Enquête indépendante sur les conditions d’envoi des troupes britanniques en Irak

2009 marquera le retrait de la majorité des troupes britanniques d’Irak. Désormais, on se demande dans quelles conditions Tony Blair a envoyé les contingents et quelles sont les incidences d’une telle décision. Pour répondre à ces deux points, une enquête indépendante du gouvernement a été ouverte ce lundi 15 juin 2009. Initialement, par mesure de sécurité, les débats devaient se tenir à huis clos. Une polémique nationale éclate à ce sujet.


 

 


 

Brown promet une enquête indépendante sur la guerre en Irak

France 24, Lundi 15 juin 2009

Le Premier ministre Gordon Brown a annoncé l’ouverture prochaine d’une enquête "indépendante" d’un an sur la participation britannique à la guerre en Irak, qui couvrira une période allant de 2001 à nos jours.

AFP - Le Premier ministre Gordon Brown a annoncé lundi l’ouverture prochaine d’une enquête "indépendante" sur la participation britannique à la guerre en Irak, pour faire la lumière sur l’une des pages les plus controversées de l’histoire récente du Royaume-Uni.
  
Mais ses audiences se tiendront à huis clos et ses conclusions ne seront pas publiées avant un an, a-t-il immédiatement précisé, provoquant la colère de l’opposition et des militants pacifistes.
  
Cette enquête "sans précédent" portera sur une large période allant de 2001 à juillet 2009, date à laquelle la quasi-totalité des soldats britanniques auront quitté le sol irakien six ans après le début du conflit, a indiqué le Premier ministre. Elle débutera "aussi tôt que possible" après le 31 juillet.
  
L’objectif n’en sera pas de "désigner des responsables" mais de préciser les conditions dans lesquelles Tony Blair a engagé les troupes britanniques aux côtés de l’armée américaine de George Bush en Irak en 2003, et les conséquences de cette décision.
  
"Cette enquête est essentielle pour qu’en tirant les leçons (de cette guerre), nous renforcions la bonne santé de notre démocratie, de notre diplomatie et de notre armée", a déclaré le chef du gouvernement devant la chambre des Communes.
  
Contrairement à ce que réclamaient l’opposition et de nombreuses familles de soldats, l’enquête se tiendra à huis clos pour raisons de "sécurité nationale". Un rapport sera publié à l’issue -à l’exception des passages les plus sensibles pour la sécurité nationale- mais pas avant un an, a prévenu le Premier ministre.
  
Les conclusions de l’enquête ne seront donc publiées qu’après les prochaines élections législatives, prévues au plus tard en juin 2010.
  
Le responsable de l’opposition conservatrice David Cameron, donné largement favori par tous les sondages, y a immédiatement vu une manoeuvre délibérée visant à repousser au-delà du prochain scrutin d’éventuelles "conclusions inopportunes" pour le Premier ministre.
  
Ce dernier, affaibli par des démissions en cascade de ministres après le scandale des notes de frais et une déroute électorale début juin, s’emploie depuis plusieurs jours à rétablir son autorité par une série d’annonces.
  
"La Grande-Bretagne n’a pas besoin d’une enquête secrète conduite par une poignée de dignitaires triés sur le volet par le Premier ministre", s’est insurgé Nick Clegg, chef des Libéraux-démocrates, deuxième parti d’opposition.     Devant le Parlement, des manifestants se sont rassemblés pour exprimer leur colère.
  
"Nous sommes ici aujourd’hui parce qu’ils viennent d’annoncer que l’enquête sera menée en secret, ce qui est selon moi une insulte à la démocratie dans ce pays", a commenté Ben Beach, un étudiant de 19 ans.
  
Ce n’est pas la première fois que le gouvernement britannique est soupçonné de vouloir étouffer les éléments les plus controversés de son engagement en Irak.
  
En février dernier, il avait opposé son veto à une décision de justice l’obligeant à publier les minutes de réunions cruciales au cours desquelle Tony Blair et ses ministres avaient décidé d’entrer en guerre contre l’Irak en 2003, sans le feu vert des Nations Unies et malgré l’opposition farouche d’une majorité de Britanniques.
  
Tirant un nouveau bilan de la contribution britannique, M. Brown a relevé que quelque 120.000 soldats de Sa Majesté ont servi en Irak pendant le conflit.
  
Il s’est dit "extrêmement fier" de cette mission dont la partie militaire s’est achevée le mois dernier. Seuls une centaine d’entre eux resteront en Irak au-delà de fin juillet, dans le cadre d’un accord signé début juin entre Londres et Bagdad.
  
Depuis mars 2003, 179 soldats britanniques ont trouvé la mort en Irak.
 


A écouter : Londres, enquête indépendante sur la guerre d’Irak / RSR.ch

Marche sur le Pentagone Samedi 21 Mars 2009

Le 15 février 2003 eut lieu la plus grande manifestation mondiale jamais organisée : plusieurs millions de personnes se sont manifestées dans plus de 600 villes à travers le monde contre la guerre en Irak. En mars 2003, une nouvelle manifestation mondiale a lieu après le déclenchement de la guerre. Aux USA, 50 000 personnes se dirigent vers le Pentagone pour réclamer la fin de la guerre et le retrait des troupes en Irak. Septembre 2005, plusieurs milliers de manifestants protestent à Washington D.C. contre l’engagement américain. Mars 2007, quatre ans après le début de la guerre, 50 000 personne reviennent à Washington D.C. et se dirigent vers le Pentagone, porteurs du même message.

En mars 2009, l’occupation étrangère est toujours présente, malgré ces mobilisations générales à l’ internationale. Il semble nécessaire de rappeler aux autorités que l’opinion n’adhère pas à cette politique offensive, déclenchée sous le faux postulat du terrorisme, mais qui semble entériner un conflit perpétuel pour l’emprise sur des zones géographiques riches en matières premières. L’Irak et l’Afghanistan font les terribles frais de cette occupation. Alors que l’économie américaine s’effondre, que les finances mondiales sont mises à mal, il serait grand temps de rapatrier les troupes et de s’occuper des réels problèmes qui touchent les populations de plein fouet.

Cette nouvelle marche, qui rassemblera des mouvements divers et de nombreuses associations aux Etats Unis, scandera encore une fois ce message : Ni guerres, ni occupation – Des emplois et de l’instruction. Que les gouvernants entendent cette fois. 
 


Marche sur le Pentagone le 21 mars 2009

En Irak, en Afghanistan, en Palestine, l’occupation est un crime.
Des emplois et de l’instruction. Ni guerres ni occupation.

Rassemblement à 12h, à l’angle de la 23rd St.
et de Constitution Ave. NW Washington, D.C.!

Divers réseaux, alliances et organisations s’assemblent dans une coalition nationale le 21 mars pour inciter des gens de tous les milieux dans chaque ville des Etats-Unis à participer à la marche sur le Pentagone, le jour du sixième anniversaire de la guerre d’Irak: le samedi 21 mars.

Plus de 1000 organisations et personnes ont à ce jour soutenu la marche sur le Pentagone du 21 mars 2009 pour dire "Ramenez les troupes au pays MAINTENANT!" en ce sixième anniversaire de l’invasion criminelle de l’Irak.

Les milliers de personnes qui marcheront diront "En Irak, en Afghanistan, en Palestine, l’occupation est un crime." et "Nous avons besoin d’emplois et d’instruction, pas de guerres ni d’occupation." Ils insisteront pour mettre fin aux menaces de guerre et aux sanctions économiques contre l’Iran. Ils diront non au programme état-unien illégal de détention et de torture.

Parmi les membres de la coalition nationale du 21 mars et les sympathisants de la marche sur le Pentagone se trouvent:

  • ANSWER Coalition groupe REPONSE (http://www.answercoalition.org/)
  • Muslim American Society Freedom [soc. Américaine musulmans-liberté]
  • National Council of Arab Americans [concile national des arabes Américains]
  • National Assembly to End the Iraq and Afghanistan Wars and Occupations [assemblée nat. pour la fin des guerres et occupations en Irak et Afghanistan] (http://www.natassembly.org/)
  • Veterans For Peace-National [vétérans pour la paix - national]
  • United States Labor Against the War (USLAW) [travailleurs des Etats-Unis contre la guerre]
  • Ramsey Clark
  • Cindy Sheehan
  • The World Can’t Wait [le Monde ne peut pas attendre]
  • Code Pink
  • Middle East Children’s Alliance [alliance des enfants du Moyen-Orient]
  • Paul Haggis, Academy-Award winning director and screenwriter [directeur et scénariste primé de l'académie]
  • Edward Asner, Actor [acteur]
  • Mimi Kennedy, Actor and Activist [actrice et activiste]
  • Elaine Johnson, Gold Star Mother [qui a perdu un enfant à la guerre]
  • Colonel Ann Wright, US Army Reserves (Retired) [colonel à la retraite]
  • Lynne Stewart
  • Tina Richards, Executive Director, Grassroots America [directrice exécutive d'un mouvement populaire]
  • Angola 3 Defense Committee [comité de défense Angola 3 (pour la défense de 3 hommes qui auraient été emprisonnée à tort dans la prison "Angola" en Louisiane, USA)]
  • Herman Wallace, Political Prisoner, Angola Prison, Louisiana [prisonier politique à "Angola"]
  • Albert Woodfox, Political Prisoner, Angola Prison, Louisiana [prisonier politique à "Angola"]
  • Raul Pacheco, guitarist, Ozomatli [guitariste d'un groupe de musique multiéthnique américain]
  • David Swanson, After Downing Street [organisation pour dénoncer les mensonges ayant conduit aux guerres et occupations]
  • Heidi Boghosian, Executive Director, National Lawyers Guild* [directrice exécutive de l'association des avocats]
  • Michael Ratner, President, Center for Constitutional Rights* [président du centre pour les droits constitutionnels]
  • Michael Smith, Member of the Board, Center for Constitutional Rights* [membre du conseil du centre pour les droits constitutionnels]
  • Blase et Theresa Bonpane, Office of the Americas [organisation non lucrative pour l'avancement de la justice internationale et de la paix]
  • Progressive Democrats of America [groupe de démocrates Américains]

& des centaines d’autres!

*mentionné uniquement dans un but de représentation

Cliquez ici pour voir la liste des sympathisants.


Des dizaines de milliers de personnes ont marché sur le Pentagone en mars 2007

Alors que des millions de familles perdent leurs maisons, leurs emplois et leurs couvertures médicales), le vrai budget militaire l’an prochain surpassera le billion de dollars—c’est-à dire 1,000,000,000,000$. Si cette somme était employée pour subvenir aux besoins de la population elle permettrait de créer 10 millions de nouveaux emplois à 60 000$ par année, de fournir une couverture médicale pour tout ceux qui n’en disposent pas encore, de reconstruire la Nouvelle-Orléans et de réparer beaucoup des dégâts causés en Irak, en Afghanistan et en Palestine. A lui seul le prix de l’occupation de l’Irak est de 400 millions de dollars par jour, soit environ 12 milliards par mois.

La guerre en Irak a tué, blessé ou déplacé près d’un tiers de sa population de 26 millions. Des milliers de soldats états-uniens ont été tués et des milliers d’autres ont subi de graves blessures physiques et psychologiques. Les dirigeants états-uniens qui ont commencé et mené cette guerre criminelle doivent être jugés et emprisonnés pour crimes de guerre.

La guerre en Afghanistan est en train de s’étendre. Robert Gates, le secrétaire à la défense de Bush, qui a conservé son poste auprès du président Obama, a annoncé que le nombre de soldats en Afghanistan pourrait doubler durant les prochains mois. Le vice président Biden et M. Gates ont prédit plus de victimes–ou ce qu’ils appellent dédaigneusement "une augmentation" des pertes–pour la période à venir.

Nous devons aussi agir pour mettre fin à l’aide que les Etats-Unis apportent à la guerre menée par Israël contre le peuple Palestinien. L’administration Bush a aussi donné son feu vert et fourni les armes et l’argent pour la récente guerre d’Israël contre le peuple palestinien à Gaza. Plus de 5000 Palestiniens ont été tués ou blessés, la plupart des victimes de ce massacre sophistiqué étaient des civils, parmi lesquels des centaines d’enfants. Et "nous, le peuple" payons l’addition alors que les Etats-unis apportent chaque année 2,5 milliards de dollars à l’énorme machine militaire israélienne.

La marche sur le Pentagone du 21 mars 2009 sera une occasion cruciale pour faire entendre à la nouvelle administration à Washington la voix du peuple demandant la fin immédiate des guerres et de l’occupation ainsi que la justice économique. Des actions collectives auront lieu sur la côte ouest à San Francisco et à Los Angeles.

Soutenez la marche.
Inscrivez vous pour faire partie du centre de transports.
Visionnez et imprimez des prospectus et des affiches

S’il vous plaît, faites un don qui nous est nécessaire d’urgence.

Vous pouvez contribuer au succès de la marche à venir en faisant à l’instant un don vital et urgent. Nous devons réunir 100 000$ dans les semaines qui précèdent la mobilisation pour payer des tracts, des affiches, des autocollants, des pancartes et pour couvrir les importants frais de scène, de sono, et de transports par bus. lien: Cliquez ici pour faire un don en ligne déductible des impôts sur notre serveur sécurisé, où vous pouvez aussi trouver les informations pour faire un don par chèque. Merci de votre aide – nous ne pouvons pas le faire sans vous!

 

Marche sur le Pentagone le 21 mars 2009
Traduction par Perry pour ReopenNews

Bush admet qu’Al-Qaïda était absente d’Irak avant l’invasion américaine

Alors que l’attention des médias était happée par l’histoire du journaliste irakien qui jetait ses chaussures sur le président américain, George W. Bush accordait une interview à ABC News. Une interview peu remarquée alors qu’il y reconnaissait qu’al Qaïda n’était pas implanté en Irak avant l’invasion américaine de mars 2003…

Interrogé à Bagdad par la journaliste Martha Raddatz, de la chaîne américaine ABC News, à la fin de sa visite éclair en Irak dimanche 14 décembre, le président américain a admis l’absence en Irak de groupuscules liés à la nébuleuse al Qaïda avant l’invasion des troupes de la coalition américano-britannique en mars 2003.

"Et alors?"

Après être brièvement revenu sur l’agression dont il venait juste d’être victime, George W. Bush aborde son héritage politique et tire un bilan de son action au cours de ses deux mandats à la tête des Etats-Unis: "Un des théâtres d’opérations les plus importants contre al Qaïda se révèle être l’Irak", commente ainsi le président américain. "C’est en Irak qu’al Qaïda a déclaré qu’elle allait prendre position et c’est là qu’elle allait se déployer". "Mais seulement après l’invasion US", le reprend alors la journaliste d’ABC, ce à quoi le président rétorque: "Oui c’est vrai, et alors?".

George W. Bush marque un temps d’arrêt avant de poursuivre sur le fait qu’al Qaïda avait de toute façon l’intention de s’implanter en Irak pour en faire une base arrière et que Saddam Hussein représentait une menace. Martha Raddatz rappelle alors qu’aucune arme de destruction massive n’a été trouvée en Irak, ce que concède le président américain: "C’est vrai, mais tout le monde a cru qu’il en avait".

Un nouveau démenti polémique

Ces propos font office de second démenti public récent de l’administration Bush, après les propos du président américain révélant qu’il n’était "pas prêt pour la guerre". Un désaveu toutefois passé relativement inaperçu dans la presse américaine, largement accaparée par le suivi de l’affaire des chaussures lancées sur George W. Bush.

Mais bon nombre d’internautes ont quand même commenté l’information selon laquelle al Qaïda était absente d’Irak avant l’invasion US. A commencer par Reuvain sur le site de l’Huffington Post: "Il est intéressant que Bush dise avoir attaqué l’Irak parce qu’al Qaïda avait communiqué son intention de s’y développer. Intéressant car en août 2001 al Qaïda avait averti de son intention d’attaquer les Etats-Unis avec des avions et l’administration Bush n’en avait pas tenu compte."

Pour LaurenMarie984, cette déclaration a eu l’effet d’une bombe: "Il a reconnu que l’Irak ne représentait aucune menace avant que nous l’ayons envahi". Et d’en conclure "l’invasion a donc vraiment provoqué la présence d’al Qaïda". Violet Datura ne partage pas cet avis et interprète plutôt ce "So what?" comme un tic de langage: "Bush a aussi dit ‘Et alors’ quand on lui a parlé des chaussures qu’il avait dû éviter".

Un "Et alors?" qui coûte très cher pour Avembe, qui l’évalue à 4200 soldats tués, 30.000 autres blessés ou mutilés, 100.000 morts parmi les civils et quelques 612 milliards de dollars. Alors que George W. Bush cherche depuis quelques semaines à redorer son image auprès de l’opinion américaine, ces dérapages ne jouent pas en sa faveur.

LExpress.fr le 22/12/2008 17:03

Appel à défendre Muntadar al Zaidi

Le journaliste irakien qui a jeté ses chaussures sur le président américain George Bush lors d’une conférence de presse dimanche à Bagdad aurait effectué une demande de grâce au gouvernement irakien. Arrêté sur-le-champ, Muntadar al Zaidi, dont le geste filmé par les caméras a été diffusé par les chaînes de télévision et sites internet du monde entier (cf. vidéo en bas de page), aurait demandé par écrit le pardon du Premier ministre irakien Nouri al Maliki, qui était au côté de Bush lors de l’incident. Il risquerait jusqu’à sept ans d’emprisonnement.

Zaidi, qui avait également traité Bush de "chien", aurait eu un bras cassé et subi un traumatisme crânien lors de son interpellation musclée par des agents irakiens et américains, a déclaré sa famille. Le juge d’instruction irakien en charge de l’affaire a confirmé que le journaliste porte des signes de coups et semble avoir été battu.

A l’occasion de la grande prière du vendredi, les prédicateurs irakiens, tant chiites que sunnites, ont réclamé la libération du journaliste. Pour sa part, la famille de Muntadar al Zaidi a manifesté à l’entrée de la "zone verte" ultraprotégée dans le centre de la capitale, où le reporter serait sous bonne garde dans un hôpital.

Nous nous joignons aux milliers de personnes qui sont descendues dans la rue en sa faveur et aux innombrables déclarations écrites en sa défense. Mobilisons-nous afin d’exiger la libération de Muntadar al Zaidi et de lui assurer un procès équitable. Une pétition a été lancée pour dire non à la répression contre le journaliste irakien :

http://www.thepetitionsite.com/9/in-support-of-the-iraqi-shoe-throwing-journalist

Cette pétition qui souhaite réunir 100.000 signatures sera transmise à l’Ambassade d’Irak aux Etats-Unis, à Amnesty International et à Human Rights Watch (à l’inititative de Haithem El-Zabri).


 

Lettre ouverte à J-F Julliard, secrétaire général de Reporters sans Frontières

APPEL À DÉFENDRE MUNTADAR AL ZAIDI

Monsieur le secrétaire général,

En avril 2003, G.W. Bush décrétait que la guerre en Irak était finie.

En juillet 2003, RSF publiait un rapport intitulé : « Les médias irakiens trois mois après la guerre. Une liberté nouvelle mais fragile ».

On y lisait : « Voici trois mois qu’un vent de liberté souffle sur la presse irakienne… », mais aussi que « Le décret 7 de l’administrateur Paul Bremer, de fin juin 2003, interdit et réprime entre autres, l’incitation à la violence contre les forces de la coalition ».

En clair, rien ne peut être dit dans la presse contre l’occupant, toute critique de l’envahisseur étant assimilée à une incitation à le bouter dehors.

Muntadar Al Zaidi vient de faire voler en éclat cette censure. Pour cela il doit être défendu.

Reporters sans frontières dispose d’un réseau, appelé Damoclès, dont la fonction est de soutenir devant la Justice les journalistes emprisonnés.

C’est le moment de l’activer. Non pas pour cautionner le lancer de chaussures à la tête des conférenciers, mais parce que ce journaliste-là n’avait pas d’autre moyen d’exprimer dans les médias irakiens et aux yeux du monde, un reproche au chef des envahisseurs venu pérorer devant lui après avoir dévasté son pays, pillé son pétrole et ses musées, tué 800 000 civils d’après certains, un million d’après d’autres. Parmi les victimes, figure une partie de la famille de Muntadar Al Zaidi.

222 journalistes ont été assassinés en Irak depuis le début de l’invasion. Vous indiquez sur votre site qu’entre 2003 et 2006, 12% d’entre eux sont tombés sous des tirs états-uniens.

200 avocats ont déjà fait savoir qu’ils souhaitaient assurer gratuitement la défense de Muntadar Al Zaidi. On ignore à ce jour dans quel bagne il est encagé. Des milliers d’Irakiens ont défilé dans la rue pour exiger sa libération.

Le film du lancer de chaussures nous montre que le journaliste était en parfaite santé après le deuxième jet. Or, il « a été hospitalisé à l’hôpital Ibn Sina car il a un bras et des côtes cassées et souffre de blessures à l’oeil et à la jambe » a affirmé son frère à l’AFP. On apprend par ailleurs qu’il souffrirait aussi d’un traumatisme crânien. Il a donc été sévèrement tabassé alors qu’il était inoffensif.

À Washington, le Département d’État a averti qu’il condamnerait d’éventuelles violences infligées au journaliste par les forces de l’ordre après l’incident de Bagdad. « Nous condamnons bien évidemment tout recours inutile à la force à l’encontre d’un journaliste », a déclaré le porte-parole de la diplomatie américaine Robert Wood, tout en assurant ne pas savoir si M. al-Zaïdi avait effectivement été frappé, et en précisant qu’il condamnerait d’éventuelles violences infligées au journaliste par les forces de l’ordre après l’incident de Bagdad. Ce qui prouve que l’humour (noir) n’est pas l’apanage des Anglais.

RSF a publié un communiqué implorant la clémence du gouvernement mis en place par l’occupant. Mais il est de votre devoir d’intervenir autrement qu’en paroles, autrement que par un communiqué platonique.

Il faut exiger que Washington condamne, comme il s’y est engagé, le « recours inutile à la force à l’encontre d’un journaliste », puisque l’on constate des « violences infligées au journaliste par les forces de l’ordre après l’incident de Bagdad ».

Vos liens particuliers avec les USA vous positionnent avantageusement pour intervenir auprès des envahisseurs, qui sont en mesure de faire cesser les sévices.

En effet, le rapport « Commission for Assistance to a free Cuba « (458 pages) remis au début du mois de mai 2004 par Colin Powell à Georges Bush vous distingue parmi des centaines d’autres ONG. À presque toutes les pages (et jusqu’à dix fois à la page 77), Powell fait appel aux ONG. Une seule est nommée (dès la page 20) comme on cite le bon élève : Reporters sans frontières (associating Reporters Without Borders).

Personne ne comprendrait que RSF tolère que Muntadar al Zaidi continue à être maltraité en secret, sauf à y voir une collusion de votre organisation avec un pays qui vous verse des subsides depuis 2002.

Vous avez su, au mois d’avril, décorer de banderoles revendicatives la Tour Eiffel et Notre-Dame de Paris. Fort de votre expérience, agissez ainsi pour ce journaliste que l’opinion publique mondiale (y compris aux USA) ne condamne pas.

Vous avez su cadenasser à Paris les grilles de l’ambassade d’un pays du tiers monde, refaites-le à l’ambassade états-unienne à Paris. Ou à celle de Bagdad si vous croyez qu’elle ne dépend pas de la première.

Vous avez su faire connaître, parmi les centaines de journalistes assassinés depuis 10 ans à travers le monde, le nom d’Anna Politkovskaïa. Faites de même pour un journaliste d’un pays occupé, qui n’a blessé personne et dont le geste n’eut pour conséquence que de rendre visible l’opinion de la rue irakienne dans le monde entier.

Vous avez su établir d’éphémères liaisons radios et créer des sites Internet à destination de pays dont vous vouliez dénoncer le comportement à l’égard de la presse. Refaites-le en Irak et aux USA.

Vous avez manifesté devant l’UNESCO, déguisés en bagnards, refaites-le devant les ambassades d’Irak et des États-Unis à Paris.

Vous disposez d’un budget de plus de 5 800 000 euros pour venir en aide aux journalistes. Usez-en pour que la famille (ce qu’il en reste) de Muntadar al Zaidi puisse survivre pendant sa détention.

Vous avez su organiser avec Médiapart deux rencontres au théâtre du Rond-Point à Paris. Organisez la troisième sur un sujet qui remplira la salle.

Vous avez su distribuer des tracts dans les aéroports pour dissuader des touristes français d’embarquer pour les Caraïbes. Revenez-y en tractant devant les salles d’embarquement pour Bagdad et New York.

Vous avez organisé une conférence de presse à l’hôtel Hilton de Caracas pour soutenir une chaîne de télévision complice de putschistes qui appelèrent à l’assassinat du Président élu. Agissez de même depuis Bagad pour soutenir celle qui employait un lanceur de chaussures contre un Président venu narguer un peuple écrasé par son armée.

Vous avez su impulser les actions des partisans de l’indépendance du Tibet, persévérez avec les mêmes procédés pour celle de l’Irak débarrassée d’un intrus botté qui « interdit et réprime » les écrits des journalistes patriotes.

Hélas, vous avez su aussi oublier pendant deux ans un journaliste innocent (Sami Al Haj) à Guantanamo, et attendre, pour demander la fermeture de ce bagne où croupissaient des journalistes, qu’Amnesty International, l’Union européenne, et l’ONU l’aient exigé solennellement.

Ne renouvelez pas ce genre d’« erreurs » : exigez la fermeture des bagnes de Bagram en Afghanistan et d’Abou Ghraib en Irak.

Enchaînez-vous aux grilles de Guantanamo. Protestez dans des combinaisons orange devant les barbelés de cette zone de non-droit.

Et surtout, agissez sans relâche pour Muntadar al Zaidi.

Dans l’improbable hypothèse où vous en resteriez à des communiqués sur votre site Internet, nul ne comprendrait en quoi l’association RSF d’aujourd’hui est différente de celle qui fut longtemps dirigée par un homme désormais salarié d’une dictature arabe (le Qatar) où la presse n’a pas le droit de critiquer la famille régnante.

Veuillez agréer, Monsieur Julliard, l’expression de mes sentiments attentifs au sort des journalistes.

Par Maxime Vivas, le mercredi 17 décembre 2008
Publié sur Oulala.net


 

Bush satisfait des résultats de la guerre en Irak

Le Président George W. Bush pense que la guerre d’Irak est un succès, et annoncé être « très satisfait » de la situation sur place, lors d’une interview préenregistrée et diffusée sur une chaine TV japonaise ce dimanche.

G.W.Bush à la TV Japonaise

« Je pense que la décision de renverser Saddam Hussein était la bonne », a déclaré Bush au Sunday Program de la chaine privée Asahi.

« Saddam était un ennemi des États-Unis et beaucoup de monde pense qu’il détenait des armes de destruction massive », a-t-il dit, ajoutant que « des progrès remarquables ont été faits en Irak depuis la chute du dictateur en 2003. »

« Certains pays ont pu retirer leurs troupes d’Irak, car nous sommes en train de gagner cette guerre. Je suis très heureux de ce qui se passe là-bas maintenant » a-t-il déclaré, ajoutant qu’il y avait encore « beaucoup de travail » à faire.

« C’est grâce à ce succès que nous pouvons rapatrier nos troupes. Mais l’Irak n’est pas encore totalement sécurisé » a-t-il renchéri . « Il va donc y avoir une présence US encore pour un certain temps, à la demande du gouvernement irakien »

« Les États-Unis veulent continuer à aider. Beaucoup de pays qui sont parties prenantes dans cette très large coalition, se sont retirés, mais nous tenons à maintenir notre aide à ce gouvernement » a dit Bush, sans développer davantage.

La chaine japonaise a signalé que l’interview avait été faite depuis Washington, juste avant le départ de George W. Bush pour le Sommet Asie-Pacifique qui se tient au Pérou ce week-end.

La présidence de Bush a été marquée de façon indélébile par la guerre en Irak, depuis l’invasion justifiée par de fausses allégations à propos de Saddam qui aurait détenu des armes de destruction massive, jusqu’aux abus faits par les troupes US sur les prisonniers irakiens dans la prison d’Abu Ghraib.

Quelque 4200 soldats américains sont morts dans cette guerre qui a couté plusieurs centaines de milliards de dollars.

La guerre en Irak a constitué l’un des thèmes dominants dans la course à la Maison-Blanche, avec le Président élu Barack Obama qui a annoncé vouloir rapatrier les troupes d’ici 16 mois.

Source AFP, traduit par Christophe T. pour ReOpen911


Notes de ReOpenNews : Rappelons qu’au Japon, le principal parti d’opposition (Parti Démocratique Japonais) a réussi à amener le débat sur le 11 Septembre dans l’enceinte même du parlement. En effet, le député Yukihisa Fujita s’est exprimé en séance parlementaire le 22 octobre 2008, et ce, pour la deuxième fois cette année, en remettant en cause la version officielle sur les attentats du 11/9. Faut-il voir un lien entre ce débat public et l’interview de G.W.Bush sur une télévision privée japonaise ? À vous de juger.

Le complexe militaro-industriel américain veille

Dans son film La Cabale, [qui a été diffusé le mardi 28 octobre dernier et sera rediffusé le 10 novembre à 3h52] sur France 5, le documentariste Mathieu Verboud revient sur la genèse de la guerre d’Irak et sur la philosophie politique des Etats-Unis, toujours prompts à guerroyer du moment que le business militaro-industriel a à y gagner. Rappelons-nous ce chiffre : durant le XXe siècle, les Etats-Unis ont dépêché des troupes dans près de trente Etats (sans compter les deux guerres mondiales).

C’est avec une image du mémorial du corps des Marines des Etats-Unis, à Washington, que commence ce documentaire. Sur le socle de ce célèbre monument représentant le prise d’Iwo Jiwa, sont inscrits les noms des grandes batailles américaines. Dernier nom gravé : l’Irak. Mais il y a encore de l’espace sur le socle. Beaucoup d’espace. Et les dirigeants de Lockheed, Halliburton, Blackwater peuvent se frotter les mains. Tant que l’on fera vibrer la corde patriotique, nationaliste et revancharde, tant que l’on dira au peuple américain qu’il doit combattre pour la liberté, ils accumuleront les dividendes. Pour comprendre la guerre d’Irak, il faut se rappeler les avertissements que lança en 1961 un certain Eisenhower et, bien avant lui, le général Smedley Butler. Le complexe militaro-industriel veille, les lobbies veillent pendant que tout le monde dort. Mais il y a lobby et lobby et Mathieu Verboud ne tombe pas dans les travers des complotistes.

Sur la guerre d’Irak, on croyait tout savoir. Mathieu Verboud ne nous apprendra rien de nouveau. Son intention est claire : "apprécier les symptômes liés à la guerre d’Irak, à la genèse de cette guerre, puis réfléchir plus largement à l’addiction américaine à la guerre depuis un demi-siècle." Mais il apporte un éclairage nécessaire. Il clarifie. Il dépouille volontairement son film. Choisissant de ne faire intervenir que deux protagonistes – Karen Kwiatkowski, ex-militaire de carrière, et Joe Trento, écrivain -, et utilisant à bon escient les images d’archives, il nous explique comment et pourquoi la guerre d’Irak a lieu. Pourquoi, quel que soit le nom du prochain locataire de la Maison-Blanche, elle a toutes les chances de continuer, et pourquoi elle peut s’étendre à l’Iran. Désespérant, mais salutaire.

Pour les RDV de l’Agora, Mathieu Verboud répond aux questions d’Olivier Bailly

Agoravox : Avez-vous rencontré des difficultés pour tourner ce documentaire ?

Mathieu Verboud : Si l’on entend par difficultés des blocages institutionnels divers et variés, aucune difficulté. La parole sur ces questions-là est assez libre en Amérique. C’est le paradoxe. Des choses extrêmement importantes sont dites. Aujourd’hui, il est admis par tout le monde, y compris par les gens qui étaient partisans de la guerre d’Irak, qu’il y a eu mensonge sur la genèse de cette guerre, mais rien n’embraye derrière. C’est un phénomène qu’on observe partout : des gens disent des choses, on sait que c’est là, mais on regardera plus tard car ce n’est pas encore prêt dans les esprits.

A : Avez-vous rencontré des difficultés pour le diffuser en France ?

MV : On l’avait proposé à une chaîne qui venait d’acheter un autre documentaire américain qui focalisait uniquement sur le Bureau des plans spéciaux et qui, ayant acheté ce film-là, ne pouvait plus acheter le mien. Il a fallu apparemment qu’on insiste auprès de France 5 pour qu’ils le prennent. Evidemment pour eux tout ça est extrêmement mélangé. Entre la guerre d’Irak qui a échoué, l’autoritarisme de Rumsfeld, la folie guerrière, la genèse de la guerre d’Irak… Quand vous arrivez avec une information qui pointe l’aspect très caractéristique et très inédit de la genèse de cette guerre – le film le dit : c’est la première guerre de toute l’histoire des Etats-Unis qui n’apporte rien de positif au pays. Du point de vue négatif au contraire, il n’y a que des recettes -, lorsque vous arrivez avec une information comme celle-là la chaîne dit « très bien on le prend » et comme ils vous sentent en position de force ils vous préviennent : « Attention, ne faites pas un film conspirationniste parce qu’avec ce que vous allez dire-là n’importe quel clampin peut s’autoriser tous les commentaires débiles… » On leur a donc dit qu’on faisait un film sur le complexe militaro-industriel.

A : Vous ne révélez rien, mais vous apportez un éclairage plus large sur la genèse de la guerre d’Irak. N’est-ce pas ce qui a manqué dans les analyses de ce conflit ? On s’est focalisé sur le 11-Septembre, y voyant une cause.

MV : Dès qu’on parle du 11-Septembre, on est forcément toujours amené à répondre à des questions sur les seuls qui sont connus pour travailler en permanence sur le 11-Septembre, c’est-à-dire « les théoriciens du complot ». Malheureusement, on n’entend personne d’autre réfléchir à la question, on ne sait pas ce que font les historiens, par exemple. Je ne me situe pas par rapport à ces gens-là ni par rapport à d’autres, ils posent des questions, comme tout le monde. Je ne révèle rien parce qu’on sait que la genèse de la guerre d’Irak, que l’analyse globale de ce conflit, sous-pondère l’aspect genèse.
Même s’il y avait eu un but de guerre « entendable », la guerre d’Irak aurait probablement été un fiasco, Abou Ghraïb aurait été là et ça aurait suffi à ce que cette guerre ait été une « guerre dégueulasse ». Il se trouve qu’en plus il y a une complication en amont qui explique beaucoup de choses et qui selon moi est très caractéristique, c’est Abou Ghraïb. Ils ont été jusque-là. Abou Ghraïb c’est un drame, un scandale, mais c’est la conclusion d’un état d’esprit et de pratique politique.

Et c’est autrement plus compromettant de créer une guerre à partir de rien que de faire une bavure dans une prison. C’est comme décrire la famille en occultant systématiquement le rôle de la grand-mère. Effectivement, dans ce film, je dis « la grand-mère existe », on me répondra « on le savait ». Eh bien alors pourquoi vous ne le dites pas ! Je ne vais pas reprocher aux autres de ne pas dire ce qu’ils ne disent pas, mais avec ce film j’ai observé deux symptômes : d’abord je pense que la genèse de la guerre d’Irak, à elle toute seule, est un symptôme infiniment plus grave parce que c’est un chaudron dans laquelle on fabrique les guerres.

On ne fabrique pas une nouvelle guerre avec Abou Ghraïb, tandis qu’avec les méthodes qui ont été employées dans toutes les guerres d’Irak on fabrique la matrice de toutes les guerres à venir. Je parle de la guerre qu’on crée sur un coin de table, la guerre sans but, sans intérêt pour le pays, et la guerre éternelle sans aucune définition claire de la victoire. Donc on crée la matrice de la guerre parfaite. Evidemment, on va prendre un moustachu pas sympathique et même particulièrement odieux qui s’appelle Saddam Hussein et, pour peu qu’il y ait eu un attentat quelques jours avant, ça fait l’affaire.

La deuxième chose, c’est qu’il faut toujours dézoomer. On me parle de la guerre d’Irak, moi je préfère parler de la genèse de la guerre que de son déroulement. Ensuite, on me parle de l’appétit des Américains. Là pareil, avant de prononcer un quelconque mot, je dézoome et je me rends compte qu’avant moi il y a une poignée de gens, des conspirationnistes, mais aussi le président Eisenhower qui l’a dit – mais le problème c’est qu’à l’époque d’Eisenhower il n’y avait pas de marketing, pas de Cheney qui était un gamin, c’étaient les années 60. Eisenhower vous dit que c’était déjà là. Puis vous allez voir le personnage principal de votre film qui vous dit que quelqu’un – Smedley Butler en l’occurrence – l’a dit encore vingt ans avant Eisenhower…

Aujourd’hui, des gens vous expliquent à la télévision que l’amiante est dangereux. Ceux qui travaillent sur l’amiante savent que les effets nocifs de l’amiante ont été documentés par la médecine dans les années 10. A la seconde où vous savez ça, cela change tout. Cela signifie que la médecine du travail était complice des entreprises, et maintenant c’est quelque chose qui est reconnu par tout le monde depuis soixante-dix ans.

Les responsabilités sont décuplées à l’instant où vous apprenez que la médecine du travail le savait. Après, il y a un autre problème. Si vous dites « prendre de l’héroïne ce n’est pas bon pour la santé », on va vous répondre « on le sait depuis longtemps, vous n’apportez rien de nouveau ». Effectivement, comme tout le monde le sait et que tout le monde sait qu’on le sait depuis très longtemps, il n’y a rien à dire à tout le monde.

Là, je remarque qu’il y a une chose que l’on sait lorsqu’on va chercher le bouquin sur l’étagère, à savoir que tout a commencé il y a déjà un siècle, mais que chaque jour où l’on en parle on fait semblant de croire que c’est arrivé hier. Non ! Les choses ont une histoire, voilà, et on peut voir dans tel ou tel aspect de la guerre d’Irak des choses nouvelles, comme par exemple la privatisation à outrance des services, ce qui n’existait pas à l’époque d’Eisenhower. En revanche, sortir le bâton dès qu’il y a un problème et taper, ça, ça ne date pas de Dick Cheney.

A : Les néo-conservateurs pêchent-ils par idéologie ou par affairisme ?

MV : Ils sont connus pour prêcher dans les deux domaines. Ils sont connus comme tels par les services secrets américains. C’est le sujet d’un autre film que je prépare. Plusieurs des personnes impliquées dans la guerre d’Irak sont là depuis trente ans et depuis trente ans trafiquent, donnent des coups de tampon illégaux sur les exportations d’armes, jouent de leur influence, la monnaye et parfois sont directement impliqués comme intermédiaires. Ils sont connus y compris pour transmettre des secrets d’Etat à des pays étrangers comme Israël, par exemple.

A : Quel que soit le nom de celui qui s’installera à la Maison-Blanche en novembre prochain, cela ne changera pas grand-chose par rapport au complexe militaro-industriel. Qu’est-ce qui pourrait faire changer la donne ?

MV : Entre le foudre de guerre Reagan et le foudre de guerre Georges W. Bush (je passe sur le père), on a eu Clinton pendant huit ans. Mais, si vous prenez Clinton et Georges Bush père, vous avez ce qu’on appelle des « modérés », des gens plus prudents, plus centristes, plus atlantistes, moins unilatéraux. Le business a prospéré quand même. Ajoutez à cela que les marchands de canons font des affaires y compris en temps de paix…

L’Amérique vend ses armes et, actuellement, ça marche du feu de Dieu, ils vendent de plus en plus. L’armement est également un outil d’entrisme économique. Le complexe militaro-industriel est vraiment au cœur de l’économie américaine. On sait d’ailleurs que globalement l’industrie de l’armement fait beaucoup tourner l’économie, c’est un lieu d’innovation, etc. Il se trouve que les Américains, pour donner un bonus aux accords de paix israélo-arabes des années 70, versent depuis cette époque-là, c’est tout à fait connu, plusieurs milliards de dollars par an en aide militaire gratuite qu’empochent les Israéliens et les Egyptiens.

Comme le disent beaucoup d’intervenants aux Etats-Unis, on peut se demander si cet argent que l’Amérique verse entre autres pays à Israël, en quoi cela a pu modérer Israël, la rassurer et est-ce que ça a pu générer une volonté, tant en Israël qu’aux Etats-Unis, d’aller vers des accords de paix avec les Palestiniens ? Apparemment non.
Il y a un gros aggiornamento qui a actuellement cours aux Etats-Unis à propos du lobby pro-israélien. Le seul problème, c’est que s’en distancier est extrêmement compliqué. La distanciation par rapport à ce lobby est aussi compliquée que de se distancier de la guerre d’Irak ou se distancier du pétrole.

A : Vous évoquez l’Aipac, un lobby pro-israélien très puissant auquel tous les politiques, démocrates comme républicains, font allégeance.

MV : Un jour un congressiste a dit : « imaginez la puissance du lobby du bois lorsque vous êtes à Seattle, dans l’Etat de Washington. Vous êtes dans un Etat où si vous êtes contre le lobby du bois vous êtes mort politiquement. L’Aipac, c’est l’équivalent du lobby du bois, mais à l’échelon du pays. Les ministres reculent devant l’Aipac. L’Aipac fait atteindre aux motions qui défendent Israël au Congrès des scores brejnéviens. L’Aipac est légendairement connu à Washington.

Son patron politique vient de se faire arrêter pour espionnage au profit d’Israël, c’est l’affaire Franklin, un ancien collaborateur de Doug Feith, qui a donné des documents sur le programme nucléaire iranien à l’Aipac qui les a immédiatement transmis au Mossad à Washington. Tous les protagonistes ont été arrêtés et le directeur exécutif de l’Aipac, connu comme le loup blanc à Washington, Steve Rosen est actuellement au trou pour avoir transmis des informations à Israël, le collaborateur de Douglas Feith est au trou également pour les mêmes raisons. Le procès qui devait commencer il y a un an, que je devais filmer il y a six mois en est à son neuvième ajournement. C’est le procès impossible. La défense veut faire citer à la barre Cheney, Condee Rice, etc.

Il se trouve que l’adjoint de Douglas Feith, Franklin, l’homme qui a fourni à l’Aipac les documents sur le programme nucléaire iranien qu’il avait dans son coffre au Pentagone, est parti pour douze ans en tôle. Certains m’ont dit qu’il était sorti alors que d’autres m’ont affirmé que non, il est bien en tôle ! Vous allez sur internet et vous ne savez pas si cet espion est en tôle ou pas ! Ce procès a terriblement gêné les grands médias parce qu’il exposait au grand jour la réalité de l’Aipac et c’est là où l’on voit ressortir un magnifique article de Seymour Hersch qui, un an avant son arrestation, avait rencontré le patron de l’Aipac et lui avait demandé comment fonctionnait l’Aipac, qu’est-ce qu’on y faisait, etc. Et le patron de l’Aipac lui avait répondu : « l’Aipac est comme une fleur vénéneuse : elle vit la nuit et se couche au petit matin ».

Des bouquins décrivent les membres de l’Aipac qui au moment d’une résolution se pointent juste dans les couloirs, ouvrent une porte où des gens sont en train de voter, passent leur tête à la porte. Dix, vingt personnes dans la salle savent ce qui se passe : le lobby est passé, il est temps de bien voter. Ils disent tous : si on se met contre ce lobby on se suicide politiquement.

L’Aipac est considéré par les congressistes américains comme le deuxième lobby le plus puissant des Etats-Unis après le lobby des personnes âgées. Et le troisième est le lobby des armes.

A : Eh bien justement, terminons sur une personne âgée, le sénateur Robert Byrd, seule voix discordante au Congrès à propos de la guerre d’Irak. A-t-il dit tout haut ce que tout le monde aux Etats-Unis pense tout bas ?

MV : Je vais vous raconter une anecdote tirée du film The Israël lobby de la réalisatrice néerlandaise Marije Meerman : dans ce film, un historien anglais, Juif, critique vis-à-vis d’Israël, témoigne. Un jour cet historien, Tony Judt est à Paris. Il est avec un congressiste américain qui tient des propos sur le conflit israélo-palestinien qui lui semblent assez sensés. Il lui dit « je suis d’accord avec ce que vous racontez, vous avez une position équilibrée, il me semble que c’est quelque chose que vous ne racontez nulle part en Amérique publiquement ». Le congressiste opine. Et Tony Judt qui n’est pas dupe lui demande « Est-ce que vous faites ça parce que vous avez peur de perdre votre vote juif ? »

Le type sourit et lui répond : « Je viens d’une circonscription du Middle-West, je n’ai quasiment aucun Juif dans ma circonscription et de toute façon ils votent tous pour moi, donc je n’ai aucun risque de perdre des électeurs Juifs en disant publiquement ce que je pense du conflit israélo-palestinien. En revanche, si je le dis, la rétorsion viendra plus tard, elle ne sera pas forcément orchestrée dans le lobby, mais mes collègues en ont tellement peur que tout autre projet, toute autre requête ou résolution que je mettrais aux voix au Congrès à l’avenir seront systématiquement bloqués. Ça serait un suicide politique ».

Robert Byrd est trop vieux. Au pire, il fait encore un mandat, mais il est hors d’atteinte. C’est par ailleurs un personnage paradoxal puisque c’est un ancien membre du Ku Klux Klan…

Robert Byrd dit-il tout haut ce que tout le monde pense tout bas ? Quand vous avez une terreur collective, il y a une peur collective des uns des autres, du côté maccarthyste de l’administration Bush. S’opposer à la guerre c’est passer pour un anti-patriote, s’opposer à la guerre après le 11-Septembre c’est passer en plus pour un con, et derrière si vous rajoutez que le lobby vous guette en disant manque de pot, sur cette équation-là il y a l’ingrédient Israël, si vous votez contre c’est que vous êtes des traîtres… Pourquoi Obama à l’époque dit qu’il est contre la guerre ? Parce qu’il est encore trop petit, il peut encore se permettre de le dire. Dès que vous passez l’échelon au-dessus jamais vous n’allez prendre la position du maverick comme dirait McCain, du franc-tireur.

A : Quels sont les rapports entre l’Aipac et Israël ? Car, après tout, l’Aipac n’est pas Israël…

MV : Ce n’est pas une courroie de transmission organique, c’est-à-dire qu’il n’est pas mandaté par l’Etat israélien. Imaginons que vous êtes un chanteur et que vous avez un club de fans. C’est pareil. Il n’est pas mandaté par vous, il peut même vous irriter. On sait qu’il y a des chanteurs qui ont douze clubs de fans et qui sont irrités par tel ou tel club de fans qui fait des trucs qui ne leur plaisent pas. Bon, voilà, c’est un club de fans auto-constitué qui rend malgré tout énormément de services au gouvernement israélien.

Sharon a sorti un jour une boutade : "Américains si vous voulez aider Israël, aidez l’Aipac !" Il se trouve que l’Aipac a fait une OPA. Il y a une chose très particulière en Amérique : il y a des milliers d’associations juives ou pro-israéliennes et l’Aipac n’est que l’une d’entre elles. Mais elle a pris un virage à droite et a mobilisé le débat sur un aspect très particulier qui est la politique étrangère américaine. Grosso modo vous pouvez être dans une association juive non politisée, qui n’affiche pas de position politique ni démocrate ni républicaine aux Etats-Unis, ni Likoud ni travailliste en Israël, mais à un moment donné, si par exemple il y a un pépin dans le monde avec Israël, vous allez vous en remettre à la ligne politique décidée par l’Aipac parce qu’il n’y a plus qu’elle qui se voit en Amérique…

Les deux questions qui suivent (ainsi que les réponses, bien sûr) ont été rédigées par Matthieu Verboud lui-même. Il les destinait au site web de France 5 qui a omis de les y faire figurer. Nous remercions Matthieu Verboud de nous autoriser à les reproduire.

Pourquoi ce film ?

Parce que l’heure est, une fois encore, à la guerre. Irak, Afghanistan, Georgie, demain peut-être l’Iran… Parce que les experts de ces questions évoquent aujourd’hui, non sans réelles inquiétudes, des perspectives tout simplement terrifiantes : Troisième Guerre mondiale, risque d’embrasement nucléaire, tout ça sur fond de reprise possible de la guerre froide. A chaque fois, les Etats-Unis sont au centre de l’équation. On ne le dit jamais parce qu’on l’ignore, mais ce pays représente aujourd’hui 75 % des dépenses militaires de la planète ! Ça fait beaucoup pour un seul pays, un pays qui ne représente que 5 % de la population mondiale. Bien sûr, l’Histoire témoigne que de tous les grands empires de l’Histoire, l’empire américain est sans conteste le plus démocratique, le moins barbare. Et pourtant, en un peu plus d’un siècle (guerres mondiales mises à part), les États-Unis ont fait peser le poids de leurs interventions militaires aux quatre coins du globe. Depuis cinquante ans, date de l’émergence du complexe militaro-industriel, le nombre d’interventions américaines dans le monde a tout simplement doublé par rapport au demi-siècle précédent ! Bien sûr, il ne s’agit-là que d’un chiffre grossier dans la mesure où le complexe militaro-industriel fait des affaires même en temps de paix, mais il témoigne néanmoins des perspectives colossales que les États-Unis offrent historiquement à leurs marchands de canons. Pour mémoire, le coût des opérations militaires américaines depuis le 11-Septembre avoisine désormais celui de la guerre de Corée.

En quoi la guerre d’Irak constitue un cas d’école ?

Parce que comme le disent nos personnages, elle incarne la guerre de l’avenir : la guerre sans fin, sans vainqueur, sans claire définition de la victoire, la guerre éternelle. Et aussi parce qu’en attaquant une seconde fois l’Irak en 2003, les Etats-Unis attaquaient un pays dont ils savaient eux-mêmes au-delà de tout doute possible qu’il ne constituait plus, et depuis longtemps, une quelconque menace militaire. L’un de nos deux personnages, le lieutenant colonel Karen Kwiatkowski, le raconte : dans les douze ans qui séparent les deux guerres d’Irak, les Américains et les Anglais ont lancé plus de bombes sur ce pays que sur le Vietnam ! Au fil des ans, la US Air Force en était à vider ses munitions sur des rochers. Il ne restait plus que ça à viser. Quelles que soient les raisons de se réjouir que l’on pouvait avoir à l’époque en voyant une démocratie chasser un dictateur sanguinaire du pouvoir, partir en guerre sur de telles prémices était un mensonge fait au monde, mais aussi un crime majeur contre la Constitution des Etats-Unis.

Par Olivier Bailly pour Agoravox, le mardi 28 octobre 2008

« La mise en examen de George W. Bush pour meurtre» 

Le livre qu’ils n’arrivent pas à cacher

Par COLLINS Michael
Traduction VD pour Le Grand Soir

Le procureur et le Président

Vincent Bugliosi veut voir George W. Bush mis en examen pour meurtre. D’autres sont complices du crime, notamment le Vice-président et Condoleezza Rice, mais Bush est la cible principale de ce célèbre procureur de Los Angeles (affaire Charles Manson) et auteur à succès (Helter Skelter et The Betrayal of America, par exemple). Sa détermination reste intacte devant le silence quasi-total des grands médias. C’est directement auprès du public et via les médias alternatifs et l’internet qu’il se bat.

Bugliosi présente un dossier dévastateur dans son livre « The Prosecution of George W. Bush for Murder (La mise en examen de George W. Bush pour meurtre – ndt) ». Alors que j’écris ces lignes, j’ai encore du mal à me remettre du choc ressenti à la lecture du titre et du nom de l’auteur. Procureur légendaire avec un passé presque parfait dans de grandes affaires criminelles, Bugliosi développe une des idées les plus révolutionnaires qu’on puisse imaginer dans le contexte présent où la pensée politique est devenue quasi-nulle. Mais parlons du livre et examinons le raisonnement du procureur.

Dés les premières lignes, il aborde la question du titre choc. On peut lire :

« le livre que vous avez entre les mains traite de ce que je crois être le crime le plus grave jamais commis dans l’histoire des Etats-Unis – le Président de la nation, George W. Bush a, en toute connaissance de cause et délibérément, entrainé le pays dans une guerre en Irak sous de prétextes fallacieux, une guerre qui a condamné plus de 100.000 personnes, dont 4000 soldats étatsuniens, à une mort horrible et violente. »

Le Président a « en toute connaissance de cause et délibérément » provoqué la mort de soldats US et de civils Irakiens et cela s’appelle un meurtre, c’est aussi simple que ça. Il ne s’agit pas d’une situation hypothétique qui pourrait se produire sous une juridiction d’exception. Lorsque le Président quittera ses fonctions, il sera soumis aux mêmes lois que tout un chacun. Bugliosi explique la possibilité d’une mise en examen de George W. Bush par un procureur de district ou d’état dans n’importe quelle juridiction où quelqu’un aurait perdu la vie dans la guerre en Irak. Les procureurs fédéraux ont aussi cette possibilité. L’analyse détaillée de cet aspect représente la meilleure partie du livre avec ses notes et ses références diverses.

Vidéo (sous-titrée en français) de la déposition de Vincent Bugliosi, à titre de témoin, devant la chambre judiciaire du Congrès US le 25 juillet 2008, dans le cadre de la proposition de destitution présentée par la sénateur Kucinich. Durant cette intervention, Bugliosi reprend très succinctement l’argumentaire de son livre.

 

(suite de l’article)

Dans le premier chapitre, « Ouvrir les yeux », Bugliosi explique comment il est arrivé à cette conclusion et encourage le lecteur à faire de même. Il attribue son très grand succés en tant que procureur et auteur à sa capacité de « voir ce que j’ai en face de moi sans me laisser influencer par les habits (ou la réputation, ou les rumeurs, etc) que d’autres ont enfilés. »

Après cet appel à garder l’esprit ouvert, l’auteur offre à ses lecteurs une série de citations de Bush, Cheney, Rice et autres. Avant l’invasion, ces déclarations ont eu le pouvoir de faire basculer l’opinion publique en faveur de la guerre. Comment pouvons-nous tolérer une dictature, demandait Bush, qui « menace le monde avec des maladies et des poisons horribles, avec des armes chimiques et atomiques ? » L’Irak possédait des « appareils volants sans pilotes » et « cherchait à les utiliser contre les Etats-Unis ». Ces déclarations, et d’autres, étaient non seulement totalement fausses, mais en plus il le savait, sans aucun doute.

Après les deux premiers chapitres, méticuleusement construits, le procureur, connu pour ses plaidoyers de plusieurs centaines d’heures devant un jury, prépare le lecteur à admettre la recevabilité de ses accusations. Ensuite il ouvre une parenthèse, avant d’en arriver au fait, pour nous rappeler le coût de ces mensonges. Plus de 100 000 personnes sont mortes dans une guerre basée sur les mensonges délibérés du Président.

"Ce ne sont pas n’importe quelles victimes", nous dit-il, "nous sommes en présence du meurtre d’états-uniens jeunes, influençables, patriotiques qui se sont engagés dans l’armée pour toute une série de raisons honorables. Un même lien les unit, une loyauté envers leur pays pour lequel ils étaient prêts à mourir dans une guerre". Bugliosi n’oublie pas les civils irakiens morts dans le chaos provoqué par l’invasion de Bush, mais précise qu’il n’a trouvé aucune loi qui permette une mise en accusation pour ces victimes là.

Après les trois premiers chapitres, nous connaissons la tragédie qui demande que justice soit faite et nous sommes conscients de la détermination de l’auteur à chercher à obtenir cette justice pour tous ceux qui sont tombés. Il est en colère devant ce crime et veut obtenir justice. Bugliosi est indifférent devant le silence quasi-total des médias résultant de l’état comateux dans lesquels sont plongés les milieux dirigeants, état illustré par la censure calculée de tous les réseaux d’information et les "pisse-copie" de l’administration Bush au sein du New York Times et du Washington Post.

Bugliosi présente 3 dates dans son dossier à charge :

Le 1er octobre 2002, Bush reçut un rapport rédigé par tous les services de renseignement du pays. Le danger que représentait l’Irak pour les Etats-Unis était résumé par cette simple phrase : « Il n’y a pas d’indication de drones pouvant lancer des armes chimiques, ni de ventes d’armes à Al-Qaïda qui pourraient être retournées contre nous, ni d’autres dangers imminents. Bagdad pour le moment ne semble pas disposé à mener des attaques terroristes par des armes conventionnelles ou chimiques contre les Etats-Unis, par crainte de fournir aux Etats-Unis un prétexte pour l’attaquer. L’Irak pourrait probablement tenter des attaques clandestines sur le sol des Etats-Unis si Bagdad craignait qu’une attaque mettant en danger le régime était imminente ou inévitable, ou éventuellement par vengeance. De telles attaques – probablement avec des armes bactériologiques plutot que chimiques – pourraient etre menées par des forces spéciales ou des services de renseignement ». NIE, 10/2002 et (V. Bugliosi, pp. 104-105)

Le 4 octobre 2002, Bush présenta au Congrès une version manipulée du rapport, appelée le Rapport Blanc (White Paper). Il avait retiré l’information essentielle, à savoir que l’Irak n’était considérée comme un danger imminent que si la survie du régime était menacée par une attaque US. Les « jugements » et autres suppositions avaient été transformés en affirmations afin de faire passer le rapport pour un feu vert des services de renseignement pour passer à l’attaque.

En fait, le rapport présenté au Congrès disait exactement le contraire que celui qui avait été rédigé par les services de renseignement le 1er octobre. L’élément qui pouvait déclencher une menace irakienne était exactement ce que Bush se proposait de faire : lancer une attaque qui menacerait la survie du régime de Saddam Hussein. Plutôt que de penser à la sécurité du pays, en toute logique et selon les avis de ses propres services de renseignement, Bush a risqué la sécurité de la nation tout en occultant des informations cruciales.

Le 7 octobre 2002, Bush s’exprima en public à Cincinnati, Ohio, et affirma que Saddam Hussein représentait un danger pour les Etats-Unis avec ses « drones volants » équipés d’armes de destruction massive « visant des objectifs aux Etats-Unis ».

Il s’agit d’éléments importants. Sans ambiguité. Bush savait que l’Irak ne représentait pas une menace pour le pays, mais a prétendu le contraire pour obtenir un soutien à sa guerre. Tout ceci ne représente qu’une petite partie des arguments présentés dans ce livre d’une manière déterminée, complète et prenante et où Vincent Bugliosi tient ses promesses.

Il présente un dossier accablant contre George W. Bush, explique les bases juridiques qui rendraient  possible une mise en examen, et explique que cette mise en examen du Président était un élément fondamental pour restaurer le prestige de cette « grande nation » que sont les Etats-Unis.

Mais la mise en examen aurait des répercussions plus larges, si elle devait avoir lieu.

Le procès et la condamnation de George W. Bush pour meurtre serait un événement d’une importante gigantesque, mais ne serait encore rien devant la jurisprudence que cela représenterait. Les présidents ne pourraient plus jouer avec les vies des soldats et des civils dans des guerres autres que celles qui seraient spécifiquement menées dans le cadre de la défense nationale ou en riposte à un danger imminent pour le pays.

Bien que le Président ait plusieurs fois changé de version dans ses justifications d’une invasion, son déclenchement et l’occupation n’avaient pas grand-chose à voir avec la sécurité des Etats-Unis. Comme Bugliosi l’a dit lors d’une interview avec l’auteur de ces lignes, plus de 4000 soldats sont morts « pas dans votre guerre, pas dans ma guerre ni dans celle des Etats-Unis, mais dans la guerre de Bush ». Toutes les explications offertes par Bush ont été rejetés par tous sauf par les auteurs du crime et aucune des motivations financières ou politiques avancées par d’autres ne sont acceptables devant les victimes et les destructions provoquées.

Si un procès devait se tenir, et l’accusé condamné, tout futur Président devra réfléchir à deux fois avant de servir des propres intérêts ou ceux de ses financiers et de quelques autres heureux élus, peu importe leurs promesses ou leurs cadeaux. Le Président et ses principaux conseilleurs seraient responsables du droit fondamental de chaque individu, évident pour nous mais pas pour eux, de ne pas risquer sa vie au nom des desiderata égoïstes, politiques ou financiers du Président. Les présidents ne pourraient plus couvrir le péché de meurtre avec préméditation en le drapant d’une fiction sur les pertes nécessaires au nom d’un intérêt national supérieur. Les véritables fondements d’une décision présidentielle seraient publics et soumis à l’examen du peuple via leurs procureurs locaux.

L’éternel conflit entre les droits individuels et les droits collectifs serait lui-aussi résolu. Dans l’impossibilité de recourir à des guerres inutiles, le chef de l’exécutif agirait dans l’intérêt de chaque citoyen et l’industrie militaire surdimensionnée serait réduite au minimum au lieu de servir d’outil à une présence impérialiste partout dans le monde. La diplomatie servirait les intérêts communs, et se substituerait à la force imposée sur les états plus faibles. Et ceci ne concernerait pas que les grandes guerres.

Depuis la deuxième guerre mondiale, les Etats-Unis ont effectué plus de 40 interventions militaires. Alors à moins que le Président puisse être certain qu’aucun soldat ne mourra, il serait bien avisé de trouver une justification solide avant d’engager toute opération militaire s’il veut éviter de se retrouver inculpé et de risquer une peine sévère [ndt - lors d'une interview filmée du procureur, celui-ci parle ouvertement de "peine de mort" ou "prison à vie" - NdT]. Le Président aurait aussi devant lui l’exemple d’un Vice-président qui s’est livré à des mensonges incessants sur les justifications d’une guerre.

La Défense Nationale s’est révélée cruellement défaillante le jour du 11 Septembre, malgré l’incroyable puissance militaire déployée dans le monde. "L’administration a réussi à éviter d’avoir des comptes à rendre devant les tribunaux internationaux, alors qu’il existe une possibilité de poursuites à l’intérieur du pays", souligne Bugliosi. La menace est donc plus sérieuse et concrète pour tous ces dirigeants qui jouent avec la vie de leurs concitoyens juste pour servir quelques intérêts financiers qui refusent toute véritable concurrence sur leur terrain.

Article Original : http://www.dissidentvoice.org/2008/…

The Prosecution of George W. Bush for Murder
Par Vincent Bugliosi
Vanguard Press (May 26, 2008 )
ISBN-10 : 159315481X
ISBN-13 : 978-1593154813
Couverture cartonnée : 352 pages


Contamination des champs de bataille à l’uranium appauvri : Retour à l’envoyeur

Par Docteur Doug Rokke pour le Réseau Voltaire, le 21 août 2008

Traduction Horizons et débats

La question des conséquences sanitaires de l’usage des munitions à uranium appauvri est souvent abordée par les porte-parole des populations victimes ou d’anciens combattants. L’approche du docteur Doug Rokke est différente : il a commandé une unité de médecine préventive de l’US Army durant la Guerre du Golfe. Il s’indigne non seulement des erreurs commises durant les hostilités, mais de leur continuation aujourd’hui. En effet, Washington décontamine le désert koweïtien en transportant sans protection dans l’Idaho des matières radioactives.

« Partez pour le front », ces mots résonnaient dans ma tête et me rappelaient les expé­riences faites au Vietnam lorsque, après avoir répondu à l’appel du lieutenant-colonel pour lequel je travaillais en novembre 1990 dans les troupes de réserve, je me rassis dans mon laboratoire de recherches en physique de l’Université de l’Illinois. Je savais que cela arriverait après l’invasion du Koweït par l’Irak en août 1990. Toutefois, j’ignorais quand je serais appelé. Le jour de Thanksgiving 1990, j’étais donc de nouveau sur le chemin de la guerre, comme en 1969. Aujourd’hui, je suis un officier retraité, inapte au service et affecté au service médical de la réserve. En tant qu’ancien infirmier engagé, je suis spécialisé en médecine nucléaire, opérations militaires nucléaires, biologiques et chimiques (NBC), renseignements et médecine d’urgence sur le terrain.

Quand la première guerre du Golfe a éclaté, en août 1990, j’ai d’abord reçu l’ordre d’enseigner les opérations NBC à la quatrième armée des États-Unis. Finalement, j’ai été astreint au service actif et envoyé en Arabie saoudite avec l’ordre de « les ramener vivants à la maison ». Le contraste n’aurait pas pu être plus grand avec mes tâches de navigateur d’un bombardier B-52 pendant la guerre du Vietnam, qui consistaient à optimiser le fonctionnement des systèmes d’armes mortelles. Envoyé comme physicien expert en radiophysique médicale sanitaire en Arabie saoudite, j’ai été affecté à l’équipe professionnelle du 12e commandement de médecine préventive (M.P.). Le 12e M.P. était responsable de toutes les mesures médicales préventives à l’intérieur de la zone de combat. Nous étions comme un service de santé publique. J’ai aussi été affecté à trois ­équipes d’opérations spéciales : la troupe d’attaque Bauer, l’équipe de recherches sur l’uranium appauvri et l’équipe des armes prises à l’ennemi.

Retard dans les soins médicaux prodigués aux blessés

Aujourd’hui, 17 ans après la fin de l’opération « Tempête du désert », des combats menés en 1994 et 1999 dans les Balkans et après une seconde guerre du Golfe qui n’en finit pas (opérations Liberté pour l’Irak et Liberté immuable), je déplore que le traitement médical de « toutes » les victimes, civiles et militaires, et la réparation de tous les dommages causés à l’environnement soient différés, refusés ou, dans de nombreux cas, inefficaces. Jusqu’en mai 2007, plus de 408 000 citoyens des États-Unis ont demandé des soins et une pension en raison de blessures et de maladies contractées au combat (www.va.gov « May 2007 GWVIS Report »).

Les problèmes médicaux (diagnostics ICD-9) constatés chez plus de 300 000 victimes de maladies ou blessures non dues aux combats (DNBI) entre février 2002 et fin décembre 2007 (Analysis of VA Health Care Utilization Among US Global War on Terrorism [GWOT] Veterans ; Operation Enduring Freedom, Operation Iraqi Freedom ; VHA Office of Public Health and Environmental Hazards ; VA ; January 2008) comprennent les maladies suivantes : maladies contagieuses et parasitaires, néoplasmes malins, néoplasmes bénins, maladies des systèmes endocrinal, nutritionnel et métabolique, maladies du sang et des or­ganes assurant la formation des éléments figurés du sang, maladies mentales, maladies du système nerveux/des organes des sens, maladies du système circulatoire, maladies des voies respiratoires, du système digestif, du système uro-génital, maladies de la peau, maladies des systèmes musculaire et squelettique, des articulations, symptômes, signes et états mor­bides mal définis, blessures/empoisonnements. Un rapport de l’armée du 6 avril 2008 rédigé par Kelly Kennedy et intitulé de « Réservistes embarrassés par les critères à remplir pour avoir droit à une pension d’invalidité » révèle qu’on a libéré trop de soldats blessés ou malades sans leur dire qu’ils avaient droit à une pension d’invalidité. Kenneth Cox, colonel de l’armée de l’air des Etats-Unis, a constaté avec tristesse que des fonctionnaires du ministère de la Défense retardaient intentionnellement des diagnostics médicaux de traumatisme crânien (Gregg Zoroya : « Colonel : Pentagon delayed brain injury exams », « USA Today » du 18/3/08).

Les commandants étaient avertis

Depuis 1991, les auteurs de nombreux rapports du ministère de la Défense ont constaté que les commandants médicaux et tactiques n’étaient pas conscients des risques que faisaient courir les armes de destruction massive (armes NBC) et n’ont jamais rien dit de leurs effets sanitaires et environnementaux négatifs. Or ils ont été avertis ! Nous avons recommandé un traitement médical immédiat et à long terme. Nous avons décrit les risques possibles et leurs effets négatifs prévisibles sur la santé et l’environnement dans des communications écrites et lors de nos cours. Ces cours comprenaient le 3rd US Army Medical Command (MEDCOM) et le 3rd US Army Central Command (Arcent), le Medical Management of Chemical and Biological Casualties Course, le NBC-E Defence Refresher Course, le Combat Livesaver Course et le Decontamination Procedures Course. De décembre 1990 à février 1991, nous avons enseigné plus de 1200 militaires affectés à différentes unités et à l’état-major de combat. J’ai expliqué les scénarios de menaces et décrit les problèmes posés par les armes NBC. De décembre 1990 au 25 février 1991, j’ai enseigné dans le cadre du cours sur les armes NBC, du cours de sauvetage lors de combats et du cours de décontamination. La plupart des commandants, le personnel médical et les personnes à affectation spéciale à tous les niveaux savaient donc à quoi il fallait s’attendre et comment il fallait réagir à toute éventualité.

On continue d’utiliser des armes à l’uranium

Bien que la Commission des droits de l’homme de l’ONU considère les munitions à l’uranium appauvri (UA) comme des armes illégales, elles continuent d’être utilisées, contaminent l’air, l’eau, le sol et la nourriture et détériorent la santé. La contamination par ces armes résultant d’opérations de l’armée des États-Unis a été confirmée en deux endroits d’Hawaï, après avoir tout d’abord été contestée. Durant l’été de 1991, les forces armées états-uniennes avaient rassemblé à Camp Doha, au Koweït notamment de l’artillerie, des chars, des véhicules de combat Bradley, des munitions conventionnelles et non conventionnelles et des camions. Suite à des négligences, ce dépôt d’armes a pris feu. Il en est résulté des explosions entraînant des morts, des blessures, des maladies et de vastes contaminations de l’environnement par l’UA, des explosifs classiques et des munitions non convention­nelles. Récemment, l’émirat du Koweït a exigé que le Pentagone élimine les contaminations. Par conséquent, plus de 6700 tonnes de sable et d’autres matières contaminées ont été rassemblées et convoyées aux États-Unis, où la firme American Ecology les a enfouies à Boise, dans l’Idaho.

Risques dissimulés intentionnellement par le gouvernement des États-Unis

Quand Bob Nichols, journaliste d’inves­tiga­tion et moi-même avons pris contact avec American Ecology, il s’est avéré que l’entreprise n’avait pas connaissance de la réglementation 700-48 (US Army PAM-700-48), du Bulletin technique 9-1300-278 de l’Armée ni des instructions médicales concernant l’uranium appauvri, la décontamination de l’environnement, la sécurité et les soins médicaux. L’entreprise n’avait jamais entendu parler non plus des directives relatives aux déchets mixtes et dangereux, tels les matières radioactives et les sous-produits d’explosifs classiques (cf. « Approaches for the Remediation of Federal Facility Sites Contaminated With Explosives or Radioactive Wastes », EPA/625/R-93/013, septembre 1993, élaborées par l’US Environmental Protection Agency EPA). Le transport par mer, le déchargement à Longview, dans le port de l’État de Washington, le transport par chemin de fer et l’enfouissement dans l’Idaho mettent non seulement en danger les habitants de ces régions, mais menacent gravement l’agriculture en introduisant des parasites, des microbes, etc., étrangers à notre pays.

Environnement contaminé

Malheureusement, les dangers bien connus que fait peser sur notre santé et notre environnement la contamination par les armes à l’uranium a déjà atteint nos zones résidentielles. L’EPA a inscrit sur sa Superfund National Priority List l’ancien site de production d’armes à l’uranium Starmet, à Concord, Massachusetts, parce qu’il constitue un grand risque pour la santé publique et l’environnement. Par conséquent, la commune dans laquelle notre nation est née le 18 avril 1775 est devenue le lieu dans lequel l’usine – désaffectée – de bombes sales des États-Unis constitue un danger pour la santé et la sécurité des descendants de nos premiers patriotes, les « Minutemen ».

Il est incroyable que des fonctionnaires du ministère de la Défense refusent d’appliquer leurs propres directives, qui exigent un traitement médical immédiat. (« Medical Management of Army Personnel Exposed to Depleted Uranium », Headquarters US Army Medical Command du 29 avril 2004 ; et la directive précédente « Medical Management of Unusual Depleted Uranium Casualties » DOD, Pentagon, 10/14/93). Ils refusent encore de réparer les dommages causés à l’environnement comme l’exigent l’US Army Regulation 700-48, Logistics, « Management of Equipment Contaminated With Depleted Uranium or Radioactive Commodities », Headquarters, Department of the Army, Washington DC 16 Septembre 2002 et le Department of the Army Technical Bulletin 9-1300-278 : Guidelines for Safe Response to Handling Storage, and Transportation Accidents Involving Army Tank Munitions or Armor which Contain Depleted Uranium, Headquarters, Department of the Army, July 1996.

Tonnes de déchets radioactifs « éliminés » dans d’autres pays

En fait, les militaires états-uniens ont « éliminé » illégalement des tonnes de déchets radioactifs dans d’autres pays qui en ignoraient les conséquences. Le principal manuel d’entraînement de l’armée des États-Unis STP 21-1-SMCT : Soldiers Manual of Common Tasks précise : « La pollution par l’uranium appauvri rend inutilisables la nourriture et l’eau. » [Numéro de tâche : 031-503-1017 « Res­pond to depleted uranium/low level radioactive materials (Dullram) hazards »]. Cette confirmation montre que les munitions à l’uranium ne devraient jamais être utilisées, parce que l’empoisonnement de la nourriture et de l’eau affecte à jamais tous les hommes. Le problème, c’est que la nourriture et l’eau contaminées ne peuvent plus jamais être consommées.

Confirmation de la toxicité radioactive et chimique de l’UA par l’armée états-unienne

Des chefs de l’armée ont aussi confirmé la toxicité des munitions à l’UA. Dans un mémorandum du 1er décembre 1992, le Secrétaire adjoint à la Défense Walker, mandaté par le Sénat, a demandé au directeur de l’US Army Environmental Policy Institute (AEPI), de rechercher comment réduire la toxicité de l’UA. Celui-ci a affirmé dans son rapport final « qu’aucune technologie disponible ne pouvait réduire de manière significative la toxicité chimique et radiologique de l’UA. Telles sont les caractéristiques intrinsèques de l’uranium. » (AEPI Executive Summary, juin 1995). Des instructions internes du ministère de la Défense données par le colonel J. Edgar Wakayama confirment les graves effets sanitaires et environnementaux de l’uranium appauvri. Ces constatations viennent à l’appui des déclarations de la Commission des droits de l’homme de l’ONU selon laquelle l’utilisation des munitions à l’UA est illégale.

Les demandes du projet états-unien relatif à l’UA

Les inquiétudes continuelles relatives aux effets nocifs bien connus de l’UA sur la santé et l’environnement, l’insuffisance confirmée de la préparation des militaires et les résultats de l’étude de l’AEPI, tout cela a conduit à mettre sur pied l’US Army Depleted Uranium Project. En réaction aux questions du Congrès et sur ordre du Secrétaire adjoint à la Défense, j’ai été rappelé au service actif le 1er août 1994 comme chef dudit projet, afin de :

  1. Mettre à disposition un entraînement suffisant des soldats pouvant entrer en contact avec des armes à l’UA.
  2. Mettre à disposition des tests médicaux complets destinés aux soldats qui avaient été exposés à des munitions à l’UA pendant la guerre du Golfe.
  3. Elaborer, pour les opérations futures, un plan de décontamination des matériels contaminés par l’UA.

Ce projet et l’examen des résultats de recherches antérieures ont confirmé nos conclusions et recommandations de 1991.

  1. Toute contamination par l’UA doit être éliminée physiquement de manière à empêcher des expositions futures aux radiations.
  2. Des détecteurs de radiations spéciaux qui décèlent et mesurent l’émission de parti­cules alpha et bêta, de rayons x et de rayons gamma au niveau correspondant allant de 20 dpm (cpm) à 100 000 dpm (cpm) et de 1 mrem/heure à 75 mrem/heure doivent être acquis et distribués à toutes les personnes et organisations responsables de soins médicaux et de la décontamination de l’environnement où l’on soupçonne la présence d’UA (uranium 238) et d’autres isotopes faiblement radioactifs. Les appareils standards ne décèlent pas cette contamination.
  3. Toutes les personnes qui ont ou pourraient avoir inhalé ou ingéré de l’UA ou avoir été contaminées par l’intermédiaire de bles­sures doivent faire l’objet de soins médicaux pour déceler tout empoisonnement interne – mobile ou isolé – par l’UA.
  4. Toute personne qui entre en contact avec un matériel contaminé de quelque type que ce soit, grimpe dessus ou travaille dans un rayon de 25 mètres doit porter une protection des voies respiratoires et de la peau.
  5. Les matériels contaminés et endommagés ne devraient pas être recyclés pour fabriquer de nouveaux matériels.

Non application des directives du Pentagone

Depuis 1991, de nombreuses directives des ministères de la Défense (www.spidersmill.com/gwvrl/) et des Anciens Combattants exigent, sur la base des instructions antérieures et, ultérieurement, sur celle des résultats et recommandations de l’étude AEPI et du projet UA, un traitement médical et une décontamination de l’environnement. Toutefois – et bien que les responsables desdits ministères et ceux des Nations Unies aient su ce qu’il fallait faire – les observations, les ­preuves photographiques et les vidéos, les mesures radiologiques effectuées sur place, l’expérience personnelle et les rapports publiés démontrent que :

  1. Les soins médicaux n’ont pas été accordés à toutes les victimes de l’UA.
  2. L’environnement n’a pas été décontaminé.
  3. Les intéressés ne portent pas de protection des voies respiratoires et de la peau.
  4. Les matériels contaminés et endom­magés ont été recyclés pour fabriquer de nouveaux matériels.
  5. L’entraînement et les informations n’ont eu lieu que partiellement.
  6. Les directives sur les mesures de lutte ­contre la contamination n’ont été ni diffusées ni appliquées.

Il faut mettre fin aux efforts constants des hauts fonctionnaires des ministères de la Défense, de l’Armée, de l’Énergie et des Anciens Combattants des États-Unis ainsi que de fonctionnaires britanniques, canadiens et australiens et des Nations Unies tendant à empêcher la prise de conscience de ces problèmes et à dégager leur responsabilité. Le colonel ­Robert Cherry, ancien membre de l’Armée US et responsable au Pentagone de la protection contre la radioactivité, a diffusé des messages électroniques dont la teneur était la suivante : « Il [Doug Rokke] n’était pas directeur du projet de l’Armée états-unienne relatif à l’UA. Aucun projet n’a jamais porté ce nom. » Ce mensonge ainsi que d’autres répandus par de hauts fonctionnaires du Pentagone ont pour but de perpétuer l’usage des armes à l’UA et à dégager leur responsabilité à propos des effets nocifs de ces armes sur la santé et l’environnement en discréditant et en détruisant tous ceux qui tentent d’inciter les fonctionnaires du Pentagone à appliquer leurs propres directives relatives aux soins médicaux et à la décontamination de l’environnement.

Depuis longtemps, les fonctionnaires des ministères de la Défense des États-Unis, d’Israël, du Canada et du Royaume-Uni refusent avec arrogance d’appliquer leurs propres réglementations qui exigent d’accorder un traitement médical prompt et efficace à tous ceux qui ont été exposés à des radiations. (Medical Management of Unusual Depleted Uranium Casualties, DOD, Pentagon, 10/14/93, Medical Management of Army personnel Exposed to Depleted Uranium [DU] Headquarters, U.S. Army Medical Command 29 April 2004 et parties 2-5 de l’U.S. Army Regulation 700-48.) Malheureusement, après le recours de l’Armée israélienne à des armes à l’UA lors de ses combats au Liban, les responsables doivent également fournir un traitement médical aux personnes concernées et éliminer les effets de la contamination sur l’environnement.

Les responsables du Pentagone refusent de procéder aux décontaminations comme le prescrivent l’AR 700-48 (cf. supra) et le TB 9-1300-278 (cf. supra). En particulier les parties 2-4 de l’AR 700-48 du 16 septembre 2002 précisent que :

  1. « les militaires identifient, isolent, mettent en sécurité et étiquettent tous les matériels contaminés » ;
  2. « des procédures visant à réduire la dispersion de la radioactivité doivent être prises dès que possible » ;
  3. « le matériel et les déchets radioactifs ne seront ni enfouis, ni immergés ni brûlés ni détruits sur place ni abandonnés » ;
  4. « Tout le matériel contaminé, y compris le matériel de combat ou pris à l’ennemi sera surveillé, emballé, rapatrié, décontaminé et remis en circulation (IAW TB 9-1300-278, DA PAM 700-48) »

Les responsables du Pentagone dissimulent les listes de matériels contaminés

Les responsables du Pentagone ne montrent pas aux militaires les vidéos d’entraînement sur l’UA demandées par le Congrès. Ces trois vidéos – 1. Depleted Uranium Hazard Awareness, 2. Contaminated and Damaged Equipment Management et 3. Operation of the AN/PDR 77 Radiac Set – sont essentielles pour comprendre les risques que représentent l’utilisation des armes à l’UA et les procédures de décontamination. Les responsables du Pentagone doivent montrer ces vidéos à tous les militaires qui utilisent ces armes ou sont chargés de la décontamination du matériel. L’utilisation passée et actuelle des armes à l’UA, les radiations émises par des composants de matériels militaires américains ou étrangers qui ont été détruits et celles provenant des matériaux radioactifs des installations industrielles, médicales et de recherches ont exposé des quantités de personnes à des radiations inacceptables. Par conséquent, la décontamination doit être réalisée comme le demande l’AR 700-48 et devrait inclure tout le matériel utilisé lors d’opérations militaires.

Les citoyens du monde entier doivent élever la voix

Nous ne pouvons pas continuer à ne tenir aucun compte des effets nocifs sur la santé et l’environnement de l’usage des armes à l’UA. Aucune personne ni aucun État n’a le droit de disperser des tonnes de déchets radioactifs toxiques dans l’environnement de son propre pays ou de pays étrangers. Il y a une question à laquelle les responsables américains, britanniques et australiens refusent de ré­pondre : Quel droit ont-ils de répandre délibérément des substances radioactives dans tel ou tel pays et de refuser ensuite de procéder à la décontamination et d’apporter des soins médicaux à toutes les personnes qui ont été exposées aux radiations ? Par conséquent, les citoyens du monde entier doivent parler d’une seule voix pour contraindre les responsables des pays qui ont utilisé des munitions à l’UA à reconnaître les conséquences immorales de leurs actes et à prendre la responsabilité d’offrir des soins médicaux à toutes les personnes exposées à l’UA et à nettoyer toutes les zones contaminées à la suite de combats ou d’activités civiles.

Je suis frustré de voir qu’on ne réagit toujours pas à nos avertissements, à nos de­mandes de soins médicaux et de décontamination de l’environnement.

Pourquoi continuer à exprimer ces revendications si les responsables états-uniens, britanniques, canadiens, australiens, ceux des Nations Unies et de l’OTAN restent indifférents, continuant de nier la réalité afin d’éviter, pour des raisons économiques et poli­tiques, d’avoir à assumer leurs responsabilités. Les forces de la coalition ont appliqué la technologie dans les combats sans prendre en compte les effets nocifs attendus de nos actions. Les États-Unis ont transporté en Irak des agents de destruction massive, notamment de l’anthrax, répandu des subs­tances chimiques toxiques lors des combats, utilisé des munitions à l’UA et maintenant nos responsables veulent ignorer ces faits afin de se dérober à leurs responsabilités. Nous avons contaminé la Terre. Nos actions ont eu de graves effets sanitaires et environnementaux. Mes efforts pour accomplir la mission qui m’a été assignée et pour faire en sorte que nos responsables prennent soin de leurs troupes se sont soldés par des refus, des pertes d’emploi, des problèmes familiaux, la disparition et peut-être la destruction de rapports médicaux et personnels et des problèmes de santé. Moi-même et des centaines de milliers d’autres militaires reçoivent maintenant des soins médicaux qui arrivent trop tard ou sont inadéquats. Nous avons servi notre pays et méritions des soins optimaux pour les blessures et les maladies contractées pendant leur service. Or nous avons été abandonnés, abusés ! Je subis maintenant les mesures de représailles du Pentagone et du ministère des Anciens Combattants parce que j’ai refusé de respecter le Mémorandum de Los Alamos de mars 1991 : On voulait que j’assure que l’UA pouvait être utilisé au cours d’opérations militaires et d’activités civiles. Or au même moment, un mémorandum d’un officier de la Defense Nuclear Agency mentionnait de sérieux effets sanitaires. Mais je ne suis pas seul. Quiconque réclame des soins médicaux et la décontamination de l’environnement se heurte à de constantes et graves représailles.

La guerre est obsolète

Aujourd’hui, nous devons considérer la guerre comme obsolète car nous ne savons pas ré­soudre les problèmes posés par les effets nocifs sur la santé et l’environnement dus à l’utilisation d’armes qui détruisent les infrastructures d’un pays et répandent des poisons qui affectent militaires et civils. Le coût humain de la guerre est stupéfiant. Selon le VA GWVIS Report de mai 2007, au moins 407 911 anciens combattants des deux guerres du Golfe, du conflit des Balkans et de celui d’Afghanistan qui ont été blessés ou sont tombés malades doivent se battre pour bénéficier des soins médicaux qu’ils méritent pour avoir servi leur pays. Le plus récent rapport du ministère américain des Anciens Combattants intitulé « Analysis of VA Health Care Utilization Among US Global War on Terrorism (GWOT) Veterans ; Operation Enduring Freedom, Operation Iraqi Freedom ; VHA Office of Public Health and Environmental Hazards de janvier 2008 » révèle que plus de 299 000 anciens combattants US ont de graves problèmes de santé liés à l’exposition aux radiations qui correspondent aux problèmes de santé diagnostiqués chez les vétérans de l’opération « Tempête du désert » (1991). Malheureusement les soins médicaux sont encore inefficaces pour les deux groupes. Les problèmes de santé diagnostiqués sont le résultat d’actions ou d’absence d’actions des États-Unis. Ainsi, on fait état de graves problèmes neurologiques. Ils sont probablement dus à l’exposition aux pesticides – les soldats portent des colliers anti-puces – et à la toxicité de l’UA. Mais on ne veut rien savoir de ces deux types d’exposition ainsi que d’autres.

Car ils savent ce qu’ils font

Aux centaines de milliers de victimes américaines s’ajoutent des centaines de milliers de non combattants, avant tout des enfants, des femmes et des personnes âgées des pays que nous avons attaqués. Les problèmes de santé ne se limitent pas aux soldats états-uniens, ils affectent tous les individus qui ont été exposés.

Des estimations mondiales arrivent à plus de 2 millions de victimes dont plus d’un million d’États-uniens qui ont été blessés ou sont tombés malades. Des milliers sont morts et je compte de nombreux amis parmi ces victimes. En conséquence, faisant partie de ceux à qui on a maintes fois demandé de nettoyer ce gâchis, j’éprouve une grande frustration à voir que les responsables du Pentagone et du ministère des Anciens Combattants n’appliquent pas les programmes que nous avons développés pour protéger notre terre et traiter toutes les victimes.

Nos fils et nos filles ont répondu à l’appel du pays dans trop de cas qui impliquaient des opérations militaires menées sans justification. Beaucoup trop de personnes sont mortes et continuent de mourir tandis que d’autres qui ont été blessées, exposées à des substances toxiques et sont tombées ma­lades sont abandonnées par les responsables de notre pays, comme cela s’est souvent produit au cours de l’histoire. Malheureusement, la majorité des cas sont classés dans la rubrique « maladies et blessures non dues aux combats » et sont le résultat direct de nos actions et de notre absence d’actions. Le coût humain augmente parce que beaucoup sont tombés malades ou sont morts après être rentrés chez eux et le nombre de ces cas ne cesse d’augmenter. Nos responsables savaient et savent ce qui se passe. Cependant les chefs des ministères de la Défense, de l’Armée et des Anciens Combattants refusent de reconnaître ce qui s’est passé et ne veulent pas mettre en œuvre les programmes que nous avons mis au point pour résoudre les graves problèmes sanitaires et environnementaux. On ne tient pas compte des nombreuses directives et réglementations concernant la nécessité d’apporter des soins médicaux aux personnes ayant été exposées à l’UA. On ne les prendra jamais en considération car on veut éviter d’assumer la responsabilité des problèmes sanitaires et environnementaux causés par les combats et les actions militaires en temps de paix.

Nos « dirigeants » ont échoué

Quand le politiquement correct et la volonté d’éviter des coûts sont utilisés pour déterminer quels soins médicaux vont être apportés, qui va en bénéficier, quand cela se fera et quand la décontamination environnementale sera effectuée, nous, soldats et civils, sommes les perdants. Nos responsables ont décidé d’ignorer les problèmes dans l’espoir que ceux-ci disparaîtront tout seuls. Leur objectif est d’éviter d’avoir à répondre des effets nocifs sur la santé et l’environnement de leurs actes délibérés et des guerres.

Récemment, le Pentagone a créé le programme « Combattant blessé » pour commencer à résoudre les problèmes posés par le refus de soins, les retards ou les soins inefficaces apportés à nos combattants blessés ou malades. Si les dirigeants de notre pays n’avaient pas abandonné les combattants blessés, malades et décédés en raison des agissements du Pentagone qui se sont succédés depuis les premiers jours de la Seconde Guerre mondiale – vétérans victimes des essais atomiques, guerre froide (projet Shad), guerre du Vietnam (Agent Orange), opérations Tempête du Désert, Liberté pour l’Irak et Liberté immuable (uranium appauvri, agents chimiques et biologiques, vaccins, matières dangereuses, pesticides, armes à hyperfréquences, etc. – nous n’aurions pas aujourd’hui un nombre ahurissant de victimes dissimulées et abandonnées. Bien que l’équipe du programme « Combattant blessé » apporte son assistance, elle refuse encore d’aider à résoudre les problèmes fondamentaux : refus d’apporter des soins médicaux rapides et efficaces aux victimes, retards, mesures de représailles et destruction ou falsification de rapports.

Exigeons la fin de ce cauchemar

Nos dirigeants ont abandonné les citoyens états-uniens et ceux du monde entier. En conséquence, je crois qu’ils ignorent les paroles immortelles prononcées par Lincoln dans son discours de Gettysburg :

« C’est plutôt à nous, les vivants, de nous consacrer à la tâche encore inachevée qu’ils ont jusqu’ici si noblement accomplie. C’est plutôt à nous de nous consacrer à la grande tâche qui nous reste afin que ces morts vénérés nous inspirent un dévouement accru à la cause qui leur a fait donner leur maximum, afin que nous soyons fermement résolus à faire que ces morts ne soient pas morts en vain ; afin que cette nation, devant Dieu, renaisse à la liberté et que le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple, ne soit pas effacé de cette terre. »

Aujourd’hui, en tant qu’ancien combattant et patriote, je prie que Dieu réponde à notre demande d’intervention et amène nos dirigeants à apporter les soins médicaux nécessaires à toutes les victimes et à effectuer la décontamination environnementale indispensable à la réhabilitation de nos précieuses res­sources naturelles. Je ne cesserai jamais de faire ce qui est bon pour Dieu et pour les citoyens du monde entier parce que c’est devenu une question d’intégrité.

Bien que j’aie été un « combattant à la guerre », je dois aujourd’hui être un « combattant pour la paix ». Les trois questions que chacun d’entre nous doit poser sont :

  1. Quand les responsables des ministères de la Défense et des Anciens Combattants reconnaîtront-ils les effets nocifs sur la santé et l’environnement des opérations mili­taires et accorderont-ils des soins médicaux rapides et efficaces à toutes les victimes militaires et civiles ?
  2. Quand vont-ils enfin procéder à toute la décontamination environnementale afin d’atténuer les futurs effets nocifs sur la santé et l’environnement ?
  3. Quand les citoyens du monde entier vont-ils réclamer la fin de ce cauchemar et trouver le moyen de vivre ensemble dans la paix ?

 

Les guerres d’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak: un bilan horrifiant de portée mondiale

par Jules Dufour pour Mondialisation.ca, Le 22 juillet 2008

Les guerres d’occupation de l’Afghanistan et de l’Irak se poursuivent avec leurs cortèges de morts et leurs lots de destruction et de désolation. Elles continuent et sont livrées de plus en plus dans l’indifférence générale. Jour après jour, les dépêches en provenance de Kaboul, de Kandahar ou de Bagdad font état des attentats suicides, des attentats à la voiture piégée, d’affrontements sanglants et de bombardements de villes et de villages. Sept ans de guerre en Afghanistan. Cinq ans de guerre en Irak. Les bilans présentés font peu état des dommages aux infrastructures et dressent une comptabilité imprécise des victimes. Quel gâchis! Quel massacre! Combien d’appréhensions, de peurs et de souffrances endurées par des millions d’habitants? Aucune volonté réelle ne se manifeste pour y mettre fin. Et pourtant ce sont des guerres qui affectent le monde entier.

En ce 13 juillet 2008, encore une dépêche en provenance de Kaboul qui nous informe de la mort de plusieurs personnes que l’on prend soin de trier en cinq catégories: les soldats de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS ou ISAF) de l’OTAN, les soldats de l’armée afghane, les soldats de la coalition internationale sous commandement américain, les insurgés et la population civile. Les victimes des trois premières catégories semblent comptabilisées et pour les autres la formule habituelle est de mise: «Bien qu’aucun bilan final n’ait pu être établi, les insurgés ont probablement subi de lourdes pertes» (cyberpresse).

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que le bilan des morts, des blessés, des victimes et des déplacés causés par ces guerres d’invasion depuis leur déclenchement ne soit pas connu et peu rapporté. Et il l’est de moins en moins pour en occulter, aux yeux du public, les conséquences tragiques pour les peuples qui en sont les victimes. Lors de la Guerre du Golfe on avait vite compris que le taux d’acceptation des guerres est proportionnel à celui de l’ignorance que l’on en a. Et c’est l’approche qui est privilégiée depuis.

Le palmarès de victimes anonymes

Jusqu’à maintenant, la nationalité des soldats tués ou blessés était rapportée dans la nouvelle. Maintenant, ils font partie d’une statistique plus globale qui les prive, après leur décès de leur identité. Ce ne seront désormais que des chiffres selon une décision rendue par l’Isaf et ce sera au pays d’origine du soldat de transmettre cette information: « L’Isaf, qui comprend des soldats de 40 nations, n’a révélé ni l’identité, ni la nationalité des victimes, elle en laisse systématiquement le soin aux autorités des pays d’origine» (cyberpresse); ainsi, l’on pourra en retarder la divulgation, ce qui permettra de minimiser l’importance de chaque épisode et le tout viendra se perdre dans les colonnes statistiques, ce qui aura pour effet de contribuer à la banalisation de la guerre et ainsi à sa plus grande acceptation par le public.

En bref, le bilan global des victimes de ces guerres ne fait pas l’objet d’une grande diffusion. Il semble, avec le temps, devenir en soi l’objet d’un rapport comme un autre. L’indignation n’est plus au rendez-vous ni même la consternation ou la tristesse. Il se présente plutôt un sentiment d’indifférence qui laisse la place aux questions de stratégies sur le terrain et à celles relatives aux conditions qui permettront de «gagner» la guerre avant d’effectuer un retrait dit progressif.

Quel bilan peut-on dresser en juillet 2008?

Un très grand nombre d’organismes veillent sur cet aspect des conflits armés et, notamment, les organisations internationales des droits humains telles que Human Rights Watch, Amnistie Internationale, Human Rights for Change, Afghanistan Justice Project, War Victims Monitor et International Center for Transitional Justice.. Quel est le décompte? Quel est le nombre de déplacés dans les pays théâtres de ces guerres et vers l’étranger? Quelle est l’ampleur des dégâts et des coûts financiers entraînés par ces deux «opérations»?

Nous présentons, ici, un bilan de ces guerres afin de pouvoir en prendre toute la mesure et de mieux comprendre le sens des décisions politiques et militaires qui sont prises par les forces d’occupation. Les données présentées doivent être considérées comme étant des approximations peu importe la source d’où elles proviennent. Nous ferons état des bilans officiels, mais nous considérerons avec beaucoup d’attention les rapports provenant d’organismes reconnus comme indépendants. Nous présentons un bilan succinct des victimes et les coûts globaux de ces guerres.

Des bilans indépendants

Selon Unknown News, en date du 16 juillet 2007, la situation globale se présentait ainsi: Au moins 832 962 personnes ont été tuées et 1 590 895 ont été blessés en Afghanistan et en Irak (Unknown news).

En Afghanistan

Selon le dossier concernant les victimes civiles de Marc W. Herold de l’Université du New Hampshire les bombardements américains ont tué, entre 3 485 et 4 034 civils entre octobre 2001 et juin 2004 (http://pubpages.unh.edu/~mwherold/ ).

Selon des données rapportées par Matrix Masters, un total estimé de 1 500 personnes ont été tuées en 2005 dans ce pays (matrixmasters.com). Quelques 600 policiers auraient été tués entre l’élection de Hamid Karzai en décembre 2004 et la mi-mai 2005 (Wikipedia).

Selon un rapport d’Human Rights Watch, en 2006, 4 400 Afghans ont été tués dont 1000 civils. De plus, un total de 2 077 insurgés ont péri dans les opérations conduites par les forces de la coalition entre le 1er septembre et le 13 décembre 2006. Pour la même période, les données rapportées par Associated Press basées sur les rapports du gouvernement afghan, de l’OTAN et des représentants de la coalition font état d’un total inférieur à 4 000 morts, la plupart d’entre eux étant des insurgés. Plus de 1 900 personnes avaient été tuées au cours des huit premiers mois de l’année (Wikipedia).

En 2007, on estime que 7 100 personnes ont été tuées y compris 926 policiers afghans, 4 478 insurgés, 1 500 civils et 232 soldats étrangers (Wikipedia).

En mars 2008, après plus de six ans de combat, selon les données de l’Aghanistan Conflict Monitor se référant à un article de M. Weaver du Guardian, le total de ceux qui ont péri dans cette guerre dépasse les 8 000 personnes en 2007 (M. Weaver, The Guardian, 11 mars 2008) lequel se base sur les données d’un rapport produit par les Nations Unies: «Les Nations Unies ont brossé une évaluation sombre du conflit en Afghanistan, en faisant état du fait que la violence s’est intensifiée considérablement au cours de la dernière année, ce qui a entraîné la mort de plus de 8 000 personnes y compris au moins 1 500 civils» (M. Weaver, 2008) (Afghan conflict monitor).

Au cours des six premiers mois de 2008, plus de 2 100 personnes ont été tuées y compris 698 civils, 502 insurgés (jusqu’au 14 mars). En juin seulement, 613 personnes sont mortes dans des actes de violence causés par les insurgés y compris 473 insurgés, 34 civils et 44 membres des forces de sécurité afghans. 72 policiers afghans ont été tués au cours du mois d’avril (Wikipedia).

Les Nations Unies ont rapporté en juin 2008 que près de 700 civils afghans avaient été tués depuis le début de l’année dont les deux tiers étaient dus à des attaques perpétrées par les insurgés et 255 dans des opérations militaires (Wikipedia).

Selon ces données approximatives il est permis d’avoir un aperçu de l’ampleur du nombre de personnes tuées dans cette guerre, mais elles ne peuvent traduire l’importance des effectifs de population affectés, car il ne s’agit pas d’une simple occupation militaire, mais d’une guerre totale. Nous aurions donc un total estimé entre 20 000 et 25 000 personnes qui ont perdu la vie en Afghanistan entre octobre 2001 et juin 2008. 

En Irak

 Selon Adlène Meddi du Quotidien indépendant El Watan, en date du 25 mars 2008, «si le bilan opérationnel officiel de l’armée américaine en Irak a atteint le seuil symbolique de 4000 morts avec les récentes attaques, l’on est incapable de préciser le nombre des civils irakiens tués dans cette guerre qui dure depuis cinq sanglantes années» (El Watan).

Selon cet auteur, «des chercheurs américains de l’Université John Hopkins (Baltimore) et iraquiens, de l’Université Al Mustansiriya (Bagdad), ont estimé la surmortalité depuis l’invasion de l’Irak, de mars 2003 jusqu’à juillet 2006».

«Ils estiment à 655.000 le nombre de morts supplémentaires d’Iraquiens (soit 2,5% de la population) par rapport à la période antérieure à l’invasion américaine. Le taux de mortalité était de 5,5 pour mille avant mars 2003 contre 13,3 pour mille désormais…».

«Ces travaux, publiés dans la revue médicale The Lancet, n’ont pas compté les corps à la morgue pour calculer la surmortalité. Ils ont enquêté auprès de 47 ensembles, répartis sur tout le territoire, contenant chacun 40 foyers. Ils ont recensé le nombre de naissances et de décès par foyer entre 2001 et 2006 et ont ensuite extrapolé les résultats à l’ensemble de la population iraquienne…».

«Ces chiffres sont très loin des chiffres officiels publiés sur iraqbodycount.org, site qui est censé recenser les civils tués au cours des interventions militaires en Irak (qui avaient été répertoriés jusqu’à ce moment-là) "que" 45 à 50.000 victimes…» En juillet 2008, selon les données fournies par ce projet le total des morts se situe entre 86 017 et 93 936 (http://www.iraqbodycount.org/ ).

Des coûts astronomiques

Combien ces guerres ont-elles coûté jusqu’à maintenant? Quelle est l’ampleur des dommages causés aux infrastructures? Quels seraient les coûts globaux de leur reconsctruction?

Selon un rapport du Service de recherche du Congrès des États-Unis mis à jour le 23 juin 2008, jusqu’au 26 décembre 2007 le Congrès a approuvé la somme totale de 700 milliards de dollars pour les opérations militaires, la sécurité, la reconstruction, l’aide internationale, les dépenses des ambassades et les frais d’assurances et les soins de santé pour les anciens combattants pour les trois opérations initiées depuis les attaques du 11 Septembre.

Selon la même source de renseignements, en date du 19 juin 2008, la Chambre a approuvé une nouvelle version du Rapport à la Chambre 2642, un supplément pour l’année fiscale 2008, qui devait être examiné par le Sénat la semaine suivante. Ce projet de loi comprend une somme de 163 milliards de dollars pour les deux années fiscales 2008 et 2009… Si le tout est approuvé, le Service de recherche du Congrès estime que le financement des guerres contre la terreur atteindra le total de 857 milliards de dollars, soit un total de 656 milliards de dollars pour la guerre en Irak, 173 milliards de dollars pour celle de l’Afghanistan et de 29 milliards de dollars pour le renforcement de la sécurité (Belasco, A., 2008).

Selon W. T. Wheeler, le Département de la Défense a témoigné devant le Congrès le 31 juillet 2007 que la guerre en Afghanistan avait coûté la somme de 78.1 milliards de dollars (Counterpunch).

Dans la première année de guerre en Afghanistan, selon les propos de EuropUSA.com, «sans parler des vies humaines perdues du fait de la guerre qu’on ne peut bien entendu pas chiffrer, le coût financier de la guerre en Afghanistan s’éleverait à $1 milliard par mois. Avec l’avancée spectaculaire de l’Alliance du Nord et la prise de Kaboul, on imagine que ce coût astronomique va bientôt se réduire… Les États-Unis ont déjà envoyé 6000 missiles et bombes sur le sol afghan. Le coût de certains missiles s’élève à $1 million pièce. Attention à ne pas se tromper de cible !. Les 50.000 militaires américains basés en Asie touchent en guise de motivation $150 par mois…et la gloire en plus bien sûr. Autre chiffre « étonnant » : le coût par heure des avions de combat. Par exemple, les F14 coûte $5000 par heure. Personne ne gagne à faire la guerre sauf peut-être l’industrie militaire…»(Europusa.com).

Selon les données du National Priorities Project, si toutes les demandes additionnelles sont approuvées par le Congrès le coût de la guerre en Iraq atteindrait, pour le budget étatsunien, à la fin de l’année fiscale 2008, la somme totale de 611 milliards de dollars (National Priorities.org).

Pour voir le budget autorisé pour la guerre en Irak (en milliards de dollars), cliquez ici.

Selon d’autres sources d’information, les coûts réels pourraient atteindre les 3 000 milliards de dollars pour le budget national des États-Unis. Selon Joseph Stiglitz and Linda Bilmes du Journal The Times, en tenant compte des opérations elles-mêmes et des impacts directs de ces guerres sur l’ensemble de l’économie, les coûts des conflits en Irak et en Afghanistan ont pris des proportions fulgurantes et ils les estiment à la somme totale de 3 000 milliards de dollars. Ils concluent ainsi: «Par un brassage malsain de fonds d’urgence, par une série de livres comptables et par des calculs sous-estimés constants des ressources nécessaires à la poursuite de la guerre, nous avons essayé d’identifier combien nous avons dépensé – et combien nous devrons probablement dépenser jusqu’à la fin. Le chiffre auquel nous arrivons correspond à la somme de 3 000 milliards de dollars. Nos calculs sont basés sur des hypothèses conservatrices. Ces calculs sont simples en eux-mêmes, même s’ils se veulent compliqués sur le plan technique. Le chiffre de 3 000 milliards de dollars comme coût total nous apparaît juste et probablement plus bas que la réalité. Inutile de dire que ce total ne représente que le coût assumé par les États-Unis. Il ne reflète pas le coût énorme assumé par le reste du monde et l’Iraq» (Times online ). 

Les coûts estimés de la reconstruction

En préparation de la réunion de pays donateurs de Madrid sur le projet de reconstruction de l’Irak en 2003 le total de 35.82 milliards de dollars a été estimé pour la période 2004-2007, le tout ayant été préparé par un comité conjoint formé par des représentants des Nations Unies et de la Banque mondiale.

Ce total de 36 milliards dollars en provenance des États-Unis seraient consacrés aux 14 secteurs d’intervention suivants: Institutions gouvernementales, éducation, santé, création d’emplois, transport et télécommunications, approvisionnement et assainissement des eaux et disposition des matières résiduelles, électricité, planification urbaine, logement et mise en valeur du territoire, agriculture et ressources en eau, entreprises de l’État, secteur financier, investissement dans la lutte contre les changements climatiques et action contre les mines. Les Autorités provisoires de la Coalition ont estimé qu’il fallait 20 milliards additionnels en incluant cinq milliards de dollars pour la sécurité et la police et 18 milliards pour les infrastructures de l’industrie pétrolière (Wikipedia).

Les déplacés et les réfugiés

Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (UNCHR) la guerre en Irak à elle seule est responsable de 4.4 millions de réfugiés et de populations déplacées à l’intérieur des frontières (Global Voices online).

«La situation en Irak continue à empirer, avec plus de deux millions d’Irakiens dont on estime qu’ils ont été déplacés à l’intérieur des frontières et 2.2 millions qui ont cherché refuge dans les pays voisins » affirme le rapport de L’UNCHR».

«Selon des chiffres gouvernementaux, quelques 1.4 million d’Irakiens se trouvent maintenant en Syrie, jusqu’à 750 000 en Jordanie, 80 000 en Égypte et quelques 200 000 dans la région du Golfe. La Syrie, à elle seule, accueille un minimum de 30 000 Irakiens par mois» (Global Voices online). 

Conclusion

Ces guerres, comme on peut le constater, exercent, depuis le début du siècle, un impact majeur sur l’économie mondiale, car elles mobilisent des ressources matérielles et humaines considérables pour tuer et détruire, des ressources en provenance de l’ensemble de la planète. Elles créent un climat d’insécurité globale et provoquent, par le fait même, un puissant effet d’entraînement sur le réarmement d’un très grand nombre de pays avec des sommes colossales qui sont désormais engagées dans le processus de militarisation de continents tout entiers comme c’est le cas en Europe orientale et au Moyen Orient.

On peut le constater en analysant le taux de croissance des dépenses militaires mondiales. Depuis 1998 il a été constant et s’est avéré le net reflet de l’impact de ces guerres et celui du processus de réarmement global de la planète. Le total de ces dépenses, selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), est passé de 735 milliards à 1339 milliards de dollars entre 1998 et 2007, soit une augmentation de 45% par rapport à 1998 (pour voir le tableau des dépenses militaires mondiales, cliquez ici)). Ce total correspond à 2.5% du produit mondial brut (PMB) et à la somme de $202.00 par personne (SIPRI, 2008).

Est-ce qu’une nouvelle administration à la Maison Blanche sera susceptible de stopper ce processus? Il est permis d’en douter, car les dividendes de ces guerres profitent grandement aux grandes industries d’armements et nous savons que celles-ci exercent une forte influence sur les orientations politiques et stratégiques des grandes puissances.

Un message clair a été prononcé par George Miller, membre du Congrès du District de Californie et président du comité de l’éducation et du travail. Ce message traduit bien les préoccupations d’un grand nombre d’Étatsuniens concernant la guerre en Irak: “Notre économie et notre pays ne peuvent continuer de supporter le coût de cette guerre, ni pour les soldats et leurs familles qui ont consenti d’énormes sacrifices pour notre pays». Miller ajouta: «Nous devrions reconstruire l’Amérique et non l’Irak, et nous devrions rétablir la force énorme pour le bien que l’Amérique peut accomplir pour la communauté internationale plutôt que de continuer de fragiliser la stabilité régionale et ternir notre réputation à l’étranger en poursuivant cette guerre tragique et inutile. Je presse le Président d’apporter son appui au programme de retrait de nos troupes de l’Irak» (Georgemiller.house).

Ces guerres sont loin d’être terminées selon Albert Legault, chercheur du Centre d’études des politiques étrangères et de sécurité (CEPES) de Montréal: « Les guerres d’Irak et d’Afghanistan sont un désastre militaire, politique, économique, humanitaire et financier. En Irak, la situation militaire n’est pas plus stable qu’autrefois même si le nombre d’incidents violents a diminué –ce qui n’inclut pas les violents combats de Bassorah en mars 2008 et de Sadr Cité en avril – et de l’avis même des militaires américains, l’Afghanistan ne sera pas en mesure de s’occuper seule de sa sécurité avant 2013» (Er.uqam.ca).


Références

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AYAD, C. et M. Semo. 2008. Irak: bilan accablant pour une guerre de cinq ans. Le Quotidien Libération. Le 20 mars 2008. Adresse Internet: http://www.liberation.fr/actualite/monde/316691.FR.php

BELASCO, A. 2008. The Cost of Iraq, Afghanistan, and Other Global War on Terror Operations since 9/11. CRS Report for Congress. Order Code RL33110. Updated June 23, 2008. Prepared for Members and Committes of Congress. 64 pages.

BORTOLASO, M.B. 2007. Usa, la facture de la guerre a doublé. Montréal, Centre de recherche sur la mondialisation. Le 16 novembre 2007. Adresse Internet: http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=7342

CHOSSUDOSKY, M. 2002. Guerre et mondialisation. La vérité derrière le 11 septembre. Montréal, écosociété. 256 pages.

CHOSSUDOVSKY, M. 2005. America’s “War on Terrorism”. Montréal, Global Research. 365 pages.

DOYLE, L. 2007. Trillion-dollar war: Afghanistan and Iraq set to cost more than Vietnam and Korea. Le 24 octobre 2007. Adresse Inernet: http://www.casafree.com/modules/news/article.php?storyid=7637

LEGAULT, A. 2008. La gestion post-Bush du chaos irakien et afghan. Le 8 avril 2008. Adresse Internet: http://www.er.uqam.ca/nobel/ieim/article-cepes.php3?id_article=4232

LEITENBERG, M. 2006. Deaths in Wars and Conflicts in the 20th Century. Cornell University, Peace Studies Program. Occasional Paper #29. 3nd ed. August 2006. 83 pages.

MEDDI, A. 2008. Combien de victimes civiles irakiennes tuées depuis 2003 ? Journal El Watan. Le 25 mars 2008. Adresse Internet: http://www.elwatan.com/Combien-de-victimes-civiles

OXFORD RESEARCH GROUP. 2006. War on Terror’ Failing, and Distracting Politicians from the Genuine Threats to Global Security : http://www.commondreams.org/news2006/0613-07.htm

STIGLITZ, J. et L. Bilmes. 2008. The three trillion dollar war

The cost of the Iraq and Afghanistan conflicts have grown to staggering proportions. Le 23 février 2008. Adresse Internet: http://www.timesonline.co.uk/tol/comment/columnists/guest_contributors/article3419840.ece

WHEELER, W.T. 2007. Which Side is the Pentagon On? The Costs of the Afghanistan War. Counterpunch. Le 29 août 2007. Adresse Internet: http://www.counterpunch.org/wheeler08292007.html

Sites Internet

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Actualité Mondiale : L’impossible bilan de la guerre en Irak: http://www.casafree.com/modules/news/article.php?storyid=7637

Civilian casualties of the War in Afghanistan (2001–present): http://en.wikipedia.org/wiki/Civilian_casualties_of_the_War_in_Afghanistan_%282001%E2%80%93present%29

"A Dossier on Civilian Victims of United States’ Aerial Bombing of Afghanistan: A Comprehensive Accounting" and "A Day-to-Day Chronicle of Afghanistan’s Guerrilla and Civil War, June 2003 – Present": http://pubpages.unh.edu/~mwherold/

Guerre et Occupation en Irak / Résumé exécutif: http://www.google.ca/search?hl=fr&q=Amnistie+internatinale+%2B+guerre+%2B+Irak&start=20&sa=N

International Peace Bureau: http://ipb.org/i/index.html

Iraq Body Count: http://www.iraqbodycount.org/

Chronologie de la guerre en Irak (2002-2008). L’Express.fr : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-orient/chronologie-2002-2007_498027.html

Reconstruction in Iraq: http://en.wikipedia.org/wiki/Reconstruction_of_Iraq

Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI): http://www.sipri.org/

The CNN Wire. New high for Afghanistan deaths. Le 26 juin 2008: http://cnnwire.blogs.cnn.com/2008/06/26/new-high-for-afghanistan-deaths/

List of wars and disasters by death toll: http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_wars_and_disasters_by_death_toll#Wars_and_armed_conflicts

War in Afghanistan (2001–present): http://en.wikipedia.org/wiki/War_in_Afghanistan_(2001%E2%80%93present)#Civilians

War Victims Monitor: http://warvictims.wordpress.com/category/country/afghanistan/


Jules Dufour, Ph.D., est Professeur émérite à l’Université du Québec à Chicoutimi, Président de l’Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean,  Membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, Membre chevalier de l’Ordre national du Québec. Président du comité de coordination du Parc marin du Saguenay-Saint-Laurent et membre de la Commission des Aires protégées de l’Union mondiale de la nature (UICN).

Jules Dufour est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca. 

La Maison-Blanche et la CIA accusées de falsification

La nouvelle suivante a fait l’objet dune dépêche de l’AFP et a donc été reprise dans de nombreux médias (CBS News, Le Figaro, etc.)


Par Richard Hétu pour http://www.cyberpresse.ca/


Ron Suskind

L’accusation est grave et pourrait justifier l’impeachment des responsables à la Maison-Blanche.

L’accusateur n’est pas le dernier venu: ancien journaliste du Wall Street Journal, Prix Pulitzer en 1995, Ron Suskind a déjà fait paraître deux livres bien documentés sur les coulisses de l’administration Bush. Dans son troisième, sorti hier aux États-Unis, il affirme que la Maison-Blanche a ordonné à la CIA de fabriquer de toutes pièces une lettre établissant un lien entre Saddam Hussein et les attentats du 11 septembre 2001.

L’existence de cette lettre est connue depuis décembre 2003, ayant été révélée par le correspondant à Bagdad du Sunday Telegraph de Londres. Daté du 1er juillet 2001 et adressé à Saddam Hussein, le document porte la signature de Tarir Jallil Habbush, chef des renseignements irakiens. Celui-ci y confirme que l’Irak avait accueilli sur son sol Mohammed Atta, qui allait devenir le principal pirate de l’air responsable des attentats du 11 septembre.

En 2003, plusieurs partisans de la guerre en Irak avaient cité cette lettre comme justification suffisante de l’invasion américaine. Habbush y révélait qu’Atta «a déployé des efforts extraordinaires et s’est montré fermement déterminé à mener l’équipe qui sera chargée d’attaquer les cibles que nous avons décidé de détruire».

Ron Suskind est le premier à prétendre que ce document est un faux.

«Absurde», a déclaré un porte-parole de la Maison-Blanche en parlant de l’accusation du journaliste. «Ridicule», a renchéri l’ancien directeur de la CIA George Tenet.

«Je n’ai jamais reçu d’ordre de ce genre de la part de la Maison-Blanche, pas plus qu’il n’y a jamais eu quiconque à la CIA impliqué dans ce genre d’activité à ma connaissance», a-t-il ajouté dans un communiqué.

La lettre falsifiée

Ron Suskind n’en a pas moins maintenu sa version des faits hier dans des entrevues à la télévision et à la radio. Il a cité parmi ses sources Rob Richard, ex-chef de la division Proche-Orient de la CIA. Dans son livre, intitulé The Way of the World, l’auteur décrit la scène suivante entre Richard et Tenet.

«Tenet se tourne vers Richard et lui dit: Écoute Marine (Richard est un ancien Marine), ça ne va pas te plaire, mais c’est comme ça.»

Et Suskind d’ajouter: «L’idée consistait à apporter la lettre à Habbush et à lui faire transcrire avec sa propre écriture sur un papier à en-tête du gouvernement irakien pour la faire paraître authentique. La CIA aurait alors emporté le produit fini à Bagdad et fait en sorte que quelqu’un la diffuse dans la presse.»

Dans son livre, Suskind affirme également que ce même Habbush avait informé un responsable des services de renseignement britanniques que l’Irak ne possédait pas d’arme de destruction massive. George W. Bush était au courant de cette information avant de déclencher la guerre, mais il a choisi de l’ignorer, selon l’auteur.

Autre allégation de Suskind: Habbush a été transféré de l’Irak en Jordanie par les services secrets américains, qui lui aurait versé cinq millions de dollars pour acheter son silence.

Mais qui, à la Maison-Blanche, aurait ordonné à la CIA de forger un faux document ? Dans son livre et ses entrevues, Ron Suskind ne donne pas la réponse à cette question, se contentant de rappeler que le bureau de Dick Cheney avait tenté d’établir un lien opérationnel entre l’Irak et Al-Qaeda dès le lendemain des attentats du 11 septembre 2001.

«Ce n’est pas le genre de délit, comme l’agression ou le vol, auquel correspond un châtiment spécifique» écrit Suskind en faisant allusion à l’écriture du faux. «C’est plus gros que ça. On parle d’une Maison-Blanche qui détourne sciemment une division du gouvernement, le genre de chose qu’on soulève dans une procédure de destitution

Les «scoops» de Ron Suskind

Ron Suskind n’en est pas à sa première accusation grave à l’endroit de l’administration Bush. En 2004, il a fait paraître The Price of Loyalty, s’appuyant sur les révélations de l’ancien secrétaire au Trésor Paul O’Neill pour accuser la Maison-Blanche de s’être fixé l’objectif de renverser le régime de Saddam Hussein dès janvier 2001.

O’Neill avait également confié à Suskind que le dossier américain sur les ADM de l’Irak ne reposait sur aucune preuve solide. Il avait en outre décrit le Président comme «un aveugle entouré de sourds».

Dans The One Percent Doctrine, paru en 2006, Suskind explorait les coulisses de la lutte antiterroriste, levant notamment le voile sur la torture d’Abou Zoubaydah, le premier membre d’Al-Qaeda capturé après le 11 septembre 2001. Le titre fait référence à une théorie formulée par Dick Cheney, en novembre 2001, dans la Situation Room de la Maison-Blanche: «S’il existe 1% de chances que les scientifiques pakistanais aident Al-Qaeda à construire ou à développer une arme nucléaire, nous devons le considérer comme une certitude

« Une arme de persuasion massive»  par Sheldon Rampton et John Stauber

Article de Paul CAUCHON paru sur LeDevoir.com, à propos de l’ouvrage de Sheldon Rampton et John Stauber : "Une arme de persuasion massive – De la propagande dans la guerre de Bush en Irak"

Médias: La guerre vendue en shampooing

La guerre contre l’Irak a représenté une formidable bataille idéologique, dans laquelle la Maison-Blanche a utilisé des techniques de marketing sophistiquées, souvent avec l’aide de prestigieuses entreprises de relations publiques.
On s’en doutait, bien sûr. Mais rarement la chose a été aussi bien documentée que dans cet ouvrage qui vient de paraître en français, Une arme de persuasion massive/De la propagande dans la guerre de Bush en Irak, publié l’automne dernier aux États-Unis, et en français récemment chez Le Pré au Clercs. Les deux auteurs, Sheldon Rampton et John Stauber, travaillent pour le Center for Media and Democracy, un organisme créé en 1993 pour enquêter sur les propagandes gouvernementales et le discours médiatique. Ce centre se spécialise particulièrement dans l’analyse des stratégies des grandes entreprises de relations publiques.

On a beaucoup écrit sur l’expérience des journalistes intégrés dans les unités militaires lors de la guerre en Irak, ou encore sur l’hyper-patriotisme de certains médias américains. Rampton et Stauber en parlent, sans que leurs propos ne soient nécessairement très marquants. L’intérêt de leur livre est ailleurs, dans le décryptage des stratégies gouvernementales pour conditionner l’opinion publique avant le déclenchement de la guerre.

Ainsi, dès 1997 (trois ans avant l’élection de Bush), un groupe de néo-conservateurs dirigé par William Bennet, rédacteur en chef du Weekly Standard (propriété de Rupert Murdoch), avait créé le Project for the New American Century, qui avait pour but de «durcir» la politique américaine envers l’Irak, et qui a fait pression sur le Congrès pour octroyer 100 millions de dollars aux opposants irakiens. Le groupe comprenait des gens comme Dick Cheney, l’éditeur Steve Forbes, Donald Rumsfeld, l’auteur Francis Fukuyama.

Il faut rappeler que, quelques mois après la guerre du Golfe de 1991, Bush le père avait demandé à la CIA de chasser Saddam Hussein du pouvoir, et l’organisme avait engagé John Rendon, un conseiller en relations publiques, pour travailler à ce dossier. Le même Rendon obtenait à l’automne 2001 un contrat de 400 000 $ pour orchestrer la propagande afin de préparer l’intervention en Afghanistan.

Le cas le plus connu du marketing de guerre est celui de Charlotte Beers, grande prêtresse du marketing aux États-Unis, qui avait dirigé deux grandes agences et qui comptait, parmi ses titres de gloire, le lancement du riz Uncle Ben’s et des shampooings Head & Shoulders! Nommée à un poste de sous-secrétaire d’État par l’administration Bush, elle a créé des campagnes de publicité, des sites internet, des shows télévisés, a organisé des rencontres avec des leaders arabes, pour tenter d’influencer l’opinion et de vendre les États-Unis au Moyen-Orient comme une «marque» représentant la liberté. Colin Powell avait lui-même déclaré lors de son embauche qu’il fallait «faire de notre politique étrangère une véritable marque».

Remarquez que ce n’est pas seulement la Maison- Blanche qui pensait en termes de marketing. Trois jours après le 11 septembre 2001, c’est le royaume d’Arabie saoudite qui signait un contrat avec le géant de la communication Burson-Marsteller pour recevoir des conseils en gestion de crise (la presque totalité des terroristes du 11 septembre étaient saoudiens, ce qui présentait mal…). Et une autre agence, Quorvis Communications, recevait 20 millions du même royaume pour faire interviewer des représentants saoudiens par des journalistes-vedettes des médias américains.

Et ça continue comme ça pendant des pages. Pour préparer l’intervention contre l’Irak plusieurs organismes soutenus par le pouvoir politique faisaient affaire avec Benador Associates, une puissante société de relations publiques qui se spécialisait dans le placement d’experts du Moyen Orient et du terrorisme dans tous les médias, des experts évidemment en faveur de la guerre. Les auteurs font remarquer qu’on les voyait partout alors que les médias semblaient ignorer les 1400 spécialistes indépendants du Moyen-Orient dans les universités américaines, qu’on imagine plus nuancés. Des organisations pacifistes découragées ont même tenté d’acheter de la publicité commerciale dans les grands réseaux de télévision pour se faire entendre, ce qui leur fut refusé par les réseaux.

Cet ouvrage porte aussi une leçon forte. Si le conditionnement à la guerre a semblé fonctionner aux États-Unis, toutes les campagnes de relations publiques pour améliorer l’image des États-Unis au Moyen-Orient ont échoué. Pourquoi? Le message véhiculé par cette armée de consultants n’était pas forcément faux, écrivent les auteurs. Mais il n’abordait jamais le coeur du ressentiment musulman envers les États-Unis, soit le conflit israélo-palestinien et le passé des interventions américaines dans la région. Comme le dit un professionnel de la publicité cité dans l’ouvrage, et qui semble plus lucide que les autres, «l’opinion islamique est davantage influencée par ce que les États-Unis font que par tout ce qu’ils peuvent dire».
 

=> Notes de ReOpenNews: A titre de complément d’information, nous présentons aussi  les notes de l’éditeur

Notes de l’éditeur (Pré-aux-Clercs) disponible sur Amazon.fr
La guerre de Bush en Irak était-elle juste ? Un an après la seconde guerre du Golfe, et à quelques mois de l’élection présidentielle américaine, des voix s’élèvent enfin outre-Atlantique pour dénoncer ouvertement une manipulation flagrante de l’opinion. Ce livre-brûlot, qui fait scandale aux Etats-Unis, est l’œuvre de deux spécialistes des médias américains, qui ont étudié en détail la propagande " bushienne ". Ils décortiquent ici ses mécanismes. Pourquoi 70 % des Américains en sont-ils venus à croire que Saddam était responsable des attentats du 11 septembre ? Pourquoi des documents falsifiés et de faux rapports des services secrets on-ils été utilisés pour accréditer la thèse des armes de destruction massive ? Pourquoi la presse internationale a-t-elle été enrôlée dans les unités combattantes, à l’inverse de l’embargo imposé lors de la première guerre du Golfe ? Comment une agence de relations publiques travaillant pour le Pentagone a-t-elle créé de toutes pièces le Congrès national irakien censé représenter les opposants à Saddam ? Comment ces mêmes agents ont-ils organisé à coups de dollars des mouvements de foule " spontanés " pour accueillir les libérateurs dans Bagdad

Un nouveau 11-Septembre pour faire gagner McCain?

Par Taïké Eilée pour Agoravox, le 28 juin 20008

Un conseiller de John McCain qui dépasse les bornes du cynisme. L’Iran, plus que jamais dans la ligne de mire américaine. Pendant ce temps-là, le 11-Septembre continue d’agiter les esprits. Peut-être plus que jamais, à quatre mois de l’élection présidentielle, à six du changement de locataire de la Maison Blanche, et à l’orée probable d’un nouveau conflit au Moyen-Orient.

Cet article, s’il manque parfois d’ordre et ne recule pas devant quelques digressions, se veut néanmoins digeste, et fait pour cela la part belle aux vidéos, courtes le plus souvent.

La bourde. John McCain n’en avait certainement pas besoin, alors que les derniers sondages le donnent perdant face à Barack Obama. La bourde, c’est celle de son principal stratège, Charlie Black, qui a confié au magazine Fortune du 23 juin 2008 qu’une nouvelle attaque terroriste aux Etats-Unis, du type 11-Septembre, constituerait "un gros avantage" pour le candidat républicain à la Maison Blanche.

Charlie Black ne s’est pas contenté de ce seul dérapage. Il a aussi considéré que l’assassinat de Benazir Bhutto en décembre 2007 avait aidé John McCain à gagner la primaire du New Hampshire, un Etat sans lequel le sénateur de l’Arizona ne serait certainement plus dans la course. "Sa connaissance du sujet et sa capacité à en parler a encore une fois souligné qu’il est celui qui est prêt à être le commandant en chef", a-t-il déclaré. "Et ça nous a aidés."

Ces propos ont déclenché un véritable tollé aux Etats-Unis (voir CNN, MSNBC, CBS). Sans tarder, Charlie Black, (étrangement) surnommé (en la circonstance) le "Sage", a présenté ses excuses, reconnaissant que ses commentaires étaient "inappropriés". John McCain s’est immédiatement désolidarisé des propos de son conseiller : "Je ne peux pas imaginer pourquoi il a dit ça. Ce n’est pas vrai. J’ai travaillé sans relâche depuis le 11-Septembre pour empêcher que les Etats-Unis ne revivent une telle attaque".

Le dérapage de Charlie Black n’est sans doute rien d’autre qu’une parole de vérité, proférée par un homme qui, l’espace d’un instant, a perdu le sens de la retenue, affichant le plus parfait cynisme. Un manque d’égard vis-à-vis des victimes des attentats, et la seule considération de l’avantage politique qu’une telle catastrophe peut lui procurer. Une attitude décomplexée qui rappelle, certes à une autre échelle, celle de Jean-Marie Le Pen souhaitant avant les élections présidentielles de 2007 de nouvelles émeutes dans les banlieues.

Les propos du stratège de McCain deviendraient évidemment très embarrassants si de nouveaux attentats venaient à frapper les Etats-Unis d’ici novembre. On se retrouverait alors dans une configuration analogue à celle d’un PNAC souhaitant à demi-mot "un nouveau Pearl Harbor" un an tout juste avant les attentats du 11-Septembre. "Le processus de transformation [des Etats-Unis en puissance hégémonique], même s’il est porteur de changements révolutionnaires, sera probablement long, en l’absence d’un événement catastrophique et catalyseur – comme un nouveau Pearl Harbor", lisait-on en septembre 2000 dans le rapport du think tank néoconservateur Project for the New American Century, Reconstruire les Défenses de l’Amérique. Un think tank composé du noyau dur de la future administration Bush.

La catastrophe est parfois tellement souhaitée par les politiques, qui veulent apparaître comme les sauveurs de leur population en détresse, qu’on en vient parfois à les suspecter de l’avoir eux-mêmes déclenchée lorsqu’elle se produit. A tort le plus souvent. Même si la récente traduction en français de l’archive officielle de l’Opération Northwoods (1962) n’est pas là pour nous rassurer quant à la considération que portent à leurs concitoyens certaines hautes autorités militaires, prêtes à tout pour en découdre et manipuler l’opinion publique.

John McCain, pour revenir à lui, a déjà montré à maintes reprises son côté va-t-en-guerre. En avril 2007, il s’était illustré en parodiant un célèbre titre des Beach Boys : "Bomb bomb bomb, bomb bomb Iran".

Le 3 janvier 2008, il envisageait une présence militaire américaine en Irak pour les 100 prochaines années.

Aucune restriction pour lui : 10 000 ans si nécessaire !

Le 23 avril 2006, Eric Laurent, Yves Cochet et Roselyne Bachelot "révélaient", sur le plateau de Ripostes sur France 5, ce que chacun sait, et qui constitue un secret de Polichinelle, à savoir que la guerre en Irak est principalement une guerre du pétrole.

Le 2 mai dernier, John McCain a imprudemment laissé entendre la même chose.

Comme le dit le présentateur de MSNBC, ce qu’on appelle "gaffe" n’est souvent que la révélation de sa pensée profonde.

Au fond, la position de John McCain sur la nécessité de sécuriser l’approvisionnement énergétique des Etats-Unis n’est que la prolongation de celle du candidat George Bush avant sa première élection. Voici ce que ce dernier déclarait le 29 septembre 2000 : "Notre nation a connu trois récessions dans la dernière génération, et chacune d’entre elles était liée à un choc énergétique." Il préconisait alors "une stratégie à long terme pour assurer un approvisionnement fixe et fiable en énergie", sans quoi "nous mettons en danger notre économie et le mode de vie qu’il permet" (un mode de vie jugé, rappelons-le, "non négociable" par George Bush père, Bill Clinton et George W. Bush…). Il se plaignait aussi du fait que "jamais auparavant notre pays [n’avait] été aussi dépendant des réserves étrangères" et "à la merci du pétrole étranger". Il déplorait qu’un pays ennemi comme l’Irak de Saddam Hussein soit devenu "un fournisseur majeur de pétrole de l’Amérique" et "acquière de plus en plus de contrôle sur l’avenir économique de notre nation". Pour ne plus dépendre de l’Irak, il fallait prendre le contrôle de l’Irak… John McCain semble approuver cette logique.

Si l’obsession de George Bush était l’Irak, au point de commettre d’étonnants lapsus entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden…

… celle de John McCain semble bien être l’Iran. Au point de commettre à son tour une gaffe retentissante. En visite en Jordanie le 18 mars 2008, il affirme que des membres d’Al-Qaïda en Irak vont s’entraîner en Iran avant de revenir combattre les soldats de la coalition en Irak ; bref, il prétend que l’Iran chiite soutient le réseau islamiste sunnite ! Il faudra l’intervention discrète de Joe Lieberman, sénateur du Connecticut, pour lui remettre les idées en place.

Incroyable amalgame de la part d’un représentant du Congrès et d’un candidat à la présidence des Etats-Unis, qui se dit, en outre, très expérimenté en politique étrangère. John McCain avait d’ailleurs commis la même erreur la veille, le 17 mars, à la radio… mais aussi le 28 février, devant le Baker Institute for Public Policy à Houston.

Devant cette répétition d’erreurs, on se demande laquelle des deux hypothèses est la plus crédible : le lapsus involontaire, ou le mensonge volontaire visant à créer l’amalgame entre l’Iran et Al-Qaïda (et, qui sait, le 11-Septembre) dans l’esprit des Américains.

D’une part, John McCain insuffle donc dans l’esprit de son peuple, volontairement ou non, l’idée que l’Iran est responsable de l’embourbement américain en Irak. Et, d’autre part, son principal stratège lance qu’une attaque terroriste sur le sol américain serait bénéfique au camp républicain pour l’élection présidentielle.

Ces déclarations font un incroyable écho aux propos tonitruants de Zbigniew Brzezinski, le 1er février 2007, devant la commission sénatoriale sur les relations avec l’étranger. L’ancien conseiller à la Sécurité nationale du président Jimmy Carter avait alors averti que la politique de l’administration Bush en Irak menait inexorablement à la guerre avec l’Iran. Il avait surtout décrit un "scénario plausible de conflit militaire avec l’Iran". Celui-ci impliquerait "le fait pour l’Irak de ne pas atteindre les objectifs fixés, suivi d’accusations sur la responsabilité de l’Iran dans cet échec, puis enfin par une provocation en Irak ou par un attentat terroriste aux Etats-Unis attribué à l’Iran, culminant en une opération militaire "défensive" des Etats-Unis contre l’Iran qui plonge une Amérique solitaire dans un bourbier toujours plus vaste et plus profond finissant par englober l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan."

Brzezinski doutait du caractère "défensif" de l’action militaire en préparation et laissait entendre qu’une manipulation était possible. Il mettait aussi en garde dans son intervention contre "la lutte idéologique décisive" contre l’islam radical que prône Bush, la qualifiant de "récit historique mythique" utilisé pour justifier une "guerre qui dure et qui est potentiellement en expansion". Sur ce point encore, McCain n’est pas rassurant, lui qui compte parmi ses soutiens le pasteur évangéliste Rod Parsley, un homme de foi que le candidat à la Maison Blanche considère comme son "guide spirituel" et qui prône, ni plus ni moins, la destruction de l’islam.

Mais Barack Obama est-il réellement plus rassurant que son adversaire républicain au sujet du Moyen-Orient ? On aurait pu le penser ; mais un discours récent du chouchou des sondages et des médias, devant le puissant lobby pro-israélien, l’AIPAC (American Israel Politic Affair Committee), a fait déchanter tous ceux qui croyaient encore qu’avec lui les choses seraient vraiment différentes en matière de politique étrangère. Barack Obama a, en effet, affiché la plus grande intransigeance vis-à-vis de l’Iran, et assuré qu’il serait prêt à "tout" pour l’empêcher d’accéder à l’arme nucléaire. Il a même "brandi si fort la menace d’une action militaire que cela ressemblait aux menaces prononcées par George W. Bush", a souligné la chaîne de télévision NBC.

Les différences de vue des deux candidats sur l’Iran, si elles existent, pourraient être davantage explicitées lors d’un éventuel débat à venir. Suite au dérapage de Charlie Black, Barack Obama a, en effet, fait savoir qu’il était "favorable à un débat sur le terrorisme avec John McCain, qui", dit-il, "a totalement soutenu la politique de Bush, nous a détourné d’al-Qaida, n’a pas réussi à amener devant la justice Ben Laden et a fait que nous sommes moins en sécurité".

Petite parenthèse : quand Barack Obama reproche à George Bush d’avoir échoué à amener Ben Laden devant la justice, il semble oublier que de hautes autorités américaines ont fait savoir depuis longtemps que ce n’était pas leur objectif. Le 9 janvier 2005, A.B. "Buzzy" Krongard, ancien directeur exécutif et numéro 3 de la CIA, admet en effet explicitement, dans le London Times, qu’il est préférable que Ben Laden demeure vivant et libre. Le journal note d’ailleurs que "plusieurs officiels américains ont reconnu en privé qu’il serait mieux de garder Ben Laden cloué à la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan plutôt que d’en faire un martyr ou de le traduire en justice. Mais Krongard est la figure la plus haut placée qui reconnaît publiquement que sa capture pourrait s’avérer contre-productive". Comment continuer à laisser penser qu’Oussama Ben Laden est activement recherché après la déclaration de Krongard, qui, nous dit-on, est loin d’être la seule à aller dans ce sens ?

Parenthèse dans la parenthèse : rappelons qu’AB "Buzzy" Krongard a été mis en cause par le journaliste Eric Laurent pour son rôle trouble dans les délits d’initiés (niés par le rapport de la Commission d’enquête) qui auraient précédé le 11-Septembre.

Le 3 mars 2005, deux mois après la déclaration de Krongard au London Times, le directeur de la CIA Porter Goss se montrera très étonné et même amusé quand George Bush lancera à la presse que ses services essaient chaque jour d’obtenir des informations pour localiser Ben Laden.

Parenthèse fermée. En ce début d’été, la probabilité d’une attaque américaine de l’Iran apparaît forte. Le 4 juin dernier, le très écouté néoconservateur Daniel Pipes lançait dans National Review que, si Obama était élu, Bush attaquerait l’Iran avant la fin de son mandat le 20 janvier 2009. En cas de victoire de McCain, celui-ci déciderait quoi faire (voir à 2 min 5).

Si l’on en croit Bakchich, la campagne d’intoxication de l’opinion a bien commencé aux Etats-Unis et bat même son plein : "Au New York Times, le journaliste qui suit les affaires militaires, Michael Gordon et a écrit dans le passé moult articles sur les prétendues « armes de destruction massive » de Saddam Hussein avant l’invasion de l’Irak, que beaucoup considèrent comme une espèce de porte-parole loyal du Pentagone, multiplie depuis le début du mois de mai les papelards. Ceux-ci sont certes basés sur des sources anonymes mais mettent en avant des affirmations de membres de l’administration Bush indiquant que les Iraniens entraînent des milices chiites pour tuer des Américains en Irak. De son côté, l’ancien porte-parole de la Maison Blanche sous Bush, Scott McClellan, qui vient de publier un livre-confession où il révèle qu’il a été obligé de mentir pour justifier l’invasion de l’Irak, se répand dans les médias au sujet des articles de Gordon dans le Times : ils seraient le résultat d’un programme d’intox destiné à préparer le public américain à accepter la nécessité impérative de bombarder l’Iran. Exactement comme c’était le cas en 2003 avec l’Irak !"

L’administration Bush a été, rappelons-le, convaincue d’au moins 935 mensonges entre 2001 et 2003 pour faire accepter au peuple américain la future guerre en Irak. Puis, durant la guerre, elle a "organisé une vaste entreprise de manipulation des analystes militaires travaillant à la télévision pour obtenir une couverture favorable de la guerre en Irak", selon le New York Times du 20 avril 2008.

Pour faire accepter ses guerres en Afghanistan et en Irak, et donc peut-être bientôt en Iran, le gouvernement américain a aussi dû dissimuler au public la responsabilité des Etats officiellement "amis" qui ont appuyé, selon certaines sources crédibles, les pirates de l’air du 11-Septembre.

Censurées, les 28 pages du rapport du Congrès sur les attentats du 11-Septembre, qui mettaient en cause l’Arabie Saoudite (New York Times). Ignorées, les protestations de Bob Graham, président du Comité du renseignement du Sénat, contre cette censure ; oubliée, sa mise en cause, sur PBS, de "gouvernements étrangers [...] impliqués dans l’aide aux activités d’au moins quelques-uns des terroristes aux Etats-Unis", oubliée cette "preuve très convaincante qu’au moins quelques-uns des terroristes étaient assistés, pas seulement dans le financement – bien que cela en ait fait partie – par un gouvernement étranger souverain".

Balayés d’un revers de main, ou simplement laissés sans réponse, les incessants rappels de l’implication des services secrets militaires pakistanais, l’ISI, dans les attentats (voir ces deux extraits de 9/11 Press for Truth : 1-2 et ce reportage de WPTV sur l’agent Randy Glass).

Bob Graham est très impliqué dans l’histoire du 11-Septembre, puisqu’il se trouvait au moment des attentats au Capitole, à Washington, en compagnie du très controversé directeur de l’ISI, Mahmoud Ahmad, et du président du Comité du renseignement de la Chambre (et futur patron de la CIA), Porter Goss ; puisque c’est son équipe qui avait reçu durant l’été 2001 les avertissements de Randy Glass au sujet d’une attaque imminente de l’ISI sur le World Trade Center ; puisqu’il a, comme on l’a vu, mis en cause des Etats étrangers, officiellement amis des Etats-Unis, pour leur participation aux attentats, et qu’il a critiqué la censure de la Maison Blanche. Il a répondu, il y a quelques mois, aux questions que tous les curieux se posent, précisément sur Mahmoud Ahmad, Randy Glass, mais aussi le lieutenant-colonel Anthony Shaffer (l’homme qui a révélé l’existence de l’opération Able Danger), et Sibel Edmonds.

Ce type de discussion ouverte permettra-t-il d’amoindrir les soupçons qui pèsent parfois sur le gouvernement américain au sujet du 11-Septembre ? Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas la culture du secret et du mensonge, mise en œuvre avec une application extrême par l’administration Bush, qui le permettra. Le travail de clarification à mener sur les circonstances du 11-Septembre s’annonce considérable. Les citoyens du monde entier font de plus en plus part de leur mécontentement.

Après qu’un député et membre du Parti Démocrate japonais, Yukihisa Fujita, a fait, le 11 janvier 2008, une déclaration de 30 minutes en séance parlementaire pour exprimer ses interrogations sur le 11-Septembre et "la guerre contre le terrorisme", c’est au tour, le 10 juin 2008, de Libby Davies, députée de Vancouver et présidente du groupe parlementaire du Nouveau parti démocratique (membre de l’Internationale socialiste), de donner lecture à la Chambre des communes du Canada d’une pétition de citoyens appelant à l’ouverture d’une enquête canadienne sur les attentats du 11-Septembre.

Pendant ce temps-là, un conseiller de John McCain ne trouve rien de mieux à faire que d’évaluer publiquement l’opportunité que constituerait pour son champion un nouveau 11-Septembre…

Un animateur radio appelle au meurtre d’un militant anti-guerre

Par Nick Langewis pour The Raw Story, le 15 juin 2008 

Michael ReaganMichael Reagan, animateur d’une émission de radio et fils de l’ancien président Ronald Reagan, pourrait faire l’objet d’une enquête du FBI après avoir appelé au meurtre de Mark Dice, militant anti- guerre et fondateur d’un office de surveillance des médias sur les ondes, The Resistance.
Dans le programme du 10 juin de son émission Radio America diffusée à l’échelle nationale, Reagan a traité Dice et d’autres membres du Mouvement pour la vérité sur le 11/9 de “traîtres”  après avoir appris qu’ils envoyaient aux troupes en Irak des lettres, des documents déclassifiés et des DVD qui, disent-ils, montrent l’implication du gouvernement dans les attaques du World Trade Center en 2001.

Cette action fait partie de l’opération "informer les soldats" menée par The Resistance.

“Je ne veux pas que les soldats qui risquent leur vie en Irak soient utilisés comme des pions dans la création du Nouvel Ordre Mondial » a dit Dice dans un récent communiqué de presse. “Je connais personnellement des Marines qui pensent que le 11/9 était un coup monté de l’intérieur, et ils me disent que beaucoup de Marines soupçonnent que c’est le cas mais ils n’osent pas en parler publiquement de peur d’être punis”
“Nous devons trouver les personnes qui font ça,” a dit Reagan, “les faire sortir et les abattre, vraiment. Trouver les personnes qui envoient ces lettres…pour démoraliser les troupes…ce sont des traîtres à ce pays…et les descendre. Vous avez un problème avec ça? Faites-vous une raison. Mais quiconque fait ça ne mérite pas de vivre. Vous les traitez de traîtres–c’est ce qu’ils sont–et vous les abattez. Je paierai pour les balles.”

“Pourquoi ne pas faire sortir Mark Dice,” a continué Reagan “et le placer au milieu d’un champ de tir ? Attachez-le à un poteau, ne bandez pas ses yeux, et allez-y à fond,  amusez-vous avec Mark Dice.”

"Maintenant nous savons où sont allés les sympathisants de Ron Paul,” a raillé un autre animateur.

Dimanche, Dice a annoncé sur son site web qu’il avait reçu des excuses personnelles de Reagan et qu’il serait invité dans l’émission de Reagan du lundi 16 juin à 15h30 heure locale pour recevoir des excuses publiques. 

"Bien que je comprenne que des divergences d’opinions politiques peuvent conduire à des mots vifs, les déclarations de Reagan sont totalement inacceptables, indignes d’un Américain, et extrêmement dangereuses,” a dit Dice. “Reagan a élevé la haine et la rhétorique dirigées contre ceux qui désapprouvent cette guerre à un niveau jamais atteint. Il doit être licencié immédiatement et aucune station de radio ou chaîne de télévision ne devrait faire entendre de nouveau sa voix ou montrer son visage.

"Malgré les excuses de Reagan,” a continué Dice, “la boîte de Pandore a été ouverte et ne pourra jamais être refermée. Les ramifications de ses menaces et suggestions sont énormes et effrayantes. A une époque où quelques clics sur un clavier suffisent à retrouver l’adresse de quelqu’un, les commentaires de Reagan ouvrent la porte au harcèlement, au vandalisme et pire encore. Toute menace sera immédiatement communiquée au FBI et les actions légales appropriées seront prises”

Ci-dessous un extrait de l’émission de Reagan du 10 juin, tel qu’il a été posté sur Youtube :

Le député démocrate Kucinich lance une procédure visant la destitution de Bush: 3 points de la résolution sont en lien direct avec le 11 Septembre

Sources : CNN, le 9 juin 2008

Le lundi 9 juin, le député démocrate de l’Ohio Dennis Kucinich, s’adressant à la Chambre des Représentants, a introduit une résolution comportant 35 points, afin de lancer une procédure de destitution (impeachment) du Président George W. Bush.

Kucinich, (ancien candidat à la primaire démocrate) a affirmé que Bush avait "frauduleusement" justifié la guerre en Irak et induit en erreur "le peuple américain et des membres du Congrès en leur faisant croire que l’Irak possédait des armes de destruction massive afin de fabriquer un faux casus belli". "En agissant ainsi, le Président George W. Bush est coupable d’une infraction justifiant sa destitution” a déclaré Kucinich.

Au total, Kucinich a présenté 35 raisons justifiant une destitution. Trois d’entre elles sont en lien direct avec le 11 Septembre.

  • Le point N°33 concerne la négligence criminelle de l’administration Bush en ce qui concerne le 11/9.
  • Le point N°34 l’accuse d’entrave à la justice concernant le 11/9.
  • Le point N°35 concerne la façon dont cette administration s’est occupée des premiers secours (First Responders).

Texte complet de la résolution : http://chun.afterdowningstreet.org/amomentoftruth.pdf

Vidéo du discours de Dennis Kucinich :


Cette nouvelle est très importante et fait l’objet de nombreux articles outre-atlantique (exemple dans le Chicago Tribune). En France, cette information n’est pour le moment que très peu reprise dans les grands médias. Pour lesquels, c’est bien connu, seuls des imbéciles et des “sottes insondables” (voir la diatribe de Redeker dans Le Monde et le lynchage de Marion Cotillard par Marianne) peuvent remettre en cause la version officielle du 11 Septembre.

Robert Fisk : Al Qaida est vaincue ? Allez dire ça aux Marines !

ContreInfo, le 2 juin 2007

« Al-Qaïda est un mode de pensée, pas une armée. Elle se nourrit de la douleur, de la peur et de la cruauté – notre cruauté et notre oppression – et aussi longtemps que nous continuerons de dominer le monde musulman avec nos hélicoptères Apache, nos tanks, nos véhicules de patrouille, notre artillerie, nos bombes et nos dictateurs « amis », aussi longtemps Al Qaida continuera d’exister. » Après les récentes déclarations du directeur de la CIA affirmant que la défaite d’Al Qaida était proche, Fisk dénonce la vacuité des discours tenus à Washington en regard de la réalité sur le terrain. Celle d’une guerre allant du Liban au Pakistan, où l’occident tente sans succès d’imposer sa loi par la force des armes.

Robert Fisk, The Independent, 1er juin 2008

Robert FiskAinsi, Al-Qaïda serait « presque vaincu » ? Des succès importants auraient été remportés contre Al-Qaïda ? L’organisation serait virtuellement défaite ? « Dans l’ensemble, nous avons de très bons résultats » déclare le patron de la CIA, Michael Hayden, dans le Washington Post. « La défaite stratégique d’Al-Qaïda en Irak est proche. La défaite stratégique pour Al-Qaïda en Arabie saoudite est proche. Al-Qaïda a subi d’importants revers au niveau mondial – et je vais employer le mot dans son acception « idéologique », – une grande partie du monde islamique se détourne de leur modèle de l’Islam. » Cela pourrait presque faire illusion.

Six mille morts en Afghanistan, des dizaines de milliers de morts en Irak, un attentat-suicide par jour en Mésopotamie, le plus haut niveau de suicides jamais enregistré dans l’armée américaine – la presse arabe met à juste titre cette information en parallèle avec les déclaration de Hayden -, sans oublier les bases américaines permanente en Irak au delà de ce 31 décembre. Et nous aurions gagné ?

Il y a de cela moins de deux ans, nous avons également eu droit à une évaluation aberrante sur le déroulement de cette guerre, lorsque le général Peter Pace, l’étrange (et heureusement depuis lors retraité) chef d’état-major US, déclarait au sujet de la guerre américaine en Irak que « nous ne sommes pas en train de gagner mais nous ne sommes pas en train de perdre ». À cette occasion, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, avait déclaré être d’accord avec Pace « nous ne gagnons pas, mais nous ne perdons pas ».

James Baker, qui venait de publier son propre rapport sur le bourbier Irakien écrivait alors – lecteur, retenez-vous de rire ou pleurer – « Je ne pense pas que l’on puisse dire que nous sommes en train de perdre. Dans le même ordre d’idées, je ne suis pas sûr que nous sommes en train de gagner ». A la suite de quoi, Bush en personne proclamait « Nous ne sommes pas en train de gagner, nous ne sommes pas en train de perdre. « Pitié pour les Irakiens. Mais qu’à cela tienne, cette fois-ci nous sommes vraiment, vraiment en train de gagner. Ou tout au moins Al-Qaïda est « presque » – notez bien le « presque », les amis – vaincu. Puisque Mike Hayden nous le dit.

Suis-je le seul à trouver cela infantile à un point frisant la déraison ? Tant que l’injustice régnera au Moyen-Orient, Al-Qaïda gagnera. Tant que nous aurons 22 fois plus de forces occidentales dans le monde musulman que nous n’en avions temps des croisades – mes calculs sont assez précis – nous continuerons d’être en guerre contre les musulmans. L’infernale catastrophe Moyen-Orientale est désormais en train de se propager à travers le Pakistan, l’Afghanistan, l’Irak, Gaza, et même au Liban. Et nous serions en train de vaincre ?

Certes, nous avons gagné un répit en Irak en achetant la moitié des insurgés afin qu’il se battent pour nous et qu’ils tuent leurs cousins d’Al-Qaïda. Bien sûr, nous continuons à soutenir le régime de tortionnaires et de coupeurs de têtes d’Arabie Saoudite. Cela ne nous pose aucun problème, j’imagine, vu notre enthousiasme pour « le supplice de la baignoire ». Mais cela ne signifie pas que l’organisation Al-Qaïda soit vaincue.

Car Al-Qaïda est un mode de pensée, pas une armée. Elle se nourrit de la douleur, de la peur et de la cruauté – notre cruauté et notre oppression – et aussi longtemps que nous continuerons de dominer le monde musulman avec nos hélicoptères Apache, nos tanks, nos véhicules de patrouille, notre artillerie, nos bombes et nos dictateurs « amis », aussi longtemps Al Qaida continuera d’exister.

Devrons-nous vivre cette folie jusqu’aux dernières heures du régime Bush à Washington ? N’y a-t-il donc personne dans cette magnifique ville impériale qui comprenne ce que « nous » faisons ici au Moyen-Orient ? Pourquoi donc le Washington Post lui même offre-t-il ses colonnes aux divagations d’un fonctionnaire de la CIA, ce service qui n’a pas réussi à empêcher le 11 septembre parce que – si l’on en croit ce que l’on rapporte – un appel téléphonique en arabe mentionnant les avions allant s’écraser sur les tours jumelles n’aurait pas été traduits à temps [Note ReOpen911 : Lire la position de Fisk sur le 11 Septembre]. Allons-nous bombarder l’Iran ? Est-ce là ce que nous attendons aujourd’hui ? Ou bien une autre guerre américano-iranienne aura-t-elle lieu au Liban, opposant le Hezbollah et les Israéliens ? Et Mike croit-il qu’Al-Qaïda soit présent en Iran ?

Israël continue de construire des colonies pour les Juifs – et les Juifs uniquement – sur des terres arabes. Et Washington ne fait rien. Bien que ces implantations soient illégales, George Bush les approuve. Elles alimentent la colère et la frustration et font naître un sentiment justifié de colère, mais Washington n’empêche pas ce scandale de perdurer. En ouvrant chaque matin mon quotidien en langue arabe j’y trouve de nouvelles raisons pour lesquelles Ben Laden ne va pas disparaître de ce monde.

Considérez cette information en provenance de Gaza cette semaine. Huit étudiants palestiniens avaient été sélectionnés par le programme Fulbright offrant des bourses pour étudier aux États-Unis. Vous pourriez penser, n’est-ce pas, qu’il était dans l’intérêt des Etats-Unis de faire venir ces jeunes musulmans au pays de la liberté. Mais non. Israël ne les laissera pas quitter Gaza. Cela doit faire partie de la « guerre contre le terrorisme » qu’Israël affirme mener aux côtés de l’Amérique. Le Département d’Etat américain a donc annulé les bourses d’études. Non, inutile de vous transformer en candidat à l’attentat suicide pour Al Qaida en raison d’une telle absurdité. Mais il serait difficile de trouver dans le journal d’hier une information qui soit plus significative que cette petite vexation minable.

Mike Hayden la lira-t-il ? Ou bien a-il – à l’image de la plupart à Washington – tellement peur d’Israël qu’il ne manifestera pas la plus petite réaction ? La CIA ne comprend-elle pas, est-elle incapable de se représenter que tant que nous laisserons le Moyen-Orient maintenu dans une situation injuste, Al-Qaida continuera d’exister ? Voila ce que l’on m’a demandé à Bagdad : Pourquoi nos forces militaires sont-elles au Pakistan, en Afghanistan, Irak, Jordanie, Turquie, Egypte, Algérie (les forces spéciales des États-Unis y disposent d’une base près de Tamanraset), Bahreïn, Koweït, Yémen, Oman, Arabie Saoudite, Qatar et Tadjikistan ? ( Les pilotes des chasseurs-bombardiers français sont basés à Douchanbé et fournissent « un soutien aérien rapproché » aux soldats Anglais en Afghanistan.)

Aussi longtemps que nous déroulerons ce rideau de fer à travers le Moyen-Orient, nous serons en guerre et Al-Qaïda sera en guerre contre nous. Ce nouveau rideau de fer, en fait, démarre au Groenland et s’étend à travers la Grande-Bretagne et l’Allemagne, passe par la Bosnie, la Grèce et la Turquie. A quoi sert-il ? Qui se trouve de l’autre côté ? La Russie, la Chine, l’Inde.

Ce sont des questions que nous ne nous posons pas. Ce n’est certainement pas le genre de questions que le Washington Post oserait soumettre à Mike et ses potes de la CIA. Oui, nous discourons sur la démocratie, la liberté et les droits de l’homme, bien que nous n’en accordions qu’assez peu au monde musulman. Car le genre de liberté qu’ils revendiquent – le genre de liberté qui permet à des groupes comme Al-Qaida de prospérer – c’est d’être libéré de « nous ». Et cela, je le crains fort, nous n’avons pas l’intention de le leur donner.

Mike Hayman peut croire que le monde musulman « repousse » « le modèle d’Islam » prôné par Al Qaida, mais j’en doute. En fait, j’ai plutôt tendance à penser qu’Al-Qaïda est de plus en plus forte. Mike dit qu’ils sont vaincus en Irak et en Arabie Saoudite. Mais sont-ils vaincus à Londres ? Et à Bali ? Et à New York et Washington ?


Publication originale The independent, traduction Contre Info

 

Le théâtre contestataire de Tim Robbins à Paris

Le Monde, le 27 mai 2008

Tim Robbins, acteur mémorable dans Mystic River de Clint Eastwood ou dans The Player de Robert Altman, et réalisateur de La Dernière Marche, est à Paris pour quelques jours. Cette figure américaine n’est pas là pour un nouveau film, mais pour une pièce de théâtre, Embedded, qu’il a écrite en 2004, quelques mois après le déclenchement de la guerre américaine en Irak.

Depuis le 22 mai et jusqu’au 7 juin, Embedded est jouée, en français, à la Cartoucherie de Vincennes, au Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine. C’est une troupe du Pays basque, le Petit Théâtre de pain, qui a eu l’idée de la monter, dans une mise en scène de Georges Bigot, un ancien du Soleil. Et Tim Robbins est venu les soutenir, et même, comme c’était le cas dimanche 25 mai à l’issue de la représentation, rencontrer le public et discuter avec lui.

Tim Robbins, qui fait partie avec sa compagne, Susan Sarandon, et Sean Penn – ce dernier vient de présider le jury du Festival de Cannes – de l’aile la plus à gauche d’Hollywood, a écrit la pièce pour "représenter une Amérique qui a été manipulée pour soutenir la guerre en Irak".

"ON M’A TRAITÉ DE TRAÎTRE"

"Les autorités américaines ont réussi à créer l’illusion du soutien de l’opinion publique à cette guerre

, ajoute le comédien.

Cette vaste opération de manipulation a été notamment menée par le biais de ces fameux journalistes "embedded", embarqués avec l’armée américaine, à qui les militaires ont présenté une "information" souvent truquée et mise en scène. Toute cette histoire en dit beaucoup sur l’état de la démocratie américaine."

Rien de tel que le théâtre, cet art qui joue du faux pour dire le vrai, pour déjouer les mises en scène du pouvoir. Du théâtre, Tim Robbins en fait depuis l’âge de 12 ans. A 20 ans, à l’université UCLA, en Californie, il crée avec d’autres comédiens l’Actors’ Gang. C’est ce même "Gang des acteurs" – avec lequel il n’a jamais cessé de travailler depuis vingt-six ans, montant des classiques comme ses propres pièces (sept au total) – qui, depuis 2004, a joué Embedded un peu partout aux Etats-Unis.

La pièce présente de manière extrêmement satirique l’équipe qui, autour de George Bush, conçoit le scénario de la guerre en Irak, et elle démonte (sans juger) le mécanisme qui amène des journalistes "embedded" à enfreindre les règles de leur métier. Les soldats, eux, sont montrés de manière très humaine, pris dans un processus qui les dépasse et les broie.

"J’ai voulu présenter, très simplement, des informations que beaucoup de gens en Amérique ignorent encore aujourd’hui, explique Tim Robbins. Les problèmes psychologiques que subissent nombre de ces jeunes gens sont encore largement occultés. J’ai aussi utilisé l’histoire de Jessica Lynch, une jeune soldate qui aurait été torturée et violée par des Irakiens. On sait maintenant de manière quasi certaine que son histoire est fausse et qu’elle a été, là aussi, instrumentalisée."

Aux Etats-Unis, la réception de la pièce a été globalement assez négative. "On m’a traité de traître, de partisan des terroristes, raconte Robbins. Mais aussi d’antisémite, parce que je donne au philosophe juif allemand Leo Strauss un rôle important dans la pièce, en tant que "gourou" des conservateurs américains…"

"Dans notre monde, le rôle du théâtre est fondamental, conclut le dramaturge Robbins : c’est l’espace où se maintient une véritable liberté de parole. Je n’aurais jamais pu faire un film sur le sujet d’Embedded. Je n’aurais jamais eu l’argent. Le théâtre est devenu aux Etats-Unis le lieu du débat politique qui n’existe plus dans les grands médias. Il touche certes moins de spectateurs que la télévision, mais chacun de ces spectateurs mène une véritable réflexion critique. Oui, il n’y a plus que le théâtre… et le rock’n'roll !"

Fabienne Darge

Un brûlot contre Bush publié par son ancien porte-parole

AFP, le 28 mai 2008

Un ancien porte-parole de la Maison Blanche tire à boulets rouges contre son ex-patron, le président George W. Bush, et fustige l’attitude complaisante des médias américains lors de l’invasion de l’Irak, dans un ouvrage à paraître la semaine prochaine.

Dans ce livre de 341 pages intitulé "What happened: inside the Bush White House and Washington’s culture of deception" (Ce qui s’est passé: au coeur de la Maison Blanche de Bush et la culture de la désinformation à Washington), Scott McClellan accuse le président Bush d’avoir promu la guerre en Irak à coups de "propagande" que les journalistes ont largement relayée, selon lui.

Ce Texan de 40 ans s’en prend également à la réponse désastreuse de l’administration Bush face à l’ouragan Katrina qui avait dévasté La Nouvelle-Orléans en 2005.

"L’un des pires désastres de notre histoire est devenu l’un des pires désastres de la présidence Bush", écrit Scott McClellan dans cet ouvrage dont des extraits sont publiés mercredi dans la presse américaine, en particulier le magazine Politico.

Il stigmatise aussi "la décision d’envahir l’Irak" dont le public américain a déjà jugé selon lui qu’il s’agissait d’"une sérieuse bourde stratégique". Bush s’est "précipité dans une guerre" avec un "calendrier inadapté" et "sans avoir préparé l’après-conflit", relève l’auteur.

"J’aime et admire toujours le président Bush", écrit-il néanmoins dans son livre.

M. Bush, sans répondre directement, a insisté mercredi sur la nécessité de mener la guerre contre le terrorisme, devant les nouveaux officiers de l’Air Force à Colorado Springs (Colorado, ouest).

Il a rappelé qu’il n’avait fallu que quelques semaines pour renverser les régimes de Saddam Hussein et des talibans d’Afghanistan. Mais aujourd’hui, "nous aidons des démocraties émergentes à se reconstruire sous la menace des réseaux terroristes et de politiques terroristes d’Etat". "C’est une tâche difficile et sans précédent et nous apprenons au fil de l’eau", a-t-il reconnu.

Dans son livre, Scott McClellan tire aussi à boulets rouges contre l’ancien stratège et conseiller de M. Bush, Karl Rove, et le responsable de l’équipe du vice-président Cheney, Lewis "Scooter" Libby, accusés de l’avoir dupé à propos de leurs rôles dans le scandale de la divulgation de l’identité de l’ex-agent de la CIA Valerie Plame.

Cette dernière était l’épouse de l’ancien ambassadeur Joseph Wilson qui avait accusé l’administration américaine d’avoir menti sur les prétendues armes de destruction massive de Saddam Hussein.

Révéler au grand public l’identité d’un agent de la CIA est un crime fédéral.

M. McClellan avait démissionné de la Maison Blanche, ou y avait été incité, en avril 2006, éclaboussé par le scandale Plame, qui touchait au bien-fondé de la guerre en Irak et avait fortement entamé le crédit de la Maison Blanche.

MM. Rove et Libby ont rétorqué dans des interviews télévisées séparées mais tout aussi virulentes que Scott McClellan n’avait pas élevé d’objections à l’époque contre les méthodes qu’il dénonce aujourd’hui et n’assistait pas aux réunions-clés où était élaborée la politique américaine.

Principal porte-parole de George W. Bush depuis juillet 2003, Scott McClellan avait déjà travaillé pour le futur président quand il était gouverneur du Texas. Il avait ensuite été son porte-parole pendant la campagne présidentielle de 2000, puis responsable adjoint de la presse à la Maison Blanche.

La porte-parole de la Maison Blanche Dana Perino a déclaré mercredi dans un communiqué: "c’est triste, ce n’est pas le Scott que nous connaissons". M. McClellan n’a pas répondu pour sa part à une demande d’interview de l’AFP.

Un autre ancien porte-parole de la Maison Blanche Ari Fleischer s’est dit "navré" et déconcerté" par ce livre et a jugé, sur la radio NPR (National Public Radio), qu’il aurait dû refuser ce poste s’il n’adhérait pas à la politique menée.

« Citoyens, arrêtons Bolton, le criminel de guerre» , par George Monbiot (Mis à jour)

ContreInfo, le 27 mai 2008

Monbiot rappelle le rôle déterminant des mensonges et des manipulations de John Bolton dans le déclenchement de la guerre d’Irak, une guerre d’agression injustifiée, qui au regard des critères de Nuremberg, constitue le « crime international suprême. » Il appelle à procéder à l’arrestation du néo-conservateur lors de sa visite au festival littéraire de Hay-on-Wye, au nom d’une loi britannique qui autorise les citoyens à se saisir d’une personne soupçonnée d’avoir commis un crime.


Par George Monbiot, The Guardian, 26 mai 2008

Nous avons pratiquement oublié la guerre d’Irak. Nous avons tendance à n’y voir désormais à peine plus qu’une « erreur politique », au même titre que d’autres décisions mineures du Labour. La presse et l’opinion publique ont évolué et se préoccupent maintenant de questions plus pressantes, comme le prix de l’immobilier.

Mais c’est une erreur qui a tué ou blessé des centaines de milliers de personnes dans un pays qui ne nous faisait aucun mal. Les erreurs de ce genre – une guerre d’agression injustifiée – ont été qualifiées de « crime international suprême » par le tribunal de Nuremberg. Les erreurs de ce type, dans tout régime régi par le droit international, devraient voir leurs auteurs mis derrière des barreaux pour le reste de leur vie. Mais ce crime majeur qu’est la guerre en Irak a été banalisé.

Ce processus de normalisation a si bien réussi que dans trois jours, l’un de ses auteurs viendra ici au festival littéraire de Hay-on-Wye – haut lieu de la bienséance – pour promouvoir son livre et tenter d’en vendre quelques exemplaires. Je ne regrette pas le fait qu’il vienne ici – loin de là – mais j’y vois comme un signe indiquant que ce crime qu’il a aidé à commettre est désormais considéré comme un évènement normal relevant du processus politique.

John Bolton avait tout d’abord appelé à la guerre contre l’Iraq en tant que signataire d’une lettre ouverte envoyée au président Clinton par le Projet pour un Nouveau Siècle Américain en 1998 [1]. En 2001, il a rejoint l’administration Bush pour y occuper la fonction à l’appellation hilarante de Sous-Secrétaire d’État pour le contrôle des armements au Département d’Etat. Sa présence au Département d’Etat semble avoir été imposée par Dick Cheney qui voulait le voir surveiller Colin Powell.

Il a immédiatement commencé à s’en prendre au droit international, menant avec succès ses batailles contre le Traité SALT de limitation des missiles balistiques, le protocole sur les armes biologiques, le traité sur les armes légères, et peut-être avec prescience, la participation de l’Amérique à la Cour Pénale Internationale.

En avril 2002, Bolton a orchestré le licenciement du chef de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques, José Bustani. La faute de Bustani consistait à avoir offert de régler le différend portant sur les supposées armes de destruction massive de Saddam Hussein, par l’envoi d’inspecteurs du désarmement en l’Irak.

Par la diffusion d’un document provenant de son ministère, Bolton a contribué à promouvoir l’affirmation fausse selon laquelle Saddam Hussein avait cherché à se procurer de l’uranium au Niger. Il a joué un rôle central dans le montage et la promotion de ce motif de guerre trompeur.

C’est seulement lorsque ceux qui contribuent à lancer des guerres illégales prendront peur devant les sanctions encourues que les futurs gouvernements s’abstiendront de les déclarer. En tant que citoyen, je crois que nous avons le devoir d’essayer de dissuader les futurs crimes de guerre. Je propose donc que nous permettions à John Bolton de prendre la parole ici, pour ensuite procéder à une arrestation citoyenne.

La section 24A de la loi sur la criminalité organisée dangereuse permet à tout citoyen de procéder à « l’arrestation sans mandat d’une personne … qu’il a des motifs raisonnables de soupçonner d’être coupable » d’une infraction.

Je ne veux pas défendre quelque chose que je ne serais pas disposé à faire moi-même. J’avais envisagé de rester chez moi ce mercredi, mais j’ai maintenant l’intention de revenir, pour écouter M. Bolton parler, puis ensuite procéder à cette arrestation. A Hay, j’espère que d’autres pourront se joindre à moi.

[1] Letter to President Clinton. L’original n’est plus disponible, le site du PNAC, n’ayant pas réglé sa facture d’hébergement, est depuis peu suspendu.


Publication originale The Guardian, traduction Contre Info


Mise à jour (29 mai 2008) : John Bolton a échappé à son arrestation citoyenne au festival de Hay. Georrge Monbiot a en effet été bloqué par deux imposants gardes du corps avant qu’il puisse atteindre l’ancien conseiller de Bush.

Source : The Telegraph

Guerre en Irak : huit milliards portés manquants

LE MONDE, le 25 mai 2008

Un audit de l’Inspection générale du département de la défense américain, intitulé " Contrôle interne des versements payés en Irak, au Koweït et en Egypte ", a décelé que ses responsables sont incapables de justifier 8,2 milliards de dollars payés à des contractants américains ou des sous-traitants locaux en Irak. Cette somme représente 1,5 % des dépenses du Pentagone depuis le début de la guerre, en mars 2003. Selon le service des recherches du Congrès, celles-ci atteignent à ce jour 540 milliards de dollars (d’autres sources poussent le calcul jusqu’à 800 milliards).

Ces sommes ont fait l’objet de facturations ne permettant pas d’en retracer la destination ou ont été versées sans factures. Un contractant américain, IAP Worldwide Services, a par exemple perçu, à une occasion, 11,1 millions de dollars sur présentation d’un bon, sans que la nature du service rendu soit connue. Le même audit indique par ailleurs que 1,8 milliard de dollars d’avoirs irakiens gelés après la conquête de Bagdad ont disparu. Il n’a pas plus retrouvé la trace de 134,8 millions de dollars versés aux alliés britanniques, polonais et sud-coréens des Etats-Unis en Irak.

Vu le nombre monumental de documents à vérifier, les auditeurs ont sélectionnés 702 contrats représentatifs. La somme sans traçabilité est une extrapolation faite à partir de leur bilan. Le cas le plus exceptionnel consiste en un versement de 320,8 millions de dollars avec la simple mention " paiement de salaires irakiens ", sans aucune indication de l’identité des personnes ou des organismes rémunérés ni du travail qu’ils avaient effectué. Dans la colonne suivante apparaît le chiffre " 1 000 ". Un représentant au Congrès a demandé s’il s’agissait du nombre de personnes payées. Auquel cas chacune aurait perçu 320 800 dollars…

Interrogée par des parlementaires pour savoir si elle avait une idée de la destination de ces sommes, Mary Ugone, directrice-adjointe de l’Inspection générale du Pentagone, a répondu : " nous ne savons pas ce qu’il en est ".

Sylvain Cypel