Procès en France et en Belgique - Ennemis de l’Empire

Par Jean-Claude Paye pour le réseau Voltaire, le 19 juillet  2008

Les enjeux du procès des « filières kamikazes », qui vient de se dérouler en Belgique, comme celui dit des « filières irakiennes », qui a lieu en France, ne sont pas seulement internes à ces pays, mais s’inscrivent dans un nouvel ordre de droit mondial. À travers ces procès, la Belgique et la France tentent d’installer un jurisprudence permettant de satisfaire les exigences de Washington : pouvoir désigner comme ennemi tout ressortissant d’une nation avec laquelle les États-Unis ne sont pas en guerre, le faire condamner par les tribunaux de ce pays ou se faire remettre cette personne afin qu’elle soit incarcérée et jugée aux Etats-Unis. Ces deux procès représentent un pas supplémentaire dans l’intégration des systèmes judiciaires de ces deux pays européens dans un ordre juridique globalisé sous direction américaine.


Le 16 octobre 2006, le président Bush signe le Military Commissions Act of 2006.

Inscription de la notion d’ennemi dans le droit pénal

La loi antiterroriste US, le Military Commissions Act of 2006 donne au président des États-Unis le pouvoir de désigner, comme ennemis, ses propres citoyens ou tout ressortissant d’un pays avec lequel les États-Unis ne sont pas en guerre. On est poursuivi comme « ennemi combattant illégal » non pas sur des éléments de preuve, mais simplement parce qu’on est nommé comme tel par le pouvoir exécutif états-unien. Cette notion, qui avait été introduite au lendemain du 11 septembre dans l’ordre de droit des États-Unis par un arrêté présidentiel, a été intégrée dans la loi en 2006. Ainsi, cette incrimination ne fait donc plus référence à une situation d’urgence, mais devient permanente et constitue la base sur laquelle se construit un nouvel ordre juridique mondial.

Dans le cadre de l’Executive Order de 2001, cette notion permettait de poursuivre ou d’incarcérer, sans inculpation, tout étranger, capturé sur les champs de bataille d’Afghanistan et d’Irak ou simplement vendu à l’armée US par des mafias locales.
La loi de 2006 étend considérablement la notion « d’ennemi combattant illégal », puisqu’elle porte non seulement sur les étrangers capturés ou achetés sur le champ de bataille, mais concerne tout États-unien ou étranger n’ayant jamais quitté son pays d’origine. Si les États-uniens inculpés sur base de la notion d’ennemi combattant illégal, doivent être déférés devant des juridictions civiles, ce n’est pas le cas des étrangers, qui peuvent être jugés devant des « commissions militaires ».
Les commissions militaires sont des tribunaux spéciaux, tellement liberticides qu’ils violent le code militaire lui-même. Le prévenu n’a pas le choix de son avocat. Ce dernier est un militaire désigné par le président. Celui-ci nomme également les juges militaires et détermine quel degré de torture, pardon de « coercition physique », peut être appliqué au prisonnier. Ce dernier n’a pas non plus accès aux éléments de preuve, si elles sont classées « secret défense ». Bref, cette procédure n’accorde aucun droit à la défense et supprime toute séparation des pouvoirs.

Le Military Commissions Act of 2006, loi de portée internationale, n’a été contestée par aucun État. Au contraire, nous voyons que l’ordre de droit des autres nations s’adapte pour satisfaire d’éventuelles demandes d’extradition, basées sur cette loi. Tel est l’enjeu fondamental du procès des « filières kamikazes » qui s’est déroulé, en première instance et appel, en Belgique, ainsi que celui, en France, des dites « filières irakiennes », dont seulement la procédure de première instance est terminée.

Le procès des « filières irakiennes » en France

Le 14 mai 2008, le tribunal correctionnel de Paris a condamné les sept membres, six Français et un Algérien, de la dite « filière irakienne du XIXe arrondissement », à des peines de 18 mois à sept ans de prison ferme pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », c’est à dire pour avoir formé ou participé à une filière de recrutement et d’envoi de jihadistes en Irak à partir de 2004.
La France, pays qui a condamné officiellement l’invasion de l’Irak par les troupes américano-britanniques s’intègre dans la structure impériale en poursuivant pénalement des jeunes Français qui sont venus combattre avec des Irakiens agressés. Alors qu’il a été simplement établi que ces personnes se sont rendues ou avaient l’intention de se rendre en Irak pour combattre, l’accusation, sans apporter de preuve ou d’élément matériel, prétend qu’elles auraient rejoint des groupes relevant d’Al-Quaïda, terme générique, construit par les USA, pour qualifier la résistance en Irak. C’est cette identification, reprise par le tribunal, entre tout acte de résistance armée à l’occupation états-unienne et l’organisation terroriste, qui permet de considérer ces personnes, combattants, réels ou intentionnels, comme des criminels.

Ce procès est très semblable à celui qui se déroule en Belgique. Il se donne une compétence universelle et criminalise tout acte de résistance à l’armée des USA. Il pose aussi les mêmes problèmes en ce qui concerne la légalité des moyens de preuves : aucun acte d’enquête n’a été effectué en Irak. Les pièces à charge sont fondées sur des renseignements d’origine US, notamment obtenus sous la torture. Ainsi, un des accusés, Boubakeur El Hakim, a combattu en Irak. Il avait été arrêté à Falloujah en décembre 2004 par les forces états-uniennes et avait été condamné à 15 ans de prison le 3 juillet 2006 par le tribunal correctionnel de Bagdad. Il affirme avoir été victime de tortures de la part d’officiers US lorsqu’il était détenu à Abou Ghraib.

Le procès des « filières kamikazes » en Belgique

Le 15 mai 2008, s’est terminé le procès en appel de 5 prévenus, condamnés en première instance, pour appartenance à un groupe terroriste, à des peines de 28 mois à 10 ans de prison, s’est terminé à la 12ème chambre correctionnelle de la Cour d’Appel de Bruxelles. Le 26 juin 2008, la 12e chambre de la Cour d’Appel de Bruxelles, tout en réduisant les peines prononcées par le premier juge, a confirmé le jugement de première instance.
Ils sont reconnus coupables d’avoir participé à une filière qui aurait recruté en Belgique des combattants, en vue de faire la guerre en Irak. L’accusation leur reproche, notamment, d’avoir contribué au passage en Irak de Muriel Degauque, qui se serait faite exploser le 9 novembre 2005.
Dans le jugement belge, l’identification à Al-Quaïda n’est même plus nécessaire, tout acte de résistance armée au gouvernement « démocratique » irakien est en soi illégitime.

Dans un conflit dans lequel la Belgique n’est pas partie prenante, le tribunal se donne la compétence de déterminer, parmi les forces en lutte, celles qui sont légitimes et celles qui sont criminelles. Plutôt que de considérer les prévenus comme des combattants, luttant contre la présence illégitime des troupes US, statut prévu dans le droit international humanitaire, le tribunal les désigne comme des terroristes et cela pour deux raisons, d’une part, leur combat ne serait pas juste et, d’autre part, les moyens employés les désignent comme des criminels.
Le tribunal estime que ces hommes faisaient partie de milices islamistes qui « rêvent de créer une guerre civile inter confessionnelle pour amener au pouvoir un régime rétrograde ». Le président du tribunal avait aussi déclaré que « leur objectif réel était de se livrer à une guerre de religion et à une croisade anti-occidentale » afin d’ instaurer un califat.
Ainsi, bien que la guerre initiée par les Etats-Unis ait été déclenchée en violation du droit international et pour des motifs (collaboration du régime irakien avec le réseau Ben Laden, existence d’armes de destruction massive) qui ont été invalidés par les faits, le jugement s’inscrit dans le cadre du « choc des cultures » et de « la lutte du bien contre le mal » initiée par le président des Etats-Unis.

Criminalisation de la résistance populaire

Ignorant l’existence des troupes d’occupation, 150 000 soldats et plus de 100 000 mercenaires, le procureur a estimé que l’occupation de l’Irak était déjà terminée au moment des faits. Le passage d’un état de guerre à une situation de paix ne serait pas déterminée par la réalité du terrain, mais par la déclaration de Washington. Cette reprise intégrale du point de vue des États-Unis a été partagée par le tribunal, qui a estimé qu’il n’y avait pas de conflit armé en Irak en 2004-2005 au sens du droit international humanitaire, au motif que les factions armées dissidentes n’ont pas occupé de partie significative du territoire irakien, à partir de laquelle elles auraient pu lancer des attaques systématiques. Rappelons que, par exemple, l’application de ces critères aux résistants à l’occupation nazie les transformeraient en terroristes.

Leur manque de visibilité est aussi, pour le tribunal, un élément qui les désigne comme des terroristes. Un combattant ne peut que faire partie d’une armée régulière d’un État constitué. Toute guérilla, toute guerre de résistance des populations contre un ennemi militairement supérieur devient automatiquement criminelle. Cependant, ce jugement ne semble pas s’appliquer aux mercenaires employés par des firmes privées américaines, combattants qui ne sont pas soumis au droit de la guerre et qui ne sont pas plus identifiables que les résistants. Ils ne mènent, non plus, aucune action couvrant l’ensemble du territoire.
Ce ne serait donc pas les caractéristiques intrinsèques d’un combattant qui feraient de lui un criminel, mais simplement le fait qu’il est désigné comme tel par l’administration états-unienne. C’est le pouvoir que se donne celle-ci de nommer un ennemi comme un terroriste que conforte le tribunal. Cette reconnaissance l’intègre dans un ordre de droit impérial.

Des « preuves » invérifiables et entachées d’irrégularités

L’accusation, les jugements de première instance et d’appel reposent sur une construction : l’existence d’une filière belge de kamikazes pour combattre en Irak. La réalité d’un groupe structuré n’a pas été établie et le parquet fédéral n’a pas apporté la preuve que les personnes prévenues ont « recruté des terroristes ».
Les éléments transmis par le FBI ne permettent pas de savoir avec précision ce qui s’est passé. Le parquet fédéral n’a pu étayer que les prévenus avaient l’intention d’envoyer des gens en Irak pour s’y faire exploser. 
Les preuves reposent sur des demandes d’entraide adressées aux USA, au Maroc, à l’Algérie, à la Turquie, à la Syrie, à la France, à la Thaïlande. Les éléments recueillis par cette voie sont présumés l’avoir été de manière régulière, sans que la défense ait eu les moyens d’en vérifier la légalité. Le tribunal considère qu’en matière d’entraide judiciaire internationale, il n’est pas requis que soit transmise l’intégralité du dossier. Il est ainsi impossible de renverser la présomption de légalité de ces éléments. Pourtant la défense a montré que la recherche et la saisie de données informatiques étaient entachées d’irrégularités selon le droit états-unien.
Des preuves recueillies en Algérie ont aussi été acceptées et ce bien que le Conseil de l’Europe considère que ce pays utilise systématiquement la torture dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Le tribunal a déclaré qu’il « n’est ni équipé, ni compétent, ni habilité à décerner de bons et de mauvais points à un État en la matière ». Ce tribunal, non habilité pour vérifier la légalité des moyens de preuves qui lui sont soumis, se donne cependant une compétence universelle pour définir ce que sont une démocratie, un état de guerre ou de paix ou ce que sont une guerre et une résistance justes.

Une jurisprudence impériale

L’enjeu de ces procès, en France et en Belgique, est de placer directement les citoyens de ces pays sous souveraineté des États-Unis. Il s’agit de rendre applicable le Military Commissions Act de 2006 sur le sol européen.
Ces jugements créent une jurisprudence qui permettra que l’incrimination états-unienne « d’ennemi combattant illégal », soit reconnue dans l’ordre pénal français et belge. Cela facilitera des demandes d’extradition de citoyens français et belges vers les USA sur la base de cette notion contenue dans la loi antiterroriste US de 2006. Rien, dans les accords d’extradition, signés en 2003 entre l’Union européenne et les États-Unis, n’empêche que les personnes remises soient jugées devant des commissions militaires, des tribunaux spéciaux où les droits de défense n’existent pas. Cette jurisprudence place ainsi notre système judiciaire dans un ordre juridique impérial. Il y perd non seulement son autonomie, mais aussi sa capacité de juger des faits, devant valider des systèmes de valeur et les prises de position politiques de Washington.


Jean-Claude Paye est sociologue.
Derniers ouvrages publiés : La Fin de l’État de droit, La Dispute 2004 ; Global War on Liberty, Telos Press 2007


Sources :

- Military Commission Act of 2006
- Les rapports d’Amnesty International montrent qu’une partie importante des détenus de Guantanamo ont été simplement remis à l’armée US, moyennant rançon, par des groupes locaux armés.
- « Inscription de la guerre dans le droit pénal », La Pensée, n° 353, mars 2008.
- « Ouverture à Paris du procès d’une filière irakienne », Le Nouvel Observateur, 23 juin 2008.
- « Le procès dit des filières irakiennes ». Comité de vigilance en matière de lutte contre le terrorisme (Comité T), Rapport 2007. Ligue des Droits de l’Homme Bruxelles.
- Jean-Pierre Borloo, « Peine réduite pour les filières kamikazes », Le Soir, 26 juin 2008.
- Conseil de l’Union européenne, ST 8295/1/03 rev 1, 2 juin 2003.

Quand Ron Paul, membre du Congrès, mettait le feu au poulailler républicain

Dans cet article paru dans Le Quebecois Libre le 10 juin 2007, et passé relativement inaperçu en France, Mathieu Bréard décrivait les savoureux débats sur FoxNews et MSNBC entre Ron Paul, ex-candidat à l’investiture républicaine pour les élections présidentielles de 2008, et Rudolph Giuliani, maire de New York au moment des attentats du 11/09. Rappelons que Ron Paul, Républicain radicalement anti-guerre, a plusieurs fois affirmé que "le gouvernement [des USA] est déterminé à instaurer la loi martiale" et qu’il a été écarté de la course [à l’investiture] en raison d’un black-out total des medias.

Ron Paul

Article de Mathieu Bréard pour Le Québecois Libre

Orwell a dit un jour que dans un moment de duperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire. À défaut d’être élu, Ron Paul, candidat à la présidence américaine de 2008, pourra se vanter d’avoir touché la corde sensible de ses collègues républicains. Si lors des récents débats sur FoxNews et MSNBC, tous s’attendaient simplement à discuter du nombre de soldats à envoyer en renfort en Irak, ils se sont plutôt retrouvés bien malgré eux face à un miroir.

Un exercice d’introspection qui fut déstabilisant surtout pour Rudolph Giuliani, cet ancien maire de New York qui souhaite capitaliser sur les attentats terroristes du 11 septembre 2001 pour entretenir son image de fervent patriote aux yeux de l’électorat. Ainsi, il n’était pas question pour lui de se laisser écorcher et quoi de mieux que l’utilisation d’une rhétorique simpliste et manichéenne pour bien faire passer son message: les ennemis de l’Amérique, dit-il, envient notre liberté, notre richesse, ils s’attaquent à nos valeurs et à notre mode de vie. S’il semblait y avoir consensus sur le plateau derrière cette affirmation, Ron Paul en a très vite condamné l’ambiguïté et la pauvreté théorique.

          Non! réplique-t-il. On nous attaque surtout parce que l’État américain mène depuis plusieurs décennies des politiques interventionnistes ininterrompues au Moyen-Orient. Il est grand temps de prendre du recul et de se livrer à une réflexion plus approfondie sur les conséquences de nos actions. De tenir compte de cette mise en garde de l’ancien président George Washington (1789-1797) aux générations futures: notre première règle de conduite devant les nations étrangères doit être de favoriser nos relations commerciales et d’éviter de nous immiscer dans leurs affaires internes. Des alliances politiques permanentes et des tractations militaires avec n’importe quelle région du monde représentent un danger potentiel.

          Ron Paul, de réputation, ne mâche pas ses mots. Il a vivement condamné le rapport de la Commission d’enquête sur les événements du 11 septembre 2001, véritable mascarade politique où l’on a gaspillé temps et argent simplement pour dévoiler des faits déjà bien connus et éclipser le reste. Les services de renseignements, CIA, FBI et NSA, malgré une bureaucratie déjà écrasante et des budgets de dépenses colossaux, ont failli à la tâche. Comble du ridicule, des fonctionnaires sont venus réclamer le plus sérieusement du monde davantage de fonds et exiger des programmes de surveillance et de contrôle supplémentaires. On a à peine discuté, voire même effleuré, la possibilité que trop de gouvernement pouvait être au coeur du problème, que l’arrogance interventionniste des États-Unis avait peut-être atteint un point de non-retour.

 
Prenons en considération quelques faits:
1. L’appui de l’administration Reagan et Bush père au régime de Saddam Hussein. Notons que Hussein est resté le même criminel sanglant du début des années 1980, alors qu’il était un allié fidèle jusqu’à ce qu’il ne tombe plus dans les bonnes grâces des stratèges de la Maison Blanche. Entre-temps, différentes composantes d’armes conventionnelles, chimiques et bactériologiques lui ont été offertes à rabais(1). D’ailleurs, à ce jour, l’État américain continue d’entretenir des liens étroits avec le Pakistan, l’Arabie Saoudite et beaucoup d’autres dictateurs de la région, dont le Colonel Mouammar Kadhafi en Libye. Une réalité qui soulève de multiples questions sur cet engagement contradictoire envers la démocratie alors que sa propre politique étrangère ne la défend même pas.
 
2. Plus de dix années de sanctions économiques ont contribué à la mort des milliers d’enfants irakiens, privés d’eau potable et d’installations sanitaires adéquates(2). Ce genre de méthode douteuse ne touche que très rarement le régime politique en place. Les deux dernières économies communistes au monde, Cuba et la Corée du Nord, font l’objet de sanctions depuis des décennies. La douleur et le ressentiment qu’elles engendrent peuvent inciter les citoyens à chercher la vengeance contre l’agresseur. Elles ouvrent la porte à des représailles contre des civils américains.

3. En mai 2003, le président George W. Bush a ordonné une offensive militaire inconstitutionnelle contre l’Irak, alors que ce pays n’a jamais attaqué ni même menacé le territoire des États-Unis, ou fait ouvertement une déclaration de guerre. Ni la population irakienne et le Parti Baas n’ont été complices des attentats terroristes du 11 septembre(3). Les allégations à cet effet ne sont que des rumeurs, des demi-vérités et des théories qui restent à être prouvées. Dans cette guerre, l’État américain est l’agresseur et non la victime. Le berceau de la civilisation est maintenant un amas de ruines, des milliers de civils innocents ont été injustement tués, sans parler de tous les militaires américains qui sont tombés au combat. On commence à peine à mesurer les conséquences très graves de cette guerre et de ses débordements dans toute la région. Les coûts pour le Trésor américain sont à ce point importants qu’ils nécessitent des emprunts.

4. On poste des troupes militaires en permanence sur les terres islamiques en sachant fort bien tout l’impact négatif que cela peut avoir sur une majorité de musulmans. Des milliards de dollars en impôts sont dépensés annuellement pour maintenir un vaste réseau de bases militaires à l’étranger(4). En 1962, l’installation à Cuba d’une rampe de lancement de missiles soviétiques, à quelques kilomètres des côtes de la Floride, fut largement suffisante pour susciter une vague d’inquiétude sans précédent chez les Américains. Il n’y a donc absolument rien d’étonnant de voir l’État iranien chercher dans le nucléaire un moyen de dissuasion efficace pour contrer l’arrogance de Washington à ses frontières. Le président Mahmoud Ahmadinejad a compris, à l’instar de la Corée du Nord, que le nucléaire offre un ultime moyen de se prémunir contre une invasion.

5. La mise en place des tribunaux militaires. La constitution des États-Unis et le principe de l’habeas corpus(5) ont été suspendus alors qu’ils protègent les individus contre les emprisonnements illégaux. Le président dispose d’un pouvoir excessif en regard de sa fonction pour déterminer qui représente « l’ennemi », qui doit être enfermé, et ce qui est ou pas de la torture ou de l’abus. Dans les couloirs sombres de la prison de Guantanamo à Cuba, des centaines de prisonniers sont détenus pour une période indéterminée sans même avoir eu droit à un avocat et à un procès équitable. Les actes de torture physique et de manipulation psychologique y sont fréquents. Comme le soulignent plusieurs anciens haut placés du département d’État, dont William Rogers, le droit constitutionnel ne doit pas être bafoué, mais bien défendu. Il ne faut pas adopter les mêmes méthodes barbares que ceux que nous dénonçons.

6. Le soutien diplomatique, financier et militaire accordé sans réserve à l’État d’Israël. Dans un article du London Review of Books intitulé: « The Israel Lobby », le professeur John Mearsheimer de l’Université de Chicago et Stephen Walt du Harvard Kennedy School expliquent l’influence négative du lobby pro-Israël sur les intérêts domestiques et internationaux des États-Unis. On est plutôt timide à condamner les affronts d’Israël envers les droits de l’homme et tous les principes de liberté défendus par l’Occident. Cette forme d’immunité accentue non seulement l’antisémitisme dans le monde, mais paradoxalement, fait en sorte qu’on colle cette même étiquette à tous ceux et celles qui, dans le milieu journalistique, osent écrire des éditoriaux défavorables ou plus critiques envers les agissements de Tel-Aviv

 
Honnêtement, qui peut encore douter que toutes les politiques susmentionnées engendrent l’indignation et la colère des populations locales? Comment ne pas saisir que ces actes d’agressions répétés donnent des munitions supplémentaires aux extrémistes pour mieux manipuler la conscience populaire, faire avancer leur cause et appeler à la révolte armée? Faites-vous bombarder quotidiennement, soyez témoin de la destruction de votre environnement, de la mort de vos enfants, et affirmez que cela ne va pas modifier votre façon de voir les choses! Quand on n’a plus rien à perdre, la mort devient bien banale, écrivait l’auteur marocain Tahar Ben Jelloun. Imaginons un instant, comme le souligne Ron Paul, que la Chine adopte une attitude similaire à l’égard des États-Unis en s’installant dans le Golfe du Mexique. Ses habitants n’en seraient-ils pas irrités? Poser la question, c’est y répondre.

          Apparemment ébranlé par les répliques de Ron Paul, Rudolph Giuliani n’a trouvé rien de mieux à dire que de prétendre que son interlocuteur était contre l’Amérique et qu’il devait présenter des excuses. Voilà l’erreur de jugement classique, grotesque, digne du novice. M. Paul blâme la politique étrangère du gouvernement américain et le gouffre profond dans lequel il a plongé le pays. Tout comme les pères fondateurs(6), il comprend que le gouvernement fédéral et la population sont deux groupes bien distincts. Et c’est précisément pour défendre ce principe que le Bill of Rights protège chaque citoyen contre les empiétements et les abus de l’État. Voilà ce qui à l’origine distingue cette nation du reste du monde.

          Malheureusement, cette spécificité n’est plus appliquée. Les droits sont maintenant bafoués et les libertés individuelles, si chères au rêve américain, s’effritent au fur et à mesure que cette croisade interventionniste se perpétue à l’étranger(7). Sur un fond de paranoïa excessive, l’heure est aux soupçons, à la réglementation abusive, et à la fermeture des frontières. Les politiciens à Washington étant de fins manipulateurs utilisent toutes sortes de stratagèmes pour convaincre le citoyen de sacrifier à chaque jour une partie plus grande de sa liberté en retour d’une sécurité hypothétique. À ce rythme, que restera-t-il dans quelques années?

Ainsi, à peine le débat était-il terminé entre les candidats du Parti républicain, que déjà certaines langues sales réclamaient que Ron Paul soit muselé. L’homme dérange l’establishment, mais suscite surtout un enthousiasme grandissant au sein de la population. Sans doute parce qu’il propose de renouer avec les idéaux perdus de la véritable République américaine. 
 
1. Le registre des sociétés, mis au point a partir des dossiers du Middle East Data Project, regroupe des informations sur plus de deux cents sociétés impliquées dans la livraison à l’Irak de technologie militaire avancée. Cette étude a été réalisée par Mednews dont le directeur à Paris est Kenneth Timmerman.
2. Le 12 mai 1996, Madeleine Albright, lors d’une entrevue avec Lesley Stahl à 60 minutes, avait déclaré que la mort d’enfants irakiens était un sacrifice nécessaire pour contenir Saddam Hussein. Ramzi Yousef, l’un des terroristes responsables des attentats de 1993 contre le World Trade Center, a déclaré que ce régime de sanctions avait motivé cette attaque. Il en va de même pour Richard Reid, qui a essayé de faire sauter une avion de ligne avec des explosifs dissimulés dans ses chaussures.

3. Saddam Hussein était un laïciste, alors que les membres d’Al Qaeda sont des musulmans fondamentalistes ayant des idées radicalement opposées.
D’ailleurs les kamikazes du 11 septembre étaient en majorité originaires de l’Arabie Saoudite et des Émirats arabes unis, des alliés des États-Unis. Une étude intitulée « Overview of the Enemy », démontre qu’Oussama Ben Laden a cherché à créer des liens avec l’Irak au milieu des années 1990, mais sans succès. Lui-même n’était pas très chaud à l’idée de conclure une entente avec un régime laïque.
4. Il est toujours stupéfiant de voir des gens s’offusquer de la hausse d’une petite taxe scolaire ou encore de considérer l’impôt comme un vol alors qu’ils cautionnent un tel appareil étatique qui draine autant de ressources financières, humaines et matérielles.
5. Habeas corpus est une procédure légale qui amène un juge à se prononcer sur le caractère légal ou non de la détention d’une personne et, le cas échéant, à ordonner sa libération.
6. Le président prête serment de sauvegarder, de protéger et de défendre la constitution des États-Unis. Une engagement qui, avouons-le, ressemble maintenant à une véritable farce.
7. Une guerre signifie que plus de pouvoirs seront donnés à l’État. Ces pouvoirs additionnels ont toujours été dans l’histoire contemporaine synonymes de perte de libertés individuelles. La grande majorité des mesures adoptées que l’on dit « temporaires » deviennent avec le temps permanentes et ouvrent la porte à de dangereux précédents dans une multitude de domaines
 

“Une arme de persuasion massive” par Sheldon Rampton et John Stauber

Article de Paul CAUCHON paru sur LeDevoir.com, à propos de l’ouvrage de Sheldon Rampton et John Stauber : "Une arme de persuasion massive - De la propagande dans la guerre de Bush en Irak"

Médias: La guerre vendue en shampooing

La guerre contre l’Irak a représenté une formidable bataille idéologique, dans laquelle la Maison-Blanche a utilisé des techniques de marketing sophistiquées, souvent avec l’aide de prestigieuses entreprises de relations publiques.
On s’en doutait, bien sûr. Mais rarement la chose a été aussi bien documentée que dans cet ouvrage qui vient de paraître en français, Une arme de persuasion massive/De la propagande dans la guerre de Bush en Irak, publié l’automne dernier aux États-Unis, et en français récemment chez Le Pré au Clercs. Les deux auteurs, Sheldon Rampton et John Stauber, travaillent pour le Center for Media and Democracy, un organisme créé en 1993 pour enquêter sur les propagandes gouvernementales et le discours médiatique. Ce centre se spécialise particulièrement dans l’analyse des stratégies des grandes entreprises de relations publiques.

On a beaucoup écrit sur l’expérience des journalistes intégrés dans les unités militaires lors de la guerre en Irak, ou encore sur l’hyper-patriotisme de certains médias américains. Rampton et Stauber en parlent, sans que leurs propos ne soient nécessairement très marquants. L’intérêt de leur livre est ailleurs, dans le décryptage des stratégies gouvernementales pour conditionner l’opinion publique avant le déclenchement de la guerre.

Ainsi, dès 1997 (trois ans avant l’élection de Bush), un groupe de néo-conservateurs dirigé par William Bennet, rédacteur en chef du Weekly Standard (propriété de Rupert Murdoch), avait créé le Project for the New American Century, qui avait pour but de «durcir» la politique américaine envers l’Irak, et qui a fait pression sur le Congrès pour octroyer 100 millions de dollars aux opposants irakiens. Le groupe comprenait des gens comme Dick Cheney, l’éditeur Steve Forbes, Donald Rumsfeld, l’auteur Francis Fukuyama.

Il faut rappeler que, quelques mois après la guerre du Golfe de 1991, Bush le père avait demandé à la CIA de chasser Saddam Hussein du pouvoir, et l’organisme avait engagé John Rendon, un conseiller en relations publiques, pour travailler à ce dossier. Le même Rendon obtenait à l’automne 2001 un contrat de 400 000 $ pour orchestrer la propagande afin de préparer l’intervention en Afghanistan.

Le cas le plus connu du marketing de guerre est celui de Charlotte Beers, grande prêtresse du marketing aux États-Unis, qui avait dirigé deux grandes agences et qui comptait, parmi ses titres de gloire, le lancement du riz Uncle Ben’s et des shampooings Head & Shoulders! Nommée à un poste de sous-secrétaire d’État par l’administration Bush, elle a créé des campagnes de publicité, des sites internet, des shows télévisés, a organisé des rencontres avec des leaders arabes, pour tenter d’influencer l’opinion et de vendre les États-Unis au Moyen-Orient comme une «marque» représentant la liberté. Colin Powell avait lui-même déclaré lors de son embauche qu’il fallait «faire de notre politique étrangère une véritable marque».

Remarquez que ce n’est pas seulement la Maison- Blanche qui pensait en termes de marketing. Trois jours après le 11 septembre 2001, c’est le royaume d’Arabie saoudite qui signait un contrat avec le géant de la communication Burson-Marsteller pour recevoir des conseils en gestion de crise (la presque totalité des terroristes du 11 septembre étaient saoudiens, ce qui présentait mal…). Et une autre agence, Quorvis Communications, recevait 20 millions du même royaume pour faire interviewer des représentants saoudiens par des journalistes-vedettes des médias américains.

Et ça continue comme ça pendant des pages. Pour préparer l’intervention contre l’Irak plusieurs organismes soutenus par le pouvoir politique faisaient affaire avec Benador Associates, une puissante société de relations publiques qui se spécialisait dans le placement d’experts du Moyen Orient et du terrorisme dans tous les médias, des experts évidemment en faveur de la guerre. Les auteurs font remarquer qu’on les voyait partout alors que les médias semblaient ignorer les 1400 spécialistes indépendants du Moyen-Orient dans les universités américaines, qu’on imagine plus nuancés. Des organisations pacifistes découragées ont même tenté d’acheter de la publicité commerciale dans les grands réseaux de télévision pour se faire entendre, ce qui leur fut refusé par les réseaux.

Cet ouvrage porte aussi une leçon forte. Si le conditionnement à la guerre a semblé fonctionner aux États-Unis, toutes les campagnes de relations publiques pour améliorer l’image des États-Unis au Moyen-Orient ont échoué. Pourquoi? Le message véhiculé par cette armée de consultants n’était pas forcément faux, écrivent les auteurs. Mais il n’abordait jamais le coeur du ressentiment musulman envers les États-Unis, soit le conflit israélo-palestinien et le passé des interventions américaines dans la région. Comme le dit un professionnel de la publicité cité dans l’ouvrage, et qui semble plus lucide que les autres, «l’opinion islamique est davantage influencée par ce que les États-Unis font que par tout ce qu’ils peuvent dire».
 

=> Notes de ReOpenNews: A titre de complément d’information, nous présentons aussi  les notes de l’éditeur

Notes de l’éditeur (Pré-aux-Clercs) disponible sur Amazon.fr
La guerre de Bush en Irak était-elle juste ? Un an après la seconde guerre du Golfe, et à quelques mois de l’élection présidentielle américaine, des voix s’élèvent enfin outre-Atlantique pour dénoncer ouvertement une manipulation flagrante de l’opinion. Ce livre-brûlot, qui fait scandale aux Etats-Unis, est l’œuvre de deux spécialistes des médias américains, qui ont étudié en détail la propagande " bushienne ". Ils décortiquent ici ses mécanismes. Pourquoi 70 % des Américains en sont-ils venus à croire que Saddam était responsable des attentats du 11 septembre ? Pourquoi des documents falsifiés et de faux rapports des services secrets on-ils été utilisés pour accréditer la thèse des armes de destruction massive ? Pourquoi la presse internationale a-t-elle été enrôlée dans les unités combattantes, à l’inverse de l’embargo imposé lors de la première guerre du Golfe ? Comment une agence de relations publiques travaillant pour le Pentagone a-t-elle créé de toutes pièces le Congrès national irakien censé représenter les opposants à Saddam ? Comment ces mêmes agents ont-ils organisé à coups de dollars des mouvements de foule " spontanés " pour accueillir les libérateurs dans Bagdad

Les Etats-unis en train de “préparer le champ de bataille” en Iran

Nous présentons ici à la fois l’article de CNN paru le 30 juin 2008 sur la préparation par les États-Unis de la guerre en Iran, et la traduction par mondialisation.ca de l’article de Seymour Hersh paru dans The New Yorker, et qui mentionné à plusieurs reprises par CNN.

Reportage de CNN : Les Etats-unis en train de "préparer le champ de bataille" en Iran

 WASHINGTON (CNN) – "L’administration Bush a amorcé une ‘escalade significative’ dans ses opérations clandestines en Iran en envoyant des commandos US espionner les installations nucléaires du pays et ébranler le gouvernement de la république islamique", a déclaré le journaliste Seymour Hersh dimanche.

Le drapeau iranien flotte près du bâtiment abritant le réacteur de la centrale nucléaire de Bushehr au sud de Téhéran.

La Maison Blanche, la CIA et les responsables du Département d’État se sont refusés à tout commentaire sur le reportage de Hersh, qui a été publié dans le numéro de cette semaine du New Yorker.

Hersh a raconté dans l’émission "Late Edition with Wolf Blitzer" sur CNN que le Congrès avait autorisé un fonds de 400 millions de dollars US pour financer cette campagne secrète, qui implique des troupes spéciales américaines et des dissidents iraniens.

Le président Bush et le vice-président Dick Cheney ont rejeté les conclusions des services de renseignement américains selon lesquelles l’Iran avait arrêté ses efforts de fabrication d’une bombe nucléaire. Ils "ne veulent pas laisser l’Iran en place avec son programme nucléaire", a déclaré Hersh.

« Ils pensent que leur mission est de s’assurer qu’avant de quitter leurs fonctions l’an prochain, l’Iran, ou bien sera attaqué, ou bien aura arrêté son programme d’armement » a dit Hersh.

Le nouvel article, "Préparer le champ de bataille" [ndt, voir plus bas dans cette page] est le dernier d’une série d’articles accusant l’administration Bush de préparer une guerre contre l’Iran.

Son reportage est basé sur les témoignages de sources, actuelles ou anciennes, au sein de l’armée, des services de renseignement et du Congrès.

« Comme d’habitude avec ces papiers trimestriels, nous préférons nous abstenir de tout commentaire », a déclaré sur CNN le porte-parole de la Maison Blanche, Gordon Johndroe. « Par principe, la CIA ne commente pas des allégations concernant ses opérations secrètes » a expliqué Paul Gimigliano, le porte-parole de la CIA. Ryan Crocker, l’ambassadeur américain à Bagdad, a nié que des raids aériens aient été lancés depuis l’Irak où, d’après des commandants américains, l’Iran est en train de préparer des attaques sur les troupes américaines.

« Je peux vous affirmer sans équivoque que les forces américaines ne mènent aucune action contre l’Iran en passant par la frontière irakienne, que ce soit dans le sud ou ailleurs » a dit Crocker.

Hersh affirme que les initiatives américaines étaient dirigées depuis l’Afghanistan qui, comme l’Irak, partage une frontière avec l’Iran.

Il explique que le programme a causé une « augmentation spectaculaire des événements cinétiques et du chaos » à l’intérieur de l’Iran, citant entre autres des attaques par des séparatistes kurdes au nord du pays et une attaque sur une mosquée à Shiraz qui a tué 13 personnes.

Les Etats-Unis soutiennent que leur but est d’isoler l’Iran par voie diplomatique et ce faisant, de l’inciter à jouer cartes sur table à propos de ses ambitions nucléaires. Mais Bush dit que « toutes les options » sont envisageables pour gérer le problème.

L’Iran insiste sur le fait que son programme nucléaire est destiné à fournir de l’énergie électrique à la population, et refuse de se conformer aux demandes du Conseil de Sécurité de l’ONU qui exige que l’Iran interrompe son programme d’enrichissement d’uranium.

Des inspecteurs nucléaires de l’ONU affirment que Téhéran a divulgué des informations essentielles qui pourraient déterminer si, oui ou non, le pays tente de fabriquer des armes nucléaires.

Israël, que l’on suppose en possession de son propre arsenal nucléaire, a mené des exercices militaires dans l’est méditerranéen au début du mois de juin, impliquant des dizaines d’avions militaires et d’avions de ravitaillement en carburant.

En 1981, des avions militaires israéliens avaient détruit un réacteur nucléaire irakien.

Le porte-parole du Parlement iranien, Ali Larijani, a mis en garde d’autres pays contre des actions qui pourraient « leur coûter très cher ». Parmi les commentaires parus dimanche dans Mehr, une agence de presse semi-officielle, un général iranien a déclaré que ses troupes étaient en train de creuser plus de 320 000 tombes pour enterrer les troupes de toute force d’invasion avec «tout le respect qui leur est dû».

« En accord avec les lois de la guerre et du conflit armé, nous devons prendre en main les préparatifs nécessaires pour l’enterrement des soldats des pays agresseurs » a expliqué le général de division Mirfaisal Baqerzadeh, un officier iranien chargé de l’identification des soldats portés disparus.

 

Traduit de l’anglais par Kate G. pour ReOpenNews


Article de Seymour R. Hersh, traduction parue le 4 juillet sur mondialisation.ca

Préparer le champ de bataille : L’administration Bush intensifie ses mesures secrètes contre l’Iran

par Seymour M. Hersh
 
Mondialisation.ca, Le 4 juillet 2008
The New Yorker  

A la fin de l’année dernière, le Congrès a accédé à la demande du président Bush destinée à financer une importante augmentation des opérations secrètes contre l’Iran, selon des sources actuelles et anciennes de l’armée, des services de renseignements et au Congrès. Ces opérations, pour lesquelles le président a demandé jusqu’à quatre cent millions de dollars, ont été décrites dans un Presidential Finding (ndt : document présidentiel) signé par Bush, et sont destinées à déstabiliser le gouvernement religieux du pays.

Photo: Simon James : Une fresque sur le mur de l’ancienne ambassade américaine à Téhéran, à présent appelé "la tanière des espions" par les Iraniens

Les actions clandestines impliquent un soutien aux groupes minoritaires arabes, les Ahwazi et les Baluchi et à d’autres organisations dissidentes. Elles comprennent également la collecte de renseignements sur le supposé programme d’armes nucléaires iranien.

Les opérations clandestines contre l’Iran ne sont pas neuves. Depuis l’année dernière, les Forces d’opérations spéciales américaines ont mené des opérations transfrontalières depuis le sud de l’Irak, avec l’autorisation du Président. Celles-ci comprenaient la capture de membres d’Al Qods, la branche des commandos de la Garde Révolutionnaire iranienne, afin de les emmener en Irak pour les interroger et la poursuite d’"objectifs de grande valeur" dans la guerre contre le terrorisme du Président qui ont été capturés ou tués.

Mais l’ampleur et la portée des opérations en Iran qui impliquent la Central Intelligence Agency et la Joint Special Operations Command (JSOC), ont été considérablement élargies, selon les actuels et anciens responsables. Nombre de ces activités ne sont pas précisées dans le nouveau Presidential Finding et certains dirigeants du Congrès ont eu de sérieux doutes quant à leur nature.

Selon la loi fédérale, un Finding, qui est extrêmement secret, doit être délivré lorsque une opération clandestine des services de renseignements est en cours et doit, au minimum, être porté à la connaissance des dirigeants démocrates et républicains de la Chambre des Représentants et du Sénat et aux membres hauts placés de leurs commissions respectives de renseignements - ce que l’on appelle la Bande des Huit.

L’argent pour l’opération peut alors, selon le besoin, être réaffecté de leurs précédentes attributions par les commissions du Congrès concernées, qui peuvent aussi être informées.

"Le Finding portait sur une attaque contre les ambitions nucléaires de l’Iran et une tentative de fragilisation du gouvernement par un changement de régime," a déclaré une personne qui connaît son contenu et qui est impliquée dans le «travail avec des groupes d’opposition et le transfert d’argent."
"Le Finding subvenait aux besoins d’une nouvelle gamme d’activités dans le sud de l’Iran et dans des régions à l’est, où l’opposition politique Baluchi est forte", a-t’elle ajouté.

Selon cette source, bien que certains hommes politiques fussent préoccupés par certains aspects du Finding, et "qu’il y ait eu un certain nombre de discussions à un niveau élevé" sur le sujet, le financement a été approuvé.
En d’autres termes, certains membres de la direction des Démocrates (le Congrès est sous le contrôle des Démocrates depuis les élections de 2006) étaient prêts, en secret, à se rallier à l’Administration dans le développement d’activités clandestines en Iran, alors que le candidat présumé à la présidence, Barack Obama, déclarait qu’il privilégiait des négociations directes et la diplomatie.

La demande de financement a eu lieu au moment où l’administration recevait l’Estimation des Services de Renseignements (ESR), publiée en Décembre, qui concluait que l’Iran avait mis fin à ses travaux sur les armes nucléaires en 2003.

L’Administration a minimisé l’importance de l’ESR et, en disant qu’elle était engagée dans la diplomatie, elle a continué à insister sur le fait qu’une action urgente était indispensable pour contrer la menace nucléaire iranienne.

Le président Bush a mis doute les conclusions de l’ESR et de hauts responsables à la sécurité nationale, dont le secrétaire à la Défense Robert Gates et le secrétaire d’État Condoleezza Rice ont fait des déclarations similaires. (Ainsi que le sénateur John McCain, le futur candidat républicain à la présidence.)

Pendant ce temps, l’Administration a également ressorti les accusations d’implication des dirigeants iraniens dans l’assassinat de soldats américains en Irak: que ce soit directement, en envoyant des unités de commandos en Irak, et indirectement, par la fourniture de matériels utilisés pour les bombes de bords de routes et d’autres matériels mortels. (Il y a eu des questions quant à l’exactitude des affirmations, le Times, entre autres, a indiqué que "des incertitudes subsistaient quant à l’ampleur de cette participation».)

Des responsables militaires et civils au Pentagone ont fait part à la Maison Blanche de leurs inquiétudes au sujet des ambitions nucléaires de l’Iran, mais il existait des désaccords quant à savoir si une attaque militaire était la bonne solution. Certains responsables du Pentagone pensaient, comme ils l’avaient fait savoir au Congrès et aux médias, qu’un bombardement de l’Iran n’était pas une réponse viable à la question de la prolifération nucléaire et que plus de diplomatie était nécessaire.

Un sénateur démocrate m’a dit qu’à la fin de l’année dernière, lors d’une réunion-déjeuner confidentielle, le secrétaire à la Défense, Gates, a rencontré le comité électoral des Démocrates au Sénat. (Ces réunions sont organisées régulièrement.) Selon le sénateur, Gates a alerté sur les conséquences d’une frappe préventive de l’Administration Bush contre l’Iran, en disant : «Nous allons créer des générations de jihadistes, et nos petits-enfants se battront contre nos ennemis ici en Amérique."

Les commentaires de Gates ont stupéfait les Démocrates au déjeuner et un autre sénateur a demandé si Gates parlait au nom de Bush et du vice-président Dick Cheney. La réponse de Gates, m’a dit le sénateur fût : "Disons que je parle ici en mon nom" (Un porte-parole de Gates a confirmé qu’il avait abordé les conséquences d’une frappe lors de à la réunion, mais qu’il n’aborderait pas ce qu’il a dit, en dehors de contester l’interprétation des propos du sénateur.)

Le Comité des Etats-Majors Interarmes, dont le président est l’amiral Mike Mullen, «repoussaient fortement la pression de la Maison-Blanche destinée à entreprendre une frappe militaire contre l’Iran", m’a déclaré la personne qui connaît bien le Finding. De même, un consultant du Pentagone qui est impliqué dans la guerre contre le terrorisme a déclaré qu’"au moins dix contre-amiraux et généraux, dont des commandants de combat (des généraux d’armée qui dirigent des opérations militaires dans le monde) ont pesé sur cette question».

Le plus critique de ces officiers est l’amiral William Fallon, qui, jusqu’à récemmen,t était le chef du Commandement central américain, et donc en charge des forces américaines en Irak et en Afghanistan.

En Mars, Fallon a démissionné sous la pression, après avoir donné une série d’interviews indiquant ses réserves au sujet d’une attaque armée contre l’Iran. Par exemple, à la fin de l’année dernière, il a déclaré au Financial Times que le "véritable objectif de la politique américaine était de changer le comportement des Iraniens et que "les attaquer comme un moyen d’y arriver ne me semble pas être la meilleure solution."

L’amiral Fallon a reconnu, quand j’ai parlé avec lui en Juin, qu’il avait entendu dire qu’il y avait des gens à la Maison Blanche qui avaient été bouleversés par ses déclarations publiques. «Trop de gens pensent que vous devez être pour ou contre les Iraniens», m’a t-il dit. "Soyons sérieux. Il y a quatre-vingt millions de personnes qui y vivent et ce sont tous des individus. L’idée selon laquelle il n’y a qu’une façon ou une autre n’a pas de sens."

Quant à la guerre en Irak, Fallon dit : «J’ai râlé au sujet des choses qui étaient proposées? Tu parles. Certaines d’entre elles étaient très stupides."

L’accord de la direction des Démocrates sur l’engagement de centaines de millions de dollars pour effectuer plus d’opérations secrètes en Iran était marquante, compte tenu des préoccupations de responsables comme Gates, Fallon, et bien d’autres. "Le processus de contrôle n’a pas été tenu au courant : il a été détourné par l’administration", a déclaré la personne qui connaît bien le contenu du Finding. "Le processus est rompu et nous avons autorisé des choses dangereuses."

De hauts responsables Démocrates au Congrès m’ont dit qu’ils étaient inquiets de la possibilité que leur compréhension des nouvelles opérations soit différente de celle de la Maison Blanche.

Selon la personne qui le connait, l’un des sujets concerne une référence du Finding à une possible action défensive mortelle menée par des agents américains en Iran. (Au début du mois de Mai, le journaliste Andrew Cockburn a publié des éléments du Finding dans Counterpunch, un bulletin d’information et un magazine sur internet.)

Le texte a été inséré dans le Finding à l’instigation de la CIA, selon un ancien haut fonctionnaire des services de Renseignements. Les opérations secrètes présentées dans le Finding sont effectuées pour l’essentiel simultanément à des opérations d’une mission secrète de l’armée actuellement en Iran, qui est sous le contrôle du JSOC.

Selon l’interprétation de la Loi de l’Administration Bush, les opérations secrètes de l’armée, contrairement à celles de la CIA, n’ont pas besoin d’être décrites dans le Finding, parce que le Président a un droit constitutionnel pour commander les forces de combat sur le terrain sans ingérence du Congrès.

Mais les frontières entre les opérations ne sont pas toujours claires: en Iran, les agents de la CIA et les alliés régionaux ont des compétences linguistiques et des connaissances locales permettant d’établir des contacts pour les agents du JSOC et ils ont travaillé avec eux pour envoyer du personnel, du matériel et de l’argent en Iran depuis une base obscure située à l’ouest de l’Afghanistan.

En conséquence, il n’a été donné au Congrès qu’une vue partielle de la façon dont l’argent pour lequel il donnait son accord serait utilisé. L’une des missions des agents du JSOC, la poursuite des "objectifs de grande valeur," n’était pas directement abordée dans le Finding.

De plus en plus, certains hommes politiques réalisent que l’administration Bush, au cours des dernières années, a mélangé les opérations de renseignements aux opérations militaires afin d’éviter que le Congrès soit totalement informé sur ce qu’elle faisait.

«C’est une grosse affaire," dit la personne qui connaît le Finding. "La CIA avait besoin du Finding pour effectuer ses affaires traditionnelles, mais le Finding ne s’appliquait pas au JSOC. Le Président a signé un décret après le 11 Septembre qui donnait au Pentagone l’autorisation de faire des choses qu’il n’avait jamais été en mesure de faire avant sans en aviser le Congrès. L’excuse était que l’armée «préparait l’espace du combat, et en utilisant ce terme, ils ont réussi à contourner le contrôle du Congrès. Tout est justifié en termes de lutte dans la guerre mondiale contre le terrorisme».
Il a ajouté : «L’Administration a brouillé les frontières : elle utilise souvent une zone de gris" - entre les opérations dont la haute direction du Congrès doit être informée et celles qui n’ont pas à l’être", mais maintenant c’est une purée de pois."

"L’agence dit que nous n’aurions pas été en position d’aider à tuer des gens sans le Finding" m’a dit l’ancien haut fonctionnaire du renseignement. Il faisait référence à la menace juridique qu’affrontent certains membres de l’agence pour leur implication dans la reddition et la torture de suspects dans la guerre contre le terrorisme. "Cela a poussé les militaires dans le mur», a-t-il dit.
Quant à la C.I.A., a déclaré l’ancien haut fonctionnaire du renseignement, "l’ensemble de l’autorisation comprend le meurtre, mais c’est quand même pas pour ça qu’ils l’ont présenté. Il s’agit de recueillir des informations, d’obtenir des soutiens." Le Finding présenté au Congrès était un compromis fournissant une couverture à la CIA tout en faisant référence à l’utilisation de la force meurtrière dans des termes ambigus.

Le langage défensif-meurtrier a conduit certains Démocrates, selon des sources au Congrès au courant de leurs opinions, à appeler le directeur de la CIA et le Général Michael V. Hayden de l’armée de l’air pour une réunion d’information spéciale.
Hayden a rassuré les hommes politiques en disant que le langage utilisé ne servait qu’à fournir une autorisation aux membres des Forces Spéciales sur le terrain en Iran de tirer s’ils étaient capturés ou en mauvaise posture.

Les hommes politiques étaient loin d’être convaincus. Un membre du Congrès a ensuite écrit une lettre personnelle au Président Bush, en insistant sur le fait qu’"aucune action ou époque mortelle" n’avait été autorisée à l’intérieur des frontières de l’Iran. En Juin, il n’avait reçu aucune réponse.

Par le passé, des membres du Congrès ont exprimé leur scepticisme sur les renseignements fournis par la Maison Blanche.

Le 15 Mars 2005, David Obey, à l’époque un Démocrate de premier plan travaillant dans la Commission des Finances de la Chambre des Représentants, dirigée par les Républicains, qui approuve les dépenses, avait annoncé qu’il mettait de côté un amendement qu’il avait l’intention de présenter ce jour-là et qu’il couperait tous les financements du programme des Renseignements jusqu’à ce que le Président accepte de tenir le Congrès pleinement informé des actions militaires secrètes menées dans la guerre contre le terrorisme.
Il a changé d’avis, a-t-il dit, parce que la Maison Blanche avait promis une meilleure coopération. "Le pouvoir exécutif comprend que nous ne cherchons pas à dicter ce qu’ils doivent faire», avait-il déclaré à l’époque dans un discours. "Nous essayons tout simplement de faire en sorte que ce qu’ils font est compatible avec les valeurs américaines et que cela ne met pas le pays en difficulté."

Obey a refusé de commenter les détails des opérations en Iran, mais il m’a dit que la Maison-Blanche était revenue sur sa promesse de consulter plus en détail le Congrès. Il a dit : "Je pense qu’il y a quelque chose en cours, mais je ne sais pas que croire. Cheney a toujours voulu attaquer l’Iran, et s’il avait plus de temps, il trouverait un moyen de le faire. Nous n’avons toujours pas suffisamment d’informations de la part des agences et j’ai très peu confiance dans les informations qu’elles nous donnent."

Aucun des quatre Démocrates dans la Bande des Huit – le chef de la majorité au Sénat, Harry Reid, la présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, le président de la Commission aux Renseignements du Sénat, John D. Rockefeller IV et le président de la Commission aux Renseignements de la Chambre des Représentants, Silvestre Reyes – n’a fait de commentaires sur le Finding, et certains font remarquer que c’est classé secret.

Un collaborateur d’un membre de la direction des Démocrates a répondu, en son nom, en soulignant les limites de la Bande des Huit. Une notification d’un Finding, a déclaré le collaborateur, "est juste une notification et pas une annonce d’actions. La supervision des activités de renseignements en cours est faite par un exposé complet aux membres de la Commission aux Renseignements."

Toutefois, le Congrès n’a pas les moyens de contester la Maison Blanche lorsqu’elle présente un Finding. Il a le pouvoir de suspendre le financement de toute opération du gouvernement.
Les membres de la Chambre des Représentants et la direction des Démocrates au Sénat qui ont accès au Finding peuvent aussi, s’ils le veulent et s’ils sont inquiets, trouver des moyens d’exercer leur influence politique auprès de l’administration. (Un porte-parole de la CIA a déclaré : «En règle générale, nous ne commentons pas d’une manière ou d’une autre les allégations d’actions secrètes ou des prétendues conclusions." (La Maison Blanche s’est également refusée à tout commentaire.)

Un membre de la Commission des Finances de la Chambre des Représentants a reconnu que, même avec une victoire des Démocrates en Novembre, "il faudra un an avant de reprendre le contrôle des activités des services de renseignements." Il a ajouté ; "Nous contrôlons l’argent et ils ne peuvent rien faire sans l’argent. L’argent, c’est la clé. Mais je suis très méfiant au sujet de cette administration." Il a ajouté: «Cette administration a été tellement secrète."

Une ironie ans le départ de l’Amiral Fallon, c’est qu’il était, dans de nombreux domaines, en accord avec le Président Bush sur la menace posée par l’Iran.
Ils avaient une bonne relation de travail, m’a dit Fallon et, quand il dirigeait CENTCOM, ils étaient régulièrement en contact. Le 4 Mars, une semaine avant sa démission, Fallon avait témoigné devant la Commission des Services Armés du Sénat, en disant qu’il était "encouragé" par la situation en Irak et en Afghanistan.

En ce qui concerne le rôle joué par les dirigeants iraniens, il avait déclaré : "Ils ont été absolument inutiles, très préjudiciables, et je ne tolère absolument pas aucune de leurs activités. Et depuis que je suis dans ce métier, j’attends encore de voir des actions publiques de l’Iran qui soient utiles à cette région".

Fallon a précisé dans nos conversations qu’il estimait qu’il n’était pas approprié de faire publiquement des commentaires sur le Président, le Vice-Président, ou sur des opérations spéciales. Mais il a dit qu’il avait entendu que des gens à la Maison Blanche avaient "combattu" son point de vue sur l’Iran.

"Quand je suis arrivé au CENTCOM, les Iraniens finançaient chaque entité en Irak. C’était dans leur intérêt que nous partions et donc ils ont décidé de tuer autant d’Américains que possible. Et pourquoi pas? Ils ne savaient pas ce qui en ressortirait mais ils voulaient que nous partions.
J’ai décidé que je ne pouvais pas résoudre la situation en Irak sans le voisin. Pour résoudre ce problème en Irak, nous avons dû en quelque sorte impliquer l’Iran et la Syrie. Je devais travailler avec le voisin
».

Fallon m’a dit que son centre d’attention n’était pas la question nucléaire iranienne, ou un changement de régime, mais "l’extinction des incendies en Irak." Il y avait constamment des discussions à Washington et sur le terrain sur la façon d’impliquer l’Iran et sur l’option du bombardement. Fallon dit qu’il pensait qu’"il ne se passerait rien sauf si les Iraniens faisaient quelque chose de stupide."

Toutefois, la retraite anticipée de Fallon semble avoir été provoquée non seulement par ses commentaires négatifs sur un bombardement de l’Iran, mais aussi par sa forte confiance dans la chaîne de commandement et son insistance à être informé sur les opérations spéciales dans la région sou sa responsabilité.

L’un des défenseurs de Fallon est le Général de Marine à la retraite, John J. (Jack) Sheehan, dont la dernière affectation était comme Commandant en chef du Commandement Atlantique des États-Unis, dont Fallon était un adjoint. L’année dernière, Sheehan a rejeté une offre de la Maison Blanche pour devenir l’"éminence grise" du président concernant les guerres en Irak et en Afghanistan.

"L’une des raisons du choix de Fallon pour CENTCOM par la Maison Blanche, c’est qu’il était connu comme stratège et qu’il avait fait la preuve de ces compétences dans le Pacifique" m’a dit Sheehan. (Fallon a servi comme commandant en chef des forces américaines dans le Pacifique de 2005 à 2007.)
"Il a été chargé de présenter un ensemble de stratégies cohérentes pour l’Iran, l’Irak et l’Afghanistan et, selon la loi, le commandant de combat est responsable de toutes les opérations militaires au sein de sa ZO" (Zone d’opérations).
"Ce ne fût pas le cas," dit Sheehan.
"Lorsque Fallon a essayé de donner un sens à toutes les opérations publiques et secrètes menées par l’armée dans la région sous sa responsabilité, un petit groupe à la direction de la Maison Blanche l’a exclu."

La loi citée par Sheehan est la Loi sur la Réorganisation de la Défense de 1986, connue sous le nom de Goldwater-Nichols, qui définit la chaîne de commandement : du Président au Secrétaire à la Défense, en passant par le président du Comité des Etats-Majors Interarmes, et les différents commandants de combat, qui ont été chargés de tous les aspects des opérations militaires, y compris de la formation et de la logistique. Cette autorité, déclarait la Loi, ne devait pas être partagée avec d’autres échelons de commandement.
Mais l’Administration Bush, dans le cadre de sa guerre mondiale contre le terrorisme, a institué de nouvelles politiques qui diminuent le rôle des commandants en chef régionaux. Par exemple, elle a donné aux équipes des opérations spéciales, à des commandements militaires dans le monde, la plus haute priorité en termes d’obtention de soutien et d’équipement.

Au cours des dernières années, la dégradation de la chaine traditionnelle de commandement a été un point de tension entre la Maison Blanche et les militaires en uniforme.

"La cohérence de la stratégie militaire est en train de s’éroder en raison de l’excessive influence de civils et de la direction d’opérations militaires non-conventionnelles», a dit Sheehan.
"Si vous avez des petits groupes qui planifient et mènent des opérations militaires en dehors de la connaissance et du contrôle du commandant de combat, vous ne pouvez pas avoir de stratégie militaire cohérente. Vous finissez avec une catastrophe, comme les efforts de reconstruction en Irak."

L’amiral Fallon, qui est connu sous le nom de Fox, savait qu’il se heurterait à des difficultés en tant que premier officier de Marine à la direction de CENTCOM, qui avait toujours été dirigé par un commandant de terrain, m’a dit l’un de ses collègues militaires. Il savait également que les équipes des opérations spéciales seraient un sujet de préoccupation.

"Fox a dit qu’il se passait beaucoup de choses étranges dans les Opérations Spéciales, et je lui ai dit qu’il devait arriver à comprendre ce qu’ils faisaient vraiment", m’a dit le collègue de Fallon. "Les gars des Opérations Spéciales ont finalement compris qu’ils avaient besoin de Fox et ils ont commencé à lui parler. Fox aurait gagné son combat avec les Opérations Spéciales, mais sans Cheney."

Le consultant du Pentagone a déclaré : "Fallon a été descendu parce que, à sa façon, il essayait d’empêcher une guerre avec l’Iran, et vous devez l’admirer pour cela."

Au cours des derniers mois, selon les médias iraniens, il y a eu une poussée de violence en Iran, toutefois, il est impossible à ce stade, de la mettre au crédit des activités de la CIA ou du JSOC, ou d’évaluer leur impact sur les dirigeants iraniens.

Les reportages de la presse iranienne sont soigneusement contrôlés par le colonel de l’armée de l’air à la retraite, le Colonel Sam Gardiner, qui a enseigné la stratégie au National War College et mène maintenant des jeux de guerre centrés sur l’Iran pour le gouvernement fédéral, les think tanks, et les universités.

La presse iranienne "est très libre pour décrire les meurtres qui ont lieu dans le pays," a déclaré Gardiner. C’est, dit-il, "une presse contrôlée, et le fait qu’elle publie ces choses les rendent plus importantes. Nous commençons à voir l’intérieur du gouvernement."
Il a ajouté: «Pas un jour ne se passe maintenant sans que nous voyons un conflit quelque part. Il y a eu trois ou quatre incidents lors d’un récent week-end et les Iraniens ont même publié les noms des officiers de la Garde révolutionnaire qui ont été tués."

Au début de cette année, un groupe militant Ahwazi a revendiqué l’assassinat d’un colonel de la Garde Révolutionnaire, et le gouvernement iranien a reconnu qu’une explosion dans un centre culturel à Chiraz, au sud du pays, qui a tué au moins douze personnes et blessé plus de 200, était un acte terroriste et non pas, comme il l’avait dit avec insistance au début, que c’était un accident.
Cela ne nous apprend pas l’existence d’une implication américaine dans tout événement particulier en Iran, mais, selon Gardiner, les Iraniens ont commencé à accuser publiquement les États-Unis, la Grande-Bretagne et, plus récemment, la CIA pour certains incidents.

L’agence avait été impliquée dans un coup d’Etat en Iran en 1953 et son soutien à l’impopulaire régime du Shah Mohammed Reza Pahlavi - qui a été renversé en 1979 - est condamné depuis des années par les mollahs au pouvoir à Téhéran, avec une grande efficacité.
"C’est le summum pour les Iraniens que de blâmer la CIA," a déclaré Gardiner. "C’est nouveau, et c’est une escalade : une augmentation irréversible de tensions. Cela permet au régime d’obtenir un soutien et montre à la population que la menace du ‘Grand Satan’ existe." Selon Gardiner, la violence, au lieu d’affaiblir le gouvernement religieux iranien, pourrait lui octroyer un soutien.

Bon nombre d’actions pourraient être menées par des dissidents en Iran, et non par des Américains sur le terrain. Un problème avec "le passage de l’argent" (pour utiliser le terme de la personne qui connaît le Finding) de façon secrète, c’est qu’il est difficile de contrôler où va l’argent et à qui il profite.

Néanmoins, l’ancien haut fonctionnaire des Renseignements a déclaré: «Nous avons été exposés, en raison du transfert de nos armes et de nos équipements de communications. Les Iraniens seront en mesure de prouver que l’opposition a été inspirée par les Américains. Combien de fois avons-nous essayé cela sans nous poser les bonnes questions? Est-ce que le risque en valait la peine? "
Une conséquence possible de ces opérations serait une violente répression iranienne contre l’un des groupes dissidents, ce qui pourrait donner une raison à l’administration Bush d’intervenir.

La stratégie d’utilisation des minorités ethniques pour fragiliser l’Iran est une erreur, selon Vali Nasr, qui enseigne la politique internationale à Tufts University et est également un membre du Conseil des Relations Extérieures.
"Tout simplement parce que le Liban, l’Irak et le Pakistan ont des problèmes ethniques, cela ne signifie pas que l’Iran souffre du même problème," m’a dit Nasr. «L’Iran est un vieux pays - comme la France et l’Allemagne - et ses citoyens sont tout aussi nationalistes. Les États-Unis surestiment les tensions ethniques en Iran."

"Les groupes minoritaires auxquels les États-Unis viennent en aide sont bien intégrés ou petits et marginaux, sans beaucoup d’influence sur le gouvernement ou avec la possibilité de présenter une opposition politique", dit Nasr. "Vous pouvez toujours trouver des groupes d’activistes qui vont aller tuer un policier, mais travailler avec les minorités auront un effet inverse et aliéneront la majorité de la population."

L’Administration a peut-être voulu compter sur les organisations de dissidents en Iran, même lorsqu’il y avait des raisons de croire que les groupes ont agi contre les intérêts américains dans le passé. L’utilisation d’éléments Baluchi, par exemple, est problématique, m’a dit Robert Baer, un ex-agent de la CIA qui a travaillé pendant près de deux décennies en Asie du Sud et au Moyen-Orient.

"Les Baluchi sont des Sunnites fondamentalistes qui détestent le régime de Téhéran, mais vous pouvez aussi les décrire comme Al-Qaida," m’a dit Baer. «Ce sont des gens qui coupent les têtes des non-croyants - dans ce cas-ci, ce sont les Chiites Iraniens. L’ironie est qu’une fois de plus, nous travaillons avec des fondamentalistes Sunnites, comme nous l’avons fait en Afghanistan dans les années 80."
Ramzi Yousef, qui a été condamné pour son rôle dans l’attaque à la bombe du World Trade Center en 1993, et Khalid Sheikh Mohammed, qui est considéré comme l’un des principaux cerveaux des attentats du 11 Septembre, sont des fondamentalistes Sunnites Baluchi.

L’un des groupes les plus actifs et les plus violents contre le régime en Iran est aujourd’hui le Jundallah, également connu sous le nom du Mouvement de Résistance du Peuple iranien qui se décrit comme une force de résistance luttant pour les droits des Sunnites en Iran.

«Il s’agit d’une organisation salafiste violente dont les adeptes ont participé aux mêmes madrassas que les Talibans et les extrémistes pakistanais", m’a dit Nasr.
"Ils sont soupçonnés d’avoir des liens avec Al-Qaida et ils sont aussi supposés être liés à la culture de la drogue."
Le Jundallah a revendiqué la responsabilité de l’attaque à la bombe d’un bus de soldats de la Garde Révolutionnaire en Février 2007. Au moins onze membres de la Garde ont été tués. Selon Baer et les rapports de presse, le Jundallah est l’un des groupes en Iran qui bénéficient du soutien des États-Unis.

La C.I.A. et les équipes des Opérations Spéciales ont aussi des liens de longue date avec deux autres groupes dissidents en Iran: les Moudjahidin-E-Khalq, connu en Occident sous le nom de M.E.K., et un groupe séparatiste kurde, le Parti pour une Vie Libre au Kurdistan, ou PJAK .

Le M.E.K. a été mis sur la liste des organisations terroristes du Département d’État pendant plus d’une décennie, mais ces dernières années, le groupe a reçu des armes et des renseignements, directement ou indirectement, des États-Unis.
Certains des nouveaux fonds secrets autorisés, m’a dit le consultant du Pentagone pourrait bien finir dans les coffres du M.E.K.

"Le nouveau corps expéditionnaire collaborera avec le MEK L’Administration est désespérée d’obtenir des résultats." Il a ajouté : «Le MEK n’a pas de C.P.A pour vérifier les livres, et ses dirigeants sont connus pour se remplir les poches depuis des années. Si les gens ne savaient seulement ce qu’obtient le MEK et combien va sur ses comptes bancaires - et pourtant tout cela ne sert presque à rien pour les objectifs de l’Administration."

Le parti kurde, PJAK, qui serait soi-disant également secrètement soutenu par les États-Unis, opère contre l’Iran à partir de bases situées dans le nord de l’Irak depuis au moins trois ans. (L’Iran, comme l’Irak et la Turquie, a une minorité kurde, et le PJAK comme d’autres groupes veulent une autonomie sur un territoire qui fait maintenant partie de chacun de ces pays.)

Ces dernières semaines, selon Sam Gardiner, le stratège militaire, ont été marquées par une augmentation du nombre des engagements armés du PJAK avec les Iraniens et des attaques terroristes contre des cibles iraniennes.

Au début du mois de Juin, l’agence de presse Fars a indiqué qu’une dizaine de membres du PJAK et quatre gardes frontière iraniens ont été tués dans un affrontement près de la frontière avec l’Irak : un attentat semblable à celui de mai qui a tué trois Gardes de la Révolution et neuf combattants du PJAK. Le PJAK a également porté à plusieurs reprises des attaques terroristes en Turquie, membre de l’OTAN, et les rapports sur le soutien américain au groupe ont été une source de friction entre les deux gouvernements.

Gardiner a également mentionné un voyage que le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a fait à Téhéran en Juin. A son retour, Maliki a annoncé que son gouvernement allait interdire tout contact entre les étrangers et les MEK — Une gifle aux relations des États-Unis avec le groupe.

Maliki a déclaré que l’Irak de voulait pas être une base pour les opérations secrètes contre d’autres pays. C’était un signe, dit Gardiner, du "choix grandissant de Maliki pour les intérêts de l’Irak contre les intérêts des États-Unis."

Pour ce qui est des allégations américaines concernant une implication iranienne dans l’assassinat de soldats américains, dit-il, "Maliki n’était pas disposé à jouer le jeu de blâmer l’Iran." Gardiner a ajouté que le Pakistan venait d’accepter de remettre un chef du Jundallah au gouvernement iranien. Les opérations secrètes américaines, dit-il, "semblent porter atteinte aux relations avec les gouvernements irakiens et Pakistanais et pourraient bien renforcer les relations entre Téhéran et Bagdad."

La confiance de la Maison Blanche dans des opérations contestables et les plans impliquant d’éventuelles actions mortelles en Iran ont engendré de la colère et de l’inquiétude concernant les opérations spéciales et les opérations des renseignements.

Les opérations du JSOC en Iran sont soupçonnées d’être calquées sur un programme qui a, avec un certain succès, utilisé des substituts pour cibler les dirigeants Talibans dans les territoires tribaux du Waziristan, le long de la frontière pakistano-afghane. Mais les situations au Waziristan et en Iran ne sont pas comparables.

«Au Waziristan, le programme fonctionne parce que c’est un petit nombre de types intelligents qui s’en occupent", m’a dit l’ancien au responsable des Renseignements. «Il est exécuté par des professionnels. La NSA, la CIA et la DIA" — La Defense Intelligence Agency - "travaillent avec les forces spéciales et les services de renseignements pakistanais, et ils traitent avec des méchants."

Il a ajouté : «Nous devons être très prudents en faisant venir des missiles. Nous devons frapper des maisons à certains moments. A quelques centaines de mètres, des gens sur le terrain regardent avec des jumelles et demandent des lieux précis, en latitude et longitude. Nous laissons rôder le Prédateur jusqu’à ce que les cibles entrent dans une maison, et nous devons faire en sorte que nos gars soient assez loin de sorte qu’ils ne soient pas touchés. "

L’une des plus importantes victimes de ce programme, a déclaré l’ancien fonctionnaire, était Abou Laith al-Libi, un haut commandant taliban, qui a été tué le 31 Janvier, soi-disant dans une frappe de missile qui a tué onze autres personnes.

Une dépêche publiée le 26 mars par le Washington Post faisait état de l’augmentation du nombre de frappes réussies contre des Taliban et d’autres groupes d’insurgés dans des zones tribales du Pakistan. Un suivi d’article notait qu’en réponse, les Taliban avaient tué "des dizaines de personnes" soupçonnées de fournir des informations aux États-Unis et à ses alliés sur l’endroit où se trouvaient les dirigeants Taliban. La plupart des victimes étaient supposés être des espions américains, et leur exécution - dans un cas, une décapitation - a été filmée et distribuée sur DVD comme avertissement aux autres.

Il n’est pas simple de reproduire ce programme en Iran. "Tout le monde discute de la liste des cibles de haute valeur", déclare l’ancien haut responsable des Renseignements. "Le gars des Forces Spéciales sont en rogne parce que le bureau de Cheney a établi des priorités pour les catégories de cibles et maintenant il est impatient et fait pression pour obtenir des résultats. Mais il faut beaucoup de temps pour avoir les bonnes personnes en place».

Le consultant du Pentagone m’a dit: "Nous avons eu des résultats merveilleux dans la Corne de l’Afrique avec l’utilisation de substituts et de faux drapeaux – des stratégies de base du contre-espionnage et de la contre-insurrection. Et nous commençons à créer des petits groupes en Afghanistan. Mais la Maison Blanche va tuer le programme si elle les utilise contre l’Iran. C’est une chose que de se livrer à des frappes sélectives et à des assassinats au Waziristan et une toute autre chose en Iran.
La Maison Blanche pense qu’un programme convient partout, mais les questions juridiques concernant les exécutions extrajudiciaires au Waziristan sont moins un problème parce qu’Al-Qaida et les Taliban traversent la frontière pour se rendre en Afghanistan et reviennent souvent traqués par les forces américaines et celles de l’OTAN. La situation n’est pas aussi claire dans le cas iranien. Toutes les considérations - juridiques, stratégiques et politiques - sont différentes en Iran
."

Il a ajouté: «Il existe un énorme opposition dans la communauté des Renseignements à l’idée de mener une guerre secrète en Iran, et d’utiliser les Baluchis et les Ahwazis comme substituts. Les responsables de nos membres des opérations spéciales ont un remarquable courage physique, mais ils sont moins enclins à exprimer leur opposition à la politique. L’Iran n’est pas le Waziristan."

Un sondage Gallup effectué en Novembre dernier et rendu public avant le N.I.E., a révélé que 73% des personnes interrogées pensaient que les États-Unis devraient utiliser l’action économique et diplomatique pour arrêter le programme nucléaire iranien, alors que seuls 18% étaient favorables à une action militaire directe. Les Républicains étaient deux fois plus susceptibles que les Démocrates d’approuver une frappe militaire.

La lassitude de la guerre en Irak a sans aucun doute affecté la tolérance du public pour une attaque contre l’Iran. Cependant, cette disposition pourrait changer rapidement. Le potentiel d’escalade est apparu clairement au début du mois de Janvier, lorsque cinq vedettes de patrouille iraniennes, supposées être sous le commandement de la Garde Révolutionnaire, ont effectué une série d’actions agressives contre trois bateaux de guerre naviguant dans le Détroit d’Ormuz.

Les rapports initiaux sur l’incident rendus public par le bureau de presse du Pentagone déclaraient que les Iraniens avaient menacé, par radio de bateau à bateau, de "faire exploser" les navires américains.

Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, le Président, le jour où il partait pour un voyage de huit jours au Moyen-Orient, a qualifié l’incident de "provocation" et de "dangereux" et il y a eu, très brièvement, un sentiment de crise et d’indignation contre l’Iran.
"A DEUX MINUTES DE LA GUERRE" titrait un journal britannique.

La crise a été rapidement désamorcée par le vice-amiral Kevin Cosgriff, le commandant des forces navales américaines dans la région. Aucun coup de semonce n’a été tiré, a déclaré l’amiral à la presse du Pentagone le 7 janvier, par téléconférence depuis son siège, à Bahreïn.
"Oui, c’est plus grave que nous l’avions pensé, mais, pour mettre les choses dans leur contexte, nous dialoguons régulièrement avec la Garde révolutionnaire iranienne et leur Marine", a déclaré Cosgriff. «Je n’ai pas eu le sentiment d’après les rapports que j’ai reçus qu’il y avait un sentiment de peur face à ces cinq bateaux."

La prudence de l’Amiral Cosgriff était bien fondée: Moins d’une semaine plus tard, le Pentagone a reconnu qu’il n’avait pas pu identifier les bateaux iraniens comme étant la source de la sinistre transmission et les articles de presse ont laissé entendre qu’elle avait plutôt du provenir d’un farceur bien connu pour envoyer de faux messages dans la région.

Néanmoins, l’attitude de Cosgriff a mis en colère Cheney, selon l’ancien haut responsable des Renseignements. Mais l’incident a appris quelque chose : Le public a soutenu l’idée de représailles, et a même demandé pourquoi les Etats-Unis n’en avaient pas fait plus. L’ancien responsable a déclaré que, quelques semaines plus tard, une réunion a eu lieu dans le bureau du Vice-Président. "La question est de savoir comment créer un casus belli entre Téhéran et Washington", a-t-il dit.

En Juin, le Président Bush a fait une visite d’adieu à l’Europe. Il a pris le thé avec la reine Elizabeth II et a dîné avec Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, le Président et la Première Dame de France.

Les affaires sérieuses ont été cachées et ont impliqué une série de réunions sur un nouvel effort diplomatique pour persuader les Iraniens de mettre fin à leur programme d’enrichissement d’uranium. (L’Iran affirme que son programme d’enrichissement est à des fins civiles et est légal au regard du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.)

La Secrétaire d’État Rice a été impliquée dans l’élaboration d’un nouvel ensemble de mesures d’encouragements. Mais l’essentiel de la position de négociation de l’Administration semble être inchangé : il n’y aura pas de discussions tout pendant que l’Iran ne mettra pas fin à son programme.
Les Iraniens ont à maintes reprises et catégoriquement rejeté cette condition, laissant la situation diplomatique dans une impasse, ils n’ont pas encore répondu officiellement aux nouvelles propositions.

La poursuite de l’impasse alarme de nombreux observateurs. Joschka Fischer, l’ancien ministre allemand des Affaires Etrangères, a récemment écrit dans une colonne publiée dans plusieurs journaux qu’il ne serait "peut-être pas possible de geler le programme nucléaire iranien pendant la durée des négociations afin d’éviter un affrontement militaire avant leur fin. Si cette nouvelle tentative échoue, les choses vont bientôt devenir graves. Mortellement graves."

Quand je lui a parlé la semaine dernière, Fischer, qui a de nombreux contacts parmi les Diplomates, a déclaré que la dernière approche européenne comprend un nouvel élément : la volonté des États-Unis et des Européens d’accepter moins qu’un arrêt complet de l’enrichissement comme une étape intermédiaire.

"La proposition dit que les Iraniens doivent cesser la fabrication de nouvelles centrifugeuses et que l’autre partie arrêtera de présenter de nouvelles sanctions devant le Conseil de sécurité des Nations Unies», a dit Fischer, bien que l’Iran devrait tout de même geler ses activités d’enrichissement lorsque les négociations officielles commenceront.

"Cela pourrait être acceptable pour les Iraniens - s’ils font preuve de bonne volonté. La grande question", a ajouté Fischer, "se trouve à Washington.
Je pense que les Américains sont profondément divisés sur la question de ce qu’il faut faire au sujet de l’Iran", a-t-il dit. "Certains responsables sont préoccupés par les retombées d’une attaque militaire et d’autres pensent qu’une attaque est inévitable. Je connais les Européens, mais je ne sais pas du tout jusqu’où iront les Américains sur cette question."

Il y a une autre complication: la politique présidentielle américaine. Barack Obama a dit que, s’il était élu, il commencera des négociations avec l’Iran sans conditions préalables "voués à l’échec" (mais seulement après que soient posées des bases diplomatiques).

Cette position a été vivement critiquée par John McCain. Le Washington Post a récemment cité Randy Scheunemann, le directeur à la sécurité nationale de la campagne de McCain, disant que McCain soutenait la position de la Maison Blanche, et que le programme devait suspendu avant le début des négociations. Ce que propose Obama, dit Scheunemann, "c’est un sommet unilatéral de rigolos".

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