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Terry Jones, Monty Python de son état, fait paraître chez Flammarion un ouvrage rassemblant plusieurs articles sur la Guerre contre le terrorisme. Cet auteur a choisi de décortiquer le langage même de l'administration Bush et consort pour démontrer l'absurdité dans laquelle on veut nous enfermer. Cette publication est aujourd'hui possible grâce au travail et à la volonté d'une fratrie : Damien-Guillaume et Marie-Blanche Audollent. Ceux-ci ont traduit les textes de Jones et ont réalisé la préface du livre. En Rade, vous propose d'en apprendre un peu plus sur cette sortie littéraire un peu à part.
En Rade : Tout d'abord la question qui se pose est, comment avez-vous été contacté pour la préface et la traduction de ce livre ? Par l'éditeur ou est-ce un choix de l'auteur ?
Damien-Guillaume Audollent : Répondre à cette question nous oblige un peu à vous raconter toute une histoire. En fait, ce n'est ni l'éditeur ni l'auteur qui nous a contactés : c'est nous qui avons eu l'idée de ce livre. Tout a commencé en juin 2004, par un simple article en anglais, sur lequel je suis tombé en consultant le portail Internet Rezo.net : " The war of the words ". J'ai immédiatement " tilté " sur ce titre, car je travaillais alors sur un projet d'essai/pamphlet sur les dommages collatéraux subis par le langage en temps de guerre. Le texte était signé Terry Jones : un facétieux qui n'hésite pas à appeler un char un char ! Alléché, j'en ai parlé à ma sœur Marie-Blanche ; nous avons eu besoin de nos dictionnaires bilingues pour extraire toute la substantifique poilade de son article. Et, de fil en aiguille, nos pérégrinations dans la meule de foin Internet nous ont mis sur la piste d'une série de textes venimeux, où l'ex-Monty Python passait au Kärcher l'horreur impérialiste et les douteuses innovations linguistiques commises dans le cadre de la " guerre au terrorisme ".
Les attentats du 11 Septembre avaient donné lieu à une invraisemblable masse d'informations, gloses et commentaires, sur lesquels le désarroi et le besoin de comprendre nous précipitaient chaque jour un peu plus, jusqu'à la nausée. Singulier concept, que cette " guerre au terrorisme ", mi-alibi, mi-épouvantail, organisant une savante confusion entre messies et lanternes, entre récits et balivernes… Tout ce brouhaha restait désespérément lettre morte, jeu de dupes pour cerveaux disponibles. Or dans ces textes, en rupture avec notre si commune habitude de parler pour ne rien voir, Terry Jones faisait " voler en éclats la bulle d'illusion et de duperie qui protège aujourd'hui la plupart de ceux qui nous gouvernent ".
Très vite, c'est devenu une évidence : il y avait là, discrète et disparate, une vraie œuvre, dans la lignée de Swift et d'Orwell. Une idée folle (comme toutes les bonnes idées) nous a pris, pour ne plus nous lâcher : partager notre plaisir de lecture en traduisant ces textes, et en les réunissant dans un livre. Manière pour nous de secouer la chape d'impuissance qui nous étouffait depuis ce maudit 11 Septembre. Une voix dissidente nous invitait à troquer le rôle de spectateurs médusés pour un dérisoire - mais homérique - parcours du combattant, où nous allions nous improviser traducteurs, chercher un éditeur, rédiger une préface et remonter la filière jusqu'à Terry Jones lui-même…
En cours de route, nous avons appris qu'un éditeur américain avait aussi eu l'idée de regrouper ces textes, et en avait publié un recueil partiel en janvier 2005. Nous avons alors mis les bouchées doubles pour faire aboutir ce projet qui nous tenait tant à cœur… Il nous aura fallu dix-huit mois de travail, entre difficultés surmontées et jubilation tenace, pour que ce livre voie le jour.
ER : Avez-vous eu la chance de rencontrer Terry Jones ?
DGA : Pas encore ; nous avons mis quelque temps à réussir à le contacter personnellement et, comme il est toujours par monts et par vaux, nos échanges se sont ensuite faits par mail. Il a bien voulu nous faire confiance pour démarcher les éditeurs français et travailler avec eux l'aspect éditorial, et il a même accepté d'écrire une conclusion inédite pour ce livre. Nous allons enfin le rencontrer ces jours-ci à Paris, pour les festivités organisées par Flammarion autour de la sortie du livre ! (L'interview a été réalisée avant le passage de Terry Jones à Paris le 6 mars 2006).
ER : Est-ce le premier livre que l'on vous demande de traduire ou de préfacer ?
DGA : C'est le premier livre que nous traduisons in extenso ; nous avons déjà travaillé sur des ouvrages, disons de commande ou alimentaires, mais c'est pour nous un passionnant coup d'essai. Quant à la préface, c'est aussi notre premier travail de ce type. Il n'est pas évident de se poser tout à coup en traducteurs et préfaciers, alors que nous n'avons ni l'un ni l'autre d'expérience en ces domaines ; c'est pourquoi nous avons connu de nombreux moments de doute, par exemple quand un éditeur avec lequel nous avions travaillé pendant cinq mois sur le projet nous a subitement laissé choir comme de vieilles chaussettes : dans ces cas-là on se remet en question profondément, on est atteint dans sa légitimité. Mais le pressentiment de départ, selon lequel nous étions en présence d'une vraie œuvre, forte et utile, qui valait la peine de se battre pour l'aider à rencontrer des lecteurs, nous a aidés à surmonter les difficultés.
ER : Ce livre se présente surtout comme un démontage linguistique de la " Guerre contre le terrorisme ", cela a dû créer des difficultés supplémentaires pour la traduction afin de respecter au mieux le travail de l'auteur ?
DGA : Terry Jones écrit dans une langue très accessible, sur des questions qui débordent largement le contexte britannique, qu'il soit politique ou linguistique. Depuis quatre ans et demi, l'Amérique torture au nom de la " liberté " et de la " démocratie ". Servant de faux-nez à ses ambitions impérialistes, ces valeurs en peau de chagrin sont de plus en plus bafouées à travers le monde ; et l'abus de confiance que constituent ces singuliers glissements de sens se constate aussi bien en français qu'en anglais. Quand la Maison Blanche s'en va-t-en guerre, réponse du berger Terry Jones à la bergère : " Il y a une chose qui m'inquiète particulièrement dans la "guerre au terrorisme" du président Bush : c'est la grammaire. Comment livre-t-on une guerre contre un substantif abstrait ? Comment le "terrorisme" pourra-t-il capituler ? Les linguistes savent qu'il est très compliqué d'obliger un substantif abstrait à se rendre. "
Voilà le problème : certains mots ne sont plus employés pour le sens qu'ils véhiculent, mais afin de maquiller une réalité dérangeante. Tout cela nous renvoie directement aux travaux de George Orwell, qui écrivait en 1946 : " Les discours et les écrits politiques sont aujourd'hui pour l'essentiel une défense de l'indéfendable ", en tant qu'ils servent à recouvrir d'un voile pudique des faits et des arguments " d'une brutalité insupportable à la plupart des gens, et qui ne cadrent pas avec les buts affichés des partis politiques. " Quelle que soit la langue, dans ce temps mondialisé où, selon le poète Philippe Jaccottet, " le réel est chaque jour mieux dissimulé par un vacarme dépourvu de sens, sinon d'efficacité ", la perversion du sens des mots escamote la barbarie sans visage et sans nom des puissances de l'argent. Le nonsense, en fin de compte, est la chose au monde la mieux partagée !
Mais, pour en revenir à votre question, c'est vrai que, parti traquer la réalité vécue derrière les fadaises officielles, Terry Jones livre sa bataille en écrivain, sur le terrain du langage, et qu'il nous a d'abord fallu nous imprégner de son univers, de ses tournures et de ses tics. Car traduire un livre, à la différence d'un article isolé, suppose de capter et de restituer l'unité du ton. Comme ma sœur habite à Bruxelles et moi à Rennes, nous avons travaillé d'abord à distance, par relectures successives, chacun reprenant plusieurs fois la copie de l'autre, avant de passer à de longues séances d'arbitrage et de peaufinage en commun. Nous sommes tous les deux assez perfectionnistes, ce qui s'est révélé parfois difficile à gérer, et parfois très utile ! Ces interminables allers et retours nous ont permis d'acquérir la distance nécessaire par rapport à notre travail et à ses difficultés, de prendre tout le temps de se mettre les textes " en bouche ", de les écouter produire leur petite musique pour mieux se les approprier…
C'est en travaillant sur le chapitre que Terry Jones consacre au rapport controversé - pour sa clémence envers le pouvoir - du juge Hutton [sur les fuites dans la presse ayant abouti au suicide d'un expert en balistique, qui avait osé mettre en doute les " preuves " exhibées par Blair afin de convaincre l'opinion que les prétendues Armes de Destruction Massive de Saddam Hussein menaçaient directement le territoire britannique], c'est avec ce chapitre, intitulé " Les habits neufs de l'Empereur Blair " en référence au célèbre conte d'Andersen, que nous avons cerné la " méthode Terry Jones ". Attaquer au Kärcher les mensonges lénifiants des spin doctors ; les remixer avec des éléments de la culture populaire, anecdotes, contes, historiettes et clichés ; détourner le flux des " informations " et subvertir la rhétorique absconse du pouvoir en une myriade de récits transparents : en dévoilant, à la manière de Swift ou de Galeano, ce qui se joue sous nos yeux et que nous semblons ne pas voir, cette dynamite de la fable opère un brusque retournement socratique.
Une fois compris cela, nous disposions d'une grille de lecture transposable à l'ensemble de ses textes. Dès lors, il était possible d'en modifier un peu la lettre pour mieux en conserver l'esprit. Fatalement, certains jeux de mots nous ont posé quelques problèmes techniques, car Terry Jones s'en donne à cœur-joie pour émailler son livre de sigles ésotériques, de noms d'oiseaux gratinés et d'improbables titres de noblesse ! Mais ces passages qui nous ont donné du fil à retordre sont finalement aussi ceux où l'on a pu le plus s'amuser. Exemple : au printemps 2005, pendant la campagne électorale qui aboutit à la ré-réélection de Blair, Jones désigne le New Labour comme le " Forget the Illegal Bombing Party (FIB) ". Or en anglais " a fib ", c'est un bobard. Comment traduire cet enchevêtrement ? Après moult tergiversations, nous avons opté pour " le Parti du Bobardement Illégal "… De même, à propos des délirantes tirades de Donald Rumsfeld, Terry Jones forge l'expression " slight-of-tongue ", sur la base de " slip of the tongue " (= lapsus) et " slight " (= affront). Nous avons traduit cela par " lapsus belli "…
ER : Ce livre est en fait une compilation d'articles parus dans des journaux tels que The Guardian, comment en est-on arrivé à faire un livre à partir de ces articles ?
DGA : Les choses sont un peu plus compliquées que cela. Certains textes ont effectivement été publiés dans la presse anglaise, d'autres étaient restés inédits jusqu'à la parution du livre américain l'an dernier. Il y a aussi un texte écrit pour un ouvrage collectif, Voices for Peace, paru en 2002. Et, comme je le disais ci-dessus, Terry Jones nous a fait cadeau d'un texte inédit, qui apporte à ce livre grand-guignolesque une conclusion à sa mesure : hénaurme !
Une fois réunis ces divers textes (et tandis que Jones continuait d'en écrire de nouveaux, au fil des mois), il a fallu procéder, en plus de la cuisine littéraire que je viens d'évoquer, à un travail d'adaptation et d'aménagement à plusieurs niveaux : nettoyer les redites, les variantes et les approximations ; ajouter des notes pour éclaircir les quelques détails qui renvoyaient à un contexte trop anglais pour le lecteur français ; lancer des recherches documentaires pour retrouver les citations exactes que l'auteur ne fait parfois qu'évoquer succinctement ; changer les titres de chapitres, car on ne titre pas un article de presse comme un chapitre de livre : le journal s'inscrit dans le fouillis d'une actualité fraîche, tandis que le livre développe un thème avec le recul du temps… Et puis, dans la préface, nous tentons à la fois de relever les lignes de force de l'écriture de Terry Jones, de présenter diverses facettes de son travail (il est par ailleurs historien, auteur de plusieurs livres sur le Moyen Âge, et son regard sur cette prétendue période d'obscurantisme offre de stupéfiants parallèles avec les événements contemporains) et de situer sa démarche dans une tradition satirique toute britannique.
Mais transformer cette matière éparse en un livre s'est imposé comme une évidence, et a été d'une simplicité enfantine car, par-delà leur aspect à première vue hétéroclite, ces chroniques politiques présentent une rare cohérence. Faisant feu de toute langue de bois, Terry Jones s'y appuie, comme aux temps désormais mythiques du Flying Circus ou de La Vie de Brian, sur le recyclage virtuose d'éléments de la culture populaire. De fable en saynète, son livre dévoile par jeux d'échos et de miroirs une pensée exigeante, féconde, qui en vient peu à peu à interroger les mots d'ordre de notre " civilisation " occidentale.
ER : L'ouvrage est déjà paru dans des pays anglo-saxons, comment a-t-il été accueilli par le public, par les médias et par les politiques ?
DGA : Le contexte éditorial est très différent des deux côtés de l'Atlantique : aux États-Unis, c'est devenu un sport national pour les éditeurs de publier des brûlots contre Bush, Cheney, Rumsfeld & Cie : succès assuré. Ben Laden lui-même en fait la promotion, à l'occasion ! Cela dit, pour ce qu'on en sait, le livre a été bien accueilli, de nombreux médias s'en sont fait l'écho. L'an dernier, Terry Jones est allé aux États-Unis faire une tournée de promotion du livre qui a eu un certain retentissement, puisque même CNN en a parlé. Mais de là à dire qu'il a eu un impact sur les décisions prises à la Maison Blanche… Le problème, c'est que Terry Jones est généralement pris pour un amuseur, un farceur, c'est-à-dire quelqu'un dont on attend toujours une histoire drôle, une blague ou un bon mot. Du fait du succès immense des Monty Python, on oublie de réfléchir à ses paroles. En France, il va falloir que le livre soit capable de surmonter les préjugés sur l'humour anglais, et aussi le fait que, notre pays ne participant pas officiellement à la guerre en Irak, nombreux sont ceux qui pensent pouvoir faire l'économie d'une réflexion sur les menaces qui, sous l'effet de cette " guerre au terrorisme ", pèsent sur la démocratie et la liberté à travers le monde. Nous sommes trop souvent hypnotisés par des marabouts sécuritaires : la force du livre de Terry Jones, c'est qu'il enfonce les digues de notre torpeur. " Always look on the bright side of life ", chantaient les crucifiés de La Vie de Brian… Et ceux d'Abou Ghraib ?
ER : Vous êtes vous-même auteur, vous avez écrit notamment sur le thème de l'exclusion mais aussi de la guerre, ce travail sur l'ouvrage de Terry Jones est-il aussi un travail militant ?
DGA : Je ne revendique pas ce terme de " militant ". Il a un côté un peu triste ; et c'est presque un statut social, qui désigne souvent une catégorie de personnes à part, croyant détenir une certaine vérité absolue et cherchant à la faire triompher dans l'action. Or je ne crois détenir aucune vérité, pas plus que Terry Jones lui-même : il s'agit juste de pousser chacun à réfléchir par soi-même, sans s'abreuver aux sources autorisées et aux mensonges officiels. Non, je choisirais plutôt le terme de " vigilance active " : ça, c'est à la portée de tout le monde. Chacun a partie liée avec le reste de l'humanité. Qu'il s'agisse du sort fait aux prisonniers de Guantanamo, à tous ceux que la " mondialisation " écrase sous sa main invisible, ou à ceux que notre sinistre de l'Intérieur se croit habilité à traiter de " racailles " (à quand " sous-hommes " ?), il ne faut pas laisser nos destinées entre les mains de quelques spécialistes, qu'ils soient politiciens ou militants : l'avènement du fascisme a été possible parce qu'une poignée d'individus ont fait basculer tout un système, certes, mais aussi sous l'effet délétère d'une multitude d'abdications individuelles, au quotidien. C'est à tout le monde d'être vigilant, car c'est quand on cesse de lutter chacun à son niveau que le pire devient possible…
ER : Merci d'avoir répondu à nos questions et nous vous souhaitons bonne chance pour vos prochains ouvrages.
DGA : Merci à vous !
Qu’ils mangent des bombes, de Terry Jones
The Guardian, le 12 Avril 2005
Le constat déroutant que la malnutrition des enfants a doublé en Irak
Selon les conclusions d’un rapport de la Commission des Droits de l’homme des Nations Unies à Genève, les enfants irakiens vivaient finalement mieux sous Saddam Hussein que maintenant.
Cela est bien sûr un coup dur pour tout ceux d’entre nous qui, comme George Bush et Tony Blair, croyons sincèrement que le sort des enfants s’améliore lorsque nous jetons des bombes sur eux de très haut, lorsque nous détruisons leurs villes et faisons sauter hôpitaux, écoles et centrales électriques.
Il apparaît maintenant que loin d’améliorer la qualité de vie des jeunes Irakiens, l’assaut militaire mené par les États-Unis sur l’Irak a fait doubler de manière inexplicable le nombre d’enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition. Sous le régime de Saddam, environ 4% des enfants de moins de 5 ans étaient sous-alimentés, tandis qu’à la fin de l’année dernière, ce chiffre est passé à presque 8%.
Ces résultats sont encore plus décourageants pour ceux d’entre nous qui appartiennent au Département de l’Amélioration du Sort des Enfants du Moyen Orient par la Force Militaire, puisque les précédentes tentatives de la Grande-Bretagne et de l’Amérique pour l’amélioration du sort des enfants irakiens ont été également décevantes. Ainsi la mise en place de sanctions - les plus draconiennes connues de mémoire d’hommes - a totalement échoué en ce qui concerne l’amélioration des conditions de vie. Après l’application de ces sanctions en 1990, la mortalité des enfants de moins de cinq ans a été multiplié par six. En 1995, environ un demi-million d’enfants irakiens étaient morts grâce à nos efforts pour les aider.
Un an après, Madeleine Albright, alors ambassadrice des USA aux Nations Unies, tenta de faire bonne figure devant la situation Lorsqu’un journaliste de télévision lui fit remarquer qu’il y avait eu plus d’enfants morts en Irak à cause des sanctions qu’à Hiroshima, Mme Albright lui fit cette célèbre réponse : « Nous pensons que c’est le prix à payer. »
Mais ce n’était clairement pas l’avis de George Bush. Alors à la place, il eut la bonne idée de les bombarder. Et pas seulement de les bombarder, mais d’arrêter et de torturer leurs pères, d’humilier leurs mères, de leur tirer dessus depuis des barrages - mais il semblerait que rien de tout cela ne leur fasse du bien. Les enfants irakiens refusent simplement d’être mieux nourris, en meilleure santé et moins enclins à mourir. Vraiment, c’est à n’y rien comprendre.
Et c’est pourquoi nous, au Département, vous lançons un appel - à vous le grand public - pour avoir des idées. Si vous avez des idées sur n’importe quelles autres techniques militaires que nous avons échoué jusqu’ici à mettre en place auprès des enfants en Irak, s’il vous plaît, faites le nous savoir d’urgence. Nous vous assurons que, sous notre commandement actuel, il n’y a aucune limite au montant d’argent que nous sommes prêts à investir dans une solution militaire aux problèmes des enfants irakiens.
De nos jours, il se pourrait qu’il y ait près de 3.6 millions d’enfants vivant au-dessous du seuil de pauvreté au Royaume-Uni et 12.9 millions aux USA, sans qu’existe le moindre espoir que ces deux gouvernements ne trouvent quelque argent que ce soit pour que change cette situation. Mais c’est certainement le prix à payer si cela signifie que George Bush et Tony Blair peuvent mettre à disposition n’importe quelle somme d’argent pour l’achat de bombes, obus et balles pour améliorer les vies des enfants irakiens. Vous savez, ça se tient.
Terry Jones est réalisateur, comédien et membre des Monty Pythons. Il est l’auteur de Terry Jones’s War On The War On Terrror [La Guerre de Terry Jones contre la Guerre contre la Terreur].
- Let them eat bombs, by Terry Jones
Traduction bénévole du rezo des Humains Associés : PR
Je suis tout excité par la dernière raison de George Bush de
bombarder
l'Irak : il a perdu patience.
Eh bien, moi aussi !
Depuis quelque temps maintenant, j'en ai vraiment plein le cul de M.
Johnson, qui habite quelques portes plus bas dans la rue. Enfin, de
lui et de M. Patel, qui tiennent le magasin d'aliments diététiques.
Tous deux, ils me regardent d'un air curieux, et je suis sûr que M.
Johnson prépare quelque coup tordu contre moi, mais je n'ai pas encore
réussi à découvrir quoi. J'ai été faire quelques tours pour voir
ce qu'il prépare, mais tout est très bien caché. C'est vous dire à
quel point il est vicieux.
Quand à M. Patel, ne me demandez pas comment je le sais, mais je le
sais de sources sûres; c'est en réalité un tueur en série, un
meurtrier de masse. J'ai distribué des tracts dans la rue pour dire
que si nous n'agissons pas les premiers, nous y passerons tous, un par
un.
Des voisins m'ont demandé pourquoi, si j'avais des preuves, je
n'allais pas à la police. C'est tout simplement ridicule. La police
dira qu'ils ont besoin de la preuve d'un crime pour inculper mes voisins.
Pour résoudre le problème, avec eux, il faudra passer par
d'éternelles autorisations, par des ergotages sans fin sur le droit ou non d'une
attaque préventive, et pendant tout ce temps M. Johnson sera en train
de mettre la dernière main à ses plans pour me faire subir de
terribles choses, et M. Patel sera en train de tuer secrètement des
gens. Comme je suis seul dans la rue à posséder un rayon convenable
d'armes automatiques, je crois que c'est à moi de faire régner la
paix. Mais, jusqu'à récemment, il y avait une petite difficulté.
Heureusement, maintenant, George W. Bush a bien montré que tout ce
dont j'ai besoin, c'est de perdre patience, et alors je peux
intervenir et faire tout ce que je veux.
Et regardons les choses en face, la politique soigneusement réfléchie
de M. Bush envers l'Irak est la seule manière d'amener la paix et la
sécurité internationales. La seule façon sûre d'arrêter les
attentats-suicides des fondamentalistes musulmans contre les USA et
l'Angleterre est de bombarder quelques pays musulmans qui ne nous ont
jamais menacés.
C'est pourquoi je veux faire sauter le garage de M. Johnson et tuer sa
femme et ses enfants. Il faut frapper le premier ! Ça leur donnera une
leçon. Après, il nous laissera en paix et il arrêtera enfin de me
dévisager de cette façon tout à fait inacceptable.
M. Bush montre bien que tout ce qu'il y a à savoir avant de bombarder
l'Irak, c'est que Saddam est un homme très méchant et qu'il a des
armes de destruction massive - même si personne ne peut les trouver.
Je suis certain d'avoir autant de raisons de tuer la femme et les
enfants de M. Johnson que M. Bush en a de bombarder l'Irak.
La perspective à long terme de M. Bush est de rendre le monde plus
sûr en éliminant les Etats-voyous et le terrorisme. C'est un objectif à
très long terme, car comment savoir quand c'est terminé ? Comment M.
Bush saura-t-il qu'il a éliminé tous les terroristes ? Quand tous les
terroristes seront morts ? Mais un terroriste ne devient un terroriste
qu'à partir du moment où il a commis un acte de terreur. Que faire
des prétendants-terroristes ? Ce sont ceux que vous devez vraiment
chercher à éliminer, à partir du moment où la plupart des
terroristes connus, en devenant des bombes humaines, se sont déjà éliminés
eux-mêmes.
Peut-être M. Bush a-t-il besoin de liquider tout le monde qui pourrait
éventuellement devenir un terroriste ? Peut-être n'est-il pas sûr
d'avoir accompli sa mission avant que tout fondamentaliste musulman ne
soit tué ? Mais alors, des musulmans modérés pourraient se convertir
au fondamentalisme. En fait, peut-être que la seule solution serait
pour M. Bush d?éliminer tous les musulmans.
C'est pareil dans ma rue. M. Johnson et M. Patel ne sont que le sommet
de l'iceberg. Il y a des douzaines d'autres personnes dans la rue que
je n'aime pas et qui ? franchement ? me regardent d'un drôle d'air.
Personne ne sera vraiment tranquille ici tant que je ne les aurai pas
tous tués.
Ma femme dit que je suis peut-être en train d'aller trop loin, mais je
lui réponds à chaque fois que j'utilise simplement la même logique
que le président des États-Unis. Ça la lui coupe.
Comme M. Bush, je suis à bout de patience, et si c'est une raison
suffisante pour le président, ça l'est pour moi. Je donne à toute la
rue deux semaines ? non, 10 jours ? pour me remettre tous les
étrangers [« aliens » en anglais, ndt] et les kidnappeurs
interplanétaires, les hors-la-loi galactiques et les têtes pensantes
des terroristes interstellaires, et s'ils ne me les remettent pas
gentiment en me disant « merci », je bombarde la rue toute entière
jusqu?à la fin des temps...
C'est aussi sensé que ce que propose George W. Bush ? et, en
comparaison avec ce qu'il entreprend, ma politique ne détruira qu'une
rue.
Terry Jones
------
Article publié dans The Guardian, le samedi 25 janvier 2003
traduction par André et Jean-Baptiste, avec le secours de Bernard.
Merci à Vincent d'avoir attiré notre attention sur ce texte !
Dernière modification par Thibaut (12-11-2006 02:24:18)
Hors ligne
inerview de Terry Jones, le 15 juin 2006, par CQFD
http://cequilfautdetruire.org/spip.php? … =ReOpen911
extraits:
Terry Jones contre le PNAC :
CQFD : Ton livre s’attaque entre autres au « Projet pour un nouveau siècle américain » [1]. Comment as-tu découvert ce document ?
Terry Jones : C’est John Pilger [grand reporter opposé à la guerre, NDLR] qui a commencé à l’évoquer dans un article. Son existence ne m’a pas étonné, mais quand je l’ai lu, j’ai été choqué qu’ils dressent leurs plans d’une manière si éhontée, qu’ils les développent aussi clairement avant de les mettre à exécution.
plus précisément :
CQFD : Dans le texte « Rebuilding America’s defense » (Reconstruire la défense de l’Amérique), rédigé en 2000, on peut lire notamment que « le processus de transformation [de la stratégie américaine], même s’il conduit à des changements radicaux, est susceptible d’être long, à moins d’un événement catastrophique et catalyseur - à l’instar d’un nouveau Pearl Harbor ». On pense évidemment au 11-Septembre, comme si les objectifs de la guerre contre le terrorisme étaient inscrits avant leurs causes mêmes.
Terry Jones : Je pense en effet que les plans de guerre étaient antérieurs au 11-Septembre et que la décision de renverser le régime de Saddam Hussein était secondaire par rapport à la volonté d’imposer la présence militaire américaine au Proche-Orient. Sur ce point, il faut leur reconnaître le mérite d’une totale franchise. Ce que je trouve incompréhensible, dans l’attitude des médias, c’est qu’ils continuent à discuter des motivations de la guerre alors qu’elles étaient clairement annoncées un an avant, comme s’il y avait un mystère là-dessous. Ils invoquent d’autres motifs principaux comme d’« instaurer un nouveau régime » ou de « venir en aide au peuple irakien »… Belle aide en effet que de provoquer la mort de centaines de milliers de personnes !
Terry Jones "publiquement" (
) LIHOP en 2006 :
CQFD : Certains voudraient en déduire que le 11-Septembre n’est rien d’autre que la grande conspiration d’un gang de profiteurs de guerre [2]. Tu en penses quoi ?
Tout est possible. Mais il me semble quand même invraisemblable qu’ils aient tout monté de A à Z. Ce qui est choquant, c’est que tout se soit déroulé exactement comme ils l’avaient escompté et qu’ils s’en servent à des fins personnelles. Sans doute sont-ils responsables d’avoir laissé faire et de ne pas avoir pris de mesures assez rapides au moment des faits. Par exemple, ils ont favorisé la fuite de la famille de Ben Laden du territoire américain au lendemain des attentats, c’est hallucinant ! Deux avions sont détournés par des Saoudiens qui s’explosent sur le World Trade Center et les États-Unis vont bombarder l’Afghanistan puis occuper l’Irak, quel est le sens de tout ça ?
On a rien inventé : l'Empire Romain :
CQFD : Ta formation d’historien te pousse à faire des comparaisons avec des situations antérieures comme les croisades, l’empire romain…
Terry Jones :Je ne suis pas vraiment historien, mais j’ai étudié la littérature anglaise à Oxford. J’en suis arrivé à étudier l’histoire en m’attardant sur trente lignes de Chaucer [l’auteur des Contes de Canterbury, NDLR]. Pour expliquer ce texte, j’ai eu à creuser l’histoire militaire de la fin du XIVe siècle, ce qui ne me branchait pas jusque-là. Il y a environ quatre ans, j’ai écrit un livre intitulé Qui a assassiné Chaucer ? C’est l’histoire d’une usurpation en 1399, qui met en lumière le règne de Richard II et la prise de pouvoir de Henry IV. J’étais en conférence à Kalamazoo, aux États-Unis, pour tenter de réhabiliter Richard II devant des médiévistes patentés. Je ne pense pas qu’il s’agissait d’un tyran, c’était un souverain plutôt « libéral » pour l’époque mais qui a été victime d’une campagne de propagande de la part de son cousin Henry IV. J’ai aussi parlé de l’empire romain et des barbares à l’université de Pace. On m’a ovationné lorsque j’ai fait le parallèle avec la situation actuelle : Rome se considérait comme une superpuissance et mettait en place une politique étrangère de frappes préventives en neutralisant les régions limitrophes. L’autre parallèle, c’est que les Romains aussi étaient gouvernés par la peur. Notamment celle des invasions barbares.
Les médias occidentaux : Alice au pays des merveilles :
CQFD : Une des idées fortes du livre est que « la grammaire est la première victime de la guerre », ce qui renvoie au vieux thème orwellien de « la guerre c’est la paix ».
Terry Jones : Le détournement des mots est un élément important du lavage de cerveau. Quelqu’un qui avait grandi sous le régime soviétique m’a dit qu’à l’époque au moins les gens savaient que les informations étaient bidonnées. Le problème, ici et aujourd’hui, c’est qu’on ne réalise pas que le langage est tronqué. On parle des troupes américaines et britanniques comme de « forces de sécurité » alors que les Irakiens qui défendent leurs maisons sont traités d’« insurgés » ou de « terroristes ». C’est Alice au pays des merveilles ! Les mots finissent par dire le contraire de ce qu’ils signifient en réalité.
On a rien inventé : la guerre à l'hérésie :
CQFD : Tu soulignes aussi que faire la guerre au terrorisme, c’est faire la guerre à une abstraction.
Terry Jones : La guerre contre le terrorisme rappelle la situation décrite par Chaucer au XIVe siècle. Henry IV avait usurpé le pouvoir avec l’aide de l’ancien archevêque de Canterbury, Thomas Arundel. Tous deux étaient donc en situation très précaire. Pour consolider leur pouvoir, Thomas Arundel a déclaré la guerre à l’hérésie et en a fait sa priorité, en se donnant toute latitude pour donner le sens qu’il souhaitait au mot « hérésie ». Il en va de même aujourd’hui pour le sens à donner au « terrorisme ». La guerre contre le terrorisme est une tactique. Ce n’est pas une guerre que l’on peut gagner, c’est ridicule de penser ça.
et aussi crime de guerre à Falloujah, guerre source de profits au XIVe siècle, mise en garde d'Eisenhower, Rumsfeld et Cheney dans le collimateur, etc...
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