Procès staliniens façon américaine ?

Réalité ou fiction ? Une vie ballotée par les jeux de pouvoir. Secouriste d’origine algérienne résidant en Bosnie, M. Boumediene fait un séjour  au centre de détention de Guatanamo, Cuba. Son tort : être musulman. Un récent article de ReOpenNews évoquait son histoire. 

Inculpé sans preuve  par le Gouvernement Bush pour acte de terrorisme présumé contre les ambassades US. et Britanique  à Sarajevo, il endurera plusieurs années d’incarcération, des plus dures et des plus humiliantes à "Gitmo".
Climax : séances de tortures.
Plus de sept ans après son incarcération, un juge tranche enfin : la détention de M. Boumediene est illégale.
Le Président Obama, succédant à Bush, embarrassé par la mauvaise notoriété de "Gitmo" laissée par son prédecesseur, définit avec  l’aide de son allié, la France, les conditions de libération du prisonnier.
Epilogue : le prisonnier, secouru par le Président Sarkozy, retrouve sa famille en France où il doit reconstruire sa vie, en Terra incognita.

Ce que rapporte ABC News n’a, hélas, rien d’une fiction.  M. Boumediene  raconte une part de sa vie mise entre parenthèse  par  la décision d’hommes politiques prêts à en découdre pour conquérir des zones gazières et pétrolifères quitte à broyer des civils innocents en pourfendeurs des droits qu’ils s’arrogent. Les  victimes sont bien réelles ; le cas de M. Boumediene n’est pas unique.

Source : ABC News


Exclusif : un détenu récemment libéré de Gitmo (Guantanamo) parle à ABC News.

Emprisonné durant sept ans, l’ancien secouriste rapporte à ABC News qu’il a été torturé.

Par Jake TAPPER, Karen TRAVERS et Stephanie Z. SMITH, le 8 Juin 2009

Durant sept ans et demi, Lakhdar Boumediene a été simplement connu sous le numéro "10005." C’est le numéro qu’on lui a attribué lorsqu’il est arrivé au centre de détention de Guantanamo Bay à Cuba, emporté par une rafle post 11 Septembre et accusé d’avoir fomenté des attentats contre les ambassades U.S. et britannique à Sarajevo.

Dans un entretien exclusif accordé à ABC News, Boumediene a déclaré que les interrogateurs de "Gitmo" ne l’avaient pas questionné une seule fois sur ces présumés complots, pour lesquels il nie toute implication.

"Je suis quelqu’un de normal" a dit Boumediene qui travaillait pour le Croissant-Rouge au moment de son arrestation, venant en aide aux orphelins et à d’autres personnes dans le besoin. "Je ne suis pas un terroriste."

Cet Algérien de 43 ans est maintenant de retour auprès de sa femme et de ses deux filles. C’est un homme libre en France après qu’un Juge Républicain eut constaté un manque de preuves contre Boumediene. Il est mieux connu depuis que, l’an dernier, dans l’affaire "Boumediene contre Bush", (1)  à partir de  la Cour Suprême a pris une décision qui a fait date, disant que les détenus ont le droit de contester leur détention devant la Cour.

Cette décision a constitué un stupéfiant revers pour la politique de l’administration Bush vis-à-vis de ceux qui sont suspectés de terrorisme. Elle a conduit à un arrêt du Juge du Tribunal d’instance, Richard Leon, ancien conseiller auprès des Républicains au Congrès, nommé à la magistrature par Bush, et qui a déclaré qu’il n’y avait pas de preuve crédible pour maintenir Boumediene en captivité.

Après ce que Boumediene a décrit comme un cauchemar de sept ans et demi, il est désormais un homme libre. "Je ne crois pas, j’en suis certain" a-t-il déclaré à propos de la torture.

En 2001, Boumediene, sa femme et ses deux fillettes vivaient à Sarajevo, en Bosnie. Il travaillait pour la Croix-Rouge, après avoir œuvré pour cette organisation au Pakistan et en Albanie.

Il a été arrêté par la police bosniaque en octobre 2001, accusé d’avoir conspiré pour faire exploser les ambassades U.S. et britannique. D’après lui, ces accusations étaient fausses et grotesques.

"Ils ont fouillé ma voiture, mon bureau, rien. Mon portable, rien. Rien. Rien." dit-il.

Les accusations ont été levées et la cour bosniaque a ordonné sa libération ainsi que celle de cinq autres personnes. Mais sous la pression de l’administration Bush, le gouvernement bosniaque l’a remis aux militaires U.S.

Le 17 janvier 2002, les mains et les pieds de Boumediene ont été enchaînés, puis on l’a mis dans un avion militaire à destination de Guantanamo Bay. C’était une période de forte angoisse et l’administration Bush ne prenait aucun risque.

Deux semaines plus tard, dans son allocution sur l’état de l’Union, le Président Bush a surenchéri sur les arrestations en Bosnie pour montrer que la guerre contre le terrorisme progressait.

"Nos soldats, qui travaillent avec le gouvernement bosniaque, ont capturé des terroristes qui complotaient en vue de faire exploser notre ambassade" a dit Bush dans son allocution. A ce jour, les officiels de l’administration Bush n’ont fourni aucune preuve tangible soutenant cette accusation.

Boumediene dit que les interrogatoires ont commencé dans la semaine qui a suivi son arrivée dans l’établissement de Cuba. Il pensait que sa coopération et que sa foi en les États-Unis l’aideraient et accéléreraient sa libération.

"Je pensais que l’Amérique, ce grand pays, ils ont la CIA, le FBI. Peut-être que dans une semaine ou deux ils sauront que je suis innocent. Je pourrai rentrer chez moi, chez moi." dit-il.

Mais, au lieu de cela, Boumediene rapporte qu’il a enduré de sévères traitements durant plus de sept ans. Il dit qu’on l’a laissé éveillé 16 jours d’affilée, et qu’il a été plusieurs fois physiquement abusé.

Lorsqu’on lui a demandé s’il pensait avoir été torturé, Boumediene a été sans équivoque.

"Je ne le pense pas, j’en suis certain." a-t-il dit.

Boumediene raconte qu’on la tiré par les aisselles alors qu’il était assis sur une chaise, les jambes enchaînées. Il dit qu’on l’a obligé à courir avec les gardes du camp, et s’il ne maintenait pas le rythme, il était traîné, ensanglanté et meurtri.

Il a décrit ce qu’il a appelé les "jeux" auxquels jouaient les gardes après qu’il eut débuté une grève de la faim, lui injectant les aliments par le nez et plantant l’aiguille hypodermique à un mauvais endroit de son bras.

"Vous pensez que ce n’est pas de la torture ? Qu’est-ce que c’est ? Comment appelez-vous cela ? De la torture ou quoi ?" dit-il en montrant les cicatrices dues aux chaînes serrées. "Je suis un animal? Je suis pas un humain ?"

Le vice-Président Dick Cheney a été inflexible en défendant le centre de détention de Guantanamo et le traitement réservé aux détenus.

La semaine dernière Cheney a dit : "Ce complexe est bien. Les gens y sont très bien traités."

Curieusement, Boumediene dit que personne à "Gitmo" ne l’a jamais interrogé sur les supposés attentats contre les ambassades à Sarajevo. Ils voulaient savoir ce qu’il savait d’al Qaida et d’Oussama ben Laden, rapporte-t-il, c’est-à-dire rien.

Boumediene dit qu’il était dans son intérêt de mentir aux interrogateurs, lesquels récompensaient les détenus s’ils admettaient leur culpabilité.

"Si je dis à mes interrogateurs : "Je suis d’al Qaida, j’ai vu Oussama ben Laden, c’était mon chef, je l’ai aidé", ils vont me dire : "Oh, tu es quelqu’un de bien", dit-il. "Mais si je refuse ? Je leur dis que je suis innocent, que je n’ai jamais été un terroriste, jamais, jamais, ils me disent : "tu ne… tu ne coopères pas, je dois te frapper."

Après presque quatre ans d’emprisonnement, Boumediene a débuté une grève de la faim pour protester contre ces traitements.

Il dit qu’il avait cru que les Etats-Unis honoraient la diversité religieuse, mais il pense que les gardes de Guantanamo ont bafoué ses croyances religieuses. "Ils m’ont rasé la barbe, car ils ne me respectent pas, parce que les gardes ne m’ont pas laissé dormir. Ils ne m’ont pas laissé lire le Coran, ils ne m’ont pas laissé prier normalement comme les autres musulmans hors de Guantanamo", disait-il.

Boumediene a rompu sa grève de la faim à deux reprises en deux ans et demi — d’abord lorsqu’il a appris que Barack Obama avait remporté les élections, puis quand le juge Leon a ordonné sa relaxe.

Malgré les durs traitements et l’incertitude sur son sort, Boumediene a dit qu’il ne voulait pas mourir car il avait autre chose à vivre une fois de retour chez lui.

"Tous les jours, je pensais à ma femme et à mes filles." dit-il.

Les effets personnels de Boumediene lui ont été ôtés à Guantanamo, y compris son alliance. Il a maintenant une pile de lettres que sa femme lui a écrites, qu’il n’a jamais reçues, les enveloppes portant l’estampille "retour à l’envoyeur".

Là-bas, on perd tout espoir, on perd tout espoir." dit-il. "Aucune bonne nouvelle, ils ne veulent pas que vous soyez heureux."

Il a fallu plus de six ans avant que Boumediene ne commence à recevoir de bonnes nouvelles.

Boumediene contre Bush

L’été dernier, dans une décision qui a fait date en temps de guerre, la Cour Suprême a pris un arrêt stipulant que les suspects détenus à Guantanmo disposaient du droit constitutionnel pour contester leur détention devant la Cour fédérale.

Cette décision fut une sévère réprimande pour le système de l’administration Bush consistant à détenir et éventuellement juger de présumés terroristes.

Par une cinglante protestation, le Juge Antonin Scalia a dit qu’autoriser les juges fédéraux (plutôt que les officiels militaires) à libérer les suspects de terrorisme pourrait avoir des conséquences désastreuses.

"Le jeu de dupe auquel se livre l’opinion actuelle envers le Commandant en chef de la nation renforcera la guerre contre nous. Cela causera certainement plus de morts d’Américains" a-t-il écrit.

Boumediene a remporté la décision par 5 voix contre 4 lors de sa première victoire contre le Président Bush. La seconde est survenue au mois de novembre dernier quand le Juge Leon promulgua l’arrêt concernant la faiblesse des preuves retenues contre Boumediene — ce qu’il nomma "une structure fragile"– et ordonna sa libération de Guantanamo.

L’administration Bush ne l’a jamais accusé de conspiration pour les attentats contre les ambassades. Ils ont dit que Boumediene et d’autres avaient projeté de voyager en Afghanistan pour combattre les Etats-Unis.

Pour marquer le coup, Boumediene s’est fabriqué un T-shirt sur lequel était marqué comme sur un panneau de terrain de football "Boumediene : 2, Bush : 0."

Le mois dernier, lors d’une cérémonie émouvante dans un aéroport proche de Paris, Boumediene retrouvait sa famille. Ses filles, qui étaient encore très jeunes lorsqu’il fut incarcéré, ont maintenant 13 et 9 ans.

"J’ai pleuré, simplement pleuré. Car je ne connais pas mes filles." dit-il. " La plus jeune, lorsque j’ai quitté la Bosnie pour "Gitmo", avait 18 mois. Maintenant, elle a 9 ans. Elle est grande. De 18 mois, bébé, à 9 ans, elle marche, parle, joue, elle plaisante. C’est une grande différence."

A cause de sa grève de la faim, Boumediene n’était pas en bonne santé lorsqu’il est arrivé en France. Il a été soigné dans un hôpital militaire et n’a pu d’abord s’alimenter normalement.

Lorsqu’il est sorti de l’hôpital, il a pris, après sept ans et demi, son premier repas familial avec sa femme et ses enfants. Au menu ? Pizza.

Le plan de négociation Sarkozy/Obama concernant les détenus.

A la demande de la Maison-Blanche, la France a accepté de recueillir Boumediene. Le 3 avril, à Strasbourg, Obama a discuté avec Nicolas Sarkozy de la possibilité de recueillir des prisonniers libérés de Guantanamo.

Sarkozy a dit ce jour-là : "Donc, si le Président des Etats-Unis dit : je vais fermer Guantanamo, mais il faut que mes alliés recueillent — dans ce cas particulier — cette personne-ci dans nos prisons, car cela m’aidera, (moi) le Président des États-Unis à fermer cette base — si nous sommes logiques, alors nous disons oui."

Mais aucun des gouvernements U.S. et français n’a pensé que Boumediene devait être emprisonné. C’est un homme libre qui tente de savoir ce qu’il va faire.

Trois autres personnes de son groupe sont de retour en Bosnie. Deux sont restées à Guantanamo.

En France, samedi, Obama a personnellement remercié Sarkozy.

"J’apprécie beaucoup le leadership de Sarkozy dans plusieurs domaines," a-t-il dit, ajoutant "et la volonté de la France d’accepter un détenu de Guantanamo."

Boumediene : "J’essaie d’oublier Guantanamo."

Boumediene dit qu’il comprend à un certain degré que les attaques du 11-Septembre aient suscité de fortes réactions de la part du gouvernement américain.

"Le premier mois, OK, pas de problème, le bâtiment, le 11-Septembre, les gens, ils ont peur, mais pas après 7 ans. Ils peuvent savoir qui est innocent, qui est terroriste, qui n’est pas terroriste." dit-il.

"je vous donne 2 ans, pas de problème, mais pas 7."

Boumediene insiste pour dire qu’il n’a pas de problèmes avec les Américains, mais il ne peut cacher sa colère contre Bush et d’autres hauts fonctionnaires de l’administration qu’il a qualifiés de "stupides."

"Moi-même, j’essaie d’oublier Guantanamo, je ne peux oublier les quatre ou cinq personnes, elles sont stupides, elles sont très, très stupides. je ne peux les oublier." a-t-il dit.

Boumediene et son avocat envisagent des poursuites à l’encontre du gouvernement U.S. mais avant tout, disent-ils, il a besoin d’argent pour survivre.

"Je pense qu’il devrait avoir un revenu pour le restant de ses jours." a dit son avocat, Robert Kirsch du Cabinet WilmerHale. "Sa famille a été précipitée dans la pauvreté à cause d’une erreur commise il y a sept ans et demi. Ce dont il a besoin est une chance de se retrouver là où il aurait dû être."

En ce qui concerne les allégations de Boumediene au sujet des abus, le Pentagone dit : "les abus sur les détenus sont inacceptables. Cela va à l’encontre de nos valeurs, cela met en danger notre sécurité et ce n’est pas tolérable. Toute allégation crédible concernant les abus font l’objet d’une enquête minutieuse, et lorsqu’elles s’avèrent effectives, les individus sont tenus responsables de leurs agissements."

 
Christophe Schpoliansky d’ABC News a contribué au récit.

Traduction apetimedia pour ReOpenNews
 


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Hersh : c’est Cheney qui a fait assassiner Hariri et Bhutto (MIS A JOUR : Démenti de Hersh)

Dans un entretien à Al-Jazeera, le journaliste états-unien Seymour Hersh a révélé de nouvelles informations sur les activités secrètes du Joint Special Operation Command.

Cette unité, créée dans les années 80, a servi durant les deux mandats de George W. Bush à perpétrer plusieurs centaines d’assassinats politiques dans le monde sous l’autorité directe du vice-président Dick Cheney [voir la ReOpeNews à ce sujet].

Selon Hersh, elle aurait notamment exécuté deux alliés indociles des États-Unis : l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri (14 février 2005) —information déjà divulguée par notre confrère Wayne Madsen à Russia Today [et qui a fait l'objet d'une précédente ReOpenNews]—, et l’ancien Premier ministre pakistanais Benazir Bhutto (27 décembre 2007).

M. Hariri avait refusé de défendre les intérêts US dans son pays et Mme Bhutto avait révélé à la BBC [1] l’assassinat en 2001 d’Oussama Ben Laden par Omar Saeed Sheikh [2].

Par la suite, Dick Cheney a poursuivi sa politique en s’appuyant sur le propre fils de Rafic Hariri, Saad, et sur l’époux de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari, promu président du Pakistan.

Selon Hersh, ces assassinats ont été supervisés par le général Stanley A. McChrystal [3], que le président Barack Obama vient de nommer commandant en chef des troupes US et de l’OTAN (ISAF) en Afghanistan.

Seymour Hersh est un journaliste réputé. Récipiendaire du Prix Pulitzer, il écrit régulièrement dans le New Yorker. Son nom reste attaché aux révélations sur le massacre de My Lai (Vietnam, 1969), sur l’affaire Vanunu et la bombe atomique israélienne.
 

[1] Entretien accordé à David Frost, le 2 novembre 2007.
[2] Umar Saeed Sheikh est un agent double du MI6 britanniique et de l’ISI pakistanaise. Il est considéré comme l’assassin du journaliste Daniel Pearl.
[3] Officiellement, le général McChrystal était jusqu’ici chargé de la traque d’Oussama Ben Laden.

 
Publié sur le Réseau Voltaire le 20 mai 2009
 


UPDATE : Il semblerait que Hersh n’ait jamais déclaré que Cheney a donné l’ordre d’assassiner Bhutto. Il s’agit d’une fausse information que Hersh a lui même réfutée. Voici le rectificatif communiqué par le réseau Voltaire :

Le Réseau Voltaire a repris dans ses colonnes une information largement diffusée par les agences de presse en Asie et diffusée en Occident aussi bien par le Wall Street Journal que par The Economist.
Dans un message adressé à la direction de Gulf News, M. Hersh a déclaré ne jamais avoir tenu les propos qui lui ont été imputés selon lesquels l’assassinat de Benazir Bhutto aurait été commandité par le vice-président US Dick Cheney.
Nous retirons donc cette dépêche de notre site web et présentons nos excuses à nos lecteurs.

L’ombre de Dick Cheney plane sur le meurtre de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri

Le 14 février 2005, le milliardaire et ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri était tué à Beyrouth lors d’un attentat à la voiture piégée, d’une puissance énorme et munie de dispositifs électroniques sophistiqués capables d’échapper aux mesures de détection anti-attentats dont était équipée l’escorte d’Hariri. Il était clair que derrière l’acte terroriste, devaient se cacher les Services secrets de quelque pays, seuls capables de concevoir et de réaliser un complot d’une telle difficulté et d’une telle sophistication.

Le doigt fut pointé sur la Syrie qui occupait  militairement le Pays des Cèdres et sous le protectorat de laquelle se maintenait une trêve fragile entre les différentes factions qui avaient ensanglanté ce pays martyrisé depuis plusieurs décennies. L’ONU décidait alors la création d’un Tribunal spécial pour le Liban avec pour mission prioritaire de tirer au clair les responsabilités dans l’homicide d’Hariri. L’un des principaux acteurs de la commission d’enquête du Tribunal, l’Allemand Detlev Mehlis, affirma détenir des preuves et des témoignages de l’implication de la Syrie dans l’attentat et ordonna en août 2005 l’arrestation des chefs des forces armées libanaises, compromises avec Damas.
Sous la poussée de la communauté internationale occidentale et des partis libanais anti-syriens (dont Hariri était l’un des principaux représentants), la Syrie, bien que niant en bloc toute implication, décida de retirer ses troupes. Depuis ce jour, le Liban a, à maintes reprises, menacé de sombrer dans le chaos de la guerre civile, et le Hezbollah, parti chiite pro-iranien qui gouverne de facto la partie méridionale, a affronté et repoussé l’invasion d’Israël au cours de l’été 2006.

Dès le début de l’affaire, de nombreux analystes ont relevé que Damas n’avait aucun avantage stratégique à tirer du meurtre d’Hariri, et qu’au contraire, la Syrie en avait subi les principales conséquences. La position accusatrice de Mehlis ne résista pas aux vérifications ultérieures. De fait, les preuves se montrèrent inconsistantes et certains témoignages-clefs se révélèrent totalement irrecevables. Le 29 avril dernier, c’est le coup de théâtre. Le juge Daniel Bellemare du Tribunal de l’ONU, qui avait entre-temps pris la succession de Detlev Mehlis, a demandé la libération des généraux libanais arrêtés en 2005 et toujours détenus sans aucun droit à la défense et contre lesquels les accusations étaient désormais levées.

Mustafa Hamdane, ex-chef de la Garde présidentielle, Jamil Sayed, directeur général de la Sécurité, Ali Haji, chef des Forces de sécurité intérieures et Raymond Azar, chef des Services secrets militaires, ont été remis en liberté. Par cet acte, le Tribunal a, de fait, fermé la piste syrienne concernant le meurtre d’Hariri.

Mais alors, à qui attribuer la responsabilité de l’attentat ?

Certaines révélations journalistiques ouvrent de nouveaux scénarios possibles. Récemment, le doyen du journalisme d’investigation américain Seymour Hersh a dénoncé l’existence d’un groupe opérationnel actif sous l’Administration Bush et sous le contrôle direct du vice-président Dick Cheney, du conseiller du Président, Karl Rove, et du responsable pour la Sécurité nationale Eliott Abrams. Ce groupe, composé d’éléments d’élite pour les opérations spéciales sous couverture, aurait été utilisé comme un véritable « escadron de la mort » pour l’élimination de personnalités politiques gênantes dans différentes parties du monde.
Les révélations de Hersh ont poussé le député démocrate et ex-candidat à la présidence, Dennis Kuchinich, à demander au Congrès américain l’ouverture d’une enquête.

Sur la base de ces révélations, un autre journaliste d’investigation, Wayne Madsen, connu pour ses accointances avec les services d’information américains, a déclaré lors d’une interview donnée sur la chaine TV Russia Today, qu’il avait obtenu auprès de différentes sources, la confirmation de l’existence de cette structure secrète et de ses liens avec une structure analogue israélienne. D’après Madsen, l’équipe contrôlée par Cheney serait impliquée dans l’homicide d’Hariri et de surcroit, l’ordre en aurait été donné par le vice-président lui-même.

Dans le passé, d’autres journalistes reconnus ont évoqué l’existence d’un tel groupe. Bob Woodward (connu pour avoir révélé le scandale du Watergate) avait écrit à ce propos dans le Washington Post jusqu’à fin 2002, et plus récemment le New York Times a rapporté la nouvelle de l’existence d’un « commando commun pour les opérations spéciales » qui échappait aux contrôles du ministère de la Défense, des dirigeants des Forces armées, et sans aucune supervision de la part du Congrès, mais qui rapportait directement à Cheney.

D’après Hersh, tout cela n’est pas nouveau. Dans les années 80 avec l’Administration Reagan-Bush, Dick Cheney (alors fonctionnaire à la Sécurité nationale) et Eliott Abrams (quand il était responsable du département d’État pour l’Amérique latine) avaient déjà travaillé ensemble à l’organisation des connexions « Iran-Contras » et à la création des « escadrons de la mort » actifs en Amérique centrale avec des missions anti-insurrectionnelles.

par Simone Santini, de Clarisse.it, paru sur Megachip le 10 mai 2009

Traduction de Christophe T. pour ReOpenNews

 


 

Notes de ReOpenNews: Lire aussi l’article "Dick Cheney aurait commandité l’assassinat de Rafic Hariri" sur Voltairenet

L’ancien assistant de Cheney confirme en partie la déclaration de Seymour Hersh sur l’existence d’une unité d’assassins sous les ordres de l’Exécutif

Le mois dernier, le journaliste au New Yorker Seymour Hersh a révélé dans le Minnesota, que l’ancien vice-président Cheney dirigeait « une unité d’assassins ». « Sous l’autorité du président bush, ils sont allés dans des pays, sans en informer l’ambassadeur ou le chef local de la CIA. Ils allaient trouver des gens mentionnés sur une liste, les exécutaient et partaient », expliquait Hersh.

Aujourd’hui, CNN interrogeait Hersh et l’ancien assistant à la sécurité nationale de Cheney, John Hannah. Bien qu’il ait exprimé des regrets d’avoir révélé l’histoire (l’appelant une « sottise »), Hersh a maintienu sa déclaration initiale. « Je suis désolé, Wolf, j’ai beaucoup de problèmes à cause de ça ».

Il a exprimé à propos des projets d’assassinats :

HERSH « Je sais assurément… que nous avons une unité qui se déplace partout, sans en référer au Congrès… et qui a l’autorité, déléguée par le Président, pour aller dans un pays sans en parler au chef local de la CIA ni à l’ambassadeur et de tuer de quelqu’un. …Vous avez donné l’autorité aux troupes de terrain d’attaquer des gens en vertu de n’importe quel renseignement qu’ils considèrent valable. »

Hannah a répondu que la version des projets d’assassinats selon Hersh « n’[était] pas correcte ». Pourtant, dans l’instant qui a suivi, alors qu’il était interrogé sur l’existence d’une « liste » de cibles à assassiner, Hannah s’est fait l’écho des affirmations de Hersh. Hannah a déclaré que « les troupes de terrain » ont reçu la « permission » de « capturer ou tuer certains individus » considérés comme représentant une menace. « C’est certainement vrai » dit-il.

Q : « Y a-t-il une liste de terroristes présumés qui sont ceux pouvant être assassinés ? »

HANNAH : « Il y a manifestement un groupe de personnes sujettes à une enquête vraiment, vraiment approfondie, traitée par les différents services… ces gens ont commis des actes de guerre envers les États-Unis, sont en guerre ou sont suspectées de mettre en place des opérations de guerre contre les États-Unis. Dans le cas de ces personnes la permission est donnée à nos troupes de terrain, dans le cas de menaces de guerre, de capturer ou de tuer ces individus. C’est certainement vrai. »

Hannah n’a pas contesté directement l’affirmation de Hersh selon laquelle le Congrès n’était pas informé de ces assassinats. Il a déclaré « Il m’est extrêmement difficile de le croire ».
 


 

En parlant du programme d’assassinats à Keith Olbermann dans son émission sur MSNBC, l’ancien conseiller de Nixon à la maison blanche, John Dean a affirmé : « C’est potentiellement un crime de guerre, cela pourrait être tout simplement un meurtre au yeux de la loi et cela serait clairement en violation avec l’ordre exécutif du Président Ford. » – En référence au décret présidentiel de 1976 selon lequel « aucun employé du gouvernement des États-Unis ne doit manigancer ou s’impliquer dans un assassinat politique. »
 

Par Satyam Khanna pour Think progress le 30 mars 2009
Traduction par Temceln pour ReOpenNews
 


Note reOpenNews : Le journaliste Seymour Hersh avait déjà révélé les scénarii envisagés par Cheney pour déclencher une guerre contre l’Iran. L’une d’elles impliquait des victimes américaines dans le cadre d’une attaque sous fausse bannière.

George W. Bush devrait-il être arrêté à Calgary, en Alberta, et jugé pour crimes internationaux ?

Pendant de trop longues années, quelques sociologues ont battu le haut du pavé en participant à une campagne de propagande visant à dénigrer toute critique de la politique des États-Unis en l’assimilant à une fascination pathologique des masses pour le complotisme. Les temps changent. Lors de la prestigieuse conférence annuelle de sociologie de l’université de Winnipeg, le 6 mars 2009, le professeur Anthony J. Hall s’est interrogé sur l’impunité de l’administration Bush que lui procure le tabou du 11-Septembre. Nous reproduisons la version développée de son intervention.

De graves allégations criminelles planent autour de l’ex-président des États-Unis, George W. Bush, et de l’actuel président du Soudan, Omar al-Bashir. À la fin du mois de février 2009, il a été rapporté que la Cour pénale internationale basée à La Haye se prépare à émettre un mandat à l’encontre d’al-Bashir au sujet de sa culpabilité présumée à des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. Alors que ces documents étaient en cours de préparation contre le chef de l’État du Soudan, l’ex-président Bush se préparait à lancer une série de conférences rémunérées débutant à Calgary, en Alberta (Canada) le 17 mars. La visite de Bush dans la capitale pétrolière de l’Alberta fait figure de test de la cohérence et de l’authenticité de la positon « sans équivoque » du gouvernement canadien, selon laquelle « le Canada n’est pas et ne deviendra pas un refuge sûr pour les personnes impliquées dans des crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou autres actes répréhensible. »

Le contraste entre les traitements accordés à Bush et à al-Bashir ont été mis en évidence quasiment par inadvertance, par Geoffrey York, un collègue avec qui je m’entretenais souvent quand nous étions tous les deux correspondants réguliers du quotidien Globe and Mail il y a presque 20 ans, sur les péripéties d’affaires autochtones du Manitoba qui, à maintes reprises, devinrent des sujets captant l’attention nationale. Dans son reportage sur les charges retenues contre al-Bashir, York écrivait : « Pour la première fois dans l’histoire, un tribunal pénal international s’apprête à émettre un mandat d’arrêt contre le chef d’un État, l’accusant d’orchestrer une campagne de meurtres, de tortures et de viols. » Le journaliste estimait que l’initiative de la CPI « serait saluée par beaucoup comme un signe que personne n’est au-dessus de la loi. »

Ce contraste frappant entre le traitement d’al-Bashir et celui de Bush sert à clarifier la division qui existe dans le monde entre des criminels (ou présumés tels) en deux grandes catégories, l’une constituée par une petite élite essentiellement au-dessus des lois et l’autre par des gens pas suffisamment riches ni assez influents pour s’affranchir de la force coercitive de la loi. Ce n’est pas sans ironie que je suis arrivé à cette conclusion. D’une part, la décision de la CPI d’engager des poursuites contre al-Bashir, ainsi que d’ouvrir un véritable procès contre le chef de guerre congolais Thomas Lubanga Dyilo en janvier 2009, sont les signes d’une transformation majeure de la CPI. Le tribunal n’est plus un simple porte-voix pour l’expression vide de nobles idéaux, mais plutôt un lieu de véritable engagement visant à assujettir la règle du meurtre, de la mutilation et de l’intimidation à l’autorité supérieure du droit.

D’autre part, en désignant par sa première action juridique la responsabilité de potentats locaux dans ces régions de l’Afrique qui souffrent, là même où souvent dominent les cartels des matières premières et leurs régimes clientélistes, la CPI a surtout souligné l’hypocrisie de l’Occident qui protège ses propres seigneurs et profiteurs de guerre au sein du complexe militaro-industriel de toute responsabilité juridique pour les actes de violence de ses agents : beaucoup de ceux qui régulièrement planifient, instiguent, financent, arment, facilitent et s’engagent dans cette exploitation appartiennent à ce que l’on appelle le secteur privé. En effet, le double standard promu par la CPI dans le choix de ses objectifs en matière de poursuites n’est que la répétition sur la scène internationale de la grande duplicité du système de justice pénale aux États-Unis.

Comme l’illustre crûment la proportion inéquitable et scandaleusement élevée de Noirs parqués dans les prisons privatisées de la superpuissance déclinante [1], les forces de l’ordre et la justice, de toute évidence, font montre d’efforts disproportionnés pour criminaliser les Afro-américains pauvres, en prenant soin d’exclure de leur attention les habitants des banlieues pavillonnaires à la peau claire et les enclaves plus rares encore de l’extrême richesse. Les autorités en charge de l’application du nouveau droit international se limiteront-elles à poursuivre les responsables de gangs dans le ghetto continental de l’Afrique tout en regardant ailleurs quand il s’agit de réseaux criminels plus globaux dont les sièges sont situés en Amérique du Nord, en Europe, en Israël, et, de plus en plus, en Chine, en Inde et en Russie.

Si la renommée d’Omar al-Bashir est loin d’être internationale, George Bush est l’un des hommes les plus connus dans le monde. En effet, tout au long des huit années de sa présidence désastreuse, Bush a réussi à se rendre odieux à l’ensemble de la planète. Il est largement détesté pour ses décisions politiques ainsi que pour l’assortiment de faucons bellicistes, de corsaires du capital, de propagandistes du mensonge, d’évangéliques fanatiques, d’usuriers, de dérangés défenseurs de la torture, et de généraux psychotiques qui formaient son proche entourage [2]. Une proportion importante de l’opinion publique mondiale voit cet homme discrédité comme l’incarnation de quelque chose de bien pire qu’un exécrable dirigeant. Ils considèrent le 43e président des États-Unis comme un individu grossier, irrespectueux des lois. En effet, beaucoup voient à juste titre Bush comme un déviant pathologique qui nourrissait le fantasme délirant que la puissance de sa fonction lui donnait tout pouvoir pour autoriser les forces armées de son pays et de compagnies de mercenaires privées à commettre massacres, disparitions et tortures les plus graves et d’une amplitude génocidaire.

Cette vision très populaire s’appuie sur un nombre croissant d’études juridiques d’universitaires qui utilisent des éléments de preuve déjà disponibles dans la sphère publique pour établir que George Bush et ses subalternes ont violé de nombreuses lois nationales et internationales, y compris les Conventions de Genève et les instances de l’ONU interdisant la torture. Philippe Sands, Francis Boyle [3]et le professeur Michael Mandel de l’Osgood Hall Law School, trois des juristes internationaux les plus actifs, ont démontré que George Bush et son cabinet de guerre avaient transgressé le droit international, à de très, très nombreuses reprises. De fait, la liste est longue des juristes qui cherchent à amener l’ex-président américain devant la justice. Avec son nouveau livre, The Prosecution of George W. Bush for Murder, Vincent Bugliosi, ancien procureur dans l’affaire Charles Manson, ajoute sa voix à la foule [4].

Compte tenu de la substance et de l’étendue de la documentation déjà assemblée pour inculper Bush et nombre de ses principaux lieutenants pour des crimes nationaux et internationaux, la capacité de l’ex-président à franchir les frontières internationales pour donner des discours dans des lieux comme Calgary est un indicateur du malaise juridique des organismes d’application de la loi. Le rôle de ces organismes est-il de protéger la propriété et le prestige des riches de l’incursion des marginalisés et des démunis ? La loi n’est-elle pas une simple vue de l’esprit si elle ne peut pas restreindre l’utilisation abusive de la violence aux fins d’enraciner les privilèges et d’intimider la dissension ? Les autorités de la Couronne au Canada ou le ministère public dans d’autres pays se lèveront-ils afin de démontrer leur respect pour la puissance de la loi et son application uniforme au président comme à l’indigent, aux colons comme aux autochtones, aux Blancs comme aux Noirs ? Comment pouvons-nous transcender les codes, souvent racistes, contenus dans la rhétorique de la loi et de l’ordre, et les élever aux normes requises par le respect de la primauté du droit ?

Donnera-t-on jamais sa chance à l’épanouissement de la vérité dans un procès qui verrait, non seulement Bush, mais aussi Richard Cheney, Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Condoleezza Rice et d’autres rendre des comptes pour leurs décisions et leurs actions dans la conduite de guerres d’agression. En tant que principaux stratèges, les industriels de l’armement et du pétrole, les propriétaires de sociétés de mercenaires, et leurs lobbyistes et propagandistes, la plupart de ces individus ont contribué à édifier les plans de ce projet pour un nouveau siècle américain, c’est-à-dire la privatisation de notre économie basée sur la terreur et les fausses justifications pour les soi-disant « guerres préventives ». Un an avant le 11 Septembre, le PNAC annonçait le besoin « d’un nouveau Pearl Harbor », afin de produire le climat d’hystérie nécessaire à la réalisation des objectifs de ses sponsors. Le plus ambitieux d’entre tous était la création d’un prétexte pour prendre le contrôle des ressources pétrolières en Irak et dans tout le Moyen-Orient.

Imaginer le monde régi par le droit international

Depuis plusieurs générations, le principe a été établi que tous les peuples du monde et leur gouvernement doivent reconnaître l’intérêt commun de la compétence universelle lorsqu’il s’agit de traiter de la plus haute forme de criminalité. À son retour d’Afrique en 1890, George Washington Williams, un missionnaire noir des États-Unis, a contribué à établir la pensée légale dans cette direction. Comme Williams cherchait des mots assez évocateurs pour décrire les effroyables violations des droits de l’homme dont il avait été témoin dans l’État dit libre du Congo du roi Léopold, il trouva l’expression « crimes contre l’humanité ». En 1944, un juif polonais qui avait échappé à l’horreur nazie en Europe, s’appuya sur son expérience pour renforcer le vocabulaire de la criminalité internationale. Raphael Lemkin a inventé la notion de « génocide », afin de faire avancer le projet d’essayer de traiter des crimes si graves qu’ils compromettent la survie d’une partie de la famille humaine. Dans le monde entier, Lemkin a cherché à ce qu’il ne puisse y avoir d’immunité, ni de refuge, pour ceux qui sont impliqués dans l’élimination de groupes nationaux, ethniques, raciaux ou religieux ; mécanismes auxquels il ajoute aussi le génocide culturel. Lemkin a contribué à aider les délégations à l’Organisation des Nations Unies à établir, en 1948, la Convention sur la prévention et la répression du crime de génocide. Ce pilier fondamental du droit international n’a été adopté par les États-Unis qu’en 1989.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement états-unien a brièvement été perçu comme le principal champion du principe que ceux qui commettent les cas les plus élevés de criminalité internationale doivent être tenus responsables individuellement en tant que personnes. Cette brève convergence du pragmatisme et de l’idéalisme a été mise en œuvre dans les processus juridiques de Nuremberg et de Tokyo, où certains des dirigeants de l’Axe défait ont été jugés devant des tribunaux militaires internationaux. En décrivant ses objectifs au président états-unien Harry Truman, le procureur général du gouvernement des États-Unis à Nuremberg Robert Jackson, a expliqué que le moment était venu d’établir clairement « que la guerre d’agression est illégale et criminelle ». A son avis, une telle activité, y compris les campagnes « d’extermination, d’asservissement et de déportation de civils », constituaient des « crimes internationaux » pour laquelle « les individus sont responsables ». En présentant son argumentation devant les juges, Jackson a souligné l’importance d’aller au-delà de toutes les anciennes lignes de défense qui avaient fourni une « immunité pour pratiquement toutes les personnes impliquées dans les plus grands crimes contre l’humanité et la paix ». « Un aussi vaste domaine d’irresponsabilité » ne pourrait plus être « toléré » parce que « la civilisation moderne met des armes de destruction illimitées dans les mains des hommes. »

Le vocabulaire utilisé par les juges de Nuremberg dans la détermination de la peine des condamnés nazis souligne que « le fait de déclencher une guerre d’agression n’est pas seulement un crime international ; il est le crime international suprême qui se distingue des autres crimes de guerre seulement en ce sens qu’il renferme tout le mal accumulé de l’ensemble. » Les attendus de Nuremberg ont été affinés et adoptés en 1950 par l’Organisation des Nations Unies comme principes qui incluent, précisément, la nature même des actes illégaux connus pour avoir eu lieu, par exemple, à Abou Ghraïb et à Guantanamo sous la présidence de George W. Bush. Les principes de Nuremberg divisent la criminalité internationale en trois catégories : les crimes contre la paix, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité. Un de ces principes stipule que : « le fait que l’auteur d’un crime international a agi en qualité de chef d’État ou de fonctionnaire ne dégage pas sa responsabilité en droit international. » [5].

Bien que la Cour pénale internationale soit un nouvel ajout récent à l’infrastructure juridique du droit pénal international, elle s’appuie sur des espoirs, des idéaux et des traditions qui ont de profondes racines dans beaucoup de sociétés en quête de justice. En dépit de tous ses problèmes et lacunes, la CPI est la meilleure expression d’une tentative visant à implémenter un grand nombre des proclamations les plus émouvantes de l’humanité annonçant l’égale dignité de chaque vie humaine telle que définie dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. La CPI a été créée à la suite d’une étude des Nations Unies pour devenir une véritable entité lors du Statut de Rome en 1998. Le tribunal a acquis une forme institutionnelle en 2002. Il compte actuellement 108 États membres, dont le Canada, avec 40 États supplémentaires en passe de ratifier le Statut de Rome.

Les gouvernements de la Russie, de l’Inde et de la Chine s’opposent à la cour. Le président Bill Clinton a signé le traité de Rome au nom de son gouvernement mais le président Bush a annulé la signature de son prédécesseur en 2002 dans le cadre de ses vastes et multiples efforts visant à exclure les États-Unis de plusieurs accords multilatéraux. La CPI demeure-t-elle le meilleur espoir pour l’avenir, ou le lamentable échec des États à ce jour pour défendre et faire respecter la primauté du droit international nous conduit-il à un stade où l’humanité doit essayer autre chose ? Sommes-nous arrivés à un point dans l’évolution de la communauté mondiale, où il devient envisageable, voire nécessaire, de commencer à mettre en place les structures d’une véritable juridiction dont les fonctionnaires appliqueraient leur compétence pour arbitrer et faire appliquer le droit pénal international par l’expression d’une certaine forme de citoyenneté partagée de l’humanité ?

Calgary et le Congo

Il y a beaucoup plus en jeu que ce que l’on discerne immédiatement de la décision de George Bush d’accepter une invitation à s’adresser à un parterre de chefs d’entreprise réunis à Calgary par la Chambre de Commerce locale. Selon David Taras, un professeur de sciences politiques à l’université de Calgary, il faut y voir une stratégie de l’ancien président des États-Unis pour entamer le processus de réhabilitation de son image auprès du public dans ce centre urbain « très conservateur et pro-américain ». Certains ont surnommé Calgary la « Houston du nord », un surnom qui ne rend pas compte du caractère réel de la ville. Calgary est en effet quasiment une colonie de Houston et de Dallas, économiquement et, dans une certaine mesure, politiquement et culturellement. Une forte proportion de ses habitants ont émigré du Texas ou ont des parents qui ont fait le voyage vers le nord depuis l’État de l’ancien gouverneur Bush. Calgary est la base politique et la circonscription du gouvernement minoritaire de l’actuel dirigeant du Canada, le Premier ministre Stephen Harper. En 2001, Harper et certains de ses proches conseillers de la province ont clairement affiché leurs positions pleines de préjugés quand ils ont préconisé la construction d’un « pare-feu » autour de l’Alberta afin de protéger ses ressources pétrolières et ses agences de l’autorité constitutionnelle du gouvernement national du Canada.

Au cours des huit dernières années, Harper a agi plus ou moins comme le principal détenteur de la marque de fabrique Bush dans sa gouvernance du Canada. En tant que leader de l’opposition, Harper a réprimandé le Premier ministre Jean Chrétien de ne pas engager les troupes canadiennes dans l’invasion anglo-US et l’occupation de l’Irak. Harper a travaillé en étroite collaboration avec l’ancien Premier ministre de l’Alberta, Ralph Klein, en s’opposant au protocole de Kyoto sur le changement climatique mondial. Les deux ont repris à leur compte le discours politique développée par la société de conseil et relations publiques, Burson-Marsteller. La branche de cette société à Calgary est la National Public Relations, dont les « chargés de communication verts » ont créé des organisations de façade, telles que la Canadian Coalition for Responsible Environmental Solutions.

David Frum a été l’un des zélateurs les plus frappants de l’axe idéologique qui relie l’Alberta aux idées et au staff de la Maison Blanche de Bush. Avant que Frum ne devienne l’un des principaux propagandistes de la « guerre contre la terreur » de George Bush [6] cette icône des néoconservateurs avait gagné ses galons en travaillant au magazine libertaire Alberta Report de l’évangéliste Ted Byfield. Frum est largement crédité à droite pour avoir contribué à renouveler la condamnation de « l’Empire du Mal » de Ronald Reagan, par l’élaboration de la formule « l’Axe du Mal ». George Bush la rendit célèbre en l’incluant à sa propagande de guerre d’agression dans son discours présidentiel sur l’État de l’Union en janvier 2002.

Par conséquent, de nombreuses forces de l’histoire convergent dans la manière dont Bush sera reçu par les fonctionnaires de l’immigration et du ministère de la Justice quand il atterrira à l’aéroport international de Calgary. Le 23 février 2009, une organisation portant le nom d’avocats contre la guerre a averti des fonctionnaires, y compris le Premier ministre Harper et le chef de l’opposition de Sa Gracieuse Majesté, que « George W. Bush, ancien président des États-Unis et commandant en chef des forces armées états-uniennes, est une personne soupçonnée de torture et autres violations flagrantes des droits humains, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, de manière crédible. » Se référant à des dispositions très précises de la loi sur l’immigration et de ses sections particulières relatives aux crimes contre l’humanité et crimes de guerre, les juristes ont précisé pourquoi Bush ne devrait pas être autorisé à entrer dans le pays. Ils continuent en expliquant que, si Bush est autorisé à pénétrer sur le territoire canadien, alors il devrait être arrêté par des agents de police canadiens. À l’appui de ces assertions, les juristes citent de nombreuses sources, y compris des éléments de preuve tiré d’un rapport interne de l’armée US terminé en juin 2008 par le général Antonio Taguba. Ils ont également cité certaines des conclusions rendues en février 2009 par le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Manfred Nowak. Ce responsable de l’ONU écrit : « Nous possédons tous les éléments de preuve qui établissent que les méthodes de torture utilisées dans les interrogatoires par le gouvernement des États-Unis ont été spécialement ordonnés par l’ancien ministre de la Défense américain Donald Rumsfeld …. Il est évident que ces ordres ont été donnés en pleine connaissance par les plus hautes autorités des États-Unis. »

Il existe de nombreux aspects canadiens à la prolifération mondiale de la torture, aux restitutions extraordinaires, aux incarcérations injustifiées, aux refus d’une procédure régulière et à d’autres violations flagrantes des droits humains qui dans la plupart des cas impliquent, d’une manière ou d’une autre, la Maison-Blanche de George Bush. La gendarmerie royale du Canada, le ministère canadien des Affaires étrangères et le Service canadien du renseignement de sécurité sont impliqués avec l’ensemble des branches du gouvernement états-unien dans les événements qui ont conduit à l’emprisonnement et à la torture en Syrie des citoyens canadiens Maher Arar, Abdullah Almalki, Ahmed El-Maati et Muayyed Nureddin. La terreur d’État qui s’abattit sur ces personnes constitue une petite partie du régime de non droit transnational résultant de l’affirmation illégale du président des États-Unis de sa compétence juridictionnelle sur toute personne, partout dans le monde, qui serait désignée par le pouvoir exécutif des États-Unis comme combattant ennemi illégal. Ce terme de « combattant ennemi illégal » est une expression inventée par les conseillers de George Bush comme un dispositif linguistique permettant au gouvernement voyou des États-Unis de se soustraire à la juridiction de droit international ou même à sa propre législation.

Michael Keefer, de l’université de Guelph, a soigneusement étudié le zèle du gouvernement de Stephen Harper à reproduire la stratégie de George W. Bush pour amplifier le rôle de la sécurité nationale étatique en jouant jusqu’à l’hystérie la carte de la menace de l’existence supposée d’une cellule terroriste islamiste locale dans la région du Grand Toronto. Keefer a montré la façon dont la GRC a utilisé des « taupes » rétribuées qui reçurent plusieurs millions de dollars pour la fabrication d’un fiasco lorsque les « accusations se sont évaporées ». L’affaire a littéralement « implosé » après que la GRC eût créé les conditions politiques pour que le Premier ministre Harper puisse diffuser en 2006 la version canadienne des théories hallucinatoires de George Bush au sujet de la « haine » imaginaire que l’islam vouerait aux libertés occidentales. La débâcle fut sévère, mais probablement pas assez pour ne pas détruire les vies de jeunes gens traumatisés et ce bien qu’ils soient sortis libres du tribunal. Selon Keefer, cet épisode consistait essentiellement dans son ensemble en « une opération de propagande concoctée pour renforcer la frauduleuse opération de manipulation psychologique que constitue la guerre contre le terrorisme ayant suivi le 11-Septembre ».

Le rôle des gouvernements canadien et états-unien en tant que partenaires dans des violations flagrantes des droits de l’homme et du droit international est illustré de façon transparente dans le cas du citoyen canadien Omar Khadr [7]. Khadr était un enfant soldat de quinze ans en Afghanistan lorsque les forces américaines l’arrêtèrent après un incident violent au cours duquel le jeune garçon fut blessé deux fois. Peu de temps après cet épisode litigieux, Khadr fut transféré dans le tristement célèbre camp X-Ray de Guantanamo à Cuba. Le Premier ministre Stephen Harper a utilisé l’affaire pour affirmer publiquement sa volonté de subordonner la souveraineté du Canada à la culture de domination militaire de l’Amérique de George Bush. À la différence des dirigeants des autres pays occidentaux qui sont intervenus avec succès pour faire libérer leurs citoyens de Guantanamo, Harper s’est fait un point d’honneur de ne pas demander aux autorités américaines, le retour d’Omar Khadr dans son pays de naissance.

Le général canadien Roméo Dallaire, qui prit part à des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, a fait des observations sur l’importance de l’affaire Omar Khadr comme une expérimentation par les gouvernements canadien et états-unien de décisions de ne pas respecter les lois internationales interdisant la poursuite des enfants soldats. Dallaire a écrit : « Nous permettons aux États-Unis de juger un enfant soldat canadien devant un tribunal militaire dont les procédures violent les principes fondamentaux de la justice. » Le général a fait état de « preuves irréfutables de malfaisances des États-Unis », d’« altérations » de preuves par des fonctionnaires, et de diverses formes d’abus à l’encontre d’Omar Khadr, y compris des menaces de « viol et de mort ». Dans l’affaire Omar Khadr, Dallaire accuse le gouvernement du Canada de se rendre complice d’« un affront aux droits de l’homme et au droit international. »

Le mépris de tous les principes reconnus du droit états-unien et international à Guantanamo Bay et à Abou Ghraïb seront presque certainement vus par les générations futures comme définissant des marqueurs de l’infamie des deux mandats de la présidence de George W. Bush. Un certain nombre de juristes militaires ont démissionné de leur poste à Guantanamo, dégoûtés, y compris le colonel Morris Davis, le procureur en chef. Un whistler blower (dénonciateur, NdT) plus récent est le lieutenant-colonel Darrel Vandeveld, ex-procureur. Comme rapporté dans le Globe and Mail, le 2 mars 2009, Vandeveld a condamné les « traitements sadiques », les « abus » et le « simulacre » de justice appliqué à Khadr et aux autres détenus dans le « désordre sans nom » de Guantanamo. C’est le « goulag de notre époque », a déclaré Amnesty International. « Je ne pouvais pas croire que les Américains pouvaient faire cela » a déclaré Vandeveld, en prévision de témoignage, qu’il pourrait très bien être appelé à donner devant un tribunal de droit national ou international.

La poursuite de la persécution dans un goulag états-unien d’un jeune homme appréhendé alors qu’il était un enfant soldat jette une ombre étrange et révélatrice sur la poursuite concomitante de l’inculpation de Thomas Lubanga Dyilo par la CPI à La Haye. Lubanga a été accusé de recruter et de déployer des enfants soldats dans l’Est du Congo. De nombreuses sociétés minières canadiennes et états-uniennes font parties, en bonne place, des sociétés occidentales (Amérique du Nord, Europe et Afrique du Sud) qui contribuent à alimenter les conflits où des enfants soldats sont régulièrement déployés. Les enfants soldats continuent d’être incorporés par ceux qui aux deux bouts de la chaine profitent des meurtres de masse et du chaos dans une zone qui a connu, de loin, le plus grand génocide depuis la Seconde Guerre mondiale.

Grâce à leur position commune sur l’affaire Omar Khadr, George Bush et Stephen Harper n’ont-ils pas transgressé le même droit international que Lubanga est maintenant accusé d’avoir violé ? Alors que nous approchons de la fin de la première décennie du XXIe siècle, pourrait-il y avoir une preuve plus flagrante de l’anarchie cultivée au plus haut niveau de nos gouvernements ? Que reste-t-il à dire quand un ex-président états-unien, l’actuel Premier ministre canadien et un chef de guerre congolais peuvent tous les trois être accusés du même mépris pour les lois internationales interdisant le recrutement et la poursuite pénale des enfants soldats ?

Confronter les mensonges du 11 Septembre

Il n’est pas difficile d’imaginer les principaux arguments de la défense, si George W. Bush, Richard Cheney, Donald Rumsfeld et d’autres de leur sorte faisaient face à leurs accusateurs dans une cour de justice. La base de leur défense serait presque certainement à trouver dans leur affirmation que leur pays avait été attaqué en 2001 par un ennemi extérieur utilisant des tactiques tellement audacieuse et inattendue que les terroristes islamiques ont réussi à prendre par surprise l’ensemble du complexe militaro-industriel, ainsi que l’énorme machinerie de la sécurité nationale. A partir de là, les avocats de la défense soutiendraient que les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak, ainsi que toutes les autres actions, y compris celles qui ont eu lieu dans la baie de Guantanamo et à Abou Ghraïb, ne peuvent être interprétées comme les éléments d’une guerre d’agression. Elles ne devraient pas être considérées comme faisant partie d’un plan coordonné d’agression militaire dont les juges de Nuremberg ont statué il y a longtemps qu’il constitue « le crime international suprême qui se distingue des autres crimes de guerre seulement en ce sens qu’il renferme tout le mal accumulé de l’ensemble. »

Suite à cette argumentation, les avocats de la défense affirmeraient que tout ce qui s’est produit lors de la guerre (juste et civilisée) contre le terrorisme ne doit pas être interprété comme une guerre d’agression. Au contraire, ces actions devraient être considérées comme une forme d’auto-défense nécessaire, ou, peut-être comme des actions préventives entreprises par précaution avec l’espoir de sauver les civils innocents de la menace violente des extrémistes islamistes. Que nous en soyons conscients ou pas, nous sommes tous continuellement bombardés du message que nous avons de bonnes raisons de craindre la sauvagerie des terroristes, un message soigneusement élaboré par les praticiens de ce qu’on appelle « la gestion des perceptions » pour jeter une suspicion constante sur l’ensemble du monde arabe et musulman. En effet, la mythologie populaire de la guerre contre le terrorisme forme l’élément essentiel sur lequel se fonde l’économie de la terreur qui a alimenté la croissance de l’énorme complexe militaro-industriel tout au long de la présidence des Etats-Unis de George W. Bush. Le vieil ennemi du temps de la Guerre froide n’existant plus, un nouvel ennemi était nécessaire. Des entreprises telles que Blackwater, la société de mercenaires d’Eric Prince, ont été en mesure de prospérer dans le même moule privatisé comme ce fut le cas pendant la guerre sainte (ou djihad) capitaliste contre « l’Empire du Mal » soviétique.

En contre-interrogatoire des témoignages citant le 11-Septembre comme la principale justification des mesures qui ont été prises au nom de la guerre contre la terreur, un procureur pourrait affronter Bush et les autres de la manière suivante. Il ou elle pourrait citer à comparaître certains responsables US, dont la négligence et/ou l’incompétence supposées ont conduit à l’échec qui a permis aux terroristes d’atteindre leurs objectifs pourtant bien protégés. Le procureur pourrait demander des éclaircissements sur ce qui s’est passé à ces fonctionnaires dont les malversations et les erreurs ont causé des défaillances sans précédent, par exemple, ceux en charge du renseignement, du contre-espionnage, de la sécurité dans les aéroports, de la défense aérienne et de l’application des lois sur l’immigration. Savoir si tous les fonctionnaires incompétents furent virés ? Si certains ont été réprimandés ? Si quelqu’un avait démissionné ? L’accusé répondrait « Non ». Le procureur demanderait alors : « Pourquoi donc ? »

Si les meurtres de masse et la destruction occasionnés le 11/9 sont imputables à un échec massif de la sécurité nationale, pourquoi personne n’a-t-il assumé la responsabilité ou été tenu pour responsable d’éléments précis de ce prétendu échec ? Et quid de la propre responsabilité de George W. Bush dans la débâcle ? Pourquoi le Président lui-même n’a-t-il pas immédiatement pris en charge la crise en allant à Washington au lieu de fuir au fin fond de l’Amérique dans son avion Air Force One, laissant Richard Cheney, l’ancien PDG de Halliburton, en charge des opérations dans le bunker sous la Maison-Blanche au cours de la fatidique journée du 11 septembre 2001 ?

Les manquements les plus graves concernant les événements du 11/9 ne sont pas le fait des agences de renseignement des États-Unis, des services de sécurité des aéroports, du NORAD, etc. Au contraire, l’incapacité la plus profonde et la plus sombre à nous protéger de ces ennemis qui nous menace le plus est à chercher du côté des journalistes, des grands médias, des professeurs et des universités qui les (nous) emploient. C’est nous qui avons, dans la très grande majorité des cas, choisi de renoncer à notre scepticisme et, avec lui, à notre éthique professionnelle ainsi qu’à nos responsabilités. Dans l’ensemble, notre classe et notre caste continuent à répondre aux événements du 11-Septembre d’une manière expéditive plutôt que rationnelle. Comme je le vois, par conséquent, il s’agit d’une trahison en masse des intellectuels, qui constitue le plus important résultat sous-jacent de la poursuite de la fraude connue sous le nom de « guerre contre le terrorisme ». La guerre contre la terreur continue à être produite, promue et vendue au public dans la plus agressive campagne de guerre psychologique jamais entreprise. Combien d’entre nous se font complices de cette noire machination par leur silence, le facteur principal qui permet la continuation de guerres d’agression justifiées au nom de la théorie officielle du complot du 11-Septembre, aussi infondée que dépourvue de preuves ?

Ce n’est pas mon intention, ici et maintenant, de déconstruire les mensonges et les crimes de la Maison Blanche de Bush ou, plus récemment, de la dissimulation par le Président Obama des éléments clés sur la vérité de ce qui s’est passé le matin du 11 septembre 2001. Je me suis d’ailleurs essayé à une telle déconstruction, mais pas de manière aussi exhaustive, experte et professionnelle que d’autres ont pu le faire. Je pourrais citer des dizaines, voire des centaines, de solides contributions scientifiques visant à rassembler des preuves spécifiques examinant par le menu et en grand détail ce qui s’est probablement et certainement passé, ainsi que ce qui n’a absolument pas eu lieu, ce matin lumineux de la fin de l’été 2001. Ces nombreuses contributions sont en grande partie dans le domaine public et sont facilement accessibles à l’ère de Google et de You Tube.

Alors que nombreux sont ceux qui ont déplacé les repères dans la compréhension de ceux qui sont engagés dans la quête de vérité, la contribution d’un universitaire en particulier, se distingue par la remarquable combinaison de sa portée, de sa précision et de son attention aux détails. Je crois que je parle pour beaucoup de collègues qui dans un large consensus s’accordent sur le fait que le professeur de théologie David Ray Griffin a plus que gagné le titre de doyen de ce que l’on appelle le « 9/11 Truth mouvement » [8]. Je mets au défi quiconque de lire une partie de la petite bibliothèque de livres et d’articles qu’il a écrits sur les divers aspects du 11 Septembre et de ne pas développer un mépris total pour la version officielle du complot. Compte tenu de ce que Griffin et d’autres ont déjà publié, il ne subsiste pas la moindre crédibilité à l’idée que la frappe sur le Pentagone et la pulvérisation des trois tours à structure d’acier du World Trade Center ont été causés par une poignée de Saoudiens seulement armés de cutters, disposant d’une formation sommaire au pilotage et d’un intense zèle djihadiste.

Récemment, est née la branche la plus professionnelle des sceptiques du 11-Septembre qui est le fait de l’infatigable Richard Gage, fondateur de l’association « Architects and Engineers for 9/11 Truth » forte de 600 membres (architectes et ingénieurs). Gage en réunissant une grande masse d’études techniques et en la vulgarisant, a établi au-delà du doute raisonnable que les tours aux puissantes structures en acier ne se sont pas écroulées du fait des crashes des avions de ligne, des incendies de kérosène et de la gravité, mais à cause de démolitions contrôlées. Toutes les trois se sont effondrées sur leur empreinte, peu ou prou à la vitesse de la chute libre.

Tout aussi récemment, j’ai étudié attentivement la profonde et abondante érudition affichée dans le livre du Canadien Peter Dale Scott, The Road to 9/11 : Wealth Empire and the Future of America [9]. Cet ouvrage, évalué par ses pairs, est publié par University of California Press située à Berkeley. Scott s’appuie sur des décennies d’enquête sur le fonctionnement interconnecté des compagnies pétrolières, des cartels de la drogue, des opérations de contre-espionnage, des banques et de la politique, et son volume met en évidence une collaboration aussi étroite que longue entre Dick Cheney et Donald Rumsfeld, laquelle culmine avec leurs apparitions et disparitions étranges dans les jours qui ont précédé et suivi le 11/9. Comme les travaux de Nafeez Mosaddeq Ahmed [10], le livre de Scott présente beaucoup d’éléments de preuve qui démontrent que le croquemitaine d’al-Qaïda a été impliqué de l’intérieur dans le fonctionnement de la sécurité nationale US, et ce dès son incorporation dans les moudjahidine parrainés par le duo CIA-ISI. Commençant comme des acteurs clés dans les opérations financières de la défunte Banque de crédit et de commerce international (BCCI) fondée à Lahore, les personnages destinés à assumer leurs rôles au sein d’al-Qaïda ont contribué à faire avancer le processus de transformation du terrorisme en une entreprise et en une opportunité politique pour les nombreux marchands de peur. Je recommande en particulier le chapitre 10 du livre de Scott, intitulé « Al-Qaïda et les élites états-uniennes ». Les sous-parties de ce chapitre comprennent des expressions comme « Les agents des États-Unis, les compagnies pétrolières et al-Qaïda », « Les États-Unis et al-Qaïda en Azerbaïdjan », « Unocal, les Taliban et ben Laden en Afghanistan », « Al-Qaïda, l’Armée de libération du Kosovo et le pipeline transbalkanique »,« Al-Qaïda et le complexe pétrolier, militaire et financier ».

Je pourrais terminer par un plaidoyer en faveur d’une enquête parlementaire au Canada sur la véracité de l’interprétation du 11-Septembre, qui continue de mettre en danger la vie de nos soldats en Afghanistan. Je pourrais terminer en soulignant l’échec journalistique de la CBC (Canadian Broadcasting Corporation, la radio nationale, NdT) ou la propagande pour les guerres d’agression qui a proliféré en particulier dans les médias commerciaux. Comme l’a révélé l’enquête sur la CIA de l’après-Watergate, des « agents » recrutés dans les grands médias ont longtemps été utilisés par des organismes de la sécurité nationale (de l’État) afin de propager des campagnes de désinformation dont le but véritable est de booster les affaires de gens comme la famille Bush, une dynastie de profiteurs de guerre. Je pourrais illustrer certains de mes arguments en pointant vers les sites ridicules de Can West Global, et surtout celui du Nation Post. Je citerai seulement le titre d’un article où des bloggeurs anonymes se voient attribué beaucoup d’espace dans ce journal pour attaquer mon travail. Que font les rédacteurs de ce journal quand ils titrent « S’attaquer aux théoriciens du complot du 11-Septembre » sinon défendre le mythe de la guerre contre le terrorisme en occultant tout débat ?

Nombreuses sont les façons dont je pourrais conclure, mais je choisis en fait de terminer ce texte avec quelques réflexions sur George Bush, le droit international et le livre remarquablement bien accueilli de Naomi Klein intitulé La Stratégie du choc : la montée du capitalisme du désastre [11]. À travers le prisme de son interprétation keynésienne, Klein observe de nombreux pays au cours des dernières décennies. Pour ce faire, elle présente par exemple l’argument très convaincant que les modestes programmes de redistribution qui avaient été incorporées aux économies nationales et à l’économie mondiale en général n’ont pas survécu aux incursions du « capitalisme du désastre ». Nos relations matérielles ont été soumises aux chocs répétés de l’hyper privatisation pendant les périodes où nous avons été les plus vulnérables aux effets désorientant de traumatismes manufacturés ou induits naturellement.

Comme l’auteur le reconnaît dans son livre, les événements du 11 Septembre constituent l’exemple type de sa thèse centrale. Le choc des images de l’effondrement des tours a créé le prétexte pour l’invasion de l’Irak et la hâte du régime de Bush pour exploiter ce que Klein appelle le « marché du terrorisme ». L’Irak devait être un prototype pour démontrer que « le boulot de l’État n’est pas de fournir la sécurité, mais de l’acheter au prix du marché ». En outre, la violence en Irak a aidé à stimuler la culture de la peur et de la haine en Amérique du Nord qui renforce la montée de ce que Klein nomme « l’industrie de la sécurité de la patrie ».

Comme la plupart des auteurs qui écrivent sur la guerre contre le terrorisme, Klein aborde les attentats du 11 Septembre du bout de l’orteil pour arriver indemnes sur un terrain professionnel plus sûr. Pour elle, cette zone plus sûre consiste à documenter la façon dont Bush, Cheney, Rumsfeld, Paul Bremer, et les autres architectes et ingénieurs de la privatisation de l’économie de la terreur ont exploité le 11 Septembre pour faire progresser leur ordre du jour politique. Mais éludant quasiment le sujet de ce qui s’est réellement passé le jour du Grand Choc, Klein s’incline devant le mantra « des échecs de la sécurité le 11-Septembre ». Klein emmène alors ses lecteurs dans sa très originale et importante analyse économique de l’Irak, le « Ground Zero » de la guerre contre le terrorisme.

Je crois comprendre la décision journalistique de Naomi. Je considère cela comme un compromis nécessaire, si elle voulait conserver un espoir de faire connaître son très utile travail sur les médias au Canada et aux États-Unis ainsi qu’auprès de jeunes militants dans le monde entier. Mais je pense que Klein est trop bien informée pour ne pas être méfiante de l’alibi de « l’échec de la sécurité » avancé par le régime Bush. Si mon intuition est vraie, que faut-il dire au sujet de la gravité du climat de paranoïa si même Naomi Klein s’autocensure, plutôt que de prendre le risque de rejoindre les groupes marginalisés « des théoriciens du complot » ? L’adhésion de Klein à des tabous sur le 11 Septembre est-elle similaire à celle de Noam Chomsky et des producteurs de médias sinon progressistes, comme par exemple, ZMag, The Nation, et Democracy Now ? Ou Barrie Zwicker a-t-il raison quand il affirme que des forces malveillantes sont à l’œuvre pour répéter dans le contexte de la soi-disant guerre contre le terrorisme, les techniques de désinformation et de guerre psychologique qui avaient cours pendant la Guerre froide ?

La rhétorique du discours d’espoir et de changement du Président Obama ne transcendera pas les discours de haine et les crimes de haine qui continueront à se multiplier aussi longtemps que le public détournera son regard de la vérité sur l’événement dont le contenu a été déformé pour justifier les crimes internationaux qui continuent à être perpétrées au nom de la guerre contre le terrorisme. Tant que cette fraude n’est pas exposée (reconnue), l’obscénité continuera probablement et George Bush franchira les frontières internationales pour donner des discours grassement rémunérés. Néanmoins, nous nous efforcerons de faire ce que nous pouvons le 17 mars en faisant de la visite de l’ancien président américain à Calgary un test pour savoir si nous sommes gouvernés par la règle du droit ou par la règle de la désinformation, du copinage et de la puissance militaire.
 

Par Anthony J. Hall, professeur d’études sur la mondialisation à l’université de Lethbridge (Canada)

Article original publié sous le titre « Should George W. Bush Be Arrested in Calgary, Alberta, To Be Tried For International Crimes ? », par Mondialisation.Ca, le 7 mars 2009.
Version française : Arno Mansouri pour Réseau Voltaire.

 


Références :

[1] « Les USA d’Obama : actuellement 1 noir sur 11, incarcéré ou en probation », Réseau Voltaire, 7 mars 2009.

[2] « Les 52 plus dangereux dignitaires américains. Le jeu de cartes du régime Bush », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 1er mai 2003.

[3] Lire Guerre biologique et terrorisme, par Francis A. Boyle, éditions Demi-lune, disponible sur la librairie du Réseau Voltaire.

[4] The Prosecution of George W. Bush for Murder, par Vincent Bugliosi, Vanguard Press, 2008, 352 pp.

[5] Les jugements des tribunaux militaires internationaux de Nuremberg et de Tokyo exclurent eux aussi l’impunité des dirigeants : dans son arrêt du 1er octobre 1946, le tribunal de Nuremberg, a souligné que "la protection que le droit international assure aux représentants de l’État ne saurait s’appliquer à des actes criminels. Les auteurs de ces actes ne peuvent invoquer leur qualité officielle pour se soustraire à la procédure normale et se mettre à l’abri du châtiment".

[6] « Le programme des faucons pour 2004 », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire.

[7] « Omar Khadr sera jugé, mais pas libéré », Réseau Voltaire, 27 septembre 2007.

[8] Voir les articles et les livres de David Ray Griffin sur Réseau Voltaire.

[9] The Road to 9/11 : Wealth, Empire, and the Future of America, par Peter Dale Scott, University of California Press, 2007, 432 pp.

[10] La Guerre contre la vérité, par Nafeez Mosaddeq Ahmed, éditions Demi-lune, 512 pp. Disponible sur la librairie du Réseau Voltaire.

[11] La stratégie du choc : La montée d’un capitalisme du désastre, par Naomi Klein, version française Actes Sud, 2008, 669 pp.

Des sénateurs veulent ouvrir une enquête sur les dérives judiciaires de l’administration Bush dans sa «guerre contre le terrorisme»

Alors que George W. Bush s’apprête à prononcer une série de dix discours au Canada, en Europe et en Asie le mois prochain, l’ancien président pourrait bien voir la quiétude de sa récente retraite menacée. La commission des Affaires judiciaires du Sénat, composée de démocrates et de républicains, examine ce 4 mars les moyens d’ouvrir une enquête sur les dérives judiciaires constatées pendant les deux mandats du 43e président américain, dans le cadre de sa «guerre contre le terrorisme». «Nous ne devons pas avoir peur de découvrir ce que nous avons fait», a estimé son président, le démocrate Patrick Leahy. Le 9 février dernier, il avait déjà annoncé son intention de mettre en place une telle commission indépendante sur le modèle des «commissions vérité et réconciliation», mises en place en Afrique du Sud après l’apartheid. «Rien n’a fait plus de dégâts à la stature et à l’autorité morale de l’Amérique que la révélation que, ces huit dernières années, nous avons abandonné notre engagement historique pour les droits de l’homme, en outrepassant la loi», a-t-il argué.

Le sénateur démocrate du Vermont, Patrick Leahy.
Le sénateur démocrate du Vermont, Patrick Leahy.

Même si la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, ne soutient pas ce projet, le sénateur démocrate n’est pas seul dans ce combat : d’une part, environ deux-tiers des Américains y sont favorables ; d’autre part, des associations de défense des droits de l’homme et des parlementaires multiplient les appels à l’ouverture d’une telle enquête. Tous ont en ligne de mire, les écoutes téléphoniques illégales, le recours à la torture dans des interrogatoires antiterroristes ou encore le limogeage politique de neuf procureurs en 2006.

«Lire la page avant de la tourner»

Mais ce n’est pas tout : Patrick Leahy entend également s’attaquer au programme de transfert de détenus pour des interrogatoires menés par la CIA, aux mauvais traitements à la prison d’Abou Ghraïb en Irak, et à la destruction de documents ou à la rédaction de notes internes justifiant ces dérives, et notamment le recours à la torture depuis le 11-Septembre. Même si Barack Obama n’a jamais caché sa désapprobation vis-à-vis des méthodes pratiquées par son prédécesseur, sa position semble toutefois plus tempérée, le président redoutant de s’attirer les foudres du camp républicain. Interrogé il y a trois semaines sur l’éventualité d’une commission d’enquête, il avait déclaré : «ma position générale est de dire : (…) tournons la page». «Mais je pense aussi que personne n’est au dessus des lois», avait-il ajouté. «Nous devons lire la page avant de la tourner», a répondu mercredi Patrick Leahy, précisant être en contact avec la Maison-Blanche sur ce point. Pour lui, l’enquête de la commission devra dépasser «la question de savoir si des crimes ont été commis» et se pencher sur «les erreurs» qui ont été commises «de manière à ne pas les reproduire».

Julie Connan (lefigaro.fr) avec AFP
 


Note ReOpen911 :

Pour mémoire, le sénateur démocrate Leahy est celui qui, avec son homologue Tom Daschle, avait reçu une lettre à l’anthrax peu après le 11 Septembre. Tous les deux étaient les plus véhéments opposants au USA PATRIOT Act…
Vous trouverez plus de détails sur l’anthrax dans le livre Guerre biologique et terrorisme de Francis A. Boyle, dont l’auteur avait compris 7 ans avant le FBI que cet anthrax ne pouvait provenir que du laboratoire militaire de l’USAMRIID Fort Detrick.

 

Il est possible de soutenir Patrick Leahy dans sa procédure d’enquête sur les malversations de l’administration Bush,en signant la pétition en ligne sur son site BushTruthCommission.com (voir traduction ci-dessous)

Soutenez la commission vérité et réconciliation

Plus de 62 000 signatures pour l’instant … continuez à nous soutenir!

J’ai proposé l’idée d’une commission vérité et réconciliation pour enquêter sur les abus commis sous l’administration Bush-Cheney – de manière à ne pas les reproduire. Ces abus peuvent inclure l’utilisation de la torture, la mise en place d’écoutes téléphoniques illégales, la pratique d’extraditions extraordinaires, et l’outrepassement des lois par l’Exécutif. S’il vous plait signez cette pétition en ligne incitant le Congrès à se pencher sur l’établissement d’une commission vérité et réconciliation pour enquêter sur les abus de l’Administration Bush-Cheney.

Merci,


Patrick Leahy Sénateur des Etats-Unis

Mon intervention du 8 février à l’université de Georgetown :

 

Texte de la pétition :

Je sous-signé me joins au Sénateur Patrick Leahy’s pour réclamer l’établissement d’une commission vérité et réconciliation, afin d’enquêter sur les abus constitutionnels de l’administration Bush-Cheney de manière à ne pas les reproduire. Ces abus peuvent inclure l’utilisation de la torture, la mise en place d’écoutes téléphoniques illégales, la pratique d’extraditions extraordinaires, et l’outrepassement des lois par l’Exécutif.

Une commission vérité et réconciliation devrait s’attacher à trouver des réponses nous permettant de développer une compréhension commune des échecs survenus dans le passé récent. Plutôt qu’une vengeance, nous avons besoin d’une enquête impartiale sur ce qui s’est réellement passé. La meilleure manière d’aller de l’avant est d’obtenir la vérité et découvrir ce qui s’est passé — de manière à s’assurer que cela ne se reproduise pas.

Signé : [Votre nom]

Obama déclare vouloir mettre fin au règne du « secret» 

Cet article publié dans l’hebdomadaire américain NewsWeek le 24 janvier et repris par Le NouvelObs, revient sur la volonté de Barack Obama de déclassifier de nombreuses archives confidentielles. Sera-t-elle réellement suivie d’effets ?

Nous avons vu en novembre 2008, lors du sondage des "meilleures idées" organisé par Change.org – site Web de soutien à Barack Obama – que l’idée de rouvrir l’enquête sur le 11 Septembre avait été censurée car ne représentant pas un "projet pour l’avenir". Le point de vue de ReOpen911 sur l’article qui suit pourrait se résumer à ceci : "Assez de secrets, assez de promesses, allez jusqu’au bout de ce que vous dites, et rendez publics les documents sur le 11-Septembre toujours séquestrés par le FBI, rouvrez l’enquête sur le 11/9."

Barack Obama

Par Jonathan Alter pour Newsweek, traduction de David Korn

Si Obama veut voir sa politique adoptée, il faut imposer des pénalités aux officiels qui refusent de rendre leurs documents publics.

"Il règne depuis trop longtemps dans cette ville une manie du secret". Ces mots du Président Obama furent les plus importants du premier jour de son mandat. Obama signa ensuite des ordres exécutifs destinés à rééquilibrer la balance en faveur d’une plus grande transparence gouvernementale. La charge de la preuve pèsera désormais, du moins en théorie, sur celui qui veut rendre l’information confidentielle, et non sur celui qui désire la rendre publique. Commencer par un geste de cette importance est remarquable de la part d’Obama. Il remet en question par cet acte non seulement l’attitude d’un George W. Bush et d’un Dick Cheney, mais surtout un réflexe bureaucratique solidement ancré. Lorsqu’on connaît la valeur accordée par Obama à la discipline et au contrôle, qui sait s’il ne renouera pas avec ces bonnes vieilles habitudes ? On le saura un jour.

Thomas Jefferson affirmait que "l’information est la monnaie de la démocratie", et pour des générations, l’Amérique – en temps de paix – a observé ce principe. Considérant, à l’instar du Secrétaire d’État (l’équivalent US des ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, NdT) Henry Stimson, qu’un "gentleman ne lit pas le courrier d’un autre gentleman", le pays ne s’était pas encore doté avant la seconde guerre mondiale d’un service de renseignement. Puis vinrent les législations Atomic Energy Act de 1946 et National Security Act de 1947, qui affirmaient en substance que certaines informations, toujours plus nombreuses, étaient "confidentielles par nature". En conséquence, aucune procédure formelle n’était prévue pour déterminer si telle ou telle information devait être classée ou non – il suffisait d’un bureaucrate tout-puissant, armé d’un gros tampon.

La Guerre Froide a engendré un climat de crainte pour la sécurité nationale, que l’on considère aujourd’hui comme normal. De temps en temps, les valeurs de transparence refont surface, avant d’être écrasées par la peur. Signée par le président Johnson en 1966, la loi Freedom of Information Act et les efforts de déclassification entrepris par les présidents Johnson et Carter ont été sévèrement entravés par Bush après le 11-Septembre. Et pour protéger les anciens présidents, (y compris, comme par hasard, son père et lui-même), Bush accorda aux ex-présidents le pouvoir de garder secrètes leurs archives après la fin de leur mandat. Cette mise à bas du concept même d’honnêteté historique a également été inversée par le décret Obama.

Le paraphe qu’Obama a apposé sur son décret ne va pas transformer la bureaucratie comme par magie. Chacune des agences de l’exécutif est affectée de cette maladie du secret. Le département des archives de la sécurité nationale de l’université George Washington, qui est allé en justice pour obtenir l’accès à 5 millions de courriers électroniques de l’administration Bush, décerne chaque année le "Rosemary Award", ainsi nommé en référence à la secrétaire du Président Nixon, Rose Mary Woods, fameuse pour avoir effacé 18 minutes et demie d’un enregistrement d’une importance cruciale concernant l’affaire du Watergate. Le prix est attribué à l’agence qui met le plus de mauvaise volonté à répondre à une requête dite "FOIA" (Freedom Of Information Act). L’an dernier, c’était le Département du Trésor qui l’emportait, grâce à son étonnante faculté à redoubler d’efforts pour entraver la diffusion d’informations. Espérons qu’il embrasse le changement, sans quoi on ne saura jamais exactement comment les 700 milliards de dollars du plan gouvernemental de sauvetage des banques ont été dépensés en quelques mois.
Les gens raisonnables sont d’accord pour dire que les détails vitaux concernant la sécurité nationale (telles que les sources et les méthodes permettant de recueillir des renseignements) doivent être tenus secrets. Mais selon la commission sur le 11 Septembre, 75 % des informations concernant Oussama Ben Laden et qui furent classées secrètes n’auraient pas dû l’être, et selon certaines estimations, 90 % de ce qui est classé secret pourrait être demain publié sur Internet sans affecter la sécurité nationale.

Elle en bénéficierait, au contraire. Feu le sénateur Patrick Moynihan affirmait que le secret n’est pas simplement antidémocratique, mais tout bonnement stupide. Il entrave le processus qui conduit aux bonnes décisions, car on ne peut débattre à grande échelle de ce qui est dissimulé. Ce qui par définition réduit l’éventail des choix. Moynihan écrivait que le secret, plus que l’information vantée par Jefferson, était devenue la monnaie du gouvernement, tant les différentes agences en amassent autant que possible. Ceci créé une rareté qui fait du secret un "actif organisationnel", qui s’échange sur un marché fermé réservé aux officiels, avec les mêmes conséquences néfastes que dans n’importe quel marché fermé.

Il y a aussi des facteurs culturels. Gérer des informations confidentielles permet au fonctionnaire de se sentir important, comme si le sacrifice consenti en acceptant un travail moins bien payé était partiellement compensé par le “frisson” (en français dans le texte, NdT) qu’on éprouve en manipulant des secrets. Des fonctionnaires qui craignent d’autre part, s’ils s’aventuraient du côté de la transparence et de la déclassification, d’être sévèrement réprimandés par le chef. Si la nouvelle politique d’Obama arrive à s’imposer, ces mêmes fonctionnaires devront craindre des pénalités pour n’avoir pas déclassifiés et immédiatement rendus publics leurs documents.
Bien des agences gouvernementales utilisent encore des ordinateurs datant des années quatre-vingt, et les archives présidentielles auraient bien besoin aussi d’une mise à jour du matériel informatique. Thomas Blanton, qui travaille aux Archives de la Sécurité nationale, confiait que le staff de George H.W.Bush avait produit quelques centaines de milliers de courriers électroniques. Celui de Bill Clinton environ 32 millions, et l’équipe de George W. Bush plus de 100 millions. Noyés sous les données, les historiens devront faire usage de savantes recherches par mot-clé s’ils veulent retrouver quoi que ce soit d’intéressant.

Internet offre de nouvelles opportunités de faire de la transparence une énorme machine à économiser de l’argent. Lorsqu’il était sénateur, Obama avait fait approuver une législation surnommée "Google pour le gouvernement", qui requiert la publication sur Internet d’une brève description de tout contrat fédéral. Il doit à présent aller plus loin et imposer la publication sous forme de fichiers PDF de tous les contrats passés avec le secteur privé. Il faut ignorer les glapissements des entreprises qui se nourrissent au biberon du gouvernement fédéral : lorsque leurs concurrents prendront connaissance de ces contrats, ils s’empresseront de convaincre le gouvernement qu’ils peuvent faire mieux et pour moins cher.

À la maison Blanche, Obama et les journalistes débattent déjà ce que qui est légitimement confidentiel. Le fait que le deuxième serment présidentiel n’ait pas été retransmis ne constitue pas un coup fatal porté à la république. Mais la transparence exige que l’on se débarrasse d’inexplicables traditions washingtoniennes, telles que d’utiliser l’expression "sources haut placées dans le gouvernement" pour parler des officiels parlant "hors micro", alors que tout le monde connaît leur identité (lors de sa première conférence de presse, le porte-parole de la Maison Blanche Robert Gibb a par inadvertance cité le nom de l’un d’entre eux, le juriste de la Maison Blanche Greg Craig). Le président a le droit aux entretiens privés, mais au nom de la transparence, il ne devrait pas trop se formaliser des inévitables fuites. Et il n’y a pas à s’irriter, comme la semaine dernière, quand les journalistes sautent sur chaque opportunité de poser une question délicate.
Les récits de secrets et d’espionnage sont depuis longtemps un domaine apprécié de la geste Washingtonienne. La transparence, c’était bon pour les gogos. Mais voilà qu’un nouveau président ultrabranché déclare qu’il est temps de "rendre le gouvernement aussi honnête et transparent qu’il se doit". Il aurait pu ajouter ces quelques mots de Pat Moynihan : "le secret, c’est bon pour les losers".


Notes : Lire aussi les articles sur le fameux "sondage" organisé par Change.org en novembre 2008

Cheney envisage de sacrifier des soldats américains pour provoquer une guerre contre l’Iran

Cheney étudie la possibilité d’un fratricide pour faire accepter une guerre contre l’Iran

Press TV / Dimanche 3 août 2008

L’éminent journaliste Seymour Hersh a révélé les détails d’un plan envisagé par le vice-président Dick Cheney pour provoquer une guerre contre l’Iran.

« Une dizaine d’idées ont été présentées sur la manière de déclencher une guerre [contre l’Iran] » a raconté récemment Hersh en référence au sujet de discussion d’une réunion tenue dans le bureau de Cheney.

Dans un article publié en juillet dans le New Yorker, le journaliste lauréat du prix Pulitzer avait déjà révélé des informations sur les opérations clandestines que les Etats-Unis mènent en Iran. Mais il n’avait pas divulgué le contenu des discussions avec Cheney dans cet article.

Dans un récent interview accordé à Think Progress [1], Hersh a cependant révélé que les participants à la réunion ont été témoins d’un Cheney tournant et retournant dans sa tête une proposition consistant à habiller des soldats de la Navy SEAL en iraniens et à les faire tirer de manière à déclencher une guerre contre l’Iran.

« Le plan qui m’a le plus intéressé est "pourquoi pas construire, à partir de notre flotte, quatre ou cinq bateaux qui ressemblent à des vedettes lance-torpilles iraniennes? Mettez dessus des soldats de la Navy SEAL puissamment armés. Et la prochaine fois qu’un de nos bateaux passe par le détroit d’Ormuz, ouvrez le feu" » a-t-il révélé dans son interview.

« Cela pourrait coûter quelques vies. Et la proposition a été rejetée parce qu’on ne peut pas faire tuer des américains par des américains. C’est le genre de chose, c’est le niveau de discussion dont on parle ici. De la provocation.»

Le célèbre journaliste a ajouté que la proposition n’a été rejetée qu’en toute fin de discussion.

« Attendez, on est au lycée? Ouais. Est-ce que l’on joue à des jeux de lycéens avec vous savez 5000 têtes nucléaires dans notre arsenal ? Ouais on le fait. Nous et l’Iran, on joue à ça, vous savez, à celui qui sort de la piste le premier » a-t-il continué.

S’il arrive, soutient Hersh, que Washington manigance « l’incident qu’il faut », les Américains soutiendront la guerre contre l’Iran.

Le lauréat du prix Pulitzer Seymour Myron Hersh s’est fait connaître dans le monde entier en 1969 pour avoir révélé le massacre de My Lai et la dissimulation dont cet acte a fait l’objet pendant la guerre du Vietnam.


Notes ReOpen911 :

1.  Dans cette vidéo, Seymour Hersh revient sur la réunion avec Dick Cheney où ont été envisagées de fausses provocations. Il explique (comme d’ailleurs précisé dans l’excellente brève du site Solidarité et Progrès) que le New Yorker n’a pas publié la partie de son article rapportant ces discussions sous prétexte que l’option de la fausse attaque iranienne n’a finalement pas été retenue.

2. La fausse attaque iranienne envisagée par Cheney est un exemple typique d’opération sous fausse bannière. Elle rappelle l’opération Northwoods qui avait été imaginée en 1962 (à plus grande échelle encore) pour justifier l’invasion de Cuba et qui avait heureusement été rejetée par Kennedy. Elle présente également de fortes similitudes avec l’incident du Golfe du Tonkin qui avait permis aux Etats-Unis de justifier son entrée en guerre au Vietnam.

Bush, Cheney et Cie accusés de crimes de guerre dans un dossier du FBI

Par Bill Van Auken pour WSWS, le 28 mai 2008

La révélation la plus étonnante d’un rapport de 370 pages [1] de l’inspecteur général du département de la Justice américain est que des agents du FBI avaient officiellement ouvert un dossier de « Crimes de guerre », documentant la torture dont ils avaient été témoins à la prison de Guantanamo Bay, avant de recevoir l’ordre de l’administration de cesser d’écrire leurs rapports.

Le World Socialist Web Site, ainsi que des groupes de défense des droits humains et d’autres opposants de la répression et du militarisme américains, ont longtemps insisté que les actes de l’administration Bush (le déclenchement de guerres d’agression, les assassinats, l’enlèvement et la séquestration sans procès de civils et, le plus répugnant de tous, la torture) constituaient des crimes de guerre selon toute interprétation légitime des décrets et traités internationaux de longue date.

De voir cependant cette évaluation confirmée par l’inspecteur général du département de la Justice, le seul responsable majeur n’étant pas directement subordonné à la Maison-Blanche, et par des agents du FBI, une agence qui n’est pas particulièrement reconnue pour être intéressée aux questions de droits démocratiques, est un signe du caractère endémique de ces crimes et de la crise qu’ils ont engendrée au sein du gouvernement des Etats-Unis et de l’élite dirigeante américaine en son ensemble.

Le rapport établit clairement que la torture fut ordonnée et planifiée en détail aux plus hauts niveaux du gouvernement, y compris la Maison-Blanche, le conseil national de sécurité, le Pentagone et le département de la Justice. Les tentatives de faire cesser ces pratiques, sur une base légale ou pragmatique, par des individus à l’intérieur du gouvernement furent systématiquement contrées et les preuves de ces activités criminelles dissimulées.

Il n’y a pas eu de réaction immédiate de la Maison-Blanche face à ces nouvelles révélations. Les réactions d’autres agences directement impliquées dans les crimes commis à Guantanamo ont donné une idée du sentiment général d’impunité dans lequel la torture décrite dans le rapport de l’inspecteur général se poursuit à ce jour.

« Il n’y a rien de nouveau là-dedans », a affirmé le porte-parole du Pentagone Bryan Whitman. Un porte-parole du département d’Etat à quant à lui décrit les accusations contenues dans le rapport comme étant « assez vagues ».

Assez vagues ? On peut se demander qu’est-ce que ce porte-parole qualifierait d’explicite. Le rapport contient des pages et des pages de témoignages d’agents du FBI sur les pratiques sadiques et répugnantes à Guantanamo.

À un endroit le rapport affirme : « [Un agent du FBI] se rappelait que, à un certain moment durant l’interrogatoire, l’officier militaire “versa de l’eau” dans la gorge d’un détenu qui était assis. Il affirma qu’il pensait que le but de cette pratique était de faire croire au détenu qu’il se noyait, et ainsi le forcer à fournir l’information souhaitée par l’interrogateur. [L’agent] a affirmé que le détenu avait des haut-le-coeur et crachait de l’eau. Il a dit que le détenu semblait incommodé, et il pensait qu’il avait de la difficulté à respirer. »

Et selon une description de l’interrogation de Mohamedou Ould Slahi, un Mauritanien arrêté par son propre gouvernement, remis aux forces américaines et déporté à Guantanamo en 2002 :

« Il fut laissé seul dans une chambre froide connue sous le nom du "congélateur", où des gardes l’empêchaient de dormir en appliquant de la glace ou de l’eau froide sur lui… »

« Il fut privé de sommeil pour une période de 70 jours à l’aide d’interrogatoires prolongés, de lumières stroboscopiques, de musiques menaçantes, de consommation forcée d’eau et d’obligation de demeurer en position debout. »

« Une interrogatrice féminine l’empêcha de mettre des vêtements;

« Deux interrogatrices féminines lui ont fait des attouchements sexuels et ont fait des commentaires à caractère sexuel sur lui ;

« Avant et pendant l’incident du bateau, il fut sévèrement battu. »

De plus, écrit le document, il fut « amené à penser qu’il serait exécuté et il s’est uriné dessus » et il s’est fait dire que sa mère et d’autres membres de sa famille seraient détenus et qu’il leur serait fait du mal.

Des centaines d’agents du FBI ont été témoins de torture

Des épisodes similaires ont été décrits, selon le rapport de l’inspecteur général, par littéralement des centaines d’agents du FBI, qui ont vu des interrogateurs de la CIA, de l’armée et de sous-traitants privés réaliser des actes illégaux de torture et d’abus contre des détenus.

De plus, le rapport cite : plusieurs agents du FBI qui ont rapporté des cas de raclées ; 30 agents qui ont rapporté avoir vu des détenus enchaînés dans des positions de stress sur de longues périodes ; 70 agents qui ont rapporté des cas de détenus privés de sommeil ; 29 agents qui avaient de l’information sur l’utilisation de températures extrêmes dans le but de « briser la détermination des détenus de résister à la coopération » ; et 50 agents qui ont rapporté l’utilisation d’un isolement prolongé pour « saper la résistance d’un détenu ».

De plus, quatre agents ont rapporté le cas de deux détenus en Afghanistan battus à mort après avoir été enchaînés debout pour une longue période.

Les histoires de tortures détaillées dans ce rapport ne sont que la pointe de l’iceberg.

Elles n’incluent pas le traitement de Murat Kurnaz, un citoyen turc né en Allemagne, qui fut arrêté pendant un voyage au Pakistan à l’automne 2001 et qui fut remis aux responsables américains pour une récompense de 3000 dollars. Tout d’abord amené à la base américaine à Kandahar en Afghanistan, il fut ensuite transféré à Guantanamo. Même si en 2002, les autorités américaines avaient conclu que Kurnaz n’avait rien à voir avec le terrorisme, il fut emprisonné jusqu’au milieu de 2006 et relâché seulement à cause de la pression du gouvernement allemand.

Empêché d’entrer aux Etats-Unis, il a témoigné par un lien vidéo devant une audience peu nombreuse du comité des Affaires étrangères du Sénat cette semaine.

« Je n’ai rien fait de mal et j’ai été traité comme un monstre », a-t-il dit. Il a dit comment il avait été assujetti à des chocs électriques, suspendu par les poignets pendant des heures et soumis à un « traitement par l’eau », dans lequel sa tête était enfoncée dans un sceau d’eau alors qu’on le frappait à l’abdomen pour le forcer à inhaler le liquide. (Il vaut la peine de mentionner que le rapport de l’Inspecteur général du département de la Justice a affirmé que cette dernière forme de torture ne constitue pas une « simulation de noyade », mais représente « une tentative d’intimider les détenus et d’augmenter leurs sentiments d’impuissance ».

« Je sais que d’autres sont morts de ce genre de traitement, a dit Kurnaz. J’ai souffert de privation de sommeil, du confinement, d’humiliations sexuelles et religieuses. J’ai été battu à de multiples reprises. »

« Il n’y avait pas de lois à Guantanamo, a conclu Kurnaz. Je ne pensais pas que ça pouvait arriver au 21e siècle… Je n’aurais jamais pu imaginer que cet endroit avait été créé par les Etats-Unis. »

Les détenus de Guantanamo ne représentent qu’un pour cent de ceux détenus dans des camps de détention américains et des prisons secrètes opérées par les militaires et la CIA en Irak, Afghanistan et d’autres points du globe. Il est estimé que près de 27.000 personnes sont détenues sans accusation, sans parler de procès, plusieurs d’entre eux ayant simplement disparu dans le goulag global de Washington. Certains sont détenus dans des navires de détention, d’autres dans des donjons secrets opérés conjointement par la CIA et des régimes vers lesquels elle « transfère » les détenus, comme l’Égypte, la Jordanie et le Maroc, où d’autres formes plus cruelles de torture (être enterré vivant, l’électrocution ou la lacération avec un scalpel) sont employées.

Le rapport confirme également que les scènes révoltantes saisies dans les photographies prises à la prison d’Abou Ghraib en Irak et rendues publiques il y a quatre ans montrant des hommes nus cagoulés, soumis à la torture et à l’humiliation sexuelle par des gardes américains, n’étaient pas des aberrations. Les méthodes décrites dans le rapport — la nudité forcée, l’utilisation des chiens d’attaque lors d’interrogatoires, l’enchaînement des détenus dans des positions de « stress », les promenades en laisse — étaient identiques à celles officiellement mises sur le compte de quelques « pommes pourries » à Abou Ghraib.

La torture sadique « orchestrée » à partir de la Maison-Blanche

L’uniformité des abus dans ces endroits si éloignés l’un de l’autre démontre que ce sadisme psychopathique et criminel infligé à ces détenus par les forces américaines était planifié et orchestré à partir du sommet.

En fait, comme le révélait ABC News le mois dernier, les représentants officiels du soi-disant comité de principe (le vice-président Dick Cheney, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, le secrétaire d’État Colin Powell, le directeur de la CIA George Tenet, le procureur général John Ashcroft et la conseillère à la sécurité nationale Condoleezza Rice) ont eu des discussions détaillées sur les « techniques renforcées d’interrogatoire » qui, selon ABC, « étaient quasiment chorégraphiées – allant jusqu’à préciser le nombre de fois où les agents de la CIA pouvaient utiliser une tactique particulière. »

Bush a affirmé par la suite sur ABC qu’il « savait que notre équipe sur la sécurité nationale avait des rencontres sur cette question. Et je les ai approuvées ».

Le rapport établit que les représentants du FBI et du département de la justice ont avisé le conseil national sur la sécurité de la Maison-Blanche de leurs préoccupations que les pratiques observées par les agents « minaient sérieusement… l’autorité de la loi » à Guantanamo.

À la fin, cependant, on leur a dit de reculer, et ils se sont soumis, devenant ainsi complices de ces crimes et de leur camouflage.

Les révélations du rapport du FBI n’ont pas suscité de réactions importantes ou de demandes d’agir sur cette question par les démocrates élus au Congrès ou encore par les prétendants à la candidature présidentielle du Parti démocrate, le sénateur Barack Obama et la sénatrice Hillary Clinton, qui n’ont pas fait de la torture une question essentielle de leur campagne.

Le New York Times a publié un éditorial mardi intitulé « Ce que les agents du FBI ont vu » qui détaillait le rapport et déclarait qu’il « montrait ce qui arrive lorsque qu’un président américain, son secrétaire à la Défense, son département de la Justice et d’autres hauts responsables corrompent la loi américaine pour justifier et autoriser l’abus, l’humiliation et la torture de prisonniers ».

Le quotidien concluait son éditorial en écrivant : « Les démocrates doivent faire toute la lumière » sur cette affaire au moyen d’audiences portant sur « l’ampleur du manquement à la loi et aux conventions de Genève par le président Bush ». Cela, écrivait le New York Times, « est l’unique façon d’amener le pays du côté des défenseurs, et non des violateurs, des droits de l’Homme ».

On voit bien là l’impuissance de ce qui fut l’élite du libéralisme américain. L’ampleur de la criminalité de l’administration Bush a été largement mise à nu au cours des dernières années.

La violation délibérée et en bloc des conventions de Genève et des traités contre la torture sont, en vertu du droit international, des crimes de guerre, exactement comme le FBI l’a reconnu. Ce qu’il faut, ce n’est pas une autre audience sans conséquence d’un comité du Congrès, mais plutôt la constitution d’un tribunal pour crimes de guerre. Ceux qui ont commis ces crimes doivent en être reconnus coupables.

Bush, Cheney, Rice, Rumsfeld, Powell, Tenet et Ashcroft doivent subir un procès. Les individus tels que l’ancien conseiller de la Maison-Blanche et procureur général, Alberto Gonzales, le chef du bureau de Cheney, David Addington, et le conseiller au département de Justice, John Yoo (qui ont élaboré les arguments pseudo-légaux pour légitimer la torture), doivent aussi être poursuivis ainsi que les responsables de l’armée et des services d’espionnage qui ont présidé aux pratiques criminelles ayant eu cours à Guantanamo, Abou Ghraib, Bagram et les autres camps et prisons de la CIA et de l’armée.

Les dirigeants du Parti démocrate n’ont ni le désir ni l’intention de lutter pour un tel règlement de comptes. La speaker de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi et d’autres dirigeants du parti ont insisté à plusieurs reprises que la destitution du président et du vice-président « n’était pas sur la table ». Ils n’ont aucun intérêt à poursuivre l’administration sur la question de la torture parce qu’ils en sont eux-mêmes les complices. Pelosi et d’autres démocrates en vue au Congrès ont été informés en détail sur les méthodes criminelles utilisées à Guantanamo, ils les ont approuvées et les ont cachées au peuple américain.

A un niveau plus essentiel, les démocrates ont été complices de la politique du militarisme et de l’agression partout dans le monde, politique menée au nom de la soi-disant guerre globale contre le terrorisme et impliquant la pleine utilisation de la force armée pour défendre les intérêts de l’oligarchie qui dirige les Etats-Unis. C’est cette stratégie criminelle (qui est responsable de la mort de plus d’un million d’Irakiens) qui a créé les conditions pour le crime même de la torture.

Néanmoins, l’approfondissement de la crise du capitalisme américain crée les conditions pour de profonds chocs et changements dans les rapports politiques et sociaux qui pourraient bien résulter en la comparution devant un tribunal de Bush, Cheney et compagnie et leur jugement pour crimes de guerre.


(Article original anglais paru le 23 mai 2008)

[1] Extrait du rapport du FBI : http://www.usdoj.gov/oig/special/s0805/final.pdf

Le retour de Dick Cheney

« D’après des sources au sein de services de renseignement à Washington, le Vice Président a recommencé à exhorter Bush à agir contre l’Iran avant la fin de sa présidence. » Philip Giraldi.

Après la publication du rapport NIE 2007 des services de renseignements américains sur l’Iran qui affirme que Téhéran a arrêté son programme nucléaire depuis 2003, contredisant toutes les affirmations de plus en plus alarmistes de l’administration Bush, le monde entier a poussé un soupir de soulagement. L’Amérique ne se lancerait finalement pas dans une troisième guerre au Moyen Orient, avec tous les risques d’extension incontrôlable pouvant déboucher sur un embrasement généralisé.

Curieusement, ce n’est semble-t-il pas l’affirmation de l’arrêt du programme nucléaire militaire iranien qui a soulagé les chancelleries.

Philip Giraldi, un ancien agent de la CIA, qui s’est déjà distingué en 2005 pour avoir révélé les plans de Cheney de préparation d’une attaque nucléaire contre l’Iran, analyse l’évolution récente des discours et de Bush et dépeint une situation bien plus inquiétante.

Loin de l’avoir dissuadé d’attaquer l’Iran, le rapport NIE 2007 a surtout vexé Bush et l’a conforté dans ses certitudes guerrières. A en lire cet extrait d’un article du Monde, les va-t-guerre américains ont malheureusement aussi leurs relais en France : « La diplomatie piétine aussi parce que, ces dernières semaines, l’administration Bush, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, se sont consacrés à réparer les dégâts causés par le rapport des agences de renseignement américaines, publié le 3 décembre 2007. »

Dominique Larchey-Wendling

Le retour de Dick Cheney

par Philip Giraldi, Huffington Post, 21 janvier 2008

Il y a là une forme d’ironie toute particulière : les rencontres qui sont ostensiblement dédiées à la cause de la paix sont fréquemment utilisées pour préparer la guerre. La visite que le président George W. Bush vient de terminer au Moyen Orient en est un exemple précis. L’objectif affiché de pousser les Palestiniens et les Israéliens à faire la paix a rapidement été dilué dans un agenda plus vaste de confrontation avec l’Iran devenant le point d’orgue des rencontres avec les amis Arabes de l’Amérique lors des étapes en Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes qui ont suivit les trois jours passés en Israël. L’agenda de Bush visait les alliés présumés de l’Iran dans la région, tout particulièrement la Syrie, le Hezbollah et le Hamas ; ils ont tous été critiqués pendant et après cette tournée.

Depuis son retour à Washington, les attaques verbales contre l’Iran et la dénonciation de ses prétendues "ingérences" dans le golfe Persique ont continué de plus belle. La révélation de nombreux aspects de "l’incident du détroit d’Ormuz" du 6 janvier qui montrent qu’il s’agissait d’une histoire largement fabriquée par le Pentagone n’a pas diminué la fureur contre Téhéran de l’administration et des candidats à la présidence du parti républicain, l’un d’entre eux ayant même suggéré que si les iraniens s’étaient approché un peu plus des navires US, il les aurait envoyé directement au paradis comme martyrs afin qu’ils puissent essayer les vierges qui leur ont été promises.

Certaines de mes sources à Washington pensent que lorsqu’il était en Israël, Bush a donné son feu vert au premier ministre Ehud Olmert et à l’autorité Palestinienne pour attaquer et détruire le Hamas dans la bande de Gaza, en utilisant tous les moyens nécessaires. Israël n’avait guère besoin d’encouragement et a seulement été restreinte dans son action parce qu’il craignait qu’un nombre important de victimes civiles ne vienne ternir son image publique. En outre, Mahmoud Abbas, le président de l’autorité Palestinienne, était lui aussi heureux de pouvoir se débarrasser du Hamas, d’autant plus qu’il était parfaitement conscient d’être dans l’incapacité de résoudre ce problème avec ses propres moyens. Il en résulte une série de frappes aériennes israéliennes majeures sur Gaza qui ont tué vingt sept palestiniens dans les dix derniers jours ; bon nombre d’entre eux étaient des civils. En novembre, après la conférence de paix d’Annapolis, il y eut également une escalade similaire pendant laquelle trente deux palestiniens ont été tués par les israéliens. Aucun signe ne montre que l’accumulation des cadavres n’ait affaibli le Hamas d’une quelconque manière.

On aurait pu penser qu’à la fois Israël et les Etats-Unis, sans même parler de Mahmoud Abbas, auraient finalement compris qu’il n’existe pas de solution militaire au problème que pose le Hamas à Gaza, mais cette nouvelle attitude, plus ferme, est le produit de la résurgence du vice président Dick Cheney et des faucons néoconservateurs qui l’entourent.

Cheney et ses amis sont à nouveau en train de planifier une attaque contre l’Iran préalable à la fin du mandat de Bush. La capacité du vice président à dicter la politique étrangère de la Maison Blanche s’était érodée l’année dernière lorsqu’une série d’articles est parue dans le Washington Post, détaillant comment il avait la main haute sur de nombreux choix politiques de l’administration, au détriment du président.

Il a été rapporté que le président Bush fut choqué par la suggestion qu’il était un poids plume politique par rapport à son adjoint et il a alors choisi de placer sa confiance dans les politiques plus modérées promues par la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice et ministre de la défense Robert Gates.

Le succès de Cheney pour reprendre le contrôle du processus de décision en politique étrangère est venu de l’exploitation du manque de confiance du président Bush dans la communauté du renseignement qu’il considère depuis longtemps comme hostile à sa politique interventionniste. La communauté du renseignement travaille pourtant pour le président et est constituée de si nombreux contre-pouvoirs qu’elle est incapable de jouer un tel rôle. Cet argument est hors sujet depuis longtemps dans la mesure où l’administration et ses soutiens ont trouvé en elle un bouc émissaire bien utile à leurs échecs désastreux en politique étrangère.

La publication du rapport "National Intelligence Estimate" (NIE) sur l’Iran début décembre a apporté l’élément clef qui a permit à Cheney de remettre le président sur une voie plus belliqueuse. Dans la mesure où le NIE a défendu la thèse que l’Iran a abandonné son programme d’armes nucléaires, il a largement été perçu comme contradictoire avec la politique de l’administration qui cherchait à diaboliser l’Iran et provoquer un changement de régime. Bush, qui est un homme immodérément têtu même dans les meilleures circonstances, n’était certainement pas prêt à laisser les faits changer sa manière de penser.

C’est pendant le voyage du président Bush au Moyen Orient qui vient juste de se terminer que ce processus de distanciation avec les agences de renseignements a culminé lorsque le président a déclaré au premier ministre Ehoud Olmert et aux Saoudiens que le rapport NIE n’avait pas d’influence sur son point de vue sur l’Iran. A un moment, il a dit : "j’ai défendu nos services de renseignement, mais j’ai été clair sur le fait qu’ils sont une agence indépendante ; qu’ils aboutissent à des conclusions qui ne sont pas déterminées par ce que je voudrais ou ne voudrais pas."

Bush a aussi dit à Olmert qu’un rapport des services de renseignements israéliens qui détaille la menace que pose l’Iran et affirme que les programmes d’armement sont de nouveau en place et fonctionnent correspond mieux à sa propre estimation. L’affirmation de Bush comme quoi la communauté du renseignement serait indépendante du gouvernement dont elle serait une branche séparée est bien-sûr complètement absurde mais symptomatique du mode de pensée de Cheney et de ses soutiens.

Bush et Cheney sont à nouveau sur la voie d’un programme visant à renforcer la rôle de la démocratie américaine au Moyen Orient, par la force des armes si cela est nécessaire. Lorsque le directeur des services de renseignements Mike McConnell et des analystes de haut rang de la CIA ont briefé le vice président Cheney à propos de potentiels retours de bâtons suite à une confrontation militaire avec l’Iran début janvier, Cheney fût méprisant, répondant que les Etats-Unis pouvaient faire face à n’importe quelles conséquences.

Le vice président qui, selon des témoignages, a régulièrement dénigré les rapports des services de renseignements US aux réunions du Conseil National de Sécurité, défend le point du vue que la communauté du renseignement se venge pour avoir été blâmé de la piètre qualité des informations qui ont contribué à l’invasion de l’Irak et sape délibérément la politique américaine vis-à-vis de l’Iran.

McConnell, et le général Micheal Hayden de la CIA se sont senti frustrés de l’hostilité en provenance de la Maison Blanche. A contre-coeur, ils en sont arrivés à la conclusion que Cheney dénigre intentionnellement et délibérément les agences de renseignement US par le biais de ses alliés au sein des "think tanks" de Washington d’obédience néoconservatrice. Il a également personnellement soutenu la campagne médiatique contre le rapport NIE, qui s’est concentrée sur les relais médiatiques usuels des néoconservateurs, le Wall Street Journal, le Weekly Standard, la National Review et Fox News.

D’après des sources au sein de services de renseignement à Washington, le vice président a recommencé à exhorter Bush à agir contre l’Iran avant la fin de sa présidence. Cheney a suggéré que si Israël agit contre l’Iran, les Etats-Unis seront entrainés dansl’attaque et n’auront d’autre choix que de rejoindre Tel Aviv dans l’action militaire.

Le retour de Cheney et l’instabilité qui fait suite aux tentatives de Bush de revigorer la coalition arabe anti-iranienne chancelante a alarmé plusieurs membres de haut rang de la communauté du renseignement américaine, qui font maintenant marche arrière quand à leur affirmation optimiste que le NIE sur l’Iran empêcherait une attaque US de l’Iran.

Beaucoup pensent maintenant que Bush est d’accord avec Cheney sur le principe qu’un conflit militaire avec l’Iran doive être déclenché avant que le nouveau président ne prenne ses fonctions.

Philip Giraldi est un ancien agent de la CIA, spécialiste des questions de sécurité et de contre-terrorisme.


Publication originale Huffington Post, traduction Dominique Larchey-Wendling pour Contre Info.

 

George W. Bush dénoncé pour ses 935 mensonges sur l’Irak

Le 23 janvier 2008

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photo : Jason Meredith (Flickr)

Avant la guerre en Irak, et pour convaincre la population américaine du bien-fondé de sa démarche, George W. Bush s’est livré – sans aucun scrupule – à 935 mensonges tant auprès des parlementaires qu’auprès du monde entier. Rien de moins.
C’est ce que révèle Huffington Post* qui s’inspire d’une étude produite par un groupe de journalistes indépendants et le Center for Public Integrity qui ont passé en revue l’ensemble des déclarations présidentielles américaines. Scott Stanzel, porte-parole de la Maison Blanche s’est refusé à commenter les résultats de l’étude et a rappelé que Saddam Hussein était d’abord un traitre.

Selon Stanzel, les déclarations du président se fondaient sur des analyses et des rapports provenant d’agences de sécurité du monde entier.
Les personnalités épinglées par le rapport, outre le président lui-même, sont le Vice-président, Dick Cheney, la conseillère Condoleezza Rice, le secrétaire à la défense Donald H. Rumsfeld, le secrétaire d’État Colin Powell, le conseiller Paul Wolfowitz et les secrétaires de presse à la Maison Blanche, Ari Fleischer et Scott McClellan.
Comme l’indique l’étude révélée par Huffington Post : « Bush led with 259 false statements, 231 about weapons of mass destruction in Iraq and 28 about Iraq’s links to al-Qaida, the study found. That was second only to Powell’s 244 false statements about weapons of mass destruction in Iraq and 10 about Iraq and al-Qaida ». Rien de moins.

* http://www.huffingtonpost.com/2008/01/2 … 82764.html

Les mensonges de père en fils:

Les mensonges de père en fils: voir les vidéos sur le site original:
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La destruction des vidéos de la CIA mène à Cheney

Par Solidarité et Progrès, Mercredi 09 Janvier 2008

La destruction des vidéos de la CIA mène à Cheney L’ambiance a dû être particulièrement morose dans le bureau du vice-président Cheney le 2 janvier, lorsque le nouveau ministre de la Justice, Michael Mukasey, annonça que son ministère avait ouvert une enquête au criminel sur la destruction par la CIA, en 2005, d’enregistrements vidéo d’interrogatoires « musclés ». La poursuite de cette affaire pourrait très bien exposer la guerre secrète qui oppose, depuis sept ans, l’agence de renseignement à la faction de Cheney à la Maison Blanche.

Il est bien connu à Washington que le vice-Président est le principal partisan du recours à la torture dans la « guerre au terrorisme » et autres pratiques qualifiées de crimes de guerre par toute nation civilisée. Ce que l’on sait moins, c’est que la plupart des responsables professionnels de la CIA, et dans les forces armées, étaient opposés au programme de torture et de techniques d’interrogatoire « accrues » que la Maison Blanche avait imposé à l’Agence.

On croit savoir que les vidéos en question montraient l’interrogatoire et la torture de deux agents présumés d’al-Qaida en 2002. L’un d’entre eux, Abe Zubaydah, aurait « craqué » moins de 60 secondes après l’application de la vieille technique du « supplice de la baignoire », poussant la victime à la limite de la mort pour obtenir des renseignements et des aveux. Dans le cas d’ Abe Zubaydah (et aussi, semble-t-il, de Khalid Sheikh Muhammad), il commença alors à débiter tout un flot d’information. Mais de nombreux experts mettent en doute la crédibilité de ces informations, et d’autres les rejettent entièrement.

Jose Rodriguez, le responsable de la CIA qui dit avoir autorisé la destruction des vidéos, veut que les faits soient connus et a demandé à être convoqué devant le Congrès pour témoigner. Un ancien officier de l’agence, Larry Johnson, pense que Rodriguez « est probablement la personne la moins coupable de tout le processus. Il ne s’est pas réveillé un jour en se disant : "Je vais détruire ces vidéos". Il a vérifié auprès de plusieurs personnes et en fin de compte, il va être entendu. »

Effectivement, avant la destruction des enregistrements, selon le New-York Times, des discussions ont eu lieu entre des responsables de la CIA et les avocats de la Maison Blanche. Un des participants était David Addington, le conseiller juridique de Dick Cheney, qui s’est montré plus insistant que tous les autres conseillers, y compris celui du président Bush.