Quand le nouvel ordre mondial se mêle de la toile, c’est grave.

 

Prise de tête. Les répercussions du 11 septembre 2001 n’en finissent pas. En cette époque de peur du terrorisme, après RFID, EDVIGE, les passeports biométriques, voici DADVSI, HADOPI ainsi que  le dernier né LOPPSI, et sous peu, PERICLES … De grands penseurs ne savent plus où donner de la tête pour assurer notre sécurité. Contrôles démultipliés dans toutes les strates de la société, sauf là où ils seraient réellement indispensables, caméras de surveillance à foison, radars à chaque coin de rue … mais pour notre plus grand bien, précise t-on toujours. Dans l’élan de ces bonnes intentions, on s’en prend désormais à un nouveau repère de pirates : les cybernautes. Noble cause avancée : lutte contre la pédophilie, rapts de droits d’auteurs… mais risques certains aussi, et à plus ou moins brève échéance : un glissement vers la privation du droit à la libre expression, censures, filtrages, espionnage : le droit à la vie privée risque de subir une sévère entorse. Nous offrirait – on une démo kratos   (kratos : du grec, " force", "pouvoir") par crainte de cyberattaques ? (lire à ce propos cet article ReOpenNews)

Internet véhicule sans doute le pire, mais le meilleur aussi :  véritable forum, soupape du libre échange des informations, du partage des réflexions sensibles et humaines, Internet donc, est lentement mais sûrement happé dans la ligne de mire d’un système sécuritaire jugé le plus approprié pour tous. Léger bémol. Ce système omet tout simplement de vous demander ce que vous en pensez. Circulez, on décide pour vous. A se demander si la toile ne serait pas devenue une sorte de dazi bao mondial, disant tout haut ce que le pouvoir voulait justement taire dans une certaine Chine, il n’y a pas si longtemps.

Au sein d’un nouvel ordre mondial en pleine éclosion, entre autres nations vouées aux même restrictions, regardons de plus près ce qui se passe en France. L’article suivant y décrit les moyens mis en oeuvre en vue de sécuriser, ou mieux, contrôler une toile, (donc des internautes) jugée peu fiable.  Sidérant.
 


Décryptage : Sarkozy et son oeuvre de contrôle du net

Guillaume Champeau – publié le Mercredi 20 Mai 2009 à 09h08 – posté dans Société 2.0

"Le président de la République actuel a un plan". C’est la première phrase du livre de François Bayrou, Abus de Pouvoir, et l’on peut la vérifier au moins en ce qui concerne le contrôle du net. Depuis la loi DADVSI (1) où il était président de l’UMP et ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy a déployé son plan pour contrôler le net. Il a commencé à l’appliquer avant-même la loi Hadopi (2), et prévoit de le parachever avec la Loppsi (3). Dans cet article exceptionnellement long, Numerama tente un décryptage du net selon Sarkozy.

Petit à petit, les pièces du puzzle s’assemblent et l’image se révèle sous nos yeux. Le projet de loi Création et Internet n’a pas encore été promulgué que déjà le morceau suivant s’apprête à faire son apparition. Projet de loi après projet de loi, décret après décret, nomination après nomination, Nicolas Sarkozy prépare méthodiquement les moyens pour le gouvernement de contrôler Internet… et les internautes.

Lundi, Le Monde a publié un excellent article sur la prochaine loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure (Loppsi, ou Lopsi 2), qui montre ce que prévoit le nouveau texte commandé par Nicolas Sarkozy : installation de mouchards électroniques sans vérification de leur légalité par les services de l’Etat, légalisation des chevaux de Troie  (4) comme mode d’écoute à distance, création d’un super-fichier "Périclès" (5) regroupant de nombreuses données personnelles (numéros de carte grise, permis de conduire, numéros IMEI des téléphones mobiles, factures…), création d’un délit d’usurpation d’identité, pouvoir de géolocaliser les internautes, …

Sans cesse repoussée, la loi est attendue de pieds fermes par Nicolas Sarkozy. C’est d’ailleurs en partie elle qui a justifié l’obsession du Président à maintenir contre vents et marée la loi Hadopi. Car "le président de la République actuel a un plan". Pour le comprendre, il nous faut accumuler les pièces à conviction. Certaines relèvent très certainement de la paranoïa, d’autres sont véritablement réfléchies par le Président.

Mises bout à bout, elles laissent peu de doute sur la volonté de Nicolas Sarkozy de contrôler le net, aussi bien dans son contenu que dans son infrastructure.

Au commencement, Nicolas Sarkozy voulu devenir Président

Très tôt dans sa carrière politique, Nicolas Sarkozy n’a eu qu’une obsession : devenir président de la République. Et une vision : pour y parvenir, il fallait contrôler les médias. Maire de Neuilly-Sur-Seine, il s’efforce de faire entrer rapidement dans son cercle d’amis proches les Martin Bouygues, Lagardère (père et fils) et autres Dassault (6) qui le conduiront par leur amitié complice au sommet du pouvoir. C’est d’autant plus facile que ces capitaines d’industrie, propriétaires de médias, dépendent pour l’essentiel de leurs revenus des commandes de l’Etat. Entre amis, on sait se rendre des services…

Toute cette énergie de réseautage a été mise au service de son ambition présidentielle. En 2007, c’était la bonne. Première tentative, première victoire. Mais Nicolas Sarkozy a eu chaud. Il avait négligé Internet. A quelques points près, François Bayrou – qui a au contraire beaucoup misé sur Internet pendant la campagne – passait devant Ségolène Royal au premier tour de la Présidentielle, et c’est le leader du MoDem qui se serait retrouvé à l’Elysée.

Il serait faux toutefois de prétendre que Nicolas Sarkozy, qui s’était assuré le soutien du bloggeur Loïc Le Meur (à l’époque le plus influent), (7) s’est aperçu trop tard du pouvoir du net. Fraîchement élu, le président Sarkozy n’avait pas tardé à demander "l’avènement d’un internet civilisé", prônant une "campagne de civilisation des nouveaux réseaux". Le coup de Trafalgar du refus de la Constitution européenne par les Français avait montré pour la première fois au monde politique les limites des médias traditionnels face à Internet, où l’opposition au texte européen fut virulente. Les amis de Nicolas Sarkozy dans les grands médias et l’industrie culturelle l’ont très vite convaincu qu’il fallait faire quelque chose. Lui pour conserver le pouvoir, eux pour limiter cette concurrence gênante. C’est Renaud Donnedieu de Vabres (RDDV) qui s’est chargé des basses oeuvres, sous l’oeil attentif de son président de l’UMP et ministre de l’intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy.

DADVSI et HADOPI : les premières pierres vers le filtrage

Derrière les apparences d’une première loi contre le piratage sur Internet, comme l’avait prédit le journaliste américain Dan Gillmor, c’est une alliance à trois qui s’est formée entre le pouvoir politique, le pouvoir médiatique et l’industrie culturelle. A peine la riposte graduée (déjà) adoptée, RDDV avait prévenu que la loi DADVSI "n’est que le premier d’une longue série d’adaptations de notre droit à l’ère numérique", et qu’il comptait bien s’attaquer "un jour au problème de la presse et de l’Internet". C’était en 2006.

Affaibli par la débâcle de DADVSI, le ministre de la Culture n’a pas eu le temps de mettre son projet en application. Mais l’idée d’accorder un label à la presse professionnelle en ligne et de doter les sites de presse d’un statut particulier opposé aux blogs était née. Nicolas Sarkozy l’a mise en application cette année. Le tout en permettant à la vieille presse papier de bénéficier par ailleurs de substantielles aides de l’Etat, contraires à la libre concurrence, pour investir le net.

Avec la loi Hadopi, qu’il a maintenu jusqu’à mettre en péril la cohésion du groupe UMP, le chef de l’Etat a réussi à imposer à tous les foyers français l’installation d’un "logiciel de sécurisation", qui, sous la forme d’un mouchard, aura pour but de filtrer les sites internet et certains logiciels. Soit de manière franche, en bloquant l’accès à des contenus ou des protocoles. Soit de manière plus sournoise, en mettant en place un système qui met en avant les sites labellisés par l’Hadopi ou par les ministères compétents, pour mieux discréditer les autres. Les sites de presse professionnels feront bien sûr partis un jour des sites labellisés, tandis que la multitude de blogs ou de sites édités par des journalistes non professionnels verront leur crédibilité mise en doute. Pour le moment on ne sait rien du périmètre des caractéristiques imposées par l’Etat aux logiciels de sécurisation, et c’est bien là sujet d’inquiétudes. Il suffira d’étendre par décret la liste des fonctionnalités exigées pour que la censure se fasse de plus en plus large et précise, hors du contrôle du législateur ou du juge.

LOPPSI : le filtrage imposé aux FAI

Si elle prévoit la création de ce logiciel de sécurisation, et suggère fortement son installation, la loi Hadopi ne fait cependant pas de son installation une obligation. Le risque d’inconstitutionnalité serait trop fort. Il faut donc compléter le tableau, en organisant un filtrage au niveau de l’infrastructure du réseau. C’est le rôle de la loi Loppsi, chapeautée par Michèle Alliot-Marie.

Entre autres choses, la Loppsi va imposer aux FAI une obligation de filtrage de résultat. Ils auront le devoir de bloquer l’accès à des sites dont la liste sera déterminée par l’administration, sous le secret. Ce qui n’est pas sans poser d’énormes problèmes dans les quelques pays qui ont déjà mis en place cette idée. Là aussi, une fois mis le pied dans la porte, sous prétexte de lutter contre la pédophilie (une tentation du pathos contre laquelle il faut résister), il suffira d’étendre la liste des exceptions qui donnent droit au filtrage. Ici pour les maisons de disques victimes de piratage, là pour les sites de presse suspectés de diffamation, ou pour les sites de jeux d’argent qui ne payent pas leurs impôts en France. La liste n’aura de limites que l’imagination et l’audace des gouvernants.

Encore faut-il que ces idées de contrôle du net puissent se mettre en place sur le terrain, ce qui nécessite des hommes et des femmes peu regardants. C’est dans cet art que Nicolas Sarkozy excelle le plus.

Le choix des hommes, le triomphe des idées

Dès 2006, Nicolas Sarkozy a compris qu’il aura besoin de verrouiller son gouvernement et les télécoms pour mettre en place son plan de contrôle d’internet. Christine Boutin, qui avait été une farouche et convaincante opposante à la loi DADVSI fin 2005 (au point de faire basculer le vote de certains députés UMP pour la licence globale), et qui avait défendu l’idée d’un internet libre, s’est ensuite mue dans un silence confondant à la reprise des débats en mars 2006. En échange, et entre temps, elle a reçu la promesse de Nicolas Sarkozy d’entrer au gouvernement après les élections présidentielles si elle mettait sa langue dans sa poche. Les deux ont tenu parole.

Président de la République, Nicolas Sarkozy a ainsi composé son gouvernement de manière à accomplir son oeuvre sans opposition interne. Nadine Morano à la Famille, et Michèle Alliot-Marie à l’Intérieur, n’ont pas eu besoin de forcer leur nature pour prêcher la censure de certains sites Internet ou le filtrage des sites pédophiles ou terroristes. Porte-parole de l’UMP, pilotée par l’Elysée, le lobbyiste Frédéric Lefebvre ne passe plus une semaine sans se confondre en invectives contre Internet, et réclamer le filtrage. En plaçant l’ex-socialiste Eric Besson au numérique, Sarkozy pensait peut-être aussi paralyser les critiques à la fois de son propre camp et de l’opposition, tout en s’assurant le soutien d’un homme qui a troqué ses convictions pour son ambition. En le remplaçant par Nathalie Kosciusko-Morizet, plus rebelle, Sarkozy a pris un risque. Mais il fait aussi un pari. Celui que son frère Pierre Kosciusko-Morizet, président des deux plus gros lobbys français du numérique hostiles au filtrage, serait moins audible dans son opposition si sa soeur est systématiquement suspectée de collusion lorsqu’elle défend le même point de vue. Ce qui n’a pas manqué lorsque PKM a prêché, dans le vide, un moratoire sur la loi Hadopi.

Il a fallu aussi convaincre dans les télécoms. Free, à la nature frondeuse, reste le plus difficile à manipuler pour Nicolas Sarkozy. Il a toutefois trouvé une arme : la quatrième licence 3G. L’opérateur sait qu’elle va être rapidement indispensable pour continuer à concurrencer Bouygues, SFR et Orange, qui peuvent tous proposer des offres regroupant ADSL et mobile. Mais elle est dépendante de la volonté du gouvernement. Très rapidement, Christine Albanel a fait comprendre à Free qu’il devrait être obéissant pour espérer accéder à la fameuse licence. Depuis, le dossier ne cesse d’être repoussé sous des prétextes fumeux, et Free a mis de l’eau dans son vin contre Hadopi et contre le filtrage, dans l’espoir de ne pas hypothéquer ses chances d’avoir accès à la téléphonie mobile.

Pis, Nicolas Sarkozy a fait nommer numéro deux de France Telecom Stéphane Richard, le directeur de cabinet de Christine Lagarde, qui ne compte "que des amis" dans la commission qui déterminera le prix de la quatrième licence 3G. L’homme aura également pour mission de mettre en oeuvre le filtrage chez Orange, qu’il dirigera d’ici deux ans.

Le contrôle des institutions ayant leur mot à dire sur le filtrage

Enfin, Nicolas Sarkozy s’est également assuré de contrôler les institutions qui pourraient lui faire de l’ombre. La CNIL, qui s’est opposée à l’Hadopi, n’aura pas le droit de siéger au sein de la haute autorité. Les amendements le proposant ont été refusés. Elle n’a pas non plus eu le droit de publier son avis contre la loi Hadopi, et les deux députés commissaires de la CNIL, tous les deux membres de l’UMP, ont voté pour la loi. L’un des deux, Philippe Gosselin, a même été un farouche défenseur de la loi à l’Assemblée, et sans doute au sein de l’institution. Dans son dernier rapport annuel, la CNIL a dénoncé l’omerta imposée par le gouvernement, et son manque d’indépendance, notamment financière.

Plus directement, Nicolas Sarkozy a également évincé l’autorité de régulation des télécommunications (Arcep) des études sur le filtrage, auquel elle était hostile. Redoutant que l’autorité ne reste trop à l’écoute des professionnels des télécoms et des internautes, le président de la République a récemment mis à la tête de l’Arcep Jean-Ludovic Silicani, l’ancien président du Conseil de la propriété littéraire et artistique (CSPLA). Un homme notoirement favorable au filtrage et à la lutte contre le P2P. Le CSPLA, rattaché au ministère de la Culture, compte par ailleurs parmi ses membres le Professeur Sirenelli, à qui le gouvernement confie quasiment toutes les missions juridiques liées au filtrage depuis quatre ans, avec un résultat certain.

Finalement, c’est au niveau européen que Nicolas Sarkozy compte ses plus forts adversaires. Il a entamé un bras de fer avec le Parlement Européen sur l’amendement Bono, et exerce un lobbying intense sur les Etats membres pour qu’ils refusent de marquer dans le marbre le principe du respect de la neutralité du net, contraire au filtrage. Il peut compter sur le soutien de Silvio Berlusconi, propriétaire de médias, qui met en place exactement le même plan en Italie. Mais il redoute l’opposition des députés européens.

D’où l’importance des élections européennes du 7 juin prochain. De leur résultat dépendera peut-être la réussite ou l’échec du plan mis en place par Nicolas Sarkozy.


Source
:
Numerama
 


(1) DADVSI : Droit d’Auteur et Droits Voisins dans la Société de l’information

(2) Loi HADOPI : Haute Autorité pour la Diffusion des Oeuvres et la Protection des Droits sur Internet  – rebâtisée " Loi Création et Internet" : LCI, également nommée "Riposte graduée" ou encore Loi Olivienne

(3) Cheval de Troie

(4) LOPPSI : Loi d’Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure

(5) Fichiers PERICLES

(6) Martin Bouygues : TF1, Bouygues Telecom – Lagardère : Hachette, Filipacchi Medias, France Télécom – Dassault :  Le Figaro,  TV Magazine, Journal des Finances, Indicateur Bertrand

(7) Loïc Le Meur
 


 A lire :

A écouter :

  • Les enfants du web #29 : "Guillaume Champeau, fondateur du célèbre site Numerama.com (anciennement Ratiatum), nous explique de façon très pédagogique les enjeux de la loi HADOPI et de la prochaine LOPPSI2. Face à un discours froid mais concernant des problématiques pourtant bien réelles, Mathieu réagit à l’article ci-dessus."

Chauprade confirme ses doutes sur la version officielle du 11/9

CID : Chauprade s’en prend à un "petit clan qui défend des intérêts américains" et va saisir la justice

Aymeric Chauprade, expert en géopolitique et enseignant au CID, qui a été congédié jeudi par le ministre de la Défense après la parution d’un texte contestant ce qu’il appelle "la version officielle" des attentats du 11 septembre, va attaquer en justice le ministre de la Défense Hervé Morin. Son avocat devrait préciser cette semaine la nature de la plainte . "Une riposte juridique est engagée" dit-il. Ce samedi, Chauprade assure n’avoir toujours eu aucun contact avec le cabinet du ministre, afin de pouvoir s’expliquer.

"J’ai désormais les mains libres pour m’exprimer. Le petit clan qui, au coeur de la Défense défend des intérêts étrangers, essentiellement américains, va devoir s’inquiéter", menace-t-il.

Aymeric Chauprade, 40 ans, a été reçu vendredi matin par le général Vincent Desportes, commandant du Collège interarmées de Défense. Au cours d’un entretien "très courtois" d’un quart d’heure, le général lui a signifié la fin immédiate de sa collaboration. Chauprade a demandé à ce que son renvoi lui soit notifié par écrit. Les autres interventions de Chauprade dans des organismes de la Défense, comme l’IHEDN, l’Emsom (troupes de marine) et le Cesa (armée de l’air), devraient également être annulées. Il devait par exemple embarquer le 20 février sur le navire-école Jeanne d’Arc pour une série d’interventions auprès des élèves-officiers de la Marine, entre Djakarta et La Réunion. La Marine l’a averti d’un "changement de programme brutal".

Interrogé par Secret Défense [libération.fr] sur le fond de l’affaire, c’est-à-dire les attentats du 11 Septembre, Aymeric Chauprade maintient ses affirmations qui rejoignent celles des complotistes, visant à dédouaner l’islamisme radical pour en attribuer la responsabilité aux Américains ou aux Israéliens : "On a le droit de ne pas savoir (qui est à l’origine des attentats). Je ne suis pas convaincu par le version officielle. J’ai en effet présenté de manière crédible les thèses alternatives. Mais je donne la version officielle – que tout le monde d’ailleurs connait – dans une chronologie. J’ai des doutes importants , mais cela ne veut pas dire que je crois que les responsables sont des éléments des services américains ou israéliens. Je ne tire pas de conclusions, je m’interroge".

Paru sur Blog "Secret Défense" (libération.fr)
Liens et extraits mis en gras par ReOpenNews


Note ReOpenNews : Déjà interrogé la veille par le blog Secret Défense, Aymeric Chauprade s’était d’abord dit « stupéfait » : « On me coupe la tête. Je n’ai eu aucun contact avec le cabinet du ministre, qui n’a pas cherché à m’entendre avant de prendre cette décision à la suite de la parution d’un seul article [celui de Le Point, NdlR] ». Sur les accusations portées à son encontre, Chauprade avait répondu : « Je présente cette thèse, certes de manière avantageuse, mais sans la faire mienne. Je souhaitais mettre en opposition deux façons de voir le monde ». Dès jeudi, des élèves du collège interarmées ont assuré leur professeur de leur solidarité contre ce qu’ils appellent une « chasse aux sorcières » entreprise au nom de la « pensée unique » (source : Le Post).

Analyse Media 911

Analyse Media 911 est un site sur le 11 Septembre rédigé par un journaliste canadien. Il se veut "d’abord et avant tout une référence fiable et aisément accessible pour quiconque désire s’informer sur les nombreux points méconnus, anomalies et faits entourant les attaques terroristes du 11 septembre 2001". Résultat d’une "recherche personnelle, basée sur deux années complètes d’analyse de sources médiatiques crédibles et vérifiables", cet "ouvrage" constitue une très  bonne synthèse des informations disponibles sur le sujet. Nous reproduisons ci-dessous un chapitre du site appelé "note personnelle de l’auteur" qui est un vibrant appel à la recherche de la Vérité


Je me permettrai d’abord de partager avec vous une expérience personnelle dont la pertinence à cet ouvrage m’apparaît manifeste. À l’été 2002, suite à des études collégiales en journalisme puis en arts et lettres, j’ai saisi l’occasion enrichissante de remplacer un journaliste dans un quotidien local québécois pendant la période des vacances estivales. Étant assigné aux sujets les plus variés, j’eus l’opportunité privilégiée d’observer de première main le fonctionnement interne d’une salle de nouvelles.

Je me rappelle plus particulièrement l’anecdote que voici. Un jour, un collègue m’approcha, un communiqué de presse portant la mention ‘Pour parution immédiate’ à la main. Il désirait que j’écrive un bref article sur ce sujet. Ma réaction fut spontanée : je désirais confirmer les informations contenues dans le communiqué pour m’assurer de la validité de celles-ci. Du tac au tac, mon collègue rétorqua ‘Inutile de confirmer quoi que ce soit, ce communiqué provient du gouvernement. Tout ce que tu dois faire, c’est de reformuler légèrement ce qui s’y trouve.’ Étonné, j’avais alors obtempéré en songeant, ‘Tiens, c’est plus simple que je ne le croyais.’

Quoique la signification de cette expérience m’échappât sur le moment, j’en saisis finalement toute la portée en cours d’écriture de cette synthèse : les communiqués gouvernementaux jouissent d’une certaine forme de sauf-conduit leur évitant d’être soumis à une vérification préalable à leur publication. Résultat, les lecteurs de journaux – ainsi que les téléspectateurs et les auditeurs de radio, par extension – reçoivent à leur insu des informations qui ne sont pas toujours dûment vérifiées par les médias. Selon l’étendue de cette pratique, un puissant outil de désinformation peut potentiellement s’en dégager.

Parallèlement, la couverture médiatique des attentats du 11 septembre m’apparait tout aussi inédaquate de par le mutisme entretenu jusqu’ici envers le questionnement rationnel et justifié que devraient susciter les innombrables irrégularités entourant ces événements déterminants. En effet, d’un point de vue sociétaire, j’estime fondamental que la population puisse compter sur ses médias pour l’informer de telles anomalies. Mais apparemment, nous attendrons encore longtemps si nous continuons de miser uniquement sur ceux-ci. Voilà d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’ai désiré partager ces informations le plus objectivement possible.

Étant néanmoins conscient que mon opinion aura transpiré à maintes reprises de par la seule nature de cet ouvrage, je me permettrai ici de me prononcer sans aucun détour : je suis d’avis que la version officielle sur les attentats du 11 septembre est fausse.

Ceci dit, j’ai tenté tant bien que mal de n’imposer au lecteur aucune théorie alternative sur ces terribles événements. Je me suis plutôt efforcé d’exposer les faits et de les superposer à la version officielle. Libre à chacun par la suite de juger de la crédibilité et de la vraisemblance de celle-ci. D’une manière générale, je considère qu’une telle approche favorise le questionnement chez les individus. Et c’est précisément le but recherché par cet essai : faire réfléchir les gens.

Il existe après tout amplement de points d’échanges constructifs pour nous permettre de s’interroger sur la version officielle. Il suffit de penser aux plans d’attaque sur l’Irak et l’Afghanistan, ébauchés bien avant les attentats de septembre 2001. Il me vient également en tête le Building 7, cet édifice de 47 étages abritant différentes agences secrètes qui s’écroula sur lui-même sans avoir été frappé par un avion; ceci fut ensuite suivi d’un black-out médiatique presque total.

Considérons aussi le délai de 441 jours écoulé avant l’ouverture d’une enquête publique ‘indépendante’, mise sur pied par la Maison Blanche et constituée exclusivement de politiciens américains présentant presque tous des conflits d’intérêts, après que le président Bush se soit obstinément opposé à la création de celle-ci. Tenons également compte des nombreuses déclarations ridicules de cette même commission d’enquête, qui affirma entre autres qu’il était peu important de connaître l’origine de l’argent utilisé pour financer les attentats. Réalisons que plus du quart du rapport final de la commission est basé sur des interrogations de détenus ayant été torturés.

Souvenons-nous de plus que les tours du World Trade Center se sont écroulées sur elles-mêmes pratiquement à la vitesse d’une chute libre, sans que les étages inférieurs pourtant intacts n’aient offert de résistance notable. Prenons conscience que les incendies ne peuvent expliquer la présence d’acier fondu dans les décombres, plusieurs semaines après les événements. Gardons en tête l’existence d’importants pics d’activité sismique enregistrés au tout début de l’effondrement des tours, ceux-ci étant équivalents à plus de 20 fois l’amplitude des vagues sismiques provoquées par la chute subséquente des débris.

Tenons compte des dizaines de témoignages d’individus très crédibles, pourtant ignorés par la commission d’enquête, qui rapportèrent des explosions et des flashs au World Trade Center. Songeons ensuite au fait qu’une importante quantité d’or fut retrouvée dans un tunnel de livraison, près d’un camion et hors de ses voûtes, sans qu’aucun cadavre ne soit découvert à proximité. Et n’oublions pas que sur les huit boîtes noires normalement indestructibles, seulement trois furent retrouvées et utilisées, alors que divers passeports et cartes d’identité de présumés terroristes survécurent aux mêmes conditions.

Considérons aussi l’absence de congédiements et les nombreuses promotions qui suivirent les échecs de prévention des agences de renseignements, ainsi que la dérogation inhabituelle aux protocoles de défense aérienne malgré la pluie d’avertissements précédant les attaques. Souvenons-nous de tous ces exercices militaires suspects tenus au matin du 11 septembre, dont l’un simulait comme par hasard l’écrasement d’un avion contre un édifice gouvernemental tout près de Washington. Retenons de surcroît qu’aucun avion-chasseur n’était assigné ce matin-là à la base aérienne Andrews, chargée de protéger la capitale des États-Unis.

Gardons en mémoire que les dommages au Pentagone semblaient loin de correspondre à ceux qu’auraient dû laisser un Boeing, et qu’aucune image présentant clairement ce qui a réellement percuté l’édifice n’a encore été rendue publique. De plus, remarquons que le rapport de la commission d’enquête omettait de mentionner le témoignage du ministre américain des Transports, qui affirmait que le personnel au PEOC avait tenu un décompte de la distance entre le vol 77 et Washington jusqu’à ce que celui-ci s’écrase sur le Pentagone, le rapport officiel déclarant plutôt qu’aucun avertissement ne fut reçu à propos de ce vol. Réalisons également la complexité des manoeuvres exécutées par le soi-disant terroriste aux commandes du vol 77 deux semaines après que celui-ci ait été jugé inapte à piloter un Cessna.

Puis, songeons au fait que les investigations sur Oussama Ben Laden – et sur sa famille – furent bloquées par les administrations Bush et Clinton avant les attentats, alors même qu’il s’agissait de l’un des hommes les plus recherchés de la planète. Souvenons-nous que dans les jours suivant les attaques, plusieurs membres de sa parenté furent prestement évacués du pays par les services secrets américains, sans être d’abord interrogés et malgré l’interdiction de vol fédérale. N’oublions pas qu’Oussama Ben Laden travaillait au profit de la CIA lors de l’invasion soviétique de l’Afghanistan dans les années 80, et que sa famille a entretenu des liens étroits avec la famille Bush pendant des années. Rappelons-nous ensuite le manque de réaction du président américain lorsqu’il fut informé que les États-Unis étaient sous attaque.

Demandons-nous pourquoi plusieurs des présumés terroristes étaient toujours vivants après le 11 septembre, le FBI continuant malgré tout de les désigner en tant que coupables. Gardons en mémoire que plusieurs d’entre eux avaient été identifiés par les services de renseignements américains plus d’un an avant les attentats, et que deux de ceux-ci ont même habité avec un agent du FBI.
Retenons par ailleurs que des débris du vol 93 ont été retrouvés jusqu’à huit milles à la ronde alors qu’aucune trace de l’avion lui-même n’a subsisté sur le site d’écrasement. Souvenons-nous que des témoins ont entendu un missile à Shanksville ce matin-là, et que d’autres ont rapporté avoir aperçu des flammes dans le ciel.

Soulignons de plus l’absence de dénouement, plus de six ans plus tard, dans les investigations sur les mouvements d’actions boursières inhabituels et sur les millions de dollars brusquement acheminés à travers les ordinateurs du World Trade Center au moment précis des attaques. N’oublions pas toutes ces preuves détruites, notamment les dossiers d’Able Danger sur les terroristes, les énormes piles de documents à l’ambassade d’Arabie Saoudite, la cassette de déclarations des contrôleurs aériens, ainsi que l’acier du World Trade Center qui fut recyclé avec empressement sans être analysé.

Constatons maintenant l’illogisme de la relation entre les États-Unis et le Pakistan suite aux attentats malgré l’implication de l’ISI dans le financement des attaques. Gardons en mémoire qu’un certain général pakistanais, chef des services des renseignements, a effectué un transfert de 100 000$ vers Mohammed Atta, tête dirigeante des terroristes, et déjeunait ensuite avec les dirigeants des comités de renseignements américains à Washington pendant que les avions percutaient les tours. Sans oublier que le frère d’Oussama Ben Laden se trouvait, de son côté, en compagnie de George H.W. Bush au même moment.

Mais en fait, la première raison de questionner la version officielle réside probablement dans l’ensemble de son inconsistance. Voilà ce qui m’empêche personnellement de lui accorder la moindre crédibilité. La narration d’une telle histoire, saturée d’autant de coïncidences et enchevêtrée de contradictions majeures, frise à mon avis le ridicule et révèle l’improbabilité des événements tels que décrits par le gouvernement.

Et le plus triste, ultimement, est cette utilisation abusive par nos dirigeants de la menace terroriste pour éroder peu à peu nos libertés civiles. Je m’aperçois que les peuples, naïfs ou mal informés, consentent aveuglément à l’abandon de leurs droits et libertés. Je constate que tout au cours de l’histoire, des individus en position de pouvoir ont cherché à dominer le monde. Pourquoi serait-ce différent de nos jours?

Ce qui me rassure toutefois, c’est qu’à chaque occasion par le passé, les peuples réussirent à puiser suffisamment de courage et d’énergie pour combattre et vaincre la tyrannie de leur époque. Aujourd’hui, ce même combat semble nous revenir. D’ailleurs, je ne m’étonne guère qu’après tant d’années de complaisance et de luxe relatifs en Occident, antithèses certaines de la misère et de la pauvreté du reste du monde, nous nous retrouvions aux prises avec une telle situation. La richesse et le confort pourraient-ils nous avoir collectivement engourdis à ce point ?

Dans cet ordre d’idées, je m’interroge désormais à savoir quelle sera votre propre réaction, vous qui venez d’être exposés à toutes ces informations. Ceux qui estiment comme moi que la version officielle du 11 septembre est fausse pourront certes se dire qu’il s’agit d’une situation au-delà de leur contrôle, en tant que simple individu de la masse, et qu’ils ne peuvent rien y changer. Ceci ne reviendrait-il toutefois pas à une soumission silencieuse?

Exprimer son désaccord envers la version officielle peut pourtant se manifester sous diverses formes, sans nécessairement monter aux armes ou le crier sur les toits, réactions que je désapprouverais d’ailleurs. Mais un simple commentaire bien placé lors d’une discussion appropriée, par exemple, recommandant poliment à un autre de s’informer à ce propos constitue déjà un pas vers l’anéantissement du mythe populaire. Et c’est sur chacun de ces pas, si petits soient-ils, que nous devons nous rabattre pour parvenir à ébranler les fondations vulnérables et erronées de la guerre contre la terreur.

Car cette guerre regrettable recèle un effet dévastateur sur la psyché collective globale, nous encourageant entre autres de manière insidieuse à se méfier des étrangers d’allégeance islamique tout particulièrement, ainsi qu’à entretenir une crainte qu’en tout temps, une menace latente plane sur notre planète. ‘Et si les terroristes se dotaient d’une bombe nucléaire ?’, s’inquiète-t-on plus ou moins consciemment. ‘Sacrifions vite nos droits pour plus de sécurité !’, scande alors le peuple sans déceler la moindre machination.

J’entends encore certains leaders politiques canadiens déclarer que la population ne craint pas suffisamment la menace terroriste. Bien entendu, en instaurant tranquillement la peur au sein de la nation, le gouvernement fait germer en nous un sentiment appelé à éclore sous forme d’un besoin de protection. Ce besoin de protection justifie ensuite des lois plus strictes, plus puissantes, entraînant la perte de droits et libertés civils – prétendument dans le but d’établir des mesures de contrôle plus efficaces pour contrer ce même terrorisme – et aboutit finalement en des pouvoirs accrus vers une société totalitaire.

Je serai honnête : de tristes pensées me traversent parfois l’esprit. Après tous les efforts de nos ancêtres et prédécesseurs, pourrions-nous faire partie de la génération qui échouera finalement à contrer les plans de domination globale de certains élitistes avides de pouvoir? Face à une éventualité aussi sombre qu’angoissante, je préfère m’armer d’optimisme malgré qu’il m’apparaisse plus qu’urgent de réagir collectivement. En effet, l’heure n’est plus à la l’individualisme quasi dogmatique pour la société occidentale.

Et tout bien considéré, le rôle des individus qui se sentent interpellés par la cause du 11 septembre s’avère relativement simple : lorsque l’opportunité se présente, il suffit de sensibiliser les gens en mentionnant la nécessité d’une nouvelle enquête internationale, réellement indépendante cette fois-ci, et de s’opposer à la perte de nos droits et libertés civils sous le prétexte d’une guerre contre la terreur. Et ceux qui désireraient pousser leur implication plus loin peuvent également considérer de contacter leurs médias locaux, leur faire parvenir de la documentation crédible sur le sujet et les questionner de manière civilisée sur le mutisme dont ils font preuve.

À ce titre, je soumettais en août 2007 une version préliminaire du présent ouvrage à Louis-Éric Allard, directeur de l’information du quotidien La Tribune, à Sherbrooke (Québec), dans le but d’obtenir ses commentaires sur le sujet. Étrangement, M. Allard évita ensuite pendant plus de deux mois mes nombreux appels et ne fit suite à aucun message. En novembre de la même année, je me résignai finalement à discuter avec sa secrétaire personnelle, qui me répéta alors obstinément qu’elle me retournerait le document, sans toutefois accepter de répondre à mes questions. Malgré mon insistance, elle refusa à cinq reprises de seulement m’indiquer si quelqu’un avait feuilleté le document. Je suis d’avis que devant une pression plus soutenue de la part du public, les médias ne pourraient réagir ainsi indéfiniment.

C’est pourquoi je me permets cet appel du coeur : trouvons au fond de nous le courage et la force d’exposer de quelle manière nos gouvernements nous manipulent en prétextant la lutte contre la terreur. Les gouvernements québécois et canadien doivent cesser de perpétuer la stratégie de domination globale des Américains. Ne nous leurrons pas : notre gouvernement est parfaitement au courant des informations contenues dans cet ouvrage. Seulement, il est plus que probable que le statu quo perdurera jusqu’à ce que la population exige un changement.

Contrairement aux époques où les hommes n’avaient d’autres choix que de livrer des batailles meurtrières aux armées des tyrans qui les menaçaient, il nous est maintenant beaucoup plus aisé de fracasser, par le pouvoir du savoir et sans la moindre effusion de sang, l’illusion créée par les véritables terroristes, ceux qui cherchent à embrouiller nos esprits.

Réalisons que de toute évidence, une partie de la solution réside dans la solidarité des peuples de la Terre plutôt que dans la division de ceux-ci, division précisément recherchée par les artisans de la guerre contre la terreur. Diviser pour régner… Une technique pourtant vieille comme le monde !

J’exhorte enfin chaque personne qui partage les mêmes convictions que moi au sujet du 11 septembre à réagir de façon civilisée et réfléchie envers cette situation délicate. Soyons conscients que propager nos vues d’une manière radicale ou inappropriée risquerait malheureusement d’entraîner certaines conséquences indésirables.

Je préconise personnellement une attitude positive et pacifique en tout temps. Il m’apparaît sage et bien avisé de chercher à vivre plus que jamais en harmonie avec soi-même et son environnement, au coeur de la tempête tout particulièrement. Car quiconque parvient à une telle maîtrise de soi dans ce contexte convoitera alors la liberté véritable, destinée à tous.

D.C. sur Analyse Media 911

A propos de deux attaques

Avant même que ne disparaisse l’odeur de poudre brûlée de l’hôtel Taj Mahal à Mumbai (Bombay), les Etats-Unis donnaient déjà leurs instructions à l’Inde. Il ne fallait pas rater le coche et il fallait attaquer le Pakistan, pour la simple raison que la totalité des hommes armés des assauts terroristes survenus dans cette ville étaient apparemment venus par bateau du Pakistan voisin. Des responsables US, dont la ministre des Affaires Etrangères Condoleezza Rice, appellent l’Inde à s’engager à mener une enquête « transparente » et « approfondie » sur ces attaques afin de déterminer qui en étaient les responsables.

Quelle différence avec la réaction du gouvernement US américain aux attaques du 11-Septembre aux Etats-Unis !

Au lieu d’une enquête « transparente », nous avons eu droit à des séances secrètes des comités de renseignement au Congrès, des interviews de fonctionnaires aux postes clefs, du président Bush et du vice-président Cheney, réalisées à huis clos par la Commission sur le 11/9, et bien entendu, l’arrestation secrète de milliers de musulmans vivant aux Etats-Unis, dont beaucoup furent détenus des mois durant et tenus au secret sans chef d’accusation à leur encontre, parfois victimes de tortures et souvent déportés avec de fortes de chances d’être – à nouveau – arrêtés, torturés voire mis à mort.

Au lieu d’établir calmement ce qui s’était passé et qui étaient les responsables, l’administration Bush a regroupé des Saoudiens membres de la famille Ben Laden, et d’autres qui avaient des liens avec le régime d’Arabie Saoudite, pays d’où venaient la plupart de ceux qu’on a déclaré impliqués dans le détournement des quatre avions utilisés lors des attaques, et elle les a renvoyés chez eux par avion sans même essayer de les interroger.

Et puis, là aussi sur la base seulement d’un minimum de preuves, les Etats-Unis lancèrent dans les jours qui suivirent une guerre totale contre l’Afghanistan, dans le but de chasser et de détruire le gouvernement taliban. Peu après cette agression, l’administration Bush/Cheney déplaça son attention et lança une guerre totale encore plus grande contre l’Iraq, une nation qui n’avait pas le moindre rapport avec les attaques contre le Pentagone et le World Trade Center.

Voilà ce qui a tenu lieu de transparence et de réponse mesurée.

Nous avons là encore un exemple de la façon dont les Etats-Unis s’attendent à voir un certain type de comportement adopté chez les autres dans le reste du monde alors qu’ils en adoptent un autre pour eux-mêmes.

On dirait que nous, les US Américains, nous n’avons pas à agir de manière rationnelle, nous n’avons pas à prendre en ligne de compte les conséquences de nos actes, nous n’avons pas à obéir aux lois internationales, et nous n’avons pas à écouter les avis des autres. Si les Nations-Unies refusent de soutenir un de nos plans visant à attaquer et à renverser le gouvernement d’une nation souveraine, on aura qu’à le faire tous seuls. Mais les autres pays ne peuvent pas se permettre de se conduire de cette manière.

 

Il est une autre différence entre l’Inde et les Etats-Unis qui a émergé au travers de cette dernière atrocité. Après les attaques de Mumbai, le ministre indien de la sécurité a démissionné en reconnaissant que son ministère avait commis la faute de n’avoir pas détecté le risque d’une attaque qui était en préparation depuis six mois, et de n’avoir pas empêché des morts innombrables faute de préparation adéquate des forces de polices et des soldats en vue d’éventualités de ce type (la police et les soldats n’étaient pas munis des fusils pour snipers et à plan de visée optique qui leur auraient permis d’atteindre et de tuer certains des dix terroristes avec un minimum de risques pour leurs otages).

Personne n’a démissionné pour les multiples ratés qui ont conduit aux attaques du 11/9 et leur ont permis de se passer (certes, le directeur de la CIA George Tenet a reçu un poste moins important, mais seulement après avoir réçu les éloges du président Bush et avoir reçu une Médaille Présidentielle de la Liberté !). Personne n’a démissionné pour les ratés du renseignement, personne n’a démissionné pour les ratés de la défense aérienne, personne n’a démissionné pour les ratés de l’enquête, personne n’a démissionné pour les mensonges qui ont servi de base à l’attaque contre l’Afghanistan et à la guerre contre l’Irak. En fait, aucune responsabilité n’a été reconnue aux Etats-Unis pour la plus grande catastrophe qui a touché la sécurité du pays depuis Pearl Harbor. Alors qu’en Inde, il n’a fallu que quelques jours avant que le principal responsable de la sécurité au gouvernement ne démissionne de son poste après avoir été en disgrâce aux yeux du public.

Espérons que des esprits plus sensés l’emporteront quand il sera question de traiter avec le Pakistan, au fur et à mesure que l’histoire de cette dernière action terroriste sera dévoilée.

Et espérons que les US Américains demanderont à ce que l’on rende honnêtement des comptes sur ce qui s’est passé le 11 septembre 2001 et que ceux qui sont coupables d’avoir permis à ces événements de se produire et d’avoir envoyé leur pays à l’aventure dans un jihad au Moyen-Orient, à la fois inutile, sanglant et apparemment au bout du compte sans fin, seront dénoncés et forcés de payer pour leur incompétence et leurs crimes.

A cet égard, les medias privés établis nous aideraient bien en adoptant pour le 11-9 la même approche sceptique et curieuse de tout savoir qu’ils semblent avoir adoptée sur la tragédie indienne. Au lendemain des attaques de Mumbai, des journalistes célèbres mettent ouvertement en doute les sources gouvernementales et les experts en terrorisme quant à savoir qui était derrière les assaillants, jusqu’au point de laisser penser, comme l’a fait mardi Brian Jenkins de la Rand Corporation sur NPR (NdT : une radio publique), qu’il n’est pas inenvisageable d’imaginer que le gouvernement pakistanais les ait orchestrées (bien qu’il pensât que cela était l’explication la moins probable), ou que des « éléments voyous » des services secrets pakistanais aient pu être derrière celles-ci.

Quand on en arrive au 11-9, de telles hypothèses ne sont pas admises dans nos médias établis, malgré des faits avérés qu’il y ait eu, au moins, quelques connaissances préalables sur cette attaque, à la fois au sein de la communauté du renseignement US américaine et au sein du Mossad israélien (quelques jours avant les attaques, quelqu’un a misé de l’argent contre les actions des deux compagnies aériennes touchées par les détournements, et contre celles de deux grandes banques d’investissements dont les bureaux étaient dans les tours, et ce via la banque d’investissement Alex Brown dont le PDG est récemment devenu le n°3 de la CIA ; et des individus qui observaient les attaques en les filmant furent arrêtés par les policiers de New Jersey et plus tard libérés, sur intervention du ministère des Affaires Etrangères, après avoir été identifiés comme étant des agents du Mossad).  

 

Par Dave Lindorff, le 2 décembre 2008

Article original : http://www.thiscantbehappening.net/?q=node/239 (Les deux derniers paragraphes étant absent de : http://www.counterpunch.org/lindorff12022008.html)      

Traduction par Sacha Sher.

 

DAVE LINDORFF est un journaliste et chroniqueur basé à Philadelphie. Son dernier livre est Plaidoyer en faveur d’un impeachment (St. Martin’s Press, 2006, maintenant disponible en édition de poche). Son travail peut être lu sur www.thiscantbehappening.net. Il avait découvert que les boîtes noires des avions écrasés à New York avaient bien été retrouvées contrairement aux affirmations officielles. Journaliste d’investigation depuis 34 ans, c’est un chroniqueur régulier pour CounterPunch, et il écrit aussi fréquemment pour Extra! et Salon magazine, ainsi que pour Businessweek, The Nation et Treasury&Risk Magazine. Avant cela, il a écrit notamment pour Rolling Stone, Mother Jones, Village Voice, Forbes, The London Observer et le journal australien National Times. C’est également un artiste : http://www.myspace.com/davelindorff.

 

Appel à défendre Muntadar al Zaidi

Le journaliste irakien qui a jeté ses chaussures sur le président américain George Bush lors d’une conférence de presse dimanche à Bagdad aurait effectué une demande de grâce au gouvernement irakien. Arrêté sur-le-champ, Muntadar al Zaidi, dont le geste filmé par les caméras a été diffusé par les chaînes de télévision et sites internet du monde entier (cf. vidéo en bas de page), aurait demandé par écrit le pardon du Premier ministre irakien Nouri al Maliki, qui était au côté de Bush lors de l’incident. Il risquerait jusqu’à sept ans d’emprisonnement.

Zaidi, qui avait également traité Bush de "chien", aurait eu un bras cassé et subi un traumatisme crânien lors de son interpellation musclée par des agents irakiens et américains, a déclaré sa famille. Le juge d’instruction irakien en charge de l’affaire a confirmé que le journaliste porte des signes de coups et semble avoir été battu.

A l’occasion de la grande prière du vendredi, les prédicateurs irakiens, tant chiites que sunnites, ont réclamé la libération du journaliste. Pour sa part, la famille de Muntadar al Zaidi a manifesté à l’entrée de la "zone verte" ultraprotégée dans le centre de la capitale, où le reporter serait sous bonne garde dans un hôpital.

Nous nous joignons aux milliers de personnes qui sont descendues dans la rue en sa faveur et aux innombrables déclarations écrites en sa défense. Mobilisons-nous afin d’exiger la libération de Muntadar al Zaidi et de lui assurer un procès équitable. Une pétition a été lancée pour dire non à la répression contre le journaliste irakien :

http://www.thepetitionsite.com/9/in-support-of-the-iraqi-shoe-throwing-journalist

Cette pétition qui souhaite réunir 100.000 signatures sera transmise à l’Ambassade d’Irak aux Etats-Unis, à Amnesty International et à Human Rights Watch (à l’inititative de Haithem El-Zabri).


 

Lettre ouverte à J-F Julliard, secrétaire général de Reporters sans Frontières

APPEL À DÉFENDRE MUNTADAR AL ZAIDI

Monsieur le secrétaire général,

En avril 2003, G.W. Bush décrétait que la guerre en Irak était finie.

En juillet 2003, RSF publiait un rapport intitulé : « Les médias irakiens trois mois après la guerre. Une liberté nouvelle mais fragile ».

On y lisait : « Voici trois mois qu’un vent de liberté souffle sur la presse irakienne… », mais aussi que « Le décret 7 de l’administrateur Paul Bremer, de fin juin 2003, interdit et réprime entre autres, l’incitation à la violence contre les forces de la coalition ».

En clair, rien ne peut être dit dans la presse contre l’occupant, toute critique de l’envahisseur étant assimilée à une incitation à le bouter dehors.

Muntadar Al Zaidi vient de faire voler en éclat cette censure. Pour cela il doit être défendu.

Reporters sans frontières dispose d’un réseau, appelé Damoclès, dont la fonction est de soutenir devant la Justice les journalistes emprisonnés.

C’est le moment de l’activer. Non pas pour cautionner le lancer de chaussures à la tête des conférenciers, mais parce que ce journaliste-là n’avait pas d’autre moyen d’exprimer dans les médias irakiens et aux yeux du monde, un reproche au chef des envahisseurs venu pérorer devant lui après avoir dévasté son pays, pillé son pétrole et ses musées, tué 800 000 civils d’après certains, un million d’après d’autres. Parmi les victimes, figure une partie de la famille de Muntadar Al Zaidi.

222 journalistes ont été assassinés en Irak depuis le début de l’invasion. Vous indiquez sur votre site qu’entre 2003 et 2006, 12% d’entre eux sont tombés sous des tirs états-uniens.

200 avocats ont déjà fait savoir qu’ils souhaitaient assurer gratuitement la défense de Muntadar Al Zaidi. On ignore à ce jour dans quel bagne il est encagé. Des milliers d’Irakiens ont défilé dans la rue pour exiger sa libération.

Le film du lancer de chaussures nous montre que le journaliste était en parfaite santé après le deuxième jet. Or, il « a été hospitalisé à l’hôpital Ibn Sina car il a un bras et des côtes cassées et souffre de blessures à l’oeil et à la jambe » a affirmé son frère à l’AFP. On apprend par ailleurs qu’il souffrirait aussi d’un traumatisme crânien. Il a donc été sévèrement tabassé alors qu’il était inoffensif.

À Washington, le Département d’État a averti qu’il condamnerait d’éventuelles violences infligées au journaliste par les forces de l’ordre après l’incident de Bagdad. « Nous condamnons bien évidemment tout recours inutile à la force à l’encontre d’un journaliste », a déclaré le porte-parole de la diplomatie américaine Robert Wood, tout en assurant ne pas savoir si M. al-Zaïdi avait effectivement été frappé, et en précisant qu’il condamnerait d’éventuelles violences infligées au journaliste par les forces de l’ordre après l’incident de Bagdad. Ce qui prouve que l’humour (noir) n’est pas l’apanage des Anglais.

RSF a publié un communiqué implorant la clémence du gouvernement mis en place par l’occupant. Mais il est de votre devoir d’intervenir autrement qu’en paroles, autrement que par un communiqué platonique.

Il faut exiger que Washington condamne, comme il s’y est engagé, le « recours inutile à la force à l’encontre d’un journaliste », puisque l’on constate des « violences infligées au journaliste par les forces de l’ordre après l’incident de Bagdad ».

Vos liens particuliers avec les USA vous positionnent avantageusement pour intervenir auprès des envahisseurs, qui sont en mesure de faire cesser les sévices.

En effet, le rapport « Commission for Assistance to a free Cuba « (458 pages) remis au début du mois de mai 2004 par Colin Powell à Georges Bush vous distingue parmi des centaines d’autres ONG. À presque toutes les pages (et jusqu’à dix fois à la page 77), Powell fait appel aux ONG. Une seule est nommée (dès la page 20) comme on cite le bon élève : Reporters sans frontières (associating Reporters Without Borders).

Personne ne comprendrait que RSF tolère que Muntadar al Zaidi continue à être maltraité en secret, sauf à y voir une collusion de votre organisation avec un pays qui vous verse des subsides depuis 2002.

Vous avez su, au mois d’avril, décorer de banderoles revendicatives la Tour Eiffel et Notre-Dame de Paris. Fort de votre expérience, agissez ainsi pour ce journaliste que l’opinion publique mondiale (y compris aux USA) ne condamne pas.

Vous avez su cadenasser à Paris les grilles de l’ambassade d’un pays du tiers monde, refaites-le à l’ambassade états-unienne à Paris. Ou à celle de Bagdad si vous croyez qu’elle ne dépend pas de la première.

Vous avez su faire connaître, parmi les centaines de journalistes assassinés depuis 10 ans à travers le monde, le nom d’Anna Politkovskaïa. Faites de même pour un journaliste d’un pays occupé, qui n’a blessé personne et dont le geste n’eut pour conséquence que de rendre visible l’opinion de la rue irakienne dans le monde entier.

Vous avez su établir d’éphémères liaisons radios et créer des sites Internet à destination de pays dont vous vouliez dénoncer le comportement à l’égard de la presse. Refaites-le en Irak et aux USA.

Vous avez manifesté devant l’UNESCO, déguisés en bagnards, refaites-le devant les ambassades d’Irak et des États-Unis à Paris.

Vous disposez d’un budget de plus de 5 800 000 euros pour venir en aide aux journalistes. Usez-en pour que la famille (ce qu’il en reste) de Muntadar al Zaidi puisse survivre pendant sa détention.

Vous avez su organiser avec Médiapart deux rencontres au théâtre du Rond-Point à Paris. Organisez la troisième sur un sujet qui remplira la salle.

Vous avez su distribuer des tracts dans les aéroports pour dissuader des touristes français d’embarquer pour les Caraïbes. Revenez-y en tractant devant les salles d’embarquement pour Bagdad et New York.

Vous avez organisé une conférence de presse à l’hôtel Hilton de Caracas pour soutenir une chaîne de télévision complice de putschistes qui appelèrent à l’assassinat du Président élu. Agissez de même depuis Bagad pour soutenir celle qui employait un lanceur de chaussures contre un Président venu narguer un peuple écrasé par son armée.

Vous avez su impulser les actions des partisans de l’indépendance du Tibet, persévérez avec les mêmes procédés pour celle de l’Irak débarrassée d’un intrus botté qui « interdit et réprime » les écrits des journalistes patriotes.

Hélas, vous avez su aussi oublier pendant deux ans un journaliste innocent (Sami Al Haj) à Guantanamo, et attendre, pour demander la fermeture de ce bagne où croupissaient des journalistes, qu’Amnesty International, l’Union européenne, et l’ONU l’aient exigé solennellement.

Ne renouvelez pas ce genre d’« erreurs » : exigez la fermeture des bagnes de Bagram en Afghanistan et d’Abou Ghraib en Irak.

Enchaînez-vous aux grilles de Guantanamo. Protestez dans des combinaisons orange devant les barbelés de cette zone de non-droit.

Et surtout, agissez sans relâche pour Muntadar al Zaidi.

Dans l’improbable hypothèse où vous en resteriez à des communiqués sur votre site Internet, nul ne comprendrait en quoi l’association RSF d’aujourd’hui est différente de celle qui fut longtemps dirigée par un homme désormais salarié d’une dictature arabe (le Qatar) où la presse n’a pas le droit de critiquer la famille régnante.

Veuillez agréer, Monsieur Julliard, l’expression de mes sentiments attentifs au sort des journalistes.

Par Maxime Vivas, le mercredi 17 décembre 2008
Publié sur Oulala.net


 

Selon Change.org, une nouvelle enquête sur le 11/9 n’apporterait pas de changements en Amérique

Suite aux nombreuses promesses de changement que Barack Obama a faites pendant sa campagne électorale, le site Change.org (à ne pas confondre avec Change.gov, le site officiel de l’équipe de transition Obama-Biden) propose de recueillir les souhaits du public et de les soumettre au vote. Les internautes sont donc invités à proposer et soutenir des idées qui, selon eux, sont susceptibles d’apporter un véritable changement en Amérique. Change.org s’engage à présenter les dix idées ayant réuni le plus de suffrages au nouveau Président le jour de son investiture, le 20 janvier 2009, ainsi qu’au Congrès, et à leur apporter son soutien à l’aide d’une imposante campagne médiatique sur le net.

Dès le 6 novembre, les premières idées ont été soumises afin de participer au premier tour de l’élection qui s’achèvera le 31 décembre. Le deuxième tour aura lieu du 5 au 15 janvier 2009 où les 3 meilleures idées de chaque catégorie seront en compétition, et soumises à un nouveau vote afin de décerner les 10 meilleures idées que Change.org transmettra à la nouvelle administration américaine.

Le 30 novembre, trois semaines après le début du concours, l’idée suivante a été postée dans la catégorie "Criminal Justice" (la justice criminelle) :

Conduct a new, independent investigation
into the attacks of September 11, 2001.

Given the hundreds of inconsistencies and contradictions that abound in the formal explanations provided to the world by the Bush Administration, it behooves the Obama administration to conduct a true, unbiased, independent investigation into what transpired on 9/11/01, which has since served as a pretext to start wars in Afghanistan and Iraq and roll back civil liberties via the Patriot Act.

Posted by Debora Blake on Nov 30, 2008 at 8:09 am PST


Conduire une nouvelle enquête indépendante
sur les attentats du 11 Septembre 2001.

Étant donné les centaines d’incohérences et de contradictions qui abondent dans les explications formelles fournies au monde par l’administration Bush, étant donné que cette tragédie a servi de prétexte pour lancer les guerres en Afghanistan et en Irak et pour réduire les libertés civiles par le biais du Patriot Act, il appartient à l’administration Obama de procéder à une véritable enquête indépendante et impartiale sur ce qui s’est passé le 11 septembre 2001.

Posté par Debora Blake le 30 Nov 2008 à 08:09 PST (17h09 heure Paris)

En à peine 48 heures, l’idée a reçu le vote de 660 citoyens désireux de saisir l’opportunité de faire entendre leur voix collectivement. Ce soutien rapide et massif a permis de propulser l’idée à la première place du classement des idées préférées, toutes catégories confondues.

L’écart en faveur de notre idée ne faisant que grandir, nous entrevoyions alors l’ouverture. En mobilisant tous les militants et sympathisants du Mouvement pour la Vérité sur le 11/9 et en restant numéro UN des votes, il devenait possible d’attirer l’attention des grands médias et, selon la description du concours fournie par Change.org lui-même, l’attention du nouveau président Obama.

Pourtant à notre grande surprise, dans la nuit de dimanche à lundi, heure de Paris, les responsables du site Change.org ont promptement décidé de censurer l’idée alors qu’elle était de loin en tête de classement avec le double des votes de l’idée placé n° 2. Voici le mail qu’ils ont envoyé à toutes les personnes ayant voté pour elle :

Hello ******,

We wanted to send you a note about an idea you recently voted on in the Ideas for Change in America competition titled "Conduct a new, independent investigation into the attacks of September 11, 2001"
We support calls for truth and transparency in our government on every subject and welcome you to directly petition the new administration about this matter, which you can do at http://change.gov/page/s/ofthepeople. However, this is unfortunately outside the scope of the Ideas for Change in America project, which aims to offer specific policy solutions rather than investigations into past government action. As such, it is not eligible to enter the second round of the competition.
We understand that good people may disagree with our vision. But this is a private effort not connected to the Obama campaign or transition team, and we reserve the right to keep the competition and its content aligned with the stated mission and overall spirit of the project.
Thank you for your understanding. As mentioned above, we welcome you to directly petition the Obama administration about your proposal at http://change.gov/page/s/ofthepeople. And we hope you continue your work to advance change.

Best,

- The Ideas for Change in America Team


Bonjour ******,

Nous voulions vous envoyer un mot sur une idée pour laquelle vous avez récemment voté dans le cadre du concours des Idées pour le Changement en Amérique intitulé "Conduire d’une nouvelle enquête indépendante sur les attentats du 11 Septembre 2001".
Nous soutenons les appels à la vérité et à la transparence dans notre gouvernement sur tous les sujets et vous invitons à adresser une pétition directement à la nouvelle Administration au sujet de ce problème, ce que vous pouvez faire à http://change.gov/page/s/ofthepeople. Toutefois, ceci est malheureusement hors de portée du projet des Idées pour le Changement en Amérique, qui vise à offrir des solutions pour les politiques américaines plutôt que des enquêtes sur l’action gouvernementale passée. Pour cela, elle ne peut prétendre à entrer au deuxième tour du concours.
Nous comprenons que des gens bien soient en désaccord avec notre vision. Mais il s’agit d’une initiative privée sans lien avec la campagne d’Obama ou l’équipe de transition, et nous nous réservons le droit de maintenir le concours et son contenu alignés avec la mission qu’on s’est donnée et l’esprit général du projet.
Nous vous remercions de votre compréhension. Comme mentionné ci-dessus, nous vous invitons à adresser une pétition directement à l’administration Obama au sujet de votre proposition à http://change.gov/page/s/ofthepeople. Et nous espérons que vous continuerez votre travail pour contribuer au changement.

Bien à vous,

L’équipe des Idées pour le Changement en Amérique

Ainsi, ils déclarent que proposer l’idée d’une nouvelle enquête sur les attentats qui ont donné à l’Administration Bush l’occasion d’espionner ses concitoyens, de torturer, de déclencher deux guerres préventives en se basant sur des mensonges et plus généralement de fouler aux pieds la Constitution n’est pas synonyme d’« aller de l’avant » et ne remplit donc pas leurs critères. Peu importe le nombre de personnes qui veulent connaître la vérité sur le 11/9 ; ils refusent que l’idée soit promue et discutée sur leur site.

Il est, par ailleurs, très intéressant de noter que dans la FAQ du concours, on peut y lire:

What should my idea be about?

The mission of Ideas for Change in America is to identify and advance concrete solutions to the major challenges confronting the country, and we welcome any ideas consistent with this vision. Ideas that conflict with the spirit of this mission, that look backward instead of forward, that express values without offering solutions, that offer solutions which won’t receive serious consideration by either the Obama administration or the 111th Congress, that are intended to attack others, or are otherwise offensive are not eligible for the second round. We reserve the right to remove any ideas that violate these stated principles.


De quel sujet mon idée doit-elle traiter ?

La mission des Ideés pour le Changement en Amérique est d’identifier et proposer des solutions concrètes qui répondent aux défis majeurs auxquels notre pays se trouve confronté, et nous sommes ouverts à toute idée conforme à cette vision. Les idées contraires à l’esprit de cette mission, qui regardent en arrière au lieu d’aller de l’avant, qui expriment des valeurs sans proposer de solutions, qui proposent des solutions qui ne seront pas perçues comme étant sérieuses par l’administration d’Obama ni même par le 111ème Congrès, qui sont destinées à attaquer autrui ou qui sont insultantes ne pourront pas prétendre à passer au deuxième tour. Nous nous réservons le droit de supprimer toute idée jugée non conforme à ces principes.

Ainsi, nous apprenons que Change.org se permet de trier parmi les idées soumises celles qui ne seront pas perçues comme étant sérieuses par l’administration d’Obama ou par le Congrès. Nous pouvons bien nous demander pour qui Change.org se prend ? Par cette censure, le site Change.org a démontré qu’il n’est pas une « plate-forme sociale » mais bien un autre « chien de garde » en étroite collaboration avec d’autres associations "à but humanitaire", telle que, pour n’en citer qu’une, Focus on the Family, dont l’agenda est aligné avec celui des neo-conservateurs.

Un site retraçant cette affaire a déjà été créé sur le web :
http://www.topratedbutcensored911idea.com/ (l’idée mieux votée mais censurée sur le 11/9)
Vous y trouverez, entre autres, des captures d’écran attestant la position qu’avait atteinte l’idée et archivant les commentaires postés par les votants.

Pour votre information, nous listons ci-dessous des idées non censurées par Change.org que nous vous invitons à soutenir.

A l’heure où nous publions cet article, nous apprenons que Change.org procède à la suppression non seulement des commentaires qui font référence au 11/9 – des commentaires, précisons-le bien clairement, factuels et posés – mais aussi les comptes des utilisateurs. Ainsi, Change.org enfreint la liberté d’expression qui lui confère le droit même d’avoir un site web en ligne. Si le simple fait de proposer une idée d’une nouvelle enquête sur le 11/9 et d’en discuter librement est capable de provoquer cette réaction démesurée qui aboutit à la censure, alors la situation est bien plus grave que nous ne le croyions.

 

Presse et Médias: Coup d’État sur l’audiovisuel français

Les journalistes français tombent au chômage comme les feuilles tombent en automne et laissent planer sur mon cœur comme une torpeur non monotone. Cette année, le journaliste français Richard Labévière est bâillonné pour avoir fait son travail et même viré à cause de ses amitiés arabes et gaullistes qui ne font plus bon ménage avec le pouvoir central de L’UMP. Grégoire Deniau est aussi chassé de France 24 pour avoir autorisé un débat public sur les attentats du 11 septembre. La France et ses Droits de l’Homme sont bien en dessous de leur prétention, et démontre que le totalitarisme rime avec centralisme.

La dramaturgie journalistique actuelle ressemble en tous points au triangle des Bermudes pour des raisons d’État. Nous le savons, mais nous ne pouvons en parler par peur de représailles et d’accusation de négationnisme et d’antisémitisme, arme ultime du totalitarisme. Nous sommes tous des otages de l’information. Allons-nous devenir tributaires des plumes pavloviennes qui excusent tout en justifiant les changements politiques de notre pays. La loi sur l’audiovisuel vient de parachever la prise de pouvoir de la nationalisation des rédactions comme une vulgaire banque vendant ses subprimes au gouvernement.

Sans opposition la France se meurt, sans opinion la France se tait et sans journaliste la France ne se raconte plus, elle se vend à celui qui paye le mieux en budget publicitaire. La censure d’État stimulée par les cabinets d’experts en marketing va nous imposer sa vision des choses. Le putsch du service audiovisuel public français vient de commencer.

Jean-François Copé a suivi des séminaires de formation du New Public Management aux États-Unis, et défend en matière budgétaire le benchmarking c’est-à-dire l’approche comparatiste des pratiques internationales performantes. Et bien ce qui marche pur les USA n’est pas non plus la solution pour la France.

Je vous laisse le soin de vous informer en prenant note de ce texte.

Tout ce que la loi va changer sur l’audiovisuel
Le Parisien 25.11.2008, 07h00

HIER À 17 HEURES, plus de 400 amendements, émanant de députés de droite comme de gauche, avaient été déposés en prévision des débats qui s’ouvrent cet après-midi. Ils doivent aboutir à ce qu’il est convenu d’appeler la plus grande réforme de l’audiovisuel depuis vingt ans. Si l’essentiel de ce que contiendra la loi est déjà connu, certains amendements, s’ils sont adoptés, auront une portée bien plus que symbolique.

Des soirées qui commencent plus tôt

A partir du 5 janvier, les antennes de France Télévisions ne diffuseront plus de publicités entre 20 heures et 6 heures du matin. Le modèle économique de l’entreprise publique s’en trouve chamboulé, et, par ricochet, les prime times de France 2, France 3, France 4 et France 5 débuteront à 20 h 35. À partir de 2011, il n’y aura plus du tout de publicité, même en journée.

Le financement par des taxes
La redevance va être indexée sur l’inflation, et les chaînes privées seront taxées. Jusqu’ici, il était question de leur réclamer 3 % de leurs recettes publicitaires. Mais un amendement déposé par le rapporteur de la loi, Christian Kert, propose d’abaisser ce seuil à 1,5 %, au moins la première année. La taxe de 0,9 % du chiffre d’affaires des entreprises de téléphonie et des fournisseurs d’accès à Internet ne devrait pas, elle, évoluer.

Les présidents nommés par l’État
Le mode de nomination de tous les présidents de l’audiovisuel public (France Télévisions, Radio France et l’audiovisuel extérieur) ne dépendra plus du seul Conseil supérieur de l’audiovisuel, mais du président de la République « après avis conforme du CSA ». Des députés de la majorité souhaitent encadrer le futur pouvoir de révocation du chef de l’État. Ce dernier pourrait avoir à recueillir, en plus de l’avis du CSA, celui des deux Assemblées. De son côté, l’opposition reste déterminée à amoindrir ce qu’elle appelle le « pouvoir discrétionnaire » du président en proposant de réformer le CSA de façon à s’assurer d’une meilleure équité politique.

Les minorités mieux représentées
Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP, mais aussi Jean-François Copé et Christian Kert proposent que soient renforcées les obligations en matière de représentativité des minorités. S’il n’est pas question de quotas, les efforts fournis par France Télévisions seront évalués par des rapports annuels. L’idée, séduisante et dans l’air du temps, a toutes les chances d’être retenue.

La réforme de l’audiovisuel peut se résumer dans cet extrait vidéo.

 

Article paru sur AlterInfo le 28 novembre 2008

Le livre « Le Nouveau Pearl harbor»  plus que jamais d’actualité

A l’heure où Barack Obama triomphe et se prépare à prendre les rênes de l’Amérique le 20 janvier prochain, beaucoup d’espoirs sont mis sur le changement de politique et sur une plus grande démocratie de l’information. Pourtant comme le rappelait Michel Collon dans son récent article "Quelle sera demain la politique internationale des USA ? : "Les présidents passent, les multinationales restent".

George Bush laisse une Amérique en pleine crise financière mais surtout totalement verrouillée par les médias dominants. Il faut écouter comment l’écrivain américain Gore Vidal décrit cette situation alarmante et, au passage, recommande la lecture de l’ouvrage "Le Nouveau Pearl Harbor" de David Ray Griffin.

 

 

Notes de l’éditeur

Le Nouveau Pearl Harbor

Partant de l’idée que ceux qui profitent d’un crime devraient faire l’objet d’une enquête, l’éminent universitaire David Ray GRIFFIN passe au crible les faits concernant les attaques du 11 Septembre. S’appuyant sur les déclarations contradictoires de membres de l’administration Bush, les articles de presse et des travaux d’autres chercheurs, il arrive à la conclusion que, pris ensemble, ces éléments mettent sérieusement à mal la version officielle sur cette tragique journée.

Il commence par des questions simples : lorsque le contact radio a été perdu avec les avions, pourquoi les avions de chasses n’ont-ils pas immédiatement décollé depuis la base militaire la plus proche ? Pourquoi l’explication de l’administration Bush à propos de la non-intervention des chasseurs a-t-elle été modifiée dans les jours suivants les attaques ? Les questions gênantes ne s’arrêtent pas là : elles émergent de chaque partie du tableau, sous quelqu’angle que l’on se place, jusqu’à ce qu’il s’avère impossible de ne pas soupçonner les architectes de la version officielle d’avoir édifié une énorme tromperie.

Enseignant l’éthique et la théologie, GRIFFIN écrit avec une logique irrésistible, encourageant ses lecteurs à tirer leurs propres conclusions à partir des preuves. Le Nouveau Pearl Harbor est un vibrant appel à une investigation approfondie sur ce qui s’est réellement passé le 11 Septembre. Ce livre porte la conviction qu’il est encore possible de rechercher la vérité dans la vie politique américaine.

« [Ce livre] est le plus convaincant que je connaisse pour demander l’ouverture d’une enquête plus poussée sur la relation de l’administration Bush à cet événement aussi troublant qu’historique. »
Howard ZINN, professeur émérite en sciences politiques de l’université de Boston.


(*) David Ray GRIFFIN est professeur de philosophie et de religion à Claremont en Californie et l’auteur de plus d’une vingtaine de livres, dont le dernier : Omissions et manipulations de la Commission d’enquête sur le 11 Septembre, également publié par les Éditions Demi-Lune.

Thierry Meyssan : «Si j’avais plié, je n’aurais pas eu à partir»

Entretien avec un dissident français contraint à l’exil

Réseau Voltaire, le 13 octobre 2008

La fermeture des bureaux français du Réseau Voltaire et l’exil de son président suscitent bien des interrogations. Certains commentateurs y ont vu la fin d’une aventure ; d’autres au contraire, observant que ces décisions n’ont pas diminué la combativité du Réseau, ont essayé de savoir ce qui les avait motivées. Thierry Meyssan s’en explique ici. Il décrit une France, placée sous le contrôle des services états-uniens, où une opinion publique anesthésiée n’a pas conscience du contrôle politique. À ses yeux, il y avait péril en la demeure et la menace qui l’a contraint à partir ne tardera pas à s’exercer sur d’autres.

Vous avez quitté la France il y a un an, en septembre 2007. Vous n’êtes pas n’importe quel expatrié : vous êtes connu dans le monde entier comme l’initiateur du mouvement de contestation de la version gouvernementale des attentats du 11 septembre, le leader d’un mouvement anti-impérialiste, et dans certains pays vous êtes présenté comme le principal dissident occidental. Pourquoi avez-vous été contraint à l’exil ?

Thierry Meyssan : En décembre 2002, le secrétaire US à la Défense Donald Rumsfeld a signé la directive 3600.1 visant à discréditer ou à éliminer des personnalités françaises qui s’opposaient à la Guerre globale au terrorisme [On était trois mois avant l’invasion de l’Irak. C’était l’époque de l’hystérie anti-française à Washington. Les services secrets français ont été informés que des assassinats avaient été sous-traités par le Pentagone au Mossad et m’ont mis en garde. Mes amis et moi, nous avons cherché à prendre contact avec les autres cibles. Un des administrateurs du Réseau Voltaire, était un ancien ami de l’une de ces personnalités. Nous avons pris rendez-vous avec elle, début mars, mais elle est décédée quelques jours avant le rendez-vous, dans des circonstances qui ont été qualifiées de très suspectes par les enquêteurs.

L’État a alors réagi. Le président Chirac a joint par téléphone le Premier ministre israélien et l’a prévenu que toute action entreprise non seulement sur le territoire français, mais n’importe où dans l’Union européenne, serait considérée comme un acte hostile envers la France. À chacun de mes déplacements hors de l’Union européenne, les services français joignaient leur homologues locaux pour leur demander de veiller à ma protection.

Je savais qui est Nicolas Sarkozy [Pendant l’été, Nicolas Sarkozy s’est rendu en famille aux États-Unis. Il était accompagné de nombreux collaborateurs qui suivaient son avion de ligne dans un avion officiel. Ils ont eu des entretiens avec l’Administration Bush sur toute une série de sujets, graves ou futiles. J’ai été informé que les États-Uniens avaient demandé que des mesures soient prises pour me neutraliser en application des Décrets présidentiels US 13438 et 13441 [Au demeurant, le danger ne se limite pas aux pays de l’OTAN. Une opération a été organisée contre moi en décembre 2007 à Caracas, qui a été déjouée par la police vénézuélienne. En août 2008, j’ai dû annuler ma participation à une conférence internationale en Autriche après avoir été avisé par un État ami qu’une opération avait été préparée contre moi.

En outre, des pressions sont exercées contre mes compagnons de lutte au Proche-Orient, en Amérique latine et dans d’autres États européens. Je ne peux vous en faire la liste sans compliquer les problèmes. Jürgen Cain Kulbel a été brièvement incarcéré en Allemagne et pourrait l’être à nouveau. Techniquement, le seul fait retenu contre lui par le tribunal est le lien qu’il avait installé sur son site web pointant sur celui du Réseau Voltaire [Avez-vous des preuves que vous êtes réellement en danger — comme vous le dites — en France et dans les pays de l’OTAN ?

Thierry Meyssan : Non, les listes US sont secrètes, sauf en ce qui concerne les avoirs financiers bloqués aux USA, mais je n’en ai pas. Mais j’ai des témoins de plusieurs contacts.

La France est une démocratie et est considérée comme la patrie des droits de l’homme. Ce n’est pas le Chili sous la dictature de Pinochet. Que vous ayez dû la quitter n’est-il pas tout simplement incompréhensible, en particulier pour les citoyens français ?

Thierry Meyssan : Ces situations ne sont pas comparables. Au Chili, les États-Unis avaient installé une dictature militaire. En France, ils disposent juste d’agents au sommet de l’État et à la tête des différents services de sécurité. Mes concitoyens devraient être plus attentifs à la répression actuelle qui frappe à la fois des hommes politiques de premier plan, de hauts fonctionnaires et des journalistes. L’équipe de Nicolas Sarkozy s’appuie sur quelques magistrats dévoyés pour paralyser ses adversaires politiques et abuse de son pouvoir et de son influence pour virer les journalistes qui refusent de se courber.

Regardez d’abord la prise de contrôle des médias. Sarkozy a placé les siens à la tête des médias privés et purge les médias publics. Il y a un an, les syndicats de journalistes ont appelé l’opinion publique au secours [Des exemples ? L’équipe du président s’est installée à TF1 et une de ses anciennes maîtresses y présente le JT [Sarkozy a corrompu publiquement une dizaine d’éditorialistes en leur offrant des prébendes [Pendant ce temps, les époux Kouchner-Ockrent licencient à RFI et France24 tous ceux qui résistent à l’influence US. Après Richard Labévière [Le problème, ce ne sont pas les journalistes. Il y en a de remarquables en France. Ce sont les médias. Ils sont déjà sous contrôle et la fonction de contre-pouvoir n’est plus assurée.

Par ailleurs, lorsque le grand public entend parler d’une affaire pénale qui touche une personnalité, il n’y voit qu’un cas particulier. Mais si l’on met en perspective tous ces cas particuliers, on voit bien qu’ils traduisent une stratégie.

Sur plainte personnelle de Nicolas Sarkozy, des juges d’instruction ont interdit de voyager à l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, et l’ont astreint à payer une caution démesurée et humiliante. Bien que ne disposant d’aucun élément concret à charge, le procureur vient de le renvoyer en correctionnelle. L’affaire Clearstream offre certes à Sarkozy un moyen d’éliminer un rival politique, mais il ne l’a pas pour autant organisée. C’est une machination montée de toutes pièces par son beau-père, l’ambassadeur Frank Wisner, via une de ses officines londoniennes, Hakluyt & Co [Des magistrats ont perquisitionné le domicile de l’ancien directeur des Renseignements généraux, Yves Bertrand, pour lui extorquer les secrets des chiraquiens. Et ces jours-ci, des documents saisis sont miraculeusement arrivés dans des rédactions parisiennes. Des hebdomadaires proches du pouvoir en ont publié des extraits. Il semble que l’on cherche à faire passer des documents de travail, énonçant des hypothèses, pour des rapports finaux, présentant des conclusions. Et que l’on cherche à faire croire que les RG persécutaient les seuls socialistes. C’est de la manipulation pure et simple. Chaque fois que l’on est dans l’opposition, on doit se protéger de cette police politique, et chaque fois que l’on est au pouvoir, on fait des pieds et des mains pour se procurer des copies de ses notes. Le pouvoir exerce une pression incroyable sur ce fonctionnaire pour le faire craquer. C’est bien hypocrite. Car dans le même temps, au lieu de dissoudre enfin les RG, on les a réorganisés et on a augmenté leurs moyens en les fondant dans une administration plus opaque encore.

Jusqu’au capitaine Paul Barril qu’ils ont mis en prison pour lui arracher les secrets de Mitterrand. Ils l’ont accusé d’être un tueur à gage et l’ont si maltraité qu’il a dû être hospitalisé, avant d’être relâché sous caution. À ce propos, permettez moi une digression sur le génocide rwandais. Barril s’est défendu des attaques portées contre lui à ce sujet en mettant en cause le président Kagamé. Celui-ci a alors commandité un rapport sur l’implication française dans ce drame historique. À le lire, on comprend que les officiers supérieurs français, François Mitterrand et tout son cabinet, et le gouvernement de cohabitation dans son ensemble seraient tous responsables du génocide… sauf, bien sûr le ministre du Budget et porte-parole du gouvernement de l’époque, Saint Nicolas Sarkozy. C’est stupide. Il y a à l’évidence des responsabilités françaises, mais certainement pas de culpabilité collective. Et au demeurant, il est impossible de comprendre et de juger ce crime, qui fit plus de 800 000 morts, sans le replacer dans son contexte et juger aussi les guerres des Grands Lacs qui firent au total plus de 6 millions de morts et dont les responsables ne sont pas à chercher à Paris, mais à Washington et Tel-Aviv.

Maintenant, les atlantistes montent une affaire contre Jacques Chirac qu’ils accusent d’avoir organisé, il y a dix ans, l’assassinat d’un journaliste qui aurait mis son nez dans ses comptes bancaires à l’étranger. Le pouvoir déploie des moyens extravagants pour construire cette nouvelle machination. Ainsi, un juge d’instruction a procédé à une perquisition au cabinet de l’avocat de Chirac dans des conditions plus que douteuses. Mais à Washington, on n’a pas pardonné à Chirac de s’être opposé à l’invasion de l’Irak et on inventera n’importe quoi pour le faire tomber.

Je ne dis pas que tous ces gens sont des anges, mais ce dont on les accuse est grotesque et ressort exclusivement de la persécution politique. Je ne dis pas non plus que la Justice est pourrie, mais que ces affaires ont été confiées à des juges et à des procureurs qui sont aux ordres.

Quand à ceux que les atlantistes ne peuvent impliquer dans de pseudo-affaires pénales, ils les espionnent. En juin-juillet-août 2007, le bureau du Réseau Voltaire à Paris a été placé sous surveillance. Toute personne entrante ou sortante a été photographiée, des filatures nécessitant un important personnel ont été conduites pour identifier les uns et les autres. Ce traitement est général. Même le domicile de Ségolène Royal a été « visité » plusieurs fois par les services secrets, c’est-à-dire illégalement perquisitionné.

Depuis le 1er juillet 2008, la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur met en place dans l’urgence le fichier EDVIGE, en violation des Traités internationaux, notamment du Pacte de l’ONU sur les droits civils et politiques. Elle fiche les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, l’appartenance syndicale, l’état de santé et les pratiques sexuelles de tous les Français. La DCRI n’en reste pas là, elle utilise les dernières techniques US d’étude des « réseaux sociaux » pour cartographier vos relations amicales, professionnelles et politiques. On ne vise plus simplement des individus, mais les milieux dans lesquels ils évoluent, les groupes auxquels ils participent. Un recours a été engagé en Conseil d’État par le SM, la LDH, le SAF, des associations gays et des syndicats, qui débouchera peut-être sur l’annulation du décret en décembre. Nicolas Sarkozy a endormi l’opinion publique en déclarant lui-même qu’il fallait revoir le décret, mais il ne l’a pas abrogé.

En attendant, pendant ces six mois, on collecte et informatise des données. Une affaire survenue dans le Rhône a révélé que, malgré les déclarations lénifiantes du président, la police du Rhône fichait la religion des fonctionnaires territoriaux. C’est une maladresse qui révèle l’ampleur du travail de renseignement en cours. Il est improbable que ces données soient jamais détruites, même si le juge administratif le requiert. Elles seront simplement intégrées au fichier CRISTINA et classées Secret-Défense. En définitive, on aura utilisé les moyens des ex-Renseignements généraux pour constituer un fichier au profit de l’ex-DST, qui est sensée ne s’occuper que de contre-espionnage. Puis, dans le cadre de la prétendue coopération anti-terroriste, ces données politiques seront transmises aux services états-uniens, car CRISTINA est conçu pour être compatible avec les fichiers US.

Cela vous étonne ? Mais déjà bien des données individuelles sont transmises aux USA en violation des lois françaises et des conventions européennes. C’est vrai pour tout ce qui concerne vos virements bancaires internationaux [11].

La France a déjà basculé dans une forme de régime autoritaire sous tutelle US. On dit qu’une grenouille plongée dans de l’eau tiède que l’on porte lentement à ébullition ne réagit pas au changement progressif de température, qu’elle s’engourdit et meurt. Les Français se comportent de la même manière. Ils tolèrent la destruction progressive de leurs libertés. Ils ont déjà largement dépassé le seuil du tolérable et ne réagissent pas, ne réagissent plus.

Sous l’égide des États-Unis, les dictatures d’Amérique latine avaient mis en place dans les années 70 un système de persécution des opposants politiques appelé Plan Condor. Vous avez écrit que ce système a été réactivé et étendu dans le monde à travers l’OTAN. La comparaison n’est-elle pas exagérée ?

Thierry Meyssan : Ce n’est pas une comparaison. C’est une constatation [13]. Les États-Unis ont étendu à l’Europe occidentale les méthodes qu’ils avaient utilisé il y a quarante ans en Amérique latine [15]. Des centaines de personnes ont été enlevées sur le territoire de l’Union européenne, exfiltrées et torturées. Jacques Chirac a protégé notre pays de ces crimes ; il n’en est plus de même aujourd’hui. Le premier cas identifié est celui de Mohammad As-Siddik, disparu en plein Paris le 13 mars dernier alors que la France devait le présenter à une juridiction de l’ONU [Plus de 80 000 personnes ont transité au cours des sept dernières années dans les prisons secrètes de la CIA et de la Navy. 26 000 sont actuellement séquestrées [Les exemples sont nombreux de personnes sur lesquelles planait la menace d’un assassinat et qui ont été retrouvées mortes d’une autre manière : suicide, crise cardiaque, accident… Voulez-vous vous suicider ? Avez-vous des problèmes de santé ? Prenez-vous des risques dans vos déplacements ?

Thierry Meyssan : Je ne suis pas dépressif et n’ai aucune inclination suicidaire. J’ai fait faire des examens de santé et n’ai aucune maladie susceptible de provoquer une mort subite. Je fais attention dans mes transports et ne me déplace jamais seul.

Lorsque les menaces ont commencé à se concrétiser, avez-vous été soutenu en France ? Des organisations politiques vous ont-elles aidé ? Les autres journalistes vous ont-ils défendu ?

Thierry Meyssan : Aucune organisation ne m’a aidé. La plupart de mes « confrères » journalistes ont fuit la difficulté. Reniant la tradition voltairienne de la presse, ils ont prétexté ne pas vouloir se prononcer sur les polémiques entretenues contre moi pour ne pas voir ce qui était en train de se passer. C’est l’excuse classique des lâches chaque fois que la liberté est en question. Certains cependant m’ont aidé et je ne vais pas les dénoncer. Pareil parmi les politiques et les militaires.

Non seulement, ceux qui auraient dû me défendre ne l’ont pas fait, mais des gens ordinaires qui n’ont rien à voir avec tout cela ont prêté leur concours à une surveillance illégale. La banque qu’utilisait le Réseau Voltaire (en l’occurrence l’agence Gare de l’Est du Crédit coopératif) nous a convoqué pour nous demander de révéler le nom de nos principaux donateurs, ce qu’évidemment nous avons refusé de faire. Nous avons alors clôturé notre compte et ouvert une autre structure hors de la zone OTAN. Mais cette procédure illégale a été étendue à mes proches et à mes compagnons de lutte. Lorsque l’un d’entre eux encaisse sur son compte un versement ou un virement de plus de 500 euros , il est joint par son banquier qui lui demande d’en justifier la provenance. Pour n’importe qui, c’est étouffant, pour un commerçant ou un travailleur indépendant, c’est du harcèlement.

Vous avez quitté la France alors qu’elle évolue – dites-vous – vers un régime répressif. Avez-vous abandonné votre pays ? Avez-vous abandonné le combat politique ?

Thierry Meyssan : Certainement pas. C’est l’inverse. J’ai quitté la France pour poursuivre mon combat. Les États-Unis ont tenté différentes approches contre moi : d’abord me discréditer, puis me ruiner, puis me corrompre, enfin m’éliminer. Si j’avais plié, je n’aurais pas eu à partir. C’est parce que j’aime la France et l’idéal qu’elle porte que je suis parti.

Ma situation semble exceptionnelle. C’est faux. Je suis simplement le premier à qui cela arrive. Il y en aura d’autres.

Votre pays vous manque-t-il ? Voulez-vous y retourner ?

Thierry Meyssan : Des amis m’entourent ici, mais la France est ma patrie. J’y ai laissé les miens. Comment voulez-vous qu’elle ne me manque pas ?


[1] « Rumsfeld cible la France et l’Allemagne », Réseau Voltaire, 2 janvier 2003.

[2] « Opération Sarkozy : comment la CIA a placé un de ses agents à la présidence de la République française », Réseau Voltaire, 19 juillet 2008.

[3] Presidential Executive Order 13438 : Blocking Property of Certain Persons Who Threaten Stabilization Efforts in Iraq, signé par George W. Bush le 17 juillet 2007, et Presidential Executive Order 13441 : Blocking Property of Persons Undermining the Sovereignty of Lebanon or Its Democratic Processes and Institutions, signé le 1er août 2007.

[4] « Un collaborateur du Réseau Voltaire incarcéré à Berlin », Réseau Voltaire, 10 juin 2008.

[5] « Nicolas Sarkozy étouffe les journalistes français », Réseau Voltaire, 24 septembre 2007.

[6] « La sarkozysation de l’audiovisuel français », Réseau Voltaire, 10 juin 2008.

[7] « Nicolas Sarkozy corrompt publiquement de grands éditorialistes », Réseau Voltaire, 4 octobre 2007.

[8] « Pourquoi les époux Kouchner veulent-ils la tête de Richard Labévière ? », Réseau Voltaire, 29 août 2008

[9] « Opération Sarkozy : comment la CIA a placé un de ses agents à la présidence de la République française », Ibid.

[10] « Les transactions financières internationales sous contrôle états-unien », par Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 28 avril 2008.

[11] « L’espace aérien sous contrôle impérial », par Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 13 octobre 2007.

[12] « L’OTAN : du Gladio aux vols secrets de la CIA », par Ossama Lotfy, Réseau Voltaire, 24 avril 2007.

[13] Allégations de détentions secrètes et de transferts illégaux de détenus concernant des États membres du Conseil de l’Europe ? Rapport de Dick Marty au Conseil de l’Europe, 12 juin 2006.

[14] « Faut-il combattre la tyrannie avec les instruments des tyrans ? », par Dick Marty, Réseau Voltaire, 22 mars 2007.

[15] « Les lois anti-terroristes. Un Acte constitutif de l’Empire » et « Les populations sous surveillance », entretiens de Jean-Claude Paye avec Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 12 septembre 2007 et 15 février 2008.

[16] « Kouchner a « perdu » le témoin-clé de l’enquête Hariri », par Jürgen Cain Külbel, Réseau Voltaire, 21 avril 2008.

[17] « 17 prisons secrètes ont déjà remplacé Guantanamo », Réseau Voltaire, 3 juin 2008.

11 Septembre, Superclan et crise du Caucase, l’opinion de Giuletto Chiesa

Était organisé ce 16/09/08 à l’espace Delvaux à Bruxelles, une projection du film « Zéro, Enquête sur le 11 Septembre » suivie d’un débat animé par deux invités, Jean-Luc Guilmot et Giuletto Chiesa.

par Montag, Bruxelles – 26/09/08

(1ère partie)

Le premier est ingénieur et conseiller communal en Belgique ainsi qu’administrateur d’un site Internet francophone regroupant les témoignages de plus de 750 personnalités états-uniennes et internationales remettant en cause le rapport officiel sur le 11 Septembre, et présentant la controverse sur le WTC7. Le deuxième, Monsieur Chiesa, est journaliste italien et député au Parlement européen depuis 2004. Il est également l’un des réalisateurs du film en question.

J’ai eu l’occasion d’assister à cette soirée et d’enregistrer le débat. L’objet de cette série d’articles, qui comportera 3 parties, est de vous faire part des interventions clés du débat. La 1ère partie est centrée sur les objectifs du film et donc de facto sur les attentats du 11 Septembre. La 2ème partie s’attardera sur ce que G. Chiesa appelle le » Superclan» , à savoir les personnes qui détiennent le pouvoir en Occident. La 3ème quant à elle, se penchera sur le conflit récent qui s’est déroulé entre la Géorgie et la Russie. Il est à noter que chacun des 3 articles sera accompagné d’un document audio correspondant aux passages cités. Mais trêve de commentaires, entrons à présent dans le vif du sujet.

Quel est le but du film?

G. Chiesa : « C’est une opération politique, ouvertement politique, dont l’objectif est de créer une nouvelle commission d’enquête, mais cette fois internationale et indépendante. »

JL Guilmot : « Nous n’avons pas à jouer le rôle d’un tribunal qui établit la vérité, pas plus  que vous-même. Vous comme nous, avons été témoins d’un crime. Lorsque vous êtes témoin d’un incident ou d’un crime, il en va de votre responsabilité de le reporter aux autorités compétentes.»

G. Chiesa : « On ne prétend pas que tout ce qui a été montré dans le film est rigoureusement exact. Il est probable que le film comporte certaines erreurs, comme il y a des erreurs dans les films » Loose Change»  ou dans » Confronting the evidence»  etc.  […] Il est possible que des éléments nouveaux apparaissent dans le futur, comme il y a eu des développements très importants au cours des années 2006 et 2007, c’est donc un » work in progress» . »

Comment le film a-t-il été fait?

G. Chiesa : « Comment a-t-on fait ce film ? Très simplement. On a fait notre travail de journalistes, on a examiné le résultat officiel contenu dans » The 9/11 Commission Report» . C’est un document de 500 pages qui est le résultat de la commission officielle des États-Unis d’Amérique qui a réalisé l’enquête sur le 11 septembre. On a pris ce document, on a lu ces 500 pages, on a analysé chaque page et on a trouvé plus de 150 passages où la version officielle ne correspond pas à la réalité, aux faits élémentaires que nous sommes en condition d’analyser. […] Vous (NDLR la commission d’enquête) avez menti, c’est vous qui nous avez raconté des histoires fausses, ce n’est pas Oussama Ben Laden. C’est le président de la commission d’enquête officielle qui ouvertement ment sur ces questions. […] Et donc, on a fait un film où l’on pose des questions. Des questions qui restent ouvertes, qui ne sont pas résolues dans ce film. »

JL Guilmot : « Le seul objectif, comme l’a très bien dit Monsieur Chiesa, c’est d’être critique, c’est de faire travailler nos neurones, c’est de réfléchir par nous-mêmes sur base d’éléments factuels qui ont été soustraits au vu et au su de tous. » En effet, les questions ne sont pas résolues dans le film. Néanmoins, en le regardant, on en déduit rapidement que la thèse privilégiée par les réalisateurs est celle de l’opération sous fausse bannière (false flag operation), autrement dit, des attentats organisés par les États-Unis eux-mêmes. Les questions qui viennent naturellement à l’esprit lorsque l’on découvre pareille théorie, c’est alors de se demander :

Comment ont-ils pu organiser ces attentats, comment ont-ils fait pour qu’il n’y ait pas de fuites?

G. Chiesa : « Il faut savoir comment travaillent ceux qui organisent le terrorisme d’état à grand niveau : ce sont des personnes très bien préparées, qui connaissent la psychologie des individus. Par exemple, ils connaissaient très bien le fait que la plupart, la grande majorité, l’écrasante majorité de ceux qui vont réagir (NDLR : face aux attentats du 11/09) seront incapables de comprendre, ce qu’aucun d’entre nous n’est capable de concevoir : ici dans cette salle, je pense que personne n’a jamais tué personne ; nous ne sommes pas des assassins, pour nous il est déjà difficile de comprendre comment on peut tuer quelqu’un. Et nous sommes en face de gens qui sont capables de penser à tuer des milliers de personnes. Donc, la réaction psychologique est évidente : c’est-à-dire que tout le monde va penser que ce sont sûrement des fous qui ont fait cela, sûrement des fous… Cela ne peut pas être une personne qui organise rationnellement une opération pareille. Nous ne sommes pas capables d’imaginer des choses comme celles-là. La réaction automatique est donc de penser que ce sont des fous, des fanatiques. Alors, ils ont créé des fous et des fanatiques. C’est le premier point, ils étaient déjà prêts… Deuxième point, quand on organise des choses comme celles-là, et là je parle en tant qu’Italien qui a bien vu et qui a analysé le terrorisme en Italie pour lequel on retrouve exactement le même schéma : le système consiste à utiliser plusieurs personnes qui participent à l’action terroriste sans même savoir qu’ils y participent. Comment peut-on arriver à cela ? On peut y arriver » merveilleusement» , en attribuant simplement à chacun un petit morceau de cette action terroriste. »

JL Guilmot : « Cela s’appelle de la compartimentation. »
 

(2ième partie) 

Deuxième volet de cette série de trois, dans le prolongement du débat tenu à Bruxelles le 16/09/08 après la projection du film ‘Zéro, Enquête sur le 11 Septembre» , nous présentons ici les vues de Giuletto Chiesa sur ce qu’il appelle le Superclan.

À noter lors de cette soirée la diversité de l’audience, composée de quelque 300 personnes, plutôt, » Monsieur et Madame tout le monde»  entre 20 et 65 ans, et non simplement de jeunes altermondialistes. C’est donc devant ce public que Monsieur Chiesa a tenu des propos sortants du strict cadre du film. Cette 2ème partie regroupe ses opinions sur ceux qui, selon lui, détiennent véritablement le pouvoir en Occident.

Qui sont-ils?

« J’ai écrit un livre il y a quatre ans qui s’appelait » Superclan» . Le Superclan c’est un petit groupe de personnes, ils ne sont pas très nombreux, tout au plus 400 à 500 personnes. Ils détiennent le véritable pouvoir dans ce monde, ce ne sont pas nécessairement les chefs de gouvernement. C’est un groupe qui possède des pouvoirs qui, pour nous simples citoyens (et je me considère comme en faisant partie), sont pratiquement inconcevables. C’est l’Empire ! Ce sont eux qui décident de la structure des médias, de l’information générale et du niveau émotionnel de la population du monde… »

L’Empire est avant tout médiatique.

« Nous ne sommes plus, depuis longtemps, des citoyens libres : nous sommes dépendants de l’Empire. C’est l’Empire qui impose ses règles quant à ce que nous devons savoir, ce que nous pouvons savoir et ce qui est à empêcher de connaitre. L’Empire possède le domaine de la communication. Ce n’est pas une exagération, c’est la vérité, je peux vous donner beaucoup d’exemples, mais le 11 septembre c’est le paradigme de tous les mensonges du monde. C’était un évènement médiatique très puissant : pendant une journée, trois milliards de personnes ont regardé la même chose, ont éprouvé les mêmes sentiments et ont été manipulés de la même façon. On n’a rien pu comprendre, mais on a pensé qu’on avait tout vu… C’était une incroyable opération médiatique, sans précédent. »

Avec une telle grille d’analyse, Giuletto Chiesa possède un avis bien tranché sur la situation actuelle de notre planète: selon lui, tout est à relier au Superclan et il n’est pas très optimiste quant aux suites à venir.

Coup d’État et abandon du capitalisme?

« Au vu de la guerre d’Ossétie du Sud, de la crise financière internationale, de la crise énergétique, de la crise climatique et de la crise alimentaire, nous sommes malheureusement au commencement d’une grande, d’une terrible catastrophe, et ce, pour nous tous. Je suis persuadé que la crise ne date pas d’hier, elle a commencé dès les années 1999, 2000 et 2001. Bush ne devrait pas être le Président des États-Unis : les États-Unis ont subi un réel coup d’État, car Mr Bush avait perdu les élections en 2000, c’est Mr Gore qui avait gagné, mais le décompte des voix a été stoppé par la Cour Suprême des États-Unis. Ce coup d’État, au sein même de l’Empire, a changé le monde. Pourquoi ? Parce que le Superclan [...] savait très clairement ce qui se tramait : c’est la fin de ce système économique et social! C’est la fin des idées complètement irrationnelles de la possibilité d’un développement économique et social illimité. C’est la fin de ces idées ! Et c’est la fin du capitalisme que l’on a connu parce que le développement est fini, il est déjà terminé ! »

Quel fut le point de départ?

« Le 11 Septembre a été la réalisation du projet » Project for the New American Century» . C’est-à-dire le document qui fut écrit en 1998 par les conservateurs, ceux-là mêmes qui ont pris le pouvoir durant l’année 2000 […]. »

« Dans le document PNAC, il y a des choses incroyables […]. Quand ils disent par exemple […] : » le processus de transformation, même s’il apporte un changement révolutionnaire, sera probablement long en l’absence d’un événement catastrophique et catalyseur – comme un nouveau Pearl Harbor» . (NDLR PNAC, page 51) donc, il paraît évident qu’il s’agit d’un groupe de personnes qui étudiait la situation mondiale et qui préparait le changement révolutionnaire. Et je peux donner beaucoup de citations précises pour lesquelles il est clair qu’ils comprenaient très bien les problèmes liés au pic du pétrole, qu’ils avaient connaissance de la situation du climat mondial, qu’ils connaissaient la situation financière internationale, etc. Nous sommes donc en face d’un groupe puissant, très bien informé, nourri d’informations stratégiques et qui pensaient aux changements révolutionnaires. […] Le 11 Septembre n’est que le commencement de ce changement révolutionnaire, pas la fin. »

Et M. Chiesa de conclure : « Je les connais même, certains de ces membres du Superclan, j’en ai connu directement et je sais ce qu’ils pensent, c’est pour cela que je suis terrorisé. Alors, je pense que la seule possibilité de nous défendre, c’est de mobiliser l’opinion publique. »
 

(3ième partie)

Dans la 2ème partie, nous avons pu entendre les considérations de Giuletto Chiesa, député italien au Parlement européen, sur les personnes qui détiennent selon lui le pouvoir réel en Occident : le » Superclan» . À présent, nous allons nous pencher dans cet ultime volet sur les implications du récent conflit entre la Géorgie et la Russie. Ces propos ont été recueillis durant le débat qui faisait suite à la projection du film « Zéro, Enquête sur le 11 Septembre » le 16/09/08 à Bruxelles.

À cette date, G. Chiesa était à peine revenu d’un séjour à Moscou où le film était diffusé à la télévision russe (audience estimée à 20 millions de téléspectateurs). La diffusion était également suivie d’un débat et cette fois, outre la présence de G. Chiesa, figuraient parmi la liste d’invités le général Ivashov (ancien chef d’état-major des forces armées russes) ainsi que Thierry Meyssan. Durant l’autre débat, à Bruxelles, Monsieur Meyssan fut assimilé à un » effroyable imposteur»  par une personne du public, ce qui entraina une prise de position de la part de G. Chiesa.

Concernant Thierry Meyssan

« Thierry Meyssan a eu le courage d’être le premier à commencer le travail. Il a peut-être commis quelques erreurs, mais il a fait un travail convenable à mon sens. S’il n’y avait pas eu Thierry Meyssan, peut-être que personne d’autre n’aurait poursuivi ce travail. […] La presse française a cherché à le détruire et ils y sont parvenus. Menacé de mort  plusieurs fois, Thierry Meysan a dû abandonner la France […]. Il vit maintenant au Liban, en exil, car il n’a plus aucune protection française. » Revenons à présent sur le sujet principal de cet article et sur ce séjour à Moscou où Giuletto Chiesa eut l’occasion de faire d’importantes rencontres.

Concernant le duo Medvedev-Poutine

« Durant ce séjour, j’ai rencontré Monsieur Poutine et Monsieur Medvedev […]. Mon sentiment sur ces rencontres c’est que les évènements du mois d’août ont changé les choses en profondeur. Je vais citer simplement une phrase de Monsieur Medvedev : » Le 8 août a représenté la fin de nos illusions sur le fait que le monde fut bâti sur des bases justes» . […] »

« Qu’elle a été l’information que l’on a reçue le 08/08/08 après l’attaque en Ossétie du Sud ? J’ai suivi avec attention l’attitude de la presse écrite et télévisuelle : la plupart des médias occidentaux ont livré non seulement une version manipulée, mais également une version totalement opposée à la vérité ! »

De nouvelles preuves de manipulations ?

« Je suis revenu de mon séjour de Moscou avec de merveilleuses informations. En effet, je suis à présent en possession des images diffusées par la CNN et la FOX, et je compte bien en faire part à tout le monde, qui montrent les chars géorgiens pendant leur attaque de Tskhinvali sur des civils. Figurez-vous qu’ils ont diffusé ces images en disant que c’étaient des troupes russes qui attaquaient Gori ! […] Qui a organisé cette manipulation ? Qui a organisé cette unanimité de la presse occidentale ? »

Quelles sont les conséquences de ce conflit ?

« Je crois que la Russie aujourd’hui est en train de s’afficher sur la place mondiale d’une manière totalement différente. Ils ont à présent la conscience d’être très puissants. Ils le sont du point de vue énergétique, mais également du point de vue financier. Ils ont en effet intégralement remboursé leurs dettes et détiennent même entre leurs mains une partie de la dette américaine. […] La Russie a reculé pendant 18 ans ; ceci est terminé, car ils vont à présent répondre à toute nouvelle provocation à leur encontre. Ils l’ont signifié ouvertement. »

Allons-nous vers un nouveau conflit ?

« Il faut être réaliste, nous sommes les responsables de ce changement d’attitude de la Russie […]. Je l’ai déjà dit au Parlement à plusieurs reprises : si un élargissement de l’OTAN signifie un élargissement de notre sécurité collective, bien. Mais si au contraire cela constitue un danger pour notre sécurité, pourquoi alors devrait-on soutenir cet élargissement ? Est-ce dans l’intérêt de l’Europe ou bien est-ce dans l’intérêt du Superclan qui souhaite organiser une guerre ? Mon impression, c’est que le Superclan est en train d’organiser une guerre entre l’Europe et la Russie. Toutes deux seront dès lors dans une position de faiblesse vis-à-vis du Superclan, c’est-à-dire de l’Empire. »

Le 11-Septembre, les médias et Nicolas Sarkozy

Par Chamizam pour Medialma, le lundi 29 septembre 2008

La France a peur. Alors que le reste du monde s’interroge à voix haute sur les diverses anomalies du 11-Septembre, les élites politiques et médiatiques de l’Hexagone oscillent entre censure et auto-censure. L’Elysée vient d’encourager cette funeste tendance : Nicolas Sarkozy a fait savoir qu’il déplorait tout débat public sur la question. L’exploration du 11-Septembre est ainsi consacrée par la caste politico-médiatique comme le nouveau tabou idéologique en France. Retour sur la genèse d’un scandale.

Voici un entrefilet extrait du Canard Enchaîné, daté du 24 septembre et susceptible de faire bondir tout citoyen encore attaché à la liberté de pensée et d’expression :

"Mercredi 24 et jeudi 25, Bertrand Coq et Grégoire Deniau, respectivement rédacteur en chef et patron de l’info de France 24, sont convoqués à un entretien préalable avant limogeage. Mis sèchement à pied la semaine dernière par leur pédégé Alain de Pouzilhac, aliais Poupou, ils vont enfin savoir pourquoi ils sont virés. Le premier le serait pour incompatibilité d’humeur. Le second à cause d’un débat organisé sur le 11 septembre, pour rebondir sur l’affaire Bigard, le grand pote de Sarko. Il s’agissait d’expliquer pourquoi tant de zozos sur la planète continuent de nier la réalité des attentats. Le crime de Grégoire Deniau : avoir maintenu ce direct alors que son annulation avait été demandée à peine trois heures plus tôt par le directeur de la chaîne, Gérard Saint-Paul, qui ne voulait pas en entendre parler. Sûrement une coïncidence : Poupou a lâché depuis, à quelques collaborateurs, que l’Elysée n’avait guère apprécié l’organisation de ce débat télé. Parce que Bigard n’avait pas été invité?"

Deux informations à retenir :

  • Le Canard Enchaîné qualifie de "zozos" et de "négationnistes entêtés" les millions de sceptiques, à travers le monde, qui doutent de la version officielle des attentats.
  • Nicolas Sarkozy a fait connaître son mécontentement envers la tenue d’un débat audiovisuel consacré au 11-Septembre.

Deux informations essentielles : la première suggère l’étendue de la faillite du journalisme d’investigation à la française tandis que la seconde révèle la volonté du pouvoir politique d’occulter tout remise en cause d’un événement géopolitique fondateur.

Quand l’Elysée instaure un nouveau délit d’opinion

Dans un pays avec une tradition démocratique authentique et une presse déliée, la nouvelle du Canard aurait fait scandale : le chef de l’Etat a désapprouvé la discussion publique entre citoyens, sur une chaîne de télévision, au sujet des zones d’ombre du 11-Septembre. Pourtant, aucune réaction parmi les éditorialistes ne s’est produite : indifférence et accomodements à l’égard du pouvoir pour ce qui constitue pourtant une intention de brider la parole, une censure a posteriori. La propension de Nicolas Sarkozy à s’occuper de la programmation des chaînes est de notoriété publique : cependant, c’est sans doute la première fois, depuis qu’il est parvenu au pouvoir, qu’il ait fait ainsi connaître son hostilité envers le thème d’une émission.

Quel fut le grief incriminé? Un véritable débat contradictoire, ample et approfondi, sur les diverses thèses au sujet du 11-Septembre, en prime time, sur France 2 ? Absolument pas. L’objet du courroux présidentiel concerne une vague discussion, bancale, malhonnête dans son organisation et diffusée en catimini sur France 24. Pas de quoi provoquer une profusion internationale de vocations de "conspirationniste-délirant-antisémite". Et pourtant….Stupeur et tremblements dans la chaîne de commandement de France 24 : Alain de Pouzilhac, Pdg de la chaîne info trilingue, vire illico presto Grégoire Deniau, ex-directeur de la rédaction, doublement coupable d’avoir laissé passer le sujet et de s’être ensuite défaussé sur ses collaborateurs. Le "mal" est fait : selon Poupou, des téléspectateurs se seraient plaints, ainsi qu’une partie de la rédaction de France 24, pour avoir autorisé la diffusion du débat, pourtant médiocre, grossièrement à charge et stupidement intitulé "le mythe du complot" (comme si la version officielle n’était pas, en elle-même, une autre "théorie de la conspiration"). Seule ombre -lumineuse- au tableau : pendant cette caricature d’un débat expédié en une demi-heure, un intervenant, le journaliste américain Eric Margolis, a laissé entendre qu’il avait été intrigué par la faiblesse des dégradations du Pentagone, au lendemain de l’attaque prétendue d’un Boeing… Un ange (démoniaque) passe sur le plateau.

Dans cette sinistre affaire, le double message de l’Elysée est le suivant : la France reste alignée sur les Etats-Unis, y compris dans sa narration mythologique du 11-Septembre, bien commode pour justifier la présence militaire française en Afghanistan; quiconque s’aventurera à débattre du sujet risquera sa mise au ban de la communauté journalistique parisienne par le rejet de ses propres confrères et l’opprobre du président de la République himself. Rompez !

La réaction de Nicolas Sarkozy risque, au passage, de donner du grain à moudre à ceux, comme Thierry Meyssan, qui le soupçonne d’oeuvrer, tel un "honorable correspondant" de la CIA, pour le maintien de l’Empire américain et la consolidation des soutiens atlantistes dans leurs postes respectifs.

Quand le Canard Enchaîné devient l’emblème de l’échec journalistique

De même que Le Monde fut longtemps qualifié de "journal de référence", le Canard demeure le modèle hexagonal de l’enquête journalistique, sans limites ni tabous. Quoique… L’attitude des rédacteurs du célèbre hebdomadaire satirique à l’endroit du 11-Septembre témoigne de l’étendue des dégâts mentaux collatéraux dans la corporation médiatique, y compris dans sa frange supposée "indépendante et corrosive". Suivisme, paresse intellectuelle, lâcheté et ricanements : bienvenue en France.

Et pan sur le bec. Alors que le caneton a fait preuve de talent pour dénicher des secrets d’Etat ou dévoiler, sous la plume de Claude Angeli, les coulisses de la guerre contre le terrorisme, il s’est révélé incapable de dépasser le stade puéril du sarcasme pour envisager autrement le 11-Septembre. Peut-être faut-il y voir un lien avec la méfiance réputée du Canard pour Internet : c’est l’un des rares journaux français à refuser sciemment de développer son site web, purement formel. Ce comportement archaïque, digne d’un réactionnaire qui rejetterait avec dédain toute nouveauté technologique dans la société de l’information, rejoint logiquement l’ignorance du caneton sur les zones d’ombre du 11-Septembre, précisément connues du public grâce à Internet.

A cet égard, en six ans, le Canard n’a pas évolué d’un pouce, si l’on en juge par ce filet publié en avril 2002, au lendemain de l’enquête, à la fois bancale par ses conclusions hâtives mais estimable de par son orientation avant-gardiste, de Thierry Meyssan. Morceaux choisis du caneton ricaneur :

"Bon sang mais c’est bien sûr, il a raison, Thierry Meyssan, le gars qui affirme qu’aucun avion ne s’est écrasé sur le Pentagone ! Et Thierry Ardisson a raison de l’avoir laissé exposer sa thèse en long et en large, dans « Tout le monde en parle » du 16 mars, sans un bémol, sans esprit critique, sans question gênante, gobant tout tel un Jacques Pradel des familles (« Je suis troublé »). Service public avant tout! Et les plus de 100 000 gogos qui, en une semaine, se sont précipités sur son bouquin, écrit en gros caractères, lu en une heure, plein d’annexes, de discours officiels de Bush, mal fichu, ont raison, eux aussi. Car voici l’argument qui tue, et d’ailleurs Meyssan le clame haut et fort: on peut tout vérifier sur Internet ! En effet, à chaque page Meyssan cite des sites, des sites, et encore des sites: voilà donc le premier bouquin d’enquête sans enquête, mais entièrement compilé sur Internet. Et comme chacun le sait, Internet c’est rien que du sérieux ! (…) Quant au 11 septembre, Internet dégorge de révélations plus étonnantes les unes que les autres : aucun des 4 000 Juifs travaillant au WTC n’est allé au travail ce jour-là ; aucun des chauffeurs de taxi musulmans de New York n’était dans le quartier ce jour-là ; on a vu des ovnis dans le secteur au moment des attentats; et une immense image de Lucifer dans les nuées de l’incendie… C’est donc un coup des Juifs, des musulmans, des extraterrestres et de Lucifer ! Futurs auteurs de best-sellers, voici donc la recette imparable : identifiez un événement qui a frappé l’imagination des foules, décortiquez les mensonges officiels (car il y a toujours, évidemment, dans les vérités officielles, des lacunes, des arrangements, des paradoxes, des dissimulations), et remplacez-les par un gros bobard que vous aurez trouvé sur Internet. C’est facile, il n’y a qu’à se baisser !"

Des "gogos" en 2002 au "zozos" de 2008, saluons la laborieuse recherche sémantique du Canard pour disqualifer d’un trait de plume les millions de citoyens usant de leur sens critique pour interroger la nature et la valeur du 11-Septembre.

Et pendant que le sérail parisien se complaît dans sa morgue, qui lui sera tôt ou tard fatale, des journalistes étrangers font leur travail : après la diffusion d’une soirée thématique consacrée au sujet sur la première chaîne russe, voilà qu’une concurrente directe de France 24 , une autre chaîne info internationale anglophone basée à Téhéran, Press Tv, a organisé, depuis Londres, un remarquable débat contradictoire sur les attentats du 11-Septembre, avec un chercheur anglais, une journaliste américaine, une ex-employée des services secrets britanniques (favorable à la réouverture d’une enquête) et un ancien fonctionnaire du ministère de la Défense.

Sur les 37000 journalistes titulaires d’une carte de presse en France, celui qui se risquera à proposer une enquête sérieuse, avec de nouveaux éléments, sur cet épais dossier, devra compter sur la solidarité et la vigilance des citoyens. Les divers moyens de rétorsion ne manqueront pas d’être utilisés à l’encontre du mouton noir qui osera s’aventurer loin du troupeau. Licenciements, brimades, obstructions, relégations, diffamations. Aux yeux des sympathisants néo-conservateurs, toutes les techniques sont justifiables pour casser la pulsion vitale à la base du journalisme : le désir de comprendre et de faire comprendre.

L’enjeu est crucial : il en va de la démystification du 11-Septembre comme de la liberté d’expression en France. Et alors que l’occupation des esprits, mentale et atlantiste, n’a jamais été aussi forte, à l’instar de l’occupation sous Vichy, physique et nazie, les résistants devront se reconnaître afin de s’organiser. En dépit de la masse somnolente.
Ici, la répartie gaullienne s’impose : "en France, sous l’occupation, il y avait 500 000 collabos, 500 000 résistants et 39 millions de veaux", dixit le Général, qualifié alors de "terroriste".

La diabolisation envers toute dissidence sur le 11-Septembre, question politique par excellence, devient plus manifeste, plus violente dans le champ de l’expression médiatique. Face à cette situation, l’acte révolutionnaire consiste à résister, jour après jour, à l’emprise du mythe sacrificiel du 11-Septembre. Quitte à en payer le prix. L’occupation des esprits dure déjà depuis sept ans.

Entre les veaux, le collabos et les résistants, quel camp choisirez-vous?

11 septembre : réaction à chaud sur une curieuse émission télé

Ce texte est une réponse à la diffusion le 10 septembre d’une émission sur la RTBF "Question à la une – 11 septembre: nous a-t-on caché la vérité ?". Sous prétexte de s’intéresser comme la TSR (Suisse) et Le Nouvel Obs aux citoyens francophones (personnes normales et responsables, dotées de capacité intellectuelle) qui animent le mouvement pour la vérité sur le 11 Septembre, la chaîne belge n’a rien trouvé de mieux que de les dépeindre comme de dangereux paranoïaques “conspirationnistes”… En recyclant au passage le travail de propagande de M. Malterre de l’agence TAC diffusé plus tôt cette année dans le magazine Jeudi Investigation sur Canal+. (Au passage, précisons que ReOpen911 mettra bientôt en ligne la réponse de l’association à ce reportage: le résultat, vous le verrez est édifiant.)

Un nouveau morceau d’anthologie de la désinformation médiatique appliquée au 11 Septembre, qui fait réagir le journaliste belge Michel Collon, lequel n’est toutefois pas (encore ?) convaincu par notre travail et nos arguments… Au moins n’a-t-il pas perdu son sens critique et ses facultés d’analyse sur un sujet qui tend à abrutir l’immense majorité de ses collègues.


Par Michel Collon, le 11 septembre 2008

http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2008-09-11%2014:48:51&log=articles

Ce 10 septembre, la télévision belge RTBF a diffusé une curieuse émission : « 11 septembre: nous a-t-on caché la vérité? – Bloggeurs et journalistes: la guerre de l’info ? » Nous encourageons chacun à la visionner (elle passera sans doute sur TV5 Monde ?). Car elle pose des questions fort actuelles, qui interpellent toute démarche d’info citoyenne. Malheureusement, pour des journalistes qui ont mis en avant le sérieux et la déontologie, on ne peut pas dire qu’ils les aient eux-mêmes respectés. L’émission s’appelant Questions à la Une (beaucoup mieux inspirée d’habitude et même courageuse parfois), c’est donc le moment de leur adresser ces « Questions à la Une »…

Question 1 : Est-il déontologique de réduire tous ceux qui se posent des questions sur le 11 septembre à des fous obsédés, antisémites et manipulés par l’extrême droite, comme l’a fait l’émission ? Beaucoup de gens dans le monde, notamment des scientifiques, des journalistes réputés et des gens de gauche, mettent en doute la version officielle de l’administration Bush.

Par exemple, sur l’effondrement du troisième bâtiment, j’ai entendu des avis de physiciens dans un sens et dans l’autre. N’ayant pu consacrer à une question aussi complexe le temps qu’il faudrait pour me faire un avis personnel, je ne me suis jamais prononcé. Je n’ai pas été convaincu par les arguments de ReOpen ni ceux de Thierry Meyssan. Mais la version officielle présente de nombreuses incohérences. Ce que j’apprécierais, c’est qu’il y ait un débat sérieux, avec échange des arguments entre partisans des diverses thèses afin que le public puisse se faire une opinion.

Je suis agacé par les super – conspirationnistes qui voient des complots partout. Mais l’acharnement de la RTBF contre tous les blogueurs (voir plus loin) m’a fait l’effet d’une super – théorie du complot. Ce matin, 11 septembre, le quotidien belge Le Soir publie un dossier de deux pages, beaucoup plus équilibré que la RTBF, sur les doutes raisonnables qui entourent la version officielle de l’administration Bush.

Question 2 : Est-il déontologique de passer sous silence la troisième hypothèse ? En 2003, le chercheur belge Peter Franssen publiait 11 septembre : Pourquoi ils ont laissé faire les pirates de l’air ? Il relevait les invraisemblances manifestes de la version Bush. Et il émettait une hypothèse que je trouve intéressante. Des services secrets US et sans doute certains responsables politiques US (pas Bush personnellement bien sûr, c’est une marionnette) auraient été au courant qu’un attentat se préparait (il y avait eu beaucoup d’avertissements venant de services étrangers). Ils auraient laissé faire car ils avaient besoin d’un nouveau Pearl Harbour. Et pourquoi ?

Parce que l’administration Bush avait élaboré un programme (intitulé Project for a New American Century) de recolonisation brutale de régions stratégiques, liées au pétrole, qu’elle avait besoin de prétextes pour envahir l’Irak et l’Afghanistan (et d’autres pays encore), que l’administration Bush à ses débuts patinait lamentablement et que le 11 septembre a été une aubaine pour ces gens-là.

Le 11 septembre 2001, à 18 h 40, à peine dix heures après les attentats, Donald Rumsfeld, ministre US de la Guerre, interpelle un sénateur démocrate : « Ce qui s’est passé aujourd’hui suffit-il à vous convaincre que ce pays doit, de toute urgence, accroître ses dépenses pour la défense et que l’argent pour financer ces dépenses militaires doit être prélevé, si nécessaire, dans les caisses de la Sécurité sociale. »

« Si nécessaire » ? Quelle hypocrisie ! Rumsfeld sait très bien que l’argent ne peut venir que de la Sécu. Et c’est sur cet argent que, depuis longtemps, il compte faire main basse pour enrichir le complexe militaro-industriel (dont il fait lui-même partie) !

Tout ça fournit un mobile, au moins pour l’hypothèse n° 3, mais ne fournit pas de preuves, reconnaissons-le. Voilà pourquoi une enquête objective serait tellement nécessaire. Des millions de gens n’ont-ils pas été victimes de la prétendue ‘guerre contre le terrorisme’ ? Alors que les talibans offraient de livrer ben Laden et que Bush a refusé ! Ca ne pose toujours pas de questions à nos courageux journalistes ? Il est vrai que quelques mois plus tôt, Questions à la Une avait essayé de démolir le film de Michaël Moore avec des arguments assez lamentables également.

Le vrai courage en télé serait d’investiguer sans tabous sur les dessous de la « guerre contre le terrorisme ».

Question N° 3 : Est-il déontologique d’attaquer Internet et les blogueurs, tous dans le même sac ? Oui, il y a sur Internet des fous et des obsédés. Comme dans la société réelle. Oui, Internet augmente leur impact et crée des risques. Mais est-il honnête de ne présenter d’Internet que le pire, des blogueurs farfelus ou suspects, et de censurer le meilleur ? Les images finales de l’émission : un faux JT RTBF, présenté par son vrai présentateur, qui qualifiait Internet de ‘insultes à gogo’ et de défoulement étaient d’une incroyable bassesse.

Cette fois, Questions à la Une a employé les pires procédés. Pour réfuter les critiques adressées aux médias traditionnels, on les caricature grossièrement. Alors que des auteurs sérieux comme Chomsky, Ramonet, Bricmont Morelli, Geuens et d’autres ont publié des travaux sérieux avec des preuves sur des médiamensonges précis, travaux que la RTBF ignore soigneusement, c’est devenu dans l’émission, je cite : « Tous les journalistes seraient pourris, payés pour cacher la vérité alors que les internautes seraient tous indépendants ». N’est-ce pas une caricature grossière !

Les critiques ne défendent pas cette thèse. Par exemple, dans mon livre Attention, médias (Les médiamensonges de la guerre du Golfe), j’avais, comme Chomsky, présenté une analyse en termes de système des médias. L’émission n’a pas cessé de confondre ‘médias’ et ‘journalistes’. Or, ce ne sont pas les journalistes qui décident, ce sont les patrons des grands médias. Dont la majorité représente une catégorie sociale très limitée puisqu’il faut être milliardaire pour posséder une télé ou un empire de presse.

La question-clé dans la guerre de l’info, c’est en effet la question du pouvoir sur les médias. Les médias des multinationales Lagardère, Berlusconi, Murdoch et Cie ne sont pas des ‘informateurs’, ce sont des armes de guerre économique et politique. Et malheureusement, les médias publics ont de moins en moins d’indépendance, autocensurés par le poids énorme de la publicité des multinationales et par les complicités au sommet avec les mêmes milieux économiques et politiques.

La différence n’est pas entre info Internet ou pas Internet. De nouveaux médias, commerciaux, se lancent aussi sur Internet et ils sont également soumis aux mêmes règles de concurrence, de course à la rentabilité et à la pub, de production rapide, de non vérification. La différence est entre info marchandise (soumise à la pub) ou info citoyenne (mais avec des critères de rigueur). Internet offre de nouvelles possibilités. Nous y reviendrons dans un prochain texte.

Question n° 4 : Pourquoi avez-vous escamoté la question essentielle ?
L’émission constate : « Sur Internet de plus en plus de citoyens engagés font concurrence aux journalistes traditionnels ». Elle ne cesse de se lamenter sur la ‘perte de confiance’ envers les médias traditionnels. Puis, elle se lance dans un plaidoyer de mauvaise foi pour discréditer les internautes et restaurer le prestige de la carte de presse.

Mais vous avez escamoté la question essentielle : d’où provient cette perte de confiance ? Pourquoi les gens ne croient-ils plus automatiquement ce qu’on leur raconte à la télé ? Voilà la question intéressante, non ?

Un élément de réponse ? A chaque grande guerre, l’opinion publique a été manipulée par des médiamensonges. Les gouvernements et les armées engagent des dizaines de ‘spin doctors’, spécialistes de l’intox. Comment avez-vous réagi ? Avez-vous lancé une grande enquête, un grand débat ? Avez-vous été plus prudents dans vos JT en donnant aussi la parole aux critiques, en rappelant les manipulations passées ?

C’est le moment d’ajouter un témoignage personnel. On me demande souvent ‘sur Internet, désolé !) comment les médias réagissent à mes travaux sur les médiamensonges. Et pourquoi on ne voit pratiquement jamais à la télé des travaux comme les miens. J’en profite pour répondre à tout le monde sur ce point. Il faut distinguer deux périodes…

Mon premier livre sur les médiamensonges du Golfe, paru en 1992, a été censuré par Le Soir, Le Monde, Libération, et les télés françaises (faut dire qu’ils y étaient pris la main dans le sac), mais pas par la RTBF bien que celle-ci ait également été critiquée. Ce fut une exception remarquable. Entre 92 et 94, j’ai été invité à plusieurs émissions, on a même publié ma contribution dans la revue interne de la RTBF et les discussions étaient très positives. Plus tard, j’ai aussi eu l’occasion de participer à trois débats de feu L’Ecran – Témoin ou Lieu Public. Mais par la suite, ces émissions de véritables débats sont passés à la trappe, et les gens comme moi sont persona non grata à la RTBF également. Pressions politiques ?

Question n° 5 : Les médias publics ne devraient-ils pas se différencier ?
Finalement, comment juger cette émission ? Certes, on peut comprendre l’agacement des journalistes honnêtes qui n’aiment pas de se faire traiter de pourris. Mais leur émission n’ouvrait pas un vrai débat, il le refermait. En effet, pour nous aussi, journalistes alternatifs sur Internet, la fiabilité de l’info qui circule sur le Net pose de vrais problèmes. Mais il existe des critères pour trier le vrai du faux. Nous y reviendrons dans de prochains courriers.

La RTBF a produit non pas une émission pour débattre, mais une attaque en dessous de la ceinture, inspirée par la panique. Comme les quotidiens, la télé est en crise, ses revenus publicitaires sont concurrencés par le média qui monte : Internet. Brandir la carte de presse officielle comme un sésame garantissant l’infaillibilité était pathétique, quand on pense à tous les médiamensonges qui ont été relayés (et parfois même produits) par des journalistes avec carte.

La frilosité de la RTBF s’explique-t-elle par la crainte de perdre de l’audience, et donc des recettes publicitaires ? Je suis convaincu qu’une télé publique qui jouerait le jeu et qui mènerait des investigations sans tabous sur les médiamensonges, retrouverait au contraire sa crédibilité. Les gens sont attachés à la qualité de l’info qu’on leur donne, c’est pour ça qu’ils passent de plus en plus de temps à chercher sur Internet.

Le service public veut sauver sa peau ? Il aurait un rôle à jouer. Ca passe par la suppression de la publicité, le relèvement des dotations publiques (peut-être par un impôt sur la pub justement), la lutte contre la mainmise des partis dominants sur la télé (comme sur la Justice et d’autres services publics).

Et par le développement d’un vrai débat sur les médiamensonges et la qualité de l’info. Avec des citoyens traités en adultes et pas en consommateurs passifs.

Chiche ?

MICHEL COLLON
11 septembre 2008

A l’aube du « grand jour » : le 11-Septembre et les « foules intelligentes » du web

Par Luc-Laurent Salvador pour Agoravox, le 24 septembre 2008

Les attentats du 11-Septembre 2001 ont eu un impact dévastateur sur la géopolitique mondiale comme sur les sociétés occidentales. Les guerres en Afghanistan et en Irak, les atteintes aux libertés individuelles des citoyens états-uniens ou européens, tout cela n’aurait probablement pas été possible sans cette catastrophe. Le mandat de Bush se termine sans que la version officielle de ces événements ait été remise en question malgré les efforts continus des truthers. Il y aurait matière à se décourager et toutes raisons de craindre que la persistance du mythe nous rapproche encore davantage de l’Apocalypse. Il conviendrait pourtant de voir que ces événements, précisément parce qu’ils perpétuent une logique sacrificielle que l’humanité a cultivée depuis ses origines, nous offrent une occasion unique de révéler à tous et, partant, d’invalider définitivement le mécanisme du « bouc émissaire » sur lequel le monde actuel repose encore. La possibilité d’un changement radical n’a donc jamais été aussi grande. Tous les espoirs sont permis car, grâce à internet et au web social, le peuple soumis à la propagande médiatique a enfin véritablement droit à la parole. Il ne reste plus qu’à trouver le moyen pour que cette parole s’exprime de manière souveraine et fasse taire pour toujours le mensonge d’une paix bâtie sur la violence sacrificielle.

« Je pense qu’il y aura des révolutions spirituelles et intellectuelles dans un futur proche. Ce dont je parle maintenant semble complètement fou et, pourtant, je pense que le 11-Septembre ne va cesser de gagner en signification ». René Girard, 2008, p. 29

Vers le « grand jour » ?

Qui n’a jamais vibré à l’idée d’un « grand soir », ce moment sacré où l’on sent que la foule ou le mouvement populaire avec lequel on fait corps est sur le point de renverser l’ordre établi ?

Après un XIXe révolutionnaire et passablement affolant pour les gouvernements de tous bords, l’éducation au XXe siècle a cultivé en chacun de nous un individualisme très rassurant pour les puissances de ce monde en général, les grands groupes marchands en particulier. Nous avons appris avec Hollywood à cultiver l’idée que seuls les héros changent le monde et nous sommes devenus de plus en plus méfiants vis-à-vis des mouvements collectifs, des illusions qu’ils véhiculent trop souvent et de la barbarie dans laquelle ils peuvent parfois verser, contrairement à nos démocraties toujours moralement impeccables puisque supposées protectrices des libertés individuelles. Pour le citoyen consumériste formaté par les médias, le « grand soir » n’est plus que le rêve passéiste de quelques révolutionnaires égarés. Quelle erreur !

Dans ce qui suit, je vais essayer de montrer pourquoi, depuis le 11-Septembre et, plus exactement, à cause de lui, les circonstances n’ont, paradoxalement, jamais été aussi favorables à une contestation radicale de l’ordre établi et à l’avènement du « grand soir », ou peut-être devrais-je dire, du « grand jour ».

En effet, au cours du XXe, le grand soir a souvent été un prélude à la nuit, le rêve a souvent tourné au cauchemar. Le grand jour semble préférable car il traduit l’idée d’un éveil, d’une sortie de l’illusion et du mensonge, d’une venue à la lumière. Dans l’Apocalypse, le grand jour est celui où Dieu exprime sa colère, mais si nous suivons le vieil adage « vox populi, vox dei » nous pouvons aussi considérer que voix du peuple = voix de Dieu, de sorte que le « grand jour » est alors celui où la voix du peuple peut enfin prévaloir. Quoi qu’il en soit, il ne s’agit pas de dénigrer l’élan populaire des révolutions passées, mais plutôt de s’inscrire dans la continuité de ce qu’il avait de juste, de nécessaire et de sain pour, précisément, l’accomplir et venir, enfin, au grand jour.

À chacun de rêver ce dernier comme il le souhaite. La richesse des possibles n’est jamais un problème, si l’on reste disponible à ce qui se présente. Or, tout porte à penser que la possibilité d’un tel événement va grandissante car, ainsi que j’essaierai de le montrer, des foules innombrables n’attendent probablement qu’une occasion pour se mobiliser.

Que manque-t-il pour qu’elles le fassent ? Quelle forme pourrait prendre ce qui enclenchera le processus de cristallisation d’une opinion encore silencieuse, mais qui n’en pense pas moins ? C’est la question qui sera traitée dans l’article à suivre. Une réponse sera proposée qui devrait permettre à chacun de comprendre comment il peut aisément se mobiliser pour contribuer à l’avènement du grand jour.

Si la paix, la justice et la vérité ont la moindre valeur pour vous qui lisez ces lignes, sachez que vous êtes invités à l’action. Ça commence maintenant, par la prise de conscience du pouvoir qui est entre vos mains et qui, pour produire ses effets, a seulement besoin d’être exercé dans une solidarité que les foules intelligentes du web social ou du peer-to-peer peuvent mettre en acte de manière fulgurante. Un autre monde est réellement possible.

Le 11-Septembre est une opportunité

Comment le 11-Septembre pourrait-il favoriser l’avènement du grand jour ? Comment ce désastre qui est à l’origine de conflits internationaux, d’une guerre de cent ans contre le terrorisme et d’une restriction significative des libertés individuelles pourrait-il être regardé comme une opportunité ?

Pour la raison très simple que le 11-Septembre a amené le pouvoir politico-médiatique états-unien (mais aussi européen) à fournir un tel effort de propagande et de désinformation qu’il s’est en quelque sorte « exposé » et s’en trouve, à présent, fragilisé.

Cette « exposition » vient, en premier lieu, de ce que le pouvoir a lui-même donné la meilleure publicité à un acte qui a été indéniablement conçu pour être spectaculaire. Ensuite, dans l’accomplissement des attentats comme dans l’interprétation qu’il en a faite, ce pouvoir a laissé des traces, de nombreuses traces. Des actes, tout d’abord, des manquements ensuite, des mensonges et, peut-être le plus parlant, des silences inexplicables et inexpliqués sur une multitude de points cruciaux vis-à-vis desquels le public attendait et attend toujours des réponses. Ainsi, nous avons là un pouvoir qui ploie sous la charge de ses incohérences et de ses contradictions.

La chose n’est pas nouvelle me direz-vous, mais ce qui est nouveau et qui n’avait probablement pas été prévu, c’est que cette charge ne s’allégera pas, comme à l’accoutumée, en se perdant dans les brumes de la désinformation et de l’oubli. Nous avons enfin, avec le web, un média « grand public » qui a de la mémoire et qui pense en toute liberté, indépendamment des lobbies et autres groupes de pressions. Le formidable travail accompli durant toutes ces années par les truthers qui questionnent la version officielle est exactement ce dont nous avions besoin. Les mensonges des uns, les incohérences ou les silences complices des autres, ont été archivés, analysés et mis en ligne grâce à l’action diligente et bénévole d’une armée de volontaires soutenus financièrement par le public, mais surtout par des mécènes très impliqués comme Jimmy Walter.

Grâce à eux, chacun de nous peut à présent visionner en toute liberté et jusqu’à la nausée une vertigineuse somme d’informations dont la cohérence fait terriblement sens alors qu’elle aurait été censée se perdre dans le flux ininterrompu et subtilement désorganisé des nouvelles et des dépêches qui nous submergent jour après jour. Cet accès direct et instantané du citoyen à une documentation solide est un obstacle qui peut faire trébucher l’establishment politico-médiatique car, sur un nombre incalculable de points, ce dernier est incapable de répondre de manière cohérente aux questions qui lui sont adressées, non seulement par les familles des victimes, mais aussi par tous ceux qui savent qu’être citoyen c’est, avant toute chose, demander des comptes aux gouvernants.

C’est cela qui nous a permis de parvenir au point de bascule où nous nous trouvons à présent. Nous avons donc, avec le web, un puissant levier qui, joint au solide point d’appui qu’offre le 11-Septembre – en tant que monstrueux cas de terrorisme d’État – devrait permettre de renverser ces murailles millénaires de mensonges grâce auxquelles les peuples ont toujours été canalisés et dépossédés de leur pouvoir. Ainsi, un peu comme au judo, ce sera probablement l’intensité de l’effort fourni par l’adversaire qui permettra de le faire basculer, pour autant qu’on lui oppose, en temps et en lieu, ce qu’il faut de résistance.

Si l’incapacité du gouvernement américain à répondre aux questions légitimes qui lui sont posées devenait un fait établi, par exemple, grâce à un tribunal international, l’immoralité de sa violence serait reconnue et la guerre éternelle au terrorisme perdrait toute légitimité car nous pourrions la reconnaître pour ce qu’elle est : une manipulation. Tel est précisément l’objectif des truthers. Sa réalisation est la condition sine qua non du changement espéré. Et quel changement se serait !

En effet, si le gouvernement américain devait reconnaître avoir conçu et mis en œuvre les attaques du 11-Septembre afin de légitimer l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, le monde vivrait une véritable révolution dont, William Blum, bien que n’évoquant pas le 11-Septembre, nous donne une petite idée dans un chapitre intitulé Libérer le monde à mort :

« Si j’étais le président, je pourrais stopper les attaques terroristes contre les États-Unis en quelques jours. Définitivement. Je demanderais d’abord pardon, publiquement et en toute sincérité, à toutes les veuves et tous les orphelins, à tous les torturés, à tous les appauvris et à tous les millions d’autres victimes de l’impérialisme américain. Puis j’annoncerais que les interventions américaines à l’échelle mondiale sont terminées – y compris les atroces bombardements. J’informerais Israël qu’il n’est plus le 51e État de l’Union, mais, assez bizarrement, un État étranger. Je réduirais ensuite le budget militaire d’au moins 90 % et j’utiliserais les économies pour payer des réparations aux victimes et restaurer les dommages occasionnés par les nombreux bombardements et invasions américains. Il y aurait plus d’argent qu’il n’en faut [...] C’est ce que je ferais durant mes trois premiers jours à la Maison-Blanche. Le quatrième jour, je serais assassiné. » (Freeing the world to death), p. 96. tr. auct.

La reconnaissance de l’implication du pouvoir états-unien dans les attentats du 11-Septembre aurait probablement une ampleur plus importante encore car ce qui est en jeu, c’est une tradition de violence, qui remonte aux origines de l’humanité et dont on peut penser que ces événements constituent le sommet, l’aboutissement et, peut-être, osons l’espérer, le terme.

Le mécanisme sacrificiel

Selon l’anthropologue René Girard, les sociétés humaines seraient, depuis la nuit des temps, fondées sur un mécanisme sacrificiel qui aurait permis d’assurer la cohésion du groupe en canalisant sa violence contre une victime, accusée de tous les maux, et dont l’immolation rituelle ramènerait la paix dans le groupe, pour autant que le mécanisme en question reste méconnu et que personne ne reconnaisse un « bouc émissaire ».

Nous sommes les dignes héritiers de ces sociétés sacrificielles au sens où nous sommes tout autant portés à ces consensus accusateurs. La seule différence, mais elle est de taille, c’est que nous avons progressivement acquis la capacité à reconnaître l’existence de boucs émissaires, c’est-à-dire de victimes chargées d’une culpabilité qui n’est pas la leur dans le but de réconcilier le groupe. Cette capacité est précisément ce qui fait dérailler le processus sacrificiel car, en reconnaissant l’accusé comme victime, en n’acceptant pas l’accusation dont il fait l’objet et, en étant, en quelque sorte, témoins de son innocence, nous empêchons le consensus de se former. Lorsque l’accusation n’est pas unanime, lorsque certains se solidarisent avec la victime, la violence ne peut plus être expulsée par la mise à mort, elle reste dans le groupe. Le mécanisme sacrificiel ne peut s’accomplir et les accusés nous apparaissent alors pour ce qu’ils sont, des victimes, des boucs émissaires destinés à rassembler ou à mobiliser une communauté en détournant son attention des véritables coupables.

Par exemple, l’historien Tacite raconte qu’en l’an 64 de notre ère, pour se défendre de la rumeur qui le rendait responsable de l’incendie de Rome, l’empereur Néron aurait accusé les chrétiens qui ont alors été suppliciés par la population. À l’heure actuelle, nous reconnaissons aisément ces chrétiens comme les boucs émissaires de Néron et des Romains parce que nous n’adhérons pas aux accusations portées contre ce qui était alors une secte détestée « pour ses abominations… [et sa] … haine pour le genre humain. »

Par contre, lorsque notre capacité de reconnaissance des boucs émissaires est prise en défaut, nous participons à une accusation qui nous semble légitime, parce que unanime. Dans ce cas, le mécanisme sacrificiel fonctionne comme il l’a toujours fait.

Prenons le cas des terroristes tchétchènes qui, en septembre 1999, ont fait successivement exploser une dizaine d’appartements dans Moscou et sa banlieue, occasionnant plus de 300 morts. À quelques exceptions près, le peuple russe a été tout à fait unanime et s’est lancé dans une « chasse aux Caucasiens » dans les rues de Moscou. Poutine a pu engager la deuxième guerre de Tchétchénie avec la brutalité que l’on sait et se faire élire président dans la foulée. Il est assez évident qu’ici le mécanisme a fonctionné à fond parce que tout le monde y a cru. Ne sommes-nous pas tous prompts à juger le terrorisme islamique détestable « pour ses abominations… [et sa] … haine pour le genre humain » ?

Si vous n’y croyez pas, alors, verrez-vous là sans doute, encore une fois, des boucs émissaires. Vous n’auriez pas complètement tort car, en définitive, aucun élément de preuve démontrant l’implication des terroristes tchétchènes n’a pu être présenté. L’accusation est seulement venue du pouvoir et le peuple a suivi comme un seul homme ou presque. Cela paraît d’autant plus orwellien que Felshtinsky & Litvinenko indiquent dans leur livre Blowing up Russia que le seul attentat qui ait pu être déjoué dans la nuit du 22 septembre à Ryazan avait pour auteurs les services secrets russes, le FSB (ex-KGB).

Afin que personne ne se méprenne, je m’empresse d’indiquer que je ne souhaite pas, avec cet exemple, mettre la Russie en accusation, pas plus qu’avec cet article je ne souhaite mettre les États-Unis en accusation. Ce que j’essaie d’exprimer, c’est notre besoin universel d’une vérité qui ne pourra émerger que d’un consensus sur une histoire où chacun viendra tenir sa place, de bourreau ou de victime. Sous ce rapport, je crois sincèrement que les Européens n’ont de leçon à donner à personne et ont encore à assumer une histoire de violence sur laquelle, à l’exception du peuple allemand, ils ont tendance à fermer les yeux. Pour qui voudrait les ouvrir, sous le rapport du terrorisme d’État européen, je recommande la lecture de l’excellent livre de Daniele Ganser : « Les Armées secrètes de l’Otan ».

En définitive, tout dépend de notre capacité à sortir du cercle des accusateurs pour nous mettre à la place de l’accusé et comprendre sa situation. Selon que nous serons ou non avec l’accusation, nous verrons des dangereux criminels ou, au contraire, des boucs émissaires.

Pour les chrétiens martyrisés, les juifs, les sorcières, l’efficience de l’histoire a déjà permis que nous sortions tous ou presque du cercle des accusateurs. Par contre, les immigrés, les « jeunes des banlieues », les chômeurs et autres « assistés » sont encore des coupables « tout trouvés » vis-à-vis desquels le nécessaire travail de distanciation ou de dépassement des préjugés n’a pas été accompli.

Pour anéantir la « Matrice »

Renverser l’ordre établi, c’est mettre fin à ce cercle vicieux de la violence qui, depuis la nuit des temps, engendre la paix qui a besoin de la violence. Refuser cette fabrique perverse du lien social est probablement le seul moyen de sortir de la barbarie dans laquelle nous nous enfonçons.

Cela devient possible à présent parce que l’attention du monde entier a été polarisée par le 11-Septembre. Si sa signification passe, aux yeux de l’opinion publique internationale, d’un complot Al-Qaïda à un complot Bush & cie, tous verront alors la puissance hypnotique qu’un tel événement a pu avoir sur eux et, ainsi qu’il est bien connu, « un homme averti en vaut deux ». Chacun sera à l’avenir porté à reconnaître ce procédé dans les multiples formes qu’il est susceptible de prendre au niveau politique. Nulle conspiration ne passera plus lorsque nous serons tous des adeptes de la « théorie du complot ».

Le fait que nous ayons à faire sens de quelque chose qui est vieux comme le monde et qu’en définitive nous connaissons déjà très bien ne doit pas nous décevoir. Cela montre seulement que l’ordre ancien doit encore être aboli. La nouveauté, c’est que nous en avons enfin le pouvoir, nous nous trouvons clairement à un moment charnière de l’histoire. Car chacun sait dorénavant tout ce qu’il faut savoir. Il ne nous reste plus qu’à le reconnaître et à agir, c’est-à-dire, mettre nos actes en conformité avec nos convictions, pour faire œuvre révolutionnaire.

En effet, ce qui pourra précipiter la chute des puissances de ce monde et mettre au grand jour le système d’accusations mensongères au travers duquel sont « fabriqués » les ennemis nécessaires pour manipuler et contrôler les masses, jusqu’à les faire consentir à la guerre et au massacre des innocents, ce n’est pas un élu à la Néo ou une « dream team » de fantastiques super héros. Anéantir la matrice du mensonge dans laquelle nous vivons ne peut se réaliser sans les obscurs citoyens que nous sommes pour la bonne raison que cette matrice, c’est nous qui l’entretenons.

Ce sont les masses qui sont les véritables sources du pouvoir et c’est pourquoi les puissances de ce monde veillent à ce qu’elles soient constamment placées sous l’influence des médias. La matrice se délitera quand chacun s’en désolidarisera en affirmant son refus de voir ces violences accomplies en son nom. L’acte que chacun doit accomplir s’il ne veut plus contribuer à la matrice, c’est en sortir. Cela, personne ne peut le faire à notre place.

Vaincre la peur du ridicule

Rien ne peut mieux éclairer la situation présente que le vieux conte d’Andersen Les Habits neufs de l’empereur. Cette belle histoire raconte comment deux escrocs jouant de la peur du ridicule et de la tendance moutonnière des humains réussirent à faire croire un énorme mensonge à tout un peuple. Ils prétendaient tisser une toile incroyable de finesse que les sots ou les incapables ne voyaient pas. Pris tour à tour dans la peur du ridicule, le roi, puis ses conseillers et enfin le peuple tout entier en vinrent à faire semblant d’admirer des habits merveilleux sans pouvoir avouer qu’ils ne les voyaient pas, de peur de passer pour des sots ou des incapables. Tous étaient convaincus de l’existence de ce tissu, puisqu’ils croyaient que tous les autres le voyaient. Lors du défilé de l’empereur dans les rues, un enfant, innocent et, donc, étranger à la peur du ridicule, s’exclama « l’empereur n’a pas d’habits ! » Son père pris sa défense, affirmant qu’il ne pouvait mentir et, très vite, la foule se mit à chuchoter puis à s’exclamer que l’empereur n’avait effectivement pas d’habits. Ce dernier comprit que son peuple avait raison, mais il continua de faire semblant, pour sauver les apparences.

Il y a ici un parallèle à faire avec la situation actuelle. Il est, je crois, assez évident : une large part de la population a connaissance de nombreux faits qui falsifient complètement la version officielle et permettent d’accepter cette chose énorme : « le roi est nu », autrement dit, les attentats du 11-Septembre sont « Made in USA ».

Mais il y a aussi une différence qui saute aux yeux : hormis le cyberespace, le grand public forme une majorité silencieuse. Les prises de conscience s’opèrent dans le for intérieur de chacun et ne sont exposées qu’a minima, même dans la sphère privée. La raison en est que l’espace public est actuellement dominé par la représentation mensongère assénée par les médias du pouvoir, de sorte que chacun tend à se croire plus ou moins seul à penser ce qu’il pense. Chacun craint donc de se voir discrédité, ridiculisé ou rejeté par un entourage dont le silence ou le désintérêt lui semblent une preuve de soumission aux médias en question.

Nous sommes tous concernés par cette peur et, cela, de manière variable en fonction de notre statut social. Les journalistes, les politiques, mais aussi tous ceux qui font profession de respectabilité, comme les universitaires, sont, de loin, les plus exposés. Cette pression qui s’exerce sur l’individu lorsqu’il est « en vue » explique l’étonnant contraste entre, d’une part, le silence observé dans la sphère publique « officielle » sur la question du 11-Septembre et, d’autre part, la formidable agitation autour de cette dernière dans les commentaires des lecteurs de la presse alignée comme dans le web social en général.

Quoi qu’il en soit, tout se passe comme si, contrairement au conte d’Andersen, les « cris » des truthers n’avaient pas (encore ?) réussi à délier les langues. La rumeur qui enfle sur le web social semble insuffisamment audible dans la sphère publique pour amener quelques politiques ou journalistes courageux à prendre le relais, et ce, malgré des avancées marquantes comme le débat qui a récemment eu lieu au Parlement européen. Le poids du silence médiatique est ici tellement lourd qu’on doit raisonnablement se demander s’il est encore possible de changer l’état des choses.

Cette question, un peu désespérée et désespérante, Jimmy Walter se l’est posée. Alors qu’il a initié et formidablement soutenu le mouvement des truthers pendant de longues années, il a répondu, à regrets, par la négative.

Selon lui, en effet, la plupart des gouvernements et des médias connaissent parfaitement la vérité, mais nul ne bougera, « pas même Hugo Chavez du Venezuela, l’Iran ou les médias de gauche ». Les mouvements protestataires sont évoqués a minima ou carrément ignorés par les médias de sorte qu’il n’y aurait plus d’espoir et qu’il ne resterait plus qu’à « faire preuve de compassion pour les proches qui souffrent encore [du 11-Septembre] et se préparer pour les désastres à venir. Car ils ne vont pas abandonner ou s’arrêter là. »

En même temps qu’il écrivait cela, Jimmy Walter a indiqué son retrait du mouvement des truthers. J’imagine que, parmi ces derniers, plus d’un a dû se sentir orphelin et quelque peu perplexe. Tous ces efforts pour informer auraient-il été accomplis en vain ? N’y a-t-il donc pas moyen de vaincre la censure et la démonisation dont fait l’objet la question du 11-Septembre ? Devons-nous nous résigner à l’idée qu’hormis le web, les espaces de liberté de pensée ne relèvent plus que de la sphère privée ?

Pour ma part, je ne le crois pas. La chape de plomb médiatique peut sûrement être renversée, mais, sans forcément changer de stratégie, il nous faudra trouver une nouvelle tactique. Une nouvelle pierre doit être apportée à l’édifice des truthers pour qu’il puisse enfin atteindre la sphère publique des médias « officiels ». Dans l’article à suivre je ferai une proposition en ce sens. Il devrait apparaître, sans surprise, que la solution est entre nos mains. Sa réalisation dépend de chacun de nous, elle dépend de vous, lecteurs, et de votre pleine conscience que le moment d’agir, c’est maintenant ou jamais, avant qu’un nouveau désastre (économique ou guerrier) ne se présente.

Le 11 Septembre de France 24


Par Chamizam pour Agoravox, le 22 septembre 2008 

Panique à Issy-Les-Moulineaux. Le siège de France 24 est entouré d’une épaisse fumée depuis la chute des deux tours de la rédaction : Grégoire Deniau et Bertrand Coq. Déjà, le bruit circule : il s’agirait d’un complot terroriste de la reine Christine Ben Kouchner, orchestré par son bras droit, Poupou Al-Zawahiri. Décryptage de l’attaque du redoutable groupuscule de fanatiques atlantistes à l’assaut du monde libre.

"Trois langues, un seul langage". Telle était la devise caractérisant la spécificité de France 24 à son lancement : la synergie d’une rédaction composée d’une trentaine de nationalités et chargée de relater les informations en français, anglais et arabe. Deux ans plus tard, il faudrait rajouter "et d’une seule voix".

Les critiques perfides du projet d’une chaîne info voulue par Jacques Chirac évoquaient alors la "voix de la France", une sorte d’ORTF, version high-tech et trilingue. Il n’en est rien : le licenciement de Grégoire Deniau, directeur de la rédaction, et la mise à pied de Bertrand Coq, rédacteur en chef, traduisent bien autre chose qu’une directive déguisée du quai d’Orsay.

Au-delà des griefs comportementaux formulés à leur encontre (rudesse, autoritarisme, mauvaise foi, etc.), l’affaire révèle une tendance lourde, constatée depuis l’arrivée de Christine Ockrent, passée des ménages au "grand ménage", à la direction de l’audiovisuel extérieur : la volonté politique d’une épuration idéologique.

Un attentat précurseur a déjà été commis par la reine Christine et Poupou : ceux qui suivent l’actualité du Moyen-Orient n’ont pu manquer le licenciement sec, il y a deux mois, de Richard Labévière, journaliste émérite de RFI et bête noire de ses collègues atlantistes pour ses inclinaisons pro-arabes affichées. Le prétexte invoqué était tout aussi savoureux que pour le tandem Deniau/Coq : Labévière fut sévèrement grondé d’avoir obtenu et négocié avec TV5 l’exclusivité d’un entretien avec Bachar Al-Assad sans avoir suivi la procédure habituelle avec sa direction. Pour ce motif futile, on se débarrasse ainsi d’un trublion incontrôlable, surtout coupable d’avoir commis des enquêtes "délicates" sur la connivence entre Américains et Saoudiens financiers du terrorisme. Richard Labévière avait également réussi l’exploit de dénicher le scoop de la rencontre entre Ben Laden et Larry Mitchell, agent de la CIA, à l’hôpital américain de Dubaï, en juillet 2001. Une information qui lui fut d’ailleurs confirmée par la suite (comme il l’a évoqué début septembre en conférence) de la part d’agents de services secrets arabes et d’attachés militaires américains, sous couvert d’anonymat.

Après Labévière, l’épuration continue

Bertrand Coq : prix Albert Londres 2003, ancien de TF1 et de la Cinq, l’homme est réputé rugueux, véhément, caractériel. Néanmoins, les problèmes relationnels du rédacteur en chef se seraient améliorés depuis un an, selon un collaborateur de la rédaction. Le grief relève-t-il alors de son attitude envers ses subalternes ou bien, comme pour Labévière, de son travail journalistique ? Son ouvrage persifleur, intitulé Les Tribulations de Bernard K. en Yougoslavie et consacré à Bernard Kouchner, compagnon de sa supérieure hiérarchique, pourrait bien lui être revenu, quinze ans plus tard, comme un boomerang en pleine figure.

Il est judicieux de rappeler ici que Christine Ockrent avait déjà rejoint France 24 en tant que chroniqueuse, BCBG et bilingue, avant de quitter la chaîne pour revenir quelques mois plus tard en tant que commandeur suprême. Ce parcours atypique dénote un rapport de force, différent dans le temps, entre la reine Christine et ses sujets. Virer le pourfendeur de son French Doctor, sous un prétexte fallacieux, était sans doute un fantasme à l’époque. C’est désormais une réalité accomplie dans ce qui s’avère être un règlement de comptes.

Everything you are not supposed to know

"Tout ce que vous n’êtes pas censés savoir" : promesse ambitieuse inscrite sur la façade du siège de France 24. Question naïve : nous saurons vraiment tout, y compris sur le 11-Septembre ?

Grégoire Deniau, directeur de la rédaction, prix Albert Londres 2005, rugbyman et baroudeur de terrain, présent en Irak au début de l’invasion. Dans son cas, une affaire digne d’un vaudeville médiatique, entre le théâtre de boulevard et la farce tragicomique. Nous sommes le jeudi 11 septembre et le débat du jour, animé par Sylvain Attal, concerne les fameuses "théories du complot". En bon orthodoxe chargé de brûler l’hérétique, Attal organisa un débat pseudo-contradictoire où quatre invités, convaincus de la version conventionnelle des attentats, ont été "confrontés" à un jeune militant du réseau Reopen911, association prônant la réouverture de l’enquête sur le 11-Septembre. Bref, un débat pour la forme, sans réel enjeu, sinon celui de "bigardiser" – diaboliser – tout pratiquant du doute sous le sceau de l’infamie ("délirant, antisémite, paranoïaque, révisionniste, anti-américain, etc.). Objectivement, le débat, de par son déséquilibre et le faible écho des arguments du représentant de Reopen911, n’allait pas susciter un "conspirationnisme aigu" à travers le monde ni provoquer l’ire de l’ambassade américaine.

Et, pourtant, ce fut un scandale d’avoir "laissé passer" cette discussion, "selon des téléspectateurs" outrés et une "partie de la rédaction", d’après Poupou. Convocation de Deniau qui se serait embrouillé alors dans son explication, sur le mode "de toute manière, j’étais contre ce débat à l’origine". En somme, ni Attal ni Deniau n’ont assumé la responsabilité d’avoir organisé la "confrontation" entre partisans et adversaires de la version officielle du 11-Septembre. Le véritable coupable dans la "chaîne de commandement" journalistique demeure inconnu… Dans sa tentative de se dédouaner, Deniau serait paru de mauvaise foi, au point que Poupou n’avait plus qu’à sortir le carton rouge magique de la "faute professionnelle".

Ironie du sort, pendant ce sulfureux débat dont la simple présentation, sommaire et superficielle, a pourtant chauffé les esprits à France 24, l’animateur du réseau français de Reopen911 avait suggéré qu’il était dangereux d’aborder la question dans les médias avant d’être contredit immédiatement par Attal qui tenta de le rassurer sur le degré élevé de liberté d’expression sur la chaîne. Le doute sur la parole du journaliste est permis : contrairement à d’autres débats plus convenus, le débat sur ce sujet ne figure pas dans les archives du site web de France 24. Un bel exemple d’auto-censure a posteriori.

L’incident est d’autant plus cocasse que TOUS les concurrents directs de France 24 n’ont pas ces émois de vierge effarouchée lorsqu’il s’agit d’évoquer le sujet des théories alternatives du 11-Septembre : CNN, Russia Today, Al Jazeera English, BBC World, Press Tv et même, ô comble de l’affront, Fox News, antenne de propagande républicaine, toutes ont réalisé des reportages ou des entretiens sur la question. Pratique élémentaire du journalisme, puisqu’il s’agit d’évoquer un phénomène de société, indéniable et croissant : le scepticisme d’une majeure partie de la population mondiale, selon les sondages encore effectués cet été, à l’égard du récit politico-médiatique dominant du 11-Septembre.

Ce fait est incontournable, n’en déplaise aux autruches qui se targuent pourtant de faire leur métier de journaliste : de plus en plus de citoyens dans le monde ont, au minimum, un doute sur la complète véracité de la version officielle.

A sa manière, l’affaire Deniau, au-delà des luttes de pouvoir au sein de France 24 et de la purge politique par une direction plus atlantiste (ou "sarko-kouchnero-compatible"), témoigne d’autre chose, qui émerge à peine : la nervosité d’une corporation hybride (patrons de médias, chroniqueurs influents, journalistes, faiseurs d’opinion) à l’endroit de toute parole publique "dissidente" sur le 11-Septembre. L’unanimité incroyable pour fustiger violemment un pitre inoffensif comme Jean-Marie Bigard révèle le décalage saisissant entre les acteurs des médias et l’opinion publique, plus indulgente envers le comique amateur de films "conspirationnistes". Même le référendum sur l’Europe en 2005 n’avait pas connu un tel alignement de la part des journalistes hexagonaux.

"Beyond the news" : au-delà de l’information, promet le slogan de France 24. Pari réussi : la chaîne s’efforce bien, par condescendance, lâcheté ou paresse intellectuelle, à survoler une information capitale.

L’info ? Sept ans après les attentats, de plus en plus d’individus dans le monde n’acceptent pas la version du 11-Septembre, telle que contée par le gouvernement américain et rapportée docilement par l’écrasante majorité des médias occidentaux.

Depuis 2001, le 11-Septembre n’en finit pas de faire des victimes collatérales, coupables d’avoir posé des questions et bannies de l’exposition médiatique jusqu’à ce qu’elles fassent repentance avant d’aboutir, au moyen d’une dépêche AFP, à en prononcer ce terrible mot : "pardon".

"Et pourtant elle tourne", aurait répliqué Galilée aux tenants de l’Inquisition… Et pourtant le 11-Septembre continuera de faire débat. Partout dans le monde, sauf, désormais, sur France 24.

France24 : Organiser un débat sur le 11 Septembre est une faute professionnelle

Grégoire Deniau et Bertrand Coq, respectivement directeur de la rédaction et rédacteur en chef de la chaine d’information en continue France 24, ont tous deux été victimes d’une mise à pied immédiate pour "fautes professionnelles". Pour Grégoire Deniau, c’est l’organisation d’un débat sur le 11 Septembre évoquant les "théories du complot" qui n’a pas plu à la direction (Christine Ockrent / Alain de Pouzilhac).

Ces mises à pied font suite au licenciement de Richard Labévière de RFI, radio également sous la direction de France Monde.

Il semble donc établi qu’il soit interdit d’évoquer les faits du 11 Septembre  (comme récemment JM  Bigard) ou d’en débattre (France 24) sous peine de se faire insulter, mépriser ou virer comme un malpropre. La liberté de la presse semble bien mal en point … 


Reprise en main musclée à France 24

Par Emmanuel Berretta pour Le point.fr

Reprise en main brutale au sommet de France 24 : Christine Ockrent, directrice générale de l’audioviosuel extérieur de la France, est-elle derrière le limogeage coup sur coup de Grégoire Deniau (directeur de l’information de France 24) et Bertrand Coq (rédacteur en chef) ? La direction de France 24 réfute son influence tandis que les journalistes y voient, au contraire, le signe de sa prise de pouvoir… En tout cas, les deux patrons de la rédaction ont été licenciés avec mise à pied immédiate.

Tout a commencé, hier, mardi : Bertrand Coq entame normalement sa journée de travail. Gérard Saint-Paul, l’un des pontes de France 24, le convoque et lui signifie son licenciement avec mise à pied immédiate. Motif : son "comportement". Très vague. Saint-Paul lui explique que le motif de son licenciement lui sera précisé ultérieurement lors de son entretien préalable. La rédaction est bousculée, mais n’est pas au bout de ses surprises. Dès le lendemain matin, c’est au tour de Grégoire Deniau de passer à la guillotine. Cette fois, il est convoqué par Alain de Pouzilhac, Gérard Saint-Paul et Jean-Yves Bonsergent (directeur général en charge des technologies) et se voit annoncer son licenciement avec mise à pied immédiate.

Un débat contesté

Le motif est cette fois plus précis : on lui reproche l’organisation sur l’antenne de France 24 d’un débat sur les théories du complot autour du 11 Septembre. Une façon de rebondir sur l’affaire Bigard. Deniau s’était opposé à ce débat (animé par Sylvain Attal), mais son ordre se serait dilué dans la chaîne hiérarchique si bien que ce débat a finalement eu lieu. Deniau plaide l’innocence. Pouzilhac réfute cet argument et estime que son directeur de la rédaction est de mauvaise foi. On remarquera la judicieuse absence de Christine Ockrent à chacune des convocations… Une façon de ne pas apparaître dans cette histoire.

Deux licenciements en deux jours, cette fois, la rédaction de France 24 se soulève. Pouzilhac reçoit le comité d’entreprise, puis les rédacteurs en chef et, cet après-midi, il vient s’expliquer devant les journalistes. Il réfute avec aplomb tout lien entre les deux licenciements. La séance des questions-réponses est tendue. Des pétitions circulent en faveur des deux limogés. Et la plupart des journalistes comprennent la signification de cette reprise en main

Deniau résiste aux consignes du Quai d’Orsay

Grégoire Deniau est une forte personnalité, un ancien baroudeur intransigeant. Il n’est peut-être pas le manager le plus coulant qui soit, mais il n’a jamais cédé aux pressions du Quai d’Orsay (où officie l’époux de Christine Ockrent)*. Par exemple : quand le Quai recommandait de n’envoyer aucun journaliste en Irak en raison des risques d’enlèvement, Grégoire Deniau n’en tenait aucun compte. Pour lui, le danger fait partie de la vie d’un grand reporter. Idem concernant Bertrand Coq, qui est fait du même bois. Son passé de grand reporter à France 2 fait l’admiration de ses pairs. L’un et l’autre sont des têtes brûlées, le contraire des journalistes malléables.

Depuis son départ de France 3, Christine Ockrent coiffe l’audiovisuel extérieur de la France en tant que directrice générale. Des synergies sont à trouver entre les différentes entités (RFI, une partie de TV5…). France 24 aspire à rejoindre cette entité. Alain de Pouzilhac n’était pas joignable à 17 h 45.


NDLR : (*) Comme le rappelle Rue89 "Notons que Bertrand Coq a écrit un livre à charge, il y a quelques années sur le mari de la directrice générale de France Monde, Christine Ockrent : « Les tribulations de Bernard K. en Yougoslavie ou l’imposture humanitaire » (Michel Floquet, Bertrand Coq, Editions Albin Michel, 1993)." Par ailleurs, toujours selon Rue 89, le 18 juillet, au milieu de son interview dans Le talk de Paris, "la diffusion d’un portrait de Bernard Kouchner a mis le ministre en rogne".

Richard Labévière dénonce l’Orwellisation de la presse française

Par William Castel pour Agoravox, le 23 août 2008

Viré pour mal-pensance, Richard Labévière contre-attaque

 

Rédacteur en chef à Radio France Internationale (RFI), grand reporter et écrivain spécialiste du Proche et du Moyen Orient, Richard Labévière vient d’être licencié, au motif qu’il n’aurait pas demandé la permission de sa direction pour faire une interview de Bachar el-Assad le 8 juillet dernier, juste avant l’arrivée du Président syrien en France en visite officielle (l’interview incriminée est en ligne sur le site de TV5 Monde).

Un prétexte aberrant, qui cache d’évidence d’autres raisons…inavouables.

Le licenciement de ce journaliste de renommée internationale a été prononcé en plein mois d’août, le 12 exactement, à la dérobée, comme si de rien n’était… Une évidente volonté de discrétion, respectée scrupuleusement par tous les grands médias français, puisque pas un seul à ce jour (sauf erreur) ne s’est fait l’écho de ce limogeage.

Richard Labévière livre aujourd’hui ce qui lui semble être les vraies raisons de son renvoi.

Celui-ci s’inscrit d’abord, dit-il, dans "une suite de harcèlements professionnels" de la part de la direction de RFI, sur une durée de 4 ans. Labévière s’est ainsi vu retirer en 2005 l’Editorial international de RFI sur la simple demande de l’ambassadeur d’Israël en France, Nissim Zvili.

Labévière dit aussi avoir été victime de menaces de mort sur son lieu de travail, "émanant vraisemblablement du Betar" (milice sioniste), "avec des complicités internes à RFI". L’accusation est forte.

Il s’agirait, par ces pratiques, d’intimider les journalistes qui sortent du discours officiel pro-israélien que RFI chercherait à imposer.

Labévière note que sa mise au pas intervient au moment où Christine Ockrent, épouse du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, et Alain Pouzilhac prennent la tête de l’Audiovisuel extérieur de la France (RFI, TV5 Monde et France 24). Coïncidence ?

Il s’agirait ni plus ni moins, selon lui, que d’imposer une lecture néoconservatrice, américaine ou israélienne, des crises proche-orientales. Avoir une lecture pro-palestinienne ou pro-arabe ne serait aujourd’hui plus permis.

Retour du délit d’opinion ? Mainmise d’une pensée unique ? Terrorisme intellectuel ? Richard Labévière va jusqu’à parler d’Orwellisation de la presse française, publique et privée.

A l’heure où le pluralisme semble menacé, sans que les médias s’en émeuvent le moins du monde, une pétition de soutien à Richard Labévière vient d’être mise en ligne.

Le journaliste a décidé d’assigner en justice la chaîne publique qui l’employait. Un préavis de grève est par ailleurs lancé par les syndicats de RFI pour la rentrée, et un référé prudhommal aura lieu le 22 septembre prochain.

Touche pas à mon BHL

Rappelons que, parmi ses faits d’armes, Richard Labévière avait publié l’an dernier un livre intitulé Bernard-Henry Lévy ou La règle du je, dans lequel il démontait la "double imposture : philosophique et journalistique" que représente selon lui BHL.

"Il s’agit de démonter, note son éditeur, les bouffonneries qu’il fait passer pour de la philosophie et du journalisme, avec l’aide des médias et de la grande édition qui sont les chiens de garde de l’idéologie la plus réactionnaire." Labèvière présente BHL comme un "serviteur de l’Empire américain et du libéralisme mondialisé, ego médiatique vide et surdimensionné". De quoi s’attirer des ennuis…

Touche pas à mon ben Laden

Même si cela n’a vraisemblablement aucun rapport avec son licenciement estival, souvenons-nous aussi que Richard Labévière est l’un des deux journalistes (avec Alexandra Richard du Figaro) à avoir rapporté la présence d’Oussama ben Laden à l’hôpital américain de Dubaï du 4 au 14 juillet 2001, deux mois seulement avant les attentats du 11-Septembre, et sa rencontre, le 12 juillet, avec le chef d’antenne local de la CIA Larry Mitchell.

Extrait de son ouvrage Les Coulisses de la Terreur : "Recoupé et vérifié par d’autres témoignages, le récit de notre informateur atteste que la fameuse rencontre a eu lieu le 12 juillet 2001. Révélée le 31 octobre 2001 par Radio-France Internationale (RFI) et Le Figaro, l’information est aussitôt démentie par le directeur de l’hôpital, Bernard Koval (…). Le lendemain, RFI révèle l’identité de l’agent de la CIA qui, selon ses informations, a bel et bien rencontré ben Laden. Le représentant local de la CIA qui a rendu visite à Oussama ben Laden le 12 juillet 2001 à l’hôpital américain de Dubaï s’appelle Larry Mitchell."

Description du livre : "Deux mois avant les attentats du 11 Septembre, la CIA négocie encore avec Oussama ben Laden. Puis les Etats-Unis déclenchent les hostilités en Afghanistan. Ils laissent s’échapper le milliardaire saoudien et ses protecteurs, comme ils laissent s’évanouir leurs capitaux dans une jungle financière. Qui sont les complices au cœur même de l’establishment américain ? Aurons-nous bientôt un « ben Ladengate » ? Pour l’éviter, les idéologues de l’administration Bush inventent une nouvelle guerre froide : la guerre sans fin contre la terreur… Désormais, tous ceux qui ne partagent pas les valeurs du meilleur des mondes selon Washington sont suspectés de soutenir le terrorisme, sinon d’être des terroristes eux-mêmes, agents d’un nouveau complot contre le monde libre et les champions du Bien. Ce complot est baptisé d’un nom générique : Al Qaïda. Du Pakistan à Bali, de Riyad à Casablanca, de Genève à Lugano, enquêtant sur les lieux des attentats et les places bancaires, Richard Labévière parvient à une conclusion : Al Qaïda n’existe pas. Le terrorisme ne relève pas d’une organisation mondiale, mais d’une nébuleuse de réseaux qui s’enracinent localement, dans les économies les plus inégalitaires et les régimes politiques les plus arbitraires. Pourtant, la mythologie ben Laden continue. Pour survivre, l’Empire a besoin d’un ennemi et de faire la guerre : une guerre sans fin. "

Le livre a paru en novembre 2003. Les ennuis de Labévière ont commencé, d’après ses dires, il y a environ 4 ans… Non, il n’y a sans doute aucun rapport…

Thierry Meyssan : « l’internet est déjà un champ de bataille au sens militaire du terme»

Jérôme Bouteiller (NetEco) pour L’expansion, le 29 juillet 2008

Journaliste indépendant et auteur controversé, Thierry Meyssan s’appuie depuis de longues années sur le Net pour mener ses enquêtes et diffuser ses idées. Entretien exclusif avec l’auteur de l’Effroyable Imposture qui revient sur son engagement et son utilisation d’un outil internet, rattrapé par la censure…

JB – Thierry Meyssan bonjour ! Médiatisé pour avoir remis en cause la version du gouvernement des Etats-Unis sur le déroulement des attentats du 11 septembre 2001, vous êtes également secrétaire général du Parti Radical de Gauche et président de l’Association le Réseau Voltaire qui milite, depuis 1994, pour la liberté d’expression. En quelques mots, comment définiriez vous votre action ? Quelle est votre ambition première ?

Thierry MeyssanTM – Mon ambition, c’est à la fois comprendre et influer. Je suis un analyste politique et un militant. Contrairement à la vision actuelle de la profession, je ne conçois le journalisme que de cette façon. Je ne me retrouve ni dans la presse d’opinion qui commente l’actualité sans remettre en question la vision qu’on nous en donne, ni dans la presse dominante qui, par son refus de prendre position, défend le désordre établi.

J’ai été responsable du Parti radical de gauche de 1994 à 2008. Mais j’ai désormais quitté la France et ne peux plus assumer cette fonction. Je reste très attaché à cette philosophie qui place de hautes exigences et accepte des compromis difficiles à la fois par réalisme et par discipline démocratique.

J’ai effectivement été trés médiatisé à la suite de mes travaux sur les attentats du 11 Septembre et l’évolution politique des États-Unis. Si j’ai fait l’objet d’une campagne de dénigrement d’une rare violence dans les pays anglo-saxons et en France, j’ai bénéficié d’une forte reconnaissance notamment dans les pays méditerranéens et en Amérique latine. Je me suis trouvé soudain propulsé sur la scène internationale et j’ai depuis la chance d’être consulté par de nombreux leaders politiques dans le monde qui attachent de l’importance à mes analyses. Je suis toujours surpris de voir le décalage entre mon activité et le portrait peu flatteur que la presse française dresse de moi. Ne dit-on pas que nul n’est prophète en son pays ?

JB – Depuis trois ans, votre site VoltaireNet.org s’est mué en «agence de presse non alignée». Cette nouvelle formule a t’elle séduit les internautes ? Quelle est votre audience ? Comment financez vous votre activité ?

TM – Depuis mon travail lors de la guerre du Kosovo, je suis préoccupé par la domination de quelques agences de presse (AP, Reuters, AFP) qui imposent leur vision des événements à l’ensemble du monde. Cela m’a conduit à renouer avec le combat du Mouvement des non-alignés contre la dominance informationnelle qui avait secoué jadis l’UNESCO. Persuadés que les journalistes locaux savent mieux ce qui se passe chez eux que les agences de New York, Londres et Paris, nous avons constitué un réseau d’agences de presse, de journaux et de revues et nous avons commencé à syndiquer nos articles. Cette formule est un succès éclatant en Amérique latine, où notre réseau est devenu la première source d’information indépendante. Nous balbutions dans le monde arabe et cela reste à construire dans le reste du monde.

Nous n’envisageons pas l’internet comme un média à part. Nous essayons de nous appuyer aussi sur de nombreuses publications papier. Quant à moi, je publie des livres, j’écris des articles pour de grandes revues politiques en Russie, dans le monde arabe et en Amérique latine. Je participe à de nombreuses émissions de radio et de télévision dans le monde et j’en présenterai bientôt moi-même. L’internet est cependant le média de loin le plus fluide et le moins onéreux.

Au début, notre activité était financée par mes droits d’auteur car mes ouvrages ont connu un succès mondial. Mais, après que mon éditeur (*) ait organisé sa faillite en me volant les droits qu’il avait encaissé en mon nom, nous nous sommes trouvés dans de grandes difficultés. Actuellement, tous les frais techniques et certains frais de traduction sont financés par les dons des lecteurs. Même si ceux-ci sont généreux, notre marge de manœuvre est restreinte.

JB – Les pannes observées ces dernières semaines sur VoltaireNet.org étaient elles la conséquence de ce succès ou des réponses électroniques de la part d’opposants à l’action du Réseau Voltaire ? Selon vous, qui se cache derrière ces attaques ?

VoltaireNet SarkozyTM – Nous avons d’abord été victimes de notre succès. Le serveur que nous utilisions n’a pas supporté l’augmentation du trafic sur nos sites. En effet, outre Voltairenet.org, nous éditions des sites pour nos partenaires ainsi que des bases de données documentaires. Avec ces perturbations, notre site principal, Voltairenet.org, a perdu de l’audience. Il tourne néanmoins à 1,3 million de visiteurs distincts par mois.

A cela se sont ajoutées diverses attaques que nous avons eu du mal à interpréter, jusqu’à conclure au sabotage interne. Il se trouve que nous venions de lancer un appel de dons à nos lecteurs. Plus de 1500 nous ont répondu, cela nous a permis de prendre le taureau par les cornes : nous avons changé d’hébergeur et d’équipe technique. Nous disposons désormais d’une machine dédiée ultra-moderne, d’une bande passante très large et d’une équipe technique capable d’intervenir 24 h sur 24. Nous basculerons les DNS dans les prochains jours et reprendrons progressivement le rythme de nos publications.

Nous avons par le passé fait l’objet de nombreuses attaques informatiques. Non seulement les traditionnelles attaques par requêtes multiples pour saturer le site, mais des choses plus sophistiquées, par exemple la pénétration dans les bases de données pour en changer le contenu. Sans parler des attaques physiques avec la destruction d’une de nos machines hébergée dans un centre de télécom pourtant protégé.

JB – Contrairement aux pratiques en vogue dans la blogosphère, votre site ne propose aucune interactivité avec ses lecteurs. Redoutez vous des excès de leur part ? Pourquoi ne pas miser sur une forme de «collaboration » avec les internautes ?

TM – C’est un grand regret pour nous tous. Nos tentatives de créer des forums nous ont vaccinés. Nous avons immédiatement été envahis par des agents provocateurs de toutes sortes qui faisaient déraper les discussions ou postaient des messages racistes ou extrémistes pour nous discréditer.

JB – Au delà des problèmes techniques et financiers, estimez vous qu’internet facilite la liberté d’expression d’associations telles que la vôtre ou craignez vous également le développement de la censure sur ce nouveau média, y compris en France ?

TM – Bien sûr qu’internet facilite l’exercice de la liberté d’expression. De ce point de vue, la généralisation d’internet est une révolution politique qui bouscule les institutions. Mais cette liberté est relative. Nous devons d’abord affronter nos propos limites intellectuelles. Dans les sociétés modernes, nous avons perdus la capacité de penser par nous-mêmes et avons adopté le comportement grégaire du consommateur de mass-média. Lorsque nous nous affranchissons de nos préjugés, nous devons faire face à toutes sortes de pressions. Et si la profession journalistique ne brille pas par son courage, il n’y a pas de raison que le reste de la société soit meilleur.

Historiquement, chaque média nouveau est un bol d’air frais. Mais avec le temps, il fait l’objet d’encadrements législatifs et réglementaires qui l’étouffe. Il en sera probablement de même pour l’internet lorsque l’on aura trouvé des moyens techniques pour le contrôler.

Au delà de la censure, qui est un phénomène national, l’internet est déjà un champ de bataille au sens militaire du terme. Les États-Unis ont détruit des milliers de sites pendant la guerre du Kosovo. Israël a fait de même pendant la guerre de 2006 contre le Liban —et à cette occasion une unité spécialisée de Tsahal a réussi à bloquer temporairement notre site pourtant hébergé à ce moment là sur le territoire français—. En vue du prochain conflit, l’US Air Force vient d’investir des sommes considérables pour acquérir des matériels lui permettant de détruire des dizaines de milliers de sites en quelques jours. Personne n’est à l’abri et ne comptez pas sur le gouvernement français pour vous défendre si votre site est attaqué par ces États.

JB – Thierry Meyssan, je vous remercie.


Note : (*) Meyssan fait référence à Carnot, l’éditeur original de L’Effroyable Imposture et Le Pentagate.

G8 : Vers une police globale de l’internet ?

Article de Wesson paru sur AgoraVox le 14 juillet 2008

Le G8, c’est l’occasion pour les grands de ce monde d’aborder des discussions consensuelles : l’explosion du prix des denrées alimentaires, la maitrise du réchauffement planétaire, autant de beaux sujets qui feront les délices de la presse quotidienne.

Mais il y des sujets en discussion au G8 qui devraient se faire nettement plus discrets : l’Anti-Counterfeiting Trade Agreement (ACTA) en est un dont on ne risque pas d’entendre parler. Il s’agit ni plus ni moins que d’une mise en coupe réglée de l’internet et du droit sur la propriété intellectuelle.
 

ACTA, qu’est-ce que c’est ?

L’ACTA est un accord global visant à instaurer un véritable état policier au niveau mondial concernant la propriété intellectuelle. Il a été établi à la demande de la RIAA et MPAA, deux associations américaines bien connues pour leur défense des intérêts de l’industrie du disque et du cinéma par un lobbyisme intensif.

L’accord OMC-TRIPS vieillissant, les Etats-Unis, la commission européenne, le Japon, la Suisse, puis rejoints par le Canada, l’Australie, la Corée, le Mexique et la Nouvelle-Zélande, ont discuté d’un nouveau droit sur la propriété intellectuelle. Dans un parfait langage marketing, ils ont appelé ça ACTA – Anti-Counterfeiting Trade Agreement.

Un document secret de travail a été établi, très court mais passionnant.

Il contient la proposition d’un accord commercial multilatéral renforçant strictement les droits de propriétés relatifs à l’activité d’Internet.

On y déniche page 3, paragraphe 1 une clause "tueuse de pirate bay", qui criminalise toute aide d’un site à vocation non commerciale à l’échange d’information non autorisée sur Internet.

Une définition tellement vague que l’on pourrait y inclure des sites tels que Agoravox.

Un peu plus loin, il est question d’une interdiction pure et simple de mesures de contournement quelle qu’elle soit, qui rendrait illicite par exemple les lecteurs DVD dézonnés ou le retrait de MTP (DRM).

Il y a aussi l’imposition d’une forte coopération de la part des Fournisseurs d’accès à Internet, qui devront révéler les informations personnelles de leurs abonnés sur demande.

Le contrôle à la frontière n’est pas oublié non plus. Il y est question d’une "autorité compétente" qui serait à même de saisir tout ordinateur/ipod/téléphone sans avoir été mandaté par les ayant droit.

Bref, un catalogue de mesures techniques, de répression et de flicage divers. Par contre, rien n’est prévu pour la délinquance financière internationale.

La discussion sur ce texte a été menée dans le plus grand secret. Ni l’OMC, ni l’OMPI n’ont été invités à la table des négociations. On ne connaitra le texte que lorsqu’il sera prêt à être signé, et il ne sera pas possible d’en modifier les termes.

Et il semblerait que ce soit pour bientôt. Vu les dernières déclarations faites au G8, l’accord serait sur le point d’aboutir :

"Nous encourageons l’accélération des négociations pour établir un nouveau cadre légal international, ACTA, et nous pensons terminer la négociation à la fin de cette année".

Un accord international pour une législation délirante

C’est un moyen très pratique d’imposer une législation très impopulaire par un accord international qui s’appliquera sans qu’un parlement puisse en minimiser les termes ou la portée. Bien entendu, on prétend que l’adhésion à cet accord sera sur la base du volontariat ; en pratique, il y a peu de pays qui pourront refuser cette "invitation".

Et pourtant, il ne s’agit de rien d’autre que de la généralisation au niveau mondial de ce qui se fait de pire en matière d’intrusion et de contrôle de la vie privée et de sanctions démesurées. Que peut-il sortir d’autre d’un accord dont on ne sait rien, sauf qu’il se négocie sous la dictées des entreprises multimilliardaires d’Hollywood ?

Que peut-on faire pour empêcher cela ?

L’administration Bush souhaite sa finalisation pour avant la fin de son mandat, c’est une course de vitesse. Heureusement, cet accord pose de nombreux problèmes qui seront complexes et long à résoudre.

Par exemple, le parlement européen n’est pas d’accord sur les conditions de suspension / résiliation de l’abonnement internet pour les utilisateurs de P2P. Il est possible qu’un désaccord persiste longtemps sur ces questions entre l’Europe et les Etats-Unis.

Également, la commission européenne n’a pas de mandat pour imposer des sanctions en matière de copyright. Ce volet sanction devra passer par tous les parlements des pays européens, avec les conséquences électorales qui pourraient en découler. Ça prend du temps et laisse des traces longues à faire oublier.

Et pour finir, le secret qui entoure cet accord est aussi une de ses faiblesses. La Commission aurait dû obtenir un mandat pour mener des négociations, et si c’est le cas, personne n’est au courant. De plus, la Commission n’a pas de légitimité pour négocier le volet des sanctions légales, un accord clé en main prêt à signer aura du mal à en contenir.

Mais hélas, nous n’en sommes pas à la première couleuvre avalée dans ce domaine. C’est pourquoi il est important de demander, auprès de son député, du gouvernement ou de la présidence de l’Europe, la publication du contenu de cet accord, et la définition précise du mandat dont dispose la commission concernant les termes de l’ACTA.

Plus que jamais, il est important d’agir contre cette ACTA, une DADVSI 3 en édition internationale, pour que de tels accord ne puissent plus être négociés et passés en secret.


Sources :

* wikileaks.org : Le site ayant publié le premier document de travail sur l’ACTA

* torrentfreaks : ils en ont parlé

* The Pirate Bay : Une cible identifiée de l’ACTA

* ACTA sur wikipédia (en Anglais)

11-Septembre : un sauvetage numérique ?

Les médias se sont souvent dévoyés dans leur traitement du 11-Septembre : d’abord, en adoptant une hiérarchie de l’information aberrante ; ensuite, en réduisant tous les insatisfaits de la version officielle à une bande d’aliénés. Savoir hiérarchiser l’information et ne jamais pratiquer l’amalgame et le simplisme constituent pourtant deux qualités obligées du journaliste. Ce qu’on peut qualifier de "naufrage médiatique" trouve néanmoins son point d’accomplissement dans un paradoxe : en effet, si les médias soutiennent globalement l’histoire officielle, ce sont pourtant leurs propres journalistes qui ont, ici ou là, contribué à en dynamiter des pans entiers. Internet, avec ses ressources inédites, permet de s’en rendre compte et de mesurer l’ampleur du désastre. Et peut-être aussi d’y remédier. Certains s’y emploient, comme le chercheur indépendant Paul Thompson.

Cet article est la suite de 11-Septembre : un naufrage médiatique, paru le 8 avril 2008 sur AgoraVox.

Internet et la bataille de la mémoire

Les médias de masse n’ont pas vraiment, c’est le moins qu’on puisse dire, poussé les gens à remettre en cause la "vérité établie" au sujet du 11-Septembre. Pourtant, près de la moitié des Américains voulaient en 2006 une nouvelle enquête sur les attentats (que 81 % d’entre eux considèrent d’ailleurs comme l’événement le plus important de leur vie). D’où une telle insatisfaction a-t-elle bien pu naître ? Peut-être de la fréquentation de ces lieux sur le Net, où de simples individus bénévoles récoltent patiemment et laborieusement toutes les informations – parfois surprenantes – qu’ils trouvent sur le 11-Septembre. Des informations sorties, bien souvent, tout droit des médias traditionnels, et même de médias de grand renom… mais qui ont réussi à passer plus ou moins inaperçues, perdues dans le flot d’informations (pas toujours essentielles) qui nous submergent chaque jour. Une info en chassant une autre, et le rythme de l’information s’accélérant sans cesse, le triomphe de l’oubli semblerait assuré…

Il serait assuré sans Internet et sa mémoire phénoménale, ses archives, ses liens par centaines, par milliers, qui permettent de retrouver et de relier entre elles des informations qu’on aurait sinon à jamais perdues… avant peut-être qu’un rat de bibliothèque, un historien, ne fasse le travail quelques années ou décennies plus tard. Internet permet de ne pas attendre cinquante ou cent ans pour réviser une histoire qui, d’évidence, nous ment (au moins dans certaines lignes). S’il ne suffit pas pour découvrir toute la vérité, le Net est une arme suffisante pour débusquer nombre de mensonges. D’autant que, si l’on en croit l’ancien analyste de la CIA Raymond McGovern, près de 80 % des informations – même sensibles – sont disponibles dans le domaine public (9/11 Press for Truth, 30e minute).

Si notre temps numérique paraît ainsi celui de la mémoire courte, de la mémoire en péril, de l’oubli instantané, il est aussi celui de la mémoire retrouvée, aussi rapidement qu’elle a été perdue. Le vagabondage, le papillonnage, l’errance hypertexte et hypermédia, auxquels prête naturellement le web, sont en effet à double facette : ils peuvent constituer tout aussi bien une ruine pour la mémoire qu’une chance unique pour sa survie et son intégrité ; aussi bien une aubaine pour les falsificateurs de l’histoire, que l’assurance de leur échec. La vigilance active des internautes connectés en réseaux est ce qui peut faire la différence ; l’activité de veille sur Internet, d’archivage et d’échanges est essentielle, que de simples individus ont d’ailleurs mis en œuvre dans le cas du 11-Septembre depuis que le doute a commencé à les tenailler.

Extraire les pépites de la boue : en quête des informations dissimulées

Paul Thompson est l’un de ces veilleurs ; il est peut-être le plus emblématique. Avec lui, la mémoire du 11-Septembre est sauve. Depuis mi-2002, ce chercheur indépendant alimente la base documentaire Complete 9/11 Timeline. Chronologie détaillée époustouflante du 11-Septembre et de son contexte, qui recense, thème par thème (et ils sont nombreux), la quasi totalité des informations parues dans les médias sur le sujet. Plus de 7000 articles y étaient déjà compilés en 2006, lors de la sortie du documentaire 9/11 Press for Truth, qui en est adapté. Voici ce que Paul Thompson y déclare (31ème minute) et qui éclaire bien l’intérêt de son travail : "Quand j’ai commencé mes recherches, j’ai remarqué cet étrange phénomène : il y a beaucoup d’informations explosives qui sont sorties dans la presse, mais elles ont été étouffées. [...] On peut trouver une partie d’une information importante dans la presse et une autre partie dans un journal télévisé. Si vous assemblez toutes ces parties diffuses, vous obtenez un récit très différent du 11-Septembre." Et il poursuit (36ème minute) : "On pouvait trouver un article à la Une, et un autre en milieu de journal. J’ai remarqué plusieurs fois que l’article du milieu était plus important que celui de la première page." Ce travail de patience s’apparente à la reconstitution d’un puzzle. Un puzzle dont il a fallu, au préalable, aller chercher minutieusement les pièces, une par une, les doigts dans la terre, et la loupe à la main, quêtant la plus petite des pépites. Avec d’autant plus de soin que les pièces les plus importantes s’avèrent souvent être aussi les moins visibles.

Voici un exemple d’information de toute première importance, quasi imperceptible, lancée en passant, comme si de rien n’était, dans un long et dense article du Figaro du 20 juillet 2007 intitulé "Pakistan : la Mosquée rouge, centre névralgique d’al-Qaida" (un peu comme un diamant qu’on jetterait dans une mare boueuse, rendant son éclat indétectable… ou presque). Au beau milieu de votre lecture, vous tombez sur ça : "En mai dernier, en pleine crise avec les dirigeants de la mosquée, le président Musharraf avait accepté de libérer un ex-responsable de l’ISI, Khalid Khawaja emprisonné depuis plusieurs semaines. Il était accusé d’avoir introduit dans les bâtiments de la mosquée des responsables d’al-Qaida et des armes ! Ce membre de l’ISI est celui qui servait d’instructeur pour les explosifs dans les camps d’al-Qaida, notamment à Shakar Dara. C’est lui qui avait manipulé Richard Reid, cet Anglais qui avait essayé de faire exploser l’avion du vol Paris-Miami [d’American Airlines] le 22 décembre 2001 à l’aide d’explosifs cachés dans ses chaussures." Combien de lecteurs auront été suffisamment estomaqués ici pour stopper net leur lecture et se demander pourquoi ces révélations ne font pas la Une de tous les journaux de la planète ? Car que nous dit-on ? Que les services secrets militaires du Pakistan – l’ISI – ont commandité un attentat-suicide dans un avion américain trois mois après le 11-Septembre ! Qu’un membre de la coalition antiterroriste – formée par les Etats-Unis au lendemain du 11-Septembre – a projeté de dégommer un avion américain ! Rien que ça ! N’est-ce pas absolument énorme comme information ? Les auteurs de ce papier ne mériteraient-ils pas davantage d’écoute que Marion Cotillard ? Si leur information est sûre, quel scoop ! quel tremblement de terre !

L’article est signé, précisons-le, par Roland Jacquard et Atmane Tazaghart. Le premier est "Président de l’Observatoire international du terrorisme, expert auprès des Nations-unies et du conseil de l’Europe, président du Conseil stratégique de la Lettre Sentinel. Il a publié différents ouvrages de référence sur le terrorisme islamiste : Au nom d’Oussama Ben Laden (Picollec, 2001), Les Archives secrètes d’Al-Qaïda (Picollec, 2002)". Le second est un "fin connaisseur de la nébuleuse islamiste qu’il suit quotidiennement pour le compte de la revue panarabe Al-Majalla" ; il est "spécialiste de Ben Laden et d’Al-Qaïda", et collabore avec France24. Pas assez glamour pour Marianne2 ?

Cette information sur l’implication des services pakistanais dans l’attentat manqué de Richard Reid est évidemment à mettre en perspective avec toutes les autres informations qui traitent du lien entre l’ISI et le 11-Septembre, et que j’avais commencées à mettre en lumière dans un autre article publié sur AgoraVox le 11 septembre 2007. Pour ceux que l’anglais n’effraie pas, Paul Thompson a consacré une conférence à ce sujet : à écouter ici.

L’aiguillon du journaliste

Avant d’énumérer d’autres informations tout aussi explosives, précisons un point important, touchant à la démarche et à l’ambition – limitée – que doit avoir le veilleur du web… s’il prend Pyrrhon comme guide.

"Le sceptique [...] ne conteste pas que tel objet lui paraisse blanc, ou que le miel lui paraisse doux. Mais le miel est-il doux ? l’objet est-il blanc ? Voilà ce qu’il ne sait pas." De même, nous ne savons pas, avec certitude, quelles sont les informations rapportées dans la presse qui sont vraies et celles qui ne le sont pas. La désinformation vient probablement se mêler à l’information, surtout dans une affaire comme celle du 11-Septembre, et ce n’est pas nous, petits citoyens sans moyens d’investigation autres que le Net, qui pouvons les démêler, et faire la part entre le vrai et le faux. L’ISI a-t-elle réellement commandité l’attentat de Richard Reid ? A-t-elle réellement financé Mohammed Atta et les pirates du 11-Septembre ? A-t-elle fait assassiner le commandant Massoud ? A-t-elle vraiment eu le projet de détruire le World Trade Center ? En bons sceptiques, nous devons dire que nous n’en savons rien. Nous constatons seulement que des journaux réputés, ou de grandes chaînes de télévision, ont livré – assez subrepticement – ces informations (voir mon précédent article). Et ces informations contredisent assurément la version officielle.

Nous constatons que ces informations sont de la plus grande importance, mais n’ont été que peu relayées. Une part infinitésimale de la population en a entendu parler. On peut alors se demander pourquoi. Deux possibilités s’offrent à nous : soit ces informations se sont avérées fausses, ou pas fiables du tout, et dans ce cas on s’attendrait à un correctif, à un démenti de la part des médias qui ont lancé ces "bombes" ; soit elles sont bel et bien confirmées, et alors on ne comprend pas pourquoi elles ne se diffusent pas partout, à tous les médias de la planète, pour accéder jusqu’à la Une du 20h. Au fond, ce que nous pouvons faire avec Internet, c’est mettre les médias face à leurs contradictions, c’est les aiguillonner, c’est leur demander de la cohérence, de la clarté, davantage de transparence.

Pour jouer ce rôle d’aiguillon, il faut, au préalable, avoir mené ce qu’on pourrait appeler une "enquête seconde", dont le terrain est le web principalement, après l’enquête première menée par les journalistes, sur le "vrai terrain". Cette enquête seconde consiste à prospecter le web, pour collecter et rassembler, thème par thème, les informations que les journalistes ont livrées de manière éparpillée, à la fois dans l’espace et dans le temps (un bout d’information dans un journal, un autre bout dans un autre, à six mois ou un an d’intervalle…). Les "journalistes citoyens" ne constitueraient-ils pas une aide précieuse pour des journalistes professionnels qui, par manque de temps ou pour d’autres raisons, ne font pas ce travail de synthèse pourtant essentiel ?

Aujourd’hui pourtant, un veilleur vigilant est snobé par les médias s’il fait ingénument remarquer que le Times of India, le Dawn, le Wall Street Journal, le Daily Excelsior, ou encore le London Times ont rapporté que, selon le FBI, le chef de l’ISI (en visite officielle à Washington le 11 septembre 2001) avait fait transférer 100 000 dollars au chef des pirates de l’air du 11-Septembre Mohammed Atta… et s’étonne que personne n’en parle… et demande pourquoi. Ces grands journaux ont-ils tous "dérapé" ? N’ont-ils fait que rapporter une rumeur ? Nous n’en savons rien ; même si des médias de premier plan se sont étonnés – entre 2004 et 2006 – que cette piste ne soit pas explorée : Asia Times, Guardian, Times of India, CBC News… Mais une chose est sûre : dans un monde où tout internaute peut accéder à la quasi totalité des sources d’information, les journalistes doivent changer de comportement ; ils doivent apprendre à rendre des comptes. Ils ne peuvent pas laisser sans réponse des lecteurs qui prennent la peine de les lire et ne comprennent pas la logique de ces lourds silences.

Précisons que cette implication pakistanaise n’est pas seulement évoquée dans quelques journaux que peu, manifestement, ont lus ; vous la retrouvez dans le best-seller de Bernard-Henri Lévy Qui a tué Daniel Pearl ?, que la plupart des (grands) journalistes ont lu, et dans le film Un Cœur invaincu avec Angelina Jolie, dont on a pu lire des critiques (très positives) un peu partout, sans qu’aucune, à ma connaissance, ne mette en exergue cette révélation.

La version officielle contredite par les médias

La question de la crédibilité de l’information se pose sur de nombreux autres sujets. En effet, la version officielle, jamais mise en doute globalement par les médias, est contredite sur de nombreux points, et pas des moindres, par des articles publiés dans les journaux les plus prestigieux du monde. Voici un échantillon très synthétique de ces informations, que peu de gens connaissent, et que nos journalistes médiatiques (mal informés ?) ignorent, ou traitent comme des hérésies.

Al-Qaïda seul responsable des attentats du 11-Septembre ?
Officiellement, l’organisation de Ben Laden a agi seule, sans soutien étatique. Même si l’on a supposé, du côté de la Maison Blanche, dès le 12 septembre 2001 (dixit Richard Clarke et George Tenet), une implication de Saddam Hussein…

Version officielle contredite par les médias :
L’Arabie Saoudite – via ses services secrets – a appuyé au moins deux des pirates de l’air : Nawaf Alhazmi et Khalid Almihdhar étaient, en effet, en contact à San Diego avec deux Saoudiens, Omar al-Bayoumi et Osama Bassnan, probables agents du renseignement saoudien ; c’est le New York Times qui l’affirme, relayant le contenu des 28 pages du rapport du Congrès sur les attentats du 11-Septembre que la Maison Blanche a réussi à censurer. Bob Graham, président du Comité du renseignement du Sénat, a lui-même affirmé – sur PBS et au Sénat – que des Etats souverains "amis" des Etats-Unis avaient supporté "au moins quelques-uns des terroristes" du 11-Septembre, parlant même sur PBS de "preuve très convaincante", et se plaignant de la censure de George W. Bush. Ajoutée à l’implication du Pakistan, cette information suggère donc que deux pays alliés des Etats-Unis ont participé à l’organisation des attentats.

Le renseignement américain et la Maison Blanche ne savaient rien ?
Officiellement, ils n’ont reçu aucun avertissement avant le 11-Septembre d’une attaque terroriste à venir consistant à utiliser un avion de ligne détourné comme un missile.
Dès le 17 septembre 2001, le directeur du FBI Robert Mueller prétend qu’il n’a "eu connaissance d’aucun avertissement qui aurait indiqué ce type d’opération dans le pays". Le 26 septembre, le président Bush affirme que les terroristes "ont frappé d’une manière qui était inimaginable". Le 30 septembre, le Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, interrogé pour savoir s’il avait imaginé que le Pentagone puisse être attaqué à l’aide d’un avion commercial, répond, effarouché : "Oh mon Dieu, non. Ça n’aurait jamais traversé l’esprit de quiconque…" Le 17 octobre, le chef de l’état-major interarmées, le général Richard Myers, confesse : "Nous n’avions pas pensé à cela". Le 16 mai 2002, la Conseillère à la Sécurité nationale Condoleezza Rice déclare, lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche qui restera dans l’histoire : "Je ne pense pas que quiconque aurait pu prévoir que ces gens prendraient un avion et le projetteraient dans le World Trade Center, prendraient un autre avion et le projetteraient dans le Pentagone, essaieraient de se servir d’un avion comme d’un missile, d’un avion détourné comme d’un missile." Le 22 mars 2004, elle écrit dans le Washington Post : "Malgré ce que certains ont suggéré, nous n’avons reçu aucun renseignement nous indiquant que des terroristes se préparaient à attaquer notre patrie en se servant d’avions comme de missiles…" Le 8 avril 2004, elle affirme sous serment, devant la Commission d’enquête : "Les rapports de menaces que nous avons reçus au printemps et à l’été 2001 ne spécifiaient ni date, ni lieu, ni type d’attaque. [...] Il n’y avait pas d’informations sur de nouvelles menaces, elles ne concernaient aucun attentat à venir à l’intérieur des Etats-Unis." (9/11 Press for Truth, 41ème minute).
Le 22 juillet 2004, le rapport de la Commission d’enquête offre sa version, exprimée pages 345 à 347 : la possibilité pour des terroristes d’utiliser un avion comme une arme avait été imaginée avant le 11-Septembre – ce qui va à l’encontre de la première version avancée par toute l’administration Bush – mais était jugée improbable, et aucune parade n’avait été suffisamment étudiée. Le rapport confirme qu’aucune alerte de ce type d’attaque n’a été reçue par les agences de renseignement.

Version officielle contredite par les médias :
Le renseignement américain avait été averti "depuis au moins 1994 et continuellement jusqu’à l’été 2001" (Associated Press) que des terroristes envisageaient d’utiliser des avions comme armes. Il savait qu’Al-Qaïda avait le projet d’un attentat de grande ampleur sur le sol américain durant l’été ou l’automne 2001 (AFP), consistant à détourner des avions de ligne pour les crasher (CBS News) dans des bâtiments symboliques (Frankfurter Allgemeine Zeitung), notamment le Pentagone et des gratte-ciel à New York (WorldNetDaily), dont le World Trade Center (Newsweek). De nombreux services de renseignement étrangers avaient apporté ce genre d’avertissements aux Etats-Unis dans les mois précédant le 11-Septembre : britanniques (Sunday Times), italiens (Los Angeles Times), allemands (FAZ), jordaniens (Christian Science Monitor), russes et bien d’autres encore (Fox News)… En avril 2000, un terroriste repenti, Niaz Khan, s’était même rendu au FBI pour raconter qu’il avait été entraîné les semaines précédentes au Pakistan par des disciples de Ben Laden pour détourner un avion de ligne et le crasher dans un building aux Etats-Unis (MSNBC). Le 10 juillet 2001, le directeur de la CIA George Tenet avait averti Condoleezza Rice : "Il va y avoir une attaque terroriste importante dans les prochaines semaines ou les prochains mois" et elle sera "spectaculaire" (Washington Post). George W. Bush fut averti au plus tard par le PDB du 6 août 2001.
Un attentat-suicide sur le World Trade Center avait même été simulé par le NORAD dès 1999 ! Un autre sur le Pentagone devait l’être en avril 2001, avant d’être finalement abandonné car jugé "trop irréaliste" par l’état-major des armées (Boston Globe). USA Today du 18 avril 2004 fit justement remarquer : "Dans les deux ans précédant les attaques du 11-Septembre, le NORAD conduisit des exercices simulant ce qui, selon la Maison Blanche, était inimaginable à l’époque…"
L’ancien directeur-adjoint de la CIA John Gannon apporta lui-même ce saisissant contre-pied à la version gouvernementale : "Si vous aviez demandé à n’importe qui si des terroristes pourraient utiliser un avion comme un missile, personne ne l’aurait exclu." Mise au point salutaire réalisée dès le 17 mai 2002 par CBS News. Quant au Wall Street Journal, il fit remarquer le 19 septembre 2002 : "Les services de renseignement étaient au courant de nombreuses menaces indiquant que des terroristes pourraient utiliser des avions comme des armes contre les Etats-Unis, bien que le gouvernement ait clamé après le 11-Septembre que les attaques contre le World Trade Center et le Pentagone étaient surgies de nulle part." Un membre de la Commission d’enquête, le démocrate Bob Kerrey, interpella même assez vivement le président Bush le 8 novembre 2004 sur CNN : "Vous saviez qu’ils [les terroristes] étaient aux Etats-Unis. Vous aviez été averti par la CIA. Vous saviez en juillet qu’ils étaient à l’intérieur des Etats-Unis. Vous avez été de nouveau informé par un briefing au mois d’août qu’il s’agissait d’une terrible menace. Et qu’avez-vous fait ? Rien, comme on a pu le constater à la Commission." Est-il besoin d’en rajouter ?
La sprinteuse Marion Jones a été condamnée à six mois de prison pour avoir menti aux enquêteurs fédéraux dans une affaire de dopage. Est-il question d’emprisonner George W. Bush au terme de son mandat, ainsi que son administration, pour avoir menti "au moins 935" fois entre 2001 et 2003 au sujet de la menace que représentait l’Irak ? et combien de fois au sujet du 11-Septembre ?

Des terroristes inconnus ?
Officiellement, le renseignement américain n’avait identifié que deux pirates de l’air avant le 11-Septembre : "Parmi les 19 pirates, seuls Khalid Almihdhar et Nawaf Alhazmi avaient été identifiés comme des menaces potentielles par la CIA [...]. Ni Mr. Alshehhi, ni Mr. Atta n’avait été identifié par les agences de renseignement américaines comme une menace potentielle, selon le rapport de la Commission" (New York Times).

Version officielle contredite par les médias :
Quatre futurs kamikazes – le leader Mohammed Atta et ses seconds : Marwan Alshehhi, Khalid Almihdhar et Nawaf Alhazmi – avaient été identifiés plus d’un an avant le 11-Septembre, par l’unité de renseignement militaire Able Danger, selon le New York Times. Plusieurs membres de cette unité top secrète ont témoigné de leur découverte, dont le lieutenant-colonel Anthony Shaffer, qui rapporta d’ailleurs à Fox News les pressions qu’un supérieur hiérarchique exerça sur lui pour qu’il n’enquête plus sur Atta.
Louis Freeh, directeur du FBI de 1993 à juin 2001, a écrit le 17 novembre 2005 dans le Wall Street Journal que le rapport de la Commission avait commis "une erreur embarrassante" en prétendant qu’Atta n’avait pas été identifié, ajoutant avec beaucoup de virulence : "La Commission a inexplicablement conclu que [l’identification d’Atta en 2000] n’était "pas historiquement importante". Cette conclusion stupéfiante – ajoutée à l’échec pour lancer une enquête sur Able Danger et pour l’incorporer aux conclusions du rapport – soulève de sérieux doutes quant à la crédibilité de la Commission, et, si les faits sont avérés, pourrait juste rendre la Commission historiquement insignifiante elle-même." Le 18 septembre 2006, le Ministère de la Défense rendit pourtant ce verdict étonnant : "Bien que nous ayons entendu quatre témoins qui prétendent avoir vu un graphique représentant Mohammed Atta et d’autres possibles terroristes ou "cellules" impliqués dans le 11-9, nous avons établi que leurs souvenirs n’étaient pas précis."
La CIA, de son côté, était sur les traces de Marwan Alshehhi à Hambourg dès mars 1999, selon l’hebdomadaire allemand Stern et la première chaîne de télévision publique allemande ARD ; mais aussi de Mohammed Atta dès janvier 2000, selon Focus, le Berliner Zeitung, et l’Observer ; ce dernier journal afficha son étonnement : "La révélation qu’Atta était suivi par la police longtemps avant le 11-Septembre soulève la question de savoir pourquoi les attaques n’ont pas pu être empêchées par l’arrestation des terroristes". La CIA avait même fait interpeller Ziad Jarrah aux Emirats arabes unis, en janvier 2000 selon Stern, en janvier 2001 selon CNN et le Chicago Tribune. Notons que nous avons là trois des quatre pilotes du 11-Septembre : Atta était en effet aux commandes du vol 11 crashé sur la Tour Nord du WTC, Alshehhi aux commandes du vol 175 crashé sur la Tour Sud, Jarrah aux commandes du vol 93 crashé en Pennsylvanie. Ces identifications, ajoutées à celles de Khalid Almihdhar et Nawaf Alhazmi à Kuala Lumpur en janvier 2000, portent au nombre de cinq les terroristes repérés par le renseignement américain avant le 11-Septembre (notons que si l’on ajoute à ces cinq noms celui d’Hani Hanjour, pilote présumé du vol 77, crashé sur le Pentagone, nous tenons les six "leaders" des kamikazes ; les treize autres avaient un rôle plus secondaire dans l’opération).
Si cela ne suffisait pas… Le 23 août 2001, le Mossad livra à la CIA une liste comportant 19 noms de terroristes vivant aux Etats-Unis, et qui semblaient se préparer pour une attaque imminente. Coïncidence ou non, 19 est le nombre des pirates de l’air du 11-Septembre. Les 19 noms ont-ils été livrés ? Seuls quatre d’entre eux ont été donnés dans la presse : il s’agit de Nawaf Alhazmi, Khalid Almihdhar, Marwan Alshehhi et Mohammed Atta. De quelles sources d’information alternatives a bien pu sortir cette improbable révélation ? Der Spiegel, Die Zeit, BBC.
Une information d’autant plus intéressante que l’on sait que cinq Israéliens ont été arrêtés à New York le matin du 11-Septembre pour leur comportement suspect face aux Tours. Selon l’hebdomadaire juif Forward, "une enquête du contre-espionnage du FBI conclut qu’au moins deux d’entre eux étaient en réalité des agents du Mossad". Selon ABC News, l’un de ces agents déclara : "Notre but était de documenter l’événement". Le Monde nous avait aussi appris l’existence d’un vaste réseau d’espions israéliens – environ 120 – infiltrés aux Etats-Unis, se faisant passer notamment pour des étudiants en art, et dont certains semblaient suivre les terroristes du 11-Septembre ou, du moins, fréquentaient les mêmes lieux. Salon rapporta que les espions avaient vécu à proximité d’au moins dix des dix-neuf pirates de l’air.
Au lieu de s’exciter sur de fumeuses rumeurs antisémites, voici des informations a priori solides sur lesquelles des journalistes d’investigation auraient été bien inspirés de travailler.

En guerre à cause du 11-Septembre ?
Officiellement, les Etats-Unis sont en guerre en Afghanistan et en Irak à cause des attaques du 11-Septembre. Au sujet de l’Irak, George W. Bush lança le 18 juin 2005 : "Nous sommes partis en guerre parce que nous avons été attaqués…"

Version officielle contredite par les médias :
En mars 2005, la BBC révèle que la planification de la guerre en Irak a eu lieu dès les premières semaines du mandat de George W. Bush, soit en janvier 2001, pour des motifs principalement pétroliers. Eric Laurent, dans La Face cachée du pétrole, dira la même chose en 2006 : "L’administration Bush [...] a, dès son arrivée au pouvoir, en janvier 2001, planifié l’invasion de l’Irak. Une commission secrète sur l’énergie, créée par le vice-président Cheney en a arrêté tous les détails et le 11 septembre a servi de prétexte à l’intervention militaire. Des documents de travail que cette commission a été contrainte de rendre public, montrent une carte de l’Irak où, en mars 2001, huit zones d’exploitations ont été tracées, juste à côté de la frontière saoudienne."
Parmi les politiques ayant donné leur avis sur la question, n’en citons qu’un, l’ancien président des Etats-Unis Jimmy Carter : "Je ne crois pas que nous ayons actuellement en tête de leur remettre [aux Irakiens] la responsabilité de l’approvisionnement en pétrole et de les laisser décider qui gère le pétrole [...]. Ce que je crois, c’est qu’il y a des gens à Washington actuellement, certains de nos dirigeants les plus haut placés, qui n’ont aucunement l’intention de retirer les forces militaires d’Irak et ils se projettent 10, 20, 50 ans dans l’avenir avec cette forte présence militaire. [...] La raison pour laquelle nous sommes allés en Irak était d’établir une base militaire permanente dans la région du Golfe et je n’ai jamais entendu un seul de nos dirigeants dire qu’il s’engageait auprès du peuple irakien sur le fait que dans dix ans il n’y aurait pas de base militaire états-unienne en Irak" (CNN, 1er février 2006). Une analyse qui fait écho à la préconisation du PNAC en septembre 2000 : "Les Etats-Unis ont cherché depuis des décennies à jouer un rôle plus permanent dans la sécurité régionale du Golfe. Alors que le conflit irrésolu avec l’Irak fournit la justification immédiate, le besoin d’une forte présence des forces américaines dans le Golfe dépasse le problème du régime de Saddam Hussein" (Reconstruire les défenses de l’Amérique, page 14).
Concernant la guerre en Afghanistan, l’ancien secrétaire aux Affaires étrangères du Pakistan Niaz Naik a rapporté la tenue d’une réunion secrète, à la mi-juillet 2001 à Berlin, durant laquelle de hauts fonctionnaires américains lui firent part de plans pour mener des actions militaires contre le régime de Kaboul, et pour le renverser, s’il refusait leur plan de construction d’un pipeline sur leur sol ; l’un des Américains, Tom Simons (ancien ambassadeur des Etats-Unis au Pakistan), dit que les Taliban auraient à choisir entre un "tapis de bombes" – l’invasion – et un "tapis d’or" – le pipeline. L’opération militaire envisagée se déroulerait, selon la BBC, avant les premières neiges en Afghanistan, soit "à la mi-octobre au plus tard". Le 2 août 2001, les négociations, engagées en février 2001, entre Américains et Taliban se soldèrent par un échec cinglant (selon WSWS et l’Irish Times). Le 7 octobre débuta la guerre.

Ben Laden, l’homme le plus traqué du monde ?
Officiellement, Oussama Ben Laden est l’ennemi public numéro 1, réclamé "mort ou vif" par le président américain le 17 septembre 2001 ; il est d’ailleurs inscrit depuis juin 1999 sur la site des 10 criminels les plus recherchés par le FBI.

Version officielle contredite par les médias :
Selon Le Figaro et RFI, du 4 au 14 juillet 2001, Ben Laden se fait soigner dans un hôpital américain à Dubaï. Le milliardaire saoudien, qui souffre d’une affection rénale, est installé dans le très réputé département d’urologie du docteur Terry Callaway. Le 12 juillet, il reçoit la visite du chef d’antenne locale de la CIA, Larry Mitchell ! Selon Le Figaro, l’agent de la CIA "aurait même été informé sur d’éventuels attentats". Rappelons qu’au même moment, à Berlin, des diplomates font part à Niaz Naik du projet américain de bombarder les Taliban, à moins que ces derniers n’acceptent leur projet de pipeline, mais aussi et surtout "ne leur livrent Ben Laden" !
Le 6 avril 2002, le général Richard Myers, chef d’état-major et plus haut gradé de l’armée des Etats-Unis, lance sur CNN : "Le but n’a jamais été d’attraper Ben Laden", ajoutant toutefois que ce serait "souhaitable". Le 9 janvier 2005, A.B. "Buzzy" Krongard, ancien directeur exécutif et numéro 3 de la CIA, admet explicitement, dans le London Times, qu’il est préférable que Ben Laden demeure vivant et libre. Le journal note que "plusieurs officiels américains ont reconnu en privé qu’il serait mieux de garder Ben Laden cloué à la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan plutôt que d’en faire un martyr ou de le traduire en justice. Mais Krongard est la figure la plus haut placée qui reconnaît publiquement que sa capture pourrait s’avérer contre-productive". Si l’on peut comprendre l’intérêt de ne pas faire de Ben Laden un martyr, on comprend nettement moins celui de ne pas le traduire en justice…
Pour se détendre un peu, on peut aller voir (à la fin de cette petite vidéo) la réaction, le 3 mars 2005 (deux mois après la déclaration de Krongard), du directeur de la CIA Porter Goss, lorsque George W. Bush lance à la presse que ses services essaient chaque jour d’obtenir des informations pour localiser Ben Laden ; appréciez la surprise mâtinée d’hilarité qui envahit son visage…
Si nous résumons les informations qui précédent, nous obtenons la version suivante : le Pakistan et l’Arabie Saoudite, deux pays alliés des Etats-Unis, ont soutenu les pirates de l’air du 11-Septembre ; le renseignement américain avait connaissance bien avant les attentats d’une mission-suicide à venir d’Al-Qaïda, et connaissait les principaux kamikazes ; les guerres d’Afghanistan et d’Irak étaient planifiées avant les attentats ; Ben Laden n’a jamais été sérieusement traqué. Version vraie ou fausse ? En tout cas, basée uniquement sur les grands médias. N’est-ce pas incroyable ? Ce travail systématique de mise en évidence des contradictions de la presse pourrait se poursuivre sur bien d’autres thèmes…

Limites de la presse, nécessité des veilleurs amateurs

Les médias fournissent l’essentiel des matériaux d’information, mais ne les exploitent pas toujours. Un exemple en est ce mensonge flagrant de George W. Bush, proféré à deux reprises, et qu’aucun journaliste n’a relevé : le 4 décembre 2001, puis le 5 janvier 2002, le président américain prétend avoir vu en direct le premier attentat sur les Twin Towers, alors qu’il était en visite dans une école en Floride. Or, aucune image de cet attentat n’a été diffusée en direct. Les seules images connues de l’événement proviennent du film des frères Naudet, et elles n’ont été confiées aux télévisions que quelques heures plus tard. George W. Bush a-t-il pu confondre le premier crash avec le second ? Même pas : les images existent, qui montrent son assistant Andrew Card venir lui annoncer à l’oreille ce second crash, qu’il ne voit pas non plus en direct à la télévision.

De même, sur un sujet très controversé, celui de la chute du WTC 7, on est étonné qu’aucun média n’ait demandé des explications à John Kerry, finaliste de l’élection présidentielle de 2004, après qu’il a déclaré qu’il pensait que ce bâtiment avait fait l’objet d’une démolition contrôlée (pour des raisons de sécurité). D’où peut bien lui venir cette idée parfaitement "hérétique", qui n’a jamais été envisagée par aucun officiel ?

Sans doute peut-on davantage comprendre le silence des médias sur une pièce du dossier qui tient particulièrement à cœur aux chercheurs du web ; j’ai nommé le fameux rapport du "think tank" néoconservateur PNAC : Reconstruire les défenses de l’Amérique. Ce document, paru en septembre 2000, et auquel a pris part le noyau dur de la future administration Bush, prône un certain nombre de réformes militaires visant à assurer l’hégémonie américaine au XXIe siècle. Une phrase a beaucoup fait gloser dans ce rapport, que je fais précéder ici par une autre qui en précise la portée ; page 13, on peut lire : "L’échec à se préparer aux défis de demain sera l’assurance que l’actuelle Pax Americana touchera rapidement à sa fin". Puis, page 51 : "Le processus de transformation, même s’il est porteur de changements révolutionnaires, sera probablement long, en l’absence d’un événement catastrophique et catalyseur – comme un nouveau Pearl Harbor". La catastrophe d’un nouveau Pearl Harbor apparaît ici presque souhaitée ; sans elle, "l’actuelle Pax Americana" toucherait sans aucun doute "rapidement à sa fin". Rétrospectivement, ces lignes soulèvent une inévitable suspicion ; George W. Bush ayant lui-même qualifié le 11-Septembre, le soir même de l’attaque, de "Pearl Harbor du XXIème siècle", selon le Washington Post. Mais que peut faire ici la presse ? Toute question serait tellement pleine de sous-entendus… On peut comprendre qu’il ne soit pas aisé d’aller trouver un dirigeant de son pays pour lui demander si le 11-Septembre correspond bien au "nouveau Pearl Harbor" qu’il souhaitait à demi-mot un an plus tôt… Une telle question pourrait tenir lieu d’accusation. Mais le silence est-il pour autant la meilleure attitude ? Délicate question.

Il est également délicat, on peut l’imaginer, d’enquêter sur les exercices de simulation militaires qui avaient lieu le matin même du 11-Septembre, et qui semblent avoir favorisé l’action des terroristes en semant la confusion. Cette concomitance mériterait pourtant d’être abordée, d’autant que, parmi les exercices du jour, on trouvait des détournements d’avions, comme nous l’apprend Vanity Fair d’août 2006. Un autre exercice mené par le NRO (National Reconnaissance Office) visait à simuler le crash accidentel d’un petit avion sur l’une des tours de son quartier général, nous apprend Associated Press. Cette agence du Ministère de la Défense est située à 40 km du Pentagone et à 6,5 km de l’aéroport international Dulles de Washington, d’où décolla, 50 minutes avant le début de l’exercice, le Boeing qui s’écrasa… sur le Pentagone. "Bizarre coïncidence" selon le gouvernement américain, "incroyable coïncidence" selon le porte-parole du NRO…

Enfin, la presse montre parfois son étonnement face à certains faits, mais sans pouvoir faire grand chose de plus. Citons l’exemple du Washington Post du 30 septembre 2001 face à la prouesse technique exceptionnelle qu’aurait réalisée Hani Hanjour, le piètre pilote présumé du vol 77 : "Sans aucun doute, les qualités de pilote d’Hanjour étaient faibles. Il prit des leçons dans une école de pilotage de Scottsdale, dans l’Arizona, quatre ans auparavant, mais ses instructeurs lui demandèrent finalement de partir en raison de ses pauvres compétences [...]. Il y a à peine un mois, des instructeurs du Freeway Airport à Bowie volèrent avec lui et le jugèrent inapte à piloter un avion par lui-même. Mais le matin du 11-Septembre, alors que le vol 77 se détournait de sa route vers Los Angeles pour foncer sur Washington et le Pentagone, Hanjour est censé avoir exécuté ce qu’une haute source de l’aviation a qualifié de "virage soigné et coordonné"."

En reliant des appréciations publiées dans différents journaux, l’on obtient aussi des résultats surprenants. Ainsi, le Washington Post du 12 septembre 2001 notait : "Des sources de l’aviation dirent que l’avion était piloté avec une habileté extraordinaire, de sorte qu’il était hautement probable qu’un pilote entraîné était aux commandes, peut-être l’un des pirates." ABC News rapportait le témoignage d’un contrôleur aérien : "La vitesse, la manoeuvrabilité, la trajectoire qu’il a prise, nous avons tous pensé dans la tour de contrôle, nous tous, contrôleurs aériens expérimentés, qu’il s’agissait d’un avion militaire". Or, le New York Times rapporta de son côté qu’un instructeur de vol, qui connut Hanjour sept mois avant le 11-Septembre, le considérait comme "un très mauvais pilote", allant jusqu’à dire : "Il ne pouvait pas voler du tout". CBS News rapporta qu’alors qu’il fréquentait une école d’aviation dans l’Arizona, ses instructeurs le signalèrent "au moins cinq fois à la FAA", car ils le trouvaient si mauvais qu’ils considéraient qu’il ne devait pas conserver sa licence de pilote : "Je ne pouvais pas croire qu’il avait une licence commerciale avec le niveau qu’il avait", confia l’un d’eux. A la mi-août 2001, selon Gazette, ses compétences étaient encore si pauvres qu’on lui refusa la location d’un petit avion monomoteur – Cessna – sans d’autres entraînements au préalable. Il est à noter que, selon le rapport de la Commission, Khalid Shaikh Mohammed, le "cerveau" du 11-Septembre, confia à Hani Hanjour l’attentat contre le Pentagone, car il était le plus expérimenté des pilotes de l’opération (note 147, page 530).

Est-il possible, pour la presse et nous tous, d’aller plus loin que l’étonnement ? Sans doute pas, sans une très hypothétique nouvelle enquête officielle. Mais cet étonnement est déjà un acquis essentiel, et nous le devons à la coopération – certes non voulue par les premiers – des journalistes professionnels et des "journalistes citoyens", dont la figure de proue reste probablement Paul Thompson.
Pour une approche plus vivante du personnage, voici une interview qu’il accorda à Peter Coyote le 10 février 2007, et dans laquelle il revient sur sa démarche de "journaliste citoyen" :