Afghanistan – Pakistan: Le trou noir de l’Empire

 Pourquoi Bush est allé en Afghanistan. Pourquoi Obama y va aussi. Les routes du gaz et du pétrole. Les causes de la remontée des Talibans et de l’effondrement de Karzaï. Qui profite de l’opium ? Pourquoi le Pakistan voisin risque d’éclater.

Interview de Mohamed Hassan, spécialiste du Moyen-Orient par Grégoire Lalieu et Michel Collon

 

Est-il possible de gagner la guerre en Afghanistan? Non, répondent les experts. Pourtant, l’Otan poursuit ses efforts pour venir à bout des Talibans et c’est le Pakistan qui s’embrase. Quelles sont les véritables raisons de cette guerre ? Les visées hégémoniques des Etats-Unis plongeront-elles la région dans le chaos ? Dans ce nouveau chapitre de notre série « Comprendre le monde musulman », Mohamed Hassan répond à ces questions. Et il nous explique pourquoi c’est au peuple du Pakistan de sauver son pays d’une possible disparition…

En 2001, les Etats-Unis lançaient l’opération « Enduring Freedom » en Afghanistan car, selon eux, les Talibans refusaient de céder Oussama Ben Laden. Sept ans plus tard, plus personne ne parle de l’ennemi public numéro un. Quelles sont les raisons de cette guerre aujourd’hui?

Tout d’abord, vous devez considérer que les Talibans n’ont rien à voir avec Oussama Ben Laden. En 1996, Ben Laden, renvoyé d’Arabie Saoudite, trouvait refuge au Soudan. Les Saoudiens firent alors pression sur ce pays pour qu’il expulse le célèbre terroriste. C’est à ce moment que Ben Laden est venu en Afghanistan. Mais les attentats du 11 septembre n’avaient aucun rapport avec ce pays. Il y a juste cette réaction des Talibans lorsque Washington réclama Ben Laden : « Si vous voulez que Ben Laden soit jugé, donnez-nous les preuves et laissons-le juger par une cour islamique dans quelque pays musulman que ce soit ». En fait, les néoconservateurs de l’administration Bush ont surtout utilisé cet événement tragique comme un alibi.

Avec quelles intentions?

Trois ouvrages majeurs nous permettent de comprendre les racines de la vision des Etats-Unis. D’abord, La fin de l’Histoire de Francis Fukuyama. Il prétendait que l’Histoire de l’humanité était arrivée à son terme avec l’effondrement de l’Union soviétique et la domination de la démocratie libérale. Ensuite, Le choc des civilisations, de Samuel Huntington. Selon qui l’Histoire ne dépendrait pas de la lutte des classes mais plutôt d’un conflit entre civilisations. Huntington a donc divisé le monde entre ces différentes civilisations, décrétant que la plus agressive serait l’islamique. Le dernier ouvrage, Le grand échiquier de Zbigniew Brzezinski, considère que celui qui dominera l’Eurasie sera l’unique puissance du 21ème siècle. En effet, la majorité de l’humanité vit dans cette zone et l’activité économique y devient plus importante.
A présent, retournons à la fin de l’administration Clinton. L’année 1997 a été marquée par une sérieuse crise économique : avec l’éclatement de la bulle financière en Asie, le NASDAQ s’est effondré. Lorsque les néoconservateurs ont débarqué à la Maison Blanche avec Georges W. Bush en 2001, la situation économique n’était donc pas brillante. Malgré quoi, ils ont exposé leur objectif très clairement : personne ne doit être capable de rivaliser avec les Etats-Unis. Pour y arriver, la nouvelle administration cherchait à contrôler le monde en contrôlant les ressources les plus importantes, essentiellement le gaz et le pétrole.
Sous l’influence de Brzezinski, Clinton voulait d’abord dominer l’Europe en élargissant l’Otan, et ensuite gagner l’Asie Centrale. Mais les néoconservateurs ont dit : « Non, nous n’avons pas le temps pour cela. Vu cette crise, nous devons créer et contrôler le Grand Moyen-Orient pour disposer du pétrole ». On sent ce changement dans le discours de Bush après les attentats du 11 septembre lorsqu’il dit : « Vous êtes avec nous ou contre nous ». Avec sa conception de l’Axe du Mal, il voulait élargir la guerre.
La guerre d’Afghanistan – qui pour la première fois dans l’Histoire a été planifiée par la CIA sans la collaboration du Pentagone – n’était donc qu’un prétexte pour entraîner les troupes US et leur donner l’expérience nécessaire pour ensuite attaquer l’Irak. Vous devez savoir que le renversement de Saddam Hussein était planifié bien avant les attentats du 11 septembre. 

Obama veut incarner le changement. Pourquoi concentre-t-il les efforts militaires en Afghanistan au lieu de l’Irak ?

D’abord, la guerre en Irak a soulevé des difficultés non prévues. Le gouvernement US pensait que c’était la cible la plus facile, car Saddam Hussein ne disposait pas d’une grande armée et une large partie de la population irakienne détestait son régime. Il n’aura fallu que quelques jours, du 20 mars au 10 avril 2003, pour que les Etats-Unis prennent Bagdad. Ensuite, ils ont uniquement protégé l’industrie pétrolière et laissé tout le reste exploser. Paul Bremer, le gouverneur US d’Irak, a détruit les bases de l’ancien régime irakien, démobilisé la police et la structure de l’armée. A ce moment, la résistance a augmenté, et aussi le coût de l’occupation US : huit milliards de dollars chaque mois, (auxquels vous pouviez ajouter un milliard et demi pour l’Afghanistan) ! Durant huit ans, l’administration néoconservatrice a dépensé tout son argent dans cette guerre, sans aucun résultat : ils ne sont parvenus ni à pacifier le pays, ni à créer le gouvernement qu’ils voulaient, ni à obtenir une base populaire, ni à contrôler le pétrole.
Lorsque la résistance irakienne a révélé la faiblesse de l’impérialisme US et son incapacité à remporter le conflit, le peuple des Etats-Unis est devenu plus attentif sur le plan politique. Le manque de soutien de l’opinion publique pour cette guerre a donc aussi poussé Obama à ce changement. D’autant que sur la scène internationale, cette guerre ne faisait pas l’unanimité : la France, l’Allemagne et d’autres pays ont refusé de partir en Irak. Bref, la décision d’Obama est aussi un moyen de maintenir l’alliance de l’Otan. Mais une défaite en Afghanistan pourrait marquer la fin de celle-ci.

Les Talibans n’ont pas toujours été les ennemis des Etats-Unis. L’ancienne secrétaire d’Etat US Madeleine Albright avait salué leur arrivée au pouvoir en 1996 comme un « pas positif ». Il semble même que ce pas ait été encouragé. Ce que l’ancienne ministre pakistanaise Benazir Bhutto résumait ainsi : « L’idée était anglaise, le financement saoudien, la supervision pakistanaise et l’armement américain ».  

A la fin des années 70, les Soviétiques vinrent en Afghanistan pour soutenir le gouvernement révolutionnaire menacé par des combats internes. Brzezinski, conseiller du président Carter, entreprit de faire de l’Afghanistan le Vietnam des Soviétiques pour porter ainsi un coup fatal à l’influence du socialisme dans la région. Pour combattre l’Union Soviétique et le gouvernement révolutionnaire d’Afghanistan, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite soutinrent donc les moudjahidines par l’intermédiaire du Pakistan. Quand l’Armée rouge quitta l’Afghanistan en 1989, les Etats-Unis savaient que les Soviétiques traversaient une sérieuse crise. Ayant atteint leur but, ils se lavèrent les mains et quittèrent la région qui se trouva plongée dans le chaos. En fait, Washington a utilisé les moudjahidines comme un préservatif : quand ils n’étaient plus d’aucune utilité, ils les ont jetés. Qui en a souffert ? Les peuples d’Afghanistan et du Pakistan.
En effet, lorsque les services secrets pakistanais ont soutenu les moudjahidines pour combattre les communistes, ils n’ont pas unifié ce mouvement, mais ont soutenu chaque seigneur de guerre séparément. Une fois les Etats-Unis partis, une sévère compétition a opposé les seigneurs de guerre afghans. Le pays a été totalement détruit par cette guerre civile. Des millions de réfugiés ont fui vers le Pakistan, alors touché lui-même par une grave crise, son économie déclinant avec l’arrivée de nombreux Afghans et barons de la drogue.
Dans ce contexte, apparurent les Talibans, des étudiants issus de la plus jeune génération de ces réfugiés. Leur arrivée au pouvoir offrait une opportunité aux Etats-Unis et au Pakistan. Mais en fait, ces trois acteurs avaient chacun des intérêts très différents.

C’est-à-dire ?

Le Pakistan, lorsque les pays d’Asie centrale sont devenus indépendants, a réalisé que son principal ennemi, l’Inde, était fort, alors que lui-même se trouvait en position délicate. La bourgeoisie pakistanaise décida, pour se développer économiquement et concurrencer l’Inde, d’utiliser l’Afghanistan comme porte d’accès aux marchés d’Asie centrale. Elle favorisa donc l’accès au pouvoir des Talibans en Afghanistan.
L’intérêt des Etats-Unis était de contrôler et dominer les richesses d’Asie centrale. La compagnie pétrolière US Unocal voulait construire un pipeline dans la région. Mais pour cela, il fallait que l’Afghanistan soit pacifié.
Enfin, l’intérêt des Talibans était de pacifier le pays et d’instaurer une révolution islamique. Ce qui rencontrait les intérêts de l’Arabie Saoudite qui souhaitait exporter l’idéologie islamique en Asie centrale, afin d’affaiblir la Russie et de contrôler le gaz dans cette région.
Appuyés donc par des puissances étrangères, les Talibans ont combattu les seigneurs de guerre et pris le pouvoir. Fatigué, le peuple d’Afghanistan voulait la paix. Les Talibans furent bien accueillis.

Finalement, ce plan n’a pas marché : les Etats-Unis n’ont pas réussi à pacifier la région, le Pakistan n’a pu s’ouvrir un accès au marché de l’Asie centrale et les Talibans ont été renversés. Pourquoi ?

L’Afghanistan comporte différents groupes ethniques. Le plus représenté est celui des Pachtounes : presque 50% de la population. Ensuite, il y a les Tadjiks, les Hazaras et les Kazakhs autour desquels la rivalité entre les seigneurs de guerre s’articule. Enfin, il y a d’autres minorités. Les Talibans sont Pachtounes. Un trait caractéristique de ce groupe est qu’ils sont très indépendants ! Les Etats-Unis et le Pakistan voulaient les utiliser comme des mercenaires, mais les Talibans avaient leur propre vision des choses. De plus, les Pachtounes ne reconnaissent pas la frontière séparant Afghanistan et Pakistan.

Pourquoi ?

Retournons au 19ème siècle, quand l’Inde était la précieuse colonie de l’Empire britannique, qu’inquiétait l’expansion des Russes en Asie centrale. Pour protéger leur colonie, les Britanniques souhaitaient utiliser l’Afghanistan. Cela a débouché sur trois guerres anglo-afghanes. Ce qui nous intéresse particulièrement est un résultat de la seconde guerre : en 1893, le gouverneur d’Inde, Sir Durand, traça une ligne dans le territoire pachtoune, afin de protéger sa colonie en créant une zone tampon entre l’Afghanistan et l’Inde britannique. Cette ligne est la frontière actuelle entre l’Afghanistan et le Pakistan. C’est pourquoi beaucoup de Pachtounes ne reconnaissent pas l’existence du Pakistan. Quand ce pays est devenu indépendant, le seul membre à voter contre son entrée aux Nations Unies était l’Afghanistan !
Il était donc clair que les Talibans, lorsqu’ils auraient pris le pouvoir, ne se soumettraient pas à ces intérêts étrangers. En mai 2001, six mois avant l’attaque du World Trade Center, Washington allouait sans aucun résultat une subvention de 43 millions de dollars au régime taliban dans le cadre du projet de pipeline d’Unocal. Mais avec le 11 septembre, tout le programme tomba à l’eau.

Les forces de la coalition ont facilement renversé le régime taliban mais n’ont pas réussi à prendre le contrôle du pays. Pourquoi ?

Tout d’abord, l’actuel gouvernement d’Afghanistan n’est pas reconnu par les Pachtounes. Quand les Talibans ont été renversés, les Etats-Unis ont placé Hamid Karzai comme président. Karzai, qui a travaillé pour Unocal, est un Pachtoune mais il n’a pas de base sociale en Afghanistan. En fait, les Pachtounes, premier groupe ethnique du pays, ne sont pas vraiment représentés dans ce gouvernement. Il y a juste quelques marionnettes de Washington sans aucune légitimité auprès de la population. Au départ, les Etats-Unis essayèrent bien d’acheter des Pachtounes représentatifs pour participer au gouvernement, mais ceux-ci ont pris l’argent et se sont tirés : comme je l’ai dit, les Pachtounes sont très indépendants !

Deuxièmement, les seigneurs de guerre présents au gouvernement travaillent chacun dans leur propre intérêt. Ils ne paient pas de taxes au gouvernement central, mais s’approprient les richesses. Chaque ministère est le ministère indépendant d’un seigneur de guerre. Une situation chaotique qui paralyse le gouvernement.
Troisièmement, les seigneurs de guerre ne font pas confiance aux Pachtounes. Ils pensent que si ces derniers prennent la majorité au gouvernement, ils imposeront leur vision. Bref, c’est un gouvernement où tout le monde est contre tout le monde. Tous les films que l’Occident s’est faits, ça ne marche absolument pas !
Enfin, nous pouvons dire également que les forces de l’Otan n’aident pas Hamid Karzai dans son travail en bombardant des paysans dans leurs fermes, dans les mosquées, à des mariages ou à des funérailles… L’actuel gouvernement est perçu par une grosse partie de la population comme un instrument de l’agresseur. Tous ces meurtres ont créé un soulèvement populaire et unifié la résistance des Talibans.

Conséquence de cette guerre, la production d’opium a augmenté : plus de 3.000% depuis la chute du régime taliban. Le département d’Etat US a accusé les Talibans d’utiliser la drogue pour financer la résistance…
L’opium est un produit chimique provenant du pavot. Quand la fleur de pavot éclot, vous la coupez, collectez le lait qui en coule et le vendez. C’est ce que font les paysans afghans. Ensuite, des personnes assèchent ce lait, le travaillent dans une machine en ajoutant des produits chimiques pour finalement obtenir de l’opium. Pour produire cette drogue, vous avez besoin d’un laboratoire et de connaissances en chimie. Je ne pense pas que les paysans afghans détiennent tous un diplôme de chimiste. Si c’était le cas, l’Afghanistan serait un pays très développé ! Pour tirer de l’argent du trafic d’opium, vous avez également besoin d’une certaine logistique pour pouvoir ramener le produit en Occident. Les Talibans n’ont rien de tout cela. En fait, l’opium provient des seigneurs de guerre, avec l’aide de la CIA. La plupart du temps, cette drogue vient des services secrets US qui l’utilisent comme un fonds rentable, portant la drogue dans les pays occidentaux, la vendant au prix du marché et utilisant ensuite cet argent sale pour financer leurs guerres.
En Afghanistan, la culture du pavot a commencé avec la guerre contre les Soviétiques et aujourd’hui, l’industrie de l’opium est aux mains de seigneurs de guerre. Or, pour un paysan, cultiver le pavot rapporte beaucoup plus que cultiver des tomates. Pour se constituer une base sociale, les seigneurs de guerre ont donc laissé les paysans cultiver ce qu’ils voulaient.

Par contre, lorsque les Talibans avaient pris le pouvoir dans les années 90, ils avaient brûlé les champs de pavots. Se faisant beaucoup d’ennemis au sein de la paysannerie. C’est pourquoi aujourd’hui, les Talibans n’empêchent plus les paysans de cultiver le pavot, mais interdisent la production d’opium. Ils retirent même des bénéfices grâce à la contribution financière des paysans. En fait, le gouvernement central n’a aucune possibilité de percevoir une taxe dans le Sud du pays, car tout est aux mains des Talibans. Or, un gouvernement incapable de percevoir une taxe n’est pas un gouvernement !

Beaucoup de spécialistes considèrent que la guerre en Afghanistan est impossible à gagner. Le général français Georgelin l’a même qualifiée de « merdier ingérable ». Quelles sont les difficultés rencontrées par les forces de la coalition ?  

L’OTAN tue des civils chaque jour. Dès lors, la population s’est rapprochée des Talibans. A présent, ceux-ci contrôlent le Sud du pays, avec un gouvernement de fait dans chaque village. Ils sont mélangés à la population et les forces de l’OTAN enregistrent des pertes. Du coup, dès que quelque chose de suspect bouge, les GI’s ouvrent le feu, tuant des civils par la même occasion. Donc, les Afghans font face, d’un côté, aux seigneurs de guerre impérialistes bombardant des civils et, de l’autre côté, aux seigneurs de guerre régionaux pillant le pays et vendant de la drogue. Voilà pourquoi les Talibans ont le soutien de la population. Non qu’ils aient des idées progressistes, mais elle attend d’eux qu’ils ramènent la paix dans le pays. Exactement comme ils l’ont fait en 1992.

Est-ce pour cela qu’Obama s’est dit prêt à négocier avec les Talibans modérés ?

Il essaie de protéger les Etats-Unis d’une crise qui s’est accumulée depuis les sept dernières décennies. Et c’est très difficile. Obama veut montrer qu’il n’y a pas de guerre contre les musulmans, qu’il rejette le prétendu choc des civilisations. Il s’est donc dit prêt à négocier avec les Talibans modérés. Telle est la nouvelle politique US pour de nombreux endroits du monde où il y a des mouvements musulmans : les diviser entre les bons et les méchants.
Je ne sais si ce genre de négociations pourra mettre fin au conflit. Si Washington essaie cette voie, elle devra probablement programmer une nouvelle propagande montrant les Talibans sous leur bon côté. Mais ils ont des mentalités arriérées : ils ont détruit des temples bouddhistes pour installer la révolution islamique, leurs positions contre les femmes sont primitives et leur vision du monde archaïque. D’un autre côté, pour obtenir le soutien de la population, ils ont quand même appris de leurs erreurs. J’ai évoqué la culture du pavot. Un autre exemple : contrairement à ce qu’ils avaient préconisé par le passé, les Talibans sont aujourd’hui d’accord avec le fait que les filles puissent aller à l’école. Ils ont évolué et sont plus forts pour résister. Mais ça ne veut pas forcément dire qu’ils seront ouverts pour négocier avec les Etats-Unis. Enfin, vous devez aussi tenir compte du fait que, désormais, le plus gros de la crise n’est plus en Afghanistan, mais au Pakistan.

Pourquoi la guerre afghane a-t-elle provoqué une telle crise au Pakistan ?

Comme je l’ai dit, la ligne de Durand tracée dans le territoire historique des Pachtounes est l’actuelle frontière séparant les deux pays. Ce qui veut dire que vous avez des Pachtounes des deux côtés de la frontière. Au Pakistan, ils sont le deuxième groupe ethnique après les Punjabis. C’est très important. Car l’élite pakistanaise, depuis l’indépendance du pays, a toujours soutenu l’impérialisme US. Vous pouvez travailler en tant qu’agent de votre patron quand vous accomplissez pour lui un boulot au loin, en Amérique du Sud ou en Afrique par exemple. Mais dans le cas de la guerre d’Afghanistan, c’est un suicide car les deux pays sont voisins et se partagent des groupes ethniques. 
Il y a des Talibans dans le Nord du Pakistan aussi. Chaque jour, ils attaquent et détruisent les ravitaillements des forces de la coalition supposés passer du Pakistan à l’Afghanistan par un endroit stratégique de la frontière. Pour résoudre ce problème, le gouvernement pakistanais, marionnette de Washington, autorise l’Otan à bombarder les Pachtounes sur son propre territoire. En conséquence, les Talibans pakistanais se sont développés et estiment maintenant que leur ennemi est au Pakistan. Ils ont déclaré vouloir marcher sur Islamabad.
C’est pourquoi la frontière entre les deux pays n’a plus de sens. Et le peuple pakistanais doit faire face à ce problème : où est la légitimité du gouvernement pakistanais s’il laisse l’OTAN bombarder ses propres civils ? Le peuple pakistanais a maintenant deux solutions : devenir nationaliste et refuser le diktat US ou continuer sur cette voie qui mène à la disparition de son pays.

Quelles pourraient être les conséquences de cette crise ?

La clé, c’est la stratégie des Etats-Unis pour bloquer la Chine. Quand le tsunami est survenu, Washington a envoyé une importante aide humanitaire en Indonésie. En profitant pour y construire une base militaire dans la province d’Aceh. Cette base fait face au détroit de Malacca et c’est par ce détroit que passe le pétrole provenant de l’Océan Indien et à destination de la Chine.

Aujourd’hui, les Etats-Unis sont installés à cet endroit stratégique. Au moindre problème avec la Chine, ils seront en mesure de fermer ce détroit et priver Pékin de son pétrole. Tenant compte de cette situation, le géant asiatique – qui a de plus en plus besoin de pétrole pour développer son pays – cherche d’autres voies d’acheminement. Une solution passe par la Birmanie, qui a des ressources et qui pourrait permettre un accès vers le Bangladesh.
Une autre possibilité, c’est le port de Gwandar, construit par la Chine au Baluchistan qui est la plus grande province du Pakistan : environ 48% de la superficie du pays. Mais c’est aussi la province la moins peuplée : 5% de la population totale. Cette province a d’importantes réserves de gaz et de pétrole. Pékin pourrait aussi construire un pipeline partant de l’Iran et passant par le Baluchistan avant de rejoindre la Chine occidentale. Mais les Etats-Unis veulent absolument empêcher cette province de passer dans la sphère d’influence chinoise. D’où leur soutien au mouvement séparatiste du Baluchistan, afin de prendre, eux, le contrôle du port de Gwandar.
Avec, d’un côté, le problème des Pachtounes, et, de l’autre côté, la possible sécession de sa plus grande province, le Pakistan risque une balkanisation : l’éclatement en une série de petits Etats. Aujourd’hui, le peuple pakistanais devient plus attentif. C’est à lui que revient le devoir de stopper ce désastre et de virer les Etats-Unis du Pakistan. Mais c’est aussi la responsabilité de tous les mouvements démocratiques révolutionnaires de la région. En effet, si le Pakistan connaît le même sort que la Yougoslavie, toute la région devra faire face à des très graves problèmes.

Mohamed Hassan recommande les lectures suivantes :

  • Ahmed Rashid, Taliban. Militant Islam, Oil and Fundamentalism in Central Asia, Yale University Press, 2001 (existe en français: Ahmed Rashid, L’ombre des Talibans, Autrement, 2001)
  • Antonio Giustozzi, War, Politics and Society in Afghanistan, 1978-1992, Georgetown University Press, 2000
  • Alfred W. McCoy, The Politics of Heroin in Southeast Asia. CIA complicity in the global drug trade, Harper & Row, 1972 (existe en français: Alfred W. McCoy, La politique de l’héroïne l’implication de la CIA dans le trafic de drogues, Ed. du Lézard, 1998)
  • Michel Collon, Media Lies and the Conquest of Kosovo, Unwritten History, 2007 (existe en français: Michel Collon, Monopoly, L’Otan à la conquête du monde, EPO, 2000)

Article de Michel Collon publié sur son site le 4 juin 2009

Le 11/9 mentionné dans le livre « Pétrole : la fête est finie !»  de Richard Heinberg

Richard Heinberg est cet expert américain qui au sein de l’ASPO (Association for the Study of Peak Oil) étudie le phénomène de la déplétion pétrolière (mais aussi gazière et du charbon), c’est-à-dire l’épuisement des ressources en énergies fossiles dans le monde, et son impact – immense – sur nos économies. En octobre 2008 est parue la version française de son livre Pétrole: la fête est finie !, qui a rapidement obtenu des recensions très favorables en France, à commencer par celle de M. Yves COCHET, député de Paris, ancien ministre de l’Environnement, qui déclare : "Le livre de Richard HEINBERG est le premier ouvrage complet sur le pic pétrolier que j’ai lu. Il est complet au sens où il ne se cantonne pas aux seuls aspects techniques du problème, mais en aborde toutes les dimensions économique, sociale, géopolitique et philosophique", ou encore M. Pierre Lance, rédacteur en chef de L’Ere nouvelle : "L’ouvrage le plus important de ces 40 dernières années".

Récemment, M. Nicolas Hulot évoquait Richard Heinberg comme "l’un des auteurs qui l’inspiraient"…

Dans le chapitre 3 de son ouvrage, R. Heinberg revient longuement sur les événements du 11 Septembre et nous livre son analyse géopolitique où figure en bonne place la question de l’accès aux ressources pétrolières dans le monde. En voici un court extrait…

Richard Heinberg
 

Les atrocités du 11 septembre 2001 ont tellement dominé l’actualité mondiale, la politique, les affaires militaires et l’économie que le débat public a rapidement divisé toute l’histoire récente en deux catégories : l’« avant » et l’ « après » 11 Septembre. Pour la plupart des États-uniens, les événements furent non seulement horrifiants, mais de plus totalement imprévus. Étant donnée l’origine moyen-orientale attribuée aux terroristes, beaucoup soupçonnèrent que le pétrole y était mêlé d’une façon ou d’une autre.

Quinze des 19 pirates de l’air furent décrits comme des ressortissants saoudiens. Les autorités états-uniennes identifièrent le cerveau de l’attaque comme étant Oussama ben Laden, membre de l’une des familles les plus riches d’Arabie saoudite et entretenant des liens financiers de longue date avec celle des Bush : les ben Laden avaient, par un intermédiaire, aidé à financer la première entreprise commerciale de George W. Bush, Arbusto Energy Company, en 1979. Oussama, selon ses propres affirmations rapportées par la presse, considérait la présence de bases militaires états-uniennes sur le sol d’Arabie saoudite comme un affront à l’Islam.

En tant que premier producteur mondial de pétrole, le royaume saoudien était demeuré un allié fidèle des États-Unis depuis des décennies, mais sa population jeune et croissante et ses revenus pétroliers en baisse commençaient à susciter le mécontentement populaire. La famille royale saoudienne tenta de dissuader toute forme d’opposition islamiste en soutenant officiellement la secte ultraconservatrice wahhabite et en permettant que des sommes considérables de pétrodollars servent au financement de groupes islamistes radicaux, que certains qualifieraient de terroristes, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur des frontières du pays. Les récentes administrations états-uniennes avaient accepté de fermer les yeux sur ces versements en contrepartie de la coopération saoudienne pour maintenir le prix du baril à un niveau stable.

Pour leur part, les autorités états-uniennes manipulaient les mouvements islamistes radicaux depuis plusieurs décennies. En Afghanistan durant les années 1980, puis dans les Balkans et en Tchétchénie dans les années 1990, les États-Unis avaient secrètement armé et financé des réseaux terroristes islamistes afin de déstabiliser des nations leur posant problème. Cette tactique connut des succès spectaculaires contre l’URSS, dont le déploiement militaire désastreux visant à maintenir sous contrôle l’Afghanistan voisin s’avéra être l’un des principaux facteurs menant à la disparition de l’Empire soviétique. Si toutefois les radicaux islamistes étaient disposés à accepter des armes et des dollars, ils ne nourrissaient en revanche spontanément aucune sympathie pour les intérêts états-uniens.

De façon assez ingénieuse, à partir du milieu des années 1990 la communauté états-unienne du renseignement utilisa les provocations islamistes à son avantage en agitant la menace du « terrorisme »1 islamiste radical de manière à ce que la population accepte des augmentations de budgets militaires et sécuritaires, et pour obtenir toujours plus de prérogatives pour la surveillance, les détentions extrajudiciaires et autres suspensions des libertés civiles.

Oussama ben Laden fut, durant l’essentiel des années 1980, un personnage clé du mouvement islamiste soutenu par les États-Unis. Quand exactement ceux-ci ont-ils cessé de financer ses activités, cela reste flou. La Libye fut, en 1994, le premier pays à demander son arrestation. Suite à deux attaques terroristes contre les intérêts états-uniens dans les années 1990, auxquelles Bill Clinton, alors Président, réagit en promettant une récompense pour la capture de ben Laden, ce dernier transféra ses quartiers généraux en Afghanistan, où il entraînait ses agents d’al-Qaïda dans des bases secrètes dont beaucoup avaient été aménagées ou construites par la CIA dans les années 1980.* <http://us.mg2.mail.yahoo.com/dc/blank.html?bn=1096.40&.intl=us#_ftn1>

La réponse de l’administration Bush aux attaques du 11 septembre 2001 fut de bombarder l’Afghanistan, de chasser le régime taliban du pouvoir et d’installer à sa place un gouvernement intérim docile.

Quelques commentateurs soulignèrent que l’Afghanistan était situé non loin des réserves stratégiques de pétrole et de gaz de la mer Caspienne, spéculant sur le fait que la guerre puisse constituer une tentative d’imposer la construction d’un gazoduc traversant le pays jusqu’aux ports pakistanais. Deux journalistes d’investigation français, Jean-Charles Brisard et Guillaume Dasquié, allèrent jusqu’à affirmer que l’intervention états-unienne avait été prévue, sinon organisée, plusieurs mois avant le 11 Septembre, comme en attestaient les menaces qui auraient été proférées à l’encontre des représentants talibans lors des négociations sur le gazoduc. Selon Brisard et Dasquié, lors d’une rencontre à Islamabad, en août 2001, entre Christina Rocca, chargée d’affaires pour l’Asie centrale auprès du gouvernement états-unien, et l’ambassadeur taliban au Pakistan, ce dernier se vit préciser : « Ou bien vous acceptez notre offre d’un tapis d’or, ou bien nous vous enterrerons sous un tapis de bombes ».

D’autres, et parmi eux certains appartenant à l’industrie pétrolière, mirent en doute la supposition que l’enjeu de la guerre puisse être principalement le pétrole et le gaz, attirant l’attention sur le fait que l’Afghanistan n’était pas en lui-même une pièce essentielle dans la domination des ressources énergétiques dans la région, et qu’en outre le projet de gazoduc n’engendrerait pas de retombées économiques importantes pour les États-Unis. Ainsi, à la fois les mobiles ostensibles et les mobiles réels des États-Unis auraient été simplement la poursuite de ben Laden et de son organisation.

Si la plupart des gens semblent être convaincus par ces derniers arguments, quelques points importants méritent tout de même d’être soulignés : en dehors du pétrole, les États-Unis n’ont pas beaucoup d’autres intérêts au Moyen-Orient. Ben Laden, pour sa part, ne se serait jamais résolu à détruire des symboles du pouvoir économique et militaire états-unien, si ce n’est en raison de l’engagement des USA au Moyen-Orient (et plus spécifiquement en Arabie saoudite). Dans cette optique, si les violences eurent lieu en Afghanistan, à New York et à Washington, les véritables objectifs stratégiques de toutes parts avaient beaucoup à voir avec l’Arabie saoudite. De surcroît, il s’est avéré que les enquêtes du FBI sur al-Qaïda avant le 11 Septembre avaient été systématiquement entravées par des ordres émanant des plus hauts niveaux du gouvernement états-unien, peut-être dans le but de détourner le regard des enquêteurs de certains membres de la famille royale saoudienne et de celle ben Laden, qui soutenaient financièrement Oussama depuis des années.3

Ainsi, dans tous les cas les ressources énergétiques sont au cœur du conflit. En outre, la guerre d’Afghanistan impliquait la construction de bases états-uniennes permanentes un peu partout en Asie centrale, ce qui, dans l’hypothèse où les dirigeants US ont vraiment agi dans l’objectif de contrôler la future exploitation des ressources en pétrole et gaz de la Caspienne, se révèlerait d’une utilité considérable.

L’administration Bush proclama très vite que la campagne d’Afghanistan n’était que le début de sa « guerre contre le terrorisme », et ses responsables faisaient circuler des listes de potentielles cibles additionnelles comprenant de 3 à près de 50 nations. Les critiques de la doctrine Bush affirmèrent que l’administration avait, dans les faits, déclaré la guerre à une grande partie du reste du monde. La plupart des nations mentionnées dans ces listes possédaient d’importantes ressources pétrolières tandis que beaucoup d’autres, dont l’Iran et l’Irak y figurant en bonne place, n’avaient que peu ou pas du tout de relations avec ben Laden ou al-Qaïda. Avec le « terrorisme » comme ennemi apparent mais insaisissable, l’administration états-unienne paraissait s’engager dans le projet grandiose d’utiliser sa puissance militaire pour s’implanter dans des zones stratégiques du globe, et peut-être pour prendre le contrôle intégral et direct des ressources pétrolières mondiales.

Prochaine étape, la Mésopotamie

Peu après l’invasion de l’Afghanistan, l’administration Bush tourna son regard vers l’Irak, affirmant que ce pays violait les résolutions de l’ONU et qu’il abritait les organisateurs des attentats du 11 Septembre ou collaborait avec eux. En réponse, Saddam Hussein rouvrit ses portes aux inspecteurs de l’ONU qui sillonnèrent le pays pour y trouver des armes prohibées. Les responsables états-uniens poursuivirent l’escalade rhétorique. Selon les propres mots du Vice-président Dick Cheney : « Il ne fait pas de doute que Saddam Hussein possède actuellement des armes de destruction massive ». Une invasion préventive était justifiée et nécessaire puisque, selon Condoleezza Rice : « Nous ne voulons pas que les preuves du crime se transforment en champignon atomique ». Cheney tentait également d’associer le régime irakien aux organisateurs du 11 Septembre en qualifiant Bagdad de havre pour terroristes. Les responsables politiques états-uniens voulaient signifier clairement que, avec ou sans soutien international, ils entendaient envahir l’Irak et renverser son dirigeant.

 
Extrait de l’ouvrage de Richard Heinberg, "Pétrole : la fête est finie" paru aux Editions Demi Lune

 


 
Notes ReOpenNews:
M. Heinberg apparaît également dans le film documentaire Pétrole et écrans de fumée de Ronan Doyle, bientôt disponible en DVD.

Le 11 septembre 2001 : une provocation mondiale

Politologue russe influent, issu des milieux nationalistes, le général Léonid Ivashov était chef d’état-major des armées le 11 septembre 2001. Ce jour-là, il avait placé ses satellites en alerte pour observer les manœuvres militaires aériennes annoncées aux USA, mais c’est un tout autre spectacle auquel il fut confronté. Au vu des analyses de cet événements par ses experts, il a écarté l’hypothèse Al-Qaïda et conclu à une provocation de l’élite financière anglo-saxonne. Sur cette base, il développé la vision stratégique russe du monde post-11-Septembre. Nous reproduisons ici un de ses articles, représentatif de sa pensée et de celle des officiers supérieurs russes. Le lecteur sera surpris de constater que ce qui est considéré comme un délire dans les pays de l’OTAN est une vérité d’évidence en Russie, comme d’ailleurs dans de nombreux autres régions du monde. Au-delà de la question d’établir la vérité, l’honnêteté intellectuelle exige de comprendre et d’accepter la relativité des points de vue. Cet article sera particulièrement précieux pour les militaires français au moment où le ministre de la Défense a engagé une chasse aux sorcières contre les enseignants de l’École de guerre qui ont osé rendre compte de la diversité des interprétations du 11-Septembre.

L’expérience de l’humanité montre que le terrorisme apparaît partout où se produit à un moment donné une aggravation des contradictions, où les relations commencent à se dégrader au sein de la société et où l’ordre social change, où surgit l’instabilité politique, économique et sociale, où se libèrent des potentiels d’agressivité, où les valeurs morales périclitent, où triomphent le cynisme et le nihilisme, et où la criminalité explose.

Les processus liés à la mondialisation créent des conditions favorables à ces phénomènes extrêmement dangereux. Ils entraînent un redécoupage de la carte géopolitique du monde, une redistribution des ressources planétaires, violent la souveraineté et effacent les frontières des États, démantèlent le droit international, anéantissent la diversité culturelle, appauvrissent la vie spirituelle et morale.

Je pense que nous sommes en droit aujourd’hui de parler de crise systémique de la civilisation humaine. Elle se manifeste de manière particulièrement aiguë au niveau de l’interprétation philosophique de la vie. Ses manifestations les plus spectaculaires concernent le sens donné à la vie, l’économie et le domaine de la sécurité internationale.

L’absence de nouvelles idées philosophiques, la crise morale et spirituelle, la déformation de la perception du monde, la diffusion de phénomènes amoraux contraires à la tradition, la course à l’enrichissement illimité et au pouvoir, la cruauté, conduisent l’humanité à la décadence et peut-être à la catastrophe.

L’inquiétude, ainsi que le manque de perspectives de vie et de développement de nombreux peuples et états constituent un important facteur d’instabilité mondiale.
L’essence de la crise économique se manifeste dans la lutte sans merci pour les ressources naturelles, dans les efforts déployés par les grandes puissances du monde, avant tout par les États-Unis d’Amérique, mais aussi par des entreprises multinationales pour soumettre à leurs intérêts les systèmes économiques d’autres États, prendre le contrôle des ressources de la planète et surtout des sources d’approvisionnement en hydrocarbures.

La destruction du modèle multipolaire qui assurait l’équilibre des forces dans le monde a entraîné également la destruction du système de sécurité internationale, des normes et des principes qui régissaient les relations entre États, ainsi que du rôle de l’ONU et de son Conseil de sécurité.
Aujourd’hui les États-Unis d’Amérique et l’OTAN se sont arrogés le droit de décider du destin d’autres États, de commettre des actes d’agression, de soumettre les principes de la Charte des Nations Unies à leur propre législation.

Ce sont précisément les pays occidentaux qui, par leurs actions et agressions contre la République fédérale de Yougoslavie et l’Irak, ainsi qu’en permettant de toute évidence l’agression israélienne contre le Liban et en menaçant la Syrie, l’Iran et d’autres pays, ont libéré une énorme énergie de résistance, de vengeance et d’extrémisme, énergie qui a renforcé le potentiel de la terreur avant de se retourner, comme un boomerang, contre l’Occident.

L’analyse de la substance des processus de mondialisation, ainsi que des doctrines politiques et militaires des États-Unis d’Amérique et d’autres États, permet de se convaincre que le terrorisme favorise la réalisation des objectifs de domination du monde et la soumission des États aux intérêts de l’oligarchie mondiale. Cela signifie qu’il ne constitue pas un sujet en tant que tel de la politique mondiale mais un simple instrument, le moyen d’instaurer un nouvel ordre unipolaire ayant un centre de commandement mondial unique, d’effacer les frontières nationales et d’assurer la domination d’une nouvelle élite mondiale. C’est elle qui constitue le sujet principal du terrorisme international, son idéologue et son « parrain ». C’est elle aussi qui s’efforce de diriger le terrorisme contre d’autres États, y compris contre la Russie.

La principale cible de la nouvelle élite mondiale est la réalité naturelle, traditionnelle, historique et culturelle qui a jeté les bases du système de relations entre les États, de l’organisation de la civilisation humaine en États nationaux, de l’identité nationale.

Le terrorisme international actuel est un phénomène qui consiste, pour des structures gouvernementales ou non gouvernementales, à utiliser la terreur comme moyen d’atteindre des objectifs politiques en terrorisant, déstabilisant les populations sur le plan socio-psychologique, en démotivant les structures du pouvoir d’État et en créant les conditions permettant de manipuler la politique de l’État et le comportement des citoyens.

Le terrorisme est un moyen de faire la guerre de manière différente, non conventionnelle. Simultanément, le terrorisme, allié aux médias, se comporte comme un système de contrôle des processus mondiaux.
C’est précisément la symbiose des médias et de la terreur qui crée les conditions favorables à des bouleversements dans la politique mondiale et dans la réalité existante.
Si l’on examine dans ce contexte les événements du 11 septembre 2001 aux États-Unis d’Amérique, on peut en tirer les conclusions suivantes :

  • l’attentat terroriste contre les tours jumelles du World Trade Center a modifié le cours de l’histoire du monde en détruisant définitivement l’ordre mondial issu des accords de Yalta-Potsdam ;
  • il a délié les mains des États-Unis d’Amérique, de la Grande-Bretagne et d’Israël, leur permettant de mener des actions contre d’autres pays en faisant fi des règles de l’ONU et des accords internationaux
  • il a stimulé l’amplification du terrorisme international.

D’autre part, le terrorisme se présente comme un instrument radical de résistance aux processus de mondialisation, comme un moyen de lutte de libération nationale, de séparatisme, un moyen de résoudre les conflits entre les nations et entre les religions, ainsi que comme in instrument de lutte économique et politique.

En Afghanistan, au Kosovo, en Asie centrale, au Proche Orient et dans le Caucase nous constatons que la terreur sert aussi à protéger des narcotrafiquants en déstabilisant leurs zones de passage.
On peut constater que dans un contexte de crise systémique mondiale la terreur est devenue une sorte de culture de la mort, la culture de notre quotidien. Il a fait irruption dans la prospère Europe, tourmente la Russie, secoue le Proche-Orient et l’Extrême-Orient. Il favorise l’accoutumance de la communauté internationale à des ingérences violentes et illégales dans les affaires intérieures des États et à la destruction du système de sécurité internationale.

La terreur engendre le culte de la force et lui soumet la politique, le comportement des gouvernements et de la population. Le plus effrayant est que le terrorisme a un grand avenir en raison de la nouvelle spirale de guerre qui s’annonce pour la redistribution des ressources mondiales et pour le contrôle des zones clé de la planète.
Dans la stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique, approuvée cette année par le Congrès états-unien, l’objectif avoué de la politique de Washington est « de s’assurer l’accès aux régions clé du monde, aux communications stratégiques et aux ressources mondiales », avec comme moyen pour y parvenir de procéder à des frappes préventives contre n’importe quel pays. Du point de vue du Congrès, les États-Unis d’Amérique peuvent donc adopter une doctrine de frappes nucléaires préventives qui s’apparente à du terrorisme nucléaire.
Cela implique l’utilisation à grande échelle de substances nocives et d’armes de destruction massive. On ne s’embarrassera pas de scrupules pour choisir les moyens de répondre à une attaque. Pour se défendre les parties n’auront que le choix des moyens.

La provocation par un acte terroriste devient un moyen d’atteindre des objectifs politiques d’ampleur globale, régionale et locale. Ainsi, une provocation organisée dans la localité de Rachic (Kosovo, Serbie) a fini par entraîner le changement de régime politique en Serbie et l’effondrement de la République fédérée de Yougoslavie, tout en servant de prétexte à l’agression de l’OTAN et à la séparation du Kosovo de la Serbie. Il s’agit d’une provocation d’ampleur régionale.

Les explosions dans le métro de Londres, les désordres à Paris en 2005-2006 sont des provocations locales qui ont eu des répercussions sur la politique et l’opinion publique en Grande Bretagne et en France.
Pratiquement chaque acte terroriste dissimule des forces politiques puissantes, des entreprises transnationales ou des structures criminelles ayant des objectifs précis. Et presque tous les actes terroristes, à l’exception des activités de libération nationale) sont en réalité des provocations.

Même en Irak, les explosions dans les mosquées sunnites et shiites ne sont rien d’autre que des provocations organisées en vertu du principe « diviser pour régner ». Il en va de même de la prise en otage et de l’assassinat de membres de la mission diplomatique russe à Bagdad.
L’acte terroriste commis à des fins de provocation est aussi ancien que l’humanité elle-même. Ce sont précisément des provocations terroristes qui ont servi de prétextes au déclenchement des deux guerres mondiales. Les événements du 11 septembre 2001 constituent une provocation mondiale. On peut parler d’opération d’ampleur mondiale. De telles opérations permettent en général de résoudre plusieurs problèmes mondiaux à la fois. On peut les définir comme suit :

  1. L’oligarchie financière mondiale et les États-Unis d’Amérique ont obtenu le droit non formel de recourir à la force contre n’importe quel État.
  2. Le rôle du Conseil de sécurité s’est trouvé dévalué. Il fait de plus en plus figure d’organisation criminelle complice de l’agresseur et alliée à la nouvelle dictature fasciste mondiale.
  3. Grâce à la provocation du 11 septembre, les États-Unis d’Amérique ont consolidé leur monopole mondial et ont obtenu l’accès à n’importe quelle région du monde et à ses ressources.

Dans le déroulement d’une opération-provocation il y a toujours trois éléments obligatoires : le commanditaire, l’organisateur et l’exécutant. En ce qui concerne la provocation du 11 septembre et contrairement à l’opinion dominante, « Al-Qaida » ne pouvait être ni le commanditaire, ni l’organisateur, ne disposant pas des moyens financiers suffisants (et ils sont énormes) pour commander une action d’une telle ampleur.

Toutes les opérations menées par cette organisation ne sont que des actions locales et assez primitives. Elle ne dispose pas des ressources humaines, d’un réseau d’agents suffisamment développé sur le territoire des États-Unis d’Amérique, pour réussir à pénétrer les dizaines de structures publiques et privées qui assurent le fonctionnement des transports aériens et veillent à sa sécurité. Al-Qaida ne saurait donc avoir été l’organisateur de cette opération (sinon à quoi peuvent bien servir le FBI et la CIA ?). Ces gens pourraient en revanche fort bien avoir été de simples exécutants de cet acte terroriste.

À mon avis, le commanditaire de cette provocation pourrait avoir été l’oligarchie financière mondiale, dans le but d’installer une fois pour toutes « la dictature fasciste mondiale des banques » (l’expression appartient à l’économiste états-unien bien connu Lyndon LaRouche) et d’assurer le contrôle de ressources mondiales en hydrocarbures limitées. Il se serait agi par la même de s’assurer la domination mondiale pour longtemps.

L’invasion de l’Afghanistan, riche en ressources gazières, de l’Irak et peut-être aussi de l’Iran, qui possèdent des réserves mondiales de pétrole, mais aussi l’instauration d’un contrôle militaire sur les communications pétrolières stratégiques et l’augmentation radicale du prix du pétrole sont des conséquences des événements du 11 septembre 2001.

L’organisateur de l’opération pourrait avoir été un consortium bien organisé et abondamment financé formé de représentants (anciens et actuels) des services secrets, d’organisations maçonniques et d’employés des transports aériens.

La couverture médiatique et juridique a été assurée par des organes de presse, des juristes et des politiciens stipendiés. Les exécutants ont été choisis sur la base de leur appartenance ethnique à la région qui possède les ressources naturelles d’importance mondiale.

L’opération a réussi, les objectifs sont atteints.

L’expression « terrorisme international » en tant que principale menace pour l’humanité a fait irruption dans le quotidien politique et social.
Cette menace a été identifiée en la personne d’un islamiste, ressortissant d’un pays disposant d’énormes ressources en hydrocarbures.
Le système international mis sur pied à l’époque où le monde était bipolaire a été détruit et les notions d’agression, de terrorisme d’État et de droit a la défense ont été altérées.

Le droit des peuples de résister aux agressions et aux activités subversives des services secrets étrangers ainsi que de défendre leurs intérêts nationaux est foulé aux pieds.
Toutes les garanties sont assurées en revanche aux forces qui cherchent à instaurer une dictature mondiale et à dominer le monde.
Mais la guerre mondiale n’est pas encore finie. Elle a été provoquée le 11 septembre 2001 et elle n’est que le prélude à de grands événements à venir.

Général Leonid Ivashov
Traduction par le Réseau Voltaire publiée le 17 mars 2009

Le général Leonid Ivashov est vice-président de l’Académie des problèmes géopolitiques. Il fut chef du département des Affaires générales du ministère de la Défense de l’Union soviétique, secrétaire du Conseil des ministres de la Défense de la Communauté des États indépendants (CEI), chef du Département de coopération militaire du ministère de la Défense de la Fédération de Russie. Il était chef d’état-major des armées russes, le 11 septembre 2001.

Michael T. Klare : Géostratégie de l’énergie (II/II)

L’approvisionnement en pétrole et matières premières en voie de raréfaction est devenu l’enjeu géostratégique majeur déterminant la politique des grandes puissances. Dans ce deuxième volet, Michael Klare analyse la concurrence qui oppose la Chine, la Russie et les USA en Afrique et en Asie Centrale. Dénonçant le choix d’une compétition militaire aussi coûteuse que dangereuse, il appelle à la mise en oeuvre d’une politique de coopération internationale ambitieuse en faveur des énergies nouvelles, seule solution raisonnable à moyen terme.

Par Michael T. Klare, The Nation, 1er mai 2008

Aucune autre superpuissance n’est en mesure d’égaler la projection mondiale des forces armées qui permet aux États-Unis de garantir ou de protéger ses approvisionnements en matières premières vitales. Néanmoins, d’autres puissances montantes commencent à remettre en cause par leurs actions cette prééminence américaine. La Chine et la Russie livrent aujourd’hui des armes aux producteurs de pétrole et de gaz dans les pays en développement et elles renforcent leurs capacités militaires dans les principaux pays producteurs d’énergie.

C’est en Afrique que les efforts déployés par la Chine pour l’accès aux ressources sont le plus évidents. Beijing y a établi des liens avec de nombreux pays producteurs de pétrole : Algérie, Angola, Tchad, Guinée Equatoriale, Nigeria et Soudan. La Chine veut également accéder aux abondantes ressources du continent en minéraux : cuivre de Zambie et du Congo, chrome du Zimbabwe et gisements de minéraux en Afrique du Sud. Dans chaque cas, les Chinois ont courtisé les fournisseurs en pratiquant une diplomatie vigoureuse, en offrant une aide au développement et des prêts à faible taux d’intérêt, en développant des projets culturels remarquables – et, dans bien des cas, des armements. La Chine est désormais un important fournisseur de matériel militaire dans ces pays et est surtout connu pour ses ventes d’armes au Soudan – armes qui auraient été utilisés par les forces gouvernementales pour se livrer à des attaques contre des populations civiles au Darfour. En outre, à l’image des États-Unis, la Chine a complété ses livraisons d’armes par des accords de soutien logistique et de formation, ce qui conduit à une augmentation régulière du nombre des instructeurs, des conseillers et des techniciens chinois, qui sont maintenant en concurrence avec leurs homologues américains pour tenter de gagner la loyauté des officiers des armées africaines.

Un processus très semblable se déroule en Asie centrale, où la Chine et la Russie coopèrent sous les auspices de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) pour fournir des armes et une assistance technique aux forces militaires des « stans » d’Asie centrale – là encore en situation de concurrence avec les USA pour gagner la loyauté des élites militaires locales. Dans les années 1990, la Russie était trop préoccupée par la situation en Tchétchénie pour accorder beaucoup d’attention à cette région, et la Chine avait également d’autres priorités, ce qui a permis à Washington de bénéficier d’un avantage temporaire. Cependant, au cours des cinq dernières années, Moscou et Beijing ont fait des efforts concertés pour gagner en influence dans la région. De ce fait, l’environnement géopolitique y est désormais bien plus concurrentiel, et la Russie et la Chine, liées par l’OCS, gagnent du terrain grâce à leurs efforts pour réduire l’influence des USA.

L’une des preuves visible de cette situation a été fournie lors des manoeuvres militaire que l’OCS a effectuées l’été dernier, les premières du genre auxquelles aient participé tous les États membres de l’organisation. Ces manoeuvres ont réuni 6500 militaires en provenance de Chine, de Russie, du Kazakhstan, du Kirghizistan, du Tadjikistan et de l’Ouzbékistan et se sont déroulées en Russie et en Chine. En dehors de sa signification symbolique, cet évènement est révélateur des efforts déployés par la Chine et la Russie pour renforcer leurs capacités, en mettant l’accent sur les forces d’assaut à long rayon d’action. Pour la première fois, un contingent de troupes aéroportées chinois a été déployé à l’extérieur du territoire national, ce qui constitue une indication nette de la posture de plus en plus affirmée de Beijing.

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Organisation de Coopération de Shanghai – en vert, les pays ayant le statut d’observateurs

Afin de s’assurer que le message implicite de ces manoeuvres ne passe pas inaperçu, les présidents chinois et russes ont mis a profit le sommet de l’OCS se déroulant dans le même temps au Kirghizistan pour mettre en garde les États-Unis (sans les nommer) contre l’ingérence dans les affaires de l’Asie centrale. En appelant à un monde « multipolaire », Vladimir Poutine a déclaré que « toute tentative visant à résoudre les problèmes mondiaux et régionaux de manière unilatérale est sans espoir. » Pour sa part, Hu Jintao a déclaré que « les nations de l’OCS ont une compréhension claire des menaces auxquelles est confrontée la région et, par conséquent, doivent assurer leur sécurité elles-mêmes. »

Ces efforts entrepris par la Russie et la Chine, en relation avec le renforcement de l’aide militaire américaine aux États de la région, font partie d’une lutte plus vaste, bien que souvent dissimulée, visant au contrôle du pétrole et du gaz naturel en provenance du bassin de la mer Caspienne qui transité vers les marchés d’Europe et d’Asie. Et cette lutte, à son tour, n’est qu’une partie d’un combat mondial pour l’énergie.

Le risque majeur, c’est que cette compétition ne délaisse les domaines économiques et diplomatiques pour se poursuive sur le plan militaire. Cette éventualité ne devrait pas résulter d’une décision délibérée de provoquer un conflit avec un concurrent prise par l’un des États impliqué. Les dirigeants des pays concernés savent tous que le prix à payer pour l’emploi de la force est beaucoup trop élevé pour pouvoir espérer tout gain en retour. Le problème en revanche, tient à leur comportement, collectivement, qui rend de plus en plus vraisemblable le déclenchement fortuit d’une escalade militaire. Le déploiement d’un nombre croissant d’instructeurs militaires et de conseillers américains, russes et chinois dans des zones d’instabilité fait courir le risque réel que ces forces étrangères puissent un jour être entraînées dans des conflits locaux et se trouvent dans des camps opposés.

Ce risque est d’autant plus grand que l’importance prise par la production du pétrole, du gaz naturel, de l’uranium et des minéraux est en soi une source d’instabilité, qui agit comme un aimant attirant les livraisons d’armes et les interventions extérieures. Les pays producteurs sont en grande partie des nations pauvres, où celui qui contrôle la ressource s’assure du même coup une source de revenus abondants. Il y a là une incitation à la monopolisation du pouvoir par des élites avides qui utilisent à leur profit l’armée et la police pour réprimer leurs rivaux politiques. Cela se traduit le plus souvent par des régimes où une oligarchie corrompue se maintient au pouvoir grâce à un appareil de sécurité brutal, entourée par des masses déshéritées, en proie au mécontentement, et qui plus est appartenant souvent à un groupe ethnique différent. C’est là la recette idéale pour une provoquer agitation et insurrection. Telle est pourtant la situation qui prévaut aujourd’hui dans la région du delta du Niger, au Nigeria, au Darfour au sud Soudan, dans la région d’où provient l’uranium au Niger, au Zimbabwe, dans la province de Cabinda de l’Angola (où est situé la majeure partie du pétrole) et dans de nombreuses autres régions affligées par ce qu’il est convenu d’appeler la « malédiction des ressources ».

Le danger, bien sûr, réside dans le fait que les grandes puissances soient entraînées dans ces conflits internes, et ce n’est pas là un scénario impensable. Les États-Unis, la Russie et la Chine ont déjà livré des armes et fourni une assistance militaire à des factions impliquées dans bon nombre de ces conflits. Les États-Unis arment les forces gouvernementales au Nigeria et en Angola, la Chine soutient les forces gouvernementales au Soudan et au Zimbabwe, etc. Une situation encore plus dangereuse prévaut en Géorgie, où les États-Unis appuient le gouvernement pro-occidental du Président Mikhail Saakashvili en lui fournissant armes et soutien militaire tandis que la Russie appuie les régions séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. La Géorgie joue un rôle stratégique important pour les deux puissances en présence, car elle abrite l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC), un projet soutenu par les USA, qui amène le pétrole de la Caspienne vers les marchés occidentaux. Des conseillers et des instructeurs américains et russes sont présents dans ces deux régions, parfois suffisamment proches pour s’observer directement. Dans ces circonstances, il n’est pas difficile d’imaginer des scénarios dans lesquels une future confrontation entre la Géorgie et les forces séparatistes pourrait conduire, volens nolens, à un affrontement direct entre soldats américains et russes, déclenchant une crise beaucoup plus grave.

Il est essentiel que l’Amérique abandonne cette conception consistant à aborder sous l’aspect militaire sa dépendance envers les importations d’énergie et qu’elle assouplisse sa politique actuelle de concurrence géopolitique avec la Chine et la Russie pour le contrôle des ressources au-delà de ses frontières. Lutter contre cette dépendance entraînerait un investissement plus important en matière d’énergies alternatives, mais conduirait aussi à une plus grande économie sur l’énergie sur le plan intérieur (en induisant une baisse des prix sur le long terme) et augmenterait les chances d’éviter le réchauffement de la planète.

Toute stratégie visant à réduire la dépendance des importations d’énergie, et en particulier le pétrole, doit inclure une forte augmentation des investissements dans les énergies de substitution, en particulier les sources renouvelables (solaire et éolien), les biocarburants de deuxième génération (qui sont issus de végétaux non comestibles), la gazéification du charbon mettant en oeuvre la capture et le stockage du carbone (pour éviter que le dioxyde de carbone en s’échappant dans l’atmosphère ne concoure au réchauffement la planète), sans oublier les piles à combustible alimentées par l’hydrogène, le train à grande vitesse, les transports en commun et tous autres systèmes de transport avancés. La science et la technologie requises sont déjà largement présentes, mais les investissements nécessaires pour les faire passer du stade du laboratoire ou du projet pilote à une grande échelle de développement ne le sont pas encore. Le défi consiste donc à rassembler les nombreux milliards – voire milliers de milliards – de dollars qui seront nécessaires.

Mais ce sont les dépenses militaires pour le contrôle de la ressource énergétique, à l’origine justifiées par la même préoccupation, qui sont aujourd’hui le principal obstacle à cette tâche herculéenne que nous devons entreprendre. Pour ma part, je chiffre le coût induit par la « Doctrine Carter » à une fourchette comprise entre 100 milliards à 150 milliards de dollars par an, non compte tenu de la guerre en Irak. L’extension de cette doctrine à la région de la mer Caspienne et de l’Afrique vient ajouter des milliards de dollars supplémentaires à cette somme. La nouvelle guerre froide qui se dessine avec la Chine, et la course aux armements sur mer qui l’accompagne, nécessitera des milliards de dépenses militaires supplémentaires au cours des prochaines décennies. Cette entreprise est une pure folie : elle ne garantira pas l’accès à un plus grand nombre de sources d’énergie, ni ne réduira le coût du carburant pour les américains pas plus qu’elle ne découragera la Chine de rechercher de nouvelles sources d’énergies. Cela n’aura pour effet que de gaspiller les sommes dont nous avons besoin pour développer d’autres sources d’énergie et prévenir les pires effets du changement climatique.

Cet exposé conduit à une dernière recommandation : plutôt que de s’engager dans une compétition militaire avec la Chine, nous devrions coopérer avec Beijing dans le développement de sources alternatives d’énergie et de systèmes de transport plus efficaces. Les arguments en faveur de cette collaboration sont imparables : les USA et la Chine réunis devraient consommer 35% de la production pétrolière mondiale d’ici à 2025. La majeure partie de ces importations proviendra d’états en situation instable. Si les réserves mondiales de pétrole ont commencé à diminuer d’ici là comme le prévoient de nombreux analystes, ces deux nations pourraient se retrouver piégées dans un dangereux conflit pour s’approprier des ressources devenues rares, situées dans des zones chroniquement instables de la planète. Les coûts induits par ce chois seraient prodigieux, que ce soit en termes d’augmentation des dépenses militaires ou d’incapacité à investir de façon plus utile dans des programmes sociaux, économiques et environnementaux. Il vaudrait beaucoup mieux renoncer à ce type de concurrence et œuvrer de concert pour le développement de solutions techniques alternatives novatrices remplaçant le pétrole, à la production de véhicules très économes en carburant ou d’autres innovations énergétiques. De nombreuses universités américaines et chinoises, tout comme des entreprises privées, ont déjà initié des projets conjoints de ce type, et il n’est pas difficile d’envisager un modèle de coopération bien plus étendue en la matière.

Au moment où se rapprochent les échéances électorales de 2008, deux voies s’offrent à nous. L’une conduit vers une plus grande dépendance aux importations de carburants, à un renforcement de l’approche militariste quant à notre dépendance vis-à-vis de l’étranger, qui ne pourra que renforcer la compétition à laquelle se livrent les puissances pour le contrôle des approvisionnements mondiaux en énergie fossile. L’autre conduit vers la diminution de la dépendance au pétrole comme source principale d’énergie, le développement rapide des énergies de remplacement, la réduction de la présence de l’armée américaine à l’étranger et la coopération avec la Chine dans le développement de nouvelles options énergétiques. Concernant l’avenir de la nation américaine, rarement un choix politique aura été aussi déterminant.

Première partie : Michael T. Klare : Géostratégie de l’énergie (I/II)


Publication originale The Nation, traduction Contre Info

Michael T. Klare : Géostratégie de l’énergie (I/II)

L’approvisionnement en pétrole et matières premières en voie de raréfaction est devenu l’enjeu géostratégique majeur déterminant la politique des grandes puissances. C’est dans cette optique que le Pentagone reconfigure ses forces et repense sa doctrine stratégique. De l’Asie Centrale à l’Afrique en passant par les Balkans et le Moyen Orient, les USA veulent contrôler les zones de production et les voies d’acheminement des ressources vitales. Dans ce grand jeu, la Navy se voit attribuer un rôle clé, celui de s’assurer de la maîtrise des routes maritimes face au rival chinois. Des dizaines de milliards de dollars lui sont attribués pour financer cette montée en puissance.

Armada US

Par Michael T. Klare, The Nation, 1er mai 2008 – Traduction Contreinfo

Alors que les préoccupations au quotidien de l’armée américaine sont centrées sur l’Irak et l’Afghanistan, les stratèges militaires dirigent de plus en plus leurs regards au-delà de ces deux conflits. Ils envisagent désormais l’émergence d’un théâtre d’opération global où l’élément déterminant sera la lutte pour les ressources vitales bien plus que, comme par le passé, l’idéologie ou les politiques visant à l’équilibre des forces entre les puissances. Estimant que les États-Unis devaient repenser leur doctrine militaire et reconfigurer leurs forces afin de pouvoir l’emporter dans un tel environnement, les responsables militaires américains ont pris des mesures en vue d’améliorer tant la planification stratégique que les capacités de combat de la nation. Bien que peu d’éléments aient été portés à la connaissance du public, un certain nombre d’indications significatives de cette inflexion sont pourtant connus.

Depuis 2006, le ministère de la défense, dans son rapport annuel intitulé « Puissance Militaire de la République Populaire de Chine », met désormais sur le même plan la compétition pour les ressources et l’éventualité d’un conflit au sujet de Taiwan en tant que causes potentielles pouvant déclencher une guerre entre les États-Unis et la Chine. La préparation à un affrontement pour Taiwan reste « un facteur important » de la modernisation militaire entreprise par la Chine, note l’édition 2008 de ce rapport, mais « l’analyse des acquisitions militaires et de la réflexion stratégique chinoise suggèrent que Beijing développe également des capacités utilisables dans d’autres circonstances, telles qu’un conflit sur les matières premières. » Ce rapport suggère que les Chinois envisagent de renforcer leur capacité de « projection de puissance » dans des régions qui leur fournissent les ressources dont l’importance est critique, en particulier les combustibles fossiles, et que ces efforts constituent une grave menace pour l’Amérique en matière de sécurité.

Le Pentagone a également demandé des fonds cette année pour la mise en place du Commandement Afrique (AFRICOM). Il s’agit là de la première structure de commandement déployée outre-mer depuis 1983, à l’époque où le président Reagan avait créé le Commandement Central (CENTCOM) afin de s’assurer du pétrole du Golfe Persique. Ce nouveau QG est censé concentrer ses efforts sur l’aide humanitaire et la « guerre contre le terrorisme ». Mais lors d’une intervention effectuée à la National Defense University en février dernier, Le Vice Amiral Robert Moeller, commandant adjoint de l’Africom, déclarait que « l’Afrique a de plus en plus d’importance géostratégique » pour les Etats-Unis. Le pétrole est un facteur clé dans cette équation et parmi les défis majeurs posés aux intérêts stratégiques des USA dans la région se trouve l’ « influence croissante en Afrique » de la Chine.

La Russie est elle aussi vue à travers le prisme de la concurrence mondiale pour les approvisionnements en matières premières. Bien que la Russie, contrairement aux Etats-Unis et la Chine, n’ait pas besoin d’importer du pétrole et du gaz naturel pour satisfaire ses besoins propres, elle cherche à dominer le secteur du transport de l’énergie, en particulier vers l’Europe. Ce qui provoque l’inquiétude des hauts fonctionnaires de la Maison Blanche, redoutant la restauration par la Russie de son statut de grande puissance, et qui ont peur que son contrôle accru sur la distribution de d’énergie en Eurasie ne réduise l’influence de l’Amérique dans la région. En réponse à la politique énergétique russe, le gouvernement Bush a pris des mesures destinées à la contrer. « J’ai l’intention de nommer … un coordinateur spécial pour l’énergie qui pourrait notamment consacrer du temps à l’Asie centrale et la région de la Caspienne, » a déclaré la Secrétaire d’État Condoleezza Rice devant la Commission des Affaires Etrangères du Sénat en février dernier, précisant qu’ « il s’agit vraiment d’une partie importante de la diplomatie. » L’une des tâches majeures de ce coordinateur, a-t-elle suggéré, devrait être d’encourager la création d’oléoducs et de gazoducs contournant la Russie, ce qui réduirait d’autant son contrôle sur les flux régionaux d’énergie.

Prises ensemble, ces mesures et d’autres du même type suggèrent qu’un changement majeur est intervenu. Au moment où l’offre mondiale de pétrole de gaz naturel, d’uranium et des principaux minéraux industriels comme le cuivre et le cobalt commence à baisser, alors même que la demande pour ces produits explose, les grandes puissances industrielles sont de plus en plus désireuses de prendre le contrôle de ce qui reste de réserves inexploitées sur la planète [1]. Ces efforts donnent généralement lieu à d’intenses compétitions à coup d’appel d’offres sur les matières premières sur les marchés internationaux. Ceci explique les prix record atteints par tous ces produits de base. Mais ils ont également un aspect militaire, qui prend la forme de livraisons d’armes, de déploiement de missions militaires et de l’installation de bases à l’étranger. Ces mesures ont pour objectif de conforter l’avantage des USA ainsi que de contrer les initiatives prises sur ce terrain par la Chine et les autres concurrents en compétition pour les ressources. Désormais, le Pentagone a placé cette concurrence pour l’accès aux matières premières au centre de sa planification stratégique.

Une relecture d’Alfred Thayer Mahan

Ce n’est pas la première fois que les stratèges américains accordent la priorité à la lutte mondiale pour les ressources vitales. À la fin du XIXe siècle, un groupe très affirmé de penseurs militaires dirigé par l’historien naval et président du Naval War College Alfred Thayer Mahan et son protégé, le futur Sous-Secrétaire de la Marine Theodore Roosevelt, faisait campagne en faveur d’une marine américaine forte et pour l’acquisition de colonies, ceci afin de garantir l’accès aux marchés d’outre-mer et aux matières premières. En fin de compte, leur point de vue a contribué à gagner le soutien de l’opinion publique à la guerre hispano-américaine et, après celle-ci, à l’établissement d’une domination de la Caraïbe et du Pacifique par les États-Unis.

Durant la guerre froide, la vision idéologie était prédominante. La politique de « containment » de l’URSS et la défaite du communisme étaient les objectifs primordiaux de la stratégie américaine. Mais même pendant cette période, la prise en compte des considérations sur les ressources n’était pas totalement négligée. La doctrine Eisenhower de 1957 et la doctrine Carter de 1980, bien que rédigées selon les normes de la rhétorique anti-soviétique en vigueur, étaient principalement destinées à assurer l’accès des États-Unis dans un golfe Persique riche en réserves pétrolières. Et lorsque le Président Carter a créé le noyau de CENTCOM en 1980, sa mission première était de protéger les flux pétrolier en provenance du golfe Persique, pas de contenir l’influence de l’Union Soviétique.

Après la guerre froide, le premier Président Bush a tenté – et échoué – de mettre sur pied une coalition mondiale d’États partageant les mêmes convictions – le « nouvel ordre mondial » – qui permettrait de maintenir la stabilité internationale et autoriserait les intérêts et les entreprises occidentales (c’est-à-dire au premier chef américaines) à étendre leur influence sur toute la planète. Cette approche, sous une forme plus édulcorée, a ensuite été reprise par le Président Clinton. Mais le 11 septembre et la campagne incessante menée depuis par le gouvernement Bush contre les « Etats voyous », notamment l’Irak sous Saddam Hussein et l’Iran, a réintroduit une dimension idéologique dans la planification stratégique des États-Unis. Comme le déclare George W. Bush, la « guerre contre le terrorisme » et les Etats voyous sont des équivalents contemporains des combats idéologiques qui ont été livrés par le passé contre le fascisme et le communisme. Mais en examinant ces questions de près il est impossible de dissocier le problème du terrorisme au Moyen-Orient, ou le défi posé par l’Irak et l’Iran, de l’histoire de l’exploitation occidentale du pétrole dans cette région.

L’extrémisme islamique du type de celui propagé par Ousama Ben Laden et Al-Qaida a de nombreuses racines, mais l’un de ses principaux griefs est que l’agression et l’occupation par l’occident des terres de l’islam – et l’humiliation des peuples et de la culture musulmane qui en résulte – provient de sa soif de pétrole Moyen-Oriental. « Rappelez-vous aussi que la principale raison pour laquelle nos ennemis contrôlent nos terres c’est pour voler notre pétrole, » déclarait Ben Laden dans un discours enregistré à l’adresse de ses sympathisants en décembre 2004. « En conséquence, faites tout ce que vous pouvez pour mettre fin au plus grand vol de pétrole de l’histoire. »

De la même façon, le conflit opposant les Etats-Unis avec l’Iraq et l’Iran a été largement déterminé par le principe fondamental de la doctrine Carter énonçant que les États-Unis ne permettraient pas l’émergence d’une puissance ennemie qui puisse exercer un contrôle sur le flux de pétrole en provenance du Golfe Persique et donc – pour reprendre les termes employés par le Vice Président Dick Cheney – « d’être en mesure de dicter l’avenir de la politique énergétique mondiale. » Le fait que ces pays puissent vouloir se doter d’armes de destruction massive ne fait que compliquer la tâche pour neutraliser la menace qu’ils représentent, mais cela ne modifie pas la logique stratégique sous-jacente.

Les préoccupations concernant la sécurité des ressources vitales ont donc été au coeur de la planification stratégique depuis fort longtemps. Mais désormais, la place accordée à cette question indique un changement qualitatif dans la pensée stratégique des États-Unis, qui n’a d’égal au plan historique que le projet impérial qui a conduit à la guerre hispano-américaine il y a de cela un siècle. A la différence que cette fois, l’évolution en cours est motivée non par une foi optimiste en la capacité des USA à dominer l’économie mondiale, mais en grande partie par l’assombrissement des perspectives en ce qui concerne la disponibilité future de ces ressources vitales ainsi que par l’intense concurrence de la Chine et des autres locomotives économiques montantes. Face à ces deux défis, les stratèges du Pentagone pensent que le fait d’assurer la primauté des États-Unis dans cette lutte mondiale pour les ressources doit constituer la priorité de la politique militaire américaine.

Retour vers le futur

Conformément à cette perspective, une insistance nouvelle est mise sur le rôle mondial de la Marine. Reprenant un langage qui semblerait étonnamment familier à Alfred Mahan et au premier président Roosevelt, la Navy, le corps des Marines et les Gardes Côtes ont dévoilé en octobre une « Stratégie de Coopération pour la Puissance Maritime au 21ème siècle » qui met l’accent sur le fait que l’Amérique a besoin de dominer les océans et de défendre l’essentiel des voies maritimes qui relient l’Amérique avec ses marchés situés outre-mer et les régions d’où proviennent ses ressources :

Durant les quatre dernières décennies, le total du commerce maritime a plus que quadruplé : 90% du commerce mondial et les deux tiers du pétrole sont transportées par mer. Les routes maritimes et les infrastructures côtières sont le lien vital de l’économie mondiale moderne …. L’augmentation de la consommation de masse et la concurrence accrue pour les ressources, la raréfaction de celles-ci, pourraient encourager les états à revendiquer une souveraineté accrue sur de plus vastes étendues maritimes, les cours d’eau et les ressources naturelles, créant une source potentielle de conflit.

Pour faire face à ce danger, le ministère de la défense a entrepris une ambitieuse modernisation de la flotte de combat, incluant la conception et l’achat de nouveaux porte-avions, de destroyers, de croiseurs, de sous-marins et d’un nouveau type de navire de « combat littoral ». Cet effort pourrait nécessiter des décennies pour être achevé et coûter des centaines de milliards de dollars. Certains éléments de ce plan ont été dévoilés par le Président Bush et le Secrétaire à la défense Gates dans le projet de budget pour l’exercice 2009, présenté en février. Parmi les grands programmes de construction navale décrits dans le budget on trouve :

  • 4,2 milliards de dollars pour une nouvelle génération de porte-avions à propulsion nucléaire.
  • 3,2 milliards pour un troisième destroyer lance-missile de la classe Zumwalt. Ces navires dotés de capacités de furtivité avancées serviront également de « banc d’essai » pour une nouvelle classe de missiles de croisière, le CG(X).
  • 1,3 milliards pour les deux premiers navires de combat littoral.
  • 3,6 milliards pour un nouveau sous-marin de la classe Virginia, qui est à l’heure actuel le programme le plus sophistiqué au monde dans ce type de navire.

Les projets de programmes de construction navale coûteront 16,9 milliards de dollars au cours de l’exercice 2009, venant s’ajouter aux 24,6 milliards votés pour l’exercice 2007 et l’exercice 2008.

La nouvelle perspective stratégique de la Navy se traduit non seulement par l’achat de nouveaux navires, mais aussi dans le déploiement de ceux qui sont déjà en service. Jusqu’à une date récente la plupart des unités navales étaient concentrées dans l’Atlantique Nord, la Méditerranée et le Nord-Ouest du Pacifique, en appui des forces américaines affectées à l’OTAN et dans le cadre de la défense des pactes signés avec la Corée du Sud et le Japon. Ces liens figurent toujours en bonne place dans les calculs stratégiques, mais l’accent est mis de plus en plus sur la protection indispensable des routes commerciales dans le golfe Persique, le sud-ouest du Pacifique et le golfe de Guinée (proche des principaux producteurs de pétrole en Afrique). Ainsi en 2003, le chef des forces américaines en Europe a déclaré que le groupe aéronaval sous son commandement, passerait moins de mois en Méditerranée et serait « la moitié du temps le long de la côte ouest de l’Afrique. »

Ce sont des préoccupations semblables qui motivent la réorganisation des bases situées outre-mer entreprise au cours de ces dernières années. Lorsque le gouvernement Bush est entré en fonction, la plupart des bases principales se trouvaient en Europe occidentale, au Japon ou en Corée du Sud. Sous la direction de Donald Rumsfeld, alors Secrétaire à la Défense, le Pentagone a commencé à déplacer ses forces des régions situées au marges de l’Eurasie en direction des zones du sud et du centre de celle-ci, tout particulièrement dans la partie Centre-Est de l’Europe, en Asie centrale et en Asie du sud-ouest – ainsi que vers l’Afrique du Nord et l’Afrique Centrale. Ce sont certes les régions où se trouvent Al-Qaida et les « Etats voyous » Moyen-orientaux – mais elles recèlent également 80% ou plus des réserves mondiale de pétrole et de gaz, ainsi que les gisements d’uranium, de cuivre, de cobalt et d’autres matières premières utilisées par l’industrie. Comme nous l’avons déjà indiqué précédemment, il est impossible de séparer ces deux dimensions dans les calculs stratégiques des États-Unis.

Un exemple en est fourni par le projet américain consistant à installer une base de soutien logistique permettant de mener des opérations de combat dans le bassin de la mer Caspienne et en Asie centrale. Les relations des USA avec les États de la région ont été établies plusieurs années avant le 11 septembre et visent à protéger le flux de pétrole en provenance de la mer Caspienne en direction de l’occident. Estimant que le bassin de la mer Caspienne pourrait se révéler une nouvelle source précieuse de pétrole et de gaz naturel, le Président Clinton avait travaillé sans relâche pour ouvrir cette région pétrolière aux intérêts américains. Très conscient de l’existence de conflits ethniques endémiques dans cette région du monde, il a cherché à renforcer les capacités militaires des gouvernements amis et à préparer une éventuelle intervention des forces américaines. Le Président Bush a ensuite poursuivi ces efforts, en augmentant le volume de l’aide militaire américaine et en créant des bases militaires dans les républiques d’Asie centrale.

C’est un ensemble de priorités semblable qui amène le Pentagone à vouloir conserver un réseau de bases « permanentes » en Irak. Nombre de ces installations seront sans doute utilisées pour soutenir la poursuite des opérations contre les forces rebelles, pour des activités de renseignement ou pour la formation de l’armée et des de la police irakiennes. Même si toutes les troupes de combat américaines sont rapatriées conformément aux promesses faites par les sénateurs Clinton et Obama, certaines de ces bases seront probablement maintenues et consacrées à l’entraînement des forces irakiennes qu’ils affirment vouloir poursuivre. De plus, quelques bases au moins sont spécifiquement dédiées à la protection des exportations du pétrole irakien. En 2007, par exemple, la Navy a révélé qu’elle avait mis en place un centre de Commandement et de Contrôle des Opérations, situé au sommet d’une plate-forme pétrolière irakienne offshore dans le golfe Persique pour superviser la protection des terminaux essentiels.

A suivre…


Publication originale The Nation, traduction Contre Info


[1] Sur les pénuries dans les combustibles fossiles, voir : Klare, « Au-delà de l’âge du pétrole », Novembre 12, 2007, et Mark Hertsgaard, "Running on Empty," Mai 12

Soirée « projection & débat » organisée par le cinéma METROPOLE et l’Association ReOpen911.info

Soirée « projection & débat » organisée par
le cinéma METROPOLE et l’Association ReOpen911.info

Le Mardi 29 AVRIL 2008 à 20h00 au cinéma LE METROPOLE
28 rue des Ponts de Commynes, LILLE CENTRE, 03 28 52 40 40

« Pic pétrolier – 11 septembre 2001 – Guerre contre le terrorisme :
Quels sont les liens ? »

L’épuisement des ressources pétrolières est un fait peu abordé par les médias. Les conflits actuels au Moyen Orient ont été lancés au nom de la guerre contre le terrorisme. Mais observés de plus près, ils ressemblent davantage à une guerre pour contrôler le pétrole. A la lumière des mensonges sur les ADM et les liens supposés avec OBL en Irak, on est en droit de s’interroger sur la véritable nature des raisons qui les ont déclenchés…

20H00 Projection VOSTF de :
Oil Smoke and Mirrors (Pétrole et écrans de fumée)


(Irlande, 2006, 50’, 16/9, VOSTF,de Ronan Doyle) (voir dossier de presse)

21H00 Intervention de Arno Mansouri…

Editeur indépendant des Editions Demi-Lune, dont la collection « Résistances » documente les avancées des recherches entreprises aux USA par des chercheurs indépendants sur les circonstances des attaques du 11 Septembre et sur la validité des écrits officiels qui ont été publiés depuis. S’expriment des journalistes réputés comme Webster Tarpley (référent sur l’affaire Aldo Moro), Daniele Gänser, (référent sur le réseau Gladio), ou encore David Ray Griffin, (universitaire référent sur la critique raisonnée du « rapport officiel de la commission du 11/9 »)…

Les analyses de ces auteurs convergent toutes vers une mise en cause de ce que le professeur Gänser (Université de Bâle) appelle la "stratégie de tension" que les services secrets appliquent ponctuellement à des fins politiques. C’est une tactique qui consiste à commettre soi-même des attentats criminels et à les attribuer à quelqu’un d’autre. Ce que Gänser décrit en Italie dans les années 70 avec le réseau Gladio, a aussi été prouvé concernant les attentats de Moscou en 1999 au détriment des tchétchènes. Ce type d’agissement pourrait très bien être à l’origine du 11 Septembre 2001… et masquer ainsi une vraie guerre du pétrole, des enrichissements personnels dans l’armement, l’immobilier, la spéculation boursière, et une tentative désespérée de sauvegarder artificiellement par la force la solvabilité du billet vert… sujet sensible encore rejeté par les médias traditionnels, que seule une enquête approfondie sur ces attentats et leurs dérives pourra tirer au clair.

… en compagnie de Vincent Liégey,

Chargé des relations avec les médias et les personnalités politiques au sein de l’association ReOpen911. Vincent commentera les difficultés que parlementaires et journalistes éprouvent particulièrement en France, lorsqu’il s’agit de faire face sereinement aux faisceaux d’indices, aux omissions, aux mensonges et oublis mis en évidence par les chercheurs américains dans les textes officiels des différentes commissions. De ce fait, ces chercheurs, relayés par un mouvement mondial croissant, demandent une vraie enquête officielle internationale et indépendante sur leurs points de désaccord, seule susceptible de déterminer si une enquête judiciaire doit être ouverte et par qui.

80 nations ont perdu au moins un ressortissant dans les attentats, et sont en droit de demander des preuves publiques non produites à ce jour, des allégations unilatérales de l’administration américaine et des organismes enquêteurs concernant les points désormais solidement contestés par la contre-enquête citoyenne en cours… à condition que ces nations veuillent vraiment s’informer.

21H30 Cette intervention sera suivie
d’un débat avec la salle.


Une Soirée proposée par l’Association ReOpen911.info :

Les journalistes sont cordialement invités à nous rejoindre à cette soirée sur présentation de leur carte de presse. La capacité de cette belle salle est de 134 places. Il est cependant conseillé de venir dès 19H30 pour retirer les billets, les réservations n’étant pas possibles. Prix des billets : tarif habituel de la salle.

Cette soirée est la 3e étape d’une nouvelle tournée que nous proposons après le vif succès rencontré à Genève le 28 février et à Paris le 14 Mars. Elle a également lieu un mois après la soirée historique qui s’est tenue au Parlement européen le mardi 26 février, ou un eurodéputé entouré de personnalités politiques et universitaires a présenté un nouveau film documentaire accablant et appelé à la mise en place d’une commission d’enquête internationale et indépendante sur le 11 Septembre.

Lors de la première tournée, nous avions présenté le film 9/11 Press for Truth qui montrait le combat des familles des victimes du 11 Septembre pour la vérité et mettait en avant les incohérences et les mensonges de la version officielle qu’elles n’acceptent toujours pas. Notre but est ici de contextualiser le 11 Septembre et la guerre contre le terrorisme dans l’émergence du pic pétrolier.

Par ailleurs, « L’affaire Cotillard » a démontré le très grand intérêt des internautes pour ces questions fondamentales, au vu du buzz qu’elle a créé et des réactions très critiques contre la couverture médiatique de ses déclarations (voir les très nombreux commentaires laissés sur le site de Marianne).

Retrouvez également cette soirée à

  • MARSEILLE, cinéma LE PRADO, mardi 1er Avril à 20H30 en présence de Lisa Finnegan, journaliste écrivain américaine auteur de « NO QUESTIONS ASKED » et de Frédéric Henri Couannier, chercheur en physique fondamentale, maître de conférence à l’Université de Méditerranée
  • NANCY, cinéma CAMEO, mardi 8 Avril à 20H15, en présence des membres de ReOpen911
  • METZ, cinéma CAMEO ARIEL, mercredi 9 Avril à 20H15, en présence des membres de ReOpen911

Pour toute information relative à cet événement:

Bertrand Vaudeville (coordinateur) / bvaudeville@gmail.com / 06 18 86 86 21
Vincent Liegey (porte parole) / kyja70@gmail.com / 06 07 36 94 51

5 ans de guerre: bilan et perpectives en Irak

Par Thierry Meyssan pour le réseau Voltaire

Alors que la presse dominante s’interroge pour savoir si la nouvelle stratégie US en Irak fonctionne où s’il faut vite retirer les GI’s, Thierry Meyssan dresse un double bilan de la guerre d’Irak : celui des faits et celui des mensonges. Il observe le choix de la Maison-Blanche de tout sacrifier pour faire adopter la loi sur le pétrole et l’accord de défense irako-US. Et il en tire les conséquences prévisibles : la relance du conflit, la défaite annoncée dans les marécages d’Al-Basra, et la fin de l’empire états-unien.

La presse internationale consacre ses éditions des 19 et 20 mars à dresser le bilan de la guerre en Irak, cinq ans après le début de l’opération anglo-saxonne. Malheureusement, il ne s’agit aucunement d’un bilan politique, uniquement d’un prolongement de la campagne électorale états-unienne visant à répondre à la question du jour : faut-il ou non retirer les GI’s ? Deux arguments cyniques s’opposent. D’un côté les républicains ressassent que « L’escalade (surge), ça marche ! », c’est-à-dire qu’ils finiront bien par écraser cette rébellion et par dominer ce pays. De l’autre, les démocrates brandissent le dernier livre de Joseph Stiglitz, La Guerre de 3 billions de dollars, pour réclamer du beurre plutôt que des canons. Aucun des deux camps n’offre la moindre perspective, ni pour la région que les États-Unis ont dévasté, ni pour leur Empire au bord du vide.

Il est vrai qu’un bilan politique de la guerre en Irak devrait commencer par l’analyse des mobiles et des moyens mis en œuvres pour y parvenir. Or, ni la presse atlantiste, ni les candidats à la Maison-Blanche ne peuvent s’aventurer sur ce terrain car aucun n’a entrepris le début d’une amorce de reconnaissance de ses erreurs d’analyse et de révision de sa doctrine.

Pas de bilan sans révision des causes

On ne peut comprendre la guerre en Irak si l’on ignore —ou feint d’ignorer— d’une part les intérêts économiques en jeu, les plans sionistes d’autre part, et la coalition de ces deux forces. On ne peut comprendre comment l’administration Bush a plongé les États-Unis dans cette guerre si l’on persiste dans le mensonge du 11 septembre et la fable de la « guerre au terrorisme ».

Permettez-moi ici de rappeler comment la presse atlantiste refusa les évidences et persiste dans son erreur. Peu après les attentats de New York et Washington, je publiais un ouvrage de sciences politiques, L’Effroyable imposture, destiné au grand public. Après y avoir démontré l’inanité de la version bushienne des évènements, j’y étudiais en détail les conséquences politiques. J’annonçais ainsi le premier la guerre contre l’Irak que personne n’envisageait à l’époque, mais qui survint néanmoins l’année suivante. Cherchant un argument rapide pour disqualifier mon travail, le quotidien « de référence » (sic) Le Monde assurait dans un éditorial au vitriol que les conséquences de ma version du 11 septembre étaient si grotesques qu’elles suffisaient à démentir mes propos. Edwy Plenel écrivait en riant : « si l’attaque est venue de l’intérieur, et non de l’extérieur, elle est le résultat d’un complot ourdi par les éléments les plus extrémistes de l’armée américaine, qui voulaient obtenir le feu vert du président pour se lancer à l’assaut de l’Afghanistan et bientôt de l’Irak » [1]. Et les dirigeants duMonde, se ruant sur les plateaux de télévision au cri de « Nous sommes tous Américains ! », se gaussèrent en suggérant que j’avais onze ans de retard, l’attaque de l’Irak ayant eu lieu en 1991. Participant à la surenchère, le mensuel Le Monde diplomatique chroniquait mon ouvrage. Serge Halimi centrait son jugement sur une phrase du livre illustrant, selon lui, ma totale incompétence : « La réalité met à mal une autre hypothèse avancée comme élément de preuve. Ainsi on apprend (page 69) qu’ "Henry Kissinger est la figure tutélaire, l’inspirateur des faucons" à l’origine du coup d’État. C’est mal connaître l’histoire américaine » [2]. Problème : le rôle de M. Kissinger dans la préparation de la guerre d’Irak a été attesté depuis par Bob Woodward et le « cher Henry » imposa comme gouverneur d’Irak son protégé et associé, L. Paul Bremer III.

Permettez-moi d’observer que si les pandits se sont trompés, c’est parce que leur base de départ était fausse. Par conséquent, ils ne seront pas capables de comprendre la guerre au terrorisme tant qu’ils n’auront pas fait l’effort de réviser leur vision du 11 septembre.

Je rappelle au bon souvenir de mes contradicteurs que cette divergence de départ nous a conduits à interpréter de manière opposée chaque étape de la guerre d’Irak. Malgré les rapports des inspecteurs de l’ONU sous la direction d’Hans Blix, la presse atlantiste a avalé l’accusation anglo-saxonne selon laquelle Saddam Hussein disposait d’armes de destruction massive et de lanceurs capables de toucher la Grande-Bretagne en 45 minutes et Miami en quelques heures. Puis, elle s’est laissée hypnotiser par le show de Colin Powell au Conseil de sécurité accusant l’Irak laïque de soutenir les extrémistes religieux d’Al-Qaïda. Elle n’a pas douté un instant que les missiles de croisières qui s’abattaient sur Bagdad ne tuaient que les cadres du Baas et épargnaient la population civile. Elle nous a abreuvé d’images de la Libération de Paris où les Français en liesse applaudissaient les GI’s pour nous préparer à « vivre en direct la Libération de Bagdad », et elle a exulté lorsque quelques figurants ont renversé une statue de Saddam Hussein [3]. Elle a caché que l’Autorité Provisoire de la Coalition était une entreprise privée, établie sur le modèle britannique de la Compagnie des Indes et destinée à piller le pays [4] ; au contraire, elle a fait croire à ses lecteurs et téléspectateurs qu’il s’agissait d’un organisme public comparable à ceux qui reconstruisirent l’Allemagne et le Japon au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Arrêtons-là cette énumération nauséeuse et posons la problématique centrale : la presse atlantiste et les candidats à la Maison-Blanche persistent à affirmer que cette guerre était juste. Comme le président Bush n’a pas manqué de le souligner, il n’existe de débat que « sur la question de savoir si cela avait valu la peine de faire la guerre, si cela vaut la peine de poursuivre la lutte et si nous pouvons la remporter » [5]. En réalité, c’est une entreprise anachronique de colonisation visant à satisfaire à la fois les intérêts du lobby de l’énergie, du complexe militaro-industriel et de la colonie sioniste de Palestine.

Au passage, tordons le cou à quelque-uns des poncifs qui noircissent les colonnes des journaux de la semaine. Il est de bon ton de dire que la guerre fut un brillant succès, et que c’est au lendemain de la chute du tyran que les choses se corsèrent. Pouvait-il en être autrement ? L’armée irakienne était placée sous embargo depuis sa défaite de 1991. Autrement dit, elle était désarmée. La Coalition a quand même utilisé des moyens démesurés pour la vaincre, comme on utilise une enclume pour écraser une mouche. Le problème n’était évidemment pas la victoire, mais l’après-Saddam Hussein.
Par ailleurs, la presse atlantiste fait reposer rétrospectivement la responsabilité de l’échec de cette période sur la décision de Paul Bremer de dissoudre l’armée irakienne. Les soldats démobilisés se seraient immédiatement transformés en insurgés. C’est une erreur d’analyse. Lorsque le gouverneur Bremer a dissout l’armée irakienne, celle-ci n’existait déjà plus. Ses hommes avaient préféré déserter que se rendre. Le chaos n’est pas venu de la décision de Bremer, mais du renversement de l’État, lequel était l’objectif de guerre du mouvement sioniste. Encore une fois, si erreur il y a eu, elle n’est pas dans ce que la Coalition a accompli, mais dans l’interprétation que la presse en a fait.

Le bilan de la guerre pour les arabes, ce sont des souffrances et des destructions : 1 million de morts et 4,5 millions de déplacés et réfugiés ; des dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants détenus sans jugement dans des prisons US ou irakiennes ; des régions entières irradiées et polluées jusqu’à en devenir inhabitables ; les vestiges des plus anciennes civilisations urbaines pillés, rasés, voire ensevelis sous l’asphalte. Pour les occidentaux, le bilan c’est le renversement des démocraties par le mensonge et l’obscurantisme, le retour des crimes coloniaux et de la barbarie, la transformation complète de l’économie des États-Unis en économie de guerre.

Mais une fois que nous avons ouverts les yeux sur cette noire réalité, nous devons réfléchir à ses développements futurs et à notre capacité de changer le cours de choses plutôt que de nous battre la coulpe.

Et maintenant ?

Que va-t-il se passer maintenant ? La démission de l’amiral William Fallon a exacerbé le conflit entre les officiers supérieurs états-uniens [6]. D’un côté, le général David Petraeus se félicite des résultats de sa stratégie. L’augmentation du nombre d’hommes sur le terrain a correspondu à la diminution des violences. Il exige donc le maintien d’au moins 140 000 GI’s en Irak. De l’autre, le général Mike Mullen, inquiet du surdéploiement et de l’épuisement de ses troupes, cherche par tous les moyens à les retirer pour éviter une rupture logistique imminente, suivie d’une défaite prévisible.

Petraeus déposera les 8 et 9 avril devant le Congrès, qui tranchera. Les partisans de l’occupation font tout ce qu’ils peuvent pour que le général ne soit accompagné que par ses plus fidèles adjoints ; tandis que les partisans du retrait tentent de glisser un témoin à charge dans la salle d’audition. Car la décision des parlementaires et l’avis de l’opinion publique dépendront de l’appréhension qu’ils auront de la poursuite de cette aventure.

Contrairement à ce qu’affirme David Petraeus, l’amélioration sécuritaire n’a pas grand chose à voir avec les 30 000 GI’s qu’il a reçu en renfort. En effet, il a donné instruction de réduire les patrouilles en ville et de cantonner au maximum les troupes dans les casernes. S’il veut maintenir un corps expéditionnaire aussi nombreux, c’est qu’il a besoin d’hommes, de manière occasionnelle, pour mener de vastes campagnes punitives. C’est surtout que ces hommes doivent rester sur zone pour jouer plus tard la seconde manche : l’attaque de l’Iran, qui n’est certes plus à l’ordre du jour, mais qui ne pourra jamais être envisagée si les personnels sont rapatriés.

En réalité, les résultats du général Petraeus sont le fruit d’une stratégie élaborée par son conseiller australien, David Kilcullen. L’idée de base est de « désagréger » la Résistance, de la faire passer d’un mouvement national à une multitude de groupuscules désarticulés. Les Kurdes se sont tenus calmes tant qu’ils ont cru aux promesses que Washington leur énonce depuis seize ans : s’ils coopèrent, ils auront un jour un État indépendant avec un sous-sol gavé de pétrole. Les chiites se sont calmés lorsque les Britanniques ont notabilisé leurs leaders en les associant à la gestion régionale, puis nationale, et que l’Iran a appelés les plus irréductibles à la retenue. Quand aux sunnites, ils ont cessé leurs attaques lorsque les jeunes les plus révoltés ont été identifiés, traités comme des délinquants et non comme des idéalistes, et que 80 000 d’entre eux ont été salariés à 10 dollars par jour.

Le général David Petraeus n’a aucune intention d’expliquer cela en détail au Congrés car il sait qu’il ne pourra pas continuer longtemps sur cette voie. Sa stratégie contre-insurrectionnelle a trouvé sa limite : elle devient incompatible avec les objectifs de ses patrons, le tandem Bush-Cheney, soutenu par les multinationales du pétrole et de l’équipement. Et son « plan B » n’est pas réjouissant.

L’objectif actuel principal de la Maison-Blanche, c’est en premier lieu l’adoption par le Parlement irakien et la ratification par son gouvernement d’une loi donnant licence aux compagnies pétrolières US d’exploiter les ressources du pays à des conditions léonines [7] ; puis la signature et la ratification d’un accord de sécurité irako-US autorisant des bases militaires états-uniennes extra-territorialisées pour les siècles à venir.

Pour les mettre en œuvre, le vice-président Cheney s’est rendu cette semaine en Irak et dans la région. Il a obtenu la promulgation d’une nouvelle loi électorale, bloquée depuis février. Sur cette base, des élections législatives auront lieu le 1er octobre pour composer un nouveau Parlement, plus docile. Pendant un mois et demi, on jouera la lune de miel entre Bagdad et Washington, le temps de laisser passer l’élection présidentielle US. Puis, dés que la loi sur le pétrole et l’accord de sécurité seront actés, le pays s’embrasera à nouveau contre l’occupant. Le seul moyen de s’assurer de la victoire future, c’est de réduire aujourd’hui la résistance potentielle, tel est le « plan B ». La Maison-Blanche a choisi de s’appuyer à terme sur les sunnites, avec l’aide de l’Arabie saoudite, contre les autres populations irakiennes. La nouvelle loi électorale a été conçue pour renforcer la représentation sunnite au Parlement. Par ailleurs, un message clair a été envoyé aux Kurdes via l’armée turque. Reste à éradiquer les milices chiites avant qu’elles ne se soulèvent. C’est ce que le général irakien Mohan al-Furayji devra essayer de faire dans les six prochains mois.

L’amiral Fallon, qui vient de démissionner du Central Command, considérait ce « plan B » comme voué à l’échec. Dernier grand officier à avoir vécu la guerre du Vietnam, il avait mit en garde à propos des combats à livrer au sud de l’Irak, non plus dans des déserts, mais dans des marécages d’Al-Basra. Deuxièmement, il anticipait qu’une guerre contre les chiites irakiens déstabiliserait immédiatement le Koweït voisin, puis à terme le Bahrein et l’Arabie saoudite. Troisièmement, il considérait que neutraliser des combattants sunnites à 10 dollars par jour, c’est être certain qu’ils se retourneront contre les États-Unis avec les armes qu’on leur a données dès qu’ils le pourront.
Au demeurant, Petraeus et Kilcullen ont toujours affirmé qu’ils préviendraient ce problème en régularisant à terme leurs combattants-salariés, c’est-à-dire en les intégrant dans les forces de sécurité irakiennes. Mais on ne voit pas comment ces dernières pourraient absorber instantanément 80 000 hommes sans être infiltrées par la Résistance. D’ores et déjà 49 unités auraient fait défection avec leurs armes et 38 menaceraient de le faire si leurs hommes ne sont titularisés sans délais [8] .

Comme je l’ai indiqué dans ces colonnes la semaine dernière, William Fallon avait conduit des négociations fructueuses avec l’Iran pour pacifier la région. L’accord a été confirmé lors d’une réunion secrète réunissant le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et le chef d’état-major interarmes des États-Unis, Mike Mullen, le 2 mars à Bagdad. Il a été désavoué par la Maison-Blanche et les engagements pris au nom des États-Unis n’ont pas été tenus. Cela non plus ne pourra pas être expliqué par David Petraeus au Congrès. La rupture unilatérale de cet accord secret a conduit Téhéran à prendre des mesures de rétorsion, au premier rang desquelles l’encouragement de radicaux irakiens chiites à la rébellion. En outre, la Chine et surtout la Russie ayant été associées à ces négociations, et ne pouvant accepter un dispositif menaçant à terme l’intégrité de l’Iran, ont également pris des mesures de rétorsion. La discrète visite du général Leonid Ivashov à Damas, suivie du voyage officiel du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a ouvert la voie à un transfert massif d’armes à la Résistance irakienne, libanaise et palestinienne.

S’il y a une leçon à tirer des cinq première années de la guerre d’Irak, c’est que certains protagonistes ne tirent jamais de leçon de leurs erreurs. Les leaders kurdes ont, comme toujours depuis un siècle, conduit leur peuple dans une impasse [9]. Le Pentagone reproduit avec ses salariés sunnites ce qu’il a fait en Afghanistan et devra affronter les mêmes conséquences : il forme et arme des voyous jusqu’à en faire d’incontrôlables seigneurs de la guerre. Quand à la Maison-Blanche, elle s’entête à faire passer les intérêts de quelques firmes (ici Bechtel, BP, Chevron, ExxonMobil, Halliburton, Shell etc.) devant ceux des États-Unis, et croit déraisonnablement que la corruption et la violence permettent de dominer toutes les situations.

Le général Leonid Sajin, qui ayant vécu la mort de l’URSS n’a pas de mal à concevoir celle des États-Unis, déclarait mardi à Moscou : « La guerre d’Irak, qui dure depuis 5 ans, a pratiquement épuisé l’armée états-unienne qui était considérée jusque-là comme la plus puissante du monde. Seul le désespoir peut à présent pousser les États-Unis à déclencher une guerre contre l’Iran. Une telle guerre sonnera la fin de cette armée : frappés par la récession économique et compte tenu du mauvais moral de leurs militaires, les États-Unis ne tiendront pas le coup ». Nous pouvons ajouter, les États-Unis ne survivront pas non plus à une guerre dans les marécages irakiens contre l’Iran par milices chiites interposées.

Thierry Meyssan

Analyste politique, fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage paru :
L’Effroyable imposture 2 (le remodelage du Proche-Orient et la guerre israélienne contre le Liban).


[1] « Le Net et la rumeur », Le Monde, 21 mars 2002

[2] « Complotite », par Serge Halimi, Le Monde diplomatique, mai 2002.

[3] « La fin de quelle guerre ? », par Jack Naffair, Réseau Voltaire, 15 avril 2003.

[4] « Qui gouverne l’Irak ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 mai 2004.

[5] « Discours du président Bush sur la guerre globale au terrorisme », délivré au Pentagone, le 19 mars 2008.

[6] « La démission de l’amiral Fallon relance les hostilités en Irak », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 mars 2008.

[7] « L’Irak occupée cédera-t-elle son pétrole aux "majors" ? », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 20 juin 2007.

[8] « Awakening councils : Sunni militia strike could derail US strategy against al-Qaida », par Maggie O’Kane et Ian Black, The Guardian, 21 mars 2008.

[9] « Le Pentagone prêt à intervenir avec l’armée turque », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 8 août 2007.

James Petras : « l’affaire Exxon Mobil est une stratégie pour abattre Chavez» 

Une anti-capitaliste au VenezuelaEnviron 12,000 millions de dollars de PDVSA sont gelés sur la demande de EXXON. L’impérialisme a lancé une attaque contre les biens de tous les vénézueliens, en prétendant empêcher ce peuple de récupérer ses ressources basiques. C’est ainsi qu’il faut interpréter le fait que la société pétrolière Exxon Mobil Corp a obtenu des décisions judicaires gelant plus de 12.000 millions de dollars sur les biens de Pdvsa, dans le même temps où elle se prépare à contester la nationalisation d’un projet multimillionnaire. Voici un certain nombre d’interventions sur ce sujet à Telesur la chaîne d’etat de la télévision vénézuélienne, dont celle de James Petras et de divers experts commentant cet événement inquiétant. Par ailleurs nous tentons d’analyser cette étape de l’offensive des transnationales et des Etats-Unis dans le cadre de nos études sur l’actuelle crise systémique. D. Bleitrach

PETRAS James

Les travailleurs du pétrole placent le drapeau vénézuélien dans un complexe pétrochimique de ce pays. Le dernier premier mai est entré en vigueur la nationalisation des réserves de la Ceinture de l’Orénoque.

TeleSUR _ 08/02/08 – Exxon mobil est la pointe de l’iceberg (…) plus encore d’intérêts et d’autres pétroliers vont emboîter le pas » a expliqué James Petras, , en ajoutant que « ceci n’est pas un simple acte économique. Il participe de la stratégie des Etats-Unis pour affaiblir le gouvernement élu »

Le sociologue étasunien James Petras a qualifié le prétendu bloquage des actifs de la société nationale pétrolière du Venezuela (PDVSA) annoncé par la transnationale pétrolière Exxon Mobil comme « une tentative pour abattre le gouvernement » du président venezuélien Hugo Chavez et « transférer les politiques pétrolières nationales sous le contrôle des majors ».

Dans un interview exclusif pour TeleSUR, Petras a déclaré que l’action en justice initiée par Exxon Mobil sera suivie d’autres semblables qui seront introduites par les autres transnationales qui sont en train d’exploiter le pétrole vénézuélien, puisque le tout fait partie d’une plan qui cherche « à renégocier tout le projet de nationalisation du pétrole » le tout avec l’appui des Etats-Unis.

Depuis 2001, le Venezuela a conduit une politique de récupération du contrôle de sa principale ressource naturelle, le pétrole.

Non seulement a été dénoncé l’existence de 32 conventions appelées « opérationnelles » et qui faisaient que les transnationales payaient des passe-droit d’à peine un pour cent, le gouvernement vénézuélien a annoncé la création d’entreprises mixtes dans lesquelles l’Etat devenait un actionnaire majoritaire, en laissant une importante particiaption (jusqu’à 40%) aux entreprises étrangères.

Selon les chiffres officiles ceci a permis la récupération de milliers de millions de dollar pour le trésor. Par exemple, entre 1993 et 2002, le venezuela a perdu environ 6 milliards 760 millions de dollars de bénéfice.

Avec le procés de négociations, qui s’est déroulé sur deux ans, le gouvernement a abouti en mars 2007 à de nouveaux accords avec les entreprises transnationales qui opèrent dans la Ceinture pétrolière de l’Orénoque, parmi lesquelle l’étasunienne Chevron, BP du Royaume Uni, Total de France et la Norvégienne Statoil. Mais Exxon Mobil, et Conoco-Philips réfusèrent de négocier et entamèrent une action judiciaire contre le pays.

Sous le motif que PDVSA assumerait les activités qui incombent à ses associés, protégés dans la législation nationale qui prévoit que les transferts d’intérêt, actions, participations et droits par la loi ne génèrent pas des obligations fiscales au pays.

Selon ce qui a été expliqué par le gouvernement vénézuéliens en diverses occasion, gisent dans la Ceinture de l’Orenoque les plus grands dépôts d’hydrocarbure du monde, estimés par le gouvernement de l’ordre d’environ 236 mil millions de barriles.

De telles résèrves sont considérées comme stratégiques non seulement pour le Venezuela mais aussi pour un pays « pétrole dépendant » comme les Etats-Unis.

« Exxon Mobile est la pointe de l’iceberg. Ecore plus d’autres pétroliers et d’autres intérêts vont lui emboiter le pas ».a explique James petras, en ajoutant que « ceci n’est pas simplement un acte économique. C’est une partie de la stratégie des Etats-Unis pour affaiblir le gouvernement, c’est une politique d’aggression pour renverser le gouvernement élu ». .

L’étude nordaméricaine a ajouté divers scenarios prévu sur l’agenda deWashington,comme « créer des mécontentements sur la politique sociale de Chavez », créer des exigences économiques dans l’intérieur du pays – comme on l’a vu avec la pénurie des aliments de base- et depuis l’extérieur « étrangler » l’économie.

Petras a averti que la société ptrolière d’Etat venézuélienne doit repenser la distribution de ses biens à l’extérieur parce que s’il n’est pas pris une décision intelligente « elle va souffrir d’autres coups de force. PDVSA ne peut pas avoir confiance dans l’extérieur pour maintenir ses investissements » a-t-il précisé.

« Viol sans limite »

D’autre part , selon ce qu’a affirmé ce vendredi l’expert David Paravisini à la châine d’etat Venézuélienne de Télvision, la décision judiciaire de bloquer les actifs extérieurs de Pdvsa sur demande du consortium étasunien Exxon Mobil, sans envisager la temporalité, constitue un « Viol sans limite ».

Egalement l’ex-président de la Commission de l’Energie et des Mines du Parlement venézuélien a indiqué que cette action représente une action totalement abusive.

« ceci est une espèce de signe de vie d’un colosse frustré qui se croit assuré que ce pétrole devrait être à lui » a-t-il ajouté, en rappelant que la requête correpond à une mesure préventive organisée par Exxon Mobil pour prévenir l’abitrage qui l’oppose à PDVSA.

Le groupe étasunien est arrivé à la fin de 2007 devant le Centre Internationale de Reglement des Contentieux Relatifs aux investissements (CIADI en espagnol) en protestant contre son retrait forcé de l’association stratégique du Cerro Negro, qui opère dans la Ceinture Pétrolifère de l’Orénoque.

En franchissant ce pas, a indiqué Paravisini, le plus grand groupe pétrolier du monde a défendu l’argument qu’il sauvait ses garanties dans l’attente de l’exécution d’une éventuel arrêt du CIADI. L’expert a souligné que les documents initiaux qui exposent l’origine de l’association avaient établis que celle-ci serait régi par les lois du Venezuela.

Paravisini a estimé qu’un moyen de ce type, lequel abouti à un gel des actifs estimé à environ 12 milliards 300 millions de dollars « n’aura pas d’effets immédiats sur PDVSA »à moins que cela puisse affecter la confiance en matière de prêts.

PDVSA affronte un géant

Les bénéfices de Exxon Mobil sont supérieurs au PIB de pays comme Israël, le venzuela, la Malaisie ou la République tchèque. Cependant cette compagnie développe des campagnes de désinformation à hauteur de centaines de millions de dollars, dans laquelle elle prétend se présenter comme une entreprise avec un souci écologique.

Aujourd’hui, Exxon Mobil est la compagnie pétrolière à l’origine de la plus grande émission de gaz de la planète. Les mouvement mondial pour les forêts tropical, estime que anuellement elle émet plus de 209 millions de tonnes de dioxide de carbone. Ses opérations et brûlage de produits depuis sa fondation dans le siècle passé a causé entre 4,7 et 5,3 pour cent du total des émissions de dioxide de carbone émis dans le monde ?

De surcroit, Exxon Mobil a financé pour 16 millions de dollars 43 organisations et lobbies ayant comme objectif de nier la rélité du changement climatique pour empêcher les actions pour lutter contre celui-ci.

Pour : TeleSUR Date de publication :08/02/08

 


EN COMPLEMENT :

par Paul Loubière (Challenges) Challenges.fr | 08.02.2008

voici comment l’hebdomadaire financier français juge de l’affaire Exxon

D’un côté, Exxon-Mobil, avec un chiffre d’affaires de 404 milliards de dollars (en gros, l’équivalent du PIB de la Suisse) et 40 milliards de dollars de bénéfice en 2007. De l’autre, l’Etat vénézuélien. Au centre de la querelle, l’expropriation d’Exxon Mobil des pétroles de l’Orénoque. Exxon Mobil a réagi en entamant des procédures visant à geler 12 milliards de dollars d’avoir vénézueliens dans le monde entier afin de compenser les pertes qu’il estime avoir subies.

Bien sûr, la procédure n’a pas pu être lancée sans l’aval au moins implicite de la Maison Blanche. On assiste donc à l’ouverture de la chasse au Chavez, ce président inclassable, à la fois populiste, de gauche et surtout farouchement anti-américain, voire anti-occidental. Impossible de le détrôner en fomentant un coup d’Etat. On va donc le coincer là ou ça fait mal via les avoirs de la PDVSA, la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne. La chasse au Chavez se fait par l’intermédiaire d’Exxon qui roule à la fois pour lui et pour le gouvernement américain.

C’est la première fois qu’une entreprise privée s’attaque aussi directement à un Etat avec une telle ampleur. Les précédents (contre la Russie notamment) n’étaient que des broutilles en comparaison. Quel que soit le résultat de la bataille, le simple fait qu’elle ait lieu, montre un renversement des pouvoirs : un Etat n’a plus seulement à craindre une révolution, une élection, une offensive diplomatique ou militaire, les coups peuvent venir de la justice internationale.

L’attitude d’Exxon Mobil est tout à fait conforme à la judiciarisation de la société américaine où le moindre grief donne lieu à des procès. Côté vénézuélien, la nationalisation des richesses nationales n’a rien de surprenant : l’Arabie Saoudite, l’Algérie, la Russie et la plupart des pays pétroliers ont fait la même chose, du moins ceux qui tirent l’essentiel de leurs revenus de la manne pétrolière.

La bataille dépasse le cadre d’Exxon-Mobil contre le Venezuela. Il s’agit bien d’une lutte idéologique entre deux visions du monde : le sous-sol appartient-il à l’Etat ou appartient-il aux investisseurs ? Pour la première fois, les Etats-Unis demandent à la justice internationale de trancher entre deux visions du monde. Est-ce vraiment son rôle ?

Par Paul Loubière, grand reporter à Challenges, vendredi 8 février

Traduit par Danielle Bleitrach

Après la menace saoudienne, les États-Unis plantent Internet au Moyen-Orient et la Russie répond avec l’armée de l’air

Par Sorcha Faal, le 3 février 2008 (traduit par Alterinfo)

Dollar

​​​​Les rapports circulant au Kremlin aujourd’hui dépeignent le sombre tableau des meneurs de guerre étasuniens devenus désespérés, qui, pendant que leur économie poursuit sa chute libre vers la faillite totale, ont planté l’accès mondial à Internet des centres bancaires du Moyen-Orient, d’Égypte, d’Arabie Saoudite, d’Abou Dhabi, d’Iran, des Républiques Arabes Unies, de Turquie et du Koweït.

​​​​Ces rapports indiquent que les Étasuniens sont devenus furieux la semaine dernière, quand l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole a rejeté [1] leur demande d’augmenter immédiatement de la production pétrolière.

​​​​En outre, la semaine dernière, les Étasuniens ont été rendus furieux par le refus de la Turquie [2] de rompre ses liens avec la Banque Mellat d’Iran, qui permet à ce pays de continuer à accéder aux ressources bancaires mondiales.

​​​​Mais, ces rapports signalent que les plus grandes peurs étasuniennes ont été suscitées la semaine dernière, quand l’Arabie Saoudite leur a conseillé de faire marche arrière quant à leurs menaces contre l’Iran, ou alors d’être confrontés à la séparation du dollar des énormes transactions commerciales mondiales de pétrole saoudien.

​​​​Bien que le Président étasunien soit personnellement allé au royaume saoudien pour presser ses alliés du Moyen-Orient de se mettre d’accord afin d’attaquer l’Iran, à cause de la séparation du dollar de son commerce pétrolier, Bush a été promptement repoussé [3].

​​​​Il doit être noté que les nations qui ont osé découpler leur commerce pétrolier du dollar, l’Iraq, l’Iran, la Russie et le Venezuela, ont fait l’objet d’attaques cinglantes de la part des Étasuniens et de leurs alliés occidentaux. Les Irakiens ont signalé avoir subi les pires pertes, plus d’un million de morts depuis l’invasion étasunienne en 2003.

​​​​Mais, comme ces rapports le signalent, le pire cauchemar des Étasuniens a semblé se réaliser la dernière semaine, quand leurs alliés saoudiens auraient commencé la séparation du dollar de leur commerce pétrolier, avec l’intention de remplacer rapidement cette devise dans le déclin par l’Euro européen.

​​​​Pourtant, les meneurs de guerre étasuniens ont déjà eu des avertissements concernant la crainte grandissante des Saoudiens, de demeurer détenteurs de billions de dollars en baisse, quand, pour la première fois, l’Arabie saoudite a refusé de réduire ses taux d’intérêt en mode rigide [4] avec la Réserve Fédérale, ce qui a amené l’appréhension d’une débandade [4] de la part des autres nations du Moyen-Orient pour sortir des avoirs adossés au dollar étasunien.

​​​​Dans ces rapports, les analystes militaires russes déclarent que, les États-Unis, devant pareille menace, avec en plus le Roi saoudien se rapprochant de plus en plus du Président Ahmadinejad d’Iran, ont invoqué l’une de leurs fameuses « options nucléaires, » en coupant [5] quatre [6] grands câbles sous-marins reliant les grands centres bancaires du Moyen-Orient à leurs homologues mondiaux en Occident.

​​​​La coupure de ces câbles signifie que les centres bancaires du Moyen-Orient se voient refuser l’accès à la Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (SWIFT), basée à Bruxelles. Ce central transporte jusqu’à 12,7 millions de communications par jour, qui contiennent les instructions concernant les nombreux transferts d’argent internationaux entre banques. . . .

​​​​Dans cette affaire de sectionnement des câbles par les États-Unis, Moscou a rapidement réagi contre l’Occident. Le Président russe, Vladimir Poutine, a ordonné aux chasseurs et aux bombardiers de prendre des mesures immédiates pour protéger les câbles sous-marins vitaux de la nation Russe dans les océans Atlantique et Arctique.

​​​​À propos des ressources utilisées par l’armée de l’air de Russie, nous pouvons lire l’article de Reuters intitulé « La Russie envoie des bombardiers et des chasseurs en Atlantique et en Arctique » :

​​​​Le porte-parole des forces aériennes a déclaré, « Les pilotes de l’armée de l’air effectueront, dans les régions qui doivent être surveillées, des exercices d’attaques par bombardement de missiles contre les forces navales d’un ennemi hypothétique, des combat air-air, des ravitaillements et des patrouilles. » Le groupe de bombardement comporte deux bombardiers stratégiques Tupolev Tu-160, baptisée « Blackjack » par l’OTAN, deux bombardiers stratégiques à turbopropulseurs Tu-95 « Bear, » et huit bombardiers Tu-22 « Blinder. » Des chasseurs MiG-31 et Su-27 ont aussi été envoyés sur zone.

​​​​Ce qu’il adviendra de ces événements nous est inconnu. L’une des banques officielles russes, qui a souhaité garder l’anonymat, a précisé que, « Si l’Arabie Saoudite découple effectivement son pétrole du dollar, pour tout un tas de raisons pratiques, les États-Unis cesseront d’être une puissance mondiale. Car leur économie s’effondrera complètement, et le dollar n’a pas de valeur en soi à cause de l’incroyable dette des Étasuniens. Sans pétrole, ils ne sont rien. »

Original : http://www.whatdoesitmean.com/index1067.htm

Extraits de quelques articles référencés

​​​​1- VIENNE, 2 février 2008 — Hier, l’OPEP a gardé inchangé l’approvisionnement pétrolier, à 29,67 millions de barils et a entamé un débat pour savoir si oui ou non la réduction de la production est nécessaire en mars pour défendre les prix contre la baisse de la demande.

​​​​L’OPEP a rejeté la demande de Washington de produire plus de pétrole afin d’abaisser la factures de carburant et soutenir l’économie. . . .

​​​​2- Un diplomate turc a rejeté la demande des États-Unis de passer au crible et suspendre l’activité de la banque iranienne Mellat, basée en Turquie.

​​​​Ce diplomate a déclaré au Daily News : « Ce qui engage la Turquie, ce sont les résolutions de l’ONU, et non pas les décrets présidentiels ou les décisions du Congrès des États-Unis. » . . .

​​​​3- Bush ne parvient pas à convaincre les États Arabes face à l’Iran (La source de cet article est le Council on Foreign Relation)

​​​​Inquiétés par la diminution du pouvoir de l’administration Bush, les régimes arabes sunnites ne se confronteront pas à l’Iran, comme le voudraient les États-Unis, mais semblent se mettre dans les petits papiers de la nation chiite et de son président, Mahmoud Ahmadinejad.

​​​​À propos de sa très vantée visite au Moyen-Orient au début de ce mois-ci, les dirigeants arabes ont comblé de cadeaux et d’éloges le Président Daobeuliou, tout en jaugeant si son administration de canards boiteux était capables de contenir l’Iran. Apparemment, la réponse fut non, car, le Président n’avait pas même quitté la région que déjà les critiques commençaient à pleuvoir sur lui.

​​​​« Dans ses remarques d’affrontement contre l’Iran, il n’offre aucune avantage, aucune incitation, aucun compromis, juste les gros bâton étasuniens, » a écrit Arab News, un journal saoudien qui reflète souvent la position du gouvernement. « Ce n’est pas de la diplomatie en recherche de la paix. C’est de la folie en recherche de guerre. »

​​​​Les retombées de la visite de Bush marquent la fin d’une alliance entre Washington et les régimes arabes sunnites : l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie saoudite et d’autres États du Golfe Persique, qui ont essayé de contrer l’Iran, un pays non arabe.

​​​​Les États sunnites, qui composent en grande partie le Golfe Persique, continuent à considérer l’Iran chiite comme une menace importante, mais ils préfèrent maintenant la négociation avec Téhéran plutôt que l’affrontement.

​​​​Bush a tenté de convaincre les États arabes, en particulier les Émirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite, d’isoler l’Iran. Mais les Émirats ont d’importants liens économiques et bancaires avec Téhéran. Et au cours des derniers mois, l’Arabie saoudite a pris des mesures importantes pour tendre la main à Ahmadinejad.

​​​​Début décembre, avec l’approbation tacite saoudienne, Ahmadinejad a pris la parole devant le Conseil de Coopération du Golfe Persique, un bloc arabe formé pour résister à l’Iran. Plus tard dans le mois, le Roi saoudien Abdullah a invité le Président iranien à effectuer le pèlerinage annuel à la ville sainte de La Mecque.

​​​​Ahmadinejad est un musulman chiite et un persan, dans une région dominée par les Arabes sunnites. Historiquement, les Arabes ont peur de l’Iran et de son influence politique culturelle. Mais ils jouent la carte de la lutte anti-étasunienne et anti-israélienne pour tenter de transcender les clivages persan-arabe et les tensions chiites-sunnites, qui montent à cause de la guerre en Irak.

​​​​Pour sa part, l’administration Bush est devenue si impopulaire que même ses fervents alliés tentent de se distancer publiquement d’elle. Et cette stratégie semble marcher pour les Saoudiens, à en juger par la réaction dans les médias étasuniens et dans la rue arabe. Les Saoudiens sont aussi couvert les risques, en flirtant à la fois avec les Étasuniens et les Iraniens.

​​​​Le Roi Abdullah a commencé à rompre publiquement avec l’administration Daobeuliou en mars dernier, quand, pour la première fois il a dénoncé la présence militaire Étasunienne en Irak comme une « occupation étrangère illégitime. » Le roi reflétait l’avis de nombreux Arabes, qui reprochent aux États-Unis d’avoir renversé la minorité sunnite de Saddam Hussein du régime en Iraq, pour renforcer l’Iran.

​​​​Les dirigeants arabes reprochent aussi l’échec des pourparlers israélo-palestiniens . . .

​​​​4- Craintes d’effondrement du dollars comme les Saoudiens s’effarouchent

​​​​L’Arabie saoudite a pour la première fois refusé de réduire les taux d’intérêt au rythme de la Réserve Fédérale. Cela indique que le riche royaume pétrolier s’apprête à rompre sa fixation à la devise dollar. Un mouvement qui risque de déclencher une débandade loin du dollar travers le Moyen-Orient. . . .

​​​​-5 Un troisième câbles sous-marins coupé au Moyen Orient

​​​​(CNN) – Un câble sous-marin d’acheminement du trafic Internet a été coupée dans le golfe Persique, isolant l’émirat de Dubaï, ont annoncé des fonctionnaires vendredi, la troisième perte en trois jours d’une ligne transportant le trafic téléphonique et Internet.

​​​​Mercredi, des navires ont été dépêchés pour réparer les deux câbles sous-marins endommagés au large de l’Égypte.

​​​​FLAG Telecom, qui possède l’un des câbles, a déclaré que les réparations devraient être terminées d’ici au 12 février. France Telecom, propriétaire d’une partie d’un autre câble, a dit qu’il était incertain quant au moment des réparations. . . .

​​​​-6 Les navires ne coupent pas les câbles Internet

​​​​Les navires ne sont pas responsables d’avoir endommagé les câbles sous-marins d’Internet en Méditerranée, affirme le gouvernement d’Égypte.

​​​​Deux câbles ont été endommagés en début de semaine, en Mer Méditerranée et au large de Dubaï, perturbant Internet et les services téléphoniques internationaux en Égypte, dans les États Arabes du Golfe et en Asie du Sud.

​​​​Dimanche, un quatrième câble reliant le Qatar aux Émirats arabes unis a été endommagé, engendrant encore plus de perturbations, a déclaré le fournisseur de télécommunications Qtel.

​​​​Le Ministère du Transport égyptien a dit que les images de l’endroit des câbles, enregistrées par les caméras vidéo à terre, ne montraient aucun trafic maritime dans la zone quand les câbles ont été endommagés. . . .

Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info

La fragile hégémonie du dollar : La bourse du pétrole de l’Iran pourrait renverser le dollar

Dollar-Bush

Global Research, par Mike Whitney, le 4 février 2008

Il y a deux semaines, George Bush était envoyé en mission au Moyen-Orient pour remettre une tête de cheval. Nous avons tous en mémoire la scène troublante du film de Francis Ford Coppola, « Le Parrain, » où Brassi Lucca va à Hollywood pour convaincre un producteur de film récalcitrant de prendre son neveu Don Corleone dans son prochain film. Le producteur riche à craquer est finalement persuadé d’embaucher le jeune acteur lorsqu’il se réveille dans son lit à côté de la tête coupée de son pur-sang tant estimé.J Je pense que Bush a fait une « offre que l’on ne peut refuser » du même genre aux différents dirigeants des pays du Golfe lorsqu’il s’est entretenu avec eux au début du mois.

Les médias ont tenté de décrire le voyage de Bush au Moyen-Orient comme une « mission de paix, » mais il ne s’agissait que d’un écran de fumée. En fait, trois jours après que Bush ait quitté Jérusalem, Israël renforçait ses opérations militaires dans les territoires occupés, et reprenait son impitoyable blocus de la nourriture, de l’eau, des médicaments et de l’énergie, contre le 1,5 million d’habitants de Gaza. En termes clairs, soit Bush a donné le feu vert aux opérations, soit les agressions israéliennes doivent être perçues comme une gifle au visage au Président des États-Unis.

Alors, quel était le but réel du voyage de Bush ? Après tout, il n’a aucun intérêt dans la paix ou dans le respect de son engagement à résoudre la crise israélo-palestinienne. Pourquoi aurait-il choisi de visiter le Moyen-Orient alors que son second mandat présidentiel tire à sa fin et qu’il n’y a aucune chance de succès ?

Parfois, les visites personnelles sont importantes, spécialement quand la nature de l’information est si sensible que le message doit être dit face à face. Dans ce cas-ci, Bush s’est donné la peine de faire un voyage équivalent à la moitié d’un tour du monde, pour dire aux Saoudiens et à leurs amis des États du Golfe qu’ils devaient continuer à lier leur pétrole au dollar sinon ils iraient « dormir avec les poissons. » Dans les deux derniers mois, plusieurs cheikhs et ministres des finances se sont lamentés et ont gémi à propos de la chute du dollar, menaçant de rompre avec le fameux « arrimage au dollar, » et de l’échanger contre un panier de devises. Le voyage de Bush semble avoir ravivé l’esprit de coopération fraternelle. La grogne a cessé et tout le monde est remonté « à bord. » Les dirigeants régionaux semblent aujourd’hui beaucoup moins gênés par le fait que l’inflation gruge leurs économies et ne cesse d’accroître les coûts de la main-d’œuvre, de la nourriture, de l’énergie et de l’immobilier. L’agence de presse Reuters a résumé ça ainsi :

Après une rafale de désaccords publics sur la réforme monétaire l’an dernier, les banques centrales du Golfe tentent de resserrer les rangs en vantant la fixité comme une source de stabilité et en minimisant la faiblesse du dollar comme un phénomène passager. [NDT : La fixité concerne sans doute l'arrimage des transactions pétrolières au dollar étasunien, ou bien les taux d'intérêts saoudiens, qui étaient jusqu'ici arrimés à ceux de la Réserve Fédérale.]

Cela ressemble aux propos adoucis de Bush.

Au cours des deux dernières semaines, les dirigeants du Golfe observaient nerveusement quand la Réserve Fédérale a drastiquement réduit les taux de 125 points de base [1,25%]. Les réductions [de taux] ne cessent d’éroder le capital d’un billion de dollars que les cheikhs ont investi en bonds du Trésor et autres obligations des États-Unis.

L’inflation en Arabie Saoudite et dans le Sultanat d’Oman est à son sommet le plus élevé depuis 16 ans, et l’inflation grimpe à un sommet atteint il y a 19 ans dans les Émirats Arabes Unis. Les décideurs politiques du Golfe sont prêts à intervenir directement dans le marché des prêts, des biens immobiliers et des produits pour compenser la réduction des taux. (Reuters)

La valeur des biens immobiliers est montée en flèche. Dans les Émirats Arabes Unis, la valeur des propriétés commerciales a doublé depuis début 2007. La bombe inflationniste a contraint d’autres pays du Golfe à donner des subventions alimentaires à leur population et une « hausse de 70% des salaires pour certains employés du gouvernement fédéral des Émirats Arabes Unis. »

Les travailleurs émigrés mécontents ont violemment manifesté récemment à Dubaï, exigeant d’être indemnisés équitablement pour la forte augmentation des prix. La valeur du riyal, la monnaie de l’Arabie Saoudite, a grimpé jusqu’à son sommet d’il y a 21 ans.

Les cambistes s’attendent à une autre hausse de 8% du dirham et du riyal d’ici avril prochain, et ils prédisent que les taux d’intérêt vont obliger les banques centrales des États du Golfe à se convertir soit à l’euro, soit à un panier de devises régionales. Toutefois, jusqu’à présent, les fidèles princes saoudiens n’ont pas cessé de soutenir le dollar.

 

Défendre l’hégémonie du dollar

Quelle importance y a-t-il donc à continuer à libeller le pétrole en dollars ? Les États-Unis feraient-ils la guerre pour défendre le statut de « monnaie de réserve » mondiale du dollar ?

La réponse à cette question pourrait venir dès cette semaine, puisque la tant attendue Bourse du Pétrole Iranienne doit ouvrir entre le 1er et le 11 février. Selon Davoud Danesh-Jafari, le ministre des Finances l’Iran, « Tous les préparatifs ont été faits pour démarrer la bourse ; elle ouvrira au cours des 10 jours de la fête de l’Aube (les cérémonies marquant la victoire de la Révolution islamique de 1979 en Iran.) Cette bourse est considérée comme une menace directe à la domination mondiale du dollar, car elle exigera que le « pétrole, les produits pétrochimiques et le gaz iranien, » soient échangés contre des monnaies autres que le dollar US. (Press TV, Iran)

Le système du pétrodollar n’est pas différent du système de l’étalon-or. Aujourd’hui, cette devise est tout simplement garantie par une source d’énergie vitale, dont dépend chaque société industrialisée, le pétrole. Si le dollar n’était plus l’unique monnaie utilisée dans la vente de pétrole, il ne serait plus de facto la monnaie de réserve mondiale, et les États-Unis seraient contraint de réduire massivement leurs déficits commerciaux, de reconstruire leurs capacités industrielles, et de redevenir un pays exportateur. La seule alternative est de créer un réseau de régimes satellites qui répriment les aspirations collectives de leur peuple afin qu’ils puissent suivre scrupuleusement les directives de Washington.

Quant à savoir si l’administration Bush entamerait une guerre pour défendre l’hégémonie du dollar, c’est une question qui devrait être posée à Saddam Hussein. L’Irak fut envahi tout juste six mois après que Saddam se soit converti à l’euro. Le message est clair, l’Empire va défendre sa monnaie.

De même, en 2007 l’Iran a remplacé le dollar et a exigé que le Japon paie ses énormes factures d’énergie en yens. La « conversion » a irrité l’administration Bush et, depuis lors, l’Iran est la cible de l’agressivité des Etats-Unis. En fait, même si 16 agences de renseignement des États-Unis ont publié un rapport (NIE) disant que l’Iran ne développe pas d’armes nucléaires, et même si l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique constate que l’Iran respecte ses obligations envers le Traité de Non-Prolifération nucléaire (TNP), une attaque préventive des États-Unis contre l’Iran paraît toujours probable.

Et même si les médias occidentaux minimisent désormais les perspectives d’une nouvelle guerre dans la région, Israël est en train de prendre des précautions qui suggèrent que l’idée n’est pas tirée par les cheveux. « Israël demande que des chambres abri soient installées dans le but de préparer le public à une autre guerre qui, cette fois, verra pleuvoir des missiles. » (Press TV, Iran) [NDT : une pièce abri blindée devrait être installée dans chaque appartement en Israël.]

« La prochaine guerre connaîtra un recours massif aux armes balistiques contre l’ensemble du territoire israélien, » a affirmé Udi Shani, un général à la retraite.

La Russie, voyant aussi que les probabilités grandissent pour que des hostilités éclatent dans le Golfe, a répondu par l’envoi d’une force navale dans la mer Méditerranée et dans l’Atlantique Nord.

Selon un article paru en anglais sur le site Global Research :

Le fleuron de la flotte de Mer Noire de la Russie, le croiseur lance-missiles Moskva, a rejoint la marine de guerre russe en Méditerranée le 18 janvier pour participer aux manœuvres en cours… L’opération actuelle est la première opération à grande échelle de la Marine russe dans l’Atlantique depuis 15 ans. Tous les navires et les avions de combat transportent des munitions de combats.

La France planifie aussi des manœuvres militaires dans le détroit d’Ormuz. L’opération « Bouclier du Golfe 01, » aura lieu au large des côtes de l’Iran et engagera des milliers de personnes dans des combats interarmes qui simuleront des attaques de plates-formes pétrolières.

Selon le ministre de la Défense français, Les exercices, qui se dérouleront du 23 février au 5 mars, et qui nécessiteront la participation de 1 500 français, 2 500 citoyens des Émirats, et 1 300 Qataris, manœuvreront sur terre, sur mer et dans les airs. Le lieutenant-colonel Fusalba a annoncé… « Environ une demi-douzaine de navires de guerre, 40 avions et des dizaines de véhicules blindés prendront part aux exercices militaires. »

http://www.defensenews.com/story.php?F=3346953&C=mideast

En plus, dans la dernière semaine, trois des principaux câbles sous-marins qui assurent le trafic Internet ont été coupés dans le Golfe Persique, et les trois quarts des communications internationales entre l’Europe et le Moyen-Orient ont été interrompues. Une grande partie du Moyen-Orient a été plongée dans l’ignorance.

N’est-ce qu’une coïncidence ou quelque chose d’autre se déroule sous la surface ?

Ian Brockwell, de « American Chronicle » a dit :

Dans l’hypothèse où le sectionnement des câbles n’est pas le fruit du hasard, nous devons nous demander qui ferait une chose pareille et pourquoi. Évidemment l’Iran, qui a été le plus touché, n’aurait rien à gagner de ce genre d’action, et est peut-être la cible de ceux qui en sont responsables ? … S’agit-il du prélude à une attaque, ou peut-être un test pour une attaque future ?

Les communications ont toujours été un facteur important de l’actions militaires, et le sectionnement de ces câbles pourrait affecter la capacité de l’Iran à se défendre.

Malgré l’absence de couverture médiatique, les tensions montent dans le Golfe, et la probabilité d’une attaque étasunienne contre l’Iran est encore très élevée. Bush est convaincu du fait que, s’il n’affronte pas l’Iran, alors personne ne le fera. Il croit aussi que, s’il ne défend pas militairement le dollar, alors les jours de l’unique superpuissance mondiale que sont les États-Unis seront bientôt choses du passé. Alors, la vraie question est de savoir si Bush réalisera que les Etats-Unis sont déjà irrémédiablement embourbés dans deux conflits « ingagnables » ou s’il va y aller encore une fois avec ses tripes, et nous entraînent dans un ruineuse vaste conflagration dans la région.

Source : http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=7998
Traduit au mieux par Dany Quirion et Pétrus Lombard pour Alter Info