Les Etats-unis en train de “préparer le champ de bataille” en Iran

Nous présentons ici à la fois l’article de CNN paru le 30 juin 2008 sur la préparation par les États-Unis de la guerre en Iran, et la traduction par mondialisation.ca de l’article de Seymour Hersh paru dans The New Yorker, et qui mentionné à plusieurs reprises par CNN.

Reportage de CNN : Les Etats-unis en train de "préparer le champ de bataille" en Iran

 WASHINGTON (CNN) – "L’administration Bush a amorcé une ‘escalade significative’ dans ses opérations clandestines en Iran en envoyant des commandos US espionner les installations nucléaires du pays et ébranler le gouvernement de la république islamique", a déclaré le journaliste Seymour Hersh dimanche.

Le drapeau iranien flotte près du bâtiment abritant le réacteur de la centrale nucléaire de Bushehr au sud de Téhéran.

La Maison Blanche, la CIA et les responsables du Département d’État se sont refusés à tout commentaire sur le reportage de Hersh, qui a été publié dans le numéro de cette semaine du New Yorker.

Hersh a raconté dans l’émission "Late Edition with Wolf Blitzer" sur CNN que le Congrès avait autorisé un fonds de 400 millions de dollars US pour financer cette campagne secrète, qui implique des troupes spéciales américaines et des dissidents iraniens.

Le président Bush et le vice-président Dick Cheney ont rejeté les conclusions des services de renseignement américains selon lesquelles l’Iran avait arrêté ses efforts de fabrication d’une bombe nucléaire. Ils "ne veulent pas laisser l’Iran en place avec son programme nucléaire", a déclaré Hersh.

« Ils pensent que leur mission est de s’assurer qu’avant de quitter leurs fonctions l’an prochain, l’Iran, ou bien sera attaqué, ou bien aura arrêté son programme d’armement » a dit Hersh.

Le nouvel article, "Préparer le champ de bataille" [ndt, voir plus bas dans cette page] est le dernier d’une série d’articles accusant l’administration Bush de préparer une guerre contre l’Iran.

Son reportage est basé sur les témoignages de sources, actuelles ou anciennes, au sein de l’armée, des services de renseignement et du Congrès.

« Comme d’habitude avec ces papiers trimestriels, nous préférons nous abstenir de tout commentaire », a déclaré sur CNN le porte-parole de la Maison Blanche, Gordon Johndroe. « Par principe, la CIA ne commente pas des allégations concernant ses opérations secrètes » a expliqué Paul Gimigliano, le porte-parole de la CIA. Ryan Crocker, l’ambassadeur américain à Bagdad, a nié que des raids aériens aient été lancés depuis l’Irak où, d’après des commandants américains, l’Iran est en train de préparer des attaques sur les troupes américaines.

« Je peux vous affirmer sans équivoque que les forces américaines ne mènent aucune action contre l’Iran en passant par la frontière irakienne, que ce soit dans le sud ou ailleurs » a dit Crocker.

Hersh affirme que les initiatives américaines étaient dirigées depuis l’Afghanistan qui, comme l’Irak, partage une frontière avec l’Iran.

Il explique que le programme a causé une « augmentation spectaculaire des événements cinétiques et du chaos » à l’intérieur de l’Iran, citant entre autres des attaques par des séparatistes kurdes au nord du pays et une attaque sur une mosquée à Shiraz qui a tué 13 personnes.

Les Etats-Unis soutiennent que leur but est d’isoler l’Iran par voie diplomatique et ce faisant, de l’inciter à jouer cartes sur table à propos de ses ambitions nucléaires. Mais Bush dit que « toutes les options » sont envisageables pour gérer le problème.

L’Iran insiste sur le fait que son programme nucléaire est destiné à fournir de l’énergie électrique à la population, et refuse de se conformer aux demandes du Conseil de Sécurité de l’ONU qui exige que l’Iran interrompe son programme d’enrichissement d’uranium.

Des inspecteurs nucléaires de l’ONU affirment que Téhéran a divulgué des informations essentielles qui pourraient déterminer si, oui ou non, le pays tente de fabriquer des armes nucléaires.

Israël, que l’on suppose en possession de son propre arsenal nucléaire, a mené des exercices militaires dans l’est méditerranéen au début du mois de juin, impliquant des dizaines d’avions militaires et d’avions de ravitaillement en carburant.

En 1981, des avions militaires israéliens avaient détruit un réacteur nucléaire irakien.

Le porte-parole du Parlement iranien, Ali Larijani, a mis en garde d’autres pays contre des actions qui pourraient « leur coûter très cher ». Parmi les commentaires parus dimanche dans Mehr, une agence de presse semi-officielle, un général iranien a déclaré que ses troupes étaient en train de creuser plus de 320 000 tombes pour enterrer les troupes de toute force d’invasion avec «tout le respect qui leur est dû».

« En accord avec les lois de la guerre et du conflit armé, nous devons prendre en main les préparatifs nécessaires pour l’enterrement des soldats des pays agresseurs » a expliqué le général de division Mirfaisal Baqerzadeh, un officier iranien chargé de l’identification des soldats portés disparus.

 

Traduit de l’anglais par Kate G. pour ReOpenNews


Article de Seymour R. Hersh, traduction parue le 4 juillet sur mondialisation.ca

Préparer le champ de bataille : L’administration Bush intensifie ses mesures secrètes contre l’Iran

par Seymour M. Hersh
 
Mondialisation.ca, Le 4 juillet 2008
The New Yorker  

A la fin de l’année dernière, le Congrès a accédé à la demande du président Bush destinée à financer une importante augmentation des opérations secrètes contre l’Iran, selon des sources actuelles et anciennes de l’armée, des services de renseignements et au Congrès. Ces opérations, pour lesquelles le président a demandé jusqu’à quatre cent millions de dollars, ont été décrites dans un Presidential Finding (ndt : document présidentiel) signé par Bush, et sont destinées à déstabiliser le gouvernement religieux du pays.

Photo: Simon James : Une fresque sur le mur de l’ancienne ambassade américaine à Téhéran, à présent appelé "la tanière des espions" par les Iraniens

Les actions clandestines impliquent un soutien aux groupes minoritaires arabes, les Ahwazi et les Baluchi et à d’autres organisations dissidentes. Elles comprennent également la collecte de renseignements sur le supposé programme d’armes nucléaires iranien.

Les opérations clandestines contre l’Iran ne sont pas neuves. Depuis l’année dernière, les Forces d’opérations spéciales américaines ont mené des opérations transfrontalières depuis le sud de l’Irak, avec l’autorisation du Président. Celles-ci comprenaient la capture de membres d’Al Qods, la branche des commandos de la Garde Révolutionnaire iranienne, afin de les emmener en Irak pour les interroger et la poursuite d’"objectifs de grande valeur" dans la guerre contre le terrorisme du Président qui ont été capturés ou tués.

Mais l’ampleur et la portée des opérations en Iran qui impliquent la Central Intelligence Agency et la Joint Special Operations Command (JSOC), ont été considérablement élargies, selon les actuels et anciens responsables. Nombre de ces activités ne sont pas précisées dans le nouveau Presidential Finding et certains dirigeants du Congrès ont eu de sérieux doutes quant à leur nature.

Selon la loi fédérale, un Finding, qui est extrêmement secret, doit être délivré lorsque une opération clandestine des services de renseignements est en cours et doit, au minimum, être porté à la connaissance des dirigeants démocrates et républicains de la Chambre des Représentants et du Sénat et aux membres hauts placés de leurs commissions respectives de renseignements - ce que l’on appelle la Bande des Huit.

L’argent pour l’opération peut alors, selon le besoin, être réaffecté de leurs précédentes attributions par les commissions du Congrès concernées, qui peuvent aussi être informées.

"Le Finding portait sur une attaque contre les ambitions nucléaires de l’Iran et une tentative de fragilisation du gouvernement par un changement de régime," a déclaré une personne qui connaît son contenu et qui est impliquée dans le «travail avec des groupes d’opposition et le transfert d’argent."
"Le Finding subvenait aux besoins d’une nouvelle gamme d’activités dans le sud de l’Iran et dans des régions à l’est, où l’opposition politique Baluchi est forte", a-t’elle ajouté.

Selon cette source, bien que certains hommes politiques fussent préoccupés par certains aspects du Finding, et "qu’il y ait eu un certain nombre de discussions à un niveau élevé" sur le sujet, le financement a été approuvé.
En d’autres termes, certains membres de la direction des Démocrates (le Congrès est sous le contrôle des Démocrates depuis les élections de 2006) étaient prêts, en secret, à se rallier à l’Administration dans le développement d’activités clandestines en Iran, alors que le candidat présumé à la présidence, Barack Obama, déclarait qu’il privilégiait des négociations directes et la diplomatie.

La demande de financement a eu lieu au moment où l’administration recevait l’Estimation des Services de Renseignements (ESR), publiée en Décembre, qui concluait que l’Iran avait mis fin à ses travaux sur les armes nucléaires en 2003.

L’Administration a minimisé l’importance de l’ESR et, en disant qu’elle était engagée dans la diplomatie, elle a continué à insister sur le fait qu’une action urgente était indispensable pour contrer la menace nucléaire iranienne.

Le président Bush a mis doute les conclusions de l’ESR et de hauts responsables à la sécurité nationale, dont le secrétaire à la Défense Robert Gates et le secrétaire d’État Condoleezza Rice ont fait des déclarations similaires. (Ainsi que le sénateur John McCain, le futur candidat républicain à la présidence.)

Pendant ce temps, l’Administration a également ressorti les accusations d’implication des dirigeants iraniens dans l’assassinat de soldats américains en Irak: que ce soit directement, en envoyant des unités de commandos en Irak, et indirectement, par la fourniture de matériels utilisés pour les bombes de bords de routes et d’autres matériels mortels. (Il y a eu des questions quant à l’exactitude des affirmations, le Times, entre autres, a indiqué que "des incertitudes subsistaient quant à l’ampleur de cette participation».)

Des responsables militaires et civils au Pentagone ont fait part à la Maison Blanche de leurs inquiétudes au sujet des ambitions nucléaires de l’Iran, mais il existait des désaccords quant à savoir si une attaque militaire était la bonne solution. Certains responsables du Pentagone pensaient, comme ils l’avaient fait savoir au Congrès et aux médias, qu’un bombardement de l’Iran n’était pas une réponse viable à la question de la prolifération nucléaire et que plus de diplomatie était nécessaire.

Un sénateur démocrate m’a dit qu’à la fin de l’année dernière, lors d’une réunion-déjeuner confidentielle, le secrétaire à la Défense, Gates, a rencontré le comité électoral des Démocrates au Sénat. (Ces réunions sont organisées régulièrement.) Selon le sénateur, Gates a alerté sur les conséquences d’une frappe préventive de l’Administration Bush contre l’Iran, en disant : «Nous allons créer des générations de jihadistes, et nos petits-enfants se battront contre nos ennemis ici en Amérique."

Les commentaires de Gates ont stupéfait les Démocrates au déjeuner et un autre sénateur a demandé si Gates parlait au nom de Bush et du vice-président Dick Cheney. La réponse de Gates, m’a dit le sénateur fût : "Disons que je parle ici en mon nom" (Un porte-parole de Gates a confirmé qu’il avait abordé les conséquences d’une frappe lors de à la réunion, mais qu’il n’aborderait pas ce qu’il a dit, en dehors de contester l’interprétation des propos du sénateur.)

Le Comité des Etats-Majors Interarmes, dont le président est l’amiral Mike Mullen, «repoussaient fortement la pression de la Maison-Blanche destinée à entreprendre une frappe militaire contre l’Iran", m’a déclaré la personne qui connaît bien le Finding. De même, un consultant du Pentagone qui est impliqué dans la guerre contre le terrorisme a déclaré qu’"au moins dix contre-amiraux et généraux, dont des commandants de combat (des généraux d’armée qui dirigent des opérations militaires dans le monde) ont pesé sur cette question».

Le plus critique de ces officiers est l’amiral William Fallon, qui, jusqu’à récemmen,t était le chef du Commandement central américain, et donc en charge des forces américaines en Irak et en Afghanistan.

En Mars, Fallon a démissionné sous la pression, après avoir donné une série d’interviews indiquant ses réserves au sujet d’une attaque armée contre l’Iran. Par exemple, à la fin de l’année dernière, il a déclaré au Financial Times que le "véritable objectif de la politique américaine était de changer le comportement des Iraniens et que "les attaquer comme un moyen d’y arriver ne me semble pas être la meilleure solution."

L’amiral Fallon a reconnu, quand j’ai parlé avec lui en Juin, qu’il avait entendu dire qu’il y avait des gens à la Maison Blanche qui avaient été bouleversés par ses déclarations publiques. «Trop de gens pensent que vous devez être pour ou contre les Iraniens», m’a t-il dit. "Soyons sérieux. Il y a quatre-vingt millions de personnes qui y vivent et ce sont tous des individus. L’idée selon laquelle il n’y a qu’une façon ou une autre n’a pas de sens."

Quant à la guerre en Irak, Fallon dit : «J’ai râlé au sujet des choses qui étaient proposées? Tu parles. Certaines d’entre elles étaient très stupides."

L’accord de la direction des Démocrates sur l’engagement de centaines de millions de dollars pour effectuer plus d’opérations secrètes en Iran était marquante, compte tenu des préoccupations de responsables comme Gates, Fallon, et bien d’autres. "Le processus de contrôle n’a pas été tenu au courant : il a été détourné par l’administration", a déclaré la personne qui connaît bien le contenu du Finding. "Le processus est rompu et nous avons autorisé des choses dangereuses."

De hauts responsables Démocrates au Congrès m’ont dit qu’ils étaient inquiets de la possibilité que leur compréhension des nouvelles opérations soit différente de celle de la Maison Blanche.

Selon la personne qui le connait, l’un des sujets concerne une référence du Finding à une possible action défensive mortelle menée par des agents américains en Iran. (Au début du mois de Mai, le journaliste Andrew Cockburn a publié des éléments du Finding dans Counterpunch, un bulletin d’information et un magazine sur internet.)

Le texte a été inséré dans le Finding à l’instigation de la CIA, selon un ancien haut fonctionnaire des services de Renseignements. Les opérations secrètes présentées dans le Finding sont effectuées pour l’essentiel simultanément à des opérations d’une mission secrète de l’armée actuellement en Iran, qui est sous le contrôle du JSOC.

Selon l’interprétation de la Loi de l’Administration Bush, les opérations secrètes de l’armée, contrairement à celles de la CIA, n’ont pas besoin d’être décrites dans le Finding, parce que le Président a un droit constitutionnel pour commander les forces de combat sur le terrain sans ingérence du Congrès.

Mais les frontières entre les opérations ne sont pas toujours claires: en Iran, les agents de la CIA et les alliés régionaux ont des compétences linguistiques et des connaissances locales permettant d’établir des contacts pour les agents du JSOC et ils ont travaillé avec eux pour envoyer du personnel, du matériel et de l’argent en Iran depuis une base obscure située à l’ouest de l’Afghanistan.

En conséquence, il n’a été donné au Congrès qu’une vue partielle de la façon dont l’argent pour lequel il donnait son accord serait utilisé. L’une des missions des agents du JSOC, la poursuite des "objectifs de grande valeur," n’était pas directement abordée dans le Finding.

De plus en plus, certains hommes politiques réalisent que l’administration Bush, au cours des dernières années, a mélangé les opérations de renseignements aux opérations militaires afin d’éviter que le Congrès soit totalement informé sur ce qu’elle faisait.

«C’est une grosse affaire," dit la personne qui connaît le Finding. "La CIA avait besoin du Finding pour effectuer ses affaires traditionnelles, mais le Finding ne s’appliquait pas au JSOC. Le Président a signé un décret après le 11 Septembre qui donnait au Pentagone l’autorisation de faire des choses qu’il n’avait jamais été en mesure de faire avant sans en aviser le Congrès. L’excuse était que l’armée «préparait l’espace du combat, et en utilisant ce terme, ils ont réussi à contourner le contrôle du Congrès. Tout est justifié en termes de lutte dans la guerre mondiale contre le terrorisme».
Il a ajouté : «L’Administration a brouillé les frontières : elle utilise souvent une zone de gris" - entre les opérations dont la haute direction du Congrès doit être informée et celles qui n’ont pas à l’être", mais maintenant c’est une purée de pois."

"L’agence dit que nous n’aurions pas été en position d’aider à tuer des gens sans le Finding" m’a dit l’ancien haut fonctionnaire du renseignement. Il faisait référence à la menace juridique qu’affrontent certains membres de l’agence pour leur implication dans la reddition et la torture de suspects dans la guerre contre le terrorisme. "Cela a poussé les militaires dans le mur», a-t-il dit.
Quant à la C.I.A., a déclaré l’ancien haut fonctionnaire du renseignement, "l’ensemble de l’autorisation comprend le meurtre, mais c’est quand même pas pour ça qu’ils l’ont présenté. Il s’agit de recueillir des informations, d’obtenir des soutiens." Le Finding présenté au Congrès était un compromis fournissant une couverture à la CIA tout en faisant référence à l’utilisation de la force meurtrière dans des termes ambigus.

Le langage défensif-meurtrier a conduit certains Démocrates, selon des sources au Congrès au courant de leurs opinions, à appeler le directeur de la CIA et le Général Michael V. Hayden de l’armée de l’air pour une réunion d’information spéciale.
Hayden a rassuré les hommes politiques en disant que le langage utilisé ne servait qu’à fournir une autorisation aux membres des Forces Spéciales sur le terrain en Iran de tirer s’ils étaient capturés ou en mauvaise posture.

Les hommes politiques étaient loin d’être convaincus. Un membre du Congrès a ensuite écrit une lettre personnelle au Président Bush, en insistant sur le fait qu’"aucune action ou époque mortelle" n’avait été autorisée à l’intérieur des frontières de l’Iran. En Juin, il n’avait reçu aucune réponse.

Par le passé, des membres du Congrès ont exprimé leur scepticisme sur les renseignements fournis par la Maison Blanche.

Le 15 Mars 2005, David Obey, à l’époque un Démocrate de premier plan travaillant dans la Commission des Finances de la Chambre des Représentants, dirigée par les Républicains, qui approuve les dépenses, avait annoncé qu’il mettait de côté un amendement qu’il avait l’intention de présenter ce jour-là et qu’il couperait tous les financements du programme des Renseignements jusqu’à ce que le Président accepte de tenir le Congrès pleinement informé des actions militaires secrètes menées dans la guerre contre le terrorisme.
Il a changé d’avis, a-t-il dit, parce que la Maison Blanche avait promis une meilleure coopération. "Le pouvoir exécutif comprend que nous ne cherchons pas à dicter ce qu’ils doivent faire», avait-il déclaré à l’époque dans un discours. "Nous essayons tout simplement de faire en sorte que ce qu’ils font est compatible avec les valeurs américaines et que cela ne met pas le pays en difficulté."

Obey a refusé de commenter les détails des opérations en Iran, mais il m’a dit que la Maison-Blanche était revenue sur sa promesse de consulter plus en détail le Congrès. Il a dit : "Je pense qu’il y a quelque chose en cours, mais je ne sais pas que croire. Cheney a toujours voulu attaquer l’Iran, et s’il avait plus de temps, il trouverait un moyen de le faire. Nous n’avons toujours pas suffisamment d’informations de la part des agences et j’ai très peu confiance dans les informations qu’elles nous donnent."

Aucun des quatre Démocrates dans la Bande des Huit – le chef de la majorité au Sénat, Harry Reid, la présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, le président de la Commission aux Renseignements du Sénat, John D. Rockefeller IV et le président de la Commission aux Renseignements de la Chambre des Représentants, Silvestre Reyes – n’a fait de commentaires sur le Finding, et certains font remarquer que c’est classé secret.

Un collaborateur d’un membre de la direction des Démocrates a répondu, en son nom, en soulignant les limites de la Bande des Huit. Une notification d’un Finding, a déclaré le collaborateur, "est juste une notification et pas une annonce d’actions. La supervision des activités de renseignements en cours est faite par un exposé complet aux membres de la Commission aux Renseignements."

Toutefois, le Congrès n’a pas les moyens de contester la Maison Blanche lorsqu’elle présente un Finding. Il a le pouvoir de suspendre le financement de toute opération du gouvernement.
Les membres de la Chambre des Représentants et la direction des Démocrates au Sénat qui ont accès au Finding peuvent aussi, s’ils le veulent et s’ils sont inquiets, trouver des moyens d’exercer leur influence politique auprès de l’administration. (Un porte-parole de la CIA a déclaré : «En règle générale, nous ne commentons pas d’une manière ou d’une autre les allégations d’actions secrètes ou des prétendues conclusions." (La Maison Blanche s’est également refusée à tout commentaire.)

Un membre de la Commission des Finances de la Chambre des Représentants a reconnu que, même avec une victoire des Démocrates en Novembre, "il faudra un an avant de reprendre le contrôle des activités des services de renseignements." Il a ajouté ; "Nous contrôlons l’argent et ils ne peuvent rien faire sans l’argent. L’argent, c’est la clé. Mais je suis très méfiant au sujet de cette administration." Il a ajouté: «Cette administration a été tellement secrète."

Une ironie ans le départ de l’Amiral Fallon, c’est qu’il était, dans de nombreux domaines, en accord avec le Président Bush sur la menace posée par l’Iran.
Ils avaient une bonne relation de travail, m’a dit Fallon et, quand il dirigeait CENTCOM, ils étaient régulièrement en contact. Le 4 Mars, une semaine avant sa démission, Fallon avait témoigné devant la Commission des Services Armés du Sénat, en disant qu’il était "encouragé" par la situation en Irak et en Afghanistan.

En ce qui concerne le rôle joué par les dirigeants iraniens, il avait déclaré : "Ils ont été absolument inutiles, très préjudiciables, et je ne tolère absolument pas aucune de leurs activités. Et depuis que je suis dans ce métier, j’attends encore de voir des actions publiques de l’Iran qui soient utiles à cette région".

Fallon a précisé dans nos conversations qu’il estimait qu’il n’était pas approprié de faire publiquement des commentaires sur le Président, le Vice-Président, ou sur des opérations spéciales. Mais il a dit qu’il avait entendu que des gens à la Maison Blanche avaient "combattu" son point de vue sur l’Iran.

"Quand je suis arrivé au CENTCOM, les Iraniens finançaient chaque entité en Irak. C’était dans leur intérêt que nous partions et donc ils ont décidé de tuer autant d’Américains que possible. Et pourquoi pas? Ils ne savaient pas ce qui en ressortirait mais ils voulaient que nous partions.
J’ai décidé que je ne pouvais pas résoudre la situation en Irak sans le voisin. Pour résoudre ce problème en Irak, nous avons dû en quelque sorte impliquer l’Iran et la Syrie. Je devais travailler avec le voisin
».

Fallon m’a dit que son centre d’attention n’était pas la question nucléaire iranienne, ou un changement de régime, mais "l’extinction des incendies en Irak." Il y avait constamment des discussions à Washington et sur le terrain sur la façon d’impliquer l’Iran et sur l’option du bombardement. Fallon dit qu’il pensait qu’"il ne se passerait rien sauf si les Iraniens faisaient quelque chose de stupide."

Toutefois, la retraite anticipée de Fallon semble avoir été provoquée non seulement par ses commentaires négatifs sur un bombardement de l’Iran, mais aussi par sa forte confiance dans la chaîne de commandement et son insistance à être informé sur les opérations spéciales dans la région sou sa responsabilité.

L’un des défenseurs de Fallon est le Général de Marine à la retraite, John J. (Jack) Sheehan, dont la dernière affectation était comme Commandant en chef du Commandement Atlantique des États-Unis, dont Fallon était un adjoint. L’année dernière, Sheehan a rejeté une offre de la Maison Blanche pour devenir l’"éminence grise" du président concernant les guerres en Irak et en Afghanistan.

"L’une des raisons du choix de Fallon pour CENTCOM par la Maison Blanche, c’est qu’il était connu comme stratège et qu’il avait fait la preuve de ces compétences dans le Pacifique" m’a dit Sheehan. (Fallon a servi comme commandant en chef des forces américaines dans le Pacifique de 2005 à 2007.)
"Il a été chargé de présenter un ensemble de stratégies cohérentes pour l’Iran, l’Irak et l’Afghanistan et, selon la loi, le commandant de combat est responsable de toutes les opérations militaires au sein de sa ZO" (Zone d’opérations).
"Ce ne fût pas le cas," dit Sheehan.
"Lorsque Fallon a essayé de donner un sens à toutes les opérations publiques et secrètes menées par l’armée dans la région sous sa responsabilité, un petit groupe à la direction de la Maison Blanche l’a exclu."

La loi citée par Sheehan est la Loi sur la Réorganisation de la Défense de 1986, connue sous le nom de Goldwater-Nichols, qui définit la chaîne de commandement : du Président au Secrétaire à la Défense, en passant par le président du Comité des Etats-Majors Interarmes, et les différents commandants de combat, qui ont été chargés de tous les aspects des opérations militaires, y compris de la formation et de la logistique. Cette autorité, déclarait la Loi, ne devait pas être partagée avec d’autres échelons de commandement.
Mais l’Administration Bush, dans le cadre de sa guerre mondiale contre le terrorisme, a institué de nouvelles politiques qui diminuent le rôle des commandants en chef régionaux. Par exemple, elle a donné aux équipes des opérations spéciales, à des commandements militaires dans le monde, la plus haute priorité en termes d’obtention de soutien et d’équipement.

Au cours des dernières années, la dégradation de la chaine traditionnelle de commandement a été un point de tension entre la Maison Blanche et les militaires en uniforme.

"La cohérence de la stratégie militaire est en train de s’éroder en raison de l’excessive influence de civils et de la direction d’opérations militaires non-conventionnelles», a dit Sheehan.
"Si vous avez des petits groupes qui planifient et mènent des opérations militaires en dehors de la connaissance et du contrôle du commandant de combat, vous ne pouvez pas avoir de stratégie militaire cohérente. Vous finissez avec une catastrophe, comme les efforts de reconstruction en Irak."

L’amiral Fallon, qui est connu sous le nom de Fox, savait qu’il se heurterait à des difficultés en tant que premier officier de Marine à la direction de CENTCOM, qui avait toujours été dirigé par un commandant de terrain, m’a dit l’un de ses collègues militaires. Il savait également que les équipes des opérations spéciales seraient un sujet de préoccupation.

"Fox a dit qu’il se passait beaucoup de choses étranges dans les Opérations Spéciales, et je lui ai dit qu’il devait arriver à comprendre ce qu’ils faisaient vraiment", m’a dit le collègue de Fallon. "Les gars des Opérations Spéciales ont finalement compris qu’ils avaient besoin de Fox et ils ont commencé à lui parler. Fox aurait gagné son combat avec les Opérations Spéciales, mais sans Cheney."

Le consultant du Pentagone a déclaré : "Fallon a été descendu parce que, à sa façon, il essayait d’empêcher une guerre avec l’Iran, et vous devez l’admirer pour cela."

Au cours des derniers mois, selon les médias iraniens, il y a eu une poussée de violence en Iran, toutefois, il est impossible à ce stade, de la mettre au crédit des activités de la CIA ou du JSOC, ou d’évaluer leur impact sur les dirigeants iraniens.

Les reportages de la presse iranienne sont soigneusement contrôlés par le colonel de l’armée de l’air à la retraite, le Colonel Sam Gardiner, qui a enseigné la stratégie au National War College et mène maintenant des jeux de guerre centrés sur l’Iran pour le gouvernement fédéral, les think tanks, et les universités.

La presse iranienne "est très libre pour décrire les meurtres qui ont lieu dans le pays," a déclaré Gardiner. C’est, dit-il, "une presse contrôlée, et le fait qu’elle publie ces choses les rendent plus importantes. Nous commençons à voir l’intérieur du gouvernement."
Il a ajouté: «Pas un jour ne se passe maintenant sans que nous voyons un conflit quelque part. Il y a eu trois ou quatre incidents lors d’un récent week-end et les Iraniens ont même publié les noms des officiers de la Garde révolutionnaire qui ont été tués."

Au début de cette année, un groupe militant Ahwazi a revendiqué l’assassinat d’un colonel de la Garde Révolutionnaire, et le gouvernement iranien a reconnu qu’une explosion dans un centre culturel à Chiraz, au sud du pays, qui a tué au moins douze personnes et blessé plus de 200, était un acte terroriste et non pas, comme il l’avait dit avec insistance au début, que c’était un accident.
Cela ne nous apprend pas l’existence d’une implication américaine dans tout événement particulier en Iran, mais, selon Gardiner, les Iraniens ont commencé à accuser publiquement les États-Unis, la Grande-Bretagne et, plus récemment, la CIA pour certains incidents.

L’agence avait été impliquée dans un coup d’Etat en Iran en 1953 et son soutien à l’impopulaire régime du Shah Mohammed Reza Pahlavi - qui a été renversé en 1979 - est condamné depuis des années par les mollahs au pouvoir à Téhéran, avec une grande efficacité.
"C’est le summum pour les Iraniens que de blâmer la CIA," a déclaré Gardiner. "C’est nouveau, et c’est une escalade : une augmentation irréversible de tensions. Cela permet au régime d’obtenir un soutien et montre à la population que la menace du ‘Grand Satan’ existe." Selon Gardiner, la violence, au lieu d’affaiblir le gouvernement religieux iranien, pourrait lui octroyer un soutien.

Bon nombre d’actions pourraient être menées par des dissidents en Iran, et non par des Américains sur le terrain. Un problème avec "le passage de l’argent" (pour utiliser le terme de la personne qui connaît le Finding) de façon secrète, c’est qu’il est difficile de contrôler où va l’argent et à qui il profite.

Néanmoins, l’ancien haut fonctionnaire des Renseignements a déclaré: «Nous avons été exposés, en raison du transfert de nos armes et de nos équipements de communications. Les Iraniens seront en mesure de prouver que l’opposition a été inspirée par les Américains. Combien de fois avons-nous essayé cela sans nous poser les bonnes questions? Est-ce que le risque en valait la peine? "
Une conséquence possible de ces opérations serait une violente répression iranienne contre l’un des groupes dissidents, ce qui pourrait donner une raison à l’administration Bush d’intervenir.

La stratégie d’utilisation des minorités ethniques pour fragiliser l’Iran est une erreur, selon Vali Nasr, qui enseigne la politique internationale à Tufts University et est également un membre du Conseil des Relations Extérieures.
"Tout simplement parce que le Liban, l’Irak et le Pakistan ont des problèmes ethniques, cela ne signifie pas que l’Iran souffre du même problème," m’a dit Nasr. «L’Iran est un vieux pays - comme la France et l’Allemagne - et ses citoyens sont tout aussi nationalistes. Les États-Unis surestiment les tensions ethniques en Iran."

"Les groupes minoritaires auxquels les États-Unis viennent en aide sont bien intégrés ou petits et marginaux, sans beaucoup d’influence sur le gouvernement ou avec la possibilité de présenter une opposition politique", dit Nasr. "Vous pouvez toujours trouver des groupes d’activistes qui vont aller tuer un policier, mais travailler avec les minorités auront un effet inverse et aliéneront la majorité de la population."

L’Administration a peut-être voulu compter sur les organisations de dissidents en Iran, même lorsqu’il y avait des raisons de croire que les groupes ont agi contre les intérêts américains dans le passé. L’utilisation d’éléments Baluchi, par exemple, est problématique, m’a dit Robert Baer, un ex-agent de la CIA qui a travaillé pendant près de deux décennies en Asie du Sud et au Moyen-Orient.

"Les Baluchi sont des Sunnites fondamentalistes qui détestent le régime de Téhéran, mais vous pouvez aussi les décrire comme Al-Qaida," m’a dit Baer. «Ce sont des gens qui coupent les têtes des non-croyants - dans ce cas-ci, ce sont les Chiites Iraniens. L’ironie est qu’une fois de plus, nous travaillons avec des fondamentalistes Sunnites, comme nous l’avons fait en Afghanistan dans les années 80."
Ramzi Yousef, qui a été condamné pour son rôle dans l’attaque à la bombe du World Trade Center en 1993, et Khalid Sheikh Mohammed, qui est considéré comme l’un des principaux cerveaux des attentats du 11 Septembre, sont des fondamentalistes Sunnites Baluchi.

L’un des groupes les plus actifs et les plus violents contre le régime en Iran est aujourd’hui le Jundallah, également connu sous le nom du Mouvement de Résistance du Peuple iranien qui se décrit comme une force de résistance luttant pour les droits des Sunnites en Iran.

«Il s’agit d’une organisation salafiste violente dont les adeptes ont participé aux mêmes madrassas que les Talibans et les extrémistes pakistanais", m’a dit Nasr.
"Ils sont soupçonnés d’avoir des liens avec Al-Qaida et ils sont aussi supposés être liés à la culture de la drogue."
Le Jundallah a revendiqué la responsabilité de l’attaque à la bombe d’un bus de soldats de la Garde Révolutionnaire en Février 2007. Au moins onze membres de la Garde ont été tués. Selon Baer et les rapports de presse, le Jundallah est l’un des groupes en Iran qui bénéficient du soutien des États-Unis.

La C.I.A. et les équipes des Opérations Spéciales ont aussi des liens de longue date avec deux autres groupes dissidents en Iran: les Moudjahidin-E-Khalq, connu en Occident sous le nom de M.E.K., et un groupe séparatiste kurde, le Parti pour une Vie Libre au Kurdistan, ou PJAK .

Le M.E.K. a été mis sur la liste des organisations terroristes du Département d’État pendant plus d’une décennie, mais ces dernières années, le groupe a reçu des armes et des renseignements, directement ou indirectement, des États-Unis.
Certains des nouveaux fonds secrets autorisés, m’a dit le consultant du Pentagone pourrait bien finir dans les coffres du M.E.K.

"Le nouveau corps expéditionnaire collaborera avec le MEK L’Administration est désespérée d’obtenir des résultats." Il a ajouté : «Le MEK n’a pas de C.P.A pour vérifier les livres, et ses dirigeants sont connus pour se remplir les poches depuis des années. Si les gens ne savaient seulement ce qu’obtient le MEK et combien va sur ses comptes bancaires - et pourtant tout cela ne sert presque à rien pour les objectifs de l’Administration."

Le parti kurde, PJAK, qui serait soi-disant également secrètement soutenu par les États-Unis, opère contre l’Iran à partir de bases situées dans le nord de l’Irak depuis au moins trois ans. (L’Iran, comme l’Irak et la Turquie, a une minorité kurde, et le PJAK comme d’autres groupes veulent une autonomie sur un territoire qui fait maintenant partie de chacun de ces pays.)

Ces dernières semaines, selon Sam Gardiner, le stratège militaire, ont été marquées par une augmentation du nombre des engagements armés du PJAK avec les Iraniens et des attaques terroristes contre des cibles iraniennes.

Au début du mois de Juin, l’agence de presse Fars a indiqué qu’une dizaine de membres du PJAK et quatre gardes frontière iraniens ont été tués dans un affrontement près de la frontière avec l’Irak : un attentat semblable à celui de mai qui a tué trois Gardes de la Révolution et neuf combattants du PJAK. Le PJAK a également porté à plusieurs reprises des attaques terroristes en Turquie, membre de l’OTAN, et les rapports sur le soutien américain au groupe ont été une source de friction entre les deux gouvernements.

Gardiner a également mentionné un voyage que le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a fait à Téhéran en Juin. A son retour, Maliki a annoncé que son gouvernement allait interdire tout contact entre les étrangers et les MEK — Une gifle aux relations des États-Unis avec le groupe.

Maliki a déclaré que l’Irak de voulait pas être une base pour les opérations secrètes contre d’autres pays. C’était un signe, dit Gardiner, du "choix grandissant de Maliki pour les intérêts de l’Irak contre les intérêts des États-Unis."

Pour ce qui est des allégations américaines concernant une implication iranienne dans l’assassinat de soldats américains, dit-il, "Maliki n’était pas disposé à jouer le jeu de blâmer l’Iran." Gardiner a ajouté que le Pakistan venait d’accepter de remettre un chef du Jundallah au gouvernement iranien. Les opérations secrètes américaines, dit-il, "semblent porter atteinte aux relations avec les gouvernements irakiens et Pakistanais et pourraient bien renforcer les relations entre Téhéran et Bagdad."

La confiance de la Maison Blanche dans des opérations contestables et les plans impliquant d’éventuelles actions mortelles en Iran ont engendré de la colère et de l’inquiétude concernant les opérations spéciales et les opérations des renseignements.

Les opérations du JSOC en Iran sont soupçonnées d’être calquées sur un programme qui a, avec un certain succès, utilisé des substituts pour cibler les dirigeants Talibans dans les territoires tribaux du Waziristan, le long de la frontière pakistano-afghane. Mais les situations au Waziristan et en Iran ne sont pas comparables.

«Au Waziristan, le programme fonctionne parce que c’est un petit nombre de types intelligents qui s’en occupent", m’a dit l’ancien au responsable des Renseignements. «Il est exécuté par des professionnels. La NSA, la CIA et la DIA" — La Defense Intelligence Agency - "travaillent avec les forces spéciales et les services de renseignements pakistanais, et ils traitent avec des méchants."

Il a ajouté : «Nous devons être très prudents en faisant venir des missiles. Nous devons frapper des maisons à certains moments. A quelques centaines de mètres, des gens sur le terrain regardent avec des jumelles et demandent des lieux précis, en latitude et longitude. Nous laissons rôder le Prédateur jusqu’à ce que les cibles entrent dans une maison, et nous devons faire en sorte que nos gars soient assez loin de sorte qu’ils ne soient pas touchés. "

L’une des plus importantes victimes de ce programme, a déclaré l’ancien fonctionnaire, était Abou Laith al-Libi, un haut commandant taliban, qui a été tué le 31 Janvier, soi-disant dans une frappe de missile qui a tué onze autres personnes.

Une dépêche publiée le 26 mars par le Washington Post faisait état de l’augmentation du nombre de frappes réussies contre des Taliban et d’autres groupes d’insurgés dans des zones tribales du Pakistan. Un suivi d’article notait qu’en réponse, les Taliban avaient tué "des dizaines de personnes" soupçonnées de fournir des informations aux États-Unis et à ses alliés sur l’endroit où se trouvaient les dirigeants Taliban. La plupart des victimes étaient supposés être des espions américains, et leur exécution - dans un cas, une décapitation - a été filmée et distribuée sur DVD comme avertissement aux autres.

Il n’est pas simple de reproduire ce programme en Iran. "Tout le monde discute de la liste des cibles de haute valeur", déclare l’ancien haut responsable des Renseignements. "Le gars des Forces Spéciales sont en rogne parce que le bureau de Cheney a établi des priorités pour les catégories de cibles et maintenant il est impatient et fait pression pour obtenir des résultats. Mais il faut beaucoup de temps pour avoir les bonnes personnes en place».

Le consultant du Pentagone m’a dit: "Nous avons eu des résultats merveilleux dans la Corne de l’Afrique avec l’utilisation de substituts et de faux drapeaux – des stratégies de base du contre-espionnage et de la contre-insurrection. Et nous commençons à créer des petits groupes en Afghanistan. Mais la Maison Blanche va tuer le programme si elle les utilise contre l’Iran. C’est une chose que de se livrer à des frappes sélectives et à des assassinats au Waziristan et une toute autre chose en Iran.
La Maison Blanche pense qu’un programme convient partout, mais les questions juridiques concernant les exécutions extrajudiciaires au Waziristan sont moins un problème parce qu’Al-Qaida et les Taliban traversent la frontière pour se rendre en Afghanistan et reviennent souvent traqués par les forces américaines et celles de l’OTAN. La situation n’est pas aussi claire dans le cas iranien. Toutes les considérations - juridiques, stratégiques et politiques - sont différentes en Iran
."

Il a ajouté: «Il existe un énorme opposition dans la communauté des Renseignements à l’idée de mener une guerre secrète en Iran, et d’utiliser les Baluchis et les Ahwazis comme substituts. Les responsables de nos membres des opérations spéciales ont un remarquable courage physique, mais ils sont moins enclins à exprimer leur opposition à la politique. L’Iran n’est pas le Waziristan."

Un sondage Gallup effectué en Novembre dernier et rendu public avant le N.I.E., a révélé que 73% des personnes interrogées pensaient que les États-Unis devraient utiliser l’action économique et diplomatique pour arrêter le programme nucléaire iranien, alors que seuls 18% étaient favorables à une action militaire directe. Les Républicains étaient deux fois plus susceptibles que les Démocrates d’approuver une frappe militaire.

La lassitude de la guerre en Irak a sans aucun doute affecté la tolérance du public pour une attaque contre l’Iran. Cependant, cette disposition pourrait changer rapidement. Le potentiel d’escalade est apparu clairement au début du mois de Janvier, lorsque cinq vedettes de patrouille iraniennes, supposées être sous le commandement de la Garde Révolutionnaire, ont effectué une série d’actions agressives contre trois bateaux de guerre naviguant dans le Détroit d’Ormuz.

Les rapports initiaux sur l’incident rendus public par le bureau de presse du Pentagone déclaraient que les Iraniens avaient menacé, par radio de bateau à bateau, de "faire exploser" les navires américains.

Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, le Président, le jour où il partait pour un voyage de huit jours au Moyen-Orient, a qualifié l’incident de "provocation" et de "dangereux" et il y a eu, très brièvement, un sentiment de crise et d’indignation contre l’Iran.
"A DEUX MINUTES DE LA GUERRE" titrait un journal britannique.

La crise a été rapidement désamorcée par le vice-amiral Kevin Cosgriff, le commandant des forces navales américaines dans la région. Aucun coup de semonce n’a été tiré, a déclaré l’amiral à la presse du Pentagone le 7 janvier, par téléconférence depuis son siège, à Bahreïn.
"Oui, c’est plus grave que nous l’avions pensé, mais, pour mettre les choses dans leur contexte, nous dialoguons régulièrement avec la Garde révolutionnaire iranienne et leur Marine", a déclaré Cosgriff. «Je n’ai pas eu le sentiment d’après les rapports que j’ai reçus qu’il y avait un sentiment de peur face à ces cinq bateaux."

La prudence de l’Amiral Cosgriff était bien fondée: Moins d’une semaine plus tard, le Pentagone a reconnu qu’il n’avait pas pu identifier les bateaux iraniens comme étant la source de la sinistre transmission et les articles de presse ont laissé entendre qu’elle avait plutôt du provenir d’un farceur bien connu pour envoyer de faux messages dans la région.

Néanmoins, l’attitude de Cosgriff a mis en colère Cheney, selon l’ancien haut responsable des Renseignements. Mais l’incident a appris quelque chose : Le public a soutenu l’idée de représailles, et a même demandé pourquoi les Etats-Unis n’en avaient pas fait plus. L’ancien responsable a déclaré que, quelques semaines plus tard, une réunion a eu lieu dans le bureau du Vice-Président. "La question est de savoir comment créer un casus belli entre Téhéran et Washington", a-t-il dit.

En Juin, le Président Bush a fait une visite d’adieu à l’Europe. Il a pris le thé avec la reine Elizabeth II et a dîné avec Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, le Président et la Première Dame de France.

Les affaires sérieuses ont été cachées et ont impliqué une série de réunions sur un nouvel effort diplomatique pour persuader les Iraniens de mettre fin à leur programme d’enrichissement d’uranium. (L’Iran affirme que son programme d’enrichissement est à des fins civiles et est légal au regard du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.)

La Secrétaire d’État Rice a été impliquée dans l’élaboration d’un nouvel ensemble de mesures d’encouragements. Mais l’essentiel de la position de négociation de l’Administration semble être inchangé : il n’y aura pas de discussions tout pendant que l’Iran ne mettra pas fin à son programme.
Les Iraniens ont à maintes reprises et catégoriquement rejeté cette condition, laissant la situation diplomatique dans une impasse, ils n’ont pas encore répondu officiellement aux nouvelles propositions.

La poursuite de l’impasse alarme de nombreux observateurs. Joschka Fischer, l’ancien ministre allemand des Affaires Etrangères, a récemment écrit dans une colonne publiée dans plusieurs journaux qu’il ne serait "peut-être pas possible de geler le programme nucléaire iranien pendant la durée des négociations afin d’éviter un affrontement militaire avant leur fin. Si cette nouvelle tentative échoue, les choses vont bientôt devenir graves. Mortellement graves."

Quand je lui a parlé la semaine dernière, Fischer, qui a de nombreux contacts parmi les Diplomates, a déclaré que la dernière approche européenne comprend un nouvel élément : la volonté des États-Unis et des Européens d’accepter moins qu’un arrêt complet de l’enrichissement comme une étape intermédiaire.

"La proposition dit que les Iraniens doivent cesser la fabrication de nouvelles centrifugeuses et que l’autre partie arrêtera de présenter de nouvelles sanctions devant le Conseil de sécurité des Nations Unies», a dit Fischer, bien que l’Iran devrait tout de même geler ses activités d’enrichissement lorsque les négociations officielles commenceront.

"Cela pourrait être acceptable pour les Iraniens - s’ils font preuve de bonne volonté. La grande question", a ajouté Fischer, "se trouve à Washington.
Je pense que les Américains sont profondément divisés sur la question de ce qu’il faut faire au sujet de l’Iran", a-t-il dit. "Certains responsables sont préoccupés par les retombées d’une attaque militaire et d’autres pensent qu’une attaque est inévitable. Je connais les Européens, mais je ne sais pas du tout jusqu’où iront les Américains sur cette question."

Il y a une autre complication: la politique présidentielle américaine. Barack Obama a dit que, s’il était élu, il commencera des négociations avec l’Iran sans conditions préalables "voués à l’échec" (mais seulement après que soient posées des bases diplomatiques).

Cette position a été vivement critiquée par John McCain. Le Washington Post a récemment cité Randy Scheunemann, le directeur à la sécurité nationale de la campagne de McCain, disant que McCain soutenait la position de la Maison Blanche, et que le programme devait suspendu avant le début des négociations. Ce que propose Obama, dit Scheunemann, "c’est un sommet unilatéral de rigolos".

Scheunemann, qui est connu en tant que néoconservateur, est également le plus important canal de communication avec la Maison Blanche de la campagne de McCain. C’est un ami de David Addington, le chef d’état-major de Dick Cheney.

J’ai entendu différents récits de l’influence de Scheunemann sur McCain, même si certains proches de la campagne de McCain parlent de lui comme un possible conseiller en matière de sécurité nationale, d’autres disent qu’il est quelqu’un qui n’est pas pris au sérieux en "disant à Cheney et à d’autres ce qu’ils veulent entendre", comme l’a dit un conseiller de McCain.

On ne sait pas si McCain, qui est le Républicain le plus haut placé dans la Commission des Services Armés au Sénat, a été officiellement informé sur les opérations en Iran.

Lors de la conférence annuelle de l’American Israel Public Affairs Committee, en Juin, Obama a répété son plaidoyer en faveur d’une "diplomatie dure et de principe." Mais il a également dit, comme McCain, qu’il garderait sur la table la menace d’une action militaire contre l’Iran.
 
Article original en anglais, Preparing the Battlefield, Truthout, 4 juillet 2008.

Traduction: MG pour ISM.

 

Robert Fisk : Al Qaida est vaincue ? Allez dire ça aux Marines !

ContreInfo, le 2 juin 2007

« Al-Qaïda est un mode de pensée, pas une armée. Elle se nourrit de la douleur, de la peur et de la cruauté - notre cruauté et notre oppression - et aussi longtemps que nous continuerons de dominer le monde musulman avec nos hélicoptères Apache, nos tanks, nos véhicules de patrouille, notre artillerie, nos bombes et nos dictateurs « amis », aussi longtemps Al Qaida continuera d’exister. » Après les récentes déclarations du directeur de la CIA affirmant que la défaite d’Al Qaida était proche, Fisk dénonce la vacuité des discours tenus à Washington en regard de la réalité sur le terrain. Celle d’une guerre allant du Liban au Pakistan, où l’occident tente sans succès d’imposer sa loi par la force des armes.

Robert Fisk, The Independent, 1er juin 2008

Robert FiskAinsi, Al-Qaïda serait « presque vaincu » ? Des succès importants auraient été remportés contre Al-Qaïda ? L’organisation serait virtuellement défaite ? « Dans l’ensemble, nous avons de très bons résultats » déclare le patron de la CIA, Michael Hayden, dans le Washington Post. « La défaite stratégique d’Al-Qaïda en Irak est proche. La défaite stratégique pour Al-Qaïda en Arabie saoudite est proche. Al-Qaïda a subi d’importants revers au niveau mondial - et je vais employer le mot dans son acception « idéologique », - une grande partie du monde islamique se détourne de leur modèle de l’Islam. » Cela pourrait presque faire illusion.

Six mille morts en Afghanistan, des dizaines de milliers de morts en Irak, un attentat-suicide par jour en Mésopotamie, le plus haut niveau de suicides jamais enregistré dans l’armée américaine - la presse arabe met à juste titre cette information en parallèle avec les déclaration de Hayden -, sans oublier les bases américaines permanente en Irak au delà de ce 31 décembre. Et nous aurions gagné ?

Il y a de cela moins de deux ans, nous avons également eu droit à une évaluation aberrante sur le déroulement de cette guerre, lorsque le général Peter Pace, l’étrange (et heureusement depuis lors retraité) chef d’état-major US, déclarait au sujet de la guerre américaine en Irak que « nous ne sommes pas en train de gagner mais nous ne sommes pas en train de perdre ». À cette occasion, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, avait déclaré être d’accord avec Pace « nous ne gagnons pas, mais nous ne perdons pas ».

James Baker, qui venait de publier son propre rapport sur le bourbier Irakien écrivait alors - lecteur, retenez-vous de rire ou pleurer - « Je ne pense pas que l’on puisse dire que nous sommes en train de perdre. Dans le même ordre d’idées, je ne suis pas sûr que nous sommes en train de gagner ». A la suite de quoi, Bush en personne proclamait « Nous ne sommes pas en train de gagner, nous ne sommes pas en train de perdre. « Pitié pour les Irakiens. Mais qu’à cela tienne, cette fois-ci nous sommes vraiment, vraiment en train de gagner. Ou tout au moins Al-Qaïda est « presque » - notez bien le « presque », les amis - vaincu. Puisque Mike Hayden nous le dit.

Suis-je le seul à trouver cela infantile à un point frisant la déraison ? Tant que l’injustice régnera au Moyen-Orient, Al-Qaïda gagnera. Tant que nous aurons 22 fois plus de forces occidentales dans le monde musulman que nous n’en avions temps des croisades - mes calculs sont assez précis - nous continuerons d’être en guerre contre les musulmans. L’infernale catastrophe Moyen-Orientale est désormais en train de se propager à travers le Pakistan, l’Afghanistan, l’Irak, Gaza, et même au Liban. Et nous serions en train de vaincre ?

Certes, nous avons gagné un répit en Irak en achetant la moitié des insurgés afin qu’il se battent pour nous et qu’ils tuent leurs cousins d’Al-Qaïda. Bien sûr, nous continuons à soutenir le régime de tortionnaires et de coupeurs de têtes d’Arabie Saoudite. Cela ne nous pose aucun problème, j’imagine, vu notre enthousiasme pour « le supplice de la baignoire ». Mais cela ne signifie pas que l’organisation Al-Qaïda soit vaincue.

Car Al-Qaïda est un mode de pensée, pas une armée. Elle se nourrit de la douleur, de la peur et de la cruauté - notre cruauté et notre oppression - et aussi longtemps que nous continuerons de dominer le monde musulman avec nos hélicoptères Apache, nos tanks, nos véhicules de patrouille, notre artillerie, nos bombes et nos dictateurs « amis », aussi longtemps Al Qaida continuera d’exister.

Devrons-nous vivre cette folie jusqu’aux dernières heures du régime Bush à Washington ? N’y a-t-il donc personne dans cette magnifique ville impériale qui comprenne ce que « nous » faisons ici au Moyen-Orient ? Pourquoi donc le Washington Post lui même offre-t-il ses colonnes aux divagations d’un fonctionnaire de la CIA, ce service qui n’a pas réussi à empêcher le 11 septembre parce que - si l’on en croit ce que l’on rapporte - un appel téléphonique en arabe mentionnant les avions allant s’écraser sur les tours jumelles n’aurait pas été traduits à temps [Note ReOpen911 : Lire la position de Fisk sur le 11 Septembre]. Allons-nous bombarder l’Iran ? Est-ce là ce que nous attendons aujourd’hui ? Ou bien une autre guerre américano-iranienne aura-t-elle lieu au Liban, opposant le Hezbollah et les Israéliens ? Et Mike croit-il qu’Al-Qaïda soit présent en Iran ?

Israël continue de construire des colonies pour les Juifs - et les Juifs uniquement - sur des terres arabes. Et Washington ne fait rien. Bien que ces implantations soient illégales, George Bush les approuve. Elles alimentent la colère et la frustration et font naître un sentiment justifié de colère, mais Washington n’empêche pas ce scandale de perdurer. En ouvrant chaque matin mon quotidien en langue arabe j’y trouve de nouvelles raisons pour lesquelles Ben Laden ne va pas disparaître de ce monde.

Considérez cette information en provenance de Gaza cette semaine. Huit étudiants palestiniens avaient été sélectionnés par le programme Fulbright offrant des bourses pour étudier aux États-Unis. Vous pourriez penser, n’est-ce pas, qu’il était dans l’intérêt des Etats-Unis de faire venir ces jeunes musulmans au pays de la liberté. Mais non. Israël ne les laissera pas quitter Gaza. Cela doit faire partie de la « guerre contre le terrorisme » qu’Israël affirme mener aux côtés de l’Amérique. Le Département d’Etat américain a donc annulé les bourses d’études. Non, inutile de vous transformer en candidat à l’attentat suicide pour Al Qaida en raison d’une telle absurdité. Mais il serait difficile de trouver dans le journal d’hier une information qui soit plus significative que cette petite vexation minable.

Mike Hayden la lira-t-il ? Ou bien a-il - à l’image de la plupart à Washington - tellement peur d’Israël qu’il ne manifestera pas la plus petite réaction ? La CIA ne comprend-elle pas, est-elle incapable de se représenter que tant que nous laisserons le Moyen-Orient maintenu dans une situation injuste, Al-Qaida continuera d’exister ? Voila ce que l’on m’a demandé à Bagdad : Pourquoi nos forces militaires sont-elles au Pakistan, en Afghanistan, Irak, Jordanie, Turquie, Egypte, Algérie (les forces spéciales des États-Unis y disposent d’une base près de Tamanraset), Bahreïn, Koweït, Yémen, Oman, Arabie Saoudite, Qatar et Tadjikistan ? ( Les pilotes des chasseurs-bombardiers français sont basés à Douchanbé et fournissent « un soutien aérien rapproché » aux soldats Anglais en Afghanistan.)

Aussi longtemps que nous déroulerons ce rideau de fer à travers le Moyen-Orient, nous serons en guerre et Al-Qaïda sera en guerre contre nous. Ce nouveau rideau de fer, en fait, démarre au Groenland et s’étend à travers la Grande-Bretagne et l’Allemagne, passe par la Bosnie, la Grèce et la Turquie. A quoi sert-il ? Qui se trouve de l’autre côté ? La Russie, la Chine, l’Inde.

Ce sont des questions que nous ne nous posons pas. Ce n’est certainement pas le genre de questions que le Washington Post oserait soumettre à Mike et ses potes de la CIA. Oui, nous discourons sur la démocratie, la liberté et les droits de l’homme, bien que nous n’en accordions qu’assez peu au monde musulman. Car le genre de liberté qu’ils revendiquent - le genre de liberté qui permet à des groupes comme Al-Qaida de prospérer - c’est d’être libéré de « nous ». Et cela, je le crains fort, nous n’avons pas l’intention de le leur donner.

Mike Hayman peut croire que le monde musulman « repousse » « le modèle d’Islam » prôné par Al Qaida, mais j’en doute. En fait, j’ai plutôt tendance à penser qu’Al-Qaïda est de plus en plus forte. Mike dit qu’ils sont vaincus en Irak et en Arabie Saoudite. Mais sont-ils vaincus à Londres ? Et à Bali ? Et à New York et Washington ?


Publication originale The independent, traduction Contre Info

 

Les navires US abriteraient des prisons flottantes, selon une ONG Britannique

ContreInfo, le 2 juin 2008

L’ONG Britannique Reprieve a recueilli le témoignage d’un ancien prissonnier de Guantanamo affirmant que l’un de ses co-détenus avait été emprisonné et subi des sévices dans les fonds d’un navire de l’US Navy.

Duncan Campbell and Richard Norton-Taylor, The Guardian, 2 juin 2008

USS BaatanLes États-Unis utilisent des « prisons flottantes » pour détenir les personnes arrêtées dans leur « guerre contre le terrorisme ». Un groupe d’avocats défenseurs des droits de l’homme affirme qu’il s’agit là d’une tentative pour dissimuler le nombre des détenus et leur sort.

Ces informations sur les navires où les prisonniers ont été détenus ainsi que sur les sites qui auraient été utilisés dans plusieurs pays à travers le monde ont été rassemblées au moment même où le débat sur la détention sans procès s’intensifie des deux côtés de l’Atlantique. Le gouvernement américain s’est vu demander hier de publier la liste et la localisation des détenus.

Les détails sur le fonctionnement de ces navires prisons sont apparus via plusieurs sources, dont des déclarations de l’armée américaine, le Conseil de l’Europe et ses instances parlementaires, ainsi que par les témoignages de prisonniers.

Le document qui doit être publié cette année par l’organisation de défense des droits de l’homme Reprieve, affirme également qu’il y a eu plus de 200 nouveaux cas de détention arbitraire depuis 2006, date à laquelle le président George Bush a déclaré que cette pratique avait cessé.

L’utilisation de navires comme centre de détention des prisonniers donne naissance à de nouvelles inquiétudes et des demandes d’enquêtes sont formulées en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

D’après les recherches effectuées par Reprieve, les États-Unis pourraient avoir utilisé jusqu’à 17 navires comme « prisons flottantes » depuis 2001. Les détenus sont interrogés à bord de ces navires puis ensuite transférés en d’autres lieux souvent secrets, selon cette ONG.

Les navires qui auraient servi de centre de détention sont l’USS Bataan et l’USS Peleliu. En outre, 15 navires sont soupçonnés d’avoir été basés à Diego Garcia, une île au statut de territoire britannique située dans l’océan Indien, utilisée comme base militaire par le Royaume-Uni et les USA.

Le rapport de Reprieve attirera tout particulièrement l’attention sur les activités de l’USS Ashland au moment où il opérait au large de la Somalie au début de l’année 2007, assurant des opérations de sécurité maritime ayant pour but de capturer des terroristes d’Al-Qaida.

Durant cette période de nombreuses personnes ont été capturées par les forces Somaliennes, Kenyanes et Ethiopiennes lors d’opérations répétées au cours desquels avaient lieu de façon routinière des interrogatoires menés par des hommes qui appartiendrait au FBI et à la CIA. Au total, plus de 100 personnes ont « disparu » dans la région et ont été transférées vers des prisons situées au Kenya, en Somalie, en Éthiopie, à Djibouti et à Guantánamo Bay.

Reprieve estime que les prisonniers pourraient également avoir été détenus pour interrogatoire sur l’USS Ashland et d’autres navires croisant dans le golfe d’Aden au cours de cette période.

L’étude de Reprieve rapporte le cas d’un prisonnier libéré de Guantánamo Bay, qui décrit l’histoire de l’un de ses co-détenus emprisonné sur un navire d’assaut amphibie. « Un de mes co-détenus à Guantánamo était en mer sur un navire américain avec environ 50 autres avant d’arriver à Guantanamo … il était dans la cage à côté de moi. Il m’a dit qu’il y avait environ 50 autres personnes à bord du navire. Ils ont tous été enfermés dans le fond du navire. Ce prisonnier m’a raconté que c’était quelque chose de semblable à ce que l’on voit à la télévision. Les personnes détenues à bord du navire ont été frappées encore plus durement qu’à Guantánamo. »

Clive Stafford Smith, directeur juridique de Reprieve, considère qu’« ils choisissent les navires pour tenter dans la mesure du possible de garder leurs méfaits à l’abri des regards indiscrets des médias et des avocats. Mais finalement, nous allons rendre leurs droits à ces prisonniers fantômes. »

« De son propre aveu, le gouvernement américain conserve actuellement en détention sans procès au moins 26 000 personnes dans des prisons secrètes, et nos informations nous indiquent que jusqu’à 80000 personnes sont passées dans ce « système » depuis 2001. Le gouvernement américain doit s’engager à respecter les droits fondamentaux et la dignité humaine en révélant immédiatement qui sont ces personnes, où sont elles et ce qui leur a été fait. »

Andrew Tyrie, le député conservateur qui préside le groupe parlementaire sur les détentions arbitraires [1], a demandé aux gouvernements Américains et Britanniques de se conformer aux règles concernant les détenus.

« Peu à peu, la vérité apparaît sur ces détentions arbitraires. Tout sera connu avec le temps. Les gouvernements feraient mieux d’être sincères aujourd’hui plutôt que plus tard. Une plus grande transparence autorisera une plus grande confiance dans le fait que lés entorses au droit et à la justice du Président Bush après le 11 Septembre, sont en train d’être corrigées. Cela peut aider à regagner la confiance des communautés musulmanes modérées, dont le soutien est crucial dans la lutte contre un dangereux extrémisme. »

Le porte-parole Libéral-Démocrate pour les affaires étrangères, Edward Davey, déclare « si l’administration Bush utilise des territoires Britanniques pour se livrer à des détentions illégales, cela équivaudrait à une énorme violation de la confiance accordée par le gouvernement Britannique. Les ministres doivent absolument exprimer clairement qu’ils ne soutiennent pas cette activité illégale, que ce soit directement ou indirectement. »

Un porte-parole de la marine US, le commandant Jeffrey Gordon, a déclaré au Guardian : « Il n’y a pas de centres de détention sur les navires de la Marine des États-Unis. » Toutefois, il a ajouté qu’il était de notoriété publique que certains individus ont été placés à bord des navires « durant quelques jours » au cours de ce qu’il décrit comme les premiers jours de détention. Il s’est refusé à tout commentaire sur les informations selon lesquelles des navires de l’US Navy stationnés à Diego Garcia ou à proximité ont été utilisés comme « navires prison ».

Le Foreign Office renvoie à la déclaration de David Miliband en Février dernier, qui a admis face aux parlementaires qu’en dépit et à contrario des assurances antérieures, des vols américains transférant des personnes en détention arbitraire avaient atterri par deux fois à Diego Garcia. Il avait alors indiqué avoir demandé à ses services d’établir la liste de tous les vols impliqués dans ce type de transport.

On soupçonne également que des « sites noirs », des centres de détentions illégaux et secrets de la CIA, auraient été utilisés en Thaïlande, en Afghanistan, en Pologne et en Roumanie.

En outre, de nombreux prisonniers ont été « transférés » aux alliés des États-Unis et auraient été torturés dans des prisons secrètes dans des pays comme la Syrie, la Jordanie, le Maroc et l’Egypte.



Publication originale The Guardian, traduction Contre Info


[1] extraordinary rendition

Le théâtre contestataire de Tim Robbins à Paris

Le Monde, le 27 mai 2008

Tim Robbins, acteur mémorable dans Mystic River de Clint Eastwood ou dans The Player de Robert Altman, et réalisateur de La Dernière Marche, est à Paris pour quelques jours. Cette figure américaine n’est pas là pour un nouveau film, mais pour une pièce de théâtre, Embedded, qu’il a écrite en 2004, quelques mois après le déclenchement de la guerre américaine en Irak.

Depuis le 22 mai et jusqu’au 7 juin, Embedded est jouée, en français, à la Cartoucherie de Vincennes, au Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine. C’est une troupe du Pays basque, le Petit Théâtre de pain, qui a eu l’idée de la monter, dans une mise en scène de Georges Bigot, un ancien du Soleil. Et Tim Robbins est venu les soutenir, et même, comme c’était le cas dimanche 25 mai à l’issue de la représentation, rencontrer le public et discuter avec lui.

Tim Robbins, qui fait partie avec sa compagne, Susan Sarandon, et Sean Penn - ce dernier vient de présider le jury du Festival de Cannes - de l’aile la plus à gauche d’Hollywood, a écrit la pièce pour "représenter une Amérique qui a été manipulée pour soutenir la guerre en Irak".

"ON M’A TRAITÉ DE TRAÎTRE"

"Les autorités américaines ont réussi à créer l’illusion du soutien de l’opinion publique à cette guerre

, ajoute le comédien.

Cette vaste opération de manipulation a été notamment menée par le biais de ces fameux journalistes "embedded", embarqués avec l’armée américaine, à qui les militaires ont présenté une "information" souvent truquée et mise en scène. Toute cette histoire en dit beaucoup sur l’état de la démocratie américaine."

Rien de tel que le théâtre, cet art qui joue du faux pour dire le vrai, pour déjouer les mises en scène du pouvoir. Du théâtre, Tim Robbins en fait depuis l’âge de 12 ans. A 20 ans, à l’université UCLA, en Californie, il crée avec d’autres comédiens l’Actors’ Gang. C’est ce même "Gang des acteurs" - avec lequel il n’a jamais cessé de travailler depuis vingt-six ans, montant des classiques comme ses propres pièces (sept au total) - qui, depuis 2004, a joué Embedded un peu partout aux Etats-Unis.

La pièce présente de manière extrêmement satirique l’équipe qui, autour de George Bush, conçoit le scénario de la guerre en Irak, et elle démonte (sans juger) le mécanisme qui amène des journalistes "embedded" à enfreindre les règles de leur métier. Les soldats, eux, sont montrés de manière très humaine, pris dans un processus qui les dépasse et les broie.

"J’ai voulu présenter, très simplement, des informations que beaucoup de gens en Amérique ignorent encore aujourd’hui, explique Tim Robbins. Les problèmes psychologiques que subissent nombre de ces jeunes gens sont encore largement occultés. J’ai aussi utilisé l’histoire de Jessica Lynch, une jeune soldate qui aurait été torturée et violée par des Irakiens. On sait maintenant de manière quasi certaine que son histoire est fausse et qu’elle a été, là aussi, instrumentalisée."

Aux Etats-Unis, la réception de la pièce a été globalement assez négative. "On m’a traité de traître, de partisan des terroristes, raconte Robbins. Mais aussi d’antisémite, parce que je donne au philosophe juif allemand Leo Strauss un rôle important dans la pièce, en tant que "gourou" des conservateurs américains…"

"Dans notre monde, le rôle du théâtre est fondamental, conclut le dramaturge Robbins : c’est l’espace où se maintient une véritable liberté de parole. Je n’aurais jamais pu faire un film sur le sujet d’Embedded. Je n’aurais jamais eu l’argent. Le théâtre est devenu aux Etats-Unis le lieu du débat politique qui n’existe plus dans les grands médias. Il touche certes moins de spectateurs que la télévision, mais chacun de ces spectateurs mène une véritable réflexion critique. Oui, il n’y a plus que le théâtre… et le rock’n'roll !"

Fabienne Darge

“Citoyens, arrêtons Bolton, le criminel de guerre”, par George Monbiot (Mis à jour)

ContreInfo, le 27 mai 2008

Monbiot rappelle le rôle déterminant des mensonges et des manipulations de John Bolton dans le déclenchement de la guerre d’Irak, une guerre d’agression injustifiée, qui au regard des critères de Nuremberg, constitue le « crime international suprême. » Il appelle à procéder à l’arrestation du néo-conservateur lors de sa visite au festival littéraire de Hay-on-Wye, au nom d’une loi britannique qui autorise les citoyens à se saisir d’une personne soupçonnée d’avoir commis un crime.


Par George Monbiot, The Guardian, 26 mai 2008

Nous avons pratiquement oublié la guerre d’Irak. Nous avons tendance à n’y voir désormais à peine plus qu’une « erreur politique », au même titre que d’autres décisions mineures du Labour. La presse et l’opinion publique ont évolué et se préoccupent maintenant de questions plus pressantes, comme le prix de l’immobilier.

Mais c’est une erreur qui a tué ou blessé des centaines de milliers de personnes dans un pays qui ne nous faisait aucun mal. Les erreurs de ce genre - une guerre d’agression injustifiée - ont été qualifiées de « crime international suprême » par le tribunal de Nuremberg. Les erreurs de ce type, dans tout régime régi par le droit international, devraient voir leurs auteurs mis derrière des barreaux pour le reste de leur vie. Mais ce crime majeur qu’est la guerre en Irak a été banalisé.

Ce processus de normalisation a si bien réussi que dans trois jours, l’un de ses auteurs viendra ici au festival littéraire de Hay-on-Wye - haut lieu de la bienséance - pour promouvoir son livre et tenter d’en vendre quelques exemplaires. Je ne regrette pas le fait qu’il vienne ici - loin de là - mais j’y vois comme un signe indiquant que ce crime qu’il a aidé à commettre est désormais considéré comme un évènement normal relevant du processus politique.

John Bolton avait tout d’abord appelé à la guerre contre l’Iraq en tant que signataire d’une lettre ouverte envoyée au président Clinton par le Projet pour un Nouveau Siècle Américain en 1998 [1]. En 2001, il a rejoint l’administration Bush pour y occuper la fonction à l’appellation hilarante de Sous-Secrétaire d’État pour le contrôle des armements au Département d’Etat. Sa présence au Département d’Etat semble avoir été imposée par Dick Cheney qui voulait le voir surveiller Colin Powell.

Il a immédiatement commencé à s’en prendre au droit international, menant avec succès ses batailles contre le Traité SALT de limitation des missiles balistiques, le protocole sur les armes biologiques, le traité sur les armes légères, et peut-être avec prescience, la participation de l’Amérique à la Cour Pénale Internationale.

En avril 2002, Bolton a orchestré le licenciement du chef de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques, José Bustani. La faute de Bustani consistait à avoir offert de régler le différend portant sur les supposées armes de destruction massive de Saddam Hussein, par l’envoi d’inspecteurs du désarmement en l’Irak.

Par la diffusion d’un document provenant de son ministère, Bolton a contribué à promouvoir l’affirmation fausse selon laquelle Saddam Hussein avait cherché à se procurer de l’uranium au Niger. Il a joué un rôle central dans le montage et la promotion de ce motif de guerre trompeur.

C’est seulement lorsque ceux qui contribuent à lancer des guerres illégales prendront peur devant les sanctions encourues que les futurs gouvernements s’abstiendront de les déclarer. En tant que citoyen, je crois que nous avons le devoir d’essayer de dissuader les futurs crimes de guerre. Je propose donc que nous permettions à John Bolton de prendre la parole ici, pour ensuite procéder à une arrestation citoyenne.

La section 24A de la loi sur la criminalité organisée dangereuse permet à tout citoyen de procéder à « l’arrestation sans mandat d’une personne … qu’il a des motifs raisonnables de soupçonner d’être coupable » d’une infraction.

Je ne veux pas défendre quelque chose que je ne serais pas disposé à faire moi-même. J’avais envisagé de rester chez moi ce mercredi, mais j’ai maintenant l’intention de revenir, pour écouter M. Bolton parler, puis ensuite procéder à cette arrestation. A Hay, j’espère que d’autres pourront se joindre à moi.

[1] Letter to President Clinton. L’original n’est plus disponible, le site du PNAC, n’ayant pas réglé sa facture d’hébergement, est depuis peu suspendu.


Publication originale The Guardian, traduction Contre Info


Mise à jour (29 mai 2008) : John Bolton a échappé à son arrestation citoyenne au festival de Hay. Georrge Monbiot a en effet été bloqué par deux imposants gardes du corps avant qu’il puisse atteindre l’ancien conseiller de Bush.

Source : The Telegraph

Guerre en Irak : huit milliards portés manquants

LE MONDE, le 25 mai 2008

Un audit de l’Inspection générale du département de la défense américain, intitulé " Contrôle interne des versements payés en Irak, au Koweït et en Egypte ", a décelé que ses responsables sont incapables de justifier 8,2 milliards de dollars payés à des contractants américains ou des sous-traitants locaux en Irak. Cette somme représente 1,5 % des dépenses du Pentagone depuis le début de la guerre, en mars 2003. Selon le service des recherches du Congrès, celles-ci atteignent à ce jour 540 milliards de dollars (d’autres sources poussent le calcul jusqu’à 800 milliards).

Ces sommes ont fait l’objet de facturations ne permettant pas d’en retracer la destination ou ont été versées sans factures. Un contractant américain, IAP Worldwide Services, a par exemple perçu, à une occasion, 11,1 millions de dollars sur présentation d’un bon, sans que la nature du service rendu soit connue. Le même audit indique par ailleurs que 1,8 milliard de dollars d’avoirs irakiens gelés après la conquête de Bagdad ont disparu. Il n’a pas plus retrouvé la trace de 134,8 millions de dollars versés aux alliés britanniques, polonais et sud-coréens des Etats-Unis en Irak.

Vu le nombre monumental de documents à vérifier, les auditeurs ont sélectionnés 702 contrats représentatifs. La somme sans traçabilité est une extrapolation faite à partir de leur bilan. Le cas le plus exceptionnel consiste en un versement de 320,8 millions de dollars avec la simple mention " paiement de salaires irakiens ", sans aucune indication de l’identité des personnes ou des organismes rémunérés ni du travail qu’ils avaient effectué. Dans la colonne suivante apparaît le chiffre " 1 000 ". Un représentant au Congrès a demandé s’il s’agissait du nombre de personnes payées. Auquel cas chacune aurait perçu 320 800 dollars…

Interrogée par des parlementaires pour savoir si elle avait une idée de la destination de ces sommes, Mary Ugone, directrice-adjointe de l’Inspection générale du Pentagone, a répondu : " nous ne savons pas ce qu’il en est ".

Sylvain Cypel

Les escadrons de la mort de la CIA tuent en toute « impunité » en Afghanistan

Par Joe Kay

Mondialisation.ca, WSWS, le 20 mai 2008
Commandos paramilitaires de la CIA

La semaine passée, un enquêteur des Nations unies a rendu public un rapport préliminaire soulignant le grand nombre de décès parmi les civils en Afghanistan, souvent aux mains d’unités hors-la-loi dirigées par la CIA ou d’autres agences du renseignement étrangères.

Cet enquêteur est Philip Alston, un professeur de l’Université de New York agissant à titre de Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires pour le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Son rapport lève un coin du voile sur les gestes illégaux des agences du renseignement, des forces d’occupation et de la police afghane dans leur tentative de réprimer l’opposition à l’occupation menée par les Etats-Unis et au gouvernement que ces derniers soutiennent.

Un rapport plus complet sera publié plus tard cette année.

Alston s’est concentré sur les meurtres de civils par les Etats-Unis et les autres forces militaires internationales, citant 200 morts rapportées lors des quatre premiers mois de 2008. Ce chiffre, toutefois, est basé sur les données colligées par les Nations unies et d’autres organisations internationales et est sans l’ombre d’un doute une grossière sous-estimation.

En plus des civils tués dans les raids aériens — visant souvent sans discrimination des habitations civiles — Alston a fait état de « plusieurs raids pour lesquels aucun État ou commandement militaire ne reconnaît sa responsabilité ».

Dans une conférence de presse qu’il a donnée jeudi, Alston a apporté plus de précision sur ce point : « J’ai parlé à plusieurs personnes en lien avec l’activité d’unités de renseignement étrangères. Je ne veux pas les nommer, mais elles occupent les plus hauts niveaux dans les régions où j’ai mené mes enquêtes. Ces forces opèrent avec ce qui semble être une entière impunité. » Les lieux où des incidents ont été cités dans le rapport indiquent que les agences du renseignement en question comprennent la CIA ou des Forces spéciales américaines.

Le rapport signale quelques incidents comme exemple de meurtres extrajudiciaires. En janvier 2008, deux frères furent tués dans un raid sur la province de Kandahar réalisé par des « membres internationaux ». Alston a trouvé que les victimes « étaient largement réputées, même par des représentants gouvernementaux bien informés, n’avoir aucun lien avec les talibans et les circonstances entourant leur mort sont suspectes. Toutefois, non seulement n’ai-je pas pu obtenir la version des faits d’un commandant militaire international, mais je n’ai même pas pu obtenir confirmation d’un commandant militaire international qu’un de ses hommes avait été impliqué. »

D’autres incidents ont impliqué des raids par des Afghans sous la direction de « services de renseignement internationaux » non identifiés menés à partir de bases dans les provinces de Kandahar et Nangarhar.

« Il est absolument inacceptable que des membres lourdement armés d’une force internationale accompagnés de membres lourdement armés des forces afghanes puissent aller là où ils veulent pour réaliser des raids dangereux qui finissent souvent par des morts sans que personne n’en prenne la responsabilité » peut-on lire dans le rapport.

Le quotidien britannique The Independent a donné des informations supplémentaires. Il a noté : « Un responsable occidental bien informé de l’enquête a dit que les unités secrètes sont aujourd’hui encore connues comme des forces de campagne qui furent déployées alors que les Forces spéciales américaines et les espions de la CIA recrutaient des soldats afghans pour les aider à renverser les talibans lors de l’invasion de 2001 sous direction américaine. "Nous avons gardé les plus brillants et plus intelligents parmi les hommes de cette milice, a dit le responsable. Nous les avons entraînés et réarmés et ils sont toujours en action. »

Le quotidien Independent a continué en citant un incident dans lequel les forces britanniques furent impliquées. « Dans la province d’Helmand, là où se trouve la majorité des 7800 soldats britanniques, les Forces spéciales ont été accusées d’avoir tranché la gorge d’un homme dans un raid de nuit qui a mal tourné. Les sources des agences de sécurité déclarent maintenant que l’opération a été organisée par une unité spéciale d’espions. »

Alston a aussi écrit sur les actions de la police afghane. « Elles n’agissent pas en tant que forces faisant respecter la loi et l’ordre, mais en tant que défenseurs des intérêts d’une tribu ou d’un commandant &ra