Pour comprendre la tragédie colombienne

Pour comprendre la tragédie colombienne
En quelques dates, en quelques mots…

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Etant donné l’actualité, et avec l’autorisation de l’auteur et de la maison d’édition, nous publions la préface d’Ignacio Ramonet du livre Colombie Derrière le rideau de fumée. Histoire du terrorisme d’Etat de Hernando Calvo Ospina.

A ce qu’on dit, il existe en Colombie, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, deux partis - le libéral et le conservateur. Ce n’est pas faux. Mais ce n’est pas suffisant. En réalité, et depuis cette époque, le pays est surtout coupé entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien.

On ne rentrera pas dans les détails de la tragédie colombienne, largement développée ici, avec grand talent, par Hernando Calvo Ospina. En guise d’introduction, on se contentera de rappeler quelques faits significatifs, emblématiques de la situation.

Elu au Congrès en 1929, un certain Jorge Eliecer Gaitan a entrepris de combattre ce qu’il appelle l’oligarchie - les riches des deux partir. Au fil du temps, ses discours se font de plus en plus incendiaires. En bras de chemise á la tribune, il termine invariablement ses harangues par : « Contre l’oligarchie, à la charge ! » Il n’en plaide pas moins pour un changement pacifique. Le 9 avril 1948, alors qu’on le donne favori dans la course à la présidence, Gaitan est assassiné á Bogota.

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Gaitan

Détail insolite : la loi des États-Unis permet aux citoyens d’examiner, passé un certain temps, les documents qui reposent dans ses organismes publics, CIA, FBI, secrétariat d’Etat. La CIA possède des informations sur la mort de Gaitan. Aujourd’hui encore, elle refuse de les révéler.

L’assassinat de Gaitan a provoqué une insurrection généralisée - imputée par Washington au « communisme international » - et une guerre civile, la La Violencia (1948-1957) qui fera quelque 300 000 morts á travers les campagnes. En ces temps d’horreur et d’apocalypse, les libéraux et les communistes, désignés comme cibles, se voient destinés au supplice.

Les hommes politiques et les grands propriétaires utilisent, en charmants supplétifs du pouvoir, des policiers en uniforme ou en civil, les chulavitas, qui font montre d’une cruauté sans limites. Ou encore les pájaros (oiseaux), d’autres pilleurs qui « volent » de région en région et font de la terreur leur compagne familière.

Promis à la mort, vaincus, battus et dispersés dans un premier temps, les opposants ont vite compris qu’une lutte gigantesque était engagée. On leur a flanqué des gifles, on les a traités de lie de la société, on les a pourchassés comme des clochards importuns. Les milliers de misérables qui ne possédaient rien et pour qui le respect de la vie et un morceau de terre auraient été tout ont rejoint les groupes d’opposition armée. Désormais, pour tenter de subsister et de défendre la vie de leurs petites communautés, ils se battent. Influencés par la révolution cubaine, des groupes d’intellectuels et d’étudiants les appuient.

En 1964, pour en finir avec les prémices de cette révolte - une guérilla de paysans insoumis qu’on disait « moscovites », les États-Unis envoyèrent des conseillers, des armes et mirent 300 millions de dollars sur la table pour financer l’opération Marquetalia. En 1999, il leur faudra débourser 1,6 milliards de dollars pour mettre en œuvre le Plan Colombie. Quand viendra 2006, 4 milliards de dollars auront été dépensés dans le cadre de ce brillant exercice. Sans plus de résultat qu’en 1964.

L’immensité des plaines - les llanos-, les obstacles naturels, la présence de forêts inexplorées qui permettent la dispersion et favorisent l’embuscade, rendraient impossible l’annihilation des guérilleros. Mais pas de la population civile. Une année plus tard, en 1965, pour lutter contre la « subversion », les conseillers militaires états-uniens prônent la création d’organisations civiles armées. On ne les appelle plus paya ros ou chulavitas, mais « autodéfenses », légalement reconnues cette fois.

Le 2 septembre 1958, déjà, les guérilleros communistes faisaient parvenir une lettre au président Alberto Lieras Camargo : « La lutte armée ne nous intéresse pas et nous sommes disposés à collaborer de toutes les manières à notre portée, avec l’entreprise pacificatrice que s’est disposé à mener l’actuel gouvernement. » Parmi les signataires, Manuel Marulanda, l’actuel chef des FARC.

Dans une lettre au Parlement datée du 20 juillet 1984, et alors qu’elles négocient avec le président Belisario Betancur, les FARC annoncent le lancement d’un mouvement politique national - l’Union patriotique (UP). Leur objectif est de revenir peu à peu à la vie politique légale, aux côtés d’autres partis et mouvements démocratiques. Cet ouvrage d’Hernando Calvo Ospina raconte en détail ce qu’il en advint. Une tragédie pour 3 000 militants, sympathisants et dirigeants de l’UP - qui pour la plupart n’appartenaient pas aux FARC -, victimes des escadrons paramilitaires et de l’intransigeance politique totale de la classe dirigeante.

La Colombie, prétend-on encore, constitue une exception notable en Amérique Latine : elle n’a connu que cinq coups d’État depuis son accession à l’indépendance et est demeurée aux mains des civils depuis 1958 et la chute du général Gustavo Rojas Pinilla. Un modèle démocratique en quelque sorte. Toutefois, durant la même période, quatre candidats à l’élection présidentielle sont tombés sous des balles assassines : Jaime Pardo Leal (1987), Luis Carlos Galan (1989), Carlos Pizarro et Bernardo Jaramillo (1990). A des degrés divers, tous réclamaient des réformes. Curieuse conception de ce qu’est une démocratie.

Suralimentés et avares, incapables d’appréhender la réalité, riches et puissants pensent que des civilisés dignes de ce nom peuvent, pour réduire à merci des « barbares », se servir de barbares encore plus barbares qu’eux. C’est ainsi que les paramilitaires prennent du galon et qu’on les autorise à s’allier aux barons de la cocaïne qui contribuent au financement de « leur » guerre. Cul et chemise avec l’armée, qui les équipe, les renseigne, les appuie. En phase avec une partie de la classe politique et des secteurs économiques.

Les paramilitaires s’acharnent contre les populations civiles rurales et massacrent systématiquement l’opposition politique légale. Ces pseudo clandestins des Autodéfenses unies de Colombie (AUC) descendent ainsi un à un tous les échelons qui séparent l’homme de la bête : la terreur doit frapper au cœur de quiconque serait un ennemi en puissance et l’exemple l’arrêter à temps.

Début décembre 1997, le président Ernesto Samper annonce la création d’un « groupe spécial de recherche » contre la justice privée et promet que les groupes paramilitaires « seront poursuivis jusqu’en enfer ». De belles paroles. A la même époque, M. Phil Chicola, chef du Bureau des affaires andines du Département d’État des Etats-Unis estime que « d’après la loi des États-Unis, ces groupes doivent commettre des actions menaçant les intérêts nationaux des États-Unis pour pouvoir être inclus formellement dans la liste [des groupes terroristes]. » [1] En revanche, dès 1982, l’ambassadeur des Etats-Unis à Bogota, M. Lewis Tamb, avait inventé le terme « narcoguérilla » pour qualifier, sans preuves, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Tout comme l’autre groupe d’insurgés, l’Armée de libération nationale (ELN), les FARC deviendront « narcoterroristes » par la grâce de M. George W Bush, après le 11 Septembre 2001. Deux poids, deux mesures.

« Narcoguérilla » ? « Narcoterroristes » ? Ex-révolutionnaires dévoyés ? En provoquant un appauvrissement de secteurs importants de la population, les pouvoirs successifs ont favorisé la culture de la coca et les activités liées au trafic de la cocaïne. Mais, à des degrés divers, tout le monde a les mains plongées dans « la blanche » : les militaires, beaucoup d’hommes politiques de droite, les secteurs économiques et financiers. Le paramilitaire surtout. La guérilla, dans une moindre mesure, pour financer la cause. C’est ce qu’on retient le plus.

On se contentera ici de reprendre les paroles de M. Daniel Garcia Pena qui, en 1997, sous la présidence de M. Samper, dirigea une Commission exploratoire pour définir les termes et les conditions de possibles conversations de paix : « Le discours mille fois répété sur une guérilla sans idéaux et transformée en organisation maffieuse est faux. Il’ s’agit d’une organisation politico-militaire qui, comme la guerre coûte cher, impose son impôt révolutionnaire sur la récolte [de coca], mais n’a aucune participation dans le trafic. S’il s agissait d’un cartel, elle ne prendrait pas des villages, ne mènerait pas des opérations militaires […] » Un peu plus tard, le 18 mai 2003, l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies, M. James Lemoyne, affirmera : « La colonne vertébrale de la principale guérilla du pays est composée de gens engagés idéologiquement. »

Tout conflit politique se termine à la table de négociations. Et, pourquoi pas, puisqu’elles sont nécessaires, par des réformes sociales. Pas en Colombie. Avec un entêtement stupéfiant, chaque gouvernement a déclaré la guerre aux guérillas, multiplié les dépenses militaires, augmenté les rémunérations des soldats. Et chaque président, depuis le milieu des années soixante, a affirmé qu’il en finirait avec la guérilla avant la fin de son mandat, pour constater qu’à son terme, portée par l’injustice sociale et la répression aveugle, l’opposition armée était plus forte que quatre années auparavant.

Rien, dans ce désastre, n’est dû au hasard. Le « nettoyage » politique effectué par l’armée et les paramilitaires a vidé de nombreuses régions colombiennes de leurs paysans pauvres. Des hommes et des femmes qui ont commis une ou toutes ces erreurs : vivre sur un territoire extrêmement riche, s’être organisé pour exiger leurs droits, militer ou avoir voté pour une formation politique de l’opposition, ou avoir sympathisé - peut-être - avec les guérilleros. Leurs terres ont été transférées à des terratenientes, à des chefs paramilitaires et à des représentants de puissants intérêts économiques.

Le hasard n’existe pas. En 1997, évoquant le futur des relations commerciales entre la Colombie et les États-Unis, l’ambassadeur étasunien Myles Frechette déclarait : « Mon gouvernement invite avec insistance le gouvernement colombien à ouvrir le plus largement possible le marché des télécommunications dans le cadre de la loi colombienne, ou à changer la loi si c’est nécessaire, pour adopter les règles adéquates et effectives de compétition » [2], avant de réclamer la même chose pour le pétrole, l’énergie et l’agriculture. Deux ans plus tard, la priorité à l’investissement étranger et en particulier pour l’industrie pétrolière a été l’une des exigences de l’amendement au Plan Colombie imposé par les sénateurs américains Dewine, Grassley et Coverdell. Le Consortium US Columbia Business Partnership - Occidental Petroleum Company, BP, Caterpillar, Bechtel & Pfizer- défendait becs et ongles l’adoption du plan.

Leurs vœux furent exaucés. De plus, les Forces armées et leurs paramilitaires se chargèrent, avec le soutien du Plan et de conseillers états-uniens, d’intensifier l’expulsion des paysans et des indiens hors des immenses zones pétrolières.

Octroyant également à ses « donneurs d’ordre » entière satisfaction, en 2006 le président Alvaro Uribe négociera avec Washington un Traité de libre commerce assassin pour l’économie colombienne. Tout en offrant une réinsertion « soft » aux paramilitaires, pourtant mis à leur tour, mais sans grandes conséquences, sur la liste des organisations terroristes par les États-Unis. Des diplomates états-uniens n’hésitent pas à participer à des actes publics en présence de chefs paramilitaires, dont l’extradition est réclamée par leur propre gouvernement, pour trafic de drogue. Car non seulement ils massacrent les populations, mais ils sont devenus le cartel de drogue le plus puissant de Colombie. Washington n’apprécie qu’à moitié… mais réagit à peine. Les paramilitaires n’ont jamais porté atteinte à ses intérêts stratégiques en Colombie : au contraire, ils les ont protégés.

M. Uribe a donc les mains libres pour faire passer la loi Justice et Paix du 21 juin 2005, qui accorde aux « paras », accusés de crimes contre l’humanité, une quasi impunité, la légalisation de leurs fortunes et une retraite dorée. Bien que, en quatre années, depuis le « cessez-le-feu » signé à Santa Fe de Ralito, le 15 juillet 2003, ils aient encore commis environ 4 000 assassinats.

Mais le gouvernement pouvait-il faire moins ? C’est lui - comme ceux qui l’ont précédé - qui a amené ce fléau sur le peuple. C’est l’État qui a encouragé, assisté, formé, aidé et poussé les paramilitaires. Ils sont une stratégie d’État, autorisée et soutenue par Washington. Pour sauvegarder les profits et assurer les bénéfices des siens, le pouvoir a permis aux tueurs de piller et de ravager, et il a même partagé le butin avec eux.

Seulement, les paramilitaires sont devenus de trop puissants seigneurs de guerre et la Cour constitutionnelle a révisé la loi, la rendant beaucoup moins clémente. Peu décidés à accepter le châtiment le plus minime, et à être les seuls à « porter le chapeau », les chefs mafieux paramilitaires font peser une menace sur leurs commanditaires : si la justice « s’acharne » sur eux, ils pourraient révéler leurs petits secrets.

Des documents saisis à l’un d’entre eux - « Jorge 40 » -, en mars 2006, ont déjà provoqué la mise en détention de députés et sénateurs de la côte atlantique, tous liés aux partis appuyant le président Uribe. L’effet boule de neige a alors fait éclaté le scandale de la « parapolitique ». A travers son père et son frère, inculpés pour leurs liens avec les paramilitaires, la ministre des Affaires étrangères, Maria Consuelo Araujo, est éclaboussée et doit démissionner. Pour les mêmes raisons, l’ex-chef de la police politique - le Département Administratif de Sécurité (DAS) qui dépend de la présidence de la République -, M. Jorge Noguera, l’un des protégés de M. Uribe, a été incarcéré. Ce ne sont que des échantillons, car la liste est longue et accuse la classe politique traditionnelle colombienne, et tout particulièrement les alliés du président Uribe Vêlez. L’hécatombe judiciaire se poursuit et touche sénateurs, députés et de nombreux hauts fonctionnaires d’État, ainsi que des responsables de l’armée et de la police.

Un certain nombre de notables ont de plus en plus de mal à avaler leur salive. Ils découvrent que le chien qui les gardait hier les menace aujourd’hui. Pour empêcher de possibles révélations, les 59 chefs paramilitaires sont soudain transférés du centre de loisirs où ils étaient regroupés vers une prison de haute sécurité. Du coup, ils annoncent, le 7 décembre 2006, qu’ils considèrent le « processus de paix » comme terminé. Mais Uribe déclare le contraire.

Tandis que les révélations continuent de pleuvoir, le président Uribe, acculé, répond par des attaques et s’acharne toujours contre les mêmes. Il accuse les mouvements de défense des droits de l’homme et la gauche légale, comme le Pôle démocratique alternatif, de pactiser « avec les terroristes »… et ne semble guère se soucier que de telles assertions font courir d’immenses risques aux membres de ces organisations. Depuis plusieurs mois, de nouveaux escadrons de la mort apparaissent un peu partout dans le pays, menaçant et assassinant les opposants.

Le chef d’État s’en est même pris à la Cour suprême de Justice. Son président, César Julio Valencia, s’est vu obligé à réagir en octobre 2007, face aux accusations d’Uribe qui prétendait ainsi entraver l’action de la justice, dans le cadre des enquêtes menées sur la « parapolitique ». Il se trouve que les juges étaient sur une piste sérieuse de liens entre chefs narco-paramilitaires et de nombreux parlementaires. Résultat : 17 prisonniers et plus de 40 inculpés, tous membres de groupes politiques pro Uribe. Sans parler des gouverneurs et maires « uribistes » incarcérés.

Le bras de fer ne fait sans doute que commencer. Qui sait si les importantes révélations faites dans cet ouvrage par Hernando Calvo Ospina sur les mécanismes du terrorisme d’État ne seront pas, à court ou moyen terme, confirmées par les propres intéressés ? Ce document n’en a que plus de valeur. Impossible de comprendre la tragédie colombienne sans le lire attentivement.

Ignacio Ramonet

Traduction de l’espagnol de : Karine Alvarez

Hernado Calvo Ospina, Colombien résidant en France, est écrivain, journaliste et collaborateur du Monde Diplomatique. Il a participé à des documentaires pour la chaîne de télévision britannique BBC, la franco-allemande Arte et l’allemande ARD. Il est l’auteur de plusieurs livres qui ont été traduits en plus de dix langues.


ISBN-10 : 284109720X

ISBN-13 : 978-2841097203
Le Temps de Cerises
6, avenue Edouard-Vaillant - 93500 Pantin
Tél : + 33 1 49 42 99 11 - Fax : + 33 1 49 42 99 68
http://www.letempsdescerises.net
400 Pages, 20€


Notes :

[1] El Tiempo, Bogota, 11 mai 2000.

[2] Apolinar Diaz Callejas, « Colombia bajo doble fuego : crisis interior y señorío de EE UU », Papeles de cuestiones internacionales, N° 62, Madrid, 1997.

Un assassinat « Made in the USA » provoque une crise en Amérique du Sud

 

Par Bill Van Auken, le 11 mars 2008

CartePrès d’une semaine après le raid transfrontalier de la Colombie contre un camp du mouvement de guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) en Equateur, un pays voisin de la Colombie, l’Amérique latine continue de faire face à sa plus importante crise diplomatique et militaire depuis des décennies. Le gouvernement et les médias américains sont intervenus avec des commentaires et des conseils non sollicités, attribuant la confrontation tendue entre la Colombie, l’Équateur et le Venezuela à la menace du terrorisme en Colombie, à la complicité du Venezuela dans le terrorisme et à la grande animosité entre les différents chefs d’Etat de ces trois pays.

Le porte-parole du département d’Etat Tom Casey a déclaré qu’« il est important de reconnaître que les événements qui ont eu lieu ont été, en fait, une réponse à la présence de terroristes ». De même, le porte-parole de la Maison-Blanche Dana Perino a affirmé que la Colombie « se défend contre le terrorisme ».

Cette réaction officielle étend l’application de la doctrine Bush à la Colombie, principal Etat satellite de Washington en Amérique du Sud et bénéficiaire de quelque 600 millions de dollars par an en aide militaire américaine. Cette doctrine soutient que dans la « guerre mondiale contre le terrorisme » des subtilités telles que le respect des frontières souveraines et le droit international ne s’appliquent plus.

Le Washington Post est allé encore plus loin, appelant le raid du 1er mars un « succès remarquable » et accusant le président du Venezuela Hugo Chavez et le président de l’Equateur Rafael Correa de « soutenir un mouvement armé qui a un historique de terrorisme ». Il a comparé l’attaque sur le campement des FARC aux attaques aériennes américaines contre Al-Qaïda au Pakistan.

Et le New York Times, la voix de l’establishment ex-libéral américain, a jugé « difficile de croire qu’au 21ème siècle, les gouvernements démocratiquement élus de la Colombie, de l’Équateur et du Venezuela parlent de se faire la guerre ». Tout en reconnaissant que le raid colombien constituait « une violation du territoire de l’Equateur, une question sensible partout », il a exhorté les dirigeants prétendument exaltés de l’Equateur et de la Colombie à « refroidir leur rhétorique et à commencer à discuter sérieusement de la façon dont ils peuvent conjointement sécuriser leurs frontières contre les FARC ».

A lire ces articles, on ne devinerait jamais que Washington a joué un rôle dans les événements sanglants à la frontière entre la Colombie et l’Equateur. L’administration Bush se présente elle-même, et cela est largement répété dans les médias complaisants, comme un champion altruiste des valeurs démocratiques et un allié fidèle de la population de l’hémisphère sud.

Les faits, cependant, laissent voir quelque chose d’autre et de laid. Les trois pays andins ont été amenés au bord de la guerre par un assassinat politique mené de sang-froid dans le but de promouvoir les intérêts de l’impérialisme américain au détriment du peuple colombien et de la population de toute la région.

L’assaut du 1er mars a été mené non pas pour défendre la Colombie contre le terrorisme, mais pour assassiner un homme, Raul Reyes, considéré comme le numéro deux des FARC et le principal porte-parole international et représentant diplomatique du mouvement de guérilla. Il était bien connu en Amérique latine et en Europe après avoir été le principal négociateur des FARC dans la tentative avortée, sous le gouvernement du président Andres Pastrana (1998-2002), de négocier un règlement pacifique de la guerre civile qui a ruiné la Colombie pendant plus de quatre décennies. Au cours de cette même période, il s’est entretenu avec des responsables du département d’Etat de Clinton.

Pour réaliser ce meurtre politique, des frappes aériennes ont été commandées sur le camp en Equateur pendant que Reyes et 20 de ses camarades dormaient. Des commandos ont ensuite été envoyés dans le camp pour tuer la plupart des survivants et pour transporter le cadavre sanglant de Reyes en Colombie comme trophée politique pour le gouvernement de droite d’Alvaro Uribe appuyé par les Etats-Unis.

Cette impitoyable attaque n’a pas été orchestrée pour éviter une attaque terroriste imminente. Au contraire, elle était une « frappe préventive » contre une libération d’otages négociée par les FARC. Parmi ces otages se trouve une ancienne candidate à la présidence, Ingrid Bétancourt, qui possède la citoyenneté colombienne et française et qui est retenue en otage par les FARC depuis six ans.

Seulement deux jours avant le massacre frontalier, le président français Nicolas Sarkozy avait publiquement réclamé la libération d’une Bétancourt souffrante et fait savoir qu’il était prêt à se rendre en personne jusqu’à la frontière colombienne afin de la ramener.

Les FARC eux-mêmes ont publié une déclaration selon laquelle Reyes avait travaillé avec le président vénézuélien Chavez pour concrétiser les plans d’une réunion avec Sarkozy afin d’organiser la remise de Bétancourt.

Le gouvernement français n’a pas nié cette version des faits. En effet, lundi, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a déclaré à la presse : « C’est une mauvaise nouvelle que l’homme avec qui nous tenions des discussions, avec qui nous avions des contacts, a été tué. Vous rendez-vous compte à quel point le monde est horrible ? »

Pendant ce temps, un vice-ministre des Affaires étrangères français a confirmé le rôle de médiateur joué par Chavez dans les négociations entre les FARC et Sarkozy pour la libération des otages. « Le président Chavez a pris l’initiative, il avait pris l’initiative plus tôt et ça avait permis la libération de plusieurs otages, même si la situation était dans une impasse depuis un certain temps. Nous sommes donc conscients de son implication et du rôle important qu’il a joué » a déclaré la ministre Rama Yade lors d’une conférence de presse à Genève.

Après la nouvelle de l’assassinat de Reyes, le ministère français des Affaires étrangères a publié une déclaration révélatrice selon laquelle le gouvernement colombien était bien informé que la France tenait des négociations avec lui.

Cette version des faits a été développée cette semaine par la presse argentine. Citant des sources provenant du ministère argentin des Affaires étrangères, des journaux argentins ont indiqué que Sarkozy avait envoyé une délégation de trois représentants personnels à la Colombie et que ceux-ci se trouvaient dans la région frontalière afin de rencontrer Reyes.

« Samedi [le jour du raid transfrontalier], les trois négociateurs étaient à 200 kilomètres de la zone où l’attaque a eu lieu et se dirigeaient vers une réunion avec Reyes lorsqu’ils ont reçu un appel » a écrit le quotidien Pagina 12. C’est Luis Carlos Restrepo, le chef de la Commission pour la Paix du gouvernement colombien, qui les a avertis de ne pas se rendre au lieu où se tenait la réunion.

Le rôle des Etats-Unis dans l’assassinat de Reyes

ReyesLes responsables colombiens ont ouvertement reconnu le rôle des agences américaines de renseignement dans l’instigation et la coordination de l’assassinat ciblé du 1er mars. Le Général Oscar Naranjo, commandant de la police nationale, a déclaré aux journalistes que ce n’était pas un secret que le corps militaire et policier de la Colombie maintenait « une très forte alliance avec les agences fédérales des Etats-Unis ».

Le réseau de radio colombien, Radio Cadena Nacional (RCN), a déclaré mercredi que le renseignement américain a localisé Reyes en surveillant un appel téléphonique par satellite entre le chef des FARC et le président vénézuélien Chavez. L’appel du 27 février, trois jours avant l’attaque, a eu lieu après la remise par les FARC aux autorités vénézuéliennes de quatre anciens législateurs colombiens (Gloria Polanco, Luis Eladio Perez, Orlando Beltran et Jorge Eduardo Gechem) qui étaient tenus en otage depuis près de sept ans.

« Chavez était excité par la libération des otages et appela Reyes pour lui dire que tout avait bien été », rapporte le journaliste de RCN. On peut supposer que la CIA ou d’autres agences américaines de renseignement écoutaient les conversations téléphoniques entre Reyes et les représentants français à propos de la libération de Bétancourt.

Une autre station colombienne, Noticias Uno, a cité des sources des services secrets disant qu’elles avaient reçu des photos d’un « avion espion étranger » qui avait localisé avec précision le camp de Reyes en Equateur.

Le commandant de police colombien a insisté sur le fait que, bien qu’il se fiait aux renseignements américains, l’attaque du 1er mars avait été une « opération autonome ».

Cette assertion est pour le moins improbable. Des « entraîneurs » militaires américains sont attachés à l’unité d’élite contre insurrectionnelle qui aurait été employée au sol pour achever les survivants du bombardement aérien.

Pour ce qui est du raid aérien lui-même, le ministre équatorien de la Défense, Wellington Sandoval, rapportait que l’attaque avait impliqué l’utilisation de cinq « bombes intelligentes » du type utilisé par les militaires américains. « C’est une bombe qui, lancée d’un avion à haute vitesse, frappe dans un rayon de cinq mètres de l’endroit où elle est programmée pour frapper », a-t-il dit. Il a ajouté que pour atteindre Reyes avec une telle arme, « il fallait un équipement que les armées d’Amérique latine n’ont pas. »

Tant Washington que le régime de droite en Colombie étaient déterminés à mettre un terme aux libérations d’otages afin d’intensifier leurs efforts pour isoler politiquement le régime de Chavez et imposer l’interdiction du régime Bush de négocier avec des « terroristes ».

Au même moment, les bombes lancées sur le camp des FARC visaient sans aucun doute à envoyer un message à Sarkozy de ne pas se mêler des affaires de l’impérialisme yankee dans sa « cour arrière ». Il faut se rappeler que le président français, peut après son élection, avait envoyé son épouse d’alors en Libye pour finaliser la libération de six travailleurs de la santé qui étaient détenus sous de fausses accusations depuis huit ans. Ce coup politique avait coupé l’herbe sous le pied de l’Union européenne, qui négociait la libération, et frayé la voie à de lucratifs contrats entre la Libye et des compagnies françaises. Washington n’avait aucune intention de voir Paris poursuivre une voie similaire en relation avec le Venezuela, qui constitue la quatrième source en importance de pétrole pour les Etats-Unis.

En dernière analyse, cet épisode de la « guerre globale au terrorisme », qui a mené trois pays d’Amérique du Sud au bord d’un conflit armé, est le produit d’un meurtre politique crapuleux, exécuté pour défendre les intérêts stratégiques et les profits du capitalisme américain.

C’est un rappel que « Meurtre Inc. » — comme la CIA se fit connaître durant les années 1960 et 1970 lorsqu’elle organisait assassinats et tentatives d’assassinats, coups d’État de droite et sales guerres — est encore en affaires en Amérique Latine.

(Article original paru le 7 mars 2008)

Révélations : Il y avait des négociateurs français, Uribe et les Etats-Unis et le camouflet à la France

Vendredi 7 mars 2008, par Danielle Bleitrach

La colombie à la solde des Etats-UnisIl est clair que la Colombie et les Etats Unis ont beaucoup de mal à expliquer qu’il y aurait connivence entre Chavez , Correa et les FARC pour pratiquer le terrorisme international. D’abord parce que d’autres pays étaient impliqués non seulement la France mais, les Espagnols et les Suisses. Nous allons voir jusqu’à quel point. Et d’autre part la thèse de la lutte contre le terorisme international, qui justifierait tout de la part des Etats-Unis, a du mal à passer dans le sous continent Amérique latine. Ce sous continent ne cesse de subir le terrorisme d’Etat des Etats-Unis, qui soit directement, soit par le biais d’hommes de main qu’ils protègent comme Posada Carriles, assassinent des hommes d’Etat, destabilisent des gouvernements élus et installent des assassins formés à leur école.

Il faut bien mesurer que ce qui s’est passé en Equateur a soulevé l’indignation générale .En France, les médias aux ordres ont bien tenté de faire porter le chapeau de la crise andine à Chavez, aux FARC ou à tout autre victime (1) mais de toute la planète est venue la réprobation. Les Etats-Unis paraissent bien isolés avec leurs alliés criminels et voyous, Israël et La Colombie. Car ce qui vient de se passer à Gaza crée un contexte, des rapprochements : la Colombie ne serait-elle pas l’équivalent d’Israël pour l’Amérique latine, un danger permanent pour ses voisins sous couvert d’assurer sa sécurité, un massacreur d’une partie de la population autochtone au nom des droits de l’occident sur les Indigènes.

Notre presse servile tente encore de nous cacher ce qui paraît de plus en plus évident : il y avait des négociateurs français à proximité de Reyes, ils préparaient la venue de Sarkozy.

Nul n’ignore désormais que l’incursion en Equateur et l’assassinat a été préparé par l’armée nord américaine jouissant de techniques sophistiquées. Résultat sur le fond cette crise témoigne de la perte d’influence du président Bush. L’OPEP, à laquelle appartient Chavez a refusé d’augmenter la production pétrolière après la flambée des cours du pétrole malgré la demande de Bush, les pays pétroliers lui ont répondu que cette augmentation ne dépendait pas d’eux. On ne saurait être plus clair. Même attitude de l’organisation (OEA) des Etats d’Amérique, qui a longtemps été le symbole de la vassalité de l’Amérique latine aux Etats-Unis. Dans sa réunion d’urgence cette organisation a condamné l’incursion en Equateur. Et voici que la France, partie prenante dans cette affaire puisque c’est bien en préparant l’accueil du président français pour récupérer Ingrid Bétancourt que Reyes et 16 compagnons et compagnes ont été assassinés en territoire équatorien(2) , continue à discuter avec Chavez la libération de la franco colombienne. Celui-ci paraît plus décidé que jamais à otenir cette libération quitte à envoyer 10 bataillons à la frontière pour éviter un nouveau coup fourré de Uribe et de Bush.

Dans tout l’Amérique latine, le 6 novembre dans toutes les capitales, y compris à Paris vont défiler des centaines de milliers de personnes pour réclamer la paix en Colombie, désigner le système mafieux et l’allégeance aux Etats-Unis de ce pays. Ces manifestants vont dénoncer le rôle de ce pays qui est devenu la plate-forme des Etats-Unis et d’un véritable terrorisme d’Etat contre ses voisins. Dans ce pays s’imbriquent des phénomènes que peu de gens connaissent en Europe, rares sont ceux qui savent les liens étroits entre les Etats-Unis le terrorisme qu’ils imposent à toute l’Amérique latine, les trafiquants de drogue et les paramilitaires payés par l’oligarchie qui font régner la terreur dans la paysannerie indigène (3). Sans cette connaissance de la région il est impossible de comprendre qui sont les FARC et comment ils ont été contraints de devenir guérilleros pour échapper à ce système qui a fait des milliers de morts de syndicalistes, de journalistes. Donc les manifestations qui auront lieu aujourd’hui réclameront la paix ,l’indépendance et la fin du terrorisme d’Etat pour la Colombie et elles prendront aussi l’allure d’un hommage à Reyes et ses compagnons autant qu’une exigence de libération des otages.

Si chez nous les milliards déversés dans nos médias, l’incurie intellectuelle de nos journalistes, et le poids d’un système de propagande peut entretenir l’idée de la criminalisation des FARC, voir d’une réaction outrée de Chavez, cette position a du mal à contenir la réalité des faits et surtout l’incontournable évidence de la condamnation unanime de l’Amérique latine et le rôle joué dans l’assassinat par la négociation avec le président français.

Les négociations entre Sarkozy et Chavez se poursuivent

« Le président de la République s’est entretenu aujourd’hui par téléphone avec le président vénézuélien, Hugo Chavez, pour évoquer la situation régionale et la question des otages en Colombie », a annoncé dans un communiqué le porte-parole de l’Elysée, David Martinon. Peu auparavant, M. Chavez a indiqué depuis Caracas avoir exprimé sa volonté de paix, dans un entretien téléphonique avec Nicolas Sarkozy. « Les deux présidents ont exprimé le souhait que les récents développements n’enrayent pas la poursuite du processus de libération des otages qui restent aux mains des Farc » (Forces armées révolutionnaires de Colombie), a précisé M. Martinon.

Selon le porte-parole, « devant la montée préoccupante des tensions dans la région andine », le chef de l’Etat français « a réitéré son appel à tous les pays de la région et à tous les acteurs concernés à faire preuve de retenue et de responsabilité, afin que soit rapidement retrouvé le chemin du dialogue et de la coopération ».

M. Sarkozy « a une nouvelle fois remercié le président Hugo Chavez pour ses efforts qui ont permis la libération de six otages », a ajouté M. Martinon.

Les conditions de l’assassinat de Reyes, l’implication française

Rafael Correa, le président de l’Equateur avait été avisé on le sait personnellement par un coup de téléphone d’Uribe de la mort de Reyes à l’occasion d’une “poursuite à chaud”, mais l’Equateur avait découvert que non seulement il s’agissait d’un bombardement d’hommes et de femmes endormis, mais que les troupes d’Uribe et les conseillers étasuniens étaient venues en territoire équatorien chercher le corps de Reyes pour l’exhiber triomphalement.

La présidence française paraît avoir été alerté par le même Uribe qui a expliqué aux négociateurs français qu’ils ne pouvaient se rendre sur le lieu fixé toujours selon la même fiction de “la poursuite à chaud” et ce quelques heures avant l’ouverture de la négociation.

” Comme l’a déclaré à la presse française l’ex-mari de Ingrid bétancourt : “Ce qui est extrêmement choquant, c’est que le 26 février, une réunion à Panama réunit les délégués des pays médiateurs (Espagne, France, Suisse, NDLR) et le haut-commissaire colombien pour la paix Luis Carlos Respreto. Les délégués annoncent qu’ils vont rencontrer Raul Reyes. Respreto répond : « Oui, faites-le, c’est important. » Et dans la nuit de vendredi, Uribe décide sciemment de faire abattre Reyes en territoire équatorien ! Sans prévenir les présidents des Etats médiateurs, ni le président Correa alors qu’il commet un acte de guerre dans son pays. Il se moque du monde ! “(4)

Ce qu’il faut savoir et que notre presse servile nous laisse ignorer alors que toute la presse d’Amérique latine et du monde en fait état est que, en total accord avec Uribe, le président Sarkozy avait trois envoyés personnels en Colombie. Depuis octobre dernier, ils menaient la négociation avec Reyes pour obtenir la libération de la franco-colombienne et ex-candidate présidentielle Ingrid Betancourt. Les trois négociateurs français étaient installés dans une zone proche de celle où l’attaque s’est produite. Le mois dernier, un autre envoyé personnel de Sarkozy avait maintenu une réunion avec le Commissaire pour la Paix, Luis Carlos Restrepo, qui fait partie du gouvernement de Uribe. À ce qu’il semble, samedi, les trois négociateurs se trouvaient à 200 kilomètres de la zone de l’attaque et se dirigeaient vers une réunion avec Reyes quand ils ont reçu l’appel téléphonique. Le Commissaire pour la Paix les a prévenu de ne pas s’approcher du point de rencontre dans les heures suivantes. Le même Carlos restrepo qui s’était engagé au Panama.

Alors que Uribe avait donné des garanties pour qu’ils traitent de la libération des otages, il a violé sa parole avec l’aide des Etats-Unis dont il est l’homme des basses oeuvres. D’ailleurs seul Washington a soutenu le président colombien.

La presse latino américaine fait état de la présence des négociateurs français, du processus engagé, donc le camouflet a donc été infligé non seulement à Rafael Correa et à Chavez mais à la France.

Il faut toute la vassalité française aux Etats-Unis pour qu’il n’y ait pas d’incident diplomatique. Le coups de téléphone à Hugo Chavez était bien le moins que le président français puisse faire surtout s’il voulait réellement récupérer ingrid Bétancourt. Il semble que Nicolas sarkozy a sciemment ou plus vraisemblablement par légéreté politique entraîné tout le monde dans un piège qui visait à développer l’insécurité dans la région tout en prétendant par félonie décapiter les FARC .

L’isolement d’Uribe et des Etats-Unis

L’entretien téléphonique est intervenu le jour même où l’Organisation des Etats Américains (OEA) se réunissait à nouveau à Washington pour tenter de trouver une issue diplomatique à la crise, déclenchée par un raid colombien mené samedi en territoire équatorien contre la guérilla des Farc.

La Colombie s’est retrouvé isolée avec les Etats-Unis, Uribe d’ailleurs n’a cessé avec le même embarras que Bush de soufller le chaud et le froid, appelant à la paix et au dialogue et l’instant d’après sortant les accusations les plus outrées et les plus fantaisistes contre Hugo Chavez et les FARC.

Face aux annonces de mobilisation de troupes vénézuéliennes et équatoriennes à la frontière avec la Colombie, Uribe a dit qu’elle ne mobiliserait pas ses force. Ce qui ne veut strictement rien dire vu que l’armée colombienne flanquées de “conseillers” étasuniens est de toute façon en permanence à la frontière et y protège les incursions de voyous paramilitaires voire de terroristes contre le Venezuela. Après , il a provoqué les présidents du Venezuela et d’Équateur en les accusant de ”connivence” avec la guérilla des FARC. Alors qu’il avait donné sa parole de ne pas intervenir.

On n’imagine bien qu’ un tel contexte soulève l’indignation de toute l’Amérique latine et des gouvernements du monde entier. Même si les grandes orgues médiatiques font tout pour créer une situation d’égalité entre l’agresseur et la victime, en entretenant l’opacité et le flou sur la réalité.

Le président vénézuélien Hugo Chávez, accusé Uribe d’être un “assassin” et un ”mafieux”,ce qui est rude mais parfaitement exact. Même le président du Pérou, Alan Garcia, qui est lui-mêmes suspect des mêmes tares que Uribe, a appelé au dialogue mais il a précisé qu’il n’était pas possible de ne pas critiquer la violation de la souveraineté territoriale équatorienne.

La Colombie s’est retrouvée isolée avec les Etats-Unis qui ont du néanmoins faire profil bas pour éviter d’être directement impliqués . Le porte-parole du Conseil National de la Sécurité Gordon Johndroe, qui a exprimé sa surprise “pour l’étrange réaction du président Chávez“. Et plus tard, une déclaration officielle du département d’État disait :” Nous soutenons le gouvernement de la Colombie dans son combat contre les organisations terroristes qui menacent la stabilité et la démocratie “.

Mais Uribe a tenté d’impliquer plus franchement son allié nord-américain, craignant que celui-ci ne le lâche, et le directeur national de la police colombienne, Oscar Naranjo général, a révélé dans une conférence de presse, que la localisation de Reyes a été possible grâce à une information fournie par la CIA. Selon Naranjo, l’agence nord-américaine avait détecté un téléphone cellulaire que Reyes utilisait sporadiquement. Le chef policier a souligné que l’information a été délivrée aux forces colombiennes environ dix jours avant samedi. Comme l’a souligné le quotidien El Païs qui rapporte ces faits, “il confirmait que l’opération avait quelques jours de préparation, tandis que se développait y compris la la négociation des français avec les FARC et qu’il ne s’agit pas d’une réaction défensive comme l’a argué le gouvernement colombien dans un premier temps.”

Ureibe est allé jusqu’à se plaindre du changement d’attitude du président Correa calme à le samedi quand il lui avait téléphoné et “furieux” le dimanche. Il oubliait de signaler que entre temps Correa avait découvert qu’il ne s’agissait pas d’une poursuite à chaud comme le lui avait dit Uribe. Entre temps Correa a été informé que les guerrilleros dormaient quand leur campement a été bombardé et après de brèves consultations avec d’autres gouvernements il en est arrivé à la conclusion que l’attaque était planifiée depuis longtemps. Uribe avait menti et lui avait caché durant tout ce temps quil préparait une incursion sur le territoire de l’Équateur.

Tous les gouvernement, celui d’Argentine, celui du Brésil ont déployé une intense activité qui a abouti à cette condamnation unanime de l’OEA. Parce qu’il s’agissait d’établir les véritables responsabilités pour éviter une guerre que semblent souhaiter les Etats-Unis et la Colombie. C’est d’ailleurs le seul sens que l’on puisse donner à cette expédition meurtrière et en violation de toutes les paroles données. Il s’agissait d’un piège pour destabiliser la région et tenter d’arrêter le processus de libération et d’unification bolivarienne qui ne cesse de gagner du terrain. Dans cetre affaire les Etats-Unis et la Colombie n’ont pas réussi à entraîner les gouvernements dits “modérés” derrière eux, et le rôle positif joué une fois de plus par Lula et christina kichner doit être souligné.

Correa avait sollicité une réunion urgente de l’Organisation des Etats Américains (OEA) pour discuter de la crise mais les Etats Unis ont essayé e’ampêcher la convocation. Finalement les chancelleries sud-américaines, surtout celles d’Argentine, Brésil et Chili ont obtenu qu’elle ait lieu et qu’elle aboutisse à cette condamnation et à l’isolement de ceux qui souhaitent que la violence ne s’arrête jamais ici comme au Moyen-orient, parce qu’elle est la garantie de leur domination et de leur pillage.

Nos médias fauteurs de guerre qui cachent ces réalités deviennent de plus en plus criminels dans une monde où montent les dangers.

Danielle Bleitrach

(1) on aura tout lu y compris que Chavez était lié aux FARC par le trafic de drogue. Quand on connait un peu la région il y a pourtant des évidences, la drogue ne peut quitter la Colombie que par les zones totalement contrôlés par les paramilitaires et Uribe a des liens avec ces paramilitaires tranfiquants de drogue. Alors que Chavez subit de la Colombie voisine des incursions de ces mêmes paramilitaires trafiquants qui déstabilisent le Venezuela, assassinent les syndicalistes et les paysans.

Source : Changement de société

P.S.

(2) Des rumeurs insistantes font état du fait que c’est en localisant les appels de Chavez à Reyes pour la libération d’Ingrid bétancourt que l’armée américaine a pu assassiner le porte-parole des FARC. De même aujourd’hui Chavez a décidé d’employer les grands moyens d’envoi de troupes pour mettre en place la récupération des otages et la protection du chef historique des FARC qui paraît s’impliquer lui-même dans cette opération comme pour affirmer la volonté de paix des FARC.

(3) Quand je lis des sondages sur l’opinion de la population colombienne contre les FARC ou le soutien à Uribe, je ne peux m’empêcher de penser à toute cette population, environ 40 % qui vit dans des conditions de sous développement abominables, depuis les enfants des rues de Bogota, drogué et prostitués, jusqu’aux pauvres peons des zones rurales frappés, violés, menacés par les paramilitaires de l’oligarchie et je me demande qui a répondu aux sondages.

(4) Propos recueillis par Isabelle Horlans pour le journal France Soir, le jeudi 6 mars 2008. Selon Fabrice Delloye,lex-mari d’Ingrid bétancourt, le président Alvaro Uribe se comporte en saboteur à des fins personnelles. L’ex-époux d’Ingrid place son dernier espoir dans les Farc.

Washington et Bogota contre Hugo Chávez

Salim Lamrani

L’hostilité de l’administration Bush à l’égard du gouvernement vénézuelien a marqué un nouveau pas le 19 janvier 2008 avec les déclarations du « tsar antidrogue » étasunien John P. Walters. En effet, lors d’une visite en Colombie, ce dernier a accusé le président Hugo Chávez « d’être en train de se convertir en un grand facilitateur du trafic de cocaïne vers l’Europe et d’autres endroits de l’hémisphère ». Cette nouvelle attaque contre le plus populaire des leaders latino-américains, loin d’être gratuite, fait partie de la stratégie de diabolisation de l’administration bolivarienne orchestrée par la Maison-Blanche afin de justifier une action plus radicale contre le Venezuela. Désormais, Washington et Bogota tentent de lier le Venezuela au trafic international de drogue afin de ternir l’image du président Chávez1.

Attaques contre le Venezuela

Quelques jours plus tard, le 24 janvier 2008, le ministre colombien de la Défense Juan Manuel Santos a déclaré qu’au moins trois chefs des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) vivaient au Venezuela, sans fournir de plus amples détails. Au même moment, le vice-président colombien Francisco Santos a accusé le maire de Maracaibo Gian Carlo Di Martino de fournir des armes à la guérilla colombienne et plus précisément à l’Armée de libération nationale (ELN), en se basant sur une vidéo qui s’est révélée être fausse. Loin de faire marche arrière, ce dernier a même affirmé que l’élu vénézuelien serait capturé et emmené en Colombie2. Pour sa part, Di Martino a dénoncé « un montage qui dévoile le plan des Etats-Unis […] et du gouvernement colombien de provoquer un processus de déstabilisation a la frontière vénézuelienne3 ».

Les services de renseignement colombiens ont également accusé le Venezuela de fournir des munitions aux FARC et à l’ELN, suivant les déclarations du Département de la Défense des Etats-Unis4. L’opposition vénézuelienne a emboîté le pas à Washington et Bogota. Une ancienne responsable du Bureau national antidrogue (ONA), Mildred Camero, a déclaré que des supposés narcotrafiquants étaient « protégés par les autorités vénézueliennes et qu’ils agissaient avec une liberté absolue5 ».

Le point commun entre toutes ces accusations est l’absence absolue de preuves ou de faits concrets étayant les diverses déclarations. Le président Chávez a dénoncé les manœuvres colombiennes et étasuniennes. « J’alerte le monde à ce sujet : l’empire nord-américain est en train de créer les conditions pour générer un conflit armé entre la Colombie et le Venezuela », a-t-il souligné. « En moins d’une semaine le chef des forces armées de l’empire s’est rendu en Colombie [suivi par] le tsar antidrogue qui a dit que j’étais un ‘grand facilitateur’ du narcotrafic », a-t-il ajouté, fustigeant par la même occasion les déclarations du ministre colombien de la Défense6.

Le président du Nicaragua Daniel Ortega a également mis en garde la communauté internationale contre le danger représenté par l’actuelle campagne destinée à lier le Venezuela au trafic de drogue. « Les Etats-Unis sont en train d’utiliser le territoire colombien […]. Il s’agit d’un pays qui est militairement occupé par les Etats-Unis, pour essayer de détruire cet espace qui est en train de s’ouvrir en Amérique latine », a-t-il noté. « Nous espérons que le peuple colombien pourra freiner l’attitude de son gouvernement afin qu’il ne commette pas la folie de provoquer une confrontation7 ».

Alvaro Uribe et la Drug Enforcement Agency impliqués dans le trafic de drogue

En réalité, le seul haut dirigeant à être impliqué dans le trafic de drogue est le président colombien Alvaro Uribe, comme le souligne une source au-dessus de tout soupçon : un rapport d’intelligence du Département de la Défense des Etats-Unis de septembre 1991 détaille les relations de ce dernier avec le cartel de Medellín et les paramilitaires. Ce document confidentiel liste 104 « délinquants, assassins, trafiquants et avocats suspects » dont « Alvaro Uribe, homme politique et sénateur colombien consacré à collaborer avec le Cartel de Medellín ». Le rapport ajoute que « Uribe a été lié à […] des activités narcotiques aux Etats-Unis […], il a travaillé pour le Cartel de Medellín et est un ami proche de Pablo Escobar Gaviria8 ».

Un mémorandum élaboré par l’avocat du Département de la Justice des Etats-Unis Thomas M. Kent révèle également que l’Agence de lutte contre la drogue (Drug Enforcement Agency - DEA), qui fait partie du Département de la Justice, a régulièrement collaboré avec les narcotrafiquants colombiens et les paramilitaires et que ses fonctionnaires « sont des agents corrompus dans la guerre contre la drogue ». Ce document constitue un réquisitoire implacable contre la DEA et affirme, entre autres, que de nombreux fonctionnaires sont à la solde de criminels colombiens, qu’ils sont complices d’assassinats d’informateurs et directement impliqués dans le soutien des opérations de blanchiment d’argent des escadrons de la mort. Le mémorandum ajoute également que les agents corrompus jouissent de la protection des plus hautes instances gouvernementales9.

Le mémorandum de Kent, daté du 19 décembre 2004, s’est basé sur les déclarations d’agents de la DEA en Floride écartés du service pour avoir osé dénoncer les cas de corruption. Selon l’avocat étasunien, ces derniers ont fait face à « des risques terribles pour leurs carrières et leur sécurité, ainsi que la sécurité de leurs familles » pour avoir révélé « les noms de ceux qui sont directement impliqués dans l’activité criminelle à Bogota et aux Etats-Unis10 ».

D’après Kent, un agent de la DEA a été impliqué dans une activité criminelle en collaborant avec les escadrons de la mort de l’organisation paramilitaire Autodefensas Unidas de Colombia (AUC), responsable de plusieurs milliers d’assassinats. Le mémorandum expose « son implication dans le blanchiment d’argent pour les AUC ». Loin d’être traduit en justice, ce même agent a été promu et « s’occupe désormais de nombreuses enquêtes de stupéfiants et de blanchiment d’argent ». L’avocat affirme que les fonctionnaires du Département de la Justice ont classé l’affaire compromettante sans suite. « En juin 2004, la OPR [Office of Professional Responsability, qui est une branche de la DEA] et la DEA […] ont demandé à mon agent chargé du cas de leur fournir toutes les informations […]. Une semaine plus tard, l’enquête sur le blanchiment d’argent fut close11 ».

Le mémorandum de Kent détaille également trois cas impliquant des agents de la DEA en Colombie. Les fonctionnaires en question ont participé à une conspiration visant à assassiner des informateurs qui sont passés aux aveux. « Ils ont effectué d’étonnantes révélations au sujet des agents de la DEA à Bogota. Ils ont affirmé qu’ils avaient été assistés dans leurs activités narcotiques par les agents. Ils ont allégué de manière spécifique que les agents leur fournissaient des informations sur les enquêtes et d’autres activités en Colombie », a écrit l’avocat. Les agents de Bogota ont ensuite rencontré l’informateur auteur de la confession. « En sortant de la réunion, il fut assassiné », affirme le mémorandum. « D’autres informateurs […] qui ont travaillé avec le groupe de la DEA en Floride ont également été assassinés. Chaque assassinat a été précédé d’une demande d’identification de la part d’un agent de la DEA12 ».

Les agents de la DEA à Bogota ont également empêché plusieurs informateurs de se rendre aux Etats-Unis pour témoigner. Alors qu’ils étaient chargés de s’occuper de leur voyage, les fonctionnaires de Bogota ont procédé à leur arrestation. Le mémorandum souligne que « les informateurs ont été détenus neuf mois alors que fusaient les accusations. Une fois que l’on a pu démontrer que les agents à Bogota mentaient, les informateurs ont été libérés. L’un des informateurs a été enlevé et assassiné à Bogota, où il se cachait13 ».

Par ailleurs, les agents de la DEA en Colombie ont empêché un informateur de rencontrer des agents venus de Floride dans le cadre d’une enquête les concernant. Ils n’ont d’ailleurs pas lésiné sur les moyens. « Un agent de Bogota qui s’est rendu à Washington a affirmé cette fois que l’informateur était un pédophile. L’enquête fut mise de côté. L’agent fut sollicité pour étayer son affirmation mais il n’a plus apporté aucune preuve14 ».

La légitimité morale de Washington et de Bogota mise à mal

Les révélations de l’avocat Kent sont accablantes aussi bien pour la Colombie que pour les Etats-Unis et mettent à mal leur légitimité morale pour s’ériger en donneurs de leçons. Quant au président Uribe, le rapport du Département de la Défense est implacable à son égard et démontre son implication dans le crime organisé et le trafic international de drogue.

Uribe n’est pas le seul haut responsable colombien à être impliqué dans le trafic de stupéfiants. Un général de l’armée colombienne à la retraite, Pauselino Latorre, ancien commandant des services de renseignement, ainsi que son neveu Leobardo Latorre, lui-même ancien procureur de l’unité anti-narcotique du Parquet ont été arrêtés en janvier 2008 pour blanchiment d’argent à hauteur d’un million de dollars et association avec les mafias de la drogue. Ils avaient élaboré un système pour envoyer des quantités substantielles de cocaïne (dix tonnes par mois) non seulement aux Etats-Unis mais également en Europe et en Afrique15.

Une réalité différente

Il convient de rappeler certains éléments indispensables au sujet de la problématique du trafic de drogue et de faire la lumière sur la campagne de discrédit lancée par Washington et Bogota contre le Venezuela. En effet, le plus grand producteur de cocaïne et le plus important consommateur de cette substance au monde n’est pas le Venezuela mais la Colombie. Ensuite, les Etats-Unis restent le plus important consommateur de drogues de la planète et n’ont jamais agi contre les institutions financières impliquées dans le blanchiment d’argent en provenance du trafic de drogue16.

L’administration Bush essaye de faire croire au monde que le Venezuela serait devenue la plaque tournante du trafic de drogue dans le monde. Le Département d’Etat a d’ailleurs placé, pour la troisième année consécutive, le pays dans la liste des nations ayant échoué dans la lutte contre le trafic de drogue. Cependant, le rapport mondial sur les drogues des Nations unies de 2007 contredit ces affirmations :

« Les expéditions vers l’Espagne transitent fréquemment, semble-t-il, par le Venezuela, le Brésil et un certain nombre d’autres pays, dont l’Équateur, la République dominicaine, l’Argentine et - c’est là une tendance nouvelle - le Mexique. Depuis deux ou trois ans, toutefois, la principale nouvelle tendance est l’expédition de cocaïne en Afrique de l’Ouest, généralement le long des côtes du Cap-Vert, de la Guinée-Bissau et des îles Canaries, ainsi que dans d’autres pays situés le long du Golfe de Guinée, dont le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Nigeria et, plus à l’ouest, la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria, en vue d’une livraison ultérieure en Europe17 ».

Par ailleurs, le Venezuela est reconnu pour sa lutte active contre le trafic de drogue. Depuis la rupture de la collaboration avec la DEA en 2005, les autorités bolivariennes sont passées de 43,25 tonnes saisies en 2004 à 77,52 tonnes en 2005. Au Venezuela, la DEA s’était rendue coupable d’activités conspiratrices et d’espionnage en faveur de l’opposition putschiste. La DEA a également bafoué à maintes reprises la législation vénézuelienne en procédant à l’arrestation de plusieurs individus, alors qu’il s’agit d’une compétence exclusive des autorités du pays. Caracas avait dénoncé « une flagrante violation de la souveraineté nationale » et une mise « en danger de la sécurité et de la défense de la nation18 ».

Enfin, il est difficile d’accuser les autorités vénézueliennes d’attentisme ou d’immobilisme dans la lutte contre le trafic de drogue. En effet, selon le Bureau national contre les drogues (ONA), en 2007, 57 tonnes de drogues et 53 avions ont été saisis sur le territoire national. Treize laboratoires de production de cocaïne ont été détruits à la frontière colombienne ainsi que 60 pistes d’atterrissage clandestines. En outre, 126 autres pistes sont en passe d’être démantelées. Plus de 178 tonnes de substances chimiques ont été saisies ainsi que 23 immeubles, 25 embarcations, 18 avions, 53 fermes et 106 véhicules utilisés dans cette activité criminelle. Le Venezuela a également procédé à l’extradition de trois individus vers la Colombie en mars et avril 2007, répondant favorablement à une demande du Département administratif de sécurité (DAS) de ce pays. Un citoyen étasunien a également été déporté, suite à une demande de Washington19.

Le Venezuela a investi 480 millions de dollars dans l’installation de radars permettant de contrôler l’espace aérien national, et plus particulièrement la frontière avec la Colombie. Plus de 380 fonctionnaires des services de la sécurité de l’Etat sont employés à plein dans la surveillance des éventuels trafics illicites et l’analyse des images satellites pour détecter les cultures illicites. En décembre 2007, pas moins de 14 survols de la zone frontalière ont été effectués20.

Les institutions internationales telles que les Nations unies, mais également l’Organisation des Etats américains ont salué les efforts vénézueliens dans la lutte contre le trafic la drogue, notamment au niveau de l’utilisation du système interaméricain des données uniformes sur la consommation des drogues, l’application de programmes de prévention, la réalisation d’enquêtes nationales, la création d’un registre national de substances chimiques à contrôler, la promulgation de la loi organique contre le crime organisé, l’éradication systématique des cultures de drogues et la ratification de plusieurs conventions internationales de lutte contre les drogues21.

Ainsi, le rapport 2007 de la Commission interaméricaine pour le contrôle de l’abus de drogues (CICAD) reconnaît les efforts réalisés par le Venezuela. Caracas a également signé 50 accords bilatéraux avec 37 pays concernant la lutte contre le trafic de drogue. Le Bureau national anti-drogues a été distingué pour son efficacité par la plupart des pays de la région et également par des nations telles que l’Espagne, le Royaume-Uni ou les Pays-Bas 22.

Le gouvernement bolivarien a également élaboré une stratégie nationale pour lutter contre le trafic de drogue en construisant trois aéroports à Maracaibo, Margarita et La Guaira qui seront les seuls points d’entrée et de sortie pour les avions privés et permettront ainsi d’exercer un meilleur contrôle du flux aérien. Un système d’identification (IFF) a été mis en place et permet de suivre la trace des avions qui entrent illégalement dans l’espace aérien du pays. Un réseau national anti-drogues a également vu le jour et implique l’ensemble des services sociaux de la nation. Caracas a enfin lancé un plan quinquennal (2008-2013) innovateur pour rendre plus efficace la lutte contre le crime organisé avec notamment un meilleur contrôle des voies maritimes et aériennes23.

Il sied de rappeler que les Etats-Unis, qui prétendent mener une guerre mondiale contre le trafic de substances illicites et qui accusent le Venezuela de manque de coopération dans ce domaine, ont empêché le gouvernement bolivarien d’acquérir des avions espagnols indispensables à la surveillance des frontières, car ces derniers contenaient des composants étasuniens. Washington a également interdit au Brésil de vendre 24 avions Tucanos à Caracas pour les mêmes raisons, alors qu’ils devaient être employés dans la lutte anti-drogues. Enfin, l’administration Bush a décidé de retirer deux radars de surveillance qui se trouvaient sur le sol vénézuelien24.

La double morale de Washington et les menaces de Bogota

Comme cela est aisément constatable, la Maison-Blanche ne dispose guère d’autorité morale pour stigmatiser le Venezuela sur la question de la lutte contre la drogue. La crédibilité de Washington se retrouve fortement ébranlée et c’est la raison pour laquelle les appels du Département d’Etat et de son porte-parole Thomas A. Shannon à reprendre le dialogue à ce sujet avec le Venezuela ne peuvent pas être pris au sérieux25.

De plus, Caracas n’a jamais fait preuve d’ambiguïté à ce sujet et s’est, au contraire, montré très clair : « Le narcotrafic est une activité criminelle aux conséquences immorales et tragiques. Il produit des millions de dollars pour les cartels de la drogue, mais détruit physiquement et moralement des millions d’êtres humains qui peuplent la terre. La lutte contre le narcotrafic est une obligation éthique26 ».

Hugo Chávez a réitéré sa mise en garde contre une éventuelle offensive colombienne contre le Venezuela. Ses soupçons ont de plus été confirmés par les services de renseignements des pays de la région27. Il a annoncé la mise en état d’alerte des forces armées car il « est possible que la Colombie se prête à une action militaire contre le Venezuela mais elle le regretterait pendant cent ans28 ». « J’accuse le gouvernement colombien de conspirer, agissant comme une marionnette de l’empire étasunien, et d’envisager une provocation militaire contre le Venezuela29 ». De son côté, Washington a nié une telle possibilité30.

Lors d’une réunion avec les familles d’otages colombiens, le ministre vénézuelien des Affaires étrangères, Nicolas Maduro, a réitéré son souhait de maintenir des relations cordiales et pacifiques avec la Colombie et à apporter modestement sa contribution en faveur de la libération de tous les otages et de la paix. Les FARC viennent d’ailleurs d’annoncer la libération unilatérale de trois nouvelles personnes31.

La campagne de désinformation lancée par la Maison-Blanche et relayée par Bogota n’a d’autre but que de ternir l’image du gouvernement vénézuelien. En effet, Washington n’accepte pas de voir une nation du sous-continent s’affranchir de sa tutelle et revendiquer son indépendance.

Notes

1 The Associated Press, « Venezuela rechaza acusación de zar antidrogas de EE.UU. », 21 janvier 2008.

2 Agencia Bolivariana de Noticias, « EEUU crea condiciones para generar conflicto entre Venezuela y Colombia », 26 janvier 2008.

3 Agencia Bolivariana de Noticias, « Di Martino : El video es un montaje », 26 janvier 2008.

4 Gonzalo Guillén, « Acusan a Chávez de suministrar balas a las FARC y el ELN », El Nuevo Herald, 21 janvier 2008.

5 The Associated Press / El Nuevo Herald, « Ex jefa antidrogas denuncia apoyo a narcos en Venezuela », 4 février 2008. Voir également The Associated Press / El Nuevo Herald, « Denuncian protección de narcos en Venezuela », 3 février 2008.

6 The Associated Press / El Nuevo Herald, « Chávez : EEUU propicia conflicto armado Colombia-Venezuela », 26 janvier 2008.

7 Ibid.

8 Agencia Bolivariana de Noticias, « EEUU conoce vínculos del presidente de Colombia con el narcetráfico y el paramilitarismo », 23 janvier 2008.

9 Agencia Bolivariana de Noticias, « DEA colabora con narcos y paramilitares en Colombia », 25 janvier 2008.

10 Bill Conroy, « Leaked Memo : Corrupt DEA Agents in ColombiaHelps Narcos and Paramilitaries. Internal Justice Dept. Document Alleges Drug Trafficking Links, Money Laudering and Conspiracy to Murder », The Narco News Bulletin, 9 janvier 2006. http://www.narconews.com/docs/ThomasKentMemo.pdf

11 Ibid.

12 Ibid.

13 Ibid.

14 Ibid.

15 Agencia Bolivariana de Noticias, « General y ex fiscal colombianos arrestados por pertenecer a mafia de la droga », 25 janvier 2008.

16 Agencia Bolivariana de Noticias, « Discurso del Embajador Jorge Valero, Viceministro para América del Norte y Asuntos Multilaterales y Representante Permanente de Venezuela, ante el Consejo Permanente de la OEA », 23 janvier 2008.

17 Office contre la drogue et le crime, 2007, rapport mondial sur les drogues, Nations Unies, 2007, p. 81. http://www.unodc.org/documents/wdr/WDR_2007/wdr2007_french_web.pdf

18 Agencia Bolivariana de Noticias, « Discurso del Embajador Jorge Valero, Viceministro para América del Norte y Asuntos Multilaterales y Representante Permanente de Venezuela, ante el Consejo Permanente de la OEA », op. cit.

19 Ibid.

20 Ibid.

21 Ibid.

22 Ibid.

23 Ibid.

24 Ibid. Voir également : The Associated Press / El Nuevo Herald, « Venezuela instalará nuevos radares para combatir narcotráfico », 24 janvier 2008.

25 Néstor Ikeda, « EEUU invita otra vez a Venezuela a ir al diálogo », The Associated Press / El Nuevo Herald, 23 janvier 2008.

26 Agencia Bolivariana de Noticias, « Discurso del Embajador Jorge Valero, Viceministro para América del Norte y Asuntos Multilaterales y Representante Permanente de Venezuela, ante el Consejo Permanente de la OEA », op. cit.

27 Ibid.

28 Ibid.

29 Jorge Rueda, « Chavez : Colombia Plans ‘Aggression’ », The Associated Press, 26 janvier 2008.

30 The Associated Press / El Nuevo Herald, « Subsecretario de EEUU descarta conflicto armado Venezuela y Colombia », 23 janvier 2008.

31 Agencia Bolivariana de Noticias, « Canciller Maduro reiteró el compromiso del Gobierno de Venezuela con la paz », 5 février 2008.

32 Salim Lamrani est enseignant, écrivain et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il a notamment publié Washington contre Cuba (Pantin : Le Temps des Cerises, 2005), Cuba face à l’Empire (Genève : Timeli, 2006) et Fidel Castro, Cuba et les Etats-Unis (Pantin : Le Temps des Cerises, 2006).

33 Il vient de publier Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008).

Le Journal « Le Monde » et la propagande de guerre états-unienne

Opération « Juste Cause » au Venezuela ?

par Romain Migus

Le quotidien français Le Monde, connu pour se comporter en fidèle relais de la propagande atlantiste, vient de reprendre à son compte les imputations de l’administration Bush contre le gouvernement vénézuélien l’accusant de participer au trafic mondial des drogues. Or, cette affirmation —qui n’est aucunement étayée et qui est contredite par les rapports de l’ONU— est un classique de Washington pour justifier d’opérations militaires.

31 JANVIER 2008

Depuis Caracas (Venezuela)

L’homme d’affaires et trafiquant de drogues Walter Del Nogal (à gauche) a réussi à se faire photographier à l’issue d’une réunion publique avec la maire chaviste de Caracas (de face en cravate), Juan Barreto. Une photo qui suffit à l’administration Bush et au Monde pour conclure qu’Hugo Chavez est impliqué dans le narco-trafic.

Le 8 août 2005, le gouvernement vénézuélien mettait fin à la collaboration qu’entretenaient ses services de lutte contre les drogues avec leurs homologues états-uniens de la Drug Enforcement Administration (DEA). La raison invoquée : les agents nord-américains passaient le plus clair de leur temps à des activités d’espionnage au lieu de la dite coopération. La DEA possédait notamment des bureaux au sein même du Bureau National Antidrogue vénézuélien (ONA, en espagnol), auxquels le propre directeur de l’ONA n’avait pas accès. Cette rupture avec la DEA n’isole pas le Venezuela dans la lutte anti-drogues puisque ce pays maintient 50 accords internationaux dans ce domaine avec 37 pays, la plupart européens [1].

Mais dès l’expulsion de la DEA, le problème de santé publique mondiale que représente la lutte contre le trafic des drogues allait se transformer au Venezuela en un thème récurrent de la guerre politico-médiatique.

Sans la DEA, les résultats s’améliorent

Et pourtant, sans les financements et la coopération états-unienne, le Venezuela allait rapidement afficher des résultats surprenants. Alors que les services vénézuéliens avaient saisi 43 tonnes de cocaïne en 2004, grâce à la collaboration de la DEA, ce chiffre allait augmenter à 77,5 tonnes en 2005 alors que la DEA était expulsée. Malgré une légère baisse en 2007 à 57,5 tonnes, les saisies de cocaïne au Venezuela restent largement supérieures à celles pratiquées avec la collaboration de l’agence états-unienne [2]. Selon l’ONU, depuis l’expulsion de la DEA, le Venezuela est depuis trois années consécutives le troisième pays comptabilisant les plus fortes saisies de cocaïne au monde. De nombreux parrains des drogues ont été arrêtés au Venezuela dans cette même période et certains ont été remis aux autorités colombiennes. De manière générale, le gouvernement vénézuélien a mis sous les verrous 4 000 trafiquants, ainsi que 68 fonctionnaires de police accusés de collaborer avec le crime organisé. Pour l’année 2007, le Venezuela a fermé 12 laboratoires clandestins qui produisaient jusqu’à 1 tonne de cocaïne par jour.

Le rapport mondial sur les drogues de l’ONU pour 2007 rappelle quelques chiffres éclairants. Le plus grand producteur de cocaïne est la Colombie avec 62 % de la production mondiale [3], le plus grand producteur d’opium au monde est l’Afghanistan qui concentre 92 % de la production [4]. Ces deux pays comptent sur une présence massive de l’armée des États-unis sur leur territoire, par le Plan Colombie pour l’un et l’occupation « Liberté Immuable » pour l’autre. Malgré l’occupation militaire états-unienne, le rapport de l’ONU nous enseigne que les résultats en matière de lutte anti-drogue dans ces pays sont catastrophiques. Pire, dans le cas de l’Afghanistan, la production a même augmenté entre 2005 et 2006.

En ce qui concerne la consommation, les États-Unis sont de très loin le plus grand consommateur mondial de drogues. À titre d’exemple, la ville de New York a une consommation de cocaïne par habitant près de 12 fois supérieure à celle de la ville de Paris. [5]

50 % de la cocaïne présente sur le territoire états-unien entrent par la côte Pacifique et 38 % entrent en longeant le littoral des pays d’Amérique centrale [6]. Autrement dit, 88 % de la cocaïne présente aux États-Unis ne transitent pas, selon l’ONU, par le Venezuela.

Le retour rapide sur les chiffres de la lutte contre les drogues au Venezuela nous semble nécessaire pour saisir l’ampleur d’un récent article du Monde, faisant du gouvernement vénézuélien un complice du trafic de drogue [7] . On y apprend qu’un homme d’affaire vénézuélien, Walter Del Nogal, est en passe d’être condamné en Italie pour trafic de drogue. Mais l’article précise que Del Nogal est réputé proche du gouvernement vénézuélien dont il aurait financé les campagnes de plusieurs élus, en jetant même le doute sur le président Chavez.

L’affaire Del Nogal

Revenons sur les faits. Del Nogal est arrêté à Palerme en septembre 2007. Le 4 octobre, le procureur général de la République bolivarienne du Venezuela, Isaias Rodriguez, rappelle que deux procureurs vénézuéliens enquêtaient déjà sur Del Nogal avant que ce dernier soit appréhendé en Italie [8]. Il souligne aussi que les autorités judiciaires vénézuéliennes ont offert leur coopération à l’enquête des juges italiens. Le 15 octobre, tous les biens, avoirs, sociétés, jets privés, voitures et immeubles appartenant à Del Nogal ont été saisis par la justice vénézuélienne et mis à la disposition de la ONA, comme le rappelle Le Monde. Quant aux accusations du quotidien du soir révélant une photo de Del Nogal (à gauche sur le cliché) avec le maire de l’agglomération de Caracas, Juan Barreto (de face, avec cravate, sur le cliché), ce dernier s’en est expliqué. Il s’agissait d’une réunion de membres de son parti politique avec de nombreux entrepreneurs afin de solliciter des fonds pour leurs campagnes électorales, ce qui est légal au Venezuela. De nombreuses photos ont été prises ce soir-là, des personnalités politiques s’affichant avec de nombreux entrepreneurs vénézuéliens, parmi eux Walter Del Nogal dont personne ne connaissait à l’époque les activités illégales.
Quant à l’opposant social-démocrate Julio Montoya, cité par Le Monde, le maire Juan Barreto l’a menacé de porter plainte pour diffamation si celui-ci n’apportait pas des preuves formelles du lien supposé du maire de Caracas avec le trafic de drogue. Devant l’incapacité de Montoya d’apporter plus que la photo prise durant la soirée avec les entrepreneurs, les accusations ont cessé.

Du moins au Venezuela, puisque Le Monde revient à la charge, sans apporter de preuves supplémentaires. La suspicion est même lancée non seulement sur le maire de Caracas mais aussi sur des responsables du gouvernement ainsi que sur le propre président de la république, Hugo Chavez.

Ce journalisme d’imputation est habituel lorsqu’il s’agit du Venezuela. Mais on peut se demander pourquoi Le Monde et Paolo A. Paranagua, normalement si rapides à se lancer dans le lynchage médiatique et la désinformation sur le Venezuela, ont décidé de ne parler que maintenant d’une affaire qui a pourtant commencé, il y a plus de quatre mois. Qu’est ce qui les a motivé pour revenir sur un fait qui appartient désormais plus à la justice qu’à l’information en temps réels ?

Vers une opération « Juste Cause » au Venezuela ?

Le 20 janvier 2007, lors d’une visite en Colombie, le directeur du Bureau de la politique de contrôle des drogues de la Maison-Blanche —qui a rang de ministre et gère un budget de 19 milliards de dollars—, John P. Walters, a déclaré « qu’Hugo Chavez est en train de devenir un important facilitateur du trafic de cocaïne vers l’Europe et d’autres régions de l’hémisphère », comprendre les États-Unis.

Immédiatement, les media commerciaux vénézuéliens vont se faire l’écho des propos de Walters, d’autant plus qu’ils interviennent peu après la demande d’Hugo Chavez de considérer la FARC comme un groupe belligérant et non comme des « narco-terroristes ». L’intention de Walters est facilement compréhensible. Il s’agit d’accuser Hugo Chavez de collusion avec le trafic de drogue international. Cette accusation fut la pierre angulaire médiatique qui avait légitimé l’intervention des États-Unis au Panama en 1989, et dans une moindre mesure l’invasion de l’Afghanistan en 2001 (en plus du terrorisme). Ce fut aussi la raison invoquée pour la mise en place du Plan Colombie et le renforcement de l’aide militaire au gouvernement colombien dans sa guerre contre la guérilla. En bref, c’est une puissante arme dans la propagande de guerre préalable à toute intervention militaire.

Or comme nous l’avons vu, l’affirmation de John Walters est contredite par les faits. Autant le Rapport Mondial sur les Drogues de l’ONU, que le Mécanisme d’évaluation multilatéral de l’Organisation des États américains soulignent les excellents résultats du Venezuela dans la lutte anti-drogue.

La déclaration de John Walters va être démentie par le président du Bureau national anti-drogue vénézuélien, par l’ambassadeur du Venezuela à l’Organisation des États américains, par l’Assemblée nationale vénézuélienne, et par le président Chavez.

Qu’importe que le gouvernement vénézuélien et les organismes multilatéraux prétendent le contraire, les déclarations de John Walters ont pour but de créer l’illusion dans l’opinion publique mondiale que le gouvernement vénézuélien est lié au trafic des drogues en vue de légitimer les pires atrocités.

Pourquoi donc, quatre mois après les faits, le journal Le Monde et Paolo A. Paranagua décident de ressortir un fait divers pour peu qu’il concorde avec une énième offensive des États-Unis contre le Venezuela ?

Qui sommes nous pour le quotidien du soir et pour Paolo A. Paranagua ? Des lecteurs dignes d’une information objective ou de simples cibles de la propagande de guerre états-unienne ?

Rappelons que les statuts de l’Alliance atlantique, modifiés lors du cinquantenaire de l’Organisation, autorisent désormais les forces de l’OTAN à participer à des opérations militaires hors de leur zone géographique dans le cadre de la « guerre mondiale contre les drogues ».
Documents joints

World Drug Report 2007, Nations Unies.
(PDF - 7.3 Mo)

Romain Migus pour Voltairenet.org

[1] Conférence de presse de Nelson Reverol, président de l’ONA, Caracas, 22 janvier 2008.

[2] « Le Venezuela doute du professionnalisme de l’agence anti-drogue américaine », Xinhua, 23 janvier 2008.

[3] 2007 World Drug Report, United Nations Office on Drugs and Crime, p. 44.

[4] 2007 World Drug Report, United Nations Office on Drugs and Crime, p. 69.

[5] 2007 World Drug Report, United Nations Office on Drugs and Crime, p. 272.

[6] 2007 World Drug Report, United Nations Office on Drugs and Crime, p. 175.

[7] « Un homme d’affaires proche du pouvoir vénézuélien impliqué dans le trafic de drogue en Sicile », par Jean-Jacques Bozonnet et Paulo A. Paranagua, Le Monde, 29 janvier 2008.

[8] « Venezuela solicitó información a Italia sobre detención de empresario del Nogal », Agencia bolivariana de noticias, 5 octobre 2007.