Al-Qaïda : même la « marque » s’effrite

Alors que nos grands médias n’ont pas manqué de qualifier de dérisoires et d’absurdes les propos du Colonel Kadhafi sur les menaces d’al-Qaída et de l’extrémisme islamiste en Libye pour justifier de sa politique de répression, que reste-t-il exactement de la "nébuleuse terroriste" al-Qaïda, toujours synonyme des effrayants attentats du 11-Septembre ? Le journal italien "Il fatto quotidiano"(*) revient sur le mythe du réseau terroriste organisé qui avait fait l’objet d’un documentaire de la BBC primé à Cannes en 2005 "The Power of Nightmares" (et dont nous vous présentons les meilleurs extraits ci-dessous) qui relevait déjà à l’époque l’irréalité de cette organisation terroriste et de la menace qu’elle représente, en dehors de quelques factions armées qui combattent toujours dans les zones de guerre en Irak ou en Afghanistan/Pakistan. L’ex-directeur du Service de renseignement de sécurité à la DGSE Alain Chouet l’avait pourtant rappelé lui aussi devant une commission du Sénat en mars dernier (voir la vidéo de ses déclarations). Mais les croyances ont la vie dure…

 

 


Al-Qaida : même la "marque" s’effrite

par Alessandro Cisilin , sur "Il Fatto Quotidiano", le 4 mars 2011

repris par Megachip, le 9 mars 2011

Traduction GV pour ReOpenNews

Il ne reste plus que le Colonal Kadhafi et le ministre Maroni (ministre italien de l’Intérieur, NdT) pour dénoncer "l’ombre d’al-Qaïda" derrière les actes de violence et d’insurrection, et aussi quelques reporters pro-gouvernementaux obnubilés par la "guerre au terrorisme" lancée en 2001. Pourtant, sept années ont passé depuis la diffusion du documentaire-choc de la BBC (« The Power of Nightmares », en français « Le pouvoir des cauchemars »,  primé à Cannes), qui montrait l’inexistence du réseau terroriste, au-delà d’un cercle restreint de fidèles d’Oussama ben Laden, en admettant que celui-ci soit encore vivant, ce qui est loin d’être certain même selon les sources du Renseignement.

 


LE POUVOIR DES CAUCHEMARS (11 septembre 2001 /… par ReOpen911

 

Au scepticisme d’alors succéda une prise de conscience progressive et pratiquement unanime de la part des analystes concernant la « crise d’al-Qaïda », confirmée par la désaffection croissante de l’opinion publique musulmane dans les sondages [effectués] partout dans le monde, ainsi que par la baisse du nombre d’attentats, en dehors de ceux survenus dans un contexte belliqueux en Irak et en Afghanistan. Ceux qui persistent à maintenir en vie ce mythe utilisent désormais la formule de "structure décentralisée", non seulement pour ce qui concerne la phase opérationnelle, mais aussi pour celle décisionnelle. Une espèce de "marque déposée" en quelque sorte, rien de plus.

Les documents officiels le confirment.

Le Pentagone, lors du dernier point en novembre dernier, dressait la liste de 47 "organisations terroristes" dans le monde ; parmi elles, non pas une, mais quatre porteraient le nom d’al-Qaïda (celle "originaire" du Sud-est asiatique, celle "en Irak", celle "de la Péninsule arabique", et celle du "Maghreb islamique"), démentissant par là même la nature unitaire, et la clé de voute même dessinée par ses idéologues, à savoir la perspective (jamais réalisée historiquement) d’un Califat unifié.

Cette décomposition territoriale apparait très généreuse, étant donné par exemple qu’al-Qaïda au Maghreb opère seulement en Algérie, et se limite à quelques zones désertiques du sud. Mais la carte géographique dressée par l’Union européenne apparait encore plus hasardeuse, avec son inventaire pratiquement figé depuis 2002, qui met dans un même panier des centaines de sigles de mouvements radicaux (ainsi que des sociétés ou des "centres d’appels", à grand renfort d’adresses et de numéros de téléphone, surtout en Afghanistan, au Pakistan, en Somalie et à Dubai), et les associe tous à "al-Qaïda et aux talibans", sans tenir compte des dénégations explicites de la part des principaux intéressés.

Fait particulièrement significatif, le cas du Libyan Islamic Fighting Group, considéré non seulement comme l’épicentre de l’extrémisme islamique à Tripoli, mais aussi comme étant à l’origine des attentats dans la région, y compris celui contre Khadafi en 1996. En faire partie est passible de 10 ans de prison dans la législation antiterroriste britannique, alors que la Libye, après avoir arrêté et emprisonné une centaine de ses membres, les a pratiquement tous relâchés ces trois dernières années, dans une tentative d’en diminuer la menace subversive. Leur association avec al-Qaïda avait été établie par les chancelleries occidentales (et dans la liste noire de l’ONU) d’après leur origine au sein des activités antisoviétiques à côté des moudjahidines afghans.

Pourtant, lorsqu’al-Zawahiri, bras droit d’Oussama ben Laden déclara leur affiliation en 2008, il fut submergé par une vague de démentis, dont celui de l’un des leaders historiques du mouvement, Noman Benotman, qui a par la suite rejeté l’idée même de "djihad violent" considéré comme contraire à l’interprétation sunnite de l’islam dont prétend s’inspirer al-Qaïda.

Curieusement, ce même Benotman, suspecté d’avoir organisé l’attentat tragique de Lockerbie en 1988, travaille aujourd’hui pour l’antiterrorisme à Londres. Mais alors que reste-t-il d’al-Qaïda ? De ce qui ressort, quelques  centaines d’hommes engagés au côté des talibans dans les zones du sud-est asiatique surveillées par l’ISAF. En somme, tien d’autre qu’une "base" militaire, comme l’indique l’étymologie du terme arabe, et qui combat simplement là où il y a la guerre. Une base lointaine, géographiquement et idéologiquement, non seulement des places d’Afrique du Nord, mais [aussi et surtout] de l’Islam.

Alessandro Cisilin

"Il Fatto Quotidiano", le 4 mars 2011
 

Traduction GV pour ReOpenNews


Note ReOpenNews :

(*) Il Fatto Quotidiano : quotidien italien indépendant de tout parti politique et de tout financement public, issu d’un mouvement journalistique qui s’inspire de grandes figures telles que feu Enzo Biaggi l’auteur d’une rubrique télévisée décapante et souvent à contre-courant des opinions dominantes. L’éditorialiste en est Marco Travaglio, intellectuel connu et redouté, défenseur de la Constitution italienne qui s’attaque au "berlusconisme" et à tous ses excès. Ce journal dresse quotidiennement un bilan sans concession de la vie politique et économique italienne, et Marco Travaglio participe notamment à l’une des émissions hebdomadaires les plus suivies de la TV publique italienne Rai2 "Anno Zéro" animé par le célèbre journaliste Michele Santoro.

 


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