Syrie: le traitement fallacieux du Massacre de Houla par la presse britannique

A l’heure d’un nouveau massacre extrêmement grave perpétré à Treimsa (Tureymisah), devenu nouveau village martyr après Houla et Al Koubeir, et de l’intensification des combats entre rebelles et loyalistes, nous souhaitons une fois de plus appeler à la prudence envers les accusations contre le gouvernement Assad, et revenir sur les réactions des médias face au premier massacre désormais attribué aux forces de la mouvance anarchique anti-Assad, ce qui éclaire forcément les 2 autres.

 

La "version officielle" sur France3 le 16 juillet 2012 à 22H56 :
Tous ces massacres sont le fait de l’armée syrienne ou des milices
pro-régime, les chabiyas, et Kofi Annan doit rencontrer Vladimir
Poutine "seul allié du régime syrien"… novlangue, quand tu nous tiens…
 

En Angleterre, quelques sites veillent au discours médiatique, comme ici MEDIALENS qui se livre à une analyse sans concession des médias britanniques, un peu comme ACRIMED en France. Mais rien sur ces massacres sur le site d’ACRIMED… Contacté en milieu de mois, avec à l’appui nos précédentes traductions d’articles, le site ACRIMED n’a toujours pas répondu. Un autre site, NEWS SNIFFER , sans équivalent en France, comme ça c’est encore plus simple, renseigne les citoyens britanniques sur les changements de contenus opérés dans des articles parus sur des dizaines de sites officiels du gouvernement et des principaux médias britanniques. Concernant le massacre de Houla, cette surveillance éditoriale est très fructueuse, et montre comment les médias officiels renâclent à intégrer les conclusions dissonantes de médias beaucoup plus autonomes et honnêtes qu’eux.

Ce mur médiatique est bien connu de ReOpen911, qui l’affronte chaque jour avec des fortunes diverses. Et pour quelques percées significatives, n’oublions jamais qu’une seule "piqûre de rappel" de la VO du 11/9 à la "grand messe du 20H00", repousse des millions de téléspectateurs un peu plus loin dans les dédales de l’ignorance et de la mystification qui empêchent une vraie démocratie de respirer, comme en cet instant avec la Syrie où en fait, avec la complicité des médias, des puissances étrangères dont la France empêchent le peuple syrien très majoritairement pacifique et méfiant de respirer – et nous avec, qui sommes là encore rejetés dans l’ignorance – c’est à dire d’accomplir sa mission de démocratisation par une pression populaire et parlementaire sur le gouvernement Assad qui a amorcé des réformes et procédé à des élections (un parlementaire légitimiste sunnite converti au chiisme a d’ailleurs été exécuté lors du massacre de Houla).

Nous devrions tous concentrer nos efforts sur ce mode de transition, au lieu d’enterrer hier le rapport de la mission d’observation de la ligue arabe, et à présent de saper en coulisses tous les efforts de la mission Annan. Nous n’avons aucune leçon à donner à la dynastie Assad, aussi violente ait-elle été par le passé. Si nos yeux de démocrates calibrés se révulsent aujourd’hui, quid de ceux de nos gouvernants élèves de Machiavel, qui trouveront en aparté de quoi justifier leurs complicités de massacres, persuadés qu’ils sont de travailler pour le confort énergétique et matériel de leurs peuples à la pensée trop limitée, tout en cajolant les intérêts de leurs grands argentiers ?

Si la Turquie vocifère contre Assad, tout en s’aventurant dans son espace aérien et en hébergeant et armant des camps rebelles aidés par la CIA et nichés au milieu des réfugiés (rien dans les médias dominants, et Annan n’a pas pu tout visiter…) quid de la "grande catastrophe d’Asie Mineure" de 1922, du massacre arménien si cher à nos gouvernements, et de la répression contre les kurdes ?

Car depuis 1970, combien de millions de morts de par le monde, doivent être imputés aux forces qui conspirent à présent contre le gouvernement Assad ? Et combien à la dynastie Assad ? Quant au trésor oligarchique présumé des Assad, est-il comparable aux appétits des multinationales pétrolières et des stratèges et politiciens occidentaux qui, outre le sol et le gaz syriens, visent le pétrole iranien ? Même madame Assad n’est pas épargnée, alors que les frasques des élites occidentales en guerre partout, et des dignitaires du Golfe sont légions, de Hollywood à Miami, de Genève à Monaco, d’Ibiza aux Seychelles en passant par tous les paradis fiscaux, City en tête… N’oublions jamais, comme pour l’affaire du 11-Septembre, combien le chemin de la vérité est éloigné des Aboiements de Dissuasion Massifs des médias, politiciens et affairistes occidentaux dominants, surtout lorsqu’ils sont en guerre. L’article qui suit le prouve encore une fois, en attendant la vérité sur Al Koubeïr et Treimsa.

 

 

Inhumation des victimes du massacre de Houla, photo AFP reprise par The Guardian

 


 

Massacre de Houla, mise à jour : le rapport des Nations Unies

 
 
Traduction et photos ajoutées par Corto
 
 
The Independent, mai 2012
 
Lors de 2 alertes le 31 mai et le 13 juin, nous avons expliqué comment le système des médias institutionnels avait instantanément rendus responsables du massacre de 108 personnes, dont 49 enfants à Houla le 25 mai non pas simplement le gouvernement syrien, mais son leader Bachar el Assad. De nombreux dessins d’humoristes ont dépeint Assad couvert de sang ou baignant dans le sang. A peine 2 jours après le massacre, la couverture de l’édition du dimanche de l’Independent voulait savoir comment ses lecteurs allaient réagir : « Il doit y avoir bien sûr, un cessez le feu, que le régime brutal d’Assad ignore purement et simplement. Et la communauté internationale ? Elle fait semblant de ne rien voir. Feriez-vous la même chose ? Ou bien le destin épouvantable de ces enfants innocents vous met-il très très en colère ? » (Independent, dimanche 27 mai 2012)
 
Ce que les lecteurs étaient supposés faire, à part y voir, n’était pas très clair. Après tout, l’un des grands triomphes de la politique moderne est la presque totale étanchéisation de la politique étrangère des USA-Royaume-Uni contre les pressions démocratiques. Dans l’article, David Randall (ci-contre) écrit ces phrases amères : « Il est le Président, elle est la Première Dame ; ce sont des enfants morts. Il gouverne, mais ne protège pas ; elle fait du shopping, et s’en fiche… et on se prend à espérer que ceux du Conseil de sécurité des Nations Unies, lors de leur prochaine réunion, regarderont dans les yeux fixes de ces enfants morts et se souviendront des mots creux de l’épouse d’Assad lorsqu’elle a geint qu’elle réconfortait les familles des victimes de son pays.»
 
C’était de ce niveau en matière de commentaire politique et de couverture médias, qui mélangent la politique et les médias. Houla n’a pas été rapporté seulement comme un horrible événement de plus dans les actualités internationales. Il a été vendu au public britannique comme un moment charnière historique où « on doit faire quelque chose », sur la base d’une comparaison avec le massacre contesté de Racak, et celui hypothétique de Benghazi, utilisés respectivement pour justifier les attaques de l’Occident sur la Serbie en 1999, et sur la Libye en 2011.
 
Les politiciens anglais et américains désespéraient clairement d’utiliser Houla pour alimenter l’agenda de leur renversement de régime. Recyclant les tactiques grossières de l’ère Bush-Blair, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton et le ministre des affaires étrangères William Hague répétèrent inlassablement leurs satanés jugements : les faits ne comptent pas, la propagande emporte tout sur son passage. Aucune retenue. Les médias, comme à leur habitude, furent heureux d’être de la fête. Si l’alliance Royaume-Uni USA devait l’emporter dans la justification d’un changement de régime imposé de l’extérieur, alors le gouvernement Assad devait absolument être déclaré responsable – de façon certaine, de façon isolée, et de façon impardonnable. Et c’est effectivement le message qu’ont colporté les médias.
 
Cependant, comme nous l’avons expliqué dans notre bulletin d’alerte du 13 juin, des fissures sont apparues très vite. Il s’est avéré que des femmes et des enfants n’avaient PAS eu leurs gorges tranchées, comme cela avait été universellement rapporté. De plus, le rédacteur en chef de BBC world News Jon Williams (ci-contre) a commenté : « A Houla, et maintenant à Koubeir, on a pointé du doigt les shabiyas, la milice pro-gouvernementale. Mais si on met de côté le nombre tragique de morts, les faits sont très ténus : qui a ordonné les tueries, ou pourquoi… ce n’est pas clair. » Mes ces commentaires, et une poignée d’autres –ainsi que les sources à leur origine – furent maintenus à la marge et ne firent jamais l’enjeu de discussions entre médias. De façon inexplicable, leurs implications vis à vis des déclarations des medias faites auparavant restèrent lettre morte, sans examen ni discussion.
 
L’ONU « incapable à cette heure, de déterminer l’identité des responsables »
 
La semaine dernière, le 27 juin, une commission d’enquête de l’ONU a publié son rapport sur le massacre. Lorsqu’il s’est agi de prendre en considération ceux qui étaient responsables, l’ONU désigna les 3 possibilités les plus plausibles : « Premièrement, que les auteurs aient été des Shabiyas, ou une autre milice locale des villages environnants, ayant peut-être opéré avec les forces de sécurité du gouvernement syrien, ou avec leur accord, deuxièmement, que les auteurs aient été des forces anti-gouvernementales cherchant l’escalade tout en punissant ceux qui ne les soutiennent pas ou qui s’opposent activement à la rébellion, ou troisièmement, des groupes armés à l’affiliation inconnue.» La conclusion du rapport : « En fonction des preuves disponibles, la CoI (Commission d’Enquête / Commission of Inquiry) n’a pu exclure aucune de ces possibilités. »
 
L’ONU a résumé de la sorte :
 
« A cette heure, la CoI est incapable de déterminer l’identité des auteurs de ce crime, néanmoins, la CoI considère que des forces loyales au gouvernement ont pu se rendre responsables d’un grand nombre des morts. L’enquête continue jusqu’à la fin du mandat de la CoI. » Une conclusion remarquablement prudente, compte tenu du fait qu’elle fut produite face à une pression politique et médiatique occidentales (sans aucun doute en coulisses aussi) pour accuser le gouvernement syrien.
 
Et comment réagirent les médias à ce rapport d’experts en contradiction flagrante avec le consensus ambiant sur Houla ? Un média honnête aurait mis les doutes de l’ONU à la une, alertant ses lecteurs sur le manque de fondements de ses allégations antérieures, et sur son erreur éditoriale. Au lieu de cela, le moteur de recherche sur bases de données LexisNexis ne trouve (5 juillet) que 6 articles mentionnant le rapport de l’ONU dans des journaux nationaux et sur leurs sites, dont 5 seulement mentionnent Houla. Une couverture étonnamment basse compte tenu de l’attention massive des médias qui l’avait précédée. LexisNexis trouve 1017 publications et articles en ligne mentionnant Houla dans tous les journaux depuis le massacre du 25 mai.
 
The Independent, qui, comme évoqué, s’était empressé de prendre la tête du battage sur Houla, décrit ainsi les conclusions de l’ONU : « Des hommes armés ont investi hier le quartier général d’une TV syrienne pro-gouvernement, tuant 7 employés, kidnappant les autres et démolissant des bâtiments. Le gouvernement a décrit les assassinats comme un « massacre », au moment même où l’ONU accusait les forces gouvernementales du massacre de Houla. » S’il s’agissait d’une grosse erreur d’interprétation des conclusions de l’ONU, celle-ci en devenait absurde en cliquant vers un lien qui propose d’en savoir plus, et qui redirige les lecteurs vers le texte de Patrick Cockburn (ci-contre) : « Le rapport de l’ONU sur le massacre de Houla le mois dernier, près de la ville de Homs au nord du pays, ne nomme pas ceux qui sont responsables, disant seulement que des forces loyales envers le gouvernement « sont susceptibles d’être responsables » d’un grand nombre de morts. Il ne nomme pas les milices alaouites –les Shabiyas- comme responsables, ainsi que cela a été largement rapporté, mais il dit que c’était très facile pour elles de s’y rendre. » C’est bien cela qui était l’information nouvelle: le rapport de l’Onu avait fortement contredit la certitude « largement diffusée », mais fausse.
 
Dans une veine similaire, un article du Guardian s’intitulait « des loyalistes au gouvernement syrien « sans doute responsables du massacre » –rapport de l’ONU ». Une accroche séparée de la une du Guardian annonce : « Les forces d’Assad sans doute responsables d’un grand nombre de morts à Houla – ONU ».
 
De façon contrastée, et avec plus de précision, Alex Thompson (ci-contre) de Channel4 a tweeté :« rapport sur la Syrie de l’ONU : le massacre de 108 personnes à al-Houla peut avoir été perpétré aussi bien par des milices pro-Assad que des anti-Assad. Nous avons écrit à Thompson : Intéressant, le Guardian rapporte l’info de cette manière : ‘« des loyalistes du gouvernement syrien « sans doute responsables du massacre » –rapport de l’ONU ». Thompson a répondu : "vrai, mais l’ONU dit de façon identique que des milices anti-gouvernementales ont pu le faire. Et je parle en tant que personnalité interrogée par l’ONU à ce sujet. »
 
L’ex journaliste du Guardian et de l’Observer, Jonathan Cook, nous a adressé cet email : « Oui, en fait, la une du Guardian affirmant que des loyalistes du gouvernement syrien « sont sans doute responsables » du massacre de Houla, est simplement grotesque. Le récit déjà vendu par le Guardian (et tous les autres) est qu’ils « étaient » responsables. Donc il devrait être particulièrement évident aux yeux des rédacteurs en chef que la seule information de ce rapport de l’ONU est que les loyalistes peuvent très bien ne pas être responsables. Jonathan » (email à Medialens, 27 juin 2012)
 
A peine trois jours après que le rapport de l’ONU ait été publié, Martin Chulov a écrit dans The Guardian : « Une famille originaire de Houla, où un massacre fin mai a été largement attribué à des soutiens du régime, a trouvé refuge dans le village syrien de Qatma, près de la frontière turque. » Dans l’article, qui se concentrait exclusivement sur les perspectives de l’opposition syrienne armée, Chulov n’a pas mentionné le rapport de l’ONU, ou le fait qu’il avait mis en cause les allégations largement répandues. Au lieu de cela, il conclut : « Là où l’ONU et la Communauté internationale peuvent avoir été considérées comme pondérées dans les Balkans, elles sont vues sous un jour bien plus sombre par l’opposition syrienne –incapables d’agir. « Leurs discussions à Genève sont insensées », a déclaré Idris (un exilé syrien). « Cela ne va rien changer. » Considérées « pondérées » par qui ? Sans doute pas l’opposition syrienne. Et sans doute pas ceux d’entre nous qui furent émus par la propagande mensongère utilisée pour justifier la guerre de l’OTAN contre l’opposition serbe en 1999. Chulov pensait, bien évidemment, aux gens bien pensants. Le commentaire rappelait la réponse antérieure de Chulov via twitter : « Cela a pris beaucoup de temps pour mobiliser le soutien à une réponse en Bosnie et au Kosovo. En Syrie, ce sera encore plus difficile. »
 
Même The Times a fait mieux que The Guardian :
 
« Les signataires [du rapport de l’ONU] disent qu’ils ont été incapables de déterminer qui avait organisé et perpétré un massacre de plus de 100 personnes à Houla le mois dernier, mais ils ont ajouté que des forces loyalistes pourraient être responsables de beaucoup des assassinats. (Janine di Giovanni, « Assad et les rebelles pensent qu’ils ont plus à gagner par la violence, selon un assistant de l’ONU », The Times, 28 juin 2012
 
Le site de la BBC a d’abord commenté « les enquêteurs de l’ONU et l’auteure du rapport Karen Abuzayd (ci-contre) ont raconté à la BBC que « ces actes sont susceptibles d’avoir été commis par trois groupes différents. Elle a dit que "les forces gouvernementales étaient responsables du pilonnage d’artillerie initial, au cours duquel quelques personnes ont perdu la vie. Mais ce qu’elle a appelé ensuite le « massacre » dans les maisons de la population, a été perpétré soit par des miliciens des villages alaouites, connus sous le nom de Shabiyas, soit par des groupes armés de l’opposition. » Comme le site « News Sniffer » l’a noté et archivé, ces mots ont été rapidement nettoyés. Des commentaires similaires ont été rétablis plus tard.
 
La réponse des médias sur le rapport de l’ONU à propos de Houla est un exemple patent de la façon dont le système institutionnel a évolué pour diffuser et favoriser les déclarations de propagande gouvernementale à la demande. Comme toujours, les preuves a contrario, même en provenance de sources respectées, doivent se battre pour parvenir à percer contre ces babillages de caniveau.
 
On pourrait penser que le souci principal des rédacteurs en chef et des journalistes serait de proposer aux consommateurs de médias des informations compréhensibles et précises, à tout le moins en corrigeant des erreurs antérieures aux conséquences graves. Mais pas un seul éditorial ou commentaire examinant les implications du rapport de l’ONU sur Houla n’a cherché à le faire. La plupart des lecteurs continueront de croire que des femmes et des enfants ont eu la gorge tranchée, de façon certaine sur ordre du gouvernement syrien. D’autres seront simplement perplexes devant un tel consensus accablant ponctué de contradictions bizarres, crédibles en apparence, mais inexplorées.
 
SUGGESTION D’ACTION
 
Le but de Medialens est de promouvoir la raison, la compassion et le respect envers les autres. Si vous décidez d’écrire à des journalistes, nous vous demandons avec détermination de garder un ton poli, non agressif, et sans user de grossièretés.
 
Vous pouvez écrire à
John Mullin, rédacteur en chef de the Independent on Sunday
David Randall pour the Independent
Martin Chulov pour the Guardian
Via Twitter: @martinchulov
Alan Rusbridger, rédacteur en chef du Guardian
Via twitter: @arusbridger
Steve Herrmann, rédacteur en chef de BBC News online

 


 
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