Les 70 ans de Pearl Harbor : Europe 1 lève un petit bout du voile (+ AUDIO)

Ce jour du 70e anniversaire de Pearl Harbor donne l’occasion à Europe 1 de poser quelques bonnes questions dans son émission "Au Cœur de l’Histoire", mais également d’y apporter bien vite des réponses qui témoignent encore une fois de cette difficulté qu’ont les grands médias à remettre ouvertement en cause les "vérités officielles".

Le parallèle avec le 11-Septembre ("Le nouveau Pearl Harbor") est saisissant. Ici aussi, il est question de la thèse du "laisser-faire" ("LIHOP", Let It Happen On Purpose) de la part de l’Administration Roosevelt, qui aurait su à l’avance, mais n’aurait pas prévenu la base de Pearl Harbor, une attitude confirmée par nombre de témoignages et documents désormais passés dans le domaine public suite à de nombreuses requêtes FOIA (loi sur la liberté de l’information), mais qui reste délicate à aborder par les mass media. Tout comme le 11/9, l’idée qu’un État puisse (laisser) sacrifier quelques milliers de personnes pour accélérer ses visées stratégiques est si révoltante qu’elle reste tout simplement inacceptable pour nos cerveaux occidentaux.

Les circonstances exactes de l’attaque de Pearl Harbor sont peut-être un sujet nouveau pour certains d’entre vous, mais nous l’avions déjà traité en 2010, suite au passage du film de Michael Bay "Pearl Harbor" sur FRANCE2. Il vient de repasser ce lundi 5 décembre 2011 sur la chaine W9. Cette version simpliste défendue dans le film produit par Disney (!) contraste  avec les découvertes faites - notamment – par Robert B. Stinnett, un ancien officier de l’US ARMY qui a fouillé les archives de la NAVY entre 1995 et 2000. C’est pour permettre la comparaison entre ces différents points de vue, qu’après la transcription (partielle) de l’émission d’Europe1, nous vous proposons en 2nde partie les conclusions du livre "Day of Deceit" de Robert B. Stinnett.

 

Photo d’époque : le cuirassé USS California après l’attaque japonaise sur Pearl Harbor

 


Les 70 ans de Pearl Harbor

Emission Europe 1, Au Cœur de l’Histoire du 6 décembre 2011

 

Ré-écoutez l’émission de Franck Ferrand sur Europe 1

 

 * * *

Transcription des principaux passages

Julia Martin : Le 7 décembre 1941, il y aura donc 70 ans demain, la base de la Marine américaine dans les îles Hawaï subissait une attaque massive des Japonais. Franck Ferrand nous parle aujourd’hui de Pearl Harbor sur Europe 1. Bonjour Franck.

Franck Ferrand (ci-contre) : Bonjour Julia, bonjour à tous. En cette fin d’année 1941, l’amiral japonais Yamamoto a fait converger sur la rade de Pearl Harbor un ensemble de 423 avions, 6 porte-avions et 27 sous-marins en vue d’une attaque préventive de grande ampleur contre la flotte des États-Unis  dans le Pacifique. Le dimanche  7 décembre, à 7h40 du matin, le mot d’ordre est lancé, « Tora, tora, tora », ce qui en japonais veut dire « Tigre, tigre, tigre ». La cible ce matin là, ce sont plus de 90 navires de guerre américains surpris par l’attaque japonaise. Huit cuirassés, trois croiseurs, trois destroyers, quatre navires auxiliaires qui seront détruits, ainsi que 168 avions cloués au sol. Surtout, le raid japonais sur Pearl Harbor va faire 2403 victimes américaines. Un véritable carnage dont l’impact sur l’époque peut être rapproché de celui du 11 septembre 2001 sur la nôtre.

Julia Martin : Effectivement, les conséquences de cette attaque-surprise sont en effet incalculables.

Franck Ferrand : Oui, la première, la principale de ces conséquences, c’est évidemment l’entrée en guerre des États-Unis. Les États-Unis qui jusque-là étaient peu pressés de s’impliquer dans le conflit mondial. Conséquence si importante que certains historiens se sont demandé si à Washington, et bien, de hauts responsables n’auraient pas laissé la catastrophe se produire afin de provoquer un choc sur l’opinion. Pour parler de tout ça cette après-midi, j’ai la joie de recevoir Marc Ferro, l’un de nos grands historiens, et sans doute l’un des plus réservés à l’égard de toutes les vérités officielles.

[…]

Franck Ferrand : Pearl Harbor, il y a 70 ans jour pour jour, heure pour heure, c’était encore une sorte de petit paradis surarmé pour les soldats américains concentrés non loin d’Honolulu, dans cette rade peu profonde d’Hawaï, qui est un État américain, ne l’oublions pas. Une rade qui est occupée en son centre par la petite île de Ford. Dans ce paysage luxuriant, il faut imaginer les plages, les palmiers et les fleurs exotiques, un univers de carte postale, dans ce paysage s’entasser tout de même sur les quais et les malls de Pearl Harbor, 96 navires de la flotte américaine du Pacifique. Il y a là huit cuirassés parmi les plus grands de cette flotte américaine : le Maryland, le West Virginia, le Tennessee, le California, l’Arizona, le Pennsylvania, le Nevada, l’Oklahoma. Tous ces énormes navires qui jaugent entre 29 et 33 000 tonnes, donc de très très grands navires. Et puis, le long des quais, proue à poupe, parfois côte à côte, vous avez tous les croiseurs, tous les torpilleurs, une concentration formidable, une armada historique, mais tranquille. C’est encore un refuge insouciant de la Flotte du Pacifique que nous abordons là à Pearl Harbor.

Le dimanche 7 décembre 1941, ce refuge va faire l’objet, vous le savez donc, d’une attaque groupée. Ce matin-là, 353 avions japonais qui ont été acheminés par porte-avion vont  littéralement fondre sur cet objectif. Le but des Japonais, il est tout simple, il se résume à un mot, c’est l’anéantissement. Cela fait, il faut le dire et on y reviendra tout à l’heure, cela fait des mois que les relations entre les États-Unis et le Japon, relation déjà rendue extrêmement difficile du fait des alliances respectives dans la guerre, que ces relations ont pris le tour d’une guerre larvée. A l’été, après l’occupation de l’Indochine par les troupes Nippones, les Américains ont gelé les avoirs japonais, des négociations très tendues ont commencé, ou plus exactement se sont poursuivies – elles avaient été lancées dès le printemps – et le 26 novembre, les États-Unis ont adressé au Japon une note extrêmement exigeante qui peut passer pour une provocation, c’est une sorte d’ultimatum si vous voulez. C’est considéré par l’ensemble des observateurs de l’époque comme un grand pas vers la guerre, or au moment où les Japonais reçoivent cette note, un peu comme un gant jeté en plein visage, ils ont déjà donné l’ordre à leur armada de quitter les îles Kouriles direction Pearl Harbor. Ce qui du reste est très étonnant, c’est qu’en dépit de cette note très dure du 26 novembre, les Japonais n’aient pas jugé bon de rompre les négociations. Qu’est-ce qu’ils cherchaient, les Japonais dans cette affaire ? Est-ce que leur but était de gagner du temps ?

Nous allons revenir en compagnie de mon invité sur l’espèce de compte à rebours qui pendant tous le début du mois de décembre 1941 nous rapproche de l’inéluctable. L’inéluctable vous le savez se produit donc ce dimanche 7 décembre à 7h40 du matin. C’est à ce moment-là que commence le blitz. C’est à ce moment-là que se déchaîne le feu du ciel. Ce sont des attaques extrêmement dures que va devoir essuyer la flotte américaine à Pearl Harbor. Je vais peut-être pas entrer dans tous les détails, mais dites-vous quand même qu’une première vague de 49 bombardiers qui portent chacun une bombe de 800 kilos anti-blindage fond sur la rade, et puis 40 bombardiers lance-torpille, 51 bombardiers en piqué munis de bombes de 250 kilos, une escadrille de 43 chasseurs Zéros qui assurent eux la protection des bombardiers. Et ce qui est extraordinaire c’est que ce déluge de feu et de fer, que cet enfer va prendre place, alors vraiment comme un coup de tonnerre dans un ciel bleu. Dans ce climat assez doux par ailleurs de Pearl Harbor, vous allez avoir cet extraordinaire déchainement dans une atmosphère avec un ciel bleu, quelques petits nuages, et puis cette radio américaine qui diffuse constamment des airs tranquilles du Pacifique. Il y a une sorte de paradoxe terrible dans cette scène qui va saisir le monde entier. On peut parler de stupeur planétaire devant cet événement que Churchill qualifiera lui-même d’immense événement mondial si surprenant qu’il coupait le souffle même à ceux qui se trouvaient au cœur des affaires.

[…]

Julia Martin : Avec un récit qui nous plonge aujourd’hui sur Europe 1 au cœur de l’attaque japonaise contre Pearl Harbor.

Franck Ferrand : La grande question qui se pose à propos de Pearl Harbor, vous savez Julia, c’est évidemment la question de l’information des plus hautes autorités américaines et on n’a aucun doute sur un point, c’est que les hauts responsables du Pentagone et à la Maison Blanche bien entendu disposaient d’informations très claires quant à une attaque japonaise imminente contre Pearl Harbor. Si ces informations avaient été transmises sur place là-bas, la Flotte du Pacifique aurait pris ses dispositions, on aurait probablement dispersé un certain nombre de navires au large, on aurait mis les avions en état de vol ce qui aurait tout changé, et évidemment les Japonais qui avaient sur place des informateurs auraient été avertis de ce qui se passait et peut-être, je dis bien peut-être qu’ils auraient ajourné ou modifié leur attaque. Bref, la catastrophe de grande ampleur qu’a été ce raid sur Pearl Harbor aurait pu être évitée. Ce qui est certain, c’est que bien qu’informé, Washington n’a pas prévenu Pearl Harbor et dans ces conditions, on est devant une alternative : soit il y a eu négligence, mais alors c’est une négligence à tous les échelons, négligence de tous les services concernés, ce qui parait tout de même assez dur à admettre, soit on a choisi délibérément de ne pas transmettre l’information. La raison de ce choix, ce serait la nécessité de choquer l’opinion américaine pour l’amener à abandonner cet isolationnisme tellement traditionnel aux États-Unis et à accepter l’idée d’une entrée en guerre des États-Unis.

Toutes les personnes influentes présentes à Washington à l’automne 41 ont témoigné, et témoigné à l’infini, de l’embarras du président américain face à la tiédeur de l’opinion américaine, mais aussi et surtout face à la tiédeur du Congrès des États-Unis. L’éventualité d’une guerre, qui par ailleurs paraissait devenue inévitable, cette éventualité n’était pas du tout acceptée politiquement. On peut donc concevoir qu’à la Maison Blanche, la catastrophe de Pearl Harbor ait pu apparaitre comme une aubaine. Dans le mémorial de Roosevelt qui a été rédigé d’après les papiers du principal conseiller  diplomatique du président, on peut lire cette remarque : « Les Japonais n’avaient qu’un seul moyen de tirer Roosevelt d’embarras et c’est précisément ce qu’ils firent d’un seul coup d’une manière si provocante, si insultante, si exaspérante, que l’opinion américaine divisée et troublée devint en un instant unanime et sûre de son bon droit. »

En 1955, le contre-amiral Théobald qui avait subi sur place l’attaque japonaise s’est rendu mondialement célèbre en publiant un ouvrage à scandale, "Le Secret de Pearl Harbor", dans lequel il dénonçait ce qu’il considérait comme un véritable montage politique. Le brûlot rappelle un certain nombre de faits peu contestables, c’est vrai que dès l’été 41 les Américains décodaient les messages japonais grâce à des appareils qu’on avait appelé les Purple machines, les machines pourpres, ils étaient donc au courant des préparatifs. Et du reste le 6 décembre, la veille de l’attaque, ils en connaissaient l’heure précise. Or le quartier général de l’US Navy sur place à Pearl Harbor n’a pas été avisé de ces informations. Pire encore, un ordre de Roosevelt en personne, à la fin de l’été 41, avait interdit que les messages décryptés soient transmis au commandant américain de la Flotte du Pacifique. « Le fait demeure incompréhensible, écrit Théobald, à moins d’admettre que le président Roosevelt ait voulu que Pearl Harbor fût attaquée ». L’hypothèse que formulait le contre-amiral Théobald dans ce livre est très audacieuse. Selon lui le président Roosevelt et son état-major auraient donc volontairement créé une concentration vulnérable dans les îles Hawaï afin de servir d’appât au Japonais, afin si j’ose dire de les pousser au crime. Nous allons voir dans un instant ce qu’il faut penser d’une hypothèse aussi audacieuse.

[…]

Julia Martin : Et jusqu’à 14h, Franck nous parle aujourd’hui de l’attaque japonaise contre Pearl Harbor. C’était le 7 décembre 1941.

Franck Ferrand : Alors on peut dire 50 ans après, la vision hyper machiavélique du contre-amiral Théobald ne semble pas tenable. Le président américain ne pouvait pas manœuvrer les Japonais comme si ça avait été autant de pions sur un échiquier. Il n’avait aucun moyen de maitriser les conditions d’une attaque telle qui s’est produite, et surtout, et c’est là qu’il est important de se replonger dans le contexte en 1941, on peut dire qu’une attaque aéronavale de cette ampleur, à cette distance des bases n’avait jamais existé dans l’histoire. C’est du reste cette extrême nouveauté qui a créé la surprise et le choc. Ce que pouvait néanmoins prévoir  le président des États-Unis, c’est qu’une telle puissance de feu ait pu passer inaperçue. Imaginez, comment penser que tous ces avions allaient échapper au contrôle des Américains qui avaient installé par ailleurs un système de surveillance ultra performant dans toute la région. Alors sans entrer dans tous les détails, il parait hautement improbable que Washington ait froidement planifié la destruction de ses propres forces à Hawaï.

Cette accusation extrême de Théobald et d’un certain nombre d’autres contre Roosevelt ne parait pas tenir, mais si le président peut être mis hors de cause à ce stade, il semble beaucoup plus difficile de le laver d’une autre accusation plus subtile. Et si Roosevelt, informé de ce qui se préparait, et nous avons vu que ces informations sont elles incontestables, et si Roosevelt avait sciemment laissé les choses suivre leur court ? Et si sans aller jusqu’à tendre un piège aux Japonais, les hauts responsables de Washington avaient sauté sur l’occasion qui leur était offerte de créer un électrochoc sur l’opinion et sur la classe politique américaine afin de modifier le cours de la guerre ? Alors voilà qui semble déjà plus possible.

Je me suis rappelé en préparant cette émission une très belle émission télévisée d’Alain Decaux sur le sujet. C’était il y a une bonne trentaine d’années et voici ce que disait Alain Decaux. Il disait : « Ceux qui pensent que Roosevelt a sciemment négligé d’avertir les forces du Pacifique citent un texte d’un des principaux collaborateurs de Roosevelt qui s’appelait Stimson. On trouve dans le journal de celui-ci un passage assez extraordinaire, » nous dit Alain Decaux. Alors je cite le passage en question : « Le président observa, c’est Stimson qui écrit, observa que les Japonais étaient réputés pour leur manière d’attaquer sans avertissement préalable et que nous pouvions être assaillis, le lundi suivant par exemple. » Le lundi suivant, c’est le 8 décembre en l’occurrence. « Un problème nous inquiéta fort. Quand vous savez que votre ennemi va frapper, il n’est pas sage ordinairement d’attendre qu’il bondisse sur vous. Cependant, en dépit du risque encouru, en laissant les Japonais tirer le premier coup de canon, nous comprîmes que pour obtenir l’appui total du peuple américain, il était désirable de les laisser faire, pour que personne ne puisse nourrir le moindre doute sur ceux qui étaient les agresseurs. Il s’agissait de savoir comment nous pouvions amener les Japonais à une situation où ils tireraient le premier coup de canon sans nous exposer à un trop grave danger. Ce n’était pas facile. »

Voilà donc ce qu’a écrit Stimson dans son journal, vous avouerez que c’est assez stupéfiant. « Alors, conclut Alain Decaux, ce n’était pas facile, mais est-ce que pour autant cela a été fait ? Ce qui est certain, c’est que tout s’est déroulé comme si ça avait été fait. Mais ça ne prouve en aucune manière que cela a bien été fait. » Vous voyez toute la subtilité, toute cette bathmologie, si je puis dire, de la question qui se pose à propos de Pearl Harbor.

[...]

* * * FIN de la transcription * * *

* * *    mais l’émission continue avec l’invité Marc Ferro, historien tres "politically correct"    * * *

 

Transcription Buzz L’Éclair pour ReOpenNews


 

(Jour de Duperie)
2e Edition – Mai 2001
 
La vérité sur Franklin Delano Roosevelt et Pearl-Harbor

 

 par Robert Stinnett, ancien officier de la NAVY, a servi en 1942 dans le Pacifique
sous les ordres d’un certain lieutenant George Herbert Walker Bush
 
 

 

 

par Robert Stinnett

(NdT. Extrait de la seconde édition thermocollée de 2001, cette postface, pages 261 à 263, répond aux réserves émises par des historiens et des journalistes suite à la parution de la première édition reliée de 1999. Il va de soi qu’une quantité impressionnante d’indices et de preuves de toute nature émaillent le corps du texte, qu’il est malheureusement impossible même de résumer ici tant leur densité est rude).

En mai 2000, alors qu’il était trop tard pour les inclure dans l’édition initiale reliée de Day of Deceit, l’auteur exhuma plus de 4000 documents de communications de renseignements – tous vierges de tout examen antérieur – qui confirment la préconnaissance de l’attaque japonaise de Pearl Harbor par l’Amérique, et qui contribuent à résoudre deux des débats les plus litigieux à propos de Pearl Harbor.

Des critiques dénient toute préconnaissance américaine des attaques. Ils font 2 remarques : (1) que les radio-cryptographes américains ne sont pas parvenus à décrypter les codes navals japonais, et (2) que même si les codes furent décryptés et traduits, la communauté américaine du renseignement ne pouvait pas déterminer avec certitude où le coup allait porter parce que l’amirauté japonaise garda le silence radio et ne dévoila pas la cible comme étant Pearl Harbor.

Ces deux assertions ne tiennent plus face aux nouveaux documents. Des preuves accablantes contenues dans la déclassification FOIA de mai 2000 révèlent qu’à la mi-novembre 1941, alors que les forces navales japonaises avaient mis le cap sur Hawaï, les radio-cryptographes américains AVAIENT bien décodé les principaux codes navals japonais, et que l’amirauté japonaise s’était répandue sur les ondes, et avait dévoilé au cours d’une série de messages radio que Pearl Harbor était la cible de leur raid. La documentation, interdite au public et au Congrès pendant près de 60 ans, révèle une vérité sans ambiguïté : les messages de l’amirauté japonaise apportèrent beaucoup de renseignements sur leur itinéraire vers Pearl Harbor alors qu’ils étaient interceptés par les services de renseignement chargés des communications.

Les radio-cryptographes ne se sont pas endormis en 1941. Peu après que l’ambassadeur Joseph Grew eût appris par ses propres sources de renseignement que le Japon planifiait un raid des porte-avions sur Pearl Harbor, la force aéronavale japonaise fut dépistée par la station CAST de Corregidor(*). Le renseignement confirma l’alerte de Grew en janvier à l’attention de la Maison Blanche. La force aéronavale japonaise et son commandant furent parfaitement identifiés(**). Le chef opérateur radio Leroi Lankford donna les premiers détails le 22 avril 1941, lorsqu’il observa correctement que le commandement de la force aéronavale était centré à bord du porte-avions de 38.000 tonnes HIJMS Akagi.

Les informations de Langford étaient inattaquables. Il avait résolu la question du code d’identification radio assigné à l’amiral et le suivait alors que le Japon organisait sa force aéronavale connue sous le nom de 1ère flotte aéronavale en prévision de l’attaque de Pearl Harbor. Le vice-amiral Chuichi Nagumo, commandant de la première flotte aéronavale à bord de l’Akagi s’adressa à tous les bâtiments de guerre japonais de la flotte d’assaut au moment même où les cryptographes américains comme Langford écoutaient et retransmettaient ces renseignements à la Maison Blanche. Il n’y avait aucun moyen d’échapper à la surveillance électronique. Six stations d’écoute de la NAVY depuis un port hollandais, le territoire de l’Alaska, Samoa, Hawaï, Corregidor, et deux de San Francisco suivirent chaque déplacement de Nagumo et de l’Akagi.

Le 16 novembre 1941, fuseau horaire de Manille(***), les collègues de Langford à la station CAST consignèrent un autre fait majeur : ils venaient de décoder le principal code opérationnel de la marine japonaise. L’officier commandant la station CAST, le lieutenant John M. Lietwiler, câbla à Washington que son personnel avait réussi à intercepter, décoder, et traduire le code opérationnel naval japonais : "Nous déchiffrons assez de messages en ce moment pour occuper 2 opérateurs à plein temps". Le constat de Lietwiler, que les cryptographes avaient percé les codes primaires navals japonais, a été gardé dans les archives secrètes de la NAVY jusqu’à cette déclassification FOIA de mai 2000. Il n’était pas répertorié dans l’index de la Navy qui accompagne les pièces d’archives ni dans l’index préparé par Archives II.

Les amiraux japonais, croyant leurs codes sécurisés, chargèrent les réseaux de renseignement avec des messages qui éclairaient parfaitement leurs intentions au cours des semaines qui précédèrent Pearl Harbor. Quatre de ces déclassifications étaient des messages radio initiés entre le 5 novembre et le 2 décembre 1941 par l’amiral Osami Nagano, commandant des troupes navales (similaire au commandant des opérations navales pour les Etats-Unis). Dans ses messages, Nagano violait toutes les règles de sécurité. Tout d’abord, il émit des ordres par radio où il était clair que le Japon allait attaquer l’Amérique, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas début décembre (transmis le 5 novembre 1941). Puis l’amiral Isoroku Yamamoto, commandant opérationnel de la flotte impériale japonaise, reçut l’ordre d’utiliser la force si les forces japonaises étaient prises à partie par les forces américaines, britanniques ou hollandaises (transmis le 21 novembre 1941).

Les ordres de Nagano continuèrent d’être débités : Yamamoto ordonnerait au vice-amiral Nagumo et à la première flotte aéronavale japonaise d’appareiller de la baie d’Hitokappu le 26 novembre 1941 (fuseau de Tokyo), de traverser le Pacifique Nord, et de ravitailler au nord d’Hawaï (transmis le 25 novembre 1941); et finalement, Nagano détermina la date de début des hostilités contre les Etats-Unis, l’Empire britannique, et les Pays-Bas au 8 décembre 1941 (fuseau de Tokyo, transmis le 2 décembre 1941) (2).  En se basant sur ces informations, le président Roosevelt et le général George Marshall prévirent que la guerre avec le Japon commencerait la première semaine de décembre. Nous pourrions en savoir davantage sur ce que pensèrent FDR et ses conseillers, mais les messages radio japonais sont incomplets, et toujours protégés par la censure américaine. Bien que l’auteur ait rempli des requêtes FOIA pour toutes les données contenues dans les messages de Nagano, ces informations n’ont pas été divulguées.

En persistant à garder secrets les messages interceptés de la flotte japonaise, et leurs données de transfert et de décodage en tant que "secrets de défense nationale", la NSA (NdT. National Security Agency, Agence de Sécurité Nationale) ne rend pas hommage à l’excellent travail des cryptographes et aux renseignements radio obtenus par les stations d’écoute exploitées par les Etats-Unis et leurs alliés en 1941, tout autant qu’à l’Histoire elle-même. L’auteur estime qu’il reste environ 143.000 messages japonais interceptés auxquels s’ajoutent des données de transmission qui restent invisibles dans les archives de l’année 1941 de l’US NAVY.

Néanmoins, les secrets les plus importants de Pearl Harbor sont enfin révélés au grand jour. Après des années de déni, la vérité est là : nous savions.

[...]

 

Robert Stinnett a servi dans la NAVY sous les ordres du lieutenant Georges Herbert Walker Bush de 1942 à 1946, au cours desquelles il a mérité 10 médailles "battle star" et une citation présidentielle de son unité. Il a ensuite travaillé comme photographe et journaliste pour le Oakland Tribune (Californie, en face de San Francisco, connue pour son université "gauchiste") jusqu’en 1986, puis il démissionna de son plein temps pour se consacrer à ce livre. Il est consultant pour la guerre du Pacifique pour la BBC, le quotidien japonais Asahi et la télévision japonaise NHK. Il partage son temps entre Oakland et Hawaï. Comme il le dit lui-même, ce livre est "l’oeuvre de sa vie". Chapeau bas, Monsieur Stinnett !

  

 

Article original de BlueRider pour ReOpenNews, août 2010


Notes ReOpenNews :

  • (*) Station (C)AST pour Corregidor, Philippines, de même que station (H)YPO correspond à Hawaï.
  • (**) NdT. ce que le film de Disney "Pearl Harbor" ne montre pas. Pour Disney, la station radar CAST de Corregidor était trop récente, ses opérateurs ne savaient pas s’en servir, la précision technique du matériel n’était pas suffisante, et un exercice militaire en cours ce jour-là (arrivée d’un escadron de B17) interféra avec le repérage de l’ennemi… et cette confusion, cela ne vous rappelle décidemment rien ? Nous, si : l’ATC (Air Traffic Control) de Boston, dont les bandes du débriefing du personnel de contrôle aérien pour la journée du 11 septembre 2001 ont été détruites par un employé sur un ordre d’origine inconnue à ce jour.
  • (***) la ligne de changement de date traverse l’océan Pacifique. Ainsi le 8 décembre 1941 fuseau horaire de Tokyo, correspond au 7 décembre 1941, fuseau horaire de Washington.

 


En lien avec cet article :

  • Pour en savoir plus (anglais) les archives de Pearl Harbor, compilées par Robert Stinnett à l‘Independent Institute de l’Université d’Oakland, où Robert Stinnett est consultant.

Et aussi :

 

 

 


A lire absolument

 

 

Un autre regard sur le 11 Septembre
10 ans après. Le Nouveau Pearl Harbor 2

par David Ray Griffin, 2011

Editions Demi-Lune, Paris.

 

questions gênantes à l’Administration Bush, 2006

par David Ray Griffin, 2006

Editions Demi-Lune, Paris.

 


 

12 Responses to “Les 70 ans de Pearl Harbor : Europe 1 lève un petit bout du voile (+ AUDIO)”

  • Hijack

    Pearl Harbor : Il est évident que tout avait été calculé pour l’entrée dans la seconde guerre mondiale … des USA !!!

    Croire que les USA … connaissant tout des japonais, se sont laissé attaqué … aussi bêtement … c’est aussi nul que de croire à une attaque arabe contre la puissante USA … un certain 11/09 …des arabes à
    cutters magiques, sur tapis volant déguisés en Boeing !

  • Eksmaqina

    Pour ce qui concerne Pearl Harbor, on peut remarquer que pour le gouvernement US, mettre la base hawaïenne en alerte, et donc répliquer à l’attaque, aurait immédiatement fait savoir aux japonais que leur code secret était connu des américains.

    Je rappelle qu’en 1940, les anglais avaient décodé une part non négligeable du chiffre allemand, grâce à l’étude d’une des fameuses machines de chiffrement « Enigma » qu’ils avaient réussi à se procurer. Ayant appris par le déchiffrement de certains messages, que l’Allemagne se préparait à bombarder la ville de Coventry, Churchill décida de ne pas prendre de mesures de sauvegarde ou d’évacuation de la ville uniquement pour ne pas révéler à l’ennemi le percement de son chiffre par les britanniques. Et on sait que le bombardement eut lieu et fut très meurtrier. Mais ce fait a été révélé quelques années après la fin de la guerre.

    Cela dit, toute décision des responsables politiques au cours d’une guerre est le fruit de nombreux éléments plus ou moins avouables, et en gros ils semble tout à fait établi que laisser se produire l’attaque de Pearl Harbor apportait à Roosevelt un bénéfice politique et stratégique évident. Donc, le « Let it happen on purpose » a dans ce cas une probabilité très proche de 1.

    Mais le 11 septembre, est à mon humble avis quelque peu différent, car hélas, compte tenu des nombreux éléments qui sont d’ors et déjà établis, et de certains autres qu’il n’est pas difficile d’imaginer, on est bien au delà du « Let it happen on purpose », mais bel et bien dans le « Make it happen on purpose ».

  • Red Cloud

    « pour obtenir l’appui total du peuple américain, il était désirable de les laisser faire » dit Stimson, collaborateur proche de Roosevelt.

    Après tout, LIHOP peut s’appliquer à la cabale, du point de vue des responsables dans l’entourage qui pouvait voir arriver l’attaque du 11-Septembre, mais se cachait les yeux et se bouchait les oreilles, en pressentant l’avantage à tirer de la crise.

    LIHOP s’applique toujours maintenant en quelque sorte pour ne pas revenir sur les événements et ne pas témoigner, du point de vue de ceux qui étaient dans l’entourage de la cabale, tous ont tiré profit de la crise… et continuent à en tirer profit.

  • Sébastien

    Comme pour Bush aujourd’hui, il est parfaitement possible qu’on ai caché à Roosevelt la stratégie globale. L’Etat profond Américain remonte aux origines de ce pays, ce qui explique aisément ces redondances dans l’Histoire….
    En ce qui concerne les guerres, elles n’arrivent évidemment jamais par hasard, contrairement à ce que les MEDIAS tentent SYSTEMATIQUEMENT de nous faire croire. J’insiste car les schémas se déroulent toujours de la même manière dans leur approche, leur déroulement, et la rédaction OFFICIELLE de l’Histoire qui s’en suit. Bizarre, non? C’est comme si vous gagniez six fois de suite la cagnotte du Loto. C’est juste impossible.
    Pour en revenir aux guerres, elles sont provoquées. Et elles sont déclenchées par rapport à une série d’intérêts croisés, d’arrière-pensées futures. Bref, bien qu’une part d’imprévus et d’incertitudes demeure, les guerres représentent en quelque sorte un summum du complot éclatant aux yeux de tous, mais dont la partition se joue à l’insu des yeux de ceux qui y participent, la petite musique étant cachée par les bruits des tambours et des choeurs (des bombes et des cris).
    Comme exemple actuel, on peut prendre l’Iran, dont la guerre avec les Etats-Unis est en cours depuis plusieurs années. Une guerre soft, cachée mais bien réelle. Le fait qu’elle puisse éclater dans quelques jours ou quelques mois ne sera que l’aboutissement du mûrissement de celle-ci, quand celui qui a intérêt à la guerre estimera son heure venue (certitude de l’emporter, guerre électorale, guerre de détournement de l’attention, défense d’une idéologie qui prend l’eau)…Les raisons ne manquent pas de déclencher une guerre

  • j.kerviel

    les livres d’histoire de nos enfants ne relateront pas les faits dont vous parlez dans les commentaires!!

    c’est horrible, infernale, insoutenable de le savoir.

    faut tout faire pour que ça change!! tout :-)

  • Candide

    70 ans après, l’implication des US dans le déclenchement de leur guerre n’est toujours pas officiellement admis.

    Qu’en sera-il du 11 septembre ? Nous en sommes déjà à 10 ans.

  • IKAR

    Rappelons au passage que, sauf erreur de ma part, une commission d’enquête avait été mise en place après l’attaque : Roosevelt et quelques autres avaient été contraints de s’expliquer. Mais visiblement les conclusions de ladite commission n’ont eu aucune conséquence …

  • H.

     » Les Etats-Unis embarrassés par un drone tombé en Iran  »

    Dans un autre registre, on s’aperçoit que ce régime belliciste US continue son empire et tente de déstabiliser des Etats souverains comme il n’a cessé de le faire au cours du XX° siècle après la seconde guerre mondiale. Après le viol de territoire par les USA au Pakistan, maintenant l’ Iran et on laisse faire le parti de la guerre en pleine crise économique mondiale ?

    http://www.lefigaro.fr/international/2011/12/08/01003-20111208ARTFIG00613-les-etats-unis-embarrasses-par-un-drone-abattu-en-iran.php

  • Doctorix

    2400 morts à Pearl Harbor, 3000 le 11 septembre, il semble que ce soit l’unité de base nécessaire mais suffisante pour bouger le peuple américain.
    Pour l’Iran, je pense qu’un petit millier suffira. A moins qu’on ne s’offre un petit brin de fantaisie, avec, disons, un petit 10.000?
    Où, et quand? C’est la seule question.
    Allez, lâchez-vous, faites vos pronostics.
    Les jeux sont faits, rien ne va plus.
    Non, vraiment, rien ne va plus.
    Je crois qu’il nous faudra bientôt encore reopener.

  • Élément de réflexion supplémentaire : il y avait bien d’autres façons pour les États-Unis de répondre à l’(apparente) attaque japonaise sur Pearl Harbor : une riposte équivalente, limitée ; des mesures économiques ; etc. Si les États-Unis sont entrés en guerre, pas seulement contre le Japon d’ailleurs mais contre l’Axe, c’est bien parce qu’ils le voulaient, et non pour venger les 3000 morts de Pearl Harbor puisque la 2ème guerre mondiale leur en coûtera 160 fois plus (500 000 morts). C’est donc bien pour asseoir une suprématie militaire et impériale que les États-Unis entrent en guerre. Objectif qui se heurtait à une opinion publique et à un Congrès réticents…

    Nafeez Mosaddeq Ahmed, également publié chez Demi-Lune ( http://www.editionsdemilune.com/la-guerre-contre-la-verite-p-7.html ), évoque aussi Stinnett et Pear Harbor (p. 457 et suivantes), et rapporte que les États-Unis avaient élaboré, et intégralement appliqué, un plan anti-japonais en huit points, visant par exemple à gêner les approvisionnements en pétrole, fer et acier du Japon. Donc, et pour répondre à Franck Ferrand, on peut dire que les États-Unis ont tout fait pour énerver les japonais.

  • lefebure

    @ Candide
    La loi de Moore énoncée en 1965 affirme que les ordinateurs doublent leur puissance tous les 18 mois. Cette loi est empirique, basée sur des constats pour prédire l’avenir de l’informatique. Jusqu’à présent cette loi a été vérifiée. Il y a accélération: 1, 2, 4, 8, 16, etc …
    Cette croissance exponentielle concerne également d’autres secteurs d’activité (l’automobile, la consommation d’énergie fossile, etc …).
    Si cette loi concernait la découverte de la vérité historique, il faudrait en principe moins de temps pour obtenir les vérités (versus les versions officielles) et Internet est un bon catalyseur. Ne soyez pas trop pessimiste, il aura fallu 70 ans pour Pearl Harbor (ce n’est pas officiel mais c’est admis par tous ou presque), il n’en faudra peut être que 15 pour le 11 septembre. Les sondages indiquent que la majorité des terriens émettent des doutes sur la version officiel, ce n’est pas si mal pour seulement 10 ans après les faits.
    Réopenons, réopenons … et Joyeux Noël

  • Corto

    le dialogue entre Ferrand et Julia Martin est absolument risible.

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