BBC News: L’évolution d’une théorie du complot

Dans un article paru le 4 juillet 2008, BBC News fait le point sur l’état actuel du Mouvement pour la Vérité sur le 11 Septembre. Malgré l’usage du vocabulaire abusif des pro-VO, avec des termes comme conspirationistes ou théorie du complot, ce texte a néanmoins le mérite de témoigner de l’ampleur qu’a pris le Mouvement en Europe comme aux Etats-Unis, en revenant sur son histoire et sur les principaux éléments relevés par les "Truthers".

Article paru sur BBC News le 4 juillet 2008

Il n’y a pas que les Tours Jumelles qui se sont effondrées le 11 Septembre. Une 3ème tour du World Trade Center (WTC), qui n’avait pas été frappée par des avions, s’est également écroulée. Alors qu’un rapport exposant les résultats d’une enquête sur la Tour 7 est sur le point d’être publié, Mike Rudin examine comment cette théorie du complot a pris une telle ampleur.

Le 11/9 est la théorie du complot de l’ère de l’internet.

Tapez « 9/11 conspiracy » (conspiration du 11/9) dans Google et vous obtiendrez 7,9 millions de résultats… Tapez « 9/11 truth » (vérité sur le 11/9) et ce sera plus de 22 millions.

Aux Etats-Unis, des sondages ont traduit les doutes largement répandus au sein de la population américaine. En 2006, un sondage New York Times/CBS News a démontré que 53% des personnes interrogées pensaient que l’administration Bush…

Un grand nombre d’Americains se demandent ce qui s’est vraiment passé le 11 Septembre

Au Royaume-Uni, une enquête menée par GfkNOP en 2006 pour l’émission télévisée de la BBC The Conspiracy Files (Les Dossiers du Complot) a mis en évidence que 16% des personnes interrogées pensaient qu’il existait une « conspiration plus vaste dans laquelle serait impliqué le gouvernement américain. »

Cet été sera un moment clé pour les sceptiques de l’explication officielle des évènements qui se sont déroulés le 11 septembre 2001, pour ce soi-disant « 9/11 Truth Movement » (« Mouvement pour la Vérité sur le 11/09 »).

Quasiment 7 ans après les terribles événements de ce jour de septembre, les autorités américaines sont sur le point de publier le rapport final sur la 3ème tour qui s’est également écroulée le 11/9. Contrairement aux Tours Jumelles, ce gratte-ciel de 47 étages et d’une hauteur de 186 mètres n’avait pas été frappé par un avion.

Ainsi, la Tour 7 est devenue un élément clé pour des « Truthers » comme Dylan Avery, le réalisateur du film sur le 11/9 diffusé sur internet, Loose Change.

« Le Mouvement pour la Vérité se focalise énormément sur le bâtiment 7, et beaucoup de gens ont, à juste titre, de graves soupçons sur ce qui s’est réellement passé ce jour-là, » dit-il.

Avery précise que des locataires inhabituels étaient hébergés dans la Tour 7 : La CIA, les Services Secrets, le Pentagone et surtout le bureau de la Gestion des Situations d’Urgence (Office of Emergency Management), l’agence qui était justement chargée de gérer des désastres ou des attentats terroristes à New York. Et certains pensent que la Tour 7 est l’endroit où le complot du 11/9 a été fomenté.

L’explication officielle est que de simples incendies ont été à l’origine de l’effondrement de la Tour 7. Ceci en ferait le premier et unique gratte-ciel au monde à s’écrouler à la suite d’incendies.

Mais malgré cela, la totalité des milliers de tonnes d’acier du bâtiment a été embarquée et fondue.

La façon dont les organismes officiels ont enquêté sur la Tour 7 a conduit certaines personnes à penser qu’ils cachent quelque chose. Sa destruction n’est jamais mentionnée dans le Rapport Officiel de la Commission du 11/9.

Une enquête de l’Agence Fédérale de la Gestion des Situations d’Urgence (Federal Emergency Management Agency) a affirmé que le bâtiment s’était écroulé en raison de violents incendies qui auraient duré des heures entières, nourris par des milliers de litres de gazole stockés dans la tour pour l’alimentation des générateurs de secours. Mais le rapport a stipulé que « la probabilité d’une telle situation était faible » et qu’il fallait des études complémentaires. C’était en mai 2002.

La tâche est aujourd’hui confiée à l’Institut National des Standards et de la Technologie (NIST - National Institute of Standards and Technology) situé sur un vaste campus près de Washington DC. Cela fait plus de 2 ans et demi que les scientifiques y étudient la Tour 7.

Il est évident que les chercheurs ont été critiqués sous prétexte qu’ils seraient lents et même qu’ils auraient peur de publier (leurs travaux). Mais Shyam Sunder, chef des investigations au NIST et chargé de l’enquête sur le WTC, explique que 2 ans et demi est la durée habituelle d’une enquête sur un accident d’avion. Il ajoute que ce n’est que depuis ces dernières années qu’il a reçu des critiques de la part du Mouvement pour la Vérité.

Graphique montrant la position du WTC7

« Ce n’est qu’à la toute fin 2005 que ce groupe a commencé à se faire entendre et qu’on a commencé à les voir à quelques-unes de nos réunions. Mais pendant longtemps ils n’étaient même pas présents. Ce n’est pas vraiment le retard qui les a motivés, ils se sont tout simplement réveillés un beau jour avec l’idée qu’ici se trouvait un problème qu’ils devaient gérer.  »

Une grande remise en question.

En avril 2005, les 1000 premiers DVD de Loose Change de Dylan Avery ont été gravés. Sa production n’a coûté que 2000 dollars. Ce fut un moment critique pour le développement du mouvement. Les producteurs de Loose Change affirment que plus de cent millions de personnes l’ont visionné. Steven Jones, ancien professeur à l’Université de Brigham Young, qui est devenu la première voix académique du mouvement, avait regardé une vidéo de l’effondrement de la Tour 7 pour la première fois au printemps 2005. Mais quand il le fit, le physicien qu’il était fut déconcerté. La conversion de l’architecte américain, Richard Gage eut lieu en 2006 quand, au volant de sa voiture, il écoutait une station de radio indépendante en train d’interviewer le théologien David Ray Griffin. « Il fallait que je remette tout en question et que je fasse des recherches. Et plus je découvrais, plus j’étais perturbé et je me suis rendu compte que ce que je cherchais c’était… les architectes et les ingénieurs. »

Constatant que ces derniers n’étaient pas encore vraiment entrés dans la bataille, Gage décida qu’il lui fallait agir. [NdT - Voir la vidéo de l’interview de Richard Gage traduite et sous-titrée par ReOpen911]

« Ça m’est venu comme ça, il fallait que je fonde une organisation nommée « Architectes et Ingénieurs pour la Vérité sur le 11/9 » (Architects and Engineers for 9/11 Truth). »

 

Les polémiques se calmeront-elles un jour  ?

Le cinquième anniversaire du 11/9 fut un moment énorme pour les « truthers ». Sous le feu des projecteurs des médias, les manifestations se sont intensifiées, des sites web ont vu le jour et des films ont proliféré sur internet.

Avec la publicité, sont arrivés aussi les « déboulonneurs » (debunkers) qui mettaient les « truthers » à l’épreuve à chaque étape.

Après Loose Change il y a eu le site web Screw Loose Change (Que Loose Change aille se faire foutre). Et puis le film internet 9/11 Mysteries (Les Mystères du 11/9) a été suivi par Screw 9/11 Mysteries (Que les Mystères du 11/9 aillent se faire foutre).

Les scissions de la conspiration.

Et les « truthers » ont riposté. Quand le magazine américain de technologie Popular Mechanics a sorti un livre intitulé Debunking 9/11 Myths (La démysitification des Mythes du 11/9) il a été contredit par un livre de David Ray Griffin intitulé Debunking 9/11 Debunking (La Démystification de la Démystification du 11/9).

Avec le temps, la portée du complot présumé a pris de l’ampleur, mettant en cause non seulement des sections de l’administration Bush et les services secrets, mais aussi les pompiers, la police, les premiers secours, des enquêteurs officiels, des experts, le propriétaire des bâtiments (WTC) et les médias et puis, ah oui ! même la BBC.

Et, avec le temps, des scissions sont apparues au sein du Mouvement pour la Vérité sur le 11/9.

Des soi-disant « Pas-d’avionistes » croient que des avions de ligne ne se sont pas vraiment écrasés contre les Tours Jumelles, contre le Pentagone ou dans un champ en Pennsylvanie. Certains soutiennent que des lasers envoyés depuis l’espace ont été utilisés.

Les « Avionistes » croient que des avions ont effectivement été employés mais affirment que l’effondrement des tours du WTC ne peut véritablement être expliqué que par des démolitions contrôlées.

Selon le Mouvement pour la Vérité sur le 11.09, Georges Bush cache quelquechose

Et puis il y a les LIHOPs et les MIHOPs. La plupart des « Truthers » sont des MIHOPs- ils croient que le gouvernement a « fait en sorte que ça arrive » (Made It Happen On Purpose), en élaborant et orchestrant les attentats du 11/09.

Mais les LIHOPs soutiennent que le gouvernement n’a fait que « laisser sciemment les évènements se produire » (Let It Happen On Purpose) pour lui permettre de justifier les guerres en Afghanistan et en Irak et pour appliquer des mesures de répression des libertés civiles à l’intérieur de son propre pays.

C’est dans cette atmosphère fébrile que le rapport officiel final sur le 11/9 fait son apparition.

On saura cet été si le rapport du NIST est parvenu à répondre aux multiples questions soulevées ou s’il rencontrera le même destin que la Commission Warren chargée d’enquêter sur l’assassinat du Président américain John F. Kennedy et qui, en définitive, n’a fait qu’alimenter les théories du complot.

 

Traduit de l’anglais par Kate G. et Stéphane Barthe pour ReOpen911

“Une arme de persuasion massive” par Sheldon Rampton et John Stauber

Article de Paul CAUCHON paru sur LeDevoir.com, à propos de l’ouvrage de Sheldon Rampton et John Stauber : "Une arme de persuasion massive - De la propagande dans la guerre de Bush en Irak"

Médias: La guerre vendue en shampooing

La guerre contre l’Irak a représenté une formidable bataille idéologique, dans laquelle la Maison-Blanche a utilisé des techniques de marketing sophistiquées, souvent avec l’aide de prestigieuses entreprises de relations publiques.
On s’en doutait, bien sûr. Mais rarement la chose a été aussi bien documentée que dans cet ouvrage qui vient de paraître en français, Une arme de persuasion massive/De la propagande dans la guerre de Bush en Irak, publié l’automne dernier aux États-Unis, et en français récemment chez Le Pré au Clercs. Les deux auteurs, Sheldon Rampton et John Stauber, travaillent pour le Center for Media and Democracy, un organisme créé en 1993 pour enquêter sur les propagandes gouvernementales et le discours médiatique. Ce centre se spécialise particulièrement dans l’analyse des stratégies des grandes entreprises de relations publiques.

On a beaucoup écrit sur l’expérience des journalistes intégrés dans les unités militaires lors de la guerre en Irak, ou encore sur l’hyper-patriotisme de certains médias américains. Rampton et Stauber en parlent, sans que leurs propos ne soient nécessairement très marquants. L’intérêt de leur livre est ailleurs, dans le décryptage des stratégies gouvernementales pour conditionner l’opinion publique avant le déclenchement de la guerre.

Ainsi, dès 1997 (trois ans avant l’élection de Bush), un groupe de néo-conservateurs dirigé par William Bennet, rédacteur en chef du Weekly Standard (propriété de Rupert Murdoch), avait créé le Project for the New American Century, qui avait pour but de «durcir» la politique américaine envers l’Irak, et qui a fait pression sur le Congrès pour octroyer 100 millions de dollars aux opposants irakiens. Le groupe comprenait des gens comme Dick Cheney, l’éditeur Steve Forbes, Donald Rumsfeld, l’auteur Francis Fukuyama.

Il faut rappeler que, quelques mois après la guerre du Golfe de 1991, Bush le père avait demandé à la CIA de chasser Saddam Hussein du pouvoir, et l’organisme avait engagé John Rendon, un conseiller en relations publiques, pour travailler à ce dossier. Le même Rendon obtenait à l’automne 2001 un contrat de 400 000 $ pour orchestrer la propagande afin de préparer l’intervention en Afghanistan.

Le cas le plus connu du marketing de guerre est celui de Charlotte Beers, grande prêtresse du marketing aux États-Unis, qui avait dirigé deux grandes agences et qui comptait, parmi ses titres de gloire, le lancement du riz Uncle Ben’s et des shampooings Head & Shoulders! Nommée à un poste de sous-secrétaire d’État par l’administration Bush, elle a créé des campagnes de publicité, des sites internet, des shows télévisés, a organisé des rencontres avec des leaders arabes, pour tenter d’influencer l’opinion et de vendre les États-Unis au Moyen-Orient comme une «marque» représentant la liberté. Colin Powell avait lui-même déclaré lors de son embauche qu’il fallait «faire de notre politique étrangère une véritable marque».

Remarquez que ce n’est pas seulement la Maison- Blanche qui pensait en termes de marketing. Trois jours après le 11 septembre 2001, c’est le royaume d’Arabie saoudite qui signait un contrat avec le géant de la communication Burson-Marsteller pour recevoir des conseils en gestion de crise (la presque totalité des terroristes du 11 septembre étaient saoudiens, ce qui présentait mal…). Et une autre agence, Quorvis Communications, recevait 20 millions du même royaume pour faire interviewer des représentants saoudiens par des journalistes-vedettes des médias américains.

Et ça continue comme ça pendant des pages. Pour préparer l’intervention contre l’Irak plusieurs organismes soutenus par le pouvoir politique faisaient affaire avec Benador Associates, une puissante société de relations publiques qui se spécialisait dans le placement d’experts du Moyen Orient et du terrorisme dans tous les médias, des experts évidemment en faveur de la guerre. Les auteurs font remarquer qu’on les voyait partout alors que les médias semblaient ignorer les 1400 spécialistes indépendants du Moyen-Orient dans les universités américaines, qu’on imagine plus nuancés. Des organisations pacifistes découragées ont même tenté d’acheter de la publicité commerciale dans les grands réseaux de télévision pour se faire entendre, ce qui leur fut refusé par les réseaux.

Cet ouvrage porte aussi une leçon forte. Si le conditionnement à la guerre a semblé fonctionner aux États-Unis, toutes les campagnes de relations publiques pour améliorer l’image des États-Unis au Moyen-Orient ont échoué. Pourquoi? Le message véhiculé par cette armée de consultants n’était pas forcément faux, écrivent les auteurs. Mais il n’abordait jamais le coeur du ressentiment musulman envers les États-Unis, soit le conflit israélo-palestinien et le passé des interventions américaines dans la région. Comme le dit un professionnel de la publicité cité dans l’ouvrage, et qui semble plus lucide que les autres, «l’opinion islamique est davantage influencée par ce que les États-Unis font que par tout ce qu’ils peuvent dire».
 

=> Notes de ReOpenNews: A titre de complément d’information, nous présentons aussi  les notes de l’éditeur

Notes de l’éditeur (Pré-aux-Clercs) disponible sur Amazon.fr
La guerre de Bush en Irak était-elle juste ? Un an après la seconde guerre du Golfe, et à quelques mois de l’élection présidentielle américaine, des voix s’élèvent enfin outre-Atlantique pour dénoncer ouvertement une manipulation flagrante de l’opinion. Ce livre-brûlot, qui fait scandale aux Etats-Unis, est l’œuvre de deux spécialistes des médias américains, qui ont étudié en détail la propagande " bushienne ". Ils décortiquent ici ses mécanismes. Pourquoi 70 % des Américains en sont-ils venus à croire que Saddam était responsable des attentats du 11 septembre ? Pourquoi des documents falsifiés et de faux rapports des services secrets on-ils été utilisés pour accréditer la thèse des armes de destruction massive ? Pourquoi la presse internationale a-t-elle été enrôlée dans les unités combattantes, à l’inverse de l’embargo imposé lors de la première guerre du Golfe ? Comment une agence de relations publiques travaillant pour le Pentagone a-t-elle créé de toutes pièces le Congrès national irakien censé représenter les opposants à Saddam ? Comment ces mêmes agents ont-ils organisé à coups de dollars des mouvements de foule " spontanés " pour accueillir les libérateurs dans Bagdad

“Le mirage de la démocratie américaine” par Mathilde Fonvillars

Etats-Unis / jeudi 3 juillet par Mathilde Fonvillars

Article paru sur Backchich.info le juillet 2008

Dans « Une caste américaine, les élections aux Etats-Unis expliquées aux Français » (Les Arènes), John R. MacArthur, directeur du « Harper’s magazine », dépèce méthodiquement le cadavre de la démocratie américaine. L’auteur du livre explique en quoi la démocratie états-unienne est une illusion, soigneusement entretenue par les médias.

Pour ceux qui en douteraient encore, aux États-Unis, illustre patrie des libertés, la souveraineté populaire sombre doucement dans les eaux troubles du néolibéralisme et de la grande consommation. Tel est le message qu’adresse MacArthur au lecteur effaré par la longue revue de détails d’une démocratie en perdition. Tout passe sous le scalpel de l’écrivain-journaliste averti : l’impasse concertée du duel démocrate-républicain, les tricheries électorales, l’argent puissant des lobbyistes, les amours vénales entre politiques et grands industriels, l’hyperconsommation, et la mollesse servile des médias. Un peu plus, et l’on penserait que la Birmanie c’est presque mieux, puisque elle, au moins, ne fait pas semblant.

 

 
Une Caste américaine
© Editions Les Arènes
 
L’auteur montre, de l’intérieur, comment la démocratie américaine fonctionne, ou plutôt comment elle ne fonctionne pas. Dans le chapitre « Démocratie du consommateur » (p.173) est développé un point très inquiétant. L’auteur analyse la concentration et la docilité du secteur de la presse, laquelle, de mèche avec la publicité, participe au doux sommeil de la population.
 
Des médias complices d’une sous-démocratie
 
Comme les enseignes de grands magasins, les groupes médiatiques tendent à se concentrer. Un tiers des propriétaires de presse contrôlent quatre titres sur cinq. Pour MacArthur, « le journalisme américain est donc l’objet d’une uniformisation abrutissante qui porte préjudice à l’exercice de la citoyenneté » (p.184), et l’auteur de rappeler le formidable effort des médias : du New York Times, du Washington Post, ou encore de Fox News T.V, pour relayer les mensonges de la maison Bush sur la menace nucléaire irakienne, en mars 2003. Ou encore l’affaire du programme d’écoutes téléphoniques après les événements du 11 Septembre, où Bush, jouant les Big Brother, demanda de façon tout à fait illégale aux trois plus grandes compagnies téléphoniques américaines de fournir à la NSA (National Security Agency) les informations concernant les appels téléphoniques internationaux réalisés par chacun de leurs 200 millions de clients. Établi sans mandat de la Cour Suprême et sans supervision du Congrès, ce programme violait donc le code fédéral et surtout les garanties de libertés civiles de la Constitution. Bizarrerie, pendant plus d’un an, le New York Times refusa de publier les révélations du journaliste James Risen sur ce programme.
Ainsi, selon John R. MacArthur, à chaque nouvelle action politique, la grande majorité des médias américains soutient la Maison Blanche avec un entêtement et un aveuglement extraordinaires. Caractère quasi-systématique qui relève, à n’en pas douter, bien plus d’une attitude de renard avisé que d’une nature hybride de mule et mouton. Sur cette attitude, les propos du directeur du Chicago Tribune, James Warren en disent long : « Je ne suis pas le rédacteur en chef d’un journal ; je suis le patron d’une entreprise de contenu » [1]. Tout est dit.
Le reste de l’ouvrage conforte cette analyse ; débordant de preuves et de chiffres inquiétants, il révèle l’envers d’une démocratie mythifiée, les artères bouchées d’un pays qui a trop abusé de l’hydromel capitaliste.
 
[1] Propos cité dans l’article « Journalistes à tout faire de la presse américaine » de E.Klinenberg daté de l’édition Février 1999 du Monde Diplomatique

=> Notes de ReOpenNews : Pour ceux désirant aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez aussi visionner l’excellente vidéo "Orwell rolls in his grave", en français "Orwell se retourne dans sa tombe" dans la catégorie Vidéo du site www.ReOpen911.info

 

« Désormais, les Etats-Unis ne sont plus une république », affirme Gore Vidal

Téhéran (Press TV) : Une interview du légendaire essayiste, écrivain, critique politique et social Gore Vidal

Par Afshin Rattansi dans le Tehran Times, le 30 juin 2008
http://www.tehrantimes.com

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier pour Alterinfo.

Gore Vidal

Press TV : Nous entendons dire que Michael Mukasey est le dernier en date des Procureurs Généraux du Président (Bush) à être mis en examen… Cette fois-ci, il est question de ses conversations avec Bush et Cheney. Cela démontre-t-il que le Congrès parle sérieusement, lorsqu’il envisage de demander des comptes à l’exécutif ?

Gore Vidal : Non, le Congrès n’a jamais été aussi pleutre, ni aussi corrompu qu’à l’heure actuelle. Tout ce que Bush a à faire, c’est de s’assurer que certaines sommes d’argent vont bien dans les poches de certains membres importants du Congrès, et que cela mettra un terme définitif à toute enquête sérieuse. Certes, il y a bien un Congressistes extrêmement courageux (l’exception confirmant la règle), Denis Kucinich, qui a déposé un projet de loi d’ « impeachment » [une procédure permettant de déclarer le président des Etats-Unis inepte (oups : inapte) à poursuivre l’exercice de ses fonctions, ndt] devant la Chambre des Représentants. Mais ladite Chambre devrait en premier lieu exprimer sa défiance envers le président, et ce n’est qu’en second lieu que la procédure serait le cas échéant transmise au Sénat, en vue d’un procès. Toutefois, rien de tout cela n’adviendra, parce qu’il n’y a pas d’abonné au numéro que vous avez demandé, mis à part M. Kucinich, qui a le courage de s’attaquer à un président en exercice qui n’est rien d’autre qu’un mafioso.

Press TV : Comment peut-on concevoir qu’il n’y ait qu’une seule individualité, parmi des centaines de membres du Congrès, qui veuille que George W. Bush soit écarté de ses fonctions, dans les circonstances présentes ?

Gore Vidal : Eh bien, c’est parce que nous n’avons désormais plus de pays. Nous n’avons plus de République. Durant les sept ou huit dernières années du régime Bush, ils se sont débarrassés du Bill of Rights [la Charte des Droits Fondamentaux], ils ont jeté l’habeas corpus aux orties [il s’agit d’un principe juridique anglais très ancien, qui protège une personne accusée, qui reste innocente tant que sa culpabilité n’a pas été démontrée, ndt]. Ils ont mis à la décharge un des plus beaux cadeaux que l’Angleterre ne nous ait jamais faits, quand les Anglais sont partis et quand nous avons cessé d’être leur colonie : la Magna Carta, qui remonte au XIIème siècle. Toutes nos lois et toutes nos procédures judiciaires sont fondées sur ce document. Et la bande à Bush en a fait des confettis. Le président et le petit môssieur Gonzales, qui, durant quelques minutes, fut son Avocat Général. Ils se sont arrangés pour se débarrasser de tous les garde-fous constitutionnels qui avaient fait de nous les citoyens d’une authentique république…

Press TV : Vous avez souvent écrit au sujet du statut de superpuissance des Etats-Unis, en faisant la comparaison avec l’histoire d’autres superpuissances antérieures. Pensez-vous que nous sommes en train d’assister à la fin de la puissance américaine, comme d’aucuns le suggèrent ? Devrait-on voir, dans la Maison Blanche, une sorte de Persépolis ? (Ancienne capitale impériale des Achéménides ; une dynastie de l’antiquité iranienne, dont les ruines sont majestueuses, certes, mais sont bel et bien des ruines ‘de chez ruines’ ! ndt)

Gore Vidal : Oh non, trois fois hélas non : cela ne fera pas des ruines aussi magnifiques, non… Cela ressemblera plutôt au terne tombeau de Cyrus, pas très loin de Persépolis, d’ailleurs. Ils ont réussi le tour de force de détruire les Etats-Unis… Pourquoi ? Mais parce que ce sont des gens du pétrole et du gaz ; leur principale « qualité », c’est d’être des criminels ! Je répète que nous sommes confrontés à une bande de criminels qui s’est emparée du contrôle du pays, au moyen de ce qui avait les apparences (mais seulement les apparences) d’élections démocratiques normales. Mais il y a des documentaires, très intéressants, sur ce qui s’est passé, en 2000, quand Albert Gore avait remporté les élections présidentielles, après quoi ils ont décrété qu’il ne pourrait pas être le président. Ils ont obtenu que la Cour Suprême – qui est normalement le Saint des Saints, dans notre système politique – enquête, puis accuse les voleurs d’être blancs comme neige, et les vainqueurs – M. Gore et les Démocrates – d’être les tricheurs. C’est la première loi énoncée par Machiavel : quelles que soient les fautes de votre adversaire, concentrez-vous sur ses vertus, afin de les nier. C’est ce qu’ils ont fait, quand le Sénateur Kerry s’est présenté à l’élection présidentielle, voici quelques années. Il s’agit d’un héros célèbre de la guerre du Vietnam. Ils ont affirmé qu’il s’agissait d’un couard, et absolument pas d’un héros. C’est comme ça que cela marche. Quand vous avez une bande de menteurs au gouvernement, vous ne pouvez pas espérer en retirer de hauts-faits historiques… Mais plus tard, nous creuserons, nous creuserons… et nous exhumerons Persépolis !

Press TV : Le Sénateur Obama parle beaucoup de changement, mais, comme de juste, il vient de courtiser Wall Street et le lobby sioniste… : entrevoyez-vous une quelconque perspective de changement, s’il accède au pouvoir ?

Gore Vidal : Non, pas vraiment. Je ne doute pas de sa bonne foi, exactement de la même manière que je ne doute pas de la mauvaise foi de Cheney et de Bush. Ce sont des types tellement effrayants ; nous n’en avons jamais eu d’aussi pires au gouvernement, par le passé… Ils n’y auraient jamais accédé s’ils n’eussent acheté des voix comme ils le firent en Floride, en 2000, et comme ils l’ont fait dans l’Etat de l’Ohio, en 2004. Ce sont deux cas patents de vol de la Présidence. Quand j’ai découvert que cela n’intéressait absolument pas ni le New York Times ni le Washington Post, ni d’ailleurs aucun grand journal du pays, j’ai compris que nous étions cuits. Nous ne sommes plus un pays ; nous sommes un poulailler d’escrocs qui n’ont d’autre motivation dans la vie que de voler du fric. Tout en étant conscient qu’ils ne se feront jamais pincer et qu’ils seront même, au contraire, admirés pour leurs méfaits. Les Américains jugent en permanence quelqu’un selon l’évaluation qu’il se fait de lui-même… Vous dites : « Je suis un chef d’Etat », et les Américains de dire : « Oh, oui, oui, oui ; c’est un homme d’Etat ! Impressionnant, n’est-ce pas ? » Et vous accuser d’autres de vos crimes, avant même de les commettre. C’est un vieux truc, que Machiavel connaissait tellement bien qu’il en a fait un manuel, qu’il a intitulé Le Prince

Press TV : En définitive, c’est le problème qui obsède tellement de gens, au Moyen-Orient et ailleurs. Vous-mêmes, vous avez tellement écrit au sujet des guerres impériales des Etats-Unis… Pensez-vous que Bush et Cheney seraient prêts à prendre le risque d’une nouvelle guerre, provoquant ce que le directeur de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, Mohammad El-Baradei, a qualifié de « boule de feu » ?

Gore Vidal : C’est leur rêve le plus fou. Mais ils n’ont plus de fric : ils ont tout dépensé. Ils se sont payé leurs propres entreprises privées, comme le Vice-Président. De plus, c’est une entreprise, du nom d’Halliburton, qui ne cesse de voler du fric, et qui devrait se retrouver devant une commission d’enquête du Sénat, tôt ou tard. Mais peut-être que cela n’arrivera jamais, après tout : qui sait ? Mais tout le monde est au courant, à Washington : ces gens sont en train de placer en lieu sûr à l’étranger la richesse du pays. A un tel point que, bon : y’a plus d’fric ! Ils aspirent à une guerre contre l’Iran. L’Iran n’est pas plus une menace pour nous que ne l’étaient l’Irak ou l’Afghanistan. Nos « ennemis », ce sont eux, qui les inventent. Ils ne cessent de dire des mensonges, encore des mensonges, et toujours des mensonges…
Le New York Times les croit, bobard après bobard. Alors eux, bien entendu, ils ne s’arrêtent pas d’en pondre : pourquoi s’arrêteraient-ils ?
Quand on a une opinion publique à laquelle on ment trente fois par jour est encore capable de gober les bobards, on n’a aucune raison de se gêner, n’est-ce pas ?

Financial Times : La vérité est ailleurs (seconde partie)

NDLR : Avertissement.

Nous présentons ci-dessous la seconde partie du long article que le Financial Times a publié dans la foulée d’un premier article sur l’effondrement du WTC7. La première partie de ce second article se trouve ici.

Les liens et commentaires ont été ajoutés par ReOpen911 News. Il nous est en effet apparu nécessaire de commenter ce second article, car si à première vue, il peut sembler équilibré et juste, il n’est pas dénué d’attaques impartiales et infondées contre ce que l’auteur appelle le « mouvement pour la Vérité sur le 11/9 » (reprenant là du reste, une dénomination communément acceptée). De même, les demi-vérités ou les raccourcis auxquels se livrent l’auteur ne nous apparaissent pas factuels mais plutôt, par moment comme une tentative de décrédibiliser la communauté des sceptiques dans son ensemble aux yeux du grand public. Cependant, et malgré ces défauts, les deux articles du Financial Times nous ont semblé intéressants, car ils témoignent d’une (relative mais certaine) ouverture d’esprit que nous aimerions voir adoptée par nos médias.

Précisons encore que nous ne nions pas, ici à ReOpen911, que certaines théories circulant sur l’Internet relèvent de la plus pure invraisemblance, et rivalisent ainsi avec le mythe connu sous le nom de version officielle, et que nous appelons pour notre part, la version la plus irrationnelle, la moins plausible des 3 théories du complot. Notre but est d’aider les internautes francophones à faire le tri dans l’information (ou la désinformation) sur le sujet du 11 Septembre et du terrorisme sous faux pavillon en gardant un esprit critique, sans préjugé bien sûr, mais en prenant soin de ne pas tout avaler et relayer !

Précisons enfin que l’association ReOpen911 n’a pas peur d’un débat ni des discussions qu’elle appelle d’ailleurs de ses vœux…


La vérité est ailleurs (seconde partie)

[Ce titre, référence à la série télévisée X-files, ne nous semble pas le plus approprié pour traiter d’un sujet aussi sérieux que le 11/9. En fait c’est un moyen pour l’auteur de ridiculiser d’emblée les questionnements du mouvement pour la Vérité sur le 11/9 en les associant à des théories du complot qui tiennent de la fiction populaire.]

de Peter Barber pour le Financial Times
Publié : le 7 juin 2008
http://www.ft.com/cms/s/0/8d66e778-3128-11dd-ab22-000077b07658.html

Si le « mouvement pour la vérité sur le 11/9 » est en train de mener une sorte de guerre asymétrique contre les sources officielles d’information, il se livre aussi à une guerre contre lui-même. Alors que le mouvement évolue vers le statut de groupe activiste international, il reconnaît que s’il veut convaincre l’américain moyen, il doit se distancer de ses composantes extrêmes. À une époque, c’était les MIHOPS contre les LIHOPS. Ces factions, telles des espèces guerrières sorties tout droit d’un roman de H.G. Wells, sont respectivement ceux qui croient que le gouvernement « Made It Happen On Purpose » (thèse du Déclenchement délibéré) et ceux qui croient qu’il « Let It Happen On Purpose » (thèse du Laisser-faire délibéré). Les MIHOPS sont de plus en plus nombreux.

La genèse de tout ceci remonte à la rupture qui a suivi la première vraie tentative d’apporter de la crédibilité documentée aux sceptiques du 11/9. En 2005, Steven Jones fut invité par James Fetzer, un professeur à la faculté de Philosophie de l’université du Minnesota et l’auteur d’une vingtaine de livres sur la philosophie de la science et de l’intelligence artificielle, à fonder un groupe appelé « Erudits pour la Vérité sur le 11/9 » [Erudit est le terme exact pour « scholar » mais serait mieux compris/traduit en français par « universitaire » ; Scholars for 9/11 Truth]. Fetzer enseigne la pensée critique et incarne parfaitement l’exemple de son sujet. Cela fait plus d’une décennie qu’il fait campagne pour prouver que le film de Zapruder est une supercherie perpétrée par les mêmes services de renseignement gouvernementaux qui ont orchestré l’assassinat de JFK.

Mais en l’espace d’une année, Jones avait déjà écrit à tous les autres membres du groupe « Erudits pour la Vérité sur le 11/9 » disant que lui et d’autres ne voulaient plus être associés à Fetzer qui, d’après ces rebelles, les exposait au ridicule. Fetzer avait soutenu une théorie de Judy Wood, un ex-professeur adjoint en ingénierie mécanique à l’université de Clemson, qui pense que les Tours Jumelles ont été détruites grâce à une arme à « énergie dirigée » [directed energy weapon] développée par le gouvernement US dans le contexte du programme « Guerre des Étoiles » . Cette théorie a déclenché une ruée vers un nouveau groupe : « Erudits pour la Vérité et la Justice » [Scholars for 9/11 Truth & Justice] dirigé justement par Jones. Confondre les deux groupes serait comme prendre Le Front du Peuple de Judée des Monty Python pour un véritable mouvement juif : c’était une rupture doctrinale majeure.

Fetzer est de l’avis que toute enquête sérieuse sur les événements du 11/9 devrait examiner toutes les possibilités. Les supporters de la thèse de l’« énergie dirigée » se pointent régulièrement aux conférences « La Vérité sur le 11/9 » pour chahuter ce que les fans des Monty Pythons appelleraient sans doute les adeptes séparatistes de la « théorie de la Thermite ». Parmi les partisans de la « théorie Guerre des Étoiles », on trouve Morgan Reynolds, peut-être le premier membre important du gouvernement américain à déclarer que le 11/9 était un complot [un coup monté de l’intérieur]. Au moment des attentats, Reynolds était conseiller économique en chef au ministère américain du Travail.

À leur tour, certains des supporters de la thèse Guerre des Étoiles accusent les partisans de l’hypothèse Thermite d’être des complices du gouvernement. L’un d’entre eux, sur le site CheckTheEvidence.com affirme que la dénonciation des thèses Guerre des Étoiles par Jones est en réalité un cheval de Troie ; il précise qu’auparavant Jones travaillait à Los Alamos où sont menées des recherches sur les armes à « énergie dirigée ». Ce type de raisonnement éclabousse aussi Norman Mineta qui, le jour du 11 Septembre 2001, tenait le poste de ministre américain du Transport. Mineta fut l’homme qui immobilisa tous les avions civils et commerciaux ce matin-là. Mais il fut aussi à une époque vice-président de Lockheed Martin, un membre fondateur de la Directed Energy Professional Society [Société Professionnelle de l’Energie Dirigée] … Dans cette région la plus reculée de la blogosphère personne n’est jamais à plus de six degrés de séparation du coeur du complot. [Parlez de « région reculée » pour désigner les innombrables sites webs consacrés au 11 Septembre relèvent d’un parti pris… lui-même fort éloigné de la réalité ; il n’est quasiment pas un site important qui n’héberge pas au moins une discussion sur le sujet dans un de ses forums]

Jones a effectivement fait des recherches après son doctorat au Complexe de Physique de Los Alamos Meson pour l’université du Wyoming, mais affirme qu’elles étaient pacifiques et sans rapport avec des armes. Il dit que ces thèses tirées par les cheveux, y compris celles des « aucun avion » [sur le WTC] nuisent au mouvement. « D’abord, elles découragent ceux qui essayent d’effectuer des travaux sérieux, ensuite les membres du groupe ont tendance à être très revendicatifs et à crier leurs critiques sur tous les toits » dit-il. « Plus grave encore, c’est que nous essayons d’avoir une approche réellement basée sur des preuves concrètes et nous nous retrouvons mis dans le même panier que ces gens-là ; le résultat étant que nous sommes tous rejetés en masse. » [comme le fait cet article serait-on tenté d’ajouter]

Deux jours avant la conférence de Jones à Los Angeles, Fetzer, son collègue d’autrefois lançait sa propre campagne à l’autre bout du pays. Après avoir discouru devant les « Etudiants pour la Vérité du 11/9 » à New Hampshire, Fetzer s’est dirigé vers le siège de la respectabilité académique, l’université de Yale. En préparant notre rencontre j’ai regardé le DVD d’un symposium qu’il avait organisé l’année dernière dans sa ville natale de Madison, au Wisconsin. La star de ce show était Alfred Lambremont Webre, l’un des juges du tribunal alternatif des Crimes de Guerres à Kuala Lumpur de l’ex-premier ministre Malaisien Mahathir Mohamad et co-auteur du Traité de Préservation de l’Espace. Il lance ce qui pourrait être la phrase d’ouverture la plus monumentale dans l’histoire des séminaires municipaux. « Mes concitoyens … le 11/9 était une opération « sous fausse bannière » menée par une organisation spécialisée dans le racket des crimes de guerres en vue de fournir un prétexte pour le bombardement à l’uranium appauvri, à la fois génocide et écocide, de l’Asie centrale, de l’Afghanistan et de l’Irak pour pouvoir s’emparer des vastes réserves de pétrole et d’uranium ; pour instaurer à l’échelle mondiale un système d’état sécuritaire basé sur la terreur et … pour mettre en œuvre la phase finale d’une politique de dépeuplement planétaire. » Deux autres opérations « sous fausse bannière » sont en route, il explique. La première est la guerre contre les astéroïdes et la seconde est « la guerre contre les extraterrestres diaboliques ».

En entendant ces propos, on peut être envahi par le frisson de la révélation ou bien sombrer dans la conviction que la personne au micro est en proie à une espèce de dépression nerveuse. En l’espace de 30 minutes, Webre a su incorporer au complot du 11/9 la société secrète Skull & Bones société de l’université de Yale - (ou « la Fraternité de la Mort » comme il l’appelle), le Council on Foreign Relations –(think tank néo-conservateur), les Rothschilds, la Reine d’Angleterre et la ville de Londres. Je me demandais comment ces nombreuses conspirations pouvaient coexister sans que les fils de ce vaste tissu de mensonges se dénouent et se défassent.

La réponse, bien sûr, est qu’il n’y a qu’une seule et unique conspiration. Pearl Harbor, l’exploration lunaire, JFK, le 11/9, les Illuminati, les Black Helicopters, Skull & Bones, les chemtrails : des facettes du même démon. Le complot remonte tout en haut de l’échelle et jusqu’au tout début de l’humanité. On pourrait finir par s’imaginer que strictement tout le monde est dans le coup ; sauf toi - ce qui veut dire du coup que pour toi c’est fini. Et tandis que j’écoutais, je n’attendais qu’une seule chose ; qu’il prononce Le Mot. Et voilà qu’inévitablement Webre a tout ramené à « l’organisation internationale néo-Sioniste. »

J’ai sondé Fetzer à ce propos dans un café en face de Yale, QG de la Fraternité de la Mort : comment arrive-t-il à contrôler le contenu du discours de ses "érudits" ? « Il me paraît évident qu’il faut prendre en considération toute les possibilités », explique-t-il. « On n’a le droit d’en exclure aucune car en avançant dans l’enquête et en éliminant des hypothèses il se pourrait que l’on en élimine la bonne en en s’étant jamais autorisé à la prendre en considération ».

La conférence de Fetzer, ce soir-là, ne s’est pas bien passée. Un étudiant de Yale en avait fait la pub sur Facebook Events, mais apparemment ses collègues ont été peu enclins à ajouter leurs noms aux yeux de tout le monde, probablement par peur d’être ridiculisés. Seulement 6 d’entre eux se présentent. Quand il devient clair que Fetzer est en train d’incriminer une arme de type Guerre des Étoiles les deux jeunes gens assis à côté de moi commencent à faire défiler distraitement des messages sur leur portable. Dans les dix minutes qui suivirent, ils étaient partis.

"Les Américains sont très doués pour l’élaboration de tels scénarios."
Lewis Lapham, journaliste

La conclusion de la Commission d’enquête sur le 11/9 – c’est-à-dire la version officielle - est que les attentats de 2001 ont pu se produire parce que ceux qui étaient chargés de protéger l’Amérique se sont montrés incapables de concevoir pleinement la menace ; d’après la phrase évocatrice de son auteur [Il est notable de constater que M. Barber utilise le singulier, alors que le rapport est censé être un travail collectif, celui de la Commission dans son ensemble, rapport avec lequel certains commissaires eux-mêmes ont tenu à prendre leurs distances. Pense-t-il à M. Philip Zelikow, un proche de Condoleezza Rice et de la Maison Blanche qui fut le directeur exécutif du rapport ?], ils ont été frappé par "un échec de l’imagination". Après avoir épluché l’Internet à la recherche de la Vérité sur le 11/9, il me semble pourtant que l’imagination américaine se porte bien. « Les Américains sont très doués pour l’élaboration de tels scénarios » raconte Lewis Lapham l’ex-éditeur du magazine Harper’s et un éminent critique de l’administration Bush post-11 Septembre. « Nous sommes ouverts à toutes sortes de théories magiques », dit-il citant la fascination pérenne que suscite l’assassinat de JFK. « On est doué aussi pour la création de religions. » Lapham pense que la thèse qui soutient que le 11/9 était un coup monté de l’intérieur s’inscrit logiquement dans cette longue tradition mais reflète aussi le cynisme de certains Américains envers leur gouvernement. [Que dire du cynisme de l’administration Bush, dont les conséquences sur la vie de millions de personnes sont autrement plus prégnantes ?] Il n’accepte ni que l’administration Bush ait pu être l’auteur de ces événements ni qu’elle ait pu les laisser advenir. [Cela est pourtant une quasi certitude à ce stade ! Lire à ce sujet l’ouvrage de David Ray Griffin, 11 Septembre, La Faillite des médias] Cependant il pense qu’une nouvelle enquête serait de rigueur. En 2004, Harper’s a publié un article cinglant accusant la Commission du 11/9 de tentative de camouflage ainsi que de tromperie et de fraude pour avoir minimisé les preuves que des avertissements sur l’existence d’une menace d’al-Qaïda ont étés ignorés. De telles lacunes créent un terrain fertile pour le développement de théories alternatives, s’indigne Lapham.

Ceci rappelle les tonalités de la Commission Warren qui enquêtait sur l’assassinat du Président Kennedy et qui au final n’a servi qu’à amplifier la méfiance du peuple. Mais si on a déjà eu affaire à des mouvements tels « la Vérité sur le 11/9 », celui-ci représente aussi quelque chose de nouveau. « Avec l’assassinat de Kennedy, peu de temps après l’événement des gens de tous les milieux se posaient des questions relativement pertinentes par rapport à ce qui s’était réellement passé » raconte Mark Fenster, professeur de droit à l’université de Floride et auteur de Conspiracy theories: Secrecy and Power in American Culture [les Théories du complot : Les Secrets et le Pouvoir dans la culture américaine]. « Mais alors qu’à cette époque, c’était une réponse plutôt généralisée et amorphe, le degré d’organisation aujourd’hui - politiquement parlant et à travers les médias alternatifs – est beaucoup plus frappant que par le passé. »

Fenster pense que le mouvement pour « la Vérité sur le 11/9 » est en quelque sorte une réponse américaine classique à un événement à la fois surprenant et traumatisant. [Il est amusant de noter que ceci est en totale contradiction avec la première vague d’attaques contre le « mouvement » en France : en effet, on se souvient que les sceptiques de la théorie officielle du complot avaient été massivement critiqués pour leur « anti-américanisme » primaire. Voilà que maintenant, nous sommes présentés par la presse anglo-saxonne comme la quintessence d’une Amérique classique, apte à voir des complots partout ! ] Mais il représente aussi un changement d’étape dans son utilisation de la technologie des télécommunications. « L’une des choses les plus intéressantes, particulièrement quand le mouvement était encore à ses débuts, fut que malgré le fait que ces groupes locaux soient nombreux à organiser des manifs dans différentes villes… ils étaient en mesure de coopérer et de créer un mouvement national et international » raconte-t-il. « En revanche, savoir si de ce fait plus de gens croient vraiment dans ces théories du complot est une question totalement différente. »

Fenster pense que les quelques sondages publiés sur ce sujet, plutôt que de trahir la profondeur d’une quelconque suspicion à propos du 11/9, démontrent une diminution généralisée de confiance dans l’administration Bush. [C’est là non un fait, mais l’interprétation d’un sondage par cet homme présenté comme un adversaire déclaré du « mouvement pour la vérité » ; le fait est le sondage lui-même.] L’auteur de l’un des sites web des plus rigoureux qui vise le déboulonnage des théories de la conspiration, Debunking911.com, Fenster précise que le sondage Zogby le plus récent sur les attitudes envers le 11/9 a montré que seulement 4,6 % des Américains pensent que l’administration Bush a fait exploser les Tours Jumelles. « Si on compte le nombre de visites sur les sites web concernés, on constate que depuis l’existence de Debunking911 les sites des conspirationnistes ont moins la côte » explique-t-il par email. « Je crois qu’ils avaient juste besoin que quelqu’un comble les trous laissés par ces théoriciens du complot dans leurs histoires de conspiration pour que leur nombre diminue. » [Retour au mode de pensée qui tourne en rond : comme l’ont fait remarquer avec pertinence les professeurs Ganser et Griffin, la version officielle est elle-même une théorie du complot. Est-il vraiment nécessaire d’ajouter que les complots existent, tout simplement ? Les documents déclassifiés de l’Opération Northwoods traduits en français et prochainement mis en ligne par ReOpen911 sont la preuve historique de ce que l’armée US a déjà mis sur pied une conspiration contre ses propres ressortissants, et que cette conspiration est restée secrète pendant plus de 35 ans]

Le mouvement pour « la Vérité sur le 11/9 » n’est peut-être qu’une réaction prévisible dans les derniers jours sombres d’une administration impopulaire qui n’offre aucune issue visible à une guerre qui coûte chère. Saura-t-il garder son élan après le départ de ce gouvernement, l’avenir nous le dira. En attendant, certains critiques de gauche accusent les membres du mouvement d’aider ces mêmes dirigeants qu’ils ont si furieusement mis en cause. [Bien évidemment, la réalité est ici exactement à l’inverse de ce qui est écrit : les seules personnes qui ont demandé et initié des procédures d’impeachment –dont la plus récente en date provient du député Dennis Kucinich- sont également celles qui demandent une nouvelle enquête et ont exprimé les doutes les plus forts quant à la version officielle. Mais dans quels médias français a-t-il jamais été fait mention de telles procédures ?] « Ils ridiculisent les vrais mouvements de droits civiques en associant leurs absurdités avec des sujets critiques d’une réelle importance et en envoyant à une chasse à la licorne un grand nombre de personnes qui devraient avoir plus de jugeote » fulmine George Monbiot, écrivain et activiste britannique. [La précédente phrase atteignait pourtant le paroxysme de la mauvaise foi… seulement pour être surclassée par cette déclaration véritablement abjecte : il est invraisemblable de lire, dans un article qui s’efforce de ridiculiser un mouvement citoyen mondial et responsable, Monbiot accuser les « truthers » de ridiculiser un mouvement anti-guerre. Qu’on se souvienne de l’article écrit par Monbiot, dans lequel il considérait les gens qui partout dans le monde se posent de légitimes questions sur la véritable nature du terrorisme comme « atteints d’un virus… qui décervelle les gens et en fait des idiots bafouillants » « There is a virus sweeping the world. It infects opponents of the Bush government, sucks their brains out through their eyes and turns them into gibbering idiots ». Quelle classe et surtout quel respect et quelle ouverture d’esprit par rapport à des personnes qui après s’être informés, ce qu’il a manifestement oublié de faire, arrivent à des conclusions qui l’effraient… ] Monbiot se fait huer régulièrement lors d’événements publics par des « Truthers » depuis qu’ils les a accusés, dans le journal The Guardian d’avoir saboté les véritables mouvements d’opposition politique. Son premier article sur les « Truthers » a déclenché un nombre quasi-record de réponses -777- sur le site web du journal Comment is Free (répondre c’est gratuit) dont une bonne partie accuse Monbiot de faire partie du complot. [En seulement 2 jours… et l’immense majorité des commentaires provient de citoyens sensés qui avancent des arguments qui ne le sont pas moins, et ne portent pas ce type d’accusations contre Monbiot ; prenez le temps et jugez par vous-même]

« C’est très intéressant de constater » dit-il, « comment, particulièrement aux Etats-Unis, le mouvement anti-guerre a été largement remplacé un peu partout par le mouvement pour "la Vérité sur le 11/9". Pourtant on a désespérément besoin d’un mouvement anti-guerre actif car il y a beaucoup de comptes à rendre. » [Contresens historique et sémantique total, doublé de l’aveuglement de ce journaliste qui n’a pas compris que les « Truthers » SONT les militants pacifistes dont ils cherchent l’existence]

Peter Barber est le rédacteur en chef adjoint de la section « Commentaires » du Financial Times
Copyright The Financial Times Limited 2008


On peut légitimement se demander s’il vaut le temps et l’effort de répondre à de tels articles : nous pensons que sur le long terme, cela n’est pas totalement inutile… Toutefois, nous ne nous faisons guère d’illusions, et pouvons comprendre la réaction de personnes comme Mme E. Woodworth dont voici la réponse à ce même article : http://globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=9287

Financial Times : La vérité est ailleurs (première partie)

NDLR : Avertissement.

Le long article qui suit a été publié dans le Financial Times dans la foulée d’un premier article sur l’effondrement du WTC7.

Les liens et commentaires ont été ajoutés par ReOpen911 News. Il nous est en effet apparu nécessaire de commenter ce second article, car si à première vue, il peut sembler équilibré et juste, il n’est pas dénué d’attaques impartiales et infondées contre ce que l’auteur appelle le « mouvement pour la Vérité sur le 11/9 » (reprenant là du reste, une dénomination communément acceptée). De même, les demi-vérités ou les raccourcis auxquels se livrent l’auteur ne nous apparaissent pas factuels mais plutôt, par moment comme une tentative de décrédibiliser la communauté des sceptiques dans son ensemble aux yeux du grand public. Cependant, et malgré ces défauts, les deux articles du Financial Times nous ont semblé intéressants, car ils témoignent d’une (relative mais certaine) ouverture d’esprit que nous aimerions voir adoptée par nos médias.

Précisons encore que nous ne nions pas, ici à ReOpen911, que certaines théories circulant sur l’Internet relèvent de la plus pure invraisemblance, et rivalisent ainsi avec le mythe connu sous le nom de version officielle, et que nous appelons pour notre part, la version la plus irrationnelle, la moins plausible des 3 théories du complot. Notre but est d’aider les internautes francophones à faire le tri dans l’information (ou la désinformation) sur le sujet du 11 Septembre et du terrorisme sous faux pavillon en gardant un esprit critique, sans préjugé bien sûr, mais en prenant soin de ne pas tout avaler et relayer !


La vérité est ailleurs (première partie)

[Ce titre, référence à la série télévisée X-files, ne nous semble pas le plus approprié pour traiter d’un sujet aussi sérieux que le 11/9. En fait c’est un moyen pour l’auteur de ridiculiser d’emblée les questionnements du mouvement pour la Vérité sur le 11/9 en les associant à des théories du complot qui tiennent de la fiction populaire.]

de Peter Barber pour le Financial Times
Publié : le 7 juin, 2008
http://www.ft.com/cms/s/0/8d66e778-3128-11dd-ab22-000077b07658.html

Quand Cynthia McKinney prononce les mots de Martin Luther King Jr., ils résonnent dans l’église avec parfois les mêmes intonations que celles de King lui-même. « Il est un moment », déclare l’ex-membre du Congrès américain de l’État de Georgie, « où le silence devient trahison. » La congrégation lui renvoie des cris d’approbation. M. King parlait de la guerre que menait l’Amérique au Vietnam. Plus de 40 ans après, devant les bancs bondés de l’église Immanuel Presbyterian à Los Angeles, Mme McKinney parle de la guerre que le gouvernement américain mène contre son propre peuple. La phase de choc et d’incrédulité de ce conflit, nous a-t-on expliqué un peu plus tôt, a débuté le 11 septembre 2001 quand l’administration Bush a lancé des attaques contre les villes de New York et de Washington D.C., ou au moins, les a laissé advenir.

D’après un vote à main levée cet après-midi du mois de février, plusieurs centaines de personnes dans l’église immaculée prennent tout cela pour argent comptant. Certains sont venus vêtus de T-shirts nous informant que le « 9/11 was an inside job ! » [Le 11/9 est un coup monté de l’intérieur]. Un des participants porte un badge « Examinez vos hypothèses ! » Un bon nombre a acheté les DVD en vente au foyer, la plupart affichant des photographies des Tours Jumelles en train de cracher de grandes quantités de fumée. Ils étaient tous venus pour écouter le message du mouvement « Architectes, Ingénieurs et Scientifiques pour la Vérité sur le 11/9 » l’un des dizaines de groupes qui oeuvrent partout à travers les Etats-Unis pour nous persuader que tout ce que nous croyons savoir sur les événements du 11/9 est faux.

« Il y a une tour en Espagne qui a brûlé pendant 24 heures. Elle ne s’est jamais effondrée. »
Marion Cotillard, actrice

L’hiver dernier des banderoles « Enquêtez sur le 11/9 » semblaient pousser partout, comme des champignons. Bill Clinton s’est fait chahuter par des « Truthers » [des activistes pour la vérité] à Denver lorsqu’il faisait campagne pour sa femme. Des « Truthers » ont manifesté à l’occasion des Academy Awards à Los Angeles malgré le fait que Marion Cotillard, gagnante de l’Oscar de la Meilleure Actrice était censée, d’après certains, être l’une des leurs. Remarque elle, elle est française. Les passionnés de littérature dans ce pays ont propulsé tout en haut de la liste des meilleures ventes L’Effroyable Imposture de Thierry Meyssan qui soutient que le 11/9 était un complot gouvernemental en vue de justifier l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan et pour pouvoir augmenter les dépenses militaires.

La star de la musique country Willie Nelson n’est certainement pas française pourtant une semaine à peu près avant les Oscars, il a qualifié de naïve la notion selon laquelle l’implosion des Tours Jumelles ait pu être causée par l’impact violent des avions. Au même moment, le Parlement Européen projetait le documentaire italien ZeroGore Vidal avec les Italiens Dario Fo, auteur dramatique [et Prix Nobel de Littérature 1997] et Giulietto Chiesa, membre du Parlement Européen, accusent le gouvernement des Etats-Unis et non Al-Qaida d’être derrière les attentats du 11/9. Le mois suivant un membre du Parlement japonais M. Yukihisa Fujita lors d’un séminaire à Sydney a émis ses propres doutes concernant la version officielle. Bref, une saison bien remplie pour le « mouvement pour la Vérité sur le 11/9 ».

Les événements du 11/9 ont été immortalisés par des milliers d’images allant de photos professionnelles bien léchées jusqu’aux images chopées tant bien que mal par les caméscopes des amateurs. Chaque volute de fumée, chaque gerbe d’étincelles sont décortiquées par une armée de sceptiques connue collectivement sous le nom de « mouvement pour la vérité sur le 11/9 ». Ils pensent que la clé du mystère est cachée quelque part dans les clichés, tout comme certains croient que des indices se trouvent dans le film de M. Zapruder qui a immortalisé l’instant même de l’assassinat de John F. Kennedy. Rallié contre eux est un groupe plus restreint de bloggeurs rivaux qui s’est donné comme mission le déboulonnage de ce qu’ils estiment être de dangereuses théories du complot.

« Si jamais il existait une cause légitime de destitution, ce serait le 11/9 »
Gore Vidal, écrivain

Manifestement les « Truthers » arrivent à exercer une certaine influence sur nous tous. En 2006, un sondage du New York Times/CBS News a révélé que seulement 16 % des Américains sondés croyaient que l’administration Bush racontait la vérité à propos du 11/9. Plus que la moitié pensait qu’elle « cachait quelque chose ». Ce n’est pas la même chose que de croire que le gouvernement a pu carrément lancer les attaques mais un sondage Scripps-Howard et de l’université de l’Ohio, effectué la même année, a démontré que plus d’un tiers des personnes interviewées soupçonnaient des agents fédéraux d’avoir collaboré aux attentats ou alors qu’ils n’avaient rien fait pour les empêcher et permettre ainsi aux Etats-Unis de partir en guerre. [Il est amusant ou révélateur que M. Barber ne soit pas informé – ou ne préfère pas parler - d’un sondage plus récent puisqu’il date de l’année dernière… ]

Les « Truthers » se félicitent d’avoir le vent en poupe. La foule dans l’Eglise Immanuel Presbytarian semblait électrifiée. Tandis que des hauts parleurs beuglaient du rap revendicatif, des images de manifestants exigeant l’ouverture d’une nouvelle enquête défilaient sur un écran vidéo géant. Les symboles et la rhétorique sont empruntés à la lutte pour les droits civiques mais les « Truthers » sont un groupe éclectique qui inclut les anti-Bush, des libéraux anti-guerre et des extrémistes anti-gouvernement. Un jeune homme avec un T-shirt « Votez Ron Paul » trottinait partout à travers le hall, nous filmant en train de nous asseoir sur des bancs en bois.

Le premier en scène fut Richard Gage, un architecte de San Francisco qui a fondé le mouvement « Architectes, Ingénieurs et Scientifiques pour la Vérité sur le 11/9 » qui selon lui rassemble actuellement 379 membres professionnels [en fait, le groupe compte maintenant 400 membres professionnels à la date de la mise en ligne de cet article]. Gage nous raconte que l’effondrement des Tours Jumelles n’a pas pu être causé uniquement par la force de la gravité, l’impact des avions de ligne et les incendies initiés par le kérosène [contenus dans ces derniers] – la température de ces incendies n’aurait pas été assez élevée pour ramollir suffisamment l’acier. Derrière lui, sur l’écran vidéo dominait la tour sud du WTC. D’énormes quantités de fumée s’échappaient des étages supérieurs. Un silence respectueux régnait dans l’assistance suivie par des exclamations étouffées quand la tour parut se dissoudre devant nos yeux.

Bien que j’aie pu revoir ces images maintes fois, je n’avais apparemment jamais pleinement compris ce que je voyais. La destruction des Tours Jumelles ainsi que l’effondrement des 47 étages du bâtiment WTC7 qui se trouvait à proximité présentaient toutes les caractéristiques d’une démolition contrôlée, selon Gage. « Ils sont tous tombés à la verticale, quasiment à la vitesse de la chute libre, directement dans leurs propres empreintes [= fondations]. Les bâtiments dotés de structures en acier ne s’étaient jamais effondrés à cause d’incendies auparavant. Ce jour-là, il y en a eu 3, dont un, le bâtiment 7, n’avait même pas été frappé par un avion.»

Gage qui s’était monté le bourrichon jusqu’à en être fébrile a exhorté son auditoire à se prendre en main et de se faire entendre. « Un pays est en jeu ! » Puis il a accueilli sur scène Steven Jones, la star de la soirée. Un physicien timide à la voix douce, Jones est le Saint Patron du mouvement et semble pouvoir offrir aux « Truthers » ce dont ils ont désespérément besoin : une crédibilité scientifique.

Jones est devenu une figure culte chez les « Truthers » en 2006 quand il a été mis en préretraite forcée par l’université Brigham Young pour avoir donné des conférences publiques au sujet de son article « Pourquoi les bâtiments du WTC se sont-ils réellement effondrés ? » qu’il avait publié sur le site web du département de physique de la Fac. Jones démontrait que les tours avait été démolies par des charges à découpes installées de haut en bas des immeubles et employant vraisemblablement un produit incendiaire appelé Thermite. La faculté des Sciences physiques et mathématiques ainsi que celle de l’Ingénierie structurelle de l’université suivies par l’administration l’ont désavoué.

De fait, Jones n’a rien d’un idiot. Il a publié plus de 50 articles scientifiques notamment des rapports d’études sur la fusion nucléaire froide dans des journaux scientifiques tels le Scientific American et Nature. [Attention : il ne s’agit en rien des travaux de Pons et Fleischmann très décriés dans la communauté scientifique, mais d’une autre théorie dont la pertinence est à juger à l’aune des parutions précitées.] Il a inventé une cuisinière qui marche à l’énergie solaire et en a offert des prototypes à des familles pauvres dans le Tiers Monde. Jones nous raconte que d’après lui des études en laboratoire effectuées sur la poussière provenant de « Ground Zero » révèleront des résidus d’une réaction de type thermite.

Dés la fin du séminaire, Jones est immédiatement submergé par les membres de son auditoire qui lui demandent de poser pour des photos souvenirs tout en partageant leur propres versions, non seulement à propos du complot du 11/9, mais également sur de nombreux autres conspirations comme la présence au-dessus de nos têtes des « chemtrails », (des produits mortellement toxiques déversés par des avions non identifiés dans le cadre d’un programme secret de dépeuplement.) Voici l’univers qu’habite désormais Jones - rien à voir avec une faculté de physique dans l’Utah. Plus tard, au téléphone, je lui demande s’il regrette parfois d’avoir publié cet article fatidique : « Pas de regrets. Il m’est arrivé de penser à Galilée. Il lui est arrivé pire que moi, il me semble. »

Jones représente un cas typique des chercheurs du 11/9 dans le mesure où le sujet a pris le pas sur sa vie professionnelle. En suivant la côte ouest vers le sud jusqu’à Santa Barbara, on trouve un autre des experts clairvoyants et emblématiques du mouvement. Sur la plage d’Isla Vista, un des endroits où l’immobilier est parmi les plus chers du pays, habite David Ray Griffin, professeur de théologie à la retraite. Tandis que ses chiens grattent frénétiquement à la porte, Griffin m’explique que la première religion de l’Amérique n’est point le christianisme mais plutôt le nationalisme. [qui se cache derrière l’idée selon laquelle] « Les autres pays commettent d’horribles atrocités. Nos dirigeants en seraient incapables. Et c’est justement cette croyance qui a été jusqu’ici l’obstacle empêchant le peuple américain d’examiner les preuves, puisqu’ils savent par avance que c’est une idée totalement ridicule. »

« Il est clair que les autorités américaines n’ont rien fait pour prévenir les événements du 11/9. »
Micheal Meacher, homme politique britannique

Griffin estime désormais que les preuves du contraire sont irréfutables. Jusqu’en 2002, il s’affairait loin des rancœurs de la polémique publique à écrire des livres philosophiques quelque peu obscurs et à enseigner la philosophie des religions à l’Ecole de Théologie de Claremont. Mais l’objet de ses recherches a brusquement changé depuis une conférence donnée par un confrère théologien britannique qui mettait en cause la version officielle du 11/9. Deux ans plus tard, Griffin publiait Le Nouveau Pearl Harbor qui s’ouvre sur une préface de Michael Meacher, membre du Parlement Britannique [et ministre de l’Environnement de 1997 jusqu’à sa démission en 2003, suite à la décision de Blair d’envahir l’Irak, une omission notable de la part du journaliste], un livre devenu la référence incontournable du « mouvement pour la vérité sur le 11/9 ». Il en a écrit beaucoup d’autres dont un qui détaille les omissions et manipulations perpétrées par la Commission d’enquête dont le rapport officiel, dit-il, incarne un exemple parfait pour illustrer l’expression « théorie du complot ». « Ils sont partis de la conclusion qu’al-Qaida était responsable et n’ont même pas réfléchi à l’explication alternative que c’était peut-être un complot interne. »

Griffin fut consultant pour l’écriture du script de Loose Change Final Cut, un phénomène sur l’Internet qui a déclenché l’explosion actuelle de DVD à petit budget sur le 11/9. « 10 millions »- D’après Vanity Fair - c’est le nombre de fois que la version précédente avait été visionnée sur Google Video. En 2002, muni seulement d’un ordinateur portable et des logiciels fixes de production vidéo, Dylan Avery, 18 ans [22 selon l’article précédemment cité], résident de Onconta, New York, s’est mis à tourner un film de fiction dans lequel lui et ses amis devaient découvrir que le 11/9 fut orchestré par le gouvernement. À un moment donné pendant ses recherches, Avery a eu une illumination du genre : « Putain, mec, c’est pour de vrai ce bordel ! » et depuis Loose Change a intégré le domaine du documentaire agit-prop. Loose Change Final Cut nous fait part d’une nouvelle allégation audacieuse : Les tours étaient bourrées d’amiante mortelle qui aurait coûté des milliards [de dollars] à nettoyer. « Si on détruit les immeubles » explique Griffin, « non seulement on n’est pas obligé de payer pour les faire nettoyer, mais en plus quelqu’un va récolter des milliards de dollars grâce aux assurances. » [Ceci est une manœuvre journalistique digne de Marianne, à laquelle on ne s’attend pas de la part du Financial Times : certes, les dédommagements reçus par Silverstein Properties dépassent les 4 milliards de dollars, mais réduire les arguments de M. Griffin à ce simple constat tient de la plus complète désinformation.]

Le 11/9 comme magouille aux assurances ? [Même remarque que précédemment : ce procédé éditorial est réellement scandaleux de la part d’un journaliste : M. Griffin a écrit plusieurs livres, dont 3 traduits en français, totalisant des milliers de pages et presqu’autant d’informations sur le sujet. La fraude aux assurances n’est certainement pas l’argument qu’il aurait mis en avant dans sa conversation avec ce journaliste, mais il n’aura pas cherché à éluder la question de celui-ci. La mention de sa réponse est essentiellement un reflet, non du travail et des opinions de M. Griffin, mais bien du travail du journaliste lui-même, qui reste à la surface de la problématique et dont on ne peut que se demander s’il a même lu un seul livre de M. Griffin.] Et voilà qu’on élargit un tant soit peu le cercle des conspirateurs. Griffin propose donc une autre explication possible : l’impact psychologique. « Il y a eu ces explosions énormes qui ressemblaient assez à une explosion nucléaire » raconte-t-il, « Cela a toujours été la terreur profonde de l’Amérique. Dans la période précédant la guerre d’Irak, c’était précisément de cela que parlaient [les autorités gouvernementales]– on ne peut pas attendre de se retrouver devant un champignon nucléaire. »

Griffin nous propose encore une autre spéculation [M. Griffin ne « spécule » pas, il analyse et raisonne à partir de faits ; nous invitons les lecteurs à prendre connaissance de son exemplaire manière de travailler, celle d’un véritable intellectuel, en lisant ses livres, ou en visionnant Le Mythe et la réalité une conférence sous-titrée en français] ; cette fois-ci, c’est une question qui crée la polémique même parmi les sceptiques du 11/9 : Qu’est-ce qui a frappé le Pentagone ? Thierry Meyssan a été le premier à affirmer que ce n’était pas le vol AA77 – un avion d’American Airlines de type 757 avec 64 passagers à bord - mais un missile de croisière qui a défoncé la façade ouest du Pentagone à 9h37 du matin le 11 Septembre. Depuis de nombreux sites webs ont repris cette thèse insistant sur le manque évident de débris d’avion sur la pelouse du Pentagone et sur la petite taille du trou occasionné par l’engin qui n’aurait jamais pu laisser passer la grande envergure d’un Boeing 757. Russ Wittenberg, un capitaine de l’armée de l’Air américaine aujourd’hui à la retraite et membre des « Pilotes pour la Vérité sur le 11/9 » nous assure qu’aucun pilote inexpérimenté n’aurait pu réaliser la manœuvre qu’Hani Hanjour, conspirateur d’al-Qaida, est sensé avoir brillamment exécutée ce matin-là d’après les conclusions de la Commission d’enquête sur le 11/9 : un virage à 330 degrés, une descente de 670 mètres suivie par une plongée à vitesse maximum se terminant par une trajectoire au ras du sol enfonçant le Boeing droit dans le Pentagone à 850 kilomètres/heure. On va la baptiser « la théorie de l’avion magique » : Les sceptiques croient que, tout comme la balle qui a tué Kennedy semble avoir défié les lois de la physique, l’avion qui a ainsi frappé le Pentagone ne ressemble à aucun autre avion existant.

Et tout comme la Nasa a été obligée de contrer des accusations selon lesquelles les expéditions lunaires auraient été des mises en scène, ces affirmations, ainsi que bien d’autres, ont forcé le gouvernement des Etats-Unis à rentrer dans le business du « déboulonnage ». [On se demande pourquoi cette analogie avec la lune apparaît ici, dans un article spécifiquement consacré au 11 Septembre ! Bien sûr, certains sceptiques émettent également des doutes sur l’authenticité de certains clichés de la NASA, voire sur le fait que l’homme ait jamais marché sur la lune ; mais la plupart des gens qui s’intéressent aux contradictions et aux invraisemblances de la version officielle sur les attentats du 11/9, dont l’association ReOpen911, refusent catégoriquement ce genre d’amalgames qui ne cherchent visiblement qu’à occulter les vraies questions sur le sujet]. Son site web « Identifying Misinformation » (l’Identification des renseignements inexacts) déclare que les débris provenant du vol AA77 ont effectivement été retrouvés tout comme les restes des passagers et de l’équipage. Beaucoup de témoins ont vu l’avion arriver et plusieurs passagers ont appelé leurs familles et leurs amis en signalant que leur avion avait été détourné. [À ce propos, l’association ReOpen911, contrairement à tous ceux qui refusent d’entendre les arguments de pilotes, d’officiers de l’armée US ou d’anciens des services de renseignement ou du gouvernement US, n’a pas de "religion" sur la question de savoir si oui ou non un avion s’est réellement écrasé sur le Pentagone. Nous tentons de comprendre en réunissant les arguments « pour et contre », mais sommes convaincus que seule une nouvelle enquête, avec tous les pouvoirs judiciaires requis pourra peut-être apporter des réponses à ces questions. Pour résumer, certains éléments semblent invalider totalement cette possibilité, alors que d’autres – comme ceux que cite l’article – semblent lui donner crédit. Toutefois, quel crédit apporter à des témoignages visuels dont plusieurs sont totalement et physiquement impossibles : on pense ici au témoin cité par Cockburn dans l’article repris par Le Monde Diplomatique, qui affirmait avoir vu les « visages terrifiés » des passagers aux hublots (sic). Ce qui est une totale foutaise, l’avion volant à plus de 230 m/s !]

Il existe encore un autre problème évident : si c’est un missile qui a frappé le Pentagone, qu’est-ce qui est arrivé au vol AA77 ? « Il y a eu la rumeur qu’un avion s’était écrasé sur la frontière entre l’Ohio et le Kentucky qui au début avait été pris très au sérieux par les autorités fédérales de l’aviation. » raconte Griffin. « Plus tard ils ont nié l’histoire. » Mais Griffin affirme que la seule indication que le vol AA77 était encore dans le ciel après cet instant-là est un prétendu appel téléphonique de Barbara Olsen (sic) à [son époux] Ted Olson, l’adjoint du ministre de la Justice. [Au sujet de cet appel, M. Griffin fait référence à la déposition du FBI lors du procès de M. Moussaoui ; selon le FBI, ces appels n’ont tout simplement pas abouti ! Ils n’ont pas besoin d’être explicités par M. Griffin, mais bien par M. Ted Olson… Voir ici]

Alors comment Griffin explique-t-il ce coup de téléphone ? « Ted Olsen est en collaboration avec l’administration Bush » dit-il. Une autre explication possible serait la technologie du « voice-morphing » [la reproduction précise et synthétique des voix]. Ce qui expliquerait aussi la vague d’appels téléphoniques provenant du vol UA93 de United Airlines qui, à en croire la version officielle, s’est écrasé dans un champ en Pennsylvanie suite à la révolte des passagers contre les pirates de l’air.

Il n’y a pas que les adeptes de la version officielle qui roulent des yeux en entendant de telles hypothèses. Ils placent Griffin dans le camp des « Aucun avion », du moins par rapport à l’attaque contre le Pentagone. Les « Aucun avion » enragent les autres « Truthers » qui les accusent d’avoir saboté la crédibilité du mouvement. L’affirmation qu’aucun avion n’a frappé le Pentagone est, disent-ils, un cheval de Troie, de la désinformation qui sert la cause des conspirateurs. Certains d’entre eux, comme l’ex-agent du MI5, David Shayler - ont même proclamé qu’aucun avion, mais des missiles masqués par une technologie ultra perfectionnée de camouflage ont frappé les Tours Jumelles. À titre d’information, Shayler a déclaré l’année dernière qu’il était le Messie. [À titre de complément d’information, il n’est pas inutile de préciser que les nombreuses attaques et pressions d’ordre psychologique violentes à l’encontre de M. Shayler ne sont sans nul doute pas sans lien avec son étonnante déclaration, dont nous ignorons le contexte : a-t-il été mal cité ? Faisait-il une plaisanterie douteuse ? A-t-il été victime d’un passage à vide, d’un dérapage ? A-t-il tout simplement "pété un câble" ?… Nous tenons également à préciser que s’il existe réellement des personnes qui sont convaincues que les tours du WTC n’ont pas été percutées par des avions de ligne, et nous avons même rencontré l’un de leurs porte-parole, l’association ReOpen911 ne souhaite pas être associée à un tel discours. Encore une fois, ces personnes sont ultra-minoritaires au sein de ce que l’auteur de l’article nomme le mouvement pour la Vérité sur le 11/9 : pourquoi ne le dit-il pas, et au contraire laisse-t-il entendre que ces gens sont très nombreux ?]

Fin de la première partie de l’article…
A suivre !

Les étranges propos d’un « spécialiste » du terrorisme de l’AFP…