Rapport de la CIA : Ben Laden est en train de mourir d’une insuffisance rénale

La fuite de nouveaux détails prouve une campagne de propagande destinée à intensifier l’activité militaire.

Steve Watson Infowars.net Mercredi 2 juillet 2008, paru sur Prison Planet

Un rapport top secret de la CIA divulgué au magazine TIME, suggèrant qu’Oussama ben Laden n’en a plus que pour 6 ou 8 mois à vivre, révèle une propagande dirigée constitutive d’un effort pour intensifier la guerre contre la terreur durant les mois restants de l’administration Bush.

Les « fuites » suggèrent que des sources à l’intérieur de la CIA « se sont ostensiblement débrouillées pour obtenir le nom de certains des médicaments que prend ben Laden » et en ont conclu que l’ancien atout du renseignement est en train de mourir d’insuffisance rénale.

En gros, ils savent quelles pilules il prend, mais ils n’ont aucune idée où il se les procure.

La même semaine où arrivaient ces informations, il fut révélé que le Pakistan avait un accord permettant aux drones Predator manoeuvrés par la CIA de survoler le pays et de bombarder des cibles dans leur soi-disant « chasse » à ben Laden.

En prime, des détails d’un plan secret du Pentagone pour envoyer des forces spéciales U.S. dans les sauvages régions tribales du Pakistan en vue de trouver ben Laden ont également fait surface. Ces plans n’auraient pas été exécutés en raison de querelles internes à la Maison-Blanche.

L’article du TIME commente: «Si ben Laden est mourant, la nouvelle sera sans aucun doute accueillie avec quelque ambivalence. D’une part, son départ est ce que le gouvernement U.S. a ardemment essayé de hâter – bien avant le 11 Septembre. Mais la mort par maladie du rein n’est pas ce qu’ils avaient en tête. "Ne serait-ce pas une situation tragique si, malgré tout ces efforts, ben Laden mourait sans que cela se produise des mains des forces de la coalition?" » a dit un actuel haut fonctionnaire de l’anti-terrorisme.

En effet, quelle fin glorieuse ce serait pour le mandat de Bush que le Président puisse se percher sur le corps pourrissant de ben Laden, l’homme qu’il avait fait le voeu de capturer « mort ou vif », et de proclamer que tout ce sur quoi la machine de guerre des néo-conservateurs avait travaillé pendant les 7 dernières années valait bien le coup.

Dans ce cas il vaut mieux se mettre au travail car, selon la CIA, exactement comme Bush, ben Laden n’en a plus que pour quelques mois.

Le seul petit problème avec tout cela, c’est bien sûr que ben Laden était à l’article de la mort pour cause d’insuffisance rénale chronique depuis déjà au moins 8 ans.

Selon le journal français Le Figaro, ben Laden était sous dialyse [NdT: lien en français] après s’être fait expédier une machine de dialyse à sa base de Kandahar en Afghanistan, en 2000, et quand la CIA lui a rendu personnellement visite à l’hôpital de Dubaï. D’autres récits suggèrent qu’il souffrait aussi d’une hépatite C à cette époque et qu’il ne lui restait plus que 2 ans à vivre.

Les journalistes qui ont rencontré ben Laden avant le 11 Septembre ont par la suite clamé leur incrédulité quant au fait qu’il ne soit pas apparu en vidéo après décembre 2001 pour se vanter de ne pas avoir été capturé. Depuis ce temps, chacune des bandes vidéo de ben Laden qui ont été rendues publiques n’a plus contenu que de vagues messages non spécifiques et, dans bien des cas, la bande était ancienne et trafiquée.

« Avec un ego de la taille du Mont-Everest, Oussama ben Laden ne serait pas, n’aurait pas pu rester silencieux si longtemps s’il était toujours en vie. Il a toujours aimé se faire attribuer le mérite même de choses avec lesquelles il n’avait rien à voir. Serait-il resté silencieux 9 mois durant sans claironner sa propre survie? » écrivait Amir Taheri du New York Times en juillet 2002.

Une très bonne raison pour Oussama d’être resté silencieux après 2001 pourrait être le fait qu’il est probablement mort le 26 décembre de cette même année, selon un reportage de l’Observer pakistanais qui citait un officiel taliban disant que ben Laden était mort d’une complication pulmonaire non traitée et qu’il avait assisté à ses funérailles.

En 2002, CNN rapporta que le président pakistanais Pervez Musharraf croyait que ben Laden était mort: [Un fonctionnaire de l’administration Bush] dit que selon les renseignements U.S. ben Laden a besoin d’une dialyse tous les trois jours et que « cela peut évidemment poser un problème quand tu cours d’un endroit à l’autre, et que tu dois envisager de devoir produire de l’électricité dans une cachette en montagne ».

D’autres ont défrayé la chronique en soulignant qu’ils tenaient ben Laden pour mort. Parmi eux: le président afghan Hamid Karzaï, le chef du contre-terrorisme du FBI Dale Watson, des sources du renseignement israélien, l’ancien Premier ministre du Pakistan Benazir Bhutto, le professeur Bruce Lawrence, expert de ben Laden et chef du programme d’études religieuses de l’université de Duke.

En outre, un mémo des services secrets français ayant fuité en septembre 2006 concluait que ben Laden était mort de typhoïde par empoisonnement le mois précédent. Le mémo citait des sources des services secrets d’Arabie saoudite qui étaient convaincues que ben Laden était mort au Pakistan.

« L’information récoltée par les Saoudiens indique que le chef d’Al-Qaïda fut victime, quand il était au Pakistan le 23 août 2006, d’un cas très grave de typhoïde qui entraîna une paralysie partielle de ses organes internes » déclare le mémo français.

En se basant sur les indices disponibles, la Maison-Blanche sait avec certitude que ben Laden est mort, ou du moins le suspecte fortement, et qu’il l’est depuis plusieurs années, mais ils ont choisi de conserver son mythe pour des raisons de propagande politicienne, comme un hameçon sur lequel accrocher l’avance de l’agenda des néo-conservateurs impérialistes.

Traduit de l’anglais par Perry et Stéphane Barthe pour ReOpenNews


=> Notes de ReOpenNews : les articles référencés dans le texte sont pour la plupart en anglais, nous nous en excusons d’avance auprès de nos lecteurs non anglophones. Lisez aussi la ReOpenNews sur Les dessous de la traque de Ben Laden

Les Etats-unis en train de “préparer le champ de bataille” en Iran

Nous présentons ici à la fois l’article de CNN paru le 30 juin 2008 sur la préparation par les États-Unis de la guerre en Iran, et la traduction par mondialisation.ca de l’article de Seymour Hersh paru dans The New Yorker, et qui mentionné à plusieurs reprises par CNN.

Reportage de CNN : Les Etats-unis en train de "préparer le champ de bataille" en Iran

 WASHINGTON (CNN) – "L’administration Bush a amorcé une ‘escalade significative’ dans ses opérations clandestines en Iran en envoyant des commandos US espionner les installations nucléaires du pays et ébranler le gouvernement de la république islamique", a déclaré le journaliste Seymour Hersh dimanche.

Le drapeau iranien flotte près du bâtiment abritant le réacteur de la centrale nucléaire de Bushehr au sud de Téhéran.

La Maison Blanche, la CIA et les responsables du Département d’État se sont refusés à tout commentaire sur le reportage de Hersh, qui a été publié dans le numéro de cette semaine du New Yorker.

Hersh a raconté dans l’émission "Late Edition with Wolf Blitzer" sur CNN que le Congrès avait autorisé un fonds de 400 millions de dollars US pour financer cette campagne secrète, qui implique des troupes spéciales américaines et des dissidents iraniens.

Le président Bush et le vice-président Dick Cheney ont rejeté les conclusions des services de renseignement américains selon lesquelles l’Iran avait arrêté ses efforts de fabrication d’une bombe nucléaire. Ils "ne veulent pas laisser l’Iran en place avec son programme nucléaire", a déclaré Hersh.

« Ils pensent que leur mission est de s’assurer qu’avant de quitter leurs fonctions l’an prochain, l’Iran, ou bien sera attaqué, ou bien aura arrêté son programme d’armement » a dit Hersh.

Le nouvel article, "Préparer le champ de bataille" [ndt, voir plus bas dans cette page] est le dernier d’une série d’articles accusant l’administration Bush de préparer une guerre contre l’Iran.

Son reportage est basé sur les témoignages de sources, actuelles ou anciennes, au sein de l’armée, des services de renseignement et du Congrès.

« Comme d’habitude avec ces papiers trimestriels, nous préférons nous abstenir de tout commentaire », a déclaré sur CNN le porte-parole de la Maison Blanche, Gordon Johndroe. « Par principe, la CIA ne commente pas des allégations concernant ses opérations secrètes » a expliqué Paul Gimigliano, le porte-parole de la CIA. Ryan Crocker, l’ambassadeur américain à Bagdad, a nié que des raids aériens aient été lancés depuis l’Irak où, d’après des commandants américains, l’Iran est en train de préparer des attaques sur les troupes américaines.

« Je peux vous affirmer sans équivoque que les forces américaines ne mènent aucune action contre l’Iran en passant par la frontière irakienne, que ce soit dans le sud ou ailleurs » a dit Crocker.

Hersh affirme que les initiatives américaines étaient dirigées depuis l’Afghanistan qui, comme l’Irak, partage une frontière avec l’Iran.

Il explique que le programme a causé une « augmentation spectaculaire des événements cinétiques et du chaos » à l’intérieur de l’Iran, citant entre autres des attaques par des séparatistes kurdes au nord du pays et une attaque sur une mosquée à Shiraz qui a tué 13 personnes.

Les Etats-Unis soutiennent que leur but est d’isoler l’Iran par voie diplomatique et ce faisant, de l’inciter à jouer cartes sur table à propos de ses ambitions nucléaires. Mais Bush dit que « toutes les options » sont envisageables pour gérer le problème.

L’Iran insiste sur le fait que son programme nucléaire est destiné à fournir de l’énergie électrique à la population, et refuse de se conformer aux demandes du Conseil de Sécurité de l’ONU qui exige que l’Iran interrompe son programme d’enrichissement d’uranium.

Des inspecteurs nucléaires de l’ONU affirment que Téhéran a divulgué des informations essentielles qui pourraient déterminer si, oui ou non, le pays tente de fabriquer des armes nucléaires.

Israël, que l’on suppose en possession de son propre arsenal nucléaire, a mené des exercices militaires dans l’est méditerranéen au début du mois de juin, impliquant des dizaines d’avions militaires et d’avions de ravitaillement en carburant.

En 1981, des avions militaires israéliens avaient détruit un réacteur nucléaire irakien.

Le porte-parole du Parlement iranien, Ali Larijani, a mis en garde d’autres pays contre des actions qui pourraient « leur coûter très cher ». Parmi les commentaires parus dimanche dans Mehr, une agence de presse semi-officielle, un général iranien a déclaré que ses troupes étaient en train de creuser plus de 320 000 tombes pour enterrer les troupes de toute force d’invasion avec «tout le respect qui leur est dû».

« En accord avec les lois de la guerre et du conflit armé, nous devons prendre en main les préparatifs nécessaires pour l’enterrement des soldats des pays agresseurs » a expliqué le général de division Mirfaisal Baqerzadeh, un officier iranien chargé de l’identification des soldats portés disparus.

 

Traduit de l’anglais par Kate G. pour ReOpenNews


Article de Seymour R. Hersh, traduction parue le 4 juillet sur mondialisation.ca

Préparer le champ de bataille : L’administration Bush intensifie ses mesures secrètes contre l’Iran

par Seymour M. Hersh
 
Mondialisation.ca, Le 4 juillet 2008
The New Yorker  

A la fin de l’année dernière, le Congrès a accédé à la demande du président Bush destinée à financer une importante augmentation des opérations secrètes contre l’Iran, selon des sources actuelles et anciennes de l’armée, des services de renseignements et au Congrès. Ces opérations, pour lesquelles le président a demandé jusqu’à quatre cent millions de dollars, ont été décrites dans un Presidential Finding (ndt : document présidentiel) signé par Bush, et sont destinées à déstabiliser le gouvernement religieux du pays.

Photo: Simon James : Une fresque sur le mur de l’ancienne ambassade américaine à Téhéran, à présent appelé "la tanière des espions" par les Iraniens

Les actions clandestines impliquent un soutien aux groupes minoritaires arabes, les Ahwazi et les Baluchi et à d’autres organisations dissidentes. Elles comprennent également la collecte de renseignements sur le supposé programme d’armes nucléaires iranien.

Les opérations clandestines contre l’Iran ne sont pas neuves. Depuis l’année dernière, les Forces d’opérations spéciales américaines ont mené des opérations transfrontalières depuis le sud de l’Irak, avec l’autorisation du Président. Celles-ci comprenaient la capture de membres d’Al Qods, la branche des commandos de la Garde Révolutionnaire iranienne, afin de les emmener en Irak pour les interroger et la poursuite d’"objectifs de grande valeur" dans la guerre contre le terrorisme du Président qui ont été capturés ou tués.

Mais l’ampleur et la portée des opérations en Iran qui impliquent la Central Intelligence Agency et la Joint Special Operations Command (JSOC), ont été considérablement élargies, selon les actuels et anciens responsables. Nombre de ces activités ne sont pas précisées dans le nouveau Presidential Finding et certains dirigeants du Congrès ont eu de sérieux doutes quant à leur nature.

Selon la loi fédérale, un Finding, qui est extrêmement secret, doit être délivré lorsque une opération clandestine des services de renseignements est en cours et doit, au minimum, être porté à la connaissance des dirigeants démocrates et républicains de la Chambre des Représentants et du Sénat et aux membres hauts placés de leurs commissions respectives de renseignements - ce que l’on appelle la Bande des Huit.

L’argent pour l’opération peut alors, selon le besoin, être réaffecté de leurs précédentes attributions par les commissions du Congrès concernées, qui peuvent aussi être informées.

"Le Finding portait sur une attaque contre les ambitions nucléaires de l’Iran et une tentative de fragilisation du gouvernement par un changement de régime," a déclaré une personne qui connaît son contenu et qui est impliquée dans le «travail avec des groupes d’opposition et le transfert d’argent."
"Le Finding subvenait aux besoins d’une nouvelle gamme d’activités dans le sud de l’Iran et dans des régions à l’est, où l’opposition politique Baluchi est forte", a-t’elle ajouté.

Selon cette source, bien que certains hommes politiques fussent préoccupés par certains aspects du Finding, et "qu’il y ait eu un certain nombre de discussions à un niveau élevé" sur le sujet, le financement a été approuvé.
En d’autres termes, certains membres de la direction des Démocrates (le Congrès est sous le contrôle des Démocrates depuis les élections de 2006) étaient prêts, en secret, à se rallier à l’Administration dans le développement d’activités clandestines en Iran, alors que le candidat présumé à la présidence, Barack Obama, déclarait qu’il privilégiait des négociations directes et la diplomatie.

La demande de financement a eu lieu au moment où l’administration recevait l’Estimation des Services de Renseignements (ESR), publiée en Décembre, qui concluait que l’Iran avait mis fin à ses travaux sur les armes nucléaires en 2003.

L’Administration a minimisé l’importance de l’ESR et, en disant qu’elle était engagée dans la diplomatie, elle a continué à insister sur le fait qu’une action urgente était indispensable pour contrer la menace nucléaire iranienne.

Le président Bush a mis doute les conclusions de l’ESR et de hauts responsables à la sécurité nationale, dont le secrétaire à la Défense Robert Gates et le secrétaire d’État Condoleezza Rice ont fait des déclarations similaires. (Ainsi que le sénateur John McCain, le futur candidat républicain à la présidence.)

Pendant ce temps, l’Administration a également ressorti les accusations d’implication des dirigeants iraniens dans l’assassinat de soldats américains en Irak: que ce soit directement, en envoyant des unités de commandos en Irak, et indirectement, par la fourniture de matériels utilisés pour les bombes de bords de routes et d’autres matériels mortels. (Il y a eu des questions quant à l’exactitude des affirmations, le Times, entre autres, a indiqué que "des incertitudes subsistaient quant à l’ampleur de cette participation».)

Des responsables militaires et civils au Pentagone ont fait part à la Maison Blanche de leurs inquiétudes au sujet des ambitions nucléaires de l’Iran, mais il existait des désaccords quant à savoir si une attaque militaire était la bonne solution. Certains responsables du Pentagone pensaient, comme ils l’avaient fait savoir au Congrès et aux médias, qu’un bombardement de l’Iran n’était pas une réponse viable à la question de la prolifération nucléaire et que plus de diplomatie était nécessaire.

Un sénateur démocrate m’a dit qu’à la fin de l’année dernière, lors d’une réunion-déjeuner confidentielle, le secrétaire à la Défense, Gates, a rencontré le comité électoral des Démocrates au Sénat. (Ces réunions sont organisées régulièrement.) Selon le sénateur, Gates a alerté sur les conséquences d’une frappe préventive de l’Administration Bush contre l’Iran, en disant : «Nous allons créer des générations de jihadistes, et nos petits-enfants se battront contre nos ennemis ici en Amérique."

Les commentaires de Gates ont stupéfait les Démocrates au déjeuner et un autre sénateur a demandé si Gates parlait au nom de Bush et du vice-président Dick Cheney. La réponse de Gates, m’a dit le sénateur fût : "Disons que je parle ici en mon nom" (Un porte-parole de Gates a confirmé qu’il avait abordé les conséquences d’une frappe lors de à la réunion, mais qu’il n’aborderait pas ce qu’il a dit, en dehors de contester l’interprétation des propos du sénateur.)

Le Comité des Etats-Majors Interarmes, dont le président est l’amiral Mike Mullen, «repoussaient fortement la pression de la Maison-Blanche destinée à entreprendre une frappe militaire contre l’Iran", m’a déclaré la personne qui connaît bien le Finding. De même, un consultant du Pentagone qui est impliqué dans la guerre contre le terrorisme a déclaré qu’"au moins dix contre-amiraux et généraux, dont des commandants de combat (des généraux d’armée qui dirigent des opérations militaires dans le monde) ont pesé sur cette question».

Le plus critique de ces officiers est l’amiral William Fallon, qui, jusqu’à récemmen,t était le chef du Commandement central américain, et donc en charge des forces américaines en Irak et en Afghanistan.

En Mars, Fallon a démissionné sous la pression, après avoir donné une série d’interviews indiquant ses réserves au sujet d’une attaque armée contre l’Iran. Par exemple, à la fin de l’année dernière, il a déclaré au Financial Times que le "véritable objectif de la politique américaine était de changer le comportement des Iraniens et que "les attaquer comme un moyen d’y arriver ne me semble pas être la meilleure solution."

L’amiral Fallon a reconnu, quand j’ai parlé avec lui en Juin, qu’il avait entendu dire qu’il y avait des gens à la Maison Blanche qui avaient été bouleversés par ses déclarations publiques. «Trop de gens pensent que vous devez être pour ou contre les Iraniens», m’a t-il dit. "Soyons sérieux. Il y a quatre-vingt millions de personnes qui y vivent et ce sont tous des individus. L’idée selon laquelle il n’y a qu’une façon ou une autre n’a pas de sens."

Quant à la guerre en Irak, Fallon dit : «J’ai râlé au sujet des choses qui étaient proposées? Tu parles. Certaines d’entre elles étaient très stupides."

L’accord de la direction des Démocrates sur l’engagement de centaines de millions de dollars pour effectuer plus d’opérations secrètes en Iran était marquante, compte tenu des préoccupations de responsables comme Gates, Fallon, et bien d’autres. "Le processus de contrôle n’a pas été tenu au courant : il a été détourné par l’administration", a déclaré la personne qui connaît bien le contenu du Finding. "Le processus est rompu et nous avons autorisé des choses dangereuses."

De hauts responsables Démocrates au Congrès m’ont dit qu’ils étaient inquiets de la possibilité que leur compréhension des nouvelles opérations soit différente de celle de la Maison Blanche.

Selon la personne qui le connait, l’un des sujets concerne une référence du Finding à une possible action défensive mortelle menée par des agents américains en Iran. (Au début du mois de Mai, le journaliste Andrew Cockburn a publié des éléments du Finding dans Counterpunch, un bulletin d’information et un magazine sur internet.)

Le texte a été inséré dans le Finding à l’instigation de la CIA, selon un ancien haut fonctionnaire des services de Renseignements. Les opérations secrètes présentées dans le Finding sont effectuées pour l’essentiel simultanément à des opérations d’une mission secrète de l’armée actuellement en Iran, qui est sous le contrôle du JSOC.

Selon l’interprétation de la Loi de l’Administration Bush, les opérations secrètes de l’armée, contrairement à celles de la CIA, n’ont pas besoin d’être décrites dans le Finding, parce que le Président a un droit constitutionnel pour commander les forces de combat sur le terrain sans ingérence du Congrès.

Mais les frontières entre les opérations ne sont pas toujours claires: en Iran, les agents de la CIA et les alliés régionaux ont des compétences linguistiques et des connaissances locales permettant d’établir des contacts pour les agents du JSOC et ils ont travaillé avec eux pour envoyer du personnel, du matériel et de l’argent en Iran depuis une base obscure située à l’ouest de l’Afghanistan.

En conséquence, il n’a été donné au Congrès qu’une vue partielle de la façon dont l’argent pour lequel il donnait son accord serait utilisé. L’une des missions des agents du JSOC, la poursuite des "objectifs de grande valeur," n’était pas directement abordée dans le Finding.

De plus en plus, certains hommes politiques réalisent que l’administration Bush, au cours des dernières années, a mélangé les opérations de renseignements aux opérations militaires afin d’éviter que le Congrès soit totalement informé sur ce qu’elle faisait.

«C’est une grosse affaire," dit la personne qui connaît le Finding. "La CIA avait besoin du Finding pour effectuer ses affaires traditionnelles, mais le Finding ne s’appliquait pas au JSOC. Le Président a signé un décret après le 11 Septembre qui donnait au Pentagone l’autorisation de faire des choses qu’il n’avait jamais été en mesure de faire avant sans en aviser le Congrès. L’excuse était que l’armée «préparait l’espace du combat, et en utilisant ce terme, ils ont réussi à contourner le contrôle du Congrès. Tout est justifié en termes de lutte dans la guerre mondiale contre le terrorisme».
Il a ajouté : «L’Administration a brouillé les frontières : elle utilise souvent une zone de gris" - entre les opérations dont la haute direction du Congrès doit être informée et celles qui n’ont pas à l’être", mais maintenant c’est une purée de pois."

"L’agence dit que nous n’aurions pas été en position d’aider à tuer des gens sans le Finding" m’a dit l’ancien haut fonctionnaire du renseignement. Il faisait référence à la menace juridique qu’affrontent certains membres de l’agence pour leur implication dans la reddition et la torture de suspects dans la guerre contre le terrorisme. "Cela a poussé les militaires dans le mur», a-t-il dit.
Quant à la C.I.A., a déclaré l’ancien haut fonctionnaire du renseignement, "l’ensemble de l’autorisation comprend le meurtre, mais c’est quand même pas pour ça qu’ils l’ont présenté. Il s’agit de recueillir des informations, d’obtenir des soutiens." Le Finding présenté au Congrès était un compromis fournissant une couverture à la CIA tout en faisant référence à l’utilisation de la force meurtrière dans des termes ambigus.

Le langage défensif-meurtrier a conduit certains Démocrates, selon des sources au Congrès au courant de leurs opinions, à appeler le directeur de la CIA et le Général Michael V. Hayden de l’armée de l’air pour une réunion d’information spéciale.
Hayden a rassuré les hommes politiques en disant que le langage utilisé ne servait qu’à fournir une autorisation aux membres des Forces Spéciales sur le terrain en Iran de tirer s’ils étaient capturés ou en mauvaise posture.

Les hommes politiques étaient loin d’être convaincus. Un membre du Congrès a ensuite écrit une lettre personnelle au Président Bush, en insistant sur le fait qu’"aucune action ou époque mortelle" n’avait été autorisée à l’intérieur des frontières de l’Iran. En Juin, il n’avait reçu aucune réponse.

Par le passé, des membres du Congrès ont exprimé leur scepticisme sur les renseignements fournis par la Maison Blanche.

Le 15 Mars 2005, David Obey, à l’époque un Démocrate de premier plan travaillant dans la Commission des Finances de la Chambre des Représentants, dirigée par les Républicains, qui approuve les dépenses, avait annoncé qu’il mettait de côté un amendement qu’il avait l’intention de présenter ce jour-là et qu’il couperait tous les financements du programme des Renseignements jusqu’à ce que le Président accepte de tenir le Congrès pleinement informé des actions militaires secrètes menées dans la guerre contre le terrorisme.
Il a changé d’avis, a-t-il dit, parce que la Maison Blanche avait promis une meilleure coopération. "Le pouvoir exécutif comprend que nous ne cherchons pas à dicter ce qu’ils doivent faire», avait-il déclaré à l’époque dans un discours. "Nous essayons tout simplement de faire en sorte que ce qu’ils font est compatible avec les valeurs américaines et que cela ne met pas le pays en difficulté."

Obey a refusé de commenter les détails des opérations en Iran, mais il m’a dit que la Maison-Blanche était revenue sur sa promesse de consulter plus en détail le Congrès. Il a dit : "Je pense qu’il y a quelque chose en cours, mais je ne sais pas que croire. Cheney a toujours voulu attaquer l’Iran, et s’il avait plus de temps, il trouverait un moyen de le faire. Nous n’avons toujours pas suffisamment d’informations de la part des agences et j’ai très peu confiance dans les informations qu’elles nous donnent."

Aucun des quatre Démocrates dans la Bande des Huit – le chef de la majorité au Sénat, Harry Reid, la présidente de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, le président de la Commission aux Renseignements du Sénat, John D. Rockefeller IV et le président de la Commission aux Renseignements de la Chambre des Représentants, Silvestre Reyes – n’a fait de commentaires sur le Finding, et certains font remarquer que c’est classé secret.

Un collaborateur d’un membre de la direction des Démocrates a répondu, en son nom, en soulignant les limites de la Bande des Huit. Une notification d’un Finding, a déclaré le collaborateur, "est juste une notification et pas une annonce d’actions. La supervision des activités de renseignements en cours est faite par un exposé complet aux membres de la Commission aux Renseignements."

Toutefois, le Congrès n’a pas les moyens de contester la Maison Blanche lorsqu’elle présente un Finding. Il a le pouvoir de suspendre le financement de toute opération du gouvernement.
Les membres de la Chambre des Représentants et la direction des Démocrates au Sénat qui ont accès au Finding peuvent aussi, s’ils le veulent et s’ils sont inquiets, trouver des moyens d’exercer leur influence politique auprès de l’administration. (Un porte-parole de la CIA a déclaré : «En règle générale, nous ne commentons pas d’une manière ou d’une autre les allégations d’actions secrètes ou des prétendues conclusions." (La Maison Blanche s’est également refusée à tout commentaire.)

Un membre de la Commission des Finances de la Chambre des Représentants a reconnu que, même avec une victoire des Démocrates en Novembre, "il faudra un an avant de reprendre le contrôle des activités des services de renseignements." Il a ajouté ; "Nous contrôlons l’argent et ils ne peuvent rien faire sans l’argent. L’argent, c’est la clé. Mais je suis très méfiant au sujet de cette administration." Il a ajouté: «Cette administration a été tellement secrète."

Une ironie ans le départ de l’Amiral Fallon, c’est qu’il était, dans de nombreux domaines, en accord avec le Président Bush sur la menace posée par l’Iran.
Ils avaient une bonne relation de travail, m’a dit Fallon et, quand il dirigeait CENTCOM, ils étaient régulièrement en contact. Le 4 Mars, une semaine avant sa démission, Fallon avait témoigné devant la Commission des Services Armés du Sénat, en disant qu’il était "encouragé" par la situation en Irak et en Afghanistan.

En ce qui concerne le rôle joué par les dirigeants iraniens, il avait déclaré : "Ils ont été absolument inutiles, très préjudiciables, et je ne tolère absolument pas aucune de leurs activités. Et depuis que je suis dans ce métier, j’attends encore de voir des actions publiques de l’Iran qui soient utiles à cette région".

Fallon a précisé dans nos conversations qu’il estimait qu’il n’était pas approprié de faire publiquement des commentaires sur le Président, le Vice-Président, ou sur des opérations spéciales. Mais il a dit qu’il avait entendu que des gens à la Maison Blanche avaient "combattu" son point de vue sur l’Iran.

"Quand je suis arrivé au CENTCOM, les Iraniens finançaient chaque entité en Irak. C’était dans leur intérêt que nous partions et donc ils ont décidé de tuer autant d’Américains que possible. Et pourquoi pas? Ils ne savaient pas ce qui en ressortirait mais ils voulaient que nous partions.
J’ai décidé que je ne pouvais pas résoudre la situation en Irak sans le voisin. Pour résoudre ce problème en Irak, nous avons dû en quelque sorte impliquer l’Iran et la Syrie. Je devais travailler avec le voisin
».

Fallon m’a dit que son centre d’attention n’était pas la question nucléaire iranienne, ou un changement de régime, mais "l’extinction des incendies en Irak." Il y avait constamment des discussions à Washington et sur le terrain sur la façon d’impliquer l’Iran et sur l’option du bombardement. Fallon dit qu’il pensait qu’"il ne se passerait rien sauf si les Iraniens faisaient quelque chose de stupide."

Toutefois, la retraite anticipée de Fallon semble avoir été provoquée non seulement par ses commentaires négatifs sur un bombardement de l’Iran, mais aussi par sa forte confiance dans la chaîne de commandement et son insistance à être informé sur les opérations spéciales dans la région sou sa responsabilité.

L’un des défenseurs de Fallon est le Général de Marine à la retraite, John J. (Jack) Sheehan, dont la dernière affectation était comme Commandant en chef du Commandement Atlantique des États-Unis, dont Fallon était un adjoint. L’année dernière, Sheehan a rejeté une offre de la Maison Blanche pour devenir l’"éminence grise" du président concernant les guerres en Irak et en Afghanistan.

"L’une des raisons du choix de Fallon pour CENTCOM par la Maison Blanche, c’est qu’il était connu comme stratège et qu’il avait fait la preuve de ces compétences dans le Pacifique" m’a dit Sheehan. (Fallon a servi comme commandant en chef des forces américaines dans le Pacifique de 2005 à 2007.)
"Il a été chargé de présenter un ensemble de stratégies cohérentes pour l’Iran, l’Irak et l’Afghanistan et, selon la loi, le commandant de combat est responsable de toutes les opérations militaires au sein de sa ZO" (Zone d’opérations).
"Ce ne fût pas le cas," dit Sheehan.
"Lorsque Fallon a essayé de donner un sens à toutes les opérations publiques et secrètes menées par l’armée dans la région sous sa responsabilité, un petit groupe à la direction de la Maison Blanche l’a exclu."

La loi citée par Sheehan est la Loi sur la Réorganisation de la Défense de 1986, connue sous le nom de Goldwater-Nichols, qui définit la chaîne de commandement : du Président au Secrétaire à la Défense, en passant par le président du Comité des Etats-Majors Interarmes, et les différents commandants de combat, qui ont été chargés de tous les aspects des opérations militaires, y compris de la formation et de la logistique. Cette autorité, déclarait la Loi, ne devait pas être partagée avec d’autres échelons de commandement.
Mais l’Administration Bush, dans le cadre de sa guerre mondiale contre le terrorisme, a institué de nouvelles politiques qui diminuent le rôle des commandants en chef régionaux. Par exemple, elle a donné aux équipes des opérations spéciales, à des commandements militaires dans le monde, la plus haute priorité en termes d’obtention de soutien et d’équipement.

Au cours des dernières années, la dégradation de la chaine traditionnelle de commandement a été un point de tension entre la Maison Blanche et les militaires en uniforme.

"La cohérence de la stratégie militaire est en train de s’éroder en raison de l’excessive influence de civils et de la direction d’opérations militaires non-conventionnelles», a dit Sheehan.
"Si vous avez des petits groupes qui planifient et mènent des opérations militaires en dehors de la connaissance et du contrôle du commandant de combat, vous ne pouvez pas avoir de stratégie militaire cohérente. Vous finissez avec une catastrophe, comme les efforts de reconstruction en Irak."

L’amiral Fallon, qui est connu sous le nom de Fox, savait qu’il se heurterait à des difficultés en tant que premier officier de Marine à la direction de CENTCOM, qui avait toujours été dirigé par un commandant de terrain, m’a dit l’un de ses collègues militaires. Il savait également que les équipes des opérations spéciales seraient un sujet de préoccupation.

"Fox a dit qu’il se passait beaucoup de choses étranges dans les Opérations Spéciales, et je lui ai dit qu’il devait arriver à comprendre ce qu’ils faisaient vraiment", m’a dit le collègue de Fallon. "Les gars des Opérations Spéciales ont finalement compris qu’ils avaient besoin de Fox et ils ont commencé à lui parler. Fox aurait gagné son combat avec les Opérations Spéciales, mais sans Cheney."

Le consultant du Pentagone a déclaré : "Fallon a été descendu parce que, à sa façon, il essayait d’empêcher une guerre avec l’Iran, et vous devez l’admirer pour cela."

Au cours des derniers mois, selon les médias iraniens, il y a eu une poussée de violence en Iran, toutefois, il est impossible à ce stade, de la mettre au crédit des activités de la CIA ou du JSOC, ou d’évaluer leur impact sur les dirigeants iraniens.

Les reportages de la presse iranienne sont soigneusement contrôlés par le colonel de l’armée de l’air à la retraite, le Colonel Sam Gardiner, qui a enseigné la stratégie au National War College et mène maintenant des jeux de guerre centrés sur l’Iran pour le gouvernement fédéral, les think tanks, et les universités.

La presse iranienne "est très libre pour décrire les meurtres qui ont lieu dans le pays," a déclaré Gardiner. C’est, dit-il, "une presse contrôlée, et le fait qu’elle publie ces choses les rendent plus importantes. Nous commençons à voir l’intérieur du gouvernement."
Il a ajouté: «Pas un jour ne se passe maintenant sans que nous voyons un conflit quelque part. Il y a eu trois ou quatre incidents lors d’un récent week-end et les Iraniens ont même publié les noms des officiers de la Garde révolutionnaire qui ont été tués."

Au début de cette année, un groupe militant Ahwazi a revendiqué l’assassinat d’un colonel de la Garde Révolutionnaire, et le gouvernement iranien a reconnu qu’une explosion dans un centre culturel à Chiraz, au sud du pays, qui a tué au moins douze personnes et blessé plus de 200, était un acte terroriste et non pas, comme il l’avait dit avec insistance au début, que c’était un accident.
Cela ne nous apprend pas l’existence d’une implication américaine dans tout événement particulier en Iran, mais, selon Gardiner, les Iraniens ont commencé à accuser publiquement les États-Unis, la Grande-Bretagne et, plus récemment, la CIA pour certains incidents.

L’agence avait été impliquée dans un coup d’Etat en Iran en 1953 et son soutien à l’impopulaire régime du Shah Mohammed Reza Pahlavi - qui a été renversé en 1979 - est condamné depuis des années par les mollahs au pouvoir à Téhéran, avec une grande efficacité.
"C’est le summum pour les Iraniens que de blâmer la CIA," a déclaré Gardiner. "C’est nouveau, et c’est une escalade : une augmentation irréversible de tensions. Cela permet au régime d’obtenir un soutien et montre à la population que la menace du ‘Grand Satan’ existe." Selon Gardiner, la violence, au lieu d’affaiblir le gouvernement religieux iranien, pourrait lui octroyer un soutien.

Bon nombre d’actions pourraient être menées par des dissidents en Iran, et non par des Américains sur le terrain. Un problème avec "le passage de l’argent" (pour utiliser le terme de la personne qui connaît le Finding) de façon secrète, c’est qu’il est difficile de contrôler où va l’argent et à qui il profite.

Néanmoins, l’ancien haut fonctionnaire des Renseignements a déclaré: «Nous avons été exposés, en raison du transfert de nos armes et de nos équipements de communications. Les Iraniens seront en mesure de prouver que l’opposition a été inspirée par les Américains. Combien de fois avons-nous essayé cela sans nous poser les bonnes questions? Est-ce que le risque en valait la peine? "
Une conséquence possible de ces opérations serait une violente répression iranienne contre l’un des groupes dissidents, ce qui pourrait donner une raison à l’administration Bush d’intervenir.

La stratégie d’utilisation des minorités ethniques pour fragiliser l’Iran est une erreur, selon Vali Nasr, qui enseigne la politique internationale à Tufts University et est également un membre du Conseil des Relations Extérieures.
"Tout simplement parce que le Liban, l’Irak et le Pakistan ont des problèmes ethniques, cela ne signifie pas que l’Iran souffre du même problème," m’a dit Nasr. «L’Iran est un vieux pays - comme la France et l’Allemagne - et ses citoyens sont tout aussi nationalistes. Les États-Unis surestiment les tensions ethniques en Iran."

"Les groupes minoritaires auxquels les États-Unis viennent en aide sont bien intégrés ou petits et marginaux, sans beaucoup d’influence sur le gouvernement ou avec la possibilité de présenter une opposition politique", dit Nasr. "Vous pouvez toujours trouver des groupes d’activistes qui vont aller tuer un policier, mais travailler avec les minorités auront un effet inverse et aliéneront la majorité de la population."

L’Administration a peut-être voulu compter sur les organisations de dissidents en Iran, même lorsqu’il y avait des raisons de croire que les groupes ont agi contre les intérêts américains dans le passé. L’utilisation d’éléments Baluchi, par exemple, est problématique, m’a dit Robert Baer, un ex-agent de la CIA qui a travaillé pendant près de deux décennies en Asie du Sud et au Moyen-Orient.

"Les Baluchi sont des Sunnites fondamentalistes qui détestent le régime de Téhéran, mais vous pouvez aussi les décrire comme Al-Qaida," m’a dit Baer. «Ce sont des gens qui coupent les têtes des non-croyants - dans ce cas-ci, ce sont les Chiites Iraniens. L’ironie est qu’une fois de plus, nous travaillons avec des fondamentalistes Sunnites, comme nous l’avons fait en Afghanistan dans les années 80."
Ramzi Yousef, qui a été condamné pour son rôle dans l’attaque à la bombe du World Trade Center en 1993, et Khalid Sheikh Mohammed, qui est considéré comme l’un des principaux cerveaux des attentats du 11 Septembre, sont des fondamentalistes Sunnites Baluchi.

L’un des groupes les plus actifs et les plus violents contre le régime en Iran est aujourd’hui le Jundallah, également connu sous le nom du Mouvement de Résistance du Peuple iranien qui se décrit comme une force de résistance luttant pour les droits des Sunnites en Iran.

«Il s’agit d’une organisation salafiste violente dont les adeptes ont participé aux mêmes madrassas que les Talibans et les extrémistes pakistanais", m’a dit Nasr.
"Ils sont soupçonnés d’avoir des liens avec Al-Qaida et ils sont aussi supposés être liés à la culture de la drogue."
Le Jundallah a revendiqué la responsabilité de l’attaque à la bombe d’un bus de soldats de la Garde Révolutionnaire en Février 2007. Au moins onze membres de la Garde ont été tués. Selon Baer et les rapports de presse, le Jundallah est l’un des groupes en Iran qui bénéficient du soutien des États-Unis.

La C.I.A. et les équipes des Opérations Spéciales ont aussi des liens de longue date avec deux autres groupes dissidents en Iran: les Moudjahidin-E-Khalq, connu en Occident sous le nom de M.E.K., et un groupe séparatiste kurde, le Parti pour une Vie Libre au Kurdistan, ou PJAK .

Le M.E.K. a été mis sur la liste des organisations terroristes du Département d’État pendant plus d’une décennie, mais ces dernières années, le groupe a reçu des armes et des renseignements, directement ou indirectement, des États-Unis.
Certains des nouveaux fonds secrets autorisés, m’a dit le consultant du Pentagone pourrait bien finir dans les coffres du M.E.K.

"Le nouveau corps expéditionnaire collaborera avec le MEK L’Administration est désespérée d’obtenir des résultats." Il a ajouté : «Le MEK n’a pas de C.P.A pour vérifier les livres, et ses dirigeants sont connus pour se remplir les poches depuis des années. Si les gens ne savaient seulement ce qu’obtient le MEK et combien va sur ses comptes bancaires - et pourtant tout cela ne sert presque à rien pour les objectifs de l’Administration."

Le parti kurde, PJAK, qui serait soi-disant également secrètement soutenu par les États-Unis, opère contre l’Iran à partir de bases situées dans le nord de l’Irak depuis au moins trois ans. (L’Iran, comme l’Irak et la Turquie, a une minorité kurde, et le PJAK comme d’autres groupes veulent une autonomie sur un territoire qui fait maintenant partie de chacun de ces pays.)

Ces dernières semaines, selon Sam Gardiner, le stratège militaire, ont été marquées par une augmentation du nombre des engagements armés du PJAK avec les Iraniens et des attaques terroristes contre des cibles iraniennes.

Au début du mois de Juin, l’agence de presse Fars a indiqué qu’une dizaine de membres du PJAK et quatre gardes frontière iraniens ont été tués dans un affrontement près de la frontière avec l’Irak : un attentat semblable à celui de mai qui a tué trois Gardes de la Révolution et neuf combattants du PJAK. Le PJAK a également porté à plusieurs reprises des attaques terroristes en Turquie, membre de l’OTAN, et les rapports sur le soutien américain au groupe ont été une source de friction entre les deux gouvernements.

Gardiner a également mentionné un voyage que le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a fait à Téhéran en Juin. A son retour, Maliki a annoncé que son gouvernement allait interdire tout contact entre les étrangers et les MEK — Une gifle aux relations des États-Unis avec le groupe.

Maliki a déclaré que l’Irak de voulait pas être une base pour les opérations secrètes contre d’autres pays. C’était un signe, dit Gardiner, du "choix grandissant de Maliki pour les intérêts de l’Irak contre les intérêts des États-Unis."

Pour ce qui est des allégations américaines concernant une implication iranienne dans l’assassinat de soldats américains, dit-il, "Maliki n’était pas disposé à jouer le jeu de blâmer l’Iran." Gardiner a ajouté que le Pakistan venait d’accepter de remettre un chef du Jundallah au gouvernement iranien. Les opérations secrètes américaines, dit-il, "semblent porter atteinte aux relations avec les gouvernements irakiens et Pakistanais et pourraient bien renforcer les relations entre Téhéran et Bagdad."

La confiance de la Maison Blanche dans des opérations contestables et les plans impliquant d’éventuelles actions mortelles en Iran ont engendré de la colère et de l’inquiétude concernant les opérations spéciales et les opérations des renseignements.

Les opérations du JSOC en Iran sont soupçonnées d’être calquées sur un programme qui a, avec un certain succès, utilisé des substituts pour cibler les dirigeants Talibans dans les territoires tribaux du Waziristan, le long de la frontière pakistano-afghane. Mais les situations au Waziristan et en Iran ne sont pas comparables.

«Au Waziristan, le programme fonctionne parce que c’est un petit nombre de types intelligents qui s’en occupent", m’a dit l’ancien au responsable des Renseignements. «Il est exécuté par des professionnels. La NSA, la CIA et la DIA" — La Defense Intelligence Agency - "travaillent avec les forces spéciales et les services de renseignements pakistanais, et ils traitent avec des méchants."

Il a ajouté : «Nous devons être très prudents en faisant venir des missiles. Nous devons frapper des maisons à certains moments. A quelques centaines de mètres, des gens sur le terrain regardent avec des jumelles et demandent des lieux précis, en latitude et longitude. Nous laissons rôder le Prédateur jusqu’à ce que les cibles entrent dans une maison, et nous devons faire en sorte que nos gars soient assez loin de sorte qu’ils ne soient pas touchés. "

L’une des plus importantes victimes de ce programme, a déclaré l’ancien fonctionnaire, était Abou Laith al-Libi, un haut commandant taliban, qui a été tué le 31 Janvier, soi-disant dans une frappe de missile qui a tué onze autres personnes.

Une dépêche publiée le 26 mars par le Washington Post faisait état de l’augmentation du nombre de frappes réussies contre des Taliban et d’autres groupes d’insurgés dans des zones tribales du Pakistan. Un suivi d’article notait qu’en réponse, les Taliban avaient tué "des dizaines de personnes" soupçonnées de fournir des informations aux États-Unis et à ses alliés sur l’endroit où se trouvaient les dirigeants Taliban. La plupart des victimes étaient supposés être des espions américains, et leur exécution - dans un cas, une décapitation - a été filmée et distribuée sur DVD comme avertissement aux autres.

Il n’est pas simple de reproduire ce programme en Iran. "Tout le monde discute de la liste des cibles de haute valeur", déclare l’ancien haut responsable des Renseignements. "Le gars des Forces Spéciales sont en rogne parce que le bureau de Cheney a établi des priorités pour les catégories de cibles et maintenant il est impatient et fait pression pour obtenir des résultats. Mais il faut beaucoup de temps pour avoir les bonnes personnes en place».

Le consultant du Pentagone m’a dit: "Nous avons eu des résultats merveilleux dans la Corne de l’Afrique avec l’utilisation de substituts et de faux drapeaux – des stratégies de base du contre-espionnage et de la contre-insurrection. Et nous commençons à créer des petits groupes en Afghanistan. Mais la Maison Blanche va tuer le programme si elle les utilise contre l’Iran. C’est une chose que de se livrer à des frappes sélectives et à des assassinats au Waziristan et une toute autre chose en Iran.
La Maison Blanche pense qu’un programme convient partout, mais les questions juridiques concernant les exécutions extrajudiciaires au Waziristan sont moins un problème parce qu’Al-Qaida et les Taliban traversent la frontière pour se rendre en Afghanistan et reviennent souvent traqués par les forces américaines et celles de l’OTAN. La situation n’est pas aussi claire dans le cas iranien. Toutes les considérations - juridiques, stratégiques et politiques - sont différentes en Iran
."

Il a ajouté: «Il existe un énorme opposition dans la communauté des Renseignements à l’idée de mener une guerre secrète en Iran, et d’utiliser les Baluchis et les Ahwazis comme substituts. Les responsables de nos membres des opérations spéciales ont un remarquable courage physique, mais ils sont moins enclins à exprimer leur opposition à la politique. L’Iran n’est pas le Waziristan."

Un sondage Gallup effectué en Novembre dernier et rendu public avant le N.I.E., a révélé que 73% des personnes interrogées pensaient que les États-Unis devraient utiliser l’action économique et diplomatique pour arrêter le programme nucléaire iranien, alors que seuls 18% étaient favorables à une action militaire directe. Les Républicains étaient deux fois plus susceptibles que les Démocrates d’approuver une frappe militaire.

La lassitude de la guerre en Irak a sans aucun doute affecté la tolérance du public pour une attaque contre l’Iran. Cependant, cette disposition pourrait changer rapidement. Le potentiel d’escalade est apparu clairement au début du mois de Janvier, lorsque cinq vedettes de patrouille iraniennes, supposées être sous le commandement de la Garde Révolutionnaire, ont effectué une série d’actions agressives contre trois bateaux de guerre naviguant dans le Détroit d’Ormuz.

Les rapports initiaux sur l’incident rendus public par le bureau de presse du Pentagone déclaraient que les Iraniens avaient menacé, par radio de bateau à bateau, de "faire exploser" les navires américains.

Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, le Président, le jour où il partait pour un voyage de huit jours au Moyen-Orient, a qualifié l’incident de "provocation" et de "dangereux" et il y a eu, très brièvement, un sentiment de crise et d’indignation contre l’Iran.
"A DEUX MINUTES DE LA GUERRE" titrait un journal britannique.

La crise a été rapidement désamorcée par le vice-amiral Kevin Cosgriff, le commandant des forces navales américaines dans la région. Aucun coup de semonce n’a été tiré, a déclaré l’amiral à la presse du Pentagone le 7 janvier, par téléconférence depuis son siège, à Bahreïn.
"Oui, c’est plus grave que nous l’avions pensé, mais, pour mettre les choses dans leur contexte, nous dialoguons régulièrement avec la Garde révolutionnaire iranienne et leur Marine", a déclaré Cosgriff. «Je n’ai pas eu le sentiment d’après les rapports que j’ai reçus qu’il y avait un sentiment de peur face à ces cinq bateaux."

La prudence de l’Amiral Cosgriff était bien fondée: Moins d’une semaine plus tard, le Pentagone a reconnu qu’il n’avait pas pu identifier les bateaux iraniens comme étant la source de la sinistre transmission et les articles de presse ont laissé entendre qu’elle avait plutôt du provenir d’un farceur bien connu pour envoyer de faux messages dans la région.

Néanmoins, l’attitude de Cosgriff a mis en colère Cheney, selon l’ancien haut responsable des Renseignements. Mais l’incident a appris quelque chose : Le public a soutenu l’idée de représailles, et a même demandé pourquoi les Etats-Unis n’en avaient pas fait plus. L’ancien responsable a déclaré que, quelques semaines plus tard, une réunion a eu lieu dans le bureau du Vice-Président. "La question est de savoir comment créer un casus belli entre Téhéran et Washington", a-t-il dit.

En Juin, le Président Bush a fait une visite d’adieu à l’Europe. Il a pris le thé avec la reine Elizabeth II et a dîné avec Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, le Président et la Première Dame de France.

Les affaires sérieuses ont été cachées et ont impliqué une série de réunions sur un nouvel effort diplomatique pour persuader les Iraniens de mettre fin à leur programme d’enrichissement d’uranium. (L’Iran affirme que son programme d’enrichissement est à des fins civiles et est légal au regard du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.)

La Secrétaire d’État Rice a été impliquée dans l’élaboration d’un nouvel ensemble de mesures d’encouragements. Mais l’essentiel de la position de négociation de l’Administration semble être inchangé : il n’y aura pas de discussions tout pendant que l’Iran ne mettra pas fin à son programme.
Les Iraniens ont à maintes reprises et catégoriquement rejeté cette condition, laissant la situation diplomatique dans une impasse, ils n’ont pas encore répondu officiellement aux nouvelles propositions.

La poursuite de l’impasse alarme de nombreux observateurs. Joschka Fischer, l’ancien ministre allemand des Affaires Etrangères, a récemment écrit dans une colonne publiée dans plusieurs journaux qu’il ne serait "peut-être pas possible de geler le programme nucléaire iranien pendant la durée des négociations afin d’éviter un affrontement militaire avant leur fin. Si cette nouvelle tentative échoue, les choses vont bientôt devenir graves. Mortellement graves."

Quand je lui a parlé la semaine dernière, Fischer, qui a de nombreux contacts parmi les Diplomates, a déclaré que la dernière approche européenne comprend un nouvel élément : la volonté des États-Unis et des Européens d’accepter moins qu’un arrêt complet de l’enrichissement comme une étape intermédiaire.

"La proposition dit que les Iraniens doivent cesser la fabrication de nouvelles centrifugeuses et que l’autre partie arrêtera de présenter de nouvelles sanctions devant le Conseil de sécurité des Nations Unies», a dit Fischer, bien que l’Iran devrait tout de même geler ses activités d’enrichissement lorsque les négociations officielles commenceront.

"Cela pourrait être acceptable pour les Iraniens - s’ils font preuve de bonne volonté. La grande question", a ajouté Fischer, "se trouve à Washington.
Je pense que les Américains sont profondément divisés sur la question de ce qu’il faut faire au sujet de l’Iran", a-t-il dit. "Certains responsables sont préoccupés par les retombées d’une attaque militaire et d’autres pensent qu’une attaque est inévitable. Je connais les Européens, mais je ne sais pas du tout jusqu’où iront les Américains sur cette question."

Il y a une autre complication: la politique présidentielle américaine. Barack Obama a dit que, s’il était élu, il commencera des négociations avec l’Iran sans conditions préalables "voués à l’échec" (mais seulement après que soient posées des bases diplomatiques).

Cette position a été vivement critiquée par John McCain. Le Washington Post a récemment cité Randy Scheunemann, le directeur à la sécurité nationale de la campagne de McCain, disant que McCain soutenait la position de la Maison Blanche, et que le programme devait suspendu avant le début des négociations. Ce que propose Obama, dit Scheunemann, "c’est un sommet unilatéral de rigolos".

Scheunemann, qui est connu en tant que néoconservateur, est également le plus important canal de communication avec la Maison Blanche de la campagne de McCain. C’est un ami de David Addington, le chef d’état-major de Dick Cheney.

J’ai entendu différents récits de l’influence de Scheunemann sur McCain, même si certains proches de la campagne de McCain parlent de lui comme un possible conseiller en matière de sécurité nationale, d’autres disent qu’il est quelqu’un qui n’est pas pris au sérieux en "disant à Cheney et à d’autres ce qu’ils veulent entendre", comme l’a dit un conseiller de McCain.

On ne sait pas si McCain, qui est le Républicain le plus haut placé dans la Commission des Services Armés au Sénat, a été officiellement informé sur les opérations en Iran.

Lors de la conférence annuelle de l’American Israel Public Affairs Committee, en Juin, Obama a répété son plaidoyer en faveur d’une "diplomatie dure et de principe." Mais il a également dit, comme McCain, qu’il garderait sur la table la menace d’une action militaire contre l’Iran.
 
Article original en anglais, Preparing the Battlefield, Truthout, 4 juillet 2008.

Traduction: MG pour ISM.

 

Le New York Times révèle les dessous de la traque de Ben Laden

Selon le blogue informé de Matt Drudge (DrudgeReport.com), l’administration Bush est furieuse à l’encontre du New York Times car ils ont appris qu’un article à paraître demain révèlerait les dessous de la traque de Ben Laden. Un débat existerait entre le Pentagone et d’autres agences dont la CIA concernant le meilleur moyen de retrouver le leader d’Al Quaeda.

Le gouvernement Bush serait très embarrassé par la révélation des dissensions internes au sein des agences censées traquer le terroriste le plus recherché par les Etats-Unis d’Amérique.

Source : EnAmerique.com, le 29 juin 2008


Cette nouvelle est à mettre en perspective avec cette courte vidéo tirée du documentaire français OBL, Les ratés d’une traque.

Les journalistes y racontent qu’à deux reprises des soldats français en Afghanistan ont eu la possibilité d’intercepter et même d’abattre le chef d’Al-Qaïda. Chaque fois, les Américains les en ont empêché. Si l’administration Bush n’a pas réagi, à Paris le documentaire a suscité déjà remous. A tel point que le ministère français de la Défense a pris la peine d’apporter un démenti : « Pure affabulation », selon le porte-parole du ministère français de la Défense.

Ces révélations rejoignent pourtant celles de deux soldats Américains, membres des Forces spéciales, dont l’ouvrage en français Sur les traces d’Al-Qaïda paru fin 2004, est curieusement passé inaperçu. Plus d’informations sur cet ouvrage sur The political Machine.

[Mise à jour 2 juillet 2008 : L’article mentionné par Matt Drudge a en fait été publié par l’International Herald Tribune : http://www.iht.com/articles/2008/06/30/america/30tribal.php]

L’Europe après la Seconde Guerre mondiale: Démocraties libres ou satellites des USA?

«Les armées secrètes de l’OTAN – Réseaux Stay Behind, Gladio et Terrorisme en Europe de l’Ouest»

par Henriette Hanke Güttinger pour Horizons et débats

L’étude scientifique de l’historien Daniele Ganser intitulée «Les armées secrètes de l’OTAN – Réseaux Stay Behind, Gladio et terrorisme en Europe de l’Ouest» est parue en 2007 en français1. Dans cet ouvrage brillamment rédigé, Ganser présente les faits de manière nuancée et aisément compréhensible pour le profane. Ce qu’il nous apprend va changer fondamentalement l’historiographie de l’époque de la guerre froide. Ce livre se lit comme un roman.

Ganser montre que de la fin de la Seconde Guerre mondiale à 1990 existaient dans les pays membres de l’OTAN, à côté des troupes ordinaires de l’Alliance, des armées secrètes de l’OTAN (nommées aussi Stay-Behind ou Gladio) qui avaient été mises en place par la CIA et le MI6 britannique.2 Ces armées secrètes de l’OTAN étaient commandées et coordonnées par un bureau de la sécurité secret au sein du quartier général de l’OTAN à Bruxelles. Selon l’ex-président américain Richard Nixon, L’OTAN elle-même était soumise au Pentagone.3
Les représentants des armées secrètes se réunissaient chaque année dans l’une des capitales européennes. «Des représentants de la CIA étaient toujours présents aux réunions des armées stay-behind» se souvient le général Gerardo Serravalle qui avait commandé le Gladio en Italie entre 1971 et 1974.4
Le but de ces armées secrètes était de créer des structures clandestines pour armer l’Europe de l’Ouest contre une invasion soviétique et pour empêcher la prise de pouvoir des communistes dans les pays européens.5 La CIA et le MI6 financèrent la constitution et le fonctionnement de ces troupes de guérilla clandestines, ils les entraînèrent et aménagèrent des caches secrètes remplies d’armes et d’explosifs.
Ganser décrit les activités6 des armées secrètes de l’OTAN en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Italie, en France, en Espagne, au Portugal, en Belgique, aux Pays Bas, au Luxembourg, au Danemark, en Norvège, en Allemagne, en Grèce7 et en Turquie. Dans ces pays, il n’y avait que quelques représentants politiques bien choisis qui étaient informés de l’existence de ces armées secrètes. De manière générale, les parlementaires élus par le peuple ne se doutaient de rien. Ainsi ces armées de l’OTAN opéraient en dehors de tout contrôle démocratique.

Field Manual 30-31B

Selon un document de l’état-major américain (Field Manuel 30-31B)8 les armées secrètes de l’OTAN avaient entre autres aussi la mission d’empêcher ou d’éliminer des gouvernements qui ne convenaient pas aux Etats-Unis. En 1961, elles planifièrent, mais sans succès, un putsch contre le gouvernement de Gaulle. En 1967, elles renversèrent en Grèce le gouvernement Papandréou et y installèrent une junte militaire des plus brutales. En Turquie, elles participèrent aux putschs militaires de 1960, de 1971 et à celui du général Evren de 1980.

Opérations sous fausse bannière

Dans le Field Manual 30-31B sont décrites des «opérations sous fausse bannière»9. Il s’agit d’attentats terroristes initiés ou perpétrés par des services secrets ou les armées clandestines de l’OTAN et qui ont ensuite été imputés aux communistes ou aux socialistes. Dans certains pays membre de l’OTAN, on a, selon Ganser, eu recours à ce concept secret: «Cette lutte contre l’ennemi intérieur faisait partie du concept dans certains pays. Elle faisait partie de la «stratégie de la tension» et reposait sur le terrorisme. C’est sans doute en Italie et en Turquie10 que cette stratégie quasi diabolique fut appliquée avec le plus de succès, à l’aide d’attentats à la bombe et de massacres contre la population que l’on attribua ensuite à l’adversaire politique, c’est-à-dire à la gauche.»11

La guerre secrète en Italie

Ganser décrit minutieusement comment les USA ont massivement influencé la politique en Italie entre 1945 et 1993. La CIA, les services de renseignements italiens, l’armée secrète italienne de l’OTAN (Gladio) ainsi que des terroristes d’extrême droite ont mené une guerre secrète contre les communistes italiens (PCI) et les socialistes (PSI). D’une part, les campagnes électorales des démocrates chrétiens (DCI) contre la gauche italienne ont été soutenues par les USA à coups de millions de dollars. D’autre part, ces organismes ont perpétré des attentats terroristes sanglants. Juste avant Noël 1969, quatre bombes éclatèrent sur des places très animées à Rome et Milan où 16 personnes trouvèrent la mort. On attribua ce crime aux communistes. En 1972, une voiture piégée explosa près du village italien de Peteano et tua trois carabinieri. Deux jours plus tard, la police reçut un renseignement anonyme selon lequel les Brigades rouges étaient les auteurs de ce crime. En 1974, une bombe explosa au milieu d’une manifestation antifasciste: elle fit 8 morts et 102 blessés.
En août 1974, une autre bombe explosa dans l’Italicus Express qui faisait le trajet Rome-Munich. Il y eut 12 morts et 48 blessés. Le 2 août 1980, un attentat à la bombe tua 85 personnes et en blessa 200 à la gare de Bologne. Les médias et les autorités politiques déclarèrent que les auteurs étaient les Brigades Rouges.

Aldo Moro, une victime du Gladio?

Le 16 mars 1978, Aldo Moro fut capturé sur le trajet entre sa maison et le Parlement et retenu en otage dans le centre de Rome pendant 55 jours. Puis on découvrit son corps criblé de balles dans le coffre d’une voiture abandonnée dans le centre de Rome. L’Italie était sous le choc. Les services secrets militaires et le Premier ministre d’alors, Giulio Andreotti, accusèrent l’organisation terroriste d’extrême gauche des Brigades Rouges et prirent des mesures énergiques contre la gauche. Celle-ci perdit par la suite beaucoup de sympathies dans le monde occidental.
Ganser a récolté un grand nombre d’indices concernant l’affaire Aldo Moro qui indiquent que ce fut une «opération sous fausse bannière» exécutée par Gladio. Suite à ses très bons résultats aux élections, Aldo Moro tenta, dès 1972, d’associer la gauche italienne au gouvernement. En 1974, Moro, ministre des Affaires étrangères, et le Premier ministre Giovanni Leone se rendirent à Washington pour discuter avec les Américains de leur projet d’associer le PCI et le PSI au gouvernement.
A son retour en Italie, Moro fut malade plusieurs jours et envisagea de se retirer complètement de la vie politique. «C’est l’une des rares fois où mon mari me fit part de ce qu’on lui avait dit, sans toutefois me dire de qui cela provenait», témoigna plus tard sa femme Eleonora Moro.12
Lors des élections législatives de juin 1976, le PCI réalisa le meilleur score de son histoire, 34,4%, infligeant une cinglante défaite à la DCI. Aldo Moro, président par intérim de la DCI, se décida à passer outre à l’interdiction formulée par les Américains. Le 16 mars 1978, emportant dans son attaché-case les documents à son projet d’associer les communistes au gouvernement, il ordonna à son chauffeur de le conduire, en compagnie de ses gardes du corps, au Parlement où il était résolu à présenter son programme intégrant les communistes à l’exécutif. C’est pendant ce trajet que sa voiture fut arrêtée et qu’il fut capturé.

Et John F. Kennedy?

Dans l’ouvrage de Ganser se trouvent aussi quelques développements intéressants sur la politique de John F. Kennedy face à l’Italie. Contrairement à ses prédécesseurs Truman et Eisenhower, Kennedy toléra la participation des socialistes italiens (PSI) au gouvernement conformément à leurs succès électoraux. En juillet 1963, il se rendit à Rome et invita à cette occasion Pietro Nenni, le chef des socialistes italiens, à lui rendre visite aux Etats-Unis. En novembre 1963, le président Kennedy fut assassiné à Dallas, au Texas, dans des circonstances troubles. Cinq mois plus tard, la CIA, l’armée secrète Gladio et les carabiniers déclenchèrent un coup d’Etat qui força les socialistes à renoncer à leurs ministères.

Les raisons de ce terrorisme

En 1984, l’homme de droite Vinciguerra, qui avait exécuté l’attentat de Peteano, révéla devant la justice l’existence de Gladio, l’armée secrète italienne de l’OTAN. Il déclara que Gladio avait participé à des attentats qui avaient ensuite été attribués aux Brigades Rouges. Gladio avait été chargée par les Etats-Unis d’empêcher que la gauche n’accède au pouvoir en Italie. Cette organisation était soutenue par les services secrets officiels ainsi que par les forces politiques et militaires.
En 2000, la commission du Parlement italien chargée d’enquêter sur Gladio et sur les attentats perpétrés dans le pays conclut: «Ces tueries, ces bombes, ces opérations militaires ont été organisées, encouragées ou soutenues par des personnes travaillant pour les institutions italiennes et, comme cela a été découvert plus récemment, par des individus liés aux structures du renseignement américain».13

La guerre secrète en Turquie

La Turquie avait et a toujours une importance particulière pour les intérêts géopolitiques des USA.14 Pendant la guerre froide, elle avait des frontières communes avec les pays du Pacte de Varsovie, notamment avec la Russie. L’OTAN installa donc du matériel de pointe dans le pays qui servit dès lors aux USA de poste d’écoute. Mais la Turquie servit aussi de base arrière pour les opérations menées par les USA et l’OTAN dans les pays pétroliers du Moyen-Orient et dans les républiques du Caucase, notamment lors de la guerre du Golfe de 1991.15
Pour constituer en Turquie une armée stay-behind anticommuniste, communément appelée contre-guérilla, les USA16 utilisèrent la mouvance dominante, mais violente du panturquisme17, où le colonel Alparsan Türks, officier proche de l’extrême droite et admirateur de Hitler, joua un rôle central.18 La contre-guérilla fut responsable de trois coups d’Etat sanglants contre des gouvernements trucs légitimement élus ainsi que du massacre de Kizildere (1972), du terrible massacre d’Istanbul (1er mai 1977), du massacre de Bahcelivler (1978). L’attentat contre le pape Jean Paul II est également à mettre sur le compte de la contre-guérilla. Les escadrons de la mort de cette armée secrète turque de l’OTAN jouèrent aussi un rôle sinistre lors de la répression sanglante des Kurdes turcs.

Des liens avec les pays neutres

Lors de ses recherches, Ganser a constaté qu’il existait dans quatre pays neutres (Finlande, Autriche, Suède, Suisse) des armées secrètes ayant des liens indirects avec l’OTAN. L’auteur a également écrit sur ce sujet.19

L’Europe, colonie américaine

Lorsqu’on apprit, après 1990, que des armées secrètes étaient à l’œuvre dans tous les pays européens, le scandale fut grand. Bien que dans tous les parlements des voix demandaient que l’on fasse la lumière sur ce sombre chapitre, seules la Belgique, l’Italie et la Suisse mirent sur pied des commissions d’enquête dont les résultats furent rendus publics. Tous les autres pays, et également l’UE, pratiquèrent le mensonge et la dissimulation. Ils ne reconnurent que ce qui pouvait être prouvé. Ganser se heurta à un même mur du silence lors de son enquête sur les armées secrètes de l’OTAN en Europe. On ne mit à sa disposition que les documents officiels. L’OTAN et le MI6 lui refusèrent l’accès à leurs archives. Il s’agit là d’un fait choquant. Des opérations des services secrets (meurtres, massacres, coups d’Etat et attentats terroristes) menées dans des démocraties européennes ne peuvent pas être élucidées parce que l’OTAN et le MI6 refusent d’ouvrir leurs archives, si bien que Ganser ne put enquêter que sur la partie visible de l’iceberg. Ce qu’il a révélé est sinistre et pose la question de savoir dans quelle mesure les Etats européens sont souverains.20 Les démocraties sont des farces et les représentants du peuple des marionnettes qui ignorent tout des opérations secrètes menées dans leurs pays depuis 1945.

Politique de souveraineté limitée

Les recherches concernant les armées secrètes de l’OTAN21 partent de l’idée que les services secrets des pays membres de l’OTAN ont dû, lors de leur adhésion, s’engager à empêcher que les communistes prennent le pouvoir dans leurs pays. Cela représente une immixtion dans les affaires intérieures de ces pays. En 1966, quand de Gaulle décida de se retirer du commandement conjoint de l’OTAN, il dénonça ce procédé comme une atteinte à la souveraineté nationale.22
En 1967, des journalistes norvégiens publièrent un document interne ultrasecret et non-daté de l’OTAN qui était signé par le général américain J. P. McConnel, vice-commandant des forces américaines en Europe. Ce document prouvait que les Etats-Unis étaient prêts à intervenir en Europe occidentale si leurs intérêts dans la région étaient mis en cause: «En cas de troubles intérieurs susceptibles d’entraver la mission des troupes américaines, tels qu’une insurrection militaire ou un vaste soulèvement populaire contre le gouvernement du pays hôte, [l’armée américaine] doit tout mettre en œuvre pour enrayer ces troubles en utilisant ses propres ressources.»23

Conséquences pour la recherche historique

Vu les crimes que la recherche sur les armées secrètes de l’OTAN a déjà pu prouver jusqu’à présent, les hommes politiques et les historiens devraient exiger de leurs parlements que les archives secrètes des pays membres de l’OTAN soient mises à la disposition de la recherche historique dès maintenant. L’histoire de la guerre froide va devoir être réécrite. Alors qu’à la suite de 1989, l’ouverture des archives a mis au jour l’histoire de la politique extérieure et intérieure de l’Union soviétique24, une grande partie des populations de l’Occident s’imagine toujours que les Etats-Unis ont restauré la liberté en Europe en 1945. Les historiens devront montrer que ce n’est malheureusement pas le cas.


1     Les recherches de Ganser ont été publiées en anglais en 2005 (NATO’s Secret Armies –Operation Gladio and Terrorism in Western Europe) et en allemand en 2008 (Nato Geheimarmeen in Europa – Inszenierter Terror und verdeckte Kriegsführung).
2     Dans beaucoup de ces pays, les Américains recrutèrent des partisans de l’extrême droite pour former les réseaux Stay-Behind de l’OTAN. C’est ainsi que l’officier SS et responsable de la Gestapo Klaus Barbie, le «Boucher de Lyon», avait été recruté en 1947 par le CIC (Counter Intelligence Corps) américain qui l’avait ensuite aidé à échapper aux poursuites pour crimes de guerre (Procès de Nuremberg) avant d’organiser sa fuite d’Europe vers l’Argentine en 1951. De même Reinhard Gehlen, un des généraux de Hitler et d’autres nazis ont été recrutés pour Gladio par les Américains. Cf. «La guerre secrète en Allemagne» in: Ganser, OTAN, p. 261-290.
3    «Le seul organisme international qui ait jamais fonctionné, c’est l’OTAN, tout simplement parce qu’il s’agit d’une alliance militaire et que nous étions aux commandes». Citation du Président Nixon dans: Ganser, OTAN, p. 56.
4    Citation de Serravalle in: Ganser, OTAN, p. 59.
5     Le National Security Council (NSC) adopta en 1947 sa directive 4-A qui ordonnait à la CIA d’entreprendre une large série d’actions clandestines destinées à écarter le risque d’une victoire des communistes lors des élections italiennes imminentes.
La directive NSC 10/2 de 1948 autorisa la CIA à effectuer des missions clandestines dans tous les pays du monde et la mise en place d’armées anticommunistes secrètes du réseau Gladio en Europe de l’Ouest. Cf. Ganser, OTAN, p. 89-91.
6     Ganser les qualifie de guerres secrètes.
7     La Grèce était une base importante pour les USA. Le quartier général de la CIA d’Athènes devint, selon Ganser, «la base arrière des activités de la CIA dans la péninsule balkanique et au Moyen-Orient, jusqu’en Iran.» cf. Ganser, OTAN, p. 298.
8    Document de l’état-major américain de 1970 (signé par Westmoreland): «Ce Field Manual 30-31B est un document explosif découvert en Italie. Il concerne non seulement les armées secrètes mais fondamentalement la collaboration des services secrets américains avec ceux des autres pays et les opérations anticommunistes secrètes. On y trouve décrites les «false flag operations», fausses attaques terroristes destinées à persuader la population du danger communiste. (Ganser, Basler Zeitung du 16/12/2004)
9    en anglais: «false flag operation»
10    cf. Ganser, OTAN, p. 310
11    Ganser in: Basler Zeitung du 16/12/04
12    Eleonora Moro. In: Ganser, OTAN, p. 121
13    Ganser, OTAN, p. 39/40
14     Zbigniew Brzezinski considérait la Turquie comme l’un des cinq «pivots géopolitiques cruciaux» sur la nouvelle carte politique de l’Eurasie. Cf. Zbigniew Brzezinski, Le Grand Echiquier – L’Amérique et le reste du monde, Paris, 1997, p. 69.
15     Ganser, OTAN, p. 308.
16     Pour illustrer l’influence des Etats-Unis en Turquie, Ganser cite le directeur adjoint des Services secrets turcs (MIT) Sabahattin Savasman: «Il existe au sein de la CIA un groupe d’une vingtaine d’agents au moins qui collaborent avec le MIT et agissent dans les plus hautes instances du service. Ils contrôlent le partage des informations aussi bien que la coopération lors des opérations conjointes menées en Turquie et à l’étranger. Notre service collabore avec la CIA depuis les années 1950 […] tous les équipements technologiques que nous utilisons nous ont été fournis par la CIA. Bon nombre de nos employés ont été formés à l’étranger par la CIA. Le quartier général du MIT a été construit par la CIA.» «Tout l’équipement destiné aux interrogatoires [= instruments de torture], des appareils les plus simples aux plus sophistiqués, provient de la CIA. Je le sais pour l’avoir moi-même utilisé. Le coût des opérations en Turquie et à l’étranger était couvert par le budget de la CIA».
A titre d’exemple d’opération commune du MIT et de la CIA, Savasman mentionne aussi l’agent du MIT Hiram Abas. «Abas avait pris part à des opérations menées conjointement avec la CIA au Liban, opérations dont il avait tiré des revenus
considérables et qui consistaient à prendre pour cible des jeunes gauchistes dans les camps de réfugiés palestiniens. Il recevait en outre des primes pour ses bons résultats sur le terrain». Savasman cité dans: Ganser, OTAN, p. 316.
17    Les représentants du panturquisme croient à la supériorité de la race et de la nation turques. Ils aspirent à l’unification des peuples turcs, de la Chine occidentale à l’Espagne. Cf. Ganser, OTAN, p. 312.
18    Ganser, OTAN, p. 309.
19    Daniele Ganser, The British Secret Service in
Neutral Switzerland: An Unfinished Debate on Nato’s Cold War Stay Behind Armies, in: Intelligence and National Security, décembre 2005,
volume 20, numéro 4, pp. 553–580.
20    En mars 2001, le général Giandelio Maletti, ancien patron du contre-espionnage italien, exprima rétrospectivement des regrets: «L’Italie a été traitée comme une sorte de protectorat. J’ai honte à l’idée que nous soyons toujours soumis à un contrôle
spécial.» Maletti cité dans: Ganser, OTAN, p. 29.
21    Ganser, OTAN, pp. 55–58.
22    Ganser, OTAN, p. 58.
23    Supplement No 3 to the documents of the Civil
Affairs Oplan No 100-1. Cité dans Ganser, OTAN, p. 254.
24    Cf. Stéphane Courtois et al., Le livre noir du communisme – crimes, terreur, répression. Paris 1997. Wladimir Bukovski, Abrechnung mit Moskau – Das sowjetische Unrechtsregime und die Schuld des Westens, Bergisch Gladbach 1996. Christopher Andrew, Wassili Mitrochin, Das Schwarzbuch des KGB – Moskaus Kampf gegen den Westen, Berlin 1999.
25    Armée secrète de l’OTAN financée par la CIA.
26    Dénomination turque de l’armée secrète de l’OTAN en Turquie.
27    Cf. Peter Ziegler, Zeiten Menschen Kulturen, Zurich, 1985, p. 63
28    Supplement No 3 to the documents of the Civil, Affairs Oplan No 100-1. Cité dans Ganser, OTAN, p. 254.


Chronologie (de 1940 à 2001)
D. Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN,
pp. 339–343.
Bibliographie sélective
D. Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN,
pp. 389–390.

 


La guerre secrète en Turquie: Le coup d’Etat militaire de 1980

Le général Evren tint son engagement. Il s’empara du pouvoir lors du coup d’Etat du 12 septembre 1980 pendant que la Force mobile de l’OTAN effectuait un exercice Anviel Express. Au cours de son procès, un activiste d’extrême droite prétendit plus tard que les massacres et les attentats perpétrés dans les années 1970 avaient fait partie d’une stratégie visant à permettre l’accession au pouvoir d’Evren et de la droite militaire: «Les massacres étaient une provocation du MIT, qui avec celle de la CIA ont préparé le terrain pour le coup du 12 septembre.» On découvrit par la suite qu’au moment du putsch, le général Evren avait dirigé le Département des opérations spéciales et commandait à présent l’armée secrète contre-guérilla. Quand celui-ci troqua sa tenue de camouflage contre un costume cravate et se proclama Président de la République, tous les attentats terroristes cessèrent soudainement.
Le président américain Jimmy Carter était à l’opéra lorsque survint le coup d’Etat en Turquie. Dès qu’il apprit la nouvelle, il appela Paul Henze, l’ancien chef de station qui avait quitté Ankara juste avant le putsch pour devenir conseiller à la sécurité auprès du Président à Washington, au département Turquie de la CIA. Au téléphone, Carter lui annonça ce qu’il savait déjà: «Vos gars viennent de réaliser un coup d’Etat!» Carter avait vu juste. Le lendemain du putsch, Henze déclara triomphalement à ses collègues de la CIA: «Nos gars l’ont fait!»

Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN,
pp. 325/26.

Le «Boucher de Lyon», un protégé des USA

Erhard Dabringhaus, qui collabora avec le CIC américain en Allemagne en 1948 et 1949, a déclaré dans un documentaire consacré à Gladio avoir lui-même participé au recrutement d’anciens nazis, quoiqu’il désapprouvât fortement cette pratique. «En 1948, j’étais un agent spécial du CIC, notre service de contre-espionnage dans l’Allemagne occupée. J’étais stationné à Augsburg et étant donné que je parlais couramment la langue, on m’a confié la direction d’un réseau d’informateurs allemands dont faisait partie Klaus Barbie et Klaus Barbie était, euh … j’ai découvert plus tard qu’il était recherché pour meurtre par les Français et j’en ai fait part à mes supérieurs qui m’ont répondu de ne pas faire de vagues: «Il nous est toujours utile pour l’instant. Dès qu’on n’aura plus rien à en tirer, on le livrera aux Français.» Je pensais que je mériterais une promotion pour leur avoir parlé de Barbie et ils m’ont simplement dit de la boucler!»

Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN,
pp. 264/65.

La guerre froide en Europe

La doctrine de Brejnev pour les Etats du Pacte de Varsovie

«Nous ne pouvons pas admettre que des forces étrangères détournent leur pays de la voie du socialisme et menacent de détacher la Tchécoslovaquie de la communauté socialiste.»27 En intervenant dans les affaires intérieures des pays socialistes, les Soviétiques ont limité leur souveraineté.

La doctrine de Brejnev de Washington pour l’Europe occidentale

Concernant les pays membres de l’OTAN, les Etats-Unis ont déclaré ce qui suit:
«En cas de troubles intérieurs susceptibles d’entraver la mission des troupes américaines, tels qu’une insurrection militaire ou un vaste soulèvement populaire contre le gouvernement du pays hôte, [l’armée américaine] doit tout mettre en œuvre pour enrayer ces troubles en utilisant ses propres res­sources.»28

Créer un climat de tension

Exemple type d’une opération visant à créer un climat de tension: le 6 septembre 1955, des agents du réseau stay-behind turc25 lancèrent une bombe dans une maison de Thessalonique qui abritait un musée consacré à Mustafa Kemal et revêtait à ce titre une importance particulière aux yeux des Turcs. Les agents ne laissèrent quasiment aucun indice et accusèrent la police grecque d’avoir commis l’attentat. Cette opération de terrorisme sous fausse bannière fonctionna parfaitement et le gouvernement et la presse turque attribuèrent aux Grecs la responsabilité de l’attentat. Rapidement, les 6 et 7 septembre 1955, des mouvements fanatiques turcs galvanisés par la contre-guérilla26 détruisirent des centaines de maisons et de locaux d’entreprises grecques à Istanbul et Izmir, tuant 126 ressortissants Grecs, en blessant 32 et violant au passage environ 200 femmes grecques.

Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN,
p. 310.

Souveraineté limitée pour la Grèce

A l’été 1964, le Président Johnson convoqua l’ambassadeur de Grèce Alexandre Matsas à la Maison Blanche et lui dit que les problèmes de Chypre devaient être résolus par la partition de l’île en deux zones, l’une grecque, l’autre turque. Matsas refusa, provoquant la fureur de Johnson: «Ecoutez-moi bien, M. l’Ambassadeur. Je me fous de votre Parlement et de votre Constitution. L’Amérique est un éléphant. Chypre est une puce. La Grèce est une puce. Si ces deux puces continuent de chatouiller l’éléphant, il pourrait bien les écraser d’un coup de trompe, et pour de bon!» Comme le soulignait Johnson, le gouvernement grec devait se conformer aux ordres de la Maison Blanche. «Les Grecs profitent largement des dollars américains, M. l’Ambassadeur. Si votre Premier ministre continue à me parler de Démocratie, de Parlement et de Constitution, il se pourrait bien que lui, son Parlement et sa Constitution n’en aient plus pour très longtemps.»
Quand Matsas, outré, tenta de protester: «Je ne peux tolérer de telles manières», Johnson continua: «N’oubliez pas de répéter à votre vieux Papa-je-ne-sais-plus-quoi ce que je viens de vous dire. N’oubliez pas de lui dire, vous m’entendez?», sur quoi Matsas câbla la conversation au Premier ministre George Papandréou. Quand la NSA intercepta le message, le téléphone de Matsas sonna. C’était le Président John­son: «Vous cherchez les ennuis, M. l’Ambassadeur? Vous voulez vraiment que je me mette en rogne? Il s’agissait d’une conversation privée. Vous n’étiez pas censé répéter les termes que j’ai employés devant vous. Faites attention.» Clic. Fin de la communication.

Ganser, Les armées secrètes de l’OTAN,
pp. 300/01.