Commentaires sur l’affaire du sous-préfet limogé

par Tokbomi

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Mardi 25 mars 2008

Nous publions cette analyse très documentée sur l’affaire du limogeage du sous-préfet Bruno Guigue. L’auteur revient sur le contexte particulier de l’affaire et sur la campagne médiatique actuelle des défenseurs acharnés d’Israël. Très intéressant aussi est le rappel de la défense menée par certains intellectuels (ceux-là même qui fustigent Bruno Guigue aujourd’hui !) lesquels considéraient que Redeker n’était pas tenu de respecter un quelconque "droit de réserve" au prétexte qu’il s’exprimait dans un article de presse…qu’il signait pourtant en sa qualité d’enseignant. Sans parler du contenu injurieux de sa prose qui, incontestablement pouvait constituer un motif de trouble à l’ordre public (rappelons que, comme nous le disions dans un précédent article, cela concerne l’un des motifs retenus par l’article 10.2 de la CEDH) surtout dans le contexte hypersensible du monde scolaire. Rappelons que Redeker s’il n’a pas été sanctionné…a été promu.

Vu à la télé et lu sur le Net : « Le sous-préfet de Saintes limogé après un article "anti-israélien" ». Et, évidemment, un très obscur « Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme a salué dimanche la décision de la ministre de l’Intérieur ».

Comme, à coup sûr, on va se focaliser sur d’autres sujets que ceux qui pourraient être intéressants, je vous livre quelques commentaires. Pas vraiment structurés, je manque toujours cruellement de temps.

Il est fait mention d’« un » article du sous-préfet Bruno Guigue sur le site Oumma.com, et deux phrases sont mises en vedette pour justifier le limogeage : « le seul État au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles » et les « geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer pendant Shabbat ». L’article en question est intitulé « Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU ».

Aucun journaliste ne va évidemment lire ce long texte, on se contentera des deux phrases provocatrices (d’ailleurs, on ne se demandera pas beaucoup plus en quoi elles seraient infondées). De l’autre côté, on se laissera entraîner sur la « défense » de la liberté d’expression, manière de se faire promener en dehors des sujets sur lesquels on aurait pourtant quelques chances de pouvoir influer. Oumma publie d’ailleurs un communiqué ultra-convenu et, à mon avis, à côté de la plaque : « Silence dans les rangs » :

La sanction qui le frappe nous montre à l’envi que l’usage d’une saine critique ne peut s’exercer équitablement en France. En effet, si chacun a le loisir aujourd’hui dans notre pays, fonctionnaire ou pas, de critiquer, condamner, dénoncer à peu près n’importe quel Etat, n’importe quelle religion, n’importe quelle personnalité, il existe une exception à cette règle et notre ami Bruno Guigue, que nous assurons de notre total soutien, est puni pour avoir cru à l’existence d’une véritable et totale liberté d’expression au pays des Droits de l’Homme. Les articles de presse rappellent que Bruno Guigue écrit des articles sur Oumma depuis longtemps (deux ans semble-t-il) et a publié plusieurs livres à L’Harmattan. Il me semblerait donc légitime de se demander : pourquoi maintenant ?

Piste 1 : Israël lance sa campagne contre Durban 2

Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU organise en 2009 une seconde conférence mondiale contre le racisme à Durban, après celle de 2001, dénoncée par Israël et les États-Unis comme un « cirque » antisémite et anti-israélien.

Au mois de février 2008, les milieux sionistes se passionnent pour la préparation de cette conférence (alors que le sujet ne passionne tout de même pas les foules) : il faut délégitimer la conférence de manière préventive.

Anecdotique (et presque rigolo) : le 23 février, un certain Oxyweb complète la fiche Wikipédia concernant la première conférence de Durban 1. Il écrit :

« Il est fort à craindre que la conférence dite "Durban 2" présidée par la Libye soit a nouveau l’occasion d’une rencontre entre dirigeants racistes et antisémites d’afrique et du monde arabe.»

Subtil, n’est-ce pas ? Mais la liste des contributions de cet « Oxyweb » à Wikipedia est éclairante. Vraiment, très éclairante.

Deux jours plus tard, le 25 février, Marc Knobel, activiste multi-carte, publie une tribune sur le site du « Centre des Affaires publiques et de l’État » de Jérusalem. Il raconte la décision du Canada de se retirer des préparatifs de Durban 2, et espère :

Le Canada montre l’exemple et l’Union européenne, prochainement présidée par la France, devrait entendre le message qui est délivré par ce pays ami.

Deux jours après, le 27 février, de joyeux intellectuels publient une tribune dans Le Monde dénonçant « L’ONU contre les droits de l’homme ». Dès le deuxième paragraphe il est fait mention de Durban 1, les suivants dénoncent le fameux « Conseil des droits de l’homme » organisateur de l’événement. On est en terrain connu, donc. Parmi les signataires : Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel…

Je ne parlerai évidemment pas de mouvement concerté (je me ferais taxer de conspirationnisme), je me contente de constater que, dans cette semaine de février 2008, la dénonciation de la prochaine conférence de Durban, en 2009, passionne les foules…

C’est exactement à cette dernière « tribune » que répond l’article de Bruno Guigue sur Oumma : un long argumentaire démontant le texte publié par Le Monde.

Je vous fais le pari que, dans les prochains mois, la communication de crise visant à décrédibiliser la conférence de Durban sera massive. Avec la présidence française de l’Union (à partir de juillet), on peut craindre des pressions pour que les pays européens se retirent de la conférence.

Bref, il y a là un axe très spécifique de la communication israélienne. Bruno Guigue s’est trouvé sur le chemin d’un des budgets-comm des services israéliens. De manière très caractéristique, cette communication démarre très en amont, sur un sujet totalement anodin à l’heure actuelle (personne d’autre que les mouvements sionistes ne se passionne pour cette conférence autant de temps à l’avance), et ce faisant parviendra à décrédibiliser l’événement avant même qu’il n’intéresse les médias.

Un mouvement similaire a eu lieu pour le boycott du Salon du livre à Paris. Question qui n’a eu aucun écho médiatique, sauf une « préparation » en amont, contre le boycott. Le 16 février, au sujet du boycott du salon de Turin, Marek Halter titre sa tribune du Monde : « Au secours, on brûle les livres ! ». L’article est halluciné, ce qui fait que, certes, on brûle les livres, mais TF1 n’en fait pas la Une du lendemain. Le 13 mars, journée de l’inauguration, tout est prêt pour le Monde, qui fait soudain du sujet que tout le monde ignorait le thème de son éditorial, « Le Salon en otage » (l’appel au boycott est qualifié de « fatwa » : « Boycotter les livres, voire récuser une langue, a toujours été l’arme des dictatures. »), et complète avec un article pathétique de Caroline Fourest, « Israël, le boycottage et la raison » (ne pas aller au Salon du Livre « rappelle le temps où l’on brûlait des livres et des juifs après les avoir boycottés »).

Le soir même, inaugurant le Salon, Shimon Peres, sans concertation aucune avec ce vaste mouvement d’indignation international contre le boycott, a ce commentaire totalement original : « Ceux qui veulent brûler les livres, boycotter la sagesse, empêcher la réflexion, bloquer la liberté se condamnent eux-mêmes à être aveugles, à perdre la liberté ». Ce qui s’appelle une communication parfaitement maîtrisée.

Piste 2 : mise au pas de l’exécutif

Bien que perçu ou présenté comme un corps politique homogène (« le gouvernement »), l’exécutif français est en réalité une énorme machinerie humaine (en d’autres termes : un administration).

L’arrivée d’un nouveau gouvernement doit être, pour lui, une expérience frustrante : bien que contrôlant théoriquement l’exécutif, il se heurte en fait immédiatement à la pesanteur humaine et politique de cette machinerie.

Disons-là tout net : un exécutif hystériquement pro-israélien aura le sentiment de se heurter à une adminiration moins… convaincue. Sans doute pas totalement à tort (un Hubert Védrine aurait-il plus d’influence sur le Quai d’Orsay que le ministre en place ?) ; mais la « politique arabe » de la France relève pour beaucoup du fantasme (voir René Naba).

Toujours est-il que, comme le mythologique « biais » des médias mondiaux en leur défaveur, l’orientation « pro-arabe » de l’administration française est au cour des préoccupations des agitateurs pro-israéliens.

Février 2008 (toujours !), Marc Knobel dénonce un entrefilet du Canard enchaîné qui raconte qu’un « coup de balai » va avoir lieu au Quai d’Orsay. Knobel défend la nomination de François Zimeray, « classé "pro israélien en diable" par ses camarades socialistes » à la place de Michel Doucin (dont il n’est pas rappelé qu’il est tombé en disgrâce pour avoir abordé un autre thème interdit dans l’exécutif français : la « Françafrique »).

Automne 2006, Dominique Strauss-Kahn (actuel directeur général du FMI proposé par Nicolas Sarkozy) donne une interview à la revue néo-conservatrice Le Meilleur des mondes :

Sur la politique arabe de la France. « Une supercherie que le Quai d’Orsay réussit à vendre depuis des décennies à l’ensemble de la classe politique. »

Pour le ministre des Affaires étrangères, le « Quai d’Orsay » sera donc doté d’une grande autonomie et d’une volonté propre, au point de pouvoir « vendre » la politique arabe à l’ensemble de la classe politique.

Le 16 mai 2007, le Canard enchaîné publie une info faisant état des pressions du CRIF contre l’éventuel choix de Hubert Védrine comme ministre des Affaires étrangères (terreur du Jerusalem Post) :

Dès que les dirigeants du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) ont appris ce projet du nouveau chef de l’Etat, Roger Cukierman, président sortant du Crif, a appelé au téléphone Claude Guéant pour une violente mise en garde.

« On a eu une réunion au Crif, aujourd’hui, et la rumeur d’une nomination de Védrine aux affaires étrangères a circulé. Cela a provoqué la panique parce que, pour nous, Védrine est pire que les anti-israéliens habituels du Quai d’Orsay. »

En janvier 2006, le CRIF annonçait sur son site la position de François Hollande - propos ensuite démentis par l’intéressé :

Il a ainsi estimé, rapporte le CRIF, « qu’il y a une tendance qui remonte à loin, ce que l’on appelle la politique arabe de la France et il n’est pas admissible qu’une administration ait une idéologie ». Il a ajouté qu’il y a un « problème de recrutement au Quai d’Orsay et à l’ENA » et que le recrutement « devrait être réorganisé ».

À défaut de préoccuper François Hollande, au moins le « problème de recrutement » préoccupe-t-il le CRIF…

Bref, y a-t-il actuellement une tentative de mise au pas de l’exécutif, via l’intimidation d’anciens énarques trop « politisés » et la nomination de « pro-israéliens en diable » au Quai d’Orsay ? Ce qui répondrait, en tout cas, à l’un des fantasmes habituels du lobby pro-israélien.

Devoir de réserve

Ces considérations circulent beaucoup sur le Web, je crois intéressant de les mettre au propre. Encore une fois, penser l’affaire uniquement sous l’angle de la liberté d’expression (ou la censure des critiques d’Israël) et du thème « Deux poids deux mesures » ne me semble pas tellement passionnant : surjouer la surprise outragée (« Comment !? Critiquer publiquement Israël n’est pas une situation confortable au pays des Droits de l’Homme ? Mais vous me l’apprenez, monsieur, vous me l’apprenez… ») ne nous mènera pas bien loin. Je note donc ce qui suit, essentiellement pour évacuer cette question du « devoir de réserve ».

Qui a écrit :

  1. « L’islam essaie d’imposer à l’Europe ses règles : ouverture des piscines à certaines heures exclusivement aux femmes, interdiction de caricaturer cette religion, exigence d’un traitement diététique particulier des enfants musulmans dans les cantines, combat pour le port du voile à l’école, accusation d’islamophobie contre les esprits libres. Comment expliquer l’interdiction du string à Paris-Plages, cet été ? » ;
  2. « Haine et violence habitent le livre dans lequel tout musulman est éduqué, le Coran » ;
  3. « Exaltation de la violence : chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame, tel se révèle Mahomet à travers le Coran. » ;
  4. « Et que au contraire, si l’histoire du christianisme est entachée de violence, c’est quand les chrétiens s’éloignent de l’enseignement de leur messie, Jésus Christ ».

Il s’agit d’extraits du célèbre pamphlet de Robert Redeker publié dans le Figaro du 19 septembre 2006. Alors professeur de philosophie, l’auteur n’est pas « limogé ». Pourtant, insulter une partie de ses élèves va évidemment à l’encontre du but même du « droit de réserve », qui est conçu pour que les déclarations d’un fonctionnaire ne perturbent pas le fonctionnement du service public et pour assurer l’égalité des citoyens face à l’administration.

Au contraire, selon le site du Ministère de l’Éducation nationale :

« Gilles de Robien, ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a reçu Robert Redeker ce jour à 16h. Le ministre a tenu à lui réaffirmer toute sa solidarité dans les épreuves qu’il a endurées, depuis la parution de sa tribune dans la presse en septembre 2006. »

Le ministre a également rappelé que toute atteinte à la liberté d’opinion et d’expression est intolérable et doit être condamnée.

Finalement, sur proposition du ministre, Robert Redeker est recruté au CNRS.

La grande messe de soutien à laquelle participent Soheib Bencheikh, Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Élisabeth de Fontenay, Blandine Kriegel, Claude Lanzmann, Hélène Roudier de Lara, Philippe Val… donne lieu à une tribune dans le Figaro (tribune qui s’en prend, comme d’habitude, à la LDH et au MRAP). Il faut bien lire :

« Un professeur a un devoir de réserve dans sa classe, mais nullement lorsqu’il s’exprime dans ses écrits publics. Il faut rappeler ici la distinction kantienne entre l’usage public et l’usage privé de la raison. Robert Redeker s’est exprimé dans le cadre d’un article de presse, en exerçant son « usage public » de la raison, comme tout citoyen français peut le faire, et non pas dans son cours, par « un usage privé » de la raison. »

Répression : Paris plus sioniste que Tel-Aviv ?

dimanche 23 mars 2008, par Jacques RICHAUD, pour oulala.net

 

REPRESSION.

Paris plus sioniste que Tel Aviv ? Le sous-préfet de Saintes limogé après avoir publié une tribune anti-israélienne sur un site Internet L’Ordre pro-israëlien de Paris serait-il plus implacable encore que l’Ordre sioniste de Tel Aviv ? Les auteurs antisionistes peuvent encore s’exprimer et même enseigner ou dénoncer dans la presse israëlienne ou étrangère les crimes de leur état : ceci semble désormais interdit sur notre territoire. Par exemple un article de Meron Rappaport dans Haaretz « Ce que nous avons fait au Liban était fou et monstrueux » serait probablement interdit en France et son auteur sanctionné…De quelle solidarité va bénéficier le sous préfet Bruno Guigue ? Celle de son « corps » préfectoral ? Celle des partisans de la paix, seulement ? Ou celle plus large d’une opinion qui devrait commencer à comprendre que les voix que l’on veut faire taire sont celles qui voudraient que le pays ne soit pas entraîné dans la folie du choc des civilisations qui semble fasciner notre président ?

Pas de critiques sur Israel

 

LE LIMOGEAGE.

COMMUNIQUE :
AP - Samedi 22 mars, 22h48
PARIS - Le sous-préfet de Saintes (Charente-Maritime), Bruno Guigue, a été limogé après avoir publié sur le site Internet "oumma.com" une tribune "très violemment anti-israélienne", a-t-on appris samedi auprès du ministère de l’Intérieur.
La ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie, mise au courant mercredi du contenu de cette tribune, a "pris immédiatement un décret mettant fin aux fonctions du sous-préfet" qui a tenu des "termes tout à fait inacceptables" et violé son "devoir de réserve", explique-t-on de même source.
Bruno Guigue a notamment déclaré dans sa tribune publiée le 13 mars qu’Israël est le "seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles". Il a également évoqué "les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat".

 

L’ARTICLE.

Article de cet auteur : « Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU » par Bruno Guigue
Nous reproduisons ci dessous cet article , qui était une réponse à une tribune du « Monde » du 27 février 2008 (suivi de la liste des articles du même auteur) ; Cette tribune était signée par Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel…

Autres articles du même auteur en relation avec le sujet :

Le texte original et le forum de discussion passionnant qui a suivi l’article du 13 mars sont accessibles sur Oumma.

« Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU »

Par Bruno Guigue
jeudi 13 mars 2008

Dans sa rubrique « Point de vue » du 27 février 2008, « Le Monde » a généreusement offert ses colonnes à un texte d’une hystérie verbale et d’une mauvaise foi insondables. Les accusations qu’il profère à l’égard du conseil des droits de l’homme de l’ONU sont si mensongères que même la liste des signataires ne tempère qu’à peine notre stupéfaction : Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff, Frédéric Encel .. On peut facilement compléter la liste tant l’omniprésence des intellectuels organiques du lobby pro-israélien nous est devenue familière.

Le titre sans nuances de cette prose haineuse est déjà tout un programme : « L’ONU contre les droits de l’homme ». Dès les premières lignes, on peut y lire cet appel angoissé : « L’année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme par l’ONU et la destruction de ses principes par la même ONU ? Tout porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d’années, par ses dérives, l’ONU s’est caricaturée ». Inévitablement le lecteur non averti s’alarme : l’organisation internationale serait-elle brusquement devenue suicidaire ?

Mais par bonheur la suite nous éclaire aussitôt sur les préoccupations profondes de nos signataires : « A Durban, en Afrique du Sud, s’est tenue en 2001 la conférence mondiale contre le racisme, à l’initiative des Nations-Unies. C’est au nom des droits des peuples que furent scandés des « mort à l’Amérique ! » et « mort à Israël ! » et c’est au nom du relativisme culturel qu’on fit silence sur les discriminations et violences commises contre les femmes ».

Quel rapport entre la géopolitique du Moyen-Orient, manifestement en cause dans les appels à combattre les Etats-Unis et Israël, et l’oppression des femmes que viendrait cautionner le « relativisme culturel » ? Probablement aucun. Mais amalgamer les deux sujets présente l’intérêt polémique de suggérer une pernicieuse concurrence entre les victimes : vous qui condamnez Israël et l’Amérique, vous ne dites rien de la souffrance des femmes opprimées dans les pays musulmans. C’est une antienne dont la rhétorique lobbyiste est coutumière : elle permet de détourner le lecteur occidental de la critique de la politique américaine ou israélienne en fixant son attention sur un problème interne des sociétés moyen-orientales.

Ce rapprochement polémique entre les deux sujets, pourtant, est particulièrement cocasse. L’Arabie saoudite, où le port du voile est obligatoire et les femmes interdites de conduite automobile, est l’alliée historique des Etats-Unis dans la région. Le régime obscurantiste des talibans, lui, a vu le jour sous les auspices d’une CIA qui a prêté ses camps d’entraînement sur le sol américain aux combattants du mollah Omar. En revanche, l’Irak et la Syrie baasistes, plus proches de la norme occidentale en matière de condition féminine, n’eurent pas droit aux mêmes égards. Le premier a été pulvérisé sous les bombes US, la seconde est rangée dans la catégorie des « Etats voyous ». Mais peu importe : les partisans de la politique américaine au Moyen-Orient se croient fondés à donner des leçons en matière d’émancipation féminine.

S’agissant de l’ONU, en outre, on ne s’étonnera guère d’un tel ressentiment de la part des porte-parole du néoconservatisme à la française. Car les résolutions du conseil des droits de l’homme, comme hier les déclarations de l’assemblée générale, ont osé mettre en cause la répression israélienne en Palestine occupée. Les 47 Etats élus par leurs pairs au CDH bénéficient de l’égalité de vote. La sensibilité qui s’y exprime reflète donc une opinion majoritaire qui n’a aucune raison de cautionner l’occupation militaire des territoires arabes. Que les thuriféraires d’Israël, cependant, se rassurent : ces résolutions demeurent symboliques à défaut d’être exécutoires. Mais ce n’est pas suffisant. Il leur faut aussi en stigmatiser le principe par un usage grossier de la calomnie.

C’est à quoi s’emploient rageusement les signataires. « Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s’y constituent, les discours qui s’y tiennent, les textes qui s’y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d’expression, légitiment l’oppression des femmes et stigmatisent les démocraties occidentales .. Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l’encontre de ses principes fondateurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l’acte et les violences de demain ».

Symptôme d’une psychose paranoïaque ou monument de la démonologie occidentale : on hésite sur le diagnostic. La seule certitude, c’est que ce réquisitoire contre des forfaits inexistants témoigne d’une inventivité hors du commun. Le conseil des droits de l’homme de l’ONU voudrait « anéantir la liberté d’expression » ? On se demande bien pourquoi et comment. Mais nos interrogations demeurent sans réponse. Nos polémistes annoncent « la mise à mort de l’universalité des droits » par l’ONU elle-même, mais cette mort annoncée reste nimbée de mystère. Aucune citation des résolutions du CDH ne vient étayer cette accusation, et les détracteurs de l’ONU condamnent ses idées supposées avec une violence inversement proportionnelle aux preuves de ce qu’ils avancent. Visiblement, ils préfèrent parler à sa place en procédant directement au commentaire de ce qu’elle est censée avoir dit.

En guise de citations, on doit alors se contenter des propos résumés au style indirect, sans guillemets, qu’aurait tenus M. Doudou Diène, rapporteur spécial sur le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie auprès de l’ONU. L’intellectuel sénégalais aurait ainsi déclaré qu’« énoncer une critique contre le port de la burqa constitue une agression raciste, que la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste, et que la loi française contre le port des signes religieux à l’école participe du racisme antimusulman ». Seul problème : ces citations sont introuvables. Si chacun de ces énoncés soulève évidemment des objections, encore faut-il qu’il ait été formulé. Une polémique grossière sur des citations qui n’en sont pas : le procédé condamne ses auteurs.

Au demeurant, les seules citations que les idéologues publiés par « Le Monde » auraient dû produire à l’appui de leur propre thèse sont celles du CDH lui-même. Mais ils se gardèrent bien de le faire. Livrant leur interprétation tendancieuse en lieu et place de la pensée d’autrui, ils pérorent gravement en prenant leur fantasme pour la réalité : « La confusion est à son comble, affirment-ils, quand est dénoncée comme une attitude raciste toute critique de la religion ». Mais d’où vient cette idée ? Qui l’a émise ? Nul ne le sait. N’importe qui, en revanche, peut vérifier ce qu’a énoncé le CDH sur la question religieuse. Il suffit de consulter les compte-rendus officiels des six sessions réunies depuis sa création en juin 2006.

Le 30 mars 2007, le CDH a ainsi adopté une résolution « sur la lutte contre la diffamation des religions ». Ce texte nuancé insiste sur « le droit de chacun à la liberté d’expression, qui devrait s’exercer de façon responsable et peut donc être soumis à de restrictions, prescrites par la loi et nécessaires pour le respect des droits ou de la réputation d’autrui, la protection de la sécurité nationale, de la santé ou de la morale publiques, et le respect des religions et des convictions ». Sur le plan des principes, ce texte ne diffère guère du droit positif en vigueur dans la plupart des pays, les Etats occidentaux ayant eux aussi entouré l’exercice de la liberté d’expression de certaines limites juridiques. En France, la reconnaissance de la liberté d’expression n’entraîne aucun droit à diffamer son voisin, toute forme d’injure manifestant une discrimination raciale ou religieuse est punie par la loi, et certaines dispositions législatives ont même eu pour effet d’énoncer une vérité officielle sur des faits historiques.

Naturellement, la teneur de cette résolution du CDH n’est pas indifférente au contexte politique lié à la « guerre contre le terrorisme » menée tambour battant par Washington. « Le Conseil se déclare préoccupé par les images stéréotypées négatives des religions et par les manifestations d’intolérance et de discrimination en matière de religion ou de conviction. Il se déclare en outre profondément préoccupé par les tentatives visant à associer l’islam avec le terrorisme, la violence et les violations des droits de l’homme. Il note avec une vive inquiétude l’intensification de la campagne de diffamation des religions, et la désignation des minorités musulmanes selon des caractéristiques ethniques et religieuses depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001 ».

L’adoption de ce texte s’est heurtée à l’opposition des pays occidentaux, mis en minorité lors du vote final. Aucun d’entre eux n’y a vu, toutefois, le danger mortel pour la civilisation universelle que dénoncent les signataires de notre pamphlet antionusien. Au nom de l’Union européenne, la représentante de l’Allemagne « a fait remarquer que, comme l’a établi le rapport de M. Doudou Diène, la discrimination fondée sur la religion ne concerne pas uniquement l’islam, mais également le judaïsme, le christianisme et des religions et croyances venues d’Asie, ainsi que des personnes sans religion. Elle a également souligné qu’il est problématique de séparer la discrimination fondée sur la religion des autres formes de discrimination. Elle a aussi jugé l’utilisation du concept de diffamation contre-productive, préconisant plutôt un texte axé sur la liberté de religion ou de conviction ».

Que ce débat témoigne d’une différence de sensibilité sur les questions religieuses entre pays membres de l’organisation de la conférence islamique (OCI) et pays occidentaux est une évidence. Cela méritait une réflexion sur la sécularisation relative des sociétés concernées et la référence, explicite dans les pays musulmans, à des valeurs religieuses. Mais cette réflexion n’effleura même pas l’esprit de nos intrépides signataires qui, faute d’avoir lu les textes auxquels ils font vaguement allusion, en dénaturent volontairement la signification. Refusant de discuter rationnellement les arguments de l’autre, on préfère le stigmatiser en imaginant une dramaturgie grossière mettant en scène des personnages réels. Ce théâtre de marionnettes, du coup, tient lieu d’argumentaire.

C’est ainsi que nos signataires s’en prennent violemment à Mme Louise Arbour, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU. « Elle a participé à une conférence à Téhéran consacrée aux droits de l’homme et à la diversité culturelle, dénoncent-ils. Portant le voile, comme la loi de la république islamique l’exige, la haut-commissaire a été le témoin passif de l’énoncé de principes à venir, ainsi résumés : offense aux valeurs religieuses considérée comme raciste. Bien pire, dès le lendemain de cette visite, vingt et un Iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C’est en sa présence que le président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d’Israël ».

Encore une fois, l’art de l’amalgame intellectuel atteint des sommets. Mêlant tout et son contraire, le texte publié par « Le Monde » mise sur la confuse indignation du lecteur en anesthésiant au passage son jugement critique. Louise Arbour portait le voile à Téhéran, soit. Mais aurait-elle pu, en Israël, organiser une réunion pendant le shabbat ? Les régimes religieux ont des exigences que n’ont pas les autres. On peut le déplorer, mais ils sont chez eux. L’offense à la religion, dans certains pays, est considérée comme une forme de racisme. Faut-il que nous allions les convaincre du contraire, et de quelle manière ? La peine de mort, enfin, est cruellement appliquée en Iran. Mais les aspects odieux du régime de Téhéran ne le résument pas pour autant, et le régime saoudien n’a rien à lui envier. Surtout pas l’amitié des Etats-Unis, où un président texan a été élu sur sa réputation d’exécuteur intraitable des criminels supposés. Sans parler d’Israël, seul Etat au monde dont les snipers abattent des fillettes à la sortie des écoles.

Les diatribes iraniennes contre l’Etat hébreu relèvent, elles, d’un affrontement géopolitique dont l’un des principaux paramètres est l’attitude d’Israël lui-même. S’il avait appliqué la peine de mort aux civils palestiniens avec davantage de discernement depuis soixante ans, il n’aurait pas suscité un tel rejet de la part de ses voisins proches ou éloignés. Sous occupation militaire, amputés d’une partie de leur territoire, ou régulièrement bombardés par son aviation, ces derniers ont d’excellentes raisons de le détester. Mais peu importe. Décidés à instruire à charge contre Mme Arbour pour son séjour à Téhéran, nos polémistes incriminent « son silence et sa passivité », qu’elle aurait justifiés par « le respect de la loi iranienne et le souci de ne pas offenser ses hôtes ».

« Charbonnier est maître chez soi, commentent-ils. C’est le docteur Goebbels qui utilisait cet argument d’opportunité, à la tribune de la Société des nations en 1933, pour se soustraire à toute critique d’une institution internationale impuissante ». On croit rêver. Car, analogie pour analogie, frappante est la ressemblance entre le Reich qui s’assied sur la SDN en 1933 et l’Etat hébreu qui bafoue le droit international depuis 1967. Comme son lointain prédécesseur, Israël, lui aussi, se « soustrait à toute critique d’une institution internationale impuissante ». Et s’il le fait, c’est pour mieux conquérir « son espace vital, de la mer au Jourdain », selon la belle formule employée par Effi Eitam, ministre d’Ariel Sharon, en 2002.

« Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin de mots pour se légitimer. La parole annonce le passage à l’acte », philosophent nos signataires. Ils n’ont pas tort : le 29 février, le vice-ministre israélien de la Défense Matan Vilnaï a brandi la menace d’une « shoah » contre les Palestiniens avant de lancer à Gaza la sanglante opération qui fit 110 victimes palestiniennes en une semaine. Quitte à enfreindre un tabou religieux, l’Etat hébreu, manifestement, a franchi un cap sémantique avant de déchaîner sa puissance militaire : il est passé « de la parole à l’acte ».

Mais le meilleur a été gardé pour la fin. « Les idéologies totalitaires avaient remplacé les religions. Leurs crimes, les promesses non tenues d’avenir radieux ont ouvert grande la porte au retour de Dieu en politique. Le 11 septembre 2001, quelques jours après la fin de la conférence de Durban, c’est bien au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Lier dans une même trame le 11 septembre 2001 et les résolutions du CDH, il fallait oser. Il est vrai que nous avons affaire à des spécialistes.

« Retour de Dieu en politique », disent-ils. Nos intellectuels savent de quoi ils parlent : Israël n’est-il pas l’Etat confessionnel par excellence ? « Si la revendication d’un coin de terre est légitime, affirmait Theodor Herzl, alors tous les peuples qui croient en la Bible se doivent de reconnaître le droit des juifs ». Bibliquement établie, la légitimité d’un Etat juif en Palestine va de soi : le texte sacré tient lieu de titre de propriété. Pour les sionistes religieux, le retour des juifs en Eretz Israël est inscrit dans le récit de l’Alliance lui-même. Prendre possession de la terre que Dieu a donnée aux juifs fait partie du plan divin, et ce serait le contrarier que de renoncer à cette offrande.

Du coup, aucun compromis n’est possible avec les Arabes. En 1947, le grand rabbin de Palestine martelait le statut théologique du futur Etat juif : « C’est notre forte conviction que personne, ni individu, ni pouvoir institué, n’a le droit d’altérer le statut de la Palestine qui a été établi par droit divin ». Chef du parti national-religieux, le général Effi Eitam expliquait à son tour en 2002 : « Nous sommes seuls au monde à entretenir un dialogue avec Dieu en tant que peuple. Un Etat réellement juif aura pour fondement le territoire, de la mer au Jourdain, qui constitue l’espace vital du peuple juif ». Au moins, c’est limpide.

Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que le lobby pro-israélien exècre l’ONU : son appétence pour le droit international est inversement proportionnelle à son engouement pour le droit divin. Il est vrai que l’un est infiniment plus favorable au Grand Israël que l’autre. Percuter les résolutions de l’ONU avec la Thora relève de l’exploit intellectuel et du prodige politique : Israël l’a fait. Pour nos signataires, « c’est au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l’histoire fut commis ». Ce n’est pas tout à fait faux, à condition d’inclure dans l’analyse l’Etat hébreu, cet artefact colonial bâti au forceps sur les ruines de la Palestine au nom de la Bible et de la Shoah.

A propos de terrorisme, l’Etat d’Israël, qui plus est, peut se targuer d’un palmarès hors compétition. Les odieux attentats du 11 septembre 2001 ont fait dix fois moins de victimes que le siège de Beyrouh par Tsahal en 1982. Ses admirateurs occidentaux doivent certainement s’extasier sur les prouesses d’une armée capable de tuer aussi aisément des enfants avec des missiles. Ils doivent aussi se confondre d’admiration devant les geôles israéliennes, où grâce à la loi religieuse, on s’interrompt de torturer durant le shabbat. L’Etat hébreu mérite bien ce concert de louanges que les intellectuels organiques lui décernent à longueur de colonnes. Et quelle outrecuidance, de la part de l’ONU, de vouloir fourrer son nez sale dans les affaires intérieures israéliennes !

A l’instar des pires calomnies, les accusations publiées dans « Le Monde » du 27 février se sont répandues sur la toile. Elles suscitent sur certains blogs des commentaires haineux que l’on ose à peine citer. M. Doudou Diène y est qualifié de « défenseur de la secte du pédophile fou et des adorateurs du caillou ». On y lit que « depuis les invasions musulmanes le croissant fertile est devenu le croissant stérile, et la civilisation a émigré en Occident ». Sur l’ONU, un internaute déchaîné résume à sa façon l’article publié par « Le Monde » : « l’ONU, c’est un ramassis de la racaille islamiste et tiers-mondiste ». Qu’attend-on pour supprimer l’ONU ? Ce sera encore plus simple. Islamophobie déclarée, haine du monde arabe, stupéfiante arrogance occidentale, tout y est. Opération réussie, mesdames et messieurs les intellectuels organiques.

Bruno Guigue

 

L’AUTEUR : BRUNO GUIGUE.

Diplômé de l’Ecole normale supérieure et de l’ENA, Auteur de "Proche-Orient : la guerre des mots", L’Harmattan, 2003
Du même auteur, à lire en ligne sur Oumma.com :

  • Quand le lobby pro-israélien se déchaine contre l’ONU
  • Israël-Palestine : la géopolitique du divin
  • Irréductible Syrie
  • Stupéfiante indulgence pour un Etat voyou
  • « Omerta » sur la bombe israélienne
  • La lettre persane de Mahmoud Ahmadinejad
  • La conférence de Téhéran et les Faurisson pro-israéliens
  • Le Darfour et ses faux amis
  • Mourir pour Israël, ou les impasses de la résolution 1701
  • George Bush, en lévitation au-dessus d’un champ de ruines
  • Nucléaire iranien : un pavé dans la mare belliciste
  • Et maintenant, le Hamas
  • L’héritage empoisonné d’Ariel Sharon
  • Moyen-Orient : les deux sources de l’aveuglement occidental
  • « La faute à l’Iran », une fable géopolitique
  • Irak : american Chaos
  • L’écran de fumée d’Annapolis
  • Crise iranienne : une expertise « géopolitiquement correcte »

 

LE CONTEXTE POLITIQUE.

Nous sommes dans le contexte d’une “guerre” en préparation et dans laquelle la position de notre président est de plus en plus clairement annoncée, jusque dans l’assurance donnée aux armées que l’arme nucléaire tactique peut être utilisée dans un contexte de “guerre préventive” pour intimider l’adversaire !

Dans cette optique il est plus simple et moins dangereux politiquement de “virer” un membre du corps préfectoral non aligné sur la position de l’état que d’avoir à gérer une démission fracassante dans le contexte d’une initiative désastreuse à venir.

 

LE ROLE DES MEDIAS.

Nous devrons donc être aussi vigilants à la manière dont cet événement sera traité par les médias, attendons-nous à des controverses manipulatrices que le libellé du message sur le forum du nouvel obs. ce matin démontre déjà ; le qualificatif ‘antisémite’ a été mis en ligne avant d’être modifié ! A l’évidence les informateurs du nouvel obs. étaient les mêmes ou étaient proches de ceux de la ministre de l’intérieur qui a du recevoir la « plainte »…Peut-être dans les mêmes termes.

Ce jour 23 mars au journal de F3 l’info a été donnée à 13h30 ; au 13 heures, sur TF1 affaire du préfet évoquée très brièvement ; sur F2 beaucoup plus longuement, le sous préfet “nommé depuis six mois” va “réintégrer son activité antérieure d’administrateur civil” et surtout c’est bien “sur plainte de la communauté juive” que le ministère de l’intérieur à prononcé la sanction, “évoquant le devoir de réserve non respecté…”

 

LE ROLE DES « REPRESENTANTS » DE LA COMMUNAUTE JUIVE ?

- Sur le site du CRIF, auquel appartiennent de nombreux signataires de la tribune du Monde ayant motivé l’article de BRUNO GUIGUE, aucun communiqué à ce jour, mais sans doute du champagne dans les bureaux…

- Sur le sujet l’institution « représentative » a eu l’occasion lors du salon du livre et de la venue de PERES de réaffirmer son soutien inconditionnel à la politique de l’état israélien.

- Le texte en ligne le plus récent, issu du département d’état américain, réaffirme clairement que toute critique d’Israël cache un antisémitisme dont l’existence même n’est pas « négociable » pour ceux là, comme pour les signataires de la tribune du Monde probablement, la « pensée Finkielkrault » a au moins un mérite, c’est sa constance dans la capacité aux amalgames et affirmations absurdes, exactement le contenu de l’article du sous préfet sanctionné : Article sur le site du CRIF : « Le nouvel antisémitisme déguisé en haine d’Israël » 18/03/08- - Thème : Antisémitisme

« Les Juifs à travers le monde font l’objet d’une nouvelle forme d’antisémitisme qui se présente de manière déguisée en haine envers Israël, a avertit un rapport du département d’Etat américain pour l’année 2007 : « Ce nouvel antisémitisme est courante dans l’ensemble du Moyen-Orient et dans les communautés musulmanes en Europe, mais il ne se limite pas à ces populations.”

Le document cite notamment le fait que les différentes organisations des Nations unies font souvent l’objet de demandes d’enquêtes sur “des atrocités et autres violations des droits de l’Homme supposées commises par Israël et présentées d’une façon dramatisée”.

L’effet de ces “critiques sans répit envers Israël” alimente l’idée qu’Israël est une source majeure d’”abus contre les droits des autres”, poursuit le rapport, qui souligne que dans le même temps, les différentes organisations des Nations unies ne prêtent “pas assez attention à des régimes qui sont manifestement coupables de graves violations”.

Le fait de “comparer la politique actuelle d’Israël à celle des nazis est de plus en plus répandu”, selon ce rapport, publié conformément à une loi adoptée en 2004 aux Etats-Unis dans le but de recenser et combattre les actes antisémites dans le monde.

Le rapport souligne que la haine envers Israël se manifeste parfois par des violences commises contre des individus juifs, et relève une soudaine augmentation des incidents antisémites au moment de la guerre entre Israël et le mouvement radical chiite libanais Hezbollah en 2006.

Il accuse plusieurs dirigeants d’attiser la haine antisémite, notamment le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, ainsi que le président vénézuélien Hugo Chavez, le gouvernement syrien ou encore les médias saoudiens et égyptiens.

Le rapport souligne que l’antisémitisme sous sa forme traditionnelle demeure un problème en Russie et que la violence antisémite “reste une préoccupation importante” dans des pays comme la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Il note aussi une augmentation des incidents antisémites en Argentine, en Australie, au Canada, et en Afrique du Sud notamment. »

Le rapport a été mené par le nouveau Bureau de la surveillance et de lutte contre l’antisémitisme, dirigée par Gregg Rickman US report : New anti-Semitism disguised by hatred of Israel (EJP)

UNE GUERRE DE PROPAGANDE EST DECLAREE, EN PREPARATION ET POUR CONDITIONNEMENT AVANT UN CONFLIT REEL PREVISIBLE ET ANNONCE, elle n’est pas nouvelle mais semble prendre une ampleur telle qu’elle puisse demain devenir attentatoire aux libertés d’expression et d’analyse. C’est bien cela qui fait l’importance de l’événement que représente la radiation d’un préfet.

 

UN SOUTIEN S’ORGANISE.

Dans sa région , il semble qu’un soutien s’organise : « Bruno Guigue a été sous-préfet à la ville à La Réunion avant d’être chargédel’économiesolidaireauconseilrégional. C’étaitaussiunconférenciertrès apprécié. Le collectif Pas En Notre Nom-974 et l’Association Initiatives dionysiennes lui apportent leur soutien. Jean-Marc Tagliaferri webmestre et le texte du communiqué du collectif « Pas en notre nom » :

Communiqué du Collectif Pas-En-Notre-Nom-974 :

« Bruno GUIGUE a été notre compagnon de route à la Réunion depuis la fondation du collectif en Novembre 2002. Nous avons assisté à ses conférences contre les guerres, d’Irak, d’Afghanistan, et du Liban. La qualité de son analyse et des textes qu’il publie est reconnue. Il s’avère qu’il dérange, car il démonte brillamment les mensonges et les incohérences de la politique occidentale, France comprise, vis à vis du monde arabo-musuman, sans cesse diabolisé, affublé du sobriquet évocateur d’”axe du mal” par une administration américaine qui gouverne maintenant sur la base de fantasmes et de croyances d’un autre âge, et qui prête donc “au camp d’en face” (quel qu’il soit d’ailleurs) les seuls raisonnements et comportements dont elle veuille convenir et qui sont uniquement à l’image des siens propres. Il faut comprendre que l’administration Bush ne fait pas la guerre au terrorisme, elle se fait en réalité la guerre à elle-même sans vraiment le savoir, tous les “terrorismes” incriminés n’étant que des constructions intellectuelles naissant d’actes, volontaires ou non, de cette administration. Elle l’a reconnu en partie (quand elle dit qu’il n’y avait pas d’armes de destructions massives en Irak, objet officiel de la guerre, mais qu’il fallait quand même faire cette guerre !) mais cela ne l’empêche pas de continuer à dérouler ses plans mortifères, qui enrôlent l’Etat d’Israël, à la fois comme supplétif, mais aussi comme prétexte bien commode. Il faut se souvenir comment fonctionne le pouvoir aux USA. Le Congrès a une énorme importance formelle (même si l’exécutif invente des procédures pour le contouner si besoin est) et l’appui des lobbys, dont l’un des principaux est le lobby juif, officiellement déclaré comme tel, est parfois vital pour le Président quand il veut faire passer certains textes. Ce qui explique certains “renvois d’ascenseur” parfois surprenants !

Mais il y a plus grave : quand dans l’entourage d’un président gravitent des gens qui sont prêts à “déclencher l’Armaggedon pour hâter la 2eme venue du Christ”, au moyen d’un conflit nucléaire israélo-iranien, on peut commencer à se poser des questions sur la santé mentale de ces “dirigeants” pour qui nous ne sommes que des insectes (il ne doit y avoir que 144.000 sauvés de toute manière….. les près de 7 millions de juifs israéliens, les dizaines de millions d’électeurs de Bush ou de téléspectateurs de ses copains téléévangélistes apprécieront :-).

La diplomatie française est depuis 2007 entrée dans une ère d’alignement strict sur la diplomatie des USA. Il n’est donc pas tolérable de laisser s’exprimer des propos qui descendent en flammes le discours officiel français qui est devenu insensiblement, depuis Lionel Jospin et sa visite controversée en Israël jusqu’aux prises de position de Nicolas Sarkozy , un soutien sans faille à l’Etat hébreu, au mépris de siècles de politique moyen-orientale de la France, et certainement pas le meilleur moyen pour ramener la paix dans cette région. Michèle Alliot-Marie, la ministre de l’Intérieur, qui a dû se faire remonter les bretelles par l’Elysée sans doute alerté par les réseaux pro-israéliens ( voir un exemple) n’a pas forcément pris la meilleure décision. Elle aura bien du mal à démontrer que Bruno Guigue a avancé des choses inexactes.elles sont peut-être dures à lire mais elles sont le reflet d’une réalité que le gouvernement dont ellefait partie ne cesse de conforter sans être gêné par les conséquences, qu’il connait, de ses actes et prises de positions.

Quant au “devoir de réserve”, il me semble tout à fait inapproprié d’y faire référence car Bruno Guigue n’a absolument pas interféré avec ses fonctions dans cette publication. La ministre de l’intérieur veut-elle avoir des subordonnés lobotomisés qui ne lui diront que ce qu’elle a envie d’entendre ? (c’est à dire plus exactement ce que le chef de l’Elysée lui-même a envie d’entendre ?). ca nous prépare de sacrés beaux ratages dans tous les domaines si tout le monde doit attendre l’imprimatur et ne diffuser que la “bonne parole” ….. Qu’est-ce que c’est que cette république bananière que la France est devenue ? »

 

RADIO J AUX « AVANT POSTE » DE LA VIGILANCE SIONISTE.

D’où provient l’émoi politique autour de l’article de BRUNO GUIGUE ? Nul doute que la communauté juive ait pu jouer un rôle pour obtenir une décision aussi grave qu’une radiation d’un sous-préfet, dont les écrits antérieurs étaient connus de tous, antérieurement à sa prise de fonction il y a environ six mois. Une piste très plausible est représentée par la chronique de « radio J » dont l’obédience sioniste est connue de tous ; l’écoute de ce billet du 28 mars, de quelques minutes, semble lever le doute : SUR LE SITE DE RADIO J : Billet de Luc Rosenzweig

Par Luc Rosenzweig Emission du 18 mars 2008 - de 08H20 à 08H25

Mardi 18 mars, dans le journal de la matinée, Luc Rosenzweig fait part du scandale provoqué par une tribune diffusée sur le site internet ouma.com, en réaction à un “point de vue” de plusieurs intellectuels qui s’inquiètent du prochain sommet contre le racisme, dit “Durban 2,” prévu en 2009.

EXTRAITS DE L’ ECOUTE :

« Ouma.com est un site islamiste radical qui diffuse notamment la pensée de Tariq Ramadan…(ce texte est) un torchon antisémite…..(qui ne provient pas d’un ) plumitif djihadiste …caché en Afghanistan….(Mais) le texte. en question est signé par Bruno Guigue….(Cette chronique) Est-elle compatible avec le devoir de réserve, évidemment non…(Si la ministre de l’intérieur est au courant) Un silence de sa part vaudrait approbation »

REMARQUE : Tous ceux qui usent de la source d’information citée savent que la qualification « islamiste radical » est totalement inappropriée, des textes de Tarik Ramadan y sont relayés comme ceux de nombreux intellectuels consacrant leurs écrits aux thèmes en relation avec le monde arabe, en France ou ailleurs, et le moyen orient en particulier ; y compris des écrits « laïques » sur ces questions. L’appel final après accusation abusive d’antisémitisme est un appel au lynchage , suivi d’une pression sur le ministre de l’intérieur, Madame Alliot Marie, en forme de chantage. Opération réussie !

A SUIVRE…

La guerre annoncée contre l’Iran: Est-ce que la Turquie sera encore complice d’une autre guerre contre un autre pays voisin?

 

Par Cem Ertür, le 24 février 2008

Turquie et Iran

Malgré le dernier rapport positif de l’AIEA concernant le programme nucléaire de l’Iran [1], les efforts visant à lancer une guerre contre l’Iran s’accélèrent [2]. Compte tenu de l’impopularité d’une telle guerre, les grandes puissances demeurent tranquilles à son sujet, tout en utilisant des méthodes sophistiquées pour préparer psychologiquement les citoyens.

Pendant ce temps, les seules choses dont nous entendons parler concernant la Turquie dans la presse marchande de l’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord sont les discussions entourant son adhésion dans l’Union européenne, le conflit entre le gouvernement religieux de l’AKP et les institutions laïques du pays (y compris l’armée) et les opérations transfrontalières dans le Nord de l’Irak.

N’y a-t-il aucun lien entre la Turquie et cette nouvelle menace de guerre? Comment fonctionne le travail de préparation psychologique dans le cas de la Turquie? Quelles sont les pressions que les pays membres de l’OTAN exercent sur le gouvernement turc? Comment l’opposition extraparlementaire réagit à la perspective de la prochaine étape de la « guerre mondiale contre le terrorisme? »


LA « TRIPLE ALLIANCE »

En 2006, le chercheur Michel Chossudovsky commentait sur une alliance qui avait été précédemment décrite par le Middle East Report comme étant « probablement le plus grand changement stratégique dans les années du gouvernement Clinton de l’après Guerre Froide:

« Déjà au cours de l’administration Clinton, une alliance militaire triangulaire entre les États-Unis, Israël et la Turquie s’est mise en place. Cette « triple alliance » est … jumelée aux fortes relations bilatérales entre Tel-Aviv et Ankara. Amplement documenté, Israël et la Turquie sont partenaires dans le projet d’attaques aériennes des États-Unis contre l’Iran, qui est dans un état avancé de préparation depuis la mi-2005. » [3]

La récente visite d’état du président israélien Shimon Peres et du ministre de la défense israélien, Ehoud Barak à la Turquie était l’indication la plus manifeste de cette alliance contre l’Iran.

La visite d’état par le ministre de la défense israélienne BARAK et du président Peres

À bord de son avion en direction d’Ankara le 11 février dernier, le ministre de la défense israélien Ehoud Barak a déclaré qu’il présenterait les rapports des services de renseignement israéliens aux principaux dirigeants de la Turquie concernant les plans nucléaires de l’Iran :

« Il est important … d’essayer de convaincre [la Turquie] des faits. » [4]

À la suite de cette visite, les officiers de la défense israélienne ont fait les déclarations suivantes:

« La Turquie est intéressée à acquérir un système de défense de missiles devant la menace de la poursuite de la course de l’Iran vers l’énergie nucléaire. » [5]

« Tous les pays de la région comprennent que la menace iranienne n’est pas seulement contre Israël. Les missiles de longue portée de l’Iran peuvent atteindre [des cibles] bien au-delà d’Israël. » [6]

Toutefois, Barak avait une autre attitude à l’égard de la Syrie:

« La Turquie joue un rôle naturel dans certaines médiations et elle a trouvé une bonne façon de dialoguer avec la Syrie. Il y a du respect envers la Turquie autant en Syrie qu’au Liban. Ce respect doit être utilisé pour bloquer le flux d’armes en provenance de l’Iran destiné au Hezbollah qui transite par la Syrie. Nous respectons la Syrie, mais nous nous attendons aussi que la Syrie respecte tout autant l’identité d’Israël. Vous ne pouvez pas imposer la paix. … Il faut deux parties consentantes. » [7]

Cette déclaration doit être considérée comme faisant partie de la stratégie « diviser pour régner » visant à isoler l’Iran. Puisque le principal allié de l’OTAN ne sera pas en mesure d’attaquer l’Iran et la Syrie en même temps, ils ont besoin de rompre l’alliance stratégique entre ces deux pays et d’y aller une étape à la fois.

Les déclarations de Barak faisaient écho à ceux du Président israélien, Shimon Peres, lors de sa visite à Ankara en novembre de l’année dernière.

L’auteur Kemal Camurcu a analysé le discours de Peres au parlement turc pour un comité à participation majoritaire des parlementaires du Parti pour la justice et le développement (AKP):

« Peres a été applaudi par les parlementaires de l’AKP pour avoir dit : " Vous ne réalisez pas et vous ne comprenez pas que votre véritable ennemi est votre voisin de la porte d’à côté, l’Iran!" Le but de sa visite était de déclarer à l’ensemble de la région que "Il y a deux tendances dans la région: l’Iran en tant que parrain du terrorisme et la Turquie favorable à la paix." Il a déclaré cela et il a reçu des applaudissements! Considérant ses interviews, son discours dans le Parlement turc et les sujets d’actualité sur "le partage des renseignements," il est plausible d’affirmer que le seul but de la visite de Peres était d’expliquer à Ankara la « menace iranienne » [8].

Ces déclarations sont d’autant plus importants, compte tenu qu’elles sont faites à un moment où les États-Unis, Israël et leurs alliés européens étaient désespérés d’obtenir un soutien à la Conférence d’Annapolis face à l’ampleur de l’opposition de cette initiative dans l’ensemble du Monde Arabe. Toutefois, tout cela a été en grande partie non rapporté dans les principaux médias turcs. Le principal député du Felicity Party (Saadet Partisi) monsieur Sevket Kazan explique le véritable ordre du jour derrière cette conférence:

« Cette guerre contre l’Iran sera lancée par les États-Unis et Israël avec le soutien de la Turquie. Une fois que la puissance de ces deux [pays] se sera révélée insuffisante, le Royaume-Uni, la France et finalement les forces de l’OTAN, y compris la Turquie, seront également engagés. » [9]

Le soutien des États-Unis et d’Israël contre les séparatistes kurdes PKK

Lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue israélien en visite Ehoud Barak, le ministre de la Défense Vecdi Gonul a déclaré:

« Nous remercions Israël pour son soutien à la Turquie dans l’industrie de la défense. Nous remercions M. Barak pour l’envoi d’équipement et de dispositifs que la Turquie utilise dans le sud-est et dans les opérations transfrontalières [contre le PKK]. » [10]

À la veille de cette visite, le site alternatif Fikritakip a fait la remarque suivante:

« Depuis quelque temps, il est frappant de constater que tous les soirs Show TV a présenté très longuement les armes « de haute-technologie » et les systèmes de défense fournis par Israël à la Turquie dans sa lutte contre le PKK … Cela démontre que les milieux nationalistes, qui passaient pour être anti-israéliens, sont en réalité reconnaissants à ce pays pour son soutien contre le PKK. » [11]

Les reportages des médias turcs sur le soutien des États-Unis contre le PKK allaient dans le même sens et ils se sont avérés avoir contribué à dissiper le sentiment anti-américain à travers la population turque. En fait, avant que les États-Unis n’aient commencé à apporter leur soutien à la fin de l’année dernière, ils étaient accusés par les grands médias turcs et par les hommes politiques non seulement de fermer les yeux sur l’utilisation de la violence du PKK, mais aussi de lui fournir un soutien clandestin.

Dans un article paru dans un journal, l’ancien député Mehmet Bekaroglu pose la question suivante:

« N’est-il pas étrange que les États-Unis déclare que : "le PKK soit un ennemi commun de la Turquie, des États-Unis et de l’Irak," tout en encourageant, voire même en fournissant l’armement, la formation et les renseignements à l’appui du même PKK sous le nom de PJAK, contre un autre pays de la région, à savoir l’Iran? » [12]

En fait, ce n’est pas si étrange compte tenu de la stratégie « diviser pour régner » des États-Unis, de l’Union européenne et d’Israël dans le monde musulman basée sur l’exploitation de toutes les hostilités et les divisions existantes. Jusqu’à tout récemment, ils soutenaient en même temps les forces armées turques, le PKK et son organisation soeur PJAK ainsi que le Gouvernement Régional du Kurdistan en Irak. Selon l’Agence de Presse Firat, la raison derrière le soutien des États-Unis est:

« Un accord conclu entre les États-Unis, la Turquie et l’Administration fédérale du Kurdistan du Sud pour la construction dans le sud et dans le nord du Kurdistan [c’est-à-dire le nord de l’Irak et le sud-est de la Turquie respectivement] de deux bases militaires stratégiques US dirigées contre l’Iran. » [13]

La base en Turquie serait située dans le district de Yuksekova, à la frontière iranienne. Inutile de dire que, dans l’éventualité d’une guerre contre l’Iran, les États-Unis et leurs principaux alliés de l’OTAN utiliseront toutes les bases à leur disposition sur le territoire turc, y compris les secrètes. Il est important de garder à l’esprit que la tristement célèbre base militaire US de Incirlik (au sud de la Turquie), qui a joué un rôle crucial dans toutes les invasions anglo-US de l’après guerre froide au Moyen-Orient, contient 90 ogives nucléaires.

Rétrospectivement, le rejet de la motion parlementaire de mars 2003 visant à autoriser les troupes US à utiliser le sol turc comme une base pour l’invasion de l’Irak ne semble pas avoir eu beaucoup d’impact puisque de toute façon, l’armée US est clandestinement allée de l’avant avec ses plans.

Le système de défense antimissile

« La Turquie joue un rôle de leadership régional au Moyen-Orient. La frontière commune de la Turquie avec l’Irak, l’Iran et la Syrie offrent l’occasion de faire avancer la paix et la stabilité, de lutter contre la prolifération des armes nucléaires, et de vaincre les terroristes dans une région qui est aujourd’hui l’épicentre de la politique étrangère états-unienne. » [14] (Le sous-secrétaire US aux affaires politiques, Richard Burns, à la suite de sa visite en Turquie en septembre 2007)

Le chef de l’Agence des Missiles de Défense du Pentagone, le général Henry Obering a déclaré récemment:

« Les États-Unis espèrent mettre un troisième grande composante antimissile en Europe ainsi que ceux en cours de négociation avec la Pologne et la République tchèque pour contrer l’Iran… La troisième étape auparavant non annoncée en Europe… serait placée plus près de l’Iran qui accélère les efforts pour construire des missiles balistiques capables de transporter des armes meurtrières au-delà du Moyen-Orient… Le puissant système de radar "en territoire avancé" irait du sud-est de l’Europe, peut-être en Turquie, le Caucase ou dans la région de la mer Caspienne. » [15]

En fait, « la troisième étape auparavant non annoncée en Europe » a été annoncée en mars 2007 par l’ambassadeur des États-Unis à l’OTAN, Victoria Nuland:

« Le système de défense contre les missiles de longue portée de l’Iran et d’autres pays… va couvrir la plupart des territoires des pays membres de l’OTAN et il ne sera pas nécessaire d’avoir un second système au sein de l’OTAN. Mais la menace des missiles à courte et à moyenne portée de l’Iran est toujours présente pour des pays comme la Turquie. Afin de contrer cela, à l’exemple de la Turquie et des États-Unis, nous travaillons au niveau bilatéral ainsi que dans le cadre de l’OTAN. » [16]

Des pressions pour couper les liens économiques avec l’Iran

À l’instar des principaux partenaires commerciaux de l’Iran dans l’Union européenne, la Turquie a été soumise à de fortes et continuelles pressions des États-Unis pour couper ses liens économiques avec l’Iran:

« La récente conclusion d’un mémorandum destiné à la Turquie sur la coopération énergétique avec l’Iran est troublante. Ce n’est pas le moment pour faire des affaires comme d’habitude avec l’Iran. Nous demandons à tous nos amis et tous nos alliés, y compris la Turquie, de ne pas récompenser l’Iran en investissant dans son secteur pétrolier et gazier, alors que l’Iran continue de défier le Conseil de sécurité des Nations Unies en poursuivant ses recherches nucléaires à des fins militaires. » [14]

En janvier de cette année, M. Stuart Levey, le sous-secrétaire aux affaires terroristes et du renseignement financier, a exhorté la Turquie à faire preuve de vigilance dans ses relations financières avec l’Iran:

« Il est essentiel de partager l’information afin de discuter des risques … et la vigilance est nécessaire afin de veiller à ce que les institutions financières de la Turquie ne soient pas malmenées par des institutions financières iraniennes et les banques d’État iraniennes. » [17]

La relation particulière de l’Union européenne avec la Turquie

L’ancien ministre des Affaires étrangères allemand, Joschka Fischer, a fait la déclaration suivante en octobre 2006:

« La Turquie doit être un pilier de la sécurité pour la communauté européenne, et les efforts visant à faire dérailler cette relation sont absolument irréfléchis. » [18]

Le chercheur Mahdi Darius Nazemroaya fait valoir que:

« La chancelière [allemande] Angela Merkel a intensifié ses appels à l’inclusion de la Turquie dans le cadre de l’Union européenne par le biais d’une "relation spéciale," mais pas dans le cadre de l’actuel bloc européen. Cela préfigurait ce que Nicolas Sarkozy souhaitait proposer plus tard aux Turcs. » [18]

Le chroniqueur Umur Talu explique ce que cette « relation spéciale » implique:

« Le Président français Sarkozy, qui "ne veut pas de la Turquie dans l’UE," mais qui s’accroche aux États-Unis et à Israël et qui "veut une attaque contre l’Iran" adoptera une "politique de la carotte et du bâton" à l’égard de la Turquie. Autrement dit, il va utiliser l’Union européenne comme appât pour notre territoire, notre espace aérien et nos bases. » [19]

Le fait que la Turquie soit devenue membre de l’OTAN en 1952, mais qu’elle se soit vu refuser l’adhésion à l’Union européenne depuis la création de l’Union européenne est tout à fait révélatrice. Les États-Unis et les principaux pays de l’Union européenne ont une politique commune envers la Turquie: Ils utilisent le PKK, l’accession à l’Union européenne, les résolutions sur le Génocide Arménien de 1915 comme atouts pour amener l’opinion publique turque dans les rangs des États-Unis et en conformité des objectifs de la politique étrangère de l’Union européenne.

La déclaration suivante de Brad Sherman, du parti Démocrate US, est plutôt étrange étant donné la complicité conjointe US-turque dans les génocides en Afghanistan et en Irak ainsi que dans la perspective d’un autre génocide en Iran:

« Car, si nous espérons arrêter de prochains génocides, nous devons admettre ces actes horribles du passé ». [20]

Après tout, les leaders mondiaux du pouvoir sont tout à fait disposés à utiliser les génocides et les massacres de masse passés comme une excuse pour mener leurs propres génocides. [21]

Les cellules turques « GLADIO » sont toujours à l’oeuvre

Danièle Ganser, l’auteur de « Les armées secrètes de l’OTAN: Opération GLADIO et le terrorisme en Europe de l’Ouest, » (I) explique le schéma en cours à travers les pays de l’OTAN:

« Au cours des 50 dernières années, les États-Unis ont organisé des attentats en Europe de l’Ouest, qui ont été faussement attribués à la gauche et à l’extrême gauche [de la Grèce et de la Turquie] pour les discréditer aux yeux de leurs électeurs. Cette stratégie demeure encore présente aujourd’hui, inspirant la peur de l’Islam et pour justifier des guerres pour le pétrole. » [22]

Depuis le début de 2007, des attentats à la bombe, des assassinats, des meurtres, des complots déjoués, des ultimatums au gouvernement lancés par les forces armées, les constantes spéculations sur l’imminence d’un coup d’État, la guerre en territoire turc ou transfrontalier avec le PKK, la mise en scène des manifestations de style démocratique "des révolutions de couleurs," (II) les opérations de police fortement médiatisées et de nouvelles lois anti-terrorisme ont dominé l’opinion publique turque.

« La détention à Istanbul [fin janvier] des membres présumés d’un ténébreux groupe ultranationaliste turc a ravivé les accusations que des éléments au sein de l’appareil de sécurité turques ont longtemps tenté de déstabiliser le pays par le biais d’une campagne d’attentats à la bombe et d’assassinats. Cela inclus supposément des opérations sous fausse bannière [III] qui ont été attribuées à des séparatistes kurdes et islamistes violents [sic]. » [23]

L’assassinat du chroniqueur et journaliste d’investigation de gauche Ugur Mumcu en 1993, a été considérée par les institutions laïques de la Turquie, les médias et les forces armées comme une occasion de galvaniser de façon général des sentiments anti-islamistes et en particulier des sentiments anti-iranien. L’assassinat a été imputé à l’Iran, qui aurait utilisé le Hezbollah (turc) comme un pion.

En réalité, le Hezbollah sunnite (turc) a très peu en commun avec son homonyme au Liban et c’est un fait établi que ce groupe a été créé et utilisé par les institutions paramilitaires de la Turquie contre le PKK au cours des années 1990. En fait, lors du 15e anniversaire de l’assassinat de Mumcu le mois dernier, son frère à la fois avocat Ceyhan Mumcu a lancé l’appel public suivant:

« Soyons prudents à partir de maintenant et ne prétendons pas que Ugur Mumcu, a été assassiné par l’Iran. Bien que j’aie souvent réitéré ce fait, malheureusement certaines personnes font encore des déclarations contraires à la presse. Selon mes recherches, les États-Unis ont pris la décision de l’assassiner en mai 1992. » [24]

Récemment, des dépêches sur le Hezbollah (turc) ont de nouveau commencé à apparaître dans les médias turcs. Il y a des raisons d’interpréter cela dans le cadre d’une opération psychologique subtile pour dresser l’opinion publique turque contre l’Iran.

Les cellules belliqueuses d’Al-Qaïda

Au cours des deux derniers mois, il y a aussi eu une augmentation des reportages sur Al-Qaïda:

« Les agences de sécurité ont reçu des renseignements spécifiques selon lesquels des cellules d’Al-Qaïda ont infiltré la Turquie et elles envisagent de mener des attentats terroristes contre des cibles israéliennes et des sites associés aux États-Unis… À la lumière de cette menace, de récentes directives de sécurité ont été relayées aux agences gouvernementales israéliennes et aux entreprises opérant dans toute la Turquie. » [25]

Ils (les reportages de la presse) ont été suivis par des opérations anti-terroristes à travers le pays. [26] La menace a été reprise par le procureur général US, Michael Mukasey, lors de sa visite à Ankara ce mois-ci:

« Nous surveillons de près Al-Qaïda. Et nous avons vu au cours des derniers temps qu’ils ont accru leurs activités en Turquie… Il semblerait qu’Al-Qaïda pourrait avoir choisi la Turquie comme base. » [27]

Retournons en novembre 2003 lorsque le chercheur Michel Chossudovsky a écrit que les attentats à la bombe au consulat britannique et au siège social de la banque HSBC à Istanbul coïncidaient avec la visite du Président George Bush à Londres, qui a eu lieu le lendemain où s’est achevé la rencontre annuelle du Groupe de Défense conjoint Turco-US à Williamsburg aux États-Unis:

« Les attentats ont créé les conditions pour un rôle plus actif de la Turquie dans le théâtre de guerre en Irak… Les attentats à la bombe à Istanbul ont également servi à faire respecter la légitimité chancelante du premier ministre Tony Blair face à la montée de l’opposition politique concernant la participation de la Grande-Bretagne dans les guerres menées par les États-Unis. » [28]

Cela ressemble à une stratégie similaire qui est à l’œuvre face à une autre menace de guerre. Comme dans le cas du Hezbollah (turc), il n’est pas vraiment question de savoir si Al-Qaida a un quelconque lien avec l’Iran. Cela permet de confondre l’islamophobie et le racisme servant à mettre le feu à la guerre.

L’iranophobie des médias turc

Intitulé « Les tanks du PKK ou la bombe atomique de l’Iran?, » l’article de Kadri Gursel donne un parfait exemple de la propagande anti-iranienne de la presse turque:

« L’Iran a fourni au PKK la protection et un appui logistique dans les années 1990, qui était une période où la Turquie avait une étroite coopération régionale avec les États-Unis; il fomente le terrorisme à l’aide d’une cellule du Hezbollah et il soutient ouvertement les mouvements islamistes par le biais de ses représentants diplomatiques. Les assassins formés par l’Iran ont tué nos intellectuels. L’Iran a tout fait cela pour déstabiliser la Turquie, qui est perçue comme un adversaire naturel.

Une fois que l’Iran réalisera son premier essai nucléaire, il deviendra une super-puissance à l’échelle de ses missiles. Ensuite, on s’attend à un comportement encore plus téméraire car il aura la capacité de soutenir sa politique étrangère agressive avec un bouclier dissuasif nucléaire. » [29]

Il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas eu de guerre entre les deux pays depuis la signature du traité de paix d’Qasr-e-Shirin signé en 1639.

Dans une récente interview publiée dans un journal, l’ancien président turc Suleyman Demirel mentionne encore un autre argument typique contre l’Iran :

« Ils ne cessent de me demander: Qu’est-ce qui nous arrive? Allons-nous devenir comme l’Iran? Vers où sommes-nous en train d’aller? Est-ce que ces changements individuels nous feront finalement devenir un Iran? Voilà le problème. La nation est anxieuse et effrayée à la perspective d’une contre-révolution. » [30]

Dans sa lettre ouverte publiée dans le quotidien turc Milliyet, Handan Haktanir, l’épouse de l’ambassadeur de Turquie à Téhéran de 1991 à 1994, donne une sombre mise en garde aux femmes turques:

« Contre certains règlements adoptés au nom de la liberté d’une manière très innocente, mais qui ensuite ouvre la voie à un régime beaucoup plus répressive. Selon mes amies iraniennes, à commencer par l’introduction du port du hijab obligatoire dans les écoles, il a fallu trois ans pour que cet insidieux et graduel processus soit complété et alors, il était trop tard. » [31]

Le débat ad-nauseam sur le port du foulard sur la tête en public et la laïcité de l’État turc semblent avoir une motivation souterraine visant à alimenter l’hostilité contre l’Iran. En fait, sauf pour quelques exceptions, même les religieux de l’opposition extraparlementaire et les médias sont, au mieux, ignorant de la menace contre l’Iran et, au pire, ils augmentent la crainte de la sphère d’influence croissante de l’Iran en Irak ou au Moyen-Orient et des menaces contre les intérêts nationaux de la Turquie. Les préjugés sunnites contre les prédominants chiites de l’Iran jouent certainement aussi un rôle. Quant aux diverses nuances de l’opposition de la gauche extraparlementaire et les médias, sauf exceptions, ils ne font pas beaucoup plus que de prononcer de belles paroles sur l’Irak, la Palestine et Guantanamo Bay.

Alors, quel est l’impact de toutes ces manipulations des citoyens turcs? L’ensemble de la société est extrêmement polarisée sur des bases ethniques, sectaires et les identités de classe, en montrant trop d’intolérance et de méfiance entre eux, dans un état de peur et de confusion, largement désensibilisés à la poursuite des guerres au Moyen-Orient et en Afghanistan (sans parler de n’importe où ailleurs) et inconscient de la menace qui s’approche contre ses deux autres voisins, à savoir l’Iran et la Syrie. En bref, l’ancienne « stratégie de la tension » (IV) des Opérations Gladio s’est avéré très efficace.

La prochaine importante étape vers la guerre: La visite de Cheney en mars

Le quotidien turc Hurriyet a rapporté la prochaine visite de Dick Cheney sous le titre « Cheney viendra pour les Mollahs » :

« La menace "nucléaire" de l’Iran est la raison derrière la visite qu’envisage de faire en Turquie le vice-président des États-Unis Dick Cheney… Au cours de sa visite en mars, Dick Cheney donnera de "graves" messages sur l’Iran… Il dira: « L’Iran est une menace très sérieuse. Aidez-nous et supportez-nous. » [32]

Le chroniqueur Nagehan Alci du quotidien turc Aksam s’inquiète de cette visite:

« La dernière visite de Cheney remonte à 2002, dans la période précédant la guerre en Irak pour demander le soutien à la guerre au premier ministre turc, M. Ecevit. Il était dans une grande tournée au Moyen-Orient afin de mesurer l’état d’esprit au sujet de la guerre… Si cette visite se matérialise, alors Cheney discutera de l’appui fourni par les troupes turques en Afghanistan et de la situation en Irak.

Mais le principal sujet sera l’Iran. Cheney pourrait donner le signal que l’option d’une intervention militaire en Iran est sur la table, mais il ne parlera pas ouvertement de ces plans. En revanche, il mentionnera les sanctions qu’ils veulent faire passer au Conseil de sécurité des Nations Unies. Il mettra l’accent sur la nécessité d’isoler l’Iran et que la puissance nucléaire de l’Iran menace aussi la Turquie. (Il a donné un avertissement semblable [contre l’Irak] en 2002). » [33]

Pendant la période d’avant la guerre en Irak, il y avait en Turquie une écrasante unité contre la guerre, que l’on estime englober 90 à 95% de citoyens turcs. Une guerre contre l’Iran sera probablement tout aussi impopulaire, mais cette fois, il semble que les citoyens turcs semblent être trop distraits et trop divisés pour prendre la menace au sérieux jusqu’à la dernière minute, alors que le parlement se livre à une conspiration du silence. D’où la raison d’être du présent article qui se veut une tentative pour corriger le manque d’information et de souligner particulièrement les opérations psychologiques dirigées en Turquie pour ouvrir la voie à un conflit avec l’Iran, ceci afin que les turcs et que le public mondial perçoivent le danger et qu’ils agissent à temps pour l’éviter. Nous vous encourageons à faire circuler cet article à tous les intéressés et à toutes les parties concernées.


GLOSSAIRE

(I) Opération Gladio: Initialement mis en place comme un réseau de cellules clandestines pour être activées derrière les lignes dans le cas d’une invasion soviétique dans l’Europe occidentale, Gladio évolua rapidement en un outil de répression politique et de manipulation, dirigée par l’OTAN et par Washington. Utilisant les milices de droite, les provocateurs du gouvernement et des unités militaires secrètes, non seulement Gladio a répandu largement le terrorisme, les assassinats et la subversion électorale dans les États démocratiques comme l’Italie, la France et l’Allemagne de l’Ouest, mais Gladio a aussi renforcé les tyrannies fascistes en Espagne et au Portugal, a encouragé le coup d’État militaire en Grèce et a facilitée la répression des Kurdes en Turquie.

(II) Les révolutions de couleurs: La révolution safran en Birmanie, comme la révolution orange en Ukraine ou la révolution des roses en Géorgie et les différentes couleurs des révolutions instiguées ces dernières années contre les États stratégiques entourant la Russie, est un exercice bien orchestrée pour des changements de régime dirigés par Washington.

(III) Des opérations sous fausse bannière (False Flag - littéralement Faux Drapeau): Des opérations secrètes menées par les gouvernements, des compagnies ou d’autres organisations, qui sont conçues pour apparaître comme si elles avaient été réalisées par d’autres entités. Le terme est dérivé du concept militaire consistant à faire voler un avion sous une fausse couleur, c’est-à-dire en battant pavillon d’un pays autre que le sien. Les opérations sous fausse bannière ne sont pas limitées à la guerre et aux opérations anti-insurrectionnelles, elles ont été utilisées en temps de paix, par exemple au cours de la stratégie de tension en Italie. [NDT : La plus connue des opérations sous fausse bannière est certainement le 11 septembre 2001.]

(IV) La stratégie de tension: Une façon de contrôler et de manipuler l’opinion publique en utilisant la peur, la propagande, la désinformation, la guerre psychologique, des agents provocateurs, ainsi que des actes terroristes sous fausse bannière. Selon l’historien Danièle Ganser, « c’est une tactique qui consiste à commettre des attentats à la bombe et de les attribuer à des tiers. Par le terme « tension » on se réfère à la tension émotionnelle, à ce qui crée un sentiment de peur. Par le terme « stratégie » on se réfère à ce qui alimente la peur des gens envers un groupe particulier. »

Traduit par Dany Quirion pour Alter Info

Source : http://www.campaigniran.org/casmii/index.php?q=node/4153


REFERENCES

1] IAEA’s report on Iran
IAEA, 22 February 2008
[2] The US-NATO Pre-emptive Nuclear Doctrine: Trigger a Middle East Nuclear Holocaust to Defend "The Western Way of Life"
by Michel Chossudovsky, Global Research, 11 February 2008
[3] "Triple Alliance": The US, Turkey, Israel and the War on Lebanon
by Michel Chossudovsky, Global Research, 6 August 2006
[4] Israel’s Barak in Turkey to discuss defense cooperation
AFP, 12 February 2008
[5] "Barak hoping for Turkish satellite sale" by Jacob Katz, Jerusalem Post, 11 February 2008
[6] Israel’s Barak To Visit Turkey For Talks On Iran Dow Jones Newswires, 11 February 2008
[7] Barak says he’s lobbying for Turkey’s EU bid
by Emine Kart, Today’s Zaman, 14 February 2008
[8] AKP iktidarinin bolgesel etkin rolu nedense hep Washington-Tel Aviv’e ayarli gerceklesiyor!
Kenan Camurcu, Fikritakip, 15 November 2007
[9] Turkish Party Issues Warning on a War on Iran
Milli Gazete, 28 November 2007
[10] Cooperation between Turkey, Israel Contributes to Mideast Peace: Turkish Defense Minister
Xinhua News, 13 February 2008
[11] Ali Kirca uygun ortam hazirlama telasindayken!
Fikritakip, 5 February 2008
[12] ‘Ortak dusman’ emperyalizmdir!
Mehmet Bekaroglu, Radikal Iki, 8 February 2008
[13] Blood price for the US support to Turkey’s PKK operation: A military base against Iran
by Mehmet Yaman, Firat News Agency, 14 January 2008
[14] The Future of the U.S.-Turkey Relationship
by R. Nicholas Burns, Remarks at the Atlantic Council of the United States (ACUS), 13 September 2007
[15] U.S. says will seek 3rd missile-defense site in Europe
by Jim Wolf, Reuters, 12 February 2008
[16] ‘Turkey is under the threat of Iran’s short and medium range missiles’ claims US Ambassador to NATO
by Utku Cakirozer, Milliyet, 5 March 2007
[17] Turkey Warned Over Iranian Banks
Associated Press, 28 January 2008
[18] The Mediterranean Union: Dividing the Middle East and North Africa
by Mahdi Darius Nazemroaya, Global Research, 10 February 2008
[19] Who allies with whom against Iran?
by Umur Talu, Sabah, 20 September 2007
[20] House Panel Votes to Condemn Armenian Killings as Genocide
by Steven Lee Myers and Carl Hulse, New York Times, 10 October 2007
[21] The Hidden Holocaust: Our Civilizational Crisis
by Nafeez Ahmed, The Cutting Edge
Part 1: The Holocaust in History, 25 November 2007
Part 2: Exporting Democracy, 3 December 2007