Le New York Times révèle les dessous de la traque de Ben Laden

Selon le blogue informé de Matt Drudge (DrudgeReport.com), l’administration Bush est furieuse à l’encontre du New York Times car ils ont appris qu’un article à paraître demain révèlerait les dessous de la traque de Ben Laden. Un débat existerait entre le Pentagone et d’autres agences dont la CIA concernant le meilleur moyen de retrouver le leader d’Al Quaeda.

Le gouvernement Bush serait très embarrassé par la révélation des dissensions internes au sein des agences censées traquer le terroriste le plus recherché par les Etats-Unis d’Amérique.

Source : EnAmerique.com, le 29 juin 2008


Cette nouvelle est à mettre en perspective avec cette courte vidéo tirée du documentaire français OBL, Les ratés d’une traque.

Les journalistes y racontent qu’à deux reprises des soldats français en Afghanistan ont eu la possibilité d’intercepter et même d’abattre le chef d’Al-Qaïda. Chaque fois, les Américains les en ont empêché. Si l’administration Bush n’a pas réagi, à Paris le documentaire a suscité déjà remous. A tel point que le ministère français de la Défense a pris la peine d’apporter un démenti : « Pure affabulation », selon le porte-parole du ministère français de la Défense.

Ces révélations rejoignent pourtant celles de deux soldats Américains, membres des Forces spéciales, dont l’ouvrage en français Sur les traces d’Al-Qaïda paru fin 2004, est curieusement passé inaperçu. Plus d’informations sur cet ouvrage sur The political Machine.

[Mise à jour 2 juillet 2008 : L’article mentionné par Matt Drudge a en fait été publié par l’International Herald Tribune : http://www.iht.com/articles/2008/06/30/america/30tribal.php]

Un nouveau 11-Septembre pour faire gagner McCain?

Par Taïké Eilée pour Agoravox, le 28 juin 20008

Un conseiller de John McCain qui dépasse les bornes du cynisme. L’Iran, plus que jamais dans la ligne de mire américaine. Pendant ce temps-là, le 11-Septembre continue d’agiter les esprits. Peut-être plus que jamais, à quatre mois de l’élection présidentielle, à six du changement de locataire de la Maison Blanche, et à l’orée probable d’un nouveau conflit au Moyen-Orient.

Cet article, s’il manque parfois d’ordre et ne recule pas devant quelques digressions, se veut néanmoins digeste, et fait pour cela la part belle aux vidéos, courtes le plus souvent.

La bourde. John McCain n’en avait certainement pas besoin, alors que les derniers sondages le donnent perdant face à Barack Obama. La bourde, c’est celle de son principal stratège, Charlie Black, qui a confié au magazine Fortune du 23 juin 2008 qu’une nouvelle attaque terroriste aux Etats-Unis, du type 11-Septembre, constituerait "un gros avantage" pour le candidat républicain à la Maison Blanche.

Charlie Black ne s’est pas contenté de ce seul dérapage. Il a aussi considéré que l’assassinat de Benazir Bhutto en décembre 2007 avait aidé John McCain à gagner la primaire du New Hampshire, un Etat sans lequel le sénateur de l’Arizona ne serait certainement plus dans la course. "Sa connaissance du sujet et sa capacité à en parler a encore une fois souligné qu’il est celui qui est prêt à être le commandant en chef", a-t-il déclaré. "Et ça nous a aidés."

Ces propos ont déclenché un véritable tollé aux Etats-Unis (voir CNN, MSNBC, CBS). Sans tarder, Charlie Black, (étrangement) surnommé (en la circonstance) le "Sage", a présenté ses excuses, reconnaissant que ses commentaires étaient "inappropriés". John McCain s’est immédiatement désolidarisé des propos de son conseiller : "Je ne peux pas imaginer pourquoi il a dit ça. Ce n’est pas vrai. J’ai travaillé sans relâche depuis le 11-Septembre pour empêcher que les Etats-Unis ne revivent une telle attaque".

Le dérapage de Charlie Black n’est sans doute rien d’autre qu’une parole de vérité, proférée par un homme qui, l’espace d’un instant, a perdu le sens de la retenue, affichant le plus parfait cynisme. Un manque d’égard vis-à-vis des victimes des attentats, et la seule considération de l’avantage politique qu’une telle catastrophe peut lui procurer. Une attitude décomplexée qui rappelle, certes à une autre échelle, celle de Jean-Marie Le Pen souhaitant avant les élections présidentielles de 2007 de nouvelles émeutes dans les banlieues.

Les propos du stratège de McCain deviendraient évidemment très embarrassants si de nouveaux attentats venaient à frapper les Etats-Unis d’ici novembre. On se retrouverait alors dans une configuration analogue à celle d’un PNAC souhaitant à demi-mot "un nouveau Pearl Harbor" un an tout juste avant les attentats du 11-Septembre. "Le processus de transformation [des Etats-Unis en puissance hégémonique], même s’il est porteur de changements révolutionnaires, sera probablement long, en l’absence d’un événement catastrophique et catalyseur - comme un nouveau Pearl Harbor", lisait-on en septembre 2000 dans le rapport du think tank néoconservateur Project for the New American Century, Reconstruire les Défenses de l’Amérique. Un think tank composé du noyau dur de la future administration Bush.

La catastrophe est parfois tellement souhaitée par les politiques, qui veulent apparaître comme les sauveurs de leur population en détresse, qu’on en vient parfois à les suspecter de l’avoir eux-mêmes déclenchée lorsqu’elle se produit. A tort le plus souvent. Même si la récente traduction en français de l’archive officielle de l’Opération Northwoods (1962) n’est pas là pour nous rassurer quant à la considération que portent à leurs concitoyens certaines hautes autorités militaires, prêtes à tout pour en découdre et manipuler l’opinion publique.

John McCain, pour revenir à lui, a déjà montré à maintes reprises son côté va-t-en-guerre. En avril 2007, il s’était illustré en parodiant un célèbre titre des Beach Boys : "Bomb bomb bomb, bomb bomb Iran".

Le 3 janvier 2008, il envisageait une présence militaire américaine en Irak pour les 100 prochaines années.

Aucune restriction pour lui : 10 000 ans si nécessaire !

Le 23 avril 2006, Eric Laurent, Yves Cochet et Roselyne Bachelot "révélaient", sur le plateau de Ripostes sur France 5, ce que chacun sait, et qui constitue un secret de Polichinelle, à savoir que la guerre en Irak est principalement une guerre du pétrole.

Le 2 mai dernier, John McCain a imprudemment laissé entendre la même chose.

Comme le dit le présentateur de MSNBC, ce qu’on appelle "gaffe" n’est souvent que la révélation de sa pensée profonde.

Au fond, la position de John McCain sur la nécessité de sécuriser l’approvisionnement énergétique des Etats-Unis n’est que la prolongation de celle du candidat George Bush avant sa première élection. Voici ce que ce dernier déclarait le 29 septembre 2000 : "Notre nation a connu trois récessions dans la dernière génération, et chacune d’entre elles était liée à un choc énergétique." Il préconisait alors "une stratégie à long terme pour assurer un approvisionnement fixe et fiable en énergie", sans quoi "nous mettons en danger notre économie et le mode de vie qu’il permet" (un mode de vie jugé, rappelons-le, "non négociable" par George Bush père, Bill Clinton et George W. Bush…). Il se plaignait aussi du fait que "jamais auparavant notre pays [n’avait] été aussi dépendant des réserves étrangères" et "à la merci du pétrole étranger". Il déplorait qu’un pays ennemi comme l’Irak de Saddam Hussein soit devenu "un fournisseur majeur de pétrole de l’Amérique" et "acquière de plus en plus de contrôle sur l’avenir économique de notre nation". Pour ne plus dépendre de l’Irak, il fallait prendre le contrôle de l’Irak… John McCain semble approuver cette logique.

Si l’obsession de George Bush était l’Irak, au point de commettre d’étonnants lapsus entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden…

… celle de John McCain semble bien être l’Iran. Au point de commettre à son tour une gaffe retentissante. En visite en Jordanie le 18 mars 2008, il affirme que des membres d’Al-Qaïda en Irak vont s’entraîner en Iran avant de revenir combattre les soldats de la coalition en Irak ; bref, il prétend que l’Iran chiite soutient le réseau islamiste sunnite ! Il faudra l’intervention discrète de Joe Lieberman, sénateur du Connecticut, pour lui remettre les idées en place.

Incroyable amalgame de la part d’un représentant du Congrès et d’un candidat à la présidence des Etats-Unis, qui se dit, en outre, très expérimenté en politique étrangère. John McCain avait d’ailleurs commis la même erreur la veille, le 17 mars, à la radio… mais aussi le 28 février, devant le Baker Institute for Public Policy à Houston.

Devant cette répétition d’erreurs, on se demande laquelle des deux hypothèses est la plus crédible : le lapsus involontaire, ou le mensonge volontaire visant à créer l’amalgame entre l’Iran et Al-Qaïda (et, qui sait, le 11-Septembre) dans l’esprit des Américains.

D’une part, John McCain insuffle donc dans l’esprit de son peuple, volontairement ou non, l’idée que l’Iran est responsable de l’embourbement américain en Irak. Et, d’autre part, son principal stratège lance qu’une attaque terroriste sur le sol américain serait bénéfique au camp républicain pour l’élection présidentielle.

Ces déclarations font un incroyable écho aux propos tonitruants de Zbigniew Brzezinski, le 1er février 2007, devant la commission sénatoriale sur les relations avec l’étranger. L’ancien conseiller à la Sécurité nationale du président Jimmy Carter avait alors averti que la politique de l’administration Bush en Irak menait inexorablement à la guerre avec l’Iran. Il avait surtout décrit un "scénario plausible de conflit militaire avec l’Iran". Celui-ci impliquerait "le fait pour l’Irak de ne pas atteindre les objectifs fixés, suivi d’accusations sur la responsabilité de l’Iran dans cet échec, puis enfin par une provocation en Irak ou par un attentat terroriste aux Etats-Unis attribué à l’Iran, culminant en une opération militaire "défensive" des Etats-Unis contre l’Iran qui plonge une Amérique solitaire dans un bourbier toujours plus vaste et plus profond finissant par englober l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan."

Brzezinski doutait du caractère "défensif" de l’action militaire en préparation et laissait entendre qu’une manipulation était possible. Il mettait aussi en garde dans son intervention contre "la lutte idéologique décisive" contre l’islam radical que prône Bush, la qualifiant de "récit historique mythique" utilisé pour justifier une "guerre qui dure et qui est potentiellement en expansion". Sur ce point encore, McCain n’est pas rassurant, lui qui compte parmi ses soutiens le pasteur évangéliste Rod Parsley, un homme de foi que le candidat à la Maison Blanche considère comme son "guide spirituel" et qui prône, ni plus ni moins, la destruction de l’islam.

Mais Barack Obama est-il réellement plus rassurant que son adversaire républicain au sujet du Moyen-Orient ? On aurait pu le penser ; mais un discours récent du chouchou des sondages et des médias, devant le puissant lobby pro-israélien, l’AIPAC (American Israel Politic Affair Committee), a fait déchanter tous ceux qui croyaient encore qu’avec lui les choses seraient vraiment différentes en matière de politique étrangère. Barack Obama a, en effet, affiché la plus grande intransigeance vis-à-vis de l’Iran, et assuré qu’il serait prêt à "tout" pour l’empêcher d’accéder à l’arme nucléaire. Il a même "brandi si fort la menace d’une action militaire que cela ressemblait aux menaces prononcées par George W. Bush", a souligné la chaîne de télévision NBC.

Les différences de vue des deux candidats sur l’Iran, si elles existent, pourraient être davantage explicitées lors d’un éventuel débat à venir. Suite au dérapage de Charlie Black, Barack Obama a, en effet, fait savoir qu’il était "favorable à un débat sur le terrorisme avec John McCain, qui", dit-il, "a totalement soutenu la politique de Bush, nous a détourné d’al-Qaida, n’a pas réussi à amener devant la justice Ben Laden et a fait que nous sommes moins en sécurité".

Petite parenthèse : quand Barack Obama reproche à George Bush d’avoir échoué à amener Ben Laden devant la justice, il semble oublier que de hautes autorités américaines ont fait savoir depuis longtemps que ce n’était pas leur objectif. Le 9 janvier 2005, A.B. "Buzzy" Krongard, ancien directeur exécutif et numéro 3 de la CIA, admet en effet explicitement, dans le London Times, qu’il est préférable que Ben Laden demeure vivant et libre. Le journal note d’ailleurs que "plusieurs officiels américains ont reconnu en privé qu’il serait mieux de garder Ben Laden cloué à la frontière de l’Afghanistan et du Pakistan plutôt que d’en faire un martyr ou de le traduire en justice. Mais Krongard est la figure la plus haut placée qui reconnaît publiquement que sa capture pourrait s’avérer contre-productive". Comment continuer à laisser penser qu’Oussama Ben Laden est activement recherché après la déclaration de Krongard, qui, nous dit-on, est loin d’être la seule à aller dans ce sens ?

Parenthèse dans la parenthèse : rappelons qu’AB "Buzzy" Krongard a été mis en cause par le journaliste Eric Laurent pour son rôle trouble dans les délits d’initiés (niés par le rapport de la Commission d’enquête) qui auraient précédé le 11-Septembre.

Le 3 mars 2005, deux mois après la déclaration de Krongard au London Times, le directeur de la CIA Porter Goss se montrera très étonné et même amusé quand George Bush lancera à la presse que ses services essaient chaque jour d’obtenir des informations pour localiser Ben Laden.

Parenthèse fermée. En ce début d’été, la probabilité d’une attaque américaine de l’Iran apparaît forte. Le 4 juin dernier, le très écouté néoconservateur Daniel Pipes lançait dans National Review que, si Obama était élu, Bush attaquerait l’Iran avant la fin de son mandat le 20 janvier 2009. En cas de victoire de McCain, celui-ci déciderait quoi faire (voir à 2 min 5).

Si l’on en croit Bakchich, la campagne d’intoxication de l’opinion a bien commencé aux Etats-Unis et bat même son plein : "Au New York Times, le journaliste qui suit les affaires militaires, Michael Gordon et a écrit dans le passé moult articles sur les prétendues « armes de destruction massive » de Saddam Hussein avant l’invasion de l’Irak, que beaucoup considèrent comme une espèce de porte-parole loyal du Pentagone, multiplie depuis le début du mois de mai les papelards. Ceux-ci sont certes basés sur des sources anonymes mais mettent en avant des affirmations de membres de l’administration Bush indiquant que les Iraniens entraînent des milices chiites pour tuer des Américains en Irak. De son côté, l’ancien porte-parole de la Maison Blanche sous Bush, Scott McClellan, qui vient de publier un livre-confession où il révèle qu’il a été obligé de mentir pour justifier l’invasion de l’Irak, se répand dans les médias au sujet des articles de Gordon dans le Times : ils seraient le résultat d’un programme d’intox destiné à préparer le public américain à accepter la nécessité impérative de bombarder l’Iran. Exactement comme c’était le cas en 2003 avec l’Irak !"

L’administration Bush a été, rappelons-le, convaincue d’au moins 935 mensonges entre 2001 et 2003 pour faire accepter au peuple américain la future guerre en Irak. Puis, durant la guerre, elle a "organisé une vaste entreprise de manipulation des analystes militaires travaillant à la télévision pour obtenir une couverture favorable de la guerre en Irak", selon le New York Times du 20 avril 2008.

Pour faire accepter ses guerres en Afghanistan et en Irak, et donc peut-être bientôt en Iran, le gouvernement américain a aussi dû dissimuler au public la responsabilité des Etats officiellement "amis" qui ont appuyé, selon certaines sources crédibles, les pirates de l’air du 11-Septembre.

Censurées, les 28 pages du rapport du Congrès sur les attentats du 11-Septembre, qui mettaient en cause l’Arabie Saoudite (New York Times). Ignorées, les protestations de Bob Graham, président du Comité du renseignement du Sénat, contre cette censure ; oubliée, sa mise en cause, sur PBS, de "gouvernements étrangers […] impliqués dans l’aide aux activités d’au moins quelques-uns des terroristes aux Etats-Unis", oubliée cette "preuve très convaincante qu’au moins quelques-uns des terroristes étaient assistés, pas seulement dans le financement - bien que cela en ait fait partie - par un gouvernement étranger souverain".

Balayés d’un revers de main, ou simplement laissés sans réponse, les incessants rappels de l’implication des services secrets militaires pakistanais, l’ISI, dans les attentats (voir ces deux extraits de 9/11 Press for Truth : 1-2 et ce reportage de WPTV sur l’agent Randy Glass).

Bob Graham est très impliqué dans l’histoire du 11-Septembre, puisqu’il se trouvait au moment des attentats au Capitole, à Washington, en compagnie du très controversé directeur de l’ISI, Mahmoud Ahmad, et du président du Comité du renseignement de la Chambre (et futur patron de la CIA), Porter Goss ; puisque c’est son équipe qui avait reçu durant l’été 2001 les avertissements de Randy Glass au sujet d’une attaque imminente de l’ISI sur le World Trade Center ; puisqu’il a, comme on l’a vu, mis en cause des Etats étrangers, officiellement amis des Etats-Unis, pour leur participation aux attentats, et qu’il a critiqué la censure de la Maison Blanche. Il a répondu, il y a quelques mois, aux questions que tous les curieux se posent, précisément sur Mahmoud Ahmad, Randy Glass, mais aussi le lieutenant-colonel Anthony Shaffer (l’homme qui a révélé l’existence de l’opération Able Danger), et Sibel Edmonds.

Ce type de discussion ouverte permettra-t-il d’amoindrir les soupçons qui pèsent parfois sur le gouvernement américain au sujet du 11-Septembre ? Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas la culture du secret et du mensonge, mise en œuvre avec une application extrême par l’administration Bush, qui le permettra. Le travail de clarification à mener sur les circonstances du 11-Septembre s’annonce considérable. Les citoyens du monde entier font de plus en plus part de leur mécontentement.

Après qu’un député et membre du Parti Démocrate japonais, Yukihisa Fujita, a fait, le 11 janvier 2008, une déclaration de 30 minutes en séance parlementaire pour exprimer ses interrogations sur le 11-Septembre et "la guerre contre le terrorisme", c’est au tour, le 10 juin 2008, de Libby Davies, députée de Vancouver et présidente du groupe parlementaire du Nouveau parti démocratique (membre de l’Internationale socialiste), de donner lecture à la Chambre des communes du Canada d’une pétition de citoyens appelant à l’ouverture d’une enquête canadienne sur les attentats du 11-Septembre.

Pendant ce temps-là, un conseiller de John McCain ne trouve rien de mieux à faire que d’évaluer publiquement l’opportunité que constituerait pour son champion un nouveau 11-Septembre…

Robert Fisk : Al Qaida est vaincue ? Allez dire ça aux Marines !

ContreInfo, le 2 juin 2007

« Al-Qaïda est un mode de pensée, pas une armée. Elle se nourrit de la douleur, de la peur et de la cruauté - notre cruauté et notre oppression - et aussi longtemps que nous continuerons de dominer le monde musulman avec nos hélicoptères Apache, nos tanks, nos véhicules de patrouille, notre artillerie, nos bombes et nos dictateurs « amis », aussi longtemps Al Qaida continuera d’exister. » Après les récentes déclarations du directeur de la CIA affirmant que la défaite d’Al Qaida était proche, Fisk dénonce la vacuité des discours tenus à Washington en regard de la réalité sur le terrain. Celle d’une guerre allant du Liban au Pakistan, où l’occident tente sans succès d’imposer sa loi par la force des armes.

Robert Fisk, The Independent, 1er juin 2008

Robert FiskAinsi, Al-Qaïda serait « presque vaincu » ? Des succès importants auraient été remportés contre Al-Qaïda ? L’organisation serait virtuellement défaite ? « Dans l’ensemble, nous avons de très bons résultats » déclare le patron de la CIA, Michael Hayden, dans le Washington Post. « La défaite stratégique d’Al-Qaïda en Irak est proche. La défaite stratégique pour Al-Qaïda en Arabie saoudite est proche. Al-Qaïda a subi d’importants revers au niveau mondial - et je vais employer le mot dans son acception « idéologique », - une grande partie du monde islamique se détourne de leur modèle de l’Islam. » Cela pourrait presque faire illusion.

Six mille morts en Afghanistan, des dizaines de milliers de morts en Irak, un attentat-suicide par jour en Mésopotamie, le plus haut niveau de suicides jamais enregistré dans l’armée américaine - la presse arabe met à juste titre cette information en parallèle avec les déclaration de Hayden -, sans oublier les bases américaines permanente en Irak au delà de ce 31 décembre. Et nous aurions gagné ?

Il y a de cela moins de deux ans, nous avons également eu droit à une évaluation aberrante sur le déroulement de cette guerre, lorsque le général Peter Pace, l’étrange (et heureusement depuis lors retraité) chef d’état-major US, déclarait au sujet de la guerre américaine en Irak que « nous ne sommes pas en train de gagner mais nous ne sommes pas en train de perdre ». À cette occasion, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, avait déclaré être d’accord avec Pace « nous ne gagnons pas, mais nous ne perdons pas ».

James Baker, qui venait de publier son propre rapport sur le bourbier Irakien écrivait alors - lecteur, retenez-vous de rire ou pleurer - « Je ne pense pas que l’on puisse dire que nous sommes en train de perdre. Dans le même ordre d’idées, je ne suis pas sûr que nous sommes en train de gagner ». A la suite de quoi, Bush en personne proclamait « Nous ne sommes pas en train de gagner, nous ne sommes pas en train de perdre. « Pitié pour les Irakiens. Mais qu’à cela tienne, cette fois-ci nous sommes vraiment, vraiment en train de gagner. Ou tout au moins Al-Qaïda est « presque » - notez bien le « presque », les amis - vaincu. Puisque Mike Hayden nous le dit.

Suis-je le seul à trouver cela infantile à un point frisant la déraison ? Tant que l’injustice régnera au Moyen-Orient, Al-Qaïda gagnera. Tant que nous aurons 22 fois plus de forces occidentales dans le monde musulman que nous n’en avions temps des croisades - mes calculs sont assez précis - nous continuerons d’être en guerre contre les musulmans. L’infernale catastrophe Moyen-Orientale est désormais en train de se propager à travers le Pakistan, l’Afghanistan, l’Irak, Gaza, et même au Liban. Et nous serions en train de vaincre ?

Certes, nous avons gagné un répit en Irak en achetant la moitié des insurgés afin qu’il se battent pour nous et qu’ils tuent leurs cousins d’Al-Qaïda. Bien sûr, nous continuons à soutenir le régime de tortionnaires et de coupeurs de têtes d’Arabie Saoudite. Cela ne nous pose aucun problème, j’imagine, vu notre enthousiasme pour « le supplice de la baignoire ». Mais cela ne signifie pas que l’organisation Al-Qaïda soit vaincue.

Car Al-Qaïda est un mode de pensée, pas une armée. Elle se nourrit de la douleur, de la peur et de la cruauté - notre cruauté et notre oppression - et aussi longtemps que nous continuerons de dominer le monde musulman avec nos hélicoptères Apache, nos tanks, nos véhicules de patrouille, notre artillerie, nos bombes et nos dictateurs « amis », aussi longtemps Al Qaida continuera d’exister.

Devrons-nous vivre cette folie jusqu’aux dernières heures du régime Bush à Washington ? N’y a-t-il donc personne dans cette magnifique ville impériale qui comprenne ce que « nous » faisons ici au Moyen-Orient ? Pourquoi donc le Washington Post lui même offre-t-il ses colonnes aux divagations d’un fonctionnaire de la CIA, ce service qui n’a pas réussi à empêcher le 11 septembre parce que - si l’on en croit ce que l’on rapporte - un appel téléphonique en arabe mentionnant les avions allant s’écraser sur les tours jumelles n’aurait pas été traduits à temps [Note ReOpen911 : Lire la position de Fisk sur le 11 Septembre]. Allons-nous bombarder l’Iran ? Est-ce là ce que nous attendons aujourd’hui ? Ou bien une autre guerre américano-iranienne aura-t-elle lieu au Liban, opposant le Hezbollah et les Israéliens ? Et Mike croit-il qu’Al-Qaïda soit présent en Iran ?

Israël continue de construire des colonies pour les Juifs - et les Juifs uniquement - sur des terres arabes. Et Washington ne fait rien. Bien que ces implantations soient illégales, George Bush les approuve. Elles alimentent la colère et la frustration et font naître un sentiment justifié de colère, mais Washington n’empêche pas ce scandale de perdurer. En ouvrant chaque matin mon quotidien en langue arabe j’y trouve de nouvelles raisons pour lesquelles Ben Laden ne va pas disparaître de ce monde.

Considérez cette information en provenance de Gaza cette semaine. Huit étudiants palestiniens avaient été sélectionnés par le programme Fulbright offrant des bourses pour étudier aux États-Unis. Vous pourriez penser, n’est-ce pas, qu’il était dans l’intérêt des Etats-Unis de faire venir ces jeunes musulmans au pays de la liberté. Mais non. Israël ne les laissera pas quitter Gaza. Cela doit faire partie de la « guerre contre le terrorisme » qu’Israël affirme mener aux côtés de l’Amérique. Le Département d’Etat américain a donc annulé les bourses d’études. Non, inutile de vous transformer en candidat à l’attentat suicide pour Al Qaida en raison d’une telle absurdité. Mais il serait difficile de trouver dans le journal d’hier une information qui soit plus significative que cette petite vexation minable.

Mike Hayden la lira-t-il ? Ou bien a-il - à l’image de la plupart à Washington - tellement peur d’Israël qu’il ne manifestera pas la plus petite réaction ? La CIA ne comprend-elle pas, est-elle incapable de se représenter que tant que nous laisserons le Moyen-Orient maintenu dans une situation injuste, Al-Qaida continuera d’exister ? Voila ce que l’on m’a demandé à Bagdad : Pourquoi nos forces militaires sont-elles au Pakistan, en Afghanistan, Irak, Jordanie, Turquie, Egypte, Algérie (les forces spéciales des États-Unis y disposent d’une base près de Tamanraset), Bahreïn, Koweït, Yémen, Oman, Arabie Saoudite, Qatar et Tadjikistan ? ( Les pilotes des chasseurs-bombardiers français sont basés à Douchanbé et fournissent « un soutien aérien rapproché » aux soldats Anglais en Afghanistan.)

Aussi longtemps que nous déroulerons ce rideau de fer à travers le Moyen-Orient, nous serons en guerre et Al-Qaïda sera en guerre contre nous. Ce nouveau rideau de fer, en fait, démarre au Groenland et s’étend à travers la Grande-Bretagne et l’Allemagne, passe par la Bosnie, la Grèce et la Turquie. A quoi sert-il ? Qui se trouve de l’autre côté ? La Russie, la Chine, l’Inde.

Ce sont des questions que nous ne nous posons pas. Ce n’est certainement pas le genre de questions que le Washington Post oserait soumettre à Mike et ses potes de la CIA. Oui, nous discourons sur la démocratie, la liberté et les droits de l’homme, bien que nous n’en accordions qu’assez peu au monde musulman. Car le genre de liberté qu’ils revendiquent - le genre de liberté qui permet à des groupes comme Al-Qaida de prospérer - c’est d’être libéré de « nous ». Et cela, je le crains fort, nous n’avons pas l’intention de le leur donner.

Mike Hayman peut croire que le monde musulman « repousse » « le modèle d’Islam » prôné par Al Qaida, mais j’en doute. En fait, j’ai plutôt tendance à penser qu’Al-Qaïda est de plus en plus forte. Mike dit qu’ils sont vaincus en Irak et en Arabie Saoudite. Mais sont-ils vaincus à Londres ? Et à Bali ? Et à New York et Washington ?


Publication originale The independent, traduction Contre Info

 

Comment on a fait de moi un “web-soldat” d’Al-Qaeda

Par David Servenay pour Rue89, le 01/05/2008

Emprisonné pour terrorisme, Kamel Bouchentouf a adressé à Rue89 une cassette dans laquelle il dit avoir été manipulé par la DST.

La cassette adressée à Rue89

C’est une histoire que l’élection de Nicolas Sarkozy a balayé de l’actualité. Depuis un an, Kamel Bouchentouf croupit dans une cellule de la prison de la Santé. Accusé d’avoir préparé des attentats, ce Français d’origine algérienne prétend avoir été manipulé par la Direction de la surveillance du territoire (DST) qui voulait en faire un agent infiltré. Faux, répond la justice antiterroriste, qui le considère comme l’un de ces nouveaux combattants d’Al-Qaeda, rompu aux outils modernes de communication. Dans une cassette enregistrée, il nous a livré sa version des faits. A vous de juger.

Une cassette enregistrée au fond de sa cellule

Kamel Bouchentouf (Paris Match) Elle nous est arrivée par la poste, avec une lettre manuscrite et un article de Paris-Match. Une simple cassette audio marquée "Rue89.com B/DST". En appuyant sur la touche "play", voici ce que dit le début de ce message…

Outre son innocence, qu’il veut défendre publiquement, Kamel Bouchentouf entend aussi dénoncer les conditions dans lesquelles s’exerce aujourd’hui la justice anttterroriste. Notamment dans sa manière de cibler des jeunes musulmans:

Après le 11 septembre, les services s’activent pour infiltrer Al-Qaeda

Sur près de quarante minutes, le prisonnier Bouchentouf, écrou 288 433 à la prison de la Santé, raconte son histoire. Ou plutôt, sa descente dans l’enfer des indics des services de renseignement. Cette histoire commence au lendemain du 11 septembre 2001. Tous les services spéciaux s’activent pour recruter des hommes qui leur permettront d’infiltrer les réseaux du nouvel ennemi public numéro 1: Al-Qaeda, la base.

Kamel Bouchentouf a alors 27 ans, il est chauffeur-livreur. Il est né à Mont Saint-Martin, près de Longwy, dans une famille d’origine kabyle de huit enfants. En 1986, au moment d’entrer en 6e, ses parents l’envoient en Algérie. Il en revient en 1991, très marqué par le climat de violence et de haine qui accompagne la montée en puissance du Front islamique du salut (FIS). Il est doué en informatique. Il fréquente aussi les lieux de culte musulman de Nancy. Bref, il a le profil pour être "tamponné" par la DST via un certain Alex…

En six ans, il aurait rencontré, dit-il, plus de 200 fois son officier traitant, identifié lors de l’enquête comme un agent de la DST basé à Metz. Pour quoi faire? Mystère… Il affirme refuser toute collaboration. Mais alors, pourquoi accepte-il ces rendez-vous? Kamel Bouchentouf avance sa volonté d’arranger une séparation tendue avec sa première femme, qui l’empêche de voir leur fille. Un argument que l’agent Alex aurait abondamment utilisé pour le convaincre de jouer le jeu du contre-espionnage français. Comment? En infiltrant les filières des groupes islamistes qui, à partir de 2003, soutiennent l’effort de guerre de leurs frères irakiens.

Excédé par la pression et les menaces de la DST, il s’enfuit vers l’Angleterre

Pour échapper à la pression de la DST, il prend le chemin de l’Angleterre où les agents de sa Majesté le pistent dans tout ses déplacements. Excédé par ces filatures à répétition, sur un coup de tête, il prend un vol pour Beyrouth où il arrive le jour de l’invasion américaine en Irak, au printemps 2003. Au bout de trois jours, retour en France. Et le jeu continue, avec une pression de plus en plus forte. Comme les objectifs des services français, qui suivent les évolutions géopolitiques de la mouvance islamiste.

"Ils me demandèrent de retourner en Angleterre pour leur compte, afin de repérer les musulmans originaires de France. Au cours de l’année 2005, la DST me proposa par deux fois de m’envoyer en Irak, puis dans la bande de Gaza. La DST a voulu m’obliger de retrouver au Luxembourg un imam d’origine bosniaque, pour infiltrer leur communauté. J’ai refusé encore cette proposition."

A cause de ses racines kabyles, Alex, renforcé par deux agents venus de Paris -"Hauss et Max"-, lui demande d’aller sur le terrain algérien, à la recherche de contacts avec les militants du GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) qui communiquent via Internet. Ils effectuent alors de multiples allers-et-retours en Algérie. Pour quelle raison? Un point qui demeure flou.

A partir de 2006, le contre-espionnage lui demande de contacter l’AQMI

En 2006, il rencontre sa deuxième épouse. La pression d’Alex et ses amis continue. Cette fois-ci, il s’agit surtout d’établir des contacts, via des forums fréquentés par les islamistes, avec la hiérarchie de l’AQMI, Al-Qaeda au Maghreb islamique. Un travail de longue haleine, où il faut gagner la confiance de ses interlocuteurs pour obtenir les mots de passe permettant d’accéder aux bons forums.

Est-ce pour cette raison que Kamel Bouchentouf va franchir une nouvelle étape dans sa collaboration avec les services? C’est l’argument qu’il avance. Les espions français, eux, ont une autre version de l’histoire. Le 2 mai 2007, quatre jours avant le second tour de l’élection présidentielle, une équipe de la DST et du Raid débarque à six heures du matin dans la cité du Haut-du-Lièvre, un quartier populaire de Nancy, où habite notre homme. Vingt policiers cagoulés et surarmés.

Les agents interpellent Kamel Bouchentouf. Officiellement, il lui est reproché de préparer des attentats sur le sol français, pour le compte de l’AQMI. Dans les jours précédents, il aurait adressé plusieurs messages Internet à ses correspondants, leur proposant de se filmer en train de déposer une bombe dans les rues de Nancy. Histoire de les convaincre de sa capacité à agir, partout sur le sol français. La vidéo est dans son ordinateur, mais elle n’a jamais été diffusée sur le Net. Voici sa version…

Mis en cause par une vidéo de propagande, il dénonce un "piège" de la DST

Pour Kamel Bouchentouf, cette vidéo n’a été qu’un prétexte pour permettre son arrestation. Et ce, en fonction du calendrier électoral: "Si madame Royal était arrivée en tête au premier tour, dit-il, cela permettait aux services secrets d’annoncer dans l’entre-deux-tour l’arrestation sur le sol français d’un membre d’Al-Qaeda Maghreb islamique." Pire: Kamel Bouchentouf a "la conviction" que les "services secrets avaient projeté de [le] faire assassiner". Seule la présence d’un collègue de travail, au moment de son arrestation, aurait empêché ce projet. "Je n’ai pas de preuves, mais j’en suis persuadé."

Dans son appartement, les policiers saisissent tout de même deux bonbonnes pour fer à souder, un extincteur et une boite de cartouches de 22 long rifle. L’arsenal du poseur de bombes, concluent les enquêteurs de… la DST, officiellement chargée de l’enquête. Car dans un premier temps, le juge antiterroriste Philippe Coirre, refuse d’entendre l’hypothèse d’une manipulation des services.

Dernier grief: les conditions de sa garde à vue. Kamel Bouchentouf dit avoir fait l’objet de plusieurs chantages de la part de l’équipe de la DST qui l’interroge. Menaces sur lui et sa femme, également retenue pendant 24 heures. Les policiers lui auraient aussi fait miroiter la possibilité de l’extrader vers des pays amis peu accueillant pour les islamistes:

Une fois en prison, des fuites opportunes alimentent les médias sur le "web-soldat d’Al-Qaeda"

Dans les mois qui suivent son incarcération, plusieurs fuites du dossier d’instruction, dans le Figaro ou Le Parisien alimentent la chronique fait divers. Dans le JT de TF1, début juillet, puis dans Paris-Match qui dépeint le portrait d’un "web-soldat français d’Al Qaeda" ou encore dans le Nouvel Observateur qui scrute les filières djihadistes. S’agissant de TF1 et Paris-Match, les avocats de Bouchentouf (Me Berna, Me Vicq et Me Pasina) ont immédiatement déposé plainte pour "violation du secret de l’instruction" auprès du parquet de Nancy, qui a transmis au parquet de Paris… sans résultat.

Problème: les recherches du magistrat livrent une vérité gênante dans ce dossier, via la puce du téléphone portable du suspect. Le listing téléphonique identifie des dizaines d’appel au poste d’Alex, l’agent de la DST à Metz. Mais là encore, selon Me Frédéric Berna, l’un des avocats de Bouchentouf, le juge refuse d’en tirer les conséquences. Sollicitée, la DST se contente aujourd’hui d’un "pas de commentaires" et renvoie vers le ministère de la Justice. Lors de son dernier passage devant le juge des libertés et de la détention, Kamel Bouchentouf s’est vu notifier une prolongation de quatre mois de sa détention provisoire. Après quarante minutes de ce long monologue, où le prisonnier semble lire un propos en partie rédigé, la cassette s’achève sur ces mots:

"Cette histoire a brisé ma vie matérielle et sociale. Et puis, qui peut bien me croire? Je ne suis personne… C’est d’ailleurs ce que m’ont dit les policiers pendant ma garde à vue (…) Je ne vois rien d’autre à ajouter. Je vous dit merci, j’espère vous avoir convaincu. Au revoir."

 


Cet article peut être mis en relation avec celui rédigé par Rolling Stone sur la terreur fabriquée.

Le Pentagone avoue qu’il n’y avait pas de lien entre Saddam Hussein et Al-Qaida

Cinq ans après le début de la guerre en Irak, une vaste étude du Pentagone, publiée dans la plus grande discrétion, confirme l’absence de lien direct entre l’ancien président irakien Saddam Hussein et le réseau Al-Qaida, que l’administration Bush avait mis en avant pour justifier l’invasion de l’Irak

 

Mercredi 12 mars, le Pentagone a annulé une conférence de presse sur la question et les militaires américains ont limité la distribution de cette étude. Impossible de se la procurer sur Internet : le document est uniquement disponible sur demande avant d’être envoyé par courrier. Cette étude, basée sur l’analyse de 600 000 documents officiels irakiens et sur des milliers d’heures d’interrogatoires d’anciens collaborateurs de l’ancien président irakien, "n’a trouvé aucune connexion directe entre l’Irak de Saddam [Hussein] et Al-Qaida".

D’autres rapports, rédigés par la commission d’enquête sur le 11-Septembre ou encore par les services de l’inspecteur général du Pentagone, en 2007, étaient déjà arrivés à la même conclusion, mais aucune étude avant celle-ci ne reposait sur autant d’informations.Selon le résumé de l’étude, disponible sur le site de la chaîne ABC, "Saddam Hussein soutenait des groupes terroristes et le terrorisme d’Etat était devenu un outil de routine du maintien du pouvoir", mais "les cibles privilégiées de cette terreur d’Etat étaient les citoyens irakiens".
Sur son site, ABC rappelle qu’en 2004, le président américain George W. Bush avait déclaré, cité par le Washington Post : "La raison pour laquelle je continue de dire qu’il y a un lien entre l’Irak, Saddam et Al-Qaida est parce qu’il y a un lien entre l’Irak et Al-Qaida." Un an plus tôt, c’était le vice-président de l’époque, Dick Cheney, qui déclarait sur NBC : "Nous savons qu’il (Saddam Hussein) a de nouveau essayé de fabriquer des armes nucléaires et nous savons qu’il entretient des relations de longue date avec des groupes terroristes, dont Al-Qaida."

 

Source: Le Monde

Au Liban, l’attente fiévreuse de l’USS Cole

L’arrivée prochaine de l’USS Cole sur les côtes libanaises inquiète et exacerbe la tension. Les libanais gardent le souvenir des obus d’une tonne tirés par la flotte US en 1983 sur Beyrouth. Franklin Lamb, spectateur engagé des drames libanais, a rencontré les jihadistes du camp d’Ain El Helwe, au sud Liban, qui rêvent d’en découdre avec les forces américaines.

Par Franklin Lamb, Counter Punch, 1er mars 2008

Selon mes décomptes, il y a au moins huit - et peut-être bien quatre de plus - groupes d’orientation salafiste inspirés par Al-Qaïda, qui s’organisent et opèrent au Liban. La plupart sont représentés sous une forme ou une autre à Ain el Helwe, le plus grand des 12 camps de réfugiés palestiniens du pays. Les adolescents semblent être parmi leurs plus ardents défenseurs.

Ces groupes islamistes s’organisent et agissent dans ce camp comme dans d’autres, pour la même raison que celle que Bill Clinton avait invoqué concernant Mme Monica Lewinsky : « Parce que je le pouvais » comme il l’a finalement admis.

La situation est la même pour Al-Qaida au Liban. Les dirigeants palestiniens sont fermement opposés à ces groupes islamistes, mais, tout comme le « gouvernement » du Liban, ils sont impuissants à les empêcher de s’installer dans ces refuges relativement sûrs.

Ces derniers jours, ces groupes ont été mis en émoi par le déploiement du destroyer lance-missile USS Cole, qui aurait quitté Malte le 26 février, en route vers une position au large de Beyrouth. Son arrivée imminente au Liban est considérée comme un avertissement en direction de la Syrie, de l’Iran et de la résistance libanaise, dirigée par le Hezbollah. Cela signifie que, au moment où l’administration Bush a sans doute « perdu » en Iraq, en Afghanistan, et peut-être bientôt au Pakistan et dans certaines parties de la région du Golfe, elle est prête à se joindre dans la lutte avec Israël afin de ne pas « perdre » le Liban.

L’amiral Michael Mullen, le chef d’Etat Major des USA, a déclaré hier que le déploiement ne devrait pas être perçu comme une menace ou une réponse à des événements survenus dans un pays particulier de cette région instable.

« La Méditerranée Orientale est une région importante pour nous », a-t-il déclaré lorsqu’on l’interrogeait sur l’annonce du déploiement de ces navires. « C’est un groupe de vaisseaux qui va opérer dans les environs durant un certain temps », ajoutant qu ’ « il n’est pas destiné à envoyer de signaux plus forts que cela. Mais il signale que nous sommes engagés, nous allons être dans cette région, qui est une partie très, très importante du monde. »

L’amiral Mullen a également été interrogé pour savoir si le déploiement des navires est lié au calendrier de l’élection libanaise.

« Dire qu’il est directement lié serait incorrect, mais nous sommes certainement conscients du fait que ces élections sont importantes, et qu’elles surviendront à un certain moment, » a-t-il répondu.

Et lorsqu’on lui a demandé si la Syrie était la raison de ce déploiement, il a précisé « ce n’est pas spécifiquement adressé à un pays, mais plutôt à l’ensemble de la région. »

Le porte-parole du Conseil National de Sécurité américain, Gordon Johndroe, a ajouté que le déploiement de l’USS Cole était justifié par le fait que le président George Bush était préoccupé par la situation au Liban.

« Bush pourrait devoir détruire le Liban pour le sauver, comme il l’a fait avec l’Irak », plaisante un adolescent souriant en servant un thé sucré comme celui que l’on m’a offert à chaque rencontre à Ain el-Helwe lors de mes visites liées à un projet éducatifs en direction des étudiants palestiniens.

Le Liban n’a pas été très réceptif à l’administration Bush qui y a subi une série d’échecs durant trois années de projets avortés en direction du Liban.

Parmi ces échecs, on compte la guerre de Juillet 2006, l’essai d’installer une base aérienne avancée de l’OTAN à Kleiate, l’importation de salafistes pour lutter contre le Hezbollah, en tentant d’organiser une armée sunnite au nord, autour de Tripoli et Akkar pour lutter contre les chiites dans le Sud, la proposition de financer un troisième Parti politique chiite pour affronter le Hezbollah et le Amal, des efforts pour déclencher une guerre civile, et, plus récemment, des suspicions non prouvées de l’octroi d’un « feu vert » pour des assassinats politiques en une tentative d’impliquer et d’isoler la Syrie. Le Club [1] devient agressif, selon un membre de l’administration de la Commission du Renseignement du Sénat américain.

L’USS Cole , déployé en « manifestation de soutien à la stabilité régionale, » assure la même mission que celle qui était la sienne quand il a été attaqué dans le port d’Aden au Yémen, en octobre 2000 par une embarcation suicide d’Al-Qaeda tuant dix-sept marins américains, en blessant plus de 50, et endommageant gravement le bâtiment. L’ironie de la situation, n’échappe pas aux militants d’Al-Qaida installés au sud à Ain el Helwe, près de la ligne bleue et dans le nord à Tripoli et Hermel. Selon Ahmad, un combattant chevronné au visage d’enfant, arrivé en provenance de l’Irak il y a quelques mois, et qui ressemble en tous points à l’image que l’on pourrait se faire d’un moudjahidine salafiste d’Al-Qaida , « les navires de guerre US ne quitteront pas les eaux du Liban sans qu’ils soient attaqués et détruits. Ils viennent mener une guerre contre le Liban au nom des sionistes, » affirme-t-il.

Rena, une superbe femme blonde, qui semble plus européenne qu’arabe et paraît être une sorte d’expert militaire, s’exprime comme si elle était une porte-parole du Pentagone :

« Le Groupe de Combat du Nassau, basé à Naples en Italie, est arrivé dans la zone d’opération de la 6ème flotte, il y a trois jours. Ils pourrait rejoindre l’USS Cole et nous attendons finalement six navires. Le Cole a été remis à l’eau en avril 2002 et a eu son premier ordre de mission en novembre 2003. »

Mes yeux s’écarquillent. Rena poursuit :

« Nous surveillons attentivement leurs mouvements. Outre le Nassau, le groupe comprend un croiseur et deux destroyers lance-missiles et deux autres navires amphibies. Les navires amphibies peuvent emporter des milliers de Marines et débarquer sur les côtes du Liban presque tout le long de leurs 120 Kilomètres. »

« Comment savez-vous tout ça ? » Baffouillé-je.

Son compagnon, tout en servant à nouveau du thé sucré, se lance dans une explication :

« Nos moudjahiddines ont beaucoup appris depuis que nous avons attaqué le Cole à Aden en octobre 2000. L’administration Bush n’a rien appris de l’histoire. Est-ce que Bush a lu ? Sait-il ce qui s’est produit lorsque les États-Unis ont envoyé les Marines et l’USS New Jersey en 1983 ? Pense-t-il que le Liban a oublié qu’ils ont dévasté le sud de Beyrouth et le Mont-Liban en bombardant avec des obus de 1300 kilos ? Nous attendons que ces boîtes de de sardines pleines de croisés soient incinérées comme les chars israéliens Merkavas l’ont été durant la guerre de juillet. Qu’ils viennent - ils partiront — Comme lorsque Reagan les a envoyé la dernière fois ! »

En 1983, au plus fort de l’intervention américaine au Liban, environ 17 navires - deux groupes de porte-avions de combat et deux énormes cuirassés - patrouillaient le littoral libanais, tandis qu’un contingent de Marines était déployé à l’aéroport de Beyrouth.

L’amie d’Ahmad ajoute : « tôt ou tard, les navires de guerre américain vont bombarder le Liban. Ils ne viennent pas ici pour admirer nos paysages. Quand ils le feront, l’ambassade des Etats-Unis ainsi que d’autres cibles identifiées disparaîtront dans les heures qui suivent. Ils viennent probablement dans le but de faire la guerre contre la Syrie et l’Iran, ainsi que le Liban. Ce sera une grande guerre, et elle pourrait débuter très bientôt. »

L’ancien député Nasser Qandil a affirmé vendredi qu’en envoyant ses navires de guerre au Liban, les États-Unis veulent dire : « nous avons tué Imad Mughniyeh [2], et nous faisons un come-back, Imad. »

M. Qandil a également affirmé que le directeur du Conseil de sécurité national saoudien, le prince Bandar bin Sultan, veut que le Liban devienne « un refuge pour Al-Qaeda remplaçant l’Irak, ce qui signifie que l’arrivée de navires de guerre américains vise à attirer les jihadistes arabes d’Irak pour faire baisser la pression exercée sur l’armée américaine. »

Un haut responsable américain resté anonyme, (David Welch, selon une source informée) a déclaré à l’agence Reuters que cette nouvelle mission du Cole était « une manifestation de soutien pour la stabilité régionale. Nous sommes très préoccupés par la situation au Liban. Elle s’est dégradée depuis longtemps. »

La dernière chose que souhaite le Hezbollah c’est une guerre civile au Liban et c’est la première chose que veut Israël. La plupart des libanais admettent que le Hezbollah à pour objectif la résistance à l’agression israélienne et à l’occupation, l’application de la résolution 1701 et au retrait israélien des fermes de Chebaa et du village de Ghajar. Ses partisans affirment que le Hezbollah désarmera lorsque Israël cessera d’être une menace pour le Liban.

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah, cité par le quotidien As Safir de Beyrouth, a déclaré que « l’action des Etats-Unis » prouve que la « véritable confrontation se déroule avec les dirigeants de Washington. La démonstration de force des USA apporte la preuve de leur échec et indique qu’ils ont épuisé toutes leurs pressions politiques visant à imposer une tutelle américaine. »

Ultérieurement, M. Fadlallah a précisé : « L’administration américaine a déjà eu recours par le passé à la politique de l’envoi de navires de guerre en appui à ses alliés au Liban. Cette tentative a échoué et s’est retournée contre eux. »

« Nous ne céderons pas aux menaces et à l’intimidation armée pratiquée par les des États-Unis pour mettre en oeuvre son hégémonie sur le Liban ».

Les évènements à venir seront désormais déterminés par ce que fera cette armada en arrivant au large du Liban.


Publication originale Counter Punch, traduction Contre Info


 

[1] F. Lamb désigne sous le nom de « Club » les partisans et les alliés des USA au Liban

[2] Le responsable militaire du Hezbollah victime d’un attentat à Damas

 

Chomsky : la volonté des irakiens n’est toujours pas prise en compte

Chomsky examine de récents sondages en provenance des zones de conflit. On y trouve de bonnes nouvelles, note-t-il. Effectivement afghans et irakiens pensent possible de trouver le chemin de la réconciliation nationale. A une condition : que les forces étrangères cessent d’occuper ou de combattre sur leur sol. Mais qui prend la peine d’entendre ce que disent et veulent ces peuples au destin tragique ?

 

Par Noam Chomsky, Kaleej times, 1er février 2008

L’armée d’occupation américaine en Irak (nommée par euphémisme la Force Multi-Nationale) conduit des études d’opinion approfondies. En décembre 2007, son compte rendu d’une étude qualitative était particulièrement optimiste.

Ce document concluait que cette étude « fournit des présomptions très fortes » permettant de réfuter l’opinion usuelle selon laquelle « une réconciliation nationale n’est ni prévisible, ni possible. » Au contraire, l’étude révélait qu’une « atmosphère optimiste régnait dans tous les groupes interrogés…et que l’on observait bien plus de point communs que de différences parmi les groupes apparemment si divers d’irakiens. »

Cette découverte d’ « opinions partagées » chez les irakiens à travers le pays « est une bonne nouvelle, selon l’analyse des résultats effectuée par les militaires, » notait Karen deYoung, dans le Washington Post.

Ces « opinions partagées » étaient détaillées par ce rapport. Selon deYoung, « les irakiens de tous groupes ethniques et religieux pensent que l’invasion américaine est la première cause des violences parmi eux, et ils voient dans le départ des forces d’occupation le facteur clé en direction d’une réconciliation nationale. »

Ainsi, selon les irakiens, il existe un espoir de réconciliation, si les envahisseurs, responsables de la violence dans le pays, se retirent et laissent l’Irak aux irakiens.

Mais ce document ne mentionnait pas cette autre bonne nouvelle : les irakiens semblent adopter les valeurs américaines les plus élevées, telles qu’elles ont été définies par le Tribunal de Nuremberg. Tout particulièrement, l’agression, « l’invasion par la force armée, » d’un état « du territoire d’un autre état » est le « crime suprême au plan international, différent uniquement des autres crimes de guerre en ce sens qu’il implique en lui-même l’accumulation des méfaits de tous les autres. » Le Procureur en chef américain à Nuremberg, Robert Jackson, affirma que le Tribunal ne serait qu’une farce si nous ne nous appliquions pas ces principes.

A la différence des irakiens, les USA et de fait l’occident dans son ensemble, rejettent les nobles valeurs professées à Nuremberg, ce qui constitue une indication intéressante sur la substance de ce fameux « clash des civilisations. »

Le général David Petraeus et Ryan Crocker, l’ambassadeur US en Irak, ont annoncé d’autres bonnes nouvelles en grande pompe à l’occasion d’une mise en scène du 11 septembre 2007. Seul un esprit cynique, bien sûr, pourrait croire que cette date ait été choisie en un rappel discret des affirmations de Bush et Cheney sur l’existence de liens entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden. Leur permettant ainsi, en commettant ce « crime international suprême » de prétendre qu’ils défendaient le monde contre le terrorisme.

Petraeus et Crocker communiquèrent des chiffres montrant que le gouvernement irakien avait notablement accéléré les dépenses de reconstruction, atteignant un quart des sommes allouées à cet effet. De bonnes nouvelles, effectivement, jusqu’à ce que la Cour des Comptes (GAO, Government Accountability Office) mène son enquête à ce sujet, et découvre que les montants réels n’étaient que le sixième de ceux qu’avaient annoncé Petraeus et Crocker, en baisse de 50% depuis l’année précédente.

D’autres bonnes nouvelles concernent le déclin de la violence confessionnelle, due en partie à la réussite du nettoyage ethnique meurtrier, dont les irakiens rendent responsable l’invasion. Il y a désormais moins de cibles pour les meurtres confessionnels. Mais on peut également l’attribuer à la décision de Washington de soutenir les groupes tribaux qui se sont organisés pour chasser Al Qaïda en Irak, ainsi qu’à l’augmentation du nombre de soldats sur le terrain.

Il est possible que Petraeus parvienne au même genre de succès que les russes en Tchétchénie, où les combats sont maintenant « limité et sporadiques, » et où Grozny connaît un boom immobilier, après avoir été réduite en ruine par l’attaque russe, comme l’a écrit CJ Chivers en septembre dernier dans le New York Times.

Peut-être un jour prochain Bagdad et Falloujah bénéficieront de « l’électricité rétablie dans de nombreux quartiers, de nouvelles entreprises de rues principales de la ville reconstruites, » à l’image de Grozny, en plein développement. Possible, mais douteux, si l’on considère les conséquences vraisemblables de la créations d’armées dirigées par des seigneurs de la guerre qui pourraient bien donner le jour à une violence confessionnelle accrue, venant s’ajouter à tous les « méfaits accumulés » par l’agression. Les irakiens ne sont pas les seuls à penser qu’une réconciliation nationale est possible. Un sondage mené par les canadiens montre que les afghans sont pleins d’espoir pour leur futur et sont favorables à la présence des canadiens et des forces étrangères. Ces « bonnes nouvelles » ont fait la une des journaux.

La lecture du détail des articlent révèle cependant quelques précisions intéressantes. Seuls 20% « pensent que les talibans l’emporteront après le départ des troupes étrangères. » Les trois quarts des sondés sont favorables à des négociations entre les talibans et le gouvernement Karzai, soutenu par les USA, et plus de la moitié approuvent l’idée d’un gouvernement de coalition. La grande majorité sont en désaccord avec la position des USA et du Canada, et pensent qu’une paix est possible en mettant en œuvre une approche pacifique. Bien que la question n’ait pas été posée dans le sondage, il semble raisonnable de penser que si la présence étrangère est acceptée, c’est pour mener des missions d’aide et de reconstruction.

On peut évidemment se poser de nombreuses questions au sujet de sondages effectués dans des pays sous occupation militaire étrangère, tout particulièrement dans des régions comme le sud de l’Afghanistan. Mais les résultats des sondages en Irak et Afghanistan sont conformes à ceux des études précédentes et ne doivent pas être ignorés.

De récents sondages au Pakistan ont également apporté des « bonnes nouvelles » à Washington. Cinq pour cent des sondés sont d’accord pour autoriser les USA ou d’autres troupes étrangères à entrer au Pakistan, pour « poursuivre ou capturer les combattants d’Al Qaïda. » Ils sont 9% en faveur d’une autorisation pour les forces américaines de « poursuivre ou capturer les insurgés talibans qui ont franchi la frontière depuis l’Afghanistan. »

Près de la moitié souhaitent accorder aux troupes Pakistanaises une autorisation semblable. Et ils ne sont q’un petit 80% à considérer que la présence militaire américaine en Asie et en Afghanistan représente une menace pour le Pakistan, tandis qu’une large majorité pensent que les USA veulent s’en prendre au monde musulman. La bonne nouvelle, c’est que ces résultats sont nettement meilleurs par rapport à ceux d’octobre 2001, où un sondage Newsweek avait révélé que « 83% des pakistanais interrogés déclaraient se ranger dans le camp des talibans, et un tout petit 3% exprimaient un soutien aux USA. » Plus de 80% décrivaient alors Oussama Ben Laden comme un guérillero et 3% comme un terroriste.

Au milieu de ce flot de bonnes nouvelles en provenance de la région, le débat gagne en intensité parmi les candidats à la présidentielle, les membres du gouvernement et les commentateurs, sur les options dont disposent les USA en Irak. Cependant une voix est toujours absente de ce débat : celle des irakiens. Leurs « opinions partagées » sont connues de tous, comme elles l’étaient déjà par le passé. Mais ils ne peuvent être autorisés à choisir leur propre destin, pas plus que des enfants ne le seraient. Seuls les conquérants ont ce droit.

Peut-être y a-t-il la aussi quelque leçon à tirer au sujet du « clash de civilisation. »


Publication originale Kaleej Times, traduction Contre Info

Bush demande instamment de l’aide à la France

Par Paul Craig Roberts, le 11 février 2008

​​​​« Nous soutenons les troupes ! » C’est l’excuse donnée par les Démocrates pour la poursuite du financement de l’agression de Bush en Iraq et en Afghanistan. Mais, bien entendu, le financement de la guerre ne soutient pas les troupes. Le financement de la guerre soutient une machine malfaisante qui mâche et recrache la vie et le bien-être des soldats, ainsi que celle de centaines de milliers d’irakiens et d’afghans, hommes, femmes et enfants. Le financement de la guerre soutient l’agression de Bush en Irak et en Afghanistan et les efforts qu’il continue à déployer pour s’emparer de ces deux pays afin de les transformer en États fantoches.

​​​​Les sondages montrent que la majorité des militaires et leurs familles ne soutiennent pas l’agression de Bush. Le fait que la campagne à l’investiture présidentielle républicaine de Ron Paul ait reçu la part du lion des contributions provenant des familles de militaires, souligne aussi le grand fossé entre les troupes et ceux qui voudraient les « soutenir » en les maintenant en Irak et en Afghanistan. Ce que signifient vraiment tous ces autocollants à l’arrière des quatre-quatre, qui proclament « soutenir les troupes, » est le soutien aux guerres d’agression de Bush contre les Musulmans.

​​​​Selon le Washington Post (9 février 2008), les 3,1 billions de dollars (*) du budget fédéral de Bush ne financent pas sa proposition, faite lors de son discours sur l’État de l’Union, d’autoriser les militaires à virer leurs allocations d’études inutilisées aux membres de leur famille. Bush a reçu des applaudissements pour son speech télédiffusé dans tout le pays, mais son budget ne prévoit pas d’argent pour les militaires et leurs familles.


Bush hilare lors du discours sur l’État de l’Union


​ ​​Les analystes du gouvernement calculent que le coût des prestations d’éducation serait de l’ordre de un à deux milliards de dollars par an, le coût du financement de deux jours de guerre.

​​​​Le seul argent que Bush et le Congrès veulent donner aux troupes est le nécessaire à leur maintien en état de guerre. Tout le monde a lu les histoires d’horreur du manque de soin aux soldats revenus d’Iraq blessés physiquement et sur le plan émotionnel.

​​​​En revanche, pour financer sa guerre, Bush et le Congrès ont déjà dépensé en frais et coûts futurs au moins 1.000 milliards de dollars. Tout Étasunien peut dresser une liste d’usages préférables pour cette immense fortune, qui fait sauter l’infrastructure d’un pays et tue ses citoyens par centaines de milliers.

​​​​Rien de bon n’a été accompli dans les invasions de Bush en Irak et en l’Afghanistan. En 2002, six mois avant l’invasion de l’Irak le 18 mars 2003, il était évident pour tous ceux qui ont un brin de raison, que ce serait une grossière bévue stratégique. William S. Lind, moi-même et d’autres, avons fait cette prévision en octobre 2002. Trois ans plus tard, le lieutenant général William Odom, ancien directeur de l’Agence Nationale de Sécurité, nous donnait raison, déclarant que l’invasion de Bush en Irak est « le plus grand désastre stratégique de l’histoire étasunienne. » Si le patron de la NSA ne sait pas reconnaître un « désastre stratégique » quand il en voit un, qui en est capable ?


Le général William E. Odom

​​​​L’estimation du général Odom est certes correcte. Bush, Cheney, les Néo-conservateurs, et les médias, furent des flagorneurs totalement abusifs. Regardez la situation aujourd’hui. Incapable de vaincre l’insurrection sunnite, la « superpuissance » étasunienne a dû se résoudre à payer des millions de dollars à la sédition, pour soudoyer ses meneurs afin qu’ils n’attaquent pas les troupes étasuniennes. Par ailleurs, Bush fournit des armes aux insurgés « pour combattre Al-Qaïda. » Les meneurs sunnites acceptent volontiers de l’argent et des armes, mais combien de temps peuvent-ils survivre en collaborant avec l’ennemi étasunien, qui a détruit leur pays et la place au Soleil ?

​​​​C’était évident pour tout le monde, mais Bush et les Néo-conservateurs, qui ont renversé Saddam Hussein au nom de la démocratie, veulent mettre en place la majorité chiite, alliée de l’Iran, à la nouvelle direction de l’Iraq. Jusqu’à présent, les Chiites irakiens qui attendaient le b