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Blog de l'association ReOpen911

Le scepticisme scientifique appliqué au 11-Septembre

Posté par .Rédaction le 14/11/2017


Le scepticisme scientifique est "une attitude de doute cartésien vis-à-vis des allégations non étayées par des preuves empiriques ou par la reproductibilité", et il permet, quand il est utilisé correctement, de s'assurer qu'une thèse a été démontrée de façon satisfaisante avant d'y adhérer [1]. Quand la plupart des scientifiques sont convaincus de la validité d'une thèse (qui concerne un domaine sur lequel ils travaillent), on parle de consensus scientifique. C'est le cas par exemple pour l'évolution ou pour le réchauffement climatique.

 

Le consensus scientifique n'est pas synonyme de vérité absolue et définitive, il est simplement le plus haut niveau de certitude qui puisse exister à un moment donné. Toute la difficulté consiste à fixer les critères requis pour qu'un scientifique soit reconnu comme étant suffisamment compétent pour que son avis contribue à déterminer si une théorie est valide ou non. S'agissant des OGM et le fait de savoir si les produits alimentaires qui en contiennent sont aussi sûrs que ceux qui n'en contiennent pas, le Criigen a publié une liste de 300 scientifiques et experts selon lesquels il n'y a pas de consensus scientifique permettant de l'affirmer. Il est précisé qu'ils viennent "de champs de recherche pertinents, telles la biologie moléculaire et la biotechnologie". Il faudrait avoir une liste des scientifiques et d'experts qui pensent le contraire afin de comparer leur nombre et compétences. Au lieu de cela, les militants pro-OGM ont souvent tendance à mettre en avant un nombre élevé d'études indiquant qu'aucun risque n'a été trouvé. Comme l'a expliqué Martin Boudot, journaliste pour Cash investigation et auteur d'une enquête sur les pesticides, il est assez simple de réaliser des milliers d'études qui ne montrent rien si on regarde seulement là où on est sûrs de ne rien trouver.

 
 
 
Venons-en au débat sur le 11 Septembre, et en particulier à celui sur la 3ème tour du World Trade Center, celle qui était située à proximité des tours jumelles et qui n'a pas été frappée par un avion. Le rapport de la commission d'enquête rendu public en 2004 n'a pas mentionné son effondrement, il a fallu attendre l'été 2008 pour que le NIST (Institut national des normes et de la technologie), une agence gouvernementale rattachée au ministère du Commerce, nous donne son explication définitive.
 
 La science n'a pas encore tranché le débat sur la cause de cet effondrement
 
Cette explication repose sur "un phénomène nouveau" qui n'avait jamais été observé auparavant. Il s'agit d'une dilatation thermique intervenue à des "températures à des centaines de degrés en dessous de celles prises en compte habituellement par la profession en matière d'indices de résistance au feu". Par ailleurs, le rapport de la FEMA (Agence fédérale des situations d'urgence) publié en 2002 faisait état de niveaux de corrosion et d'érosion anormalement élevés sur les échantillons prélevés au WTC7 (le nom de cette 3ème tour du WTC), ce qui, d'après le New York Times, est "peut-être le plus grand mystère non résolu de l'enquête". La FEMA concluait qu'il s'agissait d'un "événement très inhabituel" et recommandait une étude complémentaire, ce que se dispensa de faire le NIST.
 
La pensée critique nous enseigne qu'une affirmation qui sort de l’ordinaire doit être appuyée par des preuves solides. Dans le cas du WTC7, la thèse qui nous a été présentée sort de l'ordinaire, pourtant elle se fonde principalement sur des données de simulation qui n'ont pas été rendues publiques. En effet, le NIST les a classifiées au motif que leur divulgation "pourrait compromettre la sécurité publique" (alors qu'elles pourraient surtout aider les spécialistes à comprendre ce qu'il s'est passé, afin d'éviter que cela ne se reproduise). Pour qu'il y ait un consensus scientifique en faveur de cette thèse, il faudrait commencer par déterminer qui est apte à donner un avis pertinent sur la question, et il faudrait ensuite comparer la liste des défenseurs de la thèse du NIST (que nous allons appeler pro-NIST) et la liste des sceptiques. Près de 3000 architectes et ingénieurs ont signé une pétition demandant une enquête approfondie, en revanche il n'existe pas de liste d'experts ayant validé la thèse du NIST.
 
Ses défenseurs font souvent l'erreur de partir du principe qu'elle est universellement admise, et que toute personne n'ayant pas fait part publiquement de ses doutes serait nécessairement convaincue par cette thèse. Il n'y a pourtant aucune raison de le penser, et la moindre des choses serait de le vérifier. Pour cela, il faudrait commencer par s'assurer que les spécialistes du domaine aient pris connaissance de l'existence de cette controverse. En 2011, 85% des Français ne savaient pas qu'une 3ème tour s'était effondrée dans ces conditions (c'était pourtant la première fois dans toute l'histoire de l'architecture que cela se produisait). ArteFrance 3France 5France InterLCITV5 MondeL’Obs, et quelques autres en ont parlé, mais il faudrait que ce débat soit abordé plus souvent pour inciter davantage de scientifiques à s'y intéresser. Il y a une autre difficulté, c'est que certains universitaires subissent des pressions afin qu'ils n'émettent pas le moindre doute. On pourrait s'attendre à voir ce débat sur des chaînes Youtube consacrées à la science et à l'esprit critique, mais on y trouve surtout les bases permettant d'apprendre à vérifier une information.
 
 Christophe Michel, de la chaîne Hygiène Mentale
 
Quand on suspend son jugement et que l'on étudie les "preuves" avancées par le NIST, on se rend compte qu'elles n'ont aucune validité. Pour le moment, il convient donc de s'en tenir au doute. Certaines personnes sont persuadées que cette thèse est vraie jusqu'à preuve du contraire. En réalité, elle n'est qu'une hypothèse tant qu'elle n'a pas été démontrée (de la même manière qu'un suspect est présumé innocent et non présumé coupable). On doit en effet commencer par être sceptique et le rester tant que des preuves suffisamment solides n'ont pas été présentées. L'idée est donc de déplacer le centre de gravité du débat d'une certitude vers une incertitude, mais cela a tendance à créer un inconfort mental chez ceux qui ne sont pas disposés à envisager qu'ils puissent se tromper. C'est le cas pour certains défenseurs de la thèse du NIST qui n'ont pas conscience d'être victimes de biais cognitifs. Par exemple, face à deux événements qui se sont produits successivement, l'effondrement des tours jumelles et celui du WTC7, il est naturel de penser que le second est la conséquence du premier. C'est ce qu'on appelle un raisonnement post hoc, cela fait partie des erreurs qui nous incitent à valider cette thèse plutôt que de chercher à la vérifier.
 
Les pro-NIST français s'appuient généralement sur les analyses de Jérôme Quirant, l'un des rares universitaires qui essaie de réfuter les arguments des sceptiques. Il affiche en couverture de sa page Facebook ce qu'il prétend être les méthodes des militants du 11 Septembre, et qui seraient identiques à celles des militants anti-OGM :
 
    - S'appuyer sur des célébrités                                                         - Prétendre avoir des connaissances spéciales 
    - Rejeter le consensus scientifique                                                  - Utiliser Youtube comme principale source d'information
    - Utiliser des "sources" discréditées                                                - Qualifier de "moutons" ceux qui ne sont pas d'accord
    - Prétendre qu'un complot a été ourdi par le gouvernement           - Croire des vedettes de la télé plutôt que les scientifiques
 
 
Il y est précisé que "vous ne pouvez pas critiquer l'un et croire l'autre". L'image vient du site welovegv.com qui signifie : "We Love GMOs and Vaccines". Jérôme Quirant est un militant pro-OGM [2], et c'est également le cas des principaux défenseurs de la thèse du NIST :
 
- Le sociologue Gérald Bronner milite pour les OGM [3] et le gaz de schiste, il a fait partie du conseil d'orientation scientifique d'Areva et donne des conférences pour l'industrie pharmaceutique et des semenciers. Il défend la thèse du NIST en appliquant au 11 Septembre ses analyses sur les croyances.
 
Il utilise les préjugés envers les sceptiques du 11 Septembre 
pour essayer de discréditer ceux qui se méfient des OGM
 
- Le mathématicien et psychologue Nicolas Gauvrit milite lui aussi pour les OGM et la thèse officielle du 11 Septembre.
 
Jérôme Quirant, Gérald Bronner, Nicolas Gauvrit, ainsi que Jean Bricmont, militent en faveur de l'AFIS (Association française pour l'information scientifique). Cette association controversée est qualifiée de lobby pro-OGM par un ancien membre de son Comité scientifique. D'après Mikaël Salson, maître de conférence à l'université de Lille, l'AFIS "oublie parfois ce qu'elle vante par ailleurs à raison : se fonder sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles, et éviter les arguments fallacieux". Il a adressé plusieurs reproches à l'association : relativisme sur le réchauffement climatique, biais de confirmation avec le DDT, manque de vérifiabilité sur les pesticides, argument d'autorité et appel à la pitié sur le riz doré, effet bi-standard sur l'énergie, retour au relativisme avec le chlore.
 
- La "galaxie zététique" est un ensemble de militants, tels que ceux de la chaîne Youtube La Tronche en Biais (animée par Vled Tapas et Mendax), qui se présentent comme sceptiques, rationalistes. Ils prétendent favoriser l'autodéfense intellectuelle grâce aux outils de la pensée critique. Le site La Théière Cosmique fait partie de leurs références sur les OGM, certains défendent aussi Monsanto. 
 
- Le docteur en biologie Nicolas Chevassus-au-Louis s'en est pris aux anti-OGM dans un livre encensé par l'AFIS. Il a défendu la thèse du NIST en reprenant des mensonges de Jérôme Quirant dans un dossier sur les "théories du complot" publié sur Mediapart. La rédaction du site d'information aurait été bien inspirée d'écouter d'autres scientifiques, comme par exemple Lynn Margulis, elle aussi spécialiste en biologie (Bill Clinton l'a décorée de la médaille nationale de la science). Elle a expliqué pourquoi le travail du NIST n'était pas valide.
 
Paolo Attivissimo est un militant pro-OGM italien. Il a prétexté des erreurs et imprécisions dans "Zero, enquête sur le 11 Septembre" pour discréditer l'ensemble de ce documentaire et tous ceux qui demandent la réouverture de l'enquête.
 
Michael Shermer est un journaliste scientifique, rédacteur en chef du magazine Skeptic, et chroniqueur pour le Scientific American. Il est le pro-NIST américain le plus connu, il a été relayé à plusieurs reprises sur le blog Conspiracy Watch. Il s'en prend lui aussi aux anti-OGM :
 
Désolé les anti-OGM et ceux qui haïssent Monsanto, 
Scientific American dit qu'il n'y a pas de raison
de s'inquiéter et que les OGM sauvent des vies
 
- Le magazine américain Popular Mechanics est généralement considéré comme la référence dans la défense de la thèse du NIST. Son ancien rédacteur en chef, Jim Meigs, est un militant pro-nucléaire. Il apparaît tout comme Michael Shermer, Jérôme Quirant, et Paolo Attivissimo, dans Le Nouveau Pearl Harbor, le documentaire le plus complet sur le 11 Septembre. On y trouve un debunking des arguments du NIST.
 
Soyons clairs : ils ont tout à fait le droit de défendre les OGM et nous n'avons aucune compétence pour juger de la validité de leurs arguments. Il est également possible que le WTC7 se soit effondré à cause du feu. Il est néanmoins intéressant de réfléchir aux biais que peuvent avoir ceux qui sont persuadés de détenir la vérité sur des sujets aussi complexes. Il semblerait en effet que les militants pro-OGM aient une prédisposition à la croyance dans la thèse du NIST (hypothèse sur laquelle pourraient se pencher des spécialistes de la psychologie sociale).
 
Le processus intellectuel qui amène un individu à avoir un tel niveau de certitude se fait généralement progressivement. Ce cheminement peut commencer avec le débat sur la vaccination, beaucoup s'émeuvent en effet de la baisse de la couverture vaccinale qui pourrait avoir de graves conséquences en termes de santé publique. Il peut se poursuivre avec le rejet de certaines médecines alternatives comme l'homéopathie, l'acupuncture, ou l'ostéopathie, dont l'efficacité n'aurait pas été scientifiquement démontrée.
 

Certains zététiciens vont plutôt s'intéresser à la réfutation
de croyances 
sur la voyance, l'astrologie, ou le paranormal

 
De fil en aiguille, en passant du temps sur des forums ou des groupes de discussion, ils vont se débarrasser de croyances et ainsi prendre de plus en plus confiance dans la zététique. Ils développent ainsi leur esprit critique mais ils le font généralement de manière sélective, et certains tombent ensuite dans d'autres certitudes, et se mettent parfois à militer en faveur des OGM, du nucléaire, du gaz de schiste, ou d'entreprises comme Monsanto [4].
 
Pour chacun de ces sujets, des débats ont lieu entre des militants qui ont des points de vue opposés. Des technophiles défendent les OGM car ils considèrent que les risques sont infimes (par rapport aux bénéfices). Des technocritiques [5] s'en méfient, essentiellement en raison du principe de précaution (ou pour des raisons qui ne sont pas liées à la science). Les militants pro-OGM (ou pro-nucléaire, pro-gaz de schiste...) s'en prennent à ce qu'ils considèrent être des abus du principe de précaution, abus qualifiés de précautionnisme par Gérald Bronner, qu'il compare au populisme. Le problème, c'est qu'il ne donne pas de définition précise d'un abus du principe de précaution, ce qui lui permet d'y mettre ce qu'il veut, en l'occurrence tout point de vue un peu trop éloigné du sien.
 
Il s'agit là d'un rapport à la confiance, ou à la méfiance, envers le "progrès technique" et l'action de l'homme sur la planète. Bronner n'est pas vraiment inquiet puisqu'il considère que "l'avenir de l'espèce humaine se jouera dans l'espace". Il pense d'ailleurs à tout puisqu'il explique que si on fait aujourd'hui des recherches sur les OGM, cela permettra peut-être de "découvrir des formes d'organismes végétaux compatibles avec un voyage interstellaire". Il imagine ainsi notre avenir sur des "exoplanètes" qu'il situe "à quelques dizaines d’années-lumière autour de la terre". C'est pourquoi nous sommes selon lui "humains avant d’être terriens" (c'est un grand fan de science-fiction). S'il a une confiance presque aveugle envers les actions de l'homme, le sociologue préféré des industriels est en revanche très critique vis-à-vis de la nature. D'après lui, nous aurions tendance à la sacraliser alors que nous ne voyons pas "la masse de ses insuccès".
 
Reconstruire l'univers mental de Gérald Bronner nous aide à comprendre ses croyances
 
Un membre de l'AFIS a publié une recension de son livre La planète des hommes. Il écrit : "la logique intrinsèque de la pensée précautionniste peut aller jusqu'à préconiser une « suspension temporaire de la démocratie » pour prendre les mesures « indispensables » mais impopulaires qui « s’imposent »" (rappel : l'état d'urgence a visé plus de militants écologistes que de zététiciens). Il poursuit : "la conclusion inévitablement tirée par les tenants de cette « catastrophe annoncée », c’est en quelque sorte de tout arrêter ; à tout le moins, de renoncer à tel ou tel progrès, telle ou telle technologie (le nucléaire, les OGM... je vous laisse dresser la liste) par crainte que le moindre de nos gestes ne finisse par détruire la planète". Le site libéral Trop Libre félicite Bronner de s'être attaqué aux "agitateurs qui annoncent à chaque prise de parole que la planète va mourir du fait de l’action humaine et qui revendiquent en conséquence l’arrêt de la croissance, la stagnation technologique, voire le génocide humain pour les plus illuminés et les plus dangereux".
 
 
Bronner compare le "précautionnisme" de ces militants au "conspirationnisme" qui prospère selon lui "sur le principe de précaution car il met en accusation les politiques, les scientifiques, les industriels : un monde qui marcherait ensemble pour défendre des intérêts privés". Et du conspirationnisme, il en voit d'abord chez tous ceux qui, contrairement à lui, ne sont pas convaincus par la thèse officielle du 11 Septembre [5']. Il s'en est d'ailleurs pris à notre association dès la première page de son livre La démocratie des crédules. Il y explique que notre méfiance présente des similitudes avec la méfiance envers les OGM. Et il a raison. Nous ne faisons qu'appliquer le principe de précaution vis-à-vis des explications qui nous ont été données. Il est logique de chercher à vérifier ce que nous a dit un gouvernement, surtout quand on sait qu'il n'hésite pas à utiliser le "progrès technique" pour renforcer son hégémonie.
 
 
Pour défendre ses croyances, Bronner essaie de discréditer ceux qui ne les partagent pas en expliquant qu'ils ont un excès de doutes, sans se rendre compte qu'il fait preuve d'un excès de certitudes. Il s'inquiète d'un excès de méfiance envers les institutions et la classe médiatico-politique mais il ne voit pas les conséquences d'un excès de confiance (la thèse qu'il défend sur le 11 Septembre, instrumentalisée par l'administration Bush, a entraîné la mort de centaines de milliers d'innocents). Comme il est persuadé de détenir la vérité, il considère qu'il est de son devoir de la transmettre aux citoyens. Pour cela, il se focalise sur l'aspect scientifique d'un débat, ce qui lui donne l'impression de se cantonner à ce qu'il maîtrise vraiment. Il ne lui reste plus qu'à affirmer avec aplomb que la science a tranché le débat en présentant un nombre important d'études qui semblent le confirmer. Dans le cas du 11 Septembre, Bronner met en avant des rapports de plusieurs milliers de pages, comme si chaque page était un morceau de preuve, et que l'ensemble formait une démonstration scientifique. La science ne se mesure pourtant pas au poids, elle doit respecter des règles, et le NIST les a ignorées.
 
 
Le NIST a ignoré les témoignages d'explosions et les témoignages d'acier fondu. Il n'a pas recherché de résidus d'explosifs dans les décombres (ce qui est le meilleur moyen de ne pas en trouver). Il n'a pas expliqué comment des poutres d'acier ont pu se transformer en gruyère. Il a fini par admettre, suite aux critiques formulées par des sceptiques, qu'une partie de l'effondrement du WTC7 s'est produite à la vitesse de la chute libre, sans être en mesure de l'expliquer (certains pro-NIST se rassurent en se disant que la science n'explique pas tout). Il est très vraisemblable que si cette tour s'était effondrée à cause du feu, cela aurait été démontré, mais 16 ans après, personne n'y est parvenu. Il convient donc d'envisager qu'une forme de démolition contrôlée a été utilisée [6]. A ceux qui pensent que cette hypothèse est improbable (et qui cherchent à la discréditer en utilisant la méthode hypercritique), on pourra répondre, comme le dit Henri Broch (souvent considéré comme le père de la zététique), qu'il est probable que l'improbable se produise.
 
 
Le NIST a produit ce que l'on appelle de la pseudo-science [7]. Gérald Bronner défend donc un cas flagrant de pseudo-science, ce qui est regrettable pour quelqu'un qui passe son temps à dénoncer ceux qui instrumentalisent la science. Il a pourtant plein de bonnes intentions (l'enfer en est pavé), mais il se laisse aveugler par son idéologie. Il devrait vérifier davantage ce qu'il croit savoir mais il est imperméable à la contradiction. Il reconnait lui-même qu'il ne s'intéresse pas à ce débat, il a simplement fait confiance à Jérôme Quirant, qui est persuadé qu'il y a un consensus chez les scientifiques (et pour qui il n'y a aucune raison valable de débattre).
 
Comme le confirme Nima Yeganefar, "le consensus, quand il existe, est obtenu quand une très large majorité des scientifiques travaillant sur le thème débattu se trouve en accord". Il n'y a bien évidemment pas un tel accord en faveur de la thèse du NIST. En revanche, le nombre d'articles publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture qui lui sont favorables est supérieur au nombre d'articles qui la contestent (20 contre 7 d'après la chaîne Youtube Raisonnance, on est d'ailleurs loin d'une très large majorité). Certains pseudo-rationalistes ont donc modifié la définition du consensus scientifique afin qu'elle corresponde à ce qu'ils avaient envie de croire (quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots [8]).
 
A la différence de ceux qui nient des consensus, ils en inventent là où il n'y en a pas, ce qui est une autre façon de dévoyer la science. Ils font croire qu'elle confirme la thèse du NIST, cela leur évite d'avoir à la démontrer et permet de créer une forme d'intimidation qui dissuade le sceptique de faire part de ses doutes. En effet, celui qui s'y risque est renvoyé vers des études qui donnent l'impression de la valider et il lui est demandé de présenter des preuves plus solides en faveur d'une autre thèse. Il s'agit d'un cas classique de renversement de la charge de la preuve. Or, ce n'est pas aux sceptiques de démontrer que la thèse du NIST est fausse, c'est à ceux qui la défendent de nous donner de bonnes raisons d'y croire.
 
 
Nous avons indiqué à Jérôme Quirant qu'il n'y avait pas de consensus scientifique en faveur de la thèse qu'il défend mais il n'est pas encore disposé à le reconnaître. Comme l'explique Richard Monvoisin, "il est extrêmement rare qu’un spécialiste d’une pseudo-science soit capable d’une telle prouesse : tordre à ce point son cerveau au point de renoncer à ce qui fait son expertise". Jérôme Quirant a une confiance excessive dans la communauté scientifique et dans sa capacité à ne pas être influencée par des pressions diverses et à nous donner des informations aussi fiables que possible. Quoi qu'il en soit, quand bien même il y aurait un consensus scientifique en faveur de la thèse du NIST, cela ne permettrait pas d'avoir la certitude qu'elle soit vraie. Quand bien même elle le serait, cela ne signifierait pas que le 11 Septembre s'est déroulé comme on nous l'a dit. Quand bien même ce serait le cas, cela ne justifierait pas que le sujet soit aussi sensible.
 

Pour La Tronche en Biais, l'art du doute conduit à douter de toutes les thèses,
à l'exception de celle du gouvernement US. C'est donc plutôt l'art des certitudes
.

 
Certains zététiciens n'arrivent pas à comprendre que le 11 Septembre est un événement qui sort de l'ordinaire, et chacune des hypothèses permettant de l'expliquer sort également de l'ordinaire. Ils ont tellement l'habitude de discréditer celles qui ne sont pas conformes à leur vision du monde qu'ils finissent par le faire machinalement, sans prendre la peine de se renseigner un minimum. Ils pensent avoir une sorte de don qui leur permet d'échapper à la désinformation simplement parce qu'ils ont passé un peu de temps à étudier la liste des sophismes. Hygiène Mentale a ainsi pu réfuter l'histoire du géant, Hoaxbuster a réfuté la rumeur des ondes des téléphones portables qui pouvaient cuire un oeuf. On peut aussi mentionner Thomas Huchon qui a réfuté la rumeur des rétroviseurs chromés de l'attentat de Charlie Hebdo. Et ils estiment que cela les rend suffisamment compétents pour nous dire ce qu'il faut penser de l'assassinat de Kennedy ou du 11 Septembre. C'est un peu comme se sentir apte à greffer un coeur parce qu'on a réussi à vider un poulet.
 
Ils critiquent des sites comme StopMensonges.com, alors qu'ils sont ravis de trouver de vrais désinformateurs à côté desquelles ils peuvent donner l'impression d'avoir de l'esprit critique, mais ils refusent le débat avec ceux qui mettent en évidence leurs propres biais et erreurs argumentatives. En fait, ils connaissent bien la théorie de la pensée critique, mais ils ont encore quelques progrès à faire au niveau de la pratique. 
 
Il faudrait simplement qu'ils appliquent leurs propres principes
 
Ils devraient s'inspirer davantage du CorteX qui essaie de promouvoir une approche que l'on peut qualifier de bourdieusienne de la zététique [9]. Ce collectif critiquait d'ailleurs certains rationalistes "prompts à s’acharner sur la mémoire de l’eau, les granules et les croyances du quidam qui passe, mais qui ne présentent pas la même heuristique de doute lorsqu'il s’agit de critiquer leurs propres système de croyances, ainsi que de questionner rationnellement la moralité des comportements qui en résultent". La zététique sert souvent à défendre l'idéologie dominante, elle devrait être davantage utilisée par ceux qui la contestent et qui proposent des alternatives, ou au moins des pistes de réflexion, face aux défis que nous devons affronter, que ce soit le terrorisme, les guerres, la raréfaction des ressources énergétiques, les changements climatiques... Le politologue Nafeez Ahmed s'est intéressé aux liens qui existent entre ces différentes crises :
 
 
 
Dans notre précédent article, nous expliquions que les plus motivés à défendre la thèse officielle sont des islamophobes (ils se font souvent passer pour des antiracistes) car ils tiennent absolument à ce que ces attentats soient attribués à des fanatiques islamistes. Comme ils sont incapables de démontrer la thèse qu'ils défendent, ils se sont appuyés sur quelques pseudo-rationalistes qui ont pu donner l'illusion qu'ils y étaient parvenus, alors qu'ils ont simplement expliqué qu'il n'y avait pas lieu de se poser de questions.
 
 
 
Quand on passe un peu de temps à étudier leurs arguments et leur rhétorique, on se rend compte que Gérald Bronner et la Tronche en Biais sont au rationalisme ce que Pierre-André Taguieff et Caroline Fourest sont à l'antiracisme : des imposteurs [10].
 
- Les premiers sont paranoïaques vis-à-vis de l'écologie qu'ils voient comme un obstacle au progrès technique,
  les seconds sont paranoïaques vis-à-vis de l'islam qu'ils voient comme un obstacle au vivre ensemble.
- Les premiers n'ont pas compris ce qu'est un consensus scientifique, ils l'utilisent comme une arme contre les écologistes, 
  les seconds n'ont pas compris ce qu'est la laïcité, ils l'utilisent comme une arme contre les musulmans [11].
- Les premiers s'en prennent aux technocritiques qu'ils qualifient de militants anti-science [12],
  les seconds s'en prennent aux antiracistes qu'ils qualifient d'islamo-gauchistes.
- Les premiers veulent croire à la thèse du NIST car ils n'ont pas compris comment fonctionne la science,
  les seconds veulent croire que le 11 Septembre est un complot ourdi par des fanatiques islamistes car ils ont des préjugés racistes [13].
 
L'anti-complotisme institutionnel, c'est la rencontre de l'anti-racisme institutionnel (qui contribue à faire progresser le racisme au lieu de le combattre) et du rationalisme institutionnel (qui contribue à faire progresser la pseudo-science au lieu de la combattre). Cet anti-complotisme s'efforce en particulier d'empêcher que le débat ait lieu sur le 11 Septembre (ce qui contribue à faire progresser la défiance des citoyens envers les médias, et donc le complotisme). Il est promu par quelques idiots utiles de l'idéologie dominante (on peut mettre dans la même catégorie ceux qui propagent des thèses alternatives aussi farfelues que celle du gouvernement Bush). Ils devraient apprendre à "penser sur leurs propres pensées", cela nécessite une introspection qui peut être déstabilisante mais qui leur permettrait de mieux comprendre d'où viennent leurs certitudes.
 
Si on nous empêche de douter d'une thèse, alors cela revient à nous obliger à y croire. Mais la plupart des citoyens ne sont pas disposés à croire sur parole ce qu'on leur dit. C'est pourquoi ils sont nombreux à demander davantage de transparence, comme par exemple l'accès à certains documents sur le rôle joué par l'Arabie saoudite (avant d'être élu, Trump accusait ce pays d'être derrière le 11 Septembre). Mais pour Philippe Val, vouloir la transparence, c'est vouloir la guerre. L'ancien patron de Charlie Hebdo s'en est pris aux lanceurs d'alerte dans son livre Malaise dans l'inculture, dans lequel il fustige ceux qui ne partagent pas ses obsessions. Il y insulte aussi les écologistes qui ont selon lui une vision trop binaire. Il s'en prend également aux sociologues (sauf Taguieff, Bronner, et quelques autres), et aux journalistes (sauf Fourest, Sifaoui, et quelques autres). Il a été l'un des premiers, avant même que ne soit rendu public le rapport de la commission d'enquête en juillet 2004, à organiser, avec Daniel Leconte, une émission de propagande (d'après Acrimed) sur le 11 Septembre. Il est donc un très bon exemple de l'aveuglement et du déni dans lesquels peuvent tomber certaines personnalités médiatiques qui voudraient nous imposer leur vision du monde. Il est pourtant essentiel que ce débat ait lieu et que l'on sache enfin ce qu'il s'est passé [14].
 
 
Il a fallu du temps pour qu'il y ait une prise de conscience de l'urgence à traiter des questions environnementales, il en faut aussi pour que chacun mesure l'importance d'un débat comme celui sur le 11 Septembre [15]. Il ne faut pas avoir peur de l'aborder, il suffit de demander des preuves dignes de ce nom à ceux qui cherchent à nous imposer leur vérité.
 
-- ReOpen911 --
 
 
Notes :
 
[1] En réalité, on ne peut jamais dire qu'une thèse est vraie de façon définitive, puisqu'il ne peut pas être exclu qu'elle soit un jour invalidée grâce à de nouvelles connaissances. On peut simplement dire qu'il n'a pas encore été possible de démontrer qu'elle était fausse.
 
[2] Jérôme Quirant n'hésite pas à qualifier le militantisme d'associations environnementales de "djihadisme vert", et à dénoncer la "science citoyenne" ainsi que Cash Investigation (qu'il renomme en "Cash manipulation") pour leur enquête sur les pesticides.
 
[3] Pour garder un semblant de neutralité, il ne dit pas qu'il milite en faveur des OGM, il dit que leur non-innocuité n'a pas été démontrée.
 
[4] Ces militants dénoncent les journalistes "vendus au lobby bio" et les accusent de relayer des pseudo-sciences. Ils s'en prennent en particulier à Stéphane Foucart, un journaliste du Monde. Il est leur bête noire parce qu'il dénonce leur "zététique à sens unique".
 
[5] Ils sont parfois qualifiés de technophobes pour les discréditer. Voir à ce sujet cette recension de La démocratie des crédules par Fabrice Flipo, ou ce débat entre Fabrice Nicolino et Gérald Bronner, ou encore cette analyse de François Jarrige.
 
[5'] En conséquence, la question se pose : puisque les thèmes évoqués par nos contradicteurs (OGM, nucléaire, gaz de schiste, réchauffement climatique…) sont largement débattus (plus ou moins équitablement) dans les mass media, pourquoi les zones d’ombre, pourtant reconnues, dans la version du NIST font-elles l’objet de censure dans ces mêmes mass media ?
 
[6] La thèse privilégiée pour le moment est celle présentée par l'équipe de Niels Harrit, un chercheur de l'université de Copenhague, qui a conclu en 2009 à l'utilisation d'une nanotechnologie. Signalons que l'association AE911 a réfuté l'hypothèse d'une démolition par mini-bombes nucléaires (qui ne sert qu'à mettre en cause les juifs et à discréditer ceux qui étudient sérieusement le sujet).
 
[7] 15000 scientifiques (dont 62 lauréats du prix Nobel) ont signé une déclaration reprochant à l'administration Bush d'être coupable de "manipulation de connaissances scientifiques à des fins politiques partisanes". Il convient donc de rester prudent vis-à-vis du travail du NIST, une agence controversée dont le directeur est justement nommé par le Président américain.
 
[8] Ils adaptent les définitions des mots afin qu'elles correspondent à leurs croyances. Par exemple, ils ne disent pas qu'ils défendent la thèse de l'administration US, ils disent qu'ils ne font que lutter contre le complotisme. Ils essaient également de redéfinir ce qu'est un complot, une affirmation extraordinaire, un doute excessif, un doute rationnel, une preuve convaincante... 

[9] Pour Bourdieu, la sociologie permet de faire un travail de dévoilement qui consiste à "mettre au jour des choses que d'une certaine façon tout le monde sait, mais à un niveau de profondeur où on ne va plus chercher". Mediapart indique que Bronner juge "la sociologie de Bourdieu responsable de la montée du complotisme", et Taguieff estime que "le paradigme de la pensée de Bourdieu est un modèle conspirationniste".

[10] Nos détracteurs, qu'ils se disent journalistes, antiracistes, ou rationalistes, se comportent en marchands de peur quand ils exagèrent certains risques (les fake news, la religion, le principe de précaution) et en marchands de doute quand ils essaient de discréditer les discours qui leurs déplaisent.

[11] La laïcité, c'est la liberté d'avoir des convictions et le devoir de les vivre dans le respect de celles des autres. Il faudrait que ceux qui ont des convictions sur le 11 Septembre évitent d'essayer de nous les imposer.

[12] Le lobby pro-NIST utilise les mêmes méthodes que le lobby pro-OGM, il n'est donc pas surprenant de retrouver parfois les mêmes militants.

[13] D'après eux, affirmer sans preuve que le 11 Septembre est un complot ourdi par des fanatiques islamistes, ce n'est pas du complotisme. En revanche, signaler que le complot n'a peut-être pas été ourdi (que) par des fanatiques islamistes, c'est du complotisme.

[14] Cela permettra de rendre justice aux 3000 victimes des attentats, aux 5000 personnes qui ont développé un cancer (en particulier à cause des centaines de tonnes d'amiante qui se trouvaient dans les tours), et au million de victimes de la "guerre contre le terrorisme".

[15] Saluons l'initiative de la candidate du Green Party à la dernière présidentielle US qui a demandé une enquête approfondie sur le 11 Septembre.

 


 

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