Bakchich : Comment les Etats-Unis financent les talibans

Le journal américain "The Nation" a enquêté sur le lucratif marché du transport militaire en Afghanistan. Et constaté que des millions de dollars atterrissent dans les poches de l’ennemi taliban, sous couvert de sécurité des camions.

"Tell the French military people how we fuck them ". En langage diplomatique, le message de cette source étasunienne reçu à Bakchich jeudi 12 novembre signifie : "Dites aux soldats français comment ils se font avoir en Afghanistan". Avoir par qui ? Par les Américains eux-mêmes.

Les explications se trouvent dans un récent article du très fiable journal américain The Nation. Dans sa dernière édition, il révèle pourquoi et comment les Etats-Unis financent indirectement les talibans.

"Bienvenue dans le bazar des contrats en temps de guerre en Afghanistan !" écrit l’enquêteur vedette Aram Roston. "Un carnaval de personnages improbables et de connexions floues, où l’on voit d’anciens cadres de la CIA et d’ex-officiers militaires serrer la main à d’anciens talibans et moudjahidines pour récupérer des fonds du gouvernement américain au nom de l’effort de guerre".

"Les fournisseurs de l’armée américaine sont contraints de payer des insurgés présumés pour protéger les voies logistiques américaines. C’est un fait acquis (…) que le gouvernement américain finance les forces mêmes que les troupes américaines combattent."

Des millions comme s’il en pleuvait

"Ironie mortelle, ces fonds représentent d’énormes sommes pour les Talibans", ajoute The Nation. "Les officiers américains à Kaboul estiment qu’au moins 10% des contrats logistiques du Pentagone –des centaines de millions de dollars- sont des versements aux insurgés".

Et Aram Roston de citer deux gros bénéficiaires de cette manne insoupçonnée. Le groupe Watan, contrôlé par les frères Popal, dont l’un est un cousin d’Hamid Karzaï. Une des entreprises du groupe protège les convois de camions afghans qui trimballent du matériel américain de Kaboul à Kandahar.

Quant à NCL Holdings, elle est dirigée par Hamed Wardak, le jeune fils –américain- de l’actuel ministre afghan de la Défense. Début 2009, une société du groupe, Host Nation Trucking, aux maigres références, fut choisie parmi les six transporteurs de l’armée américaine. Un petit contrat de prime abord, mais qui a été multiplié par sept au cours de l’été !

Au total, le contrat avec les six transporteurs a atteint 2,2 milliards de dollars. Pour situer, le budget ainsi consenti pendant deux ans pour faire rouler des camions et des camionneurs afghans représente 10% du produit national brut annuel, explique Roston.

"Avec l’argent du Département de la Défense"

Et ensuite ? Le vrai secret du transport en Afghanistan est d’assurer la sécurité sur des routes dangereuses, contrôlées par des seigneurs de guerre, des insurgés, et les commandants des Talibans. Des responsables américains interrogés par Aram Roston sont explicites : "Fondamentalement, l’armée paye les Talibans pour qu’ils ne lui tirent pas dessus. Avec l’argent du Département de la Défense".

Transport de fonds - JPG - 27 ko
Transport de fonds
Illustration Ray Clid

Dans un communiqué reçu par The Nation, le colonel Wayne Shanks, le communicant des forces internationales en Afghanistan, se dit "au courant" des accusations, mais conteste tout soutien direct. Toutefois, admet-il, "les relations entre les entrepreneurs sous contrat et leurs sous-traitants, ainsi qu’entre les sous-traitants et les autres dans leurs communautés opérationnelles, ne sont pas tout à fait transparentes. "

Le problème, conclut Aram Roston, c’est que les Etats-Unis ne semblent pas savoir comment y remédier.

Message transmis aux 3750 soldats français sur place.
 

Publié sur Backchich, le vendredi 13 novembre par Cyril Da

Bush et Blair coupables de crimes de guerre : Le tribunal de Kuala Lumpur criminalise la guerre

La nouvelle qui suit, publiée sur globalresearch.ca, est encourageante car elle laisse entrevoir l’avènement d’une juridiction supranationale qui pourrait également servir à juger les crimes du 11 Septembre…
 


 

Quelle que soit sa taille ou sa puissance, aucun pays ou dirigeant de nation n’est affranchi du droit humanitaire international.

Le samedi 31 octobre, le Tribunal des Crimes de guerre de Kuala Lumpur a entendu l’exposé des faits de la Commission de Kuala Lumpur sur les crimes de guerre en Irak et en Afghanistan.

La Commission a présenté de nombreuses questions graves du droit international de la guerre et du droit humanitaire, découlant de l’invasion de l’Afghanistan en 2001 et de la conquête de l’Irak en 2003 par les États-Unis et leurs alliés.

Des déclarations bien documentées montrent que les armées d’invasion ont utilisé des armes interdites de destruction de masse, ont bombardé des quartiers civils et commis des massacres. Il y a eu des enlèvements, des tortures, du profilage racial et religieux, et de nombreux autres actes de sauvagerie et d’anarchie qui répondent à la définition juridique de crime de guerre, de génocide et de crimes contre l’humanité.

En outre, dans un simulacre d’invincibilité et d’impunité, le Président George W. Bush, par un mémorandum de la Maison Blanche du 7 février 2002, a exempté sa nation des dispositions contraignantes des très respectées Conventions de Genève, en privant les détenus (suspects) d’Al-Qaïda et taliban de la protection des Conventions.

Le carnage se poursuit en Afghanistan et en Irak, mais le monde occidental reste largement silencieux. Les institutions internationales, comme le Conseil de sécurité des Nations unies, la Cour mondiale et la Cour pénale internationale (CPI), regardent de l’autre côté.

C’est dans ce contexte qu’en 2005, à Kuala Lumpur, le Forum Mondial de la Paix de l’organisation Perdana a accueilli un certain nombre de consultations internationales réunissant des sommités juridiques du monde entier. Cela a abouti au lancement de la Déclaration de Kuala Lumpur criminalisant la guerre.

Une Commission sur les crimes de guerre a été constituée pour enquêter sur les allégations de sévices et recueillir des preuves. Un Tribunal des crimes de guerre a été créé.

Il a fallu deux ans et demi à la Commission pour retrouver et interroger les victimes, recueillir des preuves et faire des recherches sur la législation. Samedi dernier, quand la Commission a soumis son affaire aux sept juges du Tribunal, deux questions préliminaires sont apparues au sujet de la décision judiciaire.

Premièrement, le Tribunal a-t-il compétence pour entendre l’affaire ? Deuxièmement, un chef d’État ou un gouvernement peut-il lui-même unilatéralement s’affranchir d’un traité ou d’une convention internationale (comme les Conventions de Genève), dûment ratifié par l’État, sans abrogation préalable du traité ou de la convention concernée ?

Sur ces deux questions, le Tribunal a rendu un verdict unanime. Le Tribunal a soutenu qu’il est compétent pour statuer sur les crimes de guerre en Irak à cause de la Charte du Tribunal des crimes de guerre de Kuala Lumpur. Ses débats ont aussi été inspirés par des décisions judiciaires antérieures faisant jurisprudence de tribunaux populaires, par exemple, du Tribunal Sartre-Russell sur les crimes de guerre des États unis au Viêt-nam, du Tribunal de Tokyo sur l’Afghanistan et du Tribunal pénal turc en ce qui concerne l’Irak.

Les débats de Kuala Lumpur sont inspirés par le principe noble selon lequel partout où il le faut, il doit y avoir un recours. Les familles des 650.000 [*] innocents massacrés en Irak au cours des cinq dernières années, les milliers d’autres qui ont été torturés et les millions qui ont été déplacés n’ont aucun recours devant les tribunaux nationaux ou internationaux.

Leur pays est encore sous une occupation féroce et il est inconcevable qu’un tribunal irakien poursuive des membres des forces d’occupation pour crime de guerre. Les tribunaux des États-Unis n’ont aucune compétence en Irak et certains juges ont même feint l’impuissance devant la torture et des détentions illégales sous contrôle étasunien dans les camps de concentration à Guantanamo Bay.

Le CPI a été sollicité par 240 plaintes. Le plus extraordinaire, c’est que son procureur en chef a décrété que les plaintes ne sont pas « assez graves » pour mériter des poursuites !

Le Statut de Rome qui a créé la CPI a un certain nombre de défauts qui empêchent les horribles crimes de guerre, le génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes d’agression d’être poursuivis en justice.

Premièrement, les États-Unis n’ont pas ratifié le Statut de Rome. De ce fait, les politiciens et les généraux étasuniens échappent en grande partie à la juridiction du CPI.

Les citoyens britanniques et australiens appartiennent à un État qui l’a ratifié, et sont donc sous la juridiction du CPI, mais ils sont protégés par le procureur du CPI, car, à son avis, leur complicité dans les crimes n’est pas assez grave !

Deuxièmement, pour qu’un crime puisse être poursuivi devant le CPI, il doit être commis sur le territoire de l’un de ses États membres. L’Irak et l’Afghanistan ne faisant pas partie du Traité du CPI, les bestialités commises là-bas sont donc en dehors de sa juridiction.

Troisièmement, le Conseil de sécurité a le pouvoir de soumettre un non-signataire du CPI (comme il l’a fait pour le Darfour). Mais, à cause de son parti pris géopolitique, racial et religieux, il ne présentera pas les citoyens étasuniens, britanniques, polonais, italiens ou australiens devant le CPI.

Quatrièmement, la CPI ne peut enquêter sur une affaire que si les tribunaux nationaux ne le font pas ou en sont incapables. Aux États-Unis et en Grande-Bretagne, seuls des soldats de bas niveau ont été poursuivis. Le fait que les ordres vinssent directement du sommet de la hiérarchie est ignoré par le système juridique international.

Le Tribunal a aussi été unanime à considérer qu’au cours des 50 dernières années, le droit humanitaire international a évolué au point qu’aucun chef d’État ou nation ne peut s’en désolidariser unilatéralement.

S’il existe un traité, il est de rigueur. Même si une nation n’est pas signataire d’un traité ou prétend l’abroger, elle est toujours liée à un droit coutumier international plus élevé qui est universel et qui ne peut être désavoué.

La souveraineté nationale n’est plus le concept absolutiste du Moyen Âge. Aujourd’hui, la souveraineté est un bouclier contre l’agression étrangère.

Elle ne peut pas servir d’épée contre son propre peuple ou contre le peuple d’une autre nation. Aucune nation ne peut légiférer pour légaliser la guerre, la conquête territoriale, l’asservissement des populations ou la pratique des génocides, tortures ou crimes contre l’humanité.

Dans l’affaire de l’ancien Président Bush, il y a un facteur supplémentaire : aux États-Unis, les traités font partie de la constitution.

Le Président étasunien n’a pas le pouvoir d’abroger la loi de son pays. Par conséquent, la note de service de Bush, exemptant les États-Unis des règles contraignantes de la Convention de Genève, n’avait pas force de loi.

Le Tribunal a jugé que, s’agissant de crimes contre le droit humanitaire, le statut de chef d’État ne constitue pas une défense. Ce n’est pas non plus une excuse que d’alléguer avoir agi sous les ordres d’un supérieur hiérarchique ; c’est la loi depuis le procès de Nuremberg.

La levée de l’immunité et le principe de la responsabilité pénale individuelle sont désormais incorporés dans une pléthore de lois et décisions internationales. Il s’agit notamment de la Résolution 95(1) de l’Assemblée générale des Nations unies du 11 décembre 1946 ; de l’article 13 du projet de code sur les crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (1991) ; du document nº S/25704 de l’ONU (1993) ; et de l’article 27 du Statut de Rome. Le Tribunal vient d’entamer ses travaux. Le chemin est encore long et douloureux.

Ce qui est important, c’est qu’une initiative de la Malaisie rappelle au monde que certaines règles de comportement civilisé lient chaque nation de la Terre, grande et petite. Aucune nation du monde, quelle que soit sa puissance, ne peut affranchir ses fonctionnaires du long bras du droit humanitaire international.

Article original par Shad Saleem Faruqi : www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=15950, publié le 6 novembre 2009.
Traduction : Pétrus Lombard

NDT: 650.000 est une vieille estimation du Lancet, établie grâce une enquête sur le terrain. Aujourd’hui, le coût humain de la guerre en Irak est estimé à environ 1.340.000 morts depuis l’invasion US en 2003.

Précisions sur les dernières révélations de Sibel Edmonds

En complément de l’interview capitale de Sibel Edmonds [1] publiée dans une précédente ReOpenNews, voici un article apportant des précisions sur l’une des révélations les plus explosives de l’ex-traductrice du FBI : la corruption de parlementaires américains, de responsables de la CIA et de l’armée privée Blackwater par des lobbys et agences de renseignements étrangers.


 

Les renseignements turcs font chanter un membre de l’Assemblée

L’ex-traductrice du FBI Sibel Edmonds a témoigné le 15 août que, dans la période où elle a travaillé au FBI, elle était au courant des pots de vin versés par le gouvernement turc à des membres élus et à d’anciens membres du Congrès, ainsi qu’à des hauts fonctionnaires de l’exécutif, notamment du Département d’Etat. Edmonds a été appelée à comparaître par la Commission électorale de l’Ohio dans une affaire intentée contre David Krikorian, candidat démocrate à la Chambre des représentants de l’Ohio, par le représentant titulaire républicain Jean Schmidt. Schmidt allègue dans sa plainte à la Commission que Krikorian avait fait de «fausses déclarations» contre elle dans sa campagne indépendante de 2008.

Edmonds a présenté le républicain Schmidt comme l’un des bénéficiaires des pots-de-vin du gouvernement turc ainsi que les anciens porte-parole de la Chambre, Dennis Hastert (R-IL), Dick Gephardt (D-MO), et le président de la Chambre Robert Livingston (R-AL), ainsi que le député Dan Burton (R-IN) et l’ancien député Stephen Solarz (D-NY). Furent également nommés Brent Scowcroft, ancien conseiller de la sécurité nationale sous George HW Bush et Gerald Ford, et l’ancien sous-secrétaire du Département d’État de George W. Bush, Marc Grossman.

Edmonds a été congédiée de son emploi du FBI, après s’être plainte à ses supérieurs de l’infiltration des renseignements turcs dans la branche Traduction du bureau ; elle a été disculpée par un rapport de l’inspecteur général du FBI.

Le témoignage de Edmonds a également abordé les opérations conjointes turques et israéliennes portant sur un trafic de technologie nucléaire de contrebande venant des États-Unis. En particulier, l’espionnage turc et sa sphère de trafic d’influence ont été fortement impliqués dans la publication par la Maison Blanche sous Bush des identités secrètes de Valerie Plame Wilson, agent de la CIA et de la société Brewster Jennings & Associates, sa couverture-CIA non officielle.

L’élément probablement le plus explosif de la déposition impliquait le gouvernement turc, engagé dans une opération de chantage sexuel contre un député de la Chambre des Représentants. Dans ce que le FBI a appelé un « processus d’hameçonnage » (hooking process), un agent féminin du Conseil turco-américain (ATC) a attiré une femme membre de la Chambre pour une rencontre sexuelle lesbienne dans une maison de la ville de Washington DC. Une équipe turque de renseignement avait placé des moyens de surveillance partout dans la maison, y compris dans la chambre à coucher et a enregistré le rendez-vous lesbien sur une bande, selon le témoignage de Edmonds.

WMR [NdT: Wayne Madsen Report, voir www.waynemadsenreport.com] a appris que le membre de la Chambre en question était la représentante Jan Schakowsky (D-IL), une fervente partisane de l’AIPAC et d’Israël et une alliée politique proche du président Obama et de son chef de cabinet Rahm Emanuel.

A son crédit, Schakowsky avait été une adversaire verbale des contracteurs militaires privés et avait dénoncé le manque de supervision de leurs activités par le gouvernement, en particulier en Amérique latine et en Irak ; mais depuis qu’elle a été compromise, elle est « restée tranquille » sur tous ses problèmes de signature, y compris avec des entrepreneurs militaires privés, et elle est devenue très belliciste dans son soutien à Israël.

En janvier 2007, la Présidente Nancy Pelosi a nommé Schakowsky membre du Comité spécial de la Chambre pour le renseignement. Actuellement, Schakowsky est présidente du comité restreint sur le sous-comité de renseignement de la surveillance et des enquêtes -ce qui la met en situation de conflit d’intérêts dans les enquêtes sur la pénétration du renseignement turc et les domaines connexes du renseignement israélien dans le du FBI et dans le département d’État.

WMR a appris de sources du Congrès que le gouverneur de l’Illinois Rod Blagojevich était au courant des « problèmes de Schakowsky », et il a résisté à la pression d’Obama et de Emanuel pour nommer Schakowsky au siège vacant d’Obama au Sénat. Lorsque Blagojevich a signalé qu’il allait nommer une personne autre que Schakowsky au siège, les groupes de pression conjoints israélo-turcs, en plus d’Emanuel, se sont arrangés pour que l’US Attorney Patrick Fitzgerald reçoive le feu vert pour l’arrestation de Blagojevich, avant même que toute accusation de corruption ait été prononcée par un grand jury fédéral. Blagojevich a ensuite été mis en accusation par la Chambre de l’Illinois et révoqué par le sénat de l’État. Un acte d’accusation sur de nombreux chefs d’accusation a ensuite été prononcé par un grand jury fédéral.

WMR a antérieurement rapporté que Fitzgerald traînait des pieds dans l’enquête sur la fuite par la Maison Blanche pour la couverture secrète de l’agent de la CIA, Valerie Plame Wilson, et de son employeur servant de couverture Brewster Jennings & Associates. Fitzgerald tentait de limiter l’exposition nuisible à l’opération de contrebande nucléaire impliquant les lobbies turcs et israéliens ainsi que les opérations des renseignements du MIT turc et du MOSSAD israélien. Mme Wilson et son équipe se concentraient apparemment sur les Turcs et les Israéliens pour la contrebande nucléaire dans le monde. Les acteurs clés du gouvernement américain dans l’exposition de Brewster Jennings ont été nommés par Edmonds dans sa déposition.

Blackwater [3] (devenu Xe) a été accusé de contrebande d’armes à travers l’Irak à destination de la guérilla kurde en Turquie. Des récentes allégations selon lesquelles les attaques terroristes du Parti des travailleurs kurdes (PKK) en Turquie auraient été perpétrées sous fausse bannière par Ergenekon [3] "au cœur de l’État" [NdT: le 'deep state' serait une coalition interne à l'État turc], et les accusations d’Edmonds que l’ATC et ses affiliés à Washington font partie du « cœur de l’État » turc, pointe d’éventuelles collusions de longue date entre Blackwater et le renseignement turc. Le fait que les renseignements turcs ont fait chanter avec succès Schakowsky, l’opposante majeure au Congrès contre les activités de Blackwater, ne pouvait être qu’une bonne nouvelle pour l’entreprise.

La CIA et Blackwater/Xe étant vigoureusement opposés à la mise en exergue d’autres détails de leur coopération, il y de fortes chances que les renseignements étatiques turcs aient partagé leur "coup" avec la CIA ; et Schakowsky dut encore se soumettre à un chantage comme lorsque l’ATV et son organisation sœur, le lobby israélien AIPAC, ont fait pression sur elle pour lui faire faire marche arrière dans son soutien pour une résolution à la Chambre sur le génocide arménien.

Ces informations juteuses pour le chantage ont pu certainement aboutir dans les mains de ces responsables de la CIA qui occupaient des postes de cadres supérieurs chez Blackwater, y compris :l’ancien chef du contre-terrorisme de la CIA, Cofer Center, l’ancien chef de la Division Proche-Orient et Asie du Sud de la CIA, Robert Richer, l’ancien conseiller officiel du Groupe des opérations spéciales de la CIA, Enrique "Ric" Prado, et Alvin "Buzzy" Krongard qui, tandis que son frère Howard "Cookie" Krongard bloquait l’enquête sur les contrats du département d’État pour Blackwater lorsqu’il travaillait comme inspecteur général de l’État, pointait au conseil consultatif de Blackwater. En outre, Joseph Schmitz, l’ex-inspecteur général du Penagone, a été embauché comme avocat général pour le Groupe Prince, la société mère de l’entreprise Blackwater de Erik Prince.

Il est également rapporté qu’après que le directeur de la CIA, George Tenet, ait annulé le contrat de la CIA avec Blackwater, son remplaçant, Porter Goss, l’a renouvelé. Le Directeur exécutif de Goss, Kyle « Dusty » Foggo, actuellement incarcéré pour fraude et corruption, aurait été impliqué dans l’élaboration du contrat renouvelé entre la CIA et Blackwater. Foggo, avait une relation personnelle et financière avec le propriétaire de Pamela Martin&Associates, feue sa vieille amie de San Diego Deborah Jeane Palfrey, qui fournissait des escortes à l’agence pour des tâches clandestines. Cette activité incluait aussi la fourniture d’escortes pour des « parties de poker » à Washington auxquelles participaient Goss, Foggo, et l’ancien Représentant, Randy "Duke" Cunningham, désormais incarcéré. Cunningham a présidé le sous-comité de la puissante House Armed Services Appropriations, qui a approuvé les contrats du Pentagone avec Blackwater. Blackwater, selon les dépositions de justice récentes à Alexandria, en Virginie, est accusé de gérer un camp de prostitution à Bagdad, utilisant aussi des enfants.

Les liens entre Blackwater et la CIA indiquent à présent que le service du Pentagone qui travaillait en étroite collaboration avec Langley dans des opérations paramilitaires d’assassinat était en grande partie composé d’agents de Blackwater sous contrat.

De nombreux membres du Congrès demandent une explication pour les contrats de la CIA avec Blackwater, mais avec Schakowsky faisant l’objet de chantage, il y a peu d’espoir que son sous-comité puisse se pencher sur les contrats entre la CIA et Blackwater/Xe, sans parler des opérations d’autres entités troubles du groupe Prince, y compris Presidential Airways, Greystone Ltd de la Barbade, Falcon, EP Investments, Xe Airship, Total Intelligence Solutions, et Raven Development Group.
 

par Wayne Madsen pour The Rock Creek Free Press
Traduction par Pascal pour ReOpenNews

Wayne Madsen est un journaliste d’investigation de Washington-DC, écrivain et éditorialiste et commentateur régulier sur Russia Today TV. Ses chroniques sont parues dans le Miami Herald, Houston Chronicle, le Philadelphia Inquirer, Columbus Dispatch, Sacramento Bee, Atlanta Journal-Constitution, et de nombreux autres journaux.
 


Note ReOpenNews :

[1] A propos de Sibel Edmonds (son site) : L’affaire Sibel Edmonds
Révélations de Sibel Edmonds sur Ben Laden : Ben Laden a travaillé pour les États-Unis jusqu’au 11 Septembre

[2] A propos de Blackwater : L’ascension de Blackwater ou la privatisation de la guerre

[3] A propos du réseau Ergenekon, version turque du fameux réseau Gladio : Ergenekon : une légende urbaine ?

 

Matthew P. Hoh: Afghanistan, pourquoi je démissionne

Matthew Hoh est un ancien capitaine des Marines devenu fonctionnaire du Département d’Etat, qui avait la charge de représenter le gouvernement américain dans la région de Zabul, en Afghanistan. Après plusieurs mois passés sur le terrain, il est arrivé à la conclusion que les raisons avancées pour justifier cette guerre n’étaient pas crédibles. Pour lui, le conflit afghan relève certes des innombrables conflits tribaux endémiques à ce pays, mais aussi d’une lutte déjà ancienne qui oppose les urbains éduqués et modernistes et les tribus pachtounes traditionnalistes, et la présence étrangère ne fait qu’aggraver cette fracture. De plus, le gouvernement de Kaboul, corrompu et comptant parmi ses affidés des criminels et des trafiquants de drogue, est non seulement indéfendable mais discrédité. Enfin, la stratégie de lutte contre Al-Qaïda qui a motivé cette expédition est tout aussi peu fondée, juge-t-il, dans la mesure où les restes de l’organisation sont aujourd’hui dispersés entre le Pakistan, le Yemen et la Somalie, qu’en toute logique il faudrait occuper aussi. Tirant les conséquences de ces constats, Matthew Hoh a choisi de démissionner, car écrit-il lorsque des vies humaines sont en jeu, il faut être convaincu que le sacrifice est justifié, ce qui n’est plus son cas.

 

 

Par Matthew P Hoh, fonctionnaire du département d’Etat: lettre ouverte à Mme l’Ambassadeur Nancy Powell, Département d’Etat, 10 septembre 2009

Madame l’Ambassadeur,

C’est avec grand regret et déception que je vous soumets la démission de mes fonctions aux Affaires Etrangères ainsi que du poste de Représentant Civil du gouvernement américain dans la province de Zabul. J’ai passé six de ces dix dernières années au service de notre pays à l’étranger, y compris en tant qu’officier des Marines et comme fonctionnaire civil du ministère de la Défense en Irak dans les vallées de l’Euphrate et du Tigre, en 2004-2005 et 2006-2007. Je n’ai pas accepté cette mission à la légère ou en nourrissant des attentes excessives, ni n’ai cru que ma tâche serait exempte de sacrifice ou de difficultés.

Cependant, au cours de mes cinq mois de service en Afghanistan dans les deux commandements régionaux de l’Est et du Sud, j’ai cessé de comprendre et d’avoir confiance dans les objectifs stratégiques de la présence des Etats-Unis en Afghanistan. J’ai des doutes et des réserves sur notre stratégie actuelle et sur la stratégie future planifiée, mais ma démission est fondée non pas sur la façon dont nous poursuivons cette guerre, mais sur son pourquoi et ses fins.

Pour l’exprimer simplement : je ne parviens pas à saisir quel est intérêt de devoir déplorer de nombreuses victimes américaines ou de consacrer des dépenses et des ressources pour soutenir le gouvernement afghan dans ce qui est, en vérité, une guerre civile vieille de 35 ans.

Cet automne marque la huitième année des combats et des opérations de gouvernance et de développement menées par les USA en Afghanistan. L’automne prochain, l’occupation américaine aura duré autant que la présence de l’Union soviétique sur le sol afghan. Comme les Soviétiques, nous continuons de sécuriser et de renforcer un Etat en faillite, tout en encourageant une idéologie et un système de gouvernement qui n’est ni compris ni voulu par ses habitants.

Si l’histoire ou l’Afghanistan sont une pièce de théâtre, les Etats-Unis n’y jouent qu’un second rôle, parmi d’autres qui les ont précédé, dans une tragédie qui jette non seulement les tribus, les vallées, les clans, les familles et les villages les uns contre les autres, mais également – et ce au moins depuis la fin du règne du roi Zahir Shah – oppose violemment et férocement les afghans laïques, urbains, éduqués et modernes, à des ruraux religieux, illettrés et traditionnalistes.

C’est ce dernier groupe qui garnit les rangs de l’insurrection pachtoune et la soutient. Cette insurrection pachtoune, qui rassemble une multitude apparemment infinie de groupes locaux, est alimentée par ce qui est perçu par le peuple pachtoune comme une agression continuelle, depuis plusieurs siècles, contre la culture, les traditions et la religion des régions pachtounes, menée par des ennemis venant de l’intérieur et de l’extérieur du pays. La présence des États-Unis et de l’OTAN et les opérations menées dans les vallées et les villages pachtounes, tout comme l’armée afghane et les unités de police qui sont dirigées et composées de soldats et de policiers non pachtounes, représentent une force d’occupation contre laquelle l’insurrection est justifiée.

Dans les deux régions de l’Est et du Sud, j’ai constaté que la majeure partie de l’insurrection ne combat pas pour le drapeau blanc des talibans, mais plutôt contre la présence de soldats étrangers et contre les impôts levés par le gouvernement non représentatif de Kaboul.

La présence militaire des États-Unis en Afghanistan contribue fortement à la légitimité de l’insurrection pachtoune et au message stratégique qu’elle délivre. De la même façon, notre soutien du gouvernement afghan dans sa forme actuelle continue à accroitre la distance entre le gouvernement et le peuple. Les échecs du gouvernement afghan, tout particulièrement lorsqu’on les évalue au prix du sacrifice des vies américaines et des fonds engagés, apparaissent comme autant de métastases :

  • Une corruption flagrante et un enrichissement sans scrupule ;
  • Un président auprès duquel, parmi ses confidents et principaux conseillers, on trouve des barons de la drogue et des criminels de guerre, qui se moquent de nos propres règles de droit et des efforts menés pour lutter contre la drogue ;
  • Un système de dirigeants de provinces et de districts formé d’hommes forts locaux, opportunistes et affairistes, dont l’alliance avec les Etats-Unis tient uniquement – et est limitée – au montant des contrats de l’USAID et du CERP, et dont les propres intérêts politiques et économiques n’auraient rien à gagner de toute tentative de réconciliation.
  • Le déroulement de l’élection récente, marquée par la fraude et discréditée par la faible participation électorale, qui a créé une énorme victoire pour nos ennemis. Ils revendiquent aujourd’hui le succès d’un boycott populaire et remettront demain en question face à l’opinion internationale notre soutien militaire, économique et diplomatique en faveur d’un gouvernement afghan invalidé et illégitime.

Notre soutien à ce type de gouvernement, qui s’accompagne d’une incompréhension de la véritable nature de l’insurrection, me rappelle terriblement notre implication au Sud-Vietnam : nous y avons soutenu un gouvernement impopulaire et corrompu au détriment de notre cohésion nationale, face à une insurrection dont nous avons mal interprété le nationalisme à cause de notre arrogance et de notre ignorance, voyant en lui un rival dans le cadre de la guerre froide.

Je crois que nous demandons à nos jeunes hommes et femmes engagés en Afghanistan de donner leur sang et de se sacrifier pour des raisons spécieuses. Menée honnêtement à son terme, la stratégie que nous revendiquons, et qui consiste à sécuriser l’Afghanistan pour empêcher la résurgence ou le regroupement d’Al-Qaïda, devrait nous contraindre également à envahir et occuper l’ouest du Pakistan, la Somalie, le Soudan, le Yémen, etc… Notre présence en Afghanistan n’a fait qu’accroître la déstabilisation et renforcer l’insurrection au Pakistan, où nous craignons à juste titre qu’un gouvernement renversé ou affaibli puisse perdre le contrôle des armes nucléaires. Cependant, là encore, si l’on suit la logique de nos objectifs déclarés, nous devrions être présents au Pakistan et non pas en Afghanistan. Plus encore, les attentats du 11 Septembre, comme ceux de Madrid et Londres, ont été conçus et organisés principalement en Europe occidentale. Ce dernier point indique que la menace n’est pas liée à des frontières géographiques ou politiques traditionnelles. Enfin, si nous sommes préoccupés par les États en déliquescence, paralysés par la corruption et la pauvreté, et subissant l’assaut des activités criminelles et des barons de la drogue, alors au delà de notre assistance militaire et financière à l’Afghanistan, nous devrions également réexaminer notre engagement et notre implication au Mexique. (…)

Nous nous sacrifions pour rien, déclarait [en substance - ndt] un commandant fort talentueux et intelligent, l’un des meilleurs des USA, à tous ses visiteurs, civils ou officiers supérieurs. Nous hypothéquons l’économie de notre nation dans une guerre qui, même au prix d’un engagement accru, restera un match nul pour les années à venir. La réussite et la victoire, quelles qu’elles soient, seront obtenues non pas après des années et après avoir dépensé des milliards supplémentaires, mais après des décennies et des générations. Les États-Unis ne disposent pas d’un trésor national suffisant pour remporter une telle victoire.

Je perçois l’émotion qui transparaît dans le ton de cette lettre et vous prie d’excuser tout ce qui peut apparaitre comme de la mauvaise humeur. J’espère que vous comprenez la nature de cette guerre et les sacrifices consentis par tant de milliers de familles séparées de leurs proches qui sont déployés pour la défense de notre nation et dont les foyers endurent les fractures, les bouleversements et les cicatrices de déploiements multiples.

Des milliers d’hommes et de femmes sont rentrés chez eux avec des blessures physiques et mentales, dont certaines ne se refermeront jamais ou ne feront que s’aggraver avec le temps. Lorsque reviennent les corps des défunts, on doit pouvoir assurer aux familles que leurs morts se sont sacrifiés pour une cause digne de leur vie perdue, de l’amour disparu, et des rêves non réalisés.

Je ne crois plus en confiance que de telles assurances peuvent être données. En conséquence, je présente ma démission.

Sur le web :

Washington Post : U.S. official resigns over Afghan war
Traduction Contreinfo

 

Le secret de Guantanamo

Vous pensez être informé sur ce qui s’est passé à Guantánamo et vous vous étonnez que le président Obama n’arrive pas à fermer ce centre de torture. Vous avez tort. Vous ignorez la véritable finalité de ce dispositif et ce qui le rend indispensable à l’administration actuelle.

JPEG - 31.1 ko
Détenu sortant d’une séance de conditionnement à Guantánamo.

Chacun se souvient de ces photographies de tortures qui circulaient sur Internet. Elles étaient présentées comme les trophées de guerre de quelques GI’s. Néanmoins, les grands médias, ne pouvant en vérifier l’authenticité, n’osaient pas les reproduire. En 2004, la chaîne CBS y consacra un reportage. Ce fut le signal d’un grand mouvement de dénonciation des mauvais traitements infligés aux Irakiens. La prison d’Abu Ghraib montrait que la prétendue guerre contre la dictature de Saddam Hussein était en réalité une guerre d’occupation comme les autres, avec le même cortège de crimes. Sans surprise, Washington assura qu’il s’agissait d’exactions perpétrées à l’insu du commandement par quelques individus non-représentatifs, qualifiés de « pommes pourries ». Quelques soldats furent arrêtés et jugés pour l’exemple. Le dossier était clos jusqu’aux prochaines révélations.

Simultanément, la CIA et le Pentagone préparaient l’opinion publique aux États-Unis et dans les États alliés à changer de valeurs morales. L’Agence avait nommé un agent de liaison avec Hollywood, le colonel Chase Brandon (un cousin de Tommy Lee Jones) et engagé de célèbres écrivains (comme Tom Clancy) et scénaristes pour écrire de nouveaux films et séries télévisées. Le but : stigmatiser la culture musulmane et banaliser la torture dans la lutte contre le terrorisme.
À titre d’exemple, les aventures de l’agent Jack Bauer, dans la série 24H, ont été abondamment subventionnées par l’Agence pour que chaque saison repousse un peu plus loin les limites de l’acceptable. Dans les premiers épisodes, le héros intimide des suspects pour leur extorquer des renseignements. Dans les épisodes suivants, tous les personnages se soupçonnent les uns les autres, et se torturent à leur tour, avec de moins en moins d’états d’âme et de plus en plus de certitude du devoir à accomplir. Dans l’imaginaire collectif, des siècles d’humanisme furent balayés et une nouvelle barbarie s’imposa. Le chroniqueur du Washington Post, Charles Krauthammer (par ailleurs médecin psychiatre) pouvait présenter l’usage de la torture comme « un impératif moral » (sic) en ces temps troublés de guerre contre le terrorisme.

Vint la confirmation par l’enquête du sénateur suisse Dick Marty au Conseil de l’Europe que la CIA avait enlevé des milliers de personnes dans le monde, dont des dizaines, voire des centaines sur le territoire de l’Union européenne. Puis ce fut l’avalanche de témoignages sur les crimes perpétrés dans les prisons de Guantánamo (Caraïbes) et de Baghram (Afghanistan). Parfaitement conditionnée, l’opinion publique des États membres de l’OTAN accepta l’explication qu’on lui donna et qui cadrait si bien avec les intrigues romanesques dont elle était abreuvée : pour sauver des vies d’innocents, Washington avait recours à des pratiques clandestines ; on enlevait des suspects et on les faisait parler par des méthodes que la morale réprouve mais que l’efficacité commande.
C’est à partir de cette narration simpliste que le candidat Barack Obama s’est dressé contre l’administration Bush sortante. Il a érigé l’interdiction de la torture et la fermeture des prisons secrètes en mesures phares de son mandat. Dès son élection, durant la période de transition, il s’est entouré de juristes de très haut niveau qu’il a chargé d’élaborer une stratégie pour clore ce sinistre épisode. Une fois installé à la Maison-Blanche, il a consacré ses premiers décrets présidentiels à la mise en œuvre de ses engagements en la matière. Cet empressement a conquis l’opinion publique internationale, a suscité une immense sympathie pour le nouveau président et a rénové l’image des États-Unis dans le monde.

Seulement voilà : un an après l’élection de Barack Obama, si quelques centaines de cas individuels ont été réglés, rien n’a changé sur le fond. Guantánamo est là et ne sera pas fermé dans l’immédiat. Les associations de défense des droits de l’homme sont formelles : les violences contre les détenus ont empiré.
Interrogé à ce sujet, le vice-président Joe Biden a déclaré que plus il avançait dans ce dossier, plus il découvrait des aspects qu’il ignorait jusque là. Puis, énigmatique, il a mis en garde la presse, assurant qu’il ne fallait pas ouvrir la boîte de Pandore.
De son côté, Greg Craig, le conseiller juridique de la Maison-Blanche, a souhaité présenter sa démission, non qu’il considère avoir failli à sa mission de fermer le centre, mais parce qu’il estime désormais qu’on lui a confié une tache impossible.

Pourquoi donc le président des États-Unis ne parvient-il pas à se faire obéir ? Si l’on a déjà tout dit sur les exactions de l’ère Bush, pourquoi évoquer une boîte de Pandore et que craindre ?

C’est qu’en réalité, le système est plus vaste. Il ne se limite pas à quelques enlèvements et à une prison. Surtout, sa finalité est radicalement différente de ce que la CIA et le Pentagone ont fait croire.
Avant de commencer notre descente aux enfers, il convient de lever une confusion.

JPEG - 36 ko
Le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld a participé aux réunions du Groupe des Six
chargé de choisir les tortures mises en œuvres par les forces US. Ici, il visite la prison d’Abu Graib (Irak).

Contre-insurrection

Ce qui a été fait par l’Army à Abu Ghraib, du moins au début, n’avait rien à voir avec ce qui est expérimenté par la Navy à Guantánamo et dans ses autres prisons secrètes. Il s’agissait simplement de ce que font toutes les armées du monde lorsqu’elles se transforment en police et affrontent une population hostile. Elles la dominent en la terrorisant. En l’occurrence, les Forces de la Coalition ont reproduit les crimes commis lors de la Bataille d’Alger par des Français contre des Algériens qu’ils appelaient encore leurs « compatriotes ». Le Pentagone a rappelé le général français à la retraite Paul Aussaresses, spécialiste de la « contre-insurrection », pour qu’il briefe les officiers supérieurs.

Durant sa longue carrière, Aussaresses a accompagné les États-Unis partout où ils ont livré des « guerres de basse intensité », principalement en Asie du Sud-Est et en Amérique latine.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis installent deux centres de formation à ces techniques, la Political Warfare Cadres Academy (Taiwan) et la School of Americas (Panama). Des cours de torture y furent dispensés aux responsables de la répression dans les dictatures asiatiques et latino-américaines. Dans les années 60-70, ce dispositif fut coordonné au sein de la World Anti-Communist League, où siégeaient les chefs d’État concernés [1]. Cette politique prit une ampleur considérable lors des opérations Phoenix au Vietnam (neutralisation de 80 000 individus soupçonnés d’appartenir au Viet Cong) [2]et Condor en Amérique latine (neutralisation des opposants politiques à l’échelle du continent) [3]. Le schéma articulant des opérations de nettoyage de zones insurgées à des escadrons de la mort a été appliqué à l’identique en Irak, notamment lors de l’opération Iron Hammer [4].
La seule nouveauté est la distribution aux GI’s d’un classique de la littérature coloniale, The Arab Mind, de l’anthropologue Raphael Patai, avec une préface du colonel Norvell B. De Atkine, patron de la John F. Kennedy Special Warfare School, nouvelle dénomination de la sinistre School of Americas depuis qu’elle a été déménagée à Fort Bragg (Caroline du Nord) [5]. Ce livre, qui présente sur un ton savant des préjugés stupides sur les « arabes » en général, comprend un célèbre chapitre sur les tabous sexuels qui a inspiré les mises en scène d’Abou Ghraib.

Les tortures commises en Irak ne sont pas des cas isolés, comme l’a feint l’administration Bush, mais s’intègrent dans une stratégie de contre-insurrection. Le seul moyen d’y mettre fin, ce n’est pas de les condamner moralement, c’est de résoudre la situation politique. Or Barack Obama repousse toujours à plus tard le retrait des forces étrangères d’Irak.

JPEG - 17.7 ko
Auteur à succès, inventeur de la psychologie positive, professeur à l’université
de Pennsylvanie et ancien président de l’American Psychological Association,
Martin Seligman a supervisé les tortures expérimentées sur les prisonniers à Guantanamo.

Les expériences du professeur Biderman

C’est dans une toute autre perspective qu’un psychiatre de l’Armée de l’air, le professeur Albert D. Biderman, étudia pour la Rand Corporation le conditionnement des prisonniers de guerre US en Corée du Nord.
Bien avant Mao et le communisme, les Chinois avaient mis au point des méthodes raffinées pour briser la volonté d’un détenu et lui inculquer des aveux. Il les avaient utilisées durant la guerre de Corée et avaient obtenu quelques résultats : des prisonniers de guerre US avouant avec conviction devant la presse des crimes qu’ils n’avaient peut-être pas commis. Biderman présenta ses premières observations lors d’une audition au Sénat, le 19 juin 1956, puis à l’Académie de médecine de New York, l’année suivante (Voir documents téléchargeables ci-dessous). Il distingua cinq stades par lequel passent les « sujets ».

  1. Tout d’abord le prisonnier refuse de coopérer et se mure dans le silence.
  2. Par un mélange de brutalités et de gentillesse, on peut le faire passer à un second stade où il va être conduit à se défendre de ce dont on l’accuse.
  3. Puis, le prisonnier commence à coopérer. Il continue à clamer son innocence, mais il cherche à satisfaire ses interrogateurs en reconnaissant qu’il a peut être commis une faute sans le vouloir, par accident ou par inadvertance.
  4. Lorsqu’il traverse la quatrième phase, le prisonnier est complètement dévalorisé à ses propres yeux. Il persiste à nier ce dont on l’accuse, mais il confesse sa nature criminelle.
  5. A la fin du processus, le prisonnier admet être l’auteur des faits qu’on lui reproche. Il invente même des détails supplémentaires pour s’accuser et réclame son châtiment.

Biderman examine également toutes les techniques utilisées par les tortionnaires chinois pour manipuler les prisonniers : isolation, monopolisation de la perception sensorielle, fatigue, menaces, gratifications, démonstrations de puissance des geôliers, dégradation des conditions de vie, contrainte. La violence physique est secondaire, la violence psychologique est totale et permanente.

Les travaux de Biderman sur le « lavage de cerveau » ont acquis une dimension mythique. Les militaires US ont craint que leurs hommes puissent être retournés par l’ennemi, conditionnés pour dire n’importe quoi et peut être pour faire n’importe quoi. Ils ont donc conçu un programme d’entrainement de leurs pilotes de chasse de sorte que ceux-ci deviennent réfractaires à cette forme de torture et ne puissent être retournés par l’ennemi s’ils étaient faits prisonniers. Cette formation est nommée SERE, acronyme de Survivre, s’Évader, Résister, s’Échapper (Survival, Evasion, Resistance, Escape). Si initialement le cours était donné à la School of Americas, il a été étendu aujourd’hui à d’autres catégories de personnel militaire et est dispensé sur plusieurs bases. En outre des formations de cette nature ont été instituées dans chaque armée membre de l’OTAN.

Ce que l’administration Bush a décidé, après l’invasion de l’Afghanistan, c’est d’utiliser ces techniques pour inculquer des aveux à des prisonniers qui justifieraient ainsi, a posteriori, l’implication de l’Afghanistan dans les attaques du 11-Septembre et validerait la version officielle des attentats.

De nouvelles installations ont été construites sur la base navale de Guantánamo et des expériences y ont été menées. La théorie d’Albert Biderman a été complétée par un psychologue civil, le professeur Martin Seligman. C’est une personnalité très en vue qui a été notamment président de l’American Psychological Association.

Seligman a montré une limite de la théorie des réflexes conditionnés d’Ivan Pavlov. On place un chien dans une cage dont le sol est divisé en deux parties. On électrifie aléatoirement un côté ou l’autre du sol. L’animal saute d’un endroit à l’autre pour se protéger — jusque là, rien de surprenant—. Puis, on accélère les choses et parfois on électrifie toute la cage. L’animal se rend compte qu’il ne peut pas s’échapper et que ses efforts sont vains. Bientôt, il renonce, s’allonge sur le sol et entre dans un état second qui lui permet de supporter passivement la souffrance. On ouvre alors la cage. Surprise : l’animal ne fuit pas. Dans l’état psychique où il s’est placé, il n’est plus en mesure de s’opposer. Il reste allongé à endurer la douleur.

La Navy a constitué une équipe médicale de choc. Elle a notamment fait venir à Guantánamo le professeur Seligman. Ce praticien est une star, connue pour ses travaux sur la dépression nerveuse. Ses ouvrages sur l’optimisme et la confiance en soi sont des best-sellers mondiaux.
C’est lui qui a supervisé des expériences sur cobayes humains. Certains prisonniers, soumis à de terribles tortures, finissent spontanément par se placer dans cet état psychique qui leur permet de supporter la douleur, mais les prive de toute capacité de résistance.
En les manipulant ainsi, on les amène rapidement au stade 3 du processus de Biderman.

S’appuyant toujours sur les travaux de Biderman, les tortionnaires états-uniens, guidés par le professeur Seligman, ont expérimenté et amélioré chaque technique coercitive.
Pour ce faire, un protocole scientifique a été élaboré qui se base sur la mesure des fluctuations hormonales. Un laboratoire médical a été installé à Guantánamo. Des prélèvement de salive et de sang sont opérés à intervalles réguliers sur les cobayes pour évaluer leurs réactions.
Les tortionnaires ont sophistiqué leurs crimes. Par exemple, dans le programme SERE, on monopolisait la perception sensorielle en empêchant le prisonnier de dormir avec une musique stressante. Ils ont obtenu des résultats bien supérieurs en diffusant des cris de bébés inconsolables durant des journées d’affilée. Ou encore, on manifestait la toute puissance des geôliers par des passages à tabac. À Guantánamo, ils ont créé l’Immediate Reaction Force. Il s’agit d’un groupe chargé de punir les prisonniers. Lorsque cette unité entre en action, ses membres sont revêtus de cuirasses de protection à la Robocop. Ils extraient le prisonnier de sa cage et le placent dans une pièce dont les murs ont été capitonnés et tapissés de contreplaqué. Ils projettent le cobaye contre les murs, comme pour le fracasser, mais le contreplaqué amortit partiellement les chocs de sorte qu’il soit hébété, mais que ses os ne soient pas brisés.
Le progrès principal a été réalisé pour le supplice de la baignoire. Jadis la Sainte Inquisition plongeait la tête d’un prisonnier dans une baignoire et l’en retirait juste avant qu’il ne meure noyé. La sensation de mort imminente provoque l’angoisse maximale. Mais le procédé était primitif et les accidents fréquents. Désormais le prisonnier n’est plus plongé dans une baignoire pleine, mais attaché allongé dans une baignoire vide. On le noie en lui versant de l’eau sur la tête avec la possibilité d’arrêter instantanément. Les accidents sont plus rares. Chaque séance a été codifiée pour déterminer les limites du supportable. Des assistants mesurent la quantité d’eau utilisée, le moment et la durée de la suffocation. Lorsque celle-ci intervient, ils récupèrent les vomissures, les pèsent et les analysent pour évaluer l’énergie dépensée et l’épuisement qui s’ensuit.
Ainsi que le résumait le directeur adjoint de la CIA devant une Commission parlementaire : « Cela n’a rien à voir avec ce que faisait l’Inquisition, à part l’eau » (sic).

Les expériences des médecins états-uniens n’ont pas été conduites en secret comme celles du docteur Josef Mengele à Auschwitz, mais sous le contrôle direct et exclusif de la Maison-Blanche.
Tout a été rapporté à un groupe décisionnaire composé de six personnes : Dick Cheney, Condoleezza Rice, Donald Rumsfeld, Colin Powell, John Ashcroft et George Tenet, qui a témoigné avoir participé à une douzaine de ces réunions de travail.

Le résultat de ces expériences est néanmoins décevant. Rares sont les cobayes qui se sont avérés réceptifs. Il a été possible de leur inculquer des aveux, mais leur état est resté instable et il n’a pas été possible de les produire en public face à des contradicteurs.
Le cas le plus connu est celui du pseudo-Khalil Sheikh Mohammed. Il s’agit d’un individu arrêté au Pakistan et accusé d’être un islamiste koweïtien, bien qu’il ne s’agisse manifestement pas de la même personne. Après avoir été longuement torturé et avoir notamment été soumis 183 fois au supplice de la baignoire durant le seul mois de mars 2003, l’individu a reconnu être Khalil Sheikh Mohammed et s’est accusé d’avoir organisé 31 attentats différents aux quatre coins du monde, de celui au WTC de New York en 1993, en passant par la destruction à la bombe d’une boîte de nuit à Bali et la décapitation du journaliste Daniel Pearl jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001. Le pseudo-Sheikh Mohammed a maintenu ses confessions devant une commission militaire, mais il n’a pas été possible aux avocats et juges militaires de le questionner en public, tant on craignait que, hors de sa cage, il ne revienne sur ses aveux.

Pour masquer les activités secrètes des médecins de Guantánamo, la Navy a organisé des voyages de presse à l’attention de journalistes complaisants. Ainsi, l’essayiste français Bernard Henry Lévy a-t-il volontiers joué le témoin de moralité en visitant ce qu’on a bien voulu lui montrer. Dans son livre American Vertigo, il assure que cette prison ne diffère pas des autres pénitenciers états-uniens et que les témoignages de sévices qu’on y pratiquerait [« ont été plutôt gonflés » (sic) [6]

JPEG - 22.1 ko
Une des prisons off shore de l’US NAvy. Ici l’USS Ashland.
La cale à fond plat a été aménagée pour recevoir des cages de prisonniers sur plusieurs niveaux.

Les prisons off shore de la Navy

En définitive, l’administration Bush a estimé que fort peu d’individus étaient conditionnables au point de croire avoir commis les attentats du 11-Septembre. Elle en a conclu qu’il fallait tester un très grand nombre de prisonniers pour sélectionner les plus réceptifs.

Compte tenu de la polémique qui s’est développée autour de Guantánamo et afin d’être sûr de ne pas être poursuivable en justice, la Navy a créé d’autres prisons secrètes et les a placées hors de toute juridiction, dans les eaux internationales.

17 bateaux à fond plat, du type de ceux utilisés pour les débarquements de troupes, ont été aménagés en prisons flottantes avec des cages comme à Guantánamo. Trois ont été identifiés par l’association britannique Reprieve. Il s’agit de l’USS Ashland, l’USS Bataan et l’USS Peleliu.

Si l’on additionne la totalité des personnes qui ont été faites prisonnières en zone de conflit ou enlevées n’importe où dans le monde et transférées dans cet ensemble de prisons au cours des huit dernières années, ce sont au total 80 000 personnes qui auraient transité dans le système, dont moins d’un millier auraient été poussées vers les stades ultimes du processus de Biderman.

Dès lors le problème de l’administration Obama se résume ainsi : il ne sera pas possible de fermer Guantánamo sans révéler ce qui y a été fait. Et il ne sera pas possible de reconnaître ce qui y a été fait, sans admettre que tous les aveux recueillis sont faux et ont été délibérément inculqués sous la torture, avec les conséquences politiques que cela implique.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, douze procès furent jugés par le tribunal militaire de Nüremberg. L’un fut consacré à 23 médecins nazis. 7 furent acquittés, 9 furent condamnés à des peines de prison et 7 furent condamnés à mort. Depuis, un Code éthique régit la médecine au plan international. Il interdit précisément ce que les médecins états-uniens ont fait à Guantánamo et dans les autres prisons secrètes.

par Thierry Meyssan, publié sur le réseau Voltaire le 28 octobre 2009
 


Documents joints :

 

« Communist attempts to elicit false confessions from Air Force prisoners of war », par Albert D. Biderman

Bulletin New York Academy of Medecine 1957 Sep ;33(9):616-25.

(PDF – 964 ko)
 

 

« The Manipulation of Human Behavior », sous la direction d’Albert D. Biderman et Herbert Zimmer

John Wiley & Sons, Inc., New York (1961).

(PDF – 2.4 Mo)
 

 

Documents déclassifiés par la Commission des forces armées du Sénat des États-Unis, attestant l’usage des tortures de conditionnement à Guantanamo.

U. S. The Senate Armed Services Committee, 17 juin 2008.

(PDF – 3 Mo)
 

Tournée canadienne de Bush : Des associations exigent son arrestation pour crimes internationaux

La pression monte chez les représentants chargés de faire respecter la loi au Canada afin qu’ils arrêtent Georges W. Bush pour crimes à caractère international et pour sa possible implication dans la débâcle du 11/9

- 21 octobre 2009 -

Saskatoon, Canada. Environ 300 manifestants se sont rassemblés près du Teachers Credit Union (NDT : TCU Place/Palais des congrès) à Saskatoon pour signifier publiquement leur refus d’accueillir George W. Bush au Canada. L’étape à Saskatoon fut l’ occasion pour Bush de prononcer  un discours devant un public d’hommes d’affaires lors d’un repas. C’est l’une des trois villes programmées au cours de sa tournée au Canada. Tandis qu’une partie des manifestants négociait avec la police, une autre insistait pour dire qu’arrêter Bush relevait de la responsabilité de la Police.

Ce second groupe s’est joint à (l’association) LAW Lawyers Against War (NDT Les Juristes contre la guerre). Comme elle l’avait fait en prélude au discours de l’ancien Président américain à Calgary et Toronto, LAW a livré les preuves aux représentants chargés de faire respecter la loi, remontant jusqu’au Premier ministre Stephen Harper. LAW a démontré que George W. Bush relevait de crimes de guerre, et qu’il devrait être arrêté au Canada pour crimes internationaux et pour avoir violé la loi canadienne pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

À un moment donné, j’ai – Josh Blakney, présent à Saskatoon pour couvrir l’événement pour Globalization Studies à l’Université de Lethbridge –pris le microphone sur le podium des insoumis pour critiquer l’un des organisateurs qui avaient publiquement remercié la police. J’ai parlé au nom de ceux qui pensent que les représentants chargés de faire respecter la loi au Canada violent le Rule of Law (NDT:  l’état de droit, le règne de la loi), et en particulier les Principes de Nuremberg, en n’arrêtant pas l’ancien Président américain pour son rôle dans l’autorisation de la guerre agressive et de la torture. Suivre les ordres,  comme cela a été décidé à Nuremberg et aux Nations Unies, n’est pas une excuse pour violer les lois internationales, ce que persistent à faire les représentants chargés de faire respecter la loi en refusant d’arrêter George Bush lors de ses discours au Canada.

Sur le podium et au-delà, j’ai également attiré l’attention sur l’accumulation des preuves de la probable implication d’une partie du gouvernement américain dans la démolition contrôlée des trois tours du World Trade Center le 11 septembre 2001. Un récent article à comité de lecture, réalisé entre autres par le Professeur de Chimie Niels Harrit, de l’Université de Copenhague, a démontré de façon concluante que la nanothermite, un technologie militaire, a été utilisée pour faire tomber les trois tours. Depuis le 11/9, le gouvernement américain s’en est tenu à sa version initiale : les trois tours à structure d’acier se sont effondrées à cause de l’impact des crashes de deux avions.

J’ai rappelé que les événements contestés du 11/9 sont à la base de la guerre contre le terrorisme (menée par) le gouvernement américain, et qui se poursuit sous le régime Obama, mais sous un autre nom. La plupart des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, que LAW et d’autres organisations imputent à Geoge W. Bush, se sont produits à cause de guerres agressives justifiées par les explications sur le 11/9. Suite à des recherches et publications ultérieures, comme celles du Professeur David Ray Griffin, ces explications sont invraisemblables.

Le gouvernement américain a prétendu dès le premier jour qu’Oussama ben Laden et dix-neuf pirates de l’air, munis de cutters, ont agi seuls pour créer la débâcle du 11/9. Cette version des événements attribuerait le carnage  à un terrible échec de la part des renseignements, de la défense aérienne, de l’immigration, de la conception des gratte-ciel, échec pour lequel personne n’a encore été renvoyé pour incompétence ou faute professionnelle.

Dans mon bref discours sur le podium des insoumis à Saskatoon, j’ai attiré l’attention sur l’importance du procès, en mars prochain, de Splitting the Sky, un activiste important dans le mouvement pour la vérité sur le 11/9. Il s’appelle John Boncore. Il a été arrêté à Calgary en mars dernier pour avoir tenté une arrestation citoyenne de George W. Bush.

Par Josh Blakney, Coordinateur médiatique de Globalization Studies (Université de Lethbridge)
Traduction par apetimedia pour reOpenNews

 

Documents connexes :

  • Article radio-canada.ca. : Bush accueilli par des manifestants -  cet article canadien rapporte les événements plus en détail.
  • ReOpenNews : George W. Bushe devrait-il être arrêté à Calgary, en Alberta et jugé pour crimes internatiaonaux?
  • Vidéo : People vs Bush Saskatoon (v.o) – reportage sur la manifestation
  • Video : Spliting the Sky vs Bush (v.o)

La Pravda : « Les attentats du 11 Septembre : la plus grande fraude du 21eme Siècle »

La plupart des États hors de l’Otan ne cachent pas leurs doutes concernant la version officielle des attentats du 11 Septembre. Parmi eux, le cas de la Russie est intéressant. Le 11 septembre 2008, le Premier ministre Vladimir Poutine a expliqué dans le journal de la première chaine de la télévision russe ORT que la guerre d’Ossètie mettait fin à la collaboration russe avec les Etats-Unis dans la guerre contre le terrorisme et ouvrait une nouvelle ère d’affirmation des intérêts russes. Le lendemain, la même chaîne diffusait en prime time le film Zéro – Enquête sur le 11 Septembre, suivi d’un débat contradictoire sur les attentats du 11 Septembre, regardé par plus de 34 millions de téléspectateurs. Cette année, le huitième anniversaire des attentats a fait l’objet de nombreux articles à charge dans tous les plus grands médias russes. Nous vous proposerons sous peu la traduction de l’imposant dossier publié par Russia Today sous la forme d’une série d’articles et de vidéos. En attendant, voici un article de la Pravda au titre sans équivoque : "Les attentats du 11 Septembre : la plus grande fraude du 21eme Siècle". A noter que le journaliste donne des exemples historiques de terrorisme sous fausse bannière (dont plusieurs du fait des Etats-Unis). Mais il oublie curieusement d’évoquer le cas des attentats tchétchènes en Russie. Dans son livre Blowing up Russia, Yuri Felshtinsky montre pourtant que les Services secrets russes se sont engagés dans des actes terroristes sous fausse bannière pour diaboliser les musulmans de Tchétchénie…
 


Les attentats du 11 Septembre : la plus grande fraude du 21e Siècle

Le 11 septembre 2009 marque 8 années depuis les terribles attentats terroristes aux États-Unis. Ces événements tragiques soulèvent encore bien des questions. Pourquoi les Tours Jumelles se sont-elles effondrées si elles avaient été construites pour résister à des impacts bien plus violents ? Comment se fait-il que des "pirates suicidaires" soient restés en vie après coup ? Où se trouve le film montrant clairement le crash de l’avion du Pentagone ?

2,973 personnes ont été tuées dans une série d’attentats terroristes à New York et à Washington le 11 septembre 2001. Les deux Tours Jumelles du World Trade Center dans la ville de New York se sont écroulées suite aux attentats. Une partie du bâtiment du Pentagone a été démolie à Washington.

Le WTC était un symbole de puissance pour les États-Unis à la fin du 20e siècle. Les tours ont été construites au début des années 1960 pour apporter quelque chose de grandiose aux Américains et pour qu’ils se sentent fiers de leur nation.

Les tours ont été construites à la place de 164 bâtiments situés sur le site des futurs géants. Le poids total de l’acier utilisé dans la construction des tours dépassait 200.000 tonnes. Les câbles électriques utilisés avaient une longueur de 4800 km, ce qui représente la moitié de la distance entre New York et Londres. Tout le monde voyait que deux monstres de 110 étages et 450 mètres de haut changeaient radicalement la ligne des toits.

La structure des bâtiments était simple et bien pensée : les bâtiments ont été conçus pour résister à de puissants tremblements de terre.

L’inauguration des bâtiments a eu lieu le 4 avril 1973. Ils auraient pu durer encore très longtemps, mais ils se sont effondrés après 28 ans. Les questions que beaucoup de gens se posent à ce sujet n’ont pas obtenu de réponses à ce jour.

Comment de gigantesques colonnes d’acier ont-elles pu fondre sous l’effet du kérosène qui brûle à une température 4 fois plus basse que le point de fusion de l’acier ? [NDT: Le journaliste russe fait peut-être référence au métal fondu retrouvé sous les décombres du WTC] il aurait fallu qu’une douzaine d’avions-cargo chargés de phosphore blanc percutent chacune des deux tours pour les faire tomber comme des châteaux de cartes. Sinon les bâtiments devaient avoir été minés au préalable. [Lire notre précédente ReOpenNews sur la "Théorie des risques" - NdT]

Il y a beaucoup de versions pour expliquer ce qui s’est passé en Amérique le 11 septembre 2001. Newsweek a écrit le 16 septembre 2001 que 5 des 19 pirates de l’air avaient été entraînés dans des bases de l’armée américaine. Ces terroristes étaient en possession de permis de conduire et de papiers pour les véhicules immatriculés à la base navale américaine de Pensacola.

Les détails mystérieux des actions terroristes ont provoqué des spéculations au sujet de la participation possible de fonctionnaires américains de haut rang dans les attentats, qu’ils auraient utilisé pour promouvoir leur agenda politique.

Si cela est avéré, cela veut simplement dire que les stratèges américains n’ont rien trouvé de neuf. L’empereur romain Néron a incendié Rome pour en blâmer les Chrétiens. Hitler a fait mettre le feu au Reichstag pour incriminer ses adversaires.

Les États-Unis ont déjà eu recours à de nombreuses provocations dans leur histoire. En 1898, les Américains ont simulé une attaque espagnole sur les États-Unis à La Havane pour ravir à l’Espagne son contrôle sur Cuba. En 1911, Hurst, un magnat des médias et baron des journaux, sur le point de perdre ses terres au Mexique, a lancé une campagne de propagande pour que les États-Unis déclarent la guerre au Mexique. Beaucoup de ses journaux ont écrit que des centaines de milliers de soldats mexicains s’approchaient des frontières américaines.

L’administration américaine avait été informée au sujet de l’attaque japonaise sur Pearl Harbor, mais n’a pris aucune mesure pour l’empêcher. Le peuple était résolument contre la participation des USA dans la Deuxième Guerre mondiale, alors que le gouvernement se réjouissait de jouer au jeu de la guerre pour profiter après coup de la re-division du monde. Tous les porte-avions avaient déserté Pearl Harbor avant l’attaque, mais on y a laissé des cuirassés démodés.

Une autre provocation a eu lieu un an après, dans le but d’impliquer le Canada dans la guerre. On disait qu’un porte-avion japonais aurait attaqué un phare près de Vancouver le 20 juin 1942. Tout porte à croire que le Japon n’aurait pas pris un tel risque pour une cible aussi insignifiante. Par la suite, il fut reconnu que le type d’obus utilisé dans l’attaque du phare n’aurait pas pu être tiré depuis des sous-marins japonais.

Les Services spéciaux américains ont fait une présentation globale de la liste et des photos des terroristes dans les heures suivant les attentats du 11 Septembre. Pourtant, cinq des terroristes ‘décédés’ ont soudainement refait surface en Arabie Saoudite. Ils n’avaient pas quitté leur pays ni détourné des avions de ligne. Cela voudrait-il dire que la liste avait été préparée avant les attentats ?

Qu’en est-il du crash du Boeing en Pennsylvanie ? Le cratère sur le site du crash n’était rempli que de minuscules fragments. Même dans le cas où l’avion aurait transporté une cargaison d’hexogen [NDT Explosif puissant] la coque n’aurait pas été réduite en poussière. [Voir la vidéo "12 questions aux supportes de la Version Officielle" - NdT]

Et voici le fait le plus surprenant, Condoleezza Rice, qui occupait à l’époque le poste de Conseiller à la Sécurité nationale, était au téléphone avec le maire de San Francisco Willie Brown huit années avant la tragédie [NDT: sic], Mme. Rice a recommandé au maire de ne pas prendre l’avion pour New York le 11 Septembre.

Le journal anglais Times écrivit après la tragédie que George W. Bush avait laissé un avion saoudien traverser le territoire américain pour embarquer une douzaine de personnes appartenant à la famille de Ben Laden et les faire sortir du pays.

Aucun membre de la famille Ben Laden n’a été cité à comparaître devant le FBI. Il n’y a même eu aucune tentative  pour découvrir s’ils détenaient une quelconque information.

Les mystères du 11 Septembre seront-ils résolus un jour ?
 

Vladimir Anokhin sur Pravda.Ru, le 11 septembre 2009
Traduction Perry pour reOpenNews

Daily Mail (UK) : « Oussama Ben Laden est-il mort il y a sept ans? »

Oussama Ben Laden est-il mort il y a sept ans – et la Grande-Bretagne et les USA ne cachent-ils pas ce fait pour continuer la guerre contre la terreur ?

Par Sue Reid, Daily Mail (UK) 11 septembre 2009 traduit de l’anglais par Djazaïri (son blog)

La dernière fois que nous l’avons entendu grincer des dents, c’était le 3 juin de cette année.

Le plus célèbre des terroristes internationaux avait damé le pion à l’Amérique en diffusant un message de menaces au moment où Air Force One atterrissait sur le sol d’Arabie Saoudite pour le début de la première tournée tant applaudie de Barack Obama au Moyen-Orient.

Avant même que le nouveau président ne pose le pied sur l’aéroport de Riad pour serrer la main du Prince Abdullah, les paroles de Ben Laden étaient retransmises à la radio, à la télévision et par internet sur tous les continents.

C’était un nouvel effet de propagande pour le chef d’al-Qaïda, âgé de 52 ans. Dans la bande audio transmise à la chaîne d’informations arabe Al Jazeera, Ben Laden expliquait que l’Amérique et ses alliés occidentaux étaient en train de semer les germes de la haine dans le monde musulman et méritaient d’en subir les conséquences désastreuses.

C’est le genre de diatribe que nous avions déjà entendue de sa part, et la réponse des services de renseignements britanniques et étatsuniens était tout aussi prévisible.

Ils mettaient l’accent sur le fait que des détails de l’enregistrement, sur la visite présidentielle et d’autres événements contemporains, prouvaient que le cerveau du 11 Septembre, la pire atrocité terroriste jamais subie par les USA, était encore vivant – et que sa traque devait continuer.

Ben Laden a toujours été accusé d’avoir orchestré l’horrible attentat – qui a coûté la vie à près de 3000 personnes – depuis huit années cette semaine. Le président George W. Bush avait fait de sa capture une priorité nationale, promettant honteusement comme à la belle époque du "Far West" de le prendre « mort ou vif. »

Le Département d’État US offrait une récompense de 50 millions de dollars pour connaître son repaire. Le FBI l’avait désigné comme un des dix fugitifs les « plus recherchés », demandant à la population de faire attention à un homme à la barbe grisonnante, gaucher et qui marche avec une canne.

Ce maître du terrorisme reste pourtant insaisissable. Il a échappé à la plus vaste et coûteuse chasse à l’homme de l’histoire, qui s’est déroulée à travers tou le Waziristan, ces 1500 miles de terres montagneuses inhospitalières aux confins de l’Afghanistan et du Pakistan.

Sans se décourager, Barack Obama a lancé une nouvelle opération pour le trouver. Travaillant avec l’armée pakistanaise, des unités d’élite étatsuniennes et des forces spéciales britanniques ont été envoyées au Waziristan cet été pour « traquer et tuer » ce personnage flou que ces agents du Renseignement désignent toujours comme « le principal objectif » de la guerre contre la terreur.

Cette nouvelle offensive est basée, bien entendu, sur le postulat que le terroriste du 11 Septembre est bien vivant. Après tout, il y pléthore « d’enregistrements de Ben Laden» pour le prouver.

Et si ce n’était pas le cas ? S’il était mort depuis des années et que les services secrets britanniques et étasuniens nous jouaient en réalité un double bluff ?

Et si tout ce que nous avons vu ou entendu de lui sur des bandes sonores ou vidéos depuis les premiers jours d’après le 11 Septembre était faux – et que les alliés occidentaux le maintenaient en « vie » pour encourager le soutien à la guerre contre la terreur ?

C’est incroyable, mais c’est la théorie ahurissante qui gagne du terrain parmi les commentateurs politiques, chez de respectables universitaires et même auprès de spécialistes du terrorisme.

Certes, il y a eu plusieurs théories conspirationnistes au sujet du 11 septembre, et cela pourrait bien en être une de plus.

Mais le poids des opinions qui penchent maintenant pour l’hypothèse que Ben Laden soit mort – et l’accumulation des indices qui la soutiennent – rend cette hypothèse digne d’examen.

La théorie avait d’abord été rendue publique au début de cette année par le magazine American Spectator et l’affirmation sans appel d’Angelo M. Codevilla, le rédacteur en chef, professeur de relations internationales à l’université de Boston et ancien officier du Renseignement : « Tout suggère qu’Elvis Presley est plus vivant aujourd’hui qu’Oussama Ben Laden. »

Le professeur Codevilla soulignait des incohérences dans les vidéos et affirmait qu’il n’existait aucun élément d’observation fiable sur Ben Laden depuis des années (par exemple, toutes les interceptions de communications du chef d’al-Qaïda ont soudainement cessé en 2001).

Le professeur Codevilla assurait : « Les bandes sonores et vidéos attribuées à Oussama n’ont jamais convaincu l’observateur impartial. Le type [sur les vidéos, NdT] ne ressemble tout simplement pas à Oussama. Certaines vidéos le montrent avec un nez sémitique, aquilin, tandis que d’autres le montrent avec un nez plus court et plus large. À côté de ça, les différences de couleurs et de styles de barbes ne sont que des broutilles. »

Il y a d’autres sceptiques. Le professeur Bruce Lawrence Head, chef du département d’études religieuses de l’université Duke et plus grand spécialiste de Ben Laden, soutient que le langage de plus en plus profane dans les bandes sonores et vidéos d’Oussama (ses premières étaient truffées de références à Dieu et au prophète Mohamed) ne cadre pas avec le caractère strict de son Islam, le Wahhabisme.

Il note que, dans une vidéo, Ben Laden porte des bagues en or sur les doigts, un ornement prohibé chez les adeptes du wahhabisme.

De nouvelles questions ont été soulevées cette semaine avec la publication aux États-Unis et en Grande-Bretagne d’un livre intitulé Oussama Ben Laden : mort ou vivant ?

Écrit par le professeur David Ray Griffin (1), philosophe et essayiste politique, ancien professeur émérite à la faculté de théologie de Claremont en Californie, il provoque une onde de choc – car il examine dans tous ses détails la mort supposée de Ben Laden et suggère qu’il y a eu dissimulation par l’Occident.

Le livre affirme que Ben Laden est mort d’une défaillance rénale ou d’une affection en rapport avec cette défaillance, le 13 décembre 2001 alors qu’il vivait dans les montagnes afghanes de Tora Bora près de la frontière avec le Waziristan.

Son enterrement a eu lieu dans les 24 heures, conformément au rite musulman, dans une tombe anonyme, comme le veut la coutume wahhabite.

L’auteur insiste pour dire que de nombreux enregistrements de Ben Laden réalisés depuis cette date ont été concoctés par l’Occident pour que le monde croie que Ben Laden est vivant. Le but ? Relancer un soutien déclinant à la guerre contre la terreur en Irak et en Afghanistan.

Pour comprendre la thèse de Griffin, nous devons nous remémorer la réaction de l’Occident au 11 Septembre, cette fatidique journée ensoleillée de 2001. En l’espace d’un mois, les USA et le Royaume-Uni avaient lancé des représailles aériennes massives dans la région de Tora Bora où, selon eux, ben Laden vivait en tant qu’« invité de l’Afghanistan ».

Cette offensive militaire ignorait le fait que Ben Laden avait auparavant dit nettement et à quatre reprises dans des déclarations officielles d’al-Qaïda à la presse arabe qu’il n’avait joué aucun rôle dans le 11 Septembre.

En fait, à la quatrième occasion, le 28 septembre, une quinzaine de jours après cette événement atroce, il avait déclaré avec force : « J’ai déjà dit ne pas être impliqué. En tant que musulman, je fais de mon mieux pour éviter de dire un mensonge. Je n’en ai pas eu connaissance… je ne considère pas non plus le fait de tuer des enfants, des femmes et d’autres humains innocents comme un acte digne d’estime. »

Dans les heures du 7 octobre marquées par les bombardements US sur Tora Bora, Ben Laden fit, pour la première fois, son apparition sur une bande vidéo. Habillé en treillis militaire et portant une coiffe islamique, un fusil d’assaut était posé derrière lui, dans une cache montagnarde bien éclairée. Fait significatif, il avait l’air pâle et amaigri.

Même s’il avait qualifié le président George W. Bush de « chef des infidèles » et avait vilipendé les États-Unis, il avait une fois encore rejeté toute responsabilité pour le 11 Septembre.

« L’Amérique a été frappée par Dieu dans un de ses points les plus sensibles. L’Amérique est emplie de crainte, du nord au sud, d’est en ouest. Dieu en soit remercié »

puis vint une nouvelle bande vidéo le 3 novembre 2001. À nouveau, un Ben Laden affaibli fustigeait les États-Unis. Il demandait instamment aux vrais musulmans de célébrer les attentats – mais ne reconnaissait à aucun moment avoir été impliqué dans cette atrocité.

Puis ce fut le silence jusqu’au 13 décembre 2001 – date à laquelle Ben Laden est décédé selon Griffin. Le même jour, le gouvernement US diffusait une nouvelle vidéo du chef terroriste. Dans l’enregistrement, Ben Laden contredisait ses dénégations précédentes et admettait soudain son implication dans les atrocités du 11 Septembre.

On rapporte que l’enregistrement avait été trouvé par des soldats US au domicile d’un particulier à Jalalabad en Afghanistan après la prise de la ville par des forces anti talibans. Une étiquette fixée dessus la datait du 9 novembre 2001.

La bande montre Ben Laden en conversation avec un cheikh de passage. Il y affirme clairement que non seulement il était au courant à l’avance des atrocités du 11 Septembre, mais qu’il en avait planifié les moindres détails personnellement.

Quelle aubaine pour les autorités occidentales ! Le terroriste se repositionnait dans le schéma du 11 Septembre. Le Washington Post citait des officiels étatsuniens qui affirmaient que la vidéo « apporte la preuve la plus convaincante d’un lien entre Ben Laden et les attentats du 11 septembre. »

Un président Bush euphorique ajoutait : « Quant à ceux qui voient cet enregistrement, ils réalisent que non seulement il est coupable d’un meurtre incroyable, mais qu’il est dépourvu de conscience et d’âme. »

À Londres, Downing Street affirmait que la vidéo était une « preuve concluante de son implication. » Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Jack Straw, ajoutait : « Nul doute que c’est la pure vérité. Les gens peuvent y voir Ben Laden reconnaître absolument froidement sa culpabilité pour l’organisation des atrocités du 11 Septembre ».

Pourtant, le professeur Griffin affirme que cette vidéo « confession » pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Pour commencer, Ben Laden dans ce témoignage filmé capital a l’air différent.

C’est un homme corpulent à la barbe noire, pas grisonnante. Son teint pâle est devenu tout à coup plus mat, et son nez a une forme différente. Ses mains d’artiste aux doigts effilés se sont transformées en celles d’un boxeur. Il a l’air en trop bonne santé.

En outre, on peut y voir Ben Laden écrire un mot de la main droite alors qu’il est gaucher. Tout aussi bizarre, il fait des déclarations sur le 11 Septembre qui, selon Griffin, n’auraient jamais pu sortir de la bouche du véritable Ben Laden – un homme diplôme en ingénierie qui a fait fortune (avant d’évoluer vers le terrorisme) dans l’industrie du bâtiment au Moyen-Orient.

Par exemple, le chef d’al-Qaïda claironne que beaucoup plus de personnes ont péri le 11 Septembre qu’il ne l’avait prévu. Il poursuit : « A la lumière de mon expérience dans ce domaine, je pensais que l’explosion du carburant de l’avion ferait fondre la structure de fer de l’immeuble et s’effondrer seulement la zone d’impact de l’avion et les étages situés au dessus. C’était tout ce que nous espérions. » (En réalité, les Tours Jumelles se sont complètement effondrées).

Des paroles du vrai Ben Laden ? Non, déclare Griffin. « Compte tenu de son expérience dans le BTP, il aurait dû savoir que les Tours Jumelles avaient une structure en acier, pas en fer », dit-il.

« Il aurait dû aussi savoir que l’acier et le fer ne fondent pas à moins de 1538 degrés Celsius. Et encore qu’un incendie d’immeuble alimenté par du carburant d’avion est un feu hydrocarbonique qui ne pourrait pas atteindre plus de 982 degrés Celsius. »

Dans son livre explosif, Griffin affirme que cet enregistrement est un faux, et il va encore plus loin.

« Une raison pour soupçonner que tous les enregistrements post-2001 de Ben Laden sont des fabrications est qu’elles sont souvent apparues à des moments qui redonnaient du tonus à la présidence de Bush ou renforçaient une déclaration du premier Ministre britannique Tony Blair, son allié dans la guerre contre le terrorisme ».

« L’enregistrement-confession était arrivé juste au moment où Bush et Blair avaient échoué à prouver la responsabilité de Ben Laden pour le 11 septembre alors que les deux hommes tentaient de rallier le soutien de l’opinion publique internationale, notamment dans le monde musulman, à la campagne anti-terroriste ».

Griffin suggère que les gouvernements occidentaux ont utilisé des technologies d’effets spéciaux très sophistiqués pour mettre en séquences des images et des enregistrements sonores de Ben Laden.

Mais alors, si ce sont des faux, pourquoi al-Qaïda est-elle restée silencieuse à ce sujet ? Et qu’est-il arrivé exactement au véritable Ben Laden ?

La réponse à la première question peut être que l’organisation terroriste informe est heureuse de mener sa propre guerre de propagande alors que ses soutiens déclinent – et profite du mythe selon lequel son dirigeant charismatique est encore vivant pour encourager des ralliements à sa cause.

Quant à ce qu’il est advenu de lui, des allusions à l’insuffisance rénale de ben Laden ou à l’éventualité qu’il soit mort apparurent le 19 janvier 2002, quatre mois après le 11 Septembre.

C’était quand le président pakistanais Pervez Musharraf a déclaré sur la chaîne américaine d’informations CNN : « Franchement, je pense maintenant qu’il est mort, car il est malade des reins. Les images le montrent extrêmement affaibli. »

Dans son livre, le professeur Griffin approuve également cette théorie. Il explique que Ben Laden avait été soigné pour une infection urinaire, souvent associée à une maladie rénale, à l’hôpital américain de Dubaï en juillet 2001, deux mois avant le 11 Septembre. Dans le même temps, il avait commandé une machine de dialyse à livrer en Afghanistan.

Comment Ben Laden, en fuite dans des grottes au milieu de montagnes enneigées, aurait-il pu utiliser la machine que beaucoup s’accordent à considérer comme essentielle pour le maintenir en vie ? Des médecins cités par Griffin sur ce sujet pensent que ce devait être impossible.

Il aurait fallu qu’il reste dans un lieu avec une équipe médicale, des conditions d’hygiène et un programme de maintenance régulier pour l’unité de dialyse elle-même.

Et quid de cette information, une brève parue le 26 décembre 2001 dans le journal égyptien Al-Wafd ? Elle disait qu’un haut responsable du gouvernement taliban afghan avait annoncé qu’Oussama Ben Laden avait été enterré le 13 décembre ou vers cette date.

« Il souffrait de graves complications et il est décédé d’une mort naturelle et paisible. Il a été enterré à Tora Bora, en présence de trente miliciens d’al-Qaïda, de proches parents et d’amis talibans. Selon la coutume wahhabite, aucun signe distinctif n’a été laissé sur la tombe, » disait l’article.

Le responsable taliban, dont le nom n’était pas cité, déclarait triomphalement avoir vu le visage de Ben Laden dans son linceul. « Il avait l’air pâle, mais calme, détendu et confiant. »

C’était Noël à Washington et à Londres et l’article fut à peine mentionné. Depuis, des enregistrements de ben Laden sont sortis avec la régularité d’un métronome et des centaines de millions de dollars ont été dépensés et beaucoup de sang versé dans la traque dont il fait l’objet.

Ben Laden a été l’élément central de la "guerre [de l'occident] contre la terreur". Serait-il possible que, depuis des années, il n’ait été qu’un écran de fumée ?
 


Notes ReOpenNews :

(1) L’article du Daily Mail cite et s’appuie largement le nouvel ouvrage de David Ray Griffin consacré à Ben Laden, sans pour autant préciser à ses lecteurs que Griffin est l’un des fers de lance du "Mouvement pour la Vérité sur le 11 Septembre". Griffin a notamment écrit de nombreux ouvrages de référence sur le 11 Septembre (dont certains disponibles en français), qui lui ont valu d’être désigné par le magazine New Statesman comme faisant partie des 50 personnalités les plus influentes dans le monde.

(2) L’article d’Angelo M. Codevilla a été traduit et publié dans une précédente ReOpenNews

TIRS AMIS – La Ballade de Donald Buswell

Un sergent ayant soulevé des questions relatives au 11-Septembre est dégradé pour "déloyauté"

Le travail actuel de Donald Buswell n’est pas aussi excitant et dangereux que ce qu’il était autrefois. Ces derniers mois, ses heures de travail ont été employées à prendre soin des 40 soldats les plus grièvement blessés au centre médical San Antonio de Fort Sam Houston. Le travail est quelquefois bassement domestique, voire même du simple nettoyage, mais il ne prend pas la tête. Après tout, Buswell est passé par où sont maintenant ces hommes — voilà 3 ans de cela, il se remettait lui aussi de blessures reçues dans une zone de combat en Irak.

« Je considère véritablement cela comme un honneur » a dit Buswell à son père tout récemment. Pourtant, ce n’est pas exactement là que Buswell s’attendait à être après 20 ans de service parfait dans l’armée.

Depuis qu’il avait rejoint l’armée en 1987, il était monté jusqu’au grade de Sergent de première classe, servant successivement pendant la guerre du Golfe, en Bosnie, au Rwanda et en Corée. Il termina avec la Purple Heart (NDT Médaille pour blessures au combat) ainsi qu’avec des cicatrices dues aux éclats d’un shrapnell, et retourna aux États-Unis après son dernier service en Irak en tant qu’analyste en renseignements à Fort Sam Houston.

Il n’aurait jamais pu prévoir qu’un e-mail pourrait faire dérailler sa carrière et le pousser hors de l’armée. Un simple e-mail spéculant sur des événements sur lesquels des millions de gens se sont interrogés au cours des six dernières années, voilà tout ce qui s’est passé !

Le sergent Buswell désirait savoir ce qui s’était réellement passé le 11/9, et il le dit dans un e-mail. Dans les quelques paragraphes d’un message d’août 2006 — en réponse, non à des personnes extérieures à son service, mais à d’autres soldats comme lui — Buswell écrivit qu’il pensait que le rapport officiel sur ce qui était arrivé ce jour-là au Pentagone et sur le crash en Pennsylvanie du vol 93 d’United Airline, était plein d’erreurs et de questions éludées ou sans réponse.

«Qui a vraiment bénéficié de ce qui est arrivé ce jour-là? » demanda-t-il pour la forme. Pas « les Arabes », mais « le Complexe militaro-industriel » concluait Buswell. « Nous devons demander une nouvelle enquête, indépendante. » Pour avoir exprimé ces opinions dans un e-mail envoyé à 38 personnes sur la base militaire de San Antonio, Buswell se vit retirer son certificat de sécurité, fut viré de son travail, dégradé et obligé de subir un examen psychiatrique.

(Il reçut aussi l’interdiction de parler avec la presse. Les informations sur cette histoire proviennent de documents et de conversations avec les membres de la famille de Buswell, de ses amis, et de sources internes à la 5ème Armée, qui ont demandé à ne pas être nommées).

Comme si tout cela n’était pas suffisant, le commandant de Fort Sam Houston écrivit une lettre accusant Buswell de «  faire des déclarations déloyales envers les États-Unis ». Son père, Winthrop Buswell, dit que son fils « est une des personnes les plus patriotiques qu’il connaisse ». « Donald a vu quelque chose que sa conscience le conduit à contester », dit-il. « Il est exactement ce genre de gars »

Pour sa dissidence, Donald a cependant payé cher .


Buswell a reçu la Purple Heart pour ses blessures subies en Irak.

La lumière matinale de Bagdad dansait sur la surface d’un lac artificiel. Pour Buswel, en ce matin d’avril 2004, c’était le moment parfait pour une course. Derrière lui, la plupart des soldats du Camp Victory n’étaient pas encore réveillés. Le sentier qu’il prit était du genre historique : dans le palais à deux cents mètres de là, entouré par le lac, Saddam Hussein était détenu, enfermé dans une ancienne cellule de torture.

Après environ huit kilomètres de jogging, Buswell fit une pause pour reprendre son souffle, et quelque chose éclaboussa l’eau avec une force inhabituelle. Surpris, il sauta en arrière, inspectant la zone du regard. Ne percevant aucune menace, il reprit sa course en se dirigeant vers deux Irakiens qui repeignaient un petit immeuble. Quelques secondes plus tard, Buswell entendit un sifflement grandissant et se tourna juste à temps pour voir une roquette de 122mm foncer vers lui. Il plongea hors du chemin et le coup frappa à plusieurs dizaines de mètres derrière lui. En se relevant, il vit une autre trainée blanche. Il recommença à courir, mais à peine avait-il fait quelques pas que le choc d’un autre impact le jeta au sol. Éclats, pierres et poussière pleuvaient sur lui. Devant lui, un quatrième coup frappa les peintres irakiens, soufflant des morceaux de corps et les engloutissant dans les flammes.

Horrifié, Buswell courut vers les deux hommes et essaya d’éteindre les flammes. Les hommes étaient encore vivants, émettant des cris d’agonie. Il entendit alors le sifflement familier d’une autre roquette qui se rapprochait et une fois encore il se jeta au sol. Celle qui avait frappé le bord de la route n’avait pas explosé, comme la première qui avait frappé l’eau. Eût-elle explosé que Buswell serait probablement mort. Lorsqu’il se tourna pour regarder de nouveau les deux Irakiens, il vit qu’ils étaient morts, leurs corps carbonisés et fumants. Son père se rappelle que son fils lui a dit « c’était comme dans la scène d’ouverture de Il Faut Sauver le Soldat Ryan. »

A ce moment-là, les troupes du camp arrivaient en courant sur les lieux. Ce n’est que lorsque le premier soldat arriva et cria pour appeler un médecin que Buswell réalisa qu’il avait été touché. Des éclats de métal acérés s’étaient enfoncés sur toute la longueur de sa jambe gauche et sur tout le côté droit de son dos.

Les blessures relativement mineures dont souffrait Buswell ce jour-là étaient pour lui une première en dépit du fait qu’il avait servi dans le sud de l’Irak lors de l’opération’ Tempête du Désert ‘ dix ans plus tôt, et bien que, durant ses premières années dans l’armée, Buswell ait été ouvrier métallurgiste et ait eu à s’occuper d’explosifs, avant d’être analyste du renseignement.

Les blessures de Buswell furent nettoyées et bandées dans l’heure qui suivit l’attaque à la roquette, et il rejoignit son unité presque aussitôt. Mais l’année 2004 avait en réserve bien d’autres d’événements — et bien plus plaisants pour lui.

Deux mois après l’attaque, il retourna aux États Unis à Fort Hood au centre du Texas et se maria avec son amie Lori, devenant ainsi officiellement beau-père de Kaitlyn, sa fille de 11 ans qui lui donna le diminutif de DD (Daddy Donald ).

Par un de ces étranges caprices de la guerre, Buswell avait rencontré l’ex-mari de Lori et père de Kaitlyn — Darren Cunningham — tandis qu’ils étaient ensemble sur la base de Camp Victory, ils devinrent des amis très proches. Lorsque Cunningham, un officier de la police militaire, fut tué dans une attaque à la roquette en octobre 2004, juste un mois avant sa retraite, Buswell devint bien davantage que la figure d’un père pour Kaitlyn, et en quelque sorte aida la famille de Cunningham à surmonter sa mort.


Darren Cunningham et Buswell se rencontrèrent et devinrent amis en Irak,
puis Buswel aida plus tard la famille de Cunningham à franchir l’épreuve de sa mort.

Les deux années suivantes, Buswell travailla à son poste du renseignement à Fort Hood, et fut alors transféré pour un job similaire à San Antonio. Mais dans son travail, il eut à étudier et lire à propos de ce qui était arrivé le 11/9 — et il en arriva aux conclusions qui devaient lui attirer tellement d’ennuis.

Les attaques terroristes de 2001 ont eu un effet profond sur Buswell.

Avant l’élection présidentielle très disputée de 2000, Buswell partagea avec son père une vision que vraiment peu de gens avaient à cette époque. Il était convaincu que George W. Bush, s’il gagnait, entraînerait le pays dans une guerre avec l’Irak pour finir le travail de son père. Il croyait que le jeune Bush serait trop redevable aux intérêts pétroliers — et redoutait ce que cela signifierait pour la politique étrangère de l’Amérique.

Lorsque les avions frappèrent les tours du World Trade Center, le 11/9, Buswell dit un peu plus tard à son père qu’il estimait que la guerre avec l’Irak s’annonçait, même si ce pays n’avait rien à voir avec les attaques. Étant un soldat loyal, il garderait longtemps pour lui ses opinions personnelles.

« Il ne voulait pas faire de vagues » dit le père de Buswell. « Comme nous tous, il était un peu en état de choc après ce qui était arrivé » et comme il le dit à son père, son job était de servir. Il était fier de le faire, et peu importait qui dirigeait la politique.

Au moment où il fut transféré à Fort Sam Houston, Buswell avait des opinions solidement ancrées sur ce qui s’était passé. Il en était arrivé à croire que l’attaque du World Trade Center avait été facilitée par des personnes à l’intérieur et que les avions qui s’étaient écrasés dans les tours n’étaient qu’un élément d’une attaque plus complexe. Ce militaire de carrière devint effectivement un membre de ce qui est connu comme le « 9/11 Truth Movement », le Mouvement pour la Vérité sur le 11/9 qui a continué de grandir en dépit de la couverture de l’actualité par les médias qui ont généralement refusé de prendre ces questions au sérieux. Le Mouvement inclut de nombreux groupes, depuis ceux qui épousent des théories plutôt plausibles jusqu’à des farfelus qui parlent d’armes de l’espace abattant les tours de New York. Les sceptiques incluent aussi des gens comme Mark Cuban, propriétaire de l’équipe de basket Dallas Maverick, qui accepta récemment de distribuer Loose Change Final Cut, un film de la théorie de la conspiration, ou les acteurs Charlie Sheen et Rosie O’Donnell, dont les opinions dissidentes au sujet du 11/9 ont fait l’objet d’une large publicité.

A la lumière de son nouveau travail, il a partagé avec Torres sa conviction que des faits contredisaient la version officielle. Buswell voulait s’assurer que ses supérieurs étaient au courant de son point de vue. Il alla consulter l’Adjudant-Chef Mario Torres, un conseiller juridique de sa division de Fort Sam Houston. Buswell dit à Torres qu’il n’était plus disposé à écrire des rapports ou à faire des discours qui lui imposaient de dire des choses qu’il ne pensait pas à propos du 11/9. Il partageait avec Torres la conviction que les faits contredisaient de larges pans du récit officiel sur ce qui était arrivé ce jour-là _ appelant cela un « inside job » (un complot intérieur, NDT)— l’une des principales convictions de nombreux membres du Mouvement pour la Vérité. Pour Torres, il n’y avait pas de problème : Buswell ne travaillerait sur rien qui soit en rapport avec le 11/9, lui dit-il, et il compara le point de vue du sergent sur la version officielle à la préférence pour la bière au lieu du vin. Ses préoccupations dissipées, il alla au travail.

C’est seulement quelques semaines plus tard, en août 2002, que Buswell reçut l’e-mail qui fit dérailler sa carrière. Le message non sollicité lui fut envoyé à lui et à 38 autres destinataires par quelqu’un qui se présentait comme Larry Anderson. Aucune personne de ce nom ne pouvait être localisée au fort de San Antonio, et les supérieurs de Buswell ont refusé de commenter ou de s’exprimer à propos de l’expéditeur de ce message électronique.

Comme sujet, l’e-mail indiquait: « F4 contre mur de béton ». Le message se référait à la « logique largement cinglée » selon laquelle il y aurait eu une conspiration dans l’attaque du 11/9 contre le Pentagone, parce qu’il n’y avait prétendument pas assez de débris apparents pouvant indiquer que le bâtiment avait été frappé par un avion de ligne. Anderson se référait à une séquence de film présentant, disait-il, un test d’ingénierie dans lequel un chasseur à réaction F4 Phantom s’écrasait à 800 kmh contre un mur de béton hautement renforcé entourant un site de réacteur nucléaire. Selon Anderson, le jet « se vaporisait », expliquant ainsi l’absence d’épave d’avion au Pentagone.

Un peu plus tard ce jour-là, Buswell commit la même infraction qu’Anderson : depuis son ordinateur de travail, il envoya une réponse à tous les destinataires du message initial. Le crime de Buswell fut de cliquer sur le bouton « répondre à tous » — une erreur qu’il regrette encore !

La comparaison entre le F4 et un 757 frappant le Pentagone, écrivit-il, « sert seulement à embrouiller la question » parce qu’un chasseur à réaction frappant un obstacle en béton renforcé selon les normes de protection de confinement nucléaire, c’est très différent d’un avion de ligne frappant le Pentagone. La vraie question, disait Buswell, était que le récit officiel de ce qui est arrivé ce jour-là « est truffé d’erreurs »

« Nous savons tous que 2 avions ont frappé le World Trade Center, nous l’avons vu » continuait-il « Nous n’avons pas vu le 757 frapper le Pentagone et n’avons pas vu non plus le crash de l’avion à Shanksville, en Pennsylvanie. Les zones des deux crashs, Pennsylvanie et Pentagone, n’ont pas la signature révélatrice d’un impact de jumbo-jet ! »

« Le Pentagone devrait avoir un énorme impact d’ailes sur cette façade ; ce n’est pas le cas ! A Shanksville, il aurait dû y avoir un grand champ de débris ; il n’y en avait pas ! »

Il en arriva à exprimer des doutes sur le fait que « quelques Arabes dans des cavernes avec des téléphones portables » aient été responsables de cette tragédie.. « Je veux dire, combien d’Arabes ont tiré bénéfice du 11/9 ? » demandait Buswell. « Ils ont davantage de guerres, plus de morts, et des conditions de vie lamentables. Alors, quel fut le bénéfice pour eux ? Réponse : Rien. Et à qui le 11-Septembre a-t-il bénéficié ? La réponse est triste, mais simple : Le Complexe Militaro-Industriel, » L’idée d’un complot du 11-Septembre, ajouta-t-il, n’est « ni un Grand Délire… ni même une Simple Folie »

« Citoyens, mes amis, nous avons été trompés ! » écrit-il. « Nous devrions demander une nouvelle enquête indépendante, et nous intéresser à toutes les hypothèses à propos de ce jour-là… Même les théories plus incroyables doivent être examinées. »

Ce n’est pas là une opinion que l’on attendrait d’un militaire de carrière ! — mais par contre exprimer ses opinions, surtout si elles sont dissidentes, c’est très américain. L’échange d’e-mails n’avait pas paru particulièrement important à Buswell, dit-il plus tard à sa famille. Il en jugea différemment le lendemain matin.

Sa clé n’ouvrait plus la porte de son bureau !


Buswell a dit à son père que c’était un honneur de prendre soin des blessés

Pour Buswell, ce fut le premier indice que quelque chose n’allait pas. Peu de temps après, on l’informa qu’une «  Enquête 15-6 » avait été ouverte concernant son utilisation du réseau de messagerie électronique de l’Armée. C’est la même désignation d’enquête que celle pour le scandale des tortures à Abou Ghraib.

Quelques jours plus tard, Buswell fut informé de la suppression de son certificat de sécurité, puis soumis à un examen minutieux marqué d’intimidation, et séparé des autres membres de sa division du renseignement quand il fut relégué à un travail de secrétariat pendant que l’enquête se poursuivait. Il fut viré de son travail et rétrogradé au grade de sergent.

Dans une lettre désignant le Major Edwin Escobar pour conduire les investigations, le colonel Luke Green, chef d’état-major de la 5ème armée, écrivit ceci : « SFC Buswell a désobéi au règlement général en utilisant son compte de messagerie pour envoyer des messages déloyaux envers le gouvernement, avec l’intention de provoquer déloyauté et désaffection envers les États-Unis, d’une manière qui a jeté le discrédit sur l’Armée des États-Unis »

Green ajoutait que Buswell « prétend qu’il a des informations prouvant une conspiration du complexe militaro-industriel US pour attaquer des cibles aux États-Unis (c.-à-d. le Pentagone), opinions qu’il exprime publiquement au travers du système de messagerie du gouvernement. »

Cependant, aucun autre document relatif à l’enquête ne mentionne les opinions de Buswell ou la question de sa loyauté. Officiellement, il fut uniquement accusé d’avoir violé la politique de l’armée concernant l’utilisation de son réseau de messagerie électronique. Winthrop Buswell dit que son fils avait reconnu cette infraction, mais avait aussi noté que c’était la première fois qu’il entendait dire que cette règle était appliquée.

Green, à la demande du Lieutenant général Robert T. Clark, général adjoint commandant de la Ve Armée, a ordonné que Buswell subisse un examen psychiatrique. Cependant, le médecin chargé de la Division Santé Mentale du centre médical a refusé de le soumettre aux tests en disant que les actions de Buswell ne justifiaient pas cet examen.

Buswell riposta. Il contacta le Représentant du Congrès Charles A. Gonzales de San Antonio pour enregistrer une plainte. Gonzales demanda ensuite à l’armée des informations sur l’enquête, mais selon ses assistants aucune autre action n’a été entreprise. La demande a reçu un numéro de cas d’enquête, puis a été rapidement mise de côté.

D’un autre côté, si Buswell a renoncé au moins à l’idée de poursuivre sa carrière dans l’armée, il a rempli les papiers pour sa retraite avec effet début avril 2008.

« Donald m’a exprimé sa déception vis-à-vis de l’armée après tout ce qui est arrivé, » dit son père. « J’ai élevé mon fils dans l’amour de l’Amérique. Il éprouve encore des frissons quand il voit le drapeau flotter ou qu’il entend l’hymne national. Il a consacré sa vie au service de notre pays, pour obtenir quoi ? Seulement d’être jeté comme ça ! Je suis plein d’une immense tristesse »

Quand il sortira, son fils projette de devenir avocat pour le Mouvement pour la Vérité sur le 11-Septembre.

Au cours des 10 derniers mois, Buswell a passé ses journées au centre médical de San Antonio à soigner les anciens combattants, blessés de guerre en Irak.

« Dans l’ensemble, le service a été plutôt bon pour Donald » affirme son père, le vieux Busvell, artiste-peintre et ingénieur mécanicien du rail retraité, de Loudon, New Hampshire. Il n’aurait pas fait carrière ailleurs même si cela n’avait pas été le cas, mais après toutes les controverses et l’enquête, ce qui me surprend le plus c’est la façon dont il a réagi lorsqu’il a été viré. Quand ils l’ont assigné au centre médical , il m’a dit «  Papa, je considère vraiment cela comme un honneur. Qu’une tâche aussi importante me soit confiée comme une sorte de punition à mon encontre, c’est déroutant, mais c’est vraiment un honneur pour moi d’aider ces hommes et ces femmes en ce moment ».

D’un autre côté, dit le vieux Buswell, l’empathie de son fils envers les soldats confiés à ses soins n’est pas surprenante.

« Il apporte un grand réconfort aux soldats » dit Winthrop « Il a une bonne écoute et sait ce qu’ils traversent, après avoir été en Irak et avoir été blessé lui aussi. Ils l’apprécient vraiment. »

Les membres de sa famille disent que c’est conforme à l’évolution générale de Buswell, un type qui remit à Darren Cunningham un cadeau de Fête des Pères de la part de sa fille, en 2004, et qui donna même des conseils à son ami au sujet de l’éducation de sa fille, laquelle lui était devenue passablement étrangère quelques années plus tôt.

« Je ne sais pas ce que j’ai fait dans ma vie pour mériter la bénédiction d’avoir Donny à mes côtés pour m’aider moi et ma famille à faire face à la perte de Darren, » dit Glenn Cunningham, frère aîné de Darren. « J’admire et je respecte Donny pour cela, à cause de ses principes. Certaines personnes n’ont pas le sens de l’honneur qu’a Donny. Et vous savez, Donny dit parfois des choses qui lui amènent des ennuis, mais il les dit parce qu’il sent que c’est la chose juste à faire. Et je respecte profondément cela ».

Encore actuellement, Winthrop Buswell dit que son fils ne peut toujours pas croire que l’armée lui soit tombée dessus si durement pour avoir partagé une opinion largement répandue à travers les États-Unis.

« Donald n’a vraiment rien fait de mal » dit son père. Il a répondu à un e-mail. Combien, parmi nous, dans la vie civile, répondent aux messages envoyés par des amis ou des collègues de travail ? Est-ce vraiment un crime ? Il est convaincu, comme je le suis aussi, que les attaques du 11-Septembre ne sont pas ce qu’elles semblent. » « Nous aimons ce pays. J’ai même voté pour Bush en 2000. Je dois dire que je le regrette. »

Il partage nombre de doutes et de questions de son fils au sujet de ce qui est arrivé il a six ans.

« Lorsque vous jetez un regard en arrière sur cette journée — cette terrible journée — cela semble presque comme dans une autre vie, déjà loin. Donald pense que des bombes ont été placées dans les tours et que l’enquête a dévoilé un bon nombre de caractéristiques très louches. Comme, par exemple : Comment le feu pouvait-il fondre l’acier du cœur des tours ? Ou pourquoi la Commission n’a-t-elle pas parlé du WTC7 ? Ce bâtiment s’effondra à 17 heures, mais nous ne savons pas pourquoi. Et s’il est vrai, comme nous l’avons entendu récemment, qu’un professeur de la Brigham Young University a trouvé des agents chimiques de coupe dans l’acier fondu des tours, pourquoi cela soulève-t-il des cris d’orfraie ? La possibilité existe qu’il y ait là beaucoup plus que ce que l’on nous en a dit ! »

Tout le monde ne partage pas les vues de Buswell parmi ses proches. Glenn Cunningham, qui est devenu un ami proche, un peu comme l’était son frère Darren, n’est pas très preneur des théories de la conspiration. « Je ne suis pas partisan de la théorie de la conspiration, mais d’après ce que dit Donny, les choses semblent discutables, mais je n’ai pas regardé ça de près. Je ne suis dans aucun mouvement…. Et je ne parviens pas à imaginer ce que les gens s’attendent à en voir sortir. Bien entendu, je désire connaître la vérité, la vérité c’est important ! S’ils mentent pour couvrir quelque chose, nous devons le découvrir. Mais alors quoi ? »

Winthrop Buswell n’élève pas la voix quand il parle du 11-Septembre. Il soulève juste des questions et encourage les autres à faire de même — et c’est tout ce que mon fils a fait, dit-il «Je prie pour que Donald n’ait pas de difficultés supplémentaires pour s’être levé et avoir parlé selon sa conscience. Je souhaite que nous ne soyons pas tous emportés par cette affaire. Mais nous sommes en plein dedans ! Alors,qu’allons-nous faire ? »

« Donald m’a dit un jour, ‘Papa, je déteste me sentir comme ça, je déteste ça, et si je me trompe, alors bigre ! je n’en finirai pas de m’excuser ! Mais je ne peux pas nier où les faits nous ont conduits. Et je ne peux te dire à quel point je suis déçu. Les preuves sont tout simplement si évidentes, que les questions doivent être posées’ »

« C’est triste, mais je suis d’accord avec mon fils, » conclut Winthrop Buswell «  Je veux la vérité ! Pas moins ! Nous devrions tous vouloir cela ! »
 

Par Stephen C. Webster.
Publié originellement le 30 mai 2007 en couverture de l’hebdomadaire
Fort Worth Weekly.
Repris en septembre 2009 sur
The Webster Retort

Traduction par René M. et Stéphane Barthe pour ReOpenNews

La base arrière-avancée de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran investie par les forces gouvernementales irakiennes

La base arrière-avancée de l’Organisation des Moudjahidine* du Peuple d’Iran (OMPI), a été investie par les forces gouvernementales irakiennes le mardi 28 juillet 2009

  

L’OMPI ou MeK1, Moudjahidine du Peuple d’Iran, organisation militaire et sectaire protégée par Saddam Hussein, avait été, après la chute du dictateur, désarmée, mais conservée au chaud  par les troupes d’occupations anglo-saxonnes jusqu’au 28 juillet 2009, date de la prise de contrôle du camp par les forces irakiennes en application de l’accord de sécurité de novembre 2008 passé entre Washington et Bagdad.

Au printemps 2003, forts d’environ de 2400 combattants entraînés et fortement disciplinés, perinde ac cadaver, les Moudjahidine disposaient encore de matériels offensifs lourds, artillerie et blindés, constituant ainsi une force d’intervention opérationnelle autonome susceptible d’intervenir en territoire iranien, comme ce fut le cas lors de l’offensive « Lumière éternelle » de l’été 1988 lancée peu avant la signature du cessez-le-feu  entre Bagdad et Téhéran.  

Bien qu’inscrite sur les listes du terrorisme international, l’OMPI bénéficie ouvertement, aujourd’hui plus que jamais, de forts appuis politiques dans les grandes capitales européennes. Tout comme à Washington où des groupes de pression institutionnels, remarquablement organisés et actifs tels le CNRI, le Conseil national de la résistance, servent de vitrine honorable à l’Organisation et de caisse de résonance aux campagnes lancées contre la République islamique. Leurs porte-parole officieux occupent ainsi une place importante sur les antennes de Voice of America dont les émissions à destination de l’Iran parviennent à échapper, selon toute apparence, au brouillage classique.

Dès avant même la Révolution de 1979, à l’époque où Zbgniew Brzezinski convainc le président Carter d’abandonner Reza Chah, au moment où celui-ci laissait paraître des velléités de renationalisation du secteur pétrolier, les É-U auraient commencé à soutenir, voire encourager, l’activisme terroriste des Moujahiddin e-Khalq dans la perspective d’établir une « République iranienne orientée vers le fédéralisme ». Un choix « fédéral » clairement inscrit dans la charte constitutive du mouvement et dont la logique implicite est celle d’un éclatement de la nation iranienne en provinces autonomes. Constatons que l’apparent échec de la politique américaine ces trente dernières années, en Iran et dans la Région (un fiasco sur lequel d’ailleurs nul n’insiste outre mesure), n’a cependant pas influencé l’Administration américaine quant à ses objectifs généraux ; ni à renoncer ou à modifier un projet qui poursuit vaille que vaille son bonhomme de chemin, qui en fait a pris un nouvel élan avec l’ouverture du dossier du nucléaire militaire en 2004 par le truchement de l’OMPI/CNRI, ce qui n’est sans doute pas une simple coïncidence.

Or, il semble que ce ne soient pas des considérations purement humanitaires qui aient uniquement prévalu dans le maintien des troupes, certes désarmées, de l’OMPI au Kurdistan irakien, cela jusqu’au 28 juillet 2009 dans le contexte d’une « réorientation » de la politique américaine à l’égard de l’Iran,  alors que le Parlement irakien avait voté l’évacuation de cette base depuis juin 2007. Il n’en demeure pas moins que le maintien par la précédente administration américaine, d’une force d’intervention aguerrie, certes désarmée, mais susceptible d’être réactivée, est un aspect du dossier qu’il convient de garder présent à l’esprit.  Une force supplétive entraînée et disciplinée, pouvant être rendue opérationnelle selon des délais raccourcis, aurait pu, le cas échéant, participer à une offensive en territoire iranien comme ce fut le cas en 1989 peu avant la signature du cessez-le-feu irano-irakien, même si alors l’opération se solda par un cuisant échec !

Rien n’interdit de penser que telle tentative aurait pu être un jour réitérée à l’occasion d’une crise majeure politique ou militaire voire en cas de conflit, cela en parallèle avec des actions du PEJAK appuyé par le PPK, en vue d’ouvrir un front de diversion sur le flanc ouest du dispositif de sécurité iranien. Hypothèse qui n’a rien d’absurde si l’on considère que d’autres opérations de fixation pourraient simultanément être déclenchées, au Sud, dans le Khouzistan et à l’Est, au Baloutchistan.

Ajoutons que, depuis le Camp Ashraf2, l’OMPI a longtemps assuré un important travail d’écoute des télécommunications iraniennes (militaires et politiques) au profit du Pentagone en continuation de la mission de renseignement effectuée avant 2003 au profit du régime baasiste. L’OMPI en outre, par le truchement de ses réseaux et relais dans la classe politique occidentale, possède en effet la capacité d’injecter dans les circuits médiatiques internationaux, des informations obtenues par des canaux parallèles tels la NSA ou le Shin Beth, permettant aux  sources originales, par ce biais, de rester dans l’ombre. Un rôle de collecteur de renseignements stratégiques, mais, tout aussi important, une activité de diffuseur, de relais et de chambre d’écho, essentielle dans le cadre des stratégies indirectes mises en œuvre pour créer les conditions d’un changement de régime et faire évoluer la nation iranienne vers un fédéralisme de marché.

Interrogé sur ses sources, l’OMPI déclare faire appel au secteur privé pourvoyeur de renseignements à caractère stratégique, notamment au marché libre des images satellitaires.  Ainsi, les premières révélations relatives au programme nucléaire iranien, le 14 août 2002, interviennent par le canal d’Ali Reza Jafarzadeh, analyste attitré de la chaîne Fox News et membre des Moudjahidine du Peuple. De la même façon Ali Safavi , lui aussi membre des Moudjahiddine du peuple, et qui va créer à Londres en 2003, le Near East Policy Research dont les programmes sont focalisés sur les « droits de l’homme, les menaces régionales tels le terrorisme et la prolifération nucléaire, l’expansion de l’extrémisme religieux, la construction de la démocratie et les défis économiques », remet en août 2002, à Vienne, à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), des clichés satellites relatifs aux installations de retraitement iraniennes, images qui donnent le coup d’envoi de la campagne dirigée contre l’Iran de cette date à aujourd’hui. Campagne internationale relative au programme nucléaire iranien, l’ensemble constituant un ensemble détonnant pouvant éventuellement déboucher sur la « guerre » selon les propos du ministre français des Affaires étrangères, M. Kouchner, en septembre 2007 !  

Reste que, depuis le 3 décembre 2007 et le rapport du NIE, il serait loisible de supposer que  ces révélations quant au caractère offensif du programme nucléaire iranien, pourraient n’avoir été qu’un élément de manipulation parmi d’autres mesures actives, initiées dans le cadre d’un  ambitieux plan de déstabilisation de la République islamique. Comme précédemment évoqué, dans l’hypothèse d’un changement de régime en Iran, l’OMPI pourrait être appelée à occuper une certaine place – au moins dans la phase de transition — dans la construction d’un État fédéral iranien, l’une des idées organiques de la « Constitution » interne du mouvement.

En tant qu’organisation militaire (l’arrière-salle de la vitrine politique plus familière aux élus européens), et à l’instar du PKK, l’OMPI demeure de toute évidence l’un des atouts dont disposent les É-U dans leur guerre cachée pour le démembrement de la puissance iranienne. Il ne s’agit évidemment pas d’une simple hypothèse d’école, mais d’une tendance géopolitique  inscrite dans la longue durée contemporaine et dont nous voyons ici et maintenant les effets, avec pour preuve de la remarquable efficacité dont l’Administration américaine a fait preuve dans le dossier des Balkans : en effet, il n’aura fallu que quinze ans pour achever, avec l’indépendance du Kosovo en février 2008, le démantèlement de la Fédération yougoslave, puissance régionale et ex-pourvoyeur d’armes de l’Irak baasiste.

L’OMPI, quoique privée de sa base arrière-avancée en territoire irakien, n’en demeure pas moins un atout, une carte de réserve importante en raison de son organisation et de sa pénétration de l’establishment occidental européen et nord-américain (indépendamment du camp Asraf liquidé à bon escient, c’est-à-dire en temps opportun selon l’agenda du Département d’État) car pouvant être appelé à jouer un rôle similaire à celui du Congrès national irakien que Washington avait instrumenté aux fins de justifier son invasion de l’Irak  en 2003. Cela indépendamment du fait que le 7 mai 2009, cent trois eurodéputés issus de 24 États membres de l’UE aient envoyé un message au Président Obama pour lui demander d’imiter l’exemple européen en effaçant l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran de la liste des organisations terroristes.

Jean-Michel Vernochet pour Geopolintel, le 9 août 2009


Notes :

* Moudjahidine étant le pluriel de « moudjahid » ne prend pas de "s" ; tout comme taliban est le pluriel de taleb.

1 – L’Organisation des Moudjahiddines du peuple d’Iran, les Mujaheddin-e-Khalq (MeK), se présente comme un mouvement de résistance armée au régime des mollahs. À l’origine mouvement islamo-marxiste d’opposition à la monarchie Pahlavi, après avoir collaboré à la Révolution islamique en 1979, ses positions se sont ultérieurement radicalisées jusqu’à une pratique revendiquée et assidue du terrorisme contre les intérêts iraniens, en particulier depuis leur sanctuaire irakien du camp Asraf, ceci sous couvert du régime baasiste. Catalogué « organisation terroriste » depuis mai 2002 par l’UE, l’OMPI, grâce à d’efficaces actions de lobbying (par exemple en ralliant à sa cause l’ancien Premier ministre et commissaire européen Édith Cresson), est parvenu en 2009 à se libérer de cette étiquette infamante, pourtant, dans son cas, largement justifiée. Rappelons qu’en 1971 les Moudjahidine du Peuple inaugurent leur lutte armée en tuant 6 conseillers américains ; le 28 juin 1981 le MeK revendique un attentat qui décime les dirigeants du Parti de la République Islamique, tuant l’ayatollah Behechti ainsi que quatre ministres, six vice-ministres et le quart du groupe parlementaire du PRI, soit 72 morts au total. Une organisation terroriste et sectaire donc qui en juin 2003, après les arrestations de leurs dirigeants en exil à Auvers-sur-Oise, en France, à l’initiative du juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière, suscite chez ses militants une vague d’immolations par le feu à Paris, à Rome, Londres, et Bruxelles; sacrifices fanatiques et commandés qui ont fait en France l’objet d’un procès à l’automne 2007.

2 – Construit dans les années 80 et situé dans le gouvernorat de Diyala, à 100 km de la capitale irakienne et à moins de 80 km de la frontière iranienne, la prise de contrôle par la force (un millier d’hommes) du camp Asraf où se trouvait regroupé quelque 3500 combattants et cadres des MeK (désarmés par les forces d’occupation en 2003), aurait occasionné 200 blessés parmi les Moujahidine du peuple d’Iran et 60 parmi les membres des forces de sécurité dont 20 grièvement. Une prise de contrôle qui s’inscrit dans le cadre de l’accord de sécurité signé en novembre 2008 entre Washington et Bagdad et aux termes duquel l’autorité sur le camp devait passer aux forces irakiennes. On imagine mal cependant que ce tardif passage à l’acte, le 28 juillet 2009, ait relevé de la seule initiative du gouvernement Al Maliki, autrement dit sans feu vert de l’Administration américaine… laquelle se défausse, au moment opportun choisi par elle, d’une carte devenue sans valeur. Également, une concession irakienne à Téhéran, qui ne coûte guère à Bagdad mais constitue un indéniable élément de satisfaction pour les Iraniens dont s’était là une demande aussi pressante que récurrente.

Plus de cinquante ans de « coups tordus » : L’équipe de choc de la CIA

Si l’on a retenu la présence massive de Cubains de l’exil dans la tentative d’invasion de la baie des Cochons en 1961, on connaît moins leur rôle dans les opérations ultérieures de la Central Intelligence Agency (CIA). Du Chili au Nicaragua en passant par le Vietnam, à travers coups d’Etat, assassinats de dirigeants, trafics d’armes et de drogue, ils ont été l’un des instruments les plus secrets et les plus meurtriers de la politique étrangère américaine.


John Negroponte, ex-ambassadeur et protecteur des escadrons de la mort au Honduras,
ex-ambassadeur en Irak, ex-directeur du renseignement national US…

« Notre seul délit a été de nous donner nos propres lois, notre crime a été de les appliquer à l’United Fruit. » Elu président du Guatemala en 1951, Jacobo Arbenz, entre autres mesures progressistes, promulgue une réforme agraire. Le 4 mars 1953, il exproprie partiellement la compagnie bananière américaine United Fruit, la privant de 84 000 hectares sur 234 000. Les 17 et 18 juin 1954, une armée mercenaire venue du Nicaragua et du Honduras pénètre au Guatemala et, le 27 juin, renverse Arbenz. Le secrétaire d’Etat américain John Foster Dulles et son frère Allen, directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), sont alors tous deux actionnaires de l’United Fruit ! L’opération — nom de code PB/Success — a bénéficié de la participation active d’une « équipe de choc » de la CIA qui va traverser les décennies.

Venant après le renversement en Iran du dirigeant nationaliste Mohammad Mossadegh, le 19 août 1953, PB/Success fait à la CIA une réputation d’invincibilité et devient un modèle pour ses opérations clandestines dans le monde entier. En mars 1960, le président Dwight Eisenhower donne son feu vert à une nouvelle action destinée, cette fois, à déstabiliser Cuba, où la révolution a triomphé le 1er janvier 1959. La plupart des agents qui ont participé au renversement d’Arbenz se retrouvent responsables du « projet Cuba ». Il s’agit notamment, et à leur tête, de Richard Bissell, numéro deux de la CIA ; de Tracy Barnes, qui assume la constitution de la Cuban Task Force ; de David Atlee Phillips, responsable de la guerre psychologique ; de Howard Hunt, chargé de former le « gouvernement cubain provisoire ». Deux jeunes gens se joignent au groupe : M. Porter Goss, officier du contre-espionnage de l’armée, et M. George Herbert Walker Bush (1). Ce dernier aide à « recruter des exilés cubains pour l’armée d’invasion de la CIA (2) ».

Le 17 avril 1961, les quelque mille cinq cents hommes de cette armée, la brigade 2506, débarquent dans la baie des Cochons. Après leur défaite, en moins de soixante-dix heures, les numéros un et deux de la CIA, Dulles et Bissell, doivent démissionner.

Ulcéré par cette déroute, le président John F. Kennedy octroie un pouvoir exorbitant à l’Agence, décision qui affectera les affaires du monde pendant longtemps (3). Ministre de la justice et frère du président, Robert Kennedy supervise une nouvelle agression contre Cuba. Miami devient l’épicentre de la plus grande opération paramilitaire — JM/WAVE — jamais montée sur le sol américain. A sa tête, Theodore « Ted » Shackley et M. Thomas « Tom » Clines. Le groupe reçoit notamment le renfort du général Edward Lansdale, arrivé d’Indochine, où il a travaillé avec les services secrets français impliqués dans la guerre coloniale ; de M. Richard Secord, officier de l’US Air Force ; et de David Sánchez Morales, officier du contre-espionnage de l’armée.

Formés à la contre-guérilla

Lorsque, le 14 octobre 1962, éclate la « crise des fusées », Washington exige que les missiles balistiques installés par l’Union soviétique à Cuba soient retirés. Moscou cède, à condition que les Etats-Unis s’engagent à ne pas envahir l’île (et à renoncer à leurs propres missiles en Turquie). Kennedy accepte et ordonne de démanteler JM/WAVE.

La révolution cubaine n’en amène pas moins Washington à modifier radicalement sa stratégie de sécurité régionale. La restructuration des armées latino-américaines commence, et un centre d’entraînement et d’endoctrinement — l’Ecole des Amériques — voit le jour dans la zone américaine du canal de Panamá. Lorsque Kennedy est assassiné, le 22 novembre 1963, à Dallas (Texas), sa doctrine de sécurité nationale est déjà en place. Le renversement du président brésilien João Goulart, le 31 mars 1964, donne le signal d’une série de coups d’Etat et marque le début des disparitions et tortures d’opposants politiques, de façon massive et sophistiquée.

Cette nouvelle stratégie ne peut négliger l’expérience des agents cubains de la JM/WAVE, ni celle de certains des mille cent quatre-vingt-neuf hommes capturés lors de la tentative d’invasion de la baie des Cochons et de retour aux Etats-Unis en décembre 1962 (4). Environ trois cents d’entre eux, quasiment tous cubains (puis, dans la plupart des cas, cubano-américains par l’obtention de la nationalité du pays d’accueil), reçoivent une formation d’officier dans les académies d’opérations spéciales de Fort Benning (Georgie), Fort Mayers (Floride), Fort Peary (Virginie), etc. D’autres sont envoyés à Fort Gulick (Ecole des Amériques), pour être formés à la contre-guérilla. Ils s’appellent José Basulto, Jorge Mas Canosa (5), Francisco « Pepe » Hernández (6), Luis Posada Carriles, Félix Rodríguez Mendigutía, etc. Censés ne jamais émerger de l’anonymat, leurs noms défraieront bientôt régulièrement la chronique. « L’Amérique du Sud sera le “Far West” où ils tiendront le rôle de pionniers (7) » ; et, par leurs actions clandestines, ils « brilleront » même bien au-delà.

Par exemple, dans l’ex-colonie belge du Congo. Ils y débarquent fin 1962 pour fournir, entre autres, un soutien aérien aux forces du futur dictateur Joseph-Désiré Mobutu. Les avions appartiennent à Air America, compagnie récemment constituée et propriété de la CIA. Au sol, les hommes constituent la compagnie 58, chargée de pister et de poursuivre, sans succès, Ernesto Che Guevara et un petit groupe de révolutionnaires cubains. A la demande de Laurent-Désiré Kabila, le Che est en effet arrivé fin avril pour conseiller en techniques de guérilla ceux qui combattaient Mobutu (8).

Cette équipe de choc se renforce définitivement au Vietnam. Elle reprend et développe les méthodes des forces spéciales françaises vaincues, en finançant des opérations sales avec l’argent du trafic d’opium laotien et birman (là encore avec les avions d’Air America). On retrouve les hommes de JM/WAVE : Shackley, Clines, Sánchez Morales, Secord, « Ed » Dearborn, Rodríguez Mendigutía, en compagnie de M. Donald Gregg, inspecteur des agents de la CIA ; de M. John Dimitri Negroponte, « conseiller politique » de toute l’opération ; du général John Singlaub, ancien chef de la CIA en Corée ; de Lansdale, chargé des opérations depuis le Pentagone ; et de M. Oliver North, du service de renseignement de l’US Navy. En 1968, William (« Bill ») Colby est envoyé sur place pour diriger l’Accelerated Pacification Campaign (nom de code : Phoenix). Objectif : terroriser la population civile afin de neutraliser la résistance vietnamienne. En presque quatre ans, environ quarante mille suspects seront tués.

C’est toutefois sur un autre continent que l’équipe va connaître son succès le plus spectaculaire. En mars 1967, parmi la vingtaine d’hommes des forces spéciales américaines qui débarquent en Bolivie pour poursuivre Che Guevara, figure le Cubain Rodríguez Mendigutía. Lorsque le Che, blessé, est capturé le 8 octobre 1967, c’est lui qui transmet l’ordre de le tuer.

Trois ans plus tard néanmoins, la CIA ne peut éviter l’élection du socialiste Salvador Allende à la présidence du Chili. Richard Nixon ordonne à l’Agence d’empêcher son entrée en fonctions. L’équipe envoyée sur place échoue, mais parvient à assassiner le commandant en chef des forces armées, le général René Schneider, loyal à Allende. Son successeur s’appellera Augusto Pinochet. De nouveau, Phillips et Sánchez Morales figurent parmi les responsables des opérations sur le terrain. Devenu chef de la direction de l’Hémisphère occidental de la CIA grâce à son travail sur Cuba et au Vietnam, Shackley est chargé de la déstabilisation du gouvernement. Il nomme Clines pour qu’il se concentre sur le « cas Allende (9) ». Sous-directeur des opérations spéciales, Colby chapeaute l’ensemble. L’organisation de la campagne internationale de diffamation contre le gouvernement Allende incombe à l’ambassadeur américain auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU) : M. Bush.

Allende éliminé en septembre 1973, Pinochet au pouvoir, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si… La CIA devient un objet de scandale et voit ses ailes rognées, une bonne partie de ses crimes étant révélée par la presse et par les commissions d’enquête parlementaires Church (10) et Rockefeller (11). Qu’à cela ne tienne. L’Agence « délègue » une bonne partie de ses actions aux services avec lesquels elle collabore dans le cadre de l’opération « Condor » (12) et à ses agents cubains du Commando d’organisations révolutionnaires unies (CORU). Celui-ci a été fondé en République dominicaine, en mai 1976, sur instructions de la CIA, dirigée du 30 janvier 1976 au 20 janvier 1977 par M. Bush.

A la tête du CORU, dont le financement provient surtout du trafic de drogue (13), se trouvent MM. Orlando Bosch et Posada Carriles. Depuis Caracas (Venezuela), ils organisent l’attentat qui, le 6 octobre 1976, détruit en vol un avion de la Cubana de Aviación (soixante-treize morts). Mais, peut-être parce qu’il a été commis en plein Washington, le crime du binôme Condor-CORU qui causera le plus d’émoi sera, le 21 septembre, l’assassinat de l’ex-ministre des affaires étrangères d’Allende, Orlando Letelier.

Parmi les cinq hommes ultérieurement détenus figurent trois vétérans du « projet Cuba ». La CIA de M. Bush fait son possible pour entraver l’enquête et occulter les preuves. Devenu président, le même Bush amnistiera les coupables, lesquels n’auront passé que quelques années en prison. L’un d’entre eux, M. Guillermo Novo Sampol, sera arrêté au Panamá, le 17 novembre 2000, en compagnie de M. Posada Carriles, alors qu’ils préparent un attentat à la bombe contre M. Fidel Castro, en visite dans ce pays. Condamnés à huit ans de prison le 20 avril 2004, ils seront amnistiés le 25 août suivant par la présidente panaméenne Mireya Moscoso, grande amie des Etats-Unis.

Drogue contre armes

Entre-temps, la guerre de basse intensité de Washington contre le Nicaragua a réuni la plupart de ces agents. Le vice-président Bush supervise les opérations, tandis que MM. Gregg et North, ancien du Vietnam, dirigent le complot. Ambassadeur des Etats-Unis au Honduras — on l’y appelle « le proconsul » —, M. Negroponte transforme ce pays en une plate-forme militaire d’agression, tandis que les escadrons de la mort de l’armée hondurienne — le bataillon 3-16 — répriment l’opposition. Passé de la Bolivie aux rizières asiatiques puis au Salvador, M. Rodríguez Mendigutía ravitaille les contre-révolutionnaires nicaraguayens (la contra) — assisté par M. Posada Carriles (et par M. Basulto en territoire nicaraguayen). Pour lui confier cette mission, la CIA et les milieux anticastristes de Miami ont organisé l’évasion (août 1985) de M. Posada Carriles de la prison vénézuélienne où il avait été incarcéré après l’attentat contre l’appareil de la Cubana de Aviación.

Tout soutien financier aux contras ayant été interdit par le Congrès américain, le vice-président Bush récolte des fonds tous azimuts et par tous les moyens. La vente illégale d’armes à l’Iran, par l’intermédiaire d’Israël, débouchera en 1986 sur le scandale de l’« Iran-contragate ». M. Bush devenu président, la commission du Sénat dirigée par M. John Kerry démontrera l’existence d’une alliance entre la CIA et la mafia colombienne (14). Au Costa Rica, en juillet 1989, MM. North et Secord, entre autres membres des cercles du pouvoir américain, seront formellement accusés d’être responsables du réseau « drogue contre armes » organisé dans ce pays pendant la guerre antisandiniste…

Epurée par le président James Carter à la mi-août 1978, régulièrement mise en cause par des commissions d’enquête officielles ou la déclassification de ses archives (en particulier sous l’administration de M. William Clinton), la CIA, depuis sa naissance en juillet 1947, a certes connu des hauts et des bas. Toutefois, tous ceux qui ont participé aux actions clandestines du groupe de choc constitué en 1954 et élargi au fil des années ont bénéficié d’une constante : l’impunité. Pour n’en citer que quelques-uns, MM. Posada Carriles et Bosch vivent en liberté à Miami. M. Rodríguez Mendigutía, qui fit exécuter le Che, réside dans cette même ville, où il dirige une entreprise de conseil en sécurité. Après avoir été le premier ambassadeur des Etats-Unis en « Irak libéré », puis avoir passé vingt mois comme super-patron des services de renseignement américains, M. Negroponte est devenu numéro deux du département d’Etat en janvier 2007. Quant à M. Porter Goss, présent dans le « projet Cuba » dès 1960, il fut directeur de la CIA de septembre 2004 à mai 2006.
 

Par HERNANDO CALVO OSPINA, publié sur Le Grand Soir, le 23 juin 2009

HERNANDO CALVO OSPINA est journaliste. Auteur de Sur un air de Cuba, Le Temps des cerises, Pantin, 2005, de Rhum Bacardi. CIA, Cuba et mondialisation, EPO, Bruxelles, 2000, et de Colombie. Derrière le rideau de fumée. Histoire du terrorisme d’Etat, Le Temps des cerises, Pantin, 2008.


Notes :

(1) Il ne sera question dans cet article que de M. George Bush père.

(2) Common Cause, Washington DC, 4 mars 1990.

(3) William Colby, Trente Ans de CIA, Presses de la Renaissance, Paris, 1978.

(4) Ils ont été échangés par Cuba contre 54 millions de dollars d’aliments et de médicaments.

(5) Futur président de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA), principale organisation anticastriste basée à Miami, qu’il dirigera jusqu’à sa mort en novembre 1997. La FNCA a été impliquée, entre autres, dans la vague d’attentats qui a affecté La Havane en 1997.

(6) Actuel président de la FNCA.

(7) Jean-Pierre Gillet, Les Bérets verts. Les commandos de la CIA, Albin Michel, Paris, 1981.

(8) Le Che et ses hommes se retireront en novembre 1965.

(9) David Corn, Blond Ghost : Ted Shackley and the CIA’s Crusades, Simon & Schuster, New York, 1994.

(10) Congrès américain, « Select committee to study governmental operations with respect to intelligence activities », 1976.

(11) Publié le 10 juin 1975, sous la présidence de Gerald Ford (1974-1977), le rapport Rockefeller accuse la CIA d’activités illégales « depuis vingt ans ». Les anciens présidents Lyndon Johnson (1963-1969) et Nixon (1969-1974) sont mis en cause.

(12) Coopération des services secrets des dictatures du sud du continent pour la répression et l’assassinat des opposants politiques.

(13) Peter Dale Scott et Jonathan Marshall, Cocaine Politics. Drugs, Armies, and the CIA in Central America, University of California Press, Los Angeles, 1991.

(14) Ibid.

Lorsque les spécialistes de la guerre ont « développé l’expertise », Obama a retourné sa veste

Si les escadrons de la mort formés par la SOA (voir  le récent article de ReOpenNews) étaient destinés à l’action sur le continent sud américain, les mêmes commanditaires, c’est à dire le gouvernement américain, lancent leur Force Spéciale ailleurs dans le monde, là où la soumission des population se fait urgente. Visé cette fois, l’Afghanistan. Le Président B. Obama, vient de cautionner la création d’une nouvelle équipe aux pouvoirs exceptionnels afin de remplacer les incapables qui n’ont su imposer l’hégémonie U.S. dans la région.

"Les Afghans sont au centre de notre mission, ils sont même l’essence de notre mission en réalité, nous devons les protéger de toute violence, quelle qu’en soit la nature." Et : "2009 sera une année cruciale pour la coalition (internationale) et, même si nous agirons avec précaution, nous le ferons sans peur." (Citations  du Général Mcchrystal lors de la cérémonie de passation de pouvoir au QG de la Force Internationale d’assitance à la sécurité (ISAF) de l’OTAN à Kaboul, reprises par levif.be).

Quant à M. Gates, le secrétaire à la Défense du gouvernement Obama,  il n’annonce rien de moins qu’ un bain de sang. Si l’on est loin d’en avoir terminé avec la politique de la terreur instiguée par Bush et Cheney, l’image pacifiste du Président Obama est définitivement balayée.
 


L’empreinte américaine en Afghanistan

Source : LE DEVOIR.com

Marie-Christine Bonzom, Édition du samedi 16 et du dimanche 17 mai 2009 

Le nouveau commandement militaire mis en place par Barack Obama devra appliquer la même tactique que celle utilisée en Irak depuis un an

Barack Obama marque la guerre en Afghanistan de son empreinte. Après avoir annoncé des renforts, il vient de remplacer le général qui commande les troupes américaines et celles des autres pays de l’OTAN. Mais le général qui va désormais diriger la guerre est controversé et la stratégie qu’il va employer inquiète les sympathisants de M. Obama aux États-Unis.

Washington — Le limogeage d’un général qui commande les troupes américaines en temps de guerre est une mesure exceptionnelle. Le départ d’Afghanistan du général David McKiernan (1) est ainsi la première démission forcée d’un commandant depuis celle de Douglas McArthur (2), qui fut «démissionné» par le président Harry Truman en 1951, en pleine guerre de Corée.

«L’exécution de notre nouvelle stratégie en Afghanistan exige un nouveau commandement militaire», explique le porte-parole de la Maison-Blanche. Cette nouvelle stratégie avait pourtant été réclamée dès l’an dernier par M. McKiernan, un général qui s’est illustré en dirigeant l’armée de terre durant l’invasion de l’Irak. Elle se traduira, notamment, par l’arrivée en Afghanistan d’ici l’été de 21 000 soldats qui porteront le contingent américain à 68 000 hommes.

Le nouveau commandant, qui, comme M. McKiernan, supervisera aussi bien les troupes américaines que les 33 000 hommes des autres pays de l’OTAN, y compris les Canadiens, est le général Stanley McChrystal (3), un Béret vert qui a emmené les forces spéciales (4) contre al-Qaïda en Irak entre 2003 et 2008.

À Washington, M. McChrystal est jugé moins «traditionnel» que son prédécesseur. Proche de David Petraeus, ancien commandant en chef en Irak et désormais commandant de toutes les forces américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale, il est considéré comme l’un des membres d’une nouvelle vague militaire, celle d’un Pentagone focalisé, non plus sur les conflits entre États, mais sur les conflits «asymétriques» (5) dans lesquels un État est confronté à un mouvement rebelle ou une insurrection populaire.

«Les guerriers non traditionnels comme McChrystal sont ceux qui s’élèvent désormais aux postes de responsabilité, mais il y a un risque énorme à s’appuyer sur eux parce qu’ils incarnent l’acceptation de cette idée selon laquelle la guerre asymétrique est la voie de l’avenir ainsi que le refus d’examiner les implications de cette approche», indique au Devoir le colonel Andrew Bacevich, professeur de relations internationales à l’Université de Boston, auteur d’ouvrages sur le militarisme et l’impérialisme américains et l’un des principaux détracteurs des guerres d’Irak et d’Afghanistan aux États-Unis.

La méthode irakienne

La mission du général McChrystal sera d’appliquer les tactiques américaines utilisées depuis un an en Irak pour contrer la résurgence des talibans et d’al-Qaïda en Afghanistan. En particulier, l’intégration d’anciens rebelles dans des milices financées par les États-Unis et les opérations-commandos visant à assassiner des responsables des talibans ou du réseau d’Oussama ben Laden.

M. McChrystal a commandé une unité secrète en Irak à laquelle a été attribué l’assassinat d’Abou Moussab Al-Zarqaoui (6), chef du réseau Ben Laden en Irak. Mais les techniques employées par ses hommes sont controversées. Son unité d’élite, composée de 1000 hommes des forces spéciales, s’est distinguée par sa brutalité lors d’interrogatoires de prisonniers,(7) si bien que cinq officiers du général furent inculpés de sévices et que le Sénat prit la mesure inhabituelle de retarder la nomination de M. McChrystal auprès de l’état-major interarmes en mai 2008.

Entre le nouveau commandant et la nouvelle stratégie, les sympathisants de Barack Obama sont mal à l’aise. Le magazine de gauche The Nation voit ainsi dans la nouvelle stratégie une «escalade» et dans la guerre en Afghanistan «un bourbier de plus en plus profond». Le site Internet Slate écrit que «le limogeage de McKiernan signale un changement radical dans la stratégie des États-Unis et signifie que la guerre en Afghanistan devient, sans équivoque, la guerre d’Obama».

Pour sa part, George McGovern, opposant de la guerre du Vietnam et candidat démocrate malheureux à la présidence en 1972, met en garde Barack Obama contre les «pièges de la guerre» et l’exhorte à ne pas oublier les réformes urgentes qui s’imposent aux États-Unis mêmes. Quant au député démocrate du Massachusetts, Jim McGovern (pas de parenté avec le précédent), il se dit «fatigué de ces guerres sans fin, sans stratégie claire et sans plan de sortie».

La déclaration la plus importante de Barack Obama (8) pendant la campagne présidentielle fut sans doute celle dans laquelle il promit de «mettre fin, non seulement à la guerre en Irak, mais aussi à la mentalité qui nous a donné la guerre en Irak». Mais Andrew Bacevich (9), qui a voté pour lui en novembre, déplore le fait qu’«Obama n’a rien fait jusqu’à présent pour mettre un terme à cette mentalité».

«Obama ne fait pas partie du complexe militaro-industriel stigmatisé par Eisenhower (10), mais il ne le défie en rien», poursuit cet ancien du Vietnam qui prône le retrait des États-Unis et de l’OTAN d’Afghanistan, l’abandon de toute velléité de doter ce pays d’un gouvernement centralisé et la «sous-traitance» de la lutte contre les talibans et al-Qaïda à des «seigneurs de guerre afghans que les pays occidentaux paieraient pour cela».
 


 Renvois (par ReOpenNews)

(1) Le Général David Mckiernan
(2) Le Général Douglas McArthur
(3) Le Général Stanley McChrystal
(4) Special Forces ou les Forces Spéciales et Bérets Verts
(5)
Guerre asymétrique et droit international
(6) Moussab Al Zarkaoui
(7) McChrystal et la torture
(8) Obama réafirme son intention de mettre fin à la guerre
(9) Andrew Bacevich : professeur de relations internationales à l’Université de Boston
(10) Video du discour de D. Eisenhower contre le complexe militaro industriel
 


Articles connexes :

 A lire :

A voir :

Budget militaire américain : opération « Vertige »

Enorme, titanesque, éléphantesque ! Comme à l’ordinaire, en cette saison américaine des budgets, on est saisi par le vertige des chiffres : Obama ou pas, c’est la rituelle valse des milliards, notamment au profit du Pentagone et du lobby militaro-industriel, en regard de laquelle les crédits d’aide au développement, au maintien de la paix, au soutien contre les épidémies et catastrophes naturelles, au financement des institutions internationales, etc. paraissent plus que dérisoires. Quelques coupes « cosmétiques » ont bien été opérées par le nouvel exécutif dans les budgets militaires, au titre de la crise financière, et certains programmes réorientés pour tenter de relever le défi « Afpak » [1]. Mais les montants restent astronomiques – les crédits américains de défense représentant toujours plus de 40 % des dépenses mondiales, et le double de l’ensemble des pays de l’Union européenne (le triple si on ne considère que l’équipement).

Le Sénat américain a voté à son tour le 21 mai l’enveloppe supplémentaire de 91 milliards de dollars, demandée par le Pentagone au titre du financement des guerres en Irak et en Afghanistan pour 2009, jusqu’au 1er octobre prochain – entrée en vigueur du prochain exercice budgétaire. Déjà adoptée par la Chambre des représentants, cette rallonge comporte – outre le financement quotidien des opérations en matière de transport, logistique, maintenance, munitions, remplacement de matériel détruit et achats d’équipements complémentaires – un milliard de dollars d’aide pour le Pakistan (400 millions pour le soutien à la contre-insurrection ; 600 au titre du développement), et un milliard également pour l’Afghanistan (agriculture, anti-drogue, réformes démocratiques) – des crédits assortis de la demande d’un rapport du président Obama après un an, pour évaluer les « progrès » d’Islamabad et Kaboul [1].

Contrairement à la Chambre des représentants, le Sénat s’est cependant refusé à une écrasante majorité (90 contre 6) à inclure dans ce budget supplémentaire les 80 millions de dollars demandés pour financer la fermeture annoncée du centre de détention extra-territorial de Guantanamo, sur la côte cubaine. Les sénateurs, hostiles à un transfert sur le sol des Etats-Unis de ces détenus considérés à Washington comme des « combattants illégaux », exigent au préalable d’avoir communication d’un plan du gouvernement sur le sort des prisonniers.

Petites économies

On connaît déjà le montant de l’enveloppe « opérations » (« War funding ») demandée par le Pentagone pour l’exercice 2010 : 130 milliards de dollars, soit 30 % d’augmentation, avec pour la première fois une priorité accordée à la guerre en Afghanistan (65 milliards) où les effectifs militaires américains devraient passer de 45 000 à 68 000 hommes d’ici la fin de l’année, les forces en Irak – dont un retrait partiel est programmé d’ici 2011– devant se contenter de 61 milliards.

A l’intérieur de cette enveloppe, le programme de « réponse urgente du commandement », affecté aux besoins de financement en matière de reconstruction, d’aide humanitaire, etc. – ce qu’on appelle en Europe les actions « civilo-militaires » – ne sera plus partagé à parts égales entre les deux conflits, comme c’était le cas ces dernières années, mais affecté aux quatre cinquièmes à l’Afghanistan (1,2 milliard), tandis qu’un crédit de 700 millions servira à « accélérer le développement des capacités du Pakistan en matière de contre-insurrection, et à financer les opérations qu’il mène en soutien des efforts américains » en Afghanistan [2].

Mais ces 130 milliards « dédiés » ne seront que le complément spécialisé d’un budget de base du Pentagone de 533,7 milliards pour l’exercice 2010, déjà voté par les deux chambres : il est en augmentation de 2 % par rapport à 2009, en dépit des coupes ordonnées par l’administration Obama, qui représentent moins d’une dizaine de milliards d’économies [3], comme par exemple :

  • Arrêt de l’achat d’avions de combat F-22 Raptor, un appareil désormais considéré comme inadapté ;
  • Réduction des services de sous-traitance du Pentagone (notamment en Irak) ;
  • Arrêt du programme de satellite TSAT pour l’Armée de l’air ;
  • Réduction du programme pour la mise au point de nouveaux hélicoptères présidentiels ;
  • Interruption du programme de bombardier du futur (pour remplacer à partir de 2018 les B1, B2 et B-52, conçus à l’époque de la guerre froide) ;
  •  Abandon du projet d’un nouveau modèle de véhicule envisagé dans le cadre du Système pour le combat futur (FCS) ;
  • Arrêt des études sur le Multiple Kill Vehicle, et le Kenetic Energy Interceptor, en raison de difficultés technologiques ; et pause dans le programme Airborne Laser ;
  • Interruption des commandes d’avions-cargo géants C-17 (et donc de la chaîne de fabrication, en dépit de la résistance de certains élus du Congrès) ;
  • Décalage des commandes de navires amphibie, etc.

Priorité à la contre-insurrection

Le secrétaire à la Défense Robert Gates – déjà en poste sous le président George W. Bush – espère réaliser à l’avenir des économies plus substantielles grâce à une réforme en profondeur de la politique d’achats du Pentagone (qui risque de compliquer les affaires de certaines « majors » de l’industrie de l’armement), et souhaite donner dans l’immédiat la priorité budgétaire aux armements destinés à combattre l’insurrection en Irak ou en Afghanistan :

  • Dotation supplémentaire en drones d’observation et de combat Predator, Reaper, Global Hawk ;
  • Remplacement des avions de patrouille P-3C Orion par le nouveau P-8A Poseidon (dérivé du Boeing 737) ;
  • Optimisation des « plate-formes pour le champ de bataille d’aujourd’hui » (numérisation, guerre en réseau), et de la protection du combattant ;
  • Recrutement de 2 400 hommes supplémentaires pour le Commandement des opérations spéciales (+ 4 %), et achat de 9 C-130 spécialisés ;
  • Mise au point de nouveaux véhicules capables de résister aux « explosifs improvisés » (IED), et achat pour l’armée de terre d’un millier de tout terrain protégés contre les mines ;
  • Acquisition d’un millier de véhicules légers Humvee pour les Marines) ;
  • Réorientation de la défense anti-missiles en direction des « rogue threats » (« menaces des Etats voyous »), avec notamment l’équipement de six navires avec le système Aegis (déjà déployé en protection du Japon) ;
  • Renforcement de la flotte de navires de liaison à haute vitesse, et de la flotte de combat côtier (Littoral combat ships) ;
  • Accroissement des capacités du Pentagone en matière de « cyber-sécurité », avec création d’un commandement dédié ;
  • Formation de 150 équipages d’hélicoptères en renfort des effectifs actuels ; etc.

Au total, l’US Army (armée de terre) devrait obtenir 225 milliards de dollars pour l’entretien de ses 547 400 hommes, notamment la modernisation de l’équipement individuel des soldats de ses brigades de combat : ses achat « courants » pour 2010 portent sur 16 000 véhicules, 200 hélicoptères, une centaine de drones …

La Navy (328 000 hommes, et 195 640 employés civils) et les Marines ( dont l’effectif atteint 202 100 hommes) consommeront 172 milliards, achèteront 200 aéronefs, 8 navires, etc.

De son côté, l’US Air Force (330 000 hommes), dotée de 160,5 milliards, s’engage à développer dès 2010 une armée « plus réduite, plus létale, flexible et efficace », en « concentrant la ressource humaine et les dollars sur les capacités critiques concernant le soutien aux combattants » [4].

Face cachée

Depuis 2001, le budget américain de défense a plus que doublé. Depuis 2008, il dépasse les 660 milliards de dollars. Le sous-secrétaire Robert Hale, qui a préparé l’exercice 2010, estime que « le robinet des dépenses ouvert en grand après le 11-septembre commence à se fermer ». Mais, dans l’immédiat, a admis le secrétaire d’Etat Robert Gates, l’inflexion « porte moins sur les lignes budgétaires que sur la façon dont les forces armées américaines envisagent et préparent l’avenir : il s’agit de mettre l’accent sur les conflits auxquels les USA font face aujourd’hui plus que préparer des combats futurs qui ne verront peut-être jamais le jour ». Le Pentagone reconnaît que le budget 2010 vise à rééquilibrer les dépenses en faveur de la contre-insurrection plus qu’à réduire drastiquement son train de vie.

Ce budget, présenté par ses auteurs comme celui de la « réforme », est surtout un budget d’attente : pour cause de nouvel exécutif, la Revue quadriennale sur la défense a été décalée, ce qui a incité les état-majors à la prudence. Ce futur « livre-blanc », qui permettra d’inscrire dans le temps les nouveaux formats de force et l’évolution de leurs matériels, ne sera pas défini avant la fin de cette année, voire le début de l’an prochain. Une refonte des plans à une perspective de 20, voire 30 ans – correspondant aux délais de développement des équipements majeurs – est également en chantier. Seuls ces deux types de programmation permettront de dessiner avec précision les contours des futurs outils de défense – ou d’attaque ! – d’une nation qui ne renonce pas à ses prétentions impériales.

Par ailleurs, rien n’est dit au sujet des dépenses de défense incluses dans les budgets des autres départements ministériels. L’analyste Chalmers Johnson [5] qui s’est fait une spécialité de dénoncer les artifices utilisés pour masquer la taille véritable de l’empire militaire américain, estimait que – pour l’exercice 2008, par exemple – 23 milliards de dollars au sein du budget du département de l’énergie allaient en fait aux applications militaires nucléaires (minerai, ogives, etc.), 25 milliards du département d’Etat consistaient en crédits d’assistance militaire (Israël, Egypte, Bahrein, etc.), et des dizaines d’autres milliards étaient nichés dans les crédits des anciens combattants, du département de la sécurité intérieure, des fonds de retraite du Trésor, de l’agence spatiale NASA, ou servaient aux activités paramilitaires du FBI et de la CIA, etc., si bien que l’ensemble des dépenses américaines pour son institution militaire – « prudemment calculées », affirme l’universitaire – devaient être en fait de plus de 1 100 milliards de dollars. Il n’y a pas de raison qu’il en soit différemment pour l’année 2010…
 

Par Philippe Leymarie, le samedi 23 mai 2009 pour le blog "Défense en ligne" du Monde Diplomatique
 


Notes

[1] L’acronyme « Afpak », contraction d’Afghanistan-Pakistan, symbolise l’approche régionale retenue par le président Barack Obama pour le règlement de la crise afghane. Voir « Afghanistan-Pakistan, “mission impénétrable” », Nouvelles d’Orient, 23 février 2009 et « The AfPak Paradox » sur le site du think tank Foreign policy in focus.

[1] Un montant à rapprocher des deux milliards de dollars adjoints à cette rallonge budgétaire militaire au titre de … la lutte contre la grippe porcine.

[2] Au titre de son approche régionale de la crise afghane, le président Obama a promis une assistance militaire et une aide financière de 1,5 milliards de dollars sur cinq ans au voisin pakistanais, devenu la base arrière d’une partie des rebelles afghans.

[3] La totalité du budget fédéral américain pour 2009-2010 se monte à 3 400 milliards de dollars.

[4] Documents budgétaires de l’US Air Force. Voir Defense news.

[5] Voir « Chalmers Johnson on the Cost of Empire » sur Truthdig.com ; « Chalmers Johnson : Nemesis : The Last Days of the American Republic » sur la République des Lettres ; et « Tomgram : Chalmers Johnson, How to Sink America » sur TomDispatch.com. Lire Chalmers Ashby Johnson, Nemesis : The Last Days of the American Republic, Metropolitan Books, 2007. Engagé dans la guerre de Corée, consultant de la CIA, spécialiste de l’Asie, il a enseigné à l’université de Berkeley-Californie.

 

Marchands d’Anthrax

Les attaques à l’anthrax dans les semaines qui suivirent le 11-Septembre avaient suscité une psychose à l’échelle mondiale. Près de huit ans plus tard, alors qu’elles tendent à disparaitre de la mémoire collective , la chaine de télévision canadienne CBC a diffusé en anglais, le 29 mars, l’excellent reportage de Bob Coen et Eric Nadler intitulé Anthrax War. Le 31 mai, la télé suisse TSR2 l’a diffusé à son tour sous le titre Marchands d’anthrax.

Ce documentaire est également coproduit par Arte : nous attendons donc sa diffusion en France avec impatience, car il est absolument explosif. Outre qu’il fait voler en éclats la thèse présentée par le FBI de Bruce Ivins « assassin solitaire », ou celle du suicide du docteur Kelly, il débute et se termine par un message d’alerte du professeur Francis Boyle, auteur du livre Guerre biologique et terrorisme, sur l’extrême dangerosité que représente la course aux armements dans laquelle s’est lancée l’administration Bush après le 11-Septembre… et qui continue aujourd’hui encore.

Un danger à méditer lorsque l’on pense aux risques sanitaires que fait peser la pandémie annoncée de grippe porcine…

Nous vous invitons à lire la note d’intention des réalisateurs de Marchands d’Anthrax:

Quand les attaques à l’Anthrax ont frappé les Etats-Unis dans les jours qui ont suivi le 11/9, c’était comme un gauche-droite asséné à la République. Les employés du Media Center de New York qui avaient vu les avions volé en piqué au-dessus de leur tête en direction des Tours Jumelles étaient maintenant terrifiés en ouvrant leur courrier. A Washington, le Congrès avait été évacué et les employés de la Maison Blanche suçaient des pastilles de CIPRO.

C’était notre plus grand cauchemar collectif devenu réalité – l’attaque de germes mortels invisibles. Cela ressemblait à la réalisation d’une auto-prophétie, tant les années qui ont précédé étaient remplies de films, de best-sellers, d’émissions télévisées et d’articles de journaux annonçant l’avènement du terrorisme biologique. C’est en effet la première fois dans l’Histoire que les dirigeants et les militaires ont réellement mise en pratique des simulations de guerre bactériologique « high-tech », dont l’un d’eux présentait un scénario terriblement proche des évènements réels.

Ainsi, après que le gouvernement eut promis de mener l’enquête de la manière la plus approfondie qui soit, nous espérions que les agents fédéraux (du FBI) iraient au fond des choses. Par conséquent, nous fûmes attristés mais pas vraiment surpris quand les attaques à l’Anthrax disparurent du discours public – elles n’ont même pas été mentionnées par un seul candidat à l’élection présidentielle de 2008. Et quand le FBI a soudainement annoncé l’été dernier que l’affaire rebondissait, qu’il avait identifié un coupable solitaire (le scientifique de l’armée Bruce Ivins, mort par suicide) et qu’il clôturait rapidement son enquête de 7 ans, il nous a semblé –de même qu’à la plupart des citoyens interrogés- que quelque-chose clochait.

Depuis 30 ans que nous couvrons la politique internationale pour les journaux, les magazines et la télévision, nous avons rarement -sinon jamais- vu une si grosse affaire être enterrée aussi profondément. Nous appuyant sur notre réseau de contacts au gouvernement, parmi les journalistes et dans les milieux des renseignements, il est très vite devenu clair que les pouvoirs pour n’étaient pas prêts, pour diverses raisons, à ouvrir la boite de Pandore dans laquelle se trouvent probablement les véritables réponses au mystère de l’Anthrax.

Sur les attaques bactériologiques de 2001 nous avons réalisé un film et nous avons écrit un livre pour étoffer une histoire que notre documentaire de 90 minutes ne pouvait exposer que dans les grandes lignes. Nous vous invitons à vous joindre à nous dans ce voyage et espérons que les esprits ouverts qui ont élu le nouveau président sont tout aussi ouverts à ce que nous avons appris concernant le tout nouveau « complexe industriel du terrorisme biologique ».

Bob Coen, Eric Nadler
http://www.anthraxwar.com/

Traduction Spotless Mind pour ReOpenNews

et le synopsis du film :

Marchands d’Anthrax est un nouveau film d’investigation explosif réalisé par Bob Coen and Eric Nadler. Il examine les attaques à l’Anthrax de 2001 et offre un aperçu terrifiant du monde secret et dangereux des armes bactériologiques aujourd’hui. Dead Silence (Silence de mort) est le livre qui étoffe l’histoire de cette enquête à l’échelle mondiale qu’un documentaire ne pouvait exposer que dans les grandes lignes.

L’histoire commence dans les jours qui ont suivi les attentats terroristes du 11/9 quand des lettres remplies de spores d’Anthrax et postées à des organes de presse new-yorkais et à des sénateurs à Washington, ont provoqué une peur panique aux Etats-Unis et dans le monde. Les réalisateurs ont cherché à éclaircir des troublantes zones d’ombre entourant l’enquête du FBI sur le premier acte de terrorisme biologique du XXIème siècle.

Leur quête de réponses les emmène des Etats-Unis au Royaume-Uni, de la Russie et en Afrique du Sud, et les conduit dans un monde souterrain dans lequel des scientifiques importants travaillant sur des germes meurent dans d’étranges circonstances. La liste grandissante inclut Bruce Ivins, que le FBI accuse d’être la seule personne derrière les meurtres à l’Anthrax aux Etats-Unis ; David Kelly, l’ancien chef de la « Défense Biologique » au Royaume-Uni ; et le docteur Vladimir Pasechnik, développeur du vaste et illégal complexe d’armes biologiques en Union Soviétique, et passé à l’Ouest.

Les réalisateurs pénètrent dans ce qu’ils en sont venus à appeler la « mafia internationale de la guerre biologique » et mettent au grand jour la mise au point de nouvelles armes terrifiantes – germes modifiés génétiquement, certains avec la capacité de cibler des groupes ethniques spécifiques. Dans une interview exclusive, l’homme connu sous le nom de « Docteur Lamort », qui a dirigé pendant l’Apartheid en Afrique du Sud un programme de guerre biologique sur le développement de germes destinés à la seule population noire, révèle qu’il a reçu l’aide des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Les réalisateurs apprennent également qu’il y des risques que ces germes soient en vente sur le marché noir aujourd’hui.

Marchands d’Anthrax révèle ensuite comment les attaques à l’Anthrax de 2001 ont engendré un boom de 57 milliards de dollars dans la « Défense Biologique », secteur dans lequel les recherches sur les armes bactériologiques sont aujourd’hui menées, avec peu de surveillance, par des laboratoires et sociétés privés – le nouveau « complexe Industriel du terrorisme biologique ». L’enquête souligne combien la peur du terrorisme, combinée avec l’attrait de profits faramineux, risque d’engendrer une course mondiale aux armes bactériologiques qui pourrait mener la planète à la catastrophe.

Traduction Spotless Mind pour ReOpenNews

Voici enfin le trailer du film :

 


Note de ReOpen911 :

Le sujet de ce documentaire est le même que celui du livre Guerre biologique et terrorisme du professeur de droit international Francis A. Boyle (qui témoigne dans le film, aux côtés de Jonathan King, professeur de biologie moléculaire au MIT), paru aux éditions Demi-Lune, que nous vous incitons vivement à lire… Il est également disponible en version PDF au prix de 5 euros !

Obama et les arrières-pensées de la main tendue aux musulmans

Le président des États-Unis a tendu la main aux musulmans lors d’un discours très médiatisé au Caire. Il entendait ainsi tourner la désastreuse page de la « croisade » bushienne au Grand Moyen-Orient. Toutefois, dans cet exercice de relations publiques, les envolées lyriques ont remplacé les clarifications nécessaires, tandis qu’apparaissaient les nouveaux appétits de Washington.

JPEG - 20.6 ko
Le Obama Show, à l’université Al-Azhar (le caire), 4 juin 2009.

Le discours que le président Obama a prononcé le 4 juin au Caire [1] a été présenté à l’avance par les services de communication de la Maison-Blanche comme « fondateur d’une nouvelle ère ». Il a fait l’objet d’une intense campagne promotionnelle qui s’est conclue par un mail adressé par David Axelrod aux dizaines de millions d’abonnés de la liste de la Maison-Blanche [2]. Le conseiller en image de Barack Obama y invite les États-uniens à visionner la vidéo du discours qui, selon lui, marque un nouveau départ dans les relations de l’Amérique avec le monde musulman [3]. On l’a bien compris, ce discours s’adresse tout autant, sinon plus, aux électeurs US qu’aux musulmans.

Son message principal peut être résumé ainsi : les États-Unis ne considèrent plus l’islam comme l’ennemi et souhaitent établir des relations d’intérêt mutuel avec les États musulmans. Ce message doit être pris pour ce qu’il est : un slogan de relations publiques.

Examinons point par point ce discours.

Préambule : aimez-nous !

Dans une longue introduction, l’orateur a développé son message principal de main tendue.

Barack Hussein Obama a justifié la rupture avec son prédécesseur par sa propre personnalité. Il a offert un moment d’émotion à son auditoire, comme on les aime dans les films hollywoodiens. Il a raconté son père musulman, son adolescence en Indonésie —pays musulman le plus peuplé du monde—, et son travail social à Chicago auprès de populations noires musulmanes.
Ainsi, après nous avoir fait croire que la politique extérieure des États-Unis était fondée sur la couleur de peau de son président, on veut nous convaincre qu’elle reflète son parcours individuel. Pourtant personne ne pense que M. Obama est un autocrate en mesure d’imposer ses états d’âme. Chacun est conscient que la politique de Washington est le fruit d’un difficile consensus entre ses élites. En l’occurrence, le changement de rhétorique est imposé par une succession d’échecs militaires en Palestine, au Liban, en Irak et en Afghanistan. Les États-Unis ne considèrent plus les peuples musulmans comme leur ennemi parce qu’ils ne sont pas parvenus à les écraser.
Ce réalisme avait conduit en 2006 à la révolte des généraux autour de Brent Scowcroft, déplorant la colonisation ratée de l’Irak et mettant en garde contre un désastre militaire face à l’Iran. Il s’était poursuivi avec la Commission Baker-Hamilton appelant à négocier avec la Syrie et l’Iran pour sortir la tête haute du fiasco irakien. Ce réalisme avait contraint le président Bush à limoger Donald Rumsfeld et à le remplacer par Robert Gates, le fils spirituel de Scowcroft et membre de la Commission Baker-Hamilton. Ce réalisme s’était incarné dans la publication du rapport des agences de renseignement attestant l’inexistence d’un programme nucléaire militaire iranien et détruisant ainsi toute justification possible d’une guerre contre l’Iran.

Toujours à propos du grand amour retrouvé, le président Obama s’est présenté comme féru d’histoire et a égrené les apports de la civilisation musulmane au monde. Dans les films hollywoodiens, il y a toujours une séquence sur la diversité culturelle qui nous enrichis. Cependant le scénario misait sur l’affligeante ignorance du public US. M. Obama et son équipe ont réduit l’apport des peuples aujourd’hui musulmans aux inventions postérieures à leur islamisation. N’ont-ils rien créé avant ?
En choisissant de réduire l’histoire des peuples musulmans à leur seule période islamique, Barack Obama a nié quelques millénaires de civilisation et a repris à son compte la rhétorique des islamistes les plus obscurantistes. Nous allons voir qu’il ne s’agit pas là d’une erreur, mais d’un choix stratégique.

Enfin, le président Obama a abattu sa carte principale en appelant ses auditeurs à repenser leur image des États-Unis. « Nous sommes façonnés par chaque culture, issus des quatre coins du monde et acquis à un concept simple : E pluribus unum : « De plusieurs peuples, un seul » », a-t-il déclaré. Cette devise, qui devait exprimer l’unité des colonies nouvellement indépendantes d’Amérique, devient aujourd’hui celle de l’Empire globalisé. Nous seulement les États-unis ne considèrent plus les peuples musulmans comme des ennemis, mais ils entendent les intégrer dans l’Empire global.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’establishment washingtonien a soutenu la candidature de Barack Hussein Obama. Le prénom musulman du président, comme sa couleur de peau, sont des arguments pour convaincre les peuples de l’Empire que le pouvoir qui les domine leur ressemble. Lorsqu’elle avait étendu son empire, la Rome antique avait fait de même en choisissant ses empereurs dans des contrées lointaines, tel Philippe l’Arabe [4]. La sauvagerie des légions n’en avait pas été changée.

1- La guerre globale au terrorisme

Après ce sirupeux morceau de violon, le président Obama s’est attaché à recoler son introduction avec la « guerre globale au terrorisme ». Il a donc établi une distinction entre l’islam, qui n’est pas mauvais comme le pensaient Bush et Cheney mais bon, et les extrémistes qui s’en réclament à tort, qui restent eux toujours mauvais. La pensée reste manichéenne, mais le curseur s’est déplacé.
Le problème, c’est que depuis huit ans, Washington s’efforce de construire un adversaire à sa taille. Après l’URSS, c’était l’islam. A contrario, si ni les communistes, ni les musulmans ne sont les ennemis, contre qui les États-Unis sont-ils en guerre ? Réponse : « Al-Qaïda a choisi de les tuer sans merci, de revendiquer les attentats et il réaffirme aujourd’hui encore sa détermination à commettre d’autres meurtres à une échelle massive. Ce réseau a des membres dans de nombreux pays et il essaie d’élargir son rayon d’action. Il ne s’agit pas là d’opinions à débattre – ce sont des faits à combattre ». Et bien non, Monsieur le président, ce ne sont pas là des faits avérés, mais des imputations qui doivent être débattues [5].
Barack Obama continue : « Nous ne demanderions pas mieux que de rapatrier tous nos soldats, jusqu’au dernier, si nous avions l’assurance que l’Afghanistan et maintenant le Pakistan n’abritaient pas d’éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains. Mais ce n’est pas encore le cas. »
À ce stade, le président apparaît enfermé dans un cercle vicieux. Il explique que les ennemis ne sont pas les musulmans en général, mais une poignée d’individus non représentatifs, puis il affirme que cette poignée d’individu doit être combattue en livrant des guerres contre des peuples musulmans. C’est tout le problème : Washington voudrait être l’ami des musulmans, mais a besoin d’un ennemi pour justifier ses actions miliaires, et pour le moment, il n’a pas trouvé de bouc-émissaire de remplacement.

2- Le conflit israélo-arabe

Barack Obama a abordé la question de la Palestine de manière beaucoup plus large que ses prédécesseurs en y reconnaissant non pas seulement un conflit israélo-palestinien, mais israélo-arabe. Mais il n’a pas précisé en quoi, à ses yeux, les États arabes sont concernés. Il a prêché avec autorité pour la « solution à deux États », mais en éludant la fâcheuse question de la nature de ces deux États. S’agit-il de deux États souverains et démocratiques au sens réel du terme, ou d’un État pour les juifs et d’un autre pour les Palestiniens comme le revendique la « gauche » israélienne, ce qui implique un nettoyage ethnique et l’institutionnalisation complète de l’apartheid ? [6]

Plutôt que de lever les incertitudes, le président Obama a préféré offrir à son auditoire une nouvelle « séquence émotion » avec lequel il a partagé sa compassion face aux souffrances des Palestiniens. Ce fut certainement le moment le plus abject de son discours : l’appel aux bons sentiments des victimes pour couvrir les crimes des bourreaux.
Il a déclaré : « Les Palestiniens doivent renoncer à la violence. La résistance sous forme de violence et de massacre n’aboutira pas. Les Noirs en Amérique ont souffert du fouet quand ils étaient esclaves et de l’humiliation de la ségrégation. Mais ce ne fut pas la violence qui leur a finalement permis d’obtenir l’égalité des droits dans son intégrité. Ce fut la persévérance ferme et pacifique pour les idéaux au cœur même de la création de l’Amérique. Cette même histoire peut être racontée par des peuples de l’Afrique du Sud à l’Asie du Sud ; de l’Europe de l’Est à l’Indonésie. C’est une histoire avec une simple vérité : la violence ne mène nulle part. Lancer des roquettes contre des enfants israéliens endormis ou tuer des vieilles femmes dans un autobus, n’est pas un signe de courage ni de force. »
Barack Obama caricature la Résistance palestinienne dans les termes de la propagande sioniste : des roquettes lancées contre des enfants endormis et des vieilles femmes tuées dans un autobus. Il reconnaît que leurs terres et leurs maisons sont occupées, mais il leur interdit de vouloir les reprendre par la force aux civils qui les occupent. Il reproche aux Palestiniens de ne pas utiliser des missiles guidés pour atteindre des cibles militaires et de se contenter de roquettes artisanales qui tombent à l’aveuglette.
Le pire est ailleurs. Le président Obama se mue en donneur de leçons. Il demande aux victimes de renoncer à la violence et leur conseille de prendre exemple sur le mouvement des noirs états-uniens pour les droits civiques. Au demeurant, ce n’est pas en convertissant les blancs que King a obtenu des résultats, mais en prenant l’opinion publique internationale à témoin. Le président Johnson s’est alors trouvé contraint de céder pour faire bonne figure face à l’URSS. Après avoir reçu le Prix Nobel de la paix, Martin Luther King a continué la lutte en affirmant que son but n’était pas de permettre aux noirs de servir à égalité avec les blancs dans l’armée pour tuer les Vietnamiens aspirant à la liberté. C’’est après son sermon de Ryverside que Johnson lui ferma la porte de la Maison-Blanche et que les chefs du FBI décidèrent de le faire assassiner. À n’en pas douter, s’il était encore vivant, il dirait aujourd’hui que son but n’est pas de permettre à un noir d’accéder au Bureau ovale pour tuer des Irakiens ou des Pakistanais aspirant à la liberté.

3- La dénucléarisation

Évoquant les relations difficiles avec l’Iran, le président Obama a choisi de sortir par le haut de la polémique sur l’arme nucléaire. Après avoir reconnu le droit de l’Iran à se doter d’une industrie nucléaire civile, et admis que ni les États-Unis ni aucune autre puissance n’ont l’autorité morale pour autoriser ou interdire un État à posséder la bombe, il s’est prononcé pour un désarmement nucléaire global, impliquant aussi implicitement Israël.

On sait que le Pentagone n’a plus les moyens financiers nécessaire pour entretenir la course aux armements nucléaires et négocie à ce sujet avec la Russie et la Chine. Ceci ne doit pas être interprété comme un élan pacifiste, le Pentagone menant simultanément des recherches sur les armes atomiques miniaturisées (exclues du Traité de non-prolifération) et renforçant ses alliances militaires, dont l’OTAN.

4- La démocratie

Le président Obama a déploré que son prédécesseur ait cru possible d’exporter la démocratie en Irak par la force, puis il s’est livré à un éloge du gouvernement du peuple par le peuple, et de l’état de droit. La chose était plaisante pour ceux qui se souviennent que la Constitution des États-unis ne reconnaît pas la souveraineté populaire, et qu’en 2000, la Cour suprême a pu proclamer George W. Bush élu avant que le scrutin de Floride ne soit dépouillé. Elle avait l’air d’une farce venant d’un politicien retors qui vient de confirmer la suspension des libertés fondamentales par le Patriot Act, notamment la suspension de l’habeas corpus qu’il décrivait il y a peu comme le socle de la Justice. Elle paraissait cruelle aux Égyptiens qui n’avaient pas eu le privilège de faire partie des 3 000 invités. Lorsque Obama déclara « Il faut conserver le pouvoir par le consentement du peuple et non la coercition », il pensaient au président Moubarak, inamovible depuis vingt-huit ans. Lorsque Obama poursuivit « Il faut respecter les droits des minorités et participer, dans un esprit de tolérance et de compromis », ils pensaient aux éleveurs coptes dont on vient d’abattre les bêtes.

Pour éviter que ce passage ne soit perturbé par des fous-rires nerveux, une voix anonyme cria dans la salle : « Barack Obama, on vous aime ! ». Il ne manquait qu’une petite fille avec un bouquet de fleurs à la main.

5- La liberté religieuse

Barack Hussein Obama fut particulièrement à l’aise sur le chapitre de la liberté religieuse. C’est qu’il s’agit-là d’un slogan bien rôdé. Depuis deux ans, Madeleine Albright prépare ce moment. Elle a observé que la résistance à l’impérialisme états-unien est souvent structurée par des groupes religieux, comme le Hezbollah au Liban ou le Hamas en Palestine. Elle en a donc conclu que les États-unis ne doivent plus laisser ce champ sans surveillance, et même qu’ils doivent l’investir en totalité. Dans un ouvrage consacré à ce sujet, elle préconise de faire de Washington le protecteur de toutes les religions [7]. C’est dans cette optique que le président Obama a évoqué les minorités chrétiennes, Coptes et Maronites, puis à appelé à la réconciliation au sein de l’islam des sunnites et des chiites. C’est aussi dans cette optique qu’il avait négligé l’histoire pré-islamique des peuples musulmans.

6- Les droits des femmes

Avec délectation, Barack Hussein Obama s’est offert le luxe de rappeler que son pays garanti aux femmes musulmanes le droit de porter le hijab, tandis que Nicolas Sarkozy l’a fait interdire dans les écoles françaises à l’époque où il se voulait plus néo-conservateur que Bush [8]. Et pendant qu’il parlait, le site internet de la Maison-Blanche affichait un article spécial attestant de la jurisprudence américaine.

Avec habileté, il a rappelé que les États musulmans étaient parfois en avance en matière de droits des femmes. « En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l’égalité des femmes continue dans beaucoup d’aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier. »

7- Le développement économique

Gardée pour la fin, la question du développement économique était la plus aboutie. Habituellement les grandes puissances échangent une aide immédiate contre des avantages disproportionnés à long terme. L’aide au développement est alors le cheval de Troie du pillage des ressources. Cependant, durant la campagne électorale, un accord bi-partisan a été conclu sur la réorientation de la politique extérieure US. L’idée principale, exprimée par la Commission Armitage-Nye, est de conquérir les cœurs et les esprits en offrant des services qui transforment la vie des gens sans coûter grand chose [9]. Hillary Clinton y a fait explicitement référence lors de l’audition sénatoriale pour sa confirmation au secrétariat d’État.

Arborant le sourire du Père Noël, Barack Obama récita un catalogue de promesses enchanteresses. Il continua : « Nous nommerons de nouveaux émissaires pour les sciences chargés de collaborer à des programmes qui mettront au point de nouvelles sources d’énergie, créeront des emplois verts, numériseront les registres et archives, purifieront l’eau et produiront de nouvelles cultures. Dans le domaine de la santé au niveau mondial, j’annonce aujourd’hui une nouvelle initiative avec l’Organisation de la conférence islamique pour éradiquer la polio et nous intensifierons nos partenariats avec des communautés musulmanes pour améliorer la santé maternelle et infantile. » Cela n’était pas sans rappeler les engagements du Sommet du Millénaire, lorsque le président Bill Clinton annonçait la fin imminente de la pauvreté et de la maladie.

Le président des États-unis conclu ce discours fleuve en citant le Coran, le Talmud et les Évangiles. Leur message se résumerait au fait que « Les habitants du monde peuvent cohabiter en paix. Nous savons que telle est la vision de Dieu. C’est maintenant notre tâche sur cette Terre ». Cette triple référence était peut-être imposée par le lieu, la plus prestigieuse des universités islamiques. Il se peut aussi qu’elle traduise un certain désarroi. En pleine récession économique, les États-unis n’ont plus les moyens de maintenir leur pression sur les champs pétroliers du Grand Moyen-Orient —à plus forte raison, ils n’ont pas les moyens de réaliser les promesses du jour—. Cependant, ils espèrent se reconstituer prochainement leur puissance. Dans la phase actuelle, ils doivent donc geler toute évolution régionale qui ne pourrait être qu’à leur désavantage. Ils craignent notamment l’extension de l’influence turque et iranienne et l’irruption de la Russie et de la Chine dans la région. Définir la paix en termes religieux et non politiques, c’est toujours gagner du temps.
 

Par Thierry Meyssan pour le Réseau Voltaire


Notes :

[1] « Discours de Barack Obama à l’université Al-Azhar du Caire », Réseau Voltaire, 4 juin 2009.

[2] « A New Beginning – Watch the President’s Speech », par David Axelrod, 4 juin 2009.

[3] Vidéo disponible sur le site de la Maison-Blanche.

[4] Philippe l’Arabe était Syrien. Il fut empereur de Rome de 244 à 249.

[5] Le secrétaire d’État Colin Powell s’était engagé à présenter un rapport sur les attentats du 11 septembre 2001 à l’Assemblée générale des Nations-unies établissant qu’ils avaient été victimes d’une agression extérieure. Ce document n’a jamais été produit. Les seules informations connues ont été délivrées par les autorités US lesquelles ont pourtant accusé l’Afghanistan, puis l’Irak et invoqué la légitime défense pour les attaquer. Voir L’Effroyable imposture par Thierry Meyssan, 2002, réédition Demi-lune 2007.

[6] « La "solution à deux États" sera bien celle de l’apartheid », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 janvier 2008. Le lecteur trouvera en bas de page la copie du document préparatoire de la conférence d’Annapolis surchargé à la main par Barack Obama. Il y définit « Israël comme patrie du peuple juif et la Palestine comme patrie du peuple palestinien ».

[7] The Mighty and the Almighty : Reflections on Faith, God and World Affairs, par Madeleine Albright, Pan Books, 2007, 324 pp. On appréciera le jeu de mots anglais : "Le puissant et le tout-puissant" désignent le président US et Dieu. Version française : Dieu, l’Amérique et le monde, Salvator, 2008, 369 pp.

[8] « Nicolas Sarkozy agite le voile islamique », Réseau Voltaire, 19 janvier 2004.

[9] « Washington décrète un an de trêve globale », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 décembre 2007.

SOA, ou l’école du terrorisme à l’américaine

George Monbiot, entre autres activités, est journaliste pour le quotidien The Guardian. Choqué comme beaucoup par l’invasion de l’Afghanistan, il n’a pu s’empêcher de sortir quelques fantômes des placards pour nous rappeler que les terroristes ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Son article revient sur la création et l’évolution de la SOA, School Of  Americas – l’Ecole des Amériques -  à la réputation sulfureuse. Au point de devoir changer de nom et relisser son image : la SOA est devenue WHISC, The Western Hemisphere Institute For Security Cooperation, mais sa vocation première reste inchangée et l’école recrute toujours.


 

Les coulisses du terrorisme.

Les États-Unis entraînent depuis des années des terroristes dans un camp en Georgie – ceci est toujours d’actualité

Par George Monbiot pour The Guardian, le 30 octobre 2001

" Si des gouvernements, quels qu’ils  soient, sponsorisent les hors-la-loi et les tueurs d’innocents," a déclaré George Bush le jour où il a commencé à bombarder l’Afghanistan, "ils deviennent eux-mêmes des hors-la-loi et des assassins. Ils prendront cette voie solitaire à leur propre péril." Je suis content qu’il ait dit " des gouvernements quels qu’ils soient", car il y en a un qui, bien qu’il ne soit pas encore identifié comme sponsor du terrorisme, requiert d’urgence son attention.

Depuis 55 ans, il existe un camp d’entraînement dont les victimes dépassent massivement le nombre de personnes tuées par les attentats de New York, les explosions à l’ambassade et autres atrocités attribuées, à tort ou à raison, à al Qaida. Le camp s’appelle The Western Hemisphere Institute for Security Cooperation, ou le WHISC. (NDT : Institut  de l’Hemisphère Occidental pour la Coopération Sécuritaire). Ce camp est basé à Fort Benning, en Georgie; il a été financé par le gouvernement Bush.

Jusqu’au mois de juin de cette année, le Whisc était surnommé  "The School of the Americas" ou SOA. (NDT : "l’Ecole des Amériques" ou SOA). Depuis 1946, la SOA a entraîné plus de 60 000 soldats et policiers latino-américains. Parmi ses gradés se trouvent les tortionnaires, les meurtriers de masse, les dictateurs et les terroristes d’État les plus célèbres du continent. Comme des centaines de pages de documentation compilées par le groupe de pression SOA Watch Now l’attestent, l’Amérique latine a été dépecée par ses anciens élèves.

Au mois de juin de cette année, le colonel Byron Lima Estrada, alors qu’il était étudiant à l’Ecole, a été condamné à Guatemala City pour le meurtre de l’évêque Juan Gerardi en 1998.  Gerardi fut assassiné car il avait apporté son aide à la rédaction d’un rapport sur les atrocités commises par le D-2, l’agence des services secrets militaires dirigée par Lima Estrada avec l’aide de deux gradés de la SOA, de Guatemala City. Le D-2 avait coordonné "la campagne anti-insurrectionnelle" qui avait anéanti 448 villages indiens Mayas, assassinant 10 000 personnes. 14% des ministres du cabinet qui ont travaillé au service des régimes génocidaires de Lucas Garcia, Rios Montt et Mejia Victores, ont fait leurs études à l’Ecole des Amériques.

En 1993, la Commission des Nations Unies pour la vérité sur le Salvador a désigné les officiers de l’armée ayant commis les pires atrocités durant la guerre civile. Les deux tiers d’entre eux avaient été entraînés à L’Ecole des Amériques. Parmi eux se trouvaient Roberto d’Aubuisson, le chef de l’escadron de la mort du Salvador, les hommes qui avaient tué l’archevêque Oscar Romero, ainsi que 19 des 26 soldats qui avaient assassiné les prêtres jésuites en 1989. Au Chili, les gradés de l’Ecole avaient fait partie  à la fois de la police secrète d’Augusto Pinochet et de ses trois principaux camps de concentration. L’un d’entre eux a participé à l’assassinat d’Orlando Letelier et de Ronni Moffit à Washington en 1976.

Les dictateurs de l’Argentine, Roberto Viola et Leopoldo Galtieri, ceux du Pananma, Manuel Noriega et Omar Torrijos, celui du Pérou, Juan Velasco Alvarado et celui de l’Equateur, Guillermo Rodriguez, ont tous bénéficié des enseignements de l’Ecole. De même pour le chef de l’escadron de la mort de "Grupo Colina" (Groupe de la Colline) à Fujimori au Pérou, pour quatre des cinq officiers qui dirigeaient l’infâme Battalion 3-16 au Honduras (qui y contrôlait l’escadron de la mort dans les années 80) et pour le commandant responsable du massacre de Ocosngo à Mexico en 1994.

Tout ceci est de l’histoire ancienne, insistent les défenseurs de l’Ecole. Mais les diplômés de la SOA sont également impliqués dans la sale guerre menée en Colombie avec l’aide des États-Unis. En 1999, le rapport du Département d’État américain concernant les droits de l’homme mentionnaient les noms de deux gradés de la SOA comme étant les assassins d’Alex Lopera, membre de la Commission pour la Paix. L’an dernier, Human Rights Watch révéla que 7 anciens élèves y dirigent des groupes paramilitaires et qu’ils ont commandité des enlèvements, des disparitions, des meurtres et des massacres. Au mois de février de cette année, un gradé de la SOA en Colombie a été déclaré coupable de complicité de torture et du meurtre de 30 paysans par des paramilitaires. L’Ecole attire actuellement la plupart de ses étudiant de Colombie – plus que d’autres pays.

Le FBI définit le terrorisme comme "des actes violents…dans l’intention d’intimider ou d’exercer des pressions sur une population civile, d’influencer la politique d’un gouvernement ou d’affecter la conduite d’un gouvernement", ce qui est la description précise des activités des diplômés de la SOA. Mais comment peut-on s’assurer que leur alma mater (l’école qui a dispensé l’enseignement suivi) a participé à cela ? Eh bien, en 1996, le gouvernement américain a été obligé d’éditer 7 des manuels d’entraînement de l’école. Entre autres conseils pour terroristes, on recommandait le chantage, la torture, l’exécution et l’arrestation des parents de témoins.

L’an dernier, en partie grâce à la campagne dirigée par SOA Watch, plusieurs députés ont tenté de fermer l’Ecole. Ils ont été battus par 10 voix. Au lieu de cela, la Chambre des Représentants a voté pour sa fermeture et l’a immédiatement rouverte sous un autre nom. Donc, tout comme Windscale est devenu Sellafield avec l’espoir de l’effacer de la mémoire du public, l’Ecole des Amériques s’est lavée du passé en se renommant elle-même WHISC.  Tandis que le colonnel Mark Morgan informait le Département de la Défense  juste avant le vote au Congrès : " Certains de vos chefs nous ont dit qu’ils ne peuvent supporter tout ce qui est estampillé "Ecole des Amériques". Nous proposons ceci : elle change de nom." Paul Coverdell, le Sénateur de Géorgie qui s’était battu pour sauver l’Ecole, a dit aux journaux que ce changement était  "purement cosmétique."

Mais visitez le site web WHISC et vous verrez que l’Ecole des Amériques est tout sauf effacée des annales. Même la page "Histoire" oublie de le mentionner. Les cours au WHISC, nous dit-on,  "couvrent un large spectre de domaines en rapport, tels que la planification pour les opérations de paix, les premiers secours, les opérations civiles et militaires, l’organisation tactique et les opérations anti-drogue."

Plusieurs pages décrivent ses initiatives concernant les droits de l’homme. Mais, bien qu’elles rendent compte de la plupart de ses programmes d’entraînement, des techniques de combat et de commando, la contre insurrection et les interrogatoires ne sont pas évoqués. Ni le fait que les options "paix" et "droits de l’homme" de Whisc étaient également présentées par la SOA dans l’espoir  d’apaiser le Congrès pour préserver son budget: mais il est peu probable que les étudiants les choisissent.

On ne peut attendre de ce camp d’entraînement terroriste qu’il change de lui-même : après tout, abandonné à son propre sort pour en tirer une leçon, il refuse de reconnaître qu’il a un passé. Donc, étant donné que la preuve liant l’école à des atrocités continues en Amérique latine est plus forte que la preuve liant  les camps d’entraînement d’al-Qaida  aux attentats de New York, que devrions-nous faire de ces "acteurs maléfiques" à Fort Benning en Georgie ?

Eh bien, nous pourrions pousser nos gouvernements à appliquer toute la pression  diplomatique possible, et demander l’extradition des commandants en vue d’un jugement pour complicité de crimes contre l’humanité.
Alternativement, nous pourrions demander que nos gouvernements attaquent les Etats-Unis, qu’ils bombardent ses installations militaires, ses villes et ses aéroports dans l’espoir de renverser son gouvernement non élu et de le remplacer par une administration supervisée par les Nations Unies. S’il s’avère que cette proposition est impopulaire auprès de la population américaine, nous pourrions gagner son cœur et son esprit en lui parachutant des naans (les pains au Moyen-Orient) et du curry lyophilisé dans des sacs en plastique marqués du drapeau afghan.

Vous pouvez objecter que cette prescription est ridicule, je suis d’accord. Mais même en essayant, je ne peux faire la différence morale entre ce moyen d’action et la guerre lancée maintenant contre l’Afghanistan.
 

Traduit par Apetimedia pour ReOpenNews


A lire :

Le Pentagone se prépare à la guerre contre l’ennemi : la Russie

L’aggravation des rapports entre les USA et la Russie semble être rendue inévitable par la politique « impérialiste » de l’Amérique qui s’est accélérée après les attentats du 11 Septembre. Sous prétexte de se protéger des états « voyous » ou des terroristes, les Etats-Unis ont relancé le projet de bouclier anti-missile en Europe orientale. Cet outil de domination mondiale est perçu par la Russie comme une quasi déclaration de guerre. C’est dans cette logique de tension que s’était inscrite le conflit en Ossétie du Sud qui a opposé la Russie et la Géorgie, un des nombreux pays de l’ex-URSS devenus têtes de ponts pour l’OTAN. Mais si l’on en croit l’article ci-dessous, le pire reste à venir.


 

« Aujourd’hui la situation est beaucoup plus sérieuse qu’avant août 2008. […] Si la guerre éclate à nouveau, elle ne se limitera pas au Caucase.

[…] Le nouveau président des États-Unis n’a pas apporté de changement crucial en ce qui a trait à la Géorgie, mais en raison de son rôle dominant au sein de l’OTAN, il insiste toujours sur l’adhésion rapide de ce pays à l’alliance. Si celle-ci se concrétise, le monde fera face à une menace bien plus grave que les crises de la guerre froide.

[…] Dans ce nouveau contexte, la guerre de la Géorgie contre l’Ossétie du Sud pourrait facilement devenir la guerre de l’OTAN contre la Russie. Il s’agirait d’une troisième guerre mondiale. » (Irina Kadzhaev, politologue sud-ossète, South Ossetia Information Agency, avril 2009)

Le 12 mai, James Mattis, Commandant suprême allié Transformation (SACT) et commandant du U.S. Joint Forces Command (Commandement de la force interarmées) a prononcé un discours à un symposium de trois jours appelé Joint Warfighting 09 à Norfolk en Virginie, où se trouve la « Commandement allié Transformation » (ACT) de l’OTAN. « Je viens avec un sentiment d’urgence. L’ennemi aussi tient des réunions dans le même esprit », a-t-il affirmé. [1]

Un journal local a résumé son discours :

« Le Commandant Mattis a décrit un avenir où les guerres n’auront pas de débuts ni de fins précises. Une grande stratégie et un cadre politique pouvant guider la planification militaire sont nécessaires », a-t-il ajouté. [2]

Pour des raisons qui se veulent sans aucun doute diplomatiques, il a omis d’identifier qui est l’« ennemi ». Une suite d’événements récents, ou plutôt l’intensification d’événements en cours, indiquent toutefois de quelle nation il s’agit.

Le 7 mai dernier, durant un déjeuner du Defense Writers Group, le chef du US Strategic Command, le général Kevin Chilton, a déclaré aux reporters que « la Maison-Blanche maintient l’option de répondre par la force – peut-être même avec des armes nucléaires – si une entité étrangère dirige une cyberattaque neutralisant les réseaux informatiques étatsuniens […] ».

Un compte-rendu de son discours ajoute que « le général a insisté pour que toutes les options de frappe, y compris les frappes nucléaires, demeurent à la disposition du commandant en chef pour défendre la nation des cyberattaques. »

M. Chilton «  a dit qu’il ne pouvait pas exclure la possibilité d’une salve militaire contre des pays comme la Chine, même si Pékin possède des armes nucléaires » [3], bien que la première cible probable de présumées représailles à des cyberattaques, elles aussi présumées, serait un autre pays déjà identifié comme tel par des officiels militaires : la Russie.

À la fin avril et au début mai 2007, le gouvernement d’Estonie, membre de l’OTAN depuis 2004 et dont le président était et demeure Toomas Hendrik Ilves, né en Suède et élevé aux États-Unis (où il a travaillé pour Radio Free Europe), rapportait des attaques sur des sites web de son pays, pour lesquelles la Russie fut blâmée.

Cela fait plus de deux ans et aucune preuve n’a été présentée pour prouver le bien-fondé de l’allégation voulant que des pirates informatiques russes, encore moins le gouvernement russe lui-même, étaient derrière ces attaques. Cette allégation demeure malgré tout un article de foi dans les médias et parmi des officiels étatsuniens et occidentaux.

La réponse des autorités étatsuniennes a d’abord été si soudaine et sévère, même avant que des enquêtes ne soient menées, pour fortement donner à penser que si les attaques n’avaient pas été organisées, elles auraient dû être inventées.

Tout de suite après, le secrétaire de la force aérienne, Michael W. Wynne, affirmait : « La Russie, notre puissant rival de la guerre froide, semble avoir été la première à s’engager dans la conduite de la guerre informatique. »

La source d’information des Forces aériennes des États-Unis d’où est tirée cette citation ajoutait que les événements s’étant produits quelques jours plus tôt en Estonie « avaient déclenché une succession de débats au sein de l’OTAN et de l’Union européenne concernant la définition d’une opération militaire autorisée et ce pourrait bien être le premier test de l’application de l’article V de la Charte de l’OTAN concernant la défense collective dans le champ non cinétique. [4]

L’article 5 de la Charte de l’OTAN est une clause de défense militaire collective, en fait une clause de guerre, utilisée pour la première et seule fois pour soutenir la guerre prolongée et progressive en Afghanistan. 

La référence que l’on y a faite à l’époque n’est pas à prendre à la légère.

En visite en Estonie en novembre dernier, le chef du Pentagone Robert Gates a rencontré le premier ministre du pays, Andrus Ansip et a « discuté du comportement russe et de la nouvelle coopération sur la cybersécurité ».

On a rapporté que « M. Ansip a affirmé que l’OTAN opérera selon le principe de l’article 5 du traité de l’alliance, lequel stipule qu’une attaque visant un allié constitue une attaque visant tous les membres ». « Nous sommes convaincus que l’Estonie, en tant que membre de l’OTAN, sera très bien défendue » a-t-il ajouté. [5]

Il est révélateur que l’on continue à mentionner l’article 5 de l’OTAN à répétition un an et demi après les attaques présumées alors qu’aucune autre n’est survenue entre-temps.

Au début de ce mois-ci, le Pentagone a annoncé qu’il lançait ce qu’il appelle la « force guerrière numérique du futur » à Fort Meade au Maryland, sous le contrôle du U.S. Strategic Command, dont le chef cité plus tôt, Kevin Chilton, menace d’utiliser la force, y compris les armes nucléaires.

L’initiative a été décrite comme suit dans un reportage :

« Le lieutenant-général Keith Alexander, également commandant à la tête de la cyberguerre, a déclaré que les États-Unis sont déterminés à mener l’action mondiale d’utilisation de la technologie informatique afin de dissuader ou de vaincre des ennemis […] » [6]

Le Pentagone est une synecdoque pour le département de la Défense et tout ce qui est relié à ses activités est enveloppé dans le même euphémisme, donc lorsqu’ils seront questionnés, les États-Unis maintiendront que leur nouveau projet de guerre numérique ne servira qu’à des fins défensives. Toute nation et toute personne ayant fait les frais des actions du département étatsunien de la Défense sont plus avisées. La raison d’être de ce nouveau commandement de cyberguerre étatsunien repose sur une supposée menace russe émanant d’un incident non militaire survenu dans un pays balte il y a plus de deux ans. Ce commandement sera utilisé pour paralyser les systèmes informatiques de toute nation ciblée par un assaut militaire direct, la rendant ainsi sans défense, et sera particulièrement efficace dans le cadre de la planification des premières frappes provenant de l’espace et des guerres spatiales (boucliers antimissile, missiles intercepteurs).

Le jour même où est paru le reportage sur le général Alexander, promettant de « vaincre les ennemis », une autre nouvelle mentionnait qu’« un satellite quasi-classifié a été lancé mardi [12 mai]. Il servira d’ingénierie pionnière pour la technologie de poursuite des missiles balistiques. » [7]

Il s’agissait d’un satellite de Surveillance System Advanced Technology Risk Reduction (STSS-ATRR) (système spatial de poursuite et de surveillance de technologie avancée et de réduction des risques), faisant partie d’un système spatial pour la Missile Defense Agency.

« Les capteurs à bord du satellite STSS-ATRR et au sol communiqueront avec d’autres systèmes pour former une défense contre des missiles balistiques en approche. » [8]

Quelques jours plus tôt, dans un reportage intitulé « Ducommun Incorporé annonce la livraison de nanosatellites à l’Army Space and Missile Defense Command », le fabricant Ducommun, situé en Californie, annonçait que « sa filiale Miltec Corporation avait livré des nanosatellites prêts à être utilisés à la U.S. Army pace and Missile Defense Command/Army Forces Strategic Command (USASMDC/ARSTRAT) à Huntsville en Alabama le 28 avril 2009. »

La livraison constituait « l’aboutissement du premier programme de développement de satellite de l’armée étatsunienne depuis les satellites de télécommunications Courier 1B dans les années 1960 ». [9]

Les satellites militaires utilisés pour neutraliser le potentiel d’une nation rivale, pas vraiment pour lancer une première frappe, mais plutôt pour y répliquer, brouillent la distinction entre les soi-disant projets de bouclier de missiles nés de la Guerre des étoiles et la militarisation complète de l’espace.

Récemment, un commentateur russe le voyait exactement de cette façon :

« Le retrait du Traité sur les missiles antimissile balistique de 1972 a marqué un virage vers les tests et le déploiement d’un système de défense antimissile, dans le but de supprimer le potentiel dissuasif de la Chine et, partiellement, celui de la Russie.

Washington tente toujours d’éliminer les restrictions légales internationales sur la formation d’un système qui pourrait théoriquement le rendre invulnérable face à des représailles, même face à une frappe de riposte en cours d’attaque. » [10]

À cela s’ajoute un autre subterfuge « quasi-classifié » lié à la reprise potentielle des pourparlers entre les États-Unis et la Russie sur le Traité de réduction des armes stratégiques (START).

L’adjointe au secrétaire d’État étatsunienne Rose Gottemoeller a affirmé cette semaine que « les États-Unis ne sont pas prêts à réduire le nombre d’ogives qui ont été retirées des vecteurs de frappe et sont entreposées ». [11]

Donc, en plus des plans visant à déployer des systèmes antimissile au sol, dans les airs et dans l’espace, principalement autour et contre la Russie (en Pologne, en République tchèque, en Norvège, en Grande-Bretagne, au Japon et en Alaska jusqu’à maintenant), le Pentagone gardera des ogives nucléaires en réserve pour l’activation sans fournir de mécanisme de surveillance aux inspecteurs russes et aux négociateurs travaillant à la réduction des armes.

Le 6 mai, Euronews a interviewé le ministre russe des Affaires étrangères Sergei Lavrov, qui a fait une mise en garde : « La façon dont il [le bouclier antimissile balistique étatsunien] est conçu n’a rien à voir avec le programme nucléaire iranien. Il cible les forces stratégiques russes et est déployé dans la partie européenne de la Fédération de Russie. »

La création par les États-Unis du Navy Air and Missile Defense Command (NAMDC) au Naval Support Facility à Dahlgren en Virginie le 30 avril ajoute aux inquiétudes de la Russie et d’autres nations.

« NAMDC est l’organisme à la tête de la Marine, combinée à l’Integrated Air and Missile Defense (IAMD). NAMDC est le seul centre d’excellence pour la guerre à synchroniser et intégrer les efforts de la Marine à travers le champ complet de la défense aérienne et antimissile, comprenant les défenses aériennes, antimissile de croisière et antimissile balistique. » [13]

Les deux dernières semaines regorgent d’histoires dans la même veine, et pour attirer l’attention plus près de la Terre, Strategy Page, un site étatsunien, rapportait que selon une source russe « les États-Unis ont acheté deux chasseurs à réaction Su-27 de l’Ukraine [qui] serviront à entraîner les pilotes militaires étatsuniens, lesquels pourraient faire face à des ennemis à bord de ces avions. L’armée étatsunienne les utilisera pour tester ses radars et son équipement de guerre électronique. » [14]

À ce moment même, le client des États-Unis en Ukraine, le président Viktor Iouchtchenko, dont la cote de popularité à dégringolé à près de 1 %, a signé une directive pour la préparation à l’adhésion complète à l’OTAN. Quelques jours plus tard, une délégation militaire étatsunienne a visité le pays pour inspecter un réservoir de stockage et planifier « une réforme du système d’entraînement au combat ». [15]

En matière d’entraînement à la guerre contre la force aérienne russe, ce qui s‘est passé en Ukraine n’est que la dernière d’un bon nombre d’actions de ce genre.

Immédiatement après la pleine adhésion du pays à l’OTAN, le 81e escadron de chasse étatsunien s’est rendu à Constanta en Roumanie (pays où le Pentagone a depuis acquis quatre nouvelles bases) afin de s’entraîner au combat contre les MiG-21 russes.

Selon un des pilotes étatsuniens présents, « c’était plutôt chouette : on est assis dans un MiG-21 qui décollera dans quelques jours avec un pilote expérimenté aux commandes. C’était un bras de l’Union soviétique et ces pilotes volaient avant qu’elle n’éclate. Ils ont une bonne idée de ce que c’est. » [16]

En juillet de l’année suivante, le 492e escadron de chasse étatsunien était déployé à la base aérienne de Graf Ignatievo en Bulgarie voisine afin que « les forces aériennes de divers pays [aient l’opportunité] de connaître les tactiques et les capacités des aéronefs de l’un et de l’autre. » 

« Au moment où la première semaine d’entraînement prend fin, les pilotes des F-15E Strike Eagles, des MIG-29 et des MIG-21 partagent leurs connaissances sur les aéronefs et les tactiques. »

On cite un colonel des forces aériennes étatsuniennes : « Seulement 2 des 38 membres de l’équipage d’aéronefs ont eu la chance de voler aux côtés des MIG. D’ici à ce que l’exercice soit terminé, tout le monde aura eu le temps de voler dans un MIG ou à leurs côtés. [17]

Un mois plus tard, le 22e escadron de chasse expéditionnaire des États-Unis est arrivé en Roumanie pour effectuer les exercices Viper Lance, lesquels « marquaient le premier entraînement de pilotes de F-16 étatsuniens en Roumanie [et] la première fois que des pilotes de MIG-21 et de F-16 volaient en formations pour mener des manœuvres de combat élémentaires, un entraînement au combat aérien avec différents types d’aéronefs, ainsi que des missions d’attaques air-sol ». [18]

La prochaine citation est d’un pilote de F-16 Fighting Falcon :

« Mon vol dans le siège arrière d’un Lancer [MiG-21] constitue une bonne opportunité de voir un aéronef différent et c’est un honneur et un véritable privilège. Je veux voir ce qu’ils voient de leur cockpit et avoir un autre angle de compréhension face à nos adversaires. » [19]

Il y a deux semaines, un escadron de combat de l’US Air Force s’est rendu à la base aérienne de Bezmer en Bulgarie. « C’est la première fois qu’un escadron de combat de l’USAFE [United States Air Forces in Europe] se déploie à cet endroit […] Ce qu’il y a de plus gratifiant dans cette expérience est de savoir que j’aide ces pilotes à s’entraîner pour la guerre », a souligné un des militaires de l’USAFE sur les lieux. [20]

Dans le but de préparer les États-Unis pour le combat aérien contre toute la gamme d’aéronefs militaires russes, l’Inde était invitée aux exercices de combat aérien annuels Red Flag en Alaska en 2007, des jeux de guerres « dont l’objectif est de former les pilotes des États-Unis, de l’OTAN et d’autres pays alliés pour de vraies situations de combat.

 Cela comprend l’utilisation d’équipement "ennemi" et de vraies munitions pour des exercices de bombardements. » [21]

L’Inde a fourni six chasseurs Sukhoi SU-30MKI, « particulièrement pertinents pour cet exercice puisqu’[ils sont] fabriqués en Russie, donc traditionnellement considérés comme "hostiles" ». [22] 

Le 1er mai, la patrouille aérienne tchèque de l’OTAN entamait sa rotation de six mois dans le ciel balte, au-dessus de l’Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie – à cinq minutes de la deuxième plus grande ville russe, Saint-Pétersbourg. À cette occasion, un officiel tchèque se vantait : « La zone que nous protégeons est presque trois fois plus grande que la République tchèque. C’est un avant-poste de l’OTAN. »

Le commandant de la force aérienne lithuanienne, Arturas Leita, a pour sa part annoncé que « les pays baltes demanderaient probablement la prolongation de la mission des forces aériennes au sein de l’OTAN jusqu’en 2018. » [23]

Du 8 au 16 juin, la Suède accueillera une simulation de l’OTAN appelée Loyal Arrow, décrite comme « la plus grande simulation de forces aériennes jamais vue dans la baie de Botnie, située entre la Suède et la Finlande », [24] également à proximité de Saint-Pétersbourg. Un porte-avions britannique et plus de 50 chasseurs y participeront. 

Cet exercice débutera exactement une semaine après la fin des jeux de guerre Cooperative Lancer 09 de l’OTAN menés par les États-Unis en Géorgie, sur le flan sud de la Russie.

En parlant des dangers s’appliquant uniformément à tout ce qui précède, le site web du ministère de la Presse et des Médias de masse de l’Ossétie du Sud citait récemment la mise en garde de la politologue Irina Kadzhaev :

« Aujourd’hui la situation est beaucoup plus sérieuse qu’avant août 2008. La menace antérieure ne mettait que l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie en danger, mais comme la Russie a reconnu l’indépendance de ces deux États et a conclu des ententes envisageant la présence de ses forces armées sur leurs territoires, si la guerre éclate à nouveau, elle ne se limitera pas au Caucase.

Le nouveau président des États-Unis n’a pas apporté de changement crucial en ce qui a trait à la Géorgie, mais en raison de son rôle dominant au sein de l’OTAN, il insiste toujours sur l’adhésion rapide de ce pays à l’alliance. Si celle-ci se concrétise, le monde fera face à une menace bien plus grave que les crises de la guerre froide.

Dans ce nouveau contexte, la guerre de la Géorgie contre l’Ossétie du Sud pourrait facilement devenir la guerre de l’OTAN contre la Russie. Il s’agirait d’une troisième guerre mondiale. » [25]
 

Par Rick Rozoff
Article original "Pentagon Preparing For War With The Enemy: Russia", le 14 mai 2009.
Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.
 


Notes :

  1. Virginian-Pilot, 13 mai 2009
  2. Ibid
  3. Global Security, 12 mai 2009
  4. Air Force Link, 1er juin 2007
  5. U.S. Department of Defense, 12 novembre 2008
  6. Associated Press, 5 mai 2009
  7. Space Flight Now, 5 mai 2009
  8. Pratt & Whitney, 5 mai 2009
  9. Ducommun Incorporated, 29 avril 2009
  10. Russian Information Agency Novosti, 7 mai 2009
  11. Russia Today, 5 mai 2009
  12. Euronews, 6 mai 2009
  13. Navy News, 30 avril 2009
  14. Moscow News, 11 mai 2009
  15. National Radio Company of Ukraine, 29 avril 2009
  16. Air Force Link, 2 août 2005
  17. U.S. Air Forces in Europe, 24 juillet 2006
  18. Stars and Stripes 26 août 2006
  19. Air Force Link, 17 août 2006
  20. Air Force Link, 28 avril 2009
  21. Indo-Asian News Service, 26 novembre 2007
  22. Avionews (Italy) 28 novembre 2007
  23. Czech News Agency, 1er mai 2009
  24. Barents Observer, 7 mai 2009
  25. Ministry for Press and Mass Media of the Republic of South Ossetia, 27 avril 2009

 


ReOpenNews connexes :

 

Non à la guerre en Afghanistan et au Pakistan

Le sommet américain avec l’Afghanistan et le Pakistan [du 6 mai 2009] à Washington marque le début d’une escalade des violences militaires dans les deux pays. Le but de la rencontre pour l’administration Obama est d’intimider ses laquais, le président afghan Hamid Karzaï et le président pakistanais Asif Ali Zardari, pour qu’ils obéissent davantage et d’élaborer une stratégie exhaustive de guerre dans le but de pacifier de larges régions de chaque côté de la frontière pakistano-afghane qui est présentement contrôlée par des rebelles islamistes.

L’importance de ce sommet trilatéral est soulignée par la présence de hauts représentants de l’armée américaine et de l’establishment du renseignement et de la politique étrangère, dont la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, le directeur de la CIA Leon Panetta, le chef du FBI Robert Mueller et le général américain du Commandement central David Petraeus, ainsi que leurs homologues de l’Afghanistan et du Pakistan. D’autres sommets trilatéraux sont prévus pour coordonner la guerre commune qui va inévitablement coûter la vie à de nombreuses autres personnes dans les deux pays.

Flanqué de Karzaï et Zardari, Obama a déclaré hier devant les médias que les Etats-Unis étaient du côté des peuples de l’Afghanistan et du Pakistan. De telles remarques doivent être rejetées avec le mépris qu’elles méritent. L’impérialisme américain intensifie ses guerres en Afghanistan et au Pakistan non pas pour « développer la sécurité, les opportunités et la justice » pour les populations locales, mais bien afin de servir l’objectif stratégique de Washington de dominer l’Asie centrale riche en énergie.

Sous les fortes pressions des Etats-Unis, l’armée pakistanaise mène actuellement une offensive dans le district de Buner impliquant 15 000 soldats qui sont appuyés par des hélicoptères et des avions de combat. L’opération, qui est applaudie à Washington, a déjà fait fuir de longues colonnes de réfugiés. Selon les officiels locaux, 40 000 personnes ont quitté la région et l’exode pourrait atteindre un demi-million de réfugiés. 

En Afghanistan, les frappes aériennes américaines plus tôt cette semaine qui ont tué jusqu’à 150 personnes dans le district de Bala Baluk ne sont que la dernière atrocité d’une guerre qui vise à terroriser le peuple afghan et réprimer toute opposition à l’occupation néocoloniale. Obama a à peine fait mention de l’incident, répétant comme à l’habitude que les Etats-Unis feraient « tout en leur possible » pour éviter les victimes civiles. Il a sinistrement mis en garde que les violences augmenteraient, mais que l’engagement des Etats-Unis « n’allait pas fléchir ».

Les présidents afghan et pakistanais ont tous deux juré fidélité à Washington et sa « guerre au terrorisme ». Bien qu’Obama parle d’eux en tant que « dirigeants élus démocratiquement », les Etats-Unis n’auraient pas de remords à les retirer du pouvoir, d’une manière ou d’une autre, s’ils ne suivaient pas les ordres. Dans les derniers mois, des officiels américains ont critiqué sévèrement Karzaï, qui fait face à une élection en août, pour son administration corrompue et inefficace ainsi que pour ses critiques de l’armée américaine et des victimes civiles tombées sous ses attaques.

De hauts représentants américains ont aussi averti Zardari quant à sa réticence à déclencher une guerre totale contre les guérillas talibanes. Le New York Times a cité anonymement un officiel de l’administration déclarant que la guerre au Pakistan allait dépendre de l’armée pakistanaise, « étant donné surtout le refus du pays, jusqu’à maintenant, de permettre l’entrée des troupes américaines ». Alors que l’armée américaine intensifie ses frappes de missiles en toute impunité, Washington fait clairement pression pour un rôle militaire beaucoup plus grand à l’intérieur du Pakistan.

Le même journal a publié une série d’articles sensationnalistes depuis quelques jours qui insistaient sur le danger que l’arsenal nucléaire pakistanais puisse tomber entre les mains d’extrémistes islamistes, le même prétexte utilisé par l’administration Bush pour réaliser son « changement de régime » en Irak. L’administration Obama considère évidemment plusieurs avenues pour remplacer Zardari si jamais ce dernier ne réalisait pas les promesses qu’il a faites à Washington.

Des éditoriaux parus hier dans le New York Times et le Wall Street Journal ont donné un soutien entier aux nouveaux plans de guerre d’Obama. Les deux journaux ont demandé au Congrès d’accéder rapidement à la requête d’Obama pour un financement supplémentaire de plusieurs milliards de dollars pour soutenir les armées et les gouvernements afghans et pakistanais. Le Wall Street Journal, en particulier, a demandé qu’aucune contrainte politique de la part du Congrès ne vienne « gommer les requêtes » ou restreindre la liberté d’action de l’armée américaine.

Ce consensus démontre que tout l’establishment politique américain, l’aile libérale représentée par les démocrates tout autant que sa contrepartie conservatrice représentée par les républicains, soutient la guerre d’Obama sur deux fronts. L’escalade des conflits en Afghanistan et au Pakistan montre que les critiques qu’ont faites Obama et des sections des médias au sujet de la guerre en Irak n’avaient qu’un caractère entièrement tactique. Obama a été choisi et amené à l’avant-scène dans les élections de l’an passé par des sections de l’élite dirigeante américaine qui considérait que l’Irak était une diversion désastreuse des objectifs et intérêts plus fondamentaux des Etats-Unis en Asie centrale.

Ayant gagné l’élection en faisant appel au sentiment largement répandu d’opposition à la guerre, Obama accomplit aujourd’hui la mission pour laquelle il a été choisi. Sous la supervision de membres clés de l’administration Bush (le secrétaire à la Défense Robert Gates et le général Petraeus), l’armée américaine prépare une importante offensive cet été en Afghanistan en doublant le nombre de ses soldats là-bas qui atteindra 68 000. Au même moment, le Pentagone a mis en place d’autres voies d’approvisionnement dans le cas où l’escalade de la guerre prévue dans le Pakistan voisin menacerait les voies d’approvisionnement actuellement utilisées et qui passent par les régions frontalières de ce pays.

Le Wall Street Journal conclut son éditorial en insistant auprès de l’administration Obama pour qu’elle clarifie que « l’implication des Etats-Unis à la sécurité dans cette région se prolongera longtemps », ajoutant : « Le plus grand danger est que les faibles institutions du Pakistan et ses dirigeants peu sûrs perdent leur désir de vaincre les islamistes. C’est ce qui a fait tomber le Shah d’Iran en 1979. Nous ne voulons pas que la même chose se reproduise à Islamabad. »

En fait, la dictature impitoyable d’Iran soutenue  par les Etats-Unis n’est pas tombée parce que le Shah a perdu son désir d’emprisonner et d’éliminer physiquement ses opposants, mais à cause d’un soulèvement populaire duquel les religieux islamiques ont réussi à prendre le contrôle. Il y a déjà des signes en Afghanistan et au Pakistan d’une vaste opposition politique et sociale aux Etats-Unis et à ses régimes marionnettes. L’avis que donne le Wall Street Journal à Obama est que les Etats-Unis doivent faire tout ce qui est nécessaire aussi longtemps qu’il le faut pour supprimer par la violence toute contestation à la domination économique et stratégique de la région par les Etats-Unis.

L’escalade de la guerre que prépare Obama ne pourra avoir qu’un effet profondément déstabilisateur sur toute la région et préparera des conflagrations militaires encore plus importantes et sanglantes [...].
 

Par Peter Symonds, le 9 mai 2009 pour WSWS.org
(Article original anglais paru le 7 mai 2009)

Le Commandeur de l’OTAN qui voulait une nouvelle mission pour ses troupes en Afghanistan.

Le Commandeur de l’OTAN, ordonne le massacre des milliers de civils afghans : les paysans qui cultivent le pavot et les trafiquants, dès lors qu’ils rivalisent avec le monopole de la famille Karzaï, doivent être éliminés par les troupes de l’OTAN.

 
Brantz J. Craddock.

Le général Bantz Craddock, Suprême commandeur de l’OTAN, a ordonné aux troupes alliées présentes en Afghanistan de tuer, dans les zones insurgées, toutes les personnes impliquées dans la culture et le commerce des drogues, sans attendre de savoir si elles sont ou non liées à l’insurrection.

Selon le site internet de Der Spiegel, qui a révélé les faits, l’ordre a été confirmé par écrit, le 5 janvier 2009, au général allemand Egon Ramms qui s’y opposait en qualifiant l’exécution de cette instruction de crime de guerre.

Ces révélations provoquent un vif émoi en Allemagne, mais pas dans les autres États impliqués militairement en Afghanistan.

Ces instructions s’appliquent à toute la zone insurgée, mais pas à la zone « pacifiée », c’est-à-dire placée sous l’autorité du président Karzaï, où son demi-frère exploite le pavot.

En clair, le général Bantz Craddock a ordonné de massacrer tous les paysans qui cultivent le pavot et tous les trafiquants dès lors qu’ils rivalisent avec le monopole de la famille Karzaï.

Le général Bantz Craddock est l’ancien chef du cabinet militaire de Donald Rumsfeld. En qualité de commandant du South Command, il installa le centre de torture de Guantanamo. Il participa activement à la planification de la guerre israélienne de 2006 contre le Liban et fut nommé à cette époque à la tête de l’OTAN en vue d’une possible mission de l’Alliance atlantique au pays du Cèdre (projet qui fut contrecarré par Jacques Chirac lors de la Conférence de Rome).

Rappelons que la drogue produite par les Karzaï est principalement acheminée par les avions US à Camp Bondstell (1) (Kosovo) où elle est prise en charge par le Premier ministre Haçim Thaçi. Elle est alors distribuée par la mafia kosovare principalement en Europe occidentale. Les bénéfices servent à financer les opérations spéciales de la CIA hors contrôle budgétaire du Congrès.

Source : Voltaire.net

(1) Camp Bondsteel
 


Faut-il tuer les trafiquants de drogue ?

Le site lalibre.be précise :

Le commandant suprême de l’OTAN a exigé l’élimination des trafiquants d’opium en Afghanistan. Sa décision provoque un débat et une fuite.

Le commandant suprême de l’OTAN, le général américain John Craddock, a provoqué un vif débat au sein de la hiérarchie militaire alliée en autorisant à éliminer les trafiquants d’opium en Afghanistan, selon une lettre publiée jeudi par le "SpiegelOnline". Dans cette missive, le général Craddock ordonne à l’Isaf (2), la force placée sous commandement OTAN, de faire désormais la chasse "à tous les trafiquants de drogue et à leurs installations" et l’autorise à recourir contre eux aux moyens les plus extrêmes, c’est-à-dire jusqu’à les tuer, selon le site Internet du magazine hebdomadaire "Der Spiegel".

Il "n’est plus nécessaire [ ] de prouver que chaque trafiquant ou installation de drogue en Afghanistan remplit les critères d’un objectif militaire", autrement dit qu’ils ont des liens avec les talibans insurgés contre le gouvernement de Kaboul, écrit le général Craddock.

Désaccord des généraux

La lettre est adressée aux deux généraux chargés de diriger l’Isaf, l’Allemand Egon Ramms, basé au QG régional de l’OTAN à Brunssum, aux Pays-Bas, et l’Américain David McKiernan, qui commande en Afghanistan, selon "SpiegelOnline". Ces deux généraux refusent de suivre la consigne, qu’ils estiment contraire au droit international et au règlement de l’Isaf, force agissant sur mandat de l’ONU, selon le magazine.

Le général Craddock justifie sa position en rappelant que les pays de l’OTAN se sont mis d’accord en octobre pour s’attaquer en Afghanistan au trafic d’héroïne qui finance les talibans. L’OTAN a "reconnu un rapport clair entre le trafic de drogue et l’insurrection", souligne-t-il.

Interrogé sur ce point, le porte-parole de l’OTAN, James Appathurai, a souligné que le quartier général des puissances alliées en Europe (Shape, basé à Mons) "n’a pas donné d’ordre, mais a diffusé une "orientation" qui a été accueillie par des commentaires de responsables militaires". Selon lui, "il est parfaitement normal qu’il y ait une discussion au sein de la chaîne de commandement militaire sur la mise en œuvre" de la décision de donner à l’Isaf la permission d’agir contre les installations et trafiquants de drogue qui soutiennent les talibans.

"Personne n’a demandé ou ordonné de faire quelque chose d’illégal", a également réagi le porte-parole du général Craddock, le colonel Derek Crotts, précisant qu’à ce stade, le plan et les règles d’engagement de l’Isaf contre la drogue en Afghanistan "étaient toujours à l’étude".

Enquête sur la fuite

Illustration du malaise provoqué par ces "recommandations", le secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a ordonné jeudi une enquête sur la fuite "inacceptable" de documents internes à l’Alliance, dont a bénéficié "Der Spiegel". "Le secrétaire général a demandé l’ouverture immédiate d’une enquête qui devra être conduite avec diligence", a indiqué le porte-parole James Appathurai.

Le bureau du général McKiernan à Kaboul, cité par SpiegelOnline, estime que le général Craddock essaie de créer une "nouvelle catégorie de forces militaires ennemies" et mine l’engagement de l’Isaf à "éviter au maximum les pertes de vies civiles". Pour répondre aux préoccupations sur ce point de pays comme l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie, les pays de l’OTAN avaient convenu en octobre que l’Isaf n’interviendrait contre les trafiquants qu’avec des troupes "qui y auront été dûment autorisées par leurs gouvernements respectifs".

L’Afghanistan est à l’origine de 90% de la production mondiale d’opium, servant à la fabrication de l’héroïne écoulée en Europe et en Asie centrale. Selon des experts, les talibans tirent quelque 365 millions d’euros du trafic d’héroïne. (AFP)

Source : lalibre.be
Article source : Spiegel On Line International

(2) ISAF  : International Security Assistance Force
 


Articles connexes :

A voir :