Obama et les arrières-pensées de la main tendue aux musulmans

Le président des États-Unis a tendu la main aux musulmans lors d’un discours très médiatisé au Caire. Il entendait ainsi tourner la désastreuse page de la « croisade » bushienne au Grand Moyen-Orient. Toutefois, dans cet exercice de relations publiques, les envolées lyriques ont remplacé les clarifications nécessaires, tandis qu’apparaissaient les nouveaux appétits de Washington.

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Le Obama Show, à l’université Al-Azhar (le caire), 4 juin 2009.

Le discours que le président Obama a prononcé le 4 juin au Caire [1] a été présenté à l’avance par les services de communication de la Maison-Blanche comme « fondateur d’une nouvelle ère ». Il a fait l’objet d’une intense campagne promotionnelle qui s’est conclue par un mail adressé par David Axelrod aux dizaines de millions d’abonnés de la liste de la Maison-Blanche [2]. Le conseiller en image de Barack Obama y invite les États-uniens à visionner la vidéo du discours qui, selon lui, marque un nouveau départ dans les relations de l’Amérique avec le monde musulman [3]. On l’a bien compris, ce discours s’adresse tout autant, sinon plus, aux électeurs US qu’aux musulmans.

Son message principal peut être résumé ainsi : les États-Unis ne considèrent plus l’islam comme l’ennemi et souhaitent établir des relations d’intérêt mutuel avec les États musulmans. Ce message doit être pris pour ce qu’il est : un slogan de relations publiques.

Examinons point par point ce discours.

Préambule : aimez-nous !

Dans une longue introduction, l’orateur a développé son message principal de main tendue.

Barack Hussein Obama a justifié la rupture avec son prédécesseur par sa propre personnalité. Il a offert un moment d’émotion à son auditoire, comme on les aime dans les films hollywoodiens. Il a raconté son père musulman, son adolescence en Indonésie —pays musulman le plus peuplé du monde—, et son travail social à Chicago auprès de populations noires musulmanes.
Ainsi, après nous avoir fait croire que la politique extérieure des États-Unis était fondée sur la couleur de peau de son président, on veut nous convaincre qu’elle reflète son parcours individuel. Pourtant personne ne pense que M. Obama est un autocrate en mesure d’imposer ses états d’âme. Chacun est conscient que la politique de Washington est le fruit d’un difficile consensus entre ses élites. En l’occurrence, le changement de rhétorique est imposé par une succession d’échecs militaires en Palestine, au Liban, en Irak et en Afghanistan. Les États-Unis ne considèrent plus les peuples musulmans comme leur ennemi parce qu’ils ne sont pas parvenus à les écraser.
Ce réalisme avait conduit en 2006 à la révolte des généraux autour de Brent Scowcroft, déplorant la colonisation ratée de l’Irak et mettant en garde contre un désastre militaire face à l’Iran. Il s’était poursuivi avec la Commission Baker-Hamilton appelant à négocier avec la Syrie et l’Iran pour sortir la tête haute du fiasco irakien. Ce réalisme avait contraint le président Bush à limoger Donald Rumsfeld et à le remplacer par Robert Gates, le fils spirituel de Scowcroft et membre de la Commission Baker-Hamilton. Ce réalisme s’était incarné dans la publication du rapport des agences de renseignement attestant l’inexistence d’un programme nucléaire militaire iranien et détruisant ainsi toute justification possible d’une guerre contre l’Iran.

Toujours à propos du grand amour retrouvé, le président Obama s’est présenté comme féru d’histoire et a égrené les apports de la civilisation musulmane au monde. Dans les films hollywoodiens, il y a toujours une séquence sur la diversité culturelle qui nous enrichis. Cependant le scénario misait sur l’affligeante ignorance du public US. M. Obama et son équipe ont réduit l’apport des peuples aujourd’hui musulmans aux inventions postérieures à leur islamisation. N’ont-ils rien créé avant ?
En choisissant de réduire l’histoire des peuples musulmans à leur seule période islamique, Barack Obama a nié quelques millénaires de civilisation et a repris à son compte la rhétorique des islamistes les plus obscurantistes. Nous allons voir qu’il ne s’agit pas là d’une erreur, mais d’un choix stratégique.

Enfin, le président Obama a abattu sa carte principale en appelant ses auditeurs à repenser leur image des États-Unis. « Nous sommes façonnés par chaque culture, issus des quatre coins du monde et acquis à un concept simple : E pluribus unum : « De plusieurs peuples, un seul » », a-t-il déclaré. Cette devise, qui devait exprimer l’unité des colonies nouvellement indépendantes d’Amérique, devient aujourd’hui celle de l’Empire globalisé. Nous seulement les États-unis ne considèrent plus les peuples musulmans comme des ennemis, mais ils entendent les intégrer dans l’Empire global.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’establishment washingtonien a soutenu la candidature de Barack Hussein Obama. Le prénom musulman du président, comme sa couleur de peau, sont des arguments pour convaincre les peuples de l’Empire que le pouvoir qui les domine leur ressemble. Lorsqu’elle avait étendu son empire, la Rome antique avait fait de même en choisissant ses empereurs dans des contrées lointaines, tel Philippe l’Arabe [4]. La sauvagerie des légions n’en avait pas été changée.

1- La guerre globale au terrorisme

Après ce sirupeux morceau de violon, le président Obama s’est attaché à recoler son introduction avec la « guerre globale au terrorisme ». Il a donc établi une distinction entre l’islam, qui n’est pas mauvais comme le pensaient Bush et Cheney mais bon, et les extrémistes qui s’en réclament à tort, qui restent eux toujours mauvais. La pensée reste manichéenne, mais le curseur s’est déplacé.
Le problème, c’est que depuis huit ans, Washington s’efforce de construire un adversaire à sa taille. Après l’URSS, c’était l’islam. A contrario, si ni les communistes, ni les musulmans ne sont les ennemis, contre qui les États-Unis sont-ils en guerre ? Réponse : « Al-Qaïda a choisi de les tuer sans merci, de revendiquer les attentats et il réaffirme aujourd’hui encore sa détermination à commettre d’autres meurtres à une échelle massive. Ce réseau a des membres dans de nombreux pays et il essaie d’élargir son rayon d’action. Il ne s’agit pas là d’opinions à débattre – ce sont des faits à combattre ». Et bien non, Monsieur le président, ce ne sont pas là des faits avérés, mais des imputations qui doivent être débattues [5].
Barack Obama continue : « Nous ne demanderions pas mieux que de rapatrier tous nos soldats, jusqu’au dernier, si nous avions l’assurance que l’Afghanistan et maintenant le Pakistan n’abritaient pas d’éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains. Mais ce n’est pas encore le cas. »
À ce stade, le président apparaît enfermé dans un cercle vicieux. Il explique que les ennemis ne sont pas les musulmans en général, mais une poignée d’individus non représentatifs, puis il affirme que cette poignée d’individu doit être combattue en livrant des guerres contre des peuples musulmans. C’est tout le problème : Washington voudrait être l’ami des musulmans, mais a besoin d’un ennemi pour justifier ses actions miliaires, et pour le moment, il n’a pas trouvé de bouc-émissaire de remplacement.

2- Le conflit israélo-arabe

Barack Obama a abordé la question de la Palestine de manière beaucoup plus large que ses prédécesseurs en y reconnaissant non pas seulement un conflit israélo-palestinien, mais israélo-arabe. Mais il n’a pas précisé en quoi, à ses yeux, les États arabes sont concernés. Il a prêché avec autorité pour la « solution à deux États », mais en éludant la fâcheuse question de la nature de ces deux États. S’agit-il de deux États souverains et démocratiques au sens réel du terme, ou d’un État pour les juifs et d’un autre pour les Palestiniens comme le revendique la « gauche » israélienne, ce qui implique un nettoyage ethnique et l’institutionnalisation complète de l’apartheid ? [6]

Plutôt que de lever les incertitudes, le président Obama a préféré offrir à son auditoire une nouvelle « séquence émotion » avec lequel il a partagé sa compassion face aux souffrances des Palestiniens. Ce fut certainement le moment le plus abject de son discours : l’appel aux bons sentiments des victimes pour couvrir les crimes des bourreaux.
Il a déclaré : « Les Palestiniens doivent renoncer à la violence. La résistance sous forme de violence et de massacre n’aboutira pas. Les Noirs en Amérique ont souffert du fouet quand ils étaient esclaves et de l’humiliation de la ségrégation. Mais ce ne fut pas la violence qui leur a finalement permis d’obtenir l’égalité des droits dans son intégrité. Ce fut la persévérance ferme et pacifique pour les idéaux au cœur même de la création de l’Amérique. Cette même histoire peut être racontée par des peuples de l’Afrique du Sud à l’Asie du Sud ; de l’Europe de l’Est à l’Indonésie. C’est une histoire avec une simple vérité : la violence ne mène nulle part. Lancer des roquettes contre des enfants israéliens endormis ou tuer des vieilles femmes dans un autobus, n’est pas un signe de courage ni de force. »
Barack Obama caricature la Résistance palestinienne dans les termes de la propagande sioniste : des roquettes lancées contre des enfants endormis et des vieilles femmes tuées dans un autobus. Il reconnaît que leurs terres et leurs maisons sont occupées, mais il leur interdit de vouloir les reprendre par la force aux civils qui les occupent. Il reproche aux Palestiniens de ne pas utiliser des missiles guidés pour atteindre des cibles militaires et de se contenter de roquettes artisanales qui tombent à l’aveuglette.
Le pire est ailleurs. Le président Obama se mue en donneur de leçons. Il demande aux victimes de renoncer à la violence et leur conseille de prendre exemple sur le mouvement des noirs états-uniens pour les droits civiques. Au demeurant, ce n’est pas en convertissant les blancs que King a obtenu des résultats, mais en prenant l’opinion publique internationale à témoin. Le président Johnson s’est alors trouvé contraint de céder pour faire bonne figure face à l’URSS. Après avoir reçu le Prix Nobel de la paix, Martin Luther King a continué la lutte en affirmant que son but n’était pas de permettre aux noirs de servir à égalité avec les blancs dans l’armée pour tuer les Vietnamiens aspirant à la liberté. C’’est après son sermon de Ryverside que Johnson lui ferma la porte de la Maison-Blanche et que les chefs du FBI décidèrent de le faire assassiner. À n’en pas douter, s’il était encore vivant, il dirait aujourd’hui que son but n’est pas de permettre à un noir d’accéder au Bureau ovale pour tuer des Irakiens ou des Pakistanais aspirant à la liberté.

3- La dénucléarisation

Évoquant les relations difficiles avec l’Iran, le président Obama a choisi de sortir par le haut de la polémique sur l’arme nucléaire. Après avoir reconnu le droit de l’Iran à se doter d’une industrie nucléaire civile, et admis que ni les États-Unis ni aucune autre puissance n’ont l’autorité morale pour autoriser ou interdire un État à posséder la bombe, il s’est prononcé pour un désarmement nucléaire global, impliquant aussi implicitement Israël.

On sait que le Pentagone n’a plus les moyens financiers nécessaire pour entretenir la course aux armements nucléaires et négocie à ce sujet avec la Russie et la Chine. Ceci ne doit pas être interprété comme un élan pacifiste, le Pentagone menant simultanément des recherches sur les armes atomiques miniaturisées (exclues du Traité de non-prolifération) et renforçant ses alliances militaires, dont l’OTAN.

4- La démocratie

Le président Obama a déploré que son prédécesseur ait cru possible d’exporter la démocratie en Irak par la force, puis il s’est livré à un éloge du gouvernement du peuple par le peuple, et de l’état de droit. La chose était plaisante pour ceux qui se souviennent que la Constitution des États-unis ne reconnaît pas la souveraineté populaire, et qu’en 2000, la Cour suprême a pu proclamer George W. Bush élu avant que le scrutin de Floride ne soit dépouillé. Elle avait l’air d’une farce venant d’un politicien retors qui vient de confirmer la suspension des libertés fondamentales par le Patriot Act, notamment la suspension de l’habeas corpus qu’il décrivait il y a peu comme le socle de la Justice. Elle paraissait cruelle aux Égyptiens qui n’avaient pas eu le privilège de faire partie des 3 000 invités. Lorsque Obama déclara « Il faut conserver le pouvoir par le consentement du peuple et non la coercition », il pensaient au président Moubarak, inamovible depuis vingt-huit ans. Lorsque Obama poursuivit « Il faut respecter les droits des minorités et participer, dans un esprit de tolérance et de compromis », ils pensaient aux éleveurs coptes dont on vient d’abattre les bêtes.

Pour éviter que ce passage ne soit perturbé par des fous-rires nerveux, une voix anonyme cria dans la salle : « Barack Obama, on vous aime ! ». Il ne manquait qu’une petite fille avec un bouquet de fleurs à la main.

5- La liberté religieuse

Barack Hussein Obama fut particulièrement à l’aise sur le chapitre de la liberté religieuse. C’est qu’il s’agit-là d’un slogan bien rôdé. Depuis deux ans, Madeleine Albright prépare ce moment. Elle a observé que la résistance à l’impérialisme états-unien est souvent structurée par des groupes religieux, comme le Hezbollah au Liban ou le Hamas en Palestine. Elle en a donc conclu que les États-unis ne doivent plus laisser ce champ sans surveillance, et même qu’ils doivent l’investir en totalité. Dans un ouvrage consacré à ce sujet, elle préconise de faire de Washington le protecteur de toutes les religions [7]. C’est dans cette optique que le président Obama a évoqué les minorités chrétiennes, Coptes et Maronites, puis à appelé à la réconciliation au sein de l’islam des sunnites et des chiites. C’est aussi dans cette optique qu’il avait négligé l’histoire pré-islamique des peuples musulmans.

6- Les droits des femmes

Avec délectation, Barack Hussein Obama s’est offert le luxe de rappeler que son pays garanti aux femmes musulmanes le droit de porter le hijab, tandis que Nicolas Sarkozy l’a fait interdire dans les écoles françaises à l’époque où il se voulait plus néo-conservateur que Bush [8]. Et pendant qu’il parlait, le site internet de la Maison-Blanche affichait un article spécial attestant de la jurisprudence américaine.

Avec habileté, il a rappelé que les États musulmans étaient parfois en avance en matière de droits des femmes. « En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l’égalité des femmes continue dans beaucoup d’aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier. »

7- Le développement économique

Gardée pour la fin, la question du développement économique était la plus aboutie. Habituellement les grandes puissances échangent une aide immédiate contre des avantages disproportionnés à long terme. L’aide au développement est alors le cheval de Troie du pillage des ressources. Cependant, durant la campagne électorale, un accord bi-partisan a été conclu sur la réorientation de la politique extérieure US. L’idée principale, exprimée par la Commission Armitage-Nye, est de conquérir les cœurs et les esprits en offrant des services qui transforment la vie des gens sans coûter grand chose [9]. Hillary Clinton y a fait explicitement référence lors de l’audition sénatoriale pour sa confirmation au secrétariat d’État.

Arborant le sourire du Père Noël, Barack Obama récita un catalogue de promesses enchanteresses. Il continua : « Nous nommerons de nouveaux émissaires pour les sciences chargés de collaborer à des programmes qui mettront au point de nouvelles sources d’énergie, créeront des emplois verts, numériseront les registres et archives, purifieront l’eau et produiront de nouvelles cultures. Dans le domaine de la santé au niveau mondial, j’annonce aujourd’hui une nouvelle initiative avec l’Organisation de la conférence islamique pour éradiquer la polio et nous intensifierons nos partenariats avec des communautés musulmanes pour améliorer la santé maternelle et infantile. » Cela n’était pas sans rappeler les engagements du Sommet du Millénaire, lorsque le président Bill Clinton annonçait la fin imminente de la pauvreté et de la maladie.

Le président des États-unis conclu ce discours fleuve en citant le Coran, le Talmud et les Évangiles. Leur message se résumerait au fait que « Les habitants du monde peuvent cohabiter en paix. Nous savons que telle est la vision de Dieu. C’est maintenant notre tâche sur cette Terre ». Cette triple référence était peut-être imposée par le lieu, la plus prestigieuse des universités islamiques. Il se peut aussi qu’elle traduise un certain désarroi. En pleine récession économique, les États-unis n’ont plus les moyens de maintenir leur pression sur les champs pétroliers du Grand Moyen-Orient —à plus forte raison, ils n’ont pas les moyens de réaliser les promesses du jour—. Cependant, ils espèrent se reconstituer prochainement leur puissance. Dans la phase actuelle, ils doivent donc geler toute évolution régionale qui ne pourrait être qu’à leur désavantage. Ils craignent notamment l’extension de l’influence turque et iranienne et l’irruption de la Russie et de la Chine dans la région. Définir la paix en termes religieux et non politiques, c’est toujours gagner du temps.
 

Par Thierry Meyssan pour le Réseau Voltaire


Notes :

[1] « Discours de Barack Obama à l’université Al-Azhar du Caire », Réseau Voltaire, 4 juin 2009.

[2] « A New Beginning – Watch the President’s Speech », par David Axelrod, 4 juin 2009.

[3] Vidéo disponible sur le site de la Maison-Blanche.

[4] Philippe l’Arabe était Syrien. Il fut empereur de Rome de 244 à 249.

[5] Le secrétaire d’État Colin Powell s’était engagé à présenter un rapport sur les attentats du 11 septembre 2001 à l’Assemblée générale des Nations-unies établissant qu’ils avaient été victimes d’une agression extérieure. Ce document n’a jamais été produit. Les seules informations connues ont été délivrées par les autorités US lesquelles ont pourtant accusé l’Afghanistan, puis l’Irak et invoqué la légitime défense pour les attaquer. Voir L’Effroyable imposture par Thierry Meyssan, 2002, réédition Demi-lune 2007.

[6] « La "solution à deux États" sera bien celle de l’apartheid », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 janvier 2008. Le lecteur trouvera en bas de page la copie du document préparatoire de la conférence d’Annapolis surchargé à la main par Barack Obama. Il y définit « Israël comme patrie du peuple juif et la Palestine comme patrie du peuple palestinien ».

[7] The Mighty and the Almighty : Reflections on Faith, God and World Affairs, par Madeleine Albright, Pan Books, 2007, 324 pp. On appréciera le jeu de mots anglais : "Le puissant et le tout-puissant" désignent le président US et Dieu. Version française : Dieu, l’Amérique et le monde, Salvator, 2008, 369 pp.

[8] « Nicolas Sarkozy agite le voile islamique », Réseau Voltaire, 19 janvier 2004.

[9] « Washington décrète un an de trêve globale », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 3 décembre 2007.

L’ombre de Dick Cheney plane sur le meurtre de l’ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri

Le 14 février 2005, le milliardaire et ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri était tué à Beyrouth lors d’un attentat à la voiture piégée, d’une puissance énorme et munie de dispositifs électroniques sophistiqués capables d’échapper aux mesures de détection anti-attentats dont était équipée l’escorte d’Hariri. Il était clair que derrière l’acte terroriste, devaient se cacher les Services secrets de quelque pays, seuls capables de concevoir et de réaliser un complot d’une telle difficulté et d’une telle sophistication.

Le doigt fut pointé sur la Syrie qui occupait  militairement le Pays des Cèdres et sous le protectorat de laquelle se maintenait une trêve fragile entre les différentes factions qui avaient ensanglanté ce pays martyrisé depuis plusieurs décennies. L’ONU décidait alors la création d’un Tribunal spécial pour le Liban avec pour mission prioritaire de tirer au clair les responsabilités dans l’homicide d’Hariri. L’un des principaux acteurs de la commission d’enquête du Tribunal, l’Allemand Detlev Mehlis, affirma détenir des preuves et des témoignages de l’implication de la Syrie dans l’attentat et ordonna en août 2005 l’arrestation des chefs des forces armées libanaises, compromises avec Damas.
Sous la poussée de la communauté internationale occidentale et des partis libanais anti-syriens (dont Hariri était l’un des principaux représentants), la Syrie, bien que niant en bloc toute implication, décida de retirer ses troupes. Depuis ce jour, le Liban a, à maintes reprises, menacé de sombrer dans le chaos de la guerre civile, et le Hezbollah, parti chiite pro-iranien qui gouverne de facto la partie méridionale, a affronté et repoussé l’invasion d’Israël au cours de l’été 2006.

Dès le début de l’affaire, de nombreux analystes ont relevé que Damas n’avait aucun avantage stratégique à tirer du meurtre d’Hariri, et qu’au contraire, la Syrie en avait subi les principales conséquences. La position accusatrice de Mehlis ne résista pas aux vérifications ultérieures. De fait, les preuves se montrèrent inconsistantes et certains témoignages-clefs se révélèrent totalement irrecevables. Le 29 avril dernier, c’est le coup de théâtre. Le juge Daniel Bellemare du Tribunal de l’ONU, qui avait entre-temps pris la succession de Detlev Mehlis, a demandé la libération des généraux libanais arrêtés en 2005 et toujours détenus sans aucun droit à la défense et contre lesquels les accusations étaient désormais levées.

Mustafa Hamdane, ex-chef de la Garde présidentielle, Jamil Sayed, directeur général de la Sécurité, Ali Haji, chef des Forces de sécurité intérieures et Raymond Azar, chef des Services secrets militaires, ont été remis en liberté. Par cet acte, le Tribunal a, de fait, fermé la piste syrienne concernant le meurtre d’Hariri.

Mais alors, à qui attribuer la responsabilité de l’attentat ?

Certaines révélations journalistiques ouvrent de nouveaux scénarios possibles. Récemment, le doyen du journalisme d’investigation américain Seymour Hersh a dénoncé l’existence d’un groupe opérationnel actif sous l’Administration Bush et sous le contrôle direct du vice-président Dick Cheney, du conseiller du Président, Karl Rove, et du responsable pour la Sécurité nationale Eliott Abrams. Ce groupe, composé d’éléments d’élite pour les opérations spéciales sous couverture, aurait été utilisé comme un véritable « escadron de la mort » pour l’élimination de personnalités politiques gênantes dans différentes parties du monde.
Les révélations de Hersh ont poussé le député démocrate et ex-candidat à la présidence, Dennis Kuchinich, à demander au Congrès américain l’ouverture d’une enquête.

Sur la base de ces révélations, un autre journaliste d’investigation, Wayne Madsen, connu pour ses accointances avec les services d’information américains, a déclaré lors d’une interview donnée sur la chaine TV Russia Today, qu’il avait obtenu auprès de différentes sources, la confirmation de l’existence de cette structure secrète et de ses liens avec une structure analogue israélienne. D’après Madsen, l’équipe contrôlée par Cheney serait impliquée dans l’homicide d’Hariri et de surcroit, l’ordre en aurait été donné par le vice-président lui-même.

Dans le passé, d’autres journalistes reconnus ont évoqué l’existence d’un tel groupe. Bob Woodward (connu pour avoir révélé le scandale du Watergate) avait écrit à ce propos dans le Washington Post jusqu’à fin 2002, et plus récemment le New York Times a rapporté la nouvelle de l’existence d’un « commando commun pour les opérations spéciales » qui échappait aux contrôles du ministère de la Défense, des dirigeants des Forces armées, et sans aucune supervision de la part du Congrès, mais qui rapportait directement à Cheney.

D’après Hersh, tout cela n’est pas nouveau. Dans les années 80 avec l’Administration Reagan-Bush, Dick Cheney (alors fonctionnaire à la Sécurité nationale) et Eliott Abrams (quand il était responsable du département d’État pour l’Amérique latine) avaient déjà travaillé ensemble à l’organisation des connexions « Iran-Contras » et à la création des « escadrons de la mort » actifs en Amérique centrale avec des missions anti-insurrectionnelles.

par Simone Santini, de Clarisse.it, paru sur Megachip le 10 mai 2009

Traduction de Christophe T. pour ReOpenNews

 


 

Notes de ReOpenNews: Lire aussi l’article "Dick Cheney aurait commandité l’assassinat de Rafic Hariri" sur Voltairenet

Laurent Joffrin sur Radio Suisse Romande : le doute jeté sur la version officielle du 11 septembre 2001 serait une sorte de négationnisme !

On a été invité à réagir dans l’émission « Médialogues » d’Alain Maillard et de Martine Galland sur « Radio Suisse Romande », mercredi matin 25 février 2008, aux propos de M. Laurent Joffrin. Il était interviewé au sujet de son livre « La Média-paranoïa ». On reste médusé par les leurres un peu frustes qu’il affectionne pour défendre les médias officiels (1). Sans doute les croit-il encore efficaces.

Injure, vaccine, caricature et illusion de l’apparence

1- Dans un article publié sur AGORAVOX, le 5 février dernier (2)), on avait déjà souligné l’emploi de l’injure , « média-paranoïa », pour stigmatiser une critique des médias qui différait de la sienne et tenter d’intimider l’adversaire. On avait apprécié l’élégance.

2- On avait ensuite reconnu le leurre de la vaccine qui admet un peu de mal pour faire reconnaître un grand bien ou susciter le rejet spontané d’un mal beaucoup plus grand. Comme Tartuffe confessant son indignité aux pieds d’Orgon pour qu’il n’en croie rien, M. Joffrin convenait que les médias n’étaient pas sans reproches, ayant accumulé tant d’erreurs ou de manipulations. Mais c’était pour conclure aussitôt, d’autorité, que les critiques qui leur étaient faites n’étaient le plus souvent que « des idées reçues, des caricatures »…

3- Il faut dire qu’ en matière de caricature de l’adversaire, l’intéressé s’y entend. On avait montré, par exemple, comment, pour justifier son accusation, il déformait à plaisir la dépendance reprochée aux médias envers les pouvoirs politiques et économiques. Il la réduisait à une image naïve que, selon lui, certains se feraient, de journalistes travaillant sous la dictée de patrons, une oreillette à l’oreille, ou prenant leurs ordres par téléphone tous les matins. Ainsi se dispensait-il de répondre aux accusations plus sérieuses d’auto-censure, résultant d’une inféodation et d’une soumission imposées par la simple nécessité de conserver son poste de travail, ou même d’assurer sa survie économique attendue d’annonces publicitaires incompatibles avec toute critique des entreprises concernées.

4- Il brandissait encore l’illusion de l’apparence  comme évidence non contestable. On sait pourtant à quelles erreurs cette méthode a longtemps conduit : si le soleil se levait à l’Est et se couchait à l’Ouest, se disait-on, n’était-ce pas qu’il tournait autour de la terre ? M. Joffrin ne se montrait pas plus prudent dans la définition d’ « une information importante » digne d’être retenue dans son journal. Au cours de l’interview de « Médialogues », il y est d’ailleurs revenu et a même donné comme exemple «  la victoire de l’équipe de Hand-ball au championnat du monde après celle aux jeux Olympiques » : « Oui, a-t-il dit, tous les journaux ouvrent là-dessus, parce que c’est objectivement important ! »

Que l’importance d’une information soit fonction des intérêts de l’émetteur, ne paraît pas l’effleurer, ou du moins préfère-t-il le taire ! Qu’une information soit même jugée trop importante par un émetteur pour être diffusée et que ses intérêts commandent impérativement de la garder secrète, y a-t-il jamais songé ? Il semble que oui, pourtant, à en croire, une révélation de Nicolas Beau, du site Bakchich, faite, le 9 décembre 2008, sur le plateau de Arrêt sur image (3) : N. Beau était alors encore au Canard enchaîné , et il s’était vu refuser par sa propre rédaction, entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2007, la publication d’un article sur les revenus que le candidat Sarkozy avait continué à percevoir de son cabinet d’avocat tout en étant ministre. Son informateur, dépité, s’était alors tourné vers… Libération mais sans plus de succès !

Ainsi, colonnes et antennes peuvent-elles regorger d’informations sans importance qu’on peut nommer « informations indifférentes », et s’il en est ainsi, n’est-ce pas qu’elles jouent, elles, un rôle très important de modèle et de censure discrète, tant est exiguë la place de diffusion disponible qu’elles envahissent au détriment des autres ?

Confusion intellectuelle, amalgame et imputation pénale

À cet arsenal de M. Joffrin déjà inventorié, sont venus s’ajouter trois autres leurres en cours d’interview.

1- L’un est la confusion intellectuelle qui vise à désorienter. Qu’on en juge ! Comprenne qui pourra ce galimatias digne du babil d’Erikson, le spécialiste d’hypnothérapie, qui abreuvait ses patients d’un flot continu de paroles sans queue ni tête, selon la technique dite de « saupoudrage » ! « Il y a une chose que les gens oublient, commence par dire M. Joffrin. Le matériau de base du journaliste, c’est quand même la réalité. » Puis il poursuit : « Il y a des biais, dit-il,  il y a des manipulations, des pressions, tout ce qu’on veut, mais à la fin des fins, ce qu’il y a dans les journaux (…), en gros, c’est vrai ce qu’ils disent. Il y a des erreurs, des choses qui ne vont pas, etc. Mais en gros, c’est vrai. Ce qu’on entend dans les bulletins radio, c’est vrai, Il faut débusquer les erreurs, les dérapages. Mais globalement, ça reflète ce qui s’est passé dans le monde depuis 24 heures, vu par des Français ». Et en 14-18, quand les journaux racontaient que les balles allemandes ne tuaient pas, c’était vrai ?

En somme, à bien le suivre, il y a « des erreurs, des manipulations, des pressions, tout ce qu’on veut » dans les médias, mais « en gros » les informations livrées sont « vraies » ! Par quel miracle ? Celui du leurre de la vaccine une nouvelle fois ! On retrouve au passage la prétention à saisir « la réalité » alors que seule « une représentation de la réalité » est accessible au travers des médias qui s’interposent entre soi et la réalité, à commencer par ses cinq sens à la perception fort limitée quand ils ne sont pas infirmes. Du «  terrain », on ne rapporte jamais qu’ «  une carte » plus ou moins fidèle !

2- Le second leurre est encore plus surprenant : c’est l’amalgame entre le travail d’historien et celui de journaliste. Interrogé sur le doute que suscite toujours la version officielle des attentats du 11 septembre, M. Joffrin a ni plus ni moins assimilé ce doute méthodique au mécanisme intellectuel menant au négationnisme qui nie le génocide juif.

D’abord, qu’est-ce que le génocide juif vient faire ici ? Pour M. Joffrin, rien de plus transparent ! « C’est un mécanisme très pervers, s’est-il écrié. C’est le même mécanisme que Faurisson. Vous prenez un petit bout de la réalité et vous dites : là il y une erreur ! une bizarrerie, une chose étrange ! On fait ça pour le 11 septembre. C’est bizarre, le troisième immeuble s’est effondré de manière bizarre ! (…)

C’est Faurisson, répète-t-il, c’est-à-dire qu’à Treblinka, il y avait une chambre à gaz qui avait été reconstituée mais en fait il n’y avait pas de chambre à gaz à Treblinka. Oui, mais elles étaient ailleurs. Mais vous déduisez du fait qu’on a mis une fausse chambre à gaz à Treblinka. Voilà, j’ai fait des calculs. Dans une chambre à gaz, on ne peut pas tuer par heure plus de tant de Juifs, donc les chiffres sont faux, donc tout est faux donc il n’y a pas eu de Shoah. C’est ce qu’on appelle la métonymie : on prend un détail, on le critique et on en déduit que tout est faux, que c’est un montage. C’est extrêmement dangereux. Ça veut dire qu’il y a deux opinions au fond sur la Shoah dans la média-paranoïa : il y a l’opinion officielle qui dit qu’il y a eu six millions de juifs qui ont été tués dont une partie a été gazée dans les chambres à gaz ; et puis, il y a une opinion franc-tireur, dissidente, intéressante parce que eux ne sont pas dans l’officiel, le convenu, ils sont dans l’originalité et dans le courage parce qu’ils vont contre, comme l’évêque Williamson qui explique qu’il y a eu trois cent mille morts chez les juifs. C’est tout faux, seulement comme les médias officiels sont appelés les médias officiels, ils sont louches. Williamson, lui, il est cru. Vous trouvez que c’est sain pour la démocratie ? »

3- Le troisième leurre découle dès lors du second : ce n’est autre qu’une insinuation d’imputation pénale, puisque douter de la version officielle du 11 septembre serait frappé de la même infâmie délictueuse que celle du négationnisme : ne pas croire la version officielle serait un délit.

Échappe-t-il donc à M. Joffrin que le travail de l’historien diffère de celui du journaliste ? Si l’un dispose de tout son temps et des documents accessibles, l’autre ne se plaint-il pas de devoir écrire dans l’urgence et de se voir souvent refuser les pièces à conviction ? Cela fait soixante ans et plus que le génocide juif a pu être documenté sans contestation possible. En revanche, le 11 septembre 2001 n’est toujours pas entré dans le champ de l’étude historique en raison de sa survenue encore trop récente et d’un accès encore interdit aux archives. Si le doute n’est donc pas permis sur le génocide juif, est-ce pénalement répréhensible qu’il persiste au sujet du 11 septembre 2001 tant que l’événement n’aura pas été soumis à la critique historique ? M. Joffrin n’a que faire de ce pinaillage : il s’agit pour lui d’intimider l’adversaire !

On est pourtant d’autant plus surpris que, le 30 janvier dernier, sur France Culture, M. Joffrin s’était bien démarqué de l’historien. Il avait renchéri sur l’animateur de la station, Ali Baddou, qui assurait que « les journalistes (n’étaient) pas des historiens du présent » : « C’est une formule paradoxale et trompeuse, avait-il estimé. (…) Un historien est un type sérieux qui a le temps, précisait-il. Nous, on est assez sérieux, mais on n’a pas le temps par définition. Si on était des historiens de l’instant, mon journal paraîtrait tous les six mois, parce qu’il faudrait au moins six mois pour savoir de quoi il retourne. » Comprenne encore qui pourra !

En somme, M. Joffrin soutient tout et son contraire. Quel crédit croit-il pouvoir en retirer quand, à sa panoplie qui comprenaient déjà l’injure, la vaccine, la caricature de l’adversaire, l’illusion de l’apparence, s’ajoutent la confusion intellectuelle, l’amalgame et l’insinuation d’une imputation pénale. On serait tenté, si on le suivait sur son terrain, d’y reconnaître des symptômes. On s’en garde bien car on n’a aucune compétence en nosographie. En revanche, il est aisé de déceler une théorie de l’information défaillante qui jette ses partisans dans le plus grand désarroi dès lors qu’ils doivent en démontrer l’improbable validité.

Par Paul Villach, le 27 février 209, pour Agoravox


Références :

(1) « MÉDIALOGUES » d’Alain Maillard et Martine Galland, mercredi 25 février 2009, « Médias manipulateurs » ? Le point de vue de Laurent Joffrin, directeur de LIBÉRATION  – Les réactions de Paul Villach, rédacteur d’AGORAVOX

(2) Paul Villach, « "Média-paranoïa" de Laurent Joffrin, ou l’injure comme aveu d’impuissance », AGORAVOX, 5 février 2009.

(3) Paul Villach, « "Le Canard enchaîné" est-il sarkozyste ? » : travaux pratiques à "Arrêt sur images"  », AGORAVOX, 19 janvier 2009.

Interview de l’écrivain Webster G. Tarpley : Les hommes derrière Obama

Cette interview a été réalisée au début de l’automne 2008, c’est-à-dire avant l’élection de Barack Obama à la présidence de la République états-unienne le 4 novembre dernier. Donc également bien avant les attentats de Bombay (le 26 & 27 novembre 2008) qui ont marqué un regain des tensions entre l’Inde et le Pakistan. M. Tarpley est l’auteur de plusieurs livres ; seul La Terreur fabriquée, made in USA est disponible en français. Elle nous semble importante, car elle apporte un éclairage sur l’actualité politique internationale à laquelle il est impossible d’accéder dans les médias grand public et même trop rarement sur l’Internet.

Les hommes derrière Obama

1re partie de l’entretien avec l’historien
Webster G. Tarpley
 
 

Méfiez-vous d’Obama ! 

Il n’est pas ce que les gens pensent ! On tente de le présenter comme un musulman… il l’a d’ailleurs peut-être été… ce que l’on veut cacher aux États-Unis, tout en le promouvant dans le reste du monde : « Vous devriez l’apprécier » !

En fait, je suis un écrivain et un historien. J’ai écrit sur le terrorisme en Europe centrale, un livre sur Bush, La Biographie non autorisée de George Bush [père], qui est largement diffusée sur l’Internet, un autre sur la crise économique mondiale Surviving the Cataclism [Survivre à la catastrophe]. J’ai aussi écrit des essais sur l’histoire Against Oligarchy, puis le livre La Terreur fabriqué made in USA. Cette année a été publié Obama: A Post-modern Coup, la création d’un « Manchurian Candidate », mais je trouve le phénomène Obama si alarmant que j’ai écrit un second livre La Biographie non autorisée de Barack Obama.

En termes de politique états-unienne, mon devoir est d’attirer l’attention sur les opérations secrètes les plus dangereuses. Au cours de la période 2001-2007, ce fut le mythe du 11-Septembre et les guerres contre l’Afghanistan et l’Irak. Jusqu’à la mi-2007, la guerre contre l’Iran représentait aussi un danger réel, sur lequel j’ai concentré mon attention. Ce risque a diminué et maintenant le danger le plus important est l’opération liée à la candidature d’Obama. Cette politique est une sorte de coup d’État, avec de graves conséquences pour le monde, parce que la politique d’Obama est encore plus agressive, plus militariste et généralement encore plus catastrophique que ce que nous avons vu avec les néo-conservateurs.

Vous ne pouvez pas dire quoi que ce soit de bien sur McCain, mais les choses sont encore pires avec Obama. Il s’agit d’une tragédie mondiale en cours de fabrication : ce sera une catastrophe si Obama est élu président. C’est une marionnette de la Commission trilatérale et de Brzezinski en particulier. Il s’agit du groupe de banquiers qui contrôlaient l’administration Carter. Trop peu de gens se souviennent à quel point cette période fut catastrophique à la fois en termes économiques et stratégiques.

Maintenant, ce même groupe a fabriqué une autre marionnette, cette fois avec plus de préparation et d’endoctrinement. Ils ont décidé d’introduire un nouveau visage, une personne qui n’est pas de droite, ni un néo-conservateur, mais un démagogue de gauche qui promet le changement et l’espérance, et qui, en réalité, représente des politiques plus destructrices ; il est capable de se servir des pays européens comme de pions, comme d’actifs que l’on peut sacrifier, parce que le projet de l’administration Obama visera à étendre le théâtre de la guerre bien au-delà du Moyen-Orient. Parce que pour Brzezinski, le centre de la puissance dans le monde n’est pas en Iran, mais à Moscou et à Pékin. Il est déterminé à écraser la Russie et la Chine dans un avenir proche, afin de perpétuer la domination des États-Unis et du Royaume-Uni pour un autre siècle. Tel est le projet ! Plus ambitieux que les néo-conservateurs, plus aventureux et dangereux aussi. Les Européens doivent se réveiller. La vision romantique qu’ils ont d’Obama pourrait les conduire au suicide, s’ils ne comprennent pas cela.

Il y a des gens à droite qui ne savent pas comment attaquer Obama. Je veux insister sur le fait que c’est une marionnette du capitalisme contrôlée par les pires milieux financiers qui soient : les Rockefeller, Soros et d’autres dont le projet est une austérité extrême, une réduction sauvage du niveau de vie et essentiellement de soumettre les [citoyens des] États-Unis à la misère et à l’appauvrissement. En matière de politique étrangère, le plan est de rechercher la confrontation avec la Russie et la Chine. Pour cela, ils ont besoin de la couverture de la gauche et en face la droite, elle, ne sait pas comment réagir. Elle accuse Obama d’être un communiste, ce qui est absurde, car il s’agit d’un serviteur du capitalisme financier, ou d’être musulman, car un de ses prénoms est Hussein.

Il a vécu en Indonésie pendant un temps et a pu se considérer comme tel à un moment donné. Mais il semble que les deux pères d’Obama – Obama Sr. son père biologique kényan qui l’a abandonné, et son père d’adoption indonésien, M. Lolo Sotero – portaient plus d’attention aux bouteilles de Johnny Walker Black Label qu’à l’islam. Par conséquent, le lien à l’islam n’a pas beaucoup de poids. Cependant, comme le vainqueur de l’élection présidentielle aura accès au bouton thermonucléaire pour lancer des missiles intercontinentaux équipés de bombes H, le public a le droit de tout connaître, absolument tout, sur Obama : s’il a été musulman – personnellement, cela ne me gêne pas, mais cela pourrait ennuyer certaines personnes – s’il est séropositif, s’il a un casier judiciaire, s’il est bisexuel, s’il a fumé de la cocaïne… Toutes ces accusations qui ont été portées contre lui.

Obama est une marionnette des pires milieux impérialistes… Il s’identifie au même projet impérialiste, mais mis en œuvre d’une manière plus efficace et plus sophistiquée et en définitive, plus folle. Dans le cas de l’Iran, un néo-conservateur comme McCain a déclaré : « Nous allons bombarder l’Iran » et Brzezinski a répondu : « Vous êtes fous … vous ne pouvez pas faire cela, vous êtes trop faibles, ruinés, isolés, détestés. Je ne veux pas faire une guerre américaine contre l’Iran, je veux que l’Iran entre en guerre avec la Russie ! Revoyons la situation et utilisons l’Iran comme un pion à jouer contre la Russie. Je peux vous montrer comment faire … J’ai joué l’Afghanistan contre l’Union soviétique et j’ai détruit l’URSS. » La Syrie est un autre exemple. Les néo-conservateurs diraient : « Attaquons la Syrie », alors que Brzezinski estime qu’il faut négocier avec la Syrie. Il y a une très importante base navale russe à Tartous en Méditerranée ; Brzezinski a été récemment en Iran pour la Rand Corporation. L’objectif serait de faire partir les Russes de Tartous et si possible que la Syrie se tourne contre la Russie. Au lieu d’être des cibles, les musulmans seraient utilisés comme chair à canon pour le projet qui vise la Russie et la Chine. Dans le « Turkistan chinois » [le Xinjiang] il y a une minorité musulmane, les Ouigours ; le plan de Brzezinski est de les impliquer dans une insurrection du type de celles promues au Tibet. Ainsi, la liste des cibles connues à ce jour va s’agrandissant et maintenant, il faut ajouter le Soudan, pays musulman de la Ligue arabe. Pourquoi le Soudan ? Qu’est-ce qui se passe au Darfour ? Sont-ils vraiment préoccupés par la crise humanitaire ? Non, leur préoccupation est que 7 % du pétrole de la Chine provient du Soudan et, par conséquent, ils cherchent désespérément un prétexte pour pénétrer dans ce pays et renverser le général Bashir afin de couper l’accès de la Chine au pétrole soudanais.

Regardons maintenant un point vraiment important. Jusqu’à présent, on a beaucoup spéculé sur une attaque contre l’Iran : à savoir si elle serait le fait des USA ou d’Israël. Je dis non, les États-Unis et l’Angleterre ne le feront pas, même si je ne peux pas exclure un acte de folie de certains [politiciens] Israéliens, mais je ne le pense pas.

 
 

Les hommes derrière Obama

2e partie de l’entretien avec l’historien
Webster G. Tarpley
 
 

Je ne pense pas que cela soit probable désormais. Mais il y a une attaque qui est possible, en ce moment, et c’est contre le Pakistan. Le Pakistan est un pays musulman comptant plus de 160 millions d’habitants, qui disposent de l’arme nucléaire et de vecteurs de lancement. L’été dernier, à Chicago, il y eut un débat parmi les candidats démocrates, et Obama a dit : « Je veux que les États-Unis bombardent le nord-ouest du Pakistan de façon unilatérale. » Mme Clinton a répondu : « Non, ce n’est pas la chose à faire. » McCain n’était pas d’accord, et même Bush non plus d’ailleurs. Maintenant, les États-Unis sont en train de faire ce que demandait Obama. Les États-Unis bombardent le nord-ouest du Pakistan. Et en effet, les troupes US, celles de l’OTAN et les forces afghanes se préparent à envahir le Pakistan, à partir de l’Afghanistan. Alors, pourquoi font-ils cela ? Il s’agit de cette partie du monde à propos de laquelle on parle encore de ben Laden, d’al-Qaïda, de la guerre contre la terreur, toute cette mythologie absurde… Pourquoi font-ils cela ? Parce que le but est de détruire le gouvernement central du Pakistan. Vous avez peut-être entendu les déclarations récentes du Premier ministre pakistanais, M. Ghilani : « Notre honneur et notre souveraineté nationaux ne permettent pas que des troupes étrangères pénètrent sur notre territoire. » Il a entièrement raison. Pourtant, les US et l’OTAN vont faire cela grâce à une nouvelle politique. Le but est de détruire le Pakistan. Vous voyez l’Irak, démantelé en 3 parties ? Le Pakistan lui sera découpé en 4 ou 5 morceaux : le Sindh, le Pashtounistan, le Balouchistan, le Waziristan, etc. Et cela ne s’arrêtera pas là.

Quel est l’objectif ? Ce n’est pas tant qu’il s’agit d’un pays musulman : le Pakistan est un allié potentiel de la Chine. Il entretient des relations amicales avec la Chine, et dans des circonstances de crise mondiale, le Pakistan tendrait à se rapprocher de la sphère d’influence de la Chine. Revenons à notre liste de pays ciblés : l’Iran n’en fait plus partie car il est perçu comme un pion à jouer contre la Russie. Cette liste inclut le Soudan et le Pakistan. Voilà le changement. Et Obama est celui qui a demandé l’attaque du Pakistan, quand tous les autres s’y opposaient. Ainsi, il est ironique de remarquer que McCain était un meilleur ami des musulmans qu’Obama, puisqu’il déclarait : « Je me suis entretenu avec le général Musharaf, et je ne crois pas en l’unilatéralisme. » Mais Obama insiste : « Ce doit être unilatéral. » Ceci est la politique de Brzezinski. C’est certain parce qu’Obama ne sait pas ce dont il parle… Obama ne sait même pas ce qu’est le Pakistan. Il récite ce que lui dit Brzezinski.

L’argument de ce dernier est que les néo-conservateurs sont des imbéciles, tellement obsédés par Israël, le golfe Persique, l’Irak et l’Iran qu’ils en ont perdu la vision d’ensemble. Selon lui, les vraies puissances mondiales sont la Russie, la Chine, 2 pays capables de s’opposer réellement aux États-Unis et aux Anglais, et sur lesquels les USA doivent vraiment fixer leur attention. Dans cette perspective, l’Inde devient un allié important, tout comme le Japon bien sûr. Vient juste de se tenir un sommet entre le Japon et la Chine. Et la grande question fut la suivante : « Le Japon deviendra-t-il une base servant aux opérations de déstabilisation de la Chine que Brzezinski planifie ? » Le gouvernement japonais a heureusement répondu par la négative. Le ministre de la Défense japonais a déclaré que le chaos en Chine serait la pire des choses pour les intérêts du Japon. Le Japon a dit non, tout comme Taïwan, où la population a voté pour le parti le plus raisonnable, celui qui s’oppose aux indépendantistes et souhaite établir de bonnes relations avec la Chine continentale. Le Kuomintang est revenu au pouvoir.

Ainsi, alors que le monde entier s’apprête à prendre position, la finalité d’avoir Obama comme président est de pouvoir poursuivre les mêmes menées impérialistes sous un nouveau visage, après un lifting, une petite opération de chirurgie plastique. Il est bon de présenter un tel visage à l’Afrique… parlons de ce continent. L’objectif en Afrique est de se débarrasser des Chinois. De priver les Chinois de pétrole (nous l’avons vu avec le Soudan), mais aussi des matières premières, minerais et autres dont la Chine a besoin. Brzezinski souhaite isoler la Chine, l’encercler, et l’obliger, en dernier recours, à ne plus avoir d’autres choix pour son pétrole que de se tourner vers les puits russes dans l’Est de la Sibérie. En d’autres termes, le résultat final de cette politique est de faire s’opposer la Chine et la Russie. Pour se débarrasser des 2, les faire se détruire : ainsi, les USA et les Britanniques pourront-ils établir leur hégémonie mondiale pour un autre siècle.

Il existe aussi une stratégie pour l’Europe. L’idée est qu’avec Bush ou McCain, les USA sont détestés, on n’a plus confiance en eux, et personne ne veut collaborer avec eux. La démagogie d’Obama, ce nouveau visage, permet que des multitudes de jeunes et des personnes qui n’ont aucune idée de ce qu’ils sont en train de faire soient dupées et soutiennent ces politiques. Obama espère que l’Europe joigne [les USA] contre la Russie. Mon conseil : « Ne suivez pas ce chemin. Réalisez ce qui est en vue, et refusez-le. Et si Obama vient à Londres, Paris ou Berlin, il sera important que les gens sortent et lui disent : "Nous ne voulons pas de cela." »

Telle est la politique que Brzezinski a définie et qu’il suit : expansion de l’OTAN, bien au-delà des limites qui avaient été définies en 1990 et 1991. Rappelez-vous cet accord stipulant que les USA n’entreraient même pas en Allemagne de l’Est. Maintenant, nous sommes en Lituanie, en Géorgie et en Ukraine, entre autres pays. Nous nous dirigeons vers une crise des missiles en Pologne. Nous avons eu la crise des missiles de Cuba en 1962, ce fut extrêmement sérieux. La crise des missiles en Pologne sera pire, parce qu’il y a des éléments en Pologne, en République Tchèque, et même en Lituanie… il y a des tentacules de ce système dans ce pays, aux portes de la Russie. Quel est le but ? C’est de détenir la capacité de frapper en premier, une attaque-surprise, pour détruire au sol la force de dissuasion nucléaire russe ; ensuite, la vague de missiles russes tirés en représailles peut être annihilée par les missiles basés en Pologne. C’est un pas en direction de la troisième guerre mondiale. Et l’architecte en est Brzezinski.

Un autre exemple, l’indépendance du Kosovo, sous la direction de ce que j’estime être une organisation criminelle, est un autre projet de Brzezinski. Cela a été pensé comme un affront à la Russie. Aujourd’hui, on poursuit Karadzic, capturé. Karadzic est un individu sinistre, mais pourquoi cela se produit-il maintenant ? Quelle est l’intention ? Il s’agit de tendre un peu plus les relations avec la Russie, qui inclut la possibilité se dessinant à l’horizon d’une guerre entre la Géorgie et la Russie. C’est donc bien une stratégie globale. On ne parle plus de l’Irak et du golfe Persique, mais d’un dessein mondial, et de nouveau, le cerveau derrière cela est Brzezinski. Cela se passe en ce moment aux États-Unis.

Laissez-moi apporter une précision. Vous pensez que Bush et Cheney dirigent le pays. Ce n’est plus le cas : ils sont "partis", finis ; ils ne comptent plus. Ils gardent simplement les clés de la Maison Blanche, ils sont là pour la galerie. Pour que le public pense que tout fonctionne normalement. Le pouvoir est maintenant entre les mains de ce que l’on nomme le "Principles Committee" qui regroupe les ministres les plus importants, une sorte de comité interministériel si vous préférez. Le secrétaire d’État [Condoleezza] Rice, le ministre de la Défense Richard Gates [reconduit dans ses fonctions par Obama], Henry Paulson du Trésor [le ministère des Finances], l’amiral Michael Mullen, chef de l’État-major des armées US, un type très important, en font partie. Mais ce sont des bureaucrates, qui n’ont pas de politiques à long terme ; les stratégies qu’ils mettent en place sont celles de Brzezinski.
 
Pour les résumer : ne pas attaquer l’Iran, signer un Traité avec la Corée du Nord – Cheney en fut horrifié, il en a quasiment eu sa 99e crise cardiaque – et cela est mis en œuvre par Rice ; et au contraire, attaquer le Pakistan, se préparer à attaquer le Soudan, le Zimbabwe, le Myanmar [la Birmanie]… Dans tous ces cas, les raisons invoquées sont d’ordre humanitaire. On ne parle pas de ben Laden ni d’al-Qaïda – le Pakistan étant l’exception. Pour le Soudan et le Zimbabwe, on se justifie en mettant les droits de l’homme en avant. Cela nous ramène à la présidence Carter, n’est-ce pas ? Cela nous ramène à l’époque où Brzezinski dirigeait le Conseil national de sécurité. Telle est la vraie nature du changement : au lieu d’avoir un impérialisme avec des slogans de droite, nous aurons maintenant un impérialisme avec des slogans de gauche. Mais le programme reste exactement le même, ou selon moi, pire, parce que les néo-conservateurs présentaient un "avantage" : ils choisissaient de s’en prendre à des États relativement faibles. Tout le monde savait que l’Irak ne pourrait jamais répliquer directement contre l[e territoire d]es États-Unis. On ne voit pas non plus très bien comment l’Iran y parviendrait. Mais pour ce qui est de la Russie et de la Chine, c’est une autre histoire, n’est-ce pas ? Parce que ces 2 pays disposent de missiles balistiques intercontinentaux et de la puissance nucléaire, qu’ils peuvent se défendre et qu’ils le feront. La partie pour les néo-conservateurs arrive à sa fin, mais vous comprenez qu’au moins eux, ils avaient une sorte de limite à leur folie, alors que pour ce qui est de Brzezinski, la folie est en l’espèce sans limites.

Traduit par Arno Mansouri pour ReOpenNews

 

Israël face à la conscience des peuples

Alors que jeudi, un hôpital de Gaza a été touché par les bombardements israëliens et que les médecins français présents sur place crient au scandale humanitaire, la plupart des médias continuent à présenter le déchainement de violence que subit la population palestinienne comme la conséquence d’une guerre aux torts partagés.

Des voix courageuses s’élèvent heureusement contre cette propagande, comme en témoigne la déclaration de l’euro-député Giuletto Chiesa jeudi devant le parlement européen :

Giulietto Chiesa (PSE italien) a interpelé l’assemblée en rappelant « qu’un grand personnage antifasciste italien, Pierre Gobetti, avait déclaré que lorsque la vérité est d’un seul côté, le fait de s’en tenir à un jugement de Salomon [partage les torts entre deux parties – NdT] revient à adopter une position partisane », et « c’est ce qui se produit ces jours-ci à Gaza ». Mr Chiesa a déclaré souhaiter que le Parlement « trouve les mots justes afin de stopper Israël », dans la mesure où « s’il ne le fait pas, il se couvrira de honte face à l’histoire, face aux Palestiniens et à l’opinion publique européenne et du monde arabe ». « Israël est en train de bombarder et de décimer un ghetto », a-t-il dit, ajoutant que « les fils de ceux qui furent exterminés sont devenus des exterminateurs ». Et pour cette raison, « nous n’avons pas d’excuses et la justification du droit d’Israël à la sécurité ne vaut pas », car « chacun, s’il le veut, peut se rendre compte que personne n’est en mesure de menacer la sécurité et l’existence d’Israël ». Ceci est prouvé par le « déséquilibre des forces en présence », « par le bilan des morts et des blessés » et par le soutien « que l’Occident continue d’apporter à Israël ». « Ce carnage – a-t-il conclu – n’a d’autre but que celui d’empêcher la création d’un État palestinien, c’est comme cela qu’on tue la paix, et c’est pour cela qu’il faut stopper Israël »

Uri Avnery, homme politique engagé de la gauche israëlienne, dénonce également, dans l’article que nous reproduisons-ci-dessous, la propagande déployée par l’armée israëlienne et reprise par les grands médias occidentaux pour tenter de justifier l’injustifiable aux yeux de l’opinion publique internationale.


Israël face à la conscience des peuples

Voilà près de soixante-dix ans, lors de la seconde guerre mondiale, un crime affreux fut commis dans la ville de Leningrad. Pendant plus de mille jours, un gang d’extrémistes appelé « l’Armée Rouge » a pris en otage des millions d’habitants, provoquant depuis les zones habitées les représailles de la Wehrmarcht. Les Allemands n’eurent d’autre choix que de bombarder et pilonner la population et d’imposer un blocus qui a causé la mort de centaines de milliers de personnes.

Quelque temps auparavant, un crime semblable avait été commis en Angleterre. Le gang Churchill, se dissimulant au sein de la population de Londres, utilisait sans vergogne des millions de citoyens en tant que bouclier humain. Les Allemands ont été obligés d’envoyer la Luftwaffe et furent malgré leurs réticences contraints de réduire la ville en ruines. Ils ont appelé cela le Blitz.

Tels sont les récits que l’ont lirait aujourd’hui dans les livres d’histoire – si les Allemands avaient gagné la guerre.

Absurde ? Pas plus que les compte rendus publiés quotidiennement dans nos médias qui répètent ad nauseam : les terroristes du Hamas qui prennent les habitants de Gaza comme « otages » et utilisent les femmes et les enfants comme « boucliers humains, » ne nous laissent pas d’autre choix que de recourir à des bombardements massifs pendant lesquels, à notre grande tristesse, des milliers de femmes, d’enfants et d’hommes sans armes ont été tués et des blessés.

Dans cette guerre, comme dans toute guerre, la propagande joue un rôle majeur. La disparité des forces entre l’armée israélienne – avec ses avions, hélicoptères, drones, navires de guerre, son l’artillerie et ses chars – et les quelques milliers de combattants du Hamas pourvus d’armes légères, est de l’ordre de un pour mille, peut-être de un pour un million. Dans le domaine du politique, cet écart est encore plus grand. Mais dans la guerre de propagande, il est presque infini.

Presque tous les médias occidentaux ont d’abord répété la version de la propagande israélienne officielle. Ils ont presque entièrement ignoré celle de la partie palestinienne, tout comme les manifestations quotidiennes organisées par les pacifistes israéliens. La justification avancée par le gouvernement israélien (« L’Etat doit défendre ses citoyens contre les roquettes Qassam ») a été acceptée comme l’entière vérité. Le point de vue de l’autre camp, affirmant que les Qassams sont des représailles contre un siège qui affame le million et demi d’habitants de la bande de Gaza, n’a absolument pas été mentionné.

Ce n’est que lorsque les horribles scènes en provenance de la bande de Gaza ont commencé à apparaître sur les écrans des télévision occidentales, que l’opinion publique mondiale a commencé à évoluer peu à peu.

Certes, l’occident et les chaînes de télévision israélienne n’ont montré qu’une infime partie seulement des terribles événements qui sont rapportés chaque jour, 24 heures sur 24, sur la chaîne arabe Al Jazeera, mais l’image d’un bébé mort dans les bras de son père terrifié est plus marquante que mille phrases élégamment tournées d’un porte-parole de l’armée israélienne. Et c’est ce qui est décisif, en dernier ressort.

La guerre – toute guerre – est le royaume du mensonge. Qu’on appelle cela propagande ou guerre psychologique, tout le monde admet qu’il faille mentir pour le bien son pays. Celui qui dit la vérité prend le risque d’être qualifié de traître.

Le problème posé par cette attitude provient du fait que cette propagande est plus convaincante pour le propagandiste lui-même que pour autrui. Et lorsqu’on se convainc soi-même que le mensonge est la vérité, que la falsification est la réalité, on n’est plus à même de prendre des décisions rationnelles.

Un exemple de ce processus est donné par la plus choquante atrocité de cette guerre jusqu’à présent : le bombardement de l’école de l’ONU Fakhura, située dans le camp de réfugiés de Jabaliya.

Immédiatement après que cet évènement ait été connu dans le monde entier, l’armée a « révélé » que les combattants du Hamas avaient tiré au mortier près de l’entrée de l’école. Comme preuve, ils ont publié une photo aérienne montrant en effet l’école et le mortier. Mais rapidement, le « menteur officiel » de l’armée a dû admettre que cette photo datait de plus d’un an. En bref : une falsification.

Plus tard, ce menteur officiel a affirmé que « nos soldats ont essuyé des tirs depuis l’intérieur de l’école ». Il s’est passé moins d’un jour avant que l’armée ne doive admettre devant le personnel de l’ONU qui c’était également un mensonge. Personne n’a tiré de l’intérieur de l’école, aucun combattant du Hamas ne se trouvait à l’intérieur de l’école, qui était remplie de réfugiés terrorisés.

Mais cet aveu importe peu désormais. Entre temps, l’opinion publique israélienne a été convaincue qu’« ils ont tiré depuis l’intérieur de l’école », et les speakers de la TV le mentionnaient simplement comme un fait.

Il en est allé de même concernant les autres atrocités. Chaque bébé se métamorphose, lors de sa mort, en terroriste du Hamas. Chaque mosquée bombardée devient instantanément une base du Hamas, chaque immeuble d’habitation une cache d’armes, chaque école un poste de commandement du terrorisme, tout bâtiment du gouvernement civil un « symbole du pouvoir du Hamas ». Et ainsi l’armée israélienne peut garder sa pureté, sa réputation « d’armée la plus morale au monde ».

La vérité, c’est que ces atrocités sont le résultat direct du plan de bataille. Cela reflète la personnalité d’Ehud Barak – un homme dont le mode de pensée et d’action sont l’indice manifeste de ce qu’on appelle « la démence morale »( moral insanity], une maladie qui relève de la sociopathie.

Le véritable objectif de cette opération (outre le fait de gagner des sièges lors des prochaines élections) est de mettre un terme au pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza. Dans l’esprit de ses planificateurs, le Hamas est perçu comme un envahisseur qui aurait pris le contrôle d’un pays étranger. La réalité est, bien entendu, tout à fait différente.

Le mouvement Hamas a remporté la majorité des votes dans les élections éminemment démocratiques qui ont été tenues en Cisjordanie, Jérusalem-Est et dans la bande de Gaza. Il a gagné parce que les Palestiniens en étaient venus à la conclusion que l’approche pacifique du Fatah n’avait rien permis d’obtenir de la part d’Israël – ni un gel des colonies, ni la libération des prisonniers, ni les mesures importantes qui auraient rapproché de la fin de l’occupation et de la création de l’Etat palestinien. Le Hamas est profondément ancré dans la population – non seulement en tant que mouvement de résistance, de lutte contre l’occupant étranger, comme l’Irgun et le Groupe Stern le furent par le passé – mais aussi en tant qu’organisation politique et religieuse qui fournit des services sociaux, éducatifs et médicaux.

Du point de vue de la population, les combattants du Hamas ne sont pas un corps étranger, mais les fils de chaque famille vivant dans la bande de Gaza et dans les autres territoires palestinien. Ils ne sont pas « cachés derrière la population », mais au contraire la population les considère comme ses seuls défenseurs.

Par conséquent, l’ensemble de cette opération est basée sur des hypothèses erronées. Faire de sa vie un enfer ne conduira pas la population à se soulever contre le Hamas, mais au contraire, à se rassembler derrière lui et renforcera sa détermination à ne pas se rendre. La population de Leningrad ne s’est pas dressée contre Staline, pas plus que les Londoniens se dressèrent contre Churchill.

Celui qui donne l’ordre de mener une telle guerre, avec de telles méthodes, dans une zone densément peuplée, sait qu’il provoquera d’horribles massacres de civils. Apparemment, cela ne l’a pas effleuré. Ou alors il a estimé qu’ « ils allaient changer leurs façons de faire » et que « cela se graverait dans leur conscience », de sorte que, dans l’avenir, ils n’oseront plus résister à Israël.

L’une des plus grandes priorité pour les planificateurs est la nécessité de minimiser les pertes parmi les soldats, sachant que le sentiment d’une grande partie de l’opinion publique favorable à la guerre serait différent si des pertes apparaissaient. C’est ce qui s’est passé durant la première et la seconde guerre du Liban.

Cette préoccupation a joué un rôle particulièrement important car cette guerre en sa totalité fait partie de la campagne électorale. Ehud Barak, qui a gagné en popularité dans les sondages dans les premiers jours de la guerre, savait que sa cote s’effondrerait si des images de soldats morts occupaient les écrans de télévision.

Par conséquent, une nouvelle doctrine a été appliquée : éviter les pertes parmi les soldats en pratiquant la destruction totale sur leur passage. Les planificateurs ne sont pas seulement prêts à tuer 80 Palestiniens pour épargner un soldat israélien, comme cela s’est déjà produit, mais 800. La prévention des pertes de notre côté est la première règle, et elle est à l’origine du nombre record de victimes civiles dans l’autre camp.

Cela s’est traduit par le choix conscient d’un type de guerre particulièrement cruel – qui est aussi son talon d’Achille.

Une homme sans imagination comme Barak (son slogan électoral est « Pas un chic type, mais un dirigeant ») ne peut pas se représenter comment les gens sensés dans le monde entier réagissent face à des actes comme le meurtre de toute une famille élargie, la destruction de maisons sur la tête de leurs habitants, et aux rangées de linceuls blancs de garçons et de filles avant leur l’enterrement, aux compte rendus sur des victimes qui se vident de leur sang durant des jours avant de mourir parce que les ambulances ne sont pas autorisées à les secourir, au meurtre de médecins et d’infirmiers qui tentaient de porter secours aux blessés, à l’assassinat de conducteurs des camions de vivres de l’ONU. Les photos des hôpitaux avec les morts, les mourants et les blessés allongés à même le sol par manque de place, ont choqué le monde entier. Aucun argument n’a de force à côté de l’image d’une petite fille blessée gisant sur le sol, se tordant de douleur et criant : « Maman ! Maman ! »

Les planificateurs ont pensé qu’ils pourraient empêcher le monde de voir ces images en interdisant à la presse de couvrir les évènements. Les journalistes israéliens – pour leur honte – ont accepté de se satisfaire des communiqués et des photos fournies par le porte-parole de l’armée de terre, comme s’il s’agissait d’informations authentiques, tout en restant eux mêmes à des kilomètres de ces événements. Les journalistes étrangers n’ont pas été autorisés à travailler non plus, jusqu’à ce qu’ils aient protesté et ont alors été emmené en visites rapides et supervisées, organisées pour des groupes sélectionnés. Mais dans une guerre moderne, de telles images fabriquées et aseptisées ne parviennent pas à exclure du champ toutes les autres. Les caméras sont à l’intérieur de la bande de Gaza, au coeur de l’enfer, et ne peuvent pas être contrôlées. Al Jazeera diffuse en permanence des images qui sont reçues dans chaque foyer.

LA BATAILLE pour les écrans de télévision est l’une des batailles décisives de cette guerre.

Des centaines de millions d’Arabes, de la Mauritanie à l’Irak, plus d’un milliard de musulmans, du Nigeria à l’Indonésie voient ces images d’horreur. Cela a un fort impact sur la guerre. Beaucoup de téléspectateurs voient les dirigeants de l’Égypte, de la Jordanie et de l’Autorité Palestinienne comme des collaborateurs d’Israël et de ces atrocités commises à l’encontre de leurs frères palestiniens.

Les services de sécurité des régimes arabes voient apparaître un dangereux ferment dans ces peuples. Hosni Moubarak, le dirigeant arabe le plus exposé en raison de sa fermeture du point de passage de Rafah face à des réfugiés au visage terrifié, a commencé à faire pression sur les décideurs de Washington qui jusqu’à présent avaient bloqué tous les appels à un cessez-le-feu. Ils commencent à comprendre que cela représente une menace vitale pour les intérêts américains dans le monde arabe et ont subitement changé d’attitude – ce qui a provoqué la consternation parmi les diplomates israéliens.

Les personnes atteintes de « démence morale » ne sont pas vraiment à même de comprendre les motivations des gens normaux et doivent donc tenter de deviner quelles seront leurs réactions. « De combien de divisions dispose le pape ? » se moquait Staline. « De combien de divisions dispose la conscience des peuples ? » doit sans doute se demander Ehud Barak.

En fait, elles existent. Elles ne sont pas très nombreuses. Pas très rapide à réagir. Pas très fortes et organisées. Mais à un certain moment, avec le déferlement des atrocités et les manifestations de masse, cela peut décider de l’issue d’une guerre.

L’ECHEC à comprendre la nature du Hamas, a induit une incapacité à comprendre quels seraient les résultats prévisibles de cette guerre. Non seulement Israël est incapable de la gagner, mais le Hamas ne peut pas la perdre.

Même si l’armée israélienne réussissait à tuer les membres du Hamas jusqu’au dernier combattant, le Hamas serait tout de même victorieux. Les combattants du Hamas seraient considérés comme des exemples pour la nation arabe, des héros du peuple palestinien, des modèles à imiter pour chaque jeune du monde arabe. La Cisjordanie tomberait entre les mains du Hamas comme un fruit mûr, le Fatah se noierait dans un océan de mépris, et les régimes arabes seraient menacés d’effondrement.

Si à la fin de la guerre le Hamas est encore debout, ensanglanté, mais invaincu, en face de la puissante machine militaire israélienne, cela apparaîtra comme une victoire fantastique, une victoire de l’esprit sur la matière.

Ce qui va se graver dans la conscience mondiale, ce sera l’image d’Israël vu comme un monstre taché de sang, prêt à tout moment à commettre des crimes de guerre et non pas à faire preuve de retenue en respectant la morale. Cela aura de graves conséquences pour notre avenir à long terme, notre position dans le monde, nos chances de parvenir à la paix et à la tranquillité.

En fin de compte, cette guerre est également un crime contre nous-mêmes, un crime contre l’État d’Israël.

Par Uri Avnery, 10 janvier 2009
Publication originale Gush Shalom, traduction Contre Info


Uri Avnery (ou Uri Avneri) (de son nom de naissance Helmut Ostermann) est un écrivain et journaliste israélien né le 10 septembre 1923 à Beckum (Westphalie, Allemagne). Surtout connu pour être un militant des droits des palestiniens et pacifiste convaincu, il appartient à une tendance de la gauche israélienne [...] Il est cofondateur de Gush Shalom, (en français Bloc de la Paix), mouvement israélien qui milite pour la paix et en vue de la création d’un État palestinien. Gush Shalom est sur ce point en accord avec Shalom Archav (en français La Paix maintenant), un mouvement prônant un retour aux frontières de 1967 de la part d’Israël, la partition de Jérusalem et la création d’un État palestinien distinct d’Israël au côté de celui-ci sous le slogan de "Deux peuples, deux états".

Islam : L’ennemi fabriqué

La « Guerre contre le Terrorisme », instaurée par les États-Unis suite aux attentats du 11 Septembre, prétend défendre la patrie américaine et plus généralement « le monde civilisé » contre les extrémistes islamistes et l’« Axe du Mal ». Cette guerre nous est présentée comme une « guerre juste », alors que de plus en plus d’éléments indiquent qu’en réalité elle ne fait que servir des objectifs géopolitiques et économiques. Dans l’article ci-dessous, la journaliste Silvia Cattori dénonce la diabolisation orchestrée de l’Islam -et par extension des nations et des populations musulmanes- afin de construire un consensus en faveur de cette guerre.


Par Silvia Cattori, le 16 novembre 2008 pour Mondialisation.ca

« Viendra un temps où les responsables des crimes contre l’humanité, qui ont accompagné le conflit israélo-palestinien et d’autres conflits de notre époque, seront appelés à répondre devant les tribunaux des hommes ou de l’histoire, avec leurs complices et tous ceux qui, en Occident, ont choisi le silence, la lâcheté et l’opportunisme ». (ISM-Italia)

Les va-t-en-guerre se sont appuyés sur des attentats isolés, aux origines mal élucidées, pour incriminer tout à la fois, Oussama Ben Laden, Saddam Hussein, les Palestiniens, les « musulmans » en général, et influer sur notre perception [1].

Pour justifier leurs guerres unilatérales, et légaliser, sous le masque d’une « guerre mondiale au terrorisme », leurs violations des droits des peuples et du droit international, il leur fallait commencer par mentir et fabriquer un ennemi.

Est-il besoin de rappeler que, avant d’envahir l’Irak en 2003, l’administration Bush avait présenté de faux documents de façon à accréditer la possession d’« armes de destruction massive » par le Président Saddam Hussein et une responsabilité irakienne dans les attentats du 11 septembre 2001 ?

Cette falsification monstrueuse n’était que l’un des innombrables mensonges répandus pour entraîner le monde entier dans des guerres criminelles à répétition.

Depuis 2005, grâce à l’enquête confiée par le Conseil de l’Europe au sénateur suisse Dick Marty [2], nous savons comment, dans le cadre de cette prétendue « guerre au terrorisme », les officiers de la CIA et du FBI ont fait transférer dans des prisons secrètes, pour y être sauvagement torturés, nombre de musulmans kidnappés au hasard. Nous savons également comment des pays européens ont étroitement participé à ces activités, contraires aux principes fondamentaux dont ils se réclament. [3]

Mais nous sommes très loin d’imaginer toute la mesure dans laquelle ces pouvoirs se servent de journalistes et d’agences de « relations publiques » [4] pour répandre la peur de façon à imposer une fausse perception des choses.

« On est dans un moment épouvantable. Le milieu intellectuel parisien est dans une dérive parareligieuse, dans une islamophobie latente (…) Il n’y a aucune raison d’avoir peur de l’Islam » répondait l’intellectuel français Emmanuel Todd au journaliste qui lui demandait s’il n’avait pas "peur des musulmans". [5]

Pourtant, en Occident, cette peur des musulmans est bien là, palpable.

Il a suffi aux idéologues, adeptes du « choc des civilisations », d’associer l’Islam au « terrorisme », le port du voile au « fanatisme », pour distiller insidieusement un sentiment d’insécurité et créer un profond rejet contre cette religion. On doit malheureusement constater que la majorité des grands médias ont fait largement écho à leurs arguments racistes – délibérément ou par ignorance – contribuant ainsi à amplifier cette vaste intoxication.

Nous en sommes les témoins directs. Des journalistes, des journaux à grand tirage, des présentateurs télévisés ont abusé de manière stupéfiante de leur position.

Chacun de nous peut se souvenir de tel ou tel commentateur, ou envoyé spécial en Irak ou en Palestine, qualifiant de « terroristes » ceux qui se dressaient contre l’envahisseur, alors qu’il s’agissait de résistants. Ou encore de tel autre journaliste faisant systématiquement passer des idées grotesques, sur le voile et la « charia » (la loi musulmane), pour entretenir l’impression que les musulmans « ne sont pas comme nous », n’acceptent pas « nos » valeurs, saisissant toute occasion de les associer au « fanatisme », à l’« arriération », à l’« oppression » de la femme [6].

Sans ces féroces campagnes de dénigrement de la culture et des traditions de la société arabe, le développement des préjugés islamophobes n’aurait jamais pu prendre une telle dimension. Et l’indifférence des gens demeure si totale, malgré les images insoutenables de détenus torturés, ou de civils déchiquetés par les bombardements, en Palestine, au Liban, en Irak, en Afghanistan.

Il faut appeler les choses par leur nom. Ce qui nous a été présenté comme une guerre pour « restaurer la loi et la sécurité », n’était ni plus ni moins une guerre islamophobe. Une guerre totalement instrumentalisée par des intervenants dévoués à la défense des intérêts d’Israël au Moyen-Orient avant tout.

Dans des pays comme la Suisse ou l’Italie, par exemple, où l’on n’avait jamais connu d’attentats pouvant être attribués à des Arabes ou à des musulmans, des personnes qui n’avaient rien à se reprocher, ont été ciblées en raison de leur appartenance religieuse. Et – dans tous les milieux sociopolitiques – dès les années 2000 surtout, les gens ont commencé à regarder avec de plus en plus de méfiance les femmes portant le foulard et les fidèles qui fréquentaient les mosquées.

Cette criminalisation, consciente ou non, d’une population importante (l’Union européenne compte 15 millions de musulmans), avait une motivation éminemment politique. Elle devait préparer l’opinion publique à adhérer à la guerre ou à l’accepter.

La criminalisation des musulmans a servi à cela : à conditionner l’opinion pour que nul n’aille s’apitoyer sur les souffrances que nos « défenseurs des libertés » leur faisaient endurer ; et aussi à préserver les criminels étatiques de toute critique.

Cette politique cynique, à laquelle des journalistes asservis ont indéniablement contribué, porte un nom : « stratégie de la tension ». Une stratégie qui consiste à cibler et dénigrer des citoyens ordinaires, -ici des musulmans respectueux des lois- à les accuser de choses absurdes et, le moment venu, à leur attribuer les provocations ou les attentats que des agents clandestins étatiques ont préparés à cet effet, ou – et cela se produit plus souvent qu’on ne l’imagine- ont parfois eux-mêmes perpétrés.

Ce n’est pas une fiction. Dans un ouvrage intitulé « Les armées secrètes de l’OTAN » [7], l’historien suisse Daniele Ganser a montré comment, durant la « guerre froide », les États-Unis, et leurs alliés européens, se sont servis d’un réseau clandestin formé par l’OTAN, en association avec la CIA, appelé « Gladio », pour fomenter des attentats meurtriers et ensuite les attribuer aux communistes. Vincenzo Vinciguerra, qui a participé à la préparation de ces attentats à la bombe contre des innocents, a confirmé par la suite que le but recherché par ces massacres était de provoquer la panique et de pousser les autorités vers un régime autoritaire.

Aujourd’hui, les mêmes manipulations ne sont-elles pas toujours à l’œuvre, à notre insu ?

Mais, cette fois, les manipulateurs étatiques ne ciblent plus les gauchistes et les communistes, comme durant les années 60-80 ; ils ciblent les Arabes et les musulmans. Chaque attentat est tout de suite mis à profit par ces « spécialistes du terrorisme », appelés à les commenter et les expliquer, pour relancer le débat et accroître la méfiance vis-à-vis de l’Islam.

Il n’y a, en général, aucune réaction pour contester l’arbitraire et les falsifications. [8] Il est donc d’autant plus aisé, de répandre des fausses nouvelles, que les médias traditionnels ne montrent aucune propension à aller enquêter, comme il se devrait, pour vérifier si les versions officielles sont plausibles. [9]

Les citoyens, pris dans la désinformation, sont loin de s’imaginer que leurs autorités, aidées par le quatrième pouvoir, pourraient tremper, de près ou de loin, dans la mise en place de stratégies contraires à leur intérêt, et on les comprend.

Mais, aujourd’hui, quelque chose est en train de changer : les victimes commencent à sortir la tête de l’eau et à parler [10]. Et, pour certaines d’entre elles, à exprimer leur amertume vis-à-vis de ces journalistes et journaux qui ont été à l’origine de leur descente aux enfers. Il est urgent de les écouter. Et de lever le voile sur cette sombre période.

Les deux exemples qui suivent concernent des personnalités très différentes, mais qui ont une chose en commun : ils ont été l’objet d’accusations, aussi infondées que dévastatrices, de la part de médias clairement orientés.

Les mensonges qui tuent : le cas de Youssef Nada.

M. Nada, ingénieur et banquier italien d’origine égyptienne, est une des victimes de ces campagnes médiatiques mensongères. Suite aux accusations d’une poignée de journalistes, il a été inscrit sur la liste noire de l’ONU. Bien que son innocence ait été confirmée par les tribunaux, ses biens restent gelés et il demeure, depuis 2001, assigné à résidence dans la minuscule enclave de Campione d’Italia. [11]

Il dirigeait une société bancaire florissante dans la ville suisse de Lugano, quand un article de Guido Olimpio, paru sur le « Corriere della Sera » [12], l’a brutalement frappé. Le journaliste l’accusait alors de financer le groupe palestinien du Hamas. Groupe que l’occupant israélien considérait comme « terroriste » et visait à faire cataloguer comme tel par les pays occidentaux.

C’était en 1997. Ce qui confirme que la stratégie de criminalisation était déjà à l’œuvre bien avant les attentats du 11 septembre 2001. L’accusation formulée contre lui a eu des conséquences terriblement lourdes. Bien qu’elle ait été dûment démentie, elle a été reprise sans vérification par d’autres journalistes et a ainsi continué à faire les grands titres de la presse internationale [13]. Pour finir par se transformer en « vérité ».

Le doute et l’opprobre jeté sur M. Nada a permis, dans un premier temps, de stigmatiser cet éminent opposant politique au régime dictatorial du Président Moubarak (un allié des États-Unis et d’Israël) et de discréditer l’association des Frères musulmans, dont M. Nada est également une des personnalités les plus respectées.

Dans un second temps, les accusations du "Corriere della Sera" ont permis au FBI de désigner M. Nada lors des attentats du 11 septembre et de faire de lui un coupable.

C’est ainsi que, le 7 novembre 2001, M. Nada a sursauté en entendant le Président des États-Unis en personne dire, sur une chaîne télévisée, que la société Al Taqwa, qu’il dirigeait à Lugano, était le principal pourvoyeur de fonds d’Oussama Ben Laden.

Sur quelle preuve M. Bush pouvait-il bien fonder une si énorme accusation ? Le seul élément jamais présenté par le FBI, aux autorités suisses, reste l’article du « Corriere della Sera » écrit par Guido Olimpio en 1997.

Ce qui aurait pu ne rester qu’une accusation sans fondement était devenu une « vérité » officielle planétaire permettant de légitimer des sanctions illégales et des guerres.

Cette fois ce n’était pas seulement avec le mouvement palestinien Hamas que M. Nada était accolé ; mais avec le « diable » en personne ! Oussama Ben Laden ! Cette fois M. Nada était brûlé.

Comme il le dit lui-même, dans le film que lui a consacré Andrea Canetta : « Calomnier quelqu’un de mon âge revient à le tuer avant qu’il ne meure. Ils m’ont assassiné. Le fait que je me tienne debout devant vous ne signifie pas que je sois vivant. Ils m’ont tué, moi et ma famille, ma réputation. Ils ont détruit tout ce que j’avais construit au cours de ma vie » [14].

Basé sur un pur mensonge, un engrenage kafkaïen venait de se mettre en place. Depuis sept ans, M. Nada en est réduit à se battre devant les tribunaux et devant l’opinion publique pour que justice lui soit enfin rendue.

Le mal est fait. Même si, demain, justice lui était rendue, sa vie a déjà été massacrée.

Le cas de Kassim Britel.

C’est une autre histoire horrifiante. Elle concerne cet Italien d’origine marocaine, victime, comme des milliers d’autres musulmans, d’une de ces opérations criminelles de la CIA appelées « extraordinary renditions ».

M. Kassim Britel voyageait au Pakistan quand, le 10 mars 2002, il a été enlevé par les Services de renseignement pakistanais. Il a été torturé, puis « vendu », oui vendu, aux officiers du FBI et de la CIA [15]. Ces derniers l’ont torturé à leur tour et lui ont promis argent et liberté s’il acceptait d’espionner des musulmans. Comme il a refusé, ils l’ont livré aux Services secrets marocains afin qu’ils l’interrogent et le torturent encore. Il est toujours dans leurs mains à ce jour, alors même que son innocence a été démontrée, et malgré la pressante invitation au gouvernement italien, contenue dans la Résolution du Parlement européen sur les « vols secrets de la CIA », pour que l’Italie « fasse des pas concrets pour sa libération ».

Ici aussi, il y a une famille traumatisée par la manière avec laquelle on a transformé un mari, un fils, un frère, en « criminel ». Ici aussi ce sont les accusations, jamais prouvées, d’un journaliste qui ont été, semble-t-il à l’origine de la diabolisation de la victime.

Son épouse raconte son calvaire d’une voix douce. « Mon époux a été calomnié d’une manière très lourde par quelques journalistes qui, semble-t-il, diffusent ce que veulent les services secrets ». Raison pour laquelle Mme Britel a ouvert une action en justice contre les quotidiens italiens, « Il Corriere della Sera » et « Libero ».

« Déjà en 2001, quatre mois avant que mon mari ne soit enlevé illégalement et remis à des agents de la CIA au Pakistan, Guido Olimpio avait écrit un article dans lequel il le présentait comme un dangereux terroriste. J’étais très en colère. Il disait qu’il était toujours en voyage, qu’il était membre d’un réseau terroriste islamiste, qu’il fournissait de faux papiers d’identité, que nos noms et adresses avaient été trouvés à Kaboul, et que, sous couvert d’une vie anonyme et tranquille, il disparaissait périodiquement. Il parlait de passeports vierges volés dans notre ville, de sa prétendue appartenance au « Groupe salafiste pour la prédication et le combat, associé à Oussama Ben Laden ».

Ce n’étaient que de pures inventions ! Mon mari menait une vie normale. Comment un journal peut-il accepter que l’on invente des choses pareilles dans un pays civilisé ? Je n’arrivais plus à raisonner. Je me disais : regarde ce qu’ils nous ont fait ! Tout cela a détruit notre famille. Ils veulent m’incriminer moi aussi parce que je défends mon époux, parce que je porte le foulard.

Le journaliste ne présentait jamais aucune preuve justifiant le contenu de ses dénonciations. En le lisant, je me disais qu’il ne parlait pas de mon mari, que tout cela était absurde, qu’il parlait de quelqu’un d’autre, qu’il inventait ces choses pour faire le portrait de celui qu’il voulait faire passer pour un « terroriste dormant ». Tout ce qu’il disait n’avait rien à voir avec la réalité. C’étaient des affirmations gratuites qui ne reposaient sur rien. Malgré cela, il est revenu à la charge plusieurs fois pour dire des mensonges présentés comme de graves révélations mettant en cause mon mari.

C’est dans le contexte délétère de la radicalisation raciste ayant suivi les attentats du 11 septembre, que le « Corriere della Sera », a édité à 2 millions d’exemplaires le pamphlet islamophobe d’Oriana Fallaci « La rabbia e l’orgoglio » [16] [La Rage et l’Orgueil] qui qualifiait l’Islam de « nazifascisme » et appelait à la haine contre les musulmans.

Je me rappelle que, le 19 novembre 2001, j’ai trouvé une foule de journalistes qui m’attendaient sur mon lieu de travail. Et que, les 20 et 21 novembre, il y a eu une dizaine d’articles. Les plus lourdement accusateurs étaient ceux du "Corriere della Sera". [17]. Les gens que je rencontrais me disaient « Tu as lu le titre du Corriere ? ».

Quand je lisais ces choses, cela me tombait dessus. Même si je voulais réagir, je ne pouvais pas. J’étais paralysée. J’ai dû m’enfuir de ma maison.

J’ai écrit au Président, aux ministres. Depuis des années je demande justice. Le fait qu’il soit innocent n’a pas servi à rendre à Kassim sa liberté et à lui restituer son honneur. Sa vie est en péril. Je suis fatiguée et indignée. Nous sommes des citoyens sans droits.

Quand, suite à ma dénonciation pénale, Guido Olimpio a été convoqué et interrogé par la police judiciaire, il a déclaré : « Les informations proviennent de divers organes du Renseignement italien et aussi étrangers par voie confidentielle ». Était-ce une manière de ne pas avouer qu’il avait menti du début à la fin ?

Je tiens à souligner que le rôle du gouvernement Berlusconi et de ses Services secrets – alors dirigés alors par Franco Frattini [18] – est fondamental dans cette affaire. Ils étaient au courant de l’arrestation de mon mari et de ce qu’il subissait, et ils ne me le disaient pas. Les polices collaboraient avec les services de la CIA, du Pakistan et du Maroc, en dehors du cadre légal, comme cela est démontré dans les actes de l’enquête italienne, fermée et archivée en septembre 2006 ».

Pourquoi ont-ils agi ainsi ?

« Il y a un épisode qui l’explique. Nous étions en 2001, peu avant la réunion du G8 à Gênes. Les médias étaient remplis d’articles qui annonçaient que des groupes « extrémistes islamistes » se préparaient à aller au G8 verser « du sang infesté » sur les forces de l’ordre. C’est durant cette période que la police a mis sous enquête tous les musulmans qui fréquentaient les mosquées et a perquisitionné leurs foyers. En juillet, quand notre maison a été perquisitionnée, Kassim était en voyage au Pakistan. C’est précisément à cette époque que les titres des journaux mettaient l’Italie en émoi en annonçant la probabilité d’attaques imminentes d’ « islamistes ». A noter que, lors de la réunion du G8, il n’y a eu aucune attaque organisée par des musulmans. En revanche, il y a eu des provocations et des violences policières.

Deux mois après la fermeture du dossier de Kassim par la justice, le 29 septembre 2006, le « Corriere della Sera », qui avait toujours fait ses grands titres pour diffamer mon mari et l’associer au terrorisme international, aux Talibans et à Ben Laden, en l’appelant de manière impropre « El Kassim », a publié une petite note en page 13, sous le titre : « Terrorisme, accusations inconsistantes pour Britel ». Ainsi, celui que Guido Olimpio avait toujours appelé « El Kassim » était devenu soudain « Britel » au moment où il était innocenté.

Les lecteurs n’allaient pas forcément faire le lien entre le « terroriste » fabriqué de toutes pièces, et l’honnête homme qui avait injustement subi presque sept années d’emprisonnement et de tortures. Il ne sera pas rappelé non plus que « Britel » avait été victime des abominables « renditions » et détentions secrètes illégales de la CIA, condamnées par le Conseil de l’Europe et le Parlement européen. Ceci pour dire, en conclusion, que les lecteurs auront été désinformés jusqu’au bout ».

Comme cela apparaît, au travers de ces deux cas révoltants, la priorité des médias en général, n’est pas d’attirer l’attention du monde sur les souffrances provoquées par les violations du droit international perpétrées par des grandes puissances, dans le cadre de cette « lutte contre le terrorisme ». La priorité est d’inonder les gens et les librairies d’articles et d’ouvrages évoquant un lien entre « islam et terrorisme ». La priorité est d’entretenir la peur du « terrorisme religieux », cette « hydre menaçante à cent têtes » qui « étend sa progression jusqu’au seuil de nos portes » [19].

La déshumanisation des Arabes est une arme de guerre. Une arme, que l’État colonial israélien a toujours utilisée avec un évident succès. C’est ainsi que les Palestiniens ont toujours été maltraités et présentés abusivement par leur occupant comme « terroristes ».

Pendant ce temps, derrière le paravent de prétendus « processus de paix », Israël a réussi à entraîner « l’Occident » dans sa confrontation militaire avec le monde arabe et à lui faire adopter son système « orwellien » de surveillance des populations. Transformant ainsi son conflit régional en confrontation globale, en une guerre mondiale contre l’Islam.

Cet état de guerre qui humilie et ensanglante les peuples du Moyen-Orient depuis 60 ans, et qui maintient l’opinion publique sous le règne du mensonge, a déjà trop duré.

« Aujourd’hui, alors que notre planète est « minée » par d’innombrables conflits entre groupes, entre États, et même entre sphères culturelles, nous avons un énorme besoin d’un « journalisme de la paix » qui nous offre des clés pour comprendre ces conflits, qui nous donne des éléments pour saisir les contradictions qu’ils reflètent, et qui nous propose des pistes de réflexion sur la manière de les transformer et transcender . » [20]

Pour contribuer à mettre un terme à ces cruels conflits, il ne faut pas avoir peur de dire la vérité, même si cela n’a rien d’agréable. Car il est encore bien plus désagréable de découvrir les souffrances endurées par des innocents injustement condamnés.

Mais, comme le dit si justement le journaliste Alan Hart : « L’enfer, c’est lorsque vous comprenez que votre vie touche à son terme et que vous n’avez pas mobilisé tous vos talents et toutes vos ressources autant que vous auriez pu le faire afin de changer quelque chose – c’est-à-dire que l’enfer, c’est le moment où vous prenez conscience, après mûre réflexion, que vous avez gâché votre vie. Le Paradis, en revanche, c’est la prise en considération de l’approche de votre mort sans crainte, parce que vous savez qu’au contraire, vous avez fait de votre mieux pour changer, aussi peu que ce soit, le monde. » [21]

Le site de Silvia Cattori, journaliste indépendante en Suisse : http://www.silviacattori.net/


[1] Sur les « stratégies du mensonge dans la politique contemporaine » et le fonctionnement de la falsification lire l’ouvrage : « La fabbrica del falso » de Vladimiro Giacchè, Derive-Approdi, 2008.

[2] Voir : « Allégations de détentions secrètes et de transferts illégaux de détenus concernant des États membres du Conseil de l’Europe », Rapport de M. Dick Marty à la Commission des questions juridiques et des droits de l’homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, 12 juin 2006. « Détentions secrètes et transferts illégaux de détenus impliquant des États membres du Conseil de l’Europe : 2e rapport », Rapport de M. Dick Marty à la Commission des questions juridiques et des droits de l’homme de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, 7 juin 2007. Le Parlement européen a, de son côté, réalisé une enquête approfondie instituant le TDIP (Temporary Committee on the alleged use of European countries by the CIA for the transportation and illegal detention of prisoners).

[3] Voir : « Jean-Claude Paye : Les lois antiterroristes. Un acte constitutif de l’Empire », par Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 12 septembre 2007.

[4] Voir à ce sujet : « Opération Balkans : publicité pour la guerre et la mort », par Jörg Becker et Mira Beham, Horizons et débats, 11 novembre 2008. « Comment la machinerie croate des relations publiques s’est mise à polariser l’opinion avec l’aide de « Ruder Finn » », extraits du livre « Kriegstrommeln – Medien, Krieg und Politik » de Mira Beham, Horizons et débats, 12 novembre 2008.

[5] Voir : « Le milieu intellectuel parisien est dans une islamophobie latente », Interview d’Emmanuel Todd, El Watan. 3 novembre 2008.

[6] Les partisans de la manière forte avec les Arabes et les musulmans, les plus remarqués : Daniel Pipes aux États-Unis ; le « philosophe » Alain Finkielkraut, un peu l’équivalent français d’Oriana Fallaci ; le journaliste Alexandre Adler. A la veille de la guerre contre l’Afghanistan, ce dernier prétendait qu’elle aurait le mérite de libérer les femmes de la Burka. Dans le Figaro, du 8 novembre 2008, il a fait l’éloge de Bush, cet allié docile d’Israël pour que l’on n’oublie pas d’« instruire à décharge et de reconnaître le grand courage du président à l’heure de l’épreuve, sa détermination à porter le fer au cœur du dispositif ennemi, en Irak » ; voir cet article.

[7] Voir : http://www.voltairenet.org/librairie/product_info.php ?products_id=65

Voir également : « Le terrorisme non revendiqué de l’OTAN », par Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 29 décembre 2006.

[8] En pleine offensive israélienne, Guido Olimpio a lancé de très graves accusations pour criminaliser, à nos yeux, l’adversaire d’Israël, donc celui qui se trouvait du côté des agressés. Voir : « Droga e viagra, così si finanzia Hezbollah », par Guido Olimpio,Corriere della Sera, 22 juillet 2006.

[9] Les journalistes qui remettent en question l’histoire officielle et en démontrent les points faibles sont ostracisés, contraints de s’exiler, comme Christopher Bollyn, journaliste d’investigation pour American Free Press ; ou poursuivis en justice, comme l’Allemand Jürgen Cain Külbel.

[10] Voir : « Sami El Haj, journaliste d’Al-Jazira, témoigne », par Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 18 juillet 2008.

Moazzam Begg, autre rescapé de Guantanamo raconte son histoire dans le livre : « Enemy Combatant : The Terrifying True Story of a Briton in Guantanamo ».

[11] Voir : « L’incroyable histoire de Youssef Nada », par Silvia Cattori, mondialisation.ca, 13 juin 2008. « Youssef Nada : Pour nous le mal est déjà fait », par Silvia Cattori, mondialisation.ca, 30 octobre 2008.

[12] Chef de la rubrique étrangère du "Corriere della Sera" dès 1987. Correspondant en Israël de 1999 à 2003. Voir l’article : « Hamas perde metà del tesoro », par Guido Olimpio, Corriere della Sera, 20 octobre 1997. Voir également la notice concernant M. Olimpio, sur le Site officiel de Youssef Nada.

[13] Richard Labévière, journaliste de radio RFI, a repris les accusations d’Olimpio. Dans le documentaire, diffusé par la télévision suisse TSR, il associait M. Nada à l’attentat de Luxor en 1998,où 60 touristes, en majorité suisses, avaient été tués. Ce qui a conduit la Procureure suisse de l’époque, Mme Carla Del Ponte, à interroger M. Nada. Elle a conclu que les informations selon lesquelles Al Taqwa – la société de M. Nada – finançait le terrorisme, émanaient « des services », et que « M. Nada et sa société, n’avaient rien à voir avec le terrorisme » (Corriere del Ticino, 2 juin 2006). Les journalistes en question ont néanmoins continué, durant des années, à écrire des livres et des articles qui faisaient de M. Nada un suspect

[14] Voir sous ce lien, le film d’Andrea Canetta sur Youssef Nada – intitulé « Nel nome dell’uomo » – diffusé le 2 novembre 2008 par la Télévision suisse italienne : http://www.rtsi.ch/trasm/storie/welcome.cfm ?idg=0&ids=0&idc=35702

[15] Pour plus d’information sur M. Britel, voir : http://www.giustiziaperkassim.net

Voir également : « Résolution du Parlement européen sur l’utilisation alléguée de pays européens par la CIA pour le transport et la détention illégale de prisonniers (2006/2002(INI)) ». Rapport 2008 d’Amnesty International Italie . « Italy : A briefing to the UN Committee against Torture », Amnesty International, 2007. « Pakistan. Les droits humains bafoués au nom de la « guerre contre le terrorisme ». Synthèse », Amnesty International, 29 septembre 2006.

[16] Un article d’Oriana Fallaci, publié le 25 septembre 2001 par le “Corriere della Sera”, où elle réagissait aux attentats du 11 septembre, et qui deviendra un livre : « La Rage et l’Orgueil », Plon, 2002 (éd. italienne : 2001) ; « La Force de la Raison », Rocher, 2004. Les allégations islamophobes d’Oriana Fallaci ont été démontées par divers auteurs : Stefano Allievi : « Niente di personale, signora Fallaci », Aliberti, 2006. Stefano Allievi : « Ragioni senza forza forze senza ragione : una risposta a Oriana Fallaci », EMI, 2004. Giancarlo Bosetti : « Cattiva maestra », Marsilio, 2005.

[17] L’article que Mme Britel considère comme le plus cruel : « Da Bergamo a Kabul : così il marocchino reclutava militanti », 20 novembre 2001 – Corriere della Sera. Olimpio Guido.

Autres articles : « El Kassim, l’ insospettabile di Bergamo che arruolava volontari della Jihad Guido Olimpio », Pubblicato il 20 novembre 2001 – Corriere della Sera. Le 22 mai 2003, alors que M. Britel était de nouveau soumis à torture et détenu en secret, M. Olimpio le disait impliqué dans le massacre de Casablanca ; voir : « Il mistero di El Kassim, da Bergamo a Casablanca (via Kabul) », par Guido Olimpio, Corriere della Sera, 22 mai 2003. Mme Britel suppose que M. Olimpio connaissait une note « réservée » des Services qui précisait que les autorités du Maroc ne le considéraient pas comme impliqué dans cet attentat.

[18] L’actuel Ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, était « Ministre en charge de la coordination des Services d’information et sécurité » du 11.6.2001 au 13.11.2002.

[19] Rhétorique que l’on trouve dans le recueil des articles de Guido Olimpio : « La rete del terrore », Sperling & Kupfer, 2002.

[20] Voir : « Journalisme de guerre et guerre contre le journalisme », par Abbas Aroua, Fondation Cordoue de Genève, 27 juin 2008.

[21] Alan Hart, ancien correspondant en chef, au Moyen-Orient, de la chaîne britannique « Independent Television News » [ITN] ; présentateur de la célèbre émission de la BBC, Panorama, auteur de l’ouvrage « Le sionisme : Le véritable ennemi des juifs » (« Zionism : The Real Enemy of the Jews »)

Richard Labévière dénonce l’Orwellisation de la presse française

Par William Castel pour Agoravox, le 23 août 2008

Viré pour mal-pensance, Richard Labévière contre-attaque

 

Rédacteur en chef à Radio France Internationale (RFI), grand reporter et écrivain spécialiste du Proche et du Moyen Orient, Richard Labévière vient d’être licencié, au motif qu’il n’aurait pas demandé la permission de sa direction pour faire une interview de Bachar el-Assad le 8 juillet dernier, juste avant l’arrivée du Président syrien en France en visite officielle (l’interview incriminée est en ligne sur le site de TV5 Monde).

Un prétexte aberrant, qui cache d’évidence d’autres raisons…inavouables.

Le licenciement de ce journaliste de renommée internationale a été prononcé en plein mois d’août, le 12 exactement, à la dérobée, comme si de rien n’était… Une évidente volonté de discrétion, respectée scrupuleusement par tous les grands médias français, puisque pas un seul à ce jour (sauf erreur) ne s’est fait l’écho de ce limogeage.

Richard Labévière livre aujourd’hui ce qui lui semble être les vraies raisons de son renvoi.

Celui-ci s’inscrit d’abord, dit-il, dans "une suite de harcèlements professionnels" de la part de la direction de RFI, sur une durée de 4 ans. Labévière s’est ainsi vu retirer en 2005 l’Editorial international de RFI sur la simple demande de l’ambassadeur d’Israël en France, Nissim Zvili.

Labévière dit aussi avoir été victime de menaces de mort sur son lieu de travail, "émanant vraisemblablement du Betar" (milice sioniste), "avec des complicités internes à RFI". L’accusation est forte.

Il s’agirait, par ces pratiques, d’intimider les journalistes qui sortent du discours officiel pro-israélien que RFI chercherait à imposer.

Labévière note que sa mise au pas intervient au moment où Christine Ockrent, épouse du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, et Alain Pouzilhac prennent la tête de l’Audiovisuel extérieur de la France (RFI, TV5 Monde et France 24). Coïncidence ?

Il s’agirait ni plus ni moins, selon lui, que d’imposer une lecture néoconservatrice, américaine ou israélienne, des crises proche-orientales. Avoir une lecture pro-palestinienne ou pro-arabe ne serait aujourd’hui plus permis.

Retour du délit d’opinion ? Mainmise d’une pensée unique ? Terrorisme intellectuel ? Richard Labévière va jusqu’à parler d’Orwellisation de la presse française, publique et privée.

A l’heure où le pluralisme semble menacé, sans que les médias s’en émeuvent le moins du monde, une pétition de soutien à Richard Labévière vient d’être mise en ligne.

Le journaliste a décidé d’assigner en justice la chaîne publique qui l’employait. Un préavis de grève est par ailleurs lancé par les syndicats de RFI pour la rentrée, et un référé prudhommal aura lieu le 22 septembre prochain.

Touche pas à mon BHL

Rappelons que, parmi ses faits d’armes, Richard Labévière avait publié l’an dernier un livre intitulé Bernard-Henry Lévy ou La règle du je, dans lequel il démontait la "double imposture : philosophique et journalistique" que représente selon lui BHL.

"Il s’agit de démonter, note son éditeur, les bouffonneries qu’il fait passer pour de la philosophie et du journalisme, avec l’aide des médias et de la grande édition qui sont les chiens de garde de l’idéologie la plus réactionnaire." Labèvière présente BHL comme un "serviteur de l’Empire américain et du libéralisme mondialisé, ego médiatique vide et surdimensionné". De quoi s’attirer des ennuis…

Touche pas à mon ben Laden

Même si cela n’a vraisemblablement aucun rapport avec son licenciement estival, souvenons-nous aussi que Richard Labévière est l’un des deux journalistes (avec Alexandra Richard du Figaro) à avoir rapporté la présence d’Oussama ben Laden à l’hôpital américain de Dubaï du 4 au 14 juillet 2001, deux mois seulement avant les attentats du 11-Septembre, et sa rencontre, le 12 juillet, avec le chef d’antenne local de la CIA Larry Mitchell.

Extrait de son ouvrage Les Coulisses de la Terreur : "Recoupé et vérifié par d’autres témoignages, le récit de notre informateur atteste que la fameuse rencontre a eu lieu le 12 juillet 2001. Révélée le 31 octobre 2001 par Radio-France Internationale (RFI) et Le Figaro, l’information est aussitôt démentie par le directeur de l’hôpital, Bernard Koval (…). Le lendemain, RFI révèle l’identité de l’agent de la CIA qui, selon ses informations, a bel et bien rencontré ben Laden. Le représentant local de la CIA qui a rendu visite à Oussama ben Laden le 12 juillet 2001 à l’hôpital américain de Dubaï s’appelle Larry Mitchell."

Description du livre : "Deux mois avant les attentats du 11 Septembre, la CIA négocie encore avec Oussama ben Laden. Puis les Etats-Unis déclenchent les hostilités en Afghanistan. Ils laissent s’échapper le milliardaire saoudien et ses protecteurs, comme ils laissent s’évanouir leurs capitaux dans une jungle financière. Qui sont les complices au cœur même de l’establishment américain ? Aurons-nous bientôt un « ben Ladengate » ? Pour l’éviter, les idéologues de l’administration Bush inventent une nouvelle guerre froide : la guerre sans fin contre la terreur… Désormais, tous ceux qui ne partagent pas les valeurs du meilleur des mondes selon Washington sont suspectés de soutenir le terrorisme, sinon d’être des terroristes eux-mêmes, agents d’un nouveau complot contre le monde libre et les champions du Bien. Ce complot est baptisé d’un nom générique : Al Qaïda. Du Pakistan à Bali, de Riyad à Casablanca, de Genève à Lugano, enquêtant sur les lieux des attentats et les places bancaires, Richard Labévière parvient à une conclusion : Al Qaïda n’existe pas. Le terrorisme ne relève pas d’une organisation mondiale, mais d’une nébuleuse de réseaux qui s’enracinent localement, dans les économies les plus inégalitaires et les régimes politiques les plus arbitraires. Pourtant, la mythologie ben Laden continue. Pour survivre, l’Empire a besoin d’un ennemi et de faire la guerre : une guerre sans fin. "

Le livre a paru en novembre 2003. Les ennuis de Labévière ont commencé, d’après ses dires, il y a environ 4 ans… Non, il n’y a sans doute aucun rapport…

Apporter la paix ici à Kaboul ? C’est possible, il faudra juste 30 ans.

Les mauvaises recettes de l’Occident au pays de la guerre

Article de Giulietto Chiesa (député européen), paru dans La Stampa le 15 juin 2008

 

De Kaboul

L’histoire ne se répète jamais. Cela vaut aussi pour l’Afghanistan, et pourtant, avant même de rejoindre le fascinant bunker-hôtel 5 étoiles de l’Aga Khan Hôtel Serana à Kaboul, ce sont les choses elles-mêmes qui évoquent le passé. Les patrouilles d’hélicoptères de combat qui voltigent au-dessus de Kaboul sont quasiment identiques à leurs homologues soviétiques, même si le drapeau est différent. Et je me souviens de l’assurance tranquille de ce général soviétique qui me disait en 1985 que l’Afghanistan serait pacifié « dans 2 ou 3 ans » . Quatre ans plus tard, les chars soviétiques franchissaient à Termez le majestueux Amu Diarà pour rentrer à la maison. Battus. Evidemment, le parallèle ne tient pas. Les Moudjahidine s’appuyaient sur la puissance militaire des Etats-Unis, et le sort de cette guerre, qui fit 12 000 morts parmi les troupes russes, fut scellé lorsque les missiles Stinger mirent fin à la supériorité aérienne russe. Et il y avait en plus les milliards de pétrodollars que l’Arabie Saoudite wahhabite versait aux chefs de Peshawar. Et aussi l’appui actif des services de renseignement pakistanais, l’ISI.

Aujourd’hui, derrière les factions armées que, par paresse, nous appelons toujours « talibans », il n’y a apparemment plus que quelques factions fondamentalistes pakistanaises. Et à l’inverse, de l’autre côté, on trouve toute la puissance de feu de l’OTAN, la supériorité aérienne américaine, les photos satellites, la reconnaissance à l’aide de drones (aéronefs sans pilote), les attaques « automatiques », le renseignement, l’organisation guerrière, technologique, moderne. Un déséquilibre des forces qui, à première vue, devrait assurer la victoire. Mais alors, pourquoi cette victoire n’arrive-t-elle pas ? Que signifient ces forteresses assiégées en lesquelles les ambassades étrangères ont été transformées, les mesures drastiques de sécurité, les voitures blindées, les gilets pare-balles devenus la tenue presque obligatoire même à l’intérieur de la capitale ? Est-il possible que peu – ou même de nombreux – talibans arrivent à créer une situation apparemment aussi incontrôlable ? Il y a évidemment une autre explication : c’est que les recettes que nous avons appliquées ne sont probablement pas les bonnes ; que le peuple, dans les campagnes et les vallées reculées, ne nous perçoivent pas comme des alliés. Par exemple, de cet énorme flux de financement, quelle proportion arrive véritablement à destination, c’est-à-dire à la population ? Différentes études, forcément approximatives vu le contexte, indiquent que pour chaque dollar envoyé en Afghanistan, seulement 15 centimes arrivent vraiment sur le terrain. Le reste se perd dans les mille replis de la corruption, ou bien finit dans les poches des seigneurs de guerre, ceux-là mêmes qui ont martyrisé le pays et ont maintenant récupéré leurs lucratives positions dans les gouvernements locaux et dans ceux des provinces, d’où ils maîtrisent les trafics – y compris ceux de la drogue – et l’administration publique, en plus de leurs affaires privées. Tout ceci est l’œuvre non pas des talibans, mais de ceux qui ont été installés au pouvoir par l’Occident depuis le 11 Septembre. Et les gens le savent.

Un ancien journaliste afghan venu nous voir à l’hôtel Serena l’expliquait avec précision : « Ce pays est encore en grande partie analphabète mais ce n’est plus comme il y a 10 ans. Pas tant à cause des journaux indépendants qui existent mais que seule une petite partie de la population lit. Pas tant non plus à cause de l’existence d’une vingtaine de chaînes de TV privées, car ceux qui ont la télévision sont une infime partie de la population de Kaboul, et encore moins dans les provinces. C’est principalement la radio occidentale, que l’on peut recevoir dans tout l’Afghanistan, et qui transmet dans les deux langues, le Farsi et le Dari. Des millions de personnes l’écoutent, souvent avec parcimonie, car là où il n’y a pas d’électricité (80% du pays), les gens doivent acheter des piles qui coûtent très cher. Mais le résultat c’est que les gens savent beaucoup de choses qu’avant ils ignoraient. Ils peuvent se faire une opinion. Et le mécontentement est grand, et s’accroît toujours plus. » Dans ce contexte, les élections truquées et quasi incompréhensibles pour les gens valent ce qu’elles valent, c’est-à-dire presque rien, pour établir un consensus adapté. La Constitution, un arrangement institutionnel très similaire, extérieurement, à l’Etat de Droit de nos démocraties occidentales, pourrait laisser croire à un développement démocratique. Mais elle ne suffit pas à créer une inversion de tendance vers la stabilité.
Ce qui apparaît avec évidence, c’est le caractère « imposé par l’étranger », en plus de l’aspect « dirigé par l’étranger », d’un programme complexe de démocratisation à l’occidentale, dans lequel les Occidentaux s’évertuent depuis 6 ans à expliquer aux élites afghanes (et non à la population qui est inatteignable pour eux) qu’ils doivent se soumettre à des règles qu’ils ne reconnaissent pas, et que selon toute probabilité, la majorité d’entre eux n’aiment pas. Le président de la Cour Suprême, Azizi, résume de façon symbolique : « Nous pensions aller du mal vers le mieux et maintenant nous nous retrouvons après 6 ans à aller du mal vers le pire. » Ce qui est sûr, c’est que la chute a été longue : plus de 30 ans ne se remontent pas facilement. Mais comment faire pour réformer la justice si un juge perçoit seulement 50 dollars de salaire mensuel ? Pire encore, cela représente la moitié de ce que touche un jeune policier à peine enrôlé dans une formation qui l’amènera inexorablement à risquer sa vie dans un village perdu d’une vallée reculée, et où de surcroît il ne pourra rien faire pour se défendre et défendre sa famille quand déboulera la première bande de talibans ou de quelque seigneur de guerre. C’est pour ça que construire une vraie police afghane ne se fera pas dans un délai bref. « Il faudra au moins une génération » explique un officiel allemand, désabusé. Cela signifie rester là pour 25 ou 30 ans.

Traduit de l’italien par Christophe Terrasson pour ReOpenNews

Syrie-Sommet arabe: Le contournement du dernier récalcitrant arabe

par René Naba

Mondialisation.ca, Le 20 mars 2008

Paris- La Syrie est, à son tour, sur la sellette, après l’Irak qui a implosé en 2003, la Libye qui s’est caramélisée, en 2006, dans la foulée de sa reddition au diktat américain pour sauver son révolutionnaire dirigeant Mouammar al-Kadhafi et l’Egypte qui s’est neutralisée et marginalisée du fait de sa cavalcade solidaire dans sa pactisation avec Israël, en 1979.

L’éternel trouble fête de la politique arabe fait l’objet d’une manoeuvre de contournement de la part des grands pays arabes en vue de provoquer sinon l’effondrement du régime baasiste, à tout le moins à le forcer à rompre avec son allié iranien et à annoncer sa reddition au nouvel ordre américain que les Etats-Unis et leurs grands alliés régionaux, l’Arabie saoudite et l’Egypte, tentent vainement d‘instaurer au Moyen-Orient depuis le début de la présidence de George Bush il y a huit ans.

Arab Summit 2007 Riyad

Unique pays se réclamant de la laïcité dans le Monde arabe, mais partenaire stratégique de l’Iran, l’unique régime théocratique se réclamant du chiisme, la branche rivale du sunnisme, segment dominant dans les pays arabes, la Syrie est simultanément et cumulativement accusée d’être un foyer du terrorisme international, un pivot de l’axe du mal, le phagocytaire du Liban et de la Palestine, le fossoyeur du leadership libanais. En un mot le grand perturbateur d’une paisible et riante zone par excellence: le Moyen-Orient. Une thèse relayée sans retenue et avec une belle unanimité par les grands médias occidentaux tant dans la presse audiovisuelle que dans la presse écrite, tant par les intellectuels médiatiques que par les scribouillards besogneux.

Pointée du doigt pour sa responsabilité présumée mais non avérée dans l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, la Syrie est mise en quarantaine diplomatique par les Etats-Unis, frappée d’un boycottage de fait des grands pays arabes qui lui imputent la vacance du pouvoir au Liban, régulièrement soumise de surcroît, en toute impunité, à des coups de butoir d’Israël, tantôt par un mystérieux raid aérien au dessus du nord syrien, à l’automne 2007, tantôt par l’assassinat sur son sol d’un chef militaire du Hezbollah Imad Moughniyeh, le Maître d’oeuvre des opérations anti-occidentales au Moyen-orient depuis vingt ans.

Mais ce paria là, selon le schéma occidental, se trouve être en phase avec la multitude des «laissés pour compte» de la paix, à tout le moins perçu comme tel au delà des turpitudes dont il peut être à tort ou à raison crédité, qui voient en lui l’ultime porteur de la revendication nationaliste arabe, à une période de l’histoire marquée par une déperdition identitaire et une religiosité régressive. Redoutable honneur qui lui vaut l’hostilité sans nuances des pays qualifiés de «modérés » dans le jargon diplomatique et médiatique occidental, principalement l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Jordanie c’est-à-dire les régimes affligés des mêmes tares d’autoritarisme, de népotisme et de corruption que le régime syrien mais que leur alignement docile au camp occidental exonère de toute critique.

1ère séquence (1966-1976): Le Roi Saoud et le coup de force anti-baasiste du colonel Salim Hatoum

D’emblée, le régime baasiste syrien dirigé par les Alaouites, une secte minoritaire de l’Islam, a été perçu comme un usurpateur, comme frappé d’une tare congénitale et fera l’objet de menées hostiles en conséquence. A sa naissance en 1966, alors qu’Israël entreprenait le détournement des eaux du Jourdain pour anticiper ses besoins hydrauliques futurs, opération qui relevait théoriquement d’un acte manifeste de casus belli, le Roi Saoud d’Arabie, hanté par le prestige du président égyptien Nasser et désireux de détourner les regards sur la corruption du Royaume, se lance dans une opération de déstabilisation de la jeune équipe baasiste de Syrie fraîchement parvenue au pouvoir. L’opération saoudienne de diversion est particulièrement malvenue en pleine ébullition nationaliste consécutive au détournement des eaux du Jourdain. Les révélations d’un des participants sur une contribution royale saoudienne de l’ordre d‘un million de dollar à la conjuration dirigée par un colonel félon syrien Salim Hatoum et fomentée par le futur premier ministre jordanien Wasfi Tall, à l’époque membre de l’Intelligence Service britannique (1) entraîne l’éviction de Saoud au profit de Fayçal au trône d’Arabie, sans que cette sanction ne calme le courroux égyptien. Victime collatérale des conflits de puissance, Kamel Mroueh, le fondateur du journal «Al-Hayat», le chantre de la coopération saoudo-américaine, est assassiné en 1966 par un fier à bras de Beyrouth à l’occasion du 10me anniversaire de l’agression tripartite franco-anglo-israélienne de Suez contre Nasser, le chef charismatique du nationalisme arabe et adversaire résolu de la dynastie wahhabite.

Une trêve de seize ans s’installe à la faveur de la guerre de 1967 et la montée en puissance de la guérilla palestinienne qu’il importait de juguler, que la Syrie s’appliquera à mettre au pas d’ailleurs, puis celle d’octobre 1973 et de la montée en puissance des pétromonarchies du Golfe consécutif à l’embargo pétrolier et au quadruplement du prix du pétrole. Une période au cours de laquelle le nouveau maître de la Syrie, le général Hafez al-Assad, apparaît comme le meilleur garant des intérêts occidentaux au Liban: Appelée en renfort des milices chrétiennes au Liban, l’armée syrienne participe au siège du camp palestinien de Tall Zaatar, favorisant son éradication, en Août 1976, n’hésitant pas un instant à briser l’élan révolutionnaire du camp palestino-progressiste avec l’assassinat dans une zone sous contrôle syrien du chef de la coalition, le dirigeant druze du parti socialiste progressiste, M. Kamal Joumblatt.

Curieusement les pays occidentaux continueront de couvrir d’éloge l’irakien Saddam Hussein, malgré ses turpitudes et d’opprobre son rival syrien Hafez al-Assad, malgré ses gestes de bonne volonté répétitives à l’égard de l’Occident.

2ème séquence (1976-1986) Fahd et la révolte des Frères Musulmans de la ville syrienne de Hama.

Faysal, réservé à l’égard des Américains, s’était juré d’aller prier à Jérusalem libérée. Il sera assassiné par l’un de ses neveux, en 1976. Son successeur effectif, -après le bref interrègne du Roi Khaled, sobre et malade-, Fahd, à la jeunesse débridée, donnera libre cours à son amour immodéré pour son protecteur américain et les délices de la vie occidentale. Frappé d’hémiplégie, en 1995, il sera maintenu sous perfusion pendant près de dix ans gouvernant en état léthargique son royaume à une période charnière de l’Histoire contemporaine marquée notamment par les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, la guerre d’Afghanistan et la guerre d’Irak (2003). Mais entre temps que de signalés services rendus à son maître américain, au détriment de la plus élémentaire solidarité arabe, qui explique sans pour autant justifier son maintien en survie artificielle pendant une décennie (1995-2005).

Prise en tenaille par Israël et la Turquie, barrée par son rival baasiste l’Irak de Saddam Hussein, la Syrie s’appliquera à desserrer l’étau dans une alliance de revers avec l’Iran, l’ancien gendarme américain du Golfe, devenu sous le régime Khomeiniste, le nouveau croquemitaine des pétromonarchies du Golfe. Mal lui en prit. En 1982, dans la foulée de l’annexion de Jérusalem, en décembre 1981, alors qu’Israël se préparait à porter au pouvoir son protégé libanais le chef phalangiste Bachir Gemayel, une révolte est fomentée, à Hama, dans le nord de la Syrie, par les «Frères Musulmans», l’organisation clandestine financée par l’Arabie Saoudite, en février 1982, à quatre mois de l’invasion israélienne du Liban, déclenchant une sévère répression qui fera selon des informations de presse plusieurs milliers de morts. C’est Damas qui sera blâmée par la communauté internationale pour sa férocité et non l’Arabie saoudite qui attisait le feu intégriste. C’est le président Hafez al-Assad en personne qui sera pointé du doigt et non son propre frère, le Général Rifaat al-Assad, le chef des brigades de la défense, la garde prétorienne du régime, l’ordonnateur des massacres.

Ce frère cadet du président syrien, un homme aux multiples ramifications et trafics qui sera banni par la suite de son pays, mais continuera de bénéficier curieusement de la mansuétude occidentale sans doute en raison de ses alliances matrimoniales avec la famille Fustock qui fera de lui, le beau frère de l’actuel roi Abdallah d’Arabie et du député maronite libanais Nassib Lahoud, perpétuel candidat à la présidence libanaise. C’est la Syrie alaouite enfin qui sera déclarée «ennemi de l’Islam» pour avoir maté une rébellion fondamentaliste que toutes les armées du monde aussi bien arabes qu’occidentales pourchassent désormais au nom de la «guerre contre le terrorisme». La Syrie couverte de plumes et de cendres, alors que l’Algérie, l’Egypte, le Maroc et la Tunisie, sont magnifiés pour avoir éradiqué l’intégrisme tandis que l’Arabie fondamentaliste est couverte d’éloges pour ses présumés progrès dans de parcimonieuses réformes démocratiques.

Dans ce climat d’opprobre généralisé, la Syrie présente au Liban depuis 1976 à la demande des chefs maronites en mauvaise posture à l’époque, sera contrainte à retirer se troupes, en juin 1982, dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban. Une décennie infernale (1979-1989) s’ouvre alors à l’Occident au Moyen Orient: Destitution du chah proaméricain et assaut contre les Lieux Saints de la Mecque, en 1979, assassinat de l’égyptien Sadate, pactiseur d’Israël, en 1981, mise en échec du traité de paix libano-israélien, en 1983, attentats contre les QG occidentaux à Beyrouth, en 1984, spirale des otages occidentaux au Liban (1984-1988), attentats de Paris (1986-1988). Une décennie infernale qui s’achève avec la chute du Mur de Berlin (1989) l’implosion de l’Union soviétique et l’affirmation de l’Imperium américain sur le plan mondial, l’hégémonie israélienne sur le plan régional et, sur le plan arabe, la prépondérance saoudienne sous la tutelle des Etats-Unis.

3ème séquence (1986- 2006) – L’Arabie redécouvre les vertus de l’Arabisme

L’Arabie saoudite, le plus intransigeant ennemi d’Israël sur le plan théorique, aura opéré le plus grand détournement du combat arabe, soutenant l’Irak contre l’Iran dans la plus longue guerre conventionnelle de l’histoire contemporaine (1979-1988), le détournant du coup du champ de bataille principal, la Palestine, déversant des milliards de dollars, et, surtout, déroutant la jeunesse arabe et musulmane vers l’Afghanistan, à des milliers de km du champ de bataille palestinien, contre un ennemi athée certes mais allié des Arabes, l’Union soviétique, le principal fournisseur d’armes de pas moins de six pays arabes (Syrie, Irak, Algérie, Libye, Soudan et Yémen), un utile contrepoids en somme à l’hégémonie américaine.

L’Organisation de Libération de la Palestine, éradiquée du Liban, cède la place à des guérilleros d’un type nouveau les combattants islamistes chiites, le Jihad islamique, puis le Hezbollah, galvanisés par les succès de la révolution iranienne sur le front irako-iranien. La Syrie, boutée hors du Liban, en 1982 s’y redéploie progressivement avec le consentement américain pour neutraliser la région frontalière libano-israélienne. Désireuse d’obtenir la caution de la Syrie pour une intervention contre l’Irak envahisseur du Koweït, en 1990, Washington lui donnera même le feu vert à l’éviction du chef militaire chrétien libanais le général Michel Aoun, qui assurait intérimaire de chef de gouvernement, et son remplacement par Elias Hariri, un président sans relief face au flamboyant nouveau premier ministre Rafic Hariri (1992), nouveau parvenu sur la scène libanaise à la faveur de la financiarisation de la vie publique internationale. Le milliardaire libano-saoudien, à la carrière météorique, exercera le pouvoir pendant dix ans, plus qu’aucun président libanais, à coups de menaces de démission (4 en dix ans), soit en moyenne une menace tous les 30 mois, dans un rare exemple de confusion entre la gestion du domaine public et de son de son patrimoine privé avec les encouragements admiratifs des dirigeants occidentaux en tête desquels le Président français Jacques Chirac.

L’attentat du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine démasque les complicités saoudiennes dans la montée en puissance de l’intégrisme antioccidental. Bien que quinze des dix neuf kamikaze ayant participé au raid du 11 septembre soient de nationalité saoudienne, l’administration Bush, plutôt que de frapper le Royaume Wahhabite, le foyer et le terreau du fondamentalisme, va répliquer en Afghanistan et en Irak, les deux points de percussion de la coopération saoudo-américaine dans la sphère arabo-musulmane à l’époque de la guerre froide soviéto-américaine, gommant ainsi au passage toute trace de leurs forfaits antérieurs, se faisant à bon compte une nouvelle virginité politique sous la bannière de la lutte pour la promotion de la démocratie dans le monde musulman. Mais la destruction de l’Irak place paradoxalement la Syrie et l’Iran en vainqueur a posteriori d’un Saddam Hussein leur plus implacable ennemi depuis deux décennies, et, par effet d’aubaine, consacre l’Iran comme puissance régionale de fait. Un résultat inacceptable pour George Bush, le grand ordonnateur de ce chaos destructeur pour la population locale et corrosif pour l’Amérique elle-même.

La Syrie et l’Iran sont placés dans l’axe du mal, Yasser Arafat est méthodiquement confiné dans son complexe de Ramallah dans une sorte d’étouffement symbolique de la revendication nationale palestinienne. Le décès du chef historique de la Résistance palestinienne au terme de trois ans de confinement hideux (novembre 2004) , l’élection dans la foulée deux mois plus tard à Bagdad, l’ancienne capitale des abbassides, d’un Kurde à la tête d’un Etat irakien doté d’un nouvel emblème aux couleurs kurdo-israéliennes (Bleu jaune) (Janvier 2005), le basculement dans le camp américain de Jacques Chirac, le principal opposant mondial à l’invasion américaine de l’Irak, accrédite à tort ou à raison l’idée d’une vaste conjuration occidentale visant à mettre au pas tout récalcitrant à l’ordre américano-israélien dans la zone (septembre 2004).

A l’instar du journaliste pro saoudien Kamel Mroueh, quarante ans plus tôt, Rafic Hariri, le meilleur ami du président français Jacques Chirac, l’homme lige des Saoudiens qui symbolisait par excellence le ralliement au camp occidental, sera à son tour une victime collatérale du conflit des puissances. Il périra carbonisé dans un attentat le 14 février 2005, terrible séisme politique qui met en branle une mécanique inéluctable contre la Syrie et l’Iran.

Pour la deuxième fois de son histoire, l’armée syrienne est contrainte de se retirer du Liban. Le principe d’un tribunal à caractère international est décidé pour juger les assassins de l’ancien premier ministre libanais, au terme d’une enquête diligentée par un fonctionnaire missionné par les Nations Unies. Un tel dispositif, singulier dans les annales judiciaires internationales, ne sera curieusement pas imposé au Pakistan lors de l’assassinat de l’ancien premier ministre Benazir Bhutto, en décembre 2007. Le président pakistanais, il est vrai, est gratifié du titre d’ «allié majeur des Etats-Unis» dans sa guerre contre le terrorisme, qui confère à son titulaire une immunité et le dispense de fastueuses explications. Ce qui n’est pas le cas de la Syrie et de l’Iran.

Le tribunal international pour le Liban et la menace potentielle nucléaire iranienne constituent les deux instruments de la diplomatie occidentale pour amener à résipiscence les deux réfractaires à l’ordre américain, quand bien même la menace nucléaire iranienne se trouve au stade virtuel et sa réalité contestée par les services américains, quand bien même elle est postérieure de soixante ans à la menace nucléaire israélienne, bien réelle, qui hypothèque tout règlement qui ne souscrirait pas au diktat israélo-américain.

Israël et les alliés Libanais de l’Amérique subiront cumulativement revers militaires et camouflets politiques depuis 2006, entravant considérablement la mise au pas du Liban, au-delà, la Syrie, l’Iran et la portion palestinienne sous l’autorité du Hamas. C’est ainsi que dans une démarche symétrique mais non synchronisée, le Hezbollah infligera en effet à Israël, l’été 2006, un retentissant camouflet militaire, dont le Hamas s’en inspirera avec succès en mars 2008 au moment de l’invasion de la bande par les forces d’occupation israéliennes, alors que parallèlement les dirigeants maronites, Nassib Lahoud et Amine Gemayel étaient battus répétitivement dans une compétition électorale, dans leur propre fief du Metn, par le principal allié chrétien du Hezbollah le Général Michel Aoun, un échec comparable au revers électoral du président palestinien Mahmoud Abbas face à ses opposants islamistes. Une séquence à tous égards calamiteuse pour l’administration néo-conservatrice américaine.

Le Royaume wahhabite vit comme une rente de situation l’Islam et le pétrole, les deux vecteurs de sa puissance. Puisant son magistère moral de la présence sur son sol des principaux Lieux Saints de l’Islam (La Mecque et Médine), et sa puissance financière de ses gigantesques réserves énergétiques, il consacrera l’essentiel de ses efforts à combattre plus qu’aucun autre pays le nationalisme arabe, mettant sur pied l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), une structure de diplomatie parallèle concurrente de la Ligue arabe. Dans la foulée du revers militaire israélien au Liban, l’été 2006, il se muera, à la grande stupéfaction de la quasi-totalité des observateurs internationaux, en parangon de l’Arabisme. Le chantre de la fraternité islamique pendant trois décennies, accusera, sans vergogne, la Syrie d’avoir pactisé avec l’Iran, la perse antique, pays musulman certes mais non arabe. Une tare indélébile pour le nouveau porte-étendard de l’arabisme

Le «péril chiite» succède alors au «péril rouge» qu’Américains et Saoudiens avaient combattu sans relâche, les décennies précédentes. Dans la foulée du revers militaire israélien au Liban, l’été 2006, l’Arabie se redécouvre arabe pour se démarquer du triomphe du Hezbollah, la milice chiite Libanaise. Négligeant son premier vecteur transnational MBC (Middleast Broadcasting Corporation), elle se sera dotée auparavant d’une chaîne transfrontière du nom d’«Al-Arabiyah» comme pour mieux revendiquer son arabité, un terme qu’elle avait pourtant banni de son lexique diplomatique pendant un demi-siècle. Ce comportement s’apparente à une mystification. Mais le Royaume qui aura lancé deux plans de paix pour le règlement du conflit israélo-arabe (Plan Fahd, en 1982, Plan Abdallah, en 2002), sans rencontrer le moindre écho tant du côté américain que du côté israélien, ne déviera jamais, malgré cette rebuffade, de sa ligne, à savoir l’alliance privilégiée avec le grand protecteur du principal ennemi des Arabes, Israël, l’usurpateur de la Palestine au regard d’une large fraction de la population saoudienne et arabe, faisant droit à toutes ses requêtes sans hésitation sans la moindre retenue.

Et pour cause. La dynastie wahhabite aura été le principal bénéficiaire du travail de sape opéré depuis trente ans par les Américains et les Israéliens pour réduire la résistance du noyau dur du Monde arabo-islamique: neutralisation de l’Egypte par le Traité de paix avec Israël (1979), destruction de l’Irak (2003), étranglement de la Syrie (2004), caramélisation de la Libye (2005), isolement de l’Iran (2006) au point qu’Israël apparaît en fin de compte comme le meilleur allié objectif des Wahhabites, rare conjonction de deux régimes théocratiques dans le Monde, l’Etat Hébreu n’étant démocratique que pour la fraction juive de sa population. Dans ce contexte, l’Organisation clandestine «Al-Qaida» d’Oussama Ben Laden et la chaîne transnationale arabe «Al-Jazira» apparaissent, rétrospectivement, comme une excroissance rebelle à l’hégémonie saoudienne sur l’ordre domestique arabe, tant dans le domaine politique que sur le plan médiatique

Le sommet de Damas et la concentration navale américaine au large du Liban

Le Sommet arabe de Damas, le premier de l’histoire contemporaine à se tenir dans la capitale le syrienne, devrait symboliquement réunir la Syrie face à tous ses adversaires réunis. Mais les deux patriarches octogénaires arabes, l’égyptien Hosni Moubarak hanté par l’obsession de sa sécurité du fait des nombreux attentats dont il a été l’objet, une vingtaine en 27 ans de règne, et le saoudien Abdallah, tous deux préoccupés de leur succession pourraient le boycotter arguant du blocage de la situation libanaise dont ils imputent la responsabilité à la Syrie, exclusivement à la Syrie, et non également à leurs interférences permanentes sur la scène libanaise d’une intensité comparable à celle de la Syrie, matérialisée par les injections financières régulières de l’Arabie pour le réarmement des milices privées sunnites, leur entraînement en Jordanie et leur encadrement par l’Egypte (2).

La concentration navale américaine au large de Beyrouth a officiellement pour objet de faire pression sur la Syrie et l’opposition libanaise pour faciliter l’élection d’un président de consensus pro-occidental au Liban. Elle vise en fait à percer la carapace du noyau dur du monde arabo-musulman par son maillon faible, le Liban où les pays occidentaux disposent d’une large gamme d’alliés recrutés parmi les anciens chefs de guerre féodaux et claniques, les Chrétiens Samir Geagea et Amine Gemayel, le druze Walid Joumblatt ainsi que leur principal bailleur de fonds, le sunnite Saad Hariri, tous opportunément reconvertis dans la défense de la Démocratie qu’ils n’ont jamais pratiqué et la défense des Droits de l’Homme qu’ils ont constamment bafoués.

Détail piquant qui illustre l’indigence de la «diplomatie du carnet de chèques» maniée de tous temps par les Saoudiens: l’homme en charge du dossier libanais en Syrie pendant trente ans, celui-la même qui était craint par les diverses factions libanaises et redouté par les chancelleries arabes et occidentales qui tonnait la foudre et ordonnait les accalmies, à ce titre responsable au premier chef des dérives syriennes au Liban, le vice-président de la République syrienne Abdel Halim Khaddam.

M. Khaddam, le bien nommé, dont le patronyme en arabe signifie littéralement «le serviteur», reniera singulièrement son militantisme après avoir abusivement ponctionné le Liban, opérant par cupidité la plus retentissante reconversion de l’histoire politique récente, finissant sa vie en factotum de son coreligionnaire sunnite libanais Rafic Hariri. Le millardaire libano-saoudien gratifiera amplement ce transfuge de son reniement en lui offrant la résidence du nabab pétrolier grec Aristote Onassis sur la plus célèbre artère de la capitale française, l’Avenue Foch, alors que son pendant français, l’ancien président Jacques Chirac avait droit à un appartement avec vue sur Seine Quai Voltaire à Paris. Judas a trahi son Seigneur pour trente deniers.

D’autres trahisons valent certes leur pesant d’or mais accablent le renégat d’un discrédit à vie.

Ramollir le noyau dur du Monde arabe par l’invasion répétitive de Gaza, fief du mouvement islamiste Hamas, le harcèlement du Hezbollah par des opérations de diversion des politiciens libanais, la neutralisation de la constellation du Douwal al Moumanah, l’alliance de fait entre le Hamas palestinien le Hezbollah libanais, la Syrie et l’Iran qui se considère comme le système de pré alerte visant à immuniser le monde arabo-musulman contre le virus de la soumission à l’hégémonie israélo-américaine. Epuiser le dernier îlot de résistance en prélude à une éventuelle offensive contre l’Iran qui donnera la possibilité à George Bush d’opérer une magistrale culbute, passant, de par son piètre bilan, de pire président des Etats-Unis, au plus grand génie politique de l’histoire contemporaine. Donne crédit supplémentaire à cette hypothèse, la démission à la mi-mars de l’amiral William Fallon, commandant en chef du commandement central, la zone couvrant l’arc de crise allant de l’Afghanistan au Maroc, en désaccord avec la stratégie de l’administration néo-conservatrice.

Le Monde arabe constitue avec l’Amérique latine l’une des rares de zone de contestation de l’hégémonie américaine. Au delà des vives critiques fondées et justifiées sur les turpitudes syriennes, l’hermétisme de son régime, son autarcie, sa bureaucratie et son népotisme, comparables en cela aux autres régimes arabes même les plus proches de la grande démocratie américaine, si l’implosion du Liban venait à surgir entraînant dans son sillage le collapsus de la Syrie, une longue période de servitude et de tribalisation s’ouvrirait alors pour les Arabes, Sunnites et Chiites, Salafistes ou Soufistes, Malekites, Chaféites, Hanafites ou Hanbalites, Kurdes et Druzes, Alaouites et Wahhabites, voire même Maronites.

Et Le Liban chéri ne sera plus qu’un «Hariristan» à l’image du Kurdistan irakien, voire même du bantoustan palestinien que les Israéliens et les Américains s’appliquent à édifier sur les lambeaux de la Palestine. Et la perte du Liban sera alors pleurée comme l’aura été la perte de la Palestine, comme auparavant la perte de l’Andalousie: abondamment

Avec pour reliquaire, en guise de méditation aux apprentis sorciers qui sillonnent ce pays depuis si longtemps en toute impunité, cette apostrophe du poète français Jean Racine:

Pleure, Pleure cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.


Références

1-La Révolution dans la rancoeur» (Editions Julliard 1967), ouvrage épuisé, du journaliste libanais Edouard Saab, ancien Rédacteur en chef de l’Orient – Le Jour et ancien correspondant du journal Le Monde au Liban, tué durant la guerre civile libanaise.

2-Les étranges alliances des groupes radicaux islamistes. Enquête sur l’implantation d’Al-Qaida au Liban cf Le Monde diplomatique-février 2008 de Fida’a Itani
Sur le même thême,
-Cf aussi l’article de Seymour Hersch dans le New Yorker (mars 2007) sur les affrontements du camp palestinien de Nahr el Bared, nord du Liban, entre l’armée libanaise et des groupés armés palestiniens sunnites. Affrontements de trois mois particulièrement meurtriers pour l’armée libanaise qui se sont achevés par la reddition du camp mais l’évaporation mystérieuse du chef du commando palestinien,
-ainsi que ”The Middle East, the Gaza Bombshell” by David Rose – April 2008- Vanity Fair.

L’Iran et la Syrie prévoient une confrontation majeure avec Israël

17 février 2008

Les officiels iraniens et syriens estiment qu’une confrontation militaire majeure aura lieu dans un futur proche, si l’on en croit Al Akbar, le quotidien libanais proche du Hezbollah. La réponse du Hezbollah à l’assassinat d’Imad Mughniyah, le responsable des opérations de l’organisation, obligera Israël à une « décision difficile, » affirme dans un éditorial ce quotidien. Le Hezbollah accuse Israël d’être responsable de l’assassinat de son dirigeant à Damas la semaine dernière.

par Yoav Stern, Amos Harel et Yuval Azoulay, Haaretz, 16 février 2008

Ibrahim Al Amin, le rédacteur en chef d’Al Akhbar, a déclaré lors d’un entretien télévisé que le Hezbollah n’avait pas l’intention d’accepter sans réagir l’assassinat de M. Mughniyah. La réponse du Hezbollah « obligera Israël à prendre une grande décision, » a-t-il déclaré. Cependant, il a également affirmé que le Hezbollah ne souhait pas la guerre avec Israël. Les responsables de la défense israélienne se préparent pourtant à une riposte du Hezbollah. Ils s’inquiètent de la possibilité d’une attaque par un drone, un petit avion sans pilote, chargé d’explosifs visant une cible civile ou militaire au nord ou au centre d’Israël. L’aviation israélienne est en alerte.

Le Hezbollah a déployé à cinq reprises jusqu’à présent des drones d’origine iranienne contre Israël, dont trois durant la guerre du Liban en 2006. Deux ont été abattus par l’armée de l’air et le dernier s’est écrasé au sol. Ces drones étaient chargés de dizaines de kilos d’un puissant explosif et étaient apparemment destinés à s’écraser dans la région densément peuplée de Dan.

L’armée israélienne a renforcé son dispositif à la frontière nord, en préparation à une éventuelle attaque massive à la roquette du Hezbollah, sur cette zone. L’armée ne dispose d’aucune information sur les intentions de l’organisation à ce sujet.

Les médias libanais ont annoncé que Hassan Nasrallah, le secrétaire général du Hezbollah, avait désigné un successeur à M. Mughniyah, mais son identité n’a pas été dévoilée. Selon des sources israéliennes, il pourrait s’agir de Ibrahim Akil, le responsable du sud Liban, de Fouad Sukur, un haut dirigeant de la milice, ou de Tala Hamiyah, qui était l’adjoint de M. Mughniyah. Les médias libanais ne retiennent quant à eux aucun de ces trois noms.

Le quotidien libanais Al Safir rapporte que le Hezbollah est en état d’alerte renforcé au sud Liban, et a procédé à l’évacuation de ses commandements régionaux, craignant des frappes aériennes israéliennes. Selon ce journal, l’organisation aurait mobilisé 50 000 miliciens.

L’enquête sur l’assassinat de M. Mughniyah se poursuit en Syrie.

« L’enquête est menée dans le plus grand secret en raison du lieu confidentiel où se trouvait M. Mughniyah avant l’attaque, » indique Al Akhbar.

M. Mughniyah venait de quitter une réunion peu avant d’être tué, à proximité des bureaux du directeur des services secrets syriens, Asif Shuwekat, qui est le beau frère du président Bachar El Assad.

Plusieurs palestiniens suspectés d’avoir pris part à l’assassinat ont été arrêtés, précise le quotidien.


 

Publication originale Haaretz, traduction Contre Info

Illustration : Discours de Hassan Nasrallah (archive)

 

 

Seymour Hersh : Les mystères du bombardement israélien sur la Syrie

Seymour Hersh a enquêté sur le bombardement israélien qui a visé la Syrie en septembre, toujours entouré de nombreuses interrogations. Quelle était la nature de la cible ? Les USA ont-ils été prévenus ? Cheney a-t-il joué un rôle ? Entretien avec Al Jazeera.

 

Seymour Hersh répond à Sarah Brown pour Al Jazeera, 7 février 2008

 

Pourquoi Israël a-il bombardé une cible en Syrie ?

Je n’ai pas les réponses à cette question directe. Le fait qu’Israël et son principal allié les USA aient choisi de ne pas s’exprimer officiellement à ce sujet est significatif et c’est ce qui a suscité mon intérêt. On n’a jamais vu un pays en bombarder un autre et ne pas faire de déclaration à ce sujet, et penser qu’il ait en quelque sorte le droit de n’en rien dire.

En 1981, lorsque Israël a bombardé le réacteur Osirak en Irak, ils l’ont bruyamment revendiqué en public. Mais dans le cas de la Syrie ils n’ont fait aucune déclaration publique. Ce n’est qu’après quelques semaines que des fuites ont commencé à avoir lieu.

Ils ont commencé à raconter à des journalistes de formidables histoires sur ce qui s’était passé. L’arrivée de bateaux chargés de matériaux illicites, déchargés par des hommes équipés de protections… Depuis un port Méditerranéen jusqu’au site bombardé, des commandos sur le terrain… des échantillons de sols prélevés.

Et rien de tout ceci ne s’est avéré exact, en fait. Tout au moins je n’ai pu en trouver aucune preuve concrète.

Ce que je veux dire, c’est que si cet article amenait Israël à prendre la décision de s’exprimer publiquement et de produire son dossier irréfutable, répondant à toutes les questions, et bien cela serait parfait. Mais ils ne l’ont pas fait, et je trouve abominable cette outrance, cette arrogance qui fait que l’on puisse commettre ce qui par définition est un acte de guerre et ne rien avoir à dire à ce sujet.

Bien évidemment la Syrie a compliqué le problème en répondant de manière irresponsable et peu inspirée. Cela leur a pris jusqu’à octobre je crois, presque quatre semaines après les évènements avant que le président syrien Bachar El Assad ne reconnaisse qu’il y avait eu un bombardement.

 

Pourquoi Syrie à-t-elle réagi en mezzo-voce ?

Je crois qu’ils ont été dépassés. Je pense qu’ils n’ont aucune idée de ce que c’est que le rythme de l’information. C’est quelque chose qu’ils ne connaissent pas.

Donc, cela s’est passé comme ceci : un raid se déroule, et ils annoncent assez rapidement qu’une intrusion aérienne israélienne a eu lieu. Ils ont dit au début que quelques munitions avaient été larguées, puis le ministre des affaires étrangères a déclaré en Turquie, que rien n’avait été bombardé mais que des bombes étaient tombées sans toucher de cible.

Ensuite, trois semaines plus tard, le président déclare : « En fait, une construction a été détruite. » Une séquence aussi inepte, cela ne se programme pas. En réalité, ils n’ont tout simplement pas été bons.

Mais il y a d’autres facteurs.

 

Comme la Corée du Nord ?

Il y avait des coréens sur le site, comme l’avaient affirmé les Israéliens. Ils construisaient une installation, une installation militaire, à mon avis.

On m’a dit deux choses différentes durant mon séjour en Syrie.

On m’a dit qu’il s’agissait peut-être d’une installation chimique, pour la guerre chimique. L’autre version, plus convaincante à mon sens, était qu’il « s’agissait de missiles, des missiles à courte portée, destinés à être utilisés en cas d’attaque israélienne, destinés à une réponse asymétrique. »

 

Ils considèrent que les armes chimiques seraient de peu d’utilité contre une puissance nucléaire ?

Oui. Ils seraient vitrifiés. On m’a dit qu’ils avaient pris cette décision depuis bien plus longtemps que nous ne pourrions le penser.

On m’a dit qu’ils avaient révisé leur conception sur l’emploi de projectiles chimiques, comme arme de dissuasion, car la réponse serait nucléaire.

Vous sources ne vous ont-elles pas dit qu’il y avait des preuves en faveur de l’hypothèse d’une attaque destinée à tester les défenses aériennes syriennes dans la mesure ou elles sont similaires à celles de l’Iran ?

Au début, ce plan a été étudié. Disant cela je veux dire qu’il a été étudié par l’Etat Major des Armées US, il a été étudié par des gens travaillant pour le Vice Président.

Les éléments dont j’ai connaissance à ce sujet, c’est que durant l’été, des mois avant la mission, il y a eu de nombreuses discussions sur l’exécution de cette mission, et il y eu un rapport en provenance du renseignement, de la Defence Intelligence Agency, indiquant que la Syrie avait considérablement amélioré les performances de son système de défense radar.

Et ce radar anti-aérien était semblable, proche,, à celui que nous savons maintenant avoir été installé en Iran. Donc c’était une manière de tester le radar Syrien.

On peu se déplacer à travers la Syrie sans que personne ne s’en préoccupe. C’est un petit pays de 17 millions d’habitants. Mais pénétrer en Iran et tester les radars en survolant un site, cela provoquerait une contre-attaque.

Les israéliens ont survolé la Syrie en toute impunité, il n’y a pas grand-chose qu’elle puisse faire et ils savent qu’elle ne fera rien.

Donc, initialement, cela a été vu par mes amis comme une « opération radar. » Ce n’est qu’après les évènements qu’ils ont appris quelque chose.

Il était très difficile d’obtenir des informations [en Israël], car ils ont une règle interdisant de communiquer des informations et la censure militaire a été imposée sur ce sujet.

Mais quelques personnes m’ont dit « ce truc du radar, c’était [n’importe quoi] – il n’allait rien se passer, c’était un moyen, un opportunité pour nous pour entrer [en Syrie] »

Il semble clair, d’après ce que j’ai appris de mes amis américains et des syriens, que les israéliens ont pénétré carrément et que la seule cible qu’ils avaient était celle qu’ils ont bombardée.

Ils ne cherchaient pas un site radar. Ils sont simplement entrés et ont écrasé leur cible.

Ensuite, vous avez la question suivante, que je n’ai pas vraiment traitée dans l’article car ce sont des suppositions, et qui est : qui a autorisé le raid ?

A qui en ont-ils parlé ? Israël ne mène pas un raid comme celui là sans en référer à la Maison Blanche, et je n’ai pu trouver personne ayant su par avance que cette installation allait être frappée.

Il est possible que cela soit parce que je n’ai pas su trouver cette personne. Mais si ce n’est pas le cas, cela ne signifie pas non plus qu’il n’y avait personne. Il pourrait aussi s’agir de quelqu’un comme Dick Cheney qui en d’autres occasions a déjà outrepassé la chaîne de commandement.

Pour le dire différemment, en temps normal cette information au sujet d’une attaque israélienne devrait remonter jusqu’à l’Etat Major, mais il a peut-être interrompu le processus quelque part. Il l’avait déjà fait en d’autres circonstances. Mais je ne peux vous dire avec certitude ce qui s’est vraiment passé.

 

Ce raid avait-il pour objet de dissuader Téhéran ?

Bien sûr, pour les Etats-Unis c’était l’idée. Faire savoir aux iraniens que malgré le rapport du NIE, « nous sommes prêts… nous avons un bras armé et les israéliens irons vous taper pour nous si nous avons besoin. »

Mais pour Israël la mission dans son entier relevait d’une autre conception.

Je pense que les israéliens étaient troublés par la présence de nord-coréens [sur ce site]. Ils étaient troublés par cette construction et ont pensé : « Sapristi, quoique ce soit, nous n’allons pas laisser faire. Nous allons frapper cette installation avant qu’elle soit achevée, quoi qu’elle devienne. »

S’ils ont pensé que c’était une installation nucléaire, j’espère qu’ils vont nous le dire. Sinon, ils ont simplement frappé une construction qui n’était pas terminée.

Et le résultat a été formidable pour eux, car cela a donné à Olmert un élan certain, une poussée dans sa popularité.

 

Comme celle suivant la guerre du Liban ?

Absolument. Cela a également été vu comme un message adressé à Bachar el Assad, le président syrien, dont les israéliens pensaient qu’il était devenu trop confiant, après la guerre du Hezbollah. C’est un grand soutien de Hassan Nasrallah, qui est son « grand pote. »

Les Israéliens ont pensé qu’ils pouvaient lui en faire rabattre. Le message à Assad, c’est : « Alors, qu’est-ce que l’Iran fait pour toi maintenant, mon pote ? Nous sommes venus te taper dessus. Est-ce que l’Iran fait quoique ce soit ? »

La presse américaine et internationale a fini par reprendre cette histoire de façon scandaleuse.

 

La culpabilité des médias, c’était un sujet important lors de la préparation de la guerre en 2003, où des preuves questionnables étaient censées justifier la guerre. Les médias sont-ils été manipulés encore une fois ?

La presse a été inconsistante à cette occasion, et a tout accepté sans discuter.

Pour moi la presse américaine…. Je ne pense pas qu’ils se soient vraiment confrontés à la réalité de ce qui s’est passé. Les journaux ont failli sans conteste sur le plus grand enjeu moral de la décennie, qui était cette préparation illégale à la guerre en Irak. Nous avons failli.

Ce n’est pas cela notre travail. Ce n’est pas notre travail de faillir. Notre travail, ce n’est pas d’écouter le président. Il y a des éléments qui correspondent [encore] à ce même schéma « d’embrassade » et c’est très dérangeant.

 

Avec les élections cette année, pensez-vous que la politique étrangère changera avec le nouveau président, en particulier en direction d’Israël, de l’Iran et de la Syrie ?

Cela ne changera certainement pas avec McCain. Il déclare qu’il ne faut pas modifier le cours de la guerre, ce qui à mon avis est une grave erreur.

Quelqu’un que je connais a écrit un merveilleux essai affirmant que l’Irak est défunt, que le général David Petraeus et l’ambassadeur Ryan Crocker, sont les croque-morts chargés de maintenir les apparence avec du maquillage et en apprêtant le corps pour les six prochains mois, jusqu’à ce que nous ayons dépassé les élections. C’est leur objectif.

[Pour Israël], c’est très difficile. Vous savez, en Amérique, il n’y a aucun questionnement. L’influence des juifs américains est énorme. Il y a énormément d’argent.

J’aimerais seulement que de nombreux juifs américains puissent lire les journaux israéliens – particulièrement Haaretz – avec attention, et ils verraient qu’existe une critique virulente du gouvernement israélien. Mais on ne voit pas ça aujourd’hui.

Je suis juif et ne suis pas antisémite et je ne suis pas anti-Israël. [Les israéliens] comprennent cela, mais dans le même temps de nombreux américains ne comprennent pas les dirigeants du Hamas.

Tout le monde ne passe pas sa vie à vouloir tuer des juifs. Ils ont bien plus envie de coexister que ce que les gens imaginent. Simplement ils n’aiment pas le système, la façon dont cela se passe.

 

Que pensez vous de l’héritage laissé par Bush au monde ?

Il a fait plus pour terrifier la planète que quiconque que je connaisse. Le monde est tellement plus dangereux.

J’ai un ami très avisé, né en Syrie, qui est devenu un homme d’affaire en occident.

Juste après le début des bombardements en Irak il m’a dit : « cette guerre ne changera pas l’Irak – L’Irak vous changera. » J’ai vu ceci se produire et c’est effrayant.

Il est effrayant de voir comment les situations sont devenues fragiles maintenant. Rien ne va bien au Liban, rien en Syrie, rien en Iran… Ne pouvons-nous donc pas parler avec les gens que nous n’aimons pas ?

Nous devons négocier. C’est la seule façon de résoudre nos problèmes.


publication originale Al Jazeera, traduction Contre Info