L’Europe après la Seconde Guerre mondiale: Démocraties libres ou satellites des USA?

«Les armées secrètes de l’OTAN – Réseaux Stay Behind, Gladio et Terrorisme en Europe de l’Ouest»

par Henriette Hanke Güttinger pour Horizons et débats

L’étude scientifique de l’historien Daniele Ganser intitulée «Les armées secrètes de l’OTAN – Réseaux Stay Behind, Gladio et terrorisme en Europe de l’Ouest» est parue en 2007 en français1. Dans cet ouvrage brillamment rédigé, Ganser présente les faits de manière nuancée et aisément compréhensible pour le profane. Ce qu’il nous apprend va changer fondamentalement l’historiographie de l’époque de la guerre froide. Ce livre se lit comme un roman.

Ganser montre que de la fin de la Seconde Guerre mondiale à 1990 existaient dans les pays membres de l’OTAN, à côté des troupes ordinaires de l’Alliance, des armées secrètes de l’OTAN (nommées aussi Stay-Behind ou Gladio) qui avaient été mises en place par la CIA et le MI6 britannique.2 Ces armées secrètes de l’OTAN étaient commandées et coordonnées par un bureau de la sécurité secret au sein du quartier général de l’OTAN à Bruxelles. Selon l’ex-président américain Richard Nixon, L’OTAN elle-même était soumise au Pentagone.3
Les représentants des armées secrètes se réunissaient chaque année dans l’une des capitales européennes. «Des représentants de la CIA étaient toujours présents aux réunions des armées stay-behind» se souvient le général Gerardo Serravalle qui avait commandé le Gladio en Italie entre 1971 et 1974.4
Le but de ces armées secrètes était de créer des structures clandestines pour armer l’Europe de l’Ouest contre une invasion soviétique et pour empêcher la prise de pouvoir des communistes dans les pays européens.5 La CIA et le MI6 financèrent la constitution et le fonctionnement de ces troupes de guérilla clandestines, ils les entraînèrent et aménagèrent des caches secrètes remplies d’armes et d’explosifs.
Ganser décrit les activités6 des armées secrètes de l’OTAN en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Italie, en France, en Espagne, au Portugal, en Belgique, aux Pays Bas, au Luxembourg, au Danemark, en Norvège, en Allemagne, en Grèce7 et en Turquie. Dans ces pays, il n’y avait que quelques représentants politiques bien choisis qui étaient informés de l’existence de ces armées secrètes. De manière générale, les parlementaires élus par le peuple ne se doutaient de rien. Ainsi ces armées de l’OTAN opéraient en dehors de tout contrôle démocratique.

Field Manual 30-31B

Selon un document de l’état-major américain (Field Manuel 30-31B)8 les armées secrètes de l’OTAN avaient entre autres aussi la mission d’empêcher ou d’éliminer des gouvernements qui ne convenaient pas aux Etats-Unis. En 1961, elles planifièrent, mais sans succès, un putsch contre le gouvernement de Gaulle. En 1967, elles renversèrent en Grèce le gouvernement Papandréou et y installèrent une junte militaire des plus brutales. En Turquie, elles participèrent aux putschs militaires de 1960, de 1971 et à celui du général Evren de 1980.

Opérations sous fausse bannière

Dans le Field Manual 30-31B sont décrites des «opérations sous fausse bannière»9. Il s’agit d’attentats terroristes initiés ou perpétrés par des services secrets ou les armées clandestines de l’OTAN et qui ont ensuite été imputés aux communistes ou aux socialistes. Dans certains pays membre de l’OTAN, on a, selon Ganser, eu recours à ce concept secret: «Cette lutte contre l’ennemi intérieur faisait partie du concept dans certains pays. Elle faisait partie de la «stratégie de la tension» et reposait sur le terrorisme. C’est sans doute en Italie et en Turquie10 que cette stratégie quasi diabolique fut appliquée avec le plus de succès, à l’aide d’attentats à la bombe et de massacres contre la population que l’on attribua ensuite à l’adversaire politique, c’est-à-dire à la gauche.»11

La guerre secrète en Italie

Ganser décrit minutieusement comment les USA ont massivement influencé la politique en Italie entre 1945 et 1993. La CIA, les services de renseignements italiens, l’armée secrète italienne de l’OTAN (Gladio) ainsi que des terroristes d’extrême droite ont mené une guerre secrète contre les communistes italiens (PCI) et les socialistes (PSI). D’une part, les campagnes électorales des démocrates chrétiens (DCI) contre la gauche italienne ont été soutenues par les USA à coups de millions de dollars. D’autre part, ces organismes ont perpétré des attentats terroristes sanglants. Juste avant Noël 1969, quatre bombes éclatèrent sur des places très animées à Rome et Milan où 16 personnes trouvèrent la mort. On attribua ce crime aux communistes. En 1972, une voiture piégée explosa près du village italien de Peteano et tua trois carabinieri. Deux jours plus tard, la police reçut un renseignement anonyme selon lequel les Brigades rouges étaient les auteurs de ce crime. En 1974, une bombe explosa au milieu d’une manifestation antifasciste: elle fit 8 morts et 102 blessés.
En août 1974, une autre bombe explosa dans l’Italicus Express qui faisait le trajet Rome-Munich. Il y eut 12 morts et 48 blessés. Le 2 août 1980, un attentat à la bombe tua 85 personnes et en blessa 200 à la gare de Bologne. Les médias et les autorités politiques déclarèrent que les auteurs étaient les Brigades Rouges.

Aldo Moro, une victime du Gladio?

Le 16 mars 1978, Aldo Moro fut capturé sur le trajet entre sa maison et le Parlement et retenu en otage dans le centre de Rome pendant 55 jours. Puis on découvrit son corps criblé de balles dans le coffre d’une voiture abandonnée dans le centre de Rome. L’Italie était sous le choc. Les services secrets militaires et le Premier ministre d’alors, Giulio Andreotti, accusèrent l’organisation terroriste d’extrême gauche des Brigades Rouges et prirent des mesures énergiques contre la gauche. Celle-ci perdit par la suite beaucoup de sympathies dans le monde occidental.
Ganser a récolté un grand nombre d’indices concernant l’affaire Aldo Moro qui indiquent que ce fut une «opération sous fausse bannière» exécutée par Gladio. Suite à ses très bons résultats aux élections, Aldo Moro tenta, dès 1972, d’associer la gauche italienne au gouvernement. En 1974, Moro, ministre des Affaires étrangères, et le Premier ministre Giovanni Leone se rendirent à Washington pour discuter avec les Américains de leur projet d’associer le PCI et le PSI au gouvernement.
A son retour en Italie, Moro fut malade plusieurs jours et envisagea de se retirer complètement de la vie politique. «C’est l’une des rares fois où mon mari me fit part de ce qu’on lui avait dit, sans toutefois me dire de qui cela provenait», témoigna plus tard sa femme Eleonora Moro.12
Lors des élections législatives de juin 1976, le PCI réalisa le meilleur score de son histoire, 34,4%, infligeant une cinglante défaite à la DCI. Aldo Moro, président par intérim de la DCI, se décida à passer outre à l’interdiction formulée par les Américains. Le 16 mars 1978, emportant dans son attaché-case les documents à son projet d’associer les communistes au gouvernement, il ordonna à son chauffeur de le conduire, en compagnie de ses gardes du corps, au Parlement où il était résolu à présenter son programme intégrant les communistes à l’exécutif. C’est pendant ce trajet que sa voiture fut arrêtée et qu’il fut capturé.

Et John F. Kennedy?

Dans l’ouvrage de Ganser se trouvent aussi quelques développements intéressants sur la politique de John F. Kennedy face à l’Italie. Contrairement à ses prédécesseurs Truman et Eisenhower, Kennedy toléra la participation des socialistes italiens (PSI) au gouvernement conformément à leurs succès électoraux. En juillet 1963, il se rendit à Rome et invita à cette occasion Pietro Nenni, le chef des socialistes italiens, à lui rendre visite aux Etats-Unis. En novembre 1963, le président Kennedy fut assassiné à Dallas, au Texas, dans des circonstances troubles. Cinq mois plus tard, la CIA, l’armée secrète Gladio et les carabiniers déclenchèrent un coup d’Etat qui força les socialistes à renoncer à leurs ministères.

Les raisons de ce terrorisme

En 1984, l’homme de droite Vinciguerra, qui avait exécuté l’attentat de Peteano, révéla devant la justice l’existence de Gladio, l’armée secrète italienne de l’OTAN. Il déclara que Gladio avait participé à des attentats qui avaient ensuite été attribués aux Brigades Rouges. Gladio avait été chargée par les Etats-Unis d’empêcher que la gauche n’accède au pouvoir en Italie. Cette organisation était soutenue par les services secrets officiels ainsi que par les forces politiques et militaires.
En 2000, la commission du Parlement italien chargée d’enquêter sur Gladio et sur les attentats perpétrés dans le pays conclut: «Ces tueries, ces bombes, ces opérations militaires ont été organisées, encouragées ou soutenues par des personnes travaillant pour les institutions italiennes et, comme cela a été découvert plus récemment, par des individus liés aux structures du renseignement américain».13

La guerre secrète en Turquie

La Turquie avait et a toujours une importance particulière pour les intérêts géopolitiques des USA.14 Pendant la guerre froide, elle avait des frontières communes avec les pays du Pacte de Varsovie, notamment avec la Russie. L’OTAN installa donc du matériel de pointe dans le pays qui servit dès lors aux USA de poste d’écoute. Mais la Turquie servit aussi de base arrière pour les opérations menées par les USA et l’OTAN dans les pays pétroliers du Moyen-Orient et dans les républiques du Caucase, notamment lors de la guerre du Golfe de 1991.15
Pour constituer en Turquie une armée stay-behind anticommuniste, communément appelée contre-guérilla, les USA16 utilisèrent la mouvance dominante, mais violente du panturquisme17, où le colonel Alparsan Türks, officier proche de l’extrême droite et admirateur de Hitler, joua un rôle central.18 La contre-guérilla fut responsable de trois coups d’Etat sanglants contre des gouvernements trucs légitimement élus ainsi que du massacre de Kizildere (1972), du terrible massacre d’Istanbul (1er mai 1977), du massacre de Bahcelivler (1978). L’attentat contre le pape Jean Paul II est également à mettre sur le compte de la contre-guérilla. Les escadrons de la mort de cette armée secrète turque de l’OTAN jouèrent aussi un rôle sinistre lors de la répression sanglante des Kurdes turcs.

Des liens avec les pays neutres

Lors de ses recherches, Ganser a constaté qu’il existait dans quatre pays neutres (Finlande, Autriche, Suède, Suisse) des armées secrètes ayant des liens indirects avec l’OTAN. L’auteur a également écrit sur ce sujet.19

L’Europe, colonie américaine

Lorsqu’on apprit, après 1990, que des armées secrètes étaient à l’œuvre dans tous les pays européens, le scandale fut grand. Bien que dans tous les parlements des voix demandaient que l’on fasse la lumière sur ce sombre chapitre, seules la Belgique, l’Italie et la Suisse mirent sur pied des commissions d’enquête dont les résultats furent rendus publics. Tous les autres pays, et également l’UE, pratiquèrent le mensonge et la dissimulation. Ils ne reconnurent que ce qui pouvait être prouvé. Ganser se heurta à un même mur du silence lors de son enquête sur les armées secrètes de l’OTAN en Europe. On ne mit à sa disposition que les documents officiels. L’OTAN et le MI6 lui refusèrent l’accès à leurs archives. Il s’agit là d’un fait choquant. Des opérations des services secrets (meurtres, massacres, coups d’Etat et attentats terroristes) menées dans des démocraties européennes ne peuvent pas être élucidées parce que l’OTAN et le MI6 refusent d’ouvrir leurs archives, si bien que Ganser ne put enquêter que sur la partie visible de l’iceberg. Ce qu’il a révélé est sinistre et pose la question de savoir dans quelle mesure les Etats européens sont souverains.20 Les démocraties sont des farces et les représentants du peuple des marionnettes qui ignorent tout des opérations secrètes menées dans leurs pays depuis 1945.

Politique de souveraineté limitée

Les recherches concernant les armées secrètes de l’OTAN21 partent de l’idée que les services secrets des pays membres de l’OTAN ont dû, lors de leur adhésion, s’engager à empêcher que les communistes prennent le pouvoir dans leurs pays. Cela représente une immixtion dans les affaires intérieures de ces pays. En 1966, quand de Gaulle décida de se retirer du commandement conjoint de l’OTAN, il dénonça ce procédé comme une atteinte à la souveraineté nationale.22
En 1967, des journalistes norvégiens publièrent un document interne ultrasecret et non-daté de l’OTAN qui était signé par le général américain J. P. McConnel, vice-commandant des forces américaines en Europe. Ce document prouvait que les Etats-Unis étaient prêts à intervenir en Europe occidentale si leurs intérêts dans la région étaient mis en cause: «En cas de troubles intérieurs susceptibles d’entraver la mission des troupes américaines, tels qu’une insurrection militaire ou un vaste soulèvement populaire contre le gouvernement du pays hôte, [l’armée américaine] doit tout mettre en œuvre pour enrayer ces troubles en utilisant ses propres ressources.»23

Conséquences pour la recherche historique

Vu les crimes que la recherche sur les armées secrètes de l’OTAN a déjà pu prouver jusqu’à présent, les hommes politiques et les historiens devraient exiger de leurs parlements que les archives secrètes des pays membres de l’OTAN soient mises à la disposition de la recherche historique dès maintenant. L’histoire de la guerre froide va devoir être réécrite. Alors qu’à la suite de 1989, l’ouverture des archives a mis au jour l’histoire de la politique extérieure et intérieure de l’Union soviétique24, une grande partie des populations de l’Occident s’imagine toujours que les Etats-Unis ont restauré la liberté en Europe en 1945. Les historiens devront montrer que ce n’est malheureusement pas le cas.


1     Les recherches de Ganser ont été publiées en anglais en 2005 (NATO’s Secret Armies –Operation Gladio and Terrorism in Western Europe) et en allemand en 2008 (Nato Geheimarmeen in Europa – Inszenierter Terror und verdeckte Kriegsführung).
2     Dans beaucoup de ces pays, les Américains recrutèrent des partisans de l’extrême droite pour former les réseaux Stay-Behind de l’OTAN. C’est ainsi que l’officier SS et responsable de la Gestapo Klaus Barbie, le «Boucher de Lyon», avait été recruté en 1947 par le CIC (Counter Intelligence Corps) américain qui l’avait ensuite aidé à échapper aux poursuites pour crimes de guerre (Procès de Nuremberg) avant d’organiser sa fuite d’Europe vers l’Argentine en 1951. De même Reinhard Gehlen, un des généraux de Hitler et d’autres nazis ont été recrutés pour Gladio par les Américains. Cf. «La guerre secrète en Allemagne» in: Ganser, OTAN, p. 261-290.
3    «Le seul organisme international qui ait jamais fonctionné, c’est l’OTAN, tout simplement parce qu’il s’agit d’une alliance militaire et que nous étions aux commandes». Citation du Président Nixon dans: Ganser, OTAN, p. 56.
4    Citation de Serravalle in: Ganser, OTAN, p. 59.
5     Le National Security Council (NSC) adopta en 1947 sa directive 4-A qui ordonnait à la CIA d’entreprendre une large série d’actions clandestines destinées à écarter le risque d’une victoire des communistes lors des élections italiennes imminentes.
La directive NSC 10/2 de 1948 autorisa la CIA à effectuer des missions clandestines dans tous les pays du monde et la mise en place d’armées anticommunistes secrètes du réseau Gladio en Europe de l’Ouest. Cf. Ganser, OTAN, p. 89-91.
6     Ganser les qualifie de guerres secrètes.
7     La Grèce était une base importante pour les USA. Le quartier général de la CIA d’Athènes devint, selon Ganser, «la base arrière des activités de la CIA dans la péninsule balkanique et au Moyen-Orient, jusqu’en Iran.» cf. Ganser, OTAN, p. 298.
8    Document de l’état-major américain de 1970 (signé par Westmoreland): «Ce Field Manual 30-31B est un document explosif découvert en Italie. Il concerne non seulement les armées secrètes mais fondamentalement la collaboration des services secrets américains avec ceux des autres pays et les opérations anticommunistes secrètes. On y trouve décrites les «false flag operations», fausses attaques terroristes destinées à persuader la population du danger communiste. (Ganser, Basler Zeitung du 16/12/2004)
9    en anglais: «false flag operation»
10    cf. Ganser, OTAN, p. 310
11    Ganser in: Basler Zeitung du 16/12/04
12    Eleonora Moro. In: Ganser, OTAN, p. 121
13    Ganser, OTAN, p. 39/40
14     Zbigniew Brzezinski considérait la Turquie comme l’un des cinq «pivots géopolitiques cruciaux» sur la nouvelle carte politique de l’Eurasie. Cf. Zbigniew Brzezinski, Le Grand Echiquier – L’Amérique et le reste du monde, Paris, 1997, p. 69.
15     Ganser, OTAN, p. 308.
16     Pour illustrer l’influence des Etats-Unis en Turquie, Ganser cite le directeur adjoint des Services secrets turcs (MIT) Sabahattin Savasman: «Il existe au sein de la CIA un groupe d’une vingtaine d’agents au moins qui collaborent avec le MIT et agissent dans les plus hautes instances du service. Ils contrôlent le partage des informations aussi bien que la coopération lors des opérations conjointes menées en Turquie et à l’étranger. Notre service collabore avec la CIA depuis les années 1950 […] tous les équipements technologiques que nous utilisons nous ont été fournis par la CIA. Bon nombre de nos employés ont été formés à l’étranger par la CIA. Le quartier général du MIT a été construit par la CIA.» «Tout l’équipement destiné aux interrogatoires [= instruments de torture], des appareils les plus simples aux plus sophistiqués, provient de la CIA. Je le sais pour l’avoir moi-même utilisé. Le coût des opérations en Turquie et à l’étranger était couvert par le budget de la CIA».
A titre d’exemple d’opération commune du MIT et de la CIA, Savasman mentionne aussi l’agent du MIT Hiram Abas. «Abas avait pris part à des opérations menées conjointement avec la CIA au Liban, opérations dont il avait tiré des revenus
considérables et qui consistaient à prendre pour cible des jeunes gauchistes dans les camps de réfugiés palestiniens. Il recevait en outre des primes pour ses bons résultats sur le terrain». Savasman cité dans: Ganser, OTAN, p. 316.
17    Les représentants du panturquisme croient à la supériorité de la race et de la nation turques. Ils aspirent à l’unification des peuples turcs, de la Chine occidentale à l’Espagne. Cf. Ganser, OTAN, p. 312.
18    Ganser, OTAN, p. 309.
19    Daniele Ganser, The British Secret Service in
Neutral Switzerland: An Unfinished Debate on Nato’s Cold War Stay Behind Armies, in: Intelligence and National Security, décembre 2005,
volume 20, numéro 4, pp. 553–580.
20    En mars 2001, le général Giandelio Maletti, ancien patron du contre-espionnage italien, exprima rétrospectivement des regrets: «L’Italie a été traitée comme une sorte de protectorat. J’ai honte à l’idée que nous soyons toujours soumis à un contrôle
spécial.» Maletti cité dans: Ganser, OTAN, p. 29.
21    Ganser, OTAN, pp. 55–58.
22    Ganser, OTAN, p. 58.
23    Supplement No 3 to the documents of the Civil
Affairs Oplan No 100-1. Cité dans Ganser, OTAN, p. 254.
24    Cf. Stéphane Courtois et al., Le livre noir du communisme – crimes, terreur, répression. Paris 1997. Wladimir Bukovski, Abrechnung mit Moskau – Das sowjetische Unrechtsregime und die Schuld des Westens, Bergisch Gladbach 1996. Christopher Andrew, Wassili Mitrochin, Das Schwarzbuch des KGB – Moskaus Kampf gegen den Westen, Berlin 1999.
25    Armée secrète de l’OTAN financée par la CIA.
26    Dénomination turque de l’armée secrète de l’OTAN en Turquie.
27    Cf. Peter Ziegler, Zeiten Menschen Kulturen, Zurich, 1985, p. 63
28    Supplement No 3 to the documents of the Civil, Affairs Oplan No 100-1. Cité dans Ganser, OTAN, p. 254.


Chronologie (de 1940 à 2001)
D. Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN,
pp. 339–343.
Bibliographie sélective
D. Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN,
pp. 389–390.

 


La guerre secrète en Turquie: Le coup d’Etat militaire de 1980

Le général Evren tint son engagement. Il s’empara du pouvoir lors du coup d’Etat du 12 septembre 1980 pendant que la Force mobile de l’OTAN effectuait un exercice Anviel Express. Au cours de son procès, un activiste d’extrême droite prétendit plus tard que les massacres et les attentats perpétrés dans les années 1970 avaient fait partie d’une stratégie visant à permettre l’accession au pouvoir d’Evren et de la droite militaire: «Les massacres étaient une provocation du MIT, qui avec celle de la CIA ont préparé le terrain pour le coup du 12 septembre.» On découvrit par la suite qu’au moment du putsch, le général Evren avait dirigé le Département des opérations spéciales et commandait à présent l’armée secrète contre-guérilla. Quand celui-ci troqua sa tenue de camouflage contre un costume cravate et se proclama Président de la République, tous les attentats terroristes cessèrent soudainement.
Le président américain Jimmy Carter était à l’opéra lorsque survint le coup d’Etat en Turquie. Dès qu’il apprit la nouvelle, il appela Paul Henze, l’ancien chef de station qui avait quitté Ankara juste avant le putsch pour devenir conseiller à la sécurité auprès du Président à Washington, au département Turquie de la CIA. Au téléphone, Carter lui annonça ce qu’il savait déjà: «Vos gars viennent de réaliser un coup d’Etat!» Carter avait vu juste. Le lendemain du putsch, Henze déclara triomphalement à ses collègues de la CIA: «Nos gars l’ont fait!»

Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN,
pp. 325/26.

Le «Boucher de Lyon», un protégé des USA

Erhard Dabringhaus, qui collabora avec le CIC américain en Allemagne en 1948 et 1949, a déclaré dans un documentaire consacré à Gladio avoir lui-même participé au recrutement d’anciens nazis, quoiqu’il désapprouvât fortement cette pratique. «En 1948, j’étais un agent spécial du CIC, notre service de contre-espionnage dans l’Allemagne occupée. J’étais stationné à Augsburg et étant donné que je parlais couramment la langue, on m’a confié la direction d’un réseau d’informateurs allemands dont faisait partie Klaus Barbie et Klaus Barbie était, euh … j’ai découvert plus tard qu’il était recherché pour meurtre par les Français et j’en ai fait part à mes supérieurs qui m’ont répondu de ne pas faire de vagues: «Il nous est toujours utile pour l’instant. Dès qu’on n’aura plus rien à en tirer, on le livrera aux Français.» Je pensais que je mériterais une promotion pour leur avoir parlé de Barbie et ils m’ont simplement dit de la boucler!»

Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN,
pp. 264/65.

La guerre froide en Europe

La doctrine de Brejnev pour les Etats du Pacte de Varsovie

«Nous ne pouvons pas admettre que des forces étrangères détournent leur pays de la voie du socialisme et menacent de détacher la Tchécoslovaquie de la communauté socialiste.»27 En intervenant dans les affaires intérieures des pays socialistes, les Soviétiques ont limité leur souveraineté.

La doctrine de Brejnev de Washington pour l’Europe occidentale

Concernant les pays membres de l’OTAN, les Etats-Unis ont déclaré ce qui suit:
«En cas de troubles intérieurs susceptibles d’entraver la mission des troupes américaines, tels qu’une insurrection militaire ou un vaste soulèvement populaire contre le gouvernement du pays hôte, [l’armée américaine] doit tout mettre en œuvre pour enrayer ces troubles en utilisant ses propres res­sources.»28

Créer un climat de tension

Exemple type d’une opération visant à créer un climat de tension: le 6 septembre 1955, des agents du réseau stay-behind turc25 lancèrent une bombe dans une maison de Thessalonique qui abritait un musée consacré à Mustafa Kemal et revêtait à ce titre une importance particulière aux yeux des Turcs. Les agents ne laissèrent quasiment aucun indice et accusèrent la police grecque d’avoir commis l’attentat. Cette opération de terrorisme sous fausse bannière fonctionna parfaitement et le gouvernement et la presse turque attribuèrent aux Grecs la responsabilité de l’attentat. Rapidement, les 6 et 7 septembre 1955, des mouvements fanatiques turcs galvanisés par la contre-guérilla26 détruisirent des centaines de maisons et de locaux d’entreprises grecques à Istanbul et Izmir, tuant 126 ressortissants Grecs, en blessant 32 et violant au passage environ 200 femmes grecques.

Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN,
p. 310.

Souveraineté limitée pour la Grèce

A l’été 1964, le Président Johnson convoqua l’ambassadeur de Grèce Alexandre Matsas à la Maison Blanche et lui dit que les problèmes de Chypre devaient être résolus par la partition de l’île en deux zones, l’une grecque, l’autre turque. Matsas refusa, provoquant la fureur de Johnson: «Ecoutez-moi bien, M. l’Ambassadeur. Je me fous de votre Parlement et de votre Constitution. L’Amérique est un éléphant. Chypre est une puce. La Grèce est une puce. Si ces deux puces continuent de chatouiller l’éléphant, il pourrait bien les écraser d’un coup de trompe, et pour de bon!» Comme le soulignait Johnson, le gouvernement grec devait se conformer aux ordres de la Maison Blanche. «Les Grecs profitent largement des dollars américains, M. l’Ambassadeur. Si votre Premier ministre continue à me parler de Démocratie, de Parlement et de Constitution, il se pourrait bien que lui, son Parlement et sa Constitution n’en aient plus pour très longtemps.»
Quand Matsas, outré, tenta de protester: «Je ne peux tolérer de telles manières», Johnson continua: «N’oubliez pas de répéter à votre vieux Papa-je-ne-sais-plus-quoi ce que je viens de vous dire. N’oubliez pas de lui dire, vous m’entendez?», sur quoi Matsas câbla la conversation au Premier ministre George Papandréou. Quand la NSA intercepta le message, le téléphone de Matsas sonna. C’était le Président John­son: «Vous cherchez les ennuis, M. l’Ambassadeur? Vous voulez vraiment que je me mette en rogne? Il s’agissait d’une conversation privée. Vous n’étiez pas censé répéter les termes que j’ai employés devant vous. Faites attention.» Clic. Fin de la communication.

Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN,
pp. 300/01.

Rumsfeld à propos des élections de 2006 : « pour corriger çà. . . il faut un attentat »

Rumsfeld

L’exploration en cours des documents relatifs au programme des « multiplicateurs de la force du message » [1] du Pentagone a permis de mettre au jour un extrait dans lequel Donald Rumsfeld, l’ancien ministre de la Défense, suggère que l’Amérique, ayant voté le retour des Démocrates au pouvoir au Congrès, pourrait bénéficier de la perpétration d’un nouvel attentat terroriste. Rumsfeld s’exprimait en présence de ces mêmes analystes militaires qui continuent à fournir leurs commentaires et analyses sur la guerre en Irak.

Comme l’a documenté le site Internet Newsvine, tout s’est déroulé lors du déjeuner d’adieu donné par Rumsfeld en l’honneur de ces analystes, le 12 décembre 2006. De nombreux « multiplicateurs de la force du message » cités dans l’article original du New York Times étaient présents, notamment David L. Grange, Donald W. Sheppard, James Marques, Rick Francona, Wayne Downing, et Robert H. Scales Jr. Ils ont été gratifiés d’une conversation extraordinaire avec Rumsfeld (Newsvine en a sélectionné quelques passages, un extrait audio d’une heure peut être écouté en anglais ici), qui comporte de nombreux moments ahurissants, comme quand ce dernier admet que les Etats-Unis « ne peuvent perdre militairement, mais . . . ne peuvent gagner par des moyens uniquement militaires » en Irak, avalisant le fait que l’Iraq pourrait utiliser un dictateur du genre de Syngman Rhee (parce que c’est cela l’odeur de la démocratie !), et comme le passage très long où Rumsfeld offre en plaisantant une bouteille de champagne à quiconque sera capable de tuer Moqtada Al Sadr. Soyez sûr que vous ne verrez pas beaucoup de gens plaisanter sur Al Sadr ces temps-ci !

Mais le plus extraordinaire dans ce déjeuner est de loin l’antipathie affichée par l’assemblée envers le peuple américain qui a osé voter le retour au pouvoir des Démocrates. Alors que le lieutenant-général Michael DeLong déplore le manque d’« écoute favorable » à Capitol Hill, Rumsfeld avance le manque de « maturité » des Américains « à reconnaître la gravité du danger ». Que faire ? Selon Rumsfeld : « A mon avis, le correctif de ceci, c’est [un autre] attentat. »

Delong : Politiquement, quels sont les défis ? Parce que vous n’aurez pas beaucoup d’écoute favorable là-haut tant qu’[un attentat] ne se produira pas.

Rumsfeld : C’est exactement ce que j’allais dire. Le président est plutôt victime de son succès. Nous n’avons pas eu un attentat en cinq ans. La perception d’une menace est si faible dans cette société qu’il n’est pas surprenant que les comportements reflètent une faible évaluation du danger. C’est la même chose en Europe, l’impression de danger est imperceptible. A mon avis, le correctif de ceci, c’est un attentat. Et quand cela arrive, tout le monde est alors regonflé pour un autre [inaudible] et c’est dommage que nous n’ayons pas la maturité pour reconnaître la gravité du péril . . . son caractère meurtrier, le carnage, qui peut être infligé à notre société est si réel et si présent et si grave, qu’on pourrait penser que nous serions capables de le comprendre, mais en tant que société, plus on s’éloigne du 11/9, moins… moins…

Il y a moins d’une semaine, le ministère de la Défense s’est délesté de documents relatifs à son programme d’utilisation des analystes militaires retraités comme représentants sur les chaînes d’information hertziennes et câblées pour épouser la ligne de l’Administration sur la guerre en Irak - une méthode dont nous savons à présent qu’ils l’ont utilisée au moins 4.500 fois. Sur TalkingPointsMemo, un fil de discussion a été ouvert pour ceux qui veulent parcourir cette documentation et mettre en évidence les principales découvertes.

Jusqu’ici, les lecteurs consciencieux de TalkingPointsMemo ont fait un certain nombre de trouvailles remarquables parmi lesquelles l’enregistrement audio de ce déjeuner est peut-être la plus stupéfiante.

Original : http://www.huffingtonpost.com/…101537.html


Note de traduction :

[1] Les « multiplicateurs de la force du message » sont des analystes militaires retraités qui font de la désinformation médiatique sur la guerre en Irak, à l’aide d’analyses et de commentaires très orientés, destinés à renforcer les vues du Pentagone.

[2] Syngman Rhee a été un dictateur autoritaire soutenu par les Etats-Unis qui a dirigé la Corée du Sud après la seconde guerre mondiale jusqu’en 1960.

Exercices militaires aux USA du 5 au 13 mai 2008

L’article qui suit a été publié dans le Seattle Times. On remarquera la neutralité du ton employé et la correction du journaliste vis-à-vis des tenants des thèses alternatives sur le 11 Septembre. La presse semble progresser plus vite aux Etats-unis qu’en France…


8 jours de simulations d’attentats terroristes par le gouvernement fédéral pour tester la capacité de réaction à un désastre.

Le 5 mai 2008, Par Haley Edwards
Journaliste au Seattle Times

Le ministère de la Sécurité Intérieure commence aujourd’hui un exercice militaire de capacité de réaction à un désastre, testant entre autres comment les agences fédérales, les Etats et le gouverment local répondraient à une attaque terroriste à grande échelle à Seattle.

C’est bon pour la capacité de réaction du gouvernement, affirme Robert Harper, porte-parole pour la division de la gestion des secours de l’Etat de Washington [au nord-ouest des USA].

Mais des dizaines de militants locaux ne sont pas d’accord. Ils pensent que le gouvernement fédéral a, par le passé, utilisé de tels exercices militaires pour manipuler la politique publique, comme le dit Bob Dennis, un membre de We are Change Seattle, un groupe de militants locaux.
Cet exercice, une des plus importantes simulations jamais organisée dans le Nord-Ouest des Etats-Unis consiste en trois événements fictifs dans les Etats de Washington et d’Oregon.

La première est une simulation d’attentat terroriste dans le centre ville de Seattle aujourd’hui. La deuxième est la diffusion de produits chimiques toxiques le 5 mai à l’entrepôt de produits chimiques Umatilla en Oregon. Et la troisième est l’explosion d’un camion citerne transportant des produits chimiques dans le comté de Whatcom le 6 mai.

Soldats, officiers et agents gouvernementaux ne seront pas présents dans le centre ville de Seattle, a dit le sergent-chef David Largent, porte-parole du département militaire de Washington à Fort Murray.

A leur place, environ 100 “acteurs” et des centaines d’agents fédéraux se réuniront dans une zone urbaine d’entraînement à Fort Lewis (Leschi Town), où ils mettront en place un centre fictif de décontamination et de triage, a-t-il dit.

Dennis qui est également membre du mouvement national pour la vérité sur le 11/9, a expliqué que de nombreuses personnes craignent que le gouvernement fédéral utilise ces exercices pour mettre en scène un véritable attentat sur le sol américain. « Alors il serait attribué à l’Iran par exemple, et servirait de justification pour entrer en guerre.“

Linda Boyd, directrice de l’Eastside Fellowship of Reconciliation, un groupe de militants pour la paix de Bellevue, a dit que la méfiance envers l’administration Bush a donné des ailes à ces théories.

Un sondage de 2006 mené par Zogby International a indiqué que 42% des Américains croient que la Commission du 11/9, qui était chargée d’enquêter sur les événements du 11 Septembre, “a dissimulé ou refusé d’enquêter sur des preuves cruciales” de ce qui s’est passé ce jour-là.

Des centaines de blogueurs ont annoncé que qu’un exercice préventif contre une attaque terroriste, comme celui de cette semaine à Seattle, se déroulait à New York juste avant les attentats du 11 Septembre, et à Londres juste avant les attentats du 7 Juillet.

Bien que des membres de la FEMA étaient présents à New York les 10 et 11 septembre 2001, la Commission du 11/9 n’a pas, selon le rapport officiel publié par cette Commission, trouvé d’éléments prouvant que la FEMA ait été impliquée de quelque sorte que ce soit dans les attentats. Le rapport ne conclut à aucune responsabilité de la part d’officiels dans les attaques.

Harper a dit que la Division de Gestion des Secours a été contactée par des personnes qui s’inquiètent que l’exercicie tel qu’il l’a été décrit publiquement n’est qu’une partie de l’histoire qui en cacherait bien plus.

“Nous avons reçu quelques appels de particuliers au sujet de ces manoeuvres” a t-il raconté. “Mais leurs préoccupations sont infondées. Un exercice est en train de se dérouler. Est-ce que cela fait partie d’un plan de politique étrangère ? Non. Est-ce que cela va offrir une opportunité à des terroristes de frapper? Non. C’est l’occasion de s’entraîner avec les agences fédérales qui nous aideraient dans le cas d’un événement catastrophique. C’est tout.”

L’armée des Etats-Unis, la Garde Nationale de Washington, le Commandement de la Défense Aérospatiale, le Commandement de la région Nord-Ouest, la FEMA, la division de gestion des secours de Washington, l’Administration locale ainsi que les des pompiers, la police et le Sheriff locaux participeront tous à l’exercice.

Source : http://seattletimes.nwsource.com/ … ll01m.html

Des officiels de haut rang mettent en garde contre une terreur fabriquée

Un nouvel article sur la terreur fabriquée repris et traduit du George Washington Blog


Un certain nombre d’officiels de haut rang en poste ou à la retraite ont récemment averti que l’Administration Bush essayait d’instaurer une dictature aux Etats-Unis, et que, pour la mettre en place, elle organisera elle-même une fausse attaque terroriste.

Contexte

Des agents du FBI, le Time Magazine, Keith Olbermann et The Washington Post ainsi que la revue Rolling Stone ont tous affirmé que l’Administration a diffusé des alertes terroristes sur la base de renseignements très insuffisants dans la but de rallier la population autour du drapeau quand le gouvernement était bas dans les sondages. Cela suppose -pour commencer- que l’Administration n’hésite pas prendre des libertés avec les faits afin de distiller la peur à des fins politiques.

L’ancien et influent membre républicain du congrès Bob Barr va plus loin en affirmant que les Etats-Unis sont proches de devenir une société totalitaire et que l’Administration Bush utilise la peur afin de s’assurer que cela se produise.

Le général Tommy Franks a déclaré que si une autre attaque terroriste se produisait aux Etats-Unis, « la constitution sera probablement abandonnée pour une forme militaire de gouvernement ».

L’actuel membre du congrès Ron Paul a affirmé que le gouvernement « est déterminé à instaurer la loi martiale » et que ce dernier espère que le peuple soit « suffisamment craintif pour accepter le secours du “chevalier blanc” ».

Et Daniel Ellsberg, le célèbre dénonciateur des « Papiers du Pentagone » a dit que « s’il y a un autre attentat terroriste, « je crois que le président obtiendra ce qu’il veut », et cela inclut une dictature.

Des citoyens des Etats-Unis victimes de terrorisme par le gouvernement américain?

Mais le gouvernement tuerait-il réellement ses propres concitoyens pour distiller suffisamment de peur et obtenir ce qu’il veut? Lisez ce que de brillantes personnalités disent à ce sujet et jugez par vous-mêmes.

L’ancien analyste de la CIA Ray McGovern qui, pendant 27 ans, a préparé et présenté les rapports présidentiels quotidiens et a officié en tant qu’ analyste de haut niveau pour plusieurs présidents, a affirmé que s’il y avait un autre attentat d’ampleur aux Etats-Unis, cela mènerait à la loi martiale. Il a continué :

Nous devons être attentifs. Si quelqu’un fait ce genre de provocation sous la forme d’explosions énormes et violentes, nous ne devons pas croire sur parole les maîtres à Washington quand ils disent que c’est un acte terroriste parce que cela pourrait aussi bien être une provocation leur permettant… d’obtenir ce qu’ils veulent

L’ancien analyste de la CIA croit le gouvernement capable de jouer avec les alertes terroristes et même les attentats eux-mêmes de manière à rassembler la population derrière l’étendard.

L’ancien secrétaire adjoint du Trésor au sein de l’administration Reagan, Paul Craig Roberts, appelé le « père de l’économie Reagan » , qui est un ancien rédacteur et éditorialiste du Wall Street Journal, du Business Week et du Scripps Howard News Service, a dit :

« Demandez-vous si un gouvernement qui nous a menti pour nous plonger dans deux guerres, et qui continue à nous mentir pour attaquer l’Iran, hésiterait à orchestrer des attaques “terroristes” pour supprimer toute opposition à son programme ?». Il ajoute :

Si l’administration Bush veut poursuivre ses guerres au Moyen-Orient et asseoir la primauté du pouvoir exécutif aux États-Unis, elle devra organiser des opérations sous fausse bannière qui terroriseront et enrageront le peuple américain au point de lui faire accepter la déclaration d’état “d’urgence nationale” de Bush et le retour de l’enrôlement militaire obligatoire, la conscription. Une autre solution serait pour l’administration Bush de simplement laisser se produire un véritable attentat terroriste sans s’y opposer.

Une série d’attentats, orchestrés ou permis, serait présentée par les médias alignés comme la légitimation de la politique islamophobe des néo-conservateurs, dont l’intention est de détruire tous les gouvernements du Moyen-Orient qui ne sont pas des États marionnettes contrôlés par les Américains. En cas de succès, les États-Unis obtiendraient le contrôle du pétrole, mais le but principal est d’éliminer toute résistance à l’absorption complète par Israël de la Palestine dans un Grand Israël.

Réfléchissez. Si une autre “faille de sécurité” du type 11 Septembre n’était pas en préparation, pourquoi le tsar de la Sécurité intérieure Chertoff se donnerait-il la peine de convaincre le Chicago Tribune que les Américains ont relâché leur vigilance vis-à-vis de la menace terroriste et qu’il sent “au fond de ses tripes” que l’Amérique sera bientôt durement frappée ?

Le parlementaire britannique George Galloway a affirmé qu’il y avait un “danger réel” que le gouvernement américain mette en scène une attaque terroriste sous fausse bannière afin de justifier une guerre contre l’Iran et de prendre le contrôle total des Etats-Unis.

L’ancien conseiller à la Sécurité Nationale Brzezinski a dit au Sénat qu’un acte terroriste pourrait être perpétré sur le sol américain et faussement attribué à l’Iran pour justifier une guerre contre cette nation.

Récemment, le président Carter a reconnu implicitement le risque d’une provocation montée de toute pièce pour démarrer une guerre contre l’Iran.

L’ancien sénateur Gary Hart a averti les Américains que la Maison Blanche pourrait créer un incident du type “golfe du Tonkin” ou “Souvenez-vous du Maine” pour justifier une guerre contre l’Iran. (Le passage dans la vidéo commence à 7mn15s)

L’ancien inspecteur aux Armements aux Nations Unies, l’Américain Scott Ritter, qui a affirmé avant la guerre en Irak qu’il n’y avait aucune arme de destruction massive dit maintenant qu’il n’exclut pas un terrorisme d’Etat mis en scène par le gouvernement des Etats-unis.

Enfin une note du parti républicain prétendument divulguée à la suite d’une fuite vante les bénéfices d’une attaque terroriste comme moyen d’inverser le déclin du parti.

Impossible, c’est du délire

Cela semble dément, n’est-ce pas ?

Désolé de vous le dire mais “les attentats sous fausse bannière » -c’est-à-dire le terrorisme d’Etat, attribué au méchant de son choix- est une vieille ruse utilisée par les gouvernements du monde entier depuis des millénaires pour consolider leur pouvoir et s’assurer du soutien de leur peuple. Lisez cet article sur l’Incendie du Reichstag et cet article sur l’éternel stratagème de ceux qui accaparent le pouvoir.

Mais même des événements récents donnent un aperçu de ce qu’est le monde des attentats sous fausse bannière :

Le respecté ex-président d’Indonésie Abdurrahman Wahid croit que le gouvernement a pu avoir un rôle dans les attentats à la bombe de Bali.

En Irak, des Américains habillés en arabes ont apparemment fait exploser des voitures piégées. ("apparemment" seulement car quand il fut découvert que quelques-unes des voitures utilisées dans les récents attentats à la bombe en Irak provenaient des Etats-Unis, la version officielle des événements est devenue : des voitures américaines ont été impliquées dans les attentats à la voiture piégée parce qu’elles ont récemment été volées sur le sol américain puis envoyées en Irak – mais c’est à se demander pourquoi les insurgés irakiens auraient pris la peine d’aller voler des voitures aux Etats-Unis pour les expédier jusqu’en Irak)

De manière similaire, un attentat sous fausse bannière perpétré par la Grande-Bretagne en Irak a fait la une. La presse a admis que la mort du principal instigateur de l’incident de Bassorah était mystérieuse.

Enfin, l’ancien directeur de la NSA (Agence Nationale de Sécurité) William Odom a dit « Les Etats-Unis utilisent d’une manière ou d’une autre le terrorisme depuis longtemps. En 1978-1979, le sénat a essayé de faire passer une loi contre le terrorisme international – pour toutes les versions produites, les avocats ont dit que les Etats-Unis violeraient la loi ».

L’histoire prouve que les avertissements d’officiels concernant des attentats terroristes par notre propre gouvernement sont fondés.

Toutes les théories sur le 11 Septembre sont des théories du complot

Le Mouvement pour la vérité [sur le 11 Septembre] est souvent moqué pour ses critiques des explications de l’administration Bush sur ce qui s’est réellement passé le 11 Septembre. Mais aujourd’hui, M. Daniele Ganser, historien réputé donne de la légitimité aux sceptiques.

COMPLOT : Ganser a provoqué un débat suite à la présentation de son point de vue dans une interview sur la chaîne télévisée helvétique U1. Durant l’émission, il a répété les arguments qu’il a développés dans son article écrit pour le journal Tages-Anzeiger de Zürich en septembre 2006.

Pour Ganser les complots ne sont en aucun cas quelque chose d’inhabituel ou de nouveau dans le domaine de la recherche historique. Depuis au moins l’assassinat de Jules César il y a plus de 2 000 ans, les complots sont un élément de lutte politique pour l’influence et le pouvoir.

Il commence par définir un complot comme « une entente secrête entre deux personnes ou plus dans le but de perpétrer un acte criminel » [NDT : il s’agit simplement de la définition du dictionnaire] et continue : « Les attentats du 11/9 étant un acte criminel qui n’a assurément pas été planifié et commis par une seule personne isolée mais par deux personnes ou plus qui se sont accordées sur le plan avant sa mise en œuvre, ils doivent être considérés comme un complot ».

Daniele Ganser
Daniele Ganser

LA PLUS CORRECTE ? « Il est important de souligner que toutes les théories sur le 11/9 sont des théories du complot. Une fois que nous nous rendons compte qu’aucune de ces théories ne peut être écartée sous le prétexte que c’est une "théorie du complot", la véritable question devient : "Quelle théorie du complot décrit correctement le complot du 11/9" ? » demande Ganser.

L’historien est en désacord avec les nombreuses personnes qui raillent les personnes critiques des explications offficielles sur le 11/9 telles qu’elles sont décrites dans 3 rapports [NDT : le rapport de la Commission d’enquête sur le 11 Septembre, le rapport de la FEMA et celui de NIST. Voir sources plus bas, en fin d’article.]

TROIS THEORIES : Ganser se contente de présenter les trois théories principales concernant le complot du 11/9. Lui-même ne se positionne pas sur la question de savoir laquelle théorie décrit le mieux ce qui s’est réellement passé :

1. La théorie dite de « l’attaque surprise » : Avancée par l’administration Bush et le rapport de la Commission d’enquête sur le 11/9 (2004), elle affirme qu’Oussama ben Laden a comploté avec Khaled Sheikh Mohammed, Mohamed Atta et d’autres personnes pour attaquer les Etats-Unis le 11/9. La théorie de l’attaque surprise soutient donc qu’il s’agit d’une conspiration musulmane. Elle concède qu’il y a eu des rumeurs d’attaques imminentes, mais insiste sur le fait que la communauté des services de renseignement américains -incluant entre autres la NSA, la CIA, le FBI et la DIA- de même que le Pentagone, ont été incapables d’empêcher le complot. (NSA: National Security Agency, DIA: Defence Intelligence Agency)

2. La théorie dite du laissez-faire délibéré (ou LIHOP pour “Let It Happen On Purpose”). Comme la théorie de l’attaque surprise, elle suppose qu’Oussama ben Laden a comploté avec Khaled Sheikh Mohammed, Mohamed Atta et d’autres personnes pour attaquer les Etats-Unis le 11/9. Mais contrairement à la théorie de l’attaque surprise, la théorie LIHOP affirme que des personnes au sein de l’Administration américaine ont délibéremment permis aux attaques d’être perpétrées dans le but de justifier un certain nombre de guerres planifiées à l’avance. La théorie du LIHOP soutient donc que le 11/9 est d’un complot combiné de musulmans et de judéo-chrétiens, dans lequel les seconds se sont révélés plus malins que les premiers [puisqu’ils les auraient manipulés].

3. La théorie dite du déclenchement délibéré (ou MIHOP pour “Make It Happen On Purpose”). Elle soutient que des criminels au sein même du gouvernement américain, du Pentagone et des services de renseignement, ont perpétré eux-même les attaques de le but de justifier un certain nombre de guerres planifiées à l’avance. La théorie du MIHOP soutient ainsi que le 11/9 est d’abord un complot chrétien ou judéo-chrétien, dans lequel les musulmans, s’ils sont impliqués, le sont sur des aspects secondaires.

Ganser est d’accord avec les théologiens qui soulignent qu’aucune valeur chrétienne, juive ou musulmane –incluant l’amour et le respect des autres êtres humains- ne peut être trouvée dans les crimes du 11/9. C’est donc une erreur fondamentale que de relier à ce crime l’une des trois plus grandes religions monothéistes du monde. Si la religion a joué un rôle quelconque dans ce crime fanatique, alors il s’agissait d’un dévoiement de la religion.

DEUX CONTRE-ARGUMENTS : Ganser discute des deux arguments les plus importants et les plus avancés contre les théories LIHOP & MIHOP, à savoir :

Premier argument contre les théories LIHOP & MIHOP : Les gouvernements occidentaux civilisés en général et le gouvernement américain en particulier, ne ferait jamais quelque chose d’aussi diabolique que de permettre et encore moins d’organiser les attentats du 11/9.

Second argument contre les théories LIHOP & MIHOP : Si les attentats terroristes du 11/9 avaient été perpétrés par des forces au sein même du gouvernement US, il aurait été impossible de garder le secret aussi longtemps.

EXPRIMER DES DOUTES : Comme cela a été dit, Ganser ne se prononce sur aucune des 3 théories. Néanmoins, il a effectué tellement de recherches sur les guerres secrètes menées par les gouvernements occidentaux qu’il ne peut pas éliminer la théorie du LIHOP ou celle encore plus alarmante du MIHOP.

Pour comprendre pourquoi l’historien helvète ne pense pas que les arguments 1 et 2 contre les théories du LIHOP et du MIHOP soient valables, il est nécessaire de s’intéresser à ses propres recherches.

Ganser est un expert sur l’utilisation par les gouvernements occidentaux, par exemple pendant la Guerre Froide, de ce que l’on appelle la « stratégie de la tension ». Une telle stratégie impliquait d’organiser des attaques terroristes dans des lieux publics et d’en attribuer la responsabilité à des adversaires politiques.

Dans son livre Les Armées secretes de l’OTAN, Opération Gladio, il décrit le terrorisme sponsorisé par l’Etat qui a sévi en Europe dans les années 1960 et 70. Il a été utilisé principalement en Italie, mais aussi en Belgique, en Turquie et en Grèce. Ces forces secrètes étaient entraînées et équipées par la CIA américaine et son équivalent brtannique le MI6.

ATTENTAT SOUS FAUSSE BANNIERE ? Mais les autorités américaines auraient-elles réellement sacrifié leur propres citoyens ?

Ganser se réfère à « l’Opération Northwoods »*, un plan imaginé par le Pentagone dans les années 1960. Il prévoyait de réaliser une série d’opérations de stratégie de la tension, conçues pour choquer l’opinion publique américaine et discréditer Castro. Entre autres actions, les officiers américains avaient suggéré de développer une « fausse campagne [d’attentats mené par les] communistes cubains à Miami et d’autres villes de Floride et même à Washington », de fabriquer de toute pièce une attaque aérienne cubaine sur un avion de ligne civil, de « couler un bateau remplis de réfugiés cubains » et de détruire un navire de guerre américain dans les eaux cubaines pour accuser Cuba de sabotage. Toutes ces actions font partie d’une liste défendue par le général Lyman Lemnitzer.

Mais l’opération Northwoods n’a jamais été mise en oeuvre. A cette époque, le Président John F. Kennedy et son ministre de la Défense, Robert McNamara, se sont opposés à de telles opérations, qui incluait de tuer des citoyens américains et impliquait une manipulation à grande échelle de la population américaine.

Néanmoins, Ganzer insiste sur le fait que cette stratégie de la tension a été défendue par l’officier au sommet de la hiérarchie militaire du Pentagone - le général Lyman Lemnitzer, chef de l’Etat-major de toutes les forces armées US à l’époque – comme prétexte pour envahir Cuba et renverser Castro.

SECRET BIEN GARDE : De plus, est-il possible de garder secrets des plans aussi cyniques?

Oui, estime Ganser. L’opération Northwoods était un projet secret du Pentagone très sensible. Elle a été rendue publique seulement 40 ans après, en avril 2001. James Bamford, un éminent chercheur américain, s’est immergé dans ces sources et en a publié un livre en 2002 [NDT : en 2001, en fait] intitulé Body of Secrets: Anatomy of the Ultra-Secret National Security Agency [Corps des Secrets : Une anatomie de l’ultra-secrète Agence de Sécurité Nationale, ouvrage non traduit en français]. Dans son ouvrage, il se demande si l’Opération Northwoods a été le plan le plus corrompu de l’Histoire du gouvernement américain. Il conclut finalement :

« A la lumière des documents décrivant l’Opération Northwoods, il est clair que tromper le peuple et inventer des guerres pour envoyer les Américains au combat et à la mort était une [option] politique classique et approuvée par les plus hautes autorités du Pentagone. »

C’est sur la base de ce type de recherches que Daniele Ganser craint que les arguments 1 et 2 contre les théories du LIHOP et du MIHOP ne reposent pas sur des bases solides.

Kristin Aalen (kristin.aalen@aftenbladet.no)

Faits

DANIELE GANSER : Chercheur et historien suisse spécialisé sur la paix et les guerres secrètes. Chercheur confirmé à l’Institute of Strategic Studies, à l’University de Zürich. Son dernier livre est Les Armées secrètes de l’OTAN –Gladio, Réseaux Stay-Behind et Terrorisme en Europe de l’Ouest (Demi-Lune, Paris, Septembre 2007).

INTERVIEW TÉLÉ (en allemand sous-titré anglais) : http://www.youtube.com/watch?v=mSjKuFu9fKU

LIRE SES ARTICLES: «Der erbitterte Streit um den 11. September» dans le journal helvétique, Tages-Anzeiger, le 9 Septembre 2006. «The «Strategy of Tension» in the Cold War Period in the book», «9/11 and American Empire. Intellectuals Speak Out», 2007.

LA CHUTE DES 3 TOURS

WTC 1 Nord: Percutée par le vol AA11 à 8 h 46 :min 40 sec. Effondrée en approximativement 11-15 secondes à 10 h 28

WTC 2 Sud: Percutée par le vol UAL175 à 9 h 03 min 11 sec. Effondrée en approx. 10 à 14 secondes à 9 h 59 (avant la tour N°1) Chaque tour: Hauteur: 417 et 415 mètres, dimensions 63×63 m, 110 étages.

WTC 7: Un bâtiment de 47 étages situé plus au Nord. Endommagé par un incendie allumé par des débris lors de la chute des 2 premières tours. S’est effondré à 17 h 20 le même jour.

THREE OFFICIAL REPORTS

THEORIE DES ATTAQUES SURPRISE : Présentée dans le Rapport de la Commission d’enquête sur le 11/9 en 2004. Voir ici : http://govinfo.library.unt.edu/911/report/index.htm

NIST: Le National Institute of Standards and Technology a publié son «Final Report on the Collapse of the World Trade Center Towers» en 2005. 210 experts (dont 125 externes) y ont participé. Voir ici : http://wtc.nist.gov/

FEMA: Federal Emergency Management Agency a publié un rapport intermédiaire sur la chute des 3 tours en mai 2002. Voir ici : http://www.fema.gov/rebuild/mat/wtcstudy.shtm

OPERATION NORTHWOODS

CONSULTABLE : En archive sur le site Internet de la National Security Archive :

National Security Archive: http://www.gwu.edu/~nsarchiv/news/20010430/

NDT : * On notera aussi que le premier livre en français à avoir jamais parlé et reproduit les fac-similés de l’Opération Northwoods, est… L’Effroyable Imposture, d’un certain Thierry Meyssan, paru en mars 2002. Auparavant, un premier dossier sur ce sujet avait été publié sur le site du Réseau Voltaire, dès le 5 novembre 2001.

 


Commentaire Reopen911News :

La presse norvégienne démontre une nouvelle fois que c’est l’une des rares en Europe (avec la Suisse et l’Italie plus récemment) à oser poser des questions. On se souvient du dossier complet publié pendant l’été 2006 par le Monde Diplomatique édition norvégienne qui peu avant le 5ème anniversaire des attentats remettait explicitement en cause la version officielle du 11/9. Cela avait donné lieu à un vrai débat dans ce pays, mais la maison mère du journal, Le Monde Diplomatique (France) avait mis son veto et interdit toute traduction de ces articles en français… Seuls les lecteurs anglophones peuvent donc en prendre pleinement connaissance, ici.

Les liens Internet dans l’article ont été rajoutés par ReOpenNews.

L’article original est consultable ici :
http://www.aftenbladet.no/english/englishcomment/article628550.ece

« Qui veut encore connaître la vérité sur l’assassinat de Rafic Hariri ? »

Conférence du Réseau Voltaire à Beyrouth
Thierry Meyssan : « Qui veut encore connaître la vérité sur l’assassinat de Rafic Hariri ? »

par Thierry Meyssan, le 11 avril 2008

Nous reproduisons l’intervention de Thierry Meyssan à la réunion organisée à Beyrouth, en présence de nombreux médias de la presse écrite et audiovisuelle, autour de son livre « L’Effroyable imposture 2 ». Le président du Réseau Voltaire a notamment souligné le tournant opéré par la mission d’enquête de l’ONU sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. En effet, le 10e rapport, présenté le 27 mars au Conseil de sécurité, abandonne la piste syrienne et se dirige sur la piste du réseau criminel décrit dans le livre.

Conférence réseau Voltaire
Conférence à Beyrouth, le 10 avril 2008. De gauche à droite :
Maria Maalouf (journaliste NBN), général Amin Hotait, Nasser Kandil (ancien député),
Thierry Meyssan (analyste politique), Sarkis Abouzaid (directeur de presse)

Chers lecteurs et amis,

Depuis une dizaine d’années, je poursuis une étude systémique des États-Unis : comment ils ont choisi, à la faveur de la disparition de l’Union soviétique, de se transformer en un empire global. Article après article, j’ai observé leur conquête du monde et analysé leur mode de fonctionnement. Cela m’a conduit à publier en 2002 L’Effroyable imposture sur les attentats du 11 septembre, l’instauration de l’état d’exception permanent aux États-Unis, et la conquête de l’Afghanistan. L’ouvrage a connu un succès mondial et a été décrié par la presse atlantiste à la hauteur de son succès. Non seulement rien de ce qui s’y trouvait n’a été démenti depuis, mais la prospective qui en découlait s’est malheureusement trouvée vérifiée avec l’invasion de l’Irak.

C’est par l’étude de l’Empire états-unien que j’en suis venu à m’intéresser à la guerre israélienne contre le Liban de 2006 et à écrire ce nouvel ouvrage, L’Effroyable imposture 2. Le regard que je porte sur votre pays est donc singulièrement différent de celui que vous pouvez avoir. Je n’y ai aucun intérêt à défendre, je suis étranger aux passions qui le déchirent, et j’observe les événements qui s’y déroulent à partir des influences extérieures qu’il subit et non à partir des forces qu’il produit. En écrivant ces articles, puis ce livre, je n’ai pas cherché à appuyer un parti ou un autre, j’ai juste voulu comprendre et faire partager au public mes interprétations de ces événements.

Je suis convaincu que c’est sur cette terre meurtrie que se joue l’avenir —et je pense aujourd’hui la défaite— de ce projet impérial que les États-uniens eux-mêmes appellent « globalisation ». Pourquoi au Liban et pas en Palestine ou en Irak ? Parce que cet impérialisme est issu de la conjonction entre des intérêts économiques et une idéologie, entre le contrôle des hydrocarbures et le sionisme ; parce qu’il passe par la domination des populations du Grand Moyen-Orient, lesquelles sont représentées au Liban comme nulle part ailleurs. Briser la résistance au Liban, c’est la briser dans toute la région.

Dans ce livre, je me suis donc attaché à la fois à décrire les événements récents, la longue liste des crimes politiques et l’agression israélienne, et à étudier les superstructures, c’est-à-dire la place du sionisme dans l’empire et les plans militaires de domination des ressources énergétiques. Tout cela semble connu, mais à y regarder de plus près, on n’en a souvent qu’une connaissance très superficielle, voire erronée. Je me suis contraint à vérifier chaque point auprès de la source originale et à la citer en note à la fin de l’ouvrage. Le résultat, vous le lirez, est fort surprenant.

Tout auteur qui s’intéresse au Liban rencontre des difficultés méthodologiques tant les sources libanaises sont contradictoires. Le Liban étant selon l’expression consacrée un « État faible », il n’était pas jusqu’en 2006 le maître de son destin. Lorsqu’un événement survenait, chacun le subissait et élaborait une hypothèse pour l’interpréter, selon ses préjugés. Mais lorsque des éléments nouveaux permettaient de confirmer ou d’infirmer une hypothèse, rares étaient les leaders politiques qui en tenaient compte. Au lieu d’ajuster le discours, on changeait de sujet. L’écrivain, lui, a le privilège de revenir en arrière pour reconstituer l’enchainement des faits et faire surgir leur cohérence. C’est ce que j’ai fait. Et il est toujours plus facile de comprendre a posteriori plutôt que lorsque les protagonistes cachent encore leur jeu.

J’ai fait le choix méthodologique de départ de privilégier les sources écrites non-libanaises. Ayant l’honneur de présider le Réseau Voltaire, je suis en contact avec de nombreux journalistes, diplomates et militaires dans le monde qui m’ont signalé des documents dispersés que je n’aurais probablement pas trouvé si vite seul. J’ai également eu accès aux confidences de quelques hauts responsables, mais s’ils ont guidé mes recherches, je me suis interdit d’en faire usage pour mon raisonnement et ne me suis fié qu’aux documents vérifiables et aux éléments matériels.

Enfin, je dois dire que je ne suis pas sorti indemne de cette recherche. Je suis arrivé l’esprit vierge, mais je me suis pris de passion pour ce pays où s’expriment le pire et le meilleur de la dimension humaine. J’ai compris la passion que mon grand-père avait éprouvé pour cette terre et pour ce peuple, lui, qui présida, il y a soixante ans, la commission d’armistice Israël-Liban.

Au lendemain de la guerre, deux grandes questions se posaient : d’une part pourquoi avait-on tué Rafic Hariri (d’un point de vue non pas judiciaire mais historique, la question du mobile est beaucoup plus importante que celle des assassins et des commanditaires) ? et d’autre part, pourquoi Israël avait attaqué le Liban (étais-ce en riposte à l’action du Hezbollah comme déclaré, ou pour des motifs stratégiques régionaux) ?

Si l’on part des documents des thinks tanks états-uniens et du Pentagone, les choses s’éclairent vite : l’agression israélienne était planifiée de longue date et supposait en préalable à la fois le départ de l’armée syrienne pour que le pays soit sans défense et le retrait de Rafic Hariri pour écarter l’influence française.

Je m’étonne que des questions de cette importance soient aujourd’hui reléguées au second plan sans avoir été totalement éclaircies. Il y a peu de temps encore, des affiches réclamaient sur les murs de cette ville « la vérité ». Depuis que tous les indices et témoignages susceptibles d’étayer la piste syrienne ont été l’un après l’autre invalidés, plus personne ne semble vouloir connaître « la vérité ».

La France, qui avait arrêté —sur requête de la justice libanaise et à l’initiative du chef de mission de l’ONU d’alors, Detlev Mehlis— Mohammad Al-Saddiq, le témoin capital de la piste syrienne, déclare ingénument l’avoir « perdu » depuis le 13 mars. C’est que cet individu, qui accusait les présidents Bachar el-Assad et Émile Lahoud, avait été confondu et que la piste syrienne s’était effondrée avec ses mensonges. Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui avait soutenu de manière partisane et acharnée ses accusations, se dit incapable de retrouver « son » témoin.

Les quatre généraux libanais qui avaient été arrêtés sur la seule base de ces accusations et qui croupissent en prison depuis, n’ont toujours pas été libérés. Le Conseil des Droits de l’homme de l’ONU a lui même établi que leur détention —voulue par Detlev Mehlis— est exclusivement politique et viole les normes internationales. Mais en les écartant de leurs fonctions de sécurité, ceux qui manient l’assassinat politique conservent les mains libres.

Quoi qu’il en soit, comme je l’indique dans ce livre, nous pouvons affirmer premièrement que ce crime profite à Israël et aux États-Unis et deuxièmement qu’un groupe proche de la CIA, l’US Committee for a free Lebanon, en avait connaissance à l’avance.

De même, il est important de savoir si c’est le Hezbollah qui a provoqué la guerre en livrant une escarmouche à l’armée israélienne ou si nous avons affaire à une guerre de soixante ans qui a été rallumée sous ce prétexte. Or, de nombreux documents attestent de la préparation de cette guerre pour l’automne 2006 et de sa mise en œuvre précipitée, sous le prétexte de cette escarmouche. Ceci est d’ailleurs confirmé depuis par la Commission Winograd.

J’explique, dans le livre, que cette précipitation visait à interrompre l’enquête en cours sur un « réseau criminel » libanais installé par le Mossad et qui aurait pu participer à l’assassinat de Rafic Hariri ; une piste vers laquelle s’oriente désormais le juge Bellemare, président de la mission d’enquête de l’ONU, ainsi que l’atteste le rapport qu’il a présenté la semaine dernière au Conseil de sécurité. C’est pour stopper la plainte du Liban à l’ONU sur ce réseau criminel, et non en réaction à une action militaire du Hezbollah, qu’Ehud Olmert a déclenché la guerre.

Il s’en suit que la guerre de 2006 n’est pas une guerre d’Israël contre le Hezbollah, même si c’est celui-ci qui lui a opposé une résistance victorieuse, mais une guerre d’Israël contre le Liban. À travers elle, se jouait la guerre des États-Unis contre le monde arabe.

Peut-être savez-vous que les deux principaux distributeurs français ont essayé, dans un premier temps, d’empêcher la diffusion de ce livre dans mon pays, et que les grands médias ont longtemps refusé à la fois d’en faire mention dans leurs articles et émissions et ont toujours refusé de vendre des espaces publicitaires pour le faire connaître. Cela n’a pas empêché son succès, mais l’a ralenti. C’est que ce livre comprend un crime de lèse-majesté et une hérésie.

En annexe de l’ouvrage, vous trouverez des reproductions de « unes » et d’éditoriaux du quotidien Le Monde, fleuron de l’intelligentsia atlantiste. Vous y trouverez des exemples de propagande outrancière, comme cette « une » qui annonce la prise de Bint Jbeil par Tsahal, alors qu’Israël y vécu une cuisante défaite, ou cette autre qui montre l’armée israélienne sortir victorieuse de la guerre ; une version que même Ehud Olmert ne saurait tenir ! Voilà pour le crime de lèse-atlantisme.

L’hérésie, c’est la partie de l’ouvrage qui retrace l’histoire du mouvement sioniste d’Oliver Cromwell à George W. Bush. J’y montre, preuves à l’appui, qu’à l’origine le sionisme n’était pas une idéologie juive, mais une doctrine politico-religieuse puritaine, on dirait aujourd’hui évangélique. Cela a toutes sortes de conséquences. D’abord les relations entre Washington et Tel-Aviv ne doivent pas être analysées en termes d’influences réciproques, mais au regard de l’idéologie qu’ils partagent, tout au moins lorsque les puritains sont au pouvoir à Washington. D’autre part, la nature de l’État d’Israël ne doit pas être envisagée comme une réponse aux persécutions subies par les juifs d’Europe, mais comme un projet colonial religieux impliquant à terme un strict système d’apartheid. Enfin, et pour faire vite vu le temps qui nous est imparti, les clivages religieux dans la région n’opposent pas les chrétiens aux musulmans, mais les chrétiens évangéliques et juifs d’un côté aux catholiques et musulmans de l’autre. Le sionisme anglo-saxon voue aux mêmes gémonies les musulmans et les maronites. Toute alliance entre les maronites et les États-Unis est suicidaire, tout au moins tant que les évangéliques sont au pouvoir à Washington, comme l’ont parfaitement compris Benoît XVI et Mgr Sabbah.

Je note qu’à ce jour, alors que ce livre contient des milliers d’informations précises, les lecteurs de la version française n’y ont trouvé que deux erreurs mineures portant sur la composition sociologique de la population libanaise. Elles seront corrigées dans les versions ultérieures et n’affectent au demeurant pas le raisonnement qui j’y développe. De même pour quelques imprécisions de vocabulaire dans la traduction arabe.

En conclusion, je voudrais souligner l’importance de ce qui s’est passé ici à l’été 2006. Alors qu’aucune chancellerie au monde ne doutait de la victoire israélienne et que la diplomatie internationale visait uniquement à limiter vos souffrances, vous avez renversé le cours de l’Histoire. Alors que l’asymétrie des forces —et notamment l’usage de l’arme aérienne— auraient dû vous plonger dans « le choc et la stupeur », vous avez tenu sous les bombardements et vous avez repoussé l’invasion terrestre. Vous avez montré que l’Empire n’est pas invincible et qu’il ne pouvait pas vous asservir. Vous êtes un exemple pour le reste du monde. Je voulais vous dire mon admiration, et j’en suis sûr, celle de tous ceux —où qu’ils soient— qui se battent pour la liberté.