Plus de cinquante ans de « coups tordus » : L’équipe de choc de la CIA

Si l’on a retenu la présence massive de Cubains de l’exil dans la tentative d’invasion de la baie des Cochons en 1961, on connaît moins leur rôle dans les opérations ultérieures de la Central Intelligence Agency (CIA). Du Chili au Nicaragua en passant par le Vietnam, à travers coups d’Etat, assassinats de dirigeants, trafics d’armes et de drogue, ils ont été l’un des instruments les plus secrets et les plus meurtriers de la politique étrangère américaine.


John Negroponte, ex-ambassadeur et protecteur des escadrons de la mort au Honduras,
ex-ambassadeur en Irak, ex-directeur du renseignement national US…

« Notre seul délit a été de nous donner nos propres lois, notre crime a été de les appliquer à l’United Fruit. » Elu président du Guatemala en 1951, Jacobo Arbenz, entre autres mesures progressistes, promulgue une réforme agraire. Le 4 mars 1953, il exproprie partiellement la compagnie bananière américaine United Fruit, la privant de 84 000 hectares sur 234 000. Les 17 et 18 juin 1954, une armée mercenaire venue du Nicaragua et du Honduras pénètre au Guatemala et, le 27 juin, renverse Arbenz. Le secrétaire d’Etat américain John Foster Dulles et son frère Allen, directeur de la Central Intelligence Agency (CIA), sont alors tous deux actionnaires de l’United Fruit ! L’opération — nom de code PB/Success — a bénéficié de la participation active d’une « équipe de choc » de la CIA qui va traverser les décennies.

Venant après le renversement en Iran du dirigeant nationaliste Mohammad Mossadegh, le 19 août 1953, PB/Success fait à la CIA une réputation d’invincibilité et devient un modèle pour ses opérations clandestines dans le monde entier. En mars 1960, le président Dwight Eisenhower donne son feu vert à une nouvelle action destinée, cette fois, à déstabiliser Cuba, où la révolution a triomphé le 1er janvier 1959. La plupart des agents qui ont participé au renversement d’Arbenz se retrouvent responsables du « projet Cuba ». Il s’agit notamment, et à leur tête, de Richard Bissell, numéro deux de la CIA ; de Tracy Barnes, qui assume la constitution de la Cuban Task Force ; de David Atlee Phillips, responsable de la guerre psychologique ; de Howard Hunt, chargé de former le « gouvernement cubain provisoire ». Deux jeunes gens se joignent au groupe : M. Porter Goss, officier du contre-espionnage de l’armée, et M. George Herbert Walker Bush (1). Ce dernier aide à « recruter des exilés cubains pour l’armée d’invasion de la CIA (2) ».

Le 17 avril 1961, les quelque mille cinq cents hommes de cette armée, la brigade 2506, débarquent dans la baie des Cochons. Après leur défaite, en moins de soixante-dix heures, les numéros un et deux de la CIA, Dulles et Bissell, doivent démissionner.

Ulcéré par cette déroute, le président John F. Kennedy octroie un pouvoir exorbitant à l’Agence, décision qui affectera les affaires du monde pendant longtemps (3). Ministre de la justice et frère du président, Robert Kennedy supervise une nouvelle agression contre Cuba. Miami devient l’épicentre de la plus grande opération paramilitaire — JM/WAVE — jamais montée sur le sol américain. A sa tête, Theodore « Ted » Shackley et M. Thomas « Tom » Clines. Le groupe reçoit notamment le renfort du général Edward Lansdale, arrivé d’Indochine, où il a travaillé avec les services secrets français impliqués dans la guerre coloniale ; de M. Richard Secord, officier de l’US Air Force ; et de David Sánchez Morales, officier du contre-espionnage de l’armée.

Formés à la contre-guérilla

Lorsque, le 14 octobre 1962, éclate la « crise des fusées », Washington exige que les missiles balistiques installés par l’Union soviétique à Cuba soient retirés. Moscou cède, à condition que les Etats-Unis s’engagent à ne pas envahir l’île (et à renoncer à leurs propres missiles en Turquie). Kennedy accepte et ordonne de démanteler JM/WAVE.

La révolution cubaine n’en amène pas moins Washington à modifier radicalement sa stratégie de sécurité régionale. La restructuration des armées latino-américaines commence, et un centre d’entraînement et d’endoctrinement — l’Ecole des Amériques — voit le jour dans la zone américaine du canal de Panamá. Lorsque Kennedy est assassiné, le 22 novembre 1963, à Dallas (Texas), sa doctrine de sécurité nationale est déjà en place. Le renversement du président brésilien João Goulart, le 31 mars 1964, donne le signal d’une série de coups d’Etat et marque le début des disparitions et tortures d’opposants politiques, de façon massive et sophistiquée.

Cette nouvelle stratégie ne peut négliger l’expérience des agents cubains de la JM/WAVE, ni celle de certains des mille cent quatre-vingt-neuf hommes capturés lors de la tentative d’invasion de la baie des Cochons et de retour aux Etats-Unis en décembre 1962 (4). Environ trois cents d’entre eux, quasiment tous cubains (puis, dans la plupart des cas, cubano-américains par l’obtention de la nationalité du pays d’accueil), reçoivent une formation d’officier dans les académies d’opérations spéciales de Fort Benning (Georgie), Fort Mayers (Floride), Fort Peary (Virginie), etc. D’autres sont envoyés à Fort Gulick (Ecole des Amériques), pour être formés à la contre-guérilla. Ils s’appellent José Basulto, Jorge Mas Canosa (5), Francisco « Pepe » Hernández (6), Luis Posada Carriles, Félix Rodríguez Mendigutía, etc. Censés ne jamais émerger de l’anonymat, leurs noms défraieront bientôt régulièrement la chronique. « L’Amérique du Sud sera le “Far West” où ils tiendront le rôle de pionniers (7) » ; et, par leurs actions clandestines, ils « brilleront » même bien au-delà.

Par exemple, dans l’ex-colonie belge du Congo. Ils y débarquent fin 1962 pour fournir, entre autres, un soutien aérien aux forces du futur dictateur Joseph-Désiré Mobutu. Les avions appartiennent à Air America, compagnie récemment constituée et propriété de la CIA. Au sol, les hommes constituent la compagnie 58, chargée de pister et de poursuivre, sans succès, Ernesto Che Guevara et un petit groupe de révolutionnaires cubains. A la demande de Laurent-Désiré Kabila, le Che est en effet arrivé fin avril pour conseiller en techniques de guérilla ceux qui combattaient Mobutu (8).

Cette équipe de choc se renforce définitivement au Vietnam. Elle reprend et développe les méthodes des forces spéciales françaises vaincues, en finançant des opérations sales avec l’argent du trafic d’opium laotien et birman (là encore avec les avions d’Air America). On retrouve les hommes de JM/WAVE : Shackley, Clines, Sánchez Morales, Secord, « Ed » Dearborn, Rodríguez Mendigutía, en compagnie de M. Donald Gregg, inspecteur des agents de la CIA ; de M. John Dimitri Negroponte, « conseiller politique » de toute l’opération ; du général John Singlaub, ancien chef de la CIA en Corée ; de Lansdale, chargé des opérations depuis le Pentagone ; et de M. Oliver North, du service de renseignement de l’US Navy. En 1968, William (« Bill ») Colby est envoyé sur place pour diriger l’Accelerated Pacification Campaign (nom de code : Phoenix). Objectif : terroriser la population civile afin de neutraliser la résistance vietnamienne. En presque quatre ans, environ quarante mille suspects seront tués.

C’est toutefois sur un autre continent que l’équipe va connaître son succès le plus spectaculaire. En mars 1967, parmi la vingtaine d’hommes des forces spéciales américaines qui débarquent en Bolivie pour poursuivre Che Guevara, figure le Cubain Rodríguez Mendigutía. Lorsque le Che, blessé, est capturé le 8 octobre 1967, c’est lui qui transmet l’ordre de le tuer.

Trois ans plus tard néanmoins, la CIA ne peut éviter l’élection du socialiste Salvador Allende à la présidence du Chili. Richard Nixon ordonne à l’Agence d’empêcher son entrée en fonctions. L’équipe envoyée sur place échoue, mais parvient à assassiner le commandant en chef des forces armées, le général René Schneider, loyal à Allende. Son successeur s’appellera Augusto Pinochet. De nouveau, Phillips et Sánchez Morales figurent parmi les responsables des opérations sur le terrain. Devenu chef de la direction de l’Hémisphère occidental de la CIA grâce à son travail sur Cuba et au Vietnam, Shackley est chargé de la déstabilisation du gouvernement. Il nomme Clines pour qu’il se concentre sur le « cas Allende (9) ». Sous-directeur des opérations spéciales, Colby chapeaute l’ensemble. L’organisation de la campagne internationale de diffamation contre le gouvernement Allende incombe à l’ambassadeur américain auprès de l’Organisation des Nations unies (ONU) : M. Bush.

Allende éliminé en septembre 1973, Pinochet au pouvoir, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si… La CIA devient un objet de scandale et voit ses ailes rognées, une bonne partie de ses crimes étant révélée par la presse et par les commissions d’enquête parlementaires Church (10) et Rockefeller (11). Qu’à cela ne tienne. L’Agence « délègue » une bonne partie de ses actions aux services avec lesquels elle collabore dans le cadre de l’opération « Condor » (12) et à ses agents cubains du Commando d’organisations révolutionnaires unies (CORU). Celui-ci a été fondé en République dominicaine, en mai 1976, sur instructions de la CIA, dirigée du 30 janvier 1976 au 20 janvier 1977 par M. Bush.

A la tête du CORU, dont le financement provient surtout du trafic de drogue (13), se trouvent MM. Orlando Bosch et Posada Carriles. Depuis Caracas (Venezuela), ils organisent l’attentat qui, le 6 octobre 1976, détruit en vol un avion de la Cubana de Aviación (soixante-treize morts). Mais, peut-être parce qu’il a été commis en plein Washington, le crime du binôme Condor-CORU qui causera le plus d’émoi sera, le 21 septembre, l’assassinat de l’ex-ministre des affaires étrangères d’Allende, Orlando Letelier.

Parmi les cinq hommes ultérieurement détenus figurent trois vétérans du « projet Cuba ». La CIA de M. Bush fait son possible pour entraver l’enquête et occulter les preuves. Devenu président, le même Bush amnistiera les coupables, lesquels n’auront passé que quelques années en prison. L’un d’entre eux, M. Guillermo Novo Sampol, sera arrêté au Panamá, le 17 novembre 2000, en compagnie de M. Posada Carriles, alors qu’ils préparent un attentat à la bombe contre M. Fidel Castro, en visite dans ce pays. Condamnés à huit ans de prison le 20 avril 2004, ils seront amnistiés le 25 août suivant par la présidente panaméenne Mireya Moscoso, grande amie des Etats-Unis.

Drogue contre armes

Entre-temps, la guerre de basse intensité de Washington contre le Nicaragua a réuni la plupart de ces agents. Le vice-président Bush supervise les opérations, tandis que MM. Gregg et North, ancien du Vietnam, dirigent le complot. Ambassadeur des Etats-Unis au Honduras — on l’y appelle « le proconsul » —, M. Negroponte transforme ce pays en une plate-forme militaire d’agression, tandis que les escadrons de la mort de l’armée hondurienne — le bataillon 3-16 — répriment l’opposition. Passé de la Bolivie aux rizières asiatiques puis au Salvador, M. Rodríguez Mendigutía ravitaille les contre-révolutionnaires nicaraguayens (la contra) — assisté par M. Posada Carriles (et par M. Basulto en territoire nicaraguayen). Pour lui confier cette mission, la CIA et les milieux anticastristes de Miami ont organisé l’évasion (août 1985) de M. Posada Carriles de la prison vénézuélienne où il avait été incarcéré après l’attentat contre l’appareil de la Cubana de Aviación.

Tout soutien financier aux contras ayant été interdit par le Congrès américain, le vice-président Bush récolte des fonds tous azimuts et par tous les moyens. La vente illégale d’armes à l’Iran, par l’intermédiaire d’Israël, débouchera en 1986 sur le scandale de l’« Iran-contragate ». M. Bush devenu président, la commission du Sénat dirigée par M. John Kerry démontrera l’existence d’une alliance entre la CIA et la mafia colombienne (14). Au Costa Rica, en juillet 1989, MM. North et Secord, entre autres membres des cercles du pouvoir américain, seront formellement accusés d’être responsables du réseau « drogue contre armes » organisé dans ce pays pendant la guerre antisandiniste…

Epurée par le président James Carter à la mi-août 1978, régulièrement mise en cause par des commissions d’enquête officielles ou la déclassification de ses archives (en particulier sous l’administration de M. William Clinton), la CIA, depuis sa naissance en juillet 1947, a certes connu des hauts et des bas. Toutefois, tous ceux qui ont participé aux actions clandestines du groupe de choc constitué en 1954 et élargi au fil des années ont bénéficié d’une constante : l’impunité. Pour n’en citer que quelques-uns, MM. Posada Carriles et Bosch vivent en liberté à Miami. M. Rodríguez Mendigutía, qui fit exécuter le Che, réside dans cette même ville, où il dirige une entreprise de conseil en sécurité. Après avoir été le premier ambassadeur des Etats-Unis en « Irak libéré », puis avoir passé vingt mois comme super-patron des services de renseignement américains, M. Negroponte est devenu numéro deux du département d’Etat en janvier 2007. Quant à M. Porter Goss, présent dans le « projet Cuba » dès 1960, il fut directeur de la CIA de septembre 2004 à mai 2006.
 

Par HERNANDO CALVO OSPINA, publié sur Le Grand Soir, le 23 juin 2009

HERNANDO CALVO OSPINA est journaliste. Auteur de Sur un air de Cuba, Le Temps des cerises, Pantin, 2005, de Rhum Bacardi. CIA, Cuba et mondialisation, EPO, Bruxelles, 2000, et de Colombie. Derrière le rideau de fumée. Histoire du terrorisme d’Etat, Le Temps des cerises, Pantin, 2008.


Notes :

(1) Il ne sera question dans cet article que de M. George Bush père.

(2) Common Cause, Washington DC, 4 mars 1990.

(3) William Colby, Trente Ans de CIA, Presses de la Renaissance, Paris, 1978.

(4) Ils ont été échangés par Cuba contre 54 millions de dollars d’aliments et de médicaments.

(5) Futur président de la Fondation nationale cubano-américaine (FNCA), principale organisation anticastriste basée à Miami, qu’il dirigera jusqu’à sa mort en novembre 1997. La FNCA a été impliquée, entre autres, dans la vague d’attentats qui a affecté La Havane en 1997.

(6) Actuel président de la FNCA.

(7) Jean-Pierre Gillet, Les Bérets verts. Les commandos de la CIA, Albin Michel, Paris, 1981.

(8) Le Che et ses hommes se retireront en novembre 1965.

(9) David Corn, Blond Ghost : Ted Shackley and the CIA’s Crusades, Simon & Schuster, New York, 1994.

(10) Congrès américain, « Select committee to study governmental operations with respect to intelligence activities », 1976.

(11) Publié le 10 juin 1975, sous la présidence de Gerald Ford (1974-1977), le rapport Rockefeller accuse la CIA d’activités illégales « depuis vingt ans ». Les anciens présidents Lyndon Johnson (1963-1969) et Nixon (1969-1974) sont mis en cause.

(12) Coopération des services secrets des dictatures du sud du continent pour la répression et l’assassinat des opposants politiques.

(13) Peter Dale Scott et Jonathan Marshall, Cocaine Politics. Drugs, Armies, and the CIA in Central America, University of California Press, Los Angeles, 1991.

(14) Ibid.

Afghanistan – Pakistan: Le trou noir de l’Empire

 Pourquoi Bush est allé en Afghanistan. Pourquoi Obama y va aussi. Les routes du gaz et du pétrole. Les causes de la remontée des Talibans et de l’effondrement de Karzaï. Qui profite de l’opium ? Pourquoi le Pakistan voisin risque d’éclater.

Interview de Mohamed Hassan, spécialiste du Moyen-Orient par Grégoire Lalieu et Michel Collon

 

Est-il possible de gagner la guerre en Afghanistan? Non, répondent les experts. Pourtant, l’Otan poursuit ses efforts pour venir à bout des Talibans et c’est le Pakistan qui s’embrase. Quelles sont les véritables raisons de cette guerre ? Les visées hégémoniques des Etats-Unis plongeront-elles la région dans le chaos ? Dans ce nouveau chapitre de notre série « Comprendre le monde musulman », Mohamed Hassan répond à ces questions. Et il nous explique pourquoi c’est au peuple du Pakistan de sauver son pays d’une possible disparition…

En 2001, les Etats-Unis lançaient l’opération « Enduring Freedom » en Afghanistan car, selon eux, les Talibans refusaient de céder Oussama Ben Laden. Sept ans plus tard, plus personne ne parle de l’ennemi public numéro un. Quelles sont les raisons de cette guerre aujourd’hui?

Tout d’abord, vous devez considérer que les Talibans n’ont rien à voir avec Oussama Ben Laden. En 1996, Ben Laden, renvoyé d’Arabie Saoudite, trouvait refuge au Soudan. Les Saoudiens firent alors pression sur ce pays pour qu’il expulse le célèbre terroriste. C’est à ce moment que Ben Laden est venu en Afghanistan. Mais les attentats du 11 septembre n’avaient aucun rapport avec ce pays. Il y a juste cette réaction des Talibans lorsque Washington réclama Ben Laden : « Si vous voulez que Ben Laden soit jugé, donnez-nous les preuves et laissons-le juger par une cour islamique dans quelque pays musulman que ce soit ». En fait, les néoconservateurs de l’administration Bush ont surtout utilisé cet événement tragique comme un alibi.

Avec quelles intentions?

Trois ouvrages majeurs nous permettent de comprendre les racines de la vision des Etats-Unis. D’abord, La fin de l’Histoire de Francis Fukuyama. Il prétendait que l’Histoire de l’humanité était arrivée à son terme avec l’effondrement de l’Union soviétique et la domination de la démocratie libérale. Ensuite, Le choc des civilisations, de Samuel Huntington. Selon qui l’Histoire ne dépendrait pas de la lutte des classes mais plutôt d’un conflit entre civilisations. Huntington a donc divisé le monde entre ces différentes civilisations, décrétant que la plus agressive serait l’islamique. Le dernier ouvrage, Le grand échiquier de Zbigniew Brzezinski, considère que celui qui dominera l’Eurasie sera l’unique puissance du 21ème siècle. En effet, la majorité de l’humanité vit dans cette zone et l’activité économique y devient plus importante.
A présent, retournons à la fin de l’administration Clinton. L’année 1997 a été marquée par une sérieuse crise économique : avec l’éclatement de la bulle financière en Asie, le NASDAQ s’est effondré. Lorsque les néoconservateurs ont débarqué à la Maison Blanche avec Georges W. Bush en 2001, la situation économique n’était donc pas brillante. Malgré quoi, ils ont exposé leur objectif très clairement : personne ne doit être capable de rivaliser avec les Etats-Unis. Pour y arriver, la nouvelle administration cherchait à contrôler le monde en contrôlant les ressources les plus importantes, essentiellement le gaz et le pétrole.
Sous l’influence de Brzezinski, Clinton voulait d’abord dominer l’Europe en élargissant l’Otan, et ensuite gagner l’Asie Centrale. Mais les néoconservateurs ont dit : « Non, nous n’avons pas le temps pour cela. Vu cette crise, nous devons créer et contrôler le Grand Moyen-Orient pour disposer du pétrole ». On sent ce changement dans le discours de Bush après les attentats du 11 septembre lorsqu’il dit : « Vous êtes avec nous ou contre nous ». Avec sa conception de l’Axe du Mal, il voulait élargir la guerre.
La guerre d’Afghanistan – qui pour la première fois dans l’Histoire a été planifiée par la CIA sans la collaboration du Pentagone – n’était donc qu’un prétexte pour entraîner les troupes US et leur donner l’expérience nécessaire pour ensuite attaquer l’Irak. Vous devez savoir que le renversement de Saddam Hussein était planifié bien avant les attentats du 11 septembre. 

Obama veut incarner le changement. Pourquoi concentre-t-il les efforts militaires en Afghanistan au lieu de l’Irak ?

D’abord, la guerre en Irak a soulevé des difficultés non prévues. Le gouvernement US pensait que c’était la cible la plus facile, car Saddam Hussein ne disposait pas d’une grande armée et une large partie de la population irakienne détestait son régime. Il n’aura fallu que quelques jours, du 20 mars au 10 avril 2003, pour que les Etats-Unis prennent Bagdad. Ensuite, ils ont uniquement protégé l’industrie pétrolière et laissé tout le reste exploser. Paul Bremer, le gouverneur US d’Irak, a détruit les bases de l’ancien régime irakien, démobilisé la police et la structure de l’armée. A ce moment, la résistance a augmenté, et aussi le coût de l’occupation US : huit milliards de dollars chaque mois, (auxquels vous pouviez ajouter un milliard et demi pour l’Afghanistan) ! Durant huit ans, l’administration néoconservatrice a dépensé tout son argent dans cette guerre, sans aucun résultat : ils ne sont parvenus ni à pacifier le pays, ni à créer le gouvernement qu’ils voulaient, ni à obtenir une base populaire, ni à contrôler le pétrole.
Lorsque la résistance irakienne a révélé la faiblesse de l’impérialisme US et son incapacité à remporter le conflit, le peuple des Etats-Unis est devenu plus attentif sur le plan politique. Le manque de soutien de l’opinion publique pour cette guerre a donc aussi poussé Obama à ce changement. D’autant que sur la scène internationale, cette guerre ne faisait pas l’unanimité : la France, l’Allemagne et d’autres pays ont refusé de partir en Irak. Bref, la décision d’Obama est aussi un moyen de maintenir l’alliance de l’Otan. Mais une défaite en Afghanistan pourrait marquer la fin de celle-ci.

Les Talibans n’ont pas toujours été les ennemis des Etats-Unis. L’ancienne secrétaire d’Etat US Madeleine Albright avait salué leur arrivée au pouvoir en 1996 comme un « pas positif ». Il semble même que ce pas ait été encouragé. Ce que l’ancienne ministre pakistanaise Benazir Bhutto résumait ainsi : « L’idée était anglaise, le financement saoudien, la supervision pakistanaise et l’armement américain ».  

A la fin des années 70, les Soviétiques vinrent en Afghanistan pour soutenir le gouvernement révolutionnaire menacé par des combats internes. Brzezinski, conseiller du président Carter, entreprit de faire de l’Afghanistan le Vietnam des Soviétiques pour porter ainsi un coup fatal à l’influence du socialisme dans la région. Pour combattre l’Union Soviétique et le gouvernement révolutionnaire d’Afghanistan, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite soutinrent donc les moudjahidines par l’intermédiaire du Pakistan. Quand l’Armée rouge quitta l’Afghanistan en 1989, les Etats-Unis savaient que les Soviétiques traversaient une sérieuse crise. Ayant atteint leur but, ils se lavèrent les mains et quittèrent la région qui se trouva plongée dans le chaos. En fait, Washington a utilisé les moudjahidines comme un préservatif : quand ils n’étaient plus d’aucune utilité, ils les ont jetés. Qui en a souffert ? Les peuples d’Afghanistan et du Pakistan.
En effet, lorsque les services secrets pakistanais ont soutenu les moudjahidines pour combattre les communistes, ils n’ont pas unifié ce mouvement, mais ont soutenu chaque seigneur de guerre séparément. Une fois les Etats-Unis partis, une sévère compétition a opposé les seigneurs de guerre afghans. Le pays a été totalement détruit par cette guerre civile. Des millions de réfugiés ont fui vers le Pakistan, alors touché lui-même par une grave crise, son économie déclinant avec l’arrivée de nombreux Afghans et barons de la drogue.
Dans ce contexte, apparurent les Talibans, des étudiants issus de la plus jeune génération de ces réfugiés. Leur arrivée au pouvoir offrait une opportunité aux Etats-Unis et au Pakistan. Mais en fait, ces trois acteurs avaient chacun des intérêts très différents.

C’est-à-dire ?

Le Pakistan, lorsque les pays d’Asie centrale sont devenus indépendants, a réalisé que son principal ennemi, l’Inde, était fort, alors que lui-même se trouvait en position délicate. La bourgeoisie pakistanaise décida, pour se développer économiquement et concurrencer l’Inde, d’utiliser l’Afghanistan comme porte d’accès aux marchés d’Asie centrale. Elle favorisa donc l’accès au pouvoir des Talibans en Afghanistan.
L’intérêt des Etats-Unis était de contrôler et dominer les richesses d’Asie centrale. La compagnie pétrolière US Unocal voulait construire un pipeline dans la région. Mais pour cela, il fallait que l’Afghanistan soit pacifié.
Enfin, l’intérêt des Talibans était de pacifier le pays et d’instaurer une révolution islamique. Ce qui rencontrait les intérêts de l’Arabie Saoudite qui souhaitait exporter l’idéologie islamique en Asie centrale, afin d’affaiblir la Russie et de contrôler le gaz dans cette région.
Appuyés donc par des puissances étrangères, les Talibans ont combattu les seigneurs de guerre et pris le pouvoir. Fatigué, le peuple d’Afghanistan voulait la paix. Les Talibans furent bien accueillis.

Finalement, ce plan n’a pas marché : les Etats-Unis n’ont pas réussi à pacifier la région, le Pakistan n’a pu s’ouvrir un accès au marché de l’Asie centrale et les Talibans ont été renversés. Pourquoi ?

L’Afghanistan comporte différents groupes ethniques. Le plus représenté est celui des Pachtounes : presque 50% de la population. Ensuite, il y a les Tadjiks, les Hazaras et les Kazakhs autour desquels la rivalité entre les seigneurs de guerre s’articule. Enfin, il y a d’autres minorités. Les Talibans sont Pachtounes. Un trait caractéristique de ce groupe est qu’ils sont très indépendants ! Les Etats-Unis et le Pakistan voulaient les utiliser comme des mercenaires, mais les Talibans avaient leur propre vision des choses. De plus, les Pachtounes ne reconnaissent pas la frontière séparant Afghanistan et Pakistan.

Pourquoi ?

Retournons au 19ème siècle, quand l’Inde était la précieuse colonie de l’Empire britannique, qu’inquiétait l’expansion des Russes en Asie centrale. Pour protéger leur colonie, les Britanniques souhaitaient utiliser l’Afghanistan. Cela a débouché sur trois guerres anglo-afghanes. Ce qui nous intéresse particulièrement est un résultat de la seconde guerre : en 1893, le gouverneur d’Inde, Sir Durand, traça une ligne dans le territoire pachtoune, afin de protéger sa colonie en créant une zone tampon entre l’Afghanistan et l’Inde britannique. Cette ligne est la frontière actuelle entre l’Afghanistan et le Pakistan. C’est pourquoi beaucoup de Pachtounes ne reconnaissent pas l’existence du Pakistan. Quand ce pays est devenu indépendant, le seul membre à voter contre son entrée aux Nations Unies était l’Afghanistan !
Il était donc clair que les Talibans, lorsqu’ils auraient pris le pouvoir, ne se soumettraient pas à ces intérêts étrangers. En mai 2001, six mois avant l’attaque du World Trade Center, Washington allouait sans aucun résultat une subvention de 43 millions de dollars au régime taliban dans le cadre du projet de pipeline d’Unocal. Mais avec le 11 septembre, tout le programme tomba à l’eau.

Les forces de la coalition ont facilement renversé le régime taliban mais n’ont pas réussi à prendre le contrôle du pays. Pourquoi ?

Tout d’abord, l’actuel gouvernement d’Afghanistan n’est pas reconnu par les Pachtounes. Quand les Talibans ont été renversés, les Etats-Unis ont placé Hamid Karzai comme président. Karzai, qui a travaillé pour Unocal, est un Pachtoune mais il n’a pas de base sociale en Afghanistan. En fait, les Pachtounes, premier groupe ethnique du pays, ne sont pas vraiment représentés dans ce gouvernement. Il y a juste quelques marionnettes de Washington sans aucune légitimité auprès de la population. Au départ, les Etats-Unis essayèrent bien d’acheter des Pachtounes représentatifs pour participer au gouvernement, mais ceux-ci ont pris l’argent et se sont tirés : comme je l’ai dit, les Pachtounes sont très indépendants !

Deuxièmement, les seigneurs de guerre présents au gouvernement travaillent chacun dans leur propre intérêt. Ils ne paient pas de taxes au gouvernement central, mais s’approprient les richesses. Chaque ministère est le ministère indépendant d’un seigneur de guerre. Une situation chaotique qui paralyse le gouvernement.
Troisièmement, les seigneurs de guerre ne font pas confiance aux Pachtounes. Ils pensent que si ces derniers prennent la majorité au gouvernement, ils imposeront leur vision. Bref, c’est un gouvernement où tout le monde est contre tout le monde. Tous les films que l’Occident s’est faits, ça ne marche absolument pas !
Enfin, nous pouvons dire également que les forces de l’Otan n’aident pas Hamid Karzai dans son travail en bombardant des paysans dans leurs fermes, dans les mosquées, à des mariages ou à des funérailles… L’actuel gouvernement est perçu par une grosse partie de la population comme un instrument de l’agresseur. Tous ces meurtres ont créé un soulèvement populaire et unifié la résistance des Talibans.

Conséquence de cette guerre, la production d’opium a augmenté : plus de 3.000% depuis la chute du régime taliban. Le département d’Etat US a accusé les Talibans d’utiliser la drogue pour financer la résistance…
L’opium est un produit chimique provenant du pavot. Quand la fleur de pavot éclot, vous la coupez, collectez le lait qui en coule et le vendez. C’est ce que font les paysans afghans. Ensuite, des personnes assèchent ce lait, le travaillent dans une machine en ajoutant des produits chimiques pour finalement obtenir de l’opium. Pour produire cette drogue, vous avez besoin d’un laboratoire et de connaissances en chimie. Je ne pense pas que les paysans afghans détiennent tous un diplôme de chimiste. Si c’était le cas, l’Afghanistan serait un pays très développé ! Pour tirer de l’argent du trafic d’opium, vous avez également besoin d’une certaine logistique pour pouvoir ramener le produit en Occident. Les Talibans n’ont rien de tout cela. En fait, l’opium provient des seigneurs de guerre, avec l’aide de la CIA. La plupart du temps, cette drogue vient des services secrets US qui l’utilisent comme un fonds rentable, portant la drogue dans les pays occidentaux, la vendant au prix du marché et utilisant ensuite cet argent sale pour financer leurs guerres.
En Afghanistan, la culture du pavot a commencé avec la guerre contre les Soviétiques et aujourd’hui, l’industrie de l’opium est aux mains de seigneurs de guerre. Or, pour un paysan, cultiver le pavot rapporte beaucoup plus que cultiver des tomates. Pour se constituer une base sociale, les seigneurs de guerre ont donc laissé les paysans cultiver ce qu’ils voulaient.

Par contre, lorsque les Talibans avaient pris le pouvoir dans les années 90, ils avaient brûlé les champs de pavots. Se faisant beaucoup d’ennemis au sein de la paysannerie. C’est pourquoi aujourd’hui, les Talibans n’empêchent plus les paysans de cultiver le pavot, mais interdisent la production d’opium. Ils retirent même des bénéfices grâce à la contribution financière des paysans. En fait, le gouvernement central n’a aucune possibilité de percevoir une taxe dans le Sud du pays, car tout est aux mains des Talibans. Or, un gouvernement incapable de percevoir une taxe n’est pas un gouvernement !

Beaucoup de spécialistes considèrent que la guerre en Afghanistan est impossible à gagner. Le général français Georgelin l’a même qualifiée de « merdier ingérable ». Quelles sont les difficultés rencontrées par les forces de la coalition ?  

L’OTAN tue des civils chaque jour. Dès lors, la population s’est rapprochée des Talibans. A présent, ceux-ci contrôlent le Sud du pays, avec un gouvernement de fait dans chaque village. Ils sont mélangés à la population et les forces de l’OTAN enregistrent des pertes. Du coup, dès que quelque chose de suspect bouge, les GI’s ouvrent le feu, tuant des civils par la même occasion. Donc, les Afghans font face, d’un côté, aux seigneurs de guerre impérialistes bombardant des civils et, de l’autre côté, aux seigneurs de guerre régionaux pillant le pays et vendant de la drogue. Voilà pourquoi les Talibans ont le soutien de la population. Non qu’ils aient des idées progressistes, mais elle attend d’eux qu’ils ramènent la paix dans le pays. Exactement comme ils l’ont fait en 1992.

Est-ce pour cela qu’Obama s’est dit prêt à négocier avec les Talibans modérés ?

Il essaie de protéger les Etats-Unis d’une crise qui s’est accumulée depuis les sept dernières décennies. Et c’est très difficile. Obama veut montrer qu’il n’y a pas de guerre contre les musulmans, qu’il rejette le prétendu choc des civilisations. Il s’est donc dit prêt à négocier avec les Talibans modérés. Telle est la nouvelle politique US pour de nombreux endroits du monde où il y a des mouvements musulmans : les diviser entre les bons et les méchants.
Je ne sais si ce genre de négociations pourra mettre fin au conflit. Si Washington essaie cette voie, elle devra probablement programmer une nouvelle propagande montrant les Talibans sous leur bon côté. Mais ils ont des mentalités arriérées : ils ont détruit des temples bouddhistes pour installer la révolution islamique, leurs positions contre les femmes sont primitives et leur vision du monde archaïque. D’un autre côté, pour obtenir le soutien de la population, ils ont quand même appris de leurs erreurs. J’ai évoqué la culture du pavot. Un autre exemple : contrairement à ce qu’ils avaient préconisé par le passé, les Talibans sont aujourd’hui d’accord avec le fait que les filles puissent aller à l’école. Ils ont évolué et sont plus forts pour résister. Mais ça ne veut pas forcément dire qu’ils seront ouverts pour négocier avec les Etats-Unis. Enfin, vous devez aussi tenir compte du fait que, désormais, le plus gros de la crise n’est plus en Afghanistan, mais au Pakistan.

Pourquoi la guerre afghane a-t-elle provoqué une telle crise au Pakistan ?

Comme je l’ai dit, la ligne de Durand tracée dans le territoire historique des Pachtounes est l’actuelle frontière séparant les deux pays. Ce qui veut dire que vous avez des Pachtounes des deux côtés de la frontière. Au Pakistan, ils sont le deuxième groupe ethnique après les Punjabis. C’est très important. Car l’élite pakistanaise, depuis l’indépendance du pays, a toujours soutenu l’impérialisme US. Vous pouvez travailler en tant qu’agent de votre patron quand vous accomplissez pour lui un boulot au loin, en Amérique du Sud ou en Afrique par exemple. Mais dans le cas de la guerre d’Afghanistan, c’est un suicide car les deux pays sont voisins et se partagent des groupes ethniques. 
Il y a des Talibans dans le Nord du Pakistan aussi. Chaque jour, ils attaquent et détruisent les ravitaillements des forces de la coalition supposés passer du Pakistan à l’Afghanistan par un endroit stratégique de la frontière. Pour résoudre ce problème, le gouvernement pakistanais, marionnette de Washington, autorise l’Otan à bombarder les Pachtounes sur son propre territoire. En conséquence, les Talibans pakistanais se sont développés et estiment maintenant que leur ennemi est au Pakistan. Ils ont déclaré vouloir marcher sur Islamabad.
C’est pourquoi la frontière entre les deux pays n’a plus de sens. Et le peuple pakistanais doit faire face à ce problème : où est la légitimité du gouvernement pakistanais s’il laisse l’OTAN bombarder ses propres civils ? Le peuple pakistanais a maintenant deux solutions : devenir nationaliste et refuser le diktat US ou continuer sur cette voie qui mène à la disparition de son pays.

Quelles pourraient être les conséquences de cette crise ?

La clé, c’est la stratégie des Etats-Unis pour bloquer la Chine. Quand le tsunami est survenu, Washington a envoyé une importante aide humanitaire en Indonésie. En profitant pour y construire une base militaire dans la province d’Aceh. Cette base fait face au détroit de Malacca et c’est par ce détroit que passe le pétrole provenant de l’Océan Indien et à destination de la Chine.

Aujourd’hui, les Etats-Unis sont installés à cet endroit stratégique. Au moindre problème avec la Chine, ils seront en mesure de fermer ce détroit et priver Pékin de son pétrole. Tenant compte de cette situation, le géant asiatique – qui a de plus en plus besoin de pétrole pour développer son pays – cherche d’autres voies d’acheminement. Une solution passe par la Birmanie, qui a des ressources et qui pourrait permettre un accès vers le Bangladesh.
Une autre possibilité, c’est le port de Gwandar, construit par la Chine au Baluchistan qui est la plus grande province du Pakistan : environ 48% de la superficie du pays. Mais c’est aussi la province la moins peuplée : 5% de la population totale. Cette province a d’importantes réserves de gaz et de pétrole. Pékin pourrait aussi construire un pipeline partant de l’Iran et passant par le Baluchistan avant de rejoindre la Chine occidentale. Mais les Etats-Unis veulent absolument empêcher cette province de passer dans la sphère d’influence chinoise. D’où leur soutien au mouvement séparatiste du Baluchistan, afin de prendre, eux, le contrôle du port de Gwandar.
Avec, d’un côté, le problème des Pachtounes, et, de l’autre côté, la possible sécession de sa plus grande province, le Pakistan risque une balkanisation : l’éclatement en une série de petits Etats. Aujourd’hui, le peuple pakistanais devient plus attentif. C’est à lui que revient le devoir de stopper ce désastre et de virer les Etats-Unis du Pakistan. Mais c’est aussi la responsabilité de tous les mouvements démocratiques révolutionnaires de la région. En effet, si le Pakistan connaît le même sort que la Yougoslavie, toute la région devra faire face à des très graves problèmes.

Mohamed Hassan recommande les lectures suivantes :

  • Ahmed Rashid, Taliban. Militant Islam, Oil and Fundamentalism in Central Asia, Yale University Press, 2001 (existe en français: Ahmed Rashid, L’ombre des Talibans, Autrement, 2001)
  • Antonio Giustozzi, War, Politics and Society in Afghanistan, 1978-1992, Georgetown University Press, 2000
  • Alfred W. McCoy, The Politics of Heroin in Southeast Asia. CIA complicity in the global drug trade, Harper & Row, 1972 (existe en français: Alfred W. McCoy, La politique de l’héroïne l’implication de la CIA dans le trafic de drogues, Ed. du Lézard, 1998)
  • Michel Collon, Media Lies and the Conquest of Kosovo, Unwritten History, 2007 (existe en français: Michel Collon, Monopoly, L’Otan à la conquête du monde, EPO, 2000)

Article de Michel Collon publié sur son site le 4 juin 2009

Le Commandeur de l’OTAN qui voulait une nouvelle mission pour ses troupes en Afghanistan.

Le Commandeur de l’OTAN, ordonne le massacre des milliers de civils afghans : les paysans qui cultivent le pavot et les trafiquants, dès lors qu’ils rivalisent avec le monopole de la famille Karzaï, doivent être éliminés par les troupes de l’OTAN.

 
Brantz J. Craddock.

Le général Bantz Craddock, Suprême commandeur de l’OTAN, a ordonné aux troupes alliées présentes en Afghanistan de tuer, dans les zones insurgées, toutes les personnes impliquées dans la culture et le commerce des drogues, sans attendre de savoir si elles sont ou non liées à l’insurrection.

Selon le site internet de Der Spiegel, qui a révélé les faits, l’ordre a été confirmé par écrit, le 5 janvier 2009, au général allemand Egon Ramms qui s’y opposait en qualifiant l’exécution de cette instruction de crime de guerre.

Ces révélations provoquent un vif émoi en Allemagne, mais pas dans les autres États impliqués militairement en Afghanistan.

Ces instructions s’appliquent à toute la zone insurgée, mais pas à la zone « pacifiée », c’est-à-dire placée sous l’autorité du président Karzaï, où son demi-frère exploite le pavot.

En clair, le général Bantz Craddock a ordonné de massacrer tous les paysans qui cultivent le pavot et tous les trafiquants dès lors qu’ils rivalisent avec le monopole de la famille Karzaï.

Le général Bantz Craddock est l’ancien chef du cabinet militaire de Donald Rumsfeld. En qualité de commandant du South Command, il installa le centre de torture de Guantanamo. Il participa activement à la planification de la guerre israélienne de 2006 contre le Liban et fut nommé à cette époque à la tête de l’OTAN en vue d’une possible mission de l’Alliance atlantique au pays du Cèdre (projet qui fut contrecarré par Jacques Chirac lors de la Conférence de Rome).

Rappelons que la drogue produite par les Karzaï est principalement acheminée par les avions US à Camp Bondstell (1) (Kosovo) où elle est prise en charge par le Premier ministre Haçim Thaçi. Elle est alors distribuée par la mafia kosovare principalement en Europe occidentale. Les bénéfices servent à financer les opérations spéciales de la CIA hors contrôle budgétaire du Congrès.

Source : Voltaire.net

(1) Camp Bondsteel
 


Faut-il tuer les trafiquants de drogue ?

Le site lalibre.be précise :

Le commandant suprême de l’OTAN a exigé l’élimination des trafiquants d’opium en Afghanistan. Sa décision provoque un débat et une fuite.

Le commandant suprême de l’OTAN, le général américain John Craddock, a provoqué un vif débat au sein de la hiérarchie militaire alliée en autorisant à éliminer les trafiquants d’opium en Afghanistan, selon une lettre publiée jeudi par le "SpiegelOnline". Dans cette missive, le général Craddock ordonne à l’Isaf (2), la force placée sous commandement OTAN, de faire désormais la chasse "à tous les trafiquants de drogue et à leurs installations" et l’autorise à recourir contre eux aux moyens les plus extrêmes, c’est-à-dire jusqu’à les tuer, selon le site Internet du magazine hebdomadaire "Der Spiegel".

Il "n’est plus nécessaire [ ] de prouver que chaque trafiquant ou installation de drogue en Afghanistan remplit les critères d’un objectif militaire", autrement dit qu’ils ont des liens avec les talibans insurgés contre le gouvernement de Kaboul, écrit le général Craddock.

Désaccord des généraux

La lettre est adressée aux deux généraux chargés de diriger l’Isaf, l’Allemand Egon Ramms, basé au QG régional de l’OTAN à Brunssum, aux Pays-Bas, et l’Américain David McKiernan, qui commande en Afghanistan, selon "SpiegelOnline". Ces deux généraux refusent de suivre la consigne, qu’ils estiment contraire au droit international et au règlement de l’Isaf, force agissant sur mandat de l’ONU, selon le magazine.

Le général Craddock justifie sa position en rappelant que les pays de l’OTAN se sont mis d’accord en octobre pour s’attaquer en Afghanistan au trafic d’héroïne qui finance les talibans. L’OTAN a "reconnu un rapport clair entre le trafic de drogue et l’insurrection", souligne-t-il.

Interrogé sur ce point, le porte-parole de l’OTAN, James Appathurai, a souligné que le quartier général des puissances alliées en Europe (Shape, basé à Mons) "n’a pas donné d’ordre, mais a diffusé une "orientation" qui a été accueillie par des commentaires de responsables militaires". Selon lui, "il est parfaitement normal qu’il y ait une discussion au sein de la chaîne de commandement militaire sur la mise en œuvre" de la décision de donner à l’Isaf la permission d’agir contre les installations et trafiquants de drogue qui soutiennent les talibans.

"Personne n’a demandé ou ordonné de faire quelque chose d’illégal", a également réagi le porte-parole du général Craddock, le colonel Derek Crotts, précisant qu’à ce stade, le plan et les règles d’engagement de l’Isaf contre la drogue en Afghanistan "étaient toujours à l’étude".

Enquête sur la fuite

Illustration du malaise provoqué par ces "recommandations", le secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, a ordonné jeudi une enquête sur la fuite "inacceptable" de documents internes à l’Alliance, dont a bénéficié "Der Spiegel". "Le secrétaire général a demandé l’ouverture immédiate d’une enquête qui devra être conduite avec diligence", a indiqué le porte-parole James Appathurai.

Le bureau du général McKiernan à Kaboul, cité par SpiegelOnline, estime que le général Craddock essaie de créer une "nouvelle catégorie de forces militaires ennemies" et mine l’engagement de l’Isaf à "éviter au maximum les pertes de vies civiles". Pour répondre aux préoccupations sur ce point de pays comme l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie, les pays de l’OTAN avaient convenu en octobre que l’Isaf n’interviendrait contre les trafiquants qu’avec des troupes "qui y auront été dûment autorisées par leurs gouvernements respectifs".

L’Afghanistan est à l’origine de 90% de la production mondiale d’opium, servant à la fabrication de l’héroïne écoulée en Europe et en Asie centrale. Selon des experts, les talibans tirent quelque 365 millions d’euros du trafic d’héroïne. (AFP)

Source : lalibre.be
Article source : Spiegel On Line International

(2) ISAF  : International Security Assistance Force
 


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Les escadrons du néo-libéralisme

Les chiens sont lâchés et prolifèrent, aboyant maintenant sur la place publique, alléchés qu’ils sont par l’odeur du corps exsangue de l’Amérique latine. La croisade occidentale financée par de dangereux néo-cons et fondamentalistes chrétiens ont l’alibi des crimes parfaits: les luttes contre le terrorisme et le narcotrafic qui forment un immense rideau de fumée derrière lequel se cache mal l’absurde et dévastatrice théorie du choc des civilisations développée par Samuel Huntington.

Depuis le 11 septembre 2001, on assiste à un processus de rentabilisation d’une barbarie perpétrée par des écervelés armés jusqu’aux dents. Des Sociétes Miltaires Privées (SMP) disposent de moyens humains et techniques considérables, des dizaines de milliers d’assassins-vacataires sont à leur disposition et, en Irak, leur nombre a dépassé celui du contingent britannique (près de 28000). Il leur a été donné carte blanche pour installer le chaos humain, la terreur politique, économique et sociale. Ces soldats, ces mercenaires du néo-libéralisme sont employés par un secteur militaro-industriel qui ne recule devant rien "to make money" et le chiffre d’affaire des Sociétés Militaires Privés (SMP) était en 2006 de l’ordre d’une centaine de milliards de dollars.

Ces SMP (il en existerait près de 600) participent du pillage organisé des "États cibles" et de l’assassinat des peuples qui y vivent. Au-delà d’une prétendue aide au génie civil et à la reconstruction, ils fournissent du matériel de guerre et vendent des formations aux techniques de guérillas urbaines. Mais pire encore, ils forment aux techniques d’interrogatoire directement issues de la théorie du Dr Cameron, cette thérapie par le choc qui se base sur la dépersonnalisation, la sursensibilisation et les électrochocs, en un mot, la torture, celle-là même qui est aujourd’hui pratiquée notamment à Guantanamo et à Abu Ghraib.

Nous savons que ces escadrons de tortionnaires privés existaient déjà pendant la guerre froide : en 1969 au Brésil, mais aussi en Argentine, au Chili, en Bolivie et en Colombie, les "OBAN" (Opération Bandeirantes) étaient, comme le souligne Naomi Klein, financées par Ford et Général Motors… Ils disposaient d’une artillerie impressionnante, d’un département aérien comptant avions et hélicoptères et d’un embryon de marine de guerre.

Ces armées privées permettent non seulement de faire diminuer le nombre officiel des morts au cours d’une opération militaire, mais aussi de ne pas impliquer la politique de Washington dans les massacres commis. Elles agissent dans l’ombre, dans l’impunité la plus complète, car leurs agissements ne sont évidemment pas documentés.

Tandis qu’au lendemain du 11 Septembre, Bush faisait les discours les plus rooseveltiens de sa carrière et tentait de montrer le retour de l’État dans les affaires de sécurité, de nombreuses multinationales d’exploitation pétrolières comme le Groupe Carlyle, Enron, Halliburton, Energy Services, Unocal… comprirent les profits qu’il y avait à tirer des situations de choc, les chiens de guerre furent lâchés dans divers bourbiers du monde, échappant à toute juridiction.

Blackwater est l’une de ces sociétés, elle fut fondée en 1997 par Erik Prince, un millionnaire chrétien conservateur, mais qui a vu son chiffre d’affaire augmenter considérablement après le 11 Septembre. Cette société a, depuis lors, tout fait pour ne pas être soumise aux lois martiales et à la Convention de Genève pour ses crimes en Irak, en Afghanistan, en Afrique subsaharienne…

Cependant, le 6 avril 2004, une image très violente parvenant de Felloujah a fait le tour du monde. Elle montrait quatre cadavres de "civils" américains lynchés. Cette médiatisation changea quelque peu la donne. Blackwater, sous les projecteurs des médias internationaux, profita des feux de la rampe et des négociations avec les néo-conservateurs de Washington pour prouver que la liberté et la démocratie avaient désormais besoin de solutions de sécurité innovantes et flexibles partout dans le monde. Les SMP gagnèrent en légitimité dans le protagonisme de ces nouvelles guerres, elles sortirent de la clandestinité et de la discrétion qui prévalait par le passé chez les mercenaires traditionnels.

Malgré les accusations portées par les familles des quatre hommes tués à Felloujah et notamment par Katy Helvenston : « Les sous-traitants privés comme Blackwater travaillent en dehors du champ de la chaîne de commandement militaire et peuvent littéralement faire ce que bon leur semble sans avoir aucune obligation de rendre des comptes au gouvernement ».

Trois mois plus tard, Blackwater signa un contrat de sécurité internationale avec le gouvernement de 300 millions de dollars…

Aussi, lorsqu’Obama déclare dans "The Nation" qu’il « rétablirait le contrôle sur ces entreprises », tout en « mettant les sociétés sous l’emprise de la loi », on peut craindre une institutionnalisation du phénomène et de l’entreprenariat militaire, c’est exactement le même épouvantail que celui de la "moralisation" du néo-libéralisme, la même contradiction dans les termes, tant il est évident que là où doit régner en maître absolu la loi du marché, aucune régulation n’est possible.

Comme le souligne Jeff Danziger : « Disons que vous êtes un Américain de base, un type d’un intellect marginal pour qui le respect des autres revêt une importance inhabituelle. (…) Vous avez toujours aimé les armes à cause de cette façon qu’elles ont de faire peur aux gens.(…) Alors, vous choisissez la sécurité privée. Pas de marche à pied. Des tas de flingues et presque pas de paperasse. Seule règle: on ne pose pas de questions.»

De surcroît, la logique de ces SMP s’inscrivant en droite ligne de la stratégie néo-libérale, de nombreux militaires chiliens chevronnés par des années de service sous Pinochet, des Péruviens et des Brésiliens constituent de la chair à canon bon marché (payés 1000 dollars par mois au lieu de 1222 dollars la journée pour les "salariés" venant d’un des pays du Nord).

La vérité de leurs agissements a toujours été noyée dans la poussière et le sang des rues de Bagdad et de Bogotá, la barbarie a maintenant pignon sur rue et continue son oeuvre de mort.

Brian Bonfiglio (Vice-président de l’entreprise) a affirmé en juin dernier que des contingents avaient été envoyés dans une base près de la frontière mexicaine. Cette base situèe à 500 mètres de la première barrière métallique qui sépare la Californie de Tijuana constitue un nouveau vivier de paramilitaires présentés comme les stagiaires d’une "école de vocations".

Cette guerre qui assassine les syndicalistes et défenseurs de droits humains un peu partout où il existe une résistance à la volonté hégémonique de Washington, une guerre qui rappelle les massacres commis par les escadrons de la mort, à ceci de très inquiétant qu’elle dispose maintenant de moyens considérables, car le Congrès a accordé une aide de 400 millions de dollars au gouvernement Calderon dans la lutte contre le narcotrafic, justement lorsque Washington brigue la dénationalisation des champs pétrolifères au Mexique…

Il s’agit de contrecarrer la strangulation de la vérité opérée par le quatrième pouvoir qui se contente de parler de ces SMP que lorsqu’elles sont acculées au scandale (comme en septembre 2007 en Irak). Ne serait-ce que pour lutter contre tous les silences médiatiques et faire mentir Naomi Klein lorsqu’elle dit que parler du déclin du néo-libéralisme est "un hasard analytique auto-consolatoire", car ce déclin se précipite à mesure que la vérité éclate au grand jour.

Voilà la présentation (traduite par mes soins) que fait Blackwater de son entreprise sur son site :

"Blackwater est, dans le monde entier, célèbre pour sa capacité à porter durement les coups. Nous proposons des expériences de formation efficaces pour l’armée, la sécurité et des professionnels d’application de la loi. Nous fournissons des cours de formation avancés pour une vaste gamme de missions, pour le terrain et pour des situations tactiques. [...] Le personnel de formation très habile et hautement qualifié de Blackwater croit en la mise en pratique pédagogique pour augmenter votre sécurité et votre efficacité dans la rue ou sur le champ de bataille quotidien."

Par Guillaume Gobbi sur son blog, le lundi 17 novembre 2008


Sources :

La guerre en questions ?

Lundi, le Parlement a donné lundi son feu vert au maintien des troupes françaises en Afghanistan. Mais les deux votes "droite contre gauche" à l’Assemblée, puis au Sénat ont mis fin du consensus national sur l’opération décidée en 2001 par Jacques Chirac et Lionel Jospin. Parmi les "non-istes", on trouve le sénateur socialiste de l’Essone Jean-Luc Mélenchon dont nous reproduisons ci-dessous un remarquable essai qui pose les bonnes questions sur cette guerre.


LA GUERRE EN QUESTIONS ?

Par Jean-Luc Mélenchon, le 21 Septembre

http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=623

Samedi je participais à la manifestation contre la guerre d’Afghanistan avec Marc Dolez député socialiste du nord. Mes amis de PRS ont formé une petite délégation groupée autour de leurs drapeaux. Au moment où je les rejoins, il fait beau et chaud si bien que la manifestation est aussi un moment où l’on peut lever le nez pour jauger les façades du Paris populaire. J’en ai besoin. L’ambiance stressante de la préparation du congrès socialiste m’a asphyxié. Chemin faisant, vers Barbés, je bavarde avec les représentants du Mouvement pour la paix. On convient de se revoir pour approfondir la conversation tout en prenant rendez vous pour les conférences de presse qui vont précéder le débat et le vote à l’assemblée et au Sénat cette semaine. L’actualité sera sur ce sujet. Les figures de la paix et de la guerre reviennent dans le débat public. Elles ne vont pas en sortir de si tôt. Dans ce registre plus que dans tout autre, l’examen soigneux des arguments, leur comparaison et leur vérification est un devoir de précaution constant pour qui veut agir en connaissance de cause. Car très traditionnellement, la guerre nécessite une consommation considérable de mensonges et de zone de silence pour son entretien. Leur mise à nu fournit souvent un éclairage précieux vers la vérité. De cette violence crue du mensonge asséné avec l’aplomb tranquille de l’évidence, nul meilleur exemple que la volte face du président de la République sans autre argumentation que la force de l’affirmation. Le 26 avril 2007, entre les deux tours de la présidentielle, sur France 2, il déclare : « La présence à long terme des troupes françaises à cet endroit du monde ne me semble pas décisive. Si je suis élu, les troupes françaises quitteront l’Afghanistan ». Puis en novembre 2007, au cours de sa visite à Washington, il affirme: « la France restera engagée en Afghanistan aussi longtemps qu’il le faudra, car ce qui est en cause dans ce pays, c’est l’avenir de nos valeurs et celui de l’Alliance Atlantique ». Du retrait au renfort, la France a pris un virage sur l’aile sans autre explication que la décision de son chef des armées. Tout est donc bien possible dès qu’il s’agit de propagande. Ma conviction contre cette guerre est connue. je n’y reviens pas ici. Je veux seulement poser les questions qui peuvent éclairer le moment, si elles trouvaient réponse.

D’un bobard à l’autre

Les Etats-Unis et la France sont allés « en Afghanistan pour défendre la liberté du monde » ? C’est ce que proclame Nicolas Sarkozy, le 20 août à Kaboul et le 21 août en Conseil des ministres. Personne n’a pourtant jamais démontré de lien positif entre les actes de guerre de la coalition en Afghanistan et la « liberté du monde ». Sans excès de mauvais esprit, on pourrait même aisément démontrer l’inverse, à savoir que c’est l’intensification des actes de guerre de la coalition qui nourrit le terrorisme et fait reculer la liberté. Sarkozy n’en est pas à sa première affirmation péremptoire. Dès son discours devant la conférence des ambassadeurs le 27 août 2007, il avait affirmé que pour « prévenir une confrontation entre l’Islam et l’Occident », « notre devoir est d’accentuer nos efforts en Afghanistan ». On ne voyait pourtant pas non plus très bien le lien logique entre les deux, ni d’ailleurs quelle pouvait bien être la réalité d’une confrontation globale entre des entités aussi floues que l’ « Islam » et l’ « Occident ». Le ronflement des phrases creuses de cet acabit n’a jamais cessé pour justifier une présence militaire française dont en réalité plus personne n’énonce clairement les objectifs. Du coup l’emphase éclate comme une bulle de savon a la première question même la plus banale. Ainsi quand le président de la Commission de la défense de l’Assemblée nationale proclame que « la présence militaire française en Afghanistan est l’opération extérieure la plus décisive pour la sécurité de la France » (le 26 août à l’assemblée nationale). Faudrait-il donc en conclure que si la France ne combattait pas en Afghanistan, sa sécurité aurait gravement été compromise ? Par qui ? Comment ? Pourquoi ? Un argument massue de Bernard Kouchner tente de balayer la question : «le terrorisme qui frappe aujourd’hui à Kaboul pourrait frapper demain plus prés de chez nous ». C’est le même argumentaire qui avait été utilisé par les Américains pour justifier leur invasion de l’Afghanistan en 2001 au nom de la légitime défense suite aux attentats du 11 septembre. Nous sommes en danger ? Pourquoi ?

Un passé obscur

Une bonne preuve de l’effet d’opportunité qui a été à l’origine de l’invasion militaire de l’Afghanistan est qu’elle a été préparée par les Américains et les Britanniques plusieurs mois avant le 11 septembre. Dès l’été 2001, les Américains avaient commencé à envoyer des commandos en Afghanistan et avaient pré positionné d’importantes forces en Egypte tout en déployant avec les Britanniques leurs flottes en mer d’Oman pour préparer l’invasion du pays. Les vrais motifs de l’invasion étaient donc ailleurs que dans la réplique à Oussama Ben Laden, qui n’avait d’ailleurs d’autres lien avec l’Afghanistan que de s’y être réfugié dans les montagnes. Mais qui se souviens que le régime taliban qui gouvernait à l’époque à Kaboul avait déclaré accepter au lendemain du 11 septembre de livrer Ben Laden pour qu’il soit jugé. Peu importait alors aux Américains. Colin Powell affirme alors au monde entier que les Etats-Unis détiennent des preuves de l’implication afghane dans les attentats du 11 septembre et qu’elles seront fournies au Conseil de sécurité. Personne ne les a pourtant jamais vues. Personne ne les réclame depuis. Ce tableau est donc couvert d’une ombre inquiétante depuis l’origine. En effet, les Américains sont très actifs en Afghanistan et au Pakistan depuis la fin des années 1970. Ils se sont fortement appuyés sur les islamistes pour contrer l’influence soviétique dans la région. C’est eux qui ont constitué « Al-Qaïda » à l’époque pour combattre les russes. A ce titre, ils avaient directement armé les Talibans. La prise de pouvoir de ceux-ci à Kaboul en 1996 avait été soutenue par deux alliés de poids des Etats-Unis : l’Arabie Saoudite et le Pakistan. Tout ce passé semble s’être évanoui des souvenirs officiels et des « argumentations » du  présent. Pourquoi ?

Le pétrole bien sûr

Dans cette région du monde, la succession des événements montrent que souvent les motifs d’action sentent très fortement le pétrole. Depuis la chute de l’URSS en 1991, les Etats-Unis font tout pour contrer l’influence russe et iranienne en Asie centrale. En particulier pour désenclaver sous leur contrôle les importantes réserves de pétrole et de gaz du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan et du Turkménistan. Les Etats-Unis conçoivent alors un projet de pipe line géant allant de la mer Caspienne jusqu’à la mer d’Oman via l’Afghanistan et le Pakistan. Pour cela ils négocient via la compagnie pétrolière californienne Unocal avec tous les pouvoirs locaux en place. A partir de janvier 2001, le vice-président Dick Cheney suit personnellement le déroulement de ces tractations qui butent sur le refus du régime taliban. On notera que le régime taliban à peine renversé, le 27 décembre 2001, le Turkménistan, l’Afghanistan et le Pakistan signaient un accord relançant le projet de pipeline. Bush a aussitôt comme émissaire spécial à Kaboul un ancien collaborateur du groupe Unocal, le diplomate Zalmay Khalizay et le président Hamid Karzaï a lui aussi été consultant du groupe pétrolier, tout comme le futur ministre afghan des Mines et de l’Industrie Mir Sediq. Cette caricature à peine croyable de main mise est une toile de fond avérée. Mais elle est toujours absente du débat sur les objectifs de guerre en Afghanistan et le bilan de la présence "occidentale". Pourquoi ?

Un bilan ?

Officiellement, la coalition internationale (37 pays aujourd’hui) qui est intervenue derrière les Etats-Unis, d’abord sous mandat de l’ONU en 2001, puis par délégation à l’OTAN depuis 2003, ne mène pas de guerre. Elle est censée assurer la « stabilisation » et la « pacification » du pays. Avec pour la France, une prédilection théorique pour la formation de l’armée afghane et la reconstruction. Une rhétorique qui continue d’être servie par Bernard Kouchner. « Ca n’est pas une guerre, c’est une mission de paix » tonne-t-il lors de son audition à l’assemblée nationale le 26 août 2008. Pourtant la réalité militaire en Afghanistan n’a plus rien à voir avec les objectifs de départ au nom desquels des troupes françaises ont été engagées en 2001. Le chef d’état major des armées lui-même a reconnu le 25 août que « la France conduit des actions de guerre en Afghanistan » Tout cela dans un immense gâchis technologique : les avions Mirage et Rafale stationnés à Kandahar tirent par exemple chaque mois une vingtaine de bombes à guidage laser dont le prix unitaire se situe autour de 130 000 euros, sur des cibles aussi dérisoires qu’une grotte ou une charrette supposées abrités quelques talibans. La dégradation rapide du bilan de la présence militaire de la coalition fournit une autre preuve du gouffre qui se creuse entre les objectifs affichés et la réalité. Alors que le nombre de soldats occidentaux a cru de 40 000 à plus de 60 000 le nombre de soldats tués a explosé passant de 58 en 2004 à 230 en 2007. La situation militaire ne cesse de se dégrader avec la recrudescence des attaques suicides à raison de 3 à 4 par semaine alors qu’elles étaient quasi inexistantes en 2004. Les affrontements qui ont coûté la vie à 10 soldats français le 18 août sont très révélateurs de cette dégradation : ils ont démontré une puissance tactique et opérationnelle inédite de ce que les généraux français appellent désormais les « forces insurgées » plutôt que les « Talibans ». Ces forces ont en effet soutenu les combats pendant plusieurs heures contre les soldats français, y compris une fois des renforts parvenus sur place. Le lieu est aussi révélateur : à moins de 50 kilomètres de Kaboul, c’est-à-dire dans une zone qui n’est pas du tout réputée comme "talibane". Tout cela indique que l’opposition armée à la coalition est manifestement en train de s’élargir dans une dynamique nationaliste que nourrit l’occupation. Est-ce étonnant ? Car afin de minimiser ces pertes au sol, la coalition intensifie les frappes aériennes dites « chirurgicales » et les vols incessants d’intimidation au dessus des villages afghans dont la population est plongée dans la terreur. La polémique enfle aussi sur les armes « sales » qu’utiliseraient les américains: munitions à uranium appauvri pour percer d’éventuels bunkers ou parois montagneuses et bombes incendiaires au phosphore qui transforment en fournaise les zones où elles sont lâchées. Ces exactions déclenchent des rejets de masse dans la population que les Occidentaux sont censés aider. Il est frappant de voir que le vocabulaire pour nommer l’ennemi suit cette évolution. D’abord il s’agissait de terroristes, à présent il s’agit tantôt de « rebelles » et d’autre fois « d’insurgés »…. Cela n’a pas empêché le ministre français de la défense de continuer à affirmer aux députés : « Allez dans les vallées afghanes, où vous verrez les populations qui sont heureuses que les troupes occidentales soient là » A coup sûr pas les familles des 8 000 afghans tués en 2007. Ni celles des civils tués par erreur par une frappe américaine le 22 août : un dommage collatéral que les portes parole de la coalition ont chiffré à « 5 civils tués » là où le représentant de l’ONU en a dénombré 90. Ce bilan des actions de la coalition et de la situation militaire nous ne pouvons l’établir qu’en recoupant les informations disponibles dans la presse spécialisée et sur les sites internet qui s’intéressent à la situation. Aucun gouvernement n’en produit devant ses assemblées. Pourquoi ?

La loi islamique est toujours là

Dans le registre des arguments de propagande, on trouve celui selon lequel « sous le régime des Talibans les droits de l’homme étaient bafoués » (Hervé Morin le 26 août 2008 à l’assemblée nationale). On pourrait lui objecter que c’est le cas de beaucoup de régimes, y compris auxquels la France vend des armes comme l’Arabie saoudite. Mais la situation depuis la chute des Talibans s’est elle améliorée ? Plus de la moitié de la population vit dans l’extrême pauvreté : 53 % des habitants ont moins de 1 dollar par jour. L’Afghanistan est classé depuis 2004 à la 174ème place mondiale sur 178 pays pour l’indice de développement humain. Une situation a rapprocher des sommes englouties par la guerre sur place…La coalition consomme 100 millions de dollars de dépenses militaires par jour et 10 fois moins pour les dépenses civiles de reconstruction. La condition des femmes ? Elle est officiellement meilleure en vertu d’une constitution qui garantit théoriquement l’égalité hommes-femmes. Pour autant, les femmes ne sont considérées par la même constitution que comme une minorité politique, au même titre que des groupes ethniques ou tribaux, auxquels sont réservés des quotas (25 % de femmes à l’assemblée nationale et 16 % au sénat). La même constitution écrite sous l’égide américaine confirme le pays comme république islamique, dans laquelle la base fondamentale du droit reste la charia. A tel point que la cour suprême est chargée de contrôler la conformité des lois à la loi musulmane. Ou encore que l’abandon de la religion musulmane ou la conversion à une autre religion sont toujours punis de la peine de mort. Autant de points qui avaient été salués par l’Iran au moment de l’adoption de cette constitution par la Loya Djirga, assemblée coutumière. Car telle avait été la « Constituante » afghane ! Cette domination du religieux sur les institutions, confortée et défendue les armes à la main par nos soldats en même temps que le régime qui les assume n’est jamais évoquée ni discutée d’aucune façon. Pourquoi ?

Le retour de l’Opium

Depuis 2001, à intervalles réguliers, des conférences internationales pour l’Afghanistan permettent aux occidentaux d’afficher de gigantesques promesses de dons pour la reconstruction. Mais sur les 25 milliards de dollars de promesses cumulées, 10 milliards n’ont jamais été versés, les Etats-Unis détenant le record de promesse non tenue (seule 45 % de l’aide américaine promise a été versée). Et encore, quand l’aide est versée, 40 % est engloutie dans sa gestion et revient donc aux pays donateurs, sous la forme de contrats de sécurité ou de services. Le déséquilibre entre l’effort militaire et l’aide civile est donc béant : depuis 2001 140 milliards de dollars ont déjà été dépensés sur le plan militaire et seulement 7 milliards versés pour l’aide civile ! Cela décrédibilise largement la présence « occidentale » aux yeux de la population. Ce n’est pas tout. 7 ans d’occupation ont progressivement polarisé l’économie afghane autour des besoins des occidentaux présents qui concentrent l’essentiel des investissements, au détriment du développement économique du pays. Celui-ci ne produit plus rien d’autre que de l’opium. Alors que la production de pavot avait commencé à décliner à l’époque des Talibans, l’Afghanistan est redevenu depuis 2004 le premier producteur mondial d’opium avec 95 % de la production mondiale représentant plus de la moitié du PIB du pays. Un record historique a été atteint en 2006 avec la plus grande production d’opium jamais réalisée, encore dépassée en 2007 où l’ONU parle de « nouveau record effrayant » avec une hausse de production de 34 %. Il faut dire que les Américains ont directement utilisé les chefs de guerre, barons de la drogue, pour reprendre les territoires contre les talibans. Ce sont ainsi dans les zones « sécurisées » par les occidentaux et les forces afghanes que la culture de drogue a explosé. Dans son rapport officiel d’étape à l’administration Bush, l’émissaire spécial américain James Dobbins affirmait ainsi en 2005 : « Les drogues sont la principale source d’argent pour financer la reconstruction, dépassant largement les aides internationales cumulées ». Alors même qu’il s’agit du principal motif d’ingérence des USA en Amérique latine, le bilan de la reprise incroyable de la culture du pavot sous les yeux des troupes américaines et de l’absence totale d’action pour l’en empêcher n’est jamais évoqué. Pourquoi ?

La vassalisation des coalisés

L’Europe fournit, à travers ses 25 états membres sur 27 qui sont engagés dans la coalition américaine, plus de la moitié des soldats étrangers présents en Afghanistan. Elle représente 30 % de l’aide publique mondiale versée à l’Afghanistan qui se retrouve 4ème bénéficiaire mondial de l’aide extérieure européenne derrière Turquie, l’ex Yougoslavie et le Maroc. Pourtant l’Europe n’a pris aucune initiative pour changer le cap de la présence occidentale en Afghanistan, alors même que les Etats-Unis sont entièrement dépendants des soldats européens dont le retrait rendrait le maintien américain intenable. Alors que les Talibans avaient quasiment disparu du territoire en 2004, c’est donc la décision américaine de maintenir durablement l’occupation militaire du pays en y installant d’immenses bases qui leur a donné progressivement l’occasion de reprendre pied dans la population à partir de 2005. Les alliés des Etats-Unis l’ont bien vu. Et la coalition elle-même a commencé à battre de l’aile fin 2007 : les Canadiens ont menacé de quitter le sud afghan, l’Italie et l’Allemagne ne maintiennent leur présence que provisoirement et au prix de débats nationaux houleux et enfin la Corée du sud se retire carrément. De la sorte on peut dire que ceux qui font du zèle aujourd’hui sont ceux qui acceptent une véritable vassalisation a l’égard des Etats-Unis d’Amérique dans la conduite de la guerre. Ils paient, combattent et se taisent devant les décisions de leurs chefs. La demande américaine de renforts français était donc vitale pour la coalition elle-même. La réponse positive de Sarkozy a ainsi été saluée par Bush comme une « initiative majeure » et par le très conservateur premier ministre canadien Harper comme « un virage, une rupture historiques ». Tout dans la décision française a d’ailleurs été fait pour envoyer un signal très fort d’alignement atlantiste. Dans la forme avec une première annonce par Sarkozy devant le parlement britannique. Et sur le fond puisque le nouveau bataillon français de 800 homme va soulager les Américains dans l’est afghan, qui pourront se redéployer sur le sud. Avec ce renfort, la France passe de la place de 7ème contributeur à la 4ème , quasi ex-aequo avec l’Allemagne en 3ème position. La décision de Sarkozy conforte aussi au passage la légitimité de l’extension des missions de l’OTAN voulue par les Etats-Unis au-delà de sa vocation purement défensive, comme son intervention hors de la zone européenne. Avec désormais plus de 3 000 soldats français mobilisés sur place ou dans les pays voisins, l’Afghanistan devient la plus importante intervention française à l’étranger, devant les contingents présents au Liban, en Côte d’Ivoire ou en Ex-Yougoslavie. Le tout pour une dépense supplémentaire d’environ 150 millions d’euros par an, alors que l’enlisement du conflit afghan a déjà contribué à l’envolée des surcoûts budgétaires liés aux opérations extérieures, qui sont passés de 100 millions d’euros en 2005 à 360 millions d’euros en 2007, avec un surcoût 2008 qui devrait dépasser les 400 millions. . Et dans ce contexte, de tout côtés va l’antienne : « cette guerre est perdue, cette guerre ne peut pas être gagnée ». A tout le moins, en réponse,  devrait-il être expliquée comment elle pourrait être gagnée, en effet. Cela n’est jamais dit. Pourquoi ?

Une impasse reconnue

Les perspectives actuelles de fin du conflit sont si incertaines que le chef d’état major des armées le général Georgelin le qualifiait encore à la mi-mars de « merdier ingérable où nous n’avons aucun intérêt à nous impliquer davantage » (cité par le canard enchaîné). Tous les états-majors ont en effet à l’esprit le précédent de l’occupation soviétique de l’Afghanistan qui s’était soldée par un désastre et plus de 10 000 russes tués en dépit d’une présence de 130 000 hommes pendant 10 ans. Interrogé le 26 août à l’assemblée nationale sur les échéances de l’engagement des forces françaises, Kouchner a carrément avoué : « pour combien de temps ? Personne ne le sait » Pour rassurer l’opinion, le gouvernement insiste aussi sur « l’afghanisation du conflit » qui serait à portée de main. Ainsi, d’après Kouchner, « l’armée afghane c’est l’avenir » ! La réalité est très éloignée. Un évènement récent a fourni la preuve de la déliquescence de l’ « armée nationale afghane » : en mars 2008, le gouvernement afghan a dû lancer un mandat d’arrêt contre le chef d’état major de l’armée afghane, le général Dostom, après que celui-ci a commis diverses exactions. Loin de se soumettre au gouvernement, celui-ci s’est enfui et a rejoint son armée privée, qui était d’ailleurs une des composantes de la fameuse « armée nationale afghane ». Ancien seigneur de la guerre, ce général avait d’ailleurs été imposé par les Américains en 2003 comme vice ministre de la défense puis comme chef d’état major afghan en 2005 ! Le bilan de l’afganisation de la guerre n’est donc jamais fait. Mais on comprend cette fois ci clairement pourquoi. Cette guerre ne se fait pas « avec » les afghans mais contre eux.

Pour comprendre la tragédie colombienne

Pour comprendre la tragédie colombienne
En quelques dates, en quelques mots…

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Etant donné l’actualité, et avec l’autorisation de l’auteur et de la maison d’édition, nous publions la préface d’Ignacio Ramonet du livre Colombie Derrière le rideau de fumée. Histoire du terrorisme d’Etat de Hernando Calvo Ospina.

A ce qu’on dit, il existe en Colombie, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, deux partis – le libéral et le conservateur. Ce n’est pas faux. Mais ce n’est pas suffisant. En réalité, et depuis cette époque, le pays est surtout coupé entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien.

On ne rentrera pas dans les détails de la tragédie colombienne, largement développée ici, avec grand talent, par Hernando Calvo Ospina. En guise d’introduction, on se contentera de rappeler quelques faits significatifs, emblématiques de la situation.

Elu au Congrès en 1929, un certain Jorge Eliecer Gaitan a entrepris de combattre ce qu’il appelle l’oligarchie – les riches des deux partir. Au fil du temps, ses discours se font de plus en plus incendiaires. En bras de chemise á la tribune, il termine invariablement ses harangues par : « Contre l’oligarchie, à la charge ! » Il n’en plaide pas moins pour un changement pacifique. Le 9 avril 1948, alors qu’on le donne favori dans la course à la présidence, Gaitan est assassiné á Bogota.

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Gaitan

Détail insolite : la loi des États-Unis permet aux citoyens d’examiner, passé un certain temps, les documents qui reposent dans ses organismes publics, CIA, FBI, secrétariat d’Etat. La CIA possède des informations sur la mort de Gaitan. Aujourd’hui encore, elle refuse de les révéler.

L’assassinat de Gaitan a provoqué une insurrection généralisée – imputée par Washington au « communisme international » – et une guerre civile, la La Violencia (1948-1957) qui fera quelque 300 000 morts á travers les campagnes. En ces temps d’horreur et d’apocalypse, les libéraux et les communistes, désignés comme cibles, se voient destinés au supplice.

Les hommes politiques et les grands propriétaires utilisent, en charmants supplétifs du pouvoir, des policiers en uniforme ou en civil, les chulavitas, qui font montre d’une cruauté sans limites. Ou encore les pájaros (oiseaux), d’autres pilleurs qui « volent » de région en région et font de la terreur leur compagne familière.

Promis à la mort, vaincus, battus et dispersés dans un premier temps, les opposants ont vite compris qu’une lutte gigantesque était engagée. On leur a flanqué des gifles, on les a traités de lie de la société, on les a pourchassés comme des clochards importuns. Les milliers de misérables qui ne possédaient rien et pour qui le respect de la vie et un morceau de terre auraient été tout ont rejoint les groupes d’opposition armée. Désormais, pour tenter de subsister et de défendre la vie de leurs petites communautés, ils se battent. Influencés par la révolution cubaine, des groupes d’intellectuels et d’étudiants les appuient.

En 1964, pour en finir avec les prémices de cette révolte – une guérilla de paysans insoumis qu’on disait « moscovites », les États-Unis envoyèrent des conseillers, des armes et mirent 300 millions de dollars sur la table pour financer l’opération Marquetalia. En 1999, il leur faudra débourser 1,6 milliards de dollars pour mettre en œuvre le Plan Colombie. Quand viendra 2006, 4 milliards de dollars auront été dépensés dans le cadre de ce brillant exercice. Sans plus de résultat qu’en 1964.

L’immensité des plaines – les llanos-, les obstacles naturels, la présence de forêts inexplorées qui permettent la dispersion et favorisent l’embuscade, rendraient impossible l’annihilation des guérilleros. Mais pas de la population civile. Une année plus tard, en 1965, pour lutter contre la « subversion », les conseillers militaires états-uniens prônent la création d’organisations civiles armées. On ne les appelle plus paya ros ou chulavitas, mais « autodéfenses », légalement reconnues cette fois.

Le 2 septembre 1958, déjà, les guérilleros communistes faisaient parvenir une lettre au président Alberto Lieras Camargo : « La lutte armée ne nous intéresse pas et nous sommes disposés à collaborer de toutes les manières à notre portée, avec l’entreprise pacificatrice que s’est disposé à mener l’actuel gouvernement. » Parmi les signataires, Manuel Marulanda, l’actuel chef des FARC.

Dans une lettre au Parlement datée du 20 juillet 1984, et alors qu’elles négocient avec le président Belisario Betancur, les FARC annoncent le lancement d’un mouvement politique national – l’Union patriotique (UP). Leur objectif est de revenir peu à peu à la vie politique légale, aux côtés d’autres partis et mouvements démocratiques. Cet ouvrage d’Hernando Calvo Ospina raconte en détail ce qu’il en advint. Une tragédie pour 3 000 militants, sympathisants et dirigeants de l’UP – qui pour la plupart n’appartenaient pas aux FARC -, victimes des escadrons paramilitaires et de l’intransigeance politique totale de la classe dirigeante.

La Colombie, prétend-on encore, constitue une exception notable en Amérique Latine : elle n’a connu que cinq coups d’État depuis son accession à l’indépendance et est demeurée aux mains des civils depuis 1958 et la chute du général Gustavo Rojas Pinilla. Un modèle démocratique en quelque sorte. Toutefois, durant la même période, quatre candidats à l’élection présidentielle sont tombés sous des balles assassines : Jaime Pardo Leal (1987), Luis Carlos Galan (1989), Carlos Pizarro et Bernardo Jaramillo (1990). A des degrés divers, tous réclamaient des réformes. Curieuse conception de ce qu’est une démocratie.

Suralimentés et avares, incapables d’appréhender la réalité, riches et puissants pensent que des civilisés dignes de ce nom peuvent, pour réduire à merci des « barbares », se servir de barbares encore plus barbares qu’eux. C’est ainsi que les paramilitaires prennent du galon et qu’on les autorise à s’allier aux barons de la cocaïne qui contribuent au financement de « leur » guerre. Cul et chemise avec l’armée, qui les équipe, les renseigne, les appuie. En phase avec une partie de la classe politique et des secteurs économiques.

Les paramilitaires s’acharnent contre les populations civiles rurales et massacrent systématiquement l’opposition politique légale. Ces pseudo clandestins des Autodéfenses unies de Colombie (AUC) descendent ainsi un à un tous les échelons qui séparent l’homme de la bête : la terreur doit frapper au cœur de quiconque serait un ennemi en puissance et l’exemple l’arrêter à temps.

Début décembre 1997, le président Ernesto Samper annonce la création d’un « groupe spécial de recherche » contre la justice privée et promet que les groupes paramilitaires « seront poursuivis jusqu’en enfer ». De belles paroles. A la même époque, M. Phil Chicola, chef du Bureau des affaires andines du Département d’État des Etats-Unis estime que « d’après la loi des États-Unis, ces groupes doivent commettre des actions menaçant les intérêts nationaux des États-Unis pour pouvoir être inclus formellement dans la liste [des groupes terroristes]. » [1] En revanche, dès 1982, l’ambassadeur des Etats-Unis à Bogota, M. Lewis Tamb, avait inventé le terme « narcoguérilla » pour qualifier, sans preuves, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). Tout comme l’autre groupe d’insurgés, l’Armée de libération nationale (ELN), les FARC deviendront « narcoterroristes » par la grâce de M. George W Bush, après le 11 Septembre 2001. Deux poids, deux mesures.

« Narcoguérilla » ? « Narcoterroristes » ? Ex-révolutionnaires dévoyés ? En provoquant un appauvrissement de secteurs importants de la population, les pouvoirs successifs ont favorisé la culture de la coca et les activités liées au trafic de la cocaïne. Mais, à des degrés divers, tout le monde a les mains plongées dans « la blanche » : les militaires, beaucoup d’hommes politiques de droite, les secteurs économiques et financiers. Le paramilitaire surtout. La guérilla, dans une moindre mesure, pour financer la cause. C’est ce qu’on retient le plus.

On se contentera ici de reprendre les paroles de M. Daniel Garcia Pena qui, en 1997, sous la présidence de M. Samper, dirigea une Commission exploratoire pour définir les termes et les conditions de possibles conversations de paix : « Le discours mille fois répété sur une guérilla sans idéaux et transformée en organisation maffieuse est faux. Il’ s’agit d’une organisation politico-militaire qui, comme la guerre coûte cher, impose son impôt révolutionnaire sur la récolte [de coca], mais n’a aucune participation dans le trafic. S’il s agissait d’un cartel, elle ne prendrait pas des villages, ne mènerait pas des opérations militaires [...] » Un peu plus tard, le 18 mai 2003, l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies, M. James Lemoyne, affirmera : « La colonne vertébrale de la principale guérilla du pays est composée de gens engagés idéologiquement. »

Tout conflit politique se termine à la table de négociations. Et, pourquoi pas, puisqu’elles sont nécessaires, par des réformes sociales. Pas en Colombie. Avec un entêtement stupéfiant, chaque gouvernement a déclaré la guerre aux guérillas, multiplié les dépenses militaires, augmenté les rémunérations des soldats. Et chaque président, depuis le milieu des années soixante, a affirmé qu’il en finirait avec la guérilla avant la fin de son mandat, pour constater qu’à son terme, portée par l’injustice sociale et la répression aveugle, l’opposition armée était plus forte que quatre années auparavant.

Rien, dans ce désastre, n’est dû au hasard. Le « nettoyage » politique effectué par l’armée et les paramilitaires a vidé de nombreuses régions colombiennes de leurs paysans pauvres. Des hommes et des femmes qui ont commis une ou toutes ces erreurs : vivre sur un territoire extrêmement riche, s’être organisé pour exiger leurs droits, militer ou avoir voté pour une formation politique de l’opposition, ou avoir sympathisé – peut-être – avec les guérilleros. Leurs terres ont été transférées à des terratenientes, à des chefs paramilitaires et à des représentants de puissants intérêts économiques.

Le hasard n’existe pas. En 1997, évoquant le futur des relations commerciales entre la Colombie et les États-Unis, l’ambassadeur étasunien Myles Frechette déclarait : « Mon gouvernement invite avec insistance le gouvernement colombien à ouvrir le plus largement possible le marché des télécommunications dans le cadre de la loi colombienne, ou à changer la loi si c’est nécessaire, pour adopter les règles adéquates et effectives de compétition » [2], avant de réclamer la même chose pour le pétrole, l’énergie et l’agriculture. Deux ans plus tard, la priorité à l’investissement étranger et en particulier pour l’industrie pétrolière a été l’une des exigences de l’amendement au Plan Colombie imposé par les sénateurs américains Dewine, Grassley et Coverdell. Le Consortium US Columbia Business Partnership – Occidental Petroleum Company, BP, Caterpillar, Bechtel & Pfizer- défendait becs et ongles l’adoption du plan.

Leurs vœux furent exaucés. De plus, les Forces armées et leurs paramilitaires se chargèrent, avec le soutien du Plan et de conseillers états-uniens, d’intensifier l’expulsion des paysans et des indiens hors des immenses zones pétrolières.

Octroyant également à ses « donneurs d’ordre » entière satisfaction, en 2006 le président Alvaro Uribe négociera avec Washington un Traité de libre commerce assassin pour l’économie colombienne. Tout en offrant une réinsertion « soft » aux paramilitaires, pourtant mis à leur tour, mais sans grandes conséquences, sur la liste des organisations terroristes par les États-Unis. Des diplomates états-uniens n’hésitent pas à participer à des actes publics en présence de chefs paramilitaires, dont l’extradition est réclamée par leur propre gouvernement, pour trafic de drogue. Car non seulement ils massacrent les populations, mais ils sont devenus le cartel de drogue le plus puissant de Colombie. Washington n’apprécie qu’à moitié… mais réagit à peine. Les paramilitaires n’ont jamais porté atteinte à ses intérêts stratégiques en Colombie : au contraire, ils les ont protégés.

M. Uribe a donc les mains libres pour faire passer la loi Justice et Paix du 21 juin 2005, qui accorde aux « paras », accusés de crimes contre l’humanité, une quasi impunité, la légalisation de leurs fortunes et une retraite dorée. Bien que, en quatre années, depuis le « cessez-le-feu » signé à Santa Fe de Ralito, le 15 juillet 2003, ils aient encore commis environ 4 000 assassinats.

Mais le gouvernement pouvait-il faire moins ? C’est lui – comme ceux qui l’ont précédé – qui a amené ce fléau sur le peuple. C’est l’État qui a encouragé, assisté, formé, aidé et poussé les paramilitaires. Ils sont une stratégie d’État, autorisée et soutenue par Washington. Pour sauvegarder les profits et assurer les bénéfices des siens, le pouvoir a permis aux tueurs de piller et de ravager, et il a même partagé le butin avec eux.

Seulement, les paramilitaires sont devenus de trop puissants seigneurs de guerre et la Cour constitutionnelle a révisé la loi, la rendant beaucoup moins clémente. Peu décidés à accepter le châtiment le plus minime, et à être les seuls à « porter le chapeau », les chefs mafieux paramilitaires font peser une menace sur leurs commanditaires : si la justice « s’acharne » sur eux, ils pourraient révéler leurs petits secrets.

Des documents saisis à l’un d’entre eux – « Jorge 40 » -, en mars 2006, ont déjà provoqué la mise en détention de députés et sénateurs de la côte atlantique, tous liés aux partis appuyant le président Uribe. L’effet boule de neige a alors fait éclaté le scandale de la « parapolitique ». A travers son père et son frère, inculpés pour leurs liens avec les paramilitaires, la ministre des Affaires étrangères, Maria Consuelo Araujo, est éclaboussée et doit démissionner. Pour les mêmes raisons, l’ex-chef de la police politique – le Département Administratif de Sécurité (DAS) qui dépend de la présidence de la République -, M. Jorge Noguera, l’un des protégés de M. Uribe, a été incarcéré. Ce ne sont que des échantillons, car la liste est longue et accuse la classe politique traditionnelle colombienne, et tout particulièrement les alliés du président Uribe Vêlez. L’hécatombe judiciaire se poursuit et touche sénateurs, députés et de nombreux hauts fonctionnaires d’État, ainsi que des responsables de l’armée et de la police.

Un certain nombre de notables ont de plus en plus de mal à avaler leur salive. Ils découvrent que le chien qui les gardait hier les menace aujourd’hui. Pour empêcher de possibles révélations, les 59 chefs paramilitaires sont soudain transférés du centre de loisirs où ils étaient regroupés vers une prison de haute sécurité. Du coup, ils annoncent, le 7 décembre 2006, qu’ils considèrent le « processus de paix » comme terminé. Mais Uribe déclare le contraire.

Tandis que les révélations continuent de pleuvoir, le président Uribe, acculé, répond par des attaques et s’acharne toujours contre les mêmes. Il accuse les mouvements de défense des droits de l’homme et la gauche légale, comme le Pôle démocratique alternatif, de pactiser « avec les terroristes »… et ne semble guère se soucier que de telles assertions font courir d’immenses risques aux membres de ces organisations. Depuis plusieurs mois, de nouveaux escadrons de la mort apparaissent un peu partout dans le pays, menaçant et assassinant les opposants.

Le chef d’État s’en est même pris à la Cour suprême de Justice. Son président, César Julio Valencia, s’est vu obligé à réagir en octobre 2007, face aux accusations d’Uribe qui prétendait ainsi entraver l’action de la justice, dans le cadre des enquêtes menées sur la « parapolitique ». Il se trouve que les juges étaient sur une piste sérieuse de liens entre chefs narco-paramilitaires et de nombreux parlementaires. Résultat : 17 prisonniers et plus de 40 inculpés, tous membres de groupes politiques pro Uribe. Sans parler des gouverneurs et maires « uribistes » incarcérés.

Le bras de fer ne fait sans doute que commencer. Qui sait si les importantes révélations faites dans cet ouvrage par Hernando Calvo Ospina sur les mécanismes du terrorisme d’État ne seront pas, à court ou moyen terme, confirmées par les propres intéressés ? Ce document n’en a que plus de valeur. Impossible de comprendre la tragédie colombienne sans le lire attentivement.

Ignacio Ramonet

Traduction de l’espagnol de : Karine Alvarez

Hernado Calvo Ospina, Colombien résidant en France, est écrivain, journaliste et collaborateur du Monde Diplomatique. Il a participé à des documentaires pour la chaîne de télévision britannique BBC, la franco-allemande Arte et l’allemande ARD. Il est l’auteur de plusieurs livres qui ont été traduits en plus de dix langues.


ISBN-10 : 284109720X

ISBN-13 : 978-2841097203
Le Temps de Cerises
6, avenue Edouard-Vaillant – 93500 Pantin
Tél : + 33 1 49 42 99 11 – Fax : + 33 1 49 42 99 68
http://www.letempsdescerises.net
400 Pages, 20€


Notes :

[1] El Tiempo, Bogota, 11 mai 2000.

[2] Apolinar Diaz Callejas, « Colombia bajo doble fuego : crisis interior y señorío de EE UU », Papeles de cuestiones internacionales, N° 62, Madrid, 1997.

Amérique latine : la démocratie attaquée

"Les média étaient notre arme secrète"

par John Pilger, Mondialisation.ca, Le 30 avril 2008

Au-delà du bruit et de la fureur de sa conquête de l’Irak et de sa campagne contre l’Iran, la première puissance mondiale mène une guerre discrète sur un autre continent, l’Amérique latine. En ayant recours à des intermédiaires, Washington vise à restaurer et renforcer le contrôle politique d’un groupe de privilégiés qui prétendent appartenir aux classes moyennes, à détourner la responsabilité des massacres et trafics de drogue du régime psychotique colombien et ses maffieux, et d’écraser les espoirs de la majorité pauvre d’Amérique latine qui ont été soulevés par les gouvernements réformistes du Venezuela, de l’Equateur et de la Bolivie.

En Colombie, le principal champ de bataille, la véritable nature de la lutte, une lutte de classes, est brouillée par les FARC qui se livrent aux enlèvements et trafics de drogue, fournissant ainsi des arguments à ceux qui tentent de salir l’image de tous ceux qui ont marqué l’histoire épique de la rébellion en Amérique latine par leur opposition au proto-fascisme du régime de Bush. « On ne combat pas le terrorisme par le terrorisme, » a déclaré le Président Hugo Chavez lorsque les avions de guerre US écrasèrent sous leurs bombes des milliers de civils afghans, après les attentats du 11 septembre. C’est ainsi qu’il devint l’homme à abattre. Pourtant, comme tous les sondages le confirment, il ne faisait qu’exprimer l’opinion de la grande majorité des gens qui ont compris que la « guerre contre le terrorisme » était en réalité une croisade pour la domination. Pratiquement le seul chef d’Etat à oser défier Bush, Chavez fût déclaré un ennemi, et son projet d’une social-démocratie indépendante des Etats-Unis fût considéré comme une menace pour le contrôle du continent par Washington. « Pire encore, » écrivait le spécialiste de l’Amérique latine, James Petras, « la politique nationaliste de Chavez représentait une alternative en Amérique latine au moment (2002-2003) où les insurrections massives, les révoltes populaires, les chutes de régimes marionnettes des Etats-Unis (Argentine, Equateur, Bolivie) faisaient tous les jours la une des journaux. »

Il est impossible de sous-estimer la menace que cette alternative représente aux yeux des « classes-moyennes » de ces pays où foisonnent privilèges et misères. Au Venezuela, leur « grotesque fantasme à affirmer qu’ils sont gouvernés par un dictateur communiste brutal », pour citer Petras, rappelle la paranoïa de la population blanche qui soutenait le régime de l’Apartheid en Afrique du Sud. Comme en Afrique du Sud, le racisme est omniprésent au Venezuela où les pauvres sont ignorés, méprisés ou traités avec condescendance, et où un commentateur peut se permettre de qualifier Chavez, qui est métissé, de « singe ». Ce venin est dispensé par les super-riches qui vivent derrière les murs de quartiers appelés « Country Club », mais aussi par ceux des classes moyennes qui aspirent à les rejoindre, cadres, journalistes, publicitaires, artistes, éducateurs et autres professions qui s’identifient à tout ce qui vient des Etats-Unis. Les journalistes ont joué un rôle clé – rôle reconnu par un des dirigeants et financiers du coup d’état avorté contre Chavez en 2002. « Nous n’aurions pas pu le faire sans eux, » dit-il. « Les média étaient notre arme secrète ».

Bon nombre de ces gens se considèrent comme « progressistes » et ont leurs entrées auprès des journalistes étrangers qui aiment se dire « de gauche ». Ce n’est pas une surprise. Lorsque Chavez fût élu la première fois en 1998, le Venezuela n’était pas une dictature archétype de l’Amérique latine, mais une démocratie libérale avec certaines libertés, dirigée par et pour ses élites qui pillaient les revenus pétroliers en laissant quelques miettes aux millions d’invisibles des barrios. Un pacte entre les deux partis principaux, appelé « puntofijismo », ressemblait à la convergence entre le New Labour et les Conservateurs en Grande Bretagne, ou les Républicains et les Démocrates aux Etats-Unis. A leurs yeux, l’idée de souveraineté populaire représentait un anathème, et le représente encore.

Prenez le cas de l’éducation supérieure. A l’Université Centrale Vénézuélienne, un établissement « public » financé par l’argent des contribuables et réservé à l’élite, plus de 90 pour cent des étudiants sont issus des classes supérieures et « moyennes ». Ce milieu élitiste, avec d’autres, a été infiltré par des groupes liés à la CIA et, lorsqu’ils ont défendu leurs privilèges, ont été soutenus par des « progressistes » à l’étranger.

Dans la guerre contre la démocratie en Amérique latine, la ligne de front est la Colombie et la cible principale est Chavez. Il est facile de comprendre pourquoi. Une des premières mesures de Chavez a été de relancer l’organisation des producteurs de pétrole, l’OPEP, et forcer le prix du pétrole à des niveaux historiques. Dans le même temps, il a réduit le prix du pétrole pour les pays les plus pauvres de la région des Caraïbes et d’Amérique centrale. Il a utilisé la nouvelle richesse du Venezuela pour rembourser la dette, notamment celle de l’Argentine, et de facto a expulsé le Fonds Monétaire International d’un continent sur lequel, jadis, ce dernier régnait. Il a réduit de moitié la pauvreté tandis que le PNB grimpait. Et surtout, il a donné aux pauvres l’espoir de voir leurs vies s’améliorer.

L’ironie de l’histoire est que Chavez, contrairement à Fidel Castro à Cuba, ne représente aucune menace réelle pour les riches qui sont devenus encore plus riches sous son gouvernement. Mais il a démontré qu’une social-démocratie pouvait se développer et s’occuper réellement des plus démunis, et sans les affres du « néolibéralisme » – une notion très peu progressiste qui fût endossée à une époque par le Parti Travailliste britannique. Ces Vénézuéliens ordinaires qui se sont abstenus lors du référendum l’année dernière voulaient protester et dire qu’une social-démocratie « modérée » n’était pas suffisante lorsque la corruption des fonctionnaires se poursuit et que les égouts débordent.

De l’autre côté de la frontière avec la Colombie, les Etats-Unis ont transformé le voisin du Venezuela en Israel de l’Amérique latine. Dans le cadre du « Plan Colombie », plus de 6 milliards de dollars d’armes, d’avions, de forces spéciales, de mercenaires et de logistique ont été déversés sur un des groupes les plus sanguinaires de la planète. Héritiers du Chili de Pinochet et autres juntes militaires qui ont terrorisé l’Amérique latine pendant toute une génération, leurs divers Gestapos ont été formées à l’Ecole des Amériques en Géorgie. « Non seulement nous leur avons appris à torturer » m’a confié un ancien instructeur étatsunien, « mais aussi à tuer, assassiner, éliminer. » Et ceci est encore vrai en ce qui concerne la Colombie, où le terrorisme d’état généralisé a été largement documenté par Amnesty, Human Rights Watch et de nombreux autres groupes. Dans une étude de 31.656 cas d’assassinats et disparitions entre 1996 et 2006, la Commission Colombienne de Juristes a découvert que 46 pour cent des meurtres avaient été commis par les escadrons de la mort et 14 pour cent par les FARC. Les paramilitaires étaient responsables de plus de 3 millions de personnes déplacées dans le pays. Cette misère est le résultat de la soi-disant « guerre contre la drogue » du Plan Colombie, dont le véritable objectif est l’élimination des FARC. A cette fin, une nouvelle guerre d’usure a été déclenchée contre les nouvelles démocraties populaires, particulièrement le Venezuela.

Les forces spéciales US « conseillent » les militaires colombiens de traverser la frontière avec le Venezuela et d’assassiner et d’enlever ses citoyens et d’y infiltrer des paramilitaires afin de tester la loyauté des forces armées vénézuéliennes. Le modèle suivi est celui de la campagne de la Contra dirigée par le CIA au Honduras dans les années 80 pour renverser le gouvernement réformiste du Nicaragua. La défaite des FARC est à présent considérée comme un prérequis à une attaque en bonne et due forme contre le Venezuela au cas où l’élite vénézuélienne – revigorée par son étroite victoire au référendum de l’année dernière – réussit à élargir sa base lors des élections locales et nationales prévues au mois de novembre 2008.

L’homme des Etats-Unis et le Pinochet de la Colombie est Alvaro Uribe. En 1991, un rapport déclassifié des serves de renseignement de l’armée des Etats-Unis révélait que le sénateur (à l’époque) Uribe « travaillait pour le Cartel de Medellin » en tant « qu’ami proche » du baron du cartel de la drogue, Pablo Escobar. A ce jour, 62 de ses alliés politiques ont fait l’objet d’enquêtes pour complicité avec les paramilitaires. Une des principales caractéristiques de son règne est le sort réservé aux journalistes qui osent éclairer le côté sombre du personnage. L’année dernière, quatre journalistes ont reçu des menaces de mort après avoir critiqué Uribe. Depuis 2002, au moins 31 journalistes ont été assassinés en Colombie. Une autre habitude d’Uribe est d’accuser les syndicalistes et les militants des droits de l’homme de « collaborer avec les FARC ». C’est une manière de les « marquer ». Les escadrons de la mort colombiens, écrit Jenny Pearce, auteur du livre Under the Eagle : US Intervention in Central America and the Caribbean (1982) « sont de plus en plus actifs, confiants dans le fait que le président (Uribe) a si bien réussi à mobiliser le pays contre les FARC et que leurs atrocités pourront ainsi passer quasi inaperçues ».

Uribe était personnellement soutenu par Tony Blair, ce qui est assez typique de l’interventionnisme ancien mais discret de la Grande Bretagne en Amérique latine. Une « assistance contre insurrectionnelle » est fournie à l’armée colombienne, impliquée jusqu’au cou aux escadrons de la mort, ainsi qu’un entrainement dispensé par des (forces spéciales) SAS à des unités telles que les Bataillons de Haute Montagne, souvent condamnés pour leurs atrocités. Le 8 mars, des officiers Colombiens furent invités par le Foreign Office (ministère des affaires étrangères britannique – ndt) à un « séminaire sur la contre-insurrection » au centre de conférences de Wilton Park au sud de l’Angleterre. Il est rare que le Foreign Office parade aussi ouvertement avec les tueurs qu’il forme.

Les rôle des médias occidentaux suit d’anciens modèles, comme les campagnes qui ont ouvert la voie à l’éclatement de la Yougoslavie et le crédit accordé aux mensonges sur les armes de destruction massive en Irak. La préparation psychologique pour une attaque contre le Venezuela est en bonne voie, avec la répétition des mêmes types de mensonges et de calomnies.

La route de la Cocaine

Le 3 février, le journal « the Observer » consacra deux pages aux accusations de complicité entre Chavez et les trafiquants de drogue colombiens. Similaires aux célèbres articles du journal sur les soi-disant liens entre Saddam Hussein et Al Qaeda, le titre du journal disait « Révélation : le rôle de Chavez dans la route de la Cocaïne vers l’Europe ». Allégations gratuites, rumeurs non recoupées, aucune source identifiée. En réalité, le journaliste a même écrit, avec la volonté évidente de se couvrir, qu’ « aucune de mes sources n’a accusé Chavez d’avoir un rôle direct dans le gigantesque business du trafic de drogue en Colombie. »

En fait, le Bureau des Nations Unies sur le Crime et la Drogue a rapporté que le Venezuela participait pleinement dans les opérations antidrogues et qu’en 2005 avait saisi la troisième plus grosse quantité de cocaïne au monde. Même le Ministre des Affaires Etrangères a reconnu « l’énorme effort de coopération de la part du Venezuela ».

Les calomnies sur la drogue ont récemment été renforcées par des articles sur « les alliances de plus en plus ouverts entre Chavez et les FARC » (voir l’article "Dangerous liaisons", New Statesman, 14 Avril). Là encore, « aucune preuve », dit le secrétaire général de l’Organisation des Etats Américains. A la demande d’Uribe, avec l’appui du gouvernement français, Chavez a joué le rôle de médiateur pour la libération d’otages retenus par les FARC. Le 1er mars, les négociations furent sabotées par Uribe qui, avec l’appui logistique des Etats-Unis, a fait tirer des missiles sur un camp en Equateur, tuant Raul Reyes, le premier négociateur des FARC. Selon les militaires colombiens, un « courrier électronique » découvert dans l’ordinateur portable de Reyes montre que les FARC ont reçu 300 millions de dollars de la part de Chavez. L’accusation est fausse. Le document en réalité mentionne Chavez dans une affaire d’échange d’otages. Et le 14 avril, Chavez a sévèrement critiqué les FARC. « Si j’étais un guérillero, » dit il, « je n’aurais pas besoin de retenir une femme, un homme qui ne sont pas soldats. Libérez les civils ! »

Tous ces mensonges ont cependant un objectif. Le 10 mars, l’administration Bush a annoncé qu’elle avait entamé la procédure pour placer le Venezuela sur la liste des « états terroristes », en compagnie de la Corée du Nord, de la Syrie, de Cuba, du Soudan et de l’Iran, ce dernier pays étant actuellement dans l’attente d’une attaque de la part du plus grand état terroriste au monde.

Un assassinat « Made in the USA » provoque une crise en Amérique du Sud

 

Par Bill Van Auken, le 11 mars 2008

CartePrès d’une semaine après le raid transfrontalier de la Colombie contre un camp du mouvement de guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) en Equateur, un pays voisin de la Colombie, l’Amérique latine continue de faire face à sa plus importante crise diplomatique et militaire depuis des décennies. Le gouvernement et les médias américains sont intervenus avec des commentaires et des conseils non sollicités, attribuant la confrontation tendue entre la Colombie, l’Équateur et le Venezuela à la menace du terrorisme en Colombie, à la complicité du Venezuela dans le terrorisme et à la grande animosité entre les différents chefs d’Etat de ces trois pays.

Le porte-parole du département d’Etat Tom Casey a déclaré qu’« il est important de reconnaître que les événements qui ont eu lieu ont été, en fait, une réponse à la présence de terroristes ». De même, le porte-parole de la Maison-Blanche Dana Perino a affirmé que la Colombie « se défend contre le terrorisme ».

Cette réaction officielle étend l’application de la doctrine Bush à la Colombie, principal Etat satellite de Washington en Amérique du Sud et bénéficiaire de quelque 600 millions de dollars par an en aide militaire américaine. Cette doctrine soutient que dans la « guerre mondiale contre le terrorisme » des subtilités telles que le respect des frontières souveraines et le droit international ne s’appliquent plus.

Le Washington Post est allé encore plus loin, appelant le raid du 1er mars un « succès remarquable » et accusant le président du Venezuela Hugo Chavez et le président de l’Equateur Rafael Correa de « soutenir un mouvement armé qui a un historique de terrorisme ». Il a comparé l’attaque sur le campement des FARC aux attaques aériennes américaines contre Al-Qaïda au Pakistan.

Et le New York Times, la voix de l’establishment ex-libéral américain, a jugé « difficile de croire qu’au 21ème siècle, les gouvernements démocratiquement élus de la Colombie, de l’Équateur et du Venezuela parlent de se faire la guerre ». Tout en reconnaissant que le raid colombien constituait « une violation du territoire de l’Equateur, une question sensible partout », il a exhorté les dirigeants prétendument exaltés de l’Equateur et de la Colombie à « refroidir leur rhétorique et à commencer à discuter sérieusement de la façon dont ils peuvent conjointement sécuriser leurs frontières contre les FARC ».

A lire ces articles, on ne devinerait jamais que Washington a joué un rôle dans les événements sanglants à la frontière entre la Colombie et l’Equateur. L’administration Bush se présente elle-même, et cela est largement répété dans les médias complaisants, comme un champion altruiste des valeurs démocratiques et un allié fidèle de la population de l’hémisphère sud.

Les faits, cependant, laissent voir quelque chose d’autre et de laid. Les trois pays andins ont été amenés au bord de la guerre par un assassinat politique mené de sang-froid dans le but de promouvoir les intérêts de l’impérialisme américain au détriment du peuple colombien et de la population de toute la région.

L’assaut du 1er mars a été mené non pas pour défendre la Colombie contre le terrorisme, mais pour assassiner un homme, Raul Reyes, considéré comme le numéro deux des FARC et le principal porte-parole international et représentant diplomatique du mouvement de guérilla. Il était bien connu en Amérique latine et en Europe après avoir été le principal négociateur des FARC dans la tentative avortée, sous le gouvernement du président Andres Pastrana (1998-2002), de négocier un règlement pacifique de la guerre civile qui a ruiné la Colombie pendant plus de quatre décennies. Au cours de cette même période, il s’est entretenu avec des responsables du département d’Etat de Clinton.

Pour réaliser ce meurtre politique, des frappes aériennes ont été commandées sur le camp en Equateur pendant que Reyes et 20 de ses camarades dormaient. Des commandos ont ensuite été envoyés dans le camp pour tuer la plupart des survivants et pour transporter le cadavre sanglant de Reyes en Colombie comme trophée politique pour le gouvernement de droite d’Alvaro Uribe appuyé par les Etats-Unis.

Cette impitoyable attaque n’a pas été orchestrée pour éviter une attaque terroriste imminente. Au contraire, elle était une « frappe préventive » contre une libération d’otages négociée par les FARC. Parmi ces otages se trouve une ancienne candidate à la présidence, Ingrid Bétancourt, qui possède la citoyenneté colombienne et française et qui est retenue en otage par les FARC depuis six ans.

Seulement deux jours avant le massacre frontalier, le président français Nicolas Sarkozy avait publiquement réclamé la libération d’une Bétancourt souffrante et fait savoir qu’il était prêt à se rendre en personne jusqu’à la frontière colombienne afin de la ramener.

Les FARC eux-mêmes ont publié une déclaration selon laquelle Reyes avait travaillé avec le président vénézuélien Chavez pour concrétiser les plans d’une réunion avec Sarkozy afin d’organiser la remise de Bétancourt.

Le gouvernement français n’a pas nié cette version des faits. En effet, lundi, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a déclaré à la presse : « C’est une mauvaise nouvelle que l’homme avec qui nous tenions des discussions, avec qui nous avions des contacts, a été tué. Vous rendez-vous compte à quel point le monde est horrible ? »

Pendant ce temps, un vice-ministre des Affaires étrangères français a confirmé le rôle de médiateur joué par Chavez dans les négociations entre les FARC et Sarkozy pour la libération des otages. « Le président Chavez a pris l’initiative, il avait pris l’initiative plus tôt et ça avait permis la libération de plusieurs otages, même si la situation était dans une impasse depuis un certain temps. Nous sommes donc conscients de son implication et du rôle important qu’il a joué » a déclaré la ministre Rama Yade lors d’une conférence de presse à Genève.

Après la nouvelle de l’assassinat de Reyes, le ministère français des Affaires étrangères a publié une déclaration révélatrice selon laquelle le gouvernement colombien était bien informé que la France tenait des négociations avec lui.

Cette version des faits a été développée cette semaine par la presse argentine. Citant des sources provenant du ministère argentin des Affaires étrangères, des journaux argentins ont indiqué que Sarkozy avait envoyé une délégation de trois représentants personnels à la Colombie et que ceux-ci se trouvaient dans la région frontalière afin de rencontrer Reyes.

« Samedi [le jour du raid transfrontalier], les trois négociateurs étaient à 200 kilomètres de la zone où l’attaque a eu lieu et se dirigeaient vers une réunion avec Reyes lorsqu’ils ont reçu un appel » a écrit le quotidien Pagina 12. C’est Luis Carlos Restrepo, le chef de la Commission pour la Paix du gouvernement colombien, qui les a avertis de ne pas se rendre au lieu où se tenait la réunion.

Le rôle des Etats-Unis dans l’assassinat de Reyes

ReyesLes responsables colombiens ont ouvertement reconnu le rôle des agences américaines de renseignement dans l’instigation et la coordination de l’assassinat ciblé du 1er mars. Le Général Oscar Naranjo, commandant de la police nationale, a déclaré aux journalistes que ce n’était pas un secret que le corps militaire et policier de la Colombie maintenait « une très forte alliance avec les agences fédérales des Etats-Unis ».

Le réseau de radio colombien, Radio Cadena Nacional (RCN), a déclaré mercredi que le renseignement américain a localisé Reyes en surveillant un appel téléphonique par satellite entre le chef des FARC et le président vénézuélien Chavez. L’appel du 27 février, trois jours avant l’attaque, a eu lieu après la remise par les FARC aux autorités vénézuéliennes de quatre anciens législateurs colombiens (Gloria Polanco, Luis Eladio Perez, Orlando Beltran et Jorge Eduardo Gechem) qui étaient tenus en otage depuis près de sept ans.

« Chavez était excité par la libération des otages et appela Reyes pour lui dire que tout avait bien été », rapporte le journaliste de RCN. On peut supposer que la CIA ou d’autres agences américaines de renseignement écoutaient les conversations téléphoniques entre Reyes et les représentants français à propos de la libération de Bétancourt.

Une autre station colombienne, Noticias Uno, a cité des sources des services secrets disant qu’elles avaient reçu des photos d’un « avion espion étranger » qui avait localisé avec précision le camp de Reyes en Equateur.

Le commandant de police colombien a insisté sur le fait que, bien qu’il se fiait aux renseignements américains, l’attaque du 1er mars avait été une « opération autonome ».

Cette assertion est pour le moins improbable. Des « entraîneurs » militaires américains sont attachés à l’unité d’élite contre insurrectionnelle qui aurait été employée au sol pour achever les survivants du bombardement aérien.

Pour ce qui est du raid aérien lui-même, le ministre équatorien de la Défense, Wellington Sandoval, rapportait que l’attaque avait impliqué l’utilisation de cinq « bombes intelligentes » du type utilisé par les militaires américains. « C’est une bombe qui, lancée d’un avion à haute vitesse, frappe dans un rayon de cinq mètres de l’endroit où elle est programmée pour frapper », a-t-il dit. Il a ajouté que pour atteindre Reyes avec une telle arme, « il fallait un équipement que les armées d’Amérique latine n’ont pas. »

Tant Washington que le régime de droite en Colombie étaient déterminés à mettre un terme aux libérations d’otages afin d’intensifier leurs efforts pour isoler politiquement le régime de Chavez et imposer l’interdiction du régime Bush de négocier avec des « terroristes ».

Au même moment, les bombes lancées sur le camp des FARC visaient sans aucun doute à envoyer un message à Sarkozy de ne pas se mêler des affaires de l’impérialisme yankee dans sa « cour arrière ». Il faut se rappeler que le président français, peut après son élection, avait envoyé son épouse d’alors en Libye pour finaliser la libération de six travailleurs de la santé qui étaient détenus sous de fausses accusations depuis huit ans. Ce coup politique avait coupé l’herbe sous le pied de l’Union européenne, qui négociait la libération, et frayé la voie à de lucratifs contrats entre la Libye et des compagnies françaises. Washington n’avait aucune intention de voir Paris poursuivre une voie similaire en relation avec le Venezuela, qui constitue la quatrième source en importance de pétrole pour les Etats-Unis.

En dernière analyse, cet épisode de la « guerre globale au terrorisme », qui a mené trois pays d’Amérique du Sud au bord d’un conflit armé, est le produit d’un meurtre politique crapuleux, exécuté pour défendre les intérêts stratégiques et les profits du capitalisme américain.

C’est un rappel que « Meurtre Inc. » — comme la CIA se fit connaître durant les années 1960 et 1970 lorsqu’elle organisait assassinats et tentatives d’assassinats, coups d’État de droite et sales guerres — est encore en affaires en Amérique Latine.

(Article original paru le 7 mars 2008)

Révélations : Il y avait des négociateurs français, Uribe et les Etats-Unis et le camouflet à la France

Vendredi 7 mars 2008, par Danielle Bleitrach

La colombie à la solde des Etats-UnisIl est clair que la Colombie et les Etats Unis ont beaucoup de mal à expliquer qu’il y aurait connivence entre Chavez , Correa et les FARC pour pratiquer le terrorisme international. D’abord parce que d’autres pays étaient impliqués non seulement la France mais, les Espagnols et les Suisses. Nous allons voir jusqu’à quel point. Et d’autre part la thèse de la lutte contre le terorisme international, qui justifierait tout de la part des Etats-Unis, a du mal à passer dans le sous continent Amérique latine. Ce sous continent ne cesse de subir le terrorisme d’Etat des Etats-Unis, qui soit directement, soit par le biais d’hommes de main qu’ils protègent comme Posada Carriles, assassinent des hommes d’Etat, destabilisent des gouvernements élus et installent des assassins formés à leur école.

Il faut bien mesurer que ce qui s’est passé en Equateur a soulevé l’indignation générale .En France, les médias aux ordres ont bien tenté de faire porter le chapeau de la crise andine à Chavez, aux FARC ou à tout autre victime (1) mais de toute la planète est venue la réprobation. Les Etats-Unis paraissent bien isolés avec leurs alliés criminels et voyous, Israël et La Colombie. Car ce qui vient de se passer à Gaza crée un contexte, des rapprochements : la Colombie ne serait-elle pas l’équivalent d’Israël pour l’Amérique latine, un danger permanent pour ses voisins sous couvert d’assurer sa sécurité, un massacreur d’une partie de la population autochtone au nom des droits de l’occident sur les Indigènes.

Notre presse servile tente encore de nous cacher ce qui paraît de plus en plus évident : il y avait des négociateurs français à proximité de Reyes, ils préparaient la venue de Sarkozy.

Nul n’ignore désormais que l’incursion en Equateur et l’assassinat a été préparé par l’armée nord américaine jouissant de techniques sophistiquées. Résultat sur le fond cette crise témoigne de la perte d’influence du président Bush. L’OPEP, à laquelle appartient Chavez a refusé d’augmenter la production pétrolière après la flambée des cours du pétrole malgré la demande de Bush, les pays pétroliers lui ont répondu que cette augmentation ne dépendait pas d’eux. On ne saurait être plus clair. Même attitude de l’organisation (OEA) des Etats d’Amérique, qui a longtemps été le symbole de la vassalité de l’Amérique latine aux Etats-Unis. Dans sa réunion d’urgence cette organisation a condamné l’incursion en Equateur. Et voici que la France, partie prenante dans cette affaire puisque c’est bien en préparant l’accueil du président français pour récupérer Ingrid Bétancourt que Reyes et 16 compagnons et compagnes ont été assassinés en territoire équatorien(2) , continue à discuter avec Chavez la libération de la franco colombienne. Celui-ci paraît plus décidé que jamais à otenir cette libération quitte à envoyer 10 bataillons à la frontière pour éviter un nouveau coup fourré de Uribe et de Bush.

Dans tout l’Amérique latine, le 6 novembre dans toutes les capitales, y compris à Paris vont défiler des centaines de milliers de personnes pour réclamer la paix en Colombie, désigner le système mafieux et l’allégeance aux Etats-Unis de ce pays. Ces manifestants vont dénoncer le rôle de ce pays qui est devenu la plate-forme des Etats-Unis et d’un véritable terrorisme d’Etat contre ses voisins. Dans ce pays s’imbriquent des phénomènes que peu de gens connaissent en Europe, rares sont ceux qui savent les liens étroits entre les Etats-Unis le terrorisme qu’ils imposent à toute l’Amérique latine, les trafiquants de drogue et les paramilitaires payés par l’oligarchie qui font régner la terreur dans la paysannerie indigène (3). Sans cette connaissance de la région il est impossible de comprendre qui sont les FARC et comment ils ont été contraints de devenir guérilleros pour échapper à ce système qui a fait des milliers de morts de syndicalistes, de journalistes. Donc les manifestations qui auront lieu aujourd’hui réclameront la paix ,l’indépendance et la fin du terrorisme d’Etat pour la Colombie et elles prendront aussi l’allure d’un hommage à Reyes et ses compagnons autant qu’une exigence de libération des otages.

Si chez nous les milliards déversés dans nos médias, l’incurie intellectuelle de nos journalistes, et le poids d’un système de propagande peut entretenir l’idée de la criminalisation des FARC, voir d’une réaction outrée de Chavez, cette position a du mal à contenir la réalité des faits et surtout l’incontournable évidence de la condamnation unanime de l’Amérique latine et le rôle joué dans l’assassinat par la négociation avec le président français.

Les négociations entre Sarkozy et Chavez se poursuivent

« Le président de la République s’est entretenu aujourd’hui par téléphone avec le président vénézuélien, Hugo Chavez, pour évoquer la situation régionale et la question des otages en Colombie », a annoncé dans un communiqué le porte-parole de l’Elysée, David Martinon. Peu auparavant, M. Chavez a indiqué depuis Caracas avoir exprimé sa volonté de paix, dans un entretien téléphonique avec Nicolas Sarkozy. « Les deux présidents ont exprimé le souhait que les récents développements n’enrayent pas la poursuite du processus de libération des otages qui restent aux mains des Farc » (Forces armées révolutionnaires de Colombie), a précisé M. Martinon.

Selon le porte-parole, « devant la montée préoccupante des tensions dans la région andine », le chef de l’Etat français « a réitéré son appel à tous les pays de la région et à tous les acteurs concernés à faire preuve de retenue et de responsabilité, afin que soit rapidement retrouvé le chemin du dialogue et de la coopération ».

M. Sarkozy « a une nouvelle fois remercié le président Hugo Chavez pour ses efforts qui ont permis la libération de six otages », a ajouté M. Martinon.

Les conditions de l’assassinat de Reyes, l’implication française

Rafael Correa, le président de l’Equateur avait été avisé on le sait personnellement par un coup de téléphone d’Uribe de la mort de Reyes à l’occasion d’une “poursuite à chaud”, mais l’Equateur avait découvert que non seulement il s’agissait d’un bombardement d’hommes et de femmes endormis, mais que les troupes d’Uribe et les conseillers étasuniens étaient venues en territoire équatorien chercher le corps de Reyes pour l’exhiber triomphalement.

La présidence française paraît avoir été alerté par le même Uribe qui a expliqué aux négociateurs français qu’ils ne pouvaient se rendre sur le lieu fixé toujours selon la même fiction de “la poursuite à chaud” et ce quelques heures avant l’ouverture de la négociation.

” Comme l’a déclaré à la presse française l’ex-mari de Ingrid bétancourt : “Ce qui est extrêmement choquant, c’est que le 26 février, une réunion à Panama réunit les délégués des pays médiateurs (Espagne, France, Suisse, NDLR) et le haut-commissaire colombien pour la paix Luis Carlos Respreto. Les délégués annoncent qu’ils vont rencontrer Raul Reyes. Respreto répond : « Oui, faites-le, c’est important. » Et dans la nuit de vendredi, Uribe décide sciemment de faire abattre Reyes en territoire équatorien ! Sans prévenir les présidents des Etats médiateurs, ni le président Correa alors qu’il commet un acte de guerre dans son pays. Il se moque du monde ! “(4)

Ce qu’il faut savoir et que notre presse servile nous laisse ignorer alors que toute la presse d’Amérique latine et du monde en fait état est que, en total accord avec Uribe, le président Sarkozy avait trois envoyés personnels en Colombie. Depuis octobre dernier, ils menaient la négociation avec Reyes pour obtenir la libération de la franco-colombienne et ex-candidate présidentielle Ingrid Betancourt. Les trois négociateurs français étaient installés dans une zone proche de celle où l’attaque s’est produite. Le mois dernier, un autre envoyé personnel de Sarkozy avait maintenu une réunion avec le Commissaire pour la Paix, Luis Carlos Restrepo, qui fait partie du gouvernement de Uribe. À ce qu’il semble, samedi, les trois négociateurs se trouvaient à 200 kilomètres de la zone de l’attaque et se dirigeaient vers une réunion avec Reyes quand ils ont reçu l’appel téléphonique. Le Commissaire pour la Paix les a prévenu de ne pas s’approcher du point de rencontre dans les heures suivantes. Le même Carlos restrepo qui s’était engagé au Panama.

Alors que Uribe avait donné des garanties pour qu’ils traitent de la libération des otages, il a violé sa parole avec l’aide des Etats-Unis dont il est l’homme des basses oeuvres. D’ailleurs seul Washington a soutenu le président colombien.

La presse latino américaine fait état de la présence des négociateurs français, du processus engagé, donc le camouflet a donc été infligé non seulement à Rafael Correa et à Chavez mais à la France.

Il faut toute la vassalité française aux Etats-Unis pour qu’il n’y ait pas d’incident diplomatique. Le coups de téléphone à Hugo Chavez était bien le moins que le président français puisse faire surtout s’il voulait réellement récupérer ingrid Bétancourt. Il semble que Nicolas sarkozy a sciemment ou plus vraisemblablement par légéreté politique entraîné tout le monde dans un piège qui visait à développer l’insécurité dans la région tout en prétendant par félonie décapiter les FARC .

L’isolement d’Uribe et des Etats-Unis

L’entretien téléphonique est intervenu le jour même où l’Organisation des Etats Américains (OEA) se réunissait à nouveau à Washington pour tenter de trouver une issue diplomatique à la crise, déclenchée par un raid colombien mené samedi en territoire équatorien contre la guérilla des Farc.

La Colombie s’est retrouvé isolée avec les Etats-Unis, Uribe d’ailleurs n’a cessé avec le même embarras que Bush de soufller le chaud et le froid, appelant à la paix et au dialogue et l’instant d’après sortant les accusations les plus outrées et les plus fantaisistes contre Hugo Chavez et les FARC.

Face aux annonces de mobilisation de troupes vénézuéliennes et équatoriennes à la frontière avec la Colombie, Uribe a dit qu’elle ne mobiliserait pas ses force. Ce qui ne veut strictement rien dire vu que l’armée colombienne flanquées de “conseillers” étasuniens est de toute façon en permanence à la frontière et y protège les incursions de voyous paramilitaires voire de terroristes contre le Venezuela. Après , il a provoqué les présidents du Venezuela et d’Équateur en les accusant de ”connivence” avec la guérilla des FARC. Alors qu’il avait donné sa parole de ne pas intervenir.

On n’imagine bien qu’ un tel contexte soulève l’indignation de toute l’Amérique latine et des gouvernements du monde entier. Même si les grandes orgues médiatiques font tout pour créer une situation d’égalité entre l’agresseur et la victime, en entretenant l’opacité et le flou sur la réalité.

Le président vénézuélien Hugo Chávez, accusé Uribe d’être un “assassin” et un ”mafieux”,ce qui est rude mais parfaitement exact. Même le président du Pérou, Alan Garcia, qui est lui-mêmes suspect des mêmes tares que Uribe, a appelé au dialogue mais il a précisé qu’il n’était pas possible de ne pas critiquer la violation de la souveraineté territoriale équatorienne.

La Colombie s’est retrouvée isolée avec les Etats-Unis qui ont du néanmoins faire profil bas pour éviter d’être directement impliqués . Le porte-parole du Conseil National de la Sécurité Gordon Johndroe, qui a exprimé sa surprise “pour l’étrange réaction du président Chávez“. Et plus tard, une déclaration officielle du département d’État disait :” Nous soutenons le gouvernement de la Colombie dans son combat contre les organisations terroristes qui menacent la stabilité et la démocratie “.

Mais Uribe a tenté d’impliquer plus franchement son allié nord-américain, craignant que celui-ci ne le lâche, et le directeur national de la police colombienne, Oscar Naranjo général, a révélé dans une conférence de presse, que la localisation de Reyes a été possible grâce à une information fournie par la CIA. Selon Naranjo, l’agence nord-américaine avait détecté un téléphone cellulaire que Reyes utilisait sporadiquement. Le chef policier a souligné que l’information a été délivrée aux forces colombiennes environ dix jours avant samedi. Comme l’a souligné le quotidien El Païs qui rapporte ces faits, “il confirmait que l’opération avait quelques jours de préparation, tandis que se développait y compris la la négociation des français avec les FARC et qu’il ne s’agit pas d’une réaction défensive comme l’a argué le gouvernement colombien dans un premier temps.”

Ureibe est allé jusqu’à se plaindre du changement d’attitude du président Correa calme à le samedi quand il lui avait téléphoné et “furieux” le dimanche. Il oubliait de signaler que entre temps Correa avait découvert qu’il ne s’agissait pas d’une poursuite à chaud comme le lui avait dit Uribe. Entre temps Correa a été informé que les guerrilleros dormaient quand leur campement a été bombardé et après de brèves consultations avec d’autres gouvernements il en est arrivé à la conclusion que l’attaque était planifiée depuis longtemps. Uribe avait menti et lui avait caché durant tout ce temps quil préparait une incursion sur le territoire de l’Équateur.

Tous les gouvernement, celui d’Argentine, celui du Brésil ont déployé une intense activité qui a abouti à cette condamnation unanime de l’OEA. Parce qu’il s’agissait d’établir les véritables responsabilités pour éviter une guerre que semblent souhaiter les Etats-Unis et la Colombie. C’est d’ailleurs le seul sens que l’on puisse donner à cette expédition meurtrière et en violation de toutes les paroles données. Il s’agissait d’un piège pour destabiliser la région et tenter d’arrêter le processus de libération et d’unification bolivarienne qui ne cesse de gagner du terrain. Dans cetre affaire les Etats-Unis et la Colombie n’ont pas réussi à entraîner les gouvernements dits “modérés” derrière eux, et le rôle positif joué une fois de plus par Lula et christina kichner doit être souligné.

Correa avait sollicité une réunion urgente de l’Organisation des Etats Américains (OEA) pour discuter de la crise mais les Etats Unis ont essayé e’ampêcher la convocation. Finalement les chancelleries sud-américaines, surtout celles d’Argentine, Brésil et Chili ont obtenu qu’elle ait lieu et qu’elle aboutisse à cette condamnation et à l’isolement de ceux qui souhaitent que la violence ne s’arrête jamais ici comme au Moyen-orient, parce qu’elle est la garantie de leur domination et de leur pillage.

Nos médias fauteurs de guerre qui cachent ces réalités deviennent de plus en plus criminels dans une monde où montent les dangers.

Danielle Bleitrach

(1) on aura tout lu y compris que Chavez était lié aux FARC par le trafic de drogue. Quand on connait un peu la région il y a pourtant des évidences, la drogue ne peut quitter la Colombie que par les zones totalement contrôlés par les paramilitaires et Uribe a des liens avec ces paramilitaires tranfiquants de drogue. Alors que Chavez subit de la Colombie voisine des incursions de ces mêmes paramilitaires trafiquants qui déstabilisent le Venezuela, assassinent les syndicalistes et les paysans.

Source : Changement de société

P.S.

(2) Des rumeurs insistantes font état du fait que c’est en localisant les appels de Chavez à Reyes pour la libération d’Ingrid bétancourt que l’armée américaine a pu assassiner le porte-parole des FARC. De même aujourd’hui Chavez a décidé d’employer les grands moyens d’envoi de troupes pour mettre en place la récupération des otages et la protection du chef historique des FARC qui paraît s’impliquer lui-même dans cette opération comme pour affirmer la volonté de paix des FARC.

(3) Quand je lis des sondages sur l’opinion de la population colombienne contre les FARC ou le soutien à Uribe, je ne peux m’empêcher de penser à toute cette population, environ 40 % qui vit dans des conditions de sous développement abominables, depuis les enfants des rues de Bogota, drogué et prostitués, jusqu’aux pauvres peons des zones rurales frappés, violés, menacés par les paramilitaires de l’oligarchie et je me demande qui a répondu aux sondages.

(4) Propos recueillis par Isabelle Horlans pour le journal France Soir, le jeudi 6 mars 2008. Selon Fabrice Delloye,lex-mari d’Ingrid bétancourt, le président Alvaro Uribe se comporte en saboteur à des fins personnelles. L’ex-époux d’Ingrid place son dernier espoir dans les Farc.

Washington et Bogota contre Hugo Chávez

Salim Lamrani

L’hostilité de l’administration Bush à l’égard du gouvernement vénézuelien a marqué un nouveau pas le 19 janvier 2008 avec les déclarations du « tsar antidrogue » étasunien John P. Walters. En effet, lors d’une visite en Colombie, ce dernier a accusé le président Hugo Chávez « d’être en train de se convertir en un grand facilitateur du trafic de cocaïne vers l’Europe et d’autres endroits de l’hémisphère ». Cette nouvelle attaque contre le plus populaire des leaders latino-américains, loin d’être gratuite, fait partie de la stratégie de diabolisation de l’administration bolivarienne orchestrée par la Maison-Blanche afin de justifier une action plus radicale contre le Venezuela. Désormais, Washington et Bogota tentent de lier le Venezuela au trafic international de drogue afin de ternir l’image du président Chávez1.

Attaques contre le Venezuela

Quelques jours plus tard, le 24 janvier 2008, le ministre colombien de la Défense Juan Manuel Santos a déclaré qu’au moins trois chefs des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) vivaient au Venezuela, sans fournir de plus amples détails. Au même moment, le vice-président colombien Francisco Santos a accusé le maire de Maracaibo Gian Carlo Di Martino de fournir des armes à la guérilla colombienne et plus précisément à l’Armée de libération nationale (ELN), en se basant sur une vidéo qui s’est révélée être fausse. Loin de faire marche arrière, ce dernier a même affirmé que l’élu vénézuelien serait capturé et emmené en Colombie2. Pour sa part, Di Martino a dénoncé « un montage qui dévoile le plan des Etats-Unis [...] et du gouvernement colombien de provoquer un processus de déstabilisation a la frontière vénézuelienne3 ».

Les services de renseignement colombiens ont également accusé le Venezuela de fournir des munitions aux FARC et à l’ELN, suivant les déclarations du Département de la Défense des Etats-Unis4. L’opposition vénézuelienne a emboîté le pas à Washington et Bogota. Une ancienne responsable du Bureau national antidrogue (ONA), Mildred Camero, a déclaré que des supposés narcotrafiquants étaient « protégés par les autorités vénézueliennes et qu’ils agissaient avec une liberté absolue5 ».

Le point commun entre toutes ces accusations est l’absence absolue de preuves ou de faits concrets étayant les diverses déclarations. Le président Chávez a dénoncé les manœuvres colombiennes et étasuniennes. « J’alerte le monde à ce sujet : l’empire nord-américain est en train de créer les conditions pour générer un conflit armé entre la Colombie et le Venezuela », a-t-il souligné. « En moins d’une semaine le chef des forces armées de l’empire s’est rendu en Colombie [suivi par] le tsar antidrogue qui a dit que j’étais un ‘grand facilitateur’ du narcotrafic », a-t-il ajouté, fustigeant par la même occasion les déclarations du ministre colombien de la Défense6.

Le président du Nicaragua Daniel Ortega a également mis en garde la communauté internationale contre le danger représenté par l’actuelle campagne destinée à lier le Venezuela au trafic de drogue. « Les Etats-Unis sont en train d’utiliser le territoire colombien [...]. Il s’agit d’un pays qui est militairement occupé par les Etats-Unis, pour essayer de détruire cet espace qui est en train de s’ouvrir en Amérique latine », a-t-il noté. « Nous espérons que le peuple colombien pourra freiner l’attitude de son gouvernement afin qu’il ne commette pas la folie de provoquer une confrontation7 ».

Alvaro Uribe et la Drug Enforcement Agency impliqués dans le trafic de drogue

En réalité, le seul haut dirigeant à être impliqué dans le trafic de drogue est le président colombien Alvaro Uribe, comme le souligne une source au-dessus de tout soupçon : un rapport d’intelligence du Département de la Défense des Etats-Unis de septembre 1991 détaille les relations de ce dernier avec le cartel de Medellín et les paramilitaires. Ce document confidentiel liste 104 « délinquants, assassins, trafiquants et avocats suspects » dont « Alvaro Uribe, homme politique et sénateur colombien consacré à collaborer avec le Cartel de Medellín ». Le rapport ajoute que « Uribe a été lié à [...] des activités narcotiques aux Etats-Unis [...], il a travaillé pour le Cartel de Medellín et est un ami proche de Pablo Escobar Gaviria8 ».

Un mémorandum élaboré par l’avocat du Département de la Justice des Etats-Unis Thomas M. Kent révèle également que l’Agence de lutte contre la drogue (Drug Enforcement AgencyDEA), qui fait partie du Département de la Justice, a régulièrement collaboré avec les narcotrafiquants colombiens et les paramilitaires et que ses fonctionnaires « sont des agents corrompus dans la guerre contre la drogue ». Ce document constitue un réquisitoire implacable contre la DEA et affirme, entre autres, que de nombreux fonctionnaires sont à la solde de criminels colombiens, qu’ils sont complices d’assassinats d’informateurs et directement impliqués dans le soutien des opérations de blanchiment d’argent des escadrons de la mort. Le mémorandum ajoute également que les agents corrompus jouissent de la protection des plus hautes instances gouvernementales9.

Le mémorandum de Kent, daté du 19 décembre 2004, s’est basé sur les déclarations d’agents de la DEA en Floride écartés du service pour avoir osé dénoncer les cas de corruption. Selon l’avocat étasunien, ces derniers ont fait face à « des risques terribles pour leurs carrières et leur sécurité, ainsi que la sécurité de leurs familles » pour avoir révélé « les noms de ceux qui sont directement impliqués dans l’activité criminelle à Bogota et aux Etats-Unis10 ».

D’après Kent, un agent de la DEA a été impliqué dans une activité criminelle en collaborant avec les escadrons de la mort de l’organisation paramilitaire Autodefensas Unidas de Colombia (AUC), responsable de plusieurs milliers d’assassinats. Le mémorandum expose « son implication dans le blanchiment d’argent pour les AUC ». Loin d’être traduit en justice, ce même agent a été promu et « s’occupe désormais de nombreuses enquêtes de stupéfiants et de blanchiment d’argent ». L’avocat affirme que les fonctionnaires du Département de la Justice ont classé l’affaire compromettante sans suite. « En juin 2004, la OPR [Office of Professional Responsability, qui est une branche de la DEA] et la DEA [...] ont demandé à mon agent chargé du cas de leur fournir toutes les informations [...]. Une semaine plus tard, l’enquête sur le blanchiment d’argent fut close11 ».

Le mémorandum de Kent détaille également trois cas impliquant des agents de la DEA en Colombie. Les fonctionnaires en question ont participé à une conspiration visant à assassiner des informateurs qui sont passés aux aveux. « Ils ont effectué d’étonnantes révélations au sujet des agents de la DEA à Bogota. Ils ont affirmé qu’ils avaient été assistés dans leurs activités narcotiques par les agents. Ils ont allégué de manière spécifique que les agents leur fournissaient des informations sur les enquêtes et d’autres activités en Colombie », a écrit l’avocat. Les agents de Bogota ont ensuite rencontré l’informateur auteur de la confession. « En sortant de la réunion, il fut assassiné », affirme le mémorandum. « D’autres informateurs [...] qui ont travaillé avec le groupe de la DEA en Floride ont également été assassinés. Chaque assassinat a été précédé d’une demande d’identification de la part d’un agent de la DEA12 ».

Les agents de la DEA à Bogota ont également empêché plusieurs informateurs de se rendre aux Etats-Unis pour témoigner. Alors qu’ils étaient chargés de s’occuper de leur voyage, les fonctionnaires de Bogota ont procédé à leur arrestation. Le mémorandum souligne que « les informateurs ont été détenus neuf mois alors que fusaient les accusations. Une fois que l’on a pu démontrer que les agents à Bogota mentaient, les informateurs ont été libérés. L’un des informateurs a été enlevé et assassiné à Bogota, où il se cachait13 ».

Par ailleurs, les agents de la DEA en Colombie ont empêché un informateur de rencontrer des agents venus de Floride dans le cadre d’une enquête les concernant. Ils n’ont d’ailleurs pas lésiné sur les moyens. « Un agent de Bogota qui s’est rendu à Washington a affirmé cette fois que l’informateur était un pédophile. L’enquête fut mise de côté. L’agent fut sollicité pour étayer son affirmation mais il n’a plus apporté aucune preuve14 ».

La légitimité morale de Washington et de Bogota mise à mal

Les révélations de l’avocat Kent sont accablantes aussi bien pour la Colombie que pour les Etats-Unis et mettent à mal leur légitimité morale pour s’ériger en donneurs de leçons. Quant au président Uribe, le rapport du Département de la Défense est implacable à son égard et démontre son implication dans le crime organisé et le trafic international de drogue.

Uribe n’est pas le seul haut responsable colombien à être impliqué dans le trafic de stupéfiants. Un général de l’armée colombienne à la retraite, Pauselino Latorre, ancien commandant des services de renseignement, ainsi que son neveu Leobardo Latorre, lui-même ancien procureur de l’unité anti-narcotique du Parquet ont été arrêtés en janvier 2008 pour blanchiment d’argent à hauteur d’un million de dollars et association avec les mafias de la drogue. Ils avaient élaboré un système pour envoyer des quantités substantielles de cocaïne (dix tonnes par mois) non seulement aux Etats-Unis mais également en Europe et en Afrique15.

Une réalité différente

Il convient de rappeler certains éléments indispensables au sujet de la problématique du trafic de drogue et de faire la lumière sur la campagne de discrédit lancée par Washington et Bogota contre le Venezuela. En effet, le plus grand producteur de cocaïne et le plus important consommateur de cette substance au monde n’est pas le Venezuela mais la Colombie. Ensuite, les Etats-Unis restent le plus important consommateur de drogues de la planète et n’ont jamais agi contre les institutions financières impliquées dans le blanchiment d’argent en provenance du trafic de drogue16.

L’administration Bush essaye de faire croire au monde que le Venezuela serait devenue la plaque tournante du trafic de drogue dans le monde. Le Département d’Etat a d’ailleurs placé, pour la troisième année consécutive, le pays dans la liste des nations ayant échoué dans la lutte contre le trafic de drogue. Cependant, le rapport mondial sur les drogues des Nations unies de 2007 contredit ces affirmations :

« Les expéditions vers l’Espagne transitent fréquemment, semble-t-il, par le Venezuela, le Brésil et un certain nombre d’autres pays, dont l’Équateur, la République dominicaine, l’Argentine et – c’est là une tendance nouvelle – le Mexique. Depuis deux ou trois ans, toutefois, la principale nouvelle tendance est l’expédition de cocaïne en Afrique de l’Ouest, généralement le long des côtes du Cap-Vert, de la Guinée-Bissau et des îles Canaries, ainsi que dans d’autres pays situés le long du Golfe de Guinée, dont le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Nigeria et, plus à l’ouest, la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria, en vue d’une livraison ultérieure en Europe17 ».

Par ailleurs, le Venezuela est reconnu pour sa lutte active contre le trafic de drogue. Depuis la rupture de la collaboration avec la DEA en 2005, les autorités bolivariennes sont passées de 43,25 tonnes saisies en 2004 à 77,52 tonnes en 2005. Au Venezuela, la DEA s’était rendue coupable d’activités conspiratrices et d’espionnage en faveur de l’opposition putschiste. La DEA a également bafoué à maintes reprises la législation vénézuelienne en procédant à l’arrestation de plusieurs individus, alors qu’il s’agit d’une compétence exclusive des autorités du pays. Caracas avait dénoncé « une flagrante violation de la souveraineté nationale » et une mise « en danger de la sécurité et de la défense de la nation18 ».

Enfin, il est difficile d’accuser les autorités vénézueliennes d’attentisme ou d’immobilisme dans la lutte contre le trafic de drogue. En effet, selon le Bureau national contre les drogues (ONA), en 2007, 57 tonnes de drogues et 53 avions ont été saisis sur le territoire national. Treize laboratoires de production de cocaïne ont été détruits à la frontière colombienne ainsi que 60 pistes d’atterrissage clandestines. En outre, 126 autres pistes sont en passe d’être démantelées. Plus de 178 tonnes de substances chimiques ont été saisies ainsi que 23 immeubles, 25 embarcations, 18 avions, 53 fermes et 106 véhicules utilisés dans cette activité criminelle. Le Venezuela a également procédé à l’extradition de trois individus vers la Colombie en mars et avril 2007, répondant favorablement à une demande du Département administratif de sécurité (DAS) de ce pays. Un citoyen étasunien a également été déporté, suite à une demande de Washington19.

Le Venezuela a investi 480 millions de dollars dans l’installation de radars permettant de contrôler l’espace aérien national, et plus particulièrement la frontière avec la Colombie. Plus de 380 fonctionnaires des services de la sécurité de l’Etat sont employés à plein dans la surveillance des éventuels trafics illicites et l’analyse des images satellites pour détecter les cultures illicites. En décembre 2007, pas moins de 14 survols de la zone frontalière ont été effectués20.

Les institutions internationales telles que les Nations unies, mais également l’Organisation des Etats américains ont salué les efforts vénézueliens dans la lutte contre le trafic la drogue, notamment au niveau de l’utilisation du système interaméricain des données uniformes sur la consommation des drogues, l’application de programmes de prévention, la réalisation d’enquêtes nationales, la création d’un registre national de substances chimiques à contrôler, la promulgation de la loi organique contre le crime organisé, l’éradication systématique des cultures de drogues et la ratification de plusieurs conventions internationales de lutte contre les drogues21.

Ainsi, le rapport 2007 de la Commission interaméricaine pour le contrôle de l’abus de drogues (CICAD) reconnaît les efforts réalisés par le Venezuela. Caracas a également signé 50 accords bilatéraux avec 37 pays concernant la lutte contre le trafic de drogue. Le Bureau national anti-drogues a été distingué pour son efficacité par la plupart des pays de la région et également par des nations telles que l’Espagne, le Royaume-Uni ou les Pays-Bas 22.

Le gouvernement bolivarien a également élaboré une stratégie nationale pour lutter contre le trafic de drogue en construisant trois aéroports à Maracaibo, Margarita et La Guaira qui seront les seuls points d’entrée et de sortie pour les avions privés et permettront ainsi d’exercer un meilleur contrôle du flux aérien. Un système d’identification (IFF) a été mis en place et permet de suivre la trace des avions qui entrent illégalement dans l’espace aérien du pays. Un réseau national anti-drogues a également vu le jour et implique l’ensemble des services sociaux de la nation. Caracas a enfin lancé un plan quinquennal (2008-2013) innovateur pour rendre plus efficace la lutte contre le crime organisé avec notamment un meilleur contrôle des voies maritimes et aériennes23.

Il sied de rappeler que les Etats-Unis, qui prétendent mener une guerre mondiale contre le trafic de substances illicites et qui accusent le Venezuela de manque de coopération dans ce domaine, ont empêché le gouvernement bolivarien d’acquérir des avions espagnols indispensables à la surveillance des frontières, car ces derniers contenaient des composants étasuniens. Washington a également interdit au Brésil de vendre 24 avions Tucanos à Caracas pour les mêmes raisons, alors qu’ils devaient être employés dans la lutte anti-drogues. Enfin, l’administration Bush a décidé de retirer deux radars de surveillance qui se trouvaient sur le sol vénézuelien24.

La double morale de Washington et les menaces de Bogota

Comme cela est aisément constatable, la Maison-Blanche ne dispose guère d’autorité morale pour stigmatiser le Venezuela sur la question de la lutte contre la drogue. La crédibilité de Washington se retrouve fortement ébranlée et c’est la raison pour laquelle les appels du Département d’Etat et de son porte-parole Thomas A. Shannon à reprendre le dialogue à ce sujet avec le Venezuela ne peuvent pas être pris au sérieux25.

De plus, Caracas n’a jamais fait preuve d’ambiguïté à ce sujet et s’est, au contraire, montré très clair : « Le narcotrafic est une activité criminelle aux conséquences immorales et tragiques. Il produit des millions de dollars pour les cartels de la drogue, mais détruit physiquement et moralement des millions d’êtres humains qui peuplent la terre. La lutte contre le narcotrafic est une obligation éthique26 ».

Hugo Chávez a réitéré sa mise en garde contre une éventuelle offensive colombienne contre le Venezuela. Ses soupçons ont de plus été confirmés par les services de renseignements des pays de la région27. Il a annoncé la mise en état d’alerte des forces armées car il « est possible que la Colombie se prête à une action militaire contre le Venezuela mais elle le regretterait pendant cent ans28 ». « J’accuse le gouvernement colombien de conspirer, agissant comme une marionnette de l’empire étasunien, et d’envisager une provocation militaire contre le Venezuela29 ». De son côté, Washington a nié une telle possibilité30.

Lors d’une réunion avec les familles d’otages colombiens, le ministre vénézuelien des Affaires étrangères, Nicolas Maduro, a réitéré son souhait de maintenir des relations cordiales et pacifiques avec la Colombie et à apporter modestement sa contribution en faveur de la libération de tous les otages et de la paix. Les FARC viennent d’ailleurs d’annoncer la libération unilatérale de trois nouvelles personnes31.

La campagne de désinformation lancée par la Maison-Blanche et relayée par Bogota n’a d’autre but que de ternir l’image du gouvernement vénézuelien. En effet, Washington n’accepte pas de voir une nation du sous-continent s’affranchir de sa tutelle et revendiquer son indépendance.

Notes

1 The Associated Press, « Venezuela rechaza acusación de zar antidrogas de EE.UU. », 21 janvier 2008.

2 Agencia Bolivariana de Noticias, « EEUU crea condiciones para generar conflicto entre Venezuela y Colombia », 26 janvier 2008.

3 Agencia Bolivariana de Noticias, « Di Martino : El video es un montaje », 26 janvier 2008.

4 Gonzalo Guillén, « Acusan a Chávez de suministrar balas a las FARC y el ELN », El Nuevo Herald, 21 janvier 2008.

5 The Associated Press / El Nuevo Herald, « Ex jefa antidrogas denuncia apoyo a narcos en Venezuela », 4 février 2008. Voir également The Associated Press / El Nuevo Herald, « Denuncian protección de narcos en Venezuela », 3 février 2008.

6 The Associated Press / El Nuevo Herald, « Chávez : EEUU propicia conflicto armado Colombia-Venezuela », 26 janvier 2008.

7 Ibid.

8 Agencia Bolivariana de Noticias, « EEUU conoce vínculos del presidente de Colombia con el narcetráfico y el paramilitarismo », 23 janvier 2008.

9 Agencia Bolivariana de Noticias, « DEA colabora con narcos y paramilitares en Colombia », 25 janvier 2008.

10 Bill Conroy, « Leaked Memo : Corrupt DEA Agents in ColombiaHelps Narcos and Paramilitaries. Internal Justice Dept. Document Alleges Drug Trafficking Links, Money Laudering and Conspiracy to Murder », The Narco News Bulletin, 9 janvier 2006. http://www.narconews.com/docs/ThomasKentMemo.pdf

11 Ibid.

12 Ibid.

13 Ibid.

14 Ibid.

15 Agencia Bolivariana de Noticias, « General y ex fiscal colombianos arrestados por pertenecer a mafia de la droga », 25 janvier 2008.

16 Agencia Bolivariana de Noticias, « Discurso del Embajador Jorge Valero, Viceministro para América del Norte y Asuntos Multilaterales y Representante Permanente de Venezuela, ante el Consejo Permanente de la OEA », 23 janvier 2008.

17 Office contre la drogue et le crime, 2007, rapport mondial sur les drogues, Nations Unies, 2007, p. 81. http://www.unodc.org/documents/wdr/WDR_2007/wdr2007_french_web.pdf

18 Agencia Bolivariana de Noticias, « Discurso del Embajador Jorge Valero, Viceministro para América del Norte y Asuntos Multilaterales y Representante Permanente de Venezuela, ante el Consejo Permanente de la OEA », op. cit.

19 Ibid.

20 Ibid.

21 Ibid.

22 Ibid.

23 Ibid.

24 Ibid. Voir également : The Associated Press / El Nuevo Herald, « Venezuela instalará nuevos radares para combatir narcotráfico », 24 janvier 2008.

25 Néstor Ikeda, « EEUU invita otra vez a Venezuela a ir al diálogo », The Associated Press / El Nuevo Herald, 23 janvier 2008.

26 Agencia Bolivariana de Noticias, « Discurso del Embajador Jorge Valero, Viceministro para América del Norte y Asuntos Multilaterales y Representante Permanente de Venezuela, ante el Consejo Permanente de la OEA », op. cit.

27 Ibid.

28 Ibid.

29 Jorge Rueda, « Chavez : Colombia Plans ‘Aggression’ », The Associated Press, 26 janvier 2008.

30 The Associated Press / El Nuevo Herald, « Subsecretario de EEUU descarta conflicto armado Venezuela y Colombia », 23 janvier 2008.

31 Agencia Bolivariana de Noticias, « Canciller Maduro reiteró el compromiso del Gobierno de Venezuela con la paz », 5 février 2008.

32 Salim Lamrani est enseignant, écrivain et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il a notamment publié Washington contre Cuba (Pantin : Le Temps des Cerises, 2005), Cuba face à l’Empire (Genève : Timeli, 2006) et Fidel Castro, Cuba et les Etats-Unis (Pantin : Le Temps des Cerises, 2006).

33 Il vient de publier Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme (Paris : Editions Estrella, 2008).

Le Journal « Le Monde » et la propagande de guerre états-unienne

Opération « Juste Cause » au Venezuela ?

par Romain Migus

Le quotidien français Le Monde, connu pour se comporter en fidèle relais de la propagande atlantiste, vient de reprendre à son compte les imputations de l’administration Bush contre le gouvernement vénézuélien l’accusant de participer au trafic mondial des drogues. Or, cette affirmation —qui n’est aucunement étayée et qui est contredite par les rapports de l’ONU— est un classique de Washington pour justifier d’opérations militaires.

31 JANVIER 2008

Depuis Caracas (Venezuela)

L’homme d’affaires et trafiquant de drogues Walter Del Nogal (à gauche) a réussi à se faire photographier à l’issue d’une réunion publique avec la maire chaviste de Caracas (de face en cravate), Juan Barreto. Une photo qui suffit à l’administration Bush et au Monde pour conclure qu’Hugo Chavez est impliqué dans le narco-trafic.

Le 8 août 2005, le gouvernement vénézuélien mettait fin à la collaboration qu’entretenaient ses services de lutte contre les drogues avec leurs homologues états-uniens de la Drug Enforcement Administration (DEA). La raison invoquée : les agents nord-américains passaient le plus clair de leur temps à des activités d’espionnage au lieu de la dite coopération. La DEA possédait notamment des bureaux au sein même du Bureau National Antidrogue vénézuélien (ONA, en espagnol), auxquels le propre directeur de l’ONA n’avait pas accès. Cette rupture avec la DEA n’isole pas le Venezuela dans la lutte anti-drogues puisque ce pays maintient 50 accords internationaux dans ce domaine avec 37 pays, la plupart européens [1].

Mais dès l’expulsion de la DEA, le problème de santé publique mondiale que représente la lutte contre le trafic des drogues allait se transformer au Venezuela en un thème récurrent de la guerre politico-médiatique.

Sans la DEA, les résultats s’améliorent

Et pourtant, sans les financements et la coopération états-unienne, le Venezuela allait rapidement afficher des résultats surprenants. Alors que les services vénézuéliens avaient saisi 43 tonnes de cocaïne en 2004, grâce à la collaboration de la DEA, ce chiffre allait augmenter à 77,5 tonnes en 2005 alors que la DEA était expulsée. Malgré une légère baisse en 2007 à 57,5 tonnes, les saisies de cocaïne au Venezuela restent largement supérieures à celles pratiquées avec la collaboration de l’agence états-unienne [2]. Selon l’ONU, depuis l’expulsion de la DEA, le Venezuela est depuis trois années consécutives le troisième pays comptabilisant les plus fortes saisies de cocaïne au monde. De nombreux parrains des drogues ont été arrêtés au Venezuela dans cette même période et certains ont été remis aux autorités colombiennes. De manière générale, le gouvernement vénézuélien a mis sous les verrous 4 000 trafiquants, ainsi que 68 fonctionnaires de police accusés de collaborer avec le crime organisé. Pour l’année 2007, le Venezuela a fermé 12 laboratoires clandestins qui produisaient jusqu’à 1 tonne de cocaïne par jour.

Le rapport mondial sur les drogues de l’ONU pour 2007 rappelle quelques chiffres éclairants. Le plus grand producteur de cocaïne est la Colombie avec 62 % de la production mondiale [3], le plus grand producteur d’opium au monde est l’Afghanistan qui concentre 92 % de la production [4]. Ces deux pays comptent sur une présence massive de l’armée des États-unis sur leur territoire, par le Plan Colombie pour l’un et l’occupation « Liberté Immuable » pour l’autre. Malgré l’occupation militaire états-unienne, le rapport de l’ONU nous enseigne que les résultats en matière de lutte anti-drogue dans ces pays sont catastrophiques. Pire, dans le cas de l’Afghanistan, la production a même augmenté entre 2005 et 2006.

En ce qui concerne la consommation, les États-Unis sont de très loin le plus grand consommateur mondial de drogues. À titre d’exemple, la ville de New York a une consommation de cocaïne par habitant près de 12 fois supérieure à celle de la ville de Paris. [5]

50 % de la cocaïne présente sur le territoire états-unien entrent par la côte Pacifique et 38 % entrent en longeant le littoral des pays d’Amérique centrale [6]. Autrement dit, 88 % de la cocaïne présente aux États-Unis ne transitent pas, selon l’ONU, par le Venezuela.

Le retour rapide sur les chiffres de la lutte contre les drogues au Venezuela nous semble nécessaire pour saisir l’ampleur d’un récent article du Monde, faisant du gouvernement vénézuélien un complice du trafic de drogue [7] . On y apprend qu’un homme d’affaire vénézuélien, Walter Del Nogal, est en passe d’être condamné en Italie pour trafic de drogue. Mais l’article précise que Del Nogal est réputé proche du gouvernement vénézuélien dont il aurait financé les campagnes de plusieurs élus, en jetant même le doute sur le président Chavez.

L’affaire Del Nogal

Revenons sur les faits. Del Nogal est arrêté à Palerme en septembre 2007. Le 4 octobre, le procureur général de la République bolivarienne du Venezuela, Isaias Rodriguez, rappelle que deux procureurs vénézuéliens enquêtaient déjà sur Del Nogal avant que ce dernier soit appréhendé en Italie [8]. Il souligne aussi que les autorités judiciaires vénézuéliennes ont offert leur coopération à l’enquête des juges italiens. Le 15 octobre, tous les biens, avoirs, sociétés, jets privés, voitures et immeubles appartenant à Del Nogal ont été saisis par la justice vénézuélienne et mis à la disposition de la ONA, comme le rappelle Le Monde. Quant aux accusations du quotidien du soir révélant une photo de Del Nogal (à gauche sur le cliché) avec le maire de l’agglomération de Caracas, Juan Barreto (de face, avec cravate, sur le cliché), ce dernier s’en est expliqué. Il s’agissait d’une réunion de membres de son parti politique avec de nombreux entrepreneurs afin de solliciter des fonds pour leurs campagnes électorales, ce qui est légal au Venezuela. De nombreuses photos ont été prises ce soir-là, des personnalités politiques s’affichant avec de nombreux entrepreneurs vénézuéliens, parmi eux Walter Del Nogal dont personne ne connaissait à l’époque les activités illégales.
Quant à l’opposant social-démocrate Julio Montoya, cité par Le Monde, le maire Juan Barreto l’a menacé de porter plainte pour diffamation si celui-ci n’apportait pas des preuves formelles du lien supposé du maire de Caracas avec le trafic de drogue. Devant l’incapacité de Montoya d’apporter plus que la photo prise durant la soirée avec les entrepreneurs, les accusations ont cessé.

Du moins au Venezuela, puisque Le Monde revient à la charge, sans apporter de preuves supplémentaires. La suspicion est même lancée non seulement sur le maire de Caracas mais aussi sur des responsables du gouvernement ainsi que sur le propre président de la république, Hugo Chavez.

Ce journalisme d’imputation est habituel lorsqu’il s’agit du Venezuela. Mais on peut se demander pourquoi Le Monde et Paolo A. Paranagua, normalement si rapides à se lancer dans le lynchage médiatique et la désinformation sur le Venezuela, ont décidé de ne parler que maintenant d’une affaire qui a pourtant commencé, il y a plus de quatre mois. Qu’est ce qui les a motivé pour revenir sur un fait qui appartient désormais plus à la justice qu’à l’information en temps réels ?

Vers une opération « Juste Cause » au Venezuela ?

Le 20 janvier 2007, lors d’une visite en Colombie, le directeur du Bureau de la politique de contrôle des drogues de la Maison-Blanche —qui a rang de ministre et gère un budget de 19 milliards de dollars—, John P. Walters, a déclaré « qu’Hugo Chavez est en train de devenir un important facilitateur du trafic de cocaïne vers l’Europe et d’autres régions de l’hémisphère », comprendre les États-Unis.

Immédiatement, les media commerciaux vénézuéliens vont se faire l’écho des propos de Walters, d’autant plus qu’ils interviennent peu après la demande d’Hugo Chavez de considérer la FARC comme un groupe belligérant et non comme des « narco-terroristes ». L’intention de Walters est facilement compréhensible. Il s’agit d’accuser Hugo Chavez de collusion avec le trafic de drogue international. Cette accusation fut la pierre angulaire médiatique qui avait légitimé l’intervention des États-Unis au Panama en 1989, et dans une moindre mesure l’invasion de l’Afghanistan en 2001 (en plus du terrorisme). Ce fut aussi la raison invoquée pour la mise en place du Plan Colombie et le renforcement de l’aide militaire au gouvernement colombien dans sa guerre contre la guérilla. En bref, c’est une puissante arme dans la propagande de guerre préalable à toute intervention militaire.

Or comme nous l’avons vu, l’affirmation de John Walters est contredite par les faits. Autant le Rapport Mondial sur les Drogues de l’ONU, que le Mécanisme d’évaluation multilatéral de l’Organisation des États américains soulignent les excellents résultats du Venezuela dans la lutte anti-drogue.

La déclaration de John Walters va être démentie par le président du Bureau national anti-drogue vénézuélien, par l’ambassadeur du Venezuela à l’Organisation des États américains, par l’Assemblée nationale vénézuélienne, et par le président Chavez.

Qu’importe que le gouvernement vénézuélien et les organismes multilatéraux prétendent le contraire, les déclarations de John Walters ont pour but de créer l’illusion dans l’opinion publique mondiale que le gouvernement vénézuélien est lié au trafic des drogues en vue de légitimer les pires atrocités.

Pourquoi donc, quatre mois après les faits, le journal Le Monde et Paolo A. Paranagua décident de ressortir un fait divers pour peu qu’il concorde avec une énième offensive des États-Unis contre le Venezuela ?

Qui sommes nous pour le quotidien du soir et pour Paolo A. Paranagua ? Des lecteurs dignes d’une information objective ou de simples cibles de la propagande de guerre états-unienne ?

Rappelons que les statuts de l’Alliance atlantique, modifiés lors du cinquantenaire de l’Organisation, autorisent désormais les forces de l’OTAN à participer à des opérations militaires hors de leur zone géographique dans le cadre de la « guerre mondiale contre les drogues ».
Documents joints

World Drug Report 2007, Nations Unies.
(PDF – 7.3 Mo)

Romain Migus pour Voltairenet.org

[1] Conférence de presse de Nelson Reverol, président de l’ONA, Caracas, 22 janvier 2008.

[2] « Le Venezuela doute du professionnalisme de l’agence anti-drogue américaine », Xinhua, 23 janvier 2008.

[3] 2007 World Drug Report, United Nations Office on Drugs and Crime, p. 44.

[4] 2007 World Drug Report, United Nations Office on Drugs and Crime, p. 69.

[5] 2007 World Drug Report, United Nations Office on Drugs and Crime, p. 272.

[6] 2007 World Drug Report, United Nations Office on Drugs and Crime, p. 175.

[7] « Un homme d’affaires proche du pouvoir vénézuélien impliqué dans le trafic de drogue en Sicile », par Jean-Jacques Bozonnet et Paulo A. Paranagua, Le Monde, 29 janvier 2008.

[8] « Venezuela solicitó información a Italia sobre detención de empresario del Nogal », Agencia bolivariana de noticias, 5 octobre 2007.