Tout le monde « sait » que ben Laden est responsable du 11 Septembre – Alors pourquoi n’y a-t-il aucune preuve ?

 

 


Par Geoffrey O’Neill  pour Truth and Shadows, le 14 juillet 2018

Traduit par Patrick pour ReOpenNews

 

Le “monstre” saoudien reconnu coupable par décret gouvernemental

“Un mensonge répété dix fois reste un mensonge, répété dix mille fois il devient une vérité.”— Joseph Goebbels, Ministre allemand de la propagande

 

Il est sans doute la personne la plus tristement célèbre de ce début du 21ème siècle.

Le monde tient pour acquis le fait qu’Oussama ben Laden était l’architecte des "attaques terroristes" du 11 septembre 2001. Mais pourquoi cet homme a-t-il été accusé de ce crime horrible ? Comment avons-nous appris sa culpabilité présumée ? Et quelles sont les preuves utilisées pour démontrer sa culpabilité ?

Ces questions sont essentielles car les allégations contre ben Laden ont conduit, moins d’un mois plus tard (le 7 octobre 2001), au lancement de la guerre mondiale contre le terrorisme avec l’invasion de l’Afghanistan. L’opération Liberté Immuable lancée par le président George W. Bush, était censée permettre la capture ou l’exécution de ben Laden.

Voici ce que nous savons des allégations de preuves contre ben Laden :

Quelques heures seulement après la destruction des tours du World Trade center, un homme du nom de Paul Bremer est apparu sur une filiale de NBC à Washington DC. Moins d’une minute après le début de son interview avec l’animateur Jim Vance, Bremer a désigné ben Laden comme le possible cerveau des attentats. Il semble que le mythe « ben Laden » ait été créé à ce moment-là, et il s’est bientôt répandu comme une traînée de poudre.

Qui est L. Paul Bremer, et que faisait-il à Washington à ce moment-là ?

Comme Bush, Bremer est diplômé de Yale et, comme Bush, il est également membre de la célèbre fraternité Skull and Bones. Après avoir quitté le gouvernement en 1989, il est devenu directeur général de Kissinger Associates, une société de conseil détenue par Henry Kissinger. (Il convient de noter que Kissinger était le choix initial pour diriger la Commission sur le 11 Septembre.) En mai 2003, après le lancement de l’opération «choc et stupeur» en Irak, Bremer a été nommé directeur de l’Autorité provisoire de la coalition en Irak. Il était donc très proche du milieu républicain. Le 11 Septembre, il devait se rendre à New York, dans son bureau de la tour nord du World Trade Center, mais son avion a été détourné à cause des événements de la matinée.

En plus de spéculer dans son interview sur la complicité de ben Laden, Bremer a affirmé que « des terroristes ont déclaré la guerre aux Etats-Unis et nous avons déclaré la guerre aux terroristes ». Qu’est-ce que c’est censé signifier ? Que les Etats-Unis aurait carte blanche pour envahir tout pays dans lequel des terroristes étaient suspectés de vivre ? Cela inclurait-il la Canada, l’Islande, la Nouvelle Zélande ou encore la France ?

Bremer a également déclaré : "Nous ne pouvons pas rejeter les libertés démocratiques et les libertés civiles qui sont au cœur de notre société".

Ces libertés n’ont pas été rejetées ; Elles nous ont été enlevées par les collègues de Bremer au sein de l’Administration Bush. Cela s’est traduit par l’adoption du Patriot Act, la création de la Transportation Security Administration, l’espionnage de la population par la NSA, la poursuite des lanceurs d’alertes et le rabotage de nos droits inscrits dans les 1er et 5ème amendements. La liste est longue. 

Bremer a ajouté : « Il y aura des conséquences. En fait, j’espère que ce seront les plus sévères conséquences militaires que nous puissions imaginer »

En cela, il a prédit l’avenir. Le prétexte du 11 Septembre a été utilisé pour envahir l’Afghanistan, puis les Etats-Unis ont envahi et détruit l’Irak, ont bombardé massivement la Lybie, ont armé et soutenu l’Arabie Saoudite dans leur mission de destruction du Yemen, ont instigué et perpétué l’horreur syrienne. Si on ajoute à cela les attaques de drones et les guerres par procurations dans Dieu-seul-sait combien de pays, Bremer a du gonfler d’orgueil devant le niveau de carnage atteint.
 

Bush désigne ben Laden

Le soir du 11 septembre, le président Bush s’est adressé à la nation depuis le bureau ovale de la maison blanche et a déclaré : « Le Pearl Harbor du XXIe siècle a eu lieu aujourd’hui. Nous pensons que c’est Oussama ben Laden. ». Pour la deuxième fois ce jour-là, le nom de ben Laden a été prononcé, avec toute l’autorité que confère la charge présidentielle. 

Sans l’ombre d’une preuve, deux dignitaires s’adressant aux Américains placent ben Laden dans le collimateur. Ce dernier est devenu instantanément l’ennemi public numéro un, reconnu coupable par décret gouvernemental.

L’accusation a été renforcée par l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak, qui est intervenu sur la BBC le matin du 11 Septembre (avant même la chute des tours) et a souligné que ben Laden et Al-Qaïda étaient probablement à l’origine de l’événement. Il a appelé les États-Unis à lancer une « guerre concrète et opérationnelle contre le terrorisme ».

Avant même que la poussière ne retombe sur le World Trade Center, Bremer, Bush, de même que Barak et les médias du monde entier, ont accusé ben Laden sans fournir la moindre preuve. Un peu plus d’une semaine plus tard, le dimanche 23 septembre, Colin Powell a officialisé l’accusation. S’adressant à l’animateur Tim Russert dans Meet the Press, Powell a désigné ben Laden comme l’architecte du 11 Septembre.

Quand Russert a demandé des preuves, Powell a répondu : «  Nous travaillons d’arrache-pied pour rassembler toutes les informations issues des renseignements et des autorités policières. Et je pense que dans un avenir proche, nous serons en mesure de publier un livre blanc, un document qui pourra décrire assez clairement les preuves qui lie [ben Laden] à cette attaque ». Il a ajouté qu’il lui mettrait à disposition une fois terminé.
 

Fleischer claque la porte

Le lendemain de la promesse de Powell, le New York Times a consacré sa une aux preuves à venir, citant des déclarations du gouvernement telle que : « Les preuves ont été collectées de la pointe sud de Manhattan aux contreforts des montagnes Hindu Kush en Afghanistan ». 

Pourtant, le même après-midi, le secrétaire de presse de Bush, Ari Fleischer, a rencontré les médias et a déclaré que la déclaration de Powell concernant un livre blanc avait été « mal interprétée ». Il n’était pas question de diffuser l’information. « Elle est classifiée. »

Un journaliste a eu l’audace de demander : « Est-il prévu de présenter des preuves publiques de sorte que le citoyen moyen, pas seulement les américains mais les personnes du monde entier, puisse comprendre les accusations à l’encontre de ben Laden ? »

La réponse de Fleischer était prévisible: « Dans une démocratie, il est toujours important de fournir le maximum d’informations possible. Mais je pense que les Américains comprennent qu’il y aura des moments où ces informations ne seront pas disponibles immédiatement. "

Sur une question, Fleischer n’a pas menti : le livre blanc ne serait pas disponible immédiatement. En fait, il n’a jamais été produit. Aucune livre blanc n’existe dans le domaine public contenant des preuves légales liant ben Laden aux attentats du 11 Septembre.

L’arrogance, l’hypocrisie et le mépris de cet homme et de l’Administration Bush pour la vie humaine ne peuvent être sous-estimés. Des troupes américaines allaient être envoyées au combat. Beaucoup allaient mourir ou être handicapés à vie. Les civils afghans, considérés comme des dommages collatéraux, allaient être tués en grand nombre, comme toujours dans une guerre. Pourtant, aucun soldat, citoyen américain ou citoyen afghan n’a pu voir les preuves qui ont servi à justifier l’invasion par les Etats-Unis d’un des pays les plus pauvres au monde. 

Il y a pire…

L’alliance de l’OTAN a été formée après la seconde guerre mondiale, manifestement pour protéger les pays de l’Europe de l’Est d’une agression brutale de l’Union soviétique. L’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord, qui stipule qu’une attaque contre un pays membre est une attaque contre tous les pays membres, a été invoqué pour la première fois le 11 septembre 2001. Et ce n’était pas un petit pays de l’OTAN qui avait besoin d’aide ; c’était les États-Unis d’Amérique, le pays le plus puissant du monde.

Le 12 septembre 2001, le secrétaire général de l’OTAN George Robertson a convoqué le Conseil Nord Atlantique à Bruxelles. Les 19 membres ont convenu que l’attaque contre les États-Unis provenait de l’étranger. Tout ce dont Robertson avait besoin pour invoquer l’Article 5 et engager la guerre était un responsable et des preuves à l’appui. Il obtint bientôt  tout cela, c’est en tout cas ce qu’il pensait.

Le représentant du département d’Etat US Franck Taylor a rencontré en secret tous les représentants des pays membres de l’OTAN le 2 octobre 2001 et a fourni au secrétaire général des documents censés apporter des preuves « claires et convaincantes » de la culpabilité de ben Laden. Après la réunion, Robertson a rencontré la presse et, sans surprise, a déclaré que les preuves fournies par Taylor étaient classifiées. En tout, 29 pays se sont joints aux Etats-Unis dans l’invasion de l’Afghanistan, incluant la Grande Bretagne, la France et le Canada. Sur la base de preuves que le public n’a pas pu examiner.

Il y a encore pire…
 

Une révélation du FBI

Le 5 juin 2006, le journaliste d’investigation au Muckraker Report, Ed Hass, a remarqué dans l’avis de recherche sur ben Laden publié sur le site Web du FBI, que ce dernier était recherché pour plusieurs crimes mais pas celui du 11 Septembre. Il s’est donc renseigné auprès de  Rex Tomb, chef de l’Investigative Publicity and Public Affairs Unit au sein du FBI et voici la conversation qui en a résulté :

Haas : « Pourquoi il n’y a aucune mention du 11 Septembre sur la page Web « Most Wanted » de ben Laden ? »

Tomb: « La raison pour laquelle le 11 Septembre n’est pas mentionné dans l’avis de recherche sur Oussama ben Laden est qu’à ce jour, le FBI n’a pas de preuves formelles de l’implication de ben Laden dans ces attentats.»

Haas : « Comment est-ce possible ? »

Tomb : « le FBI rassemble les preuves qui sont ensuite communiquées au Département de la Justice. Ce dernier décide s’il y a suffisamment de preuves à présenter à un jury d’accusation. Dans le cas de ben Laden, il n’a pas été formellement accusé, car le FBI n’a pas de preuves impliquant ben Laden dans les attentats de 11/9. »

Résumons. Quelques heures après la destruction des tours, Bremer accuse ben Laden. Dans les jours qui suivent, Powell déclare sur une chaîne de télévision nationale qu’il a des solides preuves de la culpabilité de ben Laden. Quelques semaines après le 11 Septembre, Taylor prétend avoir fourni à la direction de l’OTAN des preuves « claires et convaincantes ». Pourtant, des années plus tard, la principale autorité policière du pays, le FBI, admet qu’elle n’a aucune preuve formelle de l’implication de ben Laden dans le 11/9. »

Il faut également mentionner qu’une « vidéo de confession » de ben Laden a été retrouvée en Afghanistan en décembre 2001, et immédiatement été utilisée pour renforcer l’affirmation de sa culpabilité. Il n’a pas fallu longtemps pour que cette vidéo soit débunkée par un spécialiste ben Laden, le professeur Bruce Lawrence de l’Université de Duke, qui l’a tout simplement qualifié de « faux ».

On se demande aussi pourquoi cette cassette, si elle est authentique, n’a pas été prise en compte par le FBI dans l’avis de recherche sur ben Laden. On se demande également pourquoi cette preuve a largement été diffusée au public, alors que les autres preuves que l’Administration Bush prétend avoir en sa possession, demeurent classifiées.

Et ça empire encore !
 

Bush refuse de montrer les preuves ! 

Les preuves présentées à l’OTAN par Frank Taylor ont été éditées sous forme de documents immédiatement classifiés par les autorités américaines et de l’OTAN.

Avant que les États-Unis ne commencent à bombarder l’Afghanistan, le gouvernement taliban du pays a proposé d’extrader ben Laden en attendant de recevoir des preuves de sa culpabilité. Mais Bush a refusé l’offre.

Bush aurait-il pu éviter la guerre mondiale contre le terrorisme en transférant les preuves "claires et convaincantes" contenues dans les documents de Frank Taylor ? La réponse est non. Car il n’y avait aucune preuve à retourner.

Les documents du Département d’Etat furent déclassifiées en 2008 sans tambour ni trompette. Le Docteur Niels Harrit, ancien professeur de chimie à l’université de Copenhague – maintenant chercheur et auteur actif dans le mouvement pour la Vérité sur le 11 Septembre – les a trouvés et, dans un article publié sur le site web Global research, les a exposés à l’attention du public.

Selon Harrit, « il n’y a absolument aucune preuve légale que les attentats du 11 Septembre aient été orchestrés depuis l’Afghanistan. » Il ajoute que « seule une petite partie du texte d’introduction traite du 11 Septembre. Le corps du document ne traite que d’actions présumées d’al-Qaïda et des Taliban dans les années 90 ».

Il n’y a pas et il n’y a jamais eu de preuve liant Oussama ben Laden au 11 Septembre !

Un addendum à l’histoire, et certainement un os à ronger pour les complotistes, semble rendre l’accusation du gouvernement contre ben Laden encore plus artificielle. Le 28 janvier 2002, dans un reportage sur NBC Nightly News avec Dan Rather, le correspondant à l’étranger Barry Peterson, se tenant devant un hôpital militaire du Pakistan, a rapporté que ben Laden recevait un traitement de dialyse le 10 septembre 2001, la veille des attentats. Selon Peterson, "il [ben Laden] est arrivé à l’hôpital de Rawalpindi sous haute protection des services secrets pakistanais (ISI)".

Si le rapport est exact, il serait raisonnable de se demander comment une équipe de NBC News a retrouvé la trace de ben Laden alors que George Bush, avec 19 agences de renseignement à sa disposition, n’a jamais eu la moindre idée de sa localisation.

On pourrait aussi se demander pourquoi le Pakistan, un allié des Etats-Unis, n’a pas livré ben Laden aux autorités américaines après l’avoir escorté à l’une de ses visites médicales. Et on pourrait se demander comment ben Laden parvenaient à gérer ses trois allers-retours hebdomadaires entre les montagnes de Tora Bora et l’hôpital pour recevoir ses traitements de dialyse rénale.

Et, des années plus tard, on pourrait se demander pourquoi il n’y a la moindre preuve soutenant l’affirmation selon laquelle Ben a été exécuté par un Raid des Navy Seals à Abbottabad au Pakistan le 2 mai 2011, comme cela a été annoncé et rapporté par l’Administration Obama. 
 

Ennemi public numéro un

Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche le 13 septembre 2001, le président Bush a déclaré : « Le plus important pour nous est de retrouver Oussama ben Laden. C’est notre priorité numéro un et nous ne nous reposerons pas avant de l’avoir trouvé. » Il est important de noter qu’à cette date, le gouvernement n’avait toujours pas déclaré publiquement qu’il y avait des preuves contre ben Laden. Il était coupable par décret seulement.

Le 13 mars 2002, moins de sept mois après le début de la guerre mondiale contre le terrorisme, justifiée par les attentats du 11 Septembre et les accusations contre ben Laden, Bush a déclaré: "Je ne sais pas où se trouve ben Laden. Je n’en ai aucune idée et je m’en fiche vraiment. Ce n’est pas si important. Ce n’est pas notre priorité. "

Puis, dans un discours prononcé devant un groupe d’officiers militaires le 5 septembre 2006, M. Bush a comparé ben Laden à Lénine et à Hitler. Il a déclaré: « Le monde a ignoré les écrits de Lénine et de Hitler et a payé un prix terrible. ben Laden et ses alliés terroristes ont exprimé leurs intentions aussi clairement que Lénine et Hitler avant eux. »

Imaginez si Winston Churchill avait dit « Je m’en fiche vraiment. Ce n’est pas si important. Ce n’est pas notre priorité », en parlant d’Hitler durant la bataille d’Angleterre ? L’absurde comparaison avec Hitler et ce va-et-vient entre monstre à abattre et personnage qui ne mérite pas qu’on s’y intéresse, en parlant de ben Laden, en dit très long selon moi.

La plupart des citoyens des États-Unis sont bienveillants et respectueux des lois. La plupart paient leurs impôts volontairement en temps et en heure. La plupart tentent d’élever leurs familles et de leur apprendre la différence entre le bien et le mal. La plupart des Américains sont patriotes. La plupart ne feraient jamais de mal à personne. La plupart ont de l’intégrité, de la décence et des valeurs. Beaucoup ont porté l’uniforme et ont prêté serment de servir et de protéger. Alors, est-il inapproprié de demander pourquoi notre gouvernement et la presse nous traitent comme des enfants ? L’histoire de ben Laden en est la preuve, tout comme la guerre mondiale contre le terrorisme, une vaste fumisterie qui a ruiné notre réputation dans le monde et a coûté la vie à des millions de personnes au Moyen-Orient et ailleurs.

S’il n’y a pas de preuve claire et convaincante à l’encontre du cerveau présumé des attentats du 11 Septembre, serait-il juste de dire que la guerre mondiale contre le terrorisme dans son intégralité – y compris les invasions, les bombardements, les frappes de drones, les millions de morts, les dizaines de millions de réfugiés, toutes les familles détruites et tout le désespoir dont sont responsables les Etats-Unis dans tant de régions du monde – est une fraude ?

On pourrait le penser.

 


 
Pour voir ou revoir notre documentaire : Ben Laden, storytelling et démocratie
 
 

 

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