Cet article renforce et complète judicieusement l’analyse de Paul Villach précédemment publiée .
Bien que non nommément mis en cause, M. Arno Mansouri répond, en tant que directeur des Éditions Demi-Lune à M. Robert Redeker, philosophe, au sujet de sa tribune sur les « théories du complot » (du 11 Septembre) parue dans le journal Le Monde daté du 29 mars 2008.
Robert Redeker, dans Le Monde :
l’effroyable légèreté de la paresse intellectuelle
D’emblée, on saura gré à M. Redeker, philosophe ayant accédé au rang de « pipole » suite à une virulente diatribe islamophobe parue dans Le Figaro, de ne pas avoir déformé les propos de Mlle Cotillard. Cette manière de procéder le place quelques centimètres au-dessus de la presse de caniveau (le lecteur aura reconnu le site Marianne2.fr) qui non contente de ressortir opportunément les courts propos que la jeune actrice avait tenus un an auparavant au cours d’une longue interview, les manipulent sans vergogne. Ainsi, il est utile de rappeler que contrairement à ce qu’affirmait le chapeau de l’article commis par Mme Bénédicte Charles, Mlle Cotillard ne remettait bien évidemment pas en cause la réalité même des terribles attentats du 11 Septembre, mais uniquement les comptes-rendus de la Maison-Blanche et du Pentagone qui par la suite sont devenus vérité officielle, médiatique, consensuelle, inamovible. Une sorte de nouvel évangile qui voue au ban tous ceux qui, hérétiques, osent remettre tout ou partie du mythe en question. En cela, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette jeune femme n’est pas seule avec M. Thierry Meyssan à partager une telle opinion : dans notre pays, comme en Europe, ou aux États-Unis mêmes, (sans parler des pays « du Sud » dont l’opinion ne compte pas pour le microcosme politico-médiatique hexagonal), les gens qui doutent sont légions… et ils sont de plus en plus nombreux. Nous appellerons « sceptiques » l’ensemble de cette multitudes de citoyens qui remettent en cause le bien-fondé du mythe fondateur de la croisade contre le Mal (aussi connue sous l’appellation plus politiquement correcte de « guerre contre la Terreur » ou « choc des civilisations »), j’ai nommé le 11 Septembre.
De l’ignorance du locuteur…
Qui sont ces âmes égarées ? Ces pauvres hères qui refusent ce que les médias dans leur immense majorité nous serinent depuis plus de 6 ans (car oui, j’avoue avec fierté que l’on peut me compter parmi ces « diables » !) En fait, préférant évoquer des « opinions répandues », M. Redeker n’en parle pas. Pas plus qu’il ne cite les sources sur lesquelles se basent ces « opinions » ou les arguments qui les ont fait chavirer dans l’obscurantisme révisionniste… Pas un mot sur les chefs d’État en fonction ou non, les personnalités politiques états-uniennes ou autres, les experts en tout genre (anciens des services de renseignement, militaires à la retraite ou en exercice, pilotes, ingénieurs, professeurs, etc) qui partagent les « opinions » (de cette plèbe ignare… il va sans dire)
Faut-il y voir une tentative d’occulter la réalité ? Sans doute pas, et cette même réalité est sans doute bien plus navrante ; je serais tenté pour ma part de penser que M. Redeker n’a jamais pris la peine de regarder l’un quelconque des nombreux documentaires états-uniens auxquels Mlle Cotillard faisait référence, ni de lire le moindre livre paru sur le sujet, et certainement pas le rapport de la Commission d’enquête ! En cela, il est le produit d’un mode de fonctionnement mental aussi ancien que l’humanité, qui fait fi des éléments pertinents sinon irréfutables mis en avant par son contradicteur, pour promouvoir une thèse qui lui semble plus vraisemblable, même si celle-ci repose sur un empilement de faits qui ne peuvent matériellement et physiquement pas être ! Pour plus de détails sur de telles impossibilités physiques et matérielles en regard de l’effondrement des 3 tours du World Trade Center par exemple, le lecteur se reportera utilement à la lecture du Procès du 11 Septembre de Victor Thorn, avec une postface de David Ray Griffin.
à son manque de curiosité intellectuelle…
De fait, concernant les « quelques détails insignifiants » dont parle elliptiquement M. Redeker, on aurait peine à tous les lister : la plupart de ces faits invraisemblables et pourtant avérés sont explicités avec force détails, précisions et moult notes dans les 9 ouvrages consacrés au sujet et parus dans la collection Résistances… dont le lecteur non connecté à l’Internet ne peut avoir eu connaissance tant est puissante l’omerta médiatique sur le sujet. Sur le terrorisme en général et le 11 Septembre en particulier, les informations alternatives à la version gouvernementale existent et ne sont nullement l’apanage d’une communauté de « narcisses jouissants d’une quelconque ivresse ». L’effroyable possibilité de la participation d’une infime partie de l’appareil d’État américain dans les attentats terroristes du 11/9, que ce soit par le biais (plus que probable au regard de la connaissance préalable qu’en avaient les hauts responsables de l’administration Bush) d’un laisser-faire délibéré (donc criminel), ou plus vertigineux encore par celui d’un déclenchement délibéré, cette possibilité même n’a vraiment rien de réjouissant ! Il faut être bien stupide pour ne pas le comprendre : pour ma part, je préférais le temps où, comme M. Redeker, je ne m’étais pas penché sur le sujet en profondeur. Certes, il faut faire l’effort de les chercher (comme toute information qui ne relève pas de la simple bouillie consensuelle) mais jamais il n’a été plus simple et rapide de se confronter à la réalité des faits : à ceux qui lisent l’anglais couramment, je recommande la consultation du site de Paul Thompson, The Complete 9/11 Timeline (la chronologie complète du 11/9, dont j’ai entrepris la traduction en français) ; aux autres, je ne peux que conseiller de se procurer le DVD du film 911 Press for Truth (En quête de vérité) qui se base sur ce remarquable travail d’investigation. Lequel, cela fera plaisir aux journalistes, ne se base que sur des articles, reportages et travaux parus, émis et diffusés sur des médias grand public. Il s’agit là d’un premier pas vers une vérité historique, celle par exemple de la création de la Commission d’enquête, qu’ont oubliée les néo-conservateurs français, ces sinistres va-t-en-guerre qui, après s’être réjouis de la guerre contre l’Irak, voudraient que la France s’implique militairement en Afghanistan (M. Sarkozy est en passe de les satisfaire), au Darfour, en Iran… et pourquoi pas demain au Tibet ! Nul « révisionnisme conspirationniste » donc, juste des faits. C’est un fait par exemple que l’anthrax utilisé au lendemain du 11/9 contre 2 sénateurs opposés au PATRIOT ACT et diverses rédactions ne provenait pas d’un laboratoire afghan ou irakien/iranien… mais selon toute vraisemblance d’un laboratoire du complexe militaire de Fort Detrick. L’investigation toujours en cours du FBI confirme les mises en garde du professeur Francis A. Boyle émises très rapidement après les examens des spores, et qu’il détaille dans son ouvrage Guerre Biologique et Terrorisme.
M. Redeker est également le produit d’une époque qui veut que nos médias ne prennent plus le temps de traiter quelque sujet que ce soit autrement que selon un schéma simplificateur à l’extrême, dont la présentation ne peut relever que de la dichotomie de deux entités diamétralement opposées, organiquement incompatibles : le Bien et le Mal, nous et eux, l’Occident et les fanatiques, le monde libre et les terroristes (synonyme de terrorisme : al-Qaida), les athées laïcs et les fanatiques religieux, les Israéliens et les Palestiniens, victimes et coupables…
… au choix et à l’usage des mots
En conformité avec la pensée dominante, lorsqu’il s’agit de traiter d’une importante question de société, M. Redeker, à l’instar de ce qui nous tient lieu d’élite intellectuelle médiatique, préfère avoir recours aux techniques bien connues de l’amalgame et à la rhétorique du néant. Mieux vaut agiter l’épouvantail du danger sectaire : son utilisation des mots « ivresse », « délirante », « fantasme », « dément », « adepte »… pour qualifier les sceptiques commence à nous être totalement familière. C’est une habitude. Si nous est épargné le qualificatif d’anti-américanisme (par essence primaire), c’est sans doute plus un oubli de sa part que la reconnaissance que les documents sur lesquels se fondent les sceptiques sont très majoritairement d’origine états-unienne ou anglo-saxonne.
En revanche, l’addition presque éculée mais encore si puissante, du spectre du « révisionnisme », surtout adossé au « négationnisme » (toujours effrayant car fortement connoté à la négation de la Shoah) et mâtiné de l’argument final, le fameux « anti-sémitisme » de la « bête » pour aussi abjecte qu’elle soit fonctionne encore, car elle utilise les réflexes du rejet émotionnel d’une majorité de la population. Pour qui n’a jamais discuté face à face avec un sceptique de la version officielle du 11/9, ou lu l’un des livres que j’ai édités, c’est-à-dire n’importe quel journaliste, l’affaire est entendue ! J’imagine aisément que le message est fortement ancré : (je) nous ne sommes pas des individus fréquentables à qui il convient de tendre un micro et de servir de porte-voix. Le problème de ces affirmations est qu’elles ne reposent sur rien d’autre qu’un… fantasme ! Passons sur le cynisme de telles insinuations de la part d’un individu qui s’est fait une gloire de souiller l’image d’un homme (le Prophète) dont la sainteté est, à tort ou à raison, une évidence pour plus d’un milliard d’êtres humains… Il ne sera guère utile de m’appesantir sur l’évidence que si mes livres (ou le site ReOpen911.info) faisaient étalage du moindre propos antisémite, il y a longtemps que ces livres ou ce site auraient été attaqués en justice, avec raison, et que nous eussions été condamnés. Les propos de M. Redeker, assez évasifs pour lui éviter la diffamation, assez pernicieux pour nuire aux yeux de qui ne veut pas réfléchir à leur portée, illustrent bien qu’il vit dans une société permissive (ne lui en déplaise) où l’on peut affirmer n’importe quoi, du moment qu’on l’écrit dans Le Monde.
… et à l’inanité de sa « pensée »
M. Redeker, dont les talents d’exégète du Coran auront défini un nouvel horizon de vacuité intellectuelle (au-delà même de celle, pourtant fermement établie au fil des ans, de penseurs de la classe de M. Val et son ami M. Bernard Lévy), ne pourra sans doute pas comprendre le concept de terrorisme sous faux pavillon. C’est fort dommage, car il se serait aperçu qu’il ne s’agit pas là du fruit de l’imagination fertile d’un « adepte » des conspirations, le très formidable Webster G. Tarpley, dont l’ouvrage La Terreur fabriquée, Made in USA est aux avant-postes de la pensée alternative en matière de terrorisme. Comme le démontre avec brio le professeur d’histoire contemporaine M. Daniele Ganser dans son ouvrage de référence sur Gladio et les réseaux Stay-Behind (qui n’a donc rien à voir avec le 11 Septembre !) : Les Armées secrètes de l’OTAN, le terrorisme fabriqué, ici dans le cadre de la stratégie de la tension dans l’Italie des années de plomb, est une réalité historique, irréfutable. Ou comme le prouve les documents relatifs à l’opération Northwoods, signés de la main de Lemnitzer, le chef des armées US en 1962, et qu’un certain Thierry Meyssan a le premier publiés dans un livre en français, L’Effroyable Imposture (véritable décryptage politique des événements du 11/9, qui annonçait avec un an d’avance l’inéluctabilité de la guerre en Irak et dont les médias n’ont « retenu » que les incohérences de la version officielle concernant la frappe contre le Pentagone). Il faut donc raison garder, et se méfier des analogies trop rapides, mais il est nécessaire de savoir que le terrorisme peut être instrumentalisé et que les gouvernements peuvent mentir, user de la propagande, voire agir de manière criminelle. Or bien évidemment, en matière de mensonges, d’instrumentalisation, de propagande et même de crimes (car l’invasion de l’Irak est une guerre illégale au regard du droit international, et criminelle au-delà de l’entendement) le régime Bush a surpassé toutes les administrations américaines précédentes. Faut-il croire que M. Redeker n’a jamais entendu parler des exactions et tortures qui ont eu lieu à Guantanamo et à Abou Ghraïb, ni des prisons secrètes et autres « extraordinary renditions » ? Je l’invite dans ce cas à lire plus souvent les journaux dans lesquels il se répand…
Pour terminer là cette trop courte réponse (au vu de la multitude d’arguments factuels sous lequel je répugne à ensevelir M. Redeker), j’aimerais seulement lui faire remarquer, en espérant ne pas trop le glacer d’effroi, qu’il est lui-même un « théoricien du complot », puisqu’il vit dans la croyance absolue que le 11 Septembre est le fruit (du complot islamiste) des 19 kamikazes musulmans responsables de la pire attaque terroriste jamais perpétrée sur le territoire continental des USA. Une version des faits qu’un vrai philosophe, de renommée internationale, M. le professeur David Ray Griffin résume astucieusement comme « la plus folle, la plus irrationnelle des théories du complot » et « celle qui se base le moins sur l’examen minutieux des éléments factuels ». Ou pour citer les propos pleins de sens d’un haut fonctionnaire états-unien, M. Paul Craig Roberts (ancien sous-secrétaire aux Finances de l’administration Reagan), repris dans l’introduction de 11 Septembre, La Faillite des médias :
« … Quelle est la théorie du complot la plus grandiose ? L’interprétation du 11 Septembre comme un casus belli organisé visant à justifier l’invasion par les États-Unis de l’Afghanistan et de l’Irak ou celle selon laquelle une poignée de musulmans a mis en échec à plusieurs reprises les systèmes de sécurité des États-Unis en une courte matinée et a réussi la plus sensationnelle attaque terroriste de l’histoire simplement parce qu’ils “haïssent notre liberté et notre démocratie” ? Ourdir des événements graves pour justifier des guerres est un stratagème si éculé qu’il en devient lassant. »
De la part d’un philosophe de bistrot (« narcissique »), aux propos outrés (« et négationnistes » du bien fondé de la réouverture de l’enquête sur le 11 Septembre que même des familles de victimes appellent de leurs voeux), « adepte de la vision délirante du "choc des civilisations" », quand bien même il se retrouve parachuté au CNRS par un ministre sous pression, on ne pouvait logiquement s’attendre à meilleure analyse d’une réalité trop complexe pour être l’objet d’un traitement médiatique approprié.
PS : J’ajoute que l’amalgame final entre « la bête » et le légitime questionnement citoyen de la théorie gouvernementale du complot présentée par l’administration Bush est particulièrement inquiétant. En effet, après nous avoir indûment comparés à des négationnistes, il ouvre toute grande la porte non pas à la censure (déjà en cours), mais à une extension de la loi Gayssot qui punirait de prison toute personne remettant en cause les événements du 11 Septembre. Même les plus acharnés des néo-conservateurs états-uniens ne sont pas encore allés jusque-là, bien que le projet de loi HR 1955 permette déjà de désigner des sites « conspirationnistes » (lire tenus par des citoyens sceptiques) mais pas uniquement loin de là, comme des « menaces terroristes », afin de criminaliser toute dissidence. En somme, l’avènement du meilleur des mondes pour M. Redeker, qui ne manquera pas de s’esbaudir sur Fitna, le pamphlet raciste de Geert Wilders cet autre faux apôtre de la liberté d’expression, vrai praticien de la haine entre les peuples.
Arno Mansouri est le directeur des Éditions Demi-Lune, petite structure éditoriale qu’il a créée à l’origine pour développer des livres politiquement inoffensifs, sur les musiques et les danses du monde. Photographe, voyageur, il n’est pas né conspirationniste, et n’est l’adepte d’aucune secte. Sa curiosité intellectuelle l’a perdu au monde sans pitié des médias lorsqu’il s’avisa, fin 2005, de l’existence de livres anglo-saxons d’une extrême importance qui pourtant n’intéressaient aucune des grandes maisons d’éditions de ce pays qui aime tant à se présenter comme celui des droits de l’homme et du débat d’idées, voire (ironie suprême) de la liberté d’expression. C’est ainsi qu’il développa la collection Résistances, et devint du même coup un paria…
Ceci est une réponse à l’article de M. Redeker, paru en pages « Opinions » du journal Le Monde, du samedi 29 mars 2008.





