Les États-Unis se préparent pour des troubles civils

Bienvenue à Tent City ! Un peu partout aux Etats-unis fleurissent des petits villages de tentes (qui ne sont pas sans rappeler ceux qui bordaient le périphérique ou les quais de Seine parisiens il y a peu.) Les campements sauvages s’agglutinent aux abords des villes, leur nombre s’accroit sans bruit sur des terrains à la salubrité suspecte. Pour ne pas faire désordre, on chasse les campeurs toujours un peu plus loin. Jusque où ? S’ils tendent à disparaitre d’un paysage que l’on veut sans tâche, prospère, sécurisé, la crise économique, quant à elle, devient visible, palpable au détriment de la classe moyenne touchée de plein fouet et qui glisse lentement vers la paupérisation.

Les destructions d’emplois à grande échelle appartiennent désormais au quotidien, au point de n’être qu’un lieu commun dans les conversations de salon. On entend parfois un : "Ah, les pauvres !" peu convaincant qu’évince immédiatement une boutade facile : le problème a magiquement disparu. Pourtant, même dans les milieux favorisés, le petit personnel (femmes de ménage, jardiniers, nurses, chauffeurs…) commence à être gentiment remercié et l’on se demande déjà comment protéger sa propriété de ces pauvres qui se transformeront sous peu en fauves, on le craint, pour survivre. Plus d’emploi, plus de toit, guère d’espoir pour ces personnes qui, pourtant, ont fait tourner l’économie de marché à force de travailler et consommer. La machine est grippée. Combien seront touchés par le fléau ?

Tout semble prendre une mauvaise tournure. Les clichés de la crise de 29 gagnent du terrain (bien que la configuration géo-stratégique et économique actuelle diffère totalement de cette époque, ce qui risque d’amplifier d’autant les conséquences). Et le Tiers Monde infiltre tranquillement le Rêve américain. Il gagne du terrain.

Un article paru sur le site GEAB (1) invite plus particulièrement les résidents qui le peuvent à quitter les USA où le port d’armes est libre et dont le nombre est difficilement quantifiable. En cas de crise aggravée, des carnages à répétition sont prévisibles sur tout le territoire. Les services de l’ordre, rapidement débordés, seraient incapables d’assurer la sécurité des citoyens. Le G20 qui se réunit le 2 avril à Londres a déjà provoqué quelques émeutes ayant pour cible les banques. Plusieurs succursales fonctionneront en effectif restreint pendant quelques jours. Mais les services de l’ordre, sous haute tension, sont placés en état d’alerte terroriste "grave" et les 10 000 cameras de surveillance veilleront sur les dizaines de milliers de manifestants attendus. La City tremble.

On le sait, comme si cela avait été prévu, calculé, analysé depuis des années. George Orwell l’avait pressenti avant même que les décideurs actuels ne soient de la partie. Ses dons de visionnaire ont ouvert les esprits sur un univers épouvantable dont personne ne voudrait, mais qu’il prévoyait pour nos générations. L’actualité nous mènerait-elle peu à peu dans les pages de ce roman d’anticipation ? Alors, sommes-nous encore dans le rêve, ou la réalité pressentie par Orwell nous rattraperait-elle ? En tout cas, les big brothers s’occupent de tout, pour notre plus grand bien ; on s’en persuadera d’avantage au fil de l’article ci-dessous.

Car, de leur côté, les autorités U.S. ont déjà anticipé les problèmes à venir. La portée de leur décision n’a d’égale que l’ampleur de la crise attendue. Outre l’instauration de la loi martiale, et pour couper court à toute velléité de rébellion, dernier stigmate de la pauvreté, un savant système a été mis en place, et de longue date, pour étouffer les émeutes qui ne manqueront pas d’éclater suite à la crise. Les mécontents de tous bords, les "terroristes" en herbe ne pourront plus se plaindre : ils seront logés, nourris et blanchis aux frais de l’Etat, encadrés par des troupes rapatriées du Moyen-Orient. Cette alternative choisie par les autorités laisse une sensation bien amère et anxiogène de "déjà vu". N’y en a-il pas de plus humaine ?

Voici plus en détail les solutions élaborées par les gouvernants pour se prémunir des citoyens déviants et autres immigrants venus chercher refuge au Pays de la Liberté. Découvrons maintenant les camps d’internement du Homeland Security. Triste époque, malade de son asservissement au besoin de puissance.


Les États-Unis se préparent pour des troubles civils

La crise économique et sociale

La débâcle financière a déclenché l’émergence d’une crise sociale latente à travers les États-Unis.

La confiscation frauduleuse d’épargnes de toute une vie et de fonds de pension, ainsi que l’appropriation des recettes fiscales pour financer les « sauvetages bancaires » de billions de dollars sont en jeu, et servent ultimement à remplir les poches des plus riches des États-Unis.

Cette crise économique est en grande partie le résultat de manipulation financière et de fraude délibérée au détriment de populations entières, ce qui mène à une nouvelle vague de faillites corporatives, de chômage et de pauvreté généralisés.

La criminalisation du système financier mondial, caractérisé par un « réseau bancaire fantôme », a entraîné la centralisation du pouvoir bancaire et une concentration sans précédent de richesses personnelles.

Le stimulus économique et la proposition budgétaire du président Obama favorisent ce processus de concentration et de centralisation du pouvoir bancaire, dont les effets cumulés provoqueront tôt ou tard des faillites d’entreprises à grande échelle, une nouvelle vague de saisies, sans parler de l’effondrement des finances publiques et de la ruine des programmes sociaux. (Pour plus de détails voir Michel Chossudovsky, La débâcle fiscale des États-Unis, 2 mars 2009).

Le déclin progressif de l’activité économique réelle a des répercussions sur l’emploi et les salaires, ce qui entraîne la dégringolade du pouvoir d’achat. Pour sa part, la « solution » proposée par l’administration Obama contribue à exacerber les inégalités et la concentration de la richesse plutôt qu’à les réduire.

Le mouvement de protestation

Lorsque les Étasuniens, dont les vies ont été démolies, réaliseront ce qu’est vraiment le système mondial de « libre marché », la légitimité de Wall Street, de la Réserve fédérale et du gouvernement des États-Unis seront contestées.

Un mouvement de contestation latent visant le siège du pouvoir économique et politique se met en branle.

Il est cependant difficile de prédire comment ce processus va se dérouler. Tous les secteurs de la société étasunienne sont potentiellement touchés : les salariés, les petites, moyennes et même les grandes entreprises, les fermiers, les professionnels, les employés fédéraux, municipaux ainsi que ceux des États. À ce stade-ci, il n’existe toutefois pas de mouvement de résistance national organisé dirigé contre l’agenda économique et financier du gouvernement.

La rhétorique populiste de Barack Obama dissimule la vraie nature de la politique macroéconomique. Combiné à des mesures d’austérité, le plan économique, qui agit au nom de Wall Street et inclut près d’un billion de dollars d’« aide » pour l’industrie des services financiers, favorise l’enlisement des États-Unis dans une crise sans fin.

La « solution orwellienne » à la Grande Dépression ? Réprimer les troubles civils.

À l’heure actuelle, il n’existe aucun programme de relance économique en vue. Le consensus Washington-Wall Street prévaut et le système économique et politique ne propose aucune politique ni aucune alternative.

Quelle est l’issue ? Comment le gouvernement des États-Unis va-t-il affronter une catastrophe sociale imminente ?

La solution consiste à réprimer l’agitation sociale. La méthode choisie, héritée de l’administration Bush sortante, comprend le renforcement de l’appareil de sécurité intérieure (Homeland Security) et la militarisation des institutions civiles.

L’administration sortante en a jeté les bases. Diverse législations « antiterroristes » (dont le Patriot Act) ainsi que des directives présidentielles ont été mises en place depuis 2001, en invoquant la plupart du temps le prétexte de la « guerre mondiale au terrorisme ».

Les camps d’internement du Homeland Security

Relativement à la question des troubles civils, on envisage également un système cohésif de camps de détention sous la juridiction du Pentagone et du Homeland Security.

Un projet de loi intitulée National Emergency Centers Establishment Act (HR 645) (Acte de constitution de centres nationaux de secours d’urgence) a été présenté au Congrès en janvier. Celui-ci exige la mise en place de six centres d’urgence nationale dans des installations militaires existantes dans des régions importantes du pays.

Le but officiel des « centres d’urgence nationale » est de fournir « de l’assistance médicale et humanitaire ainsi qu’un hébergement temporaire aux individus et aux familles délocalisés en raison d’une urgence ou d’un désastre important ». HR 645 stipule que les camps peuvent être utilisés pour « satisfaire d’autres besoins appropriés, selon ce qu’en juge le secrétaire du Homeland Security ».

Il n’y a pratiquement pas eu de couverture médiatique du HR 645.

Ces « installations civiles » sur des bases militaires étasuniennes seraient établies en coopération avec l’Armée étatsunienne. Nous assistons en fait à la militarisation des installations d’internement de FEMA, ayant Guantanamo comme modèle.

En vertu de l’urgence nationale, toute personne arrêtée et internée dans un camp FEMA situé sur une base militaire serait, selon toute probabilité, de facto sous juridiction militaire : la justice civile et la loi, y compris l’habeas corpus, ne s’appliqueraient plus.

HR 645 est directement lié à la crise économique et à d’éventuelles manifestations d’envergure à travers le pays. Ce projet de loi constitue un pas de plus vers la militarisation du maintien de l’ordre et l’abrogation du Posse Comitatus Act.

Selon les termes du député Ron Paul :

« […] les centres de fusion, la militarisation policière, les caméras de surveillance et le commandement militaire national ne suffisent pas […]. Même si nous savons que les installations de détention sont déjà en place, ils veulent maintenant légaliser la construction de camps FEMA sur des bases militaires en invoquant l’éternelle excuse populaire voulant que ces installations puissent servir en cas d’urgence nationale. La fausse économie fondée sur la dette se détériorant jour après jour, l’éventualité de troubles civils menace de plus en plus l’establishment. L’on a qu’à penser à l’Islande, à la Grèce et à d’autres pays pour savoir ce qui pourrait se produire aux États-Unis. » (Daily Paul, septembre 2008, souligné par l’auteur)

Les camps d’internement proposés devraient être vus comme étant liés au processus élargi de militarisation des institutions civiles. La construction de ces camps a précédé la présentation de HR 645 (Constitution de centres de secours d’urgence) en janvier 2009. Selon divers reportages (non confirmés), il existe quelque 800 camps de prisonniers FEMA dans différentes régions des États-Unis. De plus, depuis les années 1980, l’Armée étasunienne a développé des « tactiques, des techniques et des procédures » pour réprimer la dissidence civile, lesquels seraient utilisés advenant des protestations massives (le manuel de campagne de l’Armée étasunienne 19-15 sous Operation Garden Plot, intitulé « Civil Disturbances » ou « Troubles publics », a été émis en 1985)

Au début de 2006, des recettes fiscales étaient allouées à la construction de camps d’internement modernes. En janvier 2006, Kellogg Brown and Roots, une filiale de Halliburton à l’époque, a décroché un contrat de 385 millions de dollars du Département de l’immigration et des douanes (ICE) du Homeland Security :

« Le contrat, effectif immédiatement [janvier 2006], prévoit l’établissement d’installations de détention et de traitement temporaires afin d’augmenter le nombre d’installations servant aux opérations de mise sous garde et de renvoi de l’ICE (Detention and Removal Operations (DRO)), advenant l’arrivée massive d’immigrants aux États-Unis en cas d’urgence ou de soutenir le développement rapide de nouveaux programmes.

Le contrat prévoit également le soutien à la détention d’immigrants dédié à d’autres organisations gouvernementales en cas d’immigration d’urgence, ainsi que la conception d’un plan en réponse à une urgence nationale, comme un désastre naturel. » (KBR, 24 janvier 2006 souligné par l’auteur)

Les objectifs officiels de l’Immigration et de la douane des États-Unis (U.S. Immigration and Customs Enforcement (ICE)) sont :

« […] protéger la sécurité nationale et maintenir la sécurité publique en ciblant des réseaux criminels et des organisations terroristes cherchant à exploiter les faiblesses de notre système d’immigration, de nos réseaux financiers, de nos frontières, de nos installations gouvernementales et autres afin de nuire aux États-Unis. Les États-Unis seront alors davantage en sécurité. » (Page d’accueil de l’ICE)

Les médias étasuniens restent muets sur le sujet des camps d’internement en sol américain. Alors qu’ils reconnaissent simplement le contrat de plusieurs millions de dollars à la filiale de Halliburton, les reportages se sont concentrés sur le possible « dépassement des coûts » (semblables à ceux de KBR en Iraq ).

Quels sont l’intention politique et le but de ces camps? L’utilisation potentielle de ces camps d’internement pour la détention de citoyens étasuniens advenant la déclaration de la loi martiale ne font pas l’objet de débat ou de discussion dans les médias.

Des unités de combat assignées au pays.

Durant les derniers mois de l’administration Bush, avant les élections présidentielles de novembre 2008, le Département de la Défense a ordonné le rappel de l’Irak de la 3rd Infantry’s 1st Brigade Combat Team (BCT). La relocalisation d’une unité de combat d’un théâtre de guerre à l’ensemble du pays fait partie intégrante de l’agenda du Homeland Security. Le BCT a été assigné au soutien des activités de maintien de l’ordre aux États-Unis.

L’unité de combat BCT était attachée au US Army North, la composante de l’Armée du US Northern Command (USNORTHCOM). La 1st BCT et d’autres unités de combat pourraient être appelées à exercer des fonctions militaires spécifiques en cas de troubles civils.

« Les soldats de la 1st BCT apprendront à utiliser « les premières mesures inoffensives développées par l’Armée », affirmait le commandant de la 1st BTC, le colonel Roger Cloutier, en faisant référence à l’équipement de contrôle des foules et de la circulation et aux armes inoffensives conçues pour maîtriser des individus désobéissants ou dangereux sans les tuer. » (Voir Gina Cavallaro, Brigade homeland tours start Oct. 1, Army Times, 8 septembre 2008).

On peut s’attendre à ce que d’autres unités de combat soient rapatriées du théâtre de guerre et réassignées aux États-Unis en vertu du retrait des forces étasuniennes d’Irak proposé par l’administration Obama.

L’évolution du scénario de la sécurité nationale se caractérise par le croisement des instituions civiles et militaires.

  • des unités de combat de l’Armée travaillant de concert avec les autorités chargées de l’application de loi et ayant pour mission de réprimer « les troubles civils ».
  • la constitution de nouveaux camps d’internement sous juridiction civile situés dans des installations militaires étasuniennes.

Les camps d’internement FEMA font partie du plan Continuity of Government (Continuité du gouvernement, COG), lequel serait mis en place si l’on déclarait la loi martiale.

Ces camps sont conçus pour « protéger le gouvernement » contre les citoyens, en enfermant les manifestants ainsi que les activistes qui pourraient contester la légitimité de l’agenda économique, militaire ou de sécurité nationale du gouvernement.

Espionner les Étasuniens : la banque de données de Big Brother

Relativement à la question de l’internement et de protestations massives, on peut se demander comment se fera la collecte d’informations sur les citoyens étasuniens.

Comment les individus à travers les États-Unis seront-ils catégorisés ?

Quels sont les critères du Departement of Homeland Security ?

Dans un rapport de 2004 du Homeland Security Council initulé Planning Scenarios, pertaining to the defense of the Homeland (Planification de scénarios relatifs à la défense du pays), on identifiait les catégories suivantes de « conspirateurs » potentiels :

« les terroristes [islamiques] étrangers »;

« les groupes nationaux radicaux » [groupes antiguerres et des droits de la personne];

« les adversaires soutenus par des États » [« les États voyous » et les « pays instables »];

« les individus mécontents » [les travailleurs activistes et les syndicats].

En juin l’an dernier, l’administration Bush a émis une Directive présidentielle de Sécurité nationale (NSPD 59- HSPD 24) intitulée Biometrics for Identification and Screening to Enhance National Security (La biométrie pour l’identification et la surveillance afin d’améliorer la Sécurité nationale). (Pour plus de détails voir Michel Chossudovsky, "Big Brother" Presidential Directive: "Biometrics for Identification and Screening to Enhance National Security", Mondialisation.ca, juin 2008)

Les procédures correspondant à cette directive, adoptée sans débat public ni l’approbation du Congrès, ont une portée considérable. Elles sont liées à la question des troubles civils et font également partie de la logique derrière l’établissement des camps d’internement FEMA sous HR 645.

NSPD 59 (Biometrics for Identification and Screening to Enhance National Security) va bien au-delà de la question précise de l’identification biométrique. Elle recommande la collecte et le stockage d’informations « liées à la biométrie », c’est-à-dire, d’informations sur la vie privée des citoyens étasuniens, dans les détails, le tout étant effectué « selon la loi ».

« Les données contextuelles complétant les données biométriques incluent des informations sur le lieu et la date de naissance, la citoyenneté, l’adresse actuelle et les précédentes, l’emploi actuel et les antécédents de travail, le numéro de téléphone actuel et les précédents, l’utilisation des services gouvernementaux et les rapports d’impôts. D’autres données contextuelles peuvent comprendre les historiques bancaires et de cartes de crédit, et les casiers judiciaires aux niveaux local, fédéral et des États, ainsi que des décisions judiciaires et autres dossiers publics faisant état de conflits juridiques, des dossiers relatifs à la garde d’enfant, au mariage ou au divorce. » (Voir Jerome Corsi, juin 2008)

Cette directive utilise le 11 septembre et la « guerre mondiale au terrorisme » comme justification totale pour mener une chasse aux sorcières contre les citoyens dissidents, créant simultanément un climat de peur et d’intimidation à travers le pays.

Elle réclame également l’intégration de diverses banques de données, ainsi qu’une coopération entre les agences concernant le partage d’informations, dans le but de centraliser tôt ou tard les informations sur les citoyens étasuniens.

En des termes prudents, NSDP 59 « établit un cadre » afin de permettre au gouvernement fédéral et ses différents services de police et de renseignement ce qui suit :

« l’utilisation de méthodes et de procédures mutuelles compatibles dans la collecte, le stockage, l’utilisation, l’analyse et le partage d’informations biométriques et d’informations biographiques et contextuelles correspondantes de manière appropriée et légales, en respectant la confidentialité des renseignements des individus et leurs garanties juridiques selon la loi des États-Unis »

La directive NSPD 59 recommande « des actions et un calendrier afférent dans le but d’améliorer le processus actuel d’identification et de surveillance axé sur les terroristes en élargissant l’utilisation de la biométrie ».

Les procédures incluses dans la NSDP 59 correspondent à une décision prise en juin 2005, laquelle consistait à créer un « service d’espionnage national », sous les auspices du FBI. (Pour plus de détails voir Michel Chossudovsky, Bush Administration creates "Secret State Police", 30 juin 2005)

En travaillant main dans la main avec le Homeland Security (DHS), le projet de « Département de renseignement national » combinerait le contre-terrorisme et les opérations d’espionnage et de renseignement du FBI dans un seul service.

Sous les auspices du FBI, le nouveau département aurait l’autorité de « saisir les biens de personnes suspectées d’aider à la prolifération des armes de destruction massives ». Il pourrait « espionner aux États-Unis les terroristes présumés ou les personnes possédant des renseignements cruciaux, même si l’on ne soupçonne pas qu’elles pourraient commettre un crime ». (NBC Tonight, 29 juin 2005).

 

Lire l’annexe « National Emergency Centers Establishment Act » dans l’article en anglais.


Par Michel Chossudovsky

Article original en anglais, Preparing for Civil Unrest in America, Legislation to Establish Internment Camps on US Military Bases, publié le 18 mars 2009.

Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur d’économie à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en 11 langues).


Articles connexes :

Crédit Crunch et villages de tentes aux USA / Daily Mail

Sacramento, capitale des sans abris / Los Angeles Times, traduit par Courrier international

La crise pourrait dégénérer en guerre civile / Le Matin.ch

(1) Global Europe Anticipation Bulletin (en français, allemand anglais, espagnol)

 

La loi martiale, le plan de sauvetage financier

Il devient évident que les conséquences du plan de sauvetage de la fin 2008 risquent d’être au moins aussi graves pour une société ouverte que ne l’a été la réaction au 11 septembre 2001. Lors de l’adoption du plan de sauvetage, de nombreux membres du Congrès se sont sentis contraints de voter contre leur gré et les procédures normales relatives à l’examen d’une loi ont été ignorées. 

Les procédures législatives habituelles ont été court-circuitées sous prétexte qu’il y avait urgence. Toutefois, la caractéristique la plus répréhensible de la législation, soit d’autoriser les institutions renflouées à utiliser les deniers publics pour des bonus et des salaires exorbitants, a été ajoutée par le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, alors que le plus fort de la crise était passé.

Selon le membre du Congrès Peter Welch (D-Vt.), la loi sur le plan de sauvetage devait à l’origine imposer une limite aux salaires des dirigeants, mais M. Paulson a modifié les obligations à la dernière minute. M. Welch ainsi que d’autres membres du Congrès étaient furieux d’entendre que « les banques renflouées grâce à l’argent des contribuables payaient toujours des salaires, des bonus et autres bénéfices exorbitants (1) ». De plus, l’Associated Press (AP) mentionnait en octobre que « le sénateur Charles Schumer (D-N.Y.) avait remis en question la permission donnée aux banques renflouées de continuer à payer des dividendes sur leurs actions ordinaires. « L’argent des contribuables peut être utilisé à de bien meilleures fins qu’au paiement de dividendes aux actionnaires”, a-t-il déclaré (2) ».

Ce qu’il y a d’encore plus répréhensible depuis l’adoption du plan de sauvetage est le refus de M. Paulson et du département du Trésor de fournir des détails quant aux dépenses de centaines de milliards de dollars dans le cadre du Troubled Assets Relief Program (Plan de sauvetage des actifs à risques). La Réserve fédérale de New York a également refusé de donner des informations à propos de son propre plan de sauvetage (provenant de prêts garantis par le gouvernement) se chiffrant dans les milliards de dollars. En vertu de la Loi d’accès à l’information (Freedom of Information Act ou FOIA), FOX TV et Bloomberg News contestent ce manque de transparence et poursuivent respectivement le département du Trésor et la Réserve fédérale (3).

La législation du plan de sauvetage financier de septembre 2008 a été adoptée seulement après que les membres des deux chambres du Congrès ont été mis en garde que l’immobilisme risquait de provoquer des troubles civils et l’imposition de la loi martiale.

Le sénateur américain James Inhofe (R-Okla.) et le député Brad Sherman (D-Calif.) ont tous deux déclaré que le secrétaire au Trésor Henry Paulson avait évoqué le pire des scénarios lorsqu’il faisait pression en faveur du plan de sauvetage de Wall Street en septembre. Ils ont par ailleurs souligné que M. Paulson, ancien PDG de Goldman Sachs, avait énoncé un possible recours à la loi martiale (4).

Voici les commentaires originaux du sénateur Inhofe :

En entrevue à la station 1170 KFAQ à Tulsa en Oklahoma, le sénateur James Inhofe a affirmé que le secrétaire au Trésor Henry Paulson était derrière les menaces de loi martiale et de troubles civils advenant le rejet du plan de sauvetage. « Avant l’adoption du plan, il y a quelqu’un à D.C. qui vous racontait toute une histoire, disant que le rejet du plan entraînerait une situation comparable à une dépression, certains parlaient de troubles civils, de l’institution de la loi martiale… qui vous racontait ces histoires? », lui a demandé l’animateur Pat Campbell. « C’est Henry Paulson, a répondu Inhofe. Auparavant, nous avons eu un appel conférence, je crois que c’était vendredi – une semaine et demie avant le vote le 1er octobre. Donc ce devait être au milieu de…c’était quand… Le 19 septembre nous avons eu l’appel conférence, et j’imagine que je n’ai aucune raison de ne pas répéter ce qu’il a dit, mais il a dit – il a brossé le portrait que vous venez de décrire. Il a dit : "L’heure est grave. C’est la situation la plus grave que nous avons dû affronter" (5). »

Au Congrès, le représentant Brad Sherman (D-CA. 27e district) a signalé la même menace (il a par après légèrement nuancé ses propos à l’émission d’Alex Jones) :

« Ils ne peuvent faire adopter cette loi qu’en créant un climat de panique […]. Bon nombre d’entre nous se sont fait dire que le ciel allait nous tomber sur la tête […]. Quelques-uns se sont même fait dire que la loi martiale serait déclarée aux États-Unis si nous rejetions le plan. C’est ce que j’appelle de l’alarmisme, trompeur et injustifié (6). »

Il est donc évident que des menaces de loi martiale ont servi à faire adopter cette législation déplorable sur le plan de sauvetage. Aussi, il semble évident que les membres du Congrès n’ont pas formulé de menace de loi martiale, mais qu’ils en ont plutôt été avisés. Il est alors tout à fait approprié d’établir des liens entre de tels propos et la promptitude de l’armée à redéfinir son rôle, non seulement de protection, mais aussi de contrôle du peuple américain. Dans une politie constitutionnelle fondée sur l’équilibre des pouvoirs, nous voyons émerger un nouveau pouvoir militaire radical jusqu’à présent complètement déséquilibré.

Le nouveau rôle de l’armée en 2001 : contrôler la société américaine plutôt que la protéger

Ce nouveau rôle de l’armée n’est pas tout à fait sans précédent. Depuis trois décennies, l’armée américaine entraîne ses troupes ainsi que les policiers dans la « planification de troubles civils ». Le plan d’ensemble, le Department of Defense Civil Disturbance Plan 55-2 ou « Operation Garden Plot », a été élaboré en 1968 en réaction aux importantes manifestations et aux troubles des années 1960.

Mais le 19 janvier 2001, le dernier jour de l’administration Clinton, l’armée a promulgué un nouveau Continuity of Operations (COOP) Program (Programme de continuité des opérations). Les différences entre le plan précédemment orienté vers l’extérieur, le Army Survival, Recovery, and Reconstitution System (ASRRS) (Système de survie, de rétablissement et de reconstitution de l’Armée) et ce nouveau plan, se résument ainsi :

a. En 1985, le commandant en chef de l’armée a établi le ASRRS afin d’assurer la continuité des missions et des fonctions essentielles de l’armée.

La doctrine ASRRS était axée principalement sur une réplique à la pire menace d’attaque nucléaire massive sur les États-Unis continentaux (CONUS) advenant une confrontation avec l’Union soviétique.

b. La fin de la guerre froide et l’éclatement de l’ancienne Union soviétique ont significativement réduit la probabilité d’une attaque nucléaire de grande envergure sur les États-Unis continentaux, mais la probabilité que d’autres menaces surgissent a augmenté. Les organisations militaires doivent être parées contre tout imprévu susceptible d’interrompre les opérations régulières.

Afin de mettre l’accents sur la récente orientation du ASRRS vers le spectre d’une menace tout risque globale, le nom « ASRRS » a été remplacé par le terme plus générique « Continuity of Operations Program (COOP)(7) ».

Ce document représente le plan Continuity of Operations (Continuité des opérations) piloté par Donald Rumsfeld, Dick Cheney et les autres dans les années 1980 et 1990(8) . Ce plan établissait initialement des mesures de continuité dans l’éventualité d’une attaque nucléaire, cependant on y a rapidement ajouté la nécessité de suspendre la Constitution, non seulement « après une guerre nucléaire », mais aussi en cas de toute « urgence concernant la sécurité nationale ». Dans le décret 12656 de Ronald Reagan prononcé le 18 novembre 1988, ce type d’urgence se définissait comme « tout événement, incluant un désastre naturel, une attaque militaire, une urgence technologique ou toute autre urgence qui compromettrait ou menacerait sérieusement la sécurité nationale des États-Unis ». L’effet escompté était d’imposer à la société civile américaine les mesures extrêmes prévues en réponse à une attaque nucléaire de l’extérieur (9).

De la même manière, le règlement ARR 500-3 clarifiait qu’il s’agissait d’un plan pour « l’exécution de fonctions essentielles à la mission, sans qu’il y ait d’interruption inacceptable pendant une urgence interne ou touchant à la sécurité nationale »

Donald Rumsfeld, qui a aidé à concevoir le plan Continuity of Governement (Maintien du gouvernement (COG)) en tant que simple citoyen, a rapidement signé et mis le plan révisé ARR 500-3 en application. Huit mois plus tard, le 11 septembre 2001, MM. Cheney et Rumsfeld ont appliqué le COG, un événement important, duquel on ne connaît toujours presque rien. Nous savons par contre que – tel que prévu par le COG des années 1980 – la surveillance et la détention sans mandat d’un grand nombre de citoyens ont commencé à être appliqués presque immédiatement et qu’en janvier 2002, le Pentagone a soumis une proposition visant à déployer les troupes dans les rues américaines (10).

Puis, en avril 2002 des officiels de la Défense ont mis en œuvre un plan pour des opérations intérieures de l’armée américaine en créant le U.S. Northern Command (CINC-NORTHCOM) pour les États-Unis continentaux (11). En résumé, on appliquait les caractéristiques dominantes du COG sur lequel Oliver North avait travaillé dans les années 1980.

Événements douteux et changements de parti à la Maison-Blanche

À l’instar de bien d’autres étapes décisives vers un État militaro-industriel depuis la Seconde Guerre mondiale, le règlement 500-3 de l’armée a fait surface dans les derniers jours d’une administration sortante (dans ce cas-ci, le dernier jour). Il convient de noter que depuis les années 1950, des événements douteux – entrant dans la catégorie occulte que j’ai nommée « événements de l’ombre » – ont marqué les derniers mois précédant un changement de parti à la Maison-Blanche. Ces événements de l’ombre ont eu tendance à a) contraindre le président désigné, si celui-ci était démocrate, sinon à b) lui ouvrir la voie s’il était républicain.

En ce qui concerne la première catégorie, (lorsqu’un démocrate a succédé à un républicain) considérons ce qui suit :

  • En décembre 1960, la CIA s’est assurée d’avoir l’approbation pour l’invasion de Cuba par la Baie des Cochons et a précipité le Laos dans une crise pour laquelle le chef d’état-major a proposé d’envoyer 60 000 troupes. Ces événements ont profondément affecté la position du président Kennedy envers Cuba et l’Indochine.
  • En 1976, le directeur de la CIA George H. W. Bush a formé une unité externe de renseignement, l’Équipe B, destinée à gonfler l’estimation de la menace soviétique en sol américain, sapant ainsi la promesse électorale du candidat à la présidence Jimmy Carter de réduire le budget de la Défense (12).

Les événements de la deuxième catégorie sont tout aussi importants (lorsqu’un républicain a succédé à un démocrate) :

  • Vers la fin de l’année 1968, alors qu’il conseillait l’administration Johnson, M. Kissinger a donné des informations secrètes à l’équipe de campagne de Nixon. Ces informations l’ont aidé à faire obstruction à l’accord de paix avec le Vietnam que l’on s’apprêtait à négocier à Paris, où se tenaient les pourparlers. Selon Seymour Hersh, « Kissinger a alerté l’équipe de campagne de Nixon du succès imminent des pourparlers de paix. L’équipe de Nixon a ainsi réussi à transmettre une série de messages au gouvernement Thieu » à Saigon, lui faisant bien comprendre qu’une présidence Nixon ferait une meilleure offre. Ce facteur a été déterminant dans la défaite du candidat démocrate Hubert Humphrey (13). Kissinger n’était pas du genre à trahir son président de sa propre initiative. John Mitchell, directeur de campagne de Nixon à l’époque (l’un des rares à être au courant du secret), a dit à M. Hersh qu’il « il croyai[t] qu’Henry [Kissinger] le faisait parce que Nelson [Rockefeller] le voulait. Nelson a demandé de l’aide à Henry et il a accepté (14) ».
  • En 1980, ce que l’on a appelé la « surprise d’octobre », une opération à laquelle ont participé des membres de la CIA, a favorisé le maintien des otages américains en Iran jusqu’à l’inauguration de Ronald Reagan. Ce fut un facteur déterminant dans la défaite du député sortant Jimmy Carter (15). On peut encore une fois y voir l’influence des Rockefeller. Un officier de la CIA a affirmé ultérieurement avoir entendu une conversation en 1981 entre William Casey, le nouveau directeur de la CIA, et un assistant de David Rockefeller, Joseph V. Reed. Ce dernier commentait leur succès conjoint dans le bouleversement des plans de M. Carter, destinés à rapatrier les otages (16).

On peut voir le plan de sauvetage financier, extorqué au Congrès, ainsi que l’intensification des préparations en vue de déclarer la loi martiale comme des événements transitionnels appartenant à la première catégorie. Quelles que soient les explications concernant leur synchronisme, ces événements contraindront la liberté de M. Obama dans la conception de ses propres politiques. Je craint, de surcroît, qu’en conséquence, le pays soit impliqué de façon accrue et imprévue dans la guerre afghane.

Les préparations intensives et discrètes de la loi martiale

Consacrons nous d’abord aux préparations pour la mise en place de la loi martiale. Le 30 septembre 2008, le Army Times annonçait le redéploiement en sol américain d’une unité de la Brigade active de l’armée stationnée en Irak et son assignation à une nouvelle mission qui « pourrait devenir partie intégrante de l’armée active » :

« L’Équipe de combat de la 1ère Brigade de la 3e Division d’infanterie a passé 35 des 60 derniers mois à patrouiller en Irak en équipement de combat complet, escortant les convois de ravitaillement et aidant à restaurer les services essentiels.

Ils s’entraînent maintenant pour la même mission — nouvelle mouture — à la maison.

Dès le 1er octobre et pour les 12 prochains mois, l’équipe de combat de la 1ère Brigade agira à titre de force d’intervention fédérale de garde sous le contrôle quotidien de la U.S. Army North (Armée américaine du Nord), la branche armée du Northern Command (Commandement Nord), en cas d’urgence ou de désastres naturels ou d’origine humaine, incluant des attaques terroristes. […] Lorsque la mission de l’équipe de combat de la 1ère Brigade prendra fin, il est prévu qu’une autre brigade en service actif, qui n’a pas été nommée à ce jour, prenne la relève et que la mission soit permanente. […] Elle sera possiblement appelée à contrôler des foules et à prêter assistance en cas de troubles civils (17). »

Cette annonce a eu lieu deux semaines après les discussions relatives aux troubles civils et à la loi martiale ayant servi à faire paniquer le Congrès pour qu’il adopte la législation Paulson sur le plan de sauvetage. De plus, les deux événements sans précédent se reflètent l’un dans l’autre : le débat sur le plan de sauvetage anticipait des troubles civils et l’imposition de la loi martiale, alors que l’annonce du stationnement en sol américain de l’Équipe de combat de la 1ère Brigade anticipait des troubles civils (qui pourraient résulter de la législation sur le plan de sauvetage).

Puis, le 17 décembre 2008, le chef du US Northern Command (Commandement Nord américain), le général Renuart annonçait que « l’Armée américaine planifi[ait] la mobilisation de milliers de troupes pour protéger Washington contre de potentielles attaques terroristes durant l’inauguration du président Obama (18) ».

Selon le Phoenix Business Journal, le US Army War College (Collège de guerre de l’Armée américaine) a également évoqué la possibilité que l’Armée américaine serve à réprimer les troubles civils :

« Un récent rapport du US Army War College mentionne que des ressources et des troupes du Pentagone pourraient être appelées à intervenir si la crise économique donnait lieu à des troubles civils, tels que des manifestations contre le gouvernement et des commerces ou des ruées sur des banques assiégées.

« Des violence civiles généralisées aux États-Unis forceraient l’organisme de la Défense à réorienter ses priorités in extremis afin de maintenir l’ordre intérieur essentiel et la sécurité des citoyens », indique le rapport.

L’étude signale que l’effondrement de l’économie, le terrorisme et le renversement de l’ordre juridique font partie des chocs intérieurs potentiels qui pourraient exiger une action militaire aux États-Unis (19). »

Il y a eu, de toute évidence, un mouvement soutenu en vue de préparer la loi martiale, une tendance par ailleurs aussi constante qu’inopinée. Ainsi, le sénateur Leahy avait raison d’y attirer notre attention le 29 septembre 2006, alors qu’il s’objectait à la forme finale du Fiscal Year 2007 National Defense Authorization Act (Acte d’autorisation de Défense nationale de l’année fiscale 2007) qui donnait au président des pouvoirs accrus sur l’utilisation de la Garde nationale dans le maintien de l’ordre :

« Nous […] devrions tous nous inquiéter des termes inclus dans l’accord du Congrès qui invalident des lois sur le posse comitatus établies depuis longtemps, limitent l’implication de l’armée dans le maintien de l’ordre, et facilitent par conséquent la déclaration de la loi martiale par le président. L’opposition constructive que l’on retrouve dans la loi actuelle en ce qui a trait aux déclarations de loi martiale existe pour de bonnes raisons (20). »

Cette accumulation discrète de pouvoir militaire n’a pas seulement pris de l’ampleur rapidement par inadvertance. Elle démontre une intention soutenue, même si personne n’en a fait une affaire publique.

Comment l’administration Bush a protégé le prêt prédateur et laissé la crise financière s’aggraver.

Examinons maintenant la crise financière et le renflouage panique. Personne ne devrait croire que la crise n’était pas prévisible. En février, un des derniers gestes qu’a posé Eliot Spitzer en tant que gouverneur de New York a été de sonner l’alarme sur la crise imminente créée par le prêt prédateur et de révéler que l’administration Bush entravait les efforts des États pour y faire face. Son avertissement exceptionnel paru dans le Washington Post mérite d’être cité longuement :

« Il y a plusieurs années, les procureurs généraux de l’État et d’autres oeuvrant dans la protection du consommateur se sont mis à remarquer une nette augmentation d’une catégorie de pratiques de prêt prédateur chez les prêteurs hypothécaires.

« Bien que le prêt prédateur devenait un problème national, l’administration Bush a tourné la tête et n’a rien fait pour protéger les propriétaires. En réalité, le gouvernement a plutôt choisi de s’aligner sur les banques qui trompaient les consommateurs […]. Plusieurs législations d’État, dont celle de New York, ont décrété des lois visant à restreindre de telles pratiques […]. Non seulement le gouvernement Bush n’a rien fait pour protéger les consommateurs, mais elle s’est lancée dans une campagne agressive et inédite pour empêcher les États de protéger leurs résidents des problèmes mêmes que le gouvernement fédéral ignorait.

Laissez-moi vous expliquer : le gouvernement a accompli cet exploit par le biais d’une obscure agence fédérale [du Trésor] nommée Office of the Comptroller of the Currency (Office du contrôleur de la monnaie (OCC)). L’OCC existe depuis la guerre de Sécession. Sa mission est de garantir la solidité fiscale des banques nationales. Pendant 140 ans, l’OCC a examiné les livres des banques nationales afin de s’assurer qu’ils étaient équilibrés, une fonction importante quoique controversée. Mais il y a quelques années, pour la première fois de son histoire, l’OCC a été utilisée comme instrument contre les consommateurs.

En 2003, au plus fort de la crise du prêt prédateur, l’OCC a invoqué une clause du 1863 National Bank Act (Acte des banques nationales de 1863) afin d’émettre des avis officiels contrecarrant toutes les lois d’État sur le prêt prédateur, les rendant ainsi inopérantes. L’OCC a aussi promulgué de nouvelles règles empêchant les États de renforcer toute loi de leur juridiction protégeant le consommateur contre les banques nationales. Les actions du gouvernement étaient si flagrantes et si inouïes que les 50 procureurs généraux des États ainsi que les 50 directeurs des banques d’État ont vivement contesté ces nouvelles règles.

Mais l’opposition unanime des 50 États n’a pas dissuadé le gouvernement Bush, ni même retardé ses plans visant à protéger les banque. En fait, lorsque mon bureau a ouvert une enquête sur un certain nombre de banques soupçonnées de discrimination relativement au prêt hypothécaire, l’OCC a intenté des poursuites au fédéral pour interrompre l’enquête (21). » »

Eliot Spitzer a envoyé sa lettre d’opinion au Washington Post le 13 février. Si elle a eu un impact, ce n’est pas celui que M. Spitzer avait espéré. Le 10 mars, le New York Times a révélé qu’Eliot Spitzer avait rencontré une prostituée. Selon un article ultérieur du Times, « le 13 février [le jour où la lettre de M. Spitzer est parue sur le site web du Washington Post] des agents fédéraux ont surveillé son hôtel à Washington (22). »

Il est remarquable que les médias dominants aient considéré que la vie privée de M. Spitzer soit une nouvelle importante, mais que ses accusations voulant que le Trésor de M. Paulson fasse perdurer la crise financière n’en soit pas une, pas plus que le lien entre ces accusations et la dénonciation de M. Spitzer. Comme le disait un blogueur,

« Les médias américains ont fait abstraction du lien évident entre l’enquête sur l’étrange application fédérale de la loi, la campagne de fuites sur la vie privée du gouverneur Spitzer de New York et les attaques tous azimuts de M. Spizter envers le gouvernement Bush pour sa collusion avec les prêteurs prédateurs.

Au moment où le système de crédit international est immobilisé en raison d’une surabondance de mauvais prêts hypothécaires faits aux États-Unis, les médias ont passé sous silence les détails des accusations publiques de Spitzer contre la Maison-Blanche.

Or, lorsque des détails salaces ont coulé sur la vie privée de M. Spitzer, ils ont pris cette information et en ont fait leur page couverture des jours durant (23). »

Selon Greg Palast, après la publication de la lettre de M. Spitzer, la Réserve fédérale « a prêté, pour la première fois de son histoire, un cinquième de milliards de dollars à une clique bancaire sélectionnée afin de garantir leurs obligations à haut risque adossées à des créances hypothécaires. Le déluge de pognon public était une aubaine formidable pour les mêmes banquiers prédateurs ayant poussé des millions de familles au bord de la saisie (24) ».

Que devons-nous penser des accusations de M. Spitzer voulant que le gouvernement Bush soit intervenu pour faire obstacle aux lois contre le prêt prédateur et du fait que les médias dominants n’en ont pas fait mention? Il se peut que l’OCC ait eu la motivation mesquine de permettre à la bulle immobilière de se poursuivre en 2003 et 2004, facilitant ainsi la réélection de M. Bush. Toutefois, l’obstruction tenace du Trésor par la suite, malgré la désapprobation unanime des 50 États, ainsi que le silence constant des médias sur ce désaccord suggère que l’intention d’une politique plus étendue était peut-être en jeu.

Les similitudes avec le scandale de la Savings and Loans sont frappantes. On a permis à cette indignation de se poursuivre pendant les années 1980 de Reagan, longtemps après qu’il soit devenu évident que des profiteurs sans scrupules se servaient de la faillite délibérée pour amasser des fortunes illégales, ultimement aux dépens du public (25).

De la même manière, l’interminable bulle immobilière de l’actuelle décennie Bush et particulièrement la bulle des produits dérivés émis à même la bulle immobilière, ont permis à l’administration Bush de compenser pour le coût de sa mésaventure irakienne dépassant les milliards de dollars (26) en créant de faux titres qui se sont vendus pour des milliards de dollars, non seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier.

À long terme, cela ne constituait pas une source de richesse durable pour la classe financière de l’Amérique, qui souffre maintenant comme tout le monde de la récession qui en découle. Mais à court terme, la crise financière et le plan de sauvetage ont permis à M. Bush de mener une guerre coûteuse sans vivre l’inflation débilitante qu’avait occasionnée la guerre du Vietnam.

En d’autres termes, on peut voir de manière rationnelle la débâcle financière de billions de dollars (27) comme une aide financière à la guerre en Irak. Cependant, lorsque l’on observe les préparatifs pour instaurer la loi martiale, on voit qu’ils visent à prévenir des troubles civils dans le futur. Pourquoi se préparer aussi intensément pour de tels troubles?

La réponse va de soi : parce que l’on se souvient des émeutes qui ont éclaté à San Francisco et ailleurs pendant la Grande Dépression des années 1930. En effet, cette préoccupation doit être au premier plan chez ceux qui ont organisé le redéploiement d une équipe de combat de l’Irak vers l’Amérique. Mais la planification pour déclarer la loi martiale a commencé il y a presque trois décennies, au moment ou Reagan a désigné Donald Rumsfeld, Dick Cheney et les autres pour qu’ils préparent secrètement ce qui portait le nom trompeur de Maintien du [c’est-à-dire Changement de] gouvernement (COG). À ce moment là, ils ne s’inquiétaient certainement pas de la récession de 2008, pas plus que ceux qui ont présenté le « Programme de maintien des opérations (COOP) » le 19 janvier 2001. Le « spectre d une menace totale tout risque » envisagée dans ce document était de toute évidence complémentaire à la doctrine de « domination d’ensemble » formulée dans le plan du chef de cabinet adjoint, Joint Vision 2020, approuvé 8 mois plus tôt, le 30 mai 2000 (28).

En planifiant le COG, ainsi que la loi martiale, MM. Cheney et Rumsfeld envisageaient aussi la domination d’ensemble. Leur engagement simultané dans le Project for the New American Century (Projet pour un nouveau siècle américain (PNAC)), un document public des années 1990, le confirme. Les objectifs du PNAC étaient cités très explicitement dans leur document Rebuilding America’s Defenses (Rebâtir la défense américaine) : augmenter les dépense en matière de défense afin d’établir la présence américaine partout dans le monde pour en faire un pouvoir incontestable. Cela impliquerait la présence permanente de forces américaines en Asie centrale et en Asie de l’Est, et ce même après la disparition de Saddam Hussein (29).

En gros, le programme du PNAC planifiait un empire américain outre-mer permanent, un projet qu’une démocratie américaine n’accepterait pas facilement, ils le reconnaissaient. Ils admettaient franchement qu’il serait difficile de gagner du soutien pour leur prévision d’augmenter les dépenses en défense « à un niveau minimum de 3,5 a 3,8 pour cent du produit intérieur brut, ajoutant ainsi de 15 à 20 milliards de dollars annuellement dans la Défense ». On admet dans le document que « le processus de transformation sera probablement long s’il ne se produit pas d’événement catastrophique et catalyseur, comme un nouveau Pearl Harbor (30). »

Avec l’élection de Barack Obama, nous avons bien sur toutes les raisons d’espérer que l’ère désastreuse de MM. Cheney et Rumsfeld tire à sa fin. M. Obama a clairement signalé qu’il mènerait une politique étrangère axée sur la diplomatie et le multilatéralisme. C’est dans cet esprit qu’il a déclaré vouloir discuter avec l’Iran sans conditions préalables.

Mais la raison qu’évoque M. Obama pour le retrait de l’Irak est de mauvais augure : « L’ampleur de notre déploiement en Irak continue à retarder notre capacité a terminer la bataille en Afghanistan (31). » Ceux qui étudient sérieusement la scène afghane sont peu nombreux à croire que l’Amérique peut « finir la bataille en Afghanistan » avec plus de succès que n’en ont eu les Russes ou les Britanniques auparavant. La position des États-Unis là-bas se détériore visiblement, pendant que la stratégie américaine d attaques transfrontalières, elle, a pour effet de déstabiliser également le Pakistan. Le régime Karzaï soutenu par les États-Unis a si peu de contrôle en milieu rural que Kaboul même subit des attaques de roquettes. Les experts sur le terrain conviennent que tout effort visant à « en finir » constitue une proposition à long terme qui nécessitera au minimum un engagement fortement accru des troupes américaines (32).

On ne peut pas prédire l avenir, mais on peut examiner le passé. J’écris depuis 30 ans sur la permanence d’une mentalité guerrière en Amérique qui, encore et encore, domine les politiques raisonnables de négociation et nous pousse davantage dans le conflit armé. Cette vision dominante n’est pas l’apanage d une seule agence ou cabale, elle résulte plutôt probablement des tensions constantes entre les faucons et les colombes dans la politique interne de Washington.

Si l’on brasse vigoureusement un contenant de roches et de gravier, celui-ci sera probablement attiré vers le fond, laissant les plus grosses roches sur le dessus. Lorsque l’armée est impliquée dans une bataille difficile et qu un débat persiste sur le retrait ou l’engagement des troupes, il existe une probabilité analogue que les forces en faveur de l’engagement prennent le dessus, peu importe les circonstances. On a tendance à utiliser un pouvoir militaire lorsqu’il est disponible, et un des aspects les plus remarquables de l’histoire depuis 1945 est que cette tendance ne s’est pas répétée jusqu’à présent avec les armes atomiques.

Laissez-moi expliquer cette métaphore en détails plus concrets. Les sociétés progressives (à notre époque, il s’agit habituellement de démocraties) ont tendance a étendre leur présence au-delà de leurs frontières géographiques. Cette présence élargie nécessite de nouvelles institutions, généralement libres de toute responsabilité démocratique (comme la CIA). Cette accumulation de pouvoir sans obligations, dans ce que j ai déjà appelé « l’État de l’ombre », bouleverse le système de pouvoir et contrepouvoir de l’État public, lequel constitue le pilier de politiques saines et délibérantes.

L’on pourrait s’attendre à ce que les démocraties progressives évoluent vers des politiques étrangères de plus en plus rationnelles. Toutefois, en raison de la dialectique décrite ci-dessus, nous voyons exactement le contraire se produire : une évolution vers des engagements stupides et parfois désastreux. Lorsque la démocratie a progressé en Grande-Bretagne à la fin du 19e siècle, cela a provoqué la guerre des Boers, une guerre qui convenait très bien aux besoins impériaux privés de Cecil Rhodes, mais ne servait aucunement les intérêts du peuple britannique sinon leur nuisait (33). Le rêve d’un troisième Reich chez Hitler, qui impliquait une répétition, vouée à l’échec, de l’aventure napoléonienne au coeur de la Russie, convenait aux besoins des industriels allemands qui avaient financé les nazis. Cependant, les hommes sensés à la tête du personnel militaire allemand pouvaient dès le début voir venir le désastre.  

Depuis plus d un demi siècle, soit depuis la guerre du Vietnam, des forces non imputables mènent l’Amérique dans des aventures insoutenables sur le continent asiatique. Nous savons aujourd’hui que Kennedy n’a jamais eu l’intention d’engager les troupes américaines au Vietnam (34). Toutefois, le plan fatal visant à étendre la guerre du Vietnam au nord du 17e parallèle a été autorisé pendant la dernière semaine de sa présidence avortée, probablement sans qu’il soit au courant (35). Lors de son élection, Jimmy Carter était déterminé à réduire l’envergure et la fréquence des opérations clandestines de la CIA (36). Pourtant, son conseiller à la Sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, a engagé des manoeuvres en Afghanistan, lesquelles ont mené à la plus vaste opération clandestine de la CIA (et à mes yeux la plus délétère) de tous les temps (37).

Nos historiens aux archives n’ont toujours pas tout à fait compris l’un ou l’autre des paradoxes, ni les forces qui se trouvent derrière. Et comme l’observait notoirement le philosophe George Santayana : « Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter (38). »

L’avenir nous réserve-t-il une escalade militaire à l’étranger et à la maison?

Comme MM. Kennedy et Carter, Barack Obama constitue un mélange complexe de qualités exaltantes et déprimantes. Parmi les dernières, il y a son désir inconditionnel « d’en finir » avec la guerre en Afghanistan (c’est-à-dire la gagner), ainsi que son soutien et celui de son parti pour la version finale du plan Paulson. À mon avis, les deux vont de pair.

Le plan de sauvetage financier, comme la résolution négociée pour le scandale de la Savings and Loans dans les années 1980, a imposé de façon flagrante la richesse de la république dans le but de protéger et même d’enrichir ceux qui faisaient fortune illégitimement depuis un certain temps. Les gauchistes de longue date n’y voient peut-être rien d’inhabituel : cela est conforme à leur analyse du fonctionnement de l’État capitaliste.

Cependant, cela n’est typiquement américain que depuis la révolution Reagan des années 1980. Auparavant, les politiques gouvernementales visaient plus souvent à aider les démunis. Par la suite, on a invoqué l’idéologie libérale du libre marché de différentes manières, même sous Clinton, afin d’enrichir les riches.

Le professeur Edward Wolff a résumé le résultat de ces politiques gouvernementales :

« L’inégalité de la richesse a nettement augmenté depuis 1975 ou 1976. Avant cela, si l’on recule jusqu’en 1929 environ, il y a eu une période prolongée où l’inégalité avait chuté au pays. Il y a donc cette tendance à la baisse relativement continue qui débute en 1929, l’année où, bien sûr, la bourse était à son meilleur avant de s’effondrer, et qui se poursuit environ jusqu’au milieu des années 1970. Depuis ce temps, la tendance s’est inversée et le niveau d’inégalité de la richesse a pratiquement doublé depuis le milieu des années 1970.

En fait, jusqu’au début des années 1970, les États-Unis avait un taux d’inégalité de la richesse plus bas que celui de la Grande-Bretagne ou d’un pays comme la Suède. Mais les choses ont changé dans les 25 ou 30 dernières années. En réalité, de nombreux pays ont tenté de réduire les inégalités avec le temps. Les États-Unis sont atypiques en ce sens que l’inégalité a augmenté si brusquement durant les 25 ou 30 dernières années (39). »

Les excès de richesse qu’a connus l’Amérique par le passé, comme l’Âge doré ou les années1920, ont été suivis de réformes politiques, tel l’impôt sur le revenu, visant à réduire les disparités entre les richesses et les revenus. Toutefois, comme le signalait Kevin Phillips, ce type de réformes doit être remis en place bientôt ou il ne le sera peut-être jamais :

« Au moment où nous entrons dans le 21e siècle, le déséquilibre des richesses et de la démocratie aux États-Unis est intolérable […]. Ou la démocratie doit être renouvelée, en ravivant la politique, ou la richesse consolidera probablement un nouveau régime moins démocratique – que l’on appelle autrement ploutocratie (40). »

Si l’on juge le plan Pauslon tel qu’il a été adopté selon ce critère, il constitue non seulement une occasion ratée, mais aussi un pas radical dans la mauvaise direction. Le soutien qu’ont donné M. Obama et le Parti démocrate au renflouage n’a rien de rassurant. Il s’agit plutôt d’un signe que la ploutocratie ne sera pas sérieusement contestée par l’un ou l’autre des partis dans leur état actuel

Warren Buffett avait peut être raison de dire que le plan de sauvetage était nécessaire. On peut toutefois facilement penser à des réformes qui auraient dû le complémenter :

1) on aurait dû procéder dans la transparence, non pas dans le secret

2) les fonds publics n’auraient pas dû servir à payer des bonus et des dividendes (10 pour cent des Américains les plus riches possèdent 85 pour cent de toutes les actions (41).

De plus, puisque l’on discute actuellement d’un plan de sauvetage pour l’industrie automobile, deux autres réformes semblent s’imposer :

3) Toute réduction de revenus ne devrait pas toucher seulement les travailleurs, mais les employés de tous les niveaux de manière égale.

4) tel que suggéré à maintes reprises, le ratio entre les rémunérations supérieures et inférieures de chaque industrie devrait être limité légalement — possiblement un ratio de 20 pour un.

Je ne fais pas ces suggestions évidentes en espérant qu’elles soient approuvées ou que l’on en débatte sérieusement. La corruption ploutocratique de nos deux partis rend une telle perspective presque impensable.

C’est la forte probabilité d’une guerre que je désire considérer. Les États-Unis ont échappé à la dépression des années 1890 grâce à la guerre hispano-américaine (42). Le pays est sorti de la Grande Dépression des années 1930 uniquement avec la Seconde Guerre mondiale. Il y a même eu une récession dans les années 1940, de laquelle l’Amérique s’est tirée strictement au moyen de la guerre de Corée. Puisque nous risquons encore de faire face à une dépression majeure, je crois que nous faisons à nouveau face au danger d’une grande guerre.

Pendant ce temps, même si certains aspects de la débâcle financière ont émergé pour diverses raisons et ne résultaient pas d’une cabale « conspirationniste », ils pourraient se prolonger en raison de leur utilité pour les va-t-en-guerre. Dans la perspective de maintenir la portée impériale des États-Unis en Afghanistan (et même au Pakistan), considérons que la crise financière a eu quelques conséquences attendues :

1) La valeur du dollar a augmenté par rapport aux autres devises internationales, notamment l’euro, améliorant ainsi la balance des paiements des États-Unis et en éloignant la menace visant son rôle important de monnaie principale des échanges internationaux.

2) Grâce à la commercialisation internationale prononcée de produits dérivés surévalués et basés sur le prêt prédateur, la crise financière qui en résulte s’est internationalisée, entraînant même ailleurs des chocs économiques pires qu’aux États-Unis. Cela a relativement amélioré la capacité du pays à financer un effort de guerre considérable outre-mer (qui a toujours eu un impact majeur sur sa balance des paiements).

3) Le prix du pétrole a plongé de 147 $ US le baril en juillet dernier à 40 $ US, affaiblissant ainsi les économies de la Russie, de la Chine et spécifiquement celle de l’Arabie Saoudite, le pays dont les fondations internationales soutiennent Al-Qaeda. 

Par ailleurs, la situation afghane est grave, sans toutefois être désespérée. Deux observateurs chevronnés, Barnett R. Rubin et Ahmed Rashid, ont proposé une solution politique garantissant plus de sécurité pour toute la région que la proposition irréfléchie de M. Obama d’envoyer 20 000 troupes américaines de plus sur le terrain (43). Selon M. Rashid,

Le président désigné Obama et les chefs d’État occidentaux doivent adopter une approche compréhensive où la région [voisine de l'Afghanistan, incluant le Pakistan, l'Inde, la Russie, la Chine, l'Iran et les anciennes républiques soviétiques] est perçue comme une unité dans laquelle des problèmes de développement s’enchevêtrent, tels que la pauvreté, l’illettrisme et la faible gouvernance. Afin de démocratiser la région et d’écarter des actionnaires puissants mais néfastes — comme les mafias de drogue — des structures de pouvoir locales ou de les forcer à changer de mentalité, l’approche doit être davantage subtile et compréhensive (44).

Que des observateurs ayant un statut si reconnu offrent une solution politique judicieuse ne me rend pas très optimiste. Depuis trois décennies déjà, Barnett Rubin donne de bons conseils à Washington concernant l’Iran et l’Afghanistan, mais les lobbyistes prônant des opérations clandestines et des solutions militaires l’ignorent. Cette dialectique rappelle la guerre du Vietnam, où des propositions raisonnables visant à démilitariser le conflit ont été elles aussi ignorées pendant plus de 10 ans.

Je le répète, l’avenir est imprévisible. Mais je crains que la suggestion de M. Obama d’envoyer 20 000 troupes supplémentaires ne l’emporte, avec les conséquences prévisibles d’une guerre élargie à la fois en Afghanistan et au Pakistan (45). Je crains également qu’il n’y ait une utilisation accrue de l’Armée américaine pour contrôler les manifestations de la population américaine.

J’espère sincèrement que mes craintes ne sont pas fondées. Le temps le dira.

 

Article paru sur mondialisation.ca le 4 février 2009

Article original en anglais, Martial Law, the Financial Bailout, and War, publié le 8 janvier 2009, traduit par Julie Lévesque pour Mondialisation.ca.

 


NOTES :

1. WCAX, Burlington, Vermont – 22 décembre 2008, http://www.wcax.com/Global/story.asp?S=9567271. Cf. CNBC, 30 octobre 2008, http://www.cnbc.com/id/27423117: «"Vous pouvez être payé 30 millions de dollars sous ce programme", affirme Michael Kesner, qui dirige les pratiques de rémunération des cadres chez Deloitte Consulting. "Il n’y a pas de limite au montant que l’on peut vous payer."»

2. John Dunbar, AP, 25 octobre 2007, http://biz.yahoo.com/ap/081025/meltdown_evolving_bailout.html .

3. Hirst, David. « Fox joins battle cry for details of US bail-out ».In BusinessDay,24 décembre 2008. En ligne. <http://www.businessday.com.au/business/fox-joins-battle-cry-for-details-of-us-bailout-20081223-74eh.html?page=-1>

4. http://phoenix.bizjournals.com/phoenix/stories/2008/12/15/daily34.html.

5. http://www.blacklistednews.com/news-2367-0-13-13–.html

6. Rep. Brad Sherman, Chambre des Représentants, 8:07 EST PM, 2 octobre 2008, http://www.youtube.com/watch?v=HaG9d_4zij8&NR=1. Le représentant Sherman a ultérieurement clarifié ses propos : « Je n’ai aucune raison de croire que quiconque parmi les leaders du Congrès ayant négocié le plan de sauvetage avec le gouvernement Bush ait mentionné la possibilité de déclarer la loi martiale – encore une fois, c’est un exemple des commentaires extrêmes et délibérément hyperboliques faits par des membres qui n’étaient pas directement impliqués dans les négociations  Cf. Rep. Sherman au Alex Jones show, http://www.youtube.com/watch?v=_bH1mO8qhCs.

7. Army Regulation 500-3, Emergency Employment of Army And Other Resources, Army Continuity Of Operations (COOP) Program, http://www.wikileaks.org/leak/us-army-reg-500-3-continuity-2001.pdf, souligné par l’auteur. Cf. Tom Burghardt, « Militarizing the "Homeland" in Response to the Economic and Political Crisis: NORTHCOM’s Joint Task Force-Civil Support,” GlobalResearch, 11 octobre 2008, http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=10534 .

8. Scott, Peter Dale. The Road to 9/11: Wealth, Empire, and the Future of America. Berkeley and Los Angeles : University of California Press, 2007, 183-87; cf. Mann, James. The Rise of the Vulcans: The History of Bush’s War Cabinet, New York : Viking, 2004, 138-45.

9. Scott, The Road to 9/11, 183-87.

10. Goldstein, Ritt. « Foundations are in place for martial law in the US ». In Sydney Morning Herald, 27 juillet 2002. En ligne. <http://www.smh.com.au/articles/2002/07/27/1027497418339.html>

11. Scott, The Road to 9/11, 240-41.

12. Scott, The Road to 9/11, 60-61.

13. Parry, Robert. « Henry Kissinger, Eminence Noire ». In ConsortiumNews, 28 décembre. En ligne. <http://www.consortiumnews.com/2008/122808.html> Selon, le livre de Seymour Hersh publié en 1983, The Price of Power [p. 21], « Kissinger, […] – alors qu’il était conseiller en négociations de paix du gouvernement Johnson – a fait obstruction aux pourparlers de paix possibles en contactant secrètement des gens qui travaillaient pour Nixon ».

14. Hersh, Price of Power, 18. Cf. Hougan, Jim. Spooks: The Haunting of America, New York : William Morrow, 1978, 435 p. : « Kissinger, marié à une ancienne assistante de Rockefeller, propriétaire d’un manoir, dont l’achat a été possible uniquement grâce à des cadeaux et des prêts de Rockefeller, a toujours été le protégé de son patron Nelson R[ockefeller], même lorsqu’il n’était pas son employé immédiat. »

15. Scott, The Road to 9/11, 93-118.

16. Scott, The Road to 9/11, 82-87, 91, 104-05

17. « Brigade homeland tours start Oct. 1 ». In Army Times, 30 septembre 2008, http://www.armytimes.com/news/2008/09/army_homeland_090708w/. Cf. Chossudovsky, Michel. « Pre-election Militarization of the North American Homeland, US Combat Troops in Iraq repatriated to "help with civil unrest" ». In GlobalResearch, 26 septembre 2008. En ligne. <http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=10341>

18. Agence France-Presse, 17 décembre 2008. En ligne. <http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5iTBOy3JF8pVAthIthq8C1NrMf4Cg>

19. http://phoenix.bizjournals.com/phoenix/stories/2008/12/15/daily34.html

20. Commentaires du Sen. Patrick Leahy, National Defense Authorization Act For Fiscal Year 2007, Conference Report, Congressional Record, 29 septembre 2006. En ligne. <http://leahy.senate.gov/press/200609/092906b.html>

21. Spitzer, Eliot. « Predatory Lenders’ Partner in Crime: How the Bush Administration Stopped the States From Stepping In to Help Consumers ». In Washington Post, 14 février 2008; A25. En ligne. <http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/02/13/AR2008021302783.html?nav=hcmodule> Trois mois plus tôt, le 8 novembre 2007, le gouverneur Spitzer et le procureur général Andrew Cuomo avaient publié conjointement une lettre au Congrès « demandant que le fédéral agisse de manière soutenue afin de combattre les pratiques de prêt à risque (subprime) ». (http://www.state.ny.us/governor/press/1108071.html).

22. Johnston, David et Philip Shenon. « U.S. Defends Tough Tactics on Spitzer ». In New York Times. 21 mars 2008.

23. « Why Eliot Spitzer was assassinated: The predatory lending industry had a partner in the White House ».In Brasscheck TV, mars 2008. En ligne. <http://brasschecktv.com/page/291.html>

24. Palast, Greg. « Eliot’s Mess: The $200 billion bail-out for predator banks and Spitzer charges are intimately linked ». Air America Radio’s Clout, 14 mars 2008. En ligne. <http://www.gregpalast.com/elliot-spitzer-gets-nailed/>

25. Sans suggérer que le scandale était orchestré ou dirigé à l’interne d’une quelconque manière, on peut soutenir qu’il a pu traîner si longtemps parce qu’il permettait aux profits engrangés par le trafic de drogue de recapitaliser l’économie américaine et renforcer le dollar US paralysé.

26. Stiglitz, Joseph E. et Linda J. Bilmes. The Three Trillion Dollar War: The True Cost of the Iraq Conflict. New York : W.W. Norton, 2008. Cf. Stiglitz, Joseph et Linda Bilmes. « The three trillion dollar war » In The Times (London), 23 février 2008. En ligne. <http://www.timesonline.co.uk/tol/comment/columnists/guest_contributors/article3419840.ece> : «  À l’aube de la guerre, il y a eu des discussions sur les coûts qu’elle pourrait engendrer. Larry Lindsey, le conseiller économique du président Bush et chef du National Economic Council (Conseil économique national), a suggéré qu’ils pourraient atteindre 200 milliards de dollars. Le secrétaire de la Défense, Donald Rumsfeld, a toutefois écarté cette estimation « idiote ». Son député, Paul Wolfowitz a suggéré que la reconstruction d’après-guerre pourrait se payer d’elle-même par l’augmentation des revenus pétroliers. Mitch Daniels, directeur du Office of Management and Budget (Bureau de l’administration et du budget) et le secrétaire Rumsfeld estimaient les coûts entre 50 et 60 milliards, dont une portion, croyaient-ils, serait financée par d’autres pays. (Si l’on ajuste ces montants à l’inflation et à la valeur du dollar en 2007, ils projetaient des coûts allant de 57 à 69 milliards de dollars.) Le ton de tous les membres du gouvernement était cavalier, comme si les sommes en cause étaient minimes. »

27. Morris, Charles R. The Trillion Dollar Meltdown: Easy Money, High Rollers, and the Great Credit Crash. New York : PublicAffairs, 2008.

28. Joint Vision 2020, http://www.dtic.mil/jointvision/jvpub2.htm; Scott, The Road to 9/11, 20, 24. La « domination d’ensemble » répétait ce qui avait déjà été indiqué dans un document de 2005 l’ayant précédé, Joint Vision 2010, mais il met en évidence que « les États-Unis doivent conserver leurs forces présentes outre-mer ». (Joint Vision 2020, 6). Cf. Joint Vision 2010, 4, <www.dtic.mil/jv2010/jvpub.htm> : « Nous demeurerons en grande partie une force basée aux États-Unis continentaux. »

29. Project for the New American Century, Rebuilding America’s Defenses.

30. Rebuilding America’s Defenses, 51, 75.

31. « War in Iraq ». BarackObama.com, http://www.barackobama.com/issues/iraq/

32. Voir par exemple Andrew Bacevich, Newsweek, 8 décembre 2008, http://www.newsweek.com/id/171254 : « En Afghanistan aujourd’hui, les États-Unis et leurs alliés utilisent les mauvais moyens pour poursuivre la mauvaise mission. Envoyer plus de troupes dans la région, tel que l’ont suggéré le président Barack Obama et d’autres, ne fera que transformer l’opération  "Liberté immuable "en opération "Obligation immuable ". L’Afghanistan sera un gouffre qui consommera des ressources que ni l’Armée, ni le gouvernement américains ne peuvent se permettre de gaspiller. » Cf. PBS, Frontline, « The War Briefing ». 28 octobre 2008. En ligne <http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/warbriefing/view/>

33. En ce qui concerne le rôle du raid Jameson encouragé par Rhodes dans le déclenchement de la guerre des Boers, voir Longford, Elizabeth. Jameson’s Raid: The Prelude to the Boer War. London : Weidenfeld and Nicolson, 1982

34. Goldstein, Gordon M. Lessons in Disaster: McGeorge Bundy and the Path to War in Vietnam. New York : Times Books/Henry Holt, 2008.

35. Newman, John. JFK and Vietnam: Deception, Intrigue, and the Struggle for Power. New York : Warner Books, 1992, 375-77, 434-35, 447; Scott, Peter Dale Scott. The War Conspiracy: JFK, 9/11, and the Deep Politics of War. Ipswich, MA : Mary Ferrell Foundation Press, 2008, 25-26, 28.

36. Seliktar, Ofira. Failing the Crystal Ball Test: The Carter Administration and the Fundamentalist Revolution in Iran. Westport, CN : Praeger, 2000, 52.

37. M. Brzezinski s’est plus tard vanté que son « opération secrète était une excellente idée. Elle a fait tomber les Russes dans le piège afghan ». (« Les Révélations d’un ancien conseiller de Carter » entrevue avec Zbigniew Brzezinski, Le Nouvel Observateur, 15–21 janvier, 1998. En ligne. http://www.globalresearch.ca/articles/BRZ110A.html; version française :

http://www.confidentiel.net/breve.php3?id_breve=1862; cité au complet dans Scott, Peter Dale. Drugs, Oil, and War: The United States in Afghanistan, Colombia, and Indochina. Lanham, MD : Rowman & Littlefield, 2003, 35. Pour mon évaluation négative de ce que certains ont décrit comme étant l’opération clandestine de la CIA la plus réussie, voir The Road to 9/11, 114-37.

38. Santayana, George. Life of Reason, Reason in Common Sense. New York : Scribner’s, 1905, 284.

39. Wolff, Edward. « The Wealth Divide: The Growing Gap in the United States Between the Rich and the Rest ». In Multinational Monitor, May 2003. En ligne <http://www.thirdworldtraveler.com/America/Wealth_Divide.html> Cf. Wolff, Edward. Top Heavy: The Increasing Inequality of Wealth in America and What Can Be Done About It. New York : New Press, 2002.

40. Phillips, Kevin. Wealth and Democracy: A Political History of the American Rich. New York : Broadway Books, 2002, 422; cité dans Scott, The Road to 9/11, 3.

41. Wolff, The Wealth Divide.

42. Pour en savoir plus sur la « politique globale » mercantiliste de M. McKinley en réponse à la dépression, voir Foner, Philip Sheldon. The Spanish-Cuban-American War and the Birth of American Imperialism, 1895-1902. New York : Monthly Review Press, 1972.

43. Rubin, Barnett R. et Ahmed Rashid. « From Great Game to Grand Bargain: Ending Chaos in Afghanistan and Pakistan » In Foreign Affairs, November/December 2008. En ligne. <http://www.foreignaffairs.org/20081001faessay87603-p40/barnett-r-rubin-ahmed-rashid/from-great-game-to-grand-bargain.html>

44. Rashid, Ahmed. « Obama’s huge South Asia headache » BBC, 2 janvier 2009. En ligne. <http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/7788321.stm>

45. Cf. Sarhadi, Zia. « America’s "good war" turns into quicksand ». In MediaMonitors, 5 janvier 2009. En ligne. <http://usa.mediamonitors.net/content/view/full/58114> : « Les talibans ont applaudi l’annonce de M. Obama d’envoyer 20 000 troupes additionnelles à la "guerre juste". Ils y voient une opportunité d’attaquer une "armée et des cibles élargies, et d’être touchés par davantage de nouvelles armes brillantes lancées par les petits soldats". Les généraux américains ont parlé de 40 000 à 100 000 troupes additionnelles, des niveaux qui ne sont tout simplement pas disponibles. La tuerie de centaines de civils afghans par les attaques aériennes américaines sans distinction a été le moyen de recrutement le plus efficace pour les talibans. Même les Afghans froids à l’idée de voir les talibans à nouveau au pouvoir sont consternés par le niveau de brutalité infligé aux civils. »

 

Obama, l’armée et la menace de la dictature aux Etats-Unis

En choisissant l’amiral Dennis Blair en tant que directeur du renseignement américain, le président désigné Barack Obama a intégré à son cabinet trois officiers à quatre étoiles qui sont à la retraite depuis peu. Cette représentation sans précédent du corps des officiers au sein de la prochaine administration démocrate est une indication de la croissance du pouvoir politique de l’armée américaine qui menace sérieusement les droits démocratiques fondamentaux.

Commandant en chef de l’armée des Etats-Unis dans le Pacifique en 1999-2000, Blair s’est distingué par ses tentatives de rapprochement entre le Pentagone et l’armée de l’Indonésie au moment où cette dernière procédait à une véritable boucherie au Timor-Oriental. Cela a eu pour effet de contrecarrer complètement les inquiétudes tièdes qu’avait exprimées l’administration Clinton quant aux droits humains dans cette région du monde.

Avant de faire appel à Blair, Obama avait nommé l’ancien général de la marine, James Jones, au poste de conseiller à la Sécurité nationale et l’ancien chef d’état-major de l’armée, le général Erik Shinseki, au poste de secrétaire aux Anciens combattants. On rapporte aussi que la prochaine administration pourrait demander au général à la retraite de l’Air Force, Michael Hayden, de demeurer au poste de directeur de la CIA.

Le Washington Post avait décrit samedi dernier cette concentration d’anciens hauts officiers dans l’administration comme une « tendance inhabituelle pour une administration démocrate, une tendance qui a surpris les deux camps politiques ».

Ces nominations ont été précédées par l’annonce que Robert Gates, le secrétaire à la Défense de l’administration Bush, allait demeurer à son poste au Pentagone, où de nombreuses « équipes de transition » sont à l’œuvre pour s’assurer que les guerres d’agression des Etats-Unis se poursuivent et que l’immense pouvoir de l’armée demeure illimité.

Plus tôt ce mois-ci Obama avait explicitement décrit sa soumission au Pentagone en déclarant, « Pour s’assurer la prospérité au pays et la paix à l’étranger, nous croyons tous qu’il faille maintenir l’armée la plus puissante de la planète. » A cette fin, il s’est engagé à augmenter les effectifs des forces terrestres américaines de 100 000 soldats et marines et a clairement fait savoir qu’il n’y aurait pas de coupures importantes au budget militaire. Ce dernier engouffre environ 850 milliards $ annuellement, dans des conditions d’énormes déficits et de crise financière qui s’intensifie.

Un élément de calcul politique se retrouve sans aucun doute dans la décision d’Obama de s’entourer de l’état-major de l’armée et de s’assurer qu’il soit perçu comme « soutenant nos troupes ». Il y a en effet l’amère expérience de la précédente administration démocrate. Le premier mandat de Bill Clinton était venu près d’être anéanti par sa confrontation avec l’état-major sur sa proposition de retirer l’interdiction d’accès des homosexuels dans l’armée. Clinton fut traité avec mépris par la majorité du corps d’officiers durant le reste de son mandat présidentiel.

Le risque d’une confrontation encore plus acerbe sous Obama est bien réel étant donné les conséquences désastreuses des guerres en Irak et en Afghanistan sur l’armée. On rapporte aussi le développement de l’illusion au sein du corps d’officiers que les échecs des opérations militaires américaines dans ces pays sont le résultat d’une « traîtrise » de la part des autorités civiles, des médias et de la population américaine elle-même.

Mais un processus encore plus fondamental sous-tend l’expérience Clinton et la prosternation d’Obama devant l’armée aujourd’hui : l’immense développement du pouvoir du « complexe militaro-industriel » contre lequel avait mis en garde le président Dwight Eisenhower près d’un demi-siècle plus tôt. Ce pouvoir a crû sans interruption durant toute la Guerre froide.

Au cours des sept dernières années de la soi-disant « guerre mondiale contre le terrorisme », le développement de ce pouvoir, parallèlement à l’augmentation du financement de l’armée, s’est accéléré, accompagné d’éléments de plus en plus sinistres liés à l’impérialisme américain et à son recours accru au militarisme pour contrer le déclin de sa position économique mondiale.

Les chefs militaires des commandements régionaux du Pentagone (CENTCOM, PACOM, SOUTHCOM et le nouvel AFRICOM) ont pour la plupart supplanté les ambassadeurs et les officiels civils en tant que représentants des intérêts et du pouvoir américains à travers le monde.

En menant deux guerres en Irak et en Afghanistan, le commandement militaire a maintenant la tâche de diriger des administrations néocoloniales, obtenant ainsi un pouvoir pratiquement illimité sur des populations entière.

Et de plus, avec la création de tribunaux et prisons militaires, comme à Guantanamo, l’armée a usurpé des tâches qui ont été historiquement dévolues aux tribunaux civils fonctionnant sous les règles de la Constitution des Etats-Unis.

Ces changements capitaux ont pris place alors même que l’armée, et surtout son corps d’officiers, est devenue de plus en plus séparée et isolée du monde civil et dominée par la politique républicaine et les croyances de l’évangélisme chrétien. Etant une armée de « professionnels » qui sont « volontaires », elle est davantage isolée des pressions populaires que ne l’étaient les armées de conscrits et de « citoyens soldats » des générations antérieures.

Le Washington Post a publié dimanche un commentaire exceptionnellement direct d’un ancien assistant à la secrétaire d’Etat dans l’administration Bush, Thomas Schweich, sur la domination croissante de l’appareil militaire sur l’Etat américain.

 « Notre Constitution est en danger », a écrit Schweich. Il a averti que la nomination d’un nombre sans précédent d’anciens hauts officiers dans le cabinet Obama pourrait venir « compléter le coup d’Etat militaire silencieux qui fait des avancés constantes à l’insu de la majorité des Américain et des médias ». Schweich, ancien diplomate pour la lutte contre le trafic de drogue en Afghanistan qui a œuvré au service des stupéfiants du département d’Etat, a écrit qu’il a « lui-même été témoin de la prise de pouvoir militaire de facto aux dépens du gouvernement américain », qui, en Irak et en Afghanistan, « était, en théorie, justifiée par les exigences de la guerre », a-t-il affirmé.

Il a insisté que ce qui a commencé à l’étranger allait se produire au pays. « Le Pentagone a élaboré des plans pour déployer 20 000 soldats américains à l’intérieur de nos frontières d’ici 2011, officiellement pour aider les responsables régionaux et d’Etat à réagir aux attaques terroristes ou à d’autres catastrophes. » Cette mission, a-t-il indiqué, « pourrait facilement passer de travail de contre-terrorisme d’urgence à du contrôle frontalier, du travail de renseignement ou des opérations policières ».

Un article paru le mois dernier dans un magazine publié par le US Army War College, quelques semaines seulement après l’élection, indique que le Pentagone prépare sa propre « transition », un processus motivé non pas par les vagues promesses de « changement » d’Obama mais par ce que le commandement militaire perçoit comme une crise historique de l’ordre actuel qui pourrait nécessiter l’emploi de la force armée pour étouffer les luttes sociales aux pays.

Intitulé, « Known Unknowns: Unconventional ‘Strategic Shocks’ in Defense Strategy Development » (Ce que l’on sait des inconnues: Les “chocs stratégiques” non-conventionnels dans le développement de la stratégie de défense), la monographie a été produite par Nathan Freier, un lieutenant-colonel de l’armée à la retraite depuis peu qui est professeur au US Army War College, la principale institution de formation de l’armée pour les futurs officiers. Selon le magazine, il « continue de conseiller, en tant qu’expert, les rôles clé des communautés de politiques et d’analyse à la sécurité et à la défense. »

Freier insiste que l’un des principaux imprévus auxquels doit se préparer l’armée des Etats-Unis est un « violent bouleversement stratégique à l’intérieur des Etats-Unis », qui pourrait être provoqué par un « effondrement économique inattendu » ou le « disfonctionnement de l’ordre politique et légal ».

Il écrit : « Dans la mesure où des événements de ce type impliquent une violence organisée contre les autorités locales, étatiques et nationale, et que ces dernières n’ont pas la capacité de rétablir l’ordre public et de protéger les populations vulnérables, le DD [département de la Défense] serait appeler à combler les lacunes. »

Freier poursuit : « Une violence civile généralisée à l’intérieur des Etats-Unis forcerait l’establishment de la défense à réorienter ses priorités in extremis pour défendre l’ordre fondamental au pays… Un gouvernement américain et un establishment de la défense endormis par une longue période de sécurité au pays seraient forcés de renier certains ou la plupart de leurs engagements de sécurité externes afin de réagir à l’insécurité humaine croissant rapidement au pays. »

Autrement dit, une intensification marquée de l’actuelle crise capitaliste accompagnée d’une éruption de lutte de classe et la menace de révolution sociale aux Etats-Unis pourraient forcer le Pentagone à rappeler ses armées de l’Irak et de l’Afghanistan pour les utiliser contre les travailleurs américains.

Dans de telles conditions, il ajoute : « Le DD pourrait se voir forcé par les circonstances de placer ses importantes ressources à la disposition des autorités civiles pour maintenir et contrer les menaces violentes à la tranquillité domestique. Dans les circonstances les plus extrêmes, cela pourrait signifier l’emploi de la force militaire contre des groupes hostiles à l’intérieur des Etats-Unis. De plus, le DD deviendrait, par nécessité, le centre essentiel pour la continuité de l’autorité politique dans le contexte d’un conflit civil dans plusieurs Etats ou à l’échelle nationale.

Cette formulation étrange : « le centre essentiel pour la continuité de l’autorité politique », est un euphémisme pour dictature militaire.

Il termine cette section de l’article en notant que, « le DD est déjà mis à l’épreuve par les efforts de stabilisation à l’étranger. Imaginez ce qu’impliquerait la même chose mais à beaucoup plus grande échelle au pays ».

Le message est clair. Ayant échoué à étouffer la résistance et rétablir l’ordre en Irak et en Afghanistan, quelles seraient les chances de l’armée de réussir une occupation des Etats-Unis mêmes.

Le fait que ces questions soient posées par les stratèges du Pentagone doit être pris très au sérieux. Ceux qui commandent les forces armées de l’Etat capitaliste américain anticipent que la crise actuelle va créer les conditions pour la révolution et se préparent en conséquence.

Par Bill Van Auken pour WSWS
Article original en anglais, paru le 22 décembre 2008.

Vigilant Shield 08

Le Northcom, la partie "sécurité intérieure" du NORAD, dont le centre de commandement est situé dans les Cheyenne Mountains, projette un « exercice d’entraînement de 5 jours sur l’application de la loi martiale » dans une optique de plan anti-terroriste.

En effet, George W. Bush a fait passer cette sinistre "Directive 51" le 9 mai 2007, qui permettrait légalement, en cas de trouble majeur type "attaque terroriste sur le sol américain", d’instaurer la loi martiale, d’invalider les élections présidentielles, de démettre le Congrès de son rôle de contre-pouvoir, de remplacer la police par l’armée et les tribunaux civils par des tribunaux militaires, et d’emprisonner sans procès toute personne contrevenant à l’ordre public et à la sécurité nationale.

Ce plan VIGILANT SHIELD 08 était officiellement prévu depuis un an et devait se dérouler le mois dernier, en octobre 2008 :
http://www.northcom.mil/News/2007/083007.html

Mais cette opération n’a apparemment pas eu lieu et a été décalée à novembre, donc ce mois-ci. Plus exactement, du 12 au 18 novembre 2008.
http://www.northcom.mil/News/2008/110508.html

Ceci est indiqué dans un article publié le 9 octobre 2008 par le colonel Guy Razer, le capitaine Eric May, le docteur James Fetzer et le sergent Donald Buswell, à lire sur America First Books : Vigilant Shield and Jokers Gone Wild — A Hot-Cold-Silent War False Flag Alert).

L’opération prévoit entre autres : « L’exercice de niveau national 108 inclura la détonation simulée de trois dispositifs à dispersion radiologique, sous la responsabilité de l’USNORTHCOM et de l’US Pacific Command. »

Pour rappel, les événements du 11 septembre 2001 se sont produits le même jour qu’un gigantesque exercice national anti-terroriste impliquant l’US Air Force, de sorte qu’il n’y avait plus d’avions de combat dans les Etats de New York et Washington. Même chose pour les attentats de Londres le 7 juillet 2005, qui se sont produits… au même endroit et au même moment que l’exercice anti-terroriste mené par les forces de l’ordre britanniques. Il est d’autant plus facile de fabriquer une opération "false flag" quand tout est déjà en place…

Mais ce n’est pas tout. En septembre 2008, un journal spécialisé dans les informations militaires annonce, avant de publier un démenti suite au tollé provoqué par cette information, qu’une unité d’élite, la première brigade de combat de la troisième division d’infanterie de l’US Army jusqu’ici détachée en Irak, est rapatriée le 1er octobre pour servir au maintien de l’ordre sur le territoire même des Etats-Unis, sous contrôle… du Northcom :
http://www.armytimes.com/news/2008/09/army_homeland_090708w/
[Note ReOpen911 : Voir la ReOpenNews à ce sujet]

Le rapport entre les deux informations est particulièrement éloquent. On peut se demander la raison du report d’un mois de l’opération Vigilant Shield. Peut-être la crise financière ?

En tout cas l’ACLU (le groupe le plus puissant aux USA agissant pour les libertés individuelles) a ouvert une procédure FOIA de demande d’information sur ce déploiement allégué de troupes militaires sur le sol américain :
http://www.aclu.org/safefree/general/37274prs20081021.html

CNN en a aussi parlé il y a quelques jours, le 24 octobre 2008. Extrait sur YouTube :
http://www.youtube.com/watch?v=kyBaxm2oIHk

Le réseau Voltaire résume aussi la situation
http://www.voltairenet.org/article158452.html
mais n’a semble-t-il pas fait le lien avec l’opération Vigilant Shield 2008.

Mis en ligne 2 jours avant l’élection présidentielle US par Jean-Pierre Petit qui rappelle que le futur président des USA n’aura pas en main les rènes du pays avant le 20 janvier 2009.

A défaut d’être inquiets, soyons informés!

L’armée déploie une unité de combat aux USA en prévision de possibles troubles civils

Par Bill Van Auken, paru sur Bellacio.org le 29 Septembre 2008.

Pour la première fois dans leur histoire militaire, les États-Unis déploient une unité militaire de combat en service actif pour une mission à plein temps à l’intérieur du pays, celle d’intervenir en cas d’urgence, y compris en cas de potentiels troubles civils.

Dès le 1er octobre, la "First Brigade Combat Team" de la Troisième Division sera placée sous le commandement de l’Armée du Nord, une composante du "Pentagon’s Northern Command", (NorthCom), qui a été créée à la suite des attaques terroristes du 11 septembre 2001, avec pour mission de défendre le sol américain et de faciliter le travail des autorités fédérales et locales.

L’unité dite des "Raiders", est connue comme étant l’une des plus aguerries et des plus sanguinaires. Elle a passé presque trois des cinq dernières années déployée en Irak, dirigeant l’assaut sur Bagdad en 2003 et effectuant le combat au porte-à-porte pour l’éradication de la résistance dans la ville de Ar-Ramadi. C’est la première unité de combat à avoir été envoyée en Irak trois fois de suite.

Tandis que des unités en service actif ont précédemment été employées dans des missions provisoires, comme celles déployées à la Nouvelle-Orléans et qui avait été drastiquement placée sous la Loi martiale à la suite de l’ouragan Katrina, on remarque que c’est la première fois que l’on a confié à une unité militaire de combat une mission pour laquelle l’ensemble du territoire américain constituerait sa « zone d’intervention »

Les déclarations officielles du Pentagone ont souligné le rôle d’unités spécialisées dans une réponse potentielle à une attaque terroriste sur le territoire des États-Unis. Le général George Casey, Chef de l’État-Major de l’Armée de Terre a suivi un exercice de formation la semaine dernière impliquant environ 250 membres de l’Unité, à Fort Stewart, en Géorgie. Le but de l’exercice, selon le « Army’s Public Affairs Office », était de déterminer comment les troupes «&bbsp;pourraient mener des recherches, effectuer des missions, intervenir sur des accidents, et décontaminer des gens après une attaque nucléaire catastrophique dans le sanctuaire national ».

« Nous sommes en guerre avec un réseau mondial extrémiste qui ne cède pas », a déclaré Casey aux soldats. « J’espère que nous n’aurons pas à l’employer, mais nous avons besoin d’une force de réaction ».

Cependant, la mission assignée aux 4000 soldats de la « First Brigade Combat Team » ne consiste pas simplement à sauver des victimes d’attaques terroristes. Un article qui est paru au début du mois dans « Army Times » ("Brigade homeland tours start Oct. 1"), une publication qui est largement lue dans les milieux militaires, dépeint une image différente et bien plus sinistre.

« On pourra faire faire appel à eux en cas de troubles civils et pour contrôler les foules » déclare l’enquête du journal. Elle cite le commandant de l’unité, le Colonel Robert Cloutier, qui annonce que les soldats du BCT seront formés à l’utilisation du premier « package de campagne non létal ». Ces armes, déclare l’article, sont « conçues pour soumettre des individus indisciplinés ou dangereux sans les tuer ». Le package comprend des balles à grenaille, des boucliers, des tonfas et de l’équipement pour la mise en place de barrages routiers.

Il apparait que dans une des phases de la formation pour le déploiement à l’intérieur des États-Unis, les soldats ont reçu l’ordre d’évaluer cet équipement non létal les uns sur les autres.

« J’ai été le premier élément de l’équipe à être « tazé » a déclaré Cloutier à l’ « Army Time ». Il a décrit les effets du « Tazer » comme « une secousse musculaire qui se répète dix fois dans tout le corps ».

La remarque du Colonel suggère que dans leur préparation pour une intervention intérieure, les soldats de base seront aussi « tazés » à l’entraînement. L’objectif et l’effet brutalisant d’un exercice de formation si macabre mis en vigueur au sein même des troupes seraient de les rendre insensibles à la douleur et à la souffrance que l’on peut infliger sur la population civile en employant ces mêmes armes « non létales ».

Selon des militaires cités par l’« Army Times », le déploiement de troupes régulières aux USA, qui débute avec la « First Brigade Combat Team », est destiné à devenir permanent avec différentes unités qui effectueront des rotations sur une base annuelle.

Dans une interview en ligne avec des journalistes au début du mois, des officiers du « NorthCom » ont demandé quelles étaient les implications du nouveau déploiement par rapport au « Possee Comitatus Act », une Loi datant de 230 ans qui interdit l’utilisation de forces militaires américaines pour des buts de maintien de l’ordre au sein des États-Unis.

Le Colonel Lou Volger, le chef des futures opérations du « NorthCom », a essayé de minimiser le rôle de ces interventions, mais a ajouté : « Nous composerons avec l’application de la Loi pour comprendre la situation et nous serons vigilants concernant les dérives potentielles ».

Volger a reconnu l’évidence : la « First Brigade Combat Team » est une force militaire ; mais il essaye d’écarter la probabilité qu’elle jouerait un rôle militaire. Elle comprend des « forces pour la sécurité » a-t-il dit, « donc on pourrait les appeler Forces de Sécurité ; mais notre rôle consiste simplement à établir notre présence et à nous assurer que nous pouvons préparer et exécuter nos propres missions ».

Le Lieutenant Colonel James Shores, un autre officier du « NorthCom », a fait chorus : « Disons que même s’il y avait un scénario impliquant une perturbation de caractère civil, même à ce point, il faudrait une directive présidentielle pour qu’il arrive ce que vous suggérez ».

Indépendamment du fait d’attendre que se déclenche une telle intervention, le Colonel Cloutier et ses troupes se préparent clairement dans ce but avec leurs travaux pratiques dans l’utilisation des moyens « non-létaux » de répression.

En dépit de la forte sensibilisation des officiers de haut rang sur cette question, la réalité est que l’intervention des militaires dans les affaires intérieures s’est brusquement développée ces derniers temps, résultat de l’engagement des États-Unis dans les deux guerres de style colonial menées à l’étranger et qui leur a donné un rôle disproportionné dans la vie politique américaine.

L’administration Bush a travaillé pour démolir toutes les barrières s’opposant à l’utilisation des militaires dans le cadre d’une répression intérieure. Ainsi, dans le projet de loi 2007 sur le Pentagone, elle a inséré un amendement à la loi du « Possee Comitatus » permettant un déploiement militaire intérieur en cas de catastrophe naturelle, d’attaque terroriste ou « d’autres conditions dans lesquelles le Président décide que la violence intérieure est arrivée à un niveau tel que les fonctionnaires ne peuvent plus maintenir l’ordre public ».

Cette mesure a accordé au Président de nouveaux pouvoirs lui permettant d’imposer la Loi martiale en déclarant « un cas d’urgence publique » et ce, pour pratiquement n’importe quelle raison. Il pourra ainsi déployer des troupes n’importe où aux États-Unis et prendre le contrôle des unités de la Garde nationale basées dans les États sans le consentement des Gouverneurs et ce, pour « pallier les désordres publics ».

La mesure a été par la suite abrogée en 2008 par le Congrès comme faisant partie d’une militarisation de la législation par les militaires, mais l’intention demeure. Étant donnés les larges pouvoirs revendiqués par la Maison Blanche au nom du « Commandant en chef » dans une guerre mondiale aux « Terroristes » pour suspendre l’ « Habeas corpus », espionner ses propres concitoyens et utiliser la torture, il n’y a aucune raison de croire qu’il respecterait des restrictions légales contre l’utilisation de l’armée dans un usage domestique.

On pourra faire la remarque que le déploiement de troupes américaines de combats « comme une réponse fédérale dans des cas d’urgence naturelle ou synthétique et de désastres », selon les termes de l’« Army Times », coïncide avec l’avènement du plus grand désastre économique et financier depuis la Grande Dépression des années 1930.

Justifié comme une réponse aux menaces terroristes, le but réel de l’utilisation d’unités militaire à l’intérieur des frontières américaines n’est pas une réponse aux événements du 11 septembre 2001 ou à la crainte qu’ils se répètent. C’est plutôt la mobilisation intérieure des forces armées comme une réponse de l’« Establishment dirigeant » à une menace croissante d’instabilité politique.

Dans les conditions d’approfondissement de la crise économique, l’abîme social sans précédent séparant d’une manière obscène le monde du travail du pays d’une riche élite financière, devient non durable dans la structure politique existante.

Traduct Gilong pour Bellacio, adapté par SpotlessMind pour ReOpenNews.

Des officiels de haut rang mettent en garde contre une terreur fabriquée

Un nouvel article sur la terreur fabriquée repris et traduit du George Washington Blog


Un certain nombre d’officiels de haut rang en poste ou à la retraite ont récemment averti que l’Administration Bush essayait d’instaurer une dictature aux Etats-Unis, et que, pour la mettre en place, elle organisera elle-même une fausse attaque terroriste.

Contexte

Des agents du FBI, le Time Magazine, Keith Olbermann et The Washington Post ainsi que la revue Rolling Stone ont tous affirmé que l’Administration a diffusé des alertes terroristes sur la base de renseignements très insuffisants dans la but de rallier la population autour du drapeau quand le gouvernement était bas dans les sondages. Cela suppose -pour commencer- que l’Administration n’hésite pas prendre des libertés avec les faits afin de distiller la peur à des fins politiques.

L’ancien et influent membre républicain du congrès Bob Barr va plus loin en affirmant que les Etats-Unis sont proches de devenir une société totalitaire et que l’Administration Bush utilise la peur afin de s’assurer que cela se produise.

Le général Tommy Franks a déclaré que si une autre attaque terroriste se produisait aux Etats-Unis, « la constitution sera probablement abandonnée pour une forme militaire de gouvernement ».

L’actuel membre du congrès Ron Paul a affirmé que le gouvernement « est déterminé à instaurer la loi martiale » et que ce dernier espère que le peuple soit « suffisamment craintif pour accepter le secours du “chevalier blanc” ».

Et Daniel Ellsberg, le célèbre dénonciateur des « Papiers du Pentagone » a dit que « s’il y a un autre attentat terroriste, « je crois que le président obtiendra ce qu’il veut », et cela inclut une dictature.

Des citoyens des Etats-Unis victimes de terrorisme par le gouvernement américain?

Mais le gouvernement tuerait-il réellement ses propres concitoyens pour distiller suffisamment de peur et obtenir ce qu’il veut? Lisez ce que de brillantes personnalités disent à ce sujet et jugez par vous-mêmes.

L’ancien analyste de la CIA Ray McGovern qui, pendant 27 ans, a préparé et présenté les rapports présidentiels quotidiens et a officié en tant qu’ analyste de haut niveau pour plusieurs présidents, a affirmé que s’il y avait un autre attentat d’ampleur aux Etats-Unis, cela mènerait à la loi martiale. Il a continué :

Nous devons être attentifs. Si quelqu’un fait ce genre de provocation sous la forme d’explosions énormes et violentes, nous ne devons pas croire sur parole les maîtres à Washington quand ils disent que c’est un acte terroriste parce que cela pourrait aussi bien être une provocation leur permettant… d’obtenir ce qu’ils veulent

L’ancien analyste de la CIA croit le gouvernement capable de jouer avec les alertes terroristes et même les attentats eux-mêmes de manière à rassembler la population derrière l’étendard.

L’ancien secrétaire adjoint du Trésor au sein de l’administration Reagan, Paul Craig Roberts, appelé le « père de l’économie Reagan » , qui est un ancien rédacteur et éditorialiste du Wall Street Journal, du Business Week et du Scripps Howard News Service, a dit :

« Demandez-vous si un gouvernement qui nous a menti pour nous plonger dans deux guerres, et qui continue à nous mentir pour attaquer l’Iran, hésiterait à orchestrer des attaques “terroristes” pour supprimer toute opposition à son programme ?». Il ajoute :

Si l’administration Bush veut poursuivre ses guerres au Moyen-Orient et asseoir la primauté du pouvoir exécutif aux États-Unis, elle devra organiser des opérations sous fausse bannière qui terroriseront et enrageront le peuple américain au point de lui faire accepter la déclaration d’état “d’urgence nationale” de Bush et le retour de l’enrôlement militaire obligatoire, la conscription. Une autre solution serait pour l’administration Bush de simplement laisser se produire un véritable attentat terroriste sans s’y opposer.

Une série d’attentats, orchestrés ou permis, serait présentée par les médias alignés comme la légitimation de la politique islamophobe des néo-conservateurs, dont l’intention est de détruire tous les gouvernements du Moyen-Orient qui ne sont pas des États marionnettes contrôlés par les Américains. En cas de succès, les États-Unis obtiendraient le contrôle du pétrole, mais le but principal est d’éliminer toute résistance à l’absorption complète par Israël de la Palestine dans un Grand Israël.

Réfléchissez. Si une autre “faille de sécurité” du type 11 Septembre n’était pas en préparation, pourquoi le tsar de la Sécurité intérieure Chertoff se donnerait-il la peine de convaincre le Chicago Tribune que les Américains ont relâché leur vigilance vis-à-vis de la menace terroriste et qu’il sent “au fond de ses tripes” que l’Amérique sera bientôt durement frappée ?

Le parlementaire britannique George Galloway a affirmé qu’il y avait un “danger réel” que le gouvernement américain mette en scène une attaque terroriste sous fausse bannière afin de justifier une guerre contre l’Iran et de prendre le contrôle total des Etats-Unis.

L’ancien conseiller à la Sécurité Nationale Brzezinski a dit au Sénat qu’un acte terroriste pourrait être perpétré sur le sol américain et faussement attribué à l’Iran pour justifier une guerre contre cette nation.

Récemment, le président Carter a reconnu implicitement le risque d’une provocation montée de toute pièce pour démarrer une guerre contre l’Iran.

L’ancien sénateur Gary Hart a averti les Américains que la Maison Blanche pourrait créer un incident du type “golfe du Tonkin” ou “Souvenez-vous du Maine” pour justifier une guerre contre l’Iran. (Le passage dans la vidéo commence à 7mn15s)

L’ancien inspecteur aux Armements aux Nations Unies, l’Américain Scott Ritter, qui a affirmé avant la guerre en Irak qu’il n’y avait aucune arme de destruction massive dit maintenant qu’il n’exclut pas un terrorisme d’Etat mis en scène par le gouvernement des Etats-unis.

Enfin une note du parti républicain prétendument divulguée à la suite d’une fuite vante les bénéfices d’une attaque terroriste comme moyen d’inverser le déclin du parti.

Impossible, c’est du délire

Cela semble dément, n’est-ce pas ?

Désolé de vous le dire mais “les attentats sous fausse bannière » -c’est-à-dire le terrorisme d’Etat, attribué au méchant de son choix- est une vieille ruse utilisée par les gouvernements du monde entier depuis des millénaires pour consolider leur pouvoir et s’assurer du soutien de leur peuple. Lisez cet article sur l’Incendie du Reichstag et cet article sur l’éternel stratagème de ceux qui accaparent le pouvoir.

Mais même des événements récents donnent un aperçu de ce qu’est le monde des attentats sous fausse bannière :

Le respecté ex-président d’Indonésie Abdurrahman Wahid croit que le gouvernement a pu avoir un rôle dans les attentats à la bombe de Bali.

En Irak, des Américains habillés en arabes ont apparemment fait exploser des voitures piégées. ("apparemment" seulement car quand il fut découvert que quelques-unes des voitures utilisées dans les récents attentats à la bombe en Irak provenaient des Etats-Unis, la version officielle des événements est devenue : des voitures américaines ont été impliquées dans les attentats à la voiture piégée parce qu’elles ont récemment été volées sur le sol américain puis envoyées en Irak – mais c’est à se demander pourquoi les insurgés irakiens auraient pris la peine d’aller voler des voitures aux Etats-Unis pour les expédier jusqu’en Irak)

De manière similaire, un attentat sous fausse bannière perpétré par la Grande-Bretagne en Irak a fait la une. La presse a admis que la mort du principal instigateur de l’incident de Bassorah était mystérieuse.

Enfin, l’ancien directeur de la NSA (Agence Nationale de Sécurité) William Odom a dit « Les Etats-Unis utilisent d’une manière ou d’une autre le terrorisme depuis longtemps. En 1978-1979, le sénat a essayé de faire passer une loi contre le terrorisme international – pour toutes les versions produites, les avocats ont dit que les Etats-Unis violeraient la loi ».

L’histoire prouve que les avertissements d’officiels concernant des attentats terroristes par notre propre gouvernement sont fondés.

USA : de l’état d’urgence à l’état d’exception permanent

Par Jean-Claude Paye pour le réseau Voltaire

Le 11 Septembre n’aura été qu’un prétexte pour suspendre temporairement, puis définitivement, de nombreuses libertés publiques et individuelles aux États-Unis. Le sociologue Jean-Claude Paye analyse le renouvellement du Patriot Act, les dispositions maintenues et celles qui ont été amendées. Il montre que les procédures dérogatoires adoptées dans la panique des attentats de New York et Washington sont devenues permanentes sans soulever d’amples contestations. Cette évolution ne prendra pas fin avec le mandat de George W. BUsh, elle n’est d’ailleurs pas fondamentalement remise en cause par les candidats à sa succession.

Le renouvellement du Patriot Act a permis d’inscrire dans la durée des mesures qui, lors de leur première adoption en 2001, furent justifiées par une situation d’urgence. Les dispositions d’exception prises par le gouvernement états-unien, après les attentats du 11 septembre 2001, se fondent sur le vote du Congrès stipulant : « que le Président est autorisé à utiliser toutes les forces nécessaires et appropriées contre les nations, organisations ou personnes qui ont planifiés, autorisés, commis ou aidés les attaques terroristes survenues le 11 septembre 2001…. » [ La procédure de renouvellement du Patriot Act a aussi permis de prolonger pour quatre ans la section 6001 de l’Intelligence Reform and Terrorism Prevention Act of 2004, qui autorise une surveillance de personnes isolées, soupçonnées d’être des terroristes [Jean-Claude Paye
Jean-Claude Paye est sociologue.
Derniers ouvrages publiés : La Fin de l’État de droit, La Dispute 2004 ; Global War on Liberty, Telos Press 2007


[1] Authorization for Use of Military force, Pub. L. 107-40, &&1-2, 115 Stat. 224.

[2] « USA Patriot Act Sunset », Electronic Privacy Information Center.

[3] H.R. 3199, version finale.

[4] Sen.John E. Senunu, « Patriot Act deal balances liberty, security, Washington Memo, February, 12, 2006.

[5] « National Security Letters and your Privacy », ACLU.

[6] Idem.

[7] Le Foreign Intelligence and Security Act de 1978 établit une Cour spéciale chargée d’autoriser des opérations de surveillance « ’d’agents d’un pouvoir étranger’. Il s’agit d’un Cour secrète composée de 11 magistrats désignés par le ministre de la Justice. Source : Electronic Privacy Information Center.

[8] « Memo to interested Persons Outlining What Congress Should Do About the Patriot Act Sunsets », ACLU, March, 28, 2005.

[9] Intelligence Reform and Terrorism Prevention Act of 2004 ; « Lone Wolf » Amendement to the Foreign Intelligence Surveillance Act.

[10] « Conyers calls Patriot Act reauthorization ’dangerous’ », February, 28, 2006,

[11] Kate Martin, « Why Section 203 and 905 Should be Modified », American Bar Association’s Patriot Debates,

[12] Oversight answers, submitted by Jamie E. Brown, Acting Assistant Attorney General, May 13, 2003, on file with the House Judiciary Committee.

Le FBI est soupçonné de préparer les entreprises privées à la loi martiale

infragard

Roston, The Raw Story, le 8 février 2008

Selon un reportage exclusif, publié par le magazine The Progressive, les membres corporatifs, d’un programme de préparation et de protection des infrastructures, en partenariat entre public et privé et géré par le FBI, auraient été informés d’une possibilité de loi martiale et d’accusation de recours à la force meurtrière,

« Un propriétaire d’entreprise des États-Unis m’a dit que les membres d’InfraGard sont en train d’être conseillés sur la façon de se préparer à une situation de loi martiale, et sur ce que pourrait être leur rôle dans cette affaire, » écrit Matthew Rothschild en citant un dénonciateur anonyme du programme, dans un reportage du 7 février 2008. « Puis ils ont dit que quand – et non si – la loi martiale sera promulguée, [notre explication sera qu'] il était de notre responsabilité de protéger notre portion d’infrastructure, et si nous avons eu recours à la force meurtrière pour la protéger, nous ne pourrons pas faire l’objet de poursuites, » a-t-il dit.

Le reportage de Rothschild explique qu’InfraGard est un programme mis en place par le FBI et quelques entreprises engagées dans l’entretien des éléments « vitaux de l’infrastructure nationale, » tels que l’agriculture, les banques et la finance, l’industrie chimique, la défense, l’énergie, l’alimentation, l’information et les télécommunications, le maintien de l’ordre, la santé publique et les transports. Le programme compte plus de 23 000 membres qui fournissent des informations au FBI et reçoivent en retour des informations privilégiées de ce dernier sur des menaces dirigées contre les infrastructures.

Dans un cas, a expliqué Rothschild, les membres de l’InfraGard semblent avoir obtenu des détails sur une menace contre des ponts de Californie avant Gray Davis, gouverneur à l’époque. Le gouverneur de Californie a été informé par son frère Barry, un banquier, du danger potentiel faisant face aux habitants de l’État.

Selon Rothschild, Steve Maviglo, l’ancien secrétaire de presse du gouverneur Davis, a cité son patron disant : « J’étais au téléphone avec mon frère, qui est banquier d’affaires. Et s’il le sait, pourquoi le public ne devrait-il pas le savoir ? »

Le FBI a traité de « ridicules » ces accusations d’entreprises remédiant aux situations d’urgence en « tirant pour tuer. »

« Si vous voulez citer un homme d’affaires racontant ça, vous vous détruirez vous-même. Si c’est ce que vous souhaitez imprimer, d’accord, » a déclaré un porte-parole du FBI à Rothschild.

L’article complet, publié dans la revue The Progressive, peut être lu ici (anglais) : http://www.progressive.org/mag_rothschild0308

 

Source : http://rawstory.com/
Traduit au mieux par Dany Quirion et Pétrus Lombard pour Alter Info