Des préparatifs pour une nouvelle guerre, mais pour quelles cibles ?

Voici deux articles émanant de Mondialisation.ca. Ils s’intéressent aux signes indicateurs d’un nouveau conflit au Moyen-Orient. Le premier article reprend les informations sur les préparatifs de guerre visant l’Iran, le Pentagone ayant annoncé que l’attaque israélienne contre les sites nucléaires iraniens a été planifiée en accord avec le Département d’état américain. Ces propos n’auraient pas encore été démentis. Tout semble indiquer que l’Iran est visé. L’analyse développée dans le second article, adoptant un autre point de vue, conclut qu’il faut s’attendre à une agression au nord du Pakistan et au sud de l’Afghanistan. Dans cette région du monde, l’enjeu commercial est colossal. Tout porte à croire que la guerre contre le terrorisme lancée au lendemain des attentats du 11 Septembre – prétexte à l’ingérence des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan – n’aurait été qu’un prélude au nouveau conflit annoncé.

Présence des Etats-Unis et de l’organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) Cliquez sur la carte pour l’agrandir


L’Arabie Saoudite ne permettrait pas aux bombardiers israéliens de traverser leur espace aérien pour frapper les sites nucléaires iraniens : c’est ce qu’a déclaré le prince Mohammed Bin Nawaf, envoyé de Riyadh à Londres, démentant la nouvelle donnée par le Times. L’alarme est donc stoppée ? Rien n’est moins sûr. Personne à Washington n’a démenti l’information, venant du Pentagone, que l’attaque israélienne contre les sites nucléaires iraniens a été « planifiée en accord avec le Département d’état états-unien », et qu’un autre corridor aérien est prévu, surtout pour l’attaque contre Bushehr, à travers la Jordanie, l’Irak et le Kuweit. Mais au-delà des mots ce sont les faits qui démontrent que les préparatifs d’une attaque contre l’Iran s’intensifient.

Le ministre de la défense (si on peut dire, NdT) Ehud Barak, en visite à Washington, a obtenu d’autres grosses fournitures militaires, en particulier des  bombes JDAM de la société états-unienne Boeing. Ce sont des bombes à forte potentialité qui, avec l’ajout d’une nouvelle section de queue à guide GPS, peuvent être lancées à plus de 60 Kms de l’objectif sur lequel elles se dirigent automatiquement. Récemment elles ont aussi été dotées d’un système à direction laser, qui les rend encore plus précises. Elles ont été utilisées, écrit le journal israélien Haaretz, dans la deuxième guerre du Liban, en 2006, et dans l’opération Plomb durci à Gaza en 2008.

Barak a en outre demandé à Washington d’augmenter de 50% les « dépôts d’urgence » que l’armée états-unienne a constitués en Israël en décembre dernier, sur décision de l’administration Obama. Comme le rapporte Haaretz, ces dépôts contiennent des missiles, bombes, munitions pour l’aviation, véhicules blindés et autres armements, qui sont catalogués au moment de leur arrivée pour assurer un « accès facile et rapide du côté israélien ». A coup sûr, même si ça n’est pas dit, une partie des armements destinés aux « dépôts d’urgence » arrive de Camp Darby, la base logistique de l’US Army (NdT: en Italie, entre Pise -aéroport civil et militaire, personnel exclusivement militaire dans la tour de contrôle- et Livourne, port marchand) : depuis longtemps déjà, d‘après le site Global Security, la 31ème Escadre d’approvisionnement de la base est responsable aussi des dépôts situés en Israël, sorte de succursale de Camp Darby qui a approvisionné les forces israéliennes pour ses attaques contre le Liban et Gaza.

Parmi ce que les États-Unis fournissent à Israël, se trouvent les « ogives lourdes pénétrantes », comme les BLU-117 d’une tonne, adaptées à l‘attaque contre les bunkers iraniens. Ces armes mêmes qui depuis des mois se sont accumulées dans la base états-unienne de Diego Garcia, dans l’Océan Indien, où ont été transférés les bombardiers B-2 capables de franchir les défenses anti-aériennes. Selon Dan Plesh, directeur du Centre d’études internationales de l’Université de Londres, « les bombardiers états-uniens sont déjà prêts à détruire 10 000 objectifs en Iran en quelques heures ». Et, derrière ses déclarations lénifiantes, l’Arabie Saoudite est en train de potentialiser ses 150 chasseurs-bombardiers F-15 fournis par Boeing, avec les technologies les plus avancées qui les rendent plus efficaces dans les attaques nocturnes et pleinement inter opérationnelles avec les forces aériennes états-uniennes.

Edition de jeudi 17 juin de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/il-manifesto/in-edicola/numero/20100617/pagina/08/pezzo/280617/ 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Manlio Dinucci : Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Geograficamente. Per la Scuola media (3 vol.), Zanichelli (2008) ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, DeriveApprodi (2005).

 


Pourquoi crier « au loup » avec l’État major israélien ?

par Robert Bibeau Mondialisation.ca, Le 24 juin 2010 

Pour voir la carte de L’Afghanistan et du Pakistan, cliquez ici.

On fait grand cas depuis quelques jours du fait qu’une escadre américaine a traversé le canal de Suez en direction de la Mer Rouge. Le porte avion Truman et une douzaine de navires d’escorte, dont un lanceur de missiles israélien, se dirigent vers le golfe Persique selon le journal Haaretz, lui-même alimenté de première main par l’État major israélien (1). Pendant ce temps, des officiers de l’armée israélienne, encore eux, informaient le Sunday Times de Londres de l’accord de l’Arabie saoudite pour un usage offensif de son espace aérien en prévision d’une attaque israélienne imminente contre les centres de recherche nucléaire iraniens. Devant le démenti formel et précipité de l’Arabie saoudite, les colporteurs de rumeurs se sont fait souffler une voie alternative, soit la Jordanie, l’Irak puis le Kuweit sous occupation américaine (2) serait le nouveau couloir d’une attaque imminente contre l’Iran. Des bombes de fort tonnage, anti-bunkers Blu-117, seraient acheminées vers la base américaine de Diego Garcia et vers les dépôts de sécurité américains en Israël. Les avions américains B-2, capables de percer les défenses anti-aériennes iraniennes, seraient prêts à décoller pour attaquer l’Iran, sans compter qu’un sous-marin nucléaire Dolphin, fourni par l’Allemagne à Israël, mouillerait dans le golfe Persique.

 

Comme si ce scénario d’apocalypse ne suffisait pas, le journal Il manifesto colporte une autre information très précise, émanant elle aussi de l’État major israélien; des troupes aéroportées et des marines feraient partie de l’escadre qui a traversée le canal de Suez. Le mystérieux officier d’État major israélien a toutefois refusé de dévoiler la date et l’heure précise de l’attaque contre le centre nucléaire iranien de Bushehr. On s’étonne d’un tel manque de courtoisie de la part d’un officier aussi prolixe (3). Pour Michel Chossudovsky, la dernière résolution du Conseil de sécurité de L’ONU autorisant des sanctions aggravées contre l’Iran ne serait rien de moins qu’un « Feu vert » de l’ONU à une attaque préventive américano-israélienne contre l’Iran. Monsieur Chossudovsky de conclure que « La résolution du Conseil de sécurité transforme l’Iran en proie facile » (4). Aucune résolution de l’ONU ne peut transformer l’Iran en proie facile pour l’impérialisme américain. Les États-Unis l’ont déjà prouvé lors de l’invasion de l’Irak, ils se passent très bien des résolutions de l’ONU quand ils décident d’agresser et d’envahir un État libre et indépendant. Les États-Unis n’ont absolument pas besoin des avions F-16 qu’ils ont fourni aux israéliens, non plus que du navire porte missiles ou encore moins du sous-marin nucléaire israélien de seconde main pour effectuer cette agression contre les centres de recherche nucléaire iraniens. Lors de l’attaque contre l’Afghanistan, de même lors de l’invasion de l’Irak, officiellement, les troupes israéliennes avaient été tenues à l’écart du théâtre des opérations. Si des avions B-2 sont basés à Diego Garcia, ils peuvent effectuer le travail de destruction, il est inutile d’y impliquer les avions américains pilotés par des israéliens et il est totalement ridicule d’amener un porte avion américain dans le golfe Persique pour en faire la proie de la contre-offensive iranienne et pour éventuellement le bloquer avec toute son escadre dans cette petite mer intérieure en cas de fermeture de l’étroit détroit d’Ormuz. Enfin, les États-Unis en sont-ils réduits à envisager l’utilisation de l’arme atomique contre l’Iran ? Non, pas encore assurément. Dernier argument, après la déconfiture irakienne dont les américains ne sont toujours pas sortis, mais dont ils espèrent se sortir prochainement grâce à la collaboration de l’Iran Chiite et de son appel au calme en direction des résistants Chiites irakiens, il est absolument exclu que les États-Unis envisagent un débarquement et une invasion terrestre de l’Iran. Soyons sérieux, un million de soldats irakiens ont été tenus en échec par l’Iran Khoméniste. Combien de soldats américains seraient requis pour l’occupation du territoire iranien ?  Sans compter que les troupes de L’OTAN s’embourbent de plus en plus en Afghanistan où elles sont mises en échec par la résistance afghane qui ne bénéficie pas du tout du soutien iranien, mais seulement du soutien de leurs frères d’armes du Pakistan où les attaques aériennes américaines font de nombreuses victimes civiles mais ne marquent aucuns progrès militaires. Imaginez quelques instants l’avenir des troupes de l’OTAN dans cette partie du monde si l’Iran soutenait la résistance afghane, la résistance pakistanaise, et si elle lançait la résistance Chiite irakienne contre les collaborateurs kurdes et contre les collaborateurs irakiens ! Après tous ces désastres militaires américains, qui croira sérieusement que les États-Unis s’apprêtent à ouvrir un nouveau front militaire contre l’Iran ?

La Résolution 1929 de l’ONU

Que dit la Résolution 1929 présentant une nouvelle volée de sanctions adoptée par le Conseil de sécurité de l’ONU le 9 juin dernier ? « Le Conseil de sécurité a voté l’imposition d’une quatrième série de très larges sanctions contre de la République islamique d’Iran, qui comprennent un embargo sur les armes ainsi que des « contrôles financiers plus sévères ». Le président iranien Ahmadinejad a quand à lui qualifié la résolution du Conseil de papier souillé sans valeur (5). Contrairement à M. Chossudovsky, nous ne croyons pas que cette résolution fournisse « un feu vert à l’alliance militaire États-Unis-OTAN-Israël pour menacer l’Iran d’une attaque nucléaire préemptive punitive, appuyée du sceau du Conseil de sécurité de l’ONU. » (6). C’est d’ailleurs la raison qui explique que les alliés de l’Iran, la Russie et la Chine, ont préféré voter en faveur de cette résolution injuste, inique mais en pratique inoffensive, et que ces deux puissances n’ont pas l’intention de respecter comme le subodore monsieur Chossudovsky : « Si elle était pleinement appliquée, non seulement la résolution invaliderait les accords bilatéraux de coopération militaire avec l’Iran, mais elle créerait une brèche dans l’Organisation de Coopération de Shanghai (l’OCS). » (7). Bonnes conclusions Monsieur Chossudovsky. Il est dangereux pour les démocrates du monde et pour les peuples épris de paix et de justice de spéculer sur les alliances impérialistes et de proposer d’appuyer une alliance agressive (l’OCS) contre une autre alliance agressive (L’OTAN) comme le suggère l’auteur de l’analyse : « La Fédération de Russie et la République populaire de Chine ont cédé aux pressions américaines et elles ont voté en faveur d’une résolution, qui n’est pas seulement préjudiciable à la sécurité de l’Iran, mais qui affaiblit sérieusement et sape leur rôle stratégique en tant que potentielles puissances mondiales rivales sur l’échiquier géopolitique eurasien. » (8). Qu’est-ce que les peuples du monde ont à gagner du renforcement des puissances mondiales rivales russe et chinoise ? La guerre inter puissances rivales ? Pour preuve que personne ne compte respecter cette nouvelle volée de sanctions adoptée par le Conseil de sécurité, quelques jours après l’adoption de la Résolution 1929, le Pakistan signait un accord d’approvisionnement en gaz avec l’Iran et ouvrait la porte à l’approvisionnement chinois par oléoduc évitant le détroit d’Ormuz tant menacé. Ce dernier point est de nature à indisposer fortement les américains (9) qui perdent ainsi un puissant moyen de pression sur l’économie chinoise. Nous l’avons déjà écrit, les américains ne font pas la guerre dans cette partie du monde pour construire des pipelines et assurer l’approvisionnement en hydrocarbure, mais pour entraver la construction de pipelines et l’approvisionnement de leurs concurrents commerciaux en pétrole et en gaz peu dispendieux (10). Les américains souhaitent-ils à ce moment-ci de l’histoire perturber l’approvisionnement en pétrole et en gaz de leurs alliés européen et japonais ainsi que de leurs concurrents et fournisseurs indien et chinois ? Nous ne le croyons pas. Une hausse drastique du prix des énergies fossiles entraînerait l’économie américaine et mondiale dans une crise indescriptible alors qu’elle ne s’est pas encore remise de la crise spéculative contre l’euro (11).

Qui est menacé par le porte avion américain et ses complices israéliens ?

Il est vrai que le loup américain rode dans cette contrée et il prépare une agression à grande échelle, mais ce n’est pas à l’Iran qu’il va s’en prendre cette fois-ci. Les peuples du nord du Pakistan et du sud de l’Afghanistan courent d’immenses dangers et l’on peut s’attendre à des bombardements massifs et à des massacres de masse dans ces deux régions. Ceux qui souhaitent comprendre les motifs de ce branle-bas de combat au Proche-Orient doivent regarder du côté de l’éviction du général en chef des troupes d’occupation américaine en Afghanistan, le général McChrystal, « démissionné » pour avoir refusé de mener une nouvelle offensive meurtrière dans la province de Kandahar (12). Il ne faut pas crier « au loup » dès qu’un porte avion américain se déplace – il se déplace constamment – mais il est requis de bien analyser la situation, sans se laisser berner par les officiers d’État-major israéliens, sans cette élémentaire prudence l’analyste devient leur porte voix et leur « papagaio » *. Il faut dès à présent dénoncer l’agression imminente des forces combinées de l’OTAN, d’Israël et des États-Unis contre la résistance et contre les peuples du nord du Pakistan et du sud de l’Afghanistan.

* Perroquet



Notes-références

(1)   http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19864

(2)   http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19832

(3)   http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19818

(4)   http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19719

(5)   http://fr.wikipedia.org/wiki/Mahmoud_Ahmadinejad

(6)   http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19719

(7)   http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19719

(8)   http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19719

(9)   http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=19864

(10) http://www.robertbibeau.ca/palestine/echappe.doc

(11) http://www.robertbibeau.ca/palestine/crisegrec.doc

(12) http://www.mecanopolis.org/?p=18295&type=1

 

Robert Bibeau est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca. Articles de Robert Bibeau publiés par Mondialisation.ca

 


En lien avec le sujet

  • Le Pentagone des démocrates : la guerre est là mais elle ne se voit pas / ReopenNews
  • Une directive secrète prépare de nouvelles guerres américaines au Moyen-Orient et en Asie Centrale / ReOpenNews
  • Retour sur 2007 : le processus d’analyse d »informations sur le nucléaire iranien / ReOpenNews
  • "L’improbable" attaque à venir /  / Megachipdue.info / Article (en italien) de Giuletto Chiesa

 


 

3 Responses to “Des préparatifs pour une nouvelle guerre, mais pour quelles cibles ?”

  • .maxiM

    C’est extrêmement louable de publier deux visions différentes. Néanmoins, l’auteur du second article, qui reste spéculatif, a selon moi presque absolument tout faux. Je n’ai hélas pas le temps d’étayer ma pensée et de justifier pourquoi je le pense (car le sujet est très complexe et les points à critiquer sont multiples), mais je conseillerai simplement à l’auteur d’arrêter la géopolitique. Ironiquement, il critique (pour ne pas dire qu’il tourne en ridicule) la vision de Michel Chossudovsky alors que cet article fut publié sur mondialisation.ca!!! Très voltairien, ce Michel… Bref, j’ai du pain sur la planche donc je file. Salutations à tou(te)s les résistants et résistant(e)s ici présent(e)s.

  • Marianne

    @maxiM
    Pourrait-on en savoir plus?

  • Red Cloud

    Moi qui suis un lecteur de Chossudovsky, je trouve que la critique de Bibeau est fondée sur une analyse pertinente des forces effectivement en jeu, qui a manqué au dernier papier de Chossudovsky.

    C’est vrai que le Conseil de Sécurité ne pèse pas lourd, ni pour Washington qui sait s’en passer ni pour la Russie et pour la Chine.

    On pourrait à grands traits y voir un changement du centre de gravité des Etats-Unis vers l’Asie, ou au moins un rééquilibrage. Il semble en tout cas que l’ONU sombre complètement dans l’insignifiance et finalement vive sa mort lente…

Trackbacks

  •  





*
To prove you're a person (not a spam script), type the security word shown in the picture. Click on the picture to hear an audio file of the word.
Click to hear an audio file of the anti-spam word

``