Marchands d’Anthrax

Les attaques à l’anthrax dans les semaines qui suivirent le 11-Septembre avaient suscité une psychose à l’échelle mondiale. Près de huit ans plus tard, alors qu’elles tendent à disparaitre de la mémoire collective , la chaine de télévision canadienne CBC a diffusé en anglais, le 29 mars, l’excellent reportage de Bob Coen et Eric Nadler intitulé Anthrax War. Le 31 mai, la télé suisse TSR2 l’a diffusé à son tour sous le titre Marchands d’anthrax.

Ce documentaire est également coproduit par Arte : nous attendons donc sa diffusion en France avec impatience, car il est absolument explosif. Outre qu’il fait voler en éclats la thèse présentée par le FBI de Bruce Ivins « assassin solitaire », ou celle du suicide du docteur Kelly, il débute et se termine par un message d’alerte du professeur Francis Boyle, auteur du livre Guerre biologique et terrorisme, sur l’extrême dangerosité que représente la course aux armements dans laquelle s’est lancée l’administration Bush après le 11-Septembre… et qui continue aujourd’hui encore.

Un danger à méditer lorsque l’on pense aux risques sanitaires que fait peser la pandémie annoncée de grippe porcine…

Nous vous invitons à lire la note d’intention des réalisateurs de Marchands d’Anthrax:

Quand les attaques à l’Anthrax ont frappé les Etats-Unis dans les jours qui ont suivi le 11/9, c’était comme un gauche-droite asséné à la République. Les employés du Media Center de New York qui avaient vu les avions volé en piqué au-dessus de leur tête en direction des Tours Jumelles étaient maintenant terrifiés en ouvrant leur courrier. A Washington, le Congrès avait été évacué et les employés de la Maison Blanche suçaient des pastilles de CIPRO.

C’était notre plus grand cauchemar collectif devenu réalité – l’attaque de germes mortels invisibles. Cela ressemblait à la réalisation d’une auto-prophétie, tant les années qui ont précédé étaient remplies de films, de best-sellers, d’émissions télévisées et d’articles de journaux annonçant l’avènement du terrorisme biologique. C’est en effet la première fois dans l’Histoire que les dirigeants et les militaires ont réellement mise en pratique des simulations de guerre bactériologique « high-tech », dont l’un d’eux présentait un scénario terriblement proche des évènements réels.

Ainsi, après que le gouvernement eut promis de mener l’enquête de la manière la plus approfondie qui soit, nous espérions que les agents fédéraux (du FBI) iraient au fond des choses. Par conséquent, nous fûmes attristés mais pas vraiment surpris quand les attaques à l’Anthrax disparurent du discours public – elles n’ont même pas été mentionnées par un seul candidat à l’élection présidentielle de 2008. Et quand le FBI a soudainement annoncé l’été dernier que l’affaire rebondissait, qu’il avait identifié un coupable solitaire (le scientifique de l’armée Bruce Ivins, mort par suicide) et qu’il clôturait rapidement son enquête de 7 ans, il nous a semblé –de même qu’à la plupart des citoyens interrogés- que quelque-chose clochait.

Depuis 30 ans que nous couvrons la politique internationale pour les journaux, les magazines et la télévision, nous avons rarement -sinon jamais- vu une si grosse affaire être enterrée aussi profondément. Nous appuyant sur notre réseau de contacts au gouvernement, parmi les journalistes et dans les milieux des renseignements, il est très vite devenu clair que les pouvoirs pour n’étaient pas prêts, pour diverses raisons, à ouvrir la boite de Pandore dans laquelle se trouvent probablement les véritables réponses au mystère de l’Anthrax.

Sur les attaques bactériologiques de 2001 nous avons réalisé un film et nous avons écrit un livre pour étoffer une histoire que notre documentaire de 90 minutes ne pouvait exposer que dans les grandes lignes. Nous vous invitons à vous joindre à nous dans ce voyage et espérons que les esprits ouverts qui ont élu le nouveau président sont tout aussi ouverts à ce que nous avons appris concernant le tout nouveau « complexe industriel du terrorisme biologique ».

Bob Coen, Eric Nadler
http://www.anthraxwar.com/

Traduction Spotless Mind pour ReOpenNews

et le synopsis du film :

Marchands d’Anthrax est un nouveau film d’investigation explosif réalisé par Bob Coen and Eric Nadler. Il examine les attaques à l’Anthrax de 2001 et offre un aperçu terrifiant du monde secret et dangereux des armes bactériologiques aujourd’hui. Dead Silence (Silence de mort) est le livre qui étoffe l’histoire de cette enquête à l’échelle mondiale qu’un documentaire ne pouvait exposer que dans les grandes lignes.

L’histoire commence dans les jours qui ont suivi les attentats terroristes du 11/9 quand des lettres remplies de spores d’Anthrax et postées à des organes de presse new-yorkais et à des sénateurs à Washington, ont provoqué une peur panique aux Etats-Unis et dans le monde. Les réalisateurs ont cherché à éclaircir des troublantes zones d’ombre entourant l’enquête du FBI sur le premier acte de terrorisme biologique du XXIème siècle.

Leur quête de réponses les emmène des Etats-Unis au Royaume-Uni, de la Russie et en Afrique du Sud, et les conduit dans un monde souterrain dans lequel des scientifiques importants travaillant sur des germes meurent dans d’étranges circonstances. La liste grandissante inclut Bruce Ivins, que le FBI accuse d’être la seule personne derrière les meurtres à l’Anthrax aux Etats-Unis ; David Kelly, l’ancien chef de la « Défense Biologique » au Royaume-Uni ; et le docteur Vladimir Pasechnik, développeur du vaste et illégal complexe d’armes biologiques en Union Soviétique, et passé à l’Ouest.

Les réalisateurs pénètrent dans ce qu’ils en sont venus à appeler la « mafia internationale de la guerre biologique » et mettent au grand jour la mise au point de nouvelles armes terrifiantes – germes modifiés génétiquement, certains avec la capacité de cibler des groupes ethniques spécifiques. Dans une interview exclusive, l’homme connu sous le nom de « Docteur Lamort », qui a dirigé pendant l’Apartheid en Afrique du Sud un programme de guerre biologique sur le développement de germes destinés à la seule population noire, révèle qu’il a reçu l’aide des Etats-Unis et du Royaume-Uni. Les réalisateurs apprennent également qu’il y des risques que ces germes soient en vente sur le marché noir aujourd’hui.

Marchands d’Anthrax révèle ensuite comment les attaques à l’Anthrax de 2001 ont engendré un boom de 57 milliards de dollars dans la « Défense Biologique », secteur dans lequel les recherches sur les armes bactériologiques sont aujourd’hui menées, avec peu de surveillance, par des laboratoires et sociétés privés – le nouveau « complexe Industriel du terrorisme biologique ». L’enquête souligne combien la peur du terrorisme, combinée avec l’attrait de profits faramineux, risque d’engendrer une course mondiale aux armes bactériologiques qui pourrait mener la planète à la catastrophe.

Traduction Spotless Mind pour ReOpenNews

Voici enfin le trailer du film :

 


Note de ReOpen911 :

Le sujet de ce documentaire est le même que celui du livre Guerre biologique et terrorisme du professeur de droit international Francis A. Boyle (qui témoigne dans le film, aux côtés de Jonathan King, professeur de biologie moléculaire au MIT), paru aux éditions Demi-Lune, que nous vous incitons vivement à lire… Il est également disponible en version PDF au prix de 5 euros !

Preuves scientifiques concernant les attaques à l’anthrax

Durant l’été 2008, le FBI avait annoncé qu’il avait, suite à l’une des plus grandes enquêtes qu’il eut menées à ce jour, démasqué le "tueur à l’anthrax". Le responsable désigné du chaos des jours qui suivirent les attentats du 11 Septembre était Bruce Ivins, un employé du laboratoire gouvernemental de Fort Detrick. Mais, alors qu’il était sur le point d’être officiellement mis en accusation, le scientifique s’était apparamement suicidé. Une mort qui, alors, paraissait bien opportune puisqu’elle permettait au FBI de classer l’affaire et d’en attribuer toute la responsabilité à Ivins, malgré les doutes qui subsitaient, notamment dans la communauté scientifique.

Rappelons que parmi les destinataires des lettres à l’Anthrax en octobre 2001 figuraient entre autres les deux sénateurs démocrates Daschle et Leahy qui, à l’époque, affichaient ouvertement leur opposition au PATRIOT Act, lois liberticides votées dans la précipitation, alors que le monde était encore sous le choc des attentats du 11-Septembre. De fait, les attaques à l’Anthrax semblent étroitement liées aux événements du 11/9, et la mort de Bruce Ivins semblait sonner le glas des interrogations pourtant nombreuses qu’elles posent encore.

Par exemple, pourquoi la Maison Blanche a-t-elle fait prendre à ses employés un antibiotique nommé Cipro le jour même du 11/09, soit une semaine avant les premiers envois de lettres contaminées ? Pourquoi le FBI a-t-il fait aveuglement confiance lors de cette enquête, au laboratoire gouvernemental – c’est à dire dépendant du Pentagone – de Fort Detrick, alors que l’empreinte génétique du type de charbon utilisé pour les attaques conduisait directement à leurs travaux ? Autant de questions posées Francis A. Boyle, auteur du livre "Guerre biologique et Terrorisme" et qui restent sans réponses.

Alors que l’affaire de l’anthrax semblait enterrée, des scientifiques viennent de démontrer, à l’occasion d’un congrès, de quelle manière le FBI a établi ses preuves pour porter ses accusations. Ces nouvelles révélations, publiées dans The Scientist, viennent confirmer que la responsabilité de Ivins était, contrairement à ce que prétendait le FBI, loin d’être prouvée.


 


Des preuves capitales ont été révélées sur les attaques à l’anthrax de 2001 aux Etats-Unis.

Des preuves capitales ont été révélées sur les attaques à l’anthrax de 2001 aux Etats-Unis. Au préalable, le FBI avait empêché les scientifiques impliqués de parler publiquement de leurs découvertes afin que cela n’interfère pas avec les procédures judiciaires. Mais, après le suicide du principal suspect Bruce Ivins, l’affaire s’est éteinte et le FBI a levé plusieurs restrictions. Cette semaine, certains scientifiques impliqués ont révélé les résultats de leurs analyses lors d’un congrès scientifique à Baltimore, Maryland.

Ils montrent comment le FBI est remonté à la source des spores utilisés dans les attaques : un seul flacon provenant d’un laboratoire gouvernemental américain. Mais on n’explique pas pourquoi le FBI a fait d’Ivins le principal suspect – il travaillait à l’Institut de Recherches Médicales de l’armée des Etats-Unis pour les maladies infectieuses (USAMRIID).

Fin 2001, des enveloppes contenant des spores desséchées d’anthrax furent expédiées à plusieurs sièges de médias et ainsi qu’à des politiciens américains, faisant cinq morts. Plus tard, cette même année, Paul Keim, de la Northern University of Arizona à Flagstaff, identifia la bactérie de l’anthrax utilisée pour les attaques comme étant une souche appartenant à ‘Ames’ de l’armée américaine. Puis le FBI obtint 1072 échantillons d’anthrax de 18 laboratoires connus pour détenir la souche ‘Ames’ et demanda à plusieurs groupes de recherches, y compris celui de Keim, de comparer leurs génomes avec celui de la souche utilisée dans les attaques. On espérait découvrir des mutations qui aurait désigné un laboratoire comme étant à la source.

Mais, lors de la conférence de Baltimore, Keim et ses collègues ont dit que les rapports initiaux sur les mutations utiles qui avait été trouvées étaient fallacieux. Keim a déclaré que les séquences complètes du génome ne révélaient "aucune différence génétique". Au lieu de cela, ont affirmé les chercheurs, les indices clé provenaient d’une heureuse découverte. Un technicien, également de l’USAMRIID, avait remarqué des tâches inhabituelles sur certaines des spores en culture provenant des attaques; il entreprit une nouvelle culture de celles-ci uniquement. Keim et ses collègues séquencèrent leurs génomes et trouvèrent 10 mutations différentes de la séquence habituelle d’ "Ames". Ces spores ne constituant qu’une fraction du total, ces mutations "minoritaires" n’avaient pas été vues au départ au départ.

Puis l’équipe développa des tests ultra-sensibles pour rechercher, parmi les 1072 échantillons, quatre de ces mutations. Huit échantillons furent trouvés. L’un d’eux provenait d’un flacon portant l’étiquette RMR-1029 dont Ivins était responsable à l’USAMRIID. Les sept autres étaient des cultures à partir de ce flacon et un seul de ceux-ci ne se trouvait pas à l’ USAMRIID. Donc, alors que ces découvertes montraient que les spores de l’attaque provenaient d’une de ces cultures, le FBI est allé plus loin, concluant qu’elles provenaient directement du flacon PRM-1029.

Autre question : comment les agresseurs ont-ils transformé la bouillie aqueuse du flacon de spores en une fine poudre sèche (trouvée) dans les lettres ?

Joseph Michael du laboratoire national Sandia à Albuquerque, Nouveau-Mexique, avait utilisé un microscope électronique spécial pour montrer que 75% des spores des attaques avaient intégré du silicium à leurs enveloppes durant leur croissance (voir image). Comme les spores prélevées après les attaques dans le flacon RMR-1029 n’avaient pas de silicium dans leurs enveloppes, et que les sept autres concordances génétiques n’en contenaient pas non plus, ou en moindre pourcentage, une nouvelle culture des spores de l’attaque avait du être effectuée avant qu’elles ne soient expédiées par la poste.

Au cours de ce processus, elles ont du se débarasser de leurs enveloppes, se multiplier, puis se retransformer en spores. Le niveau d’expertise de Ivin était-il nécessaire pour transformer ces spores recultivées en poudre sèche? "Ce que j’entends, c’est que les spores dans les lettres n’avaient rien de spécial. Il n’aurait pas fallu beaucoup de temps, ni beaucoup d’équipement pour les produire," a déclaré Kleim. Les images de Michael montrent que l’anthrax des attaques contenait des grumeaux de spores, contrairement aux poudres produites professionnellement.

Le FBI pourrait détenir des preuves attestant que Ivin est le lien entre RMR-1029 et les enveloppes, bien qu’avec des procès civils en instance, intentés par les familles de Ivin et des victimes, le bureau ne les révélera pas de sitôt. Pour l’instant les chercheurs disent que leurs études attribuent la provenance des spores mais qu’elles ne désignent pas l’agresseur.


Par Debora MacKenzie, le 27 février 2009, pour The New Scientist (Numéro du magazine 2697)

Traduction : Perry pour ReopenNews

Dossier Anthrax: Le FBI voudrait bien le clore !

Le FBI assure avoir attrapé le tueur. Mais tant de preuves ont été négligées ou mal traitées que beaucoup d’experts ont toujours des doutes.

Par Christopher Ketcham, le 25 août 2008 , Issue Copyright © 2008 The American Conservative

Le Dossier Anthrax

Sept ans après que les attaques d’anthrax ont entraîné la fermeture temporaire du Congrès, semé la panique dans tout le pays, tué 5 personnes, rendu malade 17 autres et permis aux propagandistes néo-conservateurs de blâmer indifféremment al-Qaida et Saddam Hussein, le FBI proclame tenir son homme. Mais l’histoire officielle ne colle pas vraiment avec les faits. N’importe quelle analyse raisonnable des preuves suggère que les mêmes puissants intérêts qui auraient pu bénéficier du prolongement de l’enquête, trouvent autant d’avantages dans une fin en queue de poisson. Cela ne signifie pas que le tueur ait été attrapé.

Ce qui est certain c’est que les lettres à l’anthrax n’étaient pas l’oeuvre d’islamistes ou d’Irakiens. Les attaques ont été commises par quelqu’un de haut placé ayant accès aux stocks gouvernementaux US de cette bactérie mortelle. Le point de départ de l’enquête a longtemps été l’Institut de recherche médicale des maladies infectieuses de l’armée de Terre des Etats-Unis (U.S. Army Medical Research Institute of Infectious Diseases – USAMRIID) à Fort Detrick dans le Maryland. Mais le nom de ce laboratoire n’a réapparu que récemment dans cette affaire, où le FBI semble avoir perdu beaucoup de temps.

La première semaine d’août, la presse populaire s’est reprise au jeu en rapportant le suicide apparent du scientifique de l’USAMRIID, Bruce E. Ivins, tenu pour seul responsable des lettres à l’anthrax. L’agence de presse américaine Associated Press (AP) indique que Ivins, dont on dit qu’il s’est donné la mort le 29 juillet par une overdose de Tylenol mélangé à de la codéine, « était l’un des plus éminents scientifiques gouvernementaux faisant des recherches sur les vaccins et les remèdes contre l’exposition à l’anthrax.» Selon AP, «il était brillant mais dérangé». Son avocat, Paul Kemp, dit qu’Ivins avait passé un certain nombre de tests au détecteur de mensonges et que le jury qui devait décider de sa mise en accusation en avait encore pour des semaines à rendre son acte d’accusation. Quelques jours après sa mort, le FBI annonçait qu’il allait mettre fin à l’enquête «Amerithrax». «Le dossier Anthrax est bouclé» claironnait le Daily News le 4 août.

En avril, on avait appris que le FBI se concentrait sur pas moins de 4 suspects. Fox News les identifia comme «un ancien commandant adjoint», sans doute de l’US Army, «un scientifique leader sur l’anthrax», et «un microbiologiste». Le quatrième suspect n’était pas décrit. Maintenant, le FBI est «confiant dans le fait que le Dr Ivins était la seule personne responsable de ces attaques», selon les affirmations du procureur général du District of Columbia {la capitale fédérale}.

Ces annonces sur Ivins ont suivi de près une autre, beaucoup plus discrète le 27 juin concernant un autre suspect, Steven Hatfill, également chercheur sur l’anthrax au USAMRIID. L’annonce portait sur la fin de son procès gagné contre le FBI, condamnant celui-ci à une amende d’un montant de 5.8 millions de dollar au motif que ce suspect avait été accusé à tort. Hatfill avait été poursuivi et harcelé par les enquêteurs pendant trois longues années, sa carrière et sa réputation ruinées.

Steven Hatfill

Ivins a été soumis au même traitement que Hatfill. Selon AP, il s’est plaint à des amis que les agents le traquaient lui et sa famille. Ils offrirent à son fils 2,5 millions de dollars et «une voiture de sport de son choix» pour qu’il trahisse son propre père. Ils approchèrent sa fille hospitalisée pour qu’elle fournisse des preuves contre lui en remplissant sa chambre d’hôpital avec des images de victimes de l’anthrax, et en lui disant: « c’est ton père qui a fait ça». W. Russell Byrne, le superviseur de Ivins à l’USAMRIID raconta à AP que Ivins, 62 ans, avait été émotionnellement affecté par le comportement du FBI : «Une personne dit l’avoir vu pleurer, assis à son bureau

Francis Boyle, un professeur de droit de l’université de l’Illinois qui rédigea la loi sur les armes biologiques antiterroristes (Biological Weapons Anti-Terrorism Act) de 1989, signée par le Président George H.W. Bush, et qui conseilla le FBI lors des enquêtes préliminaires sur les lettres à l’anthrax est d’accord avec plusieurs autres experts en armes biologiques américains —parmi lesquels Jonathan King, professeur de biologie moléculaire au MIT, et Barbara Rosenberg, qui étudia la guerre biologique à la Fédération Scientifique Américaine (1). Boyle donna très tôt l’alerte sur le fait que les spores recueillies provenaient probablement de travaux de recherche américaine vraisemblablement classifiés. Il fournit au FBI la liste des scientifiques, des sous-traitants et des laboratoires qui avaient travaillé sur des projets liés à l’anthrax. Il reste sceptique sur le fait que Ivins soit le seul tueur. «Les Feds poursuivaient avec Ivins la même stratégie qu’ils avaient menée contre Hatfill, le persécutant jusqu’à ce qu’il craque: Hatfill tint bon, Ivins non. Les morts ne parlent pas.» (2)

Boyle dit de Ivins qu’il ne colle pas au personnage. «Il paraît difficile qu’il ait eu la connaissance technologique nécessaire à la production de super armes à l’anthrax, réalisées à partir d’aérosols, de couches de silice et de charges électrostatiques.» Jeffrey Adamovicz, qui dirigea la division bactériologique à Fort Detrick en 2003 et 2004, déclara à McClatchy que l’anthrax envoyé par courrier au sénateur démocrate Tom Daschle était «si concentré, si consistant et si pur que j’affirmerais que Bruce ne pouvait pas avoir participé à ce travail». (3) Faisant suite à la publication du FBI concernant Ivins, le New York Times affirme dans un éditorial qu’«il n’existe pas de preuve directe de sa culpabilité» et dénonce le «manque de charges solides et incontestables.» Le Washington Post parle d’un dossier «éminemment circonstanciel». Les enquêteurs ne sont pas parvenus à localiser Ivins dans le New Jersey autour des dates de septembre et d’octobre 2001, lorsque les lettres auraient été envoyées depuis la région de Princeton. Ils ont passé au peigne fin sa résidence, son coffre, plusieurs voitures, les outils dans son laboratoire, son bureau, mais n’ont trouvé aucune trace de bacille du charbon correspondant génétiquement aux bactéries présentes dans les lettres. En revanche, certains éléments de preuve, tous de circonstance et aucun attesté médicalement, sont carrément risibles. Ivins a un temps possédé une boîte aux lettres sous un faux nom, où il recevait des magazines pornographiques. Il a été un moment «obsédé» par une sororité de Princeton en raison d’une ancienne romance de collégien insatisfaite, et la boîte de Princeton d’où une des lettres est originaire était située à moins de 100 mètres d’un lieu de stockage utilisé par cette sororité; la dernière visite de Ivins dans c’est endroit date de 27 ans. C’était un buveur. Il a fait des déclarations homicides lors d’une réunion d’un groupe de soutien sur la santé mentale. Il a écrit des lettres décousues au rédacteur en chef de son journal local. Mais comment tout ceci aurait pu amener Bruce Ivins à tuer d’autres Américains avec des armes biologiques : ce n’est pas clairement établi.

De plus, ses anciens collègues ont à maintes reprises déclaré aux médias que, à leur connaissance, Ivins ne savait pas transformer l’anthrax en arme bactériologique. C’était un spécialiste en vaccins, mais pas en armes. Une hypothèse veut qu’Ivins ait secrètement caché ses compétences en armes à ses collègues de travail. Mais alors comment aurait-il acquis ces compétences? Peut-être au cours de conversations banales avec ses collègues de Fort Detrick ? Pourtant, il n’y a pas la moindre indication que, durant ses années à Fort Detrick, Ivins ait, ne serait-ce qu’une fois, interrogé ses collègues scientifiques à propos des techniques d’armement bactériologiques. Ce qui n’est pas non plus très clair, c’est pourquoi Ivins – un démocrate attitré – aurait réservé aux seuls sénateurs Patrick Leahy et Tom Daschle (deux démocrates influents) l’envoi des lettres meurtrières. Fait intéressant, ces deux sénateurs ont joué un rôle crucial pour faire obstacle au vote du PATRIOT Act. La première vague de lettres à l’anthrax, envoyée le 18 septembre 2001, ciblait les principaux médias, la deuxième série, postée le 9 octobre, visait elle le Congrès. Le 25 octobre dans la panique générale, la loi est adoptée. Pourtant, il semble improbable qu’un savant fou puisse se spécialiser dans de telles activités politiques ciblées où il ne bénéficierait pas personnellement des répercussions. En revanche, beaucoup d’autres personnes ont, elles, bénéficié des ces répercussions.

«Sans les attaques à l’anthrax, le 11 septembre aurait pu être perçu comme un cas isolé» peut-on lire sur le salon (site web) de Glenn Greenwald. «C’est vraiment l’anthrax qui a exacerbé la peur et créé le climat qui domina dans ce pays lors des années suivantes… , et qui a donné l’impression que l’ordre social lui-même était véritablement menacé par le radicalisme islamique.»

Le 28 octobre [2001, NdT], ABC avait rapporté que, «quatre sources bien informées et indépendantes ont déclaré à ABC News que les premiers tests sur le bacille du charbon par l’armée américaine à Fort Detrick, au Maryland, avaient détecté des traces de bentonite (mélange de silice et d’aluminium)», la bentonite étant une caractéristique du programme d’armement biologique irakien. En 2007, ABC a admis qu’aucune trace de bentonite n’a jamais été détectée, mais a refusé de révéler ses sources. A l’époque Peter Jennings avait déclaré: «Certains vont rapidement se servir de cela comme d’une preuve flagrante

Les acolytes de l’administration (Bush) ne s’en sont pas privé. Les deux acolytes William Kristol et Robert Kagan (4) se sont plaints : « Que faut-il de plus au FBI et à la CIA pour conclure ? Un aveu signé de Saddam? » Le Wall Street Journal était du même avis «le principal fournisseur suspect doit être l’Irak», «Le gouvernement doit faire tout son possible pour détruire la menace du bacille du charbon à sa source : l’État qui la parraine.» Laurie Mylroie ajoute dans la National Review: «Les renseignements iraquiens étaient intimement impliqués dans les attaques du 11 Septembre, l’anthrax d’origine militaire envoyée aux sénateurs Daschle et Leahy venait presque certainement d’un laboratoire irakien.» Longtemps après, jusqu’à fin 2007, et alors qu’il était devenu évident que l’anthrax avait été fait à la maison (NdT: aux USA), des médias comme Fox News continuèrent d’insister sur le lien avec le Moyen-Orient.

Ceux qui prônaient la guerre en Irak et qui cherchaient à accélérer l’agenda de l’administration sur la sécurité intérieure avaient de bonnes raisons pour empêcher une conclusion rapide du dossier, surtout celle au sujet du cas délicat impliquant une source américaine. Que ce soit par suggestion ou à la suite de sa propre incompétence, le FBI se montra complaisant.

Dès le mois de novembre 2001, le New York Times signalait que les «faux pas» du FBI avait «entravé l’enquête.» En effet, dès le début, le FBI a été en possession d’une pièce maîtresse de l’affaire qu’il a, semble-t-il, ignoré.

Parmi les premiers suspects à entrer dans le collimateur du FBI on trouve Ayaad Assaad, un ex-biologiste de l’USAMRIID d’origine égyptienne. Il est apparu sur l’écran radar à cause d’une lettre anonyme envoyée au Bureau et l’identifiant comme appartenant à une cellule terroriste peut-être liée aux attaques à l’anthrax. Pourtant, selon le Hartford Courant, le FBI n’a pas cherché à retrouver l’auteur de la lettre, «en dépit de son calendrier curieux, à savoir quelques jours avant que l’existence de lettres contaminées à l’anthrax ne soit connue

Assaad a été rapidement mis hors de cause par les enquêteurs du FBI, et la question a achoppé rapidement, bien que cette lettre aurait pu fournir le meilleur élément de preuve dans cette affaire. Elle a été envoyée avant l’arrivée des lettres à l’anthrax ce qui laisse suggérer une connaissance préalable des attentats, et dans un langage similaire aux lettres mortelles. En outre, elle démontre une connaissance intime des activités de l’USAMRIID, ce qui suggère qu’elle provenait du cercle fermé des chercheurs de Fort Detrick, un groupe relativement restreint ayant l’accès à l’expertise des armes à l’anthrax.

Le FBI a refusé de mettre une copie de cette lettre à disposition du public ou même d’en donner une à Assaad lui-même. Il partagea cependant son contenu avec Don Foster, un professeur du Vassar College , expert reconnu en jargon judiciaire, qui s’est rendu célèbre par ses recherches sur les auteurs anonymes, notamment en reconnaissant Joe Klein derrière Primary Colours (Les couleurs primaires), et qui a aidé à attraper le poseur de bombe des Jeux olympiques d’Atlanta en 1996. Après avoir lu un reportage dans un journal, il demanda une copie de la lettre puis, à la suite de son examen, d’autres documents écrits par «quelque 40 employés d’USAMRIID.» Foster «trouva des écrits d’une employée féminine qui semblaient coller parfaitement» selon un article dont il était lui-même l’auteur, publié dans l’édition d’octobre 2003 de Vanity Fair. Quand il a soumis cette idée apparemment cruciale à l’attention de la task force anthrax du FBI, le bureau a refusé de le suivre. Selon Foster, les agents senior du FBI n’avaient même jamais entendu parler de la lettre sur Assaad. (Pour mémoire, Foster n’est pas une source irréprochable. Il s’est écarté de son domaine d’expertise professionnelle et a publié des preuves non circonstanciées dans Vanity Fair, mettant fortement en cause Hatfill ; celui-ci a poursuivi le magazine en justice et l’affaire s’est réglée selon des termes non révélés.) (NdT: Foster s’était au préalable fourvoyé sur la piste islamique en affirmant que l’auteur des lettres n’écrivait pas habituellement de gauche à droite et ne maîtrisait pas les abréviations anglaises, avant de changer de direction et de se contredire en pointant la piste scientifique US).

«L’auteur des lettres savait clairement tout sur moi : ma formation en agents chimiques et biologiques, mon accréditation de sécurité, à quel étage je travaille, que j’ai deux fils, le train que je prends pour aller travailler et où je vis» confia Assaad à la journaliste Laura Rozen. Comme il a été presque immédiatement blanchi, le fait de tenter de l’accuser à tort n’a servi à rien, sauf peut-être à assouvir une hostilité personnelle. À ce propos, Assaad suggéra au FBI de questionner deux de ses collègues de l’USAMRIID susceptibles d’avoir une rancune contre lui : Marian Rippy et Philip Zack, lesquels quelques années auparavant avaient été réprimandés pour avoir envoyé à Assaad un poème raciste. Bien que la vidéo du Hartford Courant ait apporté la preuve que Zack faisait des visites en dehors des horaires de bureau dans les laboratoires où étaient entreposés des agents pathogènes, il n’existe aucun dossier montrant que le FBI ait jamais enquêté sur lui ou sur Rippy, une collègue avec qui il vivait une liaison extra-conjugale.

Les défaillances du FBI ne s’arrêtent pas là. L’anthrax utilisé dans les attentats terroristes a été identifié comme étant similaire à une des souches conservées aux laboratoires de Ames, dans l’Iowa. La base de données Ames, entretenue et sous la responsabilité de l’Iowa State University, est une collection de cultures de quelque 100 flacons recueillis depuis 1928. Elle conserve la liste complète des entités, des organismes et des laboratoires ayant fait l’acquisition de souches d’anthrax. Lorsque les chercheurs, par peur que les terroristes ne pénètrent dans le laboratoire, ont proposé de détruire les cultures d’anthrax, le FBI n’a pas fait d’objection. «Ce fut une étonnante décision» m’a raconté Francis Boyle. «Ils auraient dû les conserver comme preuve. Il s’agissait de la piste qui menait vers celui ou ceux qui avait accès au développement de la super-souche qui a frappé Daschle et Leahy.»

Les questions sur la base de données de Ames pointent sur une préoccupation plus grande encore : où donc ont pu être produites les lettres à l’anthrax selon un procédé tellement sophistiqué ? Si le FBI a la conviction que le tueur à l’anthrax travaillait à Fort Detrick (des nouvelles techniques ADN ayant permis opportunément d’associer les spores à ce laboratoire), alors la lettre au sujet d’Assaad est une pièce maîtresse qui innocente Ivins. À tout le moins, il faudrait expliquer ce fait plutôt que l’ignorer.

Une autre possibilité est que les attaques ne soient pas du tout originaires de l’USAMRIID, et que le FBI a une fois de plus accusé un innocent. Ironie du sort, c’est Ivins qui avec d’autres enquêteurs, avait d’abord été chargé par le FBI d’analyser le bacille du charbon dans les lettres. Le Dr Gerry Andrews, un professeur de microbiologie de l’université du Wyoming et ancien collègue de Ivins à Fort. Detrick, a écrit dans le New York Times : «Quand l’équipe d’Ivins a analysé la poudre, elle a constaté qu’il s’agissait d’une arme à l’anthrax dont la qualité de préparation des spores était étonnamment raffinée, à un point jamais vu avant par le personnel à Fort Detrick.» Certes, Andrews a un intérêt à exonérer son ancien laboratoire de tout soupçon, mais il poursuit avec une allégation étonnante: «Il est extrêmement improbable que ce type de préparation ait jamais pu être produite à Fort Detrick, et certainement pas au niveau de qualité trouvée dans cette enveloppe

Si les scientifiques de Fort Detrick n’ont pas la capacité de produire ce type de bacille du charbon, qui l’a fait ? Boyle suggère une réponse dans son livre : Guerre biologique et terrorisme. (5) Il allègue que la recherche de preuves basées sur les spores de la maladie du charbon, si elle était correctement menée, «conduirait directement au programme secret de guerre biologique officiellement parrainé par le gouvernement des Etats-Unis, programme illégal et criminel violant l’Anti-Terrorism Act de 1989 sur les armes bactériologiques.» On pourrait facilement classer cette analyse dans la théorie du complot, si une autre source tout autant réputée, le New York Times, n’avait publié une analyse similaire le 4 septembre 2001 : « Les États-Unis ont lancé un programme secret de recherches sur les armes biologiques qui selon les dire de certains fonctionnaires expérimente les limites du traité mondial interdisant ces armes. … Au début de cette année, l’administration a dit que le Pentagone avait des plans pour créer génétiquement une variante potentiellement plus puissante de la bactérie qui cause la maladie du charbon.»

Boyle suggère quelques pistes : le Pentagone, la CIA, ou peut-être les scientifiques du secteur privé agissant en vertu d’un contrat secret avec le gouvernement. Selon la BBC, dans un rapport datant de 2002, la CIA aurait en effet enquêté sur des «méthodes d’envoi postal de l’anthrax, qui seraient devenues totalement hors de contrôle.» «L’affirmation choquante» avance la BBC, «est que l’un des membres clés de l’opération ait pu prélever, raffiner et finalement poster des armes "anthraxées" de qualité.» Boyle émet la théorie que l’enquête du FBI a été volontairement sabotée pour opérer une dissimulation. Il fait valoir que le processus juridique découlant d’une enquête approfondie «mènerait un tribunal de droit pénal à impliquer directement le gouvernement des États-Unis, ses organismes, ses fonctionnaires et ses agents, pour conduite illégale et criminelle de recherches sur la guerre biologique.»

Mais si un tel programme existe, pourquoi une personne qui lui est associée s’exposerait à des envois de lettres de charbon brut ? Peut-être pour le plus vieux motif au monde : l’argent. À la suite de la terreur postale, le financement de la guerre biologique au titre de la rubrique "biodéfense" a reçu un important coup de fouet. Par un vote de 99 contre 0, en 2004 ,le Sénat a adopté la loi BioShield (bio-Bouclier) qui alloue jusqu’à 22 milliards de dollars pour la guerre biologique civile, et pour la "défense" un financement réparti sur 2001-2005 de 5,6 milliards de dollars jusqu’à 2014, «afin d’acheter et de stocker les vaccins et les médicaments pour lutter contre la maladie du charbon, la variole et d’autres agents potentiels de bioterrorisme.» Les critiques affirment que BioShield est une forme déguisée de planification de guerre biologique offensive.

Ce type de recherches pourrait revenir à un prix bien plus élevé que les milliards acquis grâce à l’aval du Congrès. «Les programmes de bioterrorisme vont très probablement générer de nouveaux risques pour la santé publique, au lieu de fournir des protections supplémentaires» déclare le professeur Jonathan King, microbiologiste au MIT. Des programmes tels que BioShield «vont également générer un réseau de petites et grandes entreprises qui tenteront d’en tirer profit

Hillel W. Cohen, professeur associé d’épidémiologie et de santé publique au Albert Einstein College of Medicine, offre une évaluation similaire. «Avant 2001, certains d’entre nous décrivaient le bioterrorisme comme une menace exagérée en terme de santé publique» dit Cohen. «Personne n’avait jamais succombé au bioterrorisme, et nous nous alarmions que la prolifération des laboratoires d’étude de l’anthrax et autres agents biologiques fût une terrible erreur, détournant l’argent réellement nécessaire pour la santé et multipliant dangereusement le nombre de personnes y ayant accès. Après les lettres à l’anthrax de 2001, nos mises en garde ont été ensevelies par la rhétorique de peur. » Aujourd’hui, Cohen pense que «des milliards sont dépensés pour soutenir toujours plus de laboratoires.»

Le sénateur Chuck Grassley appelle à une enquête du Congrès, mais nous ne connaîtrons peut-être jamais l’identité du "tueur à l’anthrax". S’agit-il de cet employé de Fort Detrick, l’auteur doué de prescience de la lettre dénonciatrice, qui n’a jamais été interrogé par les enquêteurs ? D’un scientifique mort à qui le FBI a demandé dans un premier temps d’investiguer les attaques, et contre qui il s’est retourné par la suite ? Ou d’un autre individu ou d’un groupe ayant accès à des souches de haute qualité, et bénéficiant de la panique créée par le bioterrorisme ? Ce que nous savons, c’est qui n’a pas posté l’anthrax : ni Saddam Hussein ni Osama ben Laden. Au-delà de cela, tout ce que nous savons, c’est que la conduite du FBI, que ce soit pour des raisons de sabotage bureaucratique ou de dissimulation, a rendu très improbable le fait que cette affaire trouve un jour sa conclusion.

Christopher Ketcham écrit pour Vanity Fair, GQ, Harper’s et beaucoup d’autres magazines.

The American Conservative accepte le courrier envoyé à la rédaction. Envoyez vos lettres (NdT: sans anthrax !) à : letters@amconmag.com

 

Traduit par Pascal.A pour ReOpen911


1 – NdT : Barbara Hatch Rosenberg est une personne influente sur ce sujet, ancienne fonctionnaire du gouvernement et microbiologiste à l’université de New-York, elle défend des thèses plutôt opposées à la version officielle

2 – NdT : Steven Hatfill a tenu dès 2002 plusieurs conférences de presse pour nier les accusations portées contre lui

3 – NdT : la forte concentration, 1000 spores au gramme, l’homogénéité et la grande pureté forment la signature de l’anthrax US, le procédé breveté, ultra secret, a été inventé par Bill Patrick

4 – NdT : tous deux confondateurs du PNAC, think-tank américain ayant suggéré dès 1998 à B. Clinton de renverser Sadam Hussein pour préserver les intérêts américains dans le Golfe

5 – NdT : Plus d’informations sur le livre du professeur Francis A. Boyle, Guerre biologique et terrorisme, ici:<http://www.reopen911.info/livres/guerre-biologique-et-terrorisme.html>

 

« Tueur à l’anthrax » : le mystère reste entier

Les accusations du FBI contre le scientifique décédé Bruce Ivins sont pleines de trous. L’affaire est peut-être classée, mais elle n’est pas résolue.

Par Brad Friedman pour guardian.co.uk, le lundi 11 août 2008

Affaire classée. Le FBI a démasqué le "tueur à l’anthrax" – et celui-ci a agi seul. Et maintenant qu’il s’est suicidé, juste au moment où les agents fédéraux étaient enfin sur le point de refermer le piège sur le diabolique criminel responsable du chaos total des jours qui suivirent les attentats du 11-Septembre quand il avait envoyé des lettres meurtrières à des élus démocrates et à des gens des médias, sa culpabilité ne saurait être plus claire.

Représentants du Ministère de la Justice annonçant la culpabilité du seul Bruce Ivins

Enfin, c’est le cas si vous avez gobé par exemple toute la propagande autour de la fameuse "Mission accomplie". [NdT : Référence à la phrase de George Bush et à la banderole déployée sur le porte-avions où le Président proclama que la dernière guerre d’Irak était terminée.]

Le dossier contre le Dr Bruce Ivins – un chercheur en bioterrorisme, fort respecté, travaillant à l’Institut de recherche médicale sur les maladies infectieuses dépendant de l’armée américaine et situé à Fort Detrick, au Maryland – a été rendu public par le FBI dans une conférence de presse, à la suite de son suicide annoncé la semaine précédente. Au cours de cette période, on a pu assister pêle-mêle à plusieurs jours de mauvais comptes rendus dans la presse, (des fuites risibles dénuées de preuve provenant de fonctionnaires anonymes à destination de médias trop heureux de les colporter) et au scepticisme croissant des experts dans le domaine de la recherche en bioterrorisme, mais aussi des collègues d’Ivins ainsi que de toute personne ayant pris la peine de prêter une attention particulière au-delà des titres trompeurs.

Le problème a commencé à se révéler dès vendredi, le jour même où la mort d’Ivins a été signalée pour la première fois, lorsque les experts dans le domaine de la recherche sur le terrorisme biologique ont fait une simple constatation : Ivins, le dernier supposé "tueur à l’anthrax" en date produit par le FBI (qui vient juste d’éviter un procès avec le précédent, Steven Hatfill, en lui offrant, en juin, un dédommagement de 4,6 millions de dollars US) n’avait « pas accès à l’anthrax sous forme sèche et en poudre » dans son laboratoire de Fort Detrick.

En outre, ses collègues affirment que, s’il avait essayé d’en fabriquer à partir de la version liquide disponible là-bas, il n’aurait pas été en mesure de le faire sans être remarqué. Même après que le FBI eut finalement publié mercredi quelques informations tendancieuses, le scepticisme des experts et de leurs pairs a persisté.

En expliquant la procédure extrêmement complexe qu’Ivins aurait dû effectuer en secret afin de transformer les bactéries liquides en la forme sèche et pulvérulente de l’anthrax utilisé dans les lettres qui ont tué 5 personnes et blessé 21 autres, Brenda Wilson, professeur de microbiologie et chercheuse spécialiste de l’anthrax à l’université de l’Illinois a noté que : « Les gens auraient remarqué ce qu’il faisait. Les gens auraient compris ce qu’il faisait. Je sais ce que les gens font dans mon laboratoire. Même s’il avait cherché à être discret à ce sujet, les gens auraient su ce qui se passait. »

Rappelez-vous bien que le laboratoire en question est une installation [militaire] extraordinairement sécurisée où les armes biologiques les plus meurtrières au monde sont entreposées et utilisées à des fins de recherches.

Le FBI a toutefois pris note qu’Ivins lui-même était en charge du récipient [NdT : de 164 litres dans lequel était conservé] l’anthrax liquide génétiquement identifié comme étant celui à l’origine des spores utilisés dans les attentats. L’agence fédérale dit qu’Ivins était souvent retourné au laboratoire après les heures d’ouverture durant les mois qui ont précédé la première attaque à l’anthrax à la mi-septembre. Mais un examen plus attentif révèle que, curieusement, la présence nocturne d’Ivins a commencé dès le mois d’août, bien avant les attentats du 11/9, alors que le reste du monde, y compris George Bush, ignorait tout des menaces terroristes de musulmans extrémistes, même si dans son cas, elles avaient été énoncées pour lui dans le briefing présidentiel quotidien du 6 août 2001 intitulé : « Ben Laden déterminé à frapper aux États-Unis ».

Mais soit, peut-être s’agit-il juste d’une coïncidence qu’Ivins et ben Laden, tous les deux, avaient la même chose à l’esprit au mois d’août de cette année. Et le fait qu’Ivins n’ait pas pu expliquer de manière adéquate sa présence nocturne dans le laboratoire au cours de cette période autrement que comme une forme d’évasion de ses problèmes domestiques, est apparemment « suffisant » pour le FBI dans sa construction d’un dossier dont l’agence convient elle-même qu’il est circonstanciel [NdT : c’est-à-dire basé sur des éléments à charge indirects]. Que des centaines de scientifiques aient également eu accès à la même source de spores semble d’ailleurs peu préoccuper les enquêteurs fédéraux qui affirment « commencer le processus de classification de cette enquête ».

Il ne fait guère de doute qu’Ivins était un homme perturbé. Déterminer si ces troubles l’ont conduit à se suicider avant ou après la traque implacable des enquêteurs (qui montrèrent des photos des victimes de la maladie du charbon à sa fille en lui disant « ton père a fait ça » et offrirent en vain 2,5 millions de dollars US à son fils pour l’inciter à incriminer son propre père) est encore une autre question ouverte.

Puis, il y a la thérapeute qui a traité Ivins pendant les 6 derniers mois, avant d’être encouragée par le FBI à aller voir un juge pour demander une injonction contre lui. Mais la travailleuse sociale, Mme. Jean Duley, dont l’embarrassante déclaration au juge, griffonnée à la main, déclarant Ivins « homicidaire », « sociopathe » et secrètement enclin à commettre des meurtres par vengeance depuis l’année 2000 – et qui écrit thérapeute « thairapeute » [en anglais : theripist au lieu de therapist] – présente elle aussi ses propres problèmes. Une fiche rapporte sa conduite en état d’ivresse, sa possession de stupéfiants, et le fait qu’elle ne dispose apparemment pas d’un emploi ou d’argent pour un avocat, car elle ne travaille plus au sein de l’établissement au Maryland où elle a prétendument traité Ivins.

Ce qui fait remarquablement défaut dans le dossier du FBI, c’est la corroboration des menaces de mort vengeresses faites par Ivins lors de la thérapie de groupe, et rapportées par Duley. Personne d’autre, ayant assisté à ces sessions, n’en aurait parlé ? Et si Ivins est connu pour avoir commencé son équipée mortelle [virtuelle] en 2000, et que le FBI le savait, pourquoi a-t-il été autorisé à continuer à travailler dans son laboratoire, avec son accréditation à un très haut niveau de sécurité jusqu’au mois dernier ? Pourquoi l’a-t-on laissé se déplacer librement, en fait ?

Mais aucune importance, n’est-ce pas ? Une série de courriels, sélectionnés parmi des milliers sur l’ordinateur saisi d’Ivins, probablement envoyés à des gens dont les noms ont été expurgés (il nous suffira de supposer qu’ils sont réels), révèle un élément de preuve particulièrement accablant mis en évidence dans le dossier du FBI. Ivins a écrit, au milieu d’une note plus longue, le 26 septembre 2001 : « Je viens d’entendre ce soir que les terroristes de ben Laden ont à coup sûr de l’anthrax et du gaz sarin ». Et plus loin dans la même lettre : « Oussama ben Laden vient de décréter la mort de tous les juifs et de tous les Américains. »

Les agents fédéraux affirment que cette note présente « un langage similaire au texte accompagnant les lettres à l’anthrax postées deux semaines plus tard, qui disait : Mort à l’Amérique, Mort à Israël. »

Ce que le FBI n’a pas souligné, c’est que la première lettre à l’anthrax, envoyée à Tom Brokaw, le présentateur vedette de la chaîne NBC, a été postée le 18 septembre, soit une semaine avant le courriel d’Ivins, et elle disait : « C’EST LA SUITE … PRENEZ PENACILIN [sic] MAINTENANT … Mort à l’Amérique … Mort à Israël … Allah est grand »

Et ce que les médias, dans leur ensemble, ont complètement oublié de noter lors de leur couverture de la présentation du FBI si peu convaincante en termes de preuves, était la première partie de la phrase d’Ivins : la partie déclarant que Ivins avait « entendu ce soir » la nouvelle que ben Laden disposait d’armes biologiques mortelles.

L’article est déjà fort long, aussi allons-nous devoir laisser les idioties sur les filles de la sororité [Kappa Kappa Gamma] pour plus tard. Des journalistes citoyens sur l’Internet, comme Glenn Greenwald, les gens de Talking Points Memo, Larissa Alexandrovna de At Largely, Marcy Wheeler de EmptyWheel et même mon propre blog, ont déjà réfuté les absurdes affirmations de ces deux « sources gouvernementales anonymes », qui nous ont été présentées par les médias de masse américains depuis plusieurs jours, ainsi que par le FBI dans son propre dossier.

Bien sûr, Ivins pourrait être l’homme – le terroriste – qui, tout seul, a effectué plusieurs attaques terroristes sur le territoire américain après le 11/9 (malgré les innombrables assertions de partisans de Bush affirmant qu’il n’y ait pas eu de telles attaques depuis le 11/9), comme le FBI l’a fait valoir de manière définitive. Mais les preuves présentées dans ce dossier sont bien loin d’en apporter la preuve. C’est le moins que l’on puisse dire.

Mais pour la plupart des gens qui lisent seulement les gros titres des journaux, le dernier attentat terroriste non résolu a été éclairci et il peut être ajouté aux autres grands succès de la « guerre contre le terrorisme » : « l’effort de guerre a porté ses fruits » en Irak, tout va bien en Afghanistan et « nous les combattons là-bas pour ne pas avoir à les combattre ici », parce que c’est ce que nous répètent aussi bien le gouvernement américain que les médias de masse (et je vous mets au défi de m’expliquer la différence entre les deux).

Toute personne qui cherche à voir par-delà les gros titres, pour constater ce que l’Amérique est devenue depuis ces fameuses attaques à l’anthrax, maintenant éclaircies – une nation hors-la-loi d’anarchie organisée, entièrement dépourvue de la vigilance du 4e pouvoir, du gouvernement et des tribunaux sur lesquels nous avions jadis pu compter – est simplement un paranoïaque, un de ces adeptes tarés des théories du complot. Comme Ivins.

Mission accomplie.

Surtout, essayez de ne pas prêter attention à la dépêche de l’Associated Press de jeudi dernier, à peine 24 heures après que nous eûmes été informés que le FBI tenait son homme. L’AP dit : « Le gouvernement est toujours à la recherche de preuves que Bruce Ivins est le seul responsable des attaques à l’anthrax en 2001, bien que l’affaire ait été déclarée close. »

 

Traduction de Arno Mansouri pour ReOpen911


Notes de ReOpen : Cet article hébergé sur le site du journal britannique The Guardian a été publié dans la partie « Comment is free », véritable espace de liberté rédactionnelle dont manquent les sites Internet des grands médias français, qui n’autorisent que de courts commentaires à leurs lecteurs. Encore une fois, il semble que la meilleure analyse provienne d’un journaliste citoyen et non pas de la rédaction de ce quotidien néanmoins admirable.

Mort d’un scientifique américain mis en cause dans l’enquête sur l’anthrax

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre dans la presse américaine d’abord et européenne ensuite : Le responsable présumé des attaques à l’Anthrax d’octobre 2001 se serait suicidé hier. La plupart des articles de presse francophones (comme la dépêche de l’AFP reproduite-ci-dessous) reprennent sans nuances le terme de suicide dans leurs titres, même si le Los Angeles Times, qui a été l’un des premiers à diffuser l’information, avançait avec prudence les termes "suicide apparent".  Bruce Ivins est mort le 29 juillet mais la nouvelle n’a été publiée que le 1er août, Pourquoi un tel délai ? Il semble aussi qu’il ait récemment fait deux séjours en hôpital psychiatrique, mais les raisons en sont encore inconnues.

Rappelons que parmi les destinataires des lettres à l’Anthrax en octobre 2001 figuraient entre autres, un journaliste en vue Tom Brokaw, et aussi les deux sénateurs démocrates Daschle et Leahy, qui à l’époque affichaient ouvertement leur opposition au PATRIOT Act, ces lois liberticides votées en octobre 2001, alors que le monde était encore sous le choc des attentats du 11/9.

De fait, ces attaques à l’Anthrax semblent étroitement liées aux événements du 11/9, et la mort de Bruce Ivins pourrait bien sonner le glas des interrogations pourtant nombreuses qu’elles posent encore, malgré six années d’enquête par le FBI.

Par exemple, pourquoi la Maison Blanche a-t-elle fait prendre à ses employés un antibiotique nommé Cipro le jour même du 11/09, soit une semaine avant les premiers envois de lettres contaminées (voir à ce propos la ReOpenNews sur John O’Neill) ?

Pourquoi le FBI a-t-il fait aveuglement confiance lors de cette enquête, au laboratoire gouvernemental – c’est à dire dépendant du Pentagone – de Fort Detrick, alors que l’empreinte génétique du type de charbon utilisé pour les attaques conduisait directement à leurs travaux !

Autant de questions posées Francis A. Boyle, auteur du livre "Guerre biologique et Terrorisme" et qui restent sans réponses.

La mort de l’expert Bruce Ivins parait si opportune à la veille de sa mise en accusation. Cela permettra-t-il de classer cette affaire et de lui attribuer toute la responsabilité sans qu’il puisse évidemment se défendre ? Aussi opportune qu’un autre décès d’expert, celui de John O’Neill, qui avait trouvé la mort le 11 septembre 2001 dans les Tours Jumelles, et qui aurait pu nous apprendre tant de choses sur ben Laden et al-Qaïda, et probablement contredire la "version officielle" sur ces attentats qu’on nous sert maintenant depuis 7 ans.

 WASHINGTON (AFP) — Un scientifique du gouvernement américain s’est suicidé alors qu’il était sur le point d’être poursuivi dans le dossier des attaques mortelles au courrier empoisonné à l’anthrax qui ont touché les Etats-Unis en 2001, a-t-on appris vendredi auprès de son avocat.

Dans un pays encore sous le choc des attentats du 11-Septembre, ces courriers empoisonnés avaient fait cinq morts et 20 blessés et provoqué une vague de panique. Les lettres contenant de l’anthrax étaient envoyées aussi bien aux médias qu’aux grandes institutions comme le Congrès, contaminant aussi le personnel des centres postaux.

L’enquête s’était assez vite dirigée vers la piste du terrorisme intérieur.

Bruce Ivins, 62 ans, était un "scientifique à la renommée mondiale et couvert de décorations" qui "a travaillé au service de son pays pendant plus de 33 ans", a déclaré son avocat, Paul F. Kemp, dans un bref communiqué.

Selon les médias américains qui ont les premiers rapporté l’affaire, M. Ivins a été déclaré mort mardi, dans ce qui ressemble à un suicide, ont-ils précisé.

Il travaillait depuis 18 ans dans un laboratoire d’élite de recherche sur les armes biologiques, à Fort Detrick, dans le Maryland (est) et avait aidé les enquêteurs du FBI dans le cadre de l’analyse d’une des enveloppes contenant de l’anthrax envoyée à l’automne 2001 au bureau d’un sénateur à Washington.

Selon le Los Angeles Times, il utilisait la bactérie du charbon à des fins d’expériences sur des vaccins.

Son nom n’a pas été publiquement cité comme suspect dans cette affaire mais, selon le Washington Post qui ne cite pas de source, l’accusation réfléchissait à réclamer la peine capitale à son encontre.

Contacté par l’AFP, le FBI n’a pas souhaité "à ce stade" faire de "commentaire officiel".

"Depuis six ans, le Dr Bruce Ivins coopérait à l’enquête et aidait le gouvernement quelles que soient les questions de celui-ci", a assuré son avocat, en regrettant "la pression incessante exercée sur lui par ces accusations et ces insinuations".

Il s’est dit "déçu" que cette "mort prématurée" lui retire "la possibilité de défendre son nom et sa réputation devant un tribunal", a-t-il ajouté, affirmant l’"innocence" de son client.

Selon l’une des personnes avec qui il travaillait, citée par le LA Times, Bruce Ivins souffrait de dépression, une version confirmée par un de ses deux frères, Thomas Ivins, également cité par le quotidien et pour qui ce décès n’a pas été une surprise.

De même source, Bruce Ivins avait été récemment écarté de certaines zones sensibles sur son lieu de travail et allait être contraint à prendre sa retraite au mois de septembre prochain.

Sa mort a été annoncée par courrier électronique à ses collègues, sans mention d’un éventuel suicide.

La panique avait saisi les Etats-Unis entre le 5 octobre 2001, où la maladie du charbon a fait une première victime, et le 21 novembre de la même année, où les attaques se sont mystérieusement arrêtées, après un dernier décès, une femme de 94 ans dans le Connecticut.

"L’enquête, intitulée +Amerithrax+ est une des plus complexes et des plus étendues jamais conduite", a précisé vendredi le Département de la Justice dans un communiqué, évoquant "17 agents spéciaux du FBI et 10 inspecteurs postaux".

Ceux-ci avaient dressé le portrait type de l’assassin: un scientifique chevronné seul ou bénéficiant de complicités, résidant sur le territoire américain et parfaitement au courant des méthodes de maniement du dangereux bacille.


ReOpenNews: Pour en savoir plus, lisez l’ouvrage de F.A.Boyle  "Guerre biologique et Terrorisme" en vente aussi au format PDF sur le site Demi-Lune. A lire aussi la ReOpenNews de janvier 2008 Attaques à l’Anthrax : complot intérieur selon History Channel qui rappelle la chronologie des évènements.

John O’Neill, destin funeste

par RAG de ReOpen911 le 28 juillet 2008

Cet article retrace l’étrange destin de John O’Neill, ancien coordinateur de la lutte antiterroriste aux Etats-Unis et ex-numéro deux du FBI à New-York chargé de la sécurité nationale, il venait d’être nommé responsable de la sécurité du World Trade Center, le jour des attentats du 11 Septembre, et il a trouvé la mort lors de l’effondrement de la Tour Sud.

John O’Neill

Voici son histoire. Après l’attentat contre le destroyer USS Cole du 12 octobre 2000, John O’Neill se rend au Yémen et dénonce l’obstruction causée par les diplomates américains soucieux de ménager leurs relations avec le régime yéménite. Dépité, il quitte le FBI en août 2001 et est nommé directeur de la sécurité du World Trade Center peu de jours avant la date fatidique du 11 Septembre.

Mais avant de revenir sur les circonstances de sa fin tragique, intéressons-nous à un autre personnage, Jérôme Hauer, qui semble étroitement lié au destin funeste de John O’Neill.

Le 11 septembre 2001, Jérôme Hauer occupait le poste de directeur général de Kroll Associates, l’entreprise qui gérait la sécurité du World Trade Center. Il était aussi conseiller à la sécurité aux National Institutes of Health (NIH), une agence du ministère américain de la Santé et des services à la personne.

Ce jour-là, il intervint à la télévision nationale américaine en tant qu’expert dans la lutte contre le terrorisme et pour ses connaissances spécialisées dans la guerre biologique. Il était aussi spécialiste en démolition d’immeubles comme illustré par une précedente ReOpenNews.

Interview de Jerome Hauer le 11/09/2001 à 3:00pm

Au moment de l’épisode des lettres à l’anthrax qui suivit de près les attaques du 11 Septembre, il recommanda à la Maison Blanche la prise de « Cipro », un médicament préconisé contre la maladie du charbon. Ses conseils aux autorités n’ont pas été rendus publics immédiatement : « Bush et l’état major de la Maison Blanche se mirent à absorber du Cipro, un antidote de l’anthrax,  avant même que la crise ne se déclare. Les députés et le personnel du Congrès reçurent du Cipro dès que des lettres à l’anthrax furent trouvées au Capitole. »  explique W. G. Tarpley (dans son livre La Terreur fabriquée made in USA - page 362.). Jérôme Hauer connaissait-il à l’avance les attaques à l’anthrax ?

Des lettres contenant les spores de la maladie du charbon furent envoyées aux sénateurs démocrates, Daschle et Leahy, parlementaires opposés à l’USA PATRIOT Act.

Jérôme Hauer avait rejoint le bureau de gestion des situations d’urgence de la ville de New-York (OEM) en 1998. Il y avait obtenu rapidement un financement du bureau du maire Rudy Giuliani, pour l’étude du virus du Nil occidental.  Coïncidence troublante, l’année suivante, le virus apparut dans la ville et il mena la campagne de fumigation. Jérôme Hauer a-t-il obtenu son poste au NIH pour gérer l’épisode de l’anthrax ?

Le charbon utilisé dans ces attaques à l’anthrax a été identifié comme une souche Ames, ce qui signifie qu’il a dû provenir de l’US Army Medical Research Institute of Infectious Diseases (USAMRIID) à Fort Detrick, au Maryland.

Jérôme Hauer possédait de bonnes informations pour traquer la provenance de l’anthrax. Il avait reçu de la part de Barbara Rosenberg une liste de suspects potentiels, notamment des scientifiques de divers instituts dont l’USAMRIID. Cependant sa seule réponse aux attaques à l’anthrax fut une campagne de relations publiques qui s’orientait sur la mise en accusation d’al-Qaïda ou d’un réseau de sympathisants d’extrême-droite américain.

Jérôme Hauer couvrait-il quelqu’un dont le nom est sur cette liste de scientifiques étudiant l’anthrax ? Quelqu’un comme Stephen Hatfill, par exemple, qui avait travaillé pour l’USAMRIID à Fort Detrick et avait été considéré comme un des principaux suspects dans cette affaire. Stephen Hatfill avait aussi eu l’occasion de côtoyer Jérôme Hauer à la Science Applications International Corporation (SAIC) au Centre Technologique et d’Analyse pour la Lutte contre le Terrorisme (Center for Counterterrorism Technology and Analysis), comme le rapportent l’article de UCLA – The Hunting of Steven Hatfill et le rapport de 911OmissionReport .

En septembre 2001, outre son travail au NIH, Jérôme Hauer était donc directeur général de Kroll Associates, une société bien connue des services de l’armée et du gouvernement des États-Unis. Dans les années 1980, Kroll était surnommé "la CIA de Wall Street" à cause du genre de personne qu’elle embauchait et des types de tâches qui leur étaient assignées. Lire à ce sujet l’article de 911Truth. Kroll était en charge de la sécurité pour l’ensemble des bâtiments du World Trade Center depuis l’attentat de 1993. 

Quel est le rapport avec la mort de John O’Neill ? Le voici : John O’Neill avait démissionné de son poste de directeur-adjoint du FBI au cours de l’été 2001 à la suite des obstructions répétées de l’administration Bush à son enquête, et venait juste de prendre ses nouvelles fonctions de chef de la sécurité du World Trade Center. En fait, il avait commencé son travail à ce nouveau poste la veille des attentats et y avait été attiré par une vieille connaissance qui n’était autre que… Jérôme Hauer

Non seulement, John O’Neill était l’expert sur « ben Laden » mais il continuait à investiguer en dehors des canaux habituels, comme le montre sa rencontre à Paris en août 2001 avec Jean Charles Brisard qui travaillait à la cellule des risques chez Vivendi, et Alain Marsaud homme politique français et ancien juge anti-terroriste. Guillaume Dasquié en parle dans son ouvrage ben Laden, la vérité interdite : « J’avais rencontré John O’Neill à Paris lors d’un dîner dans le Marais. À la table occupée quelque temps plus tôt par Hillary Clinton et Madeleine Albright lors de leur dernier passage en France, nous avions réuni une « table des chefs » avec le directeur adjoint de la DST, responsable de la lutte antiterroriste, et l’ancien chef de la section antiterroriste du Parquet de Paris Alain Marsaud. »

Considéré comme un expert mondial du terrorisme islamique, John O’Neill était en mesure de contredire la version officielle qui affirmait que Oussama ben Laden et son organisation al-Qaïda étaient capables d’infliger les dommages subis par les Etats-Unis.

Les conspirateurs n’avaient pas d’autre choix que d’éliminer John O’Neill. Et quel meilleur moyen que de lui avoir prévu sa tombe sur les lieux du crime ?

John O’Neill a pris possession de son nouveau bureau le matin même du 11 Septembre au 34e étage de la tour sud du WTC. Il mourra lors de son effondrement à 9 h 59, après avoir coordonné l’arrivée des pompiers et des policiers sur place.

Article écrit par RAG pour ReOpen911


ReOpenNews : Vous voulez en savoir plus sur O’Neill ? Nous vous incitons à regarder ce film étonnant, Who Killed John O’Neill, ici : http://www.reopen911.info/video/qui-a-tue-john-o-neill.html

 

Attaques à l’Anthrax : complot intérieur selon History Channel

Selon History channel, sa série d’émission "Conspiracy" a pour but de présenter des conspirations criminelles connues avec les dernières preuves disponibles.

Extrait du documentaire : CONSPIRACY: Anthrax Attacks de History Channel


Il existe une autre excellente excellente vidéo retraçant l’affaire de l’anthrax à l’aide de coupure de presse reprenant la chronologie des différentes versions distribuées par les médias :

  • Attribution aux islamistes à l’aide d’étranges revendications appelant à la mort des USA et d’Israël
  • Attribution à Al Qaïda et Ben Laden
  • Attribution à Al Qaïda suite fourniture par Saddam Hussein
  • Petite variante : un médecin affirme avoir trouvé des traces d’anthrax sur un de ses patients avant le 911 et qui ne serait autre qu’un des 19 terroristes…
  • 1er problème : la souche est identifiée comme provenant de l’armée US
  • 2ème problème : on apprend que des souches ont disparu d’un labo militaire à Fort Detrick.
  • 3ème problème : les souches utilisées dans les courriers sont identifiées comme provenant précisément de ce labo, l’enquête révèle que parmi les personnes non-autorisées à avoir pénétré le labo se trouve le fameux Lt. Col. Philip Zack, un microbiologiste proche des neocons, ex-employé du laboratoire, qui ne sera jamais inquiété.
  • Steven Hatfill, un employé de Fort Detrick est désigné comme coupable potentiel, sans l’ombre d’une preuve, sur une mise en cause directe par Aschcroft. Sa carrière est brisée.
  • Après l’échec de la piste Al Qaïda et la piste Hatfill, suit une petite tentative ridicule de faire porter le chapeau aux NEO-NAZIS !!! Malheureusement, on n’a aucun neo-nazi crédible sous la main et ça tombe très vite à l’eau…
  • Finalement, nombre de scientifiques concluent que seul un scientifique US travaillant sur un programme d’armes biologiques peut être derrière les attaques à l’anthrax. Le FBI commence à traîner des pieds dans son enquête…
  • Dernier dveloppemnt en date : le FBI aurait identifié l’auteur des lettres mais ne pourrait révéler son identité car il s’agirait d’un scientifique ayant travaillé pour le gouvernement (Zack ?…)
  • A partir de là, l’enquête se fige étrangement et n’est plus que rarement traitée par les médias… Le terroriste à l’anthrax est-il intouchable ? Est-ce que le FBI stoppe l’enquête parce qu’il n’en sait pas assez ? Ou parce qu’il en sait TROP ?

Et pour finir, la question à un million de dollars : pourquoi le président Bush et les personnels de la Maison-Blanche ont-il commencé un traitement au CIPRO, antibiotique spécifiquement dédié à la protection contre l’anthrax dès le 11 septembre 2001, soit 2 semaines avant la première attaque à l’anthrax ? La Maison-Blanche SAVAIT-ELLE qu’une attaque aussi spécifique était sur le point d’avoir lieu ? La Maison-Blanche refusa d’expliquer pourquoi elle avait placé son personnel sous CIPRO, antibiotique extrêmement puissant, en l’absence de menace spécifique, et a classé toutes les directives concernant ces mesures sous secret défense… Depuis, l’enquête est au point mort, et la personne filmée entrant illégalement dans le laboratoire de Fort Detrick n’a jamais été inquiétée…

La vidéo:


Enfin voici un rappel de la raison pour laquelle les attaques à l’Anthrax ont lieu : Il suffit de regarder la chronologie des évènements :

  • 16 sept. : un projet de loi anti-terroriste est proposé.
  • 18 sept. : les deux premières lettres piégées sont envoyées à des journalistes.
  • 2 oct. : le projet de loi antiterroriste USA Patriot Act est présenté au Congrès américain.
  • 3 oct. : le leader de la majorité démocrate au Sénat, Thomas A. Daschle, annonce qu’il doute que le Sénat puisse voter sur le projet de loi avant la semaine suivante comme le demandait le gouvernement Bush. Le ministre de la Justice, John A. Ashcroft, accuse le Sénat démocrate de traîner les pieds.
  • 4 oct. : le président du comité judiciaire du Sénat, le démocrate Patrick J. Leahy, accuse le gouvernement de revenir sur un accord concernant la loi anti-terroriste. Certains mettent en garde que « les législateurs sont en train de laisser passer des dispositions anticonstitutionnelles dans leur empressement à suivre le calendrier imposé par le gouvernement ».
  • 5 au 9 oct. : la presse fait état de difficultés dans l’examen du Patriot Act. Le 8 octobre, le Washington Post rapporte que le « Congrès a perdu une partie de l’unité induite par le choc des attaques du 11-septembre ».
  • 9 oct. : deux lettres piégées identiques sont postées, visant les sénateurs Daschle et Leahy.
  • 10 et 11 oct. : la souche originale du bacille du charbon des lettres piégées est détruite au laboratoire militaire de Fort Detrick avec l’autorisation du FBI.
  • 11 oct. : l’examen du Patriot Act commence au Sénat et à la Chambre des représentants.
  • 15 oct. : le bureau du sénateur Daschle ouvre la lettre piégée. Celle du Sénateur Leahy est déroutée par erreur vers la Virginie.
  • 16 oct. : le bâtiment hébergeant les bureaux du Sénat est évacué et fermé.
  • 17 oct. : la Chambre des représentants est évacuée et fermée. 28 employés sont testés positivement au bacille du charbon.
  • 24 oct. : la Chambre des Représentants vote la version finale du Patriot Act.
  • 25 oct. : le sénateur Daschle accepte que le Patriot Act ait une durée de vie de quatre ans renouvelables, au lieu des deux ans non renouvelables qu’il défendait précédemment.
  • 26 oct. : le Sénat vote la version finale du Patriot Act.
  • 26 oct. : le président Bush signe l’USA Patriot Act dont la constitutionnalité est douteuse.
  • 27 oct. : la Cour suprême des États-Unis est évacuée et fermée pour cause d’alerte au bacille du charbon.
  • 28 oct. et au-delà : plus aucune attaque au bacille du charbon.

À la lumière de ce qui précède, il est facile de comprendre que la vague de lettres piégées au bacille du charbon était une opération "sous fausse bannière" servant à favoriser le passage en force de l’USA Patriot Act, une loi constitutionnellement douteuse qui a fortement réduit les libertés individuelles des citoyens américains et conféré au président Bush et aux services secrets des pouvoirs exceptionnels.