Affaire Hariri : après la Syrie, le Hezbollah et l’Iran mis en accusation

Quatre ans après l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, l’enquête internationale n’a toujours pas abouti et donne lieu à de nouvelles manipulations politiques. Loin de la rigueur qui sied à une procédure judiciaire, un article du Spiegel ouvre un nouvel épisode du feuilleton : puisqu’il a fallu renoncer à accuser la Syrie, faute de preuves, les enquêteurs proches des États-Unis et d’Israël désignent maintenant l’Iran. Ce rebondissement intervient comme un contre-feu, après qu’un journaliste états-unien s’exprimant sur Russia Today, ait accusé Dick Cheney d’avoir commandité le crime.

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Le 14 février 2005, le convoi de Rafic Hariri est attaqué à Beyrouth.
A ce jour, les enquêteurs ne sont pas en mesure d’expliquer
les dégâts commis qu’une explosion classique ne saurait provoquer.

Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, les investigations du Tribunal spécial pour la Liban se dirigent désormais vers une mise en cause du Hezbollah dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. La nouvelle a immédiatement été reprise par les agences de presse occidentales tandis que le ministre des Affaires étrangères israélien, Avigdor Lieberman, a demandé le lancement d’un mandat d’arrêt international ou l’interpellation par la force du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

Cette agitation intervient alors que, sur la chaîne de télévision publique Russia Today, le journaliste états-unien Wayne Madsen avait affirmé, deux semaines plutôt, que l’assassinat de Rafic Hariri avait été commandité par le vice-président des États-Unis de l’époque, Dick Cheney ; une nouvelle qui avait été ignorée par les agences de presse occidentales et le gouvernement israélien, mais qui avait semé le trouble au Proche-Orient dans son ensemble et au Liban en particulier [1].

Ces deux accusations ne sont pas seulement contradictoires entre elles, elles contredisent aussi les données de l’enquête officielle selon lesquelles treize terroristes islamistes sunnites, actuellement incarcérés au Liban, ont avoué leur participation à l’attentat.

Survenant en pleine campagne électorale, ces imputations n’auront pas le temps d’être sereinement débattues avant le scrutin du 7 juin.

Le positionnement du Spiegel

L’article qui a mis le feu aux poudres en Occident sera publié dans la prochaine livraison du Spiegel. Cependant, il est déjà disponible sur le site internet du magazine, mais en version anglaise [2]. Ce choix éditorial montre que, bien que publié à Hambourg, l’article est moins destiné aux lecteurs allemands qu’à l’opinion publique internationale, voire aux Libanais.

L’auteur de l’article, Erich Follath, est un journaliste réputé qui écrit depuis trente ans sur les sujets de politique internationale les plus divers. Il s’est fait connaître, en 1985, en publiant un livre documenté de l’intérieur sur les services secrets israéliens, L’Œil de David [3]. Il est ajourd’hui membre de l’Atlantische Initiative, un groupe de pression en faveur de l’OTAN. Il ne cache pas son antipathie pour le Hezbollah, qu’il ne considère pas comme un mouvement de résistance, mais comme un « État dans l’État » et qu’il rend responsable des attentats survenus en 2002 et 2004 en Amérique latine [4].

Le Spiegel est un hebdomadaire créé en 1947, après la chute du IIIe Reich, par l’autorité d’occupation anglaise. Celle-ci en confia la direction au journaliste Rudolf Augstein. À la mort de celui-ci, en 2002, le capital a été réorganisé. Le journal appartient désormais pour un quart à la famille Augstein, pour moitié aux rédacteurs, et pour le quart restant au groupe Bertelsmann. Ce dernier est étroitement lié à l’OTAN pour le compte de laquelle il organise à Munich la conférence annuelle sur la sécurité [5].

Tout au long de son histoire, le Spiegel s’est distingué par une série de scoops qui ont profondément influé sur la vie politique allemande en détruisant bien des carrières. Généralement très bien informés, ses articles servaient toujours les intérêts anglo-américains. À droite, Franz Josef Strauß l’appelait « la Gestapo d’aujourd’hui », tandis qu’à gauche, le chancelier Willy Brandt le qualifia de « feuille de merde ».

En 2002, c’est le Spiegel qui avait été chargé de démontrer la fausseté de mon enquête sur le 11-Septembre. L’hebdomadaire avait envoyé pendant six mois une équipe contre-enquêter aux États-Unis. Elle était rentrée bredouille, les autorités US persistant à interdire aux journalistes l’accès aux sites des attentats et tout contact avec les fonctionnaires concernés. Le magazine n’en avait pas moins publié un dossier spécial pour exprimer son opposition idéologique à mes conclusions, faute de pouvoir leur opposer des contre-arguments [6].

Plus récemment, en 2008, la direction du journal a censuré un reportage de l’un de ses plus célèbres photographes, Pavel Kassim. Il avait eu le tort de prendre des clichés des crimes et des destructions commises par l’armée géorgienne, encadrée par des officiers israéliens, en Ossétie du Sud. Le Spiegel entendait expliquer à ses lecteurs la vulgate atlantiste selon laquelle les Géorgiens étaient d’innocentes victimes de l’Ours russe.

Les révélations du Spiegel

Ceci étant posé, que nous apprend l’article d’Erich Follah ? Selon le journaliste, le Tribunal spécial pour le Liban dispose depuis un mois d’informations nouvelles mais se retient de les divulguer pour ne pas politiser l’affaire en interférant dans la campagne électorale législative libanaise. Toutefois, un ou des membres de ce tribunal lui ont donné accès à des documents internes couverts par le secret de l’instruction. Et le journaliste d’ajouter que, a contrario, la publication de son article sera dommageable pour le Hezbollah et lui fera peut-être perdre les élections.

Si le Spiegel a légitiment choisi son camp, il est déplorable que cela lui fasse rendre compte de l’enquête du Tribunal spécial sans le moindre esprit critique. La fuite organisée de l’intérieur du Tribunal pose, quant à elle, une grave question sur l’impartialité de cette juridiction.

On se souvient que, au moyen de logiciels sophistiqués, les enquêteurs libanais, assistés par la Commission d’enquête de l’ONU, avaient passé au peigne fin les 94 millions de communications téléphoniques ayant eu lieu dans la période de l’attentat à Beyrouth. Ils avaient constaté que plusieurs numéros prépayés avaient été activés ce jour-là, qu’ils avaient émis des appels les uns vers les autres sur le parcours du convoi du président Hariri, puis n’avaient plus été utilisés, sauf pour quelques appels « sortants » [7]. Juste après avoir commis leur crime, les conspirateurs avaient tenté de joindre directement ou indirectement quatre généraux libanais, qualifiés en langage médiatique occidental de « pro-Syriens ». Sur la base de cette présomption, le chef de la Commission de l’ONU, Detlev Mehlis, avait fait arrêter les quatre généraux le 30 août 2005 et mis en cause la Syrie. Mais ces appels sortants ne prouvant rien du tout, sinon que les conspirateurs souhaitaient désigner aux enquêteurs ces quatre généraux, les suspects ont été libérés par le Tribunal après trois ans et demi de détention préventive [8]. La Commission des Droits de l’homme de l’ONU avait qualifié cette incarcération demandée par les enquêteurs de l’ONU « d’arbitraire » [9].

Le Tribunal aurait découvert qu’un autre appel sortant a été donné depuis un des téléphones mobiles des conspirateurs. Il conduit vers une jeune femme qui s’avère être la compagne d’Abd al-Majid Ghamlush, un résistant du réseau du Hezbollah, ayant reçu une formation militaire en Iran. Au sein de la Résistance, cet individu serait placé sous les ordres d’Hajj Salim, lequel dirigerait une cellule obéissant aux seuls ordres d’Hassan Nasrallah. Salim serait donc le cerveau du complot et le secrétaire général du Hezbollah en serait le commanditaire.

Le problème est que, si cette méthode d’investigation a été jugée erronée dans le cas des quatre généraux, on ne voit pas pourquoi elle serait soudain devenue correcte pour mettre en cause le Hezbollah. Peu importe : puisque la piste syrienne est morte, voici venir la piste iranienne. Erich Follath précise en effet que si le Hezbollah n’avait pas de mobile clair pour tuer le président Hariri, ses soutiens en Iran pouvaient en avoir. Bref, veuillez cocher la case suivante dans la liste « Axe du Mal ».

Un Tribunal tout aussi spécial que la Commission

La Commission d’enquête de l’ONU avait sombré dans le ridicule avec la Justice-spectacle de son premier président, l’Allemand Detlev Mehlis, dont même le Spiegel pense le plus grand mal [10]. Elle s’était fourvoyée en recourant à de faux témoins bientôt démasqués. Elle avait progressivement retrouvé en crédibilité avec le Belge Serge Brammertz, puis avec le Canadien Daniel Bellemare. Ce dernier ayant été nommé président du Tribunal spécial, l’on pouvait espérer que cette juridiction ferait preuve du sérieux qui avait manqué à la Commission à ses débuts.

Seulement voilà, le Tribunal dispose de ses propres enquêteurs et ceux-ci ont été choisis sur recommandation de Detlev Mehlis. M. Mehlis est un ancien procureur qui a fait sa carrière en Allemagne de l’Ouest à l’ombre de la CIA avant de travailler à Washington pour le WINEP, un think tank satellite de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) [11]. M. Mehlis, de nationalité allemande, mais éligible à la nationalité israélienne, s’entoura à Beyrouth d’une équipe majoritairement composée d’Allemands et d’Israéliens. Le nouveau chef des enquêteurs est l’Australien Nick Khaldas. En réalité un Égyptien naturalisé australien, également éligible à la nationalité israélienne [12]. Ainsi, le même groupe de pression reste aux manettes, il emploie les mêmes méthodes, et poursuit les mêmes objectifs bien éloignés de la recherche de la vérité : mettre en accusation ceux qui s’opposent aux États-Unis et à Israël au Proche-Orient.

Au demeurant, le problème ne se limite pas aux élucubrations de M. Mehlis et de ses amis, il concerne le Tribunal spécial, ses fuites organisées dans la presse et son absence de volonté de poursuivre les pistes dont il dispose.

Durant les trois années où Detlev Mehlis et ses relais dans la presse atlantiste ont crié haro sur la Syrie et ont dénigré les juges Brammertz et Bellemare, ils ont produit un témoin miracle venu corroborer les soupçons, Mohammed Al-Siddiq. Ce personnage trouble s’est finalement rétracté après que l’on ait mis en évidence des invraisemblances dans ses propos. Il a trouvé refuge en France et devait être entendu par le Tribunal afin de comprendre qui avait voulu manipuler la Justice. Or, ce témoin avait disparu au nez et à la barbe des policiers français [13]. Ayant imprudemment noué contact avec sa famille, les services secrets syriens retrouvèrent sa trace aux Émirats arabes unis, où il fut arrêté en possession d’un faux passeport tchèque. Interrogé aux Émirats par l’équipe de Daniel Bellemare, il décrivit sur procès-verbal comment il avait été recruté, payé et protégé par quatre personnalités dont le ministre pro-US Marwan Hamade et l’oncle pro-US du président syrien, Rifaat el-Assad.

Affolé de cette découverte, le Tribunal a décidé de renoncer à citer à comparaître l’ex-témoin-clé. Son audition conduirait automatiquement à la mise en examen de ses commanditaires et tournerait les regards vers… Washington et Tel-Aviv.

Quoi qu’il en soit, les enquêteurs de l’ONU et le Tribunal spécial se grandiraient en examinant la piste Cheney avec l’acharnement dont ils ont fait preuve pour la piste syrienne et qu’ils retrouvent pour la piste iranienne.

Par Thierry Meyssan pour le Réseau Voltaire, le 24 mai 2009
 


Références :

[1] « Dick Cheney aurait commandité l’assassinat de Rafic Hariri », Réseau Voltaire, 7 mai 2009.

[2] « New Evidence Points to Hezbollah in Hariri Murder », par Erich Follath, Spiegel Online, 23 mai 2009.

[3] Das Auge Davids. Die geheimen Kommandounternehmen der Israelis, par Erich Follath, Goldmann Wilhelm éd, 1985. Ouvragé réédité, en 1989, par le groupe Bertelsmann.

[4] Sur cette intox, lire « Washington veut réécrire les attentats de Buenos-Aires », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 13 juillet 2006.

[5] « La Fondation Bertelsmann au service d’un marché transatlantique et d’une gouvernance mondiale », par Pierre Hillard, Réseau Voltaire, 20 mai 2009. Pour approfondir : La Fondation Bertelsmann et la « gouvernance » mondiale, par Pierre Hillard, François-Xavier Guibert éd., 2009, 160 pp.

[6] Reconnaissons au Spiegel l’honnêteté d’avoir au moins essayé de contre-enquêter, ce qu’aucun autre grand médias n’a tenté de faire. Observons au passage que certains auteurs m’ont reproché de ne pas avoir fait ce qu’ils n’ont pas fait et que le Spiegel a constaté qu’il était impossible de faire : investiguer sur les lieux des attentats dont l’accès est interdit aux médias au nom du Secret-Défense.

[7] « Utilisation de cartes téléphoniques prépayées » (§148 à 152 et §199 à 203) in Premier rapport de la Commission Detlev Mehlis sur l’assassinat de Rafic Hariri.

[8] « Affaire Hariri : l’ONU clôt la piste syrienne et libère les quatre généraux libanais », Réseau Voltaire, 29 avril 2009.

[9] « Rapport du Groupe de travail de la Commission des droits de l’homme de l’ONU sur les détentions arbitraires », 29 janvier 2008.

[10] « La commission Mehlis discréditée », par Talaat Ramih ; «  Attentat contre Rafic Hariri : Une enquête biaisée ? », entretien de Jürgen Cain Kulbel avec Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 9 décembre 2005 et 15 septembre 2006.

[11] L’AIPAC se définit comme le lobby ro-israélien aux USA. Voir Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, par John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, La Découverte éd. (2009), 500 pp.

[12] « Un étrange enquêteur nommé au Tribunal spécial de l’ONU pour le Liban », Réseau Voltaire, 22 décembre 2008.

[13] « Kouchner a « perdu » le témoin-clé de l’enquête Hariri », par Jürgen Cain Külbel, Réseau Voltaire, 21 avril 2008.

Hersh : c’est Cheney qui a fait assassiner Hariri et Bhutto (MIS A JOUR : Démenti de Hersh)

Dans un entretien à Al-Jazeera, le journaliste états-unien Seymour Hersh a révélé de nouvelles informations sur les activités secrètes du Joint Special Operation Command.

Cette unité, créée dans les années 80, a servi durant les deux mandats de George W. Bush à perpétrer plusieurs centaines d’assassinats politiques dans le monde sous l’autorité directe du vice-président Dick Cheney [voir la ReOpeNews à ce sujet].

Selon Hersh, elle aurait notamment exécuté deux alliés indociles des États-Unis : l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri (14 février 2005) —information déjà divulguée par notre confrère Wayne Madsen à Russia Today [et qui a fait l'objet d'une précédente ReOpenNews]—, et l’ancien Premier ministre pakistanais Benazir Bhutto (27 décembre 2007).

M. Hariri avait refusé de défendre les intérêts US dans son pays et Mme Bhutto avait révélé à la BBC [1] l’assassinat en 2001 d’Oussama Ben Laden par Omar Saeed Sheikh [2].

Par la suite, Dick Cheney a poursuivi sa politique en s’appuyant sur le propre fils de Rafic Hariri, Saad, et sur l’époux de Benazir Bhutto, Asif Ali Zardari, promu président du Pakistan.

Selon Hersh, ces assassinats ont été supervisés par le général Stanley A. McChrystal [3], que le président Barack Obama vient de nommer commandant en chef des troupes US et de l’OTAN (ISAF) en Afghanistan.

Seymour Hersh est un journaliste réputé. Récipiendaire du Prix Pulitzer, il écrit régulièrement dans le New Yorker. Son nom reste attaché aux révélations sur le massacre de My Lai (Vietnam, 1969), sur l’affaire Vanunu et la bombe atomique israélienne.
 

[1] Entretien accordé à David Frost, le 2 novembre 2007.
[2] Umar Saeed Sheikh est un agent double du MI6 britanniique et de l’ISI pakistanaise. Il est considéré comme l’assassin du journaliste Daniel Pearl.
[3] Officiellement, le général McChrystal était jusqu’ici chargé de la traque d’Oussama Ben Laden.

 
Publié sur le Réseau Voltaire le 20 mai 2009
 


UPDATE : Il semblerait que Hersh n’ait jamais déclaré que Cheney a donné l’ordre d’assassiner Bhutto. Il s’agit d’une fausse information que Hersh a lui même réfutée. Voici le rectificatif communiqué par le réseau Voltaire :

Le Réseau Voltaire a repris dans ses colonnes une information largement diffusée par les agences de presse en Asie et diffusée en Occident aussi bien par le Wall Street Journal que par The Economist.
Dans un message adressé à la direction de Gulf News, M. Hersh a déclaré ne jamais avoir tenu les propos qui lui ont été imputés selon lesquels l’assassinat de Benazir Bhutto aurait été commandité par le vice-président US Dick Cheney.
Nous retirons donc cette dépêche de notre site web et présentons nos excuses à nos lecteurs.

Le présumé pilote kamikaze du vol 93 avait-il un lien avec le Mossad?

Le présumé pilote kamikaze du vol 93 qui s’est crashé en Pennsylvanie le 11 septembre était, selon le FBI, le Libanais Ziad Al-Jarrah. Originaire de la vallée de la Bekaa, l’homme était connu pour aimer la bière et les femmes, loin de l’image du fondamentaliste donnée par le gouvernement américain.


Ziad Al-Jarra avec Mohamed Atta

Dans la famille Al-Jarrah, on retrouve ses cousins Ali al-Jarrah et Yusuf Al-Jarrah…

Quelle importance, direz-vous ?

Ali et Yusuf Al-Jarrah seraient des agents du Mossad. Ils ont été arrêtés en octobre 2008 par la police libanaise. Selon les services de sécurité libanais, le clan Al-Jarrah était le réseau d’espionnage israélien le plus performant depuis vingt ans.

C’est le journal israélien JERUSALEM POST qui reprend l’information du quotidien libanais Daily Star selon laquelle les agents du Mossad sont de la même famille que le kamikaze du 11 septembre :


Un "espion du Mossad" lié à l’assassinat de Mughniyeh

JERUSALEM POST, le 3 novembre 2008

Selon un article du quotidien libanais en langue anglaise le Daily Star de lundi dernier, les autorités libanaises enquêtent sur la possibilité qu’un citoyen libanais arrêté parce que soupçonné d’espionnage en faveur d’Israël, serait impliqué dans l’assassinat d’Imad Mughniyeh, le chef terroriste du Hezbollah.

Le quotidien libanais Al Akhbar révèle que le nom du suspect était Ali Jarrah, et rapporte qu’il a été arrêté dans le sud de Beyrouth après que l’on ait découvert qu’il suivait des personnalités du Hezbollah. Jarrah a confessé son implication dans les crimes qui lui sont attribués, rapporte le journal. Des sources menant l’enquête affirment que Jarrah a été recruté par le Mossad au milieu des années 1980 et était chargé de récolter des informations sur les organisations palestiniennes au Liban et en Syrie.

Le Jerusalem Post n’a pas pu confirmer ces informations de manière indépendante.

Le Mossad, rapportent les sources, a équipé Jarrah avec du matériel technologique avancé destinés à tracer les dirigeants du Hezbollah.

Le rapport ajoute que le frère de Jarrah, Youssouf, est suspecté d’avoir aidé son frère et arrêté de même. Le Daily Star cite une source des services de sécurité affirmant que les frères Jarrah étaient parents avec Ziad Jarrah, le Libanais qui faisait partie des kamikazes du vol UA93, lequel s’est écrasé en Pennsylvanie le 11 septembre 2001.

Traduit de l’anglais par Hubert H., version originale ici: http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1225199636945&pagename=JPost/JPArticle/ShowFull)

Thierry Meyssan : «Si j’avais plié, je n’aurais pas eu à partir»

Entretien avec un dissident français contraint à l’exil

Réseau Voltaire, le 13 octobre 2008

La fermeture des bureaux français du Réseau Voltaire et l’exil de son président suscitent bien des interrogations. Certains commentateurs y ont vu la fin d’une aventure ; d’autres au contraire, observant que ces décisions n’ont pas diminué la combativité du Réseau, ont essayé de savoir ce qui les avait motivées. Thierry Meyssan s’en explique ici. Il décrit une France, placée sous le contrôle des services états-uniens, où une opinion publique anesthésiée n’a pas conscience du contrôle politique. À ses yeux, il y avait péril en la demeure et la menace qui l’a contraint à partir ne tardera pas à s’exercer sur d’autres.

Vous avez quitté la France il y a un an, en septembre 2007. Vous n’êtes pas n’importe quel expatrié : vous êtes connu dans le monde entier comme l’initiateur du mouvement de contestation de la version gouvernementale des attentats du 11 septembre, le leader d’un mouvement anti-impérialiste, et dans certains pays vous êtes présenté comme le principal dissident occidental. Pourquoi avez-vous été contraint à l’exil ?

Thierry Meyssan : En décembre 2002, le secrétaire US à la Défense Donald Rumsfeld a signé la directive 3600.1 visant à discréditer ou à éliminer des personnalités françaises qui s’opposaient à la Guerre globale au terrorisme [On était trois mois avant l’invasion de l’Irak. C’était l’époque de l’hystérie anti-française à Washington. Les services secrets français ont été informés que des assassinats avaient été sous-traités par le Pentagone au Mossad et m’ont mis en garde. Mes amis et moi, nous avons cherché à prendre contact avec les autres cibles. Un des administrateurs du Réseau Voltaire, était un ancien ami de l’une de ces personnalités. Nous avons pris rendez-vous avec elle, début mars, mais elle est décédée quelques jours avant le rendez-vous, dans des circonstances qui ont été qualifiées de très suspectes par les enquêteurs.

L’État a alors réagi. Le président Chirac a joint par téléphone le Premier ministre israélien et l’a prévenu que toute action entreprise non seulement sur le territoire français, mais n’importe où dans l’Union européenne, serait considérée comme un acte hostile envers la France. À chacun de mes déplacements hors de l’Union européenne, les services français joignaient leur homologues locaux pour leur demander de veiller à ma protection.

Je savais qui est Nicolas Sarkozy [Pendant l’été, Nicolas Sarkozy s’est rendu en famille aux États-Unis. Il était accompagné de nombreux collaborateurs qui suivaient son avion de ligne dans un avion officiel. Ils ont eu des entretiens avec l’Administration Bush sur toute une série de sujets, graves ou futiles. J’ai été informé que les États-Uniens avaient demandé que des mesures soient prises pour me neutraliser en application des Décrets présidentiels US 13438 et 13441 [Au demeurant, le danger ne se limite pas aux pays de l’OTAN. Une opération a été organisée contre moi en décembre 2007 à Caracas, qui a été déjouée par la police vénézuélienne. En août 2008, j’ai dû annuler ma participation à une conférence internationale en Autriche après avoir été avisé par un État ami qu’une opération avait été préparée contre moi.

En outre, des pressions sont exercées contre mes compagnons de lutte au Proche-Orient, en Amérique latine et dans d’autres États européens. Je ne peux vous en faire la liste sans compliquer les problèmes. Jürgen Cain Kulbel a été brièvement incarcéré en Allemagne et pourrait l’être à nouveau. Techniquement, le seul fait retenu contre lui par le tribunal est le lien qu’il avait installé sur son site web pointant sur celui du Réseau Voltaire [Avez-vous des preuves que vous êtes réellement en danger — comme vous le dites — en France et dans les pays de l’OTAN ?

Thierry Meyssan : Non, les listes US sont secrètes, sauf en ce qui concerne les avoirs financiers bloqués aux USA, mais je n’en ai pas. Mais j’ai des témoins de plusieurs contacts.

La France est une démocratie et est considérée comme la patrie des droits de l’homme. Ce n’est pas le Chili sous la dictature de Pinochet. Que vous ayez dû la quitter n’est-il pas tout simplement incompréhensible, en particulier pour les citoyens français ?

Thierry Meyssan : Ces situations ne sont pas comparables. Au Chili, les États-Unis avaient installé une dictature militaire. En France, ils disposent juste d’agents au sommet de l’État et à la tête des différents services de sécurité. Mes concitoyens devraient être plus attentifs à la répression actuelle qui frappe à la fois des hommes politiques de premier plan, de hauts fonctionnaires et des journalistes. L’équipe de Nicolas Sarkozy s’appuie sur quelques magistrats dévoyés pour paralyser ses adversaires politiques et abuse de son pouvoir et de son influence pour virer les journalistes qui refusent de se courber.

Regardez d’abord la prise de contrôle des médias. Sarkozy a placé les siens à la tête des médias privés et purge les médias publics. Il y a un an, les syndicats de journalistes ont appelé l’opinion publique au secours [Des exemples ? L’équipe du président s’est installée à TF1 et une de ses anciennes maîtresses y présente le JT [Sarkozy a corrompu publiquement une dizaine d’éditorialistes en leur offrant des prébendes [Pendant ce temps, les époux Kouchner-Ockrent licencient à RFI et France24 tous ceux qui résistent à l’influence US. Après Richard Labévière [Le problème, ce ne sont pas les journalistes. Il y en a de remarquables en France. Ce sont les médias. Ils sont déjà sous contrôle et la fonction de contre-pouvoir n’est plus assurée.

Par ailleurs, lorsque le grand public entend parler d’une affaire pénale qui touche une personnalité, il n’y voit qu’un cas particulier. Mais si l’on met en perspective tous ces cas particuliers, on voit bien qu’ils traduisent une stratégie.

Sur plainte personnelle de Nicolas Sarkozy, des juges d’instruction ont interdit de voyager à l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, et l’ont astreint à payer une caution démesurée et humiliante. Bien que ne disposant d’aucun élément concret à charge, le procureur vient de le renvoyer en correctionnelle. L’affaire Clearstream offre certes à Sarkozy un moyen d’éliminer un rival politique, mais il ne l’a pas pour autant organisée. C’est une machination montée de toutes pièces par son beau-père, l’ambassadeur Frank Wisner, via une de ses officines londoniennes, Hakluyt & Co [Des magistrats ont perquisitionné le domicile de l’ancien directeur des Renseignements généraux, Yves Bertrand, pour lui extorquer les secrets des chiraquiens. Et ces jours-ci, des documents saisis sont miraculeusement arrivés dans des rédactions parisiennes. Des hebdomadaires proches du pouvoir en ont publié des extraits. Il semble que l’on cherche à faire passer des documents de travail, énonçant des hypothèses, pour des rapports finaux, présentant des conclusions. Et que l’on cherche à faire croire que les RG persécutaient les seuls socialistes. C’est de la manipulation pure et simple. Chaque fois que l’on est dans l’opposition, on doit se protéger de cette police politique, et chaque fois que l’on est au pouvoir, on fait des pieds et des mains pour se procurer des copies de ses notes. Le pouvoir exerce une pression incroyable sur ce fonctionnaire pour le faire craquer. C’est bien hypocrite. Car dans le même temps, au lieu de dissoudre enfin les RG, on les a réorganisés et on a augmenté leurs moyens en les fondant dans une administration plus opaque encore.

Jusqu’au capitaine Paul Barril qu’ils ont mis en prison pour lui arracher les secrets de Mitterrand. Ils l’ont accusé d’être un tueur à gage et l’ont si maltraité qu’il a dû être hospitalisé, avant d’être relâché sous caution. À ce propos, permettez moi une digression sur le génocide rwandais. Barril s’est défendu des attaques portées contre lui à ce sujet en mettant en cause le président Kagamé. Celui-ci a alors commandité un rapport sur l’implication française dans ce drame historique. À le lire, on comprend que les officiers supérieurs français, François Mitterrand et tout son cabinet, et le gouvernement de cohabitation dans son ensemble seraient tous responsables du génocide… sauf, bien sûr le ministre du Budget et porte-parole du gouvernement de l’époque, Saint Nicolas Sarkozy. C’est stupide. Il y a à l’évidence des responsabilités françaises, mais certainement pas de culpabilité collective. Et au demeurant, il est impossible de comprendre et de juger ce crime, qui fit plus de 800 000 morts, sans le replacer dans son contexte et juger aussi les guerres des Grands Lacs qui firent au total plus de 6 millions de morts et dont les responsables ne sont pas à chercher à Paris, mais à Washington et Tel-Aviv.

Maintenant, les atlantistes montent une affaire contre Jacques Chirac qu’ils accusent d’avoir organisé, il y a dix ans, l’assassinat d’un journaliste qui aurait mis son nez dans ses comptes bancaires à l’étranger. Le pouvoir déploie des moyens extravagants pour construire cette nouvelle machination. Ainsi, un juge d’instruction a procédé à une perquisition au cabinet de l’avocat de Chirac dans des conditions plus que douteuses. Mais à Washington, on n’a pas pardonné à Chirac de s’être opposé à l’invasion de l’Irak et on inventera n’importe quoi pour le faire tomber.

Je ne dis pas que tous ces gens sont des anges, mais ce dont on les accuse est grotesque et ressort exclusivement de la persécution politique. Je ne dis pas non plus que la Justice est pourrie, mais que ces affaires ont été confiées à des juges et à des procureurs qui sont aux ordres.

Quand à ceux que les atlantistes ne peuvent impliquer dans de pseudo-affaires pénales, ils les espionnent. En juin-juillet-août 2007, le bureau du Réseau Voltaire à Paris a été placé sous surveillance. Toute personne entrante ou sortante a été photographiée, des filatures nécessitant un important personnel ont été conduites pour identifier les uns et les autres. Ce traitement est général. Même le domicile de Ségolène Royal a été « visité » plusieurs fois par les services secrets, c’est-à-dire illégalement perquisitionné.

Depuis le 1er juillet 2008, la nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur met en place dans l’urgence le fichier EDVIGE, en violation des Traités internationaux, notamment du Pacte de l’ONU sur les droits civils et politiques. Elle fiche les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, l’appartenance syndicale, l’état de santé et les pratiques sexuelles de tous les Français. La DCRI n’en reste pas là, elle utilise les dernières techniques US d’étude des « réseaux sociaux » pour cartographier vos relations amicales, professionnelles et politiques. On ne vise plus simplement des individus, mais les milieux dans lesquels ils évoluent, les groupes auxquels ils participent. Un recours a été engagé en Conseil d’État par le SM, la LDH, le SAF, des associations gays et des syndicats, qui débouchera peut-être sur l’annulation du décret en décembre. Nicolas Sarkozy a endormi l’opinion publique en déclarant lui-même qu’il fallait revoir le décret, mais il ne l’a pas abrogé.

En attendant, pendant ces six mois, on collecte et informatise des données. Une affaire survenue dans le Rhône a révélé que, malgré les déclarations lénifiantes du président, la police du Rhône fichait la religion des fonctionnaires territoriaux. C’est une maladresse qui révèle l’ampleur du travail de renseignement en cours. Il est improbable que ces données soient jamais détruites, même si le juge administratif le requiert. Elles seront simplement intégrées au fichier CRISTINA et classées Secret-Défense. En définitive, on aura utilisé les moyens des ex-Renseignements généraux pour constituer un fichier au profit de l’ex-DST, qui est sensée ne s’occuper que de contre-espionnage. Puis, dans le cadre de la prétendue coopération anti-terroriste, ces données politiques seront transmises aux services états-uniens, car CRISTINA est conçu pour être compatible avec les fichiers US.

Cela vous étonne ? Mais déjà bien des données individuelles sont transmises aux USA en violation des lois françaises et des conventions européennes. C’est vrai pour tout ce qui concerne vos virements bancaires internationaux [11].

La France a déjà basculé dans une forme de régime autoritaire sous tutelle US. On dit qu’une grenouille plongée dans de l’eau tiède que l’on porte lentement à ébullition ne réagit pas au changement progressif de température, qu’elle s’engourdit et meurt. Les Français se comportent de la même manière. Ils tolèrent la destruction progressive de leurs libertés. Ils ont déjà largement dépassé le seuil du tolérable et ne réagissent pas, ne réagissent plus.

Sous l’égide des États-Unis, les dictatures d’Amérique latine avaient mis en place dans les années 70 un système de persécution des opposants politiques appelé Plan Condor. Vous avez écrit que ce système a été réactivé et étendu dans le monde à travers l’OTAN. La comparaison n’est-elle pas exagérée ?

Thierry Meyssan : Ce n’est pas une comparaison. C’est une constatation [13]. Les États-Unis ont étendu à l’Europe occidentale les méthodes qu’ils avaient utilisé il y a quarante ans en Amérique latine [15]. Des centaines de personnes ont été enlevées sur le territoire de l’Union européenne, exfiltrées et torturées. Jacques Chirac a protégé notre pays de ces crimes ; il n’en est plus de même aujourd’hui. Le premier cas identifié est celui de Mohammad As-Siddik, disparu en plein Paris le 13 mars dernier alors que la France devait le présenter à une juridiction de l’ONU [Plus de 80 000 personnes ont transité au cours des sept dernières années dans les prisons secrètes de la CIA et de la Navy. 26 000 sont actuellement séquestrées [Les exemples sont nombreux de personnes sur lesquelles planait la menace d’un assassinat et qui ont été retrouvées mortes d’une autre manière : suicide, crise cardiaque, accident… Voulez-vous vous suicider ? Avez-vous des problèmes de santé ? Prenez-vous des risques dans vos déplacements ?

Thierry Meyssan : Je ne suis pas dépressif et n’ai aucune inclination suicidaire. J’ai fait faire des examens de santé et n’ai aucune maladie susceptible de provoquer une mort subite. Je fais attention dans mes transports et ne me déplace jamais seul.

Lorsque les menaces ont commencé à se concrétiser, avez-vous été soutenu en France ? Des organisations politiques vous ont-elles aidé ? Les autres journalistes vous ont-ils défendu ?

Thierry Meyssan : Aucune organisation ne m’a aidé. La plupart de mes « confrères » journalistes ont fuit la difficulté. Reniant la tradition voltairienne de la presse, ils ont prétexté ne pas vouloir se prononcer sur les polémiques entretenues contre moi pour ne pas voir ce qui était en train de se passer. C’est l’excuse classique des lâches chaque fois que la liberté est en question. Certains cependant m’ont aidé et je ne vais pas les dénoncer. Pareil parmi les politiques et les militaires.

Non seulement, ceux qui auraient dû me défendre ne l’ont pas fait, mais des gens ordinaires qui n’ont rien à voir avec tout cela ont prêté leur concours à une surveillance illégale. La banque qu’utilisait le Réseau Voltaire (en l’occurrence l’agence Gare de l’Est du Crédit coopératif) nous a convoqué pour nous demander de révéler le nom de nos principaux donateurs, ce qu’évidemment nous avons refusé de faire. Nous avons alors clôturé notre compte et ouvert une autre structure hors de la zone OTAN. Mais cette procédure illégale a été étendue à mes proches et à mes compagnons de lutte. Lorsque l’un d’entre eux encaisse sur son compte un versement ou un virement de plus de 500 euros , il est joint par son banquier qui lui demande d’en justifier la provenance. Pour n’importe qui, c’est étouffant, pour un commerçant ou un travailleur indépendant, c’est du harcèlement.

Vous avez quitté la France alors qu’elle évolue – dites-vous – vers un régime répressif. Avez-vous abandonné votre pays ? Avez-vous abandonné le combat politique ?

Thierry Meyssan : Certainement pas. C’est l’inverse. J’ai quitté la France pour poursuivre mon combat. Les États-Unis ont tenté différentes approches contre moi : d’abord me discréditer, puis me ruiner, puis me corrompre, enfin m’éliminer. Si j’avais plié, je n’aurais pas eu à partir. C’est parce que j’aime la France et l’idéal qu’elle porte que je suis parti.

Ma situation semble exceptionnelle. C’est faux. Je suis simplement le premier à qui cela arrive. Il y en aura d’autres.

Votre pays vous manque-t-il ? Voulez-vous y retourner ?

Thierry Meyssan : Des amis m’entourent ici, mais la France est ma patrie. J’y ai laissé les miens. Comment voulez-vous qu’elle ne me manque pas ?


[1] « Rumsfeld cible la France et l’Allemagne », Réseau Voltaire, 2 janvier 2003.

[2] « Opération Sarkozy : comment la CIA a placé un de ses agents à la présidence de la République française », Réseau Voltaire, 19 juillet 2008.

[3] Presidential Executive Order 13438 : Blocking Property of Certain Persons Who Threaten Stabilization Efforts in Iraq, signé par George W. Bush le 17 juillet 2007, et Presidential Executive Order 13441 : Blocking Property of Persons Undermining the Sovereignty of Lebanon or Its Democratic Processes and Institutions, signé le 1er août 2007.

[4] « Un collaborateur du Réseau Voltaire incarcéré à Berlin », Réseau Voltaire, 10 juin 2008.

[5] « Nicolas Sarkozy étouffe les journalistes français », Réseau Voltaire, 24 septembre 2007.

[6] « La sarkozysation de l’audiovisuel français », Réseau Voltaire, 10 juin 2008.

[7] « Nicolas Sarkozy corrompt publiquement de grands éditorialistes », Réseau Voltaire, 4 octobre 2007.

[8] « Pourquoi les époux Kouchner veulent-ils la tête de Richard Labévière ? », Réseau Voltaire, 29 août 2008

[9] « Opération Sarkozy : comment la CIA a placé un de ses agents à la présidence de la République française », Ibid.

[10] « Les transactions financières internationales sous contrôle états-unien », par Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 28 avril 2008.

[11] « L’espace aérien sous contrôle impérial », par Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 13 octobre 2007.

[12] « L’OTAN : du Gladio aux vols secrets de la CIA », par Ossama Lotfy, Réseau Voltaire, 24 avril 2007.

[13] Allégations de détentions secrètes et de transferts illégaux de détenus concernant des États membres du Conseil de l’Europe ? Rapport de Dick Marty au Conseil de l’Europe, 12 juin 2006.

[14] « Faut-il combattre la tyrannie avec les instruments des tyrans ? », par Dick Marty, Réseau Voltaire, 22 mars 2007.

[15] « Les lois anti-terroristes. Un Acte constitutif de l’Empire » et « Les populations sous surveillance », entretiens de Jean-Claude Paye avec Silvia Cattori, Réseau Voltaire, 12 septembre 2007 et 15 février 2008.

[16] « Kouchner a « perdu » le témoin-clé de l’enquête Hariri », par Jürgen Cain Külbel, Réseau Voltaire, 21 avril 2008.

[17] « 17 prisons secrètes ont déjà remplacé Guantanamo », Réseau Voltaire, 3 juin 2008.

« Qui veut encore connaître la vérité sur l’assassinat de Rafic Hariri ? »

Conférence du Réseau Voltaire à Beyrouth
Thierry Meyssan : « Qui veut encore connaître la vérité sur l’assassinat de Rafic Hariri ? »

par Thierry Meyssan, le 11 avril 2008

Nous reproduisons l’intervention de Thierry Meyssan à la réunion organisée à Beyrouth, en présence de nombreux médias de la presse écrite et audiovisuelle, autour de son livre « L’Effroyable imposture 2 ». Le président du Réseau Voltaire a notamment souligné le tournant opéré par la mission d’enquête de l’ONU sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri. En effet, le 10e rapport, présenté le 27 mars au Conseil de sécurité, abandonne la piste syrienne et se dirige sur la piste du réseau criminel décrit dans le livre.

Conférence réseau Voltaire
Conférence à Beyrouth, le 10 avril 2008. De gauche à droite :
Maria Maalouf (journaliste NBN), général Amin Hotait, Nasser Kandil (ancien député),
Thierry Meyssan (analyste politique), Sarkis Abouzaid (directeur de presse)

Chers lecteurs et amis,

Depuis une dizaine d’années, je poursuis une étude systémique des États-Unis : comment ils ont choisi, à la faveur de la disparition de l’Union soviétique, de se transformer en un empire global. Article après article, j’ai observé leur conquête du monde et analysé leur mode de fonctionnement. Cela m’a conduit à publier en 2002 L’Effroyable imposture sur les attentats du 11 septembre, l’instauration de l’état d’exception permanent aux États-Unis, et la conquête de l’Afghanistan. L’ouvrage a connu un succès mondial et a été décrié par la presse atlantiste à la hauteur de son succès. Non seulement rien de ce qui s’y trouvait n’a été démenti depuis, mais la prospective qui en découlait s’est malheureusement trouvée vérifiée avec l’invasion de l’Irak.

C’est par l’étude de l’Empire états-unien que j’en suis venu à m’intéresser à la guerre israélienne contre le Liban de 2006 et à écrire ce nouvel ouvrage, L’Effroyable imposture 2. Le regard que je porte sur votre pays est donc singulièrement différent de celui que vous pouvez avoir. Je n’y ai aucun intérêt à défendre, je suis étranger aux passions qui le déchirent, et j’observe les événements qui s’y déroulent à partir des influences extérieures qu’il subit et non à partir des forces qu’il produit. En écrivant ces articles, puis ce livre, je n’ai pas cherché à appuyer un parti ou un autre, j’ai juste voulu comprendre et faire partager au public mes interprétations de ces événements.

Je suis convaincu que c’est sur cette terre meurtrie que se joue l’avenir —et je pense aujourd’hui la défaite— de ce projet impérial que les États-uniens eux-mêmes appellent « globalisation ». Pourquoi au Liban et pas en Palestine ou en Irak ? Parce que cet impérialisme est issu de la conjonction entre des intérêts économiques et une idéologie, entre le contrôle des hydrocarbures et le sionisme ; parce qu’il passe par la domination des populations du Grand Moyen-Orient, lesquelles sont représentées au Liban comme nulle part ailleurs. Briser la résistance au Liban, c’est la briser dans toute la région.

Dans ce livre, je me suis donc attaché à la fois à décrire les événements récents, la longue liste des crimes politiques et l’agression israélienne, et à étudier les superstructures, c’est-à-dire la place du sionisme dans l’empire et les plans militaires de domination des ressources énergétiques. Tout cela semble connu, mais à y regarder de plus près, on n’en a souvent qu’une connaissance très superficielle, voire erronée. Je me suis contraint à vérifier chaque point auprès de la source originale et à la citer en note à la fin de l’ouvrage. Le résultat, vous le lirez, est fort surprenant.

Tout auteur qui s’intéresse au Liban rencontre des difficultés méthodologiques tant les sources libanaises sont contradictoires. Le Liban étant selon l’expression consacrée un « État faible », il n’était pas jusqu’en 2006 le maître de son destin. Lorsqu’un événement survenait, chacun le subissait et élaborait une hypothèse pour l’interpréter, selon ses préjugés. Mais lorsque des éléments nouveaux permettaient de confirmer ou d’infirmer une hypothèse, rares étaient les leaders politiques qui en tenaient compte. Au lieu d’ajuster le discours, on changeait de sujet. L’écrivain, lui, a le privilège de revenir en arrière pour reconstituer l’enchainement des faits et faire surgir leur cohérence. C’est ce que j’ai fait. Et il est toujours plus facile de comprendre a posteriori plutôt que lorsque les protagonistes cachent encore leur jeu.

J’ai fait le choix méthodologique de départ de privilégier les sources écrites non-libanaises. Ayant l’honneur de présider le Réseau Voltaire, je suis en contact avec de nombreux journalistes, diplomates et militaires dans le monde qui m’ont signalé des documents dispersés que je n’aurais probablement pas trouvé si vite seul. J’ai également eu accès aux confidences de quelques hauts responsables, mais s’ils ont guidé mes recherches, je me suis interdit d’en faire usage pour mon raisonnement et ne me suis fié qu’aux documents vérifiables et aux éléments matériels.

Enfin, je dois dire que je ne suis pas sorti indemne de cette recherche. Je suis arrivé l’esprit vierge, mais je me suis pris de passion pour ce pays où s’expriment le pire et le meilleur de la dimension humaine. J’ai compris la passion que mon grand-père avait éprouvé pour cette terre et pour ce peuple, lui, qui présida, il y a soixante ans, la commission d’armistice Israël-Liban.

Au lendemain de la guerre, deux grandes questions se posaient : d’une part pourquoi avait-on tué Rafic Hariri (d’un point de vue non pas judiciaire mais historique, la question du mobile est beaucoup plus importante que celle des assassins et des commanditaires) ? et d’autre part, pourquoi Israël avait attaqué le Liban (étais-ce en riposte à l’action du Hezbollah comme déclaré, ou pour des motifs stratégiques régionaux) ?

Si l’on part des documents des thinks tanks états-uniens et du Pentagone, les choses s’éclairent vite : l’agression israélienne était planifiée de longue date et supposait en préalable à la fois le départ de l’armée syrienne pour que le pays soit sans défense et le retrait de Rafic Hariri pour écarter l’influence française.

Je m’étonne que des questions de cette importance soient aujourd’hui reléguées au second plan sans avoir été totalement éclaircies. Il y a peu de temps encore, des affiches réclamaient sur les murs de cette ville « la vérité ». Depuis que tous les indices et témoignages susceptibles d’étayer la piste syrienne ont été l’un après l’autre invalidés, plus personne ne semble vouloir connaître « la vérité ».

La France, qui avait arrêté —sur requête de la justice libanaise et à l’initiative du chef de mission de l’ONU d’alors, Detlev Mehlis— Mohammad Al-Saddiq, le témoin capital de la piste syrienne, déclare ingénument l’avoir « perdu » depuis le 13 mars. C’est que cet individu, qui accusait les présidents Bachar el-Assad et Émile Lahoud, avait été confondu et que la piste syrienne s’était effondrée avec ses mensonges. Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui avait soutenu de manière partisane et acharnée ses accusations, se dit incapable de retrouver « son » témoin.

Les quatre généraux libanais qui avaient été arrêtés sur la seule base de ces accusations et qui croupissent en prison depuis, n’ont toujours pas été libérés. Le Conseil des Droits de l’homme de l’ONU a lui même établi que leur détention —voulue par Detlev Mehlis— est exclusivement politique et viole les normes internationales. Mais en les écartant de leurs fonctions de sécurité, ceux qui manient l’assassinat politique conservent les mains libres.

Quoi qu’il en soit, comme je l’indique dans ce livre, nous pouvons affirmer premièrement que ce crime profite à Israël et aux États-Unis et deuxièmement qu’un groupe proche de la CIA, l’US Committee for a free Lebanon, en avait connaissance à l’avance.

De même, il est important de savoir si c’est le Hezbollah qui a provoqué la guerre en livrant une escarmouche à l’armée israélienne ou si nous avons affaire à une guerre de soixante ans qui a été rallumée sous ce prétexte. Or, de nombreux documents attestent de la préparation de cette guerre pour l’automne 2006 et de sa mise en œuvre précipitée, sous le prétexte de cette escarmouche. Ceci est d’ailleurs confirmé depuis par la Commission Winograd.

J’explique, dans le livre, que cette précipitation visait à interrompre l’enquête en cours sur un « réseau criminel » libanais installé par le Mossad et qui aurait pu participer à l’assassinat de Rafic Hariri ; une piste vers laquelle s’oriente désormais le juge Bellemare, président de la mission d’enquête de l’ONU, ainsi que l’atteste le rapport qu’il a présenté la semaine dernière au Conseil de sécurité. C’est pour stopper la plainte du Liban à l’ONU sur ce réseau criminel, et non en réaction à une action militaire du Hezbollah, qu’Ehud Olmert a déclenché la guerre.

Il s’en suit que la guerre de 2006 n’est pas une guerre d’Israël contre le Hezbollah, même si c’est celui-ci qui lui a opposé une résistance victorieuse, mais une guerre d’Israël contre le Liban. À travers elle, se jouait la guerre des États-Unis contre le monde arabe.

Peut-être savez-vous que les deux principaux distributeurs français ont essayé, dans un premier temps, d’empêcher la diffusion de ce livre dans mon pays, et que les grands médias ont longtemps refusé à la fois d’en faire mention dans leurs articles et émissions et ont toujours refusé de vendre des espaces publicitaires pour le faire connaître. Cela n’a pas empêché son succès, mais l’a ralenti. C’est que ce livre comprend un crime de lèse-majesté et une hérésie.

En annexe de l’ouvrage, vous trouverez des reproductions de « unes » et d’éditoriaux du quotidien Le Monde, fleuron de l’intelligentsia atlantiste. Vous y trouverez des exemples de propagande outrancière, comme cette « une » qui annonce la prise de Bint Jbeil par Tsahal, alors qu’Israël y vécu une cuisante défaite, ou cette autre qui montre l’armée israélienne sortir victorieuse de la guerre ; une version que même Ehud Olmert ne saurait tenir ! Voilà pour le crime de lèse-atlantisme.

L’hérésie, c’est la partie de l’ouvrage qui retrace l’histoire du mouvement sioniste d’Oliver Cromwell à George W. Bush. J’y montre, preuves à l’appui, qu’à l’origine le sionisme n’était pas une idéologie juive, mais une doctrine politico-religieuse puritaine, on dirait aujourd’hui évangélique. Cela a toutes sortes de conséquences. D’abord les relations entre Washington et Tel-Aviv ne doivent pas être analysées en termes d’influences réciproques, mais au regard de l’idéologie qu’ils partagent, tout au moins lorsque les puritains sont au pouvoir à Washington. D’autre part, la nature de l’État d’Israël ne doit pas être envisagée comme une réponse aux persécutions subies par les juifs d’Europe, mais comme un projet colonial religieux impliquant à terme un strict système d’apartheid. Enfin, et pour faire vite vu le temps qui nous est imparti, les clivages religieux dans la région n’opposent pas les chrétiens aux musulmans, mais les chrétiens évangéliques et juifs d’un côté aux catholiques et musulmans de l’autre. Le sionisme anglo-saxon voue aux mêmes gémonies les musulmans et les maronites. Toute alliance entre les maronites et les États-Unis est suicidaire, tout au moins tant que les évangéliques sont au pouvoir à Washington, comme l’ont parfaitement compris Benoît XVI et Mgr Sabbah.

Je note qu’à ce jour, alors que ce livre contient des milliers d’informations précises, les lecteurs de la version française n’y ont trouvé que deux erreurs mineures portant sur la composition sociologique de la population libanaise. Elles seront corrigées dans les versions ultérieures et n’affectent au demeurant pas le raisonnement qui j’y développe. De même pour quelques imprécisions de vocabulaire dans la traduction arabe.

En conclusion, je voudrais souligner l’importance de ce qui s’est passé ici à l’été 2006. Alors qu’aucune chancellerie au monde ne doutait de la victoire israélienne et que la diplomatie internationale visait uniquement à limiter vos souffrances, vous avez renversé le cours de l’Histoire. Alors que l’asymétrie des forces —et notamment l’usage de l’arme aérienne— auraient dû vous plonger dans « le choc et la stupeur », vous avez tenu sous les bombardements et vous avez repoussé l’invasion terrestre. Vous avez montré que l’Empire n’est pas invincible et qu’il ne pouvait pas vous asservir. Vous êtes un exemple pour le reste du monde. Je voulais vous dire mon admiration, et j’en suis sûr, celle de tous ceux —où qu’ils soient— qui se battent pour la liberté.

Syrie-Sommet arabe: Le contournement du dernier récalcitrant arabe

par René Naba

Mondialisation.ca, Le 20 mars 2008

Paris- La Syrie est, à son tour, sur la sellette, après l’Irak qui a implosé en 2003, la Libye qui s’est caramélisée, en 2006, dans la foulée de sa reddition au diktat américain pour sauver son révolutionnaire dirigeant Mouammar al-Kadhafi et l’Egypte qui s’est neutralisée et marginalisée du fait de sa cavalcade solidaire dans sa pactisation avec Israël, en 1979.

L’éternel trouble fête de la politique arabe fait l’objet d’une manoeuvre de contournement de la part des grands pays arabes en vue de provoquer sinon l’effondrement du régime baasiste, à tout le moins à le forcer à rompre avec son allié iranien et à annoncer sa reddition au nouvel ordre américain que les Etats-Unis et leurs grands alliés régionaux, l’Arabie saoudite et l’Egypte, tentent vainement d‘instaurer au Moyen-Orient depuis le début de la présidence de George Bush il y a huit ans.

Arab Summit 2007 Riyad

Unique pays se réclamant de la laïcité dans le Monde arabe, mais partenaire stratégique de l’Iran, l’unique régime théocratique se réclamant du chiisme, la branche rivale du sunnisme, segment dominant dans les pays arabes, la Syrie est simultanément et cumulativement accusée d’être un foyer du terrorisme international, un pivot de l’axe du mal, le phagocytaire du Liban et de la Palestine, le fossoyeur du leadership libanais. En un mot le grand perturbateur d’une paisible et riante zone par excellence: le Moyen-Orient. Une thèse relayée sans retenue et avec une belle unanimité par les grands médias occidentaux tant dans la presse audiovisuelle que dans la presse écrite, tant par les intellectuels médiatiques que par les scribouillards besogneux.

Pointée du doigt pour sa responsabilité présumée mais non avérée dans l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, la Syrie est mise en quarantaine diplomatique par les Etats-Unis, frappée d’un boycottage de fait des grands pays arabes qui lui imputent la vacance du pouvoir au Liban, régulièrement soumise de surcroît, en toute impunité, à des coups de butoir d’Israël, tantôt par un mystérieux raid aérien au dessus du nord syrien, à l’automne 2007, tantôt par l’assassinat sur son sol d’un chef militaire du Hezbollah Imad Moughniyeh, le Maître d’oeuvre des opérations anti-occidentales au Moyen-orient depuis vingt ans.

Mais ce paria là, selon le schéma occidental, se trouve être en phase avec la multitude des «laissés pour compte» de la paix, à tout le moins perçu comme tel au delà des turpitudes dont il peut être à tort ou à raison crédité, qui voient en lui l’ultime porteur de la revendication nationaliste arabe, à une période de l’histoire marquée par une déperdition identitaire et une religiosité régressive. Redoutable honneur qui lui vaut l’hostilité sans nuances des pays qualifiés de «modérés » dans le jargon diplomatique et médiatique occidental, principalement l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Jordanie c’est-à-dire les régimes affligés des mêmes tares d’autoritarisme, de népotisme et de corruption que le régime syrien mais que leur alignement docile au camp occidental exonère de toute critique.

1ère séquence (1966-1976): Le Roi Saoud et le coup de force anti-baasiste du colonel Salim Hatoum

D’emblée, le régime baasiste syrien dirigé par les Alaouites, une secte minoritaire de l’Islam, a été perçu comme un usurpateur, comme frappé d’une tare congénitale et fera l’objet de menées hostiles en conséquence. A sa naissance en 1966, alors qu’Israël entreprenait le détournement des eaux du Jourdain pour anticiper ses besoins hydrauliques futurs, opération qui relevait théoriquement d’un acte manifeste de casus belli, le Roi Saoud d’Arabie, hanté par le prestige du président égyptien Nasser et désireux de détourner les regards sur la corruption du Royaume, se lance dans une opération de déstabilisation de la jeune équipe baasiste de Syrie fraîchement parvenue au pouvoir. L’opération saoudienne de diversion est particulièrement malvenue en pleine ébullition nationaliste consécutive au détournement des eaux du Jourdain. Les révélations d’un des participants sur une contribution royale saoudienne de l’ordre d‘un million de dollar à la conjuration dirigée par un colonel félon syrien Salim Hatoum et fomentée par le futur premier ministre jordanien Wasfi Tall, à l’époque membre de l’Intelligence Service britannique (1) entraîne l’éviction de Saoud au profit de Fayçal au trône d’Arabie, sans que cette sanction ne calme le courroux égyptien. Victime collatérale des conflits de puissance, Kamel Mroueh, le fondateur du journal «Al-Hayat», le chantre de la coopération saoudo-américaine, est assassiné en 1966 par un fier à bras de Beyrouth à l’occasion du 10me anniversaire de l’agression tripartite franco-anglo-israélienne de Suez contre Nasser, le chef charismatique du nationalisme arabe et adversaire résolu de la dynastie wahhabite.

Une trêve de seize ans s’installe à la faveur de la guerre de 1967 et la montée en puissance de la guérilla palestinienne qu’il importait de juguler, que la Syrie s’appliquera à mettre au pas d’ailleurs, puis celle d’octobre 1973 et de la montée en puissance des pétromonarchies du Golfe consécutif à l’embargo pétrolier et au quadruplement du prix du pétrole. Une période au cours de laquelle le nouveau maître de la Syrie, le général Hafez al-Assad, apparaît comme le meilleur garant des intérêts occidentaux au Liban: Appelée en renfort des milices chrétiennes au Liban, l’armée syrienne participe au siège du camp palestinien de Tall Zaatar, favorisant son éradication, en Août 1976, n’hésitant pas un instant à briser l’élan révolutionnaire du camp palestino-progressiste avec l’assassinat dans une zone sous contrôle syrien du chef de la coalition, le dirigeant druze du parti socialiste progressiste, M. Kamal Joumblatt.

Curieusement les pays occidentaux continueront de couvrir d’éloge l’irakien Saddam Hussein, malgré ses turpitudes et d’opprobre son rival syrien Hafez al-Assad, malgré ses gestes de bonne volonté répétitives à l’égard de l’Occident.

2ème séquence (1976-1986) Fahd et la révolte des Frères Musulmans de la ville syrienne de Hama.

Faysal, réservé à l’égard des Américains, s’était juré d’aller prier à Jérusalem libérée. Il sera assassiné par l’un de ses neveux, en 1976. Son successeur effectif, -après le bref interrègne du Roi Khaled, sobre et malade-, Fahd, à la jeunesse débridée, donnera libre cours à son amour immodéré pour son protecteur américain et les délices de la vie occidentale. Frappé d’hémiplégie, en 1995, il sera maintenu sous perfusion pendant près de dix ans gouvernant en état léthargique son royaume à une période charnière de l’Histoire contemporaine marquée notamment par les attentats antiaméricains du 11 septembre 2001, la guerre d’Afghanistan et la guerre d’Irak (2003). Mais entre temps que de signalés services rendus à son maître américain, au détriment de la plus élémentaire solidarité arabe, qui explique sans pour autant justifier son maintien en survie artificielle pendant une décennie (1995-2005).

Prise en tenaille par Israël et la Turquie, barrée par son rival baasiste l’Irak de Saddam Hussein, la Syrie s’appliquera à desserrer l’étau dans une alliance de revers avec l’Iran, l’ancien gendarme américain du Golfe, devenu sous le régime Khomeiniste, le nouveau croquemitaine des pétromonarchies du Golfe. Mal lui en prit. En 1982, dans la foulée de l’annexion de Jérusalem, en décembre 1981, alors qu’Israël se préparait à porter au pouvoir son protégé libanais le chef phalangiste Bachir Gemayel, une révolte est fomentée, à Hama, dans le nord de la Syrie, par les «Frères Musulmans», l’organisation clandestine financée par l’Arabie Saoudite, en février 1982, à quatre mois de l’invasion israélienne du Liban, déclenchant une sévère répression qui fera selon des informations de presse plusieurs milliers de morts. C’est Damas qui sera blâmée par la communauté internationale pour sa férocité et non l’Arabie saoudite qui attisait le feu intégriste. C’est le président Hafez al-Assad en personne qui sera pointé du doigt et non son propre frère, le Général Rifaat al-Assad, le chef des brigades de la défense, la garde prétorienne du régime, l’ordonnateur des massacres.

Ce frère cadet du président syrien, un homme aux multiples ramifications et trafics qui sera banni par la suite de son pays, mais continuera de bénéficier curieusement de la mansuétude occidentale sans doute en raison de ses alliances matrimoniales avec la famille Fustock qui fera de lui, le beau frère de l’actuel roi Abdallah d’Arabie et du député maronite libanais Nassib Lahoud, perpétuel candidat à la présidence libanaise. C’est la Syrie alaouite enfin qui sera déclarée «ennemi de l’Islam» pour avoir maté une rébellion fondamentaliste que toutes les armées du monde aussi bien arabes qu’occidentales pourchassent désormais au nom de la «guerre contre le terrorisme». La Syrie couverte de plumes et de cendres, alors que l’Algérie, l’Egypte, le Maroc et la Tunisie, sont magnifiés pour avoir éradiqué l’intégrisme tandis que l’Arabie fondamentaliste est couverte d’éloges pour ses présumés progrès dans de parcimonieuses réformes démocratiques.

Dans ce climat d’opprobre généralisé, la Syrie présente au Liban depuis 1976 à la demande des chefs maronites en mauvaise posture à l’époque, sera contrainte à retirer se troupes, en juin 1982, dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban. Une décennie infernale (1979-1989) s’ouvre alors à l’Occident au Moyen Orient: Destitution du chah proaméricain et assaut contre les Lieux Saints de la Mecque, en 1979, assassinat de l’égyptien Sadate, pactiseur d’Israël, en 1981, mise en échec du traité de paix libano-israélien, en 1983, attentats contre les QG occidentaux à Beyrouth, en 1984, spirale des otages occidentaux au Liban (1984-1988), attentats de Paris (1986-1988). Une décennie infernale qui s’achève avec la chute du Mur de Berlin (1989) l’implosion de l’Union soviétique et l’affirmation de l’Imperium américain sur le plan mondial, l’hégémonie israélienne sur le plan régional et, sur le plan arabe, la prépondérance saoudienne sous la tutelle des Etats-Unis.

3ème séquence (1986- 2006) – L’Arabie redécouvre les vertus de l’Arabisme

L’Arabie saoudite, le plus intransigeant ennemi d’Israël sur le plan théorique, aura opéré le plus grand détournement du combat arabe, soutenant l’Irak contre l’Iran dans la plus longue guerre conventionnelle de l’histoire contemporaine (1979-1988), le détournant du coup du champ de bataille principal, la Palestine, déversant des milliards de dollars, et, surtout, déroutant la jeunesse arabe et musulmane vers l’Afghanistan, à des milliers de km du champ de bataille palestinien, contre un ennemi athée certes mais allié des Arabes, l’Union soviétique, le principal fournisseur d’armes de pas moins de six pays arabes (Syrie, Irak, Algérie, Libye, Soudan et Yémen), un utile contrepoids en somme à l’hégémonie américaine.

L’Organisation de Libération de la Palestine, éradiquée du Liban, cède la place à des guérilleros d’un type nouveau les combattants islamistes chiites, le Jihad islamique, puis le Hezbollah, galvanisés par les succès de la révolution iranienne sur le front irako-iranien. La Syrie, boutée hors du Liban, en 1982 s’y redéploie progressivement avec le consentement américain pour neutraliser la région frontalière libano-israélienne. Désireuse d’obtenir la caution de la Syrie pour une intervention contre l’Irak envahisseur du Koweït, en 1990, Washington lui donnera même le feu vert à l’éviction du chef militaire chrétien libanais le général Michel Aoun, qui assurait intérimaire de chef de gouvernement, et son remplacement par Elias Hariri, un président sans relief face au flamboyant nouveau premier ministre Rafic Hariri (1992), nouveau parvenu sur la scène libanaise à la faveur de la financiarisation de la vie publique internationale. Le milliardaire libano-saoudien, à la carrière météorique, exercera le pouvoir pendant dix ans, plus qu’aucun président libanais, à coups de menaces de démission (4 en dix ans), soit en moyenne une menace tous les 30 mois, dans un rare exemple de confusion entre la gestion du domaine public et de son de son patrimoine privé avec les encouragements admiratifs des dirigeants occidentaux en tête desquels le Président français Jacques Chirac.

L’attentat du 11 septembre 2001 contre les symboles de l’hyperpuissance américaine démasque les complicités saoudiennes dans la montée en puissance de l’intégrisme antioccidental. Bien que quinze des dix neuf kamikaze ayant participé au raid du 11 septembre soient de nationalité saoudienne, l’administration Bush, plutôt que de frapper le Royaume Wahhabite, le foyer et le terreau du fondamentalisme, va répliquer en Afghanistan et en Irak, les deux points de percussion de la coopération saoudo-américaine dans la sphère arabo-musulmane à l’époque de la guerre froide soviéto-américaine, gommant ainsi au passage toute trace de leurs forfaits antérieurs, se faisant à bon compte une nouvelle virginité politique sous la bannière de la lutte pour la promotion de la démocratie dans le monde musulman. Mais la destruction de l’Irak place paradoxalement la Syrie et l’Iran en vainqueur a posteriori d’un Saddam Hussein leur plus implacable ennemi depuis deux décennies, et, par effet d’aubaine, consacre l’Iran comme puissance régionale de fait. Un résultat inacceptable pour George Bush, le grand ordonnateur de ce chaos destructeur pour la population locale et corrosif pour l’Amérique elle-même.

La Syrie et l’Iran sont placés dans l’axe du mal, Yasser Arafat est méthodiquement confiné dans son complexe de Ramallah dans une sorte d’étouffement symbolique de la revendication nationale palestinienne. Le décès du chef historique de la Résistance palestinienne au terme de trois ans de confinement hideux (novembre 2004) , l’élection dans la foulée deux mois plus tard à Bagdad, l’ancienne capitale des abbassides, d’un Kurde à la tête d’un Etat irakien doté d’un nouvel emblème aux couleurs kurdo-israéliennes (Bleu jaune) (Janvier 2005), le basculement dans le camp américain de Jacques Chirac, le principal opposant mondial à l’invasion américaine de l’Irak, accrédite à tort ou à raison l’idée d’une vaste conjuration occidentale visant à mettre au pas tout récalcitrant à l’ordre américano-israélien dans la zone (septembre 2004).

A l’instar du journaliste pro saoudien Kamel Mroueh, quarante ans plus tôt, Rafic Hariri, le meilleur ami du président français Jacques Chirac, l’homme lige des Saoudiens qui symbolisait par excellence le ralliement au camp occidental, sera à son tour une victime collatérale du conflit des puissances. Il périra carbonisé dans un attentat le 14 février 2005, terrible séisme politique qui met en branle une mécanique inéluctable contre la Syrie et l’Iran.

Pour la deuxième fois de son histoire, l’armée syrienne est contrainte de se retirer du Liban. Le principe d’un tribunal à caractère international est décidé pour juger les assassins de l’ancien premier ministre libanais, au terme d’une enquête diligentée par un fonctionnaire missionné par les Nations Unies. Un tel dispositif, singulier dans les annales judiciaires internationales, ne sera curieusement pas imposé au Pakistan lors de l’assassinat de l’ancien premier ministre Benazir Bhutto, en décembre 2007. Le président pakistanais, il est vrai, est gratifié du titre d’ «allié majeur des Etats-Unis» dans sa guerre contre le terrorisme, qui confère à son titulaire une immunité et le dispense de fastueuses explications. Ce qui n’est pas le cas de la Syrie et de l’Iran.

Le tribunal international pour le Liban et la menace potentielle nucléaire iranienne constituent les deux instruments de la diplomatie occidentale pour amener à résipiscence les deux réfractaires à l’ordre américain, quand bien même la menace nucléaire iranienne se trouve au stade virtuel et sa réalité contestée par les services américains, quand bien même elle est postérieure de soixante ans à la menace nucléaire israélienne, bien réelle, qui hypothèque tout règlement qui ne souscrirait pas au diktat israélo-américain.

Israël et les alliés Libanais de l’Amérique subiront cumulativement revers militaires et camouflets politiques depuis 2006, entravant considérablement la mise au pas du Liban, au-delà, la Syrie, l’Iran et la portion palestinienne sous l’autorité du Hamas. C’est ainsi que dans une démarche symétrique mais non synchronisée, le Hezbollah infligera en effet à Israël, l’été 2006, un retentissant camouflet militaire, dont le Hamas s’en inspirera avec succès en mars 2008 au moment de l’invasion de la bande par les forces d’occupation israéliennes, alors que parallèlement les dirigeants maronites, Nassib Lahoud et Amine Gemayel étaient battus répétitivement dans une compétition électorale, dans leur propre fief du Metn, par le principal allié chrétien du Hezbollah le Général Michel Aoun, un échec comparable au revers électoral du président palestinien Mahmoud Abbas face à ses opposants islamistes. Une séquence à tous égards calamiteuse pour l’administration néo-conservatrice américaine.

Le Royaume wahhabite vit comme une rente de situation l’Islam et le pétrole, les deux vecteurs de sa puissance. Puisant son magistère moral de la présence sur son sol des principaux Lieux Saints de l’Islam (La Mecque et Médine), et sa puissance financière de ses gigantesques réserves énergétiques, il consacrera l’essentiel de ses efforts à combattre plus qu’aucun autre pays le nationalisme arabe, mettant sur pied l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), une structure de diplomatie parallèle concurrente de la Ligue arabe. Dans la foulée du revers militaire israélien au Liban, l’été 2006, il se muera, à la grande stupéfaction de la quasi-totalité des observateurs internationaux, en parangon de l’Arabisme. Le chantre de la fraternité islamique pendant trois décennies, accusera, sans vergogne, la Syrie d’avoir pactisé avec l’Iran, la perse antique, pays musulman certes mais non arabe. Une tare indélébile pour le nouveau porte-étendard de l’arabisme

Le «péril chiite» succède alors au «péril rouge» qu’Américains et Saoudiens avaient combattu sans relâche, les décennies précédentes. Dans la foulée du revers militaire israélien au Liban, l’été 2006, l’Arabie se redécouvre arabe pour se démarquer du triomphe du Hezbollah, la milice chiite Libanaise. Négligeant son premier vecteur transnational MBC (Middleast Broadcasting Corporation), elle se sera dotée auparavant d’une chaîne transfrontière du nom d’«Al-Arabiyah» comme pour mieux revendiquer son arabité, un terme qu’elle avait pourtant banni de son lexique diplomatique pendant un demi-siècle. Ce comportement s’apparente à une mystification. Mais le Royaume qui aura lancé deux plans de paix pour le règlement du conflit israélo-arabe (Plan Fahd, en 1982, Plan Abdallah, en 2002), sans rencontrer le moindre écho tant du côté américain que du côté israélien, ne déviera jamais, malgré cette rebuffade, de sa ligne, à savoir l’alliance privilégiée avec le grand protecteur du principal ennemi des Arabes, Israël, l’usurpateur de la Palestine au regard d’une large fraction de la population saoudienne et arabe, faisant droit à toutes ses requêtes sans hésitation sans la moindre retenue.

Et pour cause. La dynastie wahhabite aura été le principal bénéficiaire du travail de sape opéré depuis trente ans par les Américains et les Israéliens pour réduire la résistance du noyau dur du Monde arabo-islamique: neutralisation de l’Egypte par le Traité de paix avec Israël (1979), destruction de l’Irak (2003), étranglement de la Syrie (2004), caramélisation de la Libye (2005), isolement de l’Iran (2006) au point qu’Israël apparaît en fin de compte comme le meilleur allié objectif des Wahhabites, rare conjonction de deux régimes théocratiques dans le Monde, l’Etat Hébreu n’étant démocratique que pour la fraction juive de sa population. Dans ce contexte, l’Organisation clandestine «Al-Qaida» d’Oussama Ben Laden et la chaîne transnationale arabe «Al-Jazira» apparaissent, rétrospectivement, comme une excroissance rebelle à l’hégémonie saoudienne sur l’ordre domestique arabe, tant dans le domaine politique que sur le plan médiatique

Le sommet de Damas et la concentration navale américaine au large du Liban

Le Sommet arabe de Damas, le premier de l’histoire contemporaine à se tenir dans la capitale le syrienne, devrait symboliquement réunir la Syrie face à tous ses adversaires réunis. Mais les deux patriarches octogénaires arabes, l’égyptien Hosni Moubarak hanté par l’obsession de sa sécurité du fait des nombreux attentats dont il a été l’objet, une vingtaine en 27 ans de règne, et le saoudien Abdallah, tous deux préoccupés de leur succession pourraient le boycotter arguant du blocage de la situation libanaise dont ils imputent la responsabilité à la Syrie, exclusivement à la Syrie, et non également à leurs interférences permanentes sur la scène libanaise d’une intensité comparable à celle de la Syrie, matérialisée par les injections financières régulières de l’Arabie pour le réarmement des milices privées sunnites, leur entraînement en Jordanie et leur encadrement par l’Egypte (2).

La concentration navale américaine au large de Beyrouth a officiellement pour objet de faire pression sur la Syrie et l’opposition libanaise pour faciliter l’élection d’un président de consensus pro-occidental au Liban. Elle vise en fait à percer la carapace du noyau dur du monde arabo-musulman par son maillon faible, le Liban où les pays occidentaux disposent d’une large gamme d’alliés recrutés parmi les anciens chefs de guerre féodaux et claniques, les Chrétiens Samir Geagea et Amine Gemayel, le druze Walid Joumblatt ainsi que leur principal bailleur de fonds, le sunnite Saad Hariri, tous opportunément reconvertis dans la défense de la Démocratie qu’ils n’ont jamais pratiqué et la défense des Droits de l’Homme qu’ils ont constamment bafoués.

Détail piquant qui illustre l’indigence de la «diplomatie du carnet de chèques» maniée de tous temps par les Saoudiens: l’homme en charge du dossier libanais en Syrie pendant trente ans, celui-la même qui était craint par les diverses factions libanaises et redouté par les chancelleries arabes et occidentales qui tonnait la foudre et ordonnait les accalmies, à ce titre responsable au premier chef des dérives syriennes au Liban, le vice-président de la République syrienne Abdel Halim Khaddam.

M. Khaddam, le bien nommé, dont le patronyme en arabe signifie littéralement «le serviteur», reniera singulièrement son militantisme après avoir abusivement ponctionné le Liban, opérant par cupidité la plus retentissante reconversion de l’histoire politique récente, finissant sa vie en factotum de son coreligionnaire sunnite libanais Rafic Hariri. Le millardaire libano-saoudien gratifiera amplement ce transfuge de son reniement en lui offrant la résidence du nabab pétrolier grec Aristote Onassis sur la plus célèbre artère de la capitale française, l’Avenue Foch, alors que son pendant français, l’ancien président Jacques Chirac avait droit à un appartement avec vue sur Seine Quai Voltaire à Paris. Judas a trahi son Seigneur pour trente deniers.

D’autres trahisons valent certes leur pesant d’or mais accablent le renégat d’un discrédit à vie.

Ramollir le noyau dur du Monde arabe par l’invasion répétitive de Gaza, fief du mouvement islamiste Hamas, le harcèlement du Hezbollah par des opérations de diversion des politiciens libanais, la neutralisation de la constellation du Douwal al Moumanah, l’alliance de fait entre le Hamas palestinien le Hezbollah libanais, la Syrie et l’Iran qui se considère comme le système de pré alerte visant à immuniser le monde arabo-musulman contre le virus de la soumission à l’hégémonie israélo-américaine. Epuiser le dernier îlot de résistance en prélude à une éventuelle offensive contre l’Iran qui donnera la possibilité à George Bush d’opérer une magistrale culbute, passant, de par son piètre bilan, de pire président des Etats-Unis, au plus grand génie politique de l’histoire contemporaine. Donne crédit supplémentaire à cette hypothèse, la démission à la mi-mars de l’amiral William Fallon, commandant en chef du commandement central, la zone couvrant l’arc de crise allant de l’Afghanistan au Maroc, en désaccord avec la stratégie de l’administration néo-conservatrice.

Le Monde arabe constitue avec l’Amérique latine l’une des rares de zone de contestation de l’hégémonie américaine. Au delà des vives critiques fondées et justifiées sur les turpitudes syriennes, l’hermétisme de son régime, son autarcie, sa bureaucratie et son népotisme, comparables en cela aux autres régimes arabes même les plus proches de la grande démocratie américaine, si l’implosion du Liban venait à surgir entraînant dans son sillage le collapsus de la Syrie, une longue période de servitude et de tribalisation s’ouvrirait alors pour les Arabes, Sunnites et Chiites, Salafistes ou Soufistes, Malekites, Chaféites, Hanafites ou Hanbalites, Kurdes et Druzes, Alaouites et Wahhabites, voire même Maronites.

Et Le Liban chéri ne sera plus qu’un «Hariristan» à l’image du Kurdistan irakien, voire même du bantoustan palestinien que les Israéliens et les Américains s’appliquent à édifier sur les lambeaux de la Palestine. Et la perte du Liban sera alors pleurée comme l’aura été la perte de la Palestine, comme auparavant la perte de l’Andalousie: abondamment

Avec pour reliquaire, en guise de méditation aux apprentis sorciers qui sillonnent ce pays depuis si longtemps en toute impunité, cette apostrophe du poète français Jean Racine:

Pleure, Pleure cette nuit cruelle
Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.


Références

1-La Révolution dans la rancoeur» (Editions Julliard 1967), ouvrage épuisé, du journaliste libanais Edouard Saab, ancien Rédacteur en chef de l’Orient – Le Jour et ancien correspondant du journal Le Monde au Liban, tué durant la guerre civile libanaise.

2-Les étranges alliances des groupes radicaux islamistes. Enquête sur l’implantation d’Al-Qaida au Liban cf Le Monde diplomatique-février 2008 de Fida’a Itani
Sur le même thême,
-Cf aussi l’article de Seymour Hersch dans le New Yorker (mars 2007) sur les affrontements du camp palestinien de Nahr el Bared, nord du Liban, entre l’armée libanaise et des groupés armés palestiniens sunnites. Affrontements de trois mois particulièrement meurtriers pour l’armée libanaise qui se sont achevés par la reddition du camp mais l’évaporation mystérieuse du chef du commando palestinien,
-ainsi que ”The Middle East, the Gaza Bombshell” by David Rose – April 2008- Vanity Fair.

Noam Chomsky, les terroristes voulaient la fin du monde

Par Tom Engelhardt, traduction/adaptation par Marc Blot pour Agoravox, le 18 mars 2008

L’un des derniers livres de Noam Chomsky − un entretien avec David Barsamian − s’intitule What We Say Goes. Il traite d’un thème particulièrement cher à l’auteur : le fait que nous vivions depuis longtemps sur une planète à sens unique et que le langage que nous manions régulièrement pour décrire les réalités de notre monde est adapté aux intérêts de Washington.

Sur son site internet Informed Comment, Juan Cole a récemment donné un bon exemple du caractère étrange de ce langage ciblé. Lorsque les Serbes ont pris d’assaut l’ambassade des États-Unis à Belgrade, il fit le commentaire suivant (ayant en tête des années d’utilisation du terme « islamo-fascisme ») : « … étant donné que les Serbes sont des chrétiens orthodoxes de l’Est, le Parti républicain et la chaîne d’informations Fox Cable News vont-ils désormais se mettre à tempêter contre le “christo-fascisme ?” »

Bien sûr, dès l’instant où l’on essaye de renverser la norme de Washington (en mots ou en actes), comme l’a fait Chomsky dans un passage intitulé What if Iran Had Invaded Mexico ? (Et si l’Iran avait envahi le Mexique ?), on a déjà mis un pied dans le théâtre de l’absurde. La « terreur » en est un très bon exemple. Celle-ci est quelque chose qui, par définition (récente), est perpétré par des groupes ou mouvements flottants à l’encontre de civils innocents, et est hautement répréhensible (à moins que ces groupes s’avèrent être la CIA qui lance des voitures piégées dans Bagdad ou des voitures piégées ainsi que des bombes aériennes en Afghanistan ; dans ce cas-là ce n’est pas un sujet dont on parle beaucoup dans notre monde, ni que l’on condamne). Toutefois, cette arme terrifiante que constitue la puissance aérienne − au cœur des méthodes guerrières des Etats-Unis − n’entre absolument pas dans la catégorie « terreur » ; peu importe à quel point elle peut terroriser les civils innocents qui se trouvent sous les missiles et les bombes.

C’est en ayant cela en tête que Noam Chomsky s’est intéressé à tous les genres de terreur pratiqués au Moyen-Orient dans le contexte de l’attentat à la voiture piégée perpétré contre une figure majeure du Hezbollah au Liban. D’ailleurs, The Essential Chomsky (dirigé par Anthony Arnove) vient de paraître, il s’agit d’une nouvelle anthologie de ses écrits sur la politique et sur le langage depuis les années 1950 à nos jours, je vous la recommande vivement.


Résumé de l’article de Noam Chomsky "La liste des gens les plus recherchés, le terrorisme intenational" :

Le point de départ de la réflexion de l’auteur est l’assassinat de Imad Moughniyeh − membre éminent du Hezbollah − qui a eu lieu le 13 février 2008 à Damas. En effet, Israël et les Etats-Unis se sont réjouis de la disparition d’un homme qu’ils considéraient comme le plus dangereux des terroristes après Oussama ben Laden, « Un militant qui voulait la fin du monde » comme le titrait un article publié dans le journal londonien Financial Times. En fait, Chomsky explique que les États-Unis ont mis en place une terminologie spécifique qui leur permet d’évaluer les violences selon leurs propres critères et de se targuer du soutien de la communauté internationale. Selon les règles de ce langage, « le monde » désigne les classes politiques de Washington et de Londres ainsi que tous leurs sympathisants. Cela a ainsi permis à George Bush de déclarer que « le monde » le soutenait quand il a donné l’ordre de bombarder l’Afghanistan. Certes « le monde » avait soutenu cette action, mais certainement pas le monde, qui aurait largement préféré que l’on prenne des mesures judiciaires et politiques envers ce pays.

Dans les pas de la terreur

Non sans ironie, Chomsky affirme que si « le monde » s’étendait au monde, alors la liste des candidats des terroristes les plus recherchés risquerait fort de s’allonger. Il s’avère qu’hormis deux attentats (deux détournements d’avion en 1985 au cours desquels un militaire américain et un civil américain handicapé furent tués) que l’on peut attribuer avec certitude à Imad Moughniyeh, la plupart des accusations portées contre lui sont infondées. De plus, ces actions terroristes ont été effectuées en représailles du bombardement de Tunis perpétré une semaine plus tôt et commandité par le Premier ministre israélien Shimon Peres − action soutenue plus ou moins officieusement par les Américains. Ce bombardement causa la mort de 75 Tunisiens et Palestiniens. Le Conseil de sécurité de l’ONU a d’ailleurs condamné à l’unanimité cet acte d’agression (accusation beaucoup plus grave que celle de terrorisme international) ; les Etats-Unis, eux, se sont abstenus. Quant aux Israéliens, ils ont justifié ce massacre en disant qu’il s’agissait de représailles contre les « attaques terroristes » dont ils étaient victimes. Ainsi la loi du talion fonctionne à plein, enfermant le Moyen-Orient dans un cercle vicieux meurtrier. Dans ce contexte, les Etats-Unis passent systématiquement sous silence, justifient ou, pire, soutiennent les violences israéliennes aussi sanglantes soient-elles, tandis que tout aussi systématiquement ils condamnent les violences de l’autre camp et accusent les Palestiniens d’être des bêtes sanguinaires, des « sauterelles » qui doivent être « écrasées ».

Voiture piégée

Si on se livre au jeu morbide des comparaisons, en 1985 le bombardement de Tunis fut de loin beaucoup plus atroce et meurtrier que le détournement d’avion effectué par Imad Moughniyeh. Mais poursuivons notre concours du pire des attentats terroristes : en bonne place figure celui de l’attentat à la voiture piégée perpétré par la CIA de Reagan et ses alliés saoudiens avec l’aide de la Grande-Bretagne. Il eut lieu à Beyrouth dans le but de tuer l’ecclésiastique shiite Sheikh Mohammad Hussein Fadlallah. La bombe a explosé alors que les fidèles venaient juste de quitter la mosquée après les prières du vendredi. Cela fit des centaines de victimes, femmes et enfants compris. Toutefois, « le monde » n’ayant pas pour habitude d’enquêter sur ses propres crimes, l’affaire ne fit que peu de vagues.

« Les villageois terroristes »

Le troisième candidat en lice dans la compétition pour le Prix du terrorisme au Moyen-Orient en 1985 est l’ensemble des opérations baptisées « Poigne de fer ». Commanditées par Peres, ces attaques visaient ce qu’Israël appelait « les villageois terroristes » dans les territoires Sud du Liban. Là, encore, le résultat fut sanglant, mais, toujours selon les règles du « monde », considéré sans importance. Cependant, si l’on change de point de vue, ces faits pourraient nous amener à relativiser la gravité des actions terroristes attribuées à Imad Moughniyeh comparée à celle des violences exercées par Israël. De plus, on pourrait s’interroger sur la légitimité du terme « attaque terroriste » pour qualifier l’attaque d’une base militaire dans un pays étranger, surtout lorsque les forces françaises se livrent alors à des bombardements massifs au Liban et que les Etats-Unis soutiennent son invasion par Israël en 1982, invasion justifiée selon eux par la menace perpétuelle des attaques de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine).

Meurtre sans préméditation

On accuse également Imad Moughniyeh d’avoir organisé le bombardement de l’ambassade d’Israël à Buenos Aires le 17 mars 1992, lors duquel périrent 29 personnes. Cet attentat fut conduit en représailles de l’assassinat de l’ancien leader du Hezbollah, Abbas Al-Mussawi et de sa famille. Ce meurtre, revendiqué par Israël, a eu lieu lors d’une attaque aérienne dans le Sud Liban, rendue possible grâce à un hélicoptère gracieusement fourni par les Américains. Après cet événement, le Hezbollah décida de « changer les règles du jeu » : auparavant Israël pouvait lancer des attaques meurtrières partout au Liban tandis que le Hezbollah, lui, ne pouvait rétorquer qu’en attaquant les territoires occupés par Israël. Après le meurtre de Al-Mussawi, le Hezbollah a commencé à lancer des roquettes au nord de l’Etat juif. Rabin, en réponse à cette « intolérable terreur » a envahi le Liban, chassant 500 000 personnes hors de chez elles et faisant plus de 100 victimes. Tout cela sous l’œil bienveillant de Bill Clinton, pour qui il était essentiel de faire respecter par tous les règles du jeu. Il érigeait ainsi Rabin en grand défenseur de la paix, luttant contre ces affreuses bêtes sanguinaires.
Les plus fervents défenseurs des Israéliens et des Américains expliquent sérieusement que, tandis que les Arabes tuent délibérément des gens, les Etats-Unis et Israël, eux, étant des sociétés démocratiques, ne le font pas exprès. Quand ils tuent, c’est accidentel, rien à voir, donc, avec le degré de dépravation morale dont font preuve leurs adversaires. On peut ainsi diviser les meurtres en trois catégories : meurtre prémédité, homicide involontaire et meurtre en toute connaissance de cause, mais sans intention spécifique de tuer. Les atrocités commises par les Etats-Unis et Israël appartiennent bien sûr à la dernière catégorie. Ces deux pays considèrent en effet qu’il n’est pas plus grave d’écraser une fourmi que de tuer des Africains : ces derniers ont tellement peu de valeur que cela ne vaut pas la peine de se poser la question de leur mort. Il va sans dire qu’on envisagerait autrement des attaques arabes perpétrées à l’encontre d’êtres humains dignes de ce nom.

Et Chomsky de conclure : "Prenons un peu de distance et posons-nous cette question : qui sont les criminels qui veulent la fin du monde ?"


Cet article est un résumé composé à partir d’un article de l’américain Tom Engelhardt, publié sur le site TomDispatch.com le 26 février 2008 et intitulé "Noam Chomsky, Terrorists Wanted the World Over". Avec l’aimable autorisation de l’auteur

Au Liban, l’attente fiévreuse de l’USS Cole

L’arrivée prochaine de l’USS Cole sur les côtes libanaises inquiète et exacerbe la tension. Les libanais gardent le souvenir des obus d’une tonne tirés par la flotte US en 1983 sur Beyrouth. Franklin Lamb, spectateur engagé des drames libanais, a rencontré les jihadistes du camp d’Ain El Helwe, au sud Liban, qui rêvent d’en découdre avec les forces américaines.

Par Franklin Lamb, Counter Punch, 1er mars 2008

Selon mes décomptes, il y a au moins huit – et peut-être bien quatre de plus – groupes d’orientation salafiste inspirés par Al-Qaïda, qui s’organisent et opèrent au Liban. La plupart sont représentés sous une forme ou une autre à Ain el Helwe, le plus grand des 12 camps de réfugiés palestiniens du pays. Les adolescents semblent être parmi leurs plus ardents défenseurs.

Ces groupes islamistes s’organisent et agissent dans ce camp comme dans d’autres, pour la même raison que celle que Bill Clinton avait invoqué concernant Mme Monica Lewinsky : « Parce que je le pouvais » comme il l’a finalement admis.

La situation est la même pour Al-Qaida au Liban. Les dirigeants palestiniens sont fermement opposés à ces groupes islamistes, mais, tout comme le « gouvernement » du Liban, ils sont impuissants à les empêcher de s’installer dans ces refuges relativement sûrs.

Ces derniers jours, ces groupes ont été mis en émoi par le déploiement du destroyer lance-missile USS Cole, qui aurait quitté Malte le 26 février, en route vers une position au large de Beyrouth. Son arrivée imminente au Liban est considérée comme un avertissement en direction de la Syrie, de l’Iran et de la résistance libanaise, dirigée par le Hezbollah. Cela signifie que, au moment où l’administration Bush a sans doute « perdu » en Iraq, en Afghanistan, et peut-être bientôt au Pakistan et dans certaines parties de la région du Golfe, elle est prête à se joindre dans la lutte avec Israël afin de ne pas « perdre » le Liban.

L’amiral Michael Mullen, le chef d’Etat Major des USA, a déclaré hier que le déploiement ne devrait pas être perçu comme une menace ou une réponse à des événements survenus dans un pays particulier de cette région instable.

« La Méditerranée Orientale est une région importante pour nous », a-t-il déclaré lorsqu’on l’interrogeait sur l’annonce du déploiement de ces navires. « C’est un groupe de vaisseaux qui va opérer dans les environs durant un certain temps », ajoutant qu ’ « il n’est pas destiné à envoyer de signaux plus forts que cela. Mais il signale que nous sommes engagés, nous allons être dans cette région, qui est une partie très, très importante du monde. »

L’amiral Mullen a également été interrogé pour savoir si le déploiement des navires est lié au calendrier de l’élection libanaise.

« Dire qu’il est directement lié serait incorrect, mais nous sommes certainement conscients du fait que ces élections sont importantes, et qu’elles surviendront à un certain moment, » a-t-il répondu.

Et lorsqu’on lui a demandé si la Syrie était la raison de ce déploiement, il a précisé « ce n’est pas spécifiquement adressé à un pays, mais plutôt à l’ensemble de la région. »

Le porte-parole du Conseil National de Sécurité américain, Gordon Johndroe, a ajouté que le déploiement de l’USS Cole était justifié par le fait que le président George Bush était préoccupé par la situation au Liban.

« Bush pourrait devoir détruire le Liban pour le sauver, comme il l’a fait avec l’Irak », plaisante un adolescent souriant en servant un thé sucré comme celui que l’on m’a offert à chaque rencontre à Ain el-Helwe lors de mes visites liées à un projet éducatifs en direction des étudiants palestiniens.

Le Liban n’a pas été très réceptif à l’administration Bush qui y a subi une série d’échecs durant trois années de projets avortés en direction du Liban.

Parmi ces échecs, on compte la guerre de Juillet 2006, l’essai d’installer une base aérienne avancée de l’OTAN à Kleiate, l’importation de salafistes pour lutter contre le Hezbollah, en tentant d’organiser une armée sunnite au nord, autour de Tripoli et Akkar pour lutter contre les chiites dans le Sud, la proposition de financer un troisième Parti politique chiite pour affronter le Hezbollah et le Amal, des efforts pour déclencher une guerre civile, et, plus récemment, des suspicions non prouvées de l’octroi d’un « feu vert » pour des assassinats politiques en une tentative d’impliquer et d’isoler la Syrie. Le Club [1] devient agressif, selon un membre de l’administration de la Commission du Renseignement du Sénat américain.

L’USS Cole , déployé en « manifestation de soutien à la stabilité régionale, » assure la même mission que celle qui était la sienne quand il a été attaqué dans le port d’Aden au Yémen, en octobre 2000 par une embarcation suicide d’Al-Qaeda tuant dix-sept marins américains, en blessant plus de 50, et endommageant gravement le bâtiment. L’ironie de la situation, n’échappe pas aux militants d’Al-Qaida installés au sud à Ain el Helwe, près de la ligne bleue et dans le nord à Tripoli et Hermel. Selon Ahmad, un combattant chevronné au visage d’enfant, arrivé en provenance de l’Irak il y a quelques mois, et qui ressemble en tous points à l’image que l’on pourrait se faire d’un moudjahidine salafiste d’Al-Qaida , « les navires de guerre US ne quitteront pas les eaux du Liban sans qu’ils soient attaqués et détruits. Ils viennent mener une guerre contre le Liban au nom des sionistes, » affirme-t-il.

Rena, une superbe femme blonde, qui semble plus européenne qu’arabe et paraît être une sorte d’expert militaire, s’exprime comme si elle était une porte-parole du Pentagone :

« Le Groupe de Combat du Nassau, basé à Naples en Italie, est arrivé dans la zone d’opération de la 6ème flotte, il y a trois jours. Ils pourrait rejoindre l’USS Cole et nous attendons finalement six navires. Le Cole a été remis à l’eau en avril 2002 et a eu son premier ordre de mission en novembre 2003. »

Mes yeux s’écarquillent. Rena poursuit :

« Nous surveillons attentivement leurs mouvements. Outre le Nassau, le groupe comprend un croiseur et deux destroyers lance-missiles et deux autres navires amphibies. Les navires amphibies peuvent emporter des milliers de Marines et débarquer sur les côtes du Liban presque tout le long de leurs 120 Kilomètres. »

« Comment savez-vous tout ça ? » Baffouillé-je.

Son compagnon, tout en servant à nouveau du thé sucré, se lance dans une explication :

« Nos moudjahiddines ont beaucoup appris depuis que nous avons attaqué le Cole à Aden en octobre 2000. L’administration Bush n’a rien appris de l’histoire. Est-ce que Bush a lu ? Sait-il ce qui s’est produit lorsque les États-Unis ont envoyé les Marines et l’USS New Jersey en 1983 ? Pense-t-il que le Liban a oublié qu’ils ont dévasté le sud de Beyrouth et le Mont-Liban en bombardant avec des obus de 1300 kilos ? Nous attendons que ces boîtes de de sardines pleines de croisés soient incinérées comme les chars israéliens Merkavas l’ont été durant la guerre de juillet. Qu’ils viennent – ils partiront — Comme lorsque Reagan les a envoyé la dernière fois ! »

En 1983, au plus fort de l’intervention américaine au Liban, environ 17 navires – deux groupes de porte-avions de combat et deux énormes cuirassés – patrouillaient le littoral libanais, tandis qu’un contingent de Marines était déployé à l’aéroport de Beyrouth.

L’amie d’Ahmad ajoute : « tôt ou tard, les navires de guerre américain vont bombarder le Liban. Ils ne viennent pas ici pour admirer nos paysages. Quand ils le feront, l’ambassade des Etats-Unis ainsi que d’autres cibles identifiées disparaîtront dans les heures qui suivent. Ils viennent probablement dans le but de faire la guerre contre la Syrie et l’Iran, ainsi que le Liban. Ce sera une grande guerre, et elle pourrait débuter très bientôt. »

L’ancien député Nasser Qandil a affirmé vendredi qu’en envoyant ses navires de guerre au Liban, les États-Unis veulent dire : « nous avons tué Imad Mughniyeh [2], et nous faisons un come-back, Imad. »

M. Qandil a également affirmé que le directeur du Conseil de sécurité national saoudien, le prince Bandar bin Sultan, veut que le Liban devienne « un refuge pour Al-Qaeda remplaçant l’Irak, ce qui signifie que l’arrivée de navires de guerre américains vise à attirer les jihadistes arabes d’Irak pour faire baisser la pression exercée sur l’armée américaine. »

Un haut responsable américain resté anonyme, (David Welch, selon une source informée) a déclaré à l’agence Reuters que cette nouvelle mission du Cole était « une manifestation de soutien pour la stabilité régionale. Nous sommes très préoccupés par la situation au Liban. Elle s’est dégradée depuis longtemps. »

La dernière chose que souhaite le Hezbollah c’est une guerre civile au Liban et c’est la première chose que veut Israël. La plupart des libanais admettent que le Hezbollah à pour objectif la résistance à l’agression israélienne et à l’occupation, l’application de la résolution 1701 et au retrait israélien des fermes de Chebaa et du village de Ghajar. Ses partisans affirment que le Hezbollah désarmera lorsque Israël cessera d’être une menace pour le Liban.

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah, cité par le quotidien As Safir de Beyrouth, a déclaré que « l’action des Etats-Unis » prouve que la « véritable confrontation se déroule avec les dirigeants de Washington. La démonstration de force des USA apporte la preuve de leur échec et indique qu’ils ont épuisé toutes leurs pressions politiques visant à imposer une tutelle américaine. »

Ultérieurement, M. Fadlallah a précisé : « L’administration américaine a déjà eu recours par le passé à la politique de l’envoi de navires de guerre en appui à ses alliés au Liban. Cette tentative a échoué et s’est retournée contre eux. »

« Nous ne céderons pas aux menaces et à l’intimidation armée pratiquée par les des États-Unis pour mettre en oeuvre son hégémonie sur le Liban ».

Les évènements à venir seront désormais déterminés par ce que fera cette armada en arrivant au large du Liban.


Publication originale Counter Punch, traduction Contre Info


 

[1] F. Lamb désigne sous le nom de « Club » les partisans et les alliés des USA au Liban

[2] Le responsable militaire du Hezbollah victime d’un attentat à Damas

 

Liban : l’ancien directeur des services secrets français accuse les Etats-Unis

Extraits d’un entretien avec Yves Bonnet, ancien directeur de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire).

Al Intiquad, 8/02/2008
Traduction par Raymond RICHA

- Pourquoi toute cette préoccupation internationale au Liban ?

Trois pays veulent s’ingérer au Liban, les États-Unis, l’Arabie Saoudite et Israël. Leurs intérêts convergent et la coopération américano saoudienne, via le club Welch, est forte au Liban. Les États-Unis souhaitent transformer le Liban en une base à partir de laquelle ils auront à faire pression sur la Syrie et le Hezbollah.

- Que voulez-vous dire par club Welch ?

Il s’agit du groupe Geagea-Joumblatt-Hariri-Sanioura ; ce groupe est totalement sous les ordres de David Welch.

- Pourquoi nommez-vous ce groupe « club Welch » ?

Regarder l’actuelle situation au Liban. La division est grande et une de ses conséquences, la faiblesse des chrétiens dans leur incapacité de choisir un président de la République, sans l’accord des États-Unis, d’Israël et de l’Arabie Saoudite.Lors de ma visite du Liban, j’ai été surpris de l’importance de cette division provoquée par l’ingérence étrangère.

Tout le monde vise à imposer sa volonté aux libanais, en premier, notre ministre Bernard Kouchner qui, à une époque, avait déclaré que l’armée libanaise devait détruire le camp de Nahr Al Bared. Je suis persuadé que, sans aucune ingérence étrangère, les libanais auraient pu former un gouvernement d’unité nationale.

- Qui, d’après vous, a interdit la formation de ce gouvernement ?

Les États-Unis et Israël ; autrement, qui a intérêt à ce que ce gouvernement ne soit pas formé ? La division au Liban sert en priorité l’intérêt d’Israël.Lors de ma visite en août 2006, j’avais constaté que le Liban traversait une période que l’on pouvait qualifier d’unité nationale, ceci grâce aux positions de Michel Aoun et de Hassan Nasrallah. A cette époque, Nasrallah avait été très intelligent en considérant la victoire du Hezbollah comme étant celle de tous les libanais ; simultanément, Aoun était resté fermement solidaire de la Résistance durant toute la période d’agression israélienne. Les États-Unis et Israël s’attèlent aujourd’hui à diviser les libanais selon la formule connue « diviser pour régner ».

- Pourquoi l’armée libanaise mena le combat de Nahr Al Bared ?

Les États-unis exprimaient leur volonté de revenir militairement au Liban. Cependant, la partie Sud du pays étant sous l’influence du Hezbollah, la solution idéale était alors de s’infiltrer par la porte nord en réanimant l’ancien projet de construction d’une base militaire à cet endroit. D’où l’idée de quelques uns aux États-Unis de provoquer des troubles au nord du pays pouvant ainsi fournir le prétexte à une présence militaire au Liban. Sur ce sujet, il faut savoir que les groupuscules connus sous le nom de Fath Al Islam étaient soutenus financièrement par les Hariri, avec un salaire mensuel de sept cent dollars par individu. Il n’est pas nécessaire d’en débattre compte tenu de la véracité de cette information. Ainsi, l’armée libanaise tomba dans ce grand piège qui lui était tendue ; elle fut contrainte à s’engager dans un dur affrontement dont elle n’avait pas besoin.
Quand je vois Monsieur Kouchner se comporter comme un général d’armée et je l’entends appeler à la destruction de Nahr Al Bared, je devine l’importance de l’irresponsabilité avec laquelle ce sujet avait été traité.

- Qui est derrière les attentats au Liban ?

Là se présente à nouveau la question de savoir : à qui profite ces crimes ? Peut-on alors accuser la Syrie ? Les syriens savent parfaitement que leur pays est la principale cible. Je crois que la Syrie est totalement étrangère à ces attentats.

- D’après vous, qui a assassiné Wassam Eid ?

Cet assassinat est l’œuvre de ceux qui étaient proches de lui et qui travaillaient dans son entourage. Ici, l’essentiel n’est pas de connaître les exécutants de ce crime mais plutôt les commanditaires.

- Pourquoi tous ces assassinats ?

A travers ces assassinats, le but recherché est le maintien de la crise et son aggravation. Ces attentats ne ciblent un individu que dans l’unique but d’aggraver cette crise. De là nous nous posons une question au sujet de l’assassinat de Pierre Gemayel et sur l’importance du dérangement que représentait cette personne. En vérité, le but de cet assassinat était la propagation du feu amorcé sur le fil conducteur de la crise.

- D’après vous, pourquoi monsieur Geagea ressent-il tant de force et d’assurance ?

Une seule explication à cela : il est du côté de ceux qui exécutent ces crimes. Toujours à propos des ces assassinats, monsieur Joumblatt accuse le Hezbollah.….Il est certain pour tous que le Hezbollah n’a aucun lien avec tous ces crimes qui servent les intérêts de ses ennemis.

- Vos déclarations se basent-ils sur des faits ou des analyses ?

Les deux à la fois. A propos de l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri les enquêteurs affirment qu’ils possèdent des preuves. Mais alors qu’ils les avancent. Pourquoi ne les annoncent-t-ils pas ?

- A propos de l’entente Hezbollah (Courant Patriotique Libre), comment appréciez-vous cette entente ?

D’abord il faudra que l’on signale la modération et le calme qui caractérisent la personnalité de Hassan Nasrallah. A travers cette entente, Michel Aoun a agit en écartant tous les dangers d’une nouvelle guerre civile. Le Hezbollah est un fort garant aux chrétiens et à leur rôle important au Liban et au Moyen Orient. Si j’étais chrétien libanais, je me serais allié à Michel Aoun et aurais soutenu sa politique. Croyez-vous que les chrétiens au Liban, de surcroît minoritaires dans le monde arabe, pourraient vivre sous l’emprise salafiste ?

- A propos de la politique de la France envers le Liban, comment appréciez-vous cette politique ?

Cette politique interpelle la désolation, ceci depuis le règne de Jacques Chirac qui confondait ses intérêts avec ceux de la France. Avec Nicolas Sarkozy, les considérations personnelles ne sont plus comme elles étaient du temps de Chirac ; cependant Sarkozy n’est pas Charles De Gaulle et est très proche des américains.
Quant au ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, il est l’homme des idéologies et agit en s’y référant. Dans la situation libanaise et dans la question iranienne, souvent il agit à partir de ses émotivités juives ; n’était-t-il pas un des rares qui avaient soutenu l’invasion de l’Iraq ?

- Vous avez évoqué le caractère modéré du Hezbollah ; cependant les médias en France disent le contraire ?

Les médias en France tentent de faire croire et admettre que le Liban est divisé en deux parties : le groupe de la démocratie, c’est-à-dire celui au pouvoir et le groupe pro syrien, c’est-à-dire l’opposition.

- Sur quoi vous vous basez pour croire que le groupe au pouvoir est plus démocratique que les autres ?

L’ironie est le fait qu’une bonne majorité des gens actuellement au pouvoir, s’était rassasié depuis longtemps, tout en étant à table, hôte de syriens, et qu’aujourd’hui elle accuse Michel Aoun d’être proche de la Syrie. Enfin, le Hezbollah en 2008 n’est pas celui de 1985. Il est un mouvement de résistance à l’occupation, et son chef, Hassan Nasrallah, agit au Liban comme avait agit De Gaulle en France.

- Avez-vous l’intention de visiter prochainement le Liban ?

Je visite souvent le Liban et mon plus grand souhait est de rencontrer un jour Hassan Nasrallah : cette divine personnalité mérite grand respect

 

Source: http://libanresistance.blogspot.com/200 … -bris.html