombres. Soit, pour éviter le spectre de la défaite, il lui faudra sanctionner la Maison-Blanche et reprendre d’une manière ou d’une autre les négociations que l’amiral Fallon avait conduites.

Simultanément, Ehud Olmert interrompra les négociations initiées avec le Hamas via l’Égypte. Il chauffera la région jusqu’à la visite du président Bush en mai. Et les frères Janah et Hani Hammoud (respectivement coordinateur média de la Force multinationale en Irak et conseiller média de Saad Hariri), qui assurent la liaison des loyalistes libanais avec le général Petraeus et l’amiral Fitzgerald (OTAN), feront monter la tension au Liban.

Cette fièvre régionale devrait redynamiser le dispositif Bush, qu’il s’agisse des investissements dans le domaine militaro-industriel du fonds Carlyle, au bord de la faillite, ou de la campagne électorale de John McCain.

Vu de Washington, faut-il continuer à sacrifier la vie des GI’s pour une guerre qui a déjà coûté 3 trilliards de dollars et faire haïr les États-Unis même par leurs plus fidèles partenaires alors qu’elle n’a rapporté qu’à quelques sociétés détenues par le clan Bush et ses amis ?

Thierry Meyssan
Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire.
Dernier ouvrage paru : L’Effroyable imposture 2
(le remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).


[1] The Man Between War and Peace » par Thomas P.M. Barnett, Esquire, mars 2008.

[2] « La Maison-Blanche sacrifiera-t-elle la Ve flotte pour justifier la destruction nucléaire de l’Iran ? », par Michael Salla, Réseau Voltaire, 18 novembre 2007.

[3] « Washington décrète un an de trêve globale », par Thierry Meyssan, et « Pourquoi McConnell a-t-il publié le rapport sur l’Iran ? », Réseau Voltaire, 3 et 17 décembre 2007

[4] « La ‘solution à deux États’ sera bien celle de l’apartheid », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 janvier 2008.

[5] « La discrète arrivée de l’OTAN au Liban », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 mars 2008.

Les dangers de la crise du nucléaire iranien

Bill et Kathleen Christison, tous deux anciens analystes de la CIA, craignent que Bush ne mette à profit les derniers mois de son mandat pour attaquer l’Iran. Ils se livrent à une analyse détaillée des enjeux du dossier nucléaire iranien, et appellent de leurs voeux la création d’un instance sous l’égide de l’ONU chargée d’oeuvrer en faveur du désarmement et de coordonner l’action contre les crises. Mais dans l’immédiat, disent-ils, il faut manifester sans relâche contre la possibilité d’une intervention militaire.

 

Par Bill et Kathleen Christison, Counter Punch, 8 mars 2008

Jour après jour, nous avons entendu des responsables israéliens, de portes paroles du lobby israélien aux Etats-Unis et des soutiens d’Israël au Congrès affirmer que l’Iran ne « devra » jamais se procurer l’arme nucléaire. Le 3 mars 2008, les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies ainsi que neuf des dix membres non permanents ont approuvé une nouvelle série de sanctions contre l’Iran. Le résultat du vote final de 14 à 0 avec une abstention (L’Indonésie, une nation musulmane), est une autre victoire à l’ONU pour les partenaires que sont Israël et les Etats Unis.

Le spectacle des cinq membres « permanents, » selon la hiérarchie surannée du Conseil de Sécurité - qui tous refusent d’éliminer leurs armes nucléaires - exerçant le « deux poids deux mesures » à l’encontre de l’Iran ne soulève que bien peu d’intérêt de la part des médias américains.

L’Iran, qui est une nation fière, située au cœur d’une région ou la règne la fierté, ne voit là qu’absurdité et discrimination à son égard alors que les nations voisines de l’Inde, du Pakistan et d’Israël ont mis au point leurs propres armes nucléaires sans en être empêchées par les Etats-Unis.

L’arme nucléaire israélienne lui est particulièrement difficile à admettre dans la mesure ou les Iraniens savent qu’Israël, qui est un ennemi mais également un bien petit pays, l’a acquise voila 40 ans, beaucoup plus tôt que l’Inde ou le Pakistan. La plupart des Iraniens savent aussi qu’Israël n’y est parvenu que grâce à l’aide d’institutions publiques et / ou privées des USA. Tout ceci n’est perçu que comme un nouvel exemple du favoritisme des États-Unis pour Israël et de leur agressivité envers l’Iran.

La crise actuelle ne concerne même pas la production réelle d’armes nucléaires par l’Iran, mais l’ « enrichissement » d’uranium naturel, consistant à obtenir un pourcentage plus élevé d’un isotope particulier de l’uranium, l’U-235, que l’on trouve dans la nature lorsque le minerai appelé « Uranium » est extrait. C’est cet enrichissement qui fournit le composant le plus difficile à obtenir de tous ceux utilisés dans la fabrication des armes nucléaires. À l’état naturel, le minerai brut contient également d’autres isotopes d’uranium, et contient généralement moins de 1% d’U-235. Lorsqu’il est concentré à environ 3% d’U-235, l’uranium est largement utilisé dans les modèles courants de réacteurs nucléaire destinés à la production d’électricité. Concentré à des niveaux beaucoup plus élevés -90% est le chiffre le plus souvent cité - le matériau devient de « qualité militaire » et peut être utilisé dans les armes nucléaires.

Le matériel utilisé dans ce processus d’enrichissement est non seulement compliqué à construire, à gérer et à entretenir, mais il exige également de grandes quantités d’énergie électrique pour fonctionner. Mais tout cela reste à la portée de nombreuses nations et, sans doute de plus en plus fréquemment, à des entités non nationales.

L’Iran aujourd’hui possède, a testé, et utilise tout le matériel nécessaire, et il dispose de la puissance électrique requise pour produire de l’uranium enrichi. Il fait valoir qu’il a déjà atteint un niveau d’enrichissement de l’ordre de quatre pour cent d’U-235, au début des tests. Il affirme également qu’il ne veut pas d’armes nucléaires et va utiliser l’uranium enrichi pour produire seulement de plus grandes quantités d’énergie électrique pour le pays dans une série de centrales nucléaires.

Mais si on choisit de considérer que l’Iran veut vraiment des armes nucléaires, intervient alors un autre élément dans cette équation, qui est la facilité avec laquelle le processus d’enrichissement peut être converti pour produire de l’uranium militaire.

Divers experts occidentaux estiment communément que si une nation ou un groupe est capable de franchir les difficultés rencontrées dans le passage d’un enrichissement de moins de 1% à 3 ou 4%, dans ce cas les problèmes techniques supplémentaires lors du passage de 3-4% à 90% d’enrichissement ne sont pas insurmontables.

La conception et la fabrication de l’engin explosif, puis du vecteur emportant l’arme, ne seraient pas une tâche simple, mais ne serait pas non plus terriblement difficile. Tenter de produire une estimation précise de la durée nécessaire pour l’ensemble du processus est en général inutile. Trop de variables entrent en ligne de compte. Toutes ces estimations dépendent fortement des types de vecteurs disponibles, du degré de précision sur la cible exigé, et du nombre ou de l’absence de systèmes redondants et de sécurité nécessaires pour prévenir un emploi non autorisé ou accidentel.

En ce qui concerne l’Iran, une estimation de trois ou quatre ans serait probablement correcte.

Bien que les Etats-Unis, suivis par d’autres nations, exigent que l’Iran cesse toute production d’uranium enrichi, le Traité de Non Prolifération nucléaire (TNP), qui est entré en vigueur en 1970, n’interdit à quiconque d’enrichir l’uranium à des fins pacifiques. L’Iran, comme cela a déjà été indiqué, affirme que qu’il ne fait pas autre chose et que n’existent aucune preuves du contraire.

Toutefois, les États-Unis comme la plupart des autres signataires du traité qui possèdent déjà des armes nucléaires, n’ont fait aucun effort sérieux pour tendre vers un désarmement général à l’échelle mondiale comme cela est prévu par le TNP. Le traité, bien sûr, ne définit pas de calendrier ou de délais pour cet objectif. Mais le fait que les grandes puissances qui ont signé le traité n’ont même pas encore commencé les négociations multilatérales sur le désarmement nucléaire depuis 38 ans fournit à l’Iran une bonne excuse, si il en a besoin d’une, pour abroger sa participation au traité. Et un beau jour, l’Iran pourrait le faire.

Le fait qu’Israël, l’Inde et le Pakistan, qui ont refusé de signer le traité dès le début, soient devenus des puissances nucléaires avérées, fournit aux dirigeants de Téhéran une excuse supplémentaire pour sortir du TNP s’ils le souhaitent.

Bien que certains partisans de l’établissement d’un empire américain s’expriment sur la nécessité de transformer le système mondial, le monde d’aujourd’hui est encore composé d’Etats juridiquement indépendants, où le nationalisme est la force dominante qui sous-tend les relations entre les États.

Dans un tel monde, il est logique de supposer que les dirigeants iraniens veuillent déjà obtenir en secret des armes nucléaires ou vont bientôt le faire. Ils n’accepteront pas indéfiniment que le petit état d’Israël bénéficie d’un droit à l’arme nucléaire supérieur à celui dont ils disposent. Pas plus qu’ils accepteront que les USA, bien plus forts, jouissent d’un droit supérieur en la matière. Sauf à être brutalement contraints de plier devant l’alliance entre Israël et les USA, aucun dirigeant iranien ne peut accepter de telles vues.

Il est fréquemment suggéré que la seule solution pour le problème du nucléaire au Moyen Orient réside dans la possibilité de négocier une zone dénucléarisée dans la région (incluant Israël), voire même éventuellement d’un monde dénucléarisé. Et ceux qui font de telles suggestions citent souvent des sondages ou des enquêtes montrant que la majorité des peuples dans le monde entier soutiennent ces idées.

Le drame, c’est que pour le moment la confiance ne règne tout simplement pas assez entre les gouvernements de la planète, ou même à l’échelle d’une région de celle-ci. Prenons l’exemple des seuls États-Unis, ou du partenariat américano-israélien. Il est inconcevable que le gouvernement actuel de l’un des partenaires soit en mesure ne serait-ce que de commencer les négociations sur l’élimination de ses armes nucléaires, quelles qu’en soient les avantages éventuels qui pourraient en découler. Il en est de même, à un degré variable, pour la Chine, la Russie, la Grande-Bretagne, la France, l’Inde et le Pakistan.

Cependant, même en ce temps de méfiance, les Nations Unies devraient mettre en place une conférence permanente d’experts au niveau des ambassadeurs, portant sur les « Crises Globales et le Désarmement ». Une fois mise en place et active, le porte-parole de cette conférence pourrait attirer l’attention de l’opinion publique, au fil des jours, sur la relation existant entre les dépenses d’armement et les trois grandes crises auxquelles le monde fera face qui sont l’énergie, le climat et l’eau. Ces trois crises rendront de plus en plus nécessaire pour les peuples du monde de travailler ensemble pour les surmonter et pour réduire de façon drastique le gaspillage scandaleux des dépenses militaires d’un trop grand nombre de nations.

La tâche immédiate de cette Conférence devrait être de définir les points d’accord et de désaccord en ce qui concerne le désarmement ainsi que sur les trois autres questions, et ceci dans les différentes régions du monde.

La présidence devrait être confiée à un très haut responsable de l’ONU, et l’originalité de cette institution, née de sa permanence, devrait être signalée avec force à chaque intervention publique.

Il est probable que d’ici peu, des événements nouveaux et imprévus se dérouleront dans le domaine de ces trois crises, qui auront pour effet d’intensifier la prise de conscience - tout au moins chez quelques-uns - au sujet du gaspillage actuel des dépenses militaires.

De nouvelles et coûteuses difficultés apparaissant dans l’un des trois domaines pourraient même conduire en fort peu de temps à l’apparition d’une opposition mondiale manifestant son aversion pour de nouvelles dépenses d’armement nucléaire.

Personne ne peut prévoir quels seront les grands changements dans la vie quotidienne, qui seront provoqués par les trois crises, mais nous devons, du mieux que nous le pouvons, travailler au changement plutôt que de porter atteinte à l’harmonie entre les peuples du monde.

Nous devrions tous tenter d’utiliser les circonstances de ces crises afin d’encourager chacun à penser d’abord en tant que citoyens du monde, ensuite seulement en tant que citoyens d’une nation ou d’une région.

Mais rien de tout ceci ne porte sur le présent - ni sur la période des tout derniers mois de la présidence Bush. Dans la mesure où les Républicains et leurs imitateurs Démocrates au Congrès refusent de destituer Bush et Cheney, le danger d’une guerre contre l’Iran fomentée par les Etats-Unis et Israël demeure réel.

L’état actuel de suremploi des forces terrestres américaines, et la volonté probable de Bush de ramener les armes nucléaires tactiques au rang d’armes ordinaires, implique que la guerre ne serait pas terrestre, mais commencerait par de grandes attaques aériennes et par un usage immédiat des armes nucléaires.

Le résultat à plus long terme de cet emploi des armes nucléaires serait tout à fait désastreux, à la fois pour le monde et pour les Etats-Unis même si les résultats immédiats pourraient être considérés comme une victoire rapide et peu coûteuse pour les Etats-Unis.

Si cette apparente victoire militaire survenait avant l’élection présidentielle américaine de novembre 2008, elle garantirait sans doute une victoire électorale Républicaine. Compte tenu de l’intérêt que porte Bush à la place qu’il occupera dans l’histoire, un tel scénario pourrait facilement convenir à son instinct de joueur.

Les protestations, qui doivent être bruyantes et nombreuses, semblent être la seule arme dont nous disposions pour réduire le risque qu’un tel scénario n’advienne réellement. Faisons nous entendre, faisons le au niveau mondial, et faisons le tous les jours.

Martelons ce message par le biais de tous les moyens auxquels nous pouvons accéder, y compris la musique et la littérature. Répétons partout que les gens ordinaires, à travers le monde, NE VEULENT PAS QUE LES USA ET ISRAEL TUENT UNE SEULE PERSONNE EN IRAN, indépendamment de l’état du programme nucléaire militaire de l’Iran.

Bill Christison était un haut fonctionnaire de la CIA. Il a servi comme officier de la National Intelligence et en tant que directeur du Bureau Régional et de l’Analyse Politique de l’Agence.

Kathleen Christison est une ancienne analyste politique de la CIA et a travaillé sur les questions du Moyen-Orient pendant 35 ans. Elle est l’auteur de « Perceptions de Palestine » et de « La Blessure de la dépossession. »


Publication originale Counter Punch Traduction Contre Info

 

Au Liban, l’attente fiévreuse de l’USS Cole

L’arrivée prochaine de l’USS Cole sur les côtes libanaises inquiète et exacerbe la tension. Les libanais gardent le souvenir des obus d’une tonne tirés par la flotte US en 1983 sur Beyrouth. Franklin Lamb, spectateur engagé des drames libanais, a rencontré les jihadistes du camp d’Ain El Helwe, au sud Liban, qui rêvent d’en découdre avec les forces américaines.

Par Franklin Lamb, Counter Punch, 1er mars 2008

Selon mes décomptes, il y a au moins huit - et peut-être bien quatre de plus - groupes d’orientation salafiste inspirés par Al-Qaïda, qui s’organisent et opèrent au Liban. La plupart sont représentés sous une forme ou une autre à Ain el Helwe, le plus grand des 12 camps de réfugiés palestiniens du pays. Les adolescents semblent être parmi leurs plus ardents défenseurs.

Ces groupes islamistes s’organisent et agissent dans ce camp comme dans d’autres, pour la même raison que celle que Bill Clinton avait invoqué concernant Mme Monica Lewinsky : « Parce que je le pouvais » comme il l’a finalement admis.

La situation est la même pour Al-Qaida au Liban. Les dirigeants palestiniens sont fermement opposés à ces groupes islamistes, mais, tout comme le « gouvernement » du Liban, ils sont impuissants à les empêcher de s’installer dans ces refuges relativement sûrs.

Ces derniers jours, ces groupes ont été mis en émoi par le déploiement du destroyer lance-missile USS Cole, qui aurait quitté Malte le 26 février, en route vers une position au large de Beyrouth. Son arrivée imminente au Liban est considérée comme un avertissement en direction de la Syrie, de l’Iran et de la résistance libanaise, dirigée par le Hezbollah. Cela signifie que, au moment où l’administration Bush a sans doute « perdu » en Iraq, en Afghanistan, et peut-être bientôt au Pakistan et dans certaines parties de la région du Golfe, elle est prête à se joindre dans la lutte avec Israël afin de ne pas « perdre » le Liban.

L’amiral Michael Mullen, le chef d’Etat Major des USA, a déclaré hier que le déploiement ne devrait pas être perçu comme une menace ou une réponse à des événements survenus dans un pays particulier de cette région instable.

« La Méditerranée Orientale est une région importante pour nous », a-t-il déclaré lorsqu’on l’interrogeait sur l’annonce du déploiement de ces navires. « C’est un groupe de vaisseaux qui va opérer dans les environs durant un certain temps », ajoutant qu ’ « il n’est pas destiné à envoyer de signaux plus forts que cela. Mais il signale que nous sommes engagés, nous allons être dans cette région, qui est une partie très, très importante du monde. »

L’amiral Mullen a également été interrogé pour savoir si le déploiement des navires est lié au calendrier de l’élection libanaise.

« Dire qu’il est directement lié serait incorrect, mais nous sommes certainement conscients du fait que ces élections sont importantes, et qu’elles surviendront à un certain moment, » a-t-il répondu.

Et lorsqu’on lui a demandé si la Syrie était la raison de ce déploiement, il a précisé « ce n’est pas spécifiquement adressé à un pays, mais plutôt à l’ensemble de la région. »

Le porte-parole du Conseil National de Sécurité américain, Gordon Johndroe, a ajouté que le déploiement de l’USS Cole était justifié par le fait que le président George Bush était préoccupé par la situation au Liban.

« Bush pourrait devoir détruire le Liban pour le sauver, comme il l’a fait avec l’Irak », plaisante un adolescent souriant en servant un thé sucré comme celui que l’on m’a offert à chaque rencontre à Ain el-Helwe lors de mes visites liées à un projet éducatifs en direction des étudiants palestiniens.

Le Liban n’a pas été très réceptif à l’administration Bush qui y a subi une série d’échecs durant trois années de projets avortés en direction du Liban.

Parmi ces échecs, on compte la guerre de Juillet 2006, l’essai d’installer une base aérienne avancée de l’OTAN à Kleiate, l’importation de salafistes pour lutter contre le Hezbollah, en tentant d’organiser une armée sunnite au nord, autour de Tripoli et Akkar pour lutter contre les chiites dans le Sud, la proposition de financer un troisième Parti politique chiite pour affronter le Hezbollah et le Amal, des efforts pour déclencher une guerre civile, et, plus récemment, des suspicions non prouvées de l’octroi d’un « feu vert » pour des assassinats politiques en une tentative d’impliquer et d’isoler la Syrie. Le Club [1] devient agressif, selon un membre de l’administration de la Commission du Renseignement du Sénat américain.

L’USS Cole , déployé en « manifestation de soutien à la stabilité régionale, » assure la même mission que celle qui était la sienne quand il a été attaqué dans le port d’Aden au Yémen, en octobre 2000 par une embarcation suicide d’Al-Qaeda tuant dix-sept marins américains, en blessant plus de 50, et endommageant gravement le bâtiment. L’ironie de la situation, n’échappe pas aux militants d’Al-Qaida installés au sud à Ain el Helwe, près de la ligne bleue et dans le nord à Tripoli et Hermel. Selon Ahmad, un combattant chevronné au visage d’enfant, arrivé en provenance de l’Irak il y a quelques mois, et qui ressemble en tous points à l’image que l’on pourrait se faire d’un moudjahidine salafiste d’Al-Qaida , « les navires de guerre US ne quitteront pas les eaux du Liban sans qu’ils soient attaqués et détruits. Ils viennent mener une guerre contre le Liban au nom des sionistes, » affirme-t-il.

Rena, une superbe femme blonde, qui semble plus européenne qu’arabe et paraît être une sorte d’expert militaire, s’exprime comme si elle était une porte-parole du Pentagone :

« Le Groupe de Combat du Nassau, basé à Naples en Italie, est arrivé dans la zone d’opération de la 6ème flotte, il y a trois jours. Ils pourrait rejoindre l’USS Cole et nous attendons finalement six navires. Le Cole a été remis à l’eau en avril 2002 et a eu son premier ordre de mission en novembre 2003. »

Mes yeux s’écarquillent. Rena poursuit :

« Nous surveillons attentivement leurs mouvements. Outre le Nassau, le groupe comprend un croiseur et deux destroyers lance-missiles et deux autres navires amphibies. Les navires amphibies peuvent emporter des milliers de Marines et débarquer sur les côtes du Liban presque tout le long de leurs 120 Kilomètres. »

« Comment savez-vous tout ça ? » Baffouillé-je.

Son compagnon, tout en servant à nouveau du thé sucré, se lance dans une explication :

« Nos moudjahiddines ont beaucoup appris depuis que nous avons attaqué le Cole à Aden en octobre 2000. L’administration Bush n’a rien appris de l’histoire. Est-ce que Bush a lu ? Sait-il ce qui s’est produit lorsque les États-Unis ont envoyé les Marines et l’USS New Jersey en 1983 ? Pense-t-il que le Liban a oublié qu’ils ont dévasté le sud de Beyrouth et le Mont-Liban en bombardant avec des obus de 1300 kilos ? Nous attendons que ces boîtes de de sardines pleines de croisés soient incinérées comme les chars israéliens Merkavas l’ont été durant la guerre de juillet. Qu’ils viennent - ils partiront — Comme lorsque Reagan les a envoyé la dernière fois ! »

En 1983, au plus fort de l’intervention américaine au Liban, environ 17 navires - deux groupes de porte-avions de combat et deux énormes cuirassés - patrouillaient le littoral libanais, tandis qu’un contingent de Marines était déployé à l’aéroport de Beyrouth.

L’amie d’Ahmad ajoute : « tôt ou tard, les navires de guerre américain vont bombarder le Liban. Ils ne viennent pas ici pour admirer nos paysages. Quand ils le feront, l’ambassade des Etats-Unis ainsi que d’autres cibles identifiées disparaîtront dans les heures qui suivent. Ils viennent probablement dans le but de faire la guerre contre la Syrie et l’Iran, ainsi que le Liban. Ce sera une grande guerre, et elle pourrait débuter très bientôt. »

L’ancien député Nasser Qandil a affirmé vendredi qu’en envoyant ses navires de guerre au Liban, les États-Unis veulent dire : « nous avons tué Imad Mughniyeh [2], et nous faisons un come-back, Imad. »

M. Qandil a également affirmé que le directeur du Conseil de sécurité national saoudien, le prince Bandar bin Sultan, veut que le Liban devienne « un refuge pour Al-Qaeda remplaçant l’Irak, ce qui signifie que l’arrivée de navires de guerre américains vise à attirer les jihadistes arabes d’Irak pour faire baisser la pression exercée sur l’armée américaine. »

Un haut responsable américain resté anonyme, (David Welch, selon une source informée) a déclaré à l’agence Reuters que cette nouvelle mission du Cole était « une manifestation de soutien pour la stabilité régionale. Nous sommes très préoccupés par la situation au Liban. Elle s’est dégradée depuis longtemps. »

La dernière chose que souhaite le Hezbollah c’est une guerre civile au Liban et c’est la première chose que veut Israël. La plupart des libanais admettent que le Hezbollah à pour objectif la résistance à l’agression israélienne et à l’occupation, l’application de la résolution 1701 et au retrait israélien des fermes de Chebaa et du village de Ghajar. Ses partisans affirment que le Hezbollah désarmera lorsque Israël cessera d’être une menace pour le Liban.

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah, cité par le quotidien As Safir de Beyrouth, a déclaré que « l’action des Etats-Unis » prouve que la « véritable confrontation se déroule avec les dirigeants de Washington. La démonstration de force des USA apporte la preuve de leur échec et indique qu’ils ont épuisé toutes leurs pressions politiques visant à imposer une tutelle américaine. »

Ultérieurement, M. Fadlallah a précisé : « L’administration américaine a déjà eu recours par le passé à la politique de l’envoi de navires de guerre en appui à ses alliés au Liban. Cette tentative a échoué et s’est retournée contre eux. »

« Nous ne céderons pas aux menaces et à l’intimidation armée pratiquée par les des États-Unis pour mettre en oeuvre son hégémonie sur le Liban ».

Les évènements à venir seront désormais déterminés par ce que fera cette armada en arrivant au large du Liban.


Publication originale Counter Punch, traduction Contre Info


 

[1] F. Lamb désigne sous le nom de « Club » les partisans et les alliés des USA au Liban

[2] Le responsable militaire du Hezbollah victime d’un attentat à Damas

 

La guerre annoncée contre l’Iran: Est-ce que la Turquie sera encore complice d’une autre guerre contre un autre pays voisin?

 

Par Cem Ertür, le 24 février 2008

Turquie et Iran

Malgré le dernier rapport positif de l’AIEA concernant le programme nucléaire de l’Iran [1], les efforts visant à lancer une guerre contre l’Iran s’accélèrent [2]. Compte tenu de l’impopularité d’une telle guerre, les grandes puissances demeurent tranquilles à son sujet, tout en utilisant des méthodes sophistiquées pour préparer psychologiquement les citoyens.

Pendant ce temps, les seules choses dont nous entendons parler concernant la Turquie dans la presse marchande de l’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord sont les discussions entourant son adhésion dans l’Union européenne, le conflit entre le gouvernement religieux de l’AKP et les institutions laïques du pays (y compris l’armée) et les opérations transfrontalières dans le Nord de l’Irak.

N’y a-t-il aucun lien entre la Turquie et cette nouvelle menace de guerre? Comment fonctionne le travail de préparation psychologique dans le cas de la Turquie? Quelles sont les pressions que les pays membres de l’OTAN exercent sur le gouvernement turc? Comment l’opposition extraparlementaire réagit à la perspective de la prochaine étape de la « guerre mondiale contre le terrorisme? »


LA « TRIPLE ALLIANCE »

En 2006, le chercheur Michel Chossudovsky commentait sur une alliance qui avait été précédemment décrite par le Middle East Report comme étant « probablement le plus grand changement stratégique dans les années du gouvernement Clinton de l’après Guerre Froide:

« Déjà au cours de l’administration Clinton, une alliance militaire triangulaire entre les États-Unis, Israël et la Turquie s’est mise en place. Cette « triple alliance » est … jumelée aux fortes relations bilatérales entre Tel-Aviv et Ankara. Amplement documenté, Israël et la Turquie sont partenaires dans le projet d’attaques aériennes des États-Unis contre l’Iran, qui est dans un état avancé de préparation depuis la mi-2005. » [3]

La récente visite d’état du président israélien Shimon Peres et du ministre de la défense israélien, Ehoud Barak à la Turquie était l’indication la plus manifeste de cette alliance contre l’Iran.

La visite d’état par le ministre de la défense israélienne BARAK et du président Peres

À bord de son avion en direction d’Ankara le 11 février dernier, le ministre de la défense israélien Ehoud Barak a déclaré qu’il présenterait les rapports des services de renseignement israéliens aux principaux dirigeants de la Turquie concernant les plans nucléaires de l’Iran :

« Il est important … d’essayer de convaincre [la Turquie] des faits. » [4]

À la suite de cette visite, les officiers de la défense israélienne ont fait les déclarations suivantes:

« La Turquie est intéressée à acquérir un système de défense de missiles devant la menace de la poursuite de la course de l’Iran vers l’énergie nucléaire. » [5]

« Tous les pays de la région comprennent que la menace iranienne n’est pas seulement contre Israël. Les missiles de longue portée de l’Iran peuvent atteindre [des cibles] bien au-delà d’Israël. » [6]

Toutefois, Barak avait une autre attitude à l’égard de la Syrie:

« La Turquie joue un rôle naturel dans certaines médiations et elle a trouvé une bonne façon de dialoguer avec la Syrie. Il y a du respect envers la Turquie autant en Syrie qu’au Liban. Ce respect doit être utilisé pour bloquer le flux d’armes en provenance de l’Iran destiné au Hezbollah qui transite par la Syrie. Nous respectons la Syrie, mais nous nous attendons aussi que la Syrie respecte tout autant l’identité d’Israël. Vous ne pouvez pas imposer la paix. … Il faut deux parties consentantes. » [7]

Cette déclaration doit être considérée comme faisant partie de la stratégie « diviser pour régner » visant à isoler l’Iran. Puisque le principal allié de l’OTAN ne sera pas en mesure d’attaquer l’Iran et la Syrie en même temps, ils ont besoin de rompre l’alliance stratégique entre ces deux pays et d’y aller une étape à la fois.

Les déclarations de Barak faisaient écho à ceux du Président israélien, Shimon Peres, lors de sa visite à Ankara en novembre de l’année dernière.

L’auteur Kemal Camurcu a analysé le discours de Peres au parlement turc pour un comité à participation majoritaire des parlementaires du Parti pour la justice et le développement (AKP):

« Peres a été applaudi par les parlementaires de l’AKP pour avoir dit : " Vous ne réalisez pas et vous ne comprenez pas que votre véritable ennemi est votre voisin de la porte d’à côté, l’Iran!" Le but de sa visite était de déclarer à l’ensemble de la région que "Il y a deux tendances dans la région: l’Iran en tant que parrain du terrorisme et la Turquie favorable à la paix." Il a déclaré cela et il a reçu des applaudissements! Considérant ses interviews, son discours dans le Parlement turc et les sujets d’actualité sur "le partage des renseignements," il est plausible d’affirmer que le seul but de la visite de Peres était d’expliquer à Ankara la « menace iranienne » [8].

Ces déclarations sont d’autant plus importants, compte tenu qu’elles sont faites à un moment où les États-Unis, Israël et leurs alliés européens étaient désespérés d’obtenir un soutien à la Conférence d’Annapolis face à l’ampleur de l’opposition de cette initiative dans l’ensemble du Monde Arabe. Toutefois, tout cela a été en grande partie non rapporté dans les principaux médias turcs. Le principal député du Felicity Party (Saadet Partisi) monsieur Sevket Kazan explique le véritable ordre du jour derrière cette conférence:

« Cette guerre contre l’Iran sera lancée par les États-Unis et Israël avec le soutien de la Turquie. Une fois que la puissance de ces deux [pays] se sera révélée insuffisante, le Royaume-Uni, la France et finalement les forces de l’OTAN, y compris la Turquie, seront également engagés. » [9]

Le soutien des États-Unis et d’Israël contre les séparatistes kurdes PKK

Lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue israélien en visite Ehoud Barak, le ministre de la Défense Vecdi Gonul a déclaré:

« Nous remercions Israël pour son soutien à la Turquie dans l’industrie de la défense. Nous remercions M. Barak pour l’envoi d’équipement et de dispositifs que la Turquie utilise dans le sud-est et dans les opérations transfrontalières [contre le PKK]. » [10]

À la veille de cette visite, le site alternatif Fikritakip a fait la remarque suivante:

« Depuis quelque temps, il est frappant de constater que tous les soirs Show TV a présenté très longuement les armes « de haute-technologie » et les systèmes de défense fournis par Israël à la Turquie dans sa lutte contre le PKK … Cela démontre que les milieux nationalistes, qui passaient pour être anti-israéliens, sont en réalité reconnaissants à ce pays pour son soutien contre le PKK. » [11]

Les reportages des médias turcs sur le soutien des États-Unis contre le PKK allaient dans le même sens et ils se sont avérés avoir contribué à dissiper le sentiment anti-américain à travers la population turque. En fait, avant que les États-Unis n’aient commencé à apporter leur soutien à la fin de l’année dernière, ils étaient accusés par les grands médias turcs et par les hommes politiques non seulement de fermer les yeux sur l’utilisation de la violence du PKK, mais aussi de lui fournir un soutien clandestin.

Dans un article paru dans un journal, l’ancien député Mehmet Bekaroglu pose la question suivante:

« N’est-il pas étrange que les États-Unis déclare que : "le PKK soit un ennemi commun de la Turquie, des États-Unis et de l’Irak," tout en encourageant, voire même en fournissant l’armement, la formation et les renseignements à l’appui du même PKK sous le nom de PJAK, contre un autre pays de la région, à savoir l’Iran? » [12]

En fait, ce n’est pas si étrange compte tenu de la stratégie « diviser pour régner » des États-Unis, de l’Union européenne et d’Israël dans le monde musulman basée sur l’exploitation de toutes les hostilités et les divisions existantes. Jusqu’à tout récemment, ils soutenaient en même temps les forces armées turques, le PKK et son organisation soeur PJAK ainsi que le Gouvernement Régional du Kurdistan en Irak. Selon l’Agence de Presse Firat, la raison derrière le soutien des États-Unis est:

« Un accord conclu entre les États-Unis, la Turquie et l’Administration fédérale du Kurdistan du Sud pour la construction dans le sud et dans le nord du Kurdistan [c’est-à-dire le nord de l’Irak et le sud-est de la Turquie respectivement] de deux bases militaires stratégiques US dirigées contre l’Iran. » [13]

La base en Turquie serait située dans le district de Yuksekova, à la frontière iranienne. Inutile de dire que, dans l’éventualité d’une guerre contre l’Iran, les États-Unis et leurs principaux alliés de l’OTAN utiliseront toutes les bases à leur disposition sur le territoire turc, y compris les secrètes. Il est important de garder à l’esprit que la tristement célèbre base militaire US de Incirlik (au sud de la Turquie), qui a joué un rôle crucial dans toutes les invasions anglo-US de l’après guerre froide au Moyen-Orient, contient 90 ogives nucléaires.

Rétrospectivement, le rejet de la motion parlementaire de mars 2003 visant à autoriser les troupes US à utiliser le sol turc comme une base pour l’invasion de l’Irak ne semble pas avoir eu beaucoup d’impact puisque de toute façon, l’armée US est clandestinement allée de l’avant avec ses plans.

Le système de défense antimissile

« La Turquie joue un rôle de leadership régional au Moyen-Orient. La frontière commune de la Turquie avec l’Irak, l’Iran et la Syrie offrent l’occasion de faire avancer la paix et la stabilité, de lutter contre la prolifération des armes nucléaires, et de vaincre les terroristes dans une région qui est aujourd’hui l’épicentre de la politique étrangère états-unienne. » [14] (Le sous-secrétaire US aux affaires politiques, Richard Burns, à la suite de sa visite en Turquie en septembre 2007)

Le chef de l’Agence des Missiles de Défense du Pentagone, le général Henry Obering a déclaré récemment:

« Les États-Unis espèrent mettre un troisième grande composante antimissile en Europe ainsi que ceux en cours de négociation avec la Pologne et la République tchèque pour contrer l’Iran… La troisième étape auparavant non annoncée en Europe… serait placée plus près de l’Iran qui accélère les efforts pour construire des missiles balistiques capables de transporter des armes meurtrières au-delà du Moyen-Orient… Le puissant système de radar "en territoire avancé" irait du sud-est de l’Europe, peut-être en Turquie, le Caucase ou dans la région de la mer Caspienne. » [15]

En fait, « la troisième étape auparavant non annoncée en Europe » a été annoncée en mars 2007 par l’ambassadeur des États-Unis à l’OTAN, Victoria Nuland:

« Le système de défense contre les missiles de longue portée de l’Iran et d’autres pays… va couvrir la plupart des territoires des pays membres de l’OTAN et il ne sera pas nécessaire d’avoir un second système au sein de l’OTAN. Mais la menace des missiles à courte et à moyenne portée de l’Iran est toujours présente pour des pays comme la Turquie. Afin de contrer cela, à l’exemple de la Turquie et des États-Unis, nous travaillons au niveau bilatéral ainsi que dans le cadre de l’OTAN. » [16]

Des pressions pour couper les liens économiques avec l’Iran

À l’instar des principaux partenaires commerciaux de l’Iran dans l’Union européenne, la Turquie a été soumise à de fortes et continuelles pressions des États-Unis pour couper ses liens économiques avec l’Iran:

« La récente conclusion d’un mémorandum destiné à la Turquie sur la coopération énergétique avec l’Iran est troublante. Ce n’est pas le moment pour faire des affaires comme d’habitude avec l’Iran. Nous demandons à tous nos amis et tous nos alliés, y compris la Turquie, de ne pas récompenser l’Iran en investissant dans son secteur pétrolier et gazier, alors que l’Iran continue de défier le Conseil de sécurité des Nations Unies en poursuivant ses recherches nucléaires à des fins militaires. » [14]

En janvier de cette année, M. Stuart Levey, le sous-secrétaire aux affaires terroristes et du renseignement financier, a exhorté la Turquie à faire preuve de vigilance dans ses relations financières avec l’Iran:

« Il est essentiel de partager l’information afin de discuter des risques … et la vigilance est nécessaire afin de veiller à ce que les institutions financières de la Turquie ne soient pas malmenées par des institutions financières iraniennes et les banques d’État iraniennes. » [17]

La relation particulière de l’Union européenne avec la Turquie

L’ancien ministre des Affaires étrangères allemand, Joschka Fischer, a fait la déclaration suivante en octobre 2006:

« La Turquie doit être un pilier de la sécurité pour la communauté européenne, et les efforts visant à faire dérailler cette relation sont absolument irréfléchis. » [18]

Le chercheur Mahdi Darius Nazemroaya fait valoir que:

« La chancelière [allemande] Angela Merkel a intensifié ses appels à l’inclusion de la Turquie dans le cadre de l’Union européenne par le biais d’une "relation spéciale," mais pas dans le cadre de l’actuel bloc européen. Cela préfigurait ce que Nicolas Sarkozy souhaitait proposer plus tard aux Turcs. » [18]

Le chroniqueur Umur Talu explique ce que cette « relation spéciale » implique:

« Le Président français Sarkozy, qui "ne veut pas de la Turquie dans l’UE," mais qui s’accroche aux États-Unis et à Israël et qui "veut une attaque contre l’Iran" adoptera une "politique de la carotte et du bâton" à l’égard de la Turquie. Autrement dit, il va utiliser l’Union européenne comme appât pour notre territoire, notre espace aérien et nos bases. » [19]

Le fait que la Turquie soit devenue membre de l’OTAN en 1952, mais qu’elle se soit vu refuser l’adhésion à l’Union européenne depuis la création de l’Union européenne est tout à fait révélatrice. Les États-Unis et les principaux pays de l’Union européenne ont une politique commune envers la Turquie: Ils utilisent le PKK, l’accession à l’Union européenne, les résolutions sur le Génocide Arménien de 1915 comme atouts pour amener l’opinion publique turque dans les rangs des États-Unis et en conformité des objectifs de la politique étrangère de l’Union européenne.

La déclaration suivante de Brad Sherman, du parti Démocrate US, est plutôt étrange étant donné la complicité conjointe US-turque dans les génocides en Afghanistan et en Irak ainsi que dans la perspective d’un autre génocide en Iran:

« Car, si nous espérons arrêter de prochains génocides, nous devons admettre ces actes horribles du passé ». [20]

Après tout, les leaders mondiaux du pouvoir sont tout à fait disposés à utiliser les génocides et les massacres de masse passés comme une excuse pour mener leurs propres génocides. [21]

Les cellules turques « GLADIO » sont toujours à l’oeuvre

Danièle Ganser, l’auteur de « Les armées secrètes de l’OTAN: Opération GLADIO et le terrorisme en Europe de l’Ouest, » (I) explique le schéma en cours à travers les pays de l’OTAN:

« Au cours des 50 dernières années, les États-Unis ont organisé des attentats en Europe de l’Ouest, qui ont été faussement attribués à la gauche et à l’extrême gauche [de la Grèce et de la Turquie] pour les discréditer aux yeux de leurs électeurs. Cette stratégie demeure encore présente aujourd’hui, inspirant la peur de l’Islam et pour justifier des guerres pour le pétrole. » [22]

Depuis le début de 2007, des attentats à la bombe, des assassinats, des meurtres, des complots déjoués, des ultimatums au gouvernement lancés par les forces armées, les constantes spéculations sur l’imminence d’un coup d’État, la guerre en territoire turc ou transfrontalier avec le PKK, la mise en scène des manifestations de style démocratique "des révolutions de couleurs," (II) les opérations de police fortement médiatisées et de nouvelles lois anti-terrorisme ont dominé l’opinion publique turque.

« La détention à Istanbul [fin janvier] des membres présumés d’un ténébreux groupe ultranationaliste turc a ravivé les accusations que des éléments au sein de l’appareil de sécurité turques ont longtemps tenté de déstabiliser le pays par le biais d’une campagne d’attentats à la bombe et d’assassinats. Cela inclus supposément des opérations sous fausse bannière [III] qui ont été attribuées à des séparatistes kurdes et islamistes violents [sic]. » [23]

L’assassinat du chroniqueur et journaliste d’investigation de gauche Ugur Mumcu en 1993, a été considérée par les institutions laïques de la Turquie, les médias et les forces armées comme une occasion de galvaniser de façon général des sentiments anti-islamistes et en particulier des sentiments anti-iranien. L’assassinat a été imputé à l’Iran, qui aurait utilisé le Hezbollah (turc) comme un pion.

En réalité, le Hezbollah sunnite (turc) a très peu en commun avec son homonyme au Liban et c’est un fait établi que ce groupe a été créé et utilisé par les institutions paramilitaires de la Turquie contre le PKK au cours des années 1990. En fait, lors du 15e anniversaire de l’assassinat de Mumcu le mois dernier, son frère à la fois avocat Ceyhan Mumcu a lancé l’appel public suivant:

« Soyons prudents à partir de maintenant et ne prétendons pas que Ugur Mumcu, a été assassiné par l’Iran. Bien que j’aie souvent réitéré ce fait, malheureusement certaines personnes font encore des déclarations contraires à la presse. Selon mes recherches, les États-Unis ont pris la décision de l’assassiner en mai 1992. » [24]

Récemment, des dépêches sur le Hezbollah (turc) ont de nouveau commencé à apparaître dans les médias turcs. Il y a des raisons d’interpréter cela dans le cadre d’une opération psychologique subtile pour dresser l’opinion publique turque contre l’Iran.

Les cellules belliqueuses d’Al-Qaïda

Au cours des deux derniers mois, il y a aussi eu une augmentation des reportages sur Al-Qaïda:

« Les agences de sécurité ont reçu des renseignements spécifiques selon lesquels des cellules d’Al-Qaïda ont infiltré la Turquie et elles envisagent de mener des attentats terroristes contre des cibles israéliennes et des sites associés aux États-Unis… À la lumière de cette menace, de récentes directives de sécurité ont été relayées aux agences gouvernementales israéliennes et aux entreprises opérant dans toute la Turquie. » [25]

Ils (les reportages de la presse) ont été suivis par des opérations anti-terroristes à travers le pays. [26] La menace a été reprise par le procureur général US, Michael Mukasey, lors de sa visite à Ankara ce mois-ci:

« Nous surveillons de près Al-Qaïda. Et nous avons vu au cours des derniers temps qu’ils ont accru leurs activités en Turquie… Il semblerait qu’Al-Qaïda pourrait avoir choisi la Turquie comme base. » [27]

Retournons en novembre 2003 lorsque le chercheur Michel Chossudovsky a écrit que les attentats à la bombe au consulat britannique et au siège social de la banque HSBC à Istanbul coïncidaient avec la visite du Président George Bush à Londres, qui a eu lieu le lendemain où s’est achevé la rencontre annuelle du Groupe de Défense conjoint Turco-US à Williamsburg aux États-Unis:

« Les attentats ont créé les conditions pour un rôle plus actif de la Turquie dans le théâtre de guerre en Irak… Les attentats à la bombe à Istanbul ont également servi à faire respecter la légitimité chancelante du premier ministre Tony Blair face à la montée de l’opposition politique concernant la participation de la Grande-Bretagne dans les guerres menées par les États-Unis. » [28]

Cela ressemble à une stratégie similaire qui est à l’œuvre face à une autre menace de guerre. Comme dans le cas du Hezbollah (turc), il n’est pas vraiment question de savoir si Al-Qaida a un quelconque lien avec l’Iran. Cela permet de confondre l’islamophobie et le racisme servant à mettre le feu à la guerre.

L’iranophobie des médias turc

Intitulé « Les tanks du PKK ou la bombe atomique de l’Iran?, » l’article de Kad