« Qui veut encore connaître la vérité sur l’assassinat de Rafic Hariri ? »

Conférence du Réseau Voltaire à Beyrouth
Thierry Meyssan : « Qui veut encore connaître la vérité sur l’assassinat de Rafic Hariri ? »

par Thierry Meyssan, le 11 avril 2008

Nous reproduisons l’intervention de Thierry Meyssan à la réunion organisée à Beyrouth, en présence de nombreux médias de la presse écrite et audiovisuelle, autour de son livre « L’Effroyable imposture 2 ». Le président du Réseau Voltaire a notamment souligné le tournant opéré par la mission d’enquête de l’ONU sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. En effet, le 10e rapport, présenté le 27 mars au Conseil de sécurité, abandonne la piste syrienne et se dirige sur la piste du réseau criminel décrit dans le livre.

Conférence réseau Voltaire
Conférence à Beyrouth, le 10 avril 2008. De gauche à droite :
Maria Maalouf (journaliste NBN), général Amin Hotait, Nasser Kandil (ancien député),
Thierry Meyssan (analyste politique), Sarkis Abouzaid (directeur de presse)

Chers lecteurs et amis,

Depuis une dizaine d’années, je poursuis une étude systémique des États-Unis : comment ils ont choisi, à la faveur de la disparition de l’Union soviétique, de se transformer en un empire global. Article après article, j’ai observé leur conquête du monde et analysé leur mode de fonctionnement. Cela m’a conduit à publier en 2002 L’Effroyable imposture sur les attentats du 11 septembre, l’instauration de l’état d’exception permanent aux États-Unis, et la conquête de l’Afghanistan. L’ouvrage a connu un succès mondial et a été décrié par la presse atlantiste à la hauteur de son succès. Non seulement rien de ce qui s’y trouvait n’a été démenti depuis, mais la prospective qui en découlait s’est malheureusement trouvée vérifiée avec l’invasion de l’Irak.

C’est par l’étude de l’Empire états-unien que j’en suis venu à m’intéresser à la guerre israélienne contre le Liban de 2006 et à écrire ce nouvel ouvrage, L’Effroyable imposture 2. Le regard que je porte sur votre pays est donc singulièrement différent de celui que vous pouvez avoir. Je n’y ai aucun intérêt à défendre, je suis étranger aux passions qui le déchirent, et j’observe les événements qui s’y déroulent à partir des influences extérieures qu’il subit et non à partir des forces qu’il produit. En écrivant ces articles, puis ce livre, je n’ai pas cherché à appuyer un parti ou un autre, j’ai juste voulu comprendre et faire partager au public mes interprétations de ces événements.

Je suis convaincu que c’est sur cette terre meurtrie que se joue l’avenir —et je pense aujourd’hui la défaite— de ce projet impérial que les États-uniens eux-mêmes appellent « globalisation ». Pourquoi au Liban et pas en Palestine ou en Irak ? Parce que cet impérialisme est issu de la conjonction entre des intérêts économiques et une idéologie, entre le contrôle des hydrocarbures et le sionisme ; parce qu’il passe par la domination des populations du Grand Moyen-Orient, lesquelles sont représentées au Liban comme nulle part ailleurs. Briser la résistance au Liban, c’est la briser dans toute la région.

Dans ce livre, je me suis donc attaché à la fois à décrire les événements récents, la longue liste des crimes politiques et l’agression israélienne, et à étudier les superstructures, c’est-à-dire la place du sionisme dans l’empire et les plans militaires de domination des ressources énergétiques. Tout cela semble connu, mais à y regarder de plus près, on n’en a souvent qu’une connaissance très superficielle, voire erronée. Je me suis contraint à vérifier chaque point auprès de la source originale et à la citer en note à la fin de l’ouvrage. Le résultat, vous le lirez, est fort surprenant.

Tout auteur qui s’intéresse au Liban rencontre des difficultés méthodologiques tant les sources libanaises sont contradictoires. Le Liban étant selon l’expression consacrée un « État faible », il n’était pas jusqu’en 2006 le maître de son destin. Lorsqu’un événement survenait, chacun le subissait et élaborait une hypothèse pour l’interpréter, selon ses préjugés. Mais lorsque des éléments nouveaux permettaient de confirmer ou d’infirmer une hypothèse, rares étaient les leaders politiques qui en tenaient compte. Au lieu d’ajuster le discours, on changeait de sujet. L’écrivain, lui, a le privilège de revenir en arrière pour reconstituer l’enchainement des faits et faire surgir leur cohérence. C’est ce que j’ai fait. Et il est toujours plus facile de comprendre a posteriori plutôt que lorsque les protagonistes cachent encore leur jeu.

J’ai fait le choix méthodologique de départ de privilégier les sources écrites non-libanaises. Ayant l’honneur de présider le Réseau Voltaire, je suis en contact avec de nombreux journalistes, diplomates et militaires dans le monde qui m’ont signalé des documents dispersés que je n’aurais probablement pas trouvé si vite seul. J’ai également eu accès aux confidences de quelques hauts responsables, mais s’ils ont guidé mes recherches, je me suis interdit d’en faire usage pour mon raisonnement et ne me suis fié qu’aux documents vérifiables et aux éléments matériels.

Enfin, je dois dire que je ne suis pas sorti indemne de cette recherche. Je suis arrivé l’esprit vierge, mais je me suis pris de passion pour ce pays où s’expriment le pire et le meilleur de la dimension humaine. J’ai compris la passion que mon grand-père avait éprouvé pour cette terre et pour ce peuple, lui, qui présida, il y a soixante ans, la commission d’armistice Israël-Liban.

Au lendemain de la guerre, deux grandes questions se posaient : d’une part pourquoi avait-on tué Rafic Hariri (d’un point de vue non pas judiciaire mais historique, la question du mobile est beaucoup plus importante que celle des assassins et des commanditaires) ? et d’autre part, pourquoi Israël avait attaqué le Liban (étais-ce en riposte à l’action du Hezbollah comme déclaré, ou pour des motifs stratégiques régionaux) ?

Si l’on part des documents des thinks tanks états-uniens et du Pentagone, les choses s’éclairent vite : l’agression israélienne était planifiée de longue date et supposait en préalable à la fois le départ de l’armée syrienne pour que le pays soit sans défense et le retrait de Rafic Hariri pour écarter l’influence française.

Je m’étonne que des questions de cette importance soient aujourd’hui reléguées au second plan sans avoir été totalement éclaircies. Il y a peu de temps encore, des affiches réclamaient sur les murs de cette ville « la vérité ». Depuis que tous les indices et témoignages susceptibles d’étayer la piste syrienne ont été l’un après l’autre invalidés, plus personne ne semble vouloir connaître « la vérité ».

La France, qui avait arrêté —sur requête de la justice libanaise et à l’initiative du chef de mission de l’ONU d’alors, Detlev Mehlis— Mohammad Al-Saddiq, le témoin capital de la piste syrienne, déclare ingénument l’avoir « perdu » depuis le 13 mars. C’est que cet individu, qui accusait les présidents Bachar el-Assad et Émile Lahoud, avait été confondu et que la piste syrienne s’était effondrée avec ses mensonges. Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui avait soutenu de manière partisane et acharnée ses accusations, se dit incapable de retrouver « son » témoin.

Les quatre généraux libanais qui avaient été arrêtés sur la seule base de ces accusations et qui croupissent en prison depuis, n’ont toujours pas été libérés. Le Conseil des Droits de l’homme de l’ONU a lui même établi que leur détention —voulue par Detlev Mehlis— est exclusivement politique et viole les normes internationales. Mais en les écartant de leurs fonctions de sécurité, ceux qui manient l’assassinat politique conservent les mains libres.

Quoi qu’il en soit, comme je l’indique dans ce livre, nous pouvons affirmer premièrement que ce crime profite à Israël et aux États-Unis et deuxièmement qu’un groupe proche de la CIA, l’US Committee for a free Lebanon, en avait connaissance à l’avance.

De même, il est important de savoir si c’est le Hezbollah qui a provoqué la guerre en livrant une escarmouche à l’armée israélienne ou si nous avons affaire à une guerre de soixante ans qui a été rallumée sous ce prétexte. Or, de nombreux documents attestent de la préparation de cette guerre pour l’automne 2006 et de sa mise en œuvre précipitée, sous le prétexte de cette escarmouche. Ceci est d’ailleurs confirmé depuis par la Commission Winograd.

J’explique, dans le livre, que cette précipitation visait à interrompre l’enquête en cours sur un « réseau criminel » libanais installé par le Mossad et qui aurait pu participer à l’assassinat de Rafic Hariri ; une piste vers laquelle s’oriente désormais le juge Bellemare, président de la mission d’enquête de l’ONU, ainsi que l’atteste le rapport qu’il a présenté la semaine dernière au Conseil de sécurité. C’est pour stopper la plainte du Liban à l’ONU sur ce réseau criminel, et non en réaction à une action militaire du Hezbollah, qu’Ehud Olmert a déclenché la guerre.

Il s’en suit que la guerre de 2006 n’est pas une guerre d’Israël contre le Hezbollah, même si c’est celui-ci qui lui a opposé une résistance victorieuse, mais une guerre d’Israël contre le Liban. À travers elle, se jouait la guerre des États-Unis contre le monde arabe.

Peut-être savez-vous que les deux principaux distributeurs français ont essayé, dans un premier temps, d’empêcher la diffusion de ce livre dans mon pays, et que les grands médias ont longtemps refusé à la fois d’en faire mention dans leurs articles et émissions et ont toujours refusé de vendre des espaces publicitaires pour le faire connaître. Cela n’a pas empêché son succès, mais l’a ralenti. C’est que ce livre comprend un crime de lèse-majesté et une hérésie.

En annexe de l’ouvrage, vous trouverez des reproductions de « unes » et d’éditoriaux du quotidien Le Monde, fleuron de l’intelligentsia atlantiste. Vous y trouverez des exemples de propagande outrancière, comme cette « une » qui annonce la prise de Bint Jbeil par Tsahal, alors qu’Israël y vécu une cuisante défaite, ou cette autre qui montre l’armée israélienne sortir victorieuse de la guerre ; une version que même Ehud Olmert ne saurait tenir ! Voilà pour le crime de lèse-atlantisme.

L’hérésie, c’est la partie de l’ouvrage qui retrace l’histoire du mouvement sioniste d’Oliver Cromwell à George W. Bush. J’y montre, preuves à l’appui, qu’à l’origine le sionisme n’était pas une idéologie juive, mais une doctrine politico-religieuse puritaine, on dirait aujourd’hui évangélique. Cela a toutes sortes de conséquences. D’abord les relations entre Washington et Tel-Aviv ne doivent pas être analysées en termes d’influences réciproques, mais au regard de l’idéologie qu’ils partagent, tout au moins lorsque les puritains sont au pouvoir à Washington. D’autre part, la nature de l’État d’Israël ne doit pas être envisagée comme une réponse aux persécutions subies par les juifs d’Europe, mais comme un projet colonial religieux impliquant à terme un strict système d’apartheid. Enfin, et pour faire vite vu le temps qui nous est imparti, les clivages religieux dans la région n’opposent pas les chrétiens aux musulmans, mais les chrétiens évangéliques et juifs d’un côté aux catholiques et musulmans de l’autre. Le sionisme anglo-saxon voue aux mêmes gémonies les musulmans et les maronites. Toute alliance entre les maronites et les États-Unis est suicidaire, tout au moins tant que les évangéliques sont au pouvoir à Washington, comme l’ont parfaitement compris Benoît XVI et Mgr Sabbah.

Je note qu’à ce jour, alors que ce livre contient des milliers d’informations précises, les lecteurs de la version française n’y ont trouvé que deux erreurs mineures portant sur la composition sociologique de la population libanaise. Elles seront corrigées dans les versions ultérieures et n’affectent au demeurant pas le raisonnement qui j’y développe. De même pour quelques imprécisions de vocabulaire dans la traduction arabe.

En conclusion, je voudrais souligner l’importance de ce qui s’est passé ici à l’été 2006. Alors qu’aucune chancellerie au monde ne doutait de la victoire israélienne et que la diplomatie internationale visait uniquement à limiter vos souffrances, vous avez renversé le cours de l’Histoire. Alors que l’asymétrie des forces —et notamment l’usage de l’arme aérienne— auraient dû vous plonger dans « le choc et la stupeur », vous avez tenu sous les bombardements et vous avez repoussé l’invasion terrestre. Vous avez montré que l’Empire n’est pas invincible et qu’il ne pouvait pas vous asservir. Vous êtes un exemple pour le reste du monde. Je voulais vous dire mon admiration, et j’en suis sûr, celle de tous ceux —où qu’ils soient— qui se battent pour la liberté.

Syrie-Sommet arabe: Le contournement du dernier récalcitrant arabe

par René Naba

Mondialisation.ca, Le 20 mars 2008

Paris- La Syrie est, à son tour, sur la sellette, après l’Irak qui a implosé en 2003, la Libye qui s’est caramélisée, en 2006, dans la foulée de sa reddition au diktat américain pour sauver son révolutionnaire dirigeant Mouammar al-Kadhafi et l’Egypte qui s’est neutralisée et marginalisée du fait de sa cavalcade solidaire dans sa pactisation avec Israël, en 1979.

L’éternel trouble fête de la politique arabe fait l’objet d’une manoeuvre de contournement de la part des grands pays arabes en vue de provoquer sinon l’effondrement du régime baasiste, à tout le moins à le forcer à rompre avec son allié iranien et à annoncer sa reddition au nouvel ordre américain que les Etats-Unis et leurs grands alliés régionaux, l’Arabie saoudite et l’Egypte, tentent vainement d‘instaurer au Moyen-Orient depuis le début de la présidence de George Bush il y a huit ans.

Arab Summit 2007 Riyad

Unique pays se réclamant de la laïcité dans le Monde arabe, mais partenaire stratégique de l’Iran, l’unique régime théocratique se réclamant du chiisme, la branche rivale du sunnisme, segment dominant dans les pays arabes, la Syrie est simultanément et cumulativement accusée d’être un foyer du terrorisme international, un pivot de l’axe du mal, le phagocytaire du Liban et de la Palestine, le fossoyeur du leadership libanais. En un mot le grand perturbateur d’une paisible et riante zone par excellence: le Moyen-Orient. Une thèse relayée sans retenue et avec une belle unanimité par les grands médias occidentaux tant dans la presse audiovisuelle que dans la presse écrite, tant par les intellectuels médiatiques que par les scribouillards besogneux.

Pointée du doigt pour sa responsabilité présumée mais non avérée dans l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, la Syrie est mise en quarantaine diplomatique par les Etats-Unis, frappée d’un boycottage de fait des grands pays arabes qui lui imputent la vacance du pouvoir au Liban, régulièrement soumise de surcroît, en toute impunité, à des coups de butoir d’Israël, tantôt par un mystérieux raid aérien au dessus du nord syrien, à l’automne 2007, tantôt par l’assassinat sur son sol d’un chef militaire du Hezbollah Imad Moughniyeh, le Maître d’oeuvre des opérations anti-occidentales au Moyen-orient depuis vingt ans.

Mais ce paria là, selon le schéma occidental, se trouve être en phase avec la multitude des «laissés pour compte» de la paix, à tout le moins perçu comme tel au delà des turpitudes dont il peut être à tort ou à raison crédité, qui voient en lui l’ultime porteur de la revendication nationaliste arabe, à une période de l’histoire marquée par une déperdition identitaire et une religiosité régressive. Redoutable honneur qui lui vaut l’hostilité sans nuances des pays qualifiés de «modérés » dans le jargon diplomatique et médiatique occidental, principalement l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Jordanie c’est-à-dire les régimes affligés des mêmes tares d’autoritarisme, de népotisme et de corruption que le régime syrien mais que leur alignement docile au camp occidental exonère de toute critique.

1ère séquence (1966-1976): Le Roi Saoud et le coup de force anti-baasiste du colonel Salim Hatoum

D’emblée, le régime baasiste syrien dirigé par les Alaouites, une secte minoritaire de l’Islam, a été perçu comme un usurpateur, comme frappé d’une tare congénitale et fera l’objet de menées hostiles en conséquence. A sa naissance en 1966, alors qu’Israël entreprenait le détournement des eaux du Jourdain pour anticiper ses besoins hydrauliques futurs, opération qui relevait théoriquement d’un acte manifeste de casus belli, le Roi Saoud d’Arabie, hanté par le prestige du président égyptien Nasser et désireux de détourner les regards sur la corruption du Royaume, se lance dans une opération de déstabilisation de la jeune équipe baasiste de Syrie fraîchement parvenue au pouvoir. L’opération saoudienne de diversion est particulièrement malvenue en pleine ébullition nationaliste consécutive au détournement des eaux du Jourdain. Les révélations d’un des participants sur une contribution royale saoudienne de l’ordre d‘un million de dollar à la conjuration dirigée par un colonel félon syrien Salim Hatoum et fomentée par le futur premier ministre jordanien Wasfi Tall, à l’époque membre de l’Intelligence Service britannique (1) entraîne l’éviction de Saoud au profit de Fayçal au trône d’Arabie, sans que cette sanction ne calme le courroux égyptien. Victime collatérale des conflits de puissance, Kamel Mroueh, le fondateur du journal «Al-Hayat», le chantre de la coopération saoudo-américaine, est assassiné en 1966 par un fier à bras de Beyrouth à l’occasion du 10me anniversaire de l’agression tripartite franco-anglo-israélienne de Suez contre Nasser, le chef charismatique du nationalisme arabe et adversaire résolu de la dynastie wahhabite.

Une trêve de seize ans s’installe à la faveur de la guerre de 1967 et la montée en puissance de la guérilla palestinienne qu’il importait de juguler, que la Syrie s’appliquera à mettre au pas d’ailleurs, puis celle d’octobre 1973 et de la montée en puissance des pétromonarchies du Golfe consécutif à l’embargo pétrolier et au quadruplement du prix du pétrole. Une période au cours de laquelle le nouveau maître de la Syrie, le général Hafez al-Assad, apparaît comme le meilleur garant des intérêts occidentaux au Liban: Appelée en renfort des milices chrétiennes au Liban, l’armée syrienne participe au siège du camp palestinien de Tall Zaatar, favorisant son éradication, en Août 1976, n’hésitant pas un instant à briser l’élan révolutionnaire du camp palestino-progressiste avec l’assassinat dans une zone sous contrôle syrien du chef de la coalition, le dirigeant druze du parti socialiste progressiste, M. Kamal Joumblatt.

Curieusement les pays occidentaux continueront de couvrir d’éloge l’irakien Saddam Hussein, malgré ses turpitudes et d’opprobre son rival syrien Hafez al-Assad, malgré ses gestes de bonne volonté répétitives à l’égard de l’Occident.

2ème séquence (1976-1986) Fahd et la révolte des Frères Musulmans de la ville syrienne de Hama.

Faysal, réservé à l’égard des Américains, s’était juré d’aller prier à Jérusalem libérée. Il sera assassiné par l’un de ses neveux, en 1976. Son successeur effectif, -après le bref interrègne du Roi Khaled, sobre et malade-, Fahd, à la jeunesse débridée, donnera libre cours à son amour immodéré pour son protecteur américain et les délices de la vie occidentale. Frappé d’hémiplégie, en 1995, il sera maintenu sous perfusion pendant près de dix ans gouvernant en état léthargique son royaume à une période charnière de l’Histoire contemporaine marquée notamment par les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, la guerre d’Afghanistan et la guerre d’Irak (2003). Mais entre temps que de signalés services rendus à son maître américain, au détriment de la plus élémentaire solidarité arabe, qui explique sans pour autant justifier son maintien en survie artificielle pendant une décennie (1995-2005).

Prise en tenaille par Israël et la Turquie, barrée par son rival baasiste l’Irak de Saddam Hussein, la Syrie s’appliquera à desserrer l’étau dans une alliance de revers avec l’Iran, l’ancien gendarme américain du Golfe, devenu sous le régime Khomeiniste, le nouveau croquemitaine des pétromonarchies du Golfe. Mal lui en prit. En 1982, dans la foulée de l’annexion de Jérusalem, en décembre 1981, alors qu’Israël se préparait à porter au pouvoir son protégé libanais le chef phalangiste Bachir Gemayel, une révolte est fomentée, à Hama, dans le nord de la Syrie, par les «Frères Musulmans», l’organisation clandestine financée par l’Arabie Saoudite, en février 1982, à quatre mois de l’invasion israélienne du Liban, déclenchant une sévère répression qui fera selon des informations de presse plusieurs milliers de morts. C’est Damas qui sera blâmée par la communauté internationale pour sa férocité et non l’Arabie saoudite qui attisait le feu intégriste. C’est le président Hafez al-Assad en personne qui sera pointé du doigt et non son propre frère, le Général Rifaat al-Assad, le chef des brigades de la défense, la garde prétorienne du régime, l’ordonnateur des massacres.

Ce frère cadet du président syrien, un homme aux multiples ramifications et trafics qui sera banni par la suite de son pays, mais continuera de bénéficier curieusement de la mansuétude occidentale sans doute en raison de ses alliances matrimoniales avec la famille Fustock qui fera de lui, le beau frère de l’actuel roi Abdallah d’Arabie et du député maronite libanais Nassib Lahoud, perpétuel candidat à la présidence libanaise. C’est la Syrie alaouite enfin qui sera déclarée «ennemi de l’Islam» pour avoir maté une rébellion fondamentaliste que toutes les armées du monde aussi bien arabes qu’occidentales pourchassent désormais au nom de la «guerre contre le terrorisme». La Syrie couverte de plumes et de cendres, alors que l’Algérie, l’Egypte, le Maroc et la Tunisie, sont magnifiés pour avoir éradiqué l’intégrisme tandis que l’Arabie fondamentaliste est couverte d’éloges pour ses présumés progrès dans de parcimonieuses réformes démocratiques.

Dans ce climat d’opprobre généralisé, la Syrie présente au Liban depuis 1976 à la demande des chefs maronites en mauvaise posture à l’époque, sera contrainte à retirer se troupes, en juin 1982, dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban. Une décennie infernale (1979-1989) s’ouvre alors à l’Occident au Moyen Orient: Destitution du chah proaméricain et assaut contre les Lieux Saints de la Mecque, en 1979, assassinat de l’égyptien Sadate, pactiseur d’Israël, en 1981, mise en échec du traité de paix libano-israélien, en 1983, attentats contre les QG occidentaux à Beyrouth, en 1984, spirale des otages occidentaux au Liban (1984-1988), attentats de Paris (1986-1988). Une décennie infernale qui s’achève avec la chute du Mur de Berlin (1989) l’implosion de l’Union soviétique et l’affirmation de l’Imperium américain sur le plan mondial, l’hégémonie israélienne sur le plan régional et, sur le plan arabe, la prépondérance saoudienne sous la tutelle des Etats-Unis.

3ème séquence (1986- 2006) - L’Arabie redécouvre les vertus de l’Arabisme

L’Arabie saoudite, le plus intransigeant ennemi d’Israël sur le plan théorique, aura opéré le plus grand détournement du combat arabe, soutenant l’Irak contre l’Iran dans la plus longue guerre conventionnelle de l’histoire contemporaine (1979-1988), le détournant du coup du champ de bataille principal, la Palestine, déversant des milliards de dollars, et, surtout, déroutant la jeunesse arabe et musulmane vers l’Afghanistan, à des milliers de km du champ de bataille palestinien, contre un ennemi athée certes mais allié des Arabes, l’Union soviétique, le principal fournisseur d’armes de pas moins de six pays arabes (Syrie, Irak, Algérie, Libye, Soudan et Yémen), un utile contrepoids en somme à l’hégémonie américaine.

L’Organisation de Libération de la Palestine, éradiquée du Liban, cède la place à des guérilleros d’un type nouveau les combattants islamistes chiites, le Jihad islamique, puis le Hezbollah, galvanisés par les succès de la révolution iranienne sur le front irako-iranien. La Syrie, boutée hors du Liban, en 1982 s’y redéploie progressivement avec le consentement américain pour neutraliser la région frontalière libano-israélienne. Désireuse d’obtenir la caution de la Syrie pour une intervention contre l’Irak envahisseur du Koweït, en 1990, Washington lui donnera même le feu vert à l’éviction du chef militaire chrétien libanais le général Michel Aoun, qui assurait intérimaire de chef de gouvernement, et son remplacement par Elias Hariri, un président sans relief face au flamboyant nouveau premier ministre Rafic Hariri (1992), nouveau parvenu sur la scène libanaise à la faveur de la financiarisation de la vie publique internationale. Le milliardaire libano-saoudien, à la carrière météorique, exercera le pouvoir pendant dix ans, plus qu’aucun président libanais, à coups de menaces de démission (4 en dix ans), soit en moyenne une menace tous les 30 mois, dans un rare exemple de confusion entre la gestion du domaine public et de son de son patrimoine privé avec les encouragements admiratifs des dirigeants occidentaux en tête desquels le Président français Jacques Chirac.

L’attentat du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine démasque les complicités saoudiennes dans la montée en puissance de l’intégrisme antioccidental. Bien que quinze des dix neuf kamikaze ayant participé au raid du 11 septembre soient de nationalité saoudienne, l’administration Bush, plutôt que de frapper le Royaume Wahhabite, le foyer et le terreau du fondamentalisme, va répliquer en Afghanistan et en Irak, les deux points de percussion de la coopération saoudo-américaine dans la sphère arabo-musulmane à l’époque de la guerre froide soviéto-américaine, gommant ainsi au passage toute trace de leurs forfaits antérieurs, se faisant à bon compte une nouvelle virginité politique sous la bannière de la lutte pour la promotion de la démocratie dans le monde musulman. Mais la destruction de l’Irak place paradoxalement la Syrie et l’Iran en vainqueur a posteriori d’un Saddam Hussein leur plus implacable ennemi depuis deux décennies, et, par effet d’aubaine, consacre l’Iran comme puissance régionale de fait. Un résultat inacceptable pour George Bush, le grand ordonnateur de ce chaos destructeur pour la population locale et corrosif pour l’Amérique elle-même.

La Syrie et l’Iran sont placés dans l’axe du mal, Yasser Arafat est méthodiquement confiné dans son complexe de Ramallah dans une sorte d’étouffement symbolique de la revendication nationale palestinienne. Le décès du chef historique de la Résistance palestinienne au terme de trois ans de confinement hideux (novembre 2004) , l’élection dans la foulée deux mois plus tard à Bagdad, l’ancienne capitale des abbassides, d’un Kurde à la tête d’un Etat irakien doté d’un nouvel emblème aux couleurs kurdo-israéliennes (Bleu jaune) (Janvier 2005), le basculement dans le camp américain de Jacques Chirac, le principal opposant mondial à l’invasion américaine de l’Irak, accrédite à tort ou à raison l’idée d’une vaste conjuration occidentale visant à mettre au pas tout récalcitrant à l’ordre américano-israélien dans la zone (septembre 2004).

A l’instar du journaliste pro saoudien Kamel Mroueh, quarante ans plus tôt, Rafic Hariri, le meilleur ami du président français Jacques Chirac, l’homme lige des Saoudiens qui symbolisait par excellence le ralliement au camp occidental, sera à son tour une victime collatérale du conflit des puissances. Il périra carbonisé dans un attentat le 14 février 2005, terrible séisme politique qui met en branle une mécanique inéluctable contre la Syrie et l’Iran.

Pour la deuxième fois de son histoire, l’armée syrienne est contrainte de se retirer du Liban. Le principe d’un tribunal à caractère international est décidé pour juger les assassins de l’ancien premier ministre libanais, au terme d’une enquête diligentée par un fonctionnaire missionné par les Nations Unies. Un tel dispositif, singulier dans les annales judiciaires internationales, ne sera curieusement pas imposé au Pakistan lors de l’assassinat de l’ancien premier ministre Benazir Bhutto, en décembre 2007. Le président pakistanais, il est vrai, est gratifié du titre d’ «allié majeur des Etats-Unis» dans sa guerre contre le terrorisme, qui confère à son titulaire une immunité et le dispense de fastueuses explications. Ce qui n’est pas le cas de la Syrie et de l’Iran.

Le tribunal international pour le Liban et la menace potentielle nucléaire iranienne constituent les deux instruments de la diplomatie occidentale pour amener à résipiscence les deux réfractaires à l’ordre américain, quand bien même la menace nucléaire iranienne se trouve au stade virtuel et sa réalité contestée par les services américains, quand bien même elle est postérieure de soixante ans à la menace nucléaire israélienne, bien réelle, qui hypothèque tout règlement qui ne souscrirait pas au diktat israélo-américain.

Israël et les alliés Libanais de l’Amérique subiront cumulativement revers militaires et camouflets politiques depuis 2006, entravant considérablement la mise au pas du Liban, au-delà, la Syrie, l’Iran et la portion palestinienne sous l’autorité du Hamas. C’est ainsi que dans une démarche symétrique mais non synchronisée, le Hezbollah infligera en effet à Israël, l’été 2006, un retentissant camouflet militaire, dont le Hamas s’en inspirera avec succès en mars 2008 au moment de l’invasion de la bande par les forces d’occupation israéliennes, alors que parallèlement les dirigeants maronites, Nassib Lahoud et Amine Gemayel étaient battus répétitivement dans une compétition électorale, dans leur propre fief du Metn, par le principal allié chrétien du Hezbollah le Général Michel Aoun, un échec comparable au revers électoral du président palestinien Mahmoud Abbas face à ses opposants islamistes. Une séquence à tous égards calamiteuse pour l’administration néo-conservatrice américaine.

Le Royaume wahhabite vit comme une rente de situation l’Islam et le pétrole, les deux vecteurs de sa puissance. Puisant son magistère moral de la présence sur son sol des principaux Lieux Saints de l’Islam (La Mecque et Médine), et sa puissance financière de ses gigantesques réserves énergétiques, il consacrera l’essentiel de ses efforts à combattre plus qu’aucun autre pays le nationalisme arabe, mettant sur pied l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), une structure de diplomatie parallèle concurrente de la Ligue arabe. Dans la foulée du revers militaire israélien au Liban, l’été 2006, il se muera, à la grande stupéfaction de la quasi-totalité des observateurs internationaux, en parangon de l’Arabisme. Le chantre de la fraternité islamique pendant trois décennies, accusera, sans vergogne, la Syrie d’avoir pactisé avec l’Iran, la perse antique, pays musulman certes mais non arabe. Une tare indélébile pour le nouveau porte-étendard de l’arabisme

Le «péril chiite» succède alors au «péril rouge» qu’Américains et Saoudiens avaient combattu sans relâche, les décennies précédentes. Dans la foulée du revers militaire israélien au Liban, l’été 2006, l’Arabie se redécouvre arabe pour se démarquer du triomphe du Hezbollah, la milice chiite Libanaise. Négligeant son premier vecteur transnational MBC (Middleast Broadcasting Corporation), elle se sera dotée auparavant d’une chaîne transfrontière du nom d’«Al-Arabiyah» comme pour mieux revendiquer son arabité, un terme qu’elle avait pourtant banni de son lexique diplomatique pendant un demi-siècle. Ce comportement s’apparente à une mystification. Mais le Royaume qui aura lancé deux plans de paix pour le règlement du conflit israélo-arabe (Plan Fahd, en 1982, Plan Abdallah, en 2002), sans rencontrer le moindre écho tant du côté américain que du côté israélien, ne déviera jamais, malgré cette rebuffade, de sa ligne, à savoir l’alliance privilégiée avec le grand protecteur du principal ennemi des Arabes, Israël, l’usurpateur de la Palestine au regard d’une large fraction de la population saoudienne et arabe, faisant droit à toutes ses requêtes sans hésitation sans la moindre retenue.

Et pour cause. La dynastie wahhabite aura été le principal bénéficiaire du travail de sape opéré depuis trente ans par les Américains et les Israéliens pour réduire la résistance du noyau dur du Monde arabo-islamique: neutralisation de l’Egypte par le Traité de paix avec Israël (1979), destruction de l’Irak (2003), étranglement de la Syrie (2004), caramélisation de la Libye (2005), isolement de l’Iran (2006) au point qu’Israël apparaît en fin de compte comme le meilleur allié objectif des Wahhabites, rare conjonction de deux régimes théocratiques dans le Monde, l’Etat Hébreu n’étant démocratique que pour la fraction juive de sa population. Dans ce contexte, l’Organisation clandestine «Al-Qaida» d’Oussama Ben Laden et la chaîne transnationale arabe «Al-Jazira» apparaissent, rétrospectivement, comme une excroissance rebelle à l’hégémonie saoudienne sur l’ordre domestique arabe, tant dans le domaine politique que sur le plan médiatique

Le sommet de Damas et la concentration navale américaine au large du Liban

Le Sommet arabe de Damas, le premier de l’histoire contemporaine à se tenir dans la capitale le syrienne, devrait symboliquement réunir la Syrie face à tous ses adversaires réunis. Mais les deux patriarches octogénaires arabes, l’égyptien Hosni Moubarak hanté par l’obsession de sa sécurité du fait des nombreux attentats dont il a été l’objet, une vingtaine en 27 ans de règne, et le saoudien Abdallah, tous deux préoccupés de leur succession pourraient le boycotter arguant du blocage de la situation libanaise dont ils imputent la responsabilité à la Syrie, exclusivement à la Syrie, et non également à leurs interférences permanentes sur la scène libanaise d’une intensité comparable à celle de la Syrie, matérialisée par les injections financières régulières de l’Arabie pour le réarmement des milices privées sunnites, leur entraînement en Jordanie et leur encadrement par l’Egypte (2).

La concentration navale américaine au large de Beyrouth a officiellement pour objet de faire pression sur la Syrie et l’opposition libanaise pour faciliter l’élection d’un président de consensus pro-occidental au Liban. Elle vise en fait à percer la carapace du noyau dur du monde arabo-musulman par son maillon faible, le Liban où les pays occidentaux disposent d’une large gamme d’alliés recrutés parmi les anciens chefs de guerre féodaux et claniques, les Chrétiens Samir Geagea et Amine Gemayel, le druze Walid Joumblatt ainsi que leur principal bailleur de fonds, le sunnite Saad Hariri, tous opportunément reconvertis dans la défense de la Démocratie qu’ils n’ont jamais pratiqué et la défense des Droits de l’Homme qu’ils ont constamment bafoués.

Détail piquant qui illustre l’indigence de la «diplomatie du carnet de chèques» maniée de tous temps par les Saoudiens: l’homme en charge du dossier libanais en Syrie pendant trente ans, celui-la même qui était craint par les diverses factions libanaises et redouté par les chancelleries arabes et occidentales qui tonnait la foudre et ordonnait les accalmies, à ce titre responsable au premier chef des dérives syriennes au Liban, le vice-président de la République syrienne Abdel Halim Khaddam.

M. Khaddam, le bien nommé, dont le patronyme en arabe signifie littéralement «le serviteur», reniera singulièrement son militantisme après avoir abusivement ponctionné le Liban, opérant par cupidité la plus retentissante reconversion de l’histoire politique récente, finissant sa vie en factotum de son coreligionnaire sunnite libanais Rafic Hariri. Le millardaire libano-saoudien gratifiera amplement ce transfuge de son reniement en lui offrant la résidence du nabab pétrolier grec Aristote Onassis sur la plus célèbre artère de la capitale française, l’Avenue Foch, alors que son pendant français, l’ancien président Jacques Chirac avait droit à un appartement avec vue sur Seine Quai Voltaire à Paris. Judas a trahi son Seigneur pour trente deniers.

D’autres trahisons valent certes leur pesant d’or mais accablent le renégat d’un discrédit à vie.

Ramollir le noyau dur du Monde arabe par l’invasion répétitive de Gaza, fief du mouvement islamiste Hamas, le harcèlement du Hezbollah par des opérations de diversion des politiciens libanais, la neutralisation de la constellation du Douwal al Moumanah, l’alliance de fait entre le Hamas palestinien le Hezbollah libanais, la Syrie et l’Iran qui se considère comme le système de pré alerte visant à immuniser le monde arabo-musulman contre le virus de la soumission à l’hégémonie israélo-américaine. Epuiser le dernier îlot de résistance en prélude à une éventuelle offensive contre l’Iran qui donnera la possibilité à George Bush d’opérer une magistrale culbute, passant, de par son piètre bilan, de pire président des Etats-Unis, au plus grand génie politique de l’histoire contemporaine. Donne crédit supplémentaire à cette hypothèse, la démission à la mi-mars de l’amiral William Fallon, commandant en chef du commandement central, la zone couvrant l’arc de crise allant de l’Afghanistan au Maroc, en désaccord avec la stratégie de l’administration néo-conservatrice.

Le Monde arabe constitue avec l’Amérique latine l’une des rares de zone de contestation de l’hégémonie américaine. Au delà des vives critiques fondées et justifiées sur les turpitudes syriennes, l’hermétisme de son régime, son autarcie, sa bureaucratie et son népotisme, comparables en cela aux autres régimes arabes même les plus proches de la grande démocratie américaine, si l’implosion du Liban venait à surgir entraînant dans son sillage le collapsus de la Syrie, une longue période de servitude et de tribalisation s’ouvrirait alors pour les Arabes, Sunnites et Chiites, Salafistes ou Soufistes, Malekites, Chaféites, Hanafites ou Hanbalites, Kurdes et Druzes, Alaouites et Wahhabites, voire même Maronites.

Et Le Liban chéri ne sera plus qu’un «Hariristan» à l’image du Kurdistan irakien, voire même du bantoustan palestinien que les Israéliens et les Américains s’appliquent à édifier sur les lambeaux de la Palestine. Et la perte du Liban sera alors pleurée comme l’aura été la perte de la Palestine, comme auparavant la perte de l’Andalousie: abondamment

Avec pour reliquaire, en guise de méditation aux apprentis sorciers qui sillonnent ce pays depuis si longtemps en toute impunité, cette apostrophe du poète français Jean Racine:

Pleure, Pleure cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.


Références

1-La Révolution dans la rancoeur» (Editions Julliard 1967), ouvrage épuisé, du journaliste libanais Edouard Saab, ancien Rédacteur en chef de l’Orient - Le Jour et ancien correspondant du journal Le Monde au Liban, tué durant la guerre civile libanaise.

2-Les étranges alliances des groupes radicaux islamistes. Enquête sur l’implantation d’Al-Qaida au Liban cf Le Monde diplomatique-février 2008 de Fida’a Itani
Sur le même thême,
-Cf aussi l’article de Seymour Hersch dans le New Yorker (mars 2007) sur les affrontements du camp palestinien de Nahr el Bared, nord du Liban, entre l’armée libanaise et des groupés armés palestiniens sunnites. Affrontements de trois mois particulièrement meurtriers pour l’armée libanaise qui se sont achevés par la reddition du camp mais l’évaporation mystérieuse du chef du commando palestinien,
-ainsi que ”The Middle East, the Gaza Bombshell” by David Rose - April 2008- Vanity Fair.

Noam Chomsky, les terroristes voulaient la fin du monde

Par Tom Engelhardt, traduction/adaptation par Marc Blot pour Agoravox, le 18 mars 2008

L’un des derniers livres de Noam Chomsky − un entretien avec David Barsamian − s’intitule What We Say Goes. Il traite d’un thème particulièrement cher à l’auteur : le fait que nous vivions depuis longtemps sur une planète à sens unique et que le langage que nous manions régulièrement pour décrire les réalités de notre monde est adapté aux intérêts de Washington.

Sur son site internet Informed Comment, Juan Cole a récemment donné un bon exemple du caractère étrange de ce langage ciblé. Lorsque les Serbes ont pris d’assaut l’ambassade des États-Unis à Belgrade, il fit le commentaire suivant (ayant en tête des années d’utilisation du terme « islamo-fascisme ») : « … étant donné que les Serbes sont des chrétiens orthodoxes de l’Est, le Parti républicain et la chaîne d’informations Fox Cable News vont-ils désormais se mettre à tempêter contre le “christo-fascisme ?” »

Bien sûr, dès l’instant où l’on essaye de renverser la norme de Washington (en mots ou en actes), comme l’a fait Chomsky dans un passage intitulé What if Iran Had Invaded Mexico ? (Et si l’Iran avait envahi le Mexique ?), on a déjà mis un pied dans le théâtre de l’absurde. La « terreur » en est un très bon exemple. Celle-ci est quelque chose qui, par définition (récente), est perpétré par des groupes ou mouvements flottants à l’encontre de civils innocents, et est hautement répréhensible (à moins que ces groupes s’avèrent être la CIA qui lance des voitures piégées dans Bagdad ou des voitures piégées ainsi que des bombes aériennes en Afghanistan ; dans ce cas-là ce n’est pas un sujet dont on parle beaucoup dans notre monde, ni que l’on condamne). Toutefois, cette arme terrifiante que constitue la puissance aérienne − au cœur des méthodes guerrières des Etats-Unis − n’entre absolument pas dans la catégorie « terreur » ; peu importe à quel point elle peut terroriser les civils innocents qui se trouvent sous les missiles et les bombes.

C’est en ayant cela en tête que Noam Chomsky s’est intéressé à tous les genres de terreur pratiqués au Moyen-Orient dans le contexte de l’attentat à la voiture piégée perpétré contre une figure majeure du Hezbollah au Liban. D’ailleurs, The Essential Chomsky (dirigé par Anthony Arnove) vient de paraître, il s’agit d’une nouvelle anthologie de ses écrits sur la politique et sur le langage depuis les années 1950 à nos jours, je vous la recommande vivement.


Résumé de l’article de Noam Chomsky "La liste des gens les plus recherchés, le terrorisme intenational" :

Le point de départ de la réflexion de l’auteur est l’assassinat de Imad Moughniyeh − membre éminent du Hezbollah − qui a eu lieu le 13 février 2008 à Damas. En effet, Israël et les Etats-Unis se sont réjouis de la disparition d’un homme qu’ils considéraient comme le plus dangereux des terroristes après Oussama ben Laden, « Un militant qui voulait la fin du monde » comme le titrait un article publié dans le journal londonien Financial Times. En fait, Chomsky explique que les États-Unis ont mis en place une terminologie spécifique qui leur permet d’évaluer les violences selon leurs propres critères et de se targuer du soutien de la communauté internationale. Selon les règles de ce langage, « le monde » désigne les classes politiques de Washington et de Londres ainsi que tous leurs sympathisants. Cela a ainsi permis à George Bush de déclarer que « le monde » le soutenait quand il a donné l’ordre de bombarder l’Afghanistan. Certes « le monde » avait soutenu cette action, mais certainement pas le monde, qui aurait largement préféré que l’on prenne des mesures judiciaires et politiques envers ce pays.

Dans les pas de la terreur

Non sans ironie, Chomsky affirme que si « le monde » s’étendait au monde, alors la liste des candidats des terroristes les plus recherchés risquerait fort de s’allonger. Il s’avère qu’hormis deux attentats (deux détournements d’avion en 1985 au cours desquels un militaire américain et un civil américain handicapé furent tués) que l’on peut attribuer avec certitude à Imad Moughniyeh, la plupart des accusations portées contre lui sont infondées. De plus, ces actions terroristes ont été effectuées en représailles du bombardement de Tunis perpétré une semaine plus tôt et commandité par le Premier ministre israélien Shimon Peres − action soutenue plus ou moins officieusement par les Américains. Ce bombardement causa la mort de 75 Tunisiens et Palestiniens. Le Conseil de sécurité de l’ONU a d’ailleurs condamné à l’unanimité cet acte d’agression (accusation beaucoup plus grave que celle de terrorisme international) ; les Etats-Unis, eux, se sont abstenus. Quant aux Israéliens, ils ont justifié ce massacre en disant qu’il s’agissait de représailles contre les « attaques terroristes » dont ils étaient victimes. Ainsi la loi du talion fonctionne à plein, enfermant le Moyen-Orient dans un cercle vicieux meurtrier. Dans ce contexte, les Etats-Unis passent systématiquement sous silence, justifient ou, pire, soutiennent les violences israéliennes aussi sanglantes soient-elles, tandis que tout aussi systématiquement ils condamnent les violences de l’autre camp et accusent les Palestiniens d’être des bêtes sanguinaires, des « sauterelles » qui doivent être « écrasées ».

Voiture piégée

Si on se livre au jeu morbide des comparaisons, en 1985 le bombardement de Tunis fut de loin beaucoup plus atroce et meurtrier que le détournement d’avion effectué par Imad Moughniyeh. Mais poursuivons notre concours du pire des attentats terroristes : en bonne place figure celui de l’attentat à la voiture piégée perpétré par la CIA de Reagan et ses alliés saoudiens avec l’aide de la Grande-Bretagne. Il eut lieu à Beyrouth dans le but de tuer l’ecclésiastique shiite Sheikh Mohammad Hussein Fadlallah. La bombe a explosé alors que les fidèles venaient juste de quitter la mosquée après les prières du vendredi. Cela fit des centaines de victimes, femmes et enfants compris. Toutefois, « le monde » n’ayant pas pour habitude d’enquêter sur ses propres crimes, l’affaire ne fit que peu de vagues.

« Les villageois terroristes »

Le troisième candidat en lice dans la compétition pour le Prix du terrorisme au Moyen-Orient en 1985 est l’ensemble des opérations baptisées « Poigne de fer ». Commanditées par Peres, ces attaques visaient ce qu’Israël appelait « les villageois terroristes » dans les territoires Sud du Liban. Là, encore, le résultat fut sanglant, mais, toujours selon les règles du « monde », considéré sans importance. Cependant, si l’on change de point de vue, ces faits pourraient nous amener à relativiser la gravité des actions terroristes attribuées à Imad Moughniyeh comparée à celle des violences exercées par Israël. De plus, on pourrait s’interroger sur la légitimité du terme « attaque terroriste » pour qualifier l’attaque d’une base militaire dans un pays étranger, surtout lorsque les forces françaises se livrent alors à des bombardements massifs au Liban et que les Etats-Unis soutiennent son invasion par Israël en 1982, invasion justifiée selon eux par la menace perpétuelle des attaques de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine).

Meurtre sans préméditation

On accuse également Imad Moughniyeh d’avoir organisé le bombardement de l’ambassade d’Israël à Buenos Aires le 17 mars 1992, lors duquel périrent 29 personnes. Cet attentat fut conduit en représailles de l’assassinat de l’ancien leader du Hezbollah, Abbas Al-Mussawi et de sa famille. Ce meurtre, revendiqué par Israël, a eu lieu lors d’une attaque aérienne dans le Sud Liban, rendue possible grâce à un hélicoptère gracieusement fourni par les Américains. Après cet événement, le Hezbollah décida de « changer les règles du jeu » : auparavant Israël pouvait lancer des attaques meurtrières partout au Liban tandis que le Hezbollah, lui, ne pouvait rétorquer qu’en attaquant les territoires occupés par Israël. Après le meurtre de Al-Mussawi, le Hezbollah a commencé à lancer des roquettes au nord de l’Etat juif. Rabin, en réponse à cette « intolérable terreur » a envahi le Liban, chassant 500 000 personnes hors de chez elles et faisant plus de 100 victimes. Tout cela sous l’œil bienveillant de Bill Clinton, pour qui il était essentiel de faire respecter par tous les règles du jeu. Il érigeait ainsi Rabin en grand défenseur de la paix, luttant contre ces affreuses bêtes sanguinaires.
Les plus fervents défenseurs des Israéliens et des Américains expliquent sérieusement que, tandis que les Arabes tuent délibérément des gens, les Etats-Unis et Israël, eux, étant des sociétés démocratiques, ne le font pas exprès. Quand ils tuent, c’est accidentel, rien à voir, donc, avec le degré de dépravation morale dont font preuve leurs adversaires. On peut ainsi diviser les meurtres en trois catégories : meurtre prémédité, homicide involontaire et meurtre en toute connaissance de cause, mais sans intention spécifique de tuer. Les atrocités commises par les Etats-Unis et Israël appartiennent bien sûr à la dernière catégorie. Ces deux pays considèrent en effet qu’il n’est pas plus grave d’écraser une fourmi que de tuer des Africains : ces derniers ont tellement peu de valeur que cela ne vaut pas la peine de se poser la question de leur mort. Il va sans dire qu’on envisagerait autrement des attaques arabes perpétrées à l’encontre d’êtres humains dignes de ce nom.

Et Chomsky de conclure : "Prenons un peu de distance et posons-nous cette question : qui sont les criminels qui veulent la fin du monde ?"


Cet article est un résumé composé à partir d’un article de l’américain Tom Engelhardt, publié sur le site TomDispatch.com le 26 février 2008 et intitulé "Noam Chomsky, Terrorists Wanted the World Over". Avec l’aimable autorisation de l’auteur

Au Liban, l’attente fiévreuse de l’USS Cole

L’arrivée prochaine de l’USS Cole sur les côtes libanaises inquiète et exacerbe la tension. Les libanais gardent le souvenir des obus d’une tonne tirés par la flotte US en 1983 sur Beyrouth. Franklin Lamb, spectateur engagé des drames libanais, a rencontré les jihadistes du camp d’Ain El Helwe, au sud Liban, qui rêvent d’en découdre avec les forces américaines.

Par Franklin Lamb, Counter Punch, 1er mars 2008

Selon mes décomptes, il y a au moins huit - et peut-être bien quatre de plus - groupes d’orientation salafiste inspirés par Al-Qaïda, qui s’organisent et opèrent au Liban. La plupart sont représentés sous une forme ou une autre à Ain el Helwe, le plus grand des 12 camps de réfugiés palestiniens du pays. Les adolescents semblent être parmi leurs plus ardents défenseurs.

Ces groupes islamistes s’organisent et agissent dans ce camp comme dans d’autres, pour la même raison que celle que Bill Clinton avait invoqué concernant Mme Monica Lewinsky : « Parce que je le pouvais » comme il l’a finalement admis.

La situation est la même pour Al-Qaida au Liban. Les dirigeants palestiniens sont fermement opposés à ces groupes islamistes, mais, tout comme le « gouvernement » du Liban, ils sont impuissants à les empêcher de s’installer dans ces refuges relativement sûrs.

Ces derniers jours, ces groupes ont été mis en émoi par le déploiement du destroyer lance-missile USS Cole, qui aurait quitté Malte le 26 février, en route vers une position au large de Beyrouth. Son arrivée imminente au Liban est considérée comme un avertissement en direction de la Syrie, de l’Iran et de la résistance libanaise, dirigée par le Hezbollah. Cela signifie que, au moment où l’administration Bush a sans doute « perdu » en Iraq, en Afghanistan, et peut-être bientôt au Pakistan et dans certaines parties de la région du Golfe, elle est prête à se joindre dans la lutte avec Israël afin de ne pas « perdre » le Liban.

L’amiral Michael Mullen, le chef d’Etat Major des USA, a déclaré hier que le déploiement ne devrait pas être perçu comme une menace ou une réponse à des événements survenus dans un pays particulier de cette région instable.

« La Méditerranée Orientale est une région importante pour nous », a-t-il déclaré lorsqu’on l’interrogeait sur l’annonce du déploiement de ces navires. « C’est un groupe de vaisseaux qui va opérer dans les environs durant un certain temps », ajoutant qu ’ « il n’est pas destiné à envoyer de signaux plus forts que cela. Mais il signale que nous sommes engagés, nous allons être dans cette région, qui est une partie très, très importante du monde. »

L’amiral Mullen a également été interrogé pour savoir si le déploiement des navires est lié au calendrier de l’élection libanaise.

« Dire qu’il est directement lié serait incorrect, mais nous sommes certainement conscients du fait que ces élections sont importantes, et qu’elles surviendront à un certain moment, » a-t-il répondu.

Et lorsqu’on lui a demandé si la Syrie était la raison de ce déploiement, il a précisé « ce n’est pas spécifiquement adressé à un pays, mais plutôt à l’ensemble de la région. »

Le porte-parole du Conseil National de Sécurité américain, Gordon Johndroe, a ajouté que le déploiement de l’USS Cole était justifié par le fait que le président George Bush était préoccupé par la situation au Liban.

« Bush pourrait devoir détruire le Liban pour le sauver, comme il l’a fait avec l’Irak », plaisante un adolescent souriant en servant un thé sucré comme celui que l’on m’a offert à chaque rencontre à Ain el-Helwe lors de mes visites liées à un projet éducatifs en direction des étudiants palestiniens.

Le Liban n’a pas été très réceptif à l’administration Bush qui y a subi une série d’échecs durant trois années de projets avortés en direction du Liban.

Parmi ces échecs, on compte la guerre de Juillet 2006, l’essai d’installer une base aérienne avancée de l’OTAN à Kleiate, l’importation de salafistes pour lutter contre le Hezbollah, en tentant d’organiser une armée sunnite au nord, autour de Tripoli et Akkar pour lutter contre les chiites dans le Sud, la proposition de financer un troisième Parti politique chiite pour affronter le Hezbollah et le Amal, des efforts pour déclencher une guerre civile, et, plus récemment, des suspicions non prouvées de l’octroi d’un « feu vert » pour des assassinats politiques en une tentative d’impliquer et d’isoler la Syrie. Le Club [1] devient agressif, selon un membre de l’administration de la Commission du Renseignement du Sénat américain.

L’USS Cole , déployé en « manifestation de soutien à la stabilité régionale, » assure la même mission que celle qui était la sienne quand il a été attaqué dans le port d’Aden au Yémen, en octobre 2000 par une embarcation suicide d’Al-Qaeda tuant dix-sept marins américains, en blessant plus de 50, et endommageant gravement le bâtiment. L’ironie de la situation, n’échappe pas aux militants d’Al-Qaida installés au sud à Ain el Helwe, près de la ligne bleue et dans le nord à Tripoli et Hermel. Selon Ahmad, un combattant chevronné au visage d’enfant, arrivé en provenance de l’Irak il y a quelques mois, et qui ressemble en tous points à l’image que l’on pourrait se faire d’un moudjahidine salafiste d’Al-Qaida , « les navires de guerre US ne quitteront pas les eaux du Liban sans qu’ils soient attaqués et détruits. Ils viennent mener une guerre contre le Liban au nom des sionistes, » affirme-t-il.

Rena, une superbe femme blonde, qui semble plus européenne qu’arabe et paraît être une sorte d’expert militaire, s’exprime comme si elle était une porte-parole du Pentagone :

« Le Groupe de Combat du Nassau, basé à Naples en Italie, est arrivé dans la zone d’opération de la 6ème flotte, il y a trois jours. Ils pourrait rejoindre l’USS Cole et nous attendons finalement six navires. Le Cole a été remis à l’eau en avril 2002 et a eu son premier ordre de mission en novembre 2003. »

Mes yeux s’écarquillent. Rena poursuit :

« Nous surveillons attentivement leurs mouvements. Outre le Nassau, le groupe comprend un croiseur et deux destroyers lance-missiles et deux autres navires amphibies. Les navires amphibies peuvent emporter des milliers de Marines et débarquer sur les côtes du Liban presque tout le long de leurs 120 Kilomètres. »

« Comment savez-vous tout ça ? » Baffouillé-je.

Son compagnon, tout en servant à nouveau du thé sucré, se lance dans une explication :

« Nos moudjahiddines ont beaucoup appris depuis que nous avons attaqué le Cole à Aden en octobre 2000. L’administration Bush n’a rien appris de l’histoire. Est-ce que Bush a lu ? Sait-il ce qui s’est produit lorsque les États-Unis ont envoyé les Marines et l’USS New Jersey en 1983 ? Pense-t-il que le Liban a oublié qu’ils ont dévasté le sud de Beyrouth et le Mont-Liban en bombardant avec des obus de 1300 kilos ? Nous attendons que ces boîtes de de sardines pleines de croisés soient incinérées comme les chars israéliens Merkavas l’ont été durant la guerre de juillet. Qu’ils viennent - ils partiront — Comme lorsque Reagan les a envoyé la dernière fois ! »

En 1983, au plus fort de l’intervention américaine au Liban, environ 17 navires - deux groupes de porte-avions de combat et deux énormes cuirassés - patrouillaient le littoral libanais, tandis qu’un contingent de Marines était déployé à l’aéroport de Beyrouth.

L’amie d’Ahmad ajoute : « tôt ou tard, les navires de guerre américain vont bombarder le Liban. Ils ne viennent pas ici pour admirer nos paysages. Quand ils le feront, l’ambassade des Etats-Unis ainsi que d’autres cibles identifiées disparaîtront dans les heures qui suivent. Ils viennent probablement dans le but de faire la guerre contre la Syrie et l’Iran, ainsi que le Liban. Ce sera une grande guerre, et elle pourrait débuter très bientôt. »

L’ancien député Nasser Qandil a affirmé vendredi qu’en envoyant ses navires de guerre au Liban, les États-Unis veulent dire : « nous avons tué Imad Mughniyeh [2], et nous faisons un come-back, Imad. »

M. Qandil a également affirmé que le directeur du Conseil de sécurité national saoudien, le prince Bandar bin Sultan, veut que le Liban devienne « un refuge pour Al-Qaeda remplaçant l’Irak, ce qui signifie que l’arrivée de navires de guerre américains vise à attirer les jihadistes arabes d’Irak pour faire baisser la pression exercée sur l’armée américaine. »

Un haut responsable américain resté anonyme, (David Welch, selon une source informée) a déclaré à l’agence Reuters que cette nouvelle mission du Cole était « une manifestation de soutien pour la stabilité régionale. Nous sommes très préoccupés par la situation au Liban. Elle s’est dégradée depuis longtemps. »

La dernière chose que souhaite le Hezbollah c’est une guerre civile au Liban et c’est la première chose que veut Israël. La plupart des libanais admettent que le Hezbollah à pour objectif la résistance à l’agression israélienne et à l’occupation, l’application de la résolution 1701 et au retrait israélien des fermes de Chebaa et du village de Ghajar. Ses partisans affirment que le Hezbollah désarmera lorsque Israël cessera d’être une menace pour le Liban.

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah, cité par le quotidien As Safir de Beyrouth, a déclaré que « l’action des Etats-Unis » prouve que la « véritable confrontation se déroule avec les dirigeants de Washington. La démonstration de force des USA apporte la preuve de leur échec et indique qu’ils ont épuisé toutes leurs pressions politiques visant à imposer une tutelle américaine. »

Ultérieurement, M. Fadlallah a précisé : « L’administration américaine a déjà eu recours par le passé à la politique de l’envoi de navires de guerre en appui à ses alliés au Liban. Cette tentative a échoué et s’est retournée contre eux. »

« Nous ne céderons pas aux menaces et à l’intimidation armée pratiquée par les des États-Unis pour mettre en oeuvre son hégémonie sur le Liban ».

Les évènements à venir seront désormais déterminés par ce que fera cette armada en arrivant au large du Liban.


Publication originale Counter Punch, traduction Contre Info


 

[1] F. Lamb désigne sous le nom de « Club » les partisans et les alliés des USA au Liban

[2] Le responsable militaire du Hezbollah victime d’un attentat à Damas

 

Liban : l’ancien directeur des services secrets français accuse les Etats-Unis

Extraits d’un entretien avec Yves Bonnet, ancien directeur de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire).

Al Intiquad, 8/02/2008
Traduction par Raymond RICHA

- Pourquoi toute cette préoccupation internationale au Liban ?

Trois pays veulent s’ingérer au Liban, les États-Unis, l’Arabie Saoudite et Israël. Leurs intérêts convergent et la coopération américano saoudienne, via le club Welch, est forte au Liban. Les États-Unis souhaitent transformer le Liban en une base à partir de laquelle ils auront à faire pression sur la Syrie et le Hezbollah.

- Que voulez-vous dire par club Welch ?

Il s’agit du groupe Geagea-Joumblatt-Hariri-Sanioura ; ce groupe est totalement sous les ordres de David Welch.

- Pourquoi nommez-vous ce groupe « club Welch » ?

Regarder l’actuelle situation au Liban. La division est grande et une de ses conséquences, la faiblesse des chrétiens dans leur incapacité de choisir un président de la République, sans l’accord des États-Unis, d’Israël et de l’Arabie Saoudite.Lors de ma visite du Liban, j’ai été surpris de l’importance de cette division provoquée par l’ingérence étrangère.

Tout le monde vise à imposer sa volonté aux libanais, en premier, notre ministre Bernard Kouchner qui, à une époque, avait déclaré que l’armée libanaise devait détruire le camp de Nahr Al Bared. Je suis persuadé que, sans aucune ingérence étrangère, les libanais auraient pu former un gouvernement d’unité nationale.

- Qui, d’après vous, a interdit la formation de ce gouvernement ?

Les États-Unis et Israël ; autrement, qui a intérêt à ce que ce gouvernement ne soit pas formé ? La division au Liban sert en priorité l’intérêt d’Israël.Lors de ma visite en août 2006, j’avais constaté que le Liban traversait une période que l’on pouvait qualifier d’unité nationale, ceci grâce aux positions de Michel Aoun et de Hassan Nasrallah. A cette époque, Nasrallah avait été très intelligent en considérant la victoire du Hezbollah comme étant celle de tous les libanais ; simultanément, Aoun était resté fermement solidaire de la Résistance durant toute la période d’agression israélienne. Les États-Unis et Israël s’attèlent aujourd’hui à diviser les libanais selon la formule connue « diviser pour régner ».

- Pourquoi l’armée libanaise mena le combat de Nahr Al Bared ?

Les États-unis exprimaient leur volonté de revenir militairement au Liban. Cependant, la partie Sud du pays étant sous l’influence du Hezbollah, la solution idéale était alors de s’infiltrer par la porte nord en réanimant l’ancien projet de construction d’une base militaire à cet endroit. D’où l’idée de quelques uns aux États-Unis de provoquer des troubles au nord du pays pouvant ainsi fournir le prétexte à une présence militaire au Liban. Sur ce sujet, il faut savoir que les groupuscules connus sous le nom de Fath Al Islam étaient soutenus financièrement par les Hariri, avec un salaire mensuel de sept cent dollars par individu. Il n’est pas nécessaire d’en débattre compte tenu de la véracité de cette information. Ainsi, l’armée libanaise tomba dans ce grand piège qui lui était tendue ; elle fut contrainte à s’engager dans un dur affrontement dont elle n’avait pas besoin.
Quand je vois Monsieur Kouchner se comporter comme un général d’armée et je l’entends appeler à la destruction de Nahr Al Bared, je devine l’importance de l’irresponsabilité avec laquelle ce sujet avait été traité.

- Qui est derrière les attentats au Liban ?

Là se présente à nouveau la question de savoir : à qui profite ces crimes ? Peut-on alors accuser la Syrie ? Les syriens savent parfaitement que leur pays est la principale cible. Je crois que la Syrie est totalement étrangère à ces attentats.

- D’après vous, qui a assassiné Wassam Eid ?

Cet assassinat est l’œuvre de ceux qui étaient proches de lui et qui travaillaient dans son entourage. Ici, l’essentiel n’est pas de connaître les exécutants de ce crime mais plutôt les commanditaires.

- Pourquoi tous ces assassinats ?

A travers ces assassinats, le but recherché est le maintien de la crise et son aggravation. Ces attentats ne ciblent un individu que dans l’unique but d’aggraver cette crise. De là nous nous posons une question au sujet de l’assassinat de Pierre Gemayel et sur l’importance du dérangement que représentait cette personne. En vérité, le but de cet assassinat était la propagation du feu amorcé sur le fil conducteur de la crise.

- D’après vous, pourquoi monsieur Geagea ressent-il tant de force et d’assurance ?

Une seule explication à cela : il est du côté de ceux qui exécutent ces crimes. Toujours à propos des ces assassinats, monsieur Joumblatt accuse le Hezbollah.….Il est certain pour tous que le Hezbollah n’a aucun lien avec tous ces crimes qui servent les intérêts de ses ennemis.

- Vos déclarations se basent-ils sur des faits ou des analyses ?

Les deux à la fois. A propos de l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri les enquêteurs affirment qu’ils possèdent des preuves. Mais alors qu’ils les avancent. Pourquoi ne les annoncent-t-ils pas ?

- A propos de l’entente Hezbollah (Courant Patriotique Libre), comment appréciez-vous cette entente ?

D’abord il faudra que l’on signale la modération et le calme qui caractérisent la personnalité de Hassan Nasrallah. A travers cette entente, Michel Aoun a agit en écartant tous les dangers d’une nouvelle guerre civile. Le Hezbollah est un fort garant aux chrétiens et à leur rôle important au Liban et au Moyen Orient. Si j’étais chrétien libanais, je me serais allié à Michel Aoun et aurais soutenu sa politique. Croyez-vous que les chrétiens au Liban, de surcroît minoritaires dans le monde arabe, pourraient vivre sous l’emprise salafiste ?

- A propos de la politique de la France envers le Liban, comment appréciez-vous cette politique ?

Cette politique interpelle la désolation, ceci depuis le règne de Jacques Chirac qui confondait ses intérêts avec ceux de la France. Avec Nicolas Sarkozy, les considérations personnelles ne sont plus comme elles étaient du temps de Chirac ; cependant Sarkozy n’est pas Charles De Gaulle et est très proche des américains.
Quant au ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, il est l’homme des idéologies et agit en s’y référant. Dans la situation libanaise et dans la question iranienne, souvent il agit à partir de ses émotivités juives ; n’était-t-il pas un des rares qui avaient soutenu l’invasion de l’Iraq ?

- Vous avez évoqué le caractère modéré du Hezbollah ; cependant les médias en France disent le contraire ?

Les médias en France tentent de faire croire et admettre que le Liban est divisé en deux parties : le groupe de la démocratie, c’est-à-dire celui au pouvoir et le groupe pro syrien, c’est-à-dire l’opposition.

- Sur quoi vous vous basez pour croire que le groupe au pouvoir est plus démocratique que les autres ?

L’ironie est le fait qu’une bonne majorité des gens actuellement au pouvoir, s’était rassasié depuis longtemps, tout en étant à table, hôte de syriens, et qu’aujourd’hui elle accuse Michel Aoun d’être proche de la Syrie. Enfin, le Hezbollah en 2008 n’est pas celui de 1985. Il est un mouvement de résistance à l’occupation, et son chef, Hassan Nasrallah, agit au Liban comme avait agit De Gaulle en France.

- Avez-vous l’intention de visiter prochainement le Liban ?

Je visite souvent le Liban et mon plus grand souhait est de rencontrer un jour Hassan Nasrallah : cette divine personnalité mérite grand respect

 

Source: http://libanresistance.blogspot.com/200 … -bris.html